Jardins d'ombre du Jardinier Paresseux [Tome 1] 9782890009127, 9782896548231

194 100 101MB

French Pages [628] Year 2009

Report DMCA / Copyright

DOWNLOAD FILE

Polecaj historie

Jardins d'ombre du Jardinier Paresseux [Tome 1]
 9782890009127, 9782896548231

Table of contents :
Avant-propos
Introduction
Section 1
CHAPITRE 1 - Un regard sur l’ombre
Mais qu’est-ce que l’ombre ?
Les avantages de l’ombre
Les désavantages de l’ombre
CHAPITRE 2 - Aménager à l’ombre
Le feuillage en vedette
Les éléments du jardin d’ombre
Un intérêt quatre saisons
Des jardins stylisés
Cinq plans pour un jardin à l’ombre
CHAPITRE 3 - Jardiner à l’ombre
Avant de commencer
L’ennemi numéro un du jardin d’ombre
Le type d’enracinement détermine la compétition
Conseils pour peaufiner votre planification
Prêt à planter ?
Le paillis : le meilleur outil du jardinier paresseux
Entretien d’un jardin d’ombre
CHAPITRE 4 - Problèmes et solutions
Pentes trop sèches
Saletés sur le feuillage
Sentiers glissants
Alléger l’ombre profonde
Les plantes indésirables
Qu’est-ce qui peut pousser sous un noyer ?
Les ravageurs des jardins d’ombre
Maladies
Section 2
Les meilleures plantes d’ombre
Vivaces
Vivaces « pensez-y bien »
Couvre-sols
Couvre-sols « pensez-y bien »
Index
Remerciements
Crédits photographiques
Carte des zones de rusticité

Citation preview

JARDINS D’OMBRE DU JARDINIER PARESSEUX TOME 1

JARDINS D’OMBRE DU JARDINIER PARESSEUX TOME 1 Larry Hodgson

97B, Montée des Bouleaux Saint-Constant (Québec), Canada J5A 1A9 Tél. : 450 638-3338 Téléc. : 450 638-4338 www.broquet.qc.ca [email protected]

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Hodgson, Larry Jardins d’ombre du jardinier paresseux (Le jardinier paresseux) Comprend un index. ISBN 978-2-89000-912-7 (v. 1) 1. Culture à l’ombre. 2. Plantes sciaphiles. I. Titre. II. Collection: Hodgson, Larry. Jardinier paresseux. SB434.7.H62 2009

635.9’543

C2009-940083-9

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada. We acknowledge the financial ­support of the Government of Canada. Nous remercions également livres Canada books™, ainsi que le gouvernement du Québec : Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

Illustrations : Claire Tourigny Pictogrammes : Josée Fortin Révision : Marcel Broquet, Diane Martin Infographie : Josée Fortin, Sandra Martel, Annabelle Gauthier Traitement d’images: Nancy Lépine Éditeur : Antoine Broquet

Copyright © Ottawa 2009 Broquet inc. Dépôt légal — Bibliothèque et archives nationales du Québec 1er trimestre 2009 ISBN 978-2-89000-912-7 (papier) ISBN 978-2-89654-823-1 (pdf ) Tous droits réservés. Aucune partie du présent ouvrage ne peut être reproduite ou utilisée par quelque procédé que ce soit, y compris les méthodes graphiques, électroniques ou mécaniques, les enregistre­ments ou systèmes de mise en mémoire et d’information, sans l’accord préalable des propriétaires des droits.

Table des matières Avant-propos Introduction

9 12

SECTION 1

14

CHAPITRE 1 UN REGARD SUR L’OMBRE 16 Ces végétaux qui tolèrent l’ombre 17 Mais qu’est-ce que l’ombre ? 18 Déterminer l’ombre d’après le nombre d’heures d’ensoleillement 18 Déterminer l’ombre au pifomètre 19 Trois degrés d’ensoleillement 20 Déterminer l’ombre selon la « méthode du pétunia » 20 L’ombre sous les arbres 21 Une structure pour créer de l’ombre 23 L’ombre sous les structures 23 Ensoleillement printanier 25 Les avantages de l’ombre 27 Les désavantages de l’ombre 28 La vérité sur les semences de « gazon d’ombre » 30 Êtes-vous un jardinier paresseux ou forcené ? 31 CHAPITRE 2 AMÉNAGER À L’OMBRE 32 Le feuillage en vedette 32 Une leçon à apprendre des Japonais 34 Les éléments du jardin d’ombre 35 Couleur 35 Quand les jardiniers parlent de couleurs 36 Les effets des couleurs 39 Pas trop de panache ! 40 La texture 46 Le port 47 Les structures, meubles et ornements de jardin 48 Un intérêt quatre saisons 49 Table des matières |

5

Des jardins stylisés 50 Jardin de sous-bois 50 Jardin à la française 51 Jardin japonais 51 Jardin de mousse 52 Jardin en pots 55 Jardin en auge 58 Rocaille 58 Jardin d’eau 61 Nymphéas convenant à l’ombre 62 Autres plantes aquatiques et marginales pour l’ombre 62 Cinq plans pour un jardin à l’ombre 65 CHAPITRE 3 JARDINER À L’OMBRE 76 Avant de commencer 77 L’ennemi numéro un du jardin d’ombre… 78 Le type d’enracinement détermine la compétition 80 Arbres à racines profondes 81 Arbres à racines intermédiaires 81 Arbres à racines superficielles 82 L’ombre sèche 83 Une barrière contre les racines d’arbre ? 83 Une autre barrière contre les racines d’arbre ? 85 Conseils pour peaufiner votre planification 86 Limitez les couvre-sols 86 Soyez prêt à modifier vos plans 87 Utilisez des plantes plus grosses 87 Choisissez des plantes plus durables 88 Plantez plus serré 88 Dans votre boule de cristal 89 Prêt à planter ? 89 Quand planter ? 89 Commencer à zéro… ou ne faire que des ajouts ? 91 Plantations localisées 91 Ne craignez pas le papier journal en couleur 92 Pas de géotextile ! 93 6

| Table des matières

Étagez vos plantations de bulbes 94 Une nouvelle plate-bande selon la méthode paresseuse 96 Compléter avec des annuelles 101 Les plantes à racines nues 102 Plantations près d’une fondation 103 Le paillis : le meilleur outil du jardinier paresseux 104 Les avantages du paillis 105 Les désavantages du paillis 106 Mythes au sujet du paillis 106 La bonne quantité de paillis 108 Paillis de culture 108 Paillis strictement ornementaux 108 Paillis comme élément décoratif 109 Paillis vivant 109 Entretien d’un jardin d’ombre 110 Arrosage 110 Arrosage des bacs et balconnières 113 Fertilisation 114 Fertilisation des jardins en pot 115 Tuteurage 116 Pinçage 116 Taille 116 Suppression des fleurs fanées 118 Ménage d’automne 119 Ménage de printemps 121 CHAPITRE 4 PROBLÈMES ET SOLUTIONS 124 Pentes trop sèches 124 Saletés sur le feuillage 126 Sentiers glissants 127 Alléger l’ombre profonde 127 Élever la cime 128 Alléger la cime 128 On taille rarement les conifères 129 Jamais on ne « toppe » un arbre 129 Augmenter la lumière autour des structures 130 Table des matières |

7

Les plantes indésirables 130 Les semis d’arbre 131 Les fausses amies 132 Contrôler les fausses amies 133 Qu’est-ce qui peut pousser sous un noyer ? 134 Les ravageurs des jardins d’ombre 137 Cercopes 137 Cerf de Virginie (chevreuil) 137 Plantes d’ombre résistant aux cerfs 138 Chenilles 140 Colimaçons et escargots 140 Lièvres 140 Limaces 140 Mineuses 141 Mulots (campagnols) 141 Pucerons 142 Maladies 143 Blanc 143 Moisissure grise 144 Pourriture 144 Rouille 145 Taches foliaires 145 Virus 145 SECTION 2 146 Les meilleures plantes d’ombre 148 VIVACES 150 Vivaces « pensez-y bien » 384

COUVRE-SOLS 398 Couvre-sols « pensez-y bien » 576

Index Remerciements et crédits photographiques Carte des zones de rusticité 8

| Table des matières

604 623 624

Avant-propos

Q

uand j’ai acheté mon terrain en 1993, je ne pensais pas du tout à l’ombre qu’on y trouvait. J’avais plutôt en tête le quartier, qui était très convenable (autant j’aime marcher, autant je déteste l’automobile et je voulais donc une maison assez proche de tous les services), que la maison soit assez vaste pour nos trois adolescents ainsi qu’un grand bureau et, bien sûr, il me fallait l’espace pour ma future serre (je ne conçois pas une maison sans serre : l’idée ne passe même pas par mon esprit !). Plutôt que de m’inquiéter de l’ombre dense qui régnait sur le terrain, j’ai été enchanté par son apparent isolement. En effet, même si elle était située dans une banlieue peuplée, on voyait à peine la maison de la rue et elle était parfaitement isolée des regards des voisins. Ce n’était pas à cause d’un terrain très vaste (bien au contraire, elle se trouve sur un « terrain de banlieue typique » d’environ 700 m2), mais à cause de l’abondance de conifères. En effet, trois grosses épinettes en façade cachaient la maison de la rue en toute saison alors que des rangées d’épinettes de part et d’autre de la maison assuraient une parfaite intimité. Je voyais donc « intimité ». J’aurais dû voir « ombre ». En effet, les conifères jettent de l’ombre, beaucoup d’ombre, et de surcroît une ombre permanente. Contrairement aux arbres à feuilles caduques, dont l’ombre est estivale, l’ombre des conifères est constante à l’année. On ne peut pas y cultiver des bulbes à floraison printanière et d’autres végétaux éphémères qui foisonnent au pied des érables et des chênes. Il faut des végétaux qui tolèrent l’ombre en tout temps. Ne pensez toutefois pas que j’ai fait une crise de panique en me rendant compte que mon terrain était si ombragé. La réalisation est venue gra­ duellement, à mesure que l’on préparait la maison pour y vivre (pein­ture, rénovations, aménagement intérieur, etc.), une étape qui a duré plusieurs semaines. Durant les pauses, j’allais me reposer à l’ombre à l’extérieur et commençais mentalement à planifier mon aménagement. De toute évidence, j’allais avoir un jardin ombragé et j’ai accepté de bonne grâce cet état. Quand la vie nous sert un citron, on se fait une limonade, voilà tout Avant-propos |

9

(du moins, cela a toujours été mon attitude). Donc, les premières années, je me suis attelé à la tâche de créer de nouvelles plates-bandes ombragées (il n’y avait aucune plate-bande quand nous avons acheté le terrain, mais plutôt une pelouse très raboteuse et clairsemée en façade et, en arrière, une cour asphaltée) et d’y installer des plantes convenables. Je dois dire que je fus très content des résultats. Les plantes installées, toutes des variétés tolérantes de l’ombre, poussaient lentement mais bien. J’avais une belle floraison au printemps, de belles textures et des couleurs l’été… et de moins en moins de pelouse cahoteuse à tondre. Tout allait pour le mieux, dans les circonstances. Puis, un premier choc. J’arrive de voyage un jour pour découvrir coupée au sol la rangée d’épi­ nettes qui me donnait tant d’ombre à l’est de la maison. Le tiers de mon terrain ombragé était subitement au plein soleil ! Vérification faite, la rangée d’épinettes ne m’appartenait pas. Elle était sur la limite du terrain, c’est vrai, mais plantée du côté du mon voisin. J’encaissais encore le choc quand j’entends le bruit d’une scie à chaîne. Mon autre voisin, à qui appartenait la rangée d’épinettes à l’ouest, avait trouvé de l'inspiration dans les efforts de son deuxième voisin et avait décidé de l'imiter. Mes cours latérales et arrière étaient désormais en plein soleil… et mes plantes d’ombre avec ! Il restait la façade, où trois grandes épinettes (ainsi qu’un grand thuya et un grand tilleul) assuraient toujours de l’ombre. Les végétaux d’ombre ont été rapidement transférés dans ce refuge contre le soleil et j’ai dû re­ con­cevoir l’aménagement de ma cour arrière. Bien sûr, j’y ai planté des arbres et donc l’ombre reviendra peu à peu, mais elle ne sera pas aussi dense qu’auparavant. Pour l’instant, du moins, mon terrain est très nette­ ment divisé en deux : une façade densément ombragée et une cour arrière ensoleillée. Depuis 10 ans, maintenant, je peux comparer le jardinage au soleil et le jardinage à l’ombre. Il y a des avantages et des désavantages aux deux, mais, finalement, je constate que je préfère le jardin ombragé. Son évolution est plus lente, c’est sûr (on se demande si les végétaux vont finir par 10 | Avant-propos

grandir !), mais elle est constante. Il ne semble jamais y avoir de problèmes d’insectes ou de mauvaises herbes à l’ombre. De plus, un jardin dominé par le feuillage (ce qui est souvent le cas des jardins d’ombre) est tellement plus reposant ! Reposant pour les yeux, d’un côté, car un aménagement surtout composé d’une diversité de feuillages porte automatiquement à une douce rêverie alors que des plates-bandes débordant de fleurs multicolores stimulent plutôt une frénésie mentale, mais reposant pour le corps aussi, car un jardin d’ombre ne demande presque pas de soins. C’est en comparant ces deux situations que j'ai eu l’idée de ce livre. Je voyais bien que la majorité des jardiniers se plaignaient de l’ombre et ne l’appréciaient pas. Pourtant, un peu comme pour le moine bouddhiste qui, ayant médité pendant 45 ans, a reçu enfin l’illumination, il était désormais clair pour moi que l’ombre était une bonne chose et qu’il fallait l’accepter, la cultiver et en profiter. J’avais donc besoin de partager cette découverte avec les autres. Et c’est ce que je fais dans ce livre ! Bonne lecture !

Larry Hodgson Le jardinier paresseux

Avant-propos | 11

Introduction

L’

ombre ! Le mot fait peur au jardinier novice et donne des frissons même au jardinier expérimenté. L’ombre, c’est le trou noir du jardinage, l’emplacement où rien ne veut pousser, le désert dans un pay­ sage autrement vert… mais est-ce vraiment le cas ? La réputation infernale de l’ombre n'est-t-elle pas un peu – et peut-être même beaucoup ! – sur­ faite ? À force de voyager dans le monde à la découverte de beaux jardins (quelle tristesse : je pleure juste à y penser !), j’ai découvert non seulement que l’ombre n’est « pas si pire que cela », mais qu'elle peut même être avantageuse. Effectivement, j’ai vu de superbes aménagements à l’ombre, même très à l’ombre, des aménagements qui font la fierté de leurs propriétaires et – tenez-vous bien ! – qui ne demandent même pas beaucoup d’entretien. Et voilà le bon côté de l’ombre, l'excellent côté. Une fois qu’on est parti du bon pied (et comment le faire, vous le découvrirez dans ce livre) avec des plantes bien adaptées aux conditions, l’ombre est une joie pour le jardinier ! On y trouve peu de mauvaises herbes, la croissance est plus lente et la taille alors moins nécessaire, il y a moins d’insectes (beaucoup aiment se réchauffer au soleil) et, de surcroît, les plantes d’ombre, pour la plupart, n’exigent même pas d’engrais. Enfin, on est bien à l’ombre : c’est l’endroit tout désigné pour poser un banc ou un hamac, une table et des chaises, et même lorsque l’on a du travail à y faire, c’est sans sueur, car l’ombre est toujours fraîche. On en vient, éventuellement, à trouver que l’ombre est l’une des plus grandes amies du jardinier ! Oubliez la précipitation de l’aménagement ensoleillé où il y a toujours mille et une choses à effectuer. À l’ombre, on a tout le loisir d’être zen ! Certes, et on en reparlera, il y a moins de fleurs à l’ombre, beaucoup moins même. Mais le jardinier sage découvre, parfois avec stupeur, que les fleurs ne sont pas si nécessaires que cela à un bel aménagement. L’une des grandes découvertes de l’aménagiste en herbe est que le feuillage, avec ses différentes teintes, formes et textures, se prête merveilleusement à la création de paysages superbes. Ajoutez un sentier sinueux, peut-être 12 | Introduction

une statue dans un tournant et un petit jardin d’eau, et vous obtenez un paysage merveilleux, tout en douceur. Et vous avez tout avantage à apprendre à apprécier l’ombre, car, inévi­ tablement, presque tous les jardins évoluent vers une diminution de l’en­ soleillement. Les petits arbres que vous plantez aujourd’hui sur la vaste et verdoyante pelouse de votre toute nouvelle demeure grandiront et l’ombre augmentera. Les arbustes et conifères aussi grandissent et cou­ pent encore davantage le soleil. Ainsi, presque tout aménagement passe d’en­soleillé à ombragé avec le temps. La transition peut être dure et caho­ teuse si vous essayez de vous rebeller contre ce fait, de forcer des plantes à pousser où elles ne veulent pas le faire, mais toute en douceur si vous acceptez avec grâce qu’un jardin évolue, que les plantes doivent changer en conséquence et que l’ombre est l’ultime étape de son développement. Dans ce livre, vous trouverez les réponses, je l’espère, à toutes vos questions sur le jardin d’ombre, que ce soit comment planter dans une zone remplie de racines, que faire de toutes les feuilles d’automne qui y aboutissent et, surtout, quels végétaux y planter, car dans la deuxième partie des Tomes 1 et 2, je présente plus de 250 fiches décrivant plus de 3500 végétaux qui feront d’excellents choix pour votre jardin ombragé.

Larry Hodgson

Introduction | 13

14

| Chapitre 1

SECTION 1

Chapitre 1 UN REGARD SUR L’OMBRE

16

Chapitre 2 AMÉNAGER À L’OMBRE

32

Chapitre 3 JARDINER À L’OMBRE

76

Chapitre 4 PROBLÈMES ET SOLUTIONS 124

Chapitre 1 UN REGARD SUR L’OMBRE

On peut créer un aussi bel aménagement à l’ombre qu’au soleil.

16 | Chapitre 1

Les végétaux ont besoin de lumière pour croître. Si vous vous rappelez votre cours de biologie à l’école secondaire, les plantes captent la lumière du soleil grâce à la chlorophylle, une pigmentation verte surtout présente dans leurs feuilles. Elles convertissent cette énergie en hydrates de carbone (sucres, amidons, etc.) et peuvent alors l’utiliser pour leur croissance. Sans lumière, elles ne peuvent pas pousser et vont peu à peu dépérir. D’accord, il existe quelques rares plantes vasculaires sans chlorophylle (et qui peuvent alors pousser sans lumière), presque toutes des parasites qui volent donc

leur énergie à d’autres végétaux, mais elles sont très, très rares : 99,9999 % des plantes vasculaires ont besoin de lumière pour survivre. Si c’est vrai que toutes les plantes vertes ont besoin de lumière, différentes plantes varient par contre dans leur efficacité à capter l’énergie solaire. Certaines, surtout les plantes à croissance rapide, exigent beaucoup de soleil et dépérissent si elles ne le reçoivent pas. D’autres, généralement à croissance lente, se contentent de quelques rayons çà et là ou même tout simplement d’une luminosité diffuse. Ces dernières font de bonnes plantes pour les coins ombragés. Ce sont ces plantes qu’on retrouve dans les sous-bois, du côté nord des rochers, à l’entrée des cavernes, etc. Et ce sont ces plantes qu’on recherchera pour le jardin d’ombre.

Ces végétaux qui tolèrent l’ombre Il est faux de parler de « végétaux qui aiment l’ombre ». Presque aucune plante n’aime l’ombre. Toutes les plantes aiment un bon ensoleillement. Peutêtre pas le plein soleil brûlant (il endommage certains végétaux), mais du soleil quand même, au moins quelques rayons par jour. D’accord, plusieurs « plantes d’ombre » craignent les excès qui viennent avec un emplacement au plein soleil, soit une luminosité intense qui brûle les feuilles, qui assèche le sol, qui réchauffe l’air, etc. On pourrait dire que ces plantes « aiment » la mi-ombre, car elles y sont à leur meilleur. Et les plus solides parmi ces plantes qui aiment la mi-ombre (et il y en a beaucoup) « tolèrent » l’ombre. Donc, les plantes d’ombre tolèrent l’ombre, mais sont presque toujours mieux – plus belles, plus florifères, à croissance plus rapide, etc. – à la mi-ombre.

Un regard sur l’ombre | 17

Mais qu’est-ce que l’ombre ? L’ombre est, bien sûr, l’absence de lumière. Mais l’absence totale de lumière ne fait pas partie des conditions typiques d’un aménagement paysager, du moins durant la journée (la nuit, c’est une tout autre histoire !). Sauf sous une roche ou dans une grotte (et si peu de jardiniers installent des grottes sur le terrain de nos jours…), il y a toujours un peu de lumière vagabonde, assez pour que vous puissiez voir les caractéristiques de l’endroit et les plantes qui y poussent. Si l’emplacement était totalement obscur, il n’y aurait pas besoin de l’aménagement, car personne ne verrait les résultats de vos efforts. Et tant qu’il y a quelques rayons vagabonds, il peut avoir des plantes vertes. Comment alors définir l’ombre ? Voilà une question à laquelle il est très difficile de répondre.

Déterminer l’ombre d’après le nombre d’heures d’ensoleillement

Il est tout à fait impossible de calculer le nombre d’heures de soleil en plein air.

18 | Chapitre 1

Il y en a qui définissent l’ombre selon le nombre d’heures d’enso­leillement quotidien reçu dans un emplacement donné. Selon une de ces définitions, cinq heures de soleil et plus est le plein soleil. Cinq heures de soleil par jour, c’est en fait loin d’équivaloir à la quantité de lumière baignant une surface qui ne reçoit aucun ombrage du tout par une brillante journée de fin de juin, mais on sait que même les plantes les plus avides de soleil se contentent facilement de cinq heures de soleil par jour. L’ombre se trouve là où il y a moins de deux heures de soleil par jour. Entre les deux, donc entre deux à cinq heures d’ensoleillement par jour, ou encore sous un éclai­ rage indirect la plus grande partie de la journée, c’est la mi-ombre (ou ombre partielle). Tout cela est très bien, mais… com­ment compter les heures d’ensoleillement ?

Je m’amuse à imaginer le jardinier forcené qui essaie de calculer le nombre d’heures d’ensoleillement pour un nouvel hosta qu’il désire planter sous un érable géant. Il se place, avec son chronomètre, et fixe l’emplacement. Chaque fois qu’un rayon de lumière y pénètre, il pèse sur le poussoir pour faire partir l’appareil, quand le rayon disparaît, il pèse de nouveau sur le poussoir pour l’arrêter. Et il répète l’action durant toute la journée, de 6 h du matin à 20 h le soir. Le total donnera le nombre d’heures d’ensoleillement. Voilà pour une plante. Le lendemain, il fixe un emplacement 45 cm plus loin et refait son calcul. C’est totalement ridicule ! Pour autant que je sache, personne n’a jamais fait un tel calcul. De plus, quand faut-il prendre cette mesure ? La journée la plus longue de l’été, la journée la plus courte ou à l’équinoxe ? Quand il y a du vent qui fait bouger le feuillage et donc que les rayons se promènent constamment ou pas de vent, dans lequel cas les rayons avancent lentement ? Faut-il calculer moins d’heures par journée grise que par journée de soleil ? Et doit-il être à l’équateur ou au pôle Nord ou entre les deux ? Tout cela pour vous dire que le « nombre d’heures de lumière par jour », même s’il est couramment utilisé par plusieurs sources pour définir l’ombre et si facile à dire, est impossible à calculer. Inutile donc de vous le donner pour les diverses plantes de ce livre.

Déterminer l’ombre au pifomètre La méthode la plus pratique pour déterminer si un emplacement est ombragé ou non est la méthode empirique, soit d’y aller au pif : est-ce que l’emplacement vous paraît ombragé, mi-ombragé ou ensoleillé ? C’est certain qu’il faut quand même considérer les différentes périodes de la journée (il ne suffit pas de regarder un emplacement une fois dans la journée, mais il faut penser à son éclairement matin, midi et soir), mais il est facile d’ajouter ce facteur à l’équation. Après tout, habituellement vous jardinez chez vous et vous devez donc avoir une idée si un emplacement est au soleil une bonne partie de la journée (donc ensoleillé), à l’ombre une bonne partie de la journée (donc ombragé) ou ombragé une partie de la journée et ensoleillé une autre partie de la journée (donc mi-ombragé). L’illustration vous montre les trois possibilités, avec plus de détails. Un regard sur l’ombre | 19

Vous pouvez confirmer vos décisions par l’expérience. Si une plante recommandée pour la mi-ombre ne va pas bien dans un emplacement que vous aviez jugé mi-ombragé au pifomètre et que vous n’avez aucune autre explication pour leur défaillance, l’emplacement est probablement plus ombragé que vous ne le pensiez.

Trois degrés d’ensoleillement Certains auteurs aiment bien multiplier les degrés d’ombre et d’ensoleille­ment. L’ombre peut être profonde, moyenne, partielle, filtrée et le soleil, plein, partiel ou tamisé, mais n’est-ce pas que sept définitions, c’est un peu exagéré ? Dans mes propres travaux de jardinage, je n’utilise que trois degrés d’ombre et je pense que vous pourriez très bien faire la même chose : soleil, mi-ombre et ombre.



Soleil : au soleil direct une bonne partie de la journée. Mi-ombre : à l’ombre une bonne partie de la journée, mais avec



des périodes importantes de soleil direct ou, encore, sous une lumière tamisée une bonne partie de la journée. Ombre : à l’ombre presque toute la journée.

Il me semble que ces trois degrés sont amplement suffisants pour bien réussir la culture de végétaux. De plus, ces trois niveaux sont ceux utilisés sur la plupart des étiquettes des plantes de pépinière, ce qui rend les décisions beaucoup plus faciles à prendre. Vous verrez ces trois degrés utilisés dans les illustrations de la Section II de ce livre (les fiches descriptives des végétaux).

Déterminer l’ombre selon la « méthode du pétunia » Un test facile que vous pouvez faire quand vous n’êtes pas certain si un em­ placement doit être considéré comme ensoleillé, mi-ombragé ou ombragé 20 | Chapitre 1

est d’y planter un pétunia (Petunia x hybrida). Cette annuelle facile à trouver sur le marché et peu chère pousse et fleurit abondamment au soleil, modérément à la mi-ombre, mais arrête de fleurir à l’ombre. Souvent le test du pétunia vient confirmer ce que vous aviez déjà déterminé, empiriquement, juste en observant l’emplacement, mais il est beau­ coup moins coûteux de perdre un pétunia parce que la lumière était insuf­fi sante qu’une vivace ou un arbuste pour la même raison.

Soleil

L’ombre sous les arbres Si vous êtes trop pressé pour faire le test du pétunia (ci-dessus) pour déterminer si un emplacement est à l’ombre ou à la mi-ombre, il peut valoir la peine de cogiter un peu sur comment la lumière pénètre l’ombre. Cela vous permettra de mieux juger le degré d’obscurité présente.

Mi-ombre

Ombre

C’est facile de déterminer si vous avez du soleil, de l’ombre ou de la miombre. Plantez un pétunia !

La lumière atteint les végétaux directement (quand il n’y a aucun obstacle) ou indirectement (de façon latérale, par réflexion ou en pénétrant çà et là un feuillage surplombant). Sous les arbres, une grande partie de la lumière directe pénètre le matin et le soir, quand le soleil est plus bas, car elle n’est pas bloquée par la végétation surplom­ bante. Ainsi une plate-bande située sous un arbre isolé, bien qu’elle puisse être entièrement ombragée à midi quand le soleil est haut dans le ciel, obtient sou­vent en fait beaucoup de soleil direct. Elle n’est pas néces­ sairement à l’ombre et on peut souvent y cultiver des plantes de plein soleil. Dans un boisé assez ouvert, cependant, où il y a plusieurs arbres et grands arbustes étalés sur une grande superficie, même quand le soleil est bas, le sol est presque toujours au moins partiellement blo­qué par du feuillage. Le site sera donc probablement mi-ombragé ou même ombragé. Quand il s’agit d’une forêt dense, avec beaucoup de grands arbres qui se touchent, non seulement le soleil du midi mais aussi le soleil du matin et du soir est filtré par un feuillage dense. On peut normalement estimer que de tels emplacements sont ombragés.

Une grande partie du soleil qui atteint les plantes de sousbois arrive le matin ou le soir, alors qu’il est bas sur l’horizon.

Un regard sur l’ombre | 21

L’emplacement des branches de la forêt surplombante affecte aussi l’enso­ leillement des plantes de sous-bois. Dans une forêt mature, les arbres sont très grands mais peu ramifiés à la base, ayant perdu leurs branches inférieures avec le temps. Alors, même si la couverture au-dessus est dense, en fait beaucoup de lumière latérale réussit à passer, perçant çà et là durant toute la journée. La lumière est tamisée mais néanmoins présente. C’est l’emplacement le plus difficile à juger au pifomètre : l’œil humain est tellement efficace (on n’a peut-être pas des yeux de lynx, mais on voit très bien dans la pénombre) que nous voyons clair même quand l’emplacement est passablement sombre. Ce sont les plantes (penser au test du pétunia) qui nous révéleront si l’emplacement est ombragé, miombragé ou même ensoleillé, non pas nos yeux. Le févier (Gleditsia triacanthos) a un feuillage tellement fin qu’il laisse passer essentiellement le plein soleil.

Les forêts les plus sombres sont les forêts secondaires d’arbres caducs (i.e. où les arbres, encore relativement jeunes, n’ont pas encore perdu leurs branches inférieures) et les forêts de conifères. D’accord, un peu de lumière filtre à travers les denses feuilles des deux forêts, que ce soit par le haut ou sur les côtés, mais très peu, et il y a toujours de la lumière réfléchie qui se réverbère sur les troncs, les branches et les feuilles, mais le lieu nous paraît sombre et il l’est. Notre pifomètre fonctionne bien ici : nous voyons très bien qu’un tel emplacement est ombragé et devrons choisir en conséquence des plantes tolérant l’ombre. D’ailleurs, les arbres à feuillage large (érables [Acer], chênes [Quercus], etc.) dégagent tout naturellement une ombre plus dense que les arbres à feuillage fin (pom­metiers [Malus], amélanchiers [Amelanchier], frênes [Fraxinus], etc.). D’ailleurs certains arbres (féviers [Gleditsia] et robiniers [Robinia], notamment) ont un feuil­lage tellement fin que le soleil passe facile­ment à travers et que les plantes à leur pied sont essentielle­ ment au plein soleil !

22 | Chapitre 1

Une structure pour créer de l’ombre La pergola de jardin a perdu son identité originale. De nos jours, « pergola » fait référence à presque n’importe quel pavillon de jardin en colonnade avec un toit à claire-voie et il a généralement une utilité strictement ornementale : on installe une pergola tout simplement parce qu’elle dégage un effet classique et donne de la prestance à l’aménagement.

La pergola servait à l’origine de lieu pour se reposer et se rafraîchir.

On oublie que la pergola a été le premier climatiseur. En effet, les Romains y fai­ saient grimper des vignes à raisin (Vitis vini­fera) : à l’ombre de leur grandes feuil­ les, la température est souvent de 3 à 5 ˚C moindre que juste à l’extérieur de la structure. C’était donc un espace à la fois productif (car on y produisait des raisins) et confortable, car on pouvait s’y retirer au frais pour manger ou faire une sieste par une journée caniculaire d’été.

L’ombre sous les structures L’ombre jetée par les arbres (et aussi les arbustes, les conifères et les grandes vivaces) est toujours pénétrée par un peu de soleil, du moins une partie de la journée, alors que l’ombre jetée par les structures est intacte. On penserait donc que les végétaux bénéficieraient davantage de l’ombre des végétaux que de l’ombre créée par les structures.

Il est possible de cultiver des plantes du côté nord des structures grâce au soleil du matin et de fin de journée.

Cependant, cela n’est pas si vrai que cela, surtout quand il s’agit de structures uniquement dressées (édi­­fices, clôtures, murailles, etc.), du moins dans les pays nor­diques. Il faut se rappeler que, dans les lati­­ tudes tem­pérées (et ce livre a été écrit pour les jardi­ niers de ce secteur), le soleil fait presque le tour de l’horizon durant l’été. En effet, il se lève au nord-est et se couche au nord-ouest. De plus, de la lumière peut Un regard sur l’ombre | 23

Soleil du matin

Ombre du midi

Soleil de fin de journée

être reflétée par les objets proches, notamment ceux de couleur pâle, mais même par des pierres ou des feuillages. Donc, une plante située du côté nord d’un édifice, mais ne recevant aucun autre ombrage, reçoit quand même passablement de lumière, toujours assez pour permettre la bonne croissance d’une « plante d’ombre », parfois même assez pour permettre la croissance des plantes de mi-ombre.

Il est très difficile de cultiver une plante sous une structure, car souvent un tel emplacement est toujours sombre.

C’est lorsque l’ombre est surplombante, i.e. que la plante est sous la struc­ ture, que ça va moins bien. En effet, l’ombre sous une galerie, une terrasse surélevée, un escalier, un ponceau, etc., surtout si la structure est basse, peut parfois être si profonde que même les plus hardies des plantes d’ombre ont de la difficulté à y survivre. De surcroît, souvent de tels endroits ne reçoivent aucune pluie. Sans lumière ni pluie, aucune plante verte ne peut pousser. Dans de tels emplacements, il est illusoire de penser créer un effet de luxuriance. À la place, il convient d’installer un paillis ornemental, des dalles, peut-être une sculpture, mais d’oublier toute végétation. Sinon, on peut parfois y placer une plante d’ombre en pot : en l’arrosant régulièrement, elle peut éventuellement survivre ; si elle commence à dépérir, on peut facile­ ment la rem­placer par une autre.

24 | Chapitre 1

Par contre, si la structure est bien surélevée du sol et si de la pluie pénètre dessous, la culture des plantes d’ombre redevient possible, car plus la structure est haute, plus la lumière – soit des rayons solaires ou une lumière réfléchie – entrera de façon latérale. Il redevient alors possible de cultiver quelques plantes bien tolérantes de l’ombre.

Ensoleillement printanier Si l’ombre varie au cours de la journée, selon les déplacements du soleil, elle varie aussi selon les saisons. Cela est surtout vrai quand l’ombre est créée par un ou des arbres à feuilles caduques (généralement des arbres à feuilles larges, malgré que certains conifères, notamment le mélèze [Larix spp.] soient aussi caducs). Ainsi, les feuilles chutent à l’automne et l’emplacement passe subitement d’ombragé ou mi-ombragé à ensoleillé. D’accord, il y a une touche d’ombre causé par le soleil traversant les bran­ ches au-dessus, car elles ne tombent pas avec les feuilles, mais cette ombre a peu d’effet, car elle se déplace durant la journée selon les pérégrinations du soleil : toutes les plantes sous ou à proximité des arbres à feuilles caduques reçoivent ainsi l’équivalent du plein soleil de la fin d’automne à la mi-printemps, soit plus de la moitié de l’année.

Les bulbes à floraison printanière et autres plantes éphémères fleurissent abondamment au soleil du printemps, mais ne sont pas dérangés par l’ombre estivale. On peut donc les planter sous des arbres à feuilles caduques, comme ici des primevères (Primula) au Jardin Roger-Van den Hende à Québec.

Par contre, peu de plantes sont encore en état de profiter de la lumière du soleil l’automne et l’hiver, du moins dans une région à climat froid, car les Un regard sur l’ombre | 25

végétaux cultivés sous un tel climat entrent en dormance à la saison froide (vivaces, arbustes, bulbes, etc.) quand elles ne meurent pas carrément (annuelles). Mais au printemps, c’est une tout autre histoire. Beaucoup de végétaux, notamment les plantes de sous-bois, se réveillent tôt au printemps, bien avant que les arbres commencent à se garnir de feuilles, spécifiquement dans le but de profiter de l’ensoleillement abondant du début de la saison. Les champions de l’ensoleillement printanier sont les bulbes à floraison printanière. Ils sortent rapidement au printemps, souvent dès la fonte des neiges, fleurissent, produisent leurs graines et enfin entrent en dor­mance, perdant leurs feuilles, au début de l’été, soit souvent en deux mois ou moins. Ce groupe comprend les narcisses, les crocus, les scilles et beau­ coup d’autres bulbes à floraison hâtive. On appelle ces plantes à cycle de croissance très comprimé « éphémères de printemps ». De mars au début de juin, elles produisent leurs feuilles et leurs fleurs, captent toute l’énergie solaire néces­saire à leur prochaine saison de croissance, puis disparaissent de la vue, profondément endormies dans le sol. On en discute plus en détail dans le chapitre Les éphémères de printemps dans le Tome 2. Les bulbes ne sont pas les seules plantes à bénéficier d’une abondance d’ensoleillement printanier. Certaines vivaces à feuillage persistant, comme le pachysandre du Japon (Pachysandra terminalis), la petite per­ venche (Vinca minor) et la pulmonaire (Pulmonaria spp.) et aussi plusieurs autres vivaces à floraison printanière, comme les primevères (Primula spp.), profitent pleinement de l’ensoleillement printanier, captant le gros de leur énergie solaire avant la feuillaison des arbres. Elles conservent toutefois leurs feuilles tout l’été, contrairement aux bulbes. (Certaines viva­ces non bulbeuses, comme le cœur saignant des jardins [Dicentra spectabilis], entrent en dormance et disparaissent de la vue l’été, tout comme les bulbes, du moins là où les étés sont chauds, mais elles sont peu nombreuses.) C’est la même chose pour les arbustes à feuillage per­ sistant, comme le rhododendron (Rhododendron), le fusain de Fortune (Euonymus fortunei) et le mahonia (Mahonia spp.). Ils peuvent tolérer la mi-ombre durant l’été (et même l’ombre dans certains cas), mais exigent un fort ensoleillement printanier pour donner de bons résultats. 26 | Chapitre 1

De tout cela, il faut donc retenir que le type d’ombre créé sous les arbres à feuilles caduques est différent de celui sous les arbres à feuilles persistantes (un groupe qui ne comprend, du moins dans les régions froides, que les conifères), même si le degré d’ombre est essentiellement le même durant l’été : il y a un plus vaste choix de « plantes d’ombre » qui poussent bien à l’ombre des arbres à feuilles caduques que sous les arbres à feuilles persistantes, car ce surplus d’énergie printanière peut, pour ces plantes, compenser le manque de lumière durant l’été. C’est ainsi que vous verrez dans les fiches descriptives des végétaux dans la deuxième section un symbole spécifique qui indique une plante profitant suffisamment de l’ensoleillement printanier pour tolérer un ombrage estival très dense.

Ce symbole indique une plante qui exige du soleil au printemps, mais qui est tout à fait indifférente à l’ensoleillement ou à l’ombrage le reste de l’année.

Les avantages de l’ombre Plutôt que de décrier les ravages causés par l’ombre, pourquoi ne pas se réjouir de ses bienfaits, car l’ombre n’est pas le fléau que bien des jardiniers semblent croire. Il a aussi de bons, voire de très bons côtés. • Le feuillage ne brûle pas à l’ombre comme il peut le faire au soleil. • Les couleurs des fleurs sont plus intenses quand le soleil ne leur tape pas dessus.

Les fleurs vivent plus longtemps à l’ombre.

• Les fleurs durent plus longtemps à l’ombre. • Les plantes exigent des arrosages moins fréquents, car l’évapotranspi­ ra­tion est très réduite à l’ombre. D’ailleurs, en utilisant de plus un paillis pour réduire encore davantage l’évaporation, et si dame Nature collabore en envoyant au moins des pluies occasionnelles, on peut souvent ne pas avoir à arroser un coin ombragé de tout l’été, chose qui serait plutôt surprenante dans un emplacement ensoleillé. D’ailleurs, même quand il y a sécheresse et que les plantes d’ombre fanent, souvent elles récupèrent d’elles-mêmes la nuit venue.

Un regard sur l’ombre | 27

• Les végétaux demandent moins d’engrais à l’ombre qu’au soleil, car ils poussent moins rapidement. Très souvent (voir Fertilisation à la page 114), vous n’aurez aucune fertilisation à faire. • Il y a moins – beaucoup, beaucoup moins ! – de mauvaises herbes à l’ombre. D’ailleurs, la plus grande partie des plantes globalement re­con­ nues comme indésirables sont des plantes de plein soleil. • Les plantes d’ombre ont besoin de moins d’entretien tatillon, comme la suppression des fleurs fanées. • Dans un milieu boisé, il tombe à l’automne une couche de feuilles mortes qui font office de protection hivernale aux plantes qui y résident. Ainsi les plantes qui sont marginales quant à leur résistance au froid réussissent généralement mieux à l’ombre qu’au soleil. Pour faire ressortir les couleurs som­ bres à l’ombre, il faut les entourer de couleurs plus lumineuses, comme ici un tapis d'herbe aux écus doré (Lysimachia nummularia ‘Aurea’) qui met en valeur un heuchère (Heuchera) à feuillage pourpre.

• Il existe une vaste gamme de plantes qui poussent très bien à l’ombre (plus de 3500 espèces et cultivars sont décrits dans les Tomes 1 et 2). • Les arbres surplombants protègent les plantes d’ombre contre la grêle qui peut déchiqueter les plantes cultivées au soleil. • Certains styles de jardin, comme le jardin oriental, paraissent mieux à l’ombre. • La plupart des insectes sont surtout actifs au soleil, fonctionnant au ralenti à l’ombre fraîche. Ainsi, il y a moins de dégâts causés par les insectes à l’ombre.

Les désavantages de l’ombre Je suis de nature une personne optimiste (je n’ai jamais eu besoin d’apprendre à faire de la pensée positive, elle me vient toute seule), mais il faut quand même admettre que jardiner à l’ombre apporte aussi son lot de désavantages. Heureusement ils sont tous assez mineurs et on peut facilement les compenser. Néanmoins, le jardinier débutant se doit de les connaître, car ils 28 | Chapitre 1

toucheront votre façon de jardiner. Voici donc quelques désavantages à retenir : • Vous aurez un moindre choix de végétaux. Oui, il y a des milliers de végétaux qui poussent bien à l’ombre (comme vous le découvrirez dans la section 2), mais il y en a des dizaines de milliers qui poussent bien au soleil. C’est d’ailleurs très injuste, car la plupart des « plantes d’ombre » poussent bien au soleil aussi, mais aucune « plante de soleil » ne pousse bien à l’ombre. • Les plantes fleurissent moins abondamment à l’ombre. Il est donc diffi­cile de créer, dans un coin sombre, l’effet de masses de fleurs qu’on voit dans certains jardins à l’anglaise ensoleillés, et à l’ombre il est plus difficile de faire des associations de différents végétaux pour permettre une floraison sans arrêt tout l’été. En fait, le jardinier d’ombre ferait mieux de se concentrer sur la forme, la texture et la couleur du feuillage pour composer un bel aménagement plutôt que de compter uniquement sur les fleurs. • Les végétaux croissent plus lentement à l’ombre qu’au soleil. Il peut être nécessaire de planter plus densément que la normale si vous voulez un effet « final » rapidement, ce qui demande plus de plantes et donc de plus grands frais. Par contre, pensez aussi que la plupart des plantes d’ombre sont très durables et leur excellente longévité aide à compenser leur lenteur à s’établir et leur coût de départ plus élevé. • Les jardins ombragés souffrent souvent aussi d’un problème de com­ pétition racinaire qui est, en fait, plus limitant que l’ombre elle-même. D’ailleurs, la « difficulté » que les jardiniers rapportent avec l’ombre sont en nette majorité des problèmes de compétition entre les végétaux créant l’ombre (les arbres et les grands arbustes) plutôt que des pro­ blèmes reliés spécifiquement au manque de soleil. Nous regarderons com­ment compenser la compétition racinaire à la page 78). • Les arbres surplombants laissent choir des tas de déchets (feuilles, ai­ guilles, baies, cônes, excréments d’oiseau, etc.) qui tombent sur les feuilles des plantes d’ombre, créant un milieu moins que propre. Heureusement, Un regard sur l’ombre | 29

une bonne pluie ou un petit nettoyage au jet d’eau remettra tout en ordre assez rapidement. • Les couleurs sombres (vert foncé, pourpre, etc.) ressortent difficilement à l’ombre. Il faut donc soit les éviter, soit les entourer de fleurs ou de feuillages pâles ou lumineux pour les mettre en valeur. • Il est impossible d’avoir une belle pelouse de graminées à l’ombre (à la mi-ombre, par contre, c’est bien possible). On peut toutefois facilement remplacer la pelouse de graminées par un beau couvre-sol adapté à l’ombre. Notez de plus que les couvre-sols demandent beaucoup moins de soins qu’une pelouse traditionnelle (notamment aucune tonte !), du moins une fois bien établis.

La vérité sur les semences de «  gazon d’ombre » Toute jardinerie offre des sacs ou boîtes de semences à gazon pour l’ombre. Rendez-leur service. Prenez un marqueur et corrigez-en l’étiquette en « gazon pour la mi-ombre ». Aucune graminée supportant la tonte (un préalable pour faire une pelouse égale avec une graminée) ne réussit assez bien à l’ombre pour faire un beau gazon.

• S’il y a moins d’insectes à l’ombre, il y a par contre plus de limaces et elles font autant de dégâts. Nous regarderons des trucs pour contrôler les limaces à la page 140. • Il y a plus de problèmes de maladie à l’ombre qu’au soleil. C’est que les maladies se développent davantage quand le feuillage des végétaux demeure humide pendant de longues périodes, ce qui est davantage le cas à l’ombre, où le feuillage sèche lentement après une pluie, qu’au soleil, où le feuillage sèche rapidement. Pour corriger ce problème, il faut chercher des cultivars plus résistants aux maladies et éviter d’arroser avec un arroseur, un gicleur, un jet d’eau ou tout autre appareil qui humidifie le feuillage. 30 | Chapitre 1

Êtes-vous un jardinier paresseux ou forcené ? Que vous trouviez le jardinage à l’ombre avantageux ou frustrant dépend un peu de votre attitude envers le jardinage. Si vous êtes un jardinier plutôt paresseux, vous adorerez l’ombre. Il y a moins de travail à accomplir et le pas est tellement plus lent. Rien ne presse : vous pouvez tout remettre à demain ! Les plantes poussent lentement et ont peu besoin de soins, ce qui vous convient parfaitement. Vous avez bien sûr remplacé la pelouse par un couvre-sol et n’avez désormais plus à tondre. De plus, un coin ombragé est parfait pour accrocher un hamac d’où vous pouvez admirer votre jardin, et admirer d’une position allongée est l’activité préférée du jardinier paresseux. Le jardinier forcené est toujours pressé. Il veut des résultats non seulement tout de suite, mais hier. Ainsi, il trouve le jardin ombragé frustrant. Les plantes ne croissent pas assez vite à son goût, ne fleurissent pas assez, et ce, malgré

Le jardinier paresseux trouve l’ombre reposante, le jardinier forcené la trouve frustrante.

le fait qu’il fertilise et arrose sans arrêt. À l’ombre, il n’y a presque pas de mauvaises herbes à arracher ni de fleurs fanées à supprimer et – pire encore ! – essentiellement rien à tailler, ce qui le dérange royalement. Il se sent obligé de planter beaucoup de plantes éphémères juste pour le plaisir de pouvoir les arracher et en replanter d’autres puisque les plantes permanentes y poussent si lentement. Il adore une pelouse parfaite et n’arrive pas à l’obtenir à l’ombre, donc il recommence encore et encore, tous les ans, posant rouleau après rouleau de gazon qui ne fait que dépérir. Il se plaint d’ailleurs que son jardin ombragé « ne me stimule pas assez », puisque les plantes s’y débrouillent toutes seules. Comme c’est choquant ! Le jardinier paresseux a donc tout avantage à accroître l’ombre sur son terrain. Plantez-en, des arbres et des arbustes, et regardez comme le travail à faire fondra à presque rien. Le jardinier forcené fera mieux d’enlever des arbres pour laisser entrer plus de lumière. Ainsi, il pourra poser du gazon et des plates-bandes d’annuelles partout et donc avoir quelque chose à faire tous les jours.

Un regard sur l’ombre | 31

Chapitre 2 AMÉNAGER À L’OMBRE Un jardin ombragé peut être tout aussi beau qu’un jardin ensoleillé, mais il est généralement très différent en apparence. Alors que le jardin ensoleillé est généralement un feu roulant de couleurs vives durant toute la saison, à tel point qu’il faut presque porter des verres teintés pour ne pas être aveuglé, le jardin d’ombre est surtout composé de teintes plus subtiles et de textures attrayantes où les formes agréables et les combinaisons esthé­ tiques l'emportent sur la couleur. Il est facile de créer de beaux aménagements utilisant stricte­ ment des plantes cultivées pour leur feuillage.

32 | Chapitre 2

Le feuillage en vedette La plupart des plantes ont besoin d’énergie pour fleurir abondamment et l’énergie des végétaux vient du soleil. Aussi un jardin ombragé est-il

presque toujours moins fleuri qu’un jardin ensoleillé. Et cela n’est pas nécessairement négatif. On découvre assez rapidement qu’il est facile de créer de beaux aménagements utilisant strictement des plantes cultivées pour leur feuillage. Et le feuillage a ceci comme avantage : il est plus constant que les fleurs. En effet, les jardins de fleurs ont des hauts spectaculaires mais aussi des bas décevants : que voulez-vous, les fleurs vont et viennent, selon la saison. Le feuillage, par contre, reste. Du printemps ou début d’été jusqu’à l’automne, le feuillage est fidèle, toujours beau, toujours prêt à servir. D’accord, la plupart des plantes d’ombre fleurissent quand même et un jardin d’ombre n’est pas entièrement dépourvu de fleurs, mais il est rare qu’elles fleurissent aussi abondamment que les plantes de soleil. Si alors votre jardin d’ombre est basé sur le feuillage et que ce feuillage peut porter, à lui tout seul, l’aménagement, les fleurs constituent la cerise sur le gâteau. Vous noterez que, s’il y a des plantes d’ombre en fleurs toute la saison de jardinage, la floraison estivale et automnale tend à être plutôt diffuse. C’est surtout au printemps que les fleurs abondent à l’ombre. En effet, c’est la saison où le soleil pénètre dans le jardin, car les arbres sont encore sans feuilles, et une foule de plantes sont en vedette : bulbes d’abord, car ils sont réellement des superstars à cette saison, mais aussi vivaces, arbustes et même arbres à fleurs brillent comme mille joyaux au printemps. Cela est vrai dans la nature aussi : nos forêts se remplissent de fleurs de trilles (Trillium), d’érythrones (Erythronium), de sanguinaires (Sanguinaria cana­ densis) et d'amélanchiers (Amelanchier) au même moment où nos jardins d’ombre se colorent de primevères (Primula), de perce-neiges (Galanthus), de narcisses (Narcissus) et d’azalées (Rhododendron).

Aménager à l’ombre | 33

Une leçon à apprendre des Japonais

Jardin japonais.

Si vous doutez qu’un jardin sans fleurs puisse être aussi beau qu’un jardin fleuri, pensez au jardin japonais. Dans ce style de jardin, pourtant très prisé, les fleurs sont absentes. Le jardin japonais est basé sur le feuillage – ses couleurs, ses textures, ses formes – non pas sur les fleurs. Après tout, selon les Japonais, un jardin est un lieu de détente et de méditation. Trop de couleur dérange l’esprit et rend la méditation impossible. D’où l’absence de fleurs. D’ailleurs, certains jardins japonais non seulement n’ont pas de fleurs, mais ils n'ont pas de plantes non plus. Ce type de jardin, appelé jardin zen chez nous, puisqu’on le trouve souvent dans les monastères bouddhistes zen, porte le nom officiel de jardin sec. Il se compose de sable ou de gravier râtelé pour rappeler des vagues et des rochers qui représentent des îlots. S’il y a de la verdure, ce peut être un peu de mousse sur les rochers, c'est tout. Mais est-ce que j’ai dit qu’il n’y avait pas de fleurs dans un jardin de méditation traditionnellement japonais ? J’ai légèrement menti. En effet, pendant une courte période au printemps, ce jardin est rempli de fleurs de cerisiers, d’azalées, etc., et d’ailleurs on y tient de grandes fêtes. Puis, les réjouissances terminées, c’est le retour du calme et de la tranquillité du jardin tout en teintes de vert.

Le jardin sec japonais ne contient pas de plantes.

34 | Chapitre 2

Vous comprenez maintenant, j’espère, pourquoi je dis qu’un jardin d’ombre n’a pas besoin de fleurs pour être beau. Si les Japonais font des jardins essentiellement sans fleurs depuis plus de 1000 ans et que leurs jardins sont renommés partout dans le monde, sûrement que vous aussi pouvez vous passer de fleurs… du moins en bonne partie.

Les éléments du jardin d’ombre Maintenant que vous savez qu'une floraison continuelle n’est pas du tout obligatoire pour un jardin d’ombre attrayant et qu’une véritable pelouse de gazon est impensable, regardons ensemble ce qu’il doit contenir, notamment la couleur, la texture, la forme et la hauteur, pour créer un bel effet en toute saison. Couleur Promenez-vous sur un sentier en pleine nature par une belle journée d’été. Quelle couleur domine ? Le vert, bien sûr, avec quelques tons de terre (bruns, beiges, gris, etc.) venant de l’écorce des arbres ou de la litière forestière (couche de feuilles mortes). La promenade n’est pas déplaisante pour autant. Bien au contraire, l’effet est souvent saisissant. D’ailleurs, on découvre que le vert n’est pas une couleur, mais des couleurs. Il y a en fait une vaste gamme de teintes de vert qui, se complétant et contrastant, créent un effet des plus intéressants. Il y a le vert foncé des conifères et le vert tendre des nouvelles pousses, le vert lime du soleil pénétrant les feuilles surplombantes et le vert noir des coins plus sombres. Voilà pour une situation naturelle.

Jardin au feuillage coloré.

Chez vous, vous pouvez ajouter encore plus d’intérêt avec des feuillages d’autres couleurs. En effet, si dame Nature offre surtout des feuillages verts (dans une vaste gamme de verts, mais en vert néanmoins), le jardinier a beaucoup plus de couleurs à ajouter à sa palette « feuillage ». En étendant notre choix de plantes des végétaux sauvages locaux à toute la planète, on découvre une abondance de couleurs de feuillage fort intéressantes : les bleu craie de certains hostas, les argentés des lamiers et des pulmonaires, les jaunes, les blancs, les roses et les rouges des plantes panachées (bicolores), les coloris surprenants et sans fin des coléus et beaucoup d’autres encore. Toutes ces teintes nous permettent de travailler vraiment avec la couleur des feuillages de la même manière qu’on aurait pu travailler avec la couleur des fleurs dans un emplacement plus ensoleillé. Aménager à l’ombre | 35

Quand les jardiniers parlent de couleurs… Les jardiniers semblent parler une autre langue quand ils discutent de couleurs de feuillage : argenté, doré, bleu, bronzé, etc. On se comprend entre nous, mais le débutant a bien de la difficulté à nous saisir. Voici quelques définitions pour vous aider. Panaché : on parle d’une feuille bigarrée, soit de deux couleurs ou plus. Souvent la feuille est striée ou marbrée de jaune ou de blanc, plus rarement de rose ou de rouge. Il s’agit généralement d’une absence partielle de chlorophylle. Si une partie de la feuille est verte, c’est qu’elle a une « pleine dose » de chlorophylle ; la partie pâle est albinos, ce qui permet aux pigments secondaires, cachés par le vert dominant, de ressortir. Si la plante n’a pas de pigments secondaires, la tache sera blanche ou jaune pâle. Si d’autres couleurs sont présentes, ce peut être

Feuillage panaché.

du rose, du rouge, du jaune foncé ou d'autres couleurs. Souvent les plantes fortement pana­chées manquent de vigueur, ce qui est logique, car l’énergie d’une plante vient uniquement du soleil et seules les parties chlorophylliennes de la feuille peuvent capter la lumière du soleil. Par contre, certaines plantes panachées sont remarquablement vigoureuses, autant que toute autre plante d’ombre. Pourquoi cela est le cas demeure un mystère, mais il ne manque pas de plantes panachées très robustes ! Doré : aucune feuille n’est même proche de la couleur de l’or. Tenez un jonc d’or contre une feuille « dorée » et vous verrez qu’il n’y a aucune ressemblance. Mais les jardiniers utilisent ce terme pour référer à des plantes dont le feuillage est pâlot. On pourrait dire que la couleur est quelque part entre un jaune chartreuse et un vert lime pâle. Cette coloration résulte d’une feuille qui contient de la chlorophylle, mais une chlorophylle très diffusée. Souvent cette couleur est plus évidente au début Feuillage doré.

de la saison et la feuille devient plus verte au cours de l’été. Attention ! Les plantes dorées sont plus sensibles aux « coups de soleil » que d’autres plantes et plusieurs ne tolèrent pas le plein soleil.

Feuillage bronzé.

Bronzé : on le dit d’un feuillage pourpre foncé. Ce qui arrive dans ce cas est que la plante a une quantité normale de chlo­rophylle, mais un surplus d’un autre pig­ment, l’anthocyane, qui est rouge ou pour­pre. La combinaison des deux – vert et rouge – donne la coloration typique des plantes bronzées. Cette coloration ne semble nullement nuire à la vigueur de la plante. Bleuté : l’effet bleuté (remarquable chez les hostas, notamment) vient d’un feuillage parfaitement vert, avec sa pleine part de chlorophylle, mais qui est couvert d’une pruine (cire) blanche. La combinaison donne une coloration qui est proche de bleu craie. Les feuillages bleutés sont rares à l’ombre : il n’y a pratiquement que les hostas qui le présentent. Chez les plantes de plein soleil, cette pruine est courante : on croit qu’elle protège con­ tre les excès de soleil. Pourquoi les hostas, pourtant des plantes d’ombre classiques, ont un feuillage bleuté, on ne sait pas. On

Feuillage bleuté.

appelle, d’ailleurs plus correctement, cette coloration « glauque ». Argenté : Il existe en fait deux sortes de feuillage argenté. Dans certains cas, cette coloration vient du fait que le feuillage est com­ plètement recouvert de poils blancs, mais cette forme, courante chez les plantes de plein soleil, est rare à l’ombre. On comprend facilement pourquoi, d’ailleurs, car les poils blancs réfléchissent la lumière alors que les plantes d’ombre en ont besoin ! L’autre forme est trouvée presque uniquement chez les plantes d’ombre. La feuille est marbrée de taches d'un argenté métallique. C’est le cas notamment des lamiers (Lamium) et des pulmonaires (Pulmonaria). Cela vient d’une couche de cellules

Feuillage argenté pro­ venant de poils blancs.

transparentes juste sous la surface de la feuille, comme des poches d’eau, et qui réfléchissent la lumière. On ignore comment cela fonctionne, mais les botanistes pensent que ces cellules servent à concentrer le peu de lumière qui arrive à la plante. Après tout, il faut bien qu’il y ait une raison à cette coloration, puisqu’on la retrouve dans des familles de plantes très différentes… et uniquement parmi les plantes d’ombre. Feuillage argenté pro­ venant de cellules trans­ parentes sur le feuillage.

Il demeure possible de créer une plate-bande d’ombre bien fleurie… mais c’est plus complexe que de « colorer » son jardin de feuillages.

Je demeure convaincu que le secret principal d’un beau jardin d’ombre est de se concentrer sur les couleurs des feuillages. En effet, quand on base son aménagement ombragé sur des feuilles et qu’on arrive à créer de très beaux effets, qui a besoin de fleurs ? Par contre, il ne faut pas penser qu’il n’y a aucune floraison à l’ombre. Évidemment, tel que mentionné, le jardin printanier, même ombragé, peut être particulièrement riche en fleurs, notamment grâce aux plantes éphémères, mais il y a quand même des plantes qui fleurissent à l’ombre durant l’été et l’automne aussi. Je suggère, notamment quand le secteur est très ombragé, d’aménager surtout avec le feuillage, mais d’ajouter quelques plantes à floraison plus soutenue ou remarquable à l’ensemble pour créer des taches éparpillées de couleurs plus vives. Les annuelles (Tome 2), comme l’impatiente des jardins (Impatiens walleriana) ou le bégonia des plates-bandes (Begonia x semperflorenscultorum) et les bulbes d’été (Tome 2) comme le bégonia tubéreux (B. x tuberhybrida) et l’achimène (Achimenes) nous fournissent même des fleurs abondantes et voyantes durant tout l’été, mais ont un grand défaut : il faut les replanter tous les étés. La plupart des couvre-sols, vivaces et 38 | Chapitre 2

arbustes qui fleurissent à l’ombre n’ont pas une floraison aussi soutenue ni aussi dense que les annuelles, mais on les apprécie néanmoins quand elle est en cours. Qui peut rester indifférent devant les épis jaune vif des ligulaires (Ligularia) ou les étoiles roses, rouges et blanches des astrances (Astrantia), les deux en fleurs au cours de l’été, ou les tours colorées des aconits (Aconitum) et des cimicifuges (Cimicifuga) qui complètent si bien la saison de jardinage avec leurs floraisons automnales ? Cela dit, et vous avez le droit de faire ce que vous voulez, bien sûr, mon expérience est qu’un jardin d’ombre réussi contient plus de plantes à feuillage coloré que de plantes à fleurs voyantes.

Les effets des couleurs La plupart des couleurs de feuillage (vert, bleu, violet, etc.) sont des couleurs froides. Elles dominent à l’ombre, donnant l’apparence de fraîcheur si caractéristique des coins ombragés, fraîcheur qu’on ressent même par une journée de canicule. Même une pièce couverte d’une tapisserie représentant une forêt donne l’impression aux humains qu’il y fait plus frais que ce n’est le cas. Les couleurs froides créent aussi une impression de tranquillité, de calme. Elles conviennent parfaitement au coin de repos. Les couleurs froides ont aussi un effet d’illusion d’optique, car elles font en sorte que l’emplacement paraît plus grand et plus éloigné.

Les couleurs froides créent un effet de tranquillité, de calme.

Les couleurs chaudes (jaune, rouge, orange) sont beaucoup plus rares à l’ombre, surtout le rouge et l’orange. Et les rares jaunes qu’on y trouve sont généralement en fait des verts dénaturés (les feuilles « dorées », pour ne pas les nommer) et ont moins d’éclat que les jaunes qu’on rencontre au soleil. Même les rouges trouvés à l’ombre (chez certaines fleurs, notam­ ment) tendent à être saturés de violet, ce qui les rapproche des couleurs froides. Il n’est pas très facile de créer un effet de chaleur dans un coin ombragé, du moins avec les végétaux. Aménager à l’ombre | 39

Les plantes à feuillage doré créent un effet de percée de soleil dans les coins très ombragés.

Oui, on peut utiliser des plantes panachées, mais il est difficile d’en utiliser une variété de cultivars différents sans créer un effet un peu artificiel.

Les feuillages pâles (jaune, panaché, argenté) ont un rôle très intéressant à jouer dans l’aménagement ombragé : ils réfléchissent la lumière. Pas assez pour permettre aux plantes de plein soleil d’y pousser, mais à nos yeux, ces feuillages donnent l’impression de percées de soleil. Ainsi, même dans une forêt très dense, on peut créer un effet de lumière et de légèreté, un effet presque printanier, durant toute la saison grâce aux feuillages pâles. Utilisez-les en abondance ! Les couleurs dorées (jaune chartreuse) sont les plus efficaces si vous voulez recréer un effet de percée de couleur : elles sont essentiellement la même couleur qu’un rayon de soleil qui touche un feuillage vert et donnent un peu de chaleur à l’ensemble. Les panachures blanches et les couleurs argentées sont un peu plus froides, mais néanmoins utiles.

Pas trop de panache ! Il existe une telle abondance de plantes panachées bien adaptées à l’ombre qu’il est tentant d’essayer d’en incorporer beaucoup dans la même plate-bande. Après tout, même sans fleurs, grâce à leur feuillage bariolé, elles assurent une coloration constante tout au long de la belle saison. C’est rarement une bonne idée : un paysage uniquement composé d’une grande variété de plantes panachées tend à créer un effet hétéroclite, discordant, artificiel. Utiliser dans la même plate-bande deux ou trois variétés panachées peut être très intéressant, surtout quand on en crée des taches de couleur (page 45), mais des panachées disparates lancées un peu partout comme si on les avait lancées en l’air, les plantant là où elles sont tombées, chacune tentant d’attirer le regard, c’est un peu une tour de Babel visuelle. D’ailleurs, même quand on crée de belles grosses taches de couleur avec des feuillage panachés, il peut être sage de séparer ces taches, surtout quand elles sont composées de plantes très panachées, donc avec peu de vert, par un peu de feuillage entièrement vert. En résumé, donc, on peut utiliser les plantes panachées sans crainte tant qu’on en limite le nombre de variétés, mais quand on commence à les multiplier à l’infini… Comme dans tout, la modération a bien meilleur goût !

La couleur de feuillage la plus difficile à utiliser à l’ombre est le bronzé (pourpre foncé). C’est que cette couleur, tout à fait saisissante au soleil, est si sombre qu’on ne la remarque pas dans un coin ombragé : c’est comme un trou noir dans l’aménagement. Idéalement, vous utiliserez tou­ jours les plantes bronzées avec des végétaux à feuil­ lage pâle, notamment des feuillages dorés, pour les mettre en valeur. D’ailleurs, la combinaison bronzé/doré est l’une des plus belles pour les coins ombragés.

Combinaisons de couleurs Dans une plate-bande ensoleillée, où les fleurs sont nombreuses et denses, changeant constamment au cours de la saison, il faut parfois se donner beaucoup de peine pour créer un aménagement qui se tient. Le jardinier moyen passe beaucoup de temps à planter et à déplanter pour créer l’effet de ses rêves, ajoutant une plante ici pour combler un trou dans la floraison, puis en enlevant une autre car les couleurs jurent.

Jaune

Orange

Vert

Rouge

Les feuillages «  bronzés » sont difficiles à utiliser à l’ombre, à moins de les faire ressortir en les plaçant près d’un feuillage très clair.

Le cercle chro­ matique est une jolie «  bébelle », mais n’aide pas vraiment à la sélection des belles combinaisons de couleurs pour le jardin.

Bleu

Violet

Aménager à l’ombre | 41

Pour nous « aider », des experts ont concocté la théorie des couleurs, basée sur le cercle chromatique. Selon cette théorie, les couleurs contrastantes (opposées sur le cercle) créent de l’excitation, les couleurs analogues (voi­ sines sur le cercle) ont un effet apaisant, les couleurs chaudes appro­chent et créent de l’excitation, les couleurs froides éloignent et créent un effet paisible, etc. Curieusement, le blanc (pourtant une couleur très courante dans les fleurs) ne mérite aucune attention dans cette théorie, pas plus que le noir et le gris, moins présents dans les fleurs, mais très présents dans les écorces, les roches, les structures, etc. Et est-ce que le brun de la terre, des paillis et des feuilles mortes est une variante de rouge ou encore une autre couleur oubliée ? On n’en parle pas. J’imagine que cela veut dire qu’il ne faut inclure aucune fleur blanche ni écorce noire ou grise dans son aména­ gement et qu’il ne faut surtout pas voir de la terre ou du paillis, encore moins une feuille morte. C’est amusant de lire au sujet de ces règles et de voir les experts essayer maladroitement d’expliquer l’inexplicable, car l’agencement des couleurs n’a rien de très clair, de très définissable. Je n’ai jamais entendu une explication réellement satisfaisante du fait que deux couleurs jurent alors que deux autres se marient parfaitement. Il faut les essayer pour savoir. Ou fouiller dans les livres de photos montrant des compositions de végétaux pour un peu d’inspiration. Heureusement, créer une combinaison de couleurs qui se tient n’est pas un problème majeur à l’ombre. C’est que ce jardin sera probablement à base de plantes feuillues plutôt que de plantes à fleurs. Or les couleurs de feuillages se marient généralement très bien ensemble, peu importe la sélection. Après tout, elles sont presque toutes des variations sur un même thème : le vert. Vous pouvez planter une plante à feuillage à côté de presque n’importe quelle plante à feuillage et l’effet sera presque toujours au moins acceptable et souvent très joli. Les quelques fleurs de l’ombre ajoutent un intérêt passager, mais ne sont pas assez dominantes pour pouvoir créer un effet malencontreux. En deux mots, utilisez les couleurs que vous voulez dans le jardin d’ombre et vous serez sans doute plus que satisfait des résultats. Pas besoin d’un doctorat en aménagement paysager pour créer un bel aménagement à l’ombre ! 42 | Chapitre 2

L’exception à tout cela est le jardin d’annuelles. En effet, c’est seulement lorsqu’on incorpore beaucoup d’annuelles à fleurs dans une platebande que le jardin d’ombre est vraiment très fleuri. D’où le problème habituel avec les fleurs qui jurent les unes avec les autres ou qui s’enterrent mutuellement. Par contre, il est plus facile de planifier une plate-bande d’annuelles qu’une platebande de vivaces, car, premièrement, la majorité de ces annuelles seront en fleurs à l’achat, donc vous voyez déjà très bien si les couleurs s’aident ou se nuisent même avant de faire la plantation. Deuxièmement, la plupart des annuelles d’ombre fleurissent tout l’été, donc la combinaison satisfaisante se perpétue jusqu’à l’automne, contrairement à la plate-bande de vivaces où des fleurs différentes se succèdent tout l’été et où donc une belle combinaison peut ne durer qu’une semaine ou deux pour être rem­placée par une horreur. Et troisièmement, s’il y a une combinaison que vous n’aimez pas, eh bien, ce sont des annuelles : elles mourront toutes à la fin de la saison. L’année prochaine, utilisez une combinaison que vous avez aimée comme base de votre aménagement et bannissez la combinaison ratée.

Les seules plantes d’ombre où il est vraiment nécessaire de penser un peu aux combinaisons de couleurs sont les annuelles, car leur floraison est abondante et soutenue.

En deux mots, dans le jardin d’ombre, oubliez toute règle que vous aviez apprise sur les combinaisons de couleurs et amusez-vous plutôt à planter les végétaux là où ils pousseront bien. Je suis convaincu que vous serez plus satisfait du résultat de plantes pétantes de santé qui voisinent d’autres plantes dans le même état que de végétaux choisis pour leur coloration, mais qui languissent dans des conditions qui ne leur conviennent pas.

Qui se ressemble… Comme vous venez de le constater, je ne suis pas très réceptif aux théories des experts en aménagement sur les combinaisons de couleurs. Par contre, ils ont absolument raison quand ils nous disent de toujours planter par taches de couleur. En effet, planter des végétaux bien éparpillés parmi d’autres plantes tout aussi hétéroclites n’est pas mauvais en soi, mais si vous voulez créer de l’impact, il faut regrouper, non pas diviser. Dix bégonias tubéreux jaune citron (Begonia x tuberhybrida) bien espacés dans une vaste Aménager à l’ombre | 43

plate-bande, malgré leurs grosses fleurs voyantes, n’auront pas autant d’impact que les dix massées ensemble dans un seul site. Tout d’un coup, le jaune ressort comme un phare et la plantation est en vedette. On appelle cette façon de planter par groupes serrés des plantes identiques « planter par taches de couleur » et elle est fortement utile quand on veut créer un bel effet dans son aménagement.

Le secret d’un aménagement harmonieux est de planter par taches de couleur.

La barbe de bouc (Aruncus dioicus) est suffisamment grosse pour qu’une seule plante puisse constituer une tache de couleur.

 ne « tache » n’est pas de taille définissable, ne contient pas U un nombre spécifique de plantes et n’est pas de forme pré­ cise. Plus votre aménagement est vaste, plus la tache de­vrait être grosse pour se faire valoir ; dans un petit coin intime, les taches peuvent être plus petites. Cinq impatientes roses (Impatiens walleriana) peuvent suffire dans un empla­cement étroit alors qu’il en faudrait 15 ailleurs, même 30 ou 50 dans un vaste aménagement. La taille de la plante aussi a de l’importance. Une petite plante a presque toujours besoin d’être regroupée avec 10 compagnes et plus, même dans un emplacement intime. Au contraire, un arbuste ou une grosse vivace comme la barbe de bouc (Aruncus dioicus) est souvent assez volumineux pour créer une tache de couleur en soi dans tout sauf les aménagements les plus vastes. Souvent une tache de couleur est plus ou moins arrondie ou ovale ou réniforme, mais peut être carrée, triangulaire ou en losange au besoin, notamment dans un aménagement classique (jardin à la française). Les experts vous diront qu’il faut toujours planter une quan­ tité impaire de plantes en créant une tache de couleur… et c’est généralement vrai  : une ou trois ou cinq plantes créent un effet moins enrégimenté que

44 | Chapitre 2

deux ou quatre ou six. Au delà de sept, par exemple, je ne pense pas que l’œil fasse la distinction entre un nombre pair de plantes et un nombre impair.

Maintenant, répétez les taches Il y a quelque chose dans le cerveau humain qui aime la répétition. On chantonne les mêmes refrains encore et encore, on répète la même rou­tine de toilette tous les matins et on adore voir la même plante réapparaître dans un aménagement deux, trois, quatre fois et plus. C’est cette répétition, plus que tout autre facteur, qui fait qu’un aménagement paraît « harmonieux » à nos yeux. Quand on voit la même plante ici, là-bas et encore plus au fond, elle sert de liant et tout l’aménagement commence à s’unir. Plus il y a de ces « rappels », plus l’aménagement est cohérent.

Pour un effet harmonieux, répétez les taches de couleur.

Vous venez d’apprendre à planter par taches de couleur. Eh bien, il s’agit maintenant de multiplier les taches ! Par exemple, trois taches composées de l’hosta jaune ‘Sum and Substance’ (Hosta ‘Sum and Substance’), cinq du thé des bois (Gaultheria procumbens), et même plus quand l’espace le permet. Tout comme dans la composition de taches de couleur, on évitera si pos­ sible les chiffres pairs dans la répétition des taches à moins de vouloir un aménagement à la française où les plantes sont des éléments plus structuraux que végétaux. Évitez surtout les doublons de part et d’autre d’une entrée ou d'une fenêtre : les végétaux sont rarement exactement symétriques (un est toujours plus haut, plus plat, plus arrondi, etc., que son sosie). Or, lorsqu'on met des plantes en double et que la symétrie n’est pas parfaite, l’effet est raté.

Aménager à l’ombre | 45

La texture

Le capillaire du Canada (Adiantum pedatum) est de texture fine.

Jusqu’ici, nous avons surtout parlé de couleur dans la sélection et la composition de nos plates-bandes et aménagements ombragés, mais la texture est tout aussi importante. En effet, quand on soustrait un aménagement de la dominance des fleurs et que le feuillage commence à prendre la vedette, la texture, qui était jusqu’alors un acteur de troisième plan, est subitement mise en vedette. L’érablière classique des rives du Saint-Laurent, entièrement composée d’érables à sucre (Acer saccharum), un milieu tout à fait artificiel créé par l’élimination sélective de tous les autres végétaux sauf cette plante, n’est pas du tout aussi intéressante visuellement que le mélange d’arbres, d’arbustes, de vivaces, etc., qui compose une forêt naturelle où des dizaines de différentes espèces vivent en symbiose. Et cela, même en plein été, quand il y a peu de fleurs. Cet intérêt vient des feuillages très différents de par leur forme et leur taille, même quand leur teinte de vert est assez semblable. C’est la texture variable qui fait toute la différence… Il y a plusieurs textures dans un feuillage. Il y a d’abord la texture de surface de la feuille : elle peut être brillante, mate, rugueuse, nervurée ou plissée. Et la marge de la feuille peut être lisse, dentée, découpée ou pro­fondément lobée. Mais encore plus important, car on le voit de plus loin, la façon dont la feuille est placée et assemblée donne à la plante une texture qu’on peut classer en trois catégories : fine, moyenne ou grossière. Les plantes à petites feuilles, comme le myosotis (Myosotis), ou aux feuilles profondément découpées, comme le capillaire du Canada (Adiantum pedatum), créent une texture fine. Les plantes aux grosses feuilles larges, comme les hostas (Hosta) et les rodgersias (Rodgersia), sont de type gros­sier. Entre les deux, les plantes « ordinaires », comme l’épimède (Epi­medium) et le cornouiller à feuilles alternes (Cornus alternifolia), ont une texture moyenne. On utilise la texture un peu comme on utilise la couleur, pour créer de l’intérêt. Pour un effet intéressant et harmonieux, combinez des plantes de texture fine et de texture moyenne. Puis, comme coup d’éclat, lancez dans

46 | Chapitre 2

ce mélange quelques feuilles grossières et voilà que votre aménagement pren­dra vie. La combinaison classique pour l’ombre est le contraste des feuilles fines des fougères avec les grosses feuilles des hostas (Hosta). Et comme pour la couleur, plantez par taches de texture pour que l’effet soit plus notable, puis répétez ces taches pour créer de l’harmonie.

Le port Vous aurez deviné qu’on utilise le port des plantes comme on utilise la couleur et la texture : on ajoute des contrastes pour augmenter l’intérêt, puis on répète pour créer de l’harmonie. Les ports les plus usuels sont les ports dressé, évasé, étalé, pleureur, ram­pant (prostré), arrondi et, bien sûr, irrégulier, car certaines plantes crois­sent à la va comme je te pousse : on ne sait jamais où elles vont se diriger. Ajoutez à cela que certaines plantes ont un port dense et d’autres un port aéré et cela vous donne toute une palette de ports avec laquelle expérimenter. Comme dans tout aménagement, la modération a meilleur goût : assembler trop de ports sans réfléchir donne un effet chargé. Choisissez un nombre limité de ports, regroupez-les par taches et répétez les taches et vous commencez à avoir un aménagement intéressant. Certains ports sont plus faciles à combiner que les autres. Faites attention avec les ports plus surprenants, comme le port pleureur, et les formes complètement artificielles, comme les arbustes taillés en topiaire : boule, carré, spirale, lapin, rhinocéros, etc. Ces artifices volent toujours la ve­ dette et, si vous les utilisez (personnellement, je préfère les formes plus naturelles), il faut les laisser la prendre. En gé­néral, on les entourera de plantes plutôt basses (notam­ ment les plantes rampantes) qui ne les cache­ront pas, mais qui créeront plutôt un tapis égal qui les mettra en valeur. Et pour une fois, évitez de les multi­plier. Une vedette par secteur – et même par terrain ! – est amplement suffisant, à moins de vouloir créer une ménagerie d’animaux verts, ce qui peut être intéressant si vous désirez un aménage­ ment réellement sauté.

Le cyprès de Sibérie (Microbiota decussata) a un port rampant.

Aménager à l’ombre | 47

Les structures, meubles et ornements de jardin

Un hamac doit presque nécessairement être à l’ombre.

Une sculpture est particulièrement attrayante quand elle est bien entourée de verdure.

Il y a plus dans un aménagement que des plantes. Il y a nécessairement au moins un sentier (il faut tout de même y avoir accès !) et peut-être d’autres éléments structurants comme un pavillon, un caba­non, une terrasse, une pergola, un bassin, etc. De plus, on peut y ajouter des meubles de jardin et divers ornements, allant de sculptures aux boules miroitantes. D’ailleurs, un jardin d’ombre profite peut-être plus de ces éléments qu’un aménagement au plein soleil où l’abondance de fleurs très colorées peut tellement dominer le reste qu’on ne voit plus les éléments structurants et ornements. À l’ombre, ces petites touches ajoutent encore plus d’intérêt. Un sentier de dalles qui traverse une plate-bande fleurie n’est souvent qu’un accès au jardin ; quand il zigzague dans un sous-bois, il devient presque la raison d’être de l’ensemble. Les meubles de jardin au plein soleil ne servent pas nécessairement beaucoup : il y fait trop chaud. Par contre, les mêmes meubles à l’ombre deviennent justement des lieux de repos et de recueil, à l’abri du soleil trop intense. L’ombre est donc l’endroit idéal pour installer une table et des chaises (sur une petite terrasse peut-être) ou un hamac. Vous pouvez même créer une véritable « aire de repos », bien ombragée, entourée de végétation pour couper les sons dérangeants (route à proximité, voisins bruyants, etc.). Quant aux éléments strictement décoratifs – sculptures, bains d’oiseaux, colonnes, etc. –, vous pouvez les utiliser pour accrocher le regard du visiteur, pour l’attirer dans votre aménagement. Souvent de couleur claire (gris, blanc, etc.), ils tranchent nettement sur la végétation foncée. Placezles alors là où on les aperçoit, sans nécessairement les voir au complet : à moitié cachés par des feuilles, par exemple. Ainsi intrigué, le visiteur sera tenté d’aller à sa recherche… et découvrira du coin de l’œil un autre ornement à moitié caché qu’il part encore découvrir. Les ornements au bout d’un sentier : toujours un élément de mystère qui attire l’œil.

48 | Chapitre 2

Comme dans tout, la modération a bien meilleur goût. Quelques déco­ rations çà et là, c’est très bien, mais des statues de Blanche-Neige et des sept nains, plus leurs cousins les Schtroumpfs, c’est peut-être un peu trop. On tire de meilleurs résultats d’un élément ornemental bien placé que d’une multitude d’ornements. D’ailleurs les matériaux naturels (pierre, bois, métal, béton, terre cuite, etc.) ou d’allure naturelle (certains objets en fibre de verre ou de plastique imitent si bien les matériaux naturels qu’on ne les distingue qu'au toucher… et même là !) sont souvent plus intéressants que des flamants roses en plastique, des pneus peints en blanc et autres objets bas de gamme, à moins, bien sûr, que vous utilisiez ces derniers spécifiquement pour faire rire.

Un intérêt quatre saisons Il est étonnamment facile de créer un effet quatre saisons dans un jardin ombragé, même plus qu’au soleil, où notre dépendance par rapport aux annuelles et vivaces à floraison vive mais à apparence hivernale nulle mène souvent à un grand vide l’hiver. Il y a d’abord le printemps et ses abondantes fleurs, grâce notamment aux bulbes et autres éphé­ mères du printemps. L’été, la floraison continue plus modes­tement, mais les feuillages prennent la relève : hostas, fougères, graminées, etc. L’au­tomne, plusieurs plantes changent de couleur (géra­­niums vivaces [Geranium spp.], de nombreux arbres et arbustes, etc.), il y a beaucoup de fruits colorés (notamment parmi les houx [Ilex spp.]) et il y a encore des fleurs à admirer, d’ailleurs même au delà des premiers gels, avec les aconits (Aconitum spp.), les galanes (Chelone spp.) et autres. Mais l’hiver ?

Un jardin d’ombre peut être attrayant même l’hiver.

Il est étonnant de voir comme un terrain ombragé peut-être beau l’hiver. Cela est en partie du au fait que les plantes qui créent l’ombre sont les arbres. Leurs troncs, même s’ils sont dénudés de feuillage l’hiver, demeurent néanmoins intéressants sur un fond de neige blanc. Que l’écorce soit Aménager à l’ombre | 49

du traditionnel noir/gris rugueux des érables à sucre (Acer saccharum) et de tant d’autres arbres ou du blanc crème papyracé des bouleaux (Betula spp.), du gris pâle des hêtres (Fagus spp.) ou encore plus vivement colorée comme du vert strié de blanc de l’érable de Pennsylvanie (Acer pennsylvanicum), toutes ces couleurs ressortent du blanc pur de la neige. Et il ne faut pas oublier les arbres qui créent l’ombre la plus dense de tout : les conifères ; la plupart d’entre eux conservent leurs aiguilles vertes – et donc leur intérêt – à l’année et ont un port saisissant. Il y a aussi quelques arbustes et vivaces à feuillage persistant qui ajoutent de la couleur en toute saison : rhododendrons (Rhododendron), bergénias (Bergenia) et plusieurs couvre-sols (Vinca, Pachysandra, etc.). Ainsi, avec juste un peu d’imagination dans vos plantations, votre terrain sera aussi féerique en janvier qu’en juin.

Des jardins stylisés Quels styles de jardins convient à l’ombre ? Presque tous ! Regardons cela un peu.

Jardin de sous-bois

Un jardin de type sous-bois.

50 | Chapitre 2

Quand on pense à un jardin d’ombre, on imagine immédiatement un jardin de sous-bois, soit un aménagement plus ou moins naturalisé avec maintes fougères, des trilles et hostas à l’ombre de grands arbres, le tout mis en valeur par des couvre-sols et l’accès donné par un sentier sinueux. Et c’est vrai que c’est un style de jardin qui convient très bien à l’ombre et particulièrement facile à réaliser. Et c’est un excellent endroit pour utiliser nos plantes indigènes, la plupart étant des plan­ tes d’ombre. Mais ce n’est pas le seul style qui convient à un empla­ cement ombragé.

Jardin à la française Pensez aussi au jardin classique à la française, qu’on pourrait peut-être mieux appeler jardin classique, avec ses plantations hyper géométriques et son absence de fleurs. On peut tout aussi bien créer à l’ombre qu’au soleil de vastes bosquets à la Versailles ou de petits carrés plus intimes délimités par du buis. Il s’agit d’utiliser les plantes appropriées, voilà tout. Personnellement, j’aime moins la rigidité du jardin à la française chez les particuliers, d’autant plus que maintenir des haies aussi régulières demande une taille sans fin, mais c’est tout de même possible. Ou pensez à souligner les lignes sobres de ce style avec des structures (murets, bassins rectangulaires, clôtures, etc.) et évitez ainsi tout le travail d’entretien.

Avec sa rigidité de structure, ce jardin d’ombre relève du jardin classique (à la française).

Jardin japonais Comme vous le voyez à la page 34, le jardin japonais et autres jardins orientaux prennent tout leur sens à l’ombre. On vise un jardin de tranquillité et de méditation, très vert mais peu fleuri. Il peut être très géométrique ou, encore, avoir les mêmes sentiers sinueux que le jardin de sous-bois. Pour souligner l’orientalité du jardin, pensez à utiliser des éléments japonais (ou chinois, selon le style choisi) : lanterne, structures en bambou, eau, etc. Encore, il ne faut pas beaucoup d’éléments orientaux pour créer l’effet désiré : une multiplicité exagérée d’éléments décoratifs orientaux – 3 ou 4 bouddhas, 15 lanternes de pierre, etc. – peut changer l’effet en une mauvaise parodie du style. Ai-je déjà dit que la modération a bien meilleur goût ? Eh bien, j’avais raison !

Le sishi-odoshi, qui servait à l’origine à chasser les cerfs, est un élément de base du jardin japonais.

La différence entre un jardin japonais et un jardin chinois paraît bien mince aux non-initiés, mais elle est profonde. Le jardin japonais est un lieu de recueil et de méditation. La symétrie est presque absente, les sentiers, souvent composés de pierre plates (« pas japonais »), sinuent, les plantes débordent Aménager à l’ombre | 51

et cachent en partie les structures. Il y a souvent de l’eau en mouvement, même si ce n’est qu’un mince filet tombant dans un bol, pour isoler le visiteur des sons environnants. Des objets en bambou, comme le shishi-odoshi, une section de bambou qui, en frappant sur une autre quand elle se remplit d’eau, est censé éloigner les cerfs, sont souvent présents.

Le jardin chinois est composé de contrastes, de yin et de yang.

Les mousses créent un très bel effet à l’ombre.

Le jardin chinois, basé sur la philosophie du yin et du yang, est plus structuré : les éléments durs (roches, murs, sentiers, etc.) sont ajoutés aux élé­­­ ments mous (végétaux, eau, etc.). Même les structures soulignent ce con­ traste : cercles et carrés, lignes verticales et lignes horizontales s'affron­tent comme rarement on le verrait dans un jardin occidental. Le squelette du jardin chinois (habituellement de grosses roches de forme intéressante) et ses artères (l’eau) sont omniprésents et la végétation joue un rôle réduit. Jardin de mousse Les Japonais considèrent le jardin de mousse de la plus haute sophistication… et peu de plantes réussissent aussi bien à l’ombre. Les mousses sont des plantes primitives, ancêtres de nos plantes à fleurs et autres végétaux plus récents, qui n’ont pas de système vasculaire, et donc sont limitées dans leur hauteur, car l’eau doit monter aux feuilles supérieures uniquement par capillarité. Ainsi elles restent petites, rarement plus de 2 ou 3 cm de hauteur (la sphaigne devient beaucoup plus haute, mais croît dans un milieu extrêmement humide [la tourbière] où la capillarité sur une plus grande hauteur est possible), créant un tapis vert très bas. Par contre, les mousses souffrent beaucoup de la compétition avec d’autres végétaux plus hauts :

52 | Chapitre 2

il faut bien préparer le terrain pour être certain de réussir un jardin de mousse. Au moins au moment où j’écrivais ce texte, il n’y avait aucune mousse ornementale commercialisée au Canada pour les jardins extérieurs… mais j’entends des rumeurs de rouleaux de mousse qu’on pourrait poser comme on pose du gazon. Par contre, les mousses sont abondantes dans la nature, notamment dans les emplacements humides. Sans doute que vous en avez déjà chez vous ou que vous pouvez en prélever chez une connaissance, avec sa permission, bien sûr. Il ne faut que quelques touffes de mousse pour créer un vaste tapis vert. Votre jardin de mousse peut être une pelouse d’une seule sorte de mousse, un massif de mousses dans une plate-bande ou vous pourriez tout simplement planter des mousses çà et là à travers un aménagement ombragé. On peut notamment les faire pousser sur des roches pour un très joli effet et des mousses entre les dalles d’un sentier sont superbes. Notez que les mousses viennent dans une vaste gamme de teintes de vert tendre à rouge vin foncé et dans de nombreuses textures. Un jardin de mousse se prépare plus facilement au printemps, car les mousses profitent davantage quand la température est fraîche. Enlevez d’abord les autres végétaux. Si vous voulez, vous pouvez acidifier le sol en ajoutant du soufre. Les mousses n’ont pas besoin une terre acide, mais la tolèrent bien, alors que la plupart des autres végétaux y poussent mal, ce qui donne une longueur d’avance aux mousses. Maintenant, compactez bien le sol ; avec le pied ou la main si la surface est inégale, sinon au rouleau rempli d’eau. L’idée est de rendre le sol trop dur pour que les autres plantes, soit les plantes à racines, puissent s’y installer. La mousse, n’ayant pas de racines, peut s’installer sur un sol très dur, même de la roche ! Ensuite, ramassez de la mousse sauvage et passez-la au robot de cuisine avec une tasse ou deux d’eau : cela vous donnera des milliers de miniboutures, car chaque petit morceau de mousse donnera une autre plante. Vous pouvez alors « peigner » la solution avec un pinceau sur des Aménager à l’ombre | 53

Étape 1 : compactez le sol.

Étape 4 : pesez sur les mousses pour les faire adhérer à la surface.

Étape 2 : passez la mousse récoltée au robot de cuisine.

Étape 3 : étendez la solution de mousse au pinceau ou au râteau.

Étape 5 : humidifiez le secteur deux fois par jour.

structures (muret, roche, souche, etc.) ou l’étaler au râteau sur la terre. Pressez dessus pour la fixer. Sur une surface plate, passez plutôt dessus avec le rouleau pour la fixer. Installez un brumisateur temporaire dans le secteur et faites-le fonctionner 2 fois par jour pendant 15 minutes (à cette fin, une minuterie d’arrosage est bien utile), car la mousse s’établit mieux quand la surface est toujours humide. Après cinq semaines, la mousse devrait être bien en voie de développement et vous pourriez commencer à la sevrer du système de brouillard en en réduisant la fréquence et la durée pendant plusieurs semaines pour atteindre deux ou trois fois par semaine, puis plus du tout. Il faut toutefois environ un an complet de croissance pour que le « tapis » de mousse soit bien rempli et égal. Sachez qu’une pelouse de mousse remplace facilement, par son apparence, une pelouse de graminées qui ne réussit pas à l’ombre, mais n’est pas par contre aussi résistant au piétinement. Il ne faut surtout pas penser que vous allez y jouer au soccer ! 54 | Chapitre 2

Jardin en pots Comme vous allez le voir à la page 78, il n’est pas facile de creuser dans un sol rempli de racines et donc la plantation dans un milieu ombragé est souvent tout un défi. Il y a des moyens d'y remédier… mais sans doute la méthode la plus « paresseuse » pour décorer un sous-bois dominé par des racines est d’y placer des pots. L’effet est instantané et… il n’y a aucun trou à creuser ! Et on peut utiliser aussi les pots pour décorer les surfaces inertes : aires de stationnement, escaliers, terrasses, balcons, etc. Pour plus d’intérêt, variez la taille des pots : des pots de taille moyenne et de gros pots, ou encore des pots sur piédestal ou suspendus aux branches, pour donner un joli jeu de hauteurs. Les très gros pots peuvent être mis sur roulettes pour faciliter les déplacements. Le choix de pots est presque sans limites. Il y a bien sûr de véritables pots à fleurs, offerts dans une vaste gamme de formes, de textures et de couleurs et facilement disponibles, mais tout objet qui peut contenir de la terre suffit : cuves, barils, bains d’oiseaux, voire une botte, une baignoire ou même un bol de toilette ! Il faut tout de même que le contenant ait un trou de drainage (ou que vous puissiez y en percer un), sinon votre « jardin en pots » deviendra un jardin d’eau à la première grosse pluie.

Il est facile d’ins­ taller un jardin en pots : aucun trou à creuser dans une terre pleine de racines !

L’effet des pots est plus joli quand il y a un lien entre les formes, les tailles, les couleurs ou les textures.

Recherchez quand même une certaine harmonie dans votre choix de pots. Peut-être qu’ils peuvent être tous de même forme ou faits d’un même produit (terre cuite, céramique, etc.) ou être de la même couleur ou de la même texture. Ou, encore, utilisez des pots disparates, mais incorporez-y une même plante. Juré, craché, l’œil humain aime la répétition ! Pour les plantes d’intérieur qui résideront à l’extérieur l’été, il est souvent plus facile de les laisser dans leur pot de culture (en plastique ou terre cuite) et d’insérer ce dernier dans le pot décoratif choisi pour l’aménagement. Ainsi, la rentrée d’automne se fait rapidement, car il n’y aura pas de dépotage à faire. Aménager à l’ombre | 55

Pour assurer un bon drainage, sur­élevez le pot sur des pieds de pot, des briques ou des roulettes.

Un petit morceau de papier journal ou un carré de moustiquaire sur le trou de drainage empêchera la terre de fuir au moment des arrosages.

Dans les pots, vous pouvez mettre les végétaux de votre choix. Les an­ nuelles, bulbes d’été et plantes d’intérieur sont les habitants les plus évi­ dents, mais on peut y cultiver des plantes rustiques aussi : vivaces, arbustes, conifères, etc. Attention toutefois : certains matériaux (la céra­mique, notam­ment) cassent sous l’effet du gel et du dégel. Mieux vaut vider les pots de grande valeur à l’automne et les rentrer pour l’hiver. Aussi, la température hivernale dans un pot laissé à l’extérieur est beaucoup plus froide que la température en pleine terre, donc il faut toujours choisir des plantes extra rustiques : une ou même deux zones inférieures à votre zone de rusticité. Ainsi, si vous résidez en zone 5, par exemple, mieux vaudrait y installer des plantes de zone 1, 2, 3 ou 4, mais pas des plantes de zone 5. On peut utiliser comme terre pour les pots un terreau pour plantes d’intérieur, pour semis ou bien sûr un terreau spécifiquement dédié aux « pots et jardinières ». Ou préparez votre propre mélange. Une recette éprouvée consiste en 1 partie de tourbe horticole (« peat moss »), 1 partie de compost, 1 partie de vermiculite, 1 partie de perlite, puis quel­ ques pin­cées de chaux dolomitique par litre de mélange. Ne mettez jamais de la terre à jardin « en spécial » et encore moins de la soi-disant « terre noire* » dans un pot. Enfin, n’ajoutez pas de couche de drainage de gravier ou de tessons au fond du pot : en fait, une couche de drainage au fond d’un pot réduit le drainage ! (Pour améliorer le drainage, surélevez à la place le pot de toute surface plane sur des roulettes ou des pieds de pot.) Vous pouvez toute­ fois mettre une section de moustiquaire ou une feuille de papier journal sur le trou de drainage pour que la terre ne sorte pas du trou pendant l’arrosage. La plantation en pot n’est pas très complexe, mais elle a ceci de différent par rapport à la plantation en pleine terre : on tasse les plants davantage. C’est qu’un pot est, dans le fond, un présentoir : on veut créer un très bel effet tout de suite. Donc, le pot doit se remplir, doit déborder de plantes, et cela se fait en serrant les plantes davantage. Plantez les végétaux à environ un tiers de l’espacement recommandé pour leur culture en * La véritable terre noire n’est pas disponible dans nos régions. Au Canada on vend sous ce nom de la tourbe noire, un produit à toutes fins impropre au jardinage.

56 | Chapitre 2

pleine terre. On plantera, par exemple, des impatiens de jardin (Impatiens walleriana) à environ 8 à 10 cm d’espacement alors qu’on les plante à 25 à 30 cm d’espacement en pleine terre. Sachez que les gros pots ont un grand avantage sur les plus petits : plus la masse de terreau dans un pot est grosse, moins vite il s’assèche et moins souvent vous aurez à l'arroser. Il est parfois nécessaire d’arroser de petits pots deux ou trois fois par semaine (jusqu’à deux fois par jour au soleil !) alors que les mêmes plantes dans un gros bac se contenteront d’un arrosage par semaine, même aux deux semaines si la température est fraîche. Nous parlerons davantage de l’arrosage des plantes en pot à la page 113. Notez aussi un détail important : les plantes en pot demandent plus d’engrais que les plantes en pleine terre. Ainsi il est pratique d’incorporer, dans le mélange de terreau, un bon engrais tout usage à dégagement lent, selon les recommandations du fabricant, et ce, avant la plantation. Même après cela, ajoutez un peu d’engrais soluble tout usage (un engrais d’algues, par exemple) à chaque arrosage, surtout en période estivale, ou vaporisez un tel engrais sur le feuillage (les plantes absorbent les minéraux aussi facilement par leur feuillage que par leurs racines). C’est que les plantes en pot, d’un côté, subissent un lessivage par la pluie et par les arrosages que les plantes en pleine terre ne subissent pas et ce lessivage laisse le terreau pauvre en éléments nutritifs. De plus, les plantes en pot sont habituellement beaucoup plus tassées que les plantes en pleine terre et chacune veut sa part du magot. Les vendeurs de terreau suggèrent toujours de remplacer le terreau tous les ans par un terreau frais… mais alors ils tirent profit de la vente de terreau. En fait, vous pouvez utiliser le même terreau encore et encore, en ajoutant annuellement du compost ou du terreau frais pour remplacer le terreau disparu à la suite de la décomposition de ses ingrédients. Enfin, un détail à noter : oui, on peut facilement placer des pots directe­ ment au sol sous des arbres à racines superficielles où autrement peu de plantes réussissent, mais… tournez le pot de temps en temps, peut-être une fois par mois, sinon les racines des arbres, agressives comme ça ne se peut pas, envahiront vos pots ! Aménager à l’ombre | 57

Jardin en auge Une variante intéressante du jardin en pots est le jardin en auge. Un tel jardin convient très bien à l’ombre. Il suffit d’y incorporer de petites plantes alpines tolérantes de l’ombre, comme les saxifrages (Saxifraga) et les mousses.

Le jardin en auge est très populaire parmi les amateurs de plantes alpines.

À l’origine, on utilisait des auges en pierre (abreu­ voirs d’animaux) pour créer un mini-paysage alpin de plantes et de roches. Les auges en véritable pierre sont toutefois maintenant très rares et très coûteuses et la plupart des auges sont maintenant faites en hypertufa (un genre de béton léger). On y procède pour la plantation comme pour n’importe quelle culture en contenant, mais il faut un terreau très bien drainé, voire graveleux. Un mélange d’une partie de terre de jardin commerciale (pas de terre prélevée dans votre jardin : elle contient probablement trop de glaise !), une partie de sable de construction et une partie de gravier très fin conviendront très bien. Pour une recette d’hypertufa et une explication étape par étape de la construction de votre propre auge en hypertufa, consultez le livre Le jardinier paresseux : Pots et jardinières.

On peut avoir une belle rocaille à l’ombre.

Notez qu’un jardin en auge est conçu pour rester à l’extérieur à l’année et il faut par conséquent n’y cultiver que des plantes très rustiques.

Rocaille On pense souvent à la rocaille comme étant stric­ tement limitée aux plantes de plein soleil, mais n’oubliez pas qu’une rocaille représente une végé­ tation de montagne… et il y a un côté frais et ombragé à toute montagne. Il suffit d’y planter quelques-unes des nombreuses plantes alpines qui réussissent bien à l’ombre ou à la mi-ombre (ancolies [Aquilegia], bugles [Ajuga], alchémilles [Alchemilla], corydales [Corydalis], etc.), voilà 58 | Chapitre 2

tout ! Et ajoutez un peu de mousse vivante (pages 52 à 54) : il n’y a rien de plus beau (ni de plus naturel) que de la belle mousse sur une rocaille ombragée. On crée une rocaille d’ombre exactement de la même façon qu’une ro­ caille de soleil : en empilant des roches de taille, de couleur et de texture similaires (la roche calcaire, avec toutes ses anfractuosités et ses strates horizon­tales, est particulièrement intéressante) les unes sur les autres. Pour un effet plus réussi, les roches seront placées plus ou moins à l’horizon­ tale ; il est moins facile de créer une apparence naturelle quand chaque roche est à un angle différent. Idéalement, vous construirez votre rocaille à la base d’une pente : cela vous assure une bonne solidité et, de plus, elle paraîtra plus naturelle. Et elle servira en même temps de muret pour retenir la pente. Il vous faudra de l’aide et sans doute plusieurs paires de bras, voire une chargeuse-pelleteuse (pépine) : si vous pouvez lever une roche tout seul, elle est trop petite pour une rocaille !

Gravier

Pente d’origine

Papier journal

Recouvrez le secteur de 7 à 10 feuilles de papier journal humide pour étouffer le gazon et les mauvaises herbes (page 93). Placez les roches à l’horizontale, mais un peu penchées vers l’arrière si possible, soit vers la pente : cela permettra un meilleur écoulement de l’eau. La première rangée sera composée des roches les plus lourdes. S’il reste de l’espace entre la rocaille et la pente, remplissez-la de gravier. Après avoir installé une première rangée, recouvrez-la de terre sablonneuse ou graveleuse – jamais avec de la glaise ! – pour que les roches empilées soient plus stables. Tout surplus de terre se tassera aux premiers arrosages et ira combler les fissures. Placez la deuxième rangée sur la première, en quinconce bien sûr et plus ou moins en retrait (selon l’angle désiré) de façon à ce que la rocaille s’appuie sur la pente. Continuez de bâtir vers le haut en plaçant chaque rang en quinconce et au moins légèrement en retrait afin de créer un effet d’affleurement de roche naturel irrégulier mais un peu arrondi dans son ensemble. Ne recouvrez pas les roches du sommet de terre, mais versez-en dans les interstices entre les pierres.

Pour une rocaille facile à construire, adossez-la à une pente existante.

Aménager à l’ombre | 59

On peut aussi construire une rocaille indé­ pendante de toute pente.

Gravier

Papier journal Vue de côté.

Vue de haut.

Vous n’avez pas de pente à laquelle adosser votre rocaille ? On peut créer un bel effet sur une surface plane avec une rocaille indépendante. C’est la même technique que la rocaille adossée, mais vous placerez cette fois-ci la première rangée de roches en dessinant un ovale, un triangle, un rectangle, etc. Remplissez le centre de gravier, recouvrez la première rangée d’une couche de terre sablonneuse ou graveleuse et posez la deuxième rangée, puis la troisième, etc., en rétrécissant chaque fois votre forme comme si vous construisiez un igloo. Coiffez le tout avec encore quelques roches et… plantez. Évitez de composer vous-même une rocaille trop haute ou trop dressée. Pour un amateur sans expérience en construction extérieure, une hauteur de 1,2 m et une pente de 60˚ sont bien suffisantes : aucun danger que cela ne bouge. Si vous avez une rocaille plus haute à construire ou désirez un angle plus proche de 90˚, impliquez des professionnels de l’aménagement paysager dans la construction. Il faudrait dans ce cas une assise bien solide (une tranchée avec une bonne couche de gravier compacté), une terre super bien drainée et probablement un tuyau de drainage. À 1,2 m et moins, vous vous éviterez tous ces tracas. Pour planter dans les interstices de votre nouvelle rocaille, dépotez vos plants, enroulez leurs racines dans de la mousse de sphaigne et insérezles délicatement dans le trou, en utilisant la mousse pour les solidifier. Il est souvent nécessaire de faire tomber une partie de la terre de la motte de racines et même de comprimer un peu la motte pour la faire pénétrer dans une fissure étroite. 60 | Chapitre 2

Arrosez bien vos plantations dans la rocaille pendant quelques semaines, question de bien les établir, mais habituellement les plantes alpines tolèrent très bien les écarts d’arrosage une fois établies. Jardin d’eau Quand j’ai commencé à jardiner, on nous disait qu’il fallait toujours placer un jardin d’eau le plus au soleil possible. C’était une erreur ! On sait maintenant que soleil égale algues. D’accord, on peut planter une abondance de végétation aquatique pour couper le soleil et réduire les algues, mais il est encore plus facile de faire son jardin aquatique dans un emplacement mi-ombragé ou même à l’ombre, où il est facile de garder l’eau limpide. Ainsi, on peut profiter de tous les avantages d’un jardin aquatique sans devoir se battre constamment contre la « terreur verte » que sont les algues filamenteuses. S’il n’y a pas d’algues dans le jardin d’eau d’ombre, il y aura toutefois des feuilles mortes, d’autant plus si votre bassin est placé sous de grands arbres. Durant l’été, il suffit de passer un ramasse-feuilles de piscine de temps en autre. L’automne, par contre, il peut être sage de fixer un filet temporaire au-dessus de l’eau pour attraper la plus grosse partie des déchets avant qu’ils ne finissent dans l’eau.

Un jardin d’eau trouve parfaitement sa place à l’ombre. Le nymphéa ‘James Brydon’ (Nymphaea ‘James Brydon’) est probablement le nymphéa le mieux adapté à l’ombre.

Évidemment, la raison principale pour la recomman­ dation d’installer un jardin d’eau au soleil était de pou­voir y cultiver un plus vaste choix de nymphéas (Nymphaea) et d’autres plantes aquatiques. Si c’est votre but, allez-y avec un emplacement ensoleillé si vous en avez un. Mais il y a quand même un bon nombre de plantes aquatiques qui poussent très bien à l’ombre et même certains nymphéas qui y fleurissent, du moins à la miombre. D’accord, leur floraison sera moins abondante qu’au soleil, mais présente néan­moins. Aménager à l’ombre | 61

Soleil =

Soleil printanier* =

Mi-ombre =

Ombre =

*Tolère l’ombre l’été

Nymphéas convenant à l’ombre Nymphaea ‘Albert Greenburg’ tropical

N. ‘Lactea’

zone 4

N. ‘Arc-en-Ciel’

zone 4

N. ‘Margaret Randig’

tropical

N. ‘August Koch

tropical

N. ‘Panama Pacific’

tropical

N. ‘Blue Beauty’

tropical

N. ‘Pink Platter’

tropical

N. ‘Charlene Strawn’

zone 4

N. ‘Rembrandt’

zone 4

N. ‘Chromatella’

zone 4

N. ‘Shirley Byrne’

tropical

N. ‘Comanche’

zone 4

N. ‘Sulphurea’

zone 4

N. ‘Dauben’

tropical

N. ‘Texas Dawn’

zone 4

N. ‘Director Moore’

tropical

N. ‘Texas Shell Pink’

tropical

N. ‘Hermine’

zone 4

N. ‘Tina’

tropical

N. ‘James Brydon’

zone 4

N. ‘Virginia’

zone 4

Autres plantes aquatiques et marginales pour l’ombre Acore

Acorus spp.

zone 4

Plantain d’eau

Alisma plantago-aquatica

zone 4

Aponogéton

Aponogeton distachys

zone 5

Bouton d’or

Ranunculus repens

zone 3

Calla des marais

Calla palutris

zone 2

Céleri d’eau panaché

Oenanthe javanica ‘Flamingo’

zone 4

Colocase

Colocasia esculenta

tropical

Cornifle immergée

Ceratophyllum demersum

zone 3

Élodée du Canada

Elodea canadensis

zone 3

Glycérie aquatique panachée

Glyceria aquatica ‘Variegata’

zone 4

Iris d’eau japonais

Iris laevigata

zone 5

Iris de Sibérie

Iris sibirica

zone 3

Iris des marais

Iris pseudacorus

zone 3

62 | Chapitre 1

  

Iris du Japon

Iris ensata

zone 4 ou 5

Iris versicolore

Iris versicolor

zone 3

Laîche

Carex spp.

zones variables

Laitue d’eau

Pistia stratiotes tropical

Lentille d’eau

Lemna minor

zone 2

Ligulaire

Ligularia spp.

zones 3 ou 4

Linaigrette

Eriophorum spp.

zone 2

Lysichite jaune

Lysichiton americanum

zone 5b

Lobélie cardinale

Lobelia cardinalis

zone 2

Lysimaque

Lysimachia spp.

zone 3

Menthe aquatique

Mentha aquatica

zone 2b

Mille-feuille aquatique

Hottonia palustris

zone 3

Mimule

Mimulus spp.

zone 3 ou annuelle

Myosotis des marécages

Myosotis scorpioides

zone 4

Nénuphar jaune

Nenuphar spp.

zone 3

Papyrus nain

Cyperus alternifolius

tropical

Pétasite hybride

Petasites hybridus

zone 3

Plante caméléon

Houttuynia cordata ‘Chameleon’ zone 4

Populage des marais

Caltha palustris

zone 4

Prêle d’hiver

Equisetum hyemale

zone 4

Primevère

Primula spp.

zones variables

Queue-de-lézard

Saurus cernuus

zone 4b

Quenouille

Typha spp.

zone 3

Rodgersia

Rodgersia spp.

zone 4

Ruban de bergère

Phalaris arundinacea ‘Picta’

zone 4

Sagittaire

Sagittaria spp.

zones variables

Salicaire

Lythrum salicaria

zone 3

Salvinie auriculée

Salvinia auriculata tropical

Trèfle d’eau

Marsilea spp. tropical

Trolle

Trollius spp.

zone 3

Vallisnerie d’Amérique

Vallisneria americana

zone 4



Aménager à l’ombre | 63

Si vous voulez incorporer des plantes aquatiques dans un jardin d’eau ombragé, vous trouverez dans nos listes plusieurs possibilités, mais sachez que la culture des plantes de milieu aquatique n’est pas la seule raison pour vouloir un jardin d’eau. La présence d’eau en soi est un atout majeur pour tout terrain, d’autant plus si elle est en mouvement. Elle rafraîchit l’air, ajoute du mouvement à l’ensemble et joue une douce musique qui peut cacher des bruits moins intéressants. Un ruisseau babillard qui coule vivement entre les roches au fond d’un ravin, un bassin réfléchissant tranquille dans un coin sombre, une chute vigoureuse coulant d’un muret ou d’une rocaille, un tuyau de bambou qui laisse tomber goutte à goute de l’eau dans le creux d’une roche dans un jardin japonais, voilà quelques idées de jardin d’eau qui ajouteront beaucoup d’intérêt à un terrain ombragé sans qu’il soit nécessaire de les remplir de végétaux adaptés.

Un jardin d’eau feng shui permet de profiter de la présence d’eau dans un coin ombragé et ne demande aucun travail de construction.

64 | Chapitre 2

D’ailleurs, plutôt que de vous embarquer dans un projet de construction majeure avec un grand jardin d’eau, pourquoi ne pas tâter le terrain en installant une de ces petites fontaines de relaxation feng shui, qui se vendent maintenant partout, sur une table ou par terre. Rien de plus facile : vous ajoutez de l’eau et vous la branchez, voilà tout. Il y a des modèles de toutes les tailles et pour tous les budgets. C’est une façon instantanée d’obtenir l’effet musical de l’eau sans devoir creuser quoi que ce soit. D’ailleurs, pour un petit terrain de ville, une petite fontaine semblable est probablement tout ce que vous pour­rez utiliser. Juste un détail à retenir : le petit bassin incorporé dans ces fontaines ne contient pas beau­coup d’eau et l’eau en mouvement s’évapore rapidement ; il faut le remplir souvent. Rentrez-la l’hiver pour ajouter une touche aquatique à votre salon ou votre bureau. Ai-je négligé de mentionner que les poissons aussi préfèrent l’ombre au soleil ? En effet, l’eau y reste plus fraîche et l’eau fraîche est de l’eau oxygénée, or les poissons respirent l’oxygène. Vos poissons n’auront jamais été aussi heureux !

Cinq plans pour un jardin à l’ombre Malgré les nombreuses suggestions de styles de jardin des pages précé­ den­tes, vous ne vous sentez pas encore assez à l’aise pour concevoir votre propre jardin d’ombre ? Peu importe ! Dans les pages suivantes, on vous suggère cinq mini-plans de jardin d’ombre, des croquis en somme, chacun conçu par l’entreprise Les Artisans du paysage de Québec, une entre­prise d’amé­nagement paysager maintes fois primée, avec les intérêts d’un jardi­ nier amateur plutôt paresseux en tête. Les plantes sont de culture facile et très adap­tables dans leurs besoins, idéales donc pour n’importe quel coin ombragé. Les produits employés sont facilement disponibles et de prix raisonnable et aucune technique compliquée n’a été utilisée. Ces plans sont pour vous : utilisez-les ! Vous pouvez employer ces plans tels quels ou augmenter ou réduire le nom­ bre de plantes pour qu’elles épousent votre espace disponible. Mieux encore, plutôt que de suivre les plans à la lettre, utilisez-les comme source d’inspiration, en employant certains éléments, mais en ajoutant votre propres touches. Car je pense qu’un aménagement est toujours plus satisfaisant quand on y sent, au moins un peu, la main du propriétaire. De plus, quand vous vous êtes impliqué dans un aménagement, vous l’appréciez davantage.

Aménager à l’ombre | 65

Jardin japonais Nous avons déjà discuté du jardin japonais (voir la page 51) et du fait qu’il est généralement plus beau à l’ombre qu’au soleil. Eh bien, voici un exemple.

au printemps, lorsque le magnolia, les azalées ainsi qu’une foules d’autres végétaux s’épanouissent, profitant du soleil qui pénètre facilement à travers les branches dénudées des arbres. Par la suite, les fleurs se raréfient, deviennent discrètes et ce sont les teintes de vert qui prédominent… jusqu’à l’automne, alors que les teintes orangées et rouges des arbuste ajoutent un peu de couleur pour clôturer la saison de croissance. Pourtant, pendant toute cette pé­riode,

L'équipe de conception de « Les Artisans du paysage ».

Ce jardin, comme bien des jardins japonais, fleurit surtout

1 2 3 4 5 6  3 

7  8 

l’aménagement est superbe, et cela, même en hiver, grâce à une bonne planification ainsi qu’à un choix de végétaux et de matériaux inertes appropriés. Le thème d’un jardin de détente et de méditation à la japo­ naise est souligné ici par une sélection de végétaux origi­ naires du Japon ou représentant la flore du pays (fou­gères,

légende : Roche Tronc d’arbre existant Échelle : ⅛’’ = 1’- 0’’

azalées, magnolia, etc.) ainsi que par un regroupe­ment de roches disposées de façon à représenter une tortue, symbole

Liste des plantes

de longévité dans la culture japonaise. Une clôture de thuya

1. Fusain ailé (Euonymus alatus) (1 plante)

de 8’ (2,4  m), teinte de couleur natu­relle, assure l’intimité

2. P achysandre du Japon ‘Green Carpet’ (Pachysandra terminalis ‘Green Carpet’) (35 plantes)

nécessaire à un tel jardin. Notez qu’il n’a pas été nécessaire d’y ajouter un seul artifice de style oriental – lanterne, sculpture, fontaine, etc. – pour obtenir l’effet désiré.

3. Iris du Japon ‘Ruby King’ (Iris ensata ‘Ruby King’) (3 plantes) 4. A  némone du Japon ‘Robustissima’ (Anemone x hybrida ‘Robustissima’) (10 plantes) 5. A  zalée Orchid Lights (Rhododendron ‘Orchid Lights’) (1 plante) 6. A  stilbe du Japon ‘Deutschland’ (Astilbe x japonica ‘Deutschland’) (10 plantes)

66 | Chapitre 2

9

9

11

9

11

clôture de bois 11 1

12 10 13

13 14 13

17

16

18

1 15

gazon

bordure de la zone de plantation

19

7. Dryoptéride marginale (Dryopteris marginalis) (9 plantes)

13. Azalée ‘Mandarin Lights’ (Rhododendron ‘Mandarin Lights’) (1 plante)

8. Magnolia de Loebner ‘Merrill’ (Magnolia x loebneri ‘Merrill’) (1 plante)

14. Osmonde cannelle (Osmunda cinnamomea) (7 plantes)

9. Thé du Labrador (Ledum groenlandicum) (1 plante)

15. Iris du Japon ‘Ruby King’ (Iris ensata ‘Ruby King’) (5 plantes)

10. Pachysandre du Japon ‘Green Carpet’ (Pachysandra terminalis ‘Green Carpet’) (25 plantes)

16. Asaret du Canada (Asarum canadense) (7 plantes)

11. Azalée ‘Lemon Lights’ (Rhododendron ‘Lemon Lights’) (1 plante) 12. Astilbe du Japon ‘Deutschland’ (Astilbe x japonica ‘Deutschland’) (12 plantes)

17. Asaret du Canada (Asarum canadense) (4 plantes) 18. Athyrium ‘Ghost’ (Athyrium ‘Ghost’) (11 plantes) 19. Asaret du Canada (Asarum canadense) (13 plantes)

Aménager à l’ombre | 67

Jardin d’ombre en façade Ce n’est pas uniquement à l’arrière d’une maison que l’on retrouve de l’ombre. Ici on a imaginé une façade ombragée par des arbres d’alignement de la ville d’un côté et par un grand chêne au coin de la maison de l’autre, plus la maison elle-même, car elle est face au nord. Ainsi la cour avant est ombragée ou mi-ombragée partout. Pourtant, on veut un bel effet accueillant pour les visiteurs, pas un paysage de gazon affaibli poussant à travers des racines comme l’on voit trop souvent dans une telle situation. On se rend compte ici qu’en choisissant les bons végétaux, on peut tout à fait obtenir une belle façade à l’ombre. Une allée à deux voies donne le ton et permet un accès direct autant au trottoir de la ville qu’à l’aire de station­ne­ment. Pour assurer un bel effet en tout temps, on a utilisé surtout des végétaux à beau feuillage (fougères, hostas, pul­mo­naires, etc.), même des conifères tolérants de l’ombre (if, cyprès de Sibérie) afin que l’effet continue durant l’hiver. Pourtant, il y a des fleurs aussi, et même beaucoup de fleurs. Toute la façade est plantée de petites touffes de bulbes (crocus, scilles, narcisses, etc.), un détail non illustré dans le plan, assurant une floraison dès la fonte des neiges. Par la suite, d’autres floraisons se poursuivent, à la queue leu leu, durant tout l’été (barbe de bouc, ligulaires, clèthre, etc.) et jusqu’à la fin de l’automne (astilbe de Chine et cimicifuge pourpre).

Liste des plantes

1. L amier jaune ‘Hermann’s Pride’ (Lamium galeobdolon ‘Hermann’s Pride’) (80 plantes) 2. Hosta ‘Captain Kirk’ (Hosta ‘Captain Kirk’) (1 plante) 3. Primevère du Père Vial (Primula vialii) (21 plantes) 4. Hosta ‘Blue Mammoth’ (Hosta ‘Blue Mammoth’) (1 plante)

68 | Chapitre 2

5.  Onoclée sensible (Onoclea sensibilis) (5 plantes) 6.  Astilbe de Chine ‘Pumila’ (Astilbe chinensis ‘Pumila’) (23 plantes) 7.  Cyprès de Sibérie (Microbiota decussata) (1 plante) 8.  Fougère à l’autruche (Matteuccia struthiopteris) (7 plantes) 9. Pulmonaire saupoudrée à fleurs blanches (Pulmonaria saccharata ‘Sissinghurst White’) (20 plantes) 10. C  imicifuge pourpre ‘Brunette’ (Cimicifuga simplex (Groupe Atropurpurea) ‘Brunette’) (9 plantes) 11. B  arbe de bouc (Aruncus dioicus) (9 plantes) 12. Ligulaire dentée ‘Othello’ (Ligularia dentata ‘Othello’ ) (5 plantes) 13. F usain ailé nain (Euonymus alatus ‘Compactus’) (1 plante) 14. Clèthre ‘Pink Spire’ (Clethra alnifolia ‘Pink Spire’) (1 plante) 15. If hybride de Hicks (Taxus x media ‘Hicksii’) (1 plante) 16. Primevère du Père Vial (Primula vialii) (32 plantes) 17. Ligulaire hybride ‘The Rocket’ (Ligularia ‘The Rocket’) (4 plantes) 18. Pulmonaire saupoudrée à fleurs blanches (Pulmonaria saccharata ‘Sissinghurst White’) (3 plantes) 19. Astilbe de Chine ‘Pumila’ (Astilbe chinensis ‘Pumila’) (16 plantes) 20. Fougère femelle (Athyrium filix-femina) (14 plantes) 21. Fougère femelle (Athyrium filix-femina) (2 plantes) 22. Onoclée sensible (Onoclea sensibilis) (5 plantes) 23. Onoclée sensible (Onoclea sensibilis) (3 plantes) 24. Lamier jaune ‘Hermann’s Pride’ (Lamium galeobdolon ‘Hermann’s Pride’) (43 plantes)

résidence

perron 13 15 11

14 14 14

12 7 4 9

allée

4

16

L'équipe de conception de « Les Artisans du paysage ».

10 18 4

8 2 7 2 2

17 19 20

3

23 4

24

1

galets de rivière

4

6

5

21 22

galets de rivière

légende : Roche Tronc d’arbre existant Échelle : ⅛’’ = 1’- 0’’

Aménager à l’ombre | 69

Jardin de fleurs annuelles Vous aimeriez avoir plein de fleurs dans votre coin légende :

ombragé ? Une floraison qui durera tout l’été ? Eh bien, la solution la plus facile est d’y cultiver des annuelles. Seules

Roche

ces plantes garantissent, par leur floraison qui se maintient

Échelle : ⅛’’ = 1’- 0’’

pendant des mois de temps, une floraison soutenue tout l’été. D’accord, il faut un peu plus d’effort pour maintenir les annuelles, qui exigent au minimum une replantation 7

annuelle, mais si vous les concentrez dans un seul secteur, comme ici près de la porte-fenêtre donnant sur la cour balement, maintenir le terrain n’exigera pas trop de votre temps. Dans l’aménagement ci-contre, on a réussi à créer une am­ biance tropicale près de la maison alors que le reste du terrain est un sous-bois naturel, sans entretien aucun. De cette façon, les propriétaires pourront profiter d’un effet très coloré, presque brûlant, près de la maison et y concen­ trer leurs efforts, sans trop investir d’énergie ailleurs. Le per­

8 L'équipe de conception de « Les Artisans du paysage ».

arrière, au moins les plantations seront limitées. Ainsi, glo­

4 6 5 3 2 1

ron en pavés incorpore déjà un bac de plantation et on y ajoute des pots de fleurs. Suit une terrasse au niveau du sol en dalles de pierre et des plantations d’annuelles en pleine terre. L’effet tropical de l’ensemble est rehaussé par des plantes à feuillage géant (calocases), qui assurent toujours un effet de jungle, et par des coléus qui offrent, dans leur feuillage, ces couleurs qu’on ne retrouve pas normalement dans les régions tempérées. Même les arbustes, seules plan­ tes per­manentes dans cet aménagement aléatoire, produi­ sent un effet tropical, le sureau noir Black Lace par son feuillage dentelé presque noir et la viorne ‘Onondaga’ par ses cou­leurs changeant constamment.

Liste des plantes 1. A  spérule azurée (Asperula orientalis) (40 plantes) 2. T  abac sylvestre (Nicotiana sylvestris) (1 plante) 3. C  olocase ‘Ilustris’ (Colocasia esculenta ‘Illustris’) (5 plantes) 4. B  égonia des plates-bandes (Begonia x semperflorens-cultorum) (25 plantes) 5. Impatiente des jardins (Impatiens walleriana) (15 plantes) 6. Dracéna des jardins (Cordyline australis) (1 plante) 7. S ureau noir Black LaceMD (Sambucus nigra ‘Eva’) (1 plante)

70 | Chapitre 2

9

porte-fenêtre clôture 10 8

patio pot 1

7 2 2

pot 2

pot 3

2 2 11 2 6 2 12

terrasse

13

6

8. Fuchsia sur tige (Fuchsia x hybrida) (1 plante) 9. Browallia (Browallia speciosa) (5 plantes) 10. Viorne ‘Onondaga’ (Viburnum sargentii ‘Onondaga’) (1 plante) 11. Coléus ‘Saturn’ (Solenostemon scutellardioides ‘Saturn’) (9 plantes) 12. Impatiente des jardins (Impatiens walleriana) (30 plantes) 13. Aspérule azurée (Asperula orientalis) (30 plantes)

14

Pot 1 Strobilanthès (Strobilanthes dyerianus) (1 plante) et grande pervenche panachée (Vinca major ‘Variegata’) (3 plantes) Pot 2 P lante araignée (Chlorophytum comosum ‘Vittatum’) (1 plante) et torenia hybride série Summer Wave (Torenia x hybrida) (3 plantes) Pot 3 P lante araignée (Chlorophytum comosum ‘Vittatum’) (1 plante) et torenia hybride série Summer Wave (Torenia x hybrida) (3 plantes)

14. Bégonia des plates-bandes (Begonia semperflorens-cultorum) (20 plantes)

Aménager à l’ombre | 71

Coin détente à la fraîcheur Si un secteur de votre terrain se doit vraiment d’être à l’ombre, c’est bien le coin de repos. Là, entouré de belle végétation qui nous cache à la vue des voisins et qui coupe le son du terrain de jeu voisin, de plus caressé par le doux murmure d’une petite fontaine, on peut se laisser aller à la rêverie et à la méditation ou lire tranquillement un livre… de jardinage, bien sûr. Imaginez    ! Sous l’ombre rafraîchis­ sante des arbres déjà existants et en pleine canicule de juillet, il fait souvent 3 ˚C de moins que sur le patio voisin

Liste des plantes

1. Géranium cendré ‘Purple Pillow’ (Geranium cinereum ‘Purple Pillow’) (5 plantes) 2. Alchémille molle (Alchemilla mollis) (5 plantes) 3. Aconit napel (Aconitum napellus) (3 plantes) 4. Rodgersia à feuilles pennées ‘Chocolate Wing’ (Rodgersia pinnata ‘Chocolate Wing’) (1 plante)

au plein soleil.

5. Diervillée chèvrefeuille (Diervilla lonicera) (1 plante)

Ici, sur une petite terrasse en pierres naturelles, on trouve

6. Hosta ‘Blue Cadet’ (Hosta ‘Blue Cadet’) (1 plante)

deux chaises longues qui invitent à la détente. Les couleurs fraîches – bleus, verts, pourpres – du géranium cendré et des hostas à feuillage bleu dominent dans cet aménagement, avec tout juste assez de couleurs chaudes pour donner du relief à l’ensemble. Les feuilles sont souvent grosses (pétasite, rodgersia, hosta ‘Sum and Substance’, etc.), ce qui a pour résultat d’accentuer l’effet d’intimité : à côté d’elles, on se sent plus petit et donc plus isolé du monde. Ce coin de repos n’occupe qu’une petite surface et pour­rait facilement s’installer même sur un terrain de ville.

7. Sceau-de-Salomon hybride (Polygonatum x hybridum) (2 plantes) 8. Pétasite du Japon (Petasites japonicus) (1 plante) 9. Lis du Canada (Lilium canadense) (1 plante) 10. G  alane oblique (Chelone obliqua) (4 plantes) 11. E pimède ‘Frohnleiten’ (Epimedium x perralchicum ‘Frohnleiten’) (3 plantes) et Bégonia tubéreux Nonstop blanc (Begonia x tuberhybrida Nonstop® White) (3 plantes) 12. R  eine des près (Filipendula rubra ‘Venusta’) (3 plantes) 13. S ceau-de-Salomon hybride (Polygonatum x hybridum) (1 plante) 14. R  hododendron ‘Northern Starburst’ (Rhododendron ‘Northern Starburst’) (1 plante) 15. E pimède ‘Frohnleiten’ (Epimedium x perralchicum ‘Frohnleiten’) (9 plantes) et Bégonia tubéreux Nonstop blancs (Begonia x tuberhybrida Nonstop® White) (5 plantes) 16. H  osta ‘Sum and Substance’ (Hosta ‘Sum and Substance’) (1 plante)

72 | Chapitre 2

7 6 6 5

8 9 9 9

L'équipe de conception de « Les Artisans du paysage ».

5 5 4 6 4

10

3

11

2

12

1

13 14 4 15

terrasse

16

fontaine

légende : Tronc d’arbre existant Échelle : ⅛’’ = 1’- 0’’

Aménager à l’ombre | 73

Jardin de plantes indigènes Les plantes indigènes n’ont jamais été aussi populaires auprès des jardiniers d’Amérique du Nord. Après plu­sieurs

forêt

générations à avoir considéré les plantes venues d’ailleurs comme étant les seules convenables aux aménagements paysagers intéressants et alors que les plantes indigènes n’étaient que des « fardoches », nous commençons à apprécier le fait 5 5

que la nature autour de nous a beaucoup à offrir. Vous verrez dans l’aménagement ci-contre de très belles

7 5

de plantes indigènes ou encore des plantes tellement bien

6

naturalisées au Québec qu’elles y vivent comme des indigènes (le myosotis, par exemple). Comme presque toute notre région a été couverte de forêt à l’origine, il est particulièrement facile de trouver des plantes indigènes convenant à un milieu ombragé : le choix est d’ailleurs presque illimité ! Aussi, avec les plantes indigènes, on a rarement à craindre que les végétaux manquent de rusticité ou succombent à notre climat en dents de scie : si elles viennent de chez nous, elles peuvent pousser chez nous !

L'équipe de conception de « Les Artisans du paysage ».

plantes, soit des plantes indigènes, des sélec­tions horticoles

6 4 3

2 1

Un détail cependant : il existe maintenant des fournisseurs

Liste des plantes

commerciaux de plantes indigènes. Il n'est absolument pas

1. Actée rouge (Actaea rubra) (9 plantes)

nécessaire – et surtout pas du tout respectueux ! – d’aller

2. A  némone du Canada (Anemone canadensis) (11 plantes)

piller les forêts à la recherche de plantes pour décorer son terrain. Si vous cherchez des plantes indigènes pour votre aménagement, allez donc les trouver en pépinière! L’aménagement que voici sert de zone de transition entre la maison et une forêt intacte conservée lors de sa construction. On y voit un escalier en pierres naturelles qui monte une pente aux abords de ce boisé. Cette zone aménagée cède par la suite la place à la forêt principale qu’on laissera strictement intacte.

74 | Chapitre 2

3. S ureau du Canada doré (Sambucus canadensis ‘Aurea’) (1 plante) 4. M  yosotis des bois (Myosotis sylvatica) (25 plantes) 5. O  smonde royale (Osmunda regalis) (1 plante) 6. A  ncolie du Canada (Aquilegia canadensis) (1 plante) 7. C  apillaire du Canada (Adiantum pedatum) (21 plantes)

11 3

12

5 10 6 3 13 14 15

16 6 6 11 20 8

escalier en pierres naturelles

9

légende : 17 18 19

Pierre plate Tronc d’arbre existant Échelle : ⅛’’ = 1’- 0’’

8.  Violette du Canada (Viola canadensis) (11 plantes)

16. Thé des bois (Gaultheria procumbens) (19 plantes)

9.  Trille dressé (Trillium erectum) (11 plantes)

17. Quatre-temps (Cornus canadensis) (15 plantes)

10. Quatre-temps (Cornus canadensis) 13 plantes 11. Thé des bois (Gaultheria procumbens) (15 plantes) 12. Actée rouge (Actaea rubra) (17 plantes) 13. Actée rouge (Actaea rubra) (5 plantes) 14. Verge d’or à tige zigzagante (Solidago flexicaulis) (1 plante)

18. Trille dressé (Trillium erectum) (17 plantes) 19. Myosotis des bois (Myosotis sylvatica) (5 plantes) 20.Thé des bois (Gaultheria procumbens) (10 plantes)

15. Tiarelle cordifoliée (Tiarella cordifolia) (21 plantes)

Aménager à l’ombre | 75

Chapitre 3 JARDINER À L’OMBRE Ça y est : vous avez déterminé que votre terrain, ou un secteur de votre terrain, est à l’ombre ou à la mi-ombre et vous voulez commencer à faire des plantations en vous inspirant, je l’espère, de la vaste sélection de plantes d’ombre de la Section 2 de ce livre. Avant de vous y mettre, cependant, il y a quelques questions techniques à régler, car, comme vous le découvrirez dans les prochaines pages, jardiner à l’ombre n’est pas tout à fait la même chose que jardinier au soleil. Regardons donc ici les différences et comment vous pouvez vous y prendre pour faire de votre jardin à l’ombre un succès.

76 | Chapitre 3

Avant de commencer Avant de regarder plus en détail le jardinage à l’ombre, considérons votre situation actuelle. Sans doute que vous vous retrouverez dans l’un des quatre cas suivants : 1. Vous avez déjà un jardin d’ombre et il va plutôt bien. Rien de surprenant là : la plupart des jardiniers réussissent relativement bien à l’ombre, du moins après quelques erreurs de parcours. Je vous suggère de lire ce livre tout de même, du début à la fin : vous y trouverez des trucs et des conseils qui vous aideront à améliorer encore davantage votre façon de faire. Et vous trouverez une tonne (presque littéralement !) de nouvelles plantes à essayer dans la Section 2 de ce livre. Mais continuez comme avant : après tout, on ne change pas une équipe qui gagne ! 2. Vous avez déjà un jardin d’ombre et il va plutôt mal. Cela aussi, ça arrive, notamment quand on essaie d’aller trop vite. (L’ombre, c’est la tortue du monde du jardinage : on arrive à la dompter, mais lentement. Jouer au lièvre ne convient pas à l’ombre : il faut prendre son temps si l'on veut de bons résultats.) Donc, la question brûlante : voulez-vous essayer de conserver votre jardin pas trop réussi en l’améliorant avec de nouvelles plantations et de nouvelles techniques de jardinage ou préférez-vous recommencer à zéro ? Si les plants sont plus petits et plus chétifs que quand vous les avez achetés ou si réellement l’effet présent est affreux, recommencer à zéro est peut-être la solution à envisager. Évidemment, vous pourriez vouloir récupérer quelques plantes en les arrachant avant les travaux, mais il serait probablement mieux de vous limiter aux plantes plus solides ou qui ont une grande valeur monétaire. Quant aux plantes faibles, il est souvent Jardiner à l’ombre | 77

préférable de les oublier et de recommencer dans une nouvelle terre avec de nouvelles plantes.

Parfois, il suffit d’ajouter quelques plantes en bordure d’un sous-bois pour en faire un bel aménagement.

3. Vous débutez. Vous avez déjà en tête un emplacement om­bragé et vous avez hâte de commencer. Parfait ! Rien de plus facile que de démarrer sur une bonne base. Je vous montrerai ici des techniques qui vous donneront d’excellents résultats dès votre premier effort. Il paraît qu’on tire leçon de ses erreurs. Sans doute, mais à mon avis, c’est encore mieux de travailler de la bonne façon dès le départ. « Le succès engendre le succès », voilà ma devise. Donc, avant de commencer à creu­ ser, lisez ce qui suit. 4. Vous ne voulez pas nécessairement installer une plate-bande, mais seulement améliorer l’apparence d’un boisé existant. Félicitations ! Vous avez compris que dame Nature fait d’elle-même un excellent travail d’aménagement paysager. Il n’est donc pas nécessaire d’ar­racher un écosystème forestier existant couronné de succès pour le remplacer par une plate-bande neuve. Il suffit tout simplement de mettre en valeur ce que vous avez déjà. Pensez à ceci : une forêt fait une imbattable arrière-scène pour presque tout aménagement. Vous avez déjà quasiment tout ce qu’il vous faut : il suffit de quelques touches pour le parfaire, voilà tout. Sans doute voudriez-vous tout de même ajouter un peu plus de couleur à l’avant-plan ou installer un sentier dans la forêt en marge de laquelle un peu de « gentille amélioration » peut être nécessaire. Si oui, n’allez pas chercher un motoculteur pour retourner tout le sol. Il s’agit de faire des plantations localisées, voilà tout, une technique décrite à la page 91.

L’ennemi numéro un du jardin d’ombre… … n’est pas le manque de soleil ! La réputation de l’ombre comme situation où il est presque impossible de jardiner est nettement fausse. Jardiner à l’ombre est facile… quand il est uniquement question d’ombre. 78 | Chapitre 3

Le vrai problème du jardin d’ombre est qu’il résulte habituellement de la présence de grands arbres surplombants… et que ces arbres produisent une profusion de racines superficielles. Comment voulez-vous même creuser un trou de plantation à travers une masse de racines ligneuses pour y installer une nouvelle plante ? On blâme l’ombre, car elle est ins­ tantanément visible : l’emplacement est sombre, voilà tout. Et il est facile d’ignorer les racines qui sont invi­ sibles dans le sol ou sous la litière forestière. Ou, du moins, invisibles jusqu’à ce que vous commenciez à creuser. Si vous dé­couvrez que vous ne pouvez pas creuser un trou de plantation sans devoir trancher des racines avec un sécateur ou une hache, vous avez un problème : votre empla­cement souffre de « compé­ tition racinaire ». Les racines d’arbres agressives pénètrent partout dans les premiers quelques centimètres de terre, s’étendant souvent bien au delà de l’étendue de leurs branches. Elles volent tous les minéraux, assèchent le sol après même les pluies les plus abondantes et prennent plus que leur part de l’eau d’irrigation aussi. Et elles sont nombreuses et entremêlées, difficiles à pénétrer. Pire encore, elles sont déjà bien établies alors que les végétaux que vous voulez ajouter ne le sont pas encore. Car la plupart des plantes d’ombre, soit des plantes ayant évolué sous le couvert d’arbres, sont parfaitement capables de se débrouiller avec la compétition racinaire si elles sont bien installées, mais si elles doivent se battre pour le moindre minéral ou la moindre goutte d’eau avant même de commencer à s’implanter, elles vont dépérir ou, du moins, mettre beaucoup de temps à prendre leur élan. Ainsi, insérer une pauvre petite plante dans un trou de plantation étroit et compacté découpé de peine et de misère à travers des racines d’arbre ne vous donnera pas de très bons résultats. Pourtant, c’est ce que la plupart des jardiniers essaient de faire la première fois qu’ils expérimentent l’ombre… et les résultats sont désastreux. Il n’est pas surprenant que le mot « ombre » soit presque un gros mot chez les jardiniers.

La présence de racines d’arbres superficielles est la principale cause des difficultés de cultiver des végétaux à l’ombre.

Jardiner à l’ombre | 79

Vous ne me croyez pas ? Essayez de cultiver des plantes d’ombre du côté nord d’une structure ou d’un édifice, donc là où l’ombre vient d’autre chose que des arbres. Primo, il y est drôlement facile de creuser un trou, parce qu’il n’y a pas de racines d’arbre pour rendre le travail difficile : c’est déjà une différence énorme. Secundo, les plantes y poussent sans peine, d’ailleurs rapidement et densément. D’accord, ça ne va pas si bien carrément contre la fondation (car c’est un emplacement très sec, comme nous le verrons tantôt), mais au delà du surplomb du toit, là où l’ombre est dense, mais où la pluie peut tomber, les plantes d’ombre poussent à merveille. Donc, ce n’est pas l’ombre qui cause les problèmes principaux généralement associés à l’ombre ; c’est la compétition racinaire. Nous ferons souvent référence à la compétition racinaire un partout dans ce chapitre : c’est l’ennemi numéro un du jardinier d’ombre.

Le type d’enracinement détermine la compétition Souvent on se trouve devant un fait accompli : il y a des arbres en abon­ dance sur son terrain et ils créent des problèmes avec leurs racines omni­ présentes. On a alors peu d'autres solutions que d’apprendre à vivre avec la situation. Si vous avez à planter des arbres, par contre, vous pouvez carrément choisir en fonction de votre goût de jardiner. Certains arbres ont surtout des racines profondes. Il est facile de planter à leur pied et les plantes qui y poussent peuvent croître librement et ne sont même pas particulièrement stressées par un manque d’eau ou de minéraux. Ce sont les arbres les plus intéressants à planter pour le jardinier sérieux, car ils ne l'empêcheront pas de jardiner à loisir. D’autres arbres, au contraire, ont surtout des racines superficielles. Il est difficile de planter à leur ombre à cause des nombreuses racines enchevêtrées qu’ils produisent, et les plantes qui réussissent à y pousser sont généralement plus chétives et moins florifères qu’elles ne pourraient l’être, car les racines de l’arbre volent leurs minéraux et leur eau.

80 | Chapitre 3

Arbres à racines profondes Ces arbres font de bon choix pour le jardinier. On peut facilement cultiver des plantes à leur pied. Caryers

Carya spp.

zones variables

Charme d’Amérique

Carpinus caroliniana

zone 3b

Chêne (la plupart)

Quercus spp.

zones variables

Févier

Gleditsia triacanthos

zone 5a

Ginkgo

Ginkgo biloba

zone 3a

Marronnier d’Inde

Aesculus hippocastanum

zone 5a

Micocoulier occidental

Celtis occidentalis

zone 3

Noyer noir

Juglans nigra

zone 4b

Phellodendron de l’Amour

Phellodendron amurense

zone 3b

Poirier ornemental

Pyrus spp.

zones variables

Robinier

Robinia pseudacacia

zone 3a

Sorbier, cormier

Sorbus spp.

zones variables

Tilleul Tilia spp.

Avec ses racines qui vont surtout en profondeur, il est facile de cultiver au pied d’un chêne rouge (Quercus rubra).

zones variables

Arbres à racines intermédiaires Il s’agit essentiellement de petits arbres (amélanchiers [Amelanchier], aubé­pines [Crataegus], pommetiers [Malus], etc.), érable de l’Amour (Acer tatarium ginnala) ainsi que les arbres sur tige (i.e. greffés en tête), en majorité des arbustes greffés sur un tronc pour créer l’effet d’un petit arbre. Ces arbres ont des racines relativement près de la surface, mais par contre ils n’ont pas des racines très développées, donc ne dérangent pas vraiment les plantes croissant à leur ombre, du moins quand on les plante à 60 cm ou plus de leur tronc. Nul besoin de dresser une liste des arbres à racines intermédiaires : on les reconnaît facilement par leur taille.

Jardiner à l’ombre | 81

Arbres à racines superficielles Il s’agit en général de grands arbres ou d’arbres de taille moyenne… et jardiner à la base de ces arbres n’est pas un cadeau. De plus, ils soulèvent et brisent les structures (sen­ tiers, trottoirs, etc.), en causant des dégâts coûteux à ré­parer. Si vous avez le choix, évitez de les planter. Initialement, il est très difficile de réussir des plantations dans une érablière d’érables à sucre (Acer saccharinum) à cause de leurs racines nombreuses très superficielles.

Bouleau

Betula spp.

zones variables

Cerisier tardif

Prunus serotina

zone 2b

Chêne des marais

Quercus palustris

zone 4a

Épinette

Picea spp.

zones variables

Érable à Giguère

Acer negundo

zone 2b

Érable à sucre

Acer saccharum

zone 4a

Érable argenté*

Acer saccharinum

zone 2b

Érable de Norvège

Acer platanoides

zone 4b

Érable rouge

Acer rubrum

zone 3a

Frêne

Fraxinus spp.

zones variables

Hêtre

Fagus spp.

zones variables

Mélèze

Larix spp.

zones variables

Noisetier de Byzance

Corylus colurna

zone 4b

Orme

Ulmus spp.

zones variables

Peuplier*

Populus spp.

zones variables

Pin

Pinus spp.

zones variables

Pruche de l’Est

Tsuga canadensis

zone 4a

Saule*

Salix spp.

zones variables

Thuya

Thuja occidentalis

zone 3

*La culture de ces arbres aux racines particulièrement agressives est carrément défendue par beaucoup de municipalités à cause des dégâts qu’ils causent aux infrastructures municipales et aux tuyaux. Même là où leur culture est permise, éloignez-les de 15 m de tout tuyau ou structure.

82 | Chapitre 3

L’ombre sèche Ce symbole

En plus de dominer le sol par leur présence et de rendre la plantation difficile, les arbres à racines superficielles créent un milieu particulièrement sec, car ils absorbent presque toute l’eau qui tombe au sol… on appelle cela « l’ombre sèche ». Et l’ombre sèche affecte beaucoup le choix des plantes.

indique une plante qui peut tolérer l’ombre sèche.

Dans un emplacement ombragé, même très ombragé, mais toujours au moins un peu humide, il y a un vaste choix de végétaux qui réussissent très bien et il y est facile de faire de beaux aménagements. Par contre, combinez un manque de lumière et un manque d’eau et le choix de plantes intéressantes diminue considérablement. Dans la Section 2 de ce livre, soit les fiches descriptives des végétaux, les plantes qui tolèrent l’ombre sèche et qui, ainsi, rendent un fier service au jardinier, portent le symbole ci-dessus.

Une barrière contre les racines d’arbre ? Peut-on isoler nos plantes des racines envahissantes d’un arbre à racines superficielles ? Oui, mais ce n’est pas évident ! D’abord, les bordures de gazon en plastique ou en métal, facilement disponibles, ne sont d’aucun secours contre les racines d’arbre : elles ne feront que les contourner par le bas. Il se vend par contre des barrières contre les racines d’arbres (« tree root barriers ») et des barrières contre les racines de bambou (« bamboo barriers »), du moins sur Internet (je n’en ai pas encore vues en magasin). En France, l’un des fabricants utilise le terme « pare-racines » pour ces barrières. Celles-ci sont faites en plastique épais et peuvent être vendues sous forme de panneaux ou de rouleaux. L’idée est qu’on installe la barrière entre l’arbre et les plantations. Une possibilité est de tracer une ligne droite ou ondulée autour ou le long de la zone maximale des racines (environ l’embranchement maximal de l’arbre à maturité, plus 20 %) et d’y insérer le pare-racines. Il faut alors allouer une distance minimale de 1,5 m du tronc de l’arbre pour laisser le pauvre arbre

Un pare-racines peut restreindre les racines d’un arbre à une zone spécifique, vous laissant le loisir de jardiner à votre guise de l’autre côté.

Jardiner à l’ombre | 83

Zone maximale des racines Étendue des branches

2m

1,5 m

Pare-racines On peut installer un pare-racines en longueur, commençant au delà de la zone maximale des racines.

Pare-racines On peut aussi encercler un arbre d’une barrière pare-racines, mais il faut alors lui laisser davantage d’espace.

faire au moins quelques racines en surface, sinon il risque de ne pas bien s’ancrer dans le sol. Ainsi, on jardine d’un côté sans crainte des racines et on laisse l’autre côté à l’arbre (on pourrait couvrir le sol de paillis ou d’un couvre-sol). Une telle utilisation serait tout à fait appropriée en marge d’une forêt ou encore là où il y a plusieurs arbres à « contrôler », car la longueur peut être infinie. L’autre possibilité est de complètement encercler l’arbre d’une barrière. On recommande alors d’allouer 2 m tout autour du tronc, donc le rond mesurera 4 m de diamètre, cela pour permettre un enracinement solide et sécuritaire. Aussi, il faut alors utiliser un scellant spécial pour fermer le joint entre les deux extrémités du rond, sinon les racines sortiront par le trou qui en résulte. Idéalement, on installe ces barrières à la plantation de l’arbre, quand il est jeune, car la pose est alors plus facile. Par contre, on peut aussi faire une tranche autour d’un arbre établi et y poser le pare-racines. C’est beaucoup 84 | Chapitre 3

plus difficile à cause des racines nombreuses qu’il faut couper au moment de l’installation. Différentes hauteurs de pare-racines sont disponibles, mais on recom­ mande surtout les barrières de 60 cm de hauteur (90 cm pour les saules, les peupliers et les érables argentés aux racines plus agressives que les autres arbres). Fait intéressant, quand on dirige les racines d’arbre suffi­ samment loin vers le bas et qu’elles passent sous la barrière, ce qu’elles feront éventuellement, elles n’ont pas tendance à remonter, du moins pas en nombre important : elles continuent de s’étendre, mais en profondeur. Donc les plantations au-dessus n’en souffrent pas. Installer un pare-racines n’est pas un jeu d’enfants, surtout quand il y a beaucoup de racines présentes ou que le sol est dur et rocailleux, mais cela peut valoir la peine. N’oubliez pas de laisser la barrière dépasser le sol de 5 à 7 cm (vous pouvez la cacher avec du paillis), question d’empêcher les racines d’arbre de la déborder, ce que certains arbres feront avec avidité.

Une autre barrière contre les racines d’arbre ? On peut également enfoncer des pots dans le sol à la base d’un arbre et y planter des végétaux, ce qui les soustraira à la dominance des racines. Prenez un gros pot (habituellement un pot de 7,5 l pour une vivace, 20 l pour un arbuste) en plastique flexible mais durable muni de plusieurs trous de drainage ou, encore, un seau de plastique dont vous aurez coupé le fond. Creusez un trou comme pour une plantation normale, mais d’une profondeur suffisante pour y placer le pot ou le seau, en le laissant dépasser légèrement du sol (environ 5 à 7 cm). Plantez la plante de votre choix à l’intérieur, comme c'est expliqué à la page 91, et comblez de terre autant à l’intérieur qu’à extérieur de la barrière.

Un pot ou un seau peuvent servir de barrière contre les racines des arbres.

Certaines plantes peuvent passer toute leur vie dans une telle barrière et ne s’en trouvent pas le moindrement dérangées. C’est le cas des végétaux qui ne prennent pas d’expansion à la base, comme la plupart des arbustes Jardiner à l’ombre | 85

ou des vivaces qui poussent en touffes denses tels les hostas (Hosta) ou les heuchères (Heuchera). D’autres, soit les plantes qui prennent de l’expansion avec le temps, notamment les plantes à rhizomes traçants, comme les rodgersias (Rodgersia spp.), y deviennent éventuellement trop tassées. Dans ce cas, quand vous remarquez une baisse dans leur vigueur, déterrez-les (ce qui est facile, puisqu’elles sont en pot) et divisez-les avant d’y replanter une division. Habituellement, ces divisions ne seront nécessaires qu’aux 8 à 20 ans.

Conseils pour peaufiner votre planification Dans le Chapitre 2, Aménager à l’ombre (à partir de la page 32), vous trou­verez de nombreux conseils sur la conception d’un jardin ombragé aussi bien que cinq plans modèles que vous pouvez utiliser tels quels ou modi­fier ou employer comme inspiration pour vos propres aména­ gements. Mais avant de commencer à planter, voici quelques con­seils pour améliorer les résultats de vos plantations.

Limitez les couvre-sols

Il est facile d’utiliser des couvre-sols pour créer un tapis de verdure dans un milieu ombragé, mais l’effet peut être monotone. Mieux vaut varier au moins un peu les plantations.

86 | Chapitre 3

On voit assez souvent des jardiniers qui semblent avoir compris que les plantes couvre-sol, soit ces plantes rampantes qui créent un véritable effet de tapis, sont la seule solution à toutes les questions sur le jardin ombragé… et c’est vrai qu’elles sont très utiles. Un chapitre entier leur est d’ailleurs consacré à partir de la page 398 et leur importance dans les jardins ombragés est indéniable. Ces gens les utilisent parfois presque à l’infini. Une forêt dense est entièrement sous-tendue d’un tapis de petite pervenche (Vinca minor) ou de pachysandre du Japon (Pachysandra terminalis), par exemple. C’est beau, mais… monotone, un peu comme un terrain entièrement couvert de gazon sans la moindre plate-bande. Pour créer un véritable « jardin » à l’ombre, il faut plus de variété, dans la hauteur, la texture, la couleur, etc. Utilisez des couvre-sols, bien sûr, mais intégrez-les aux autres plantations plutôt que de les laisser dominer le paysage.

Soyez prêt à modifier vos plans Vous avez dessiné un plan sur papier, vous avez calculé le nombre de plantes requis et l’espace nécessaire pour chacune avec une minutie mathématique. Vous commencez à planter et… ça ne va plus. Dans un sous-bois naturel surtout, où vous ne savez pas ce qui se trouve sous la litière forestière, il peut y avoir bien des surprises. De grosses racines près de la surface que vous n’oserez pas couper, des roches affleurant où aucune plantation n’est possible et qui seront difficiles à enlever, etc. Soyez alors un peu flexible. Là où il n’y a pas de place pour creuser un gros trou de plantation à cause d’une racine ou d’une roche, faites votre trou de plantation de part ou d’autre de l’obstacle, tout simplement. D’accord, la parfaite symétrie de votre plan est compromise, mais vous verrez que cela importera peu dans l’effet final. Il est rarement possible, par exemple, de planter tout près du tronc d’un arbre, où il y a beaucoup de grosses racines à peine couvertes de terre, mais vous pourriez planter juste un peu plus loin une plante rampante de type couvre-sol qui, grâce à ses stolons, viendra remplir le vide à la base de l’arbre… avec le temps. De même, là où une roche affleure, un couvre-sol planté à ses côtés vien­ dra peu à peu la cacher. Ou dégagez la roche et mettez-la en valeur : elle est peut-être d’une grande beauté ! L’important est de demeurer flexible et de ne pas paniquer quand tout ne va pas comme prévu. Quand vous plantez dans un milieu forestier, surtout, c’est presque certain que quelque chose viendra déranger vos plans.

Les hostas (Hosta) s’adaptent faci­ lement à la com­ pétition racinaire… pour autant que vous plantiez un spé­cimen mature. Les jeunes hostas, bien au contraire, peuvent prendre une décennie et même plus pour s’y acclimater.

Utilisez des plantes plus grosses Il vaut souvent la peine d’acheter des plantes de bonne taille pour un jardin d’ombre plutôt que de jeunes plants immatures. D’abord, les plantes poussent moins rapidement à l’ombre qu’au soleil. Plutôt que de devoir attendre 10 ans que votre plate-bande ombragée plantée de jeunes plants Jardiner à l’ombre | 87

se remplisse, vous pourriez installer des plantes matures qui créeront l’effet désiré immédiatement. D’ailleurs, quand il y a un problème de compétition racinaire, les jeunes plants poussent encore plus lentement et des fois ne réussissent jamais à se développer, tant les racines leurs livrent une compétition féroce. Des plantes plus développées, par contre, ont une grosse masse de racines et sont plus en mesure de bien s’établir quand les racines des arbres reviennent (et elles ne tardent pas à le faire). C’est vrai que planter de gros végétaux demande un trou de plantation plus gros qui sera plus difficile à creuser, mais généralement le jeu en vaut la chandelle.

Choisissez des plantes plus durables

Plantez plus serré à l’ombre pour créer un effet fini plus rapidement.

Là où la compétition racinaire est un problème, recherchez surtout des plantes permanentes, car replanter des végétaux temporaires, comme les annuelles et les vivaces à courte vie (ancolies [Aquilegia], corydales [Cordyalis], etc.) n’est pas un jeu d’enfant. De même, les plantes qui semblent avoir besoin de divisions occasionnelles, comme certains astil­ bes, ne sont pas les meilleurs choix s’il faut vous battre avec une masse de racines d’arbre chaque fois que vous devez les diviser. Par contre, on peut voir autour des vieilles maisons des hostas (Hosta) ou des barbes de bouc (Aruncus dioicus) de 75 ans et plus qui n’ont jamais été divisés ni même fertilisés et ils sont encore beaux et denses. Les couvre-sols aussi sont permanents. Ce sont ces plantes – celles qui n’auront jamais besoin d’être déterrées pour quelque raison que ce soit – qui font les meilleurs végétaux à planter là où il y a de la compétition racinaire.

Plantez plus serré Les plantes poussent moins vite à l’ombre qu’au soleil, et plus il y a d’ombre, moins elles pous­ sent vite. Mieux vaut alors planter plus serré que ce que l’on recommande d’habitude, du moins si vous voulez un effet terminé dans un proche avenir. Même les couvre-sols, pourtant réputés s’étendre rapidement dans toutes les directions, 88 | Chapitre 3

le font moins prestement quand l’ombre est très dense. Normalement, on utilise le diamètre à maturité d’une plante comme espacement ; à l’ombre profonde, je suggère d’utiliser deux tiers de son diamètre à maturité comme mesure. Ainsi, plantez une fougère qui doit atteindre 60 cm de diamètre en laissant 40 cm d’espacement pour son développement futur. À la mi-ombre, les plantes poussent plus rapidement et vous pouvez alors économiser dans vos achats (planter plus serré implique nécessairement d’acheter plus de plants) en plantant à l’espacement normalement recommandé.

Dans votre boule de cristal Enfin, en planifiant votre jardin d’ombre, ayez l’œil ouvert pour des chan­ ge­ments en cours de route. De jeunes arbres en pleine effervescence ne jettent peut-être pas beaucoup d’ombre encore, mais ils le feront un jour. Pensez à planter dans leur ombre des plantes qui tolèrent le soleil, mais qui seront également capables de supporter l’ombre quand elle viendra. De même, des arbres vieillissants vous lâcheront peut-être plus rapidement que vous ne le pensez. Pensez à planter dès maintenant des arbres de remplacement de façon à ce qu’ils aient déjà une certaine taille (et qu’ils jettent une certaine ombre) quand votre vieil arbre devra être abattu. Ainsi votre jardin d’ombre ne se retrouvera pas subitement au plein soleil. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas planter des arbres à racines profondes (page 81) et à feuillage fin (page 22), ce qui facilitera beaucoup vos projets de jardinage futurs ?

Prêt à planter ? Il ne reste pratiquement plus qu’à creuser le trou et à planter. Avant tou­ tefois de débuter, voici quelques dernières considérations, notamment quand planter et comment le faire.

Quand planter ? Vous pouvez théoriquement planter à l’ombre (ou au soleil, d’ailleurs !) en toute saison, sauf quand le sol est gelé. Cela dit, le milieu de l’été n’est pas une période très intéressante pour le faire. Il fait chaud et humide et Jardiner à l’ombre | 89

cela rend le travail fatigant et désagréable. De plus, les végétaux n’aiment pas être déterrés et transplantés en été : la chaleur leur est stressante aussi. Les deux meilleurs moments pour créer votre jardin d’ombre sont le printemps, après que le sol s'est réchauffé un peu (très tôt dans la saison, après la fonte des neiges, il est encore lourd et détrempé et difficile à manier), et la fin de l’été ou l’automne, quand les canicules de l’été sont passées. D’ailleurs, l’automne est la meilleure période des deux. C’est que, au printemps, vous avez souvent mille et une choses à faire sur le terrain, et trouver le temps de créer un nouveau jardin est difficile, d’autant plus que, dans nos régions, le printemps est la saison la plus courte. Nos automnes sont longs et frais, nous ne sommes pas pressés et travailler en plein air est agréable à cette saison.

En préparant une nouvelle plate-bande à l’automne, on peut en profiter pour planter les bulbes à floraison printanière en même temps que les vivaces, les arbustes, les couvre-sols, etc.

Il est aussi possible de préparer le jardin l’automne et de faire les planta­tions au printemps. Ou, encore, de faire la plupart des plantations l’automne en laissant de l’espace pour toute plante manquante (les pépinières ne sont pas aussi bien pourvues en végétaux à l’automne qu’au printemps et quelques plantes désirées peuvent manquer) que vous planterez au printemps. Couvrez les secteurs non plantés de paillis, toutefois, pour empêcher les mauvaises herbes de s’y semer. Il existe aussi quelques végétaux à rusticité marginale, comme les magnolias (Magnolia) et les rhododendrons (Rhododendron), qu’il vaut mieux planter au printemps, question de leur donner le temps de bien s’établir avant l’arrivée des froids d’hiver. Pour 99 % des végétaux rusti­ ques, cependant, une plantation automnale est aussi appropriée qu’une plantation printanière. Personnellement, je préfère planter à l’automne pour une autre raison. Je suis un grand fervent des bulbes à floraison printanière (scilles, crocus, narcisses, etc.), ces plantes qui m’assurent ma plus grosse floraison de l’année dans les coins ombragés, et ils ne sont disponibles qu’à l’automne. Si je fais ma plantation principale au printemps, je dois revenir faire encore des trous de plantation à l’automne pour mes bulbes, ce qui double le tra­ vail. Si je plante tout à l’automne, je n’ai qu’à lancer les bulbes dans le trou de plantation de mes autres plantes, ce qui m’épargne tout un effort. Pour plus de renseignements sur la plantation des bulbes, allez à la page 94.

Commencer à zéro… ou ne faire que des ajouts ? Il y a deux façons radicalement différentes de planter à l’ombre. Soit vous faites des plantations localisées, rajoutant des plantes à un écosystème déjà en fonctionnement, que ce soit à un sous-bois naturel ou encore à une plate-bande d’ombre existante, soit vous créez une toute nouvelle plate-bande à partir de zéro. Regardons les deux possibilités.

Plantations localisées Il est relativement facile d’ajouter des végétaux d’ombre à un site existant, que ce soit tout simplement une forêt naturelle où vous voulez introduire quelques nouvelles plantes ou une plate-bande ou autre jardin déjà existant qui a besoin d’un peu plus de végé­ tation. Évidemment, vous ne voulez pas dé­ranger outre mesure les plantations déjà présentes et vous vous contenterez donc de faire des trous individuels pour chaque plante ajoutée.

Préparez un trou de plantation aussi profond que la motte de racines et trois fois plus large.

Comme nous l’avons suggéré à la page 87, choisissez des plantes en pot bien établies, surtout s’il y a beaucoup de compétition ra­ ci­naire dans le secteur. Déterminez où vous voulez faire la plantation et ayez sous la main les outils nécessaires – pelle tran­ chante, sécateur, scie d’élagage, hache, arrosoir ou boyau d’arrosage – ainsi que des mycorhizes et peut-être un engrais biolo­gique à dégagement lent ou une bonne terre de jardin riche en matière organique. Il vous faudrait aussi du paillis pour compléter le processus. Quand on a à creuser un trou parmi des racines d’arbres, la tendance est de faire un trou plus petit que la normale pour ne pas avoir à couper trop de racines. Pourtant, c’est exactement

Dégagez l’espace de plantation en coupant toute racine gênante.

Jardiner à l’ombre | 91

le contraire qu’il faut faire. Pour donner sa chance à la nouvelle venue, creusez un gros trou, soit de préférence trois fois plus large que la motte de racines et aussi profond. (Malgré une croyance persistante qui dit le contraire, il est peu utile de « ameublir » le sol sous une plante ; cela ne fait que la déstabiliser.) Et tant qu’à faire, utilisez une bonne terre riche et meuble (et sans graines de mauvaises herbes, évidemment !). Ainsi la nouvelle plante commencera rapidement à envoyer ses racines dans la nouvelle terre pour mieux asseoir son pouvoir. L’arbre surplombant en fera autant et les racines des deux se mêleront au bord. Voilà justement une relation d’égal à égal dont les deux vont pouvoir profiter.

Ne craignez pas le papier journal en couleur Quand je recommande l’utilisation de papier journal comme barrière tem­poraire contre les mauvaises herbes dans une conférence, inévitablement quelqu’un lève la main pour suggérer de retirer d’abord les pages couleur pour ne pas contaminer la terre, car tout le monde sait qu’elles contiennent de l’encre à base de plomb. Sachez toutefois que l’encre couleur utilisée pour le papier journal ne contient plus de plomb ni d’autres métaux lourds depuis 1986. Donc, à moins d’utiliser du très vieux pa­pier journal… Par contre, il faut enlever les encarts en papier glacé trouvés parfois dans les jour­ naux. Non pas que leur encre soit toxique, mais le papier glacé ne laisse pas facilement passer l’eau, ce qui nuit au drainage, alors que le papier journal assure un drainage parfait.

92 | Chapitre 3

Si vous plantez dans un sous-bois, vous rencontrez inévitablement des raci­ nes d’arbres. Si vous découvrez une grosse racine, il est tout à fait logique et raisonnable de rajuster un peu votre tir et ainsi de placer la plante un peu plus à gauche ou à droite pour ne pas avoir à la supprimer, car cela pourrait déstabiliser l’arbre. Par contre, il faut inévitablement couper des racines de taille moyenne et de petite taille. Faites-le, éliminez toute racine du trou de plantation. Une pelle ne suffira sûrement pas et il va vous falloir aussi utiliser un sécateur pour les petites racines et même souvent une hache ou une scie à élaguer pour certaines racines plus grosses. Ditesvous bien que l’arbre réagira à cette taille en produisant plus de racines que jamais : tant que vous ne coupez pas plus qu’un tiers de ses racines au cours d’une seule saison, il n’en souffrira pas. Les arbres ont toujours beaucoup plus de racines qu’il ne leur en faut. Vous ne faites qu’enlever une petite partie du surplus !

Quand le trou est terminé, tapissez votre trou de plantation de 7 à 10 feuilles de papier journal humide, coupant ou repliant vers le bas les parties qui dépassent du trou (il ne faut pas que le papier journal soit exposé à l’air à la fin de la plantation, sinon il agira comme une mèche et assèchera le sol). Le papier journal agira comme barrière temporaire contre les racines d’arbre, don­nant la chance à votre plante de bien s’établir avant que les racines ligneuses ne reviennent. Il disparaîtra en 12 mois environ, se transformant en… compost !

Pas de géotextile !

Tapissez de papier journal l’intérieur du trou.

 

Il y a toujours un fin finaud qui re­garde

trop. Vous voulez que la barrière se

ma recommandation d’utiliser du pa-

décompose avec le temps, de pré-

pier journal pour créer une bar­rière

férence en un an, sinon les racines

contre les racines d’arbre avec scep-

de votre plante vont se trouver trop

ticisme et qui décide qu’un produit

com­primées quand la plante prendra

plus « techno » fera mieux le travail et

du galon. Pire, les géotextiles ne sont

qui opte alors pour un géotextile, soit

mê­me pas très efficaces pour réduire

une membrane perméable utilisé en

l’invasion des racines d’arbre : celles-ci

aménagement paysager. Mais il fait

réussissent toujours à les p­ercer ou

erreur ! À moins qu’il ne s’agisse d’un

à les contourner de toute façon. Les

géotextile biodégra­da­ble, comme de

géot­extiles ont bien des utilités dans

la fibre de coco, les géotextiles sont

le domaine de l’aménagement paysa-

trop durables. La plu­part sont garan-

ger, mais il ne faut jamais s'en servir

tis 20 à 25 ans, ce qui est beaucoup

avec des plantes vivantes !

N’utilisez jamais de géotextile au moment des plantations.

Jardiner à l’ombre | 93

Dépotez la plante.

Centrez la plante dans le trou.

Ajoutez des mycorhizes sur les racines.

Dépotez maintenant la plante et centrez-la dans le trou. Ajoutez des mycorhizes (champignons bénéfiques) sur ses racines, selon les recom­ mandations du fabricant. Préférez des mycorhizes de type « arbre et arbuste », car ils conviennent à presque toutes les plantes alors que d’autres mycorhizes conviennent uniquement aux plantes herbacées.

Étagez vos plantations de bulbes Si vous plantez à l’automne, voici une bonne façon de faire d’une pierre deux coups : plantez vos bulbes à floraison printanière (narcisses, scilles, crocus, etc.) dans le même trou que vos autres végétaux. S’il s’agit de plantes dont la motte de racines ne dépasse pas 20  cm de hauteur, placez les bulbes dans le trou en premier, puis la plante par-dessus. Au printemps, les bulbes se faufileront à travers la motte de racines, comme ils le font dans la nature. S’il s’agit de grosses plantes à motte de plus de 20 cm, plantez les bulbes autour de la plante avant de fermer le trou.

94 | Chapitre 3

Pour une féerie de fleurs au printemps, faites deux étages de plantation : les bulbes à floraison printanière au fond, les autres plantes par-dessus.

Faut-il ajouter un engrais à la plantation ? Cela dépend de vous. Un engrais biologique à dégagement lent ne fera pas de tort, du moins si vous ne dépassez pas le dosage recommandé, mais il faut savoir que les plantes d’ombre sont peu gourmandes en minéraux. Habituellement les mycorhizes, de par leur capacité à fournir plus de minéraux aux végétaux que ce que leurs propres racines peuvent aller chercher, remplacent avantageusement les engrais et sont permanents. De toute façon, le paillis que vous allez placer pour terminer la plantation libère peu à peu des minéraux et est alors un peu un engrais en soi. Faut-il remplacer le sol d’origine en tout ou en partie avec une terre de meilleure qualité ? La tradition veut qu’on mélange moitié-moitié la terre prélevée du trou avec une terre de qualité. Personnellement, je ne le fais pas : je préfère que la plante s’acclimate plutôt aux conditions normales du secteur que de lui donner son propre petit environnement extra riche. Dans le cas des terres sablonneuses, limoneuses ou organiques, par contre, je ne crois pas que l’ajout de bonne terre à un trou de plantation soit nuisible. Si votre sol est mal drainé et plutôt glaiseux (argileux), cependant, il peut être carrément risqué d’améliorer le sol. Si la terre dans le trou est plus aéré que la terre tout autour, un surplus d’eau peut s’accumuler dans la terre et alors stagner, ce qui provoquera de la pourriture.

Remplissez le trou à moitié et tassez.

Arrosez abondamment.

Finissez de combler le trou et tassez.

Arrosez abondamment de nouveau.

Dans les sols glaiseux, le trou rempli de « bonne terre » devient semblable à une cuve et se remplit d’eau, ce qui provoque la pourriture.

Jardiner à l’ombre | 95

Appliquez un paillis tout autour du plant.

 este maintenant à combler le trou. S’il s’agit d’une R grosse plante venant d’un pot de grande taille, il peut même être utile de le faire en deux étapes. Remplissez le trou à moitié de terre, tassez pour éliminer les poches d’air et arrosez bien. Cela assurera que les racines inférieures, elles aussi, ont leur part d’eau. Maintenant, finissez de remplir le trou, tassez de nouveau et arrosez encore. Finissez votre plantation en posant sur le sol, tout autour du plant, de sa base jusqu’à au delà des limites du trou, 7 à 10 cm de paillis organique (feuilles déchiquetées, écales de sarrasin, écales de cacao, compost forestier, etc.). Évitez toutefois les paillis d’écorce de conifère, comme le paillis de « cèdre », faibles en éléments nutritifs et légèrement toxiques pour les végétaux.

Pour planter sans creuser du tout, recouvrez tout simplement la motte d’une butte de terre.

Ça ne vous tente pas de creuser un trou à travers tant de racines ? Il y a une méthode beaucoup plus facile, tellement paresseuse que c’en est presque incroyable… et pourtant, elle fonctionne ! Dépotez votre plante, placezla sur le sol à l’endroit désiré, appliquez des mycorhizes sur ses racines… et recouvrez les racines d’une butte de terre de la même hauteur que la motte et au moins deux fois plus large, et recouvrez le tout de paillis, naturellement. Avec le temps, leurs racines descendront d’elles-mêmes dans le sol environnant, sans que vous ayez à faire quoi que se soit. Évidemment, cela laisse une bosse… mais à moins que la plante ne soit à l'avant-plan, cela ne devrait pas trop paraître.

Une nouvelle plate-bande selon la méthode paresseuse Ajouter quelques plantes à un sous-bois ou à une plate-bande ombragée existante n’est pas trop exigeant. Faire des centaines de trous de plantation individuels dans un sol sans doute rempli de racines, par contre, c’est l’enfer. Dans de tels cas, mieux vaut songer à effacer le tableau et commencer une nouvelle plate-bande de zéro. 96 | Chapitre 3

Je ne vous ennuierai pas ici avec une longue explication de la technique traditionnelle pour faire une nouvelle plate-bande, soit cette idée de retourner la terre en profondeur sur toute la surface de la nouvelle aire de jardinage avant de planter. On peut toujours le faire s’il n’y a pas trop de racines dans les environs, mais cela demande beaucoup d’efforts et le résultat est décevant : retourner la terre ne fait que détruire la flore microbienne tout en ramenant à la surface une terre de troisième qualité (i.e. le sous-sol), qu’on aurait mieux fait de laisser au fond. Cependant, cette méthode n’est pas pensable dans un milieu boisé. Imaginez les racines qu’il faudrait trancher pour retourner la terre en profondeur sur une si grande surface ! Et toutes les heures de travail qu’il faudrait y mettre ! Pire encore, il n’est pas question de ne couper que quelques racines quand on retourne le sol partout sous des arbres, mais des centaines sinon des milliers de racines. Il est fort probable que vous tuerez les arbres ou, du moins, les endommagerez sérieusement. À la place, regardons comment faire une plate-bande sans nuire outre me­ sure à l’environnement existant. Nul besoin de retourner la terre : il suffit de la recouvrir d’une terre fraîche dans laquelle vous allez pouvoir faire des plantations sans obstacle. C’est facile et cela prend peu de temps. Vous pourrez probablement faire toute la plate-bande, incluant les plantations, en moins d’une heure.

Étape par étape Pour commencer, délimitez, du moins mentalement, l’aire à préparer. Maintenant, coupez au sol tout arbuste ou autre plante ligneuse que vous ne désirez pas conserver. Laissez les retailles sur place : elles se décom­ poseront pour enrichir le sol. Il n’est pas nécessaire de couper les vivaces et plantes basses indésirables : le papier journal les étouffera. Déterrez aussi toute plante basse (vivace, couvre-sol, etc.) que vous voudriez conserver et mettez-la de côté, à l’ombre et avec ses racines cou­vertes de papier journal humide. Elle pourrait passer plusieurs semaines dans un tel état, si nécessaire, mais normalement vous serez en mesure de la replanter en seulement quelques minutes.

Jardiner à l’ombre | 97

Pour faire une nouvelle platebande à l’ombre, recouvrez tout le secteur de papier journal humide.

Tapissez maintenant tout le secteur de papier journal, 7 à 10 feuilles d'épais, en entourant serré les troncs d’arbres ainsi que les arbustes que vous avez décidé de conserver. Le papier journal doit être humide (faites-le tremper dans un seau d’eau auparavant) et chaque section doit déborder sur sa voisine de 10 à 20 cm pour créer une barrière complète. Ce tapis de papier journal étouffera les plantes indésirables présentes et, en mourant, celles-ci se décomposeront et enrichiront le sol. Le papier mettra également hors d'état de nuire les graines de mauvaises herbes qui se sont accumulées dans le sol depuis des décennies. Après environ 12 mois, il se décomposera lui-même, laissant les racines de vos nouvelles plantes libres de descendre dans le sol à leur profondeur normale. Il vous faut de la bonne terre libre de mauvaises herbes. Demandez à votre marchand fournisseur de vous suggérer une terre convenable en insistant sur le fait que vous ne voulez pas de la terre de troisième qualité qu’il vend habituellement aux jardiniers crédules en tant que terre à jardin, à base de fausse terre noire et de Dieu sait quel autre remplissage bidon. N’oubliez pas que la qualité de la terre posée aujourd’hui influencera, en bien ou en mal, la vie de votre nouvelle plate-bande pendant les 50 à 150 ans à venir ; Versez les bulbes sur 5 cm de terre, en les égalisant grossièrement.

98 | Chapitre 3

ce n’est donc pas le temps de lésiner avec des terres bon marché qui ne méritent même pas ce nom*. Maintenant, si vous plantez à l’automne, recouvrez le papier de 5 cm de terre, puis ajoutez des bulbes à floraison printanière. Mettez-en par centaines, voire par milliers : c’est une occasion tellement facile de les planter sans peine qu’il vaut la peine d’exagérer. Négociez avec un mar­ chand fournisseur pour obtenir un bon prix sur des boîtes de 50 à 150 bulbes (c’est ainsi qu’ils sont vendus en vrac). Ça fonctionne à coup sûr ! Ne prenez pas la peine de placer les bulbes un par un : lancez-les sur le sol et égalisez-les grossièrement au râteau ou à la pelle, par « taches de couleur » de 15 à 25 bulbes (petits jardins), à 50 bulbes et plus (platesbandes importantes). Même les bulbes tombés sur le côté ou carrément à l’envers pousseront et fleuriront sans problème, donc pourquoi vous inquiéter outre mesure de leur position ? Saupoudrez les bulbes de mycorhizes. Couvrez les bulbes de 15 cm de terre et égalisez au râteau.

Maintenant, recouvrez toute la surface de la nouvelle plate-bande de 15 cm de terre supplémentaire, donc pour un total de 20 cm. Il n’est pas sage de rajouter plus que 20 cm de terre, car une couche trop épaisse pourrait nuire aux arbres dont les racines en ont été recouvertes. Et avec 20 cm de terre, vous avez assez de terre pour jardiner et aucun arbre ne sera endommagé. *D’accord, je me laisse emporter, mais il est vrai que les jardiniers se font avoir constamment avec des terres de troisième qualité joliment emballées.

Jardiner à l’ombre | 99

Si vous préparez votre nouvelle plate-bande om­bra­ gée au printemps, versez 20 cm de terre directement sur le papier journal et égalisez au râteau. Vous planterez vos bulbes plus tard.

Creusez un trou de la hauteur de la motte de racines et deux fois plus large.

Vous préparez votre nouvelle plate-bande au printemps ou durant l’été ? Tant pis, vous manquez une belle occasion de planter des bulbes et d’autres plantes d’un seul coup. Il faudra alors revenir à l’automne et les planter séparément. Mais ce n’est pas la fin du monde. Versez tout simplement 20 cm de bonne terre directement sur le tapis de papier journal et égalisez au râteau. Placez vos végétaux sur la terre nouvellement égalisée pour en vérifier l’effet, puis creusez des trous de plantation individuels pour chacune. La terre étant fraîchement posée et donc très meuble, cela ne demandera pas beaucoup d’efforts. Le trou devrait avoir la même profondeur que la motte de racines et être deux ou trois fois plus large. S’il s’agit d’une très grosse plante, il peut falloir percer la barrière de papier journal et creuser dans la couche de sol d’origine pour mettre la plante au bon niveau. Si oui, débarrassez-vous de la terre venant de sous le papier journal, car elle contient sans aucun doute des mauvaises herbes envahissantes, et reta­pissez le fond du trou approfondi de 7 à 10 feuilles de papier journal pour que cet emplacement ne soit pas le site d’une infestation de plantes indésirables. 100 | Chapitre 3

Dépotez la plante et centrez-la dans Appliquez des mycorhizes. le trou.

Comblez le trou de terre.

Appliquez du paillis également sur toute la zone de plantation.

Arrosez bien.

Dépotez la plante et centrez-la dans le trou. Appliquez un peu de myco­ rhizes sur les racines, puis comblez le trou de terreau et tassez bien. Quand tous les végétaux sont plantés, recouvrez le sol de 7 à 10 cm de paillis et arrosez en profondeur.

Compléter avec des annuelles Quand on prépare une toute nouvelle plate-bande à l’ombre, on la trouve géné­ralement un peu dénudée au début. Après tout, les vivaces, les graminées, les fougères, les arbustes, etc., sont souvent assez jeunes à la plantation et prennent quelques années à atteindre leurs pleines Jardiner à l’ombre | 101

dimensions. Or, vous avez espacé les plants en vue de ces dimensions futures, où l’apparence restera dégagée. Pour régler rapidement ce pro­ blème, plantez, dans les espaces dénudés entre les plantes permanentes, des annuelles tolérant l’ombre. Avec leur croissance rapide, elles rempli­ ront la plate-bande dès la première année. Puis, à mesure que les plantes permanentes se développent, réduisez la part d’annuelles tous les ans. C’est si facile quand on y pense !

Les plantes à racines nues

Pour planter une plante à racines nues au bon niveau, formez une butte et placez la plante dessus en étalant ses racines tout atour de la butte. On peut utiliser une règle pour s’assurer que le collet est au bon niveau.

Jusqu’ici, les conseils sur la plantation présumaient que vous aviez acheté des plantes en pot, mais que faire si vous avez déterré des plantes ailleurs sur votre terrain ou les avez reçues d’un ami ou par la poste (les plantes expédiées par la poste sont souvent « à racines nues ») ? Vous n’aurez pas une belle motte cylindrique à fond plat qui se pose également dans un trou. Aussi la technique de plantation diffère-t-elle légèrement. Le but dans toute plantation est que le collet de la plante finisse à fleur de sol ou à peine enterré (d’accord, il y a quelques exceptions à cette règle, notamment en ce qui concerne les plants greffés au pied dont on enterre toujours le point de greffe). Le collet est le point de jonction entre les racines et la tige et on le reconnaît facilement par un changement de couleur, car la partie ayant toujours été enterrée sera normalement plus pâle que la partie qui était exposée l’air. Avec la motte de racines solide qu’on obtient d’un dépotage, il est facile de placer le collet au bon niveau. Avec une motte inégale ou juste des racines, ce qu’on obtient d’une transplantation ou d’une commande postale, c’est moins évident. En effet, les plantes à racines nues ont tendance à s'enfoncer dans le sol après un ou deux arrosages. Pour contrer cela, voici comment faire : Creusez un trou de plantation normal, donc à fond assez plat, mais après, formez une butte conique dans le centre en tassant une poignée ou deux de terre. Placez la plante sur la butte et ajustez sa hauteur en ajoutant ou en enlevant de la terre, puis étalez les racines également

102 | Chapitre 3

tout autour. La butte aidera à tenir la plante au niveau désiré. Pour vérifier que le collet est au niveau du sol, placez une règle sur les parois du trou. Maintenant, appliquez des mycorhizes sur les racines et comblez le trou de terre, tassez bien et arrosez. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Plantations près d’une fondation Neuf fois sur dix, l’ombre qui cause tant de problèmes aux jardiniers est en fait causée par des arbres (et d’ailleurs le véritable problème n’est pas l’ombre, mais la compétition racinaire). Mais un autre emplacement qui cause problème est la fondation des édifices, côté nord-ouest, nord ou nord-est. Encore, l’ombre même n’est que rarement le problème véritable : le choix de végétaux pou­ vant tolérer l’ombre créée par une maison ou un immeuble est vaste. D’ailleurs un tel emplacement est souvent à la mi-ombre, car en plein été, le soleil se lève au nord-est et se couche au nord-ouest, don­nant même un éclairage direct à de tels empla­ cements. Ici, le hic est la sécheresse. En effet, le sol près de la fondation d’un édifice est presque toujours très sec, même parfois poudreux, signe d’une sécheresse extrême. On peut blâmer en bonne partie le surplomb du toit qui empêche l’eau de pluie d’y tomber, mais même quand le côté nord n’a pas d’avancée de toit, il reste une zone au sol plus sec qu’ailleurs à la base du mur. C’est que la fondation dégage de la chaleur toute l’année (non pas seulement durant les mois où l’on chauffe son intérieur) et que cette chaleur assèche le sol. Ainsi, cet emplacement est toujours assez sec.

Les plantations près d'une fon­ dation souffrent souvent de sécheresse.

Deux solutions sont possibles. Le plus facile est de faire vos plantations plus loin de la maison, au delà du surplomb s’il y en a un ou à au moins 45 cm d’un mur sans surplomb. Ainsi la pluie arrivera à arroser les végétaux et le réchauffement du mur n’aura plus beaucoup d’effet desséchant. Pour ne pas laisser un espace vide près du mur, on peut y cultiver des végé­taux évasés ou étalés qui, à partir d’un emplacement à une certaine distance du Jardiner à l’ombre | 103

mur, viendront le cacher. On utilise souvent des arbustes et des conifères à cette fin. Encore, on peut installer un tuyau suintant ou un autre système d’irriga­ tion près de la fondation et ainsi irriguer l’emplacement, arrosant hebdo­ madairement durant la belle saison. On peut même mettre ces systèmes d’irrigation sur minuterie et ainsi automatiser le processus. Évi­demment, la présence de paillis pour réduire la perte d’eau due à l’évaporation sera aussi très utile. On peut planter près d’une fon­ da­tion, mais alors il est sage de prévoir un système quel­ conque d’irri­ gation, comme un tuyau suintant.

Dans tous les cas, cependant, même si vous plantez à une certaine distance du mur, même si vous avez installé un système d’irrigation, mieux vaut utiliser surtout à ces endroits naturellement plus secs que la normale des végétaux tolérant l’ombre sèche plutôt que des végétaux qui préfèrent un sol humide en tout temps Un troisième facteur est que la fondation d’une maison contient habi­ tuel­lement du mortier ou du béton et que ces deux produits sont alca­ lins et tendent alors à rendre le sol plus alcalin qu’ailleurs. C’est un facteur relativement mineur, mais quand même, les plantes qui aiment un sol réellement acide, comme les bleuetiers (Vaccinium spp.) et les rhodo­ dendrons (Rhododendron spp.), ne seront jamais à leur meilleur près d’une fondation.

Le paillis : le meilleur outil du jardinier paresseux Il faut considérer le paillis comme un élément essentiel de tout jardin d’ombre.

104 | Chapitre 3

Dans la nature, les plantes d’ombre se trouvent surtout dans les forêts. Or, dans une forêt, il y a toujours un paillis naturel : la litière forestière, une couche de feuilles (surtout) et de branches en décomposition. Cela va donc de soi que les plantes d’ombre, qui ont évolué dans un milieu forestier, apprécient la pré­ sence d’une couche de matière

organique à leur base, couche qu’on appelle paillis. Le paillis est d’ailleurs l’une des clés du succès dans le jardinage à l’ombre. Il fait économiser tellement de temps au jardinier que, si vous n’aviez jamais utilisé un paillis auparavant, vous n’en reviendrez pas de voir comme il est facile de jardiner une fois qu’il est en place. Un paillis peut être tout produit qui recouvre la surface du sol. Les meil­ leurs paillis sont composés de matière organique, comme les feuilles déchiquetées, les aiguilles de conifère et les résidus de bois compostés. Le compost aussi fait un excellent paillis. Il est curieux de constater que le jardinier forcené s’efforce de supprimer immédiatement cette « saleté » qui est la litière forestière naturelle pour exposer de la belle terre et passe d’ailleurs beaucoup de temps annuel­­ lement à « nettoyer » ses plantations à l’ombre, où il tombe tout natu­ rellement une abondance de feuilles l’automne. Quelle erreur ! Non seulement ces « saletés » demandent-elles beaucoup d’efforts à celui qui veut les ramasser, mais les végétaux poussent moins bien sans paillis. Autre­­ment dit, on se complique la vie pour rien.

Les avantages du paillis Voici quelques avantages du paillis : • Il réduit la germination des graines de mauvaises herbes et peut ainsi réduire les besoins de désherbage de plus de 75 %. • Il empêche le sol de se compacter et ainsi non seulement les racines des plantes désirables poussent-elles mieux, mais il est plus facile d’arra­cher les mauvaises herbes, qui n’ont pas de prise dans un sol meuble. • Il conserve le sol frais et humide, réduisant de façon considérable le besoin d’arroser et l’éliminant même dans plusieurs cas. • Il réduit les maladies et aide à ralentir leur progrès. • Il encourage le développement des insectes et microorganismes béné­ fiques qui aident à contrôler beaucoup d’ennemis, notamment les limaces. Jardiner à l’ombre | 105

• Il se décompose lentement et, en le faisant, fertilise le sol. • Il donne un bel effet homogène à l’aménagement. De mon point de vue, avoir du paillis dans ses plates-bandes est presque comme avoir son jardinier personnel, tellement il réduit le travail qu'il y aurait à faire sans lui.

Les désavantages du paillis Côté négatif, les paillis ont surtout le défaut de disparaître. En effet, ils se décomposent, ce qui est une bonne chose dans un sens, car c’est ainsi qu’ils fertilisent le sol, mais alors il faut les remplacer régulièrement. Certains paillis, comme les feuilles déchiquetées, ne durent qu’une saison : il faut en remettre tous les ans ! Heureusement que dame Nature nous fournit tous les automnes quantité de feuilles mortes pour remplacer celles qui se sont décomposées. Aussi, les paillis empêchent les plantes de se ressemer, même les plantes désirables. En effet, peu de plantes, désirables ou indésirables, germent bien quand il y a du paillis. C’est une bonne chose quand il s’agit d’une mauvaise herbe, mais un problème quand il est question d’une plante ornementale que vous voulez voir s’étendre. Si vous désirez qu’une plante se ressème, laissez quelques endroits libres de paillis où elle puisse le faire. Enfin, certains paillis sont légèrement toxiques pour les plantes, notam­ ment le célèbre et populaire paillis de « cèdre » (thuya), mais cet effet ne dure pas très longtemps. Malgré tout, je déconseille l’utilisation de paillis de thuya sur les plantations récentes.

Mythes au sujet du paillis Plusieurs mythes courent au sujet du paillis, assez pour faire peur aux jardiniers débutants qui refusent alors de l’essayer. Le pire, c'est que ce sont souvent les soi-disant experts qui les propagent ! En voici quelque-unes : • Les spores de maladie hivernent dans le paillis de feuilles déchiquetées et s’attaquent aux plantes au printemps. C’est vrai que les spores de plusieurs maladies hivernent dans les feuilles mortes 106 | Chapitre 3

non déchiquetées, mais les déchiqueter en détruit la plus grosse partie. Et au printemps, le paillis empêche certaines maladies de remonter dans les plantes affectées. La tache goudronneuse de l’érable (Rhytisma spp.), par exemple, est moins fréquente sur les érables paillés que sur les érables non paillés. •L  es paillis acidifient le sol en se décomposant. Au contraire, la majorité des paillis donnent un pH d’environ 6,4 ou 6,5 en fin de décomposition. Cela est vrai même pour les aiguilles de conifère, pour­ tant fréquemment accusées d’acidifier le sol. •L  es paillis à base de bois (notamment la sciure de bois) volent l’azote au sol. Il y a un petit fond de vérité là-dedans, mais l’effet ne dure que quelques semaines. Autrement, les paillis, bien au contraire, enrichissent le sol en azote. •L  e paillis ne doit pas toucher la base des plantes, car cela peut provoquer de la pourriture. Un non-sens ! Dans la nature, estce que le paillis naturel, soit la litière forestière, se retire de la base des plantes ? Non, et les plantes forestières n’en poussent pas moins bien. Faites comme dame Nature et posez votre paillis également sur tout le secteur, même au pied des végétaux. •L  es feuilles de chêne ne se décomposent pas assez vite ; il ne faut pas les utiliser dans un paillis. C’est vrai qu’elles prennent une éternité à se décomposer et même qu’elles étouffent les plantes à leur pied à cause des denses couches qu'elles y forment. Mais si vous déchiquetez les feuilles avec un aspirateur à feuilles ou en les passant sous une tondeuse, cela accélère beaucoup leur décomposition et de plus, comme elles sont maintenant en tout petits morceaux, elles n’étoufferont plus les plantes. •L  es feuilles de noyer noir (Juglans nigra) empoisonnent le sol à cause du juglone qu’elles dégagent ; il ne faut pas les utiliser dans un paillis. En fait, le juglone est moins présent dans les feuilles du noyer noir que dans les racines. De plus, en déchiquetant les feuilles de noyer (et habituellement on déchiquette les feuilles utilisées dans un Jardiner à l’ombre | 107

paillis), on détruit la plus grande partie du juglone restant. Vous trouverez plus de renseignements sur le noyer noir et le juglone à la page 134.

La bonne quantité de paillis Pour être efficace, le sol doit être couvert d’au moins 4 à 5 cm de paillis. Par contre, comme les paillis se décomposent, parfois assez rapidement, mieux vaut en appliquer 7 à 10 cm la première fois. Comme cela, vous n’aurez pas à répéter les applications trop souvent. Quand l’épaisseur du paillis descend sous 5 cm, appliquez-en une cou­ che supplémentaire, directement au-dessus de l’ancienne. Il n’est pas nécessaire de l’enlever.

Paillis de culture Pour la culture des plantes, certains paillis sont meilleurs que d’autres. Voici une liste des meilleurs, tous assez fins et riches : Aiguilles de pin

Feuilles déchiquetées

Bois raméal fragmenté

Paille

Compost

Paillis forestier (compost forestier)

Copeaux de bois

Papier déchiqueté

Écales d’arachide

Sciure de bois

Écales de cacao

Tonte de gazon*

Écales de sarrasin

Tourbe horticole* (« peat moss »)

*Il ne faut jamais utiliser ces produits seuls, seulement mélangées à d’autres matériaux, comme des feuilles déchiquetées, car étant très denses, ils empêchent la circulation de l’eau et de l’air.

Paillis strictement ornementaux Certains paillis soit sont naturellement faibles en minéraux soit se décom­ posent lentement et ainsi ne stimulent ni le développement d’une flore microscopique bénéfique ni la croissance des plantes. Ces paillis sont plus utiles comme paillis strictement ornementaux, pour couvrir le sol au pied

108 | Chapitre 3

d’un arbre à racines superficielles, par exemple, mais pas dans une platebande où l’on veut encourager la croissance des végétaux. Éclats de bois

Paillis de thuya (« cèdre ») naturel

Éclats de marbre

Paillis de thuya (« cèdre ») teinté

Écorce de conifère

Pierre volcanique

Galets de rivière

Pneus recyclés déchiquetés

Gravier

Paillis comme élément décoratif Je suis un jardinier et j’aime les plantes. J’ai ten­ dance à mettre des plantes partout. Par contre, je comprends que tous les gens ne sont pas aussi avides de verdure que moi. Sachez alors que, au pied d’un arbre à racines superficielles où presque rien ne veut pousser, il est parfaitement loisible de simplement recouvrir tout le secteur de 7 à 10 feuilles de papier journal et puis d’y poser un paillis ornemental. Un beau rond de paillis crée un très bel effet en soi.

Paillis vivant

Si vous voulez, vous pouvez poser tout simplement du paillis décoratif autour d’un arbre à racines super­ ficielles. Il n’est pas nécessaire d’avoir des plantes partout.

Ce couvre-sol est maintenant tellement dense qu’il couvre toute la surface et absorbe tout seul toutes les feuilles tom­ bées. Il est devenu un paillis vivant.

L’utilité d’un paillis diminue quand toute la surface est bien couverte de végétation. Dans ce cas, les feuilles tom­bent l’automne sur les plantes et disparaissent toutes seules à travers leur feuillage. À ce stade de maturité de l’aménagement, on peut dire que le feuillage des végétaux au sol est devenu lui-même un paillis – un paillis vivant – et il n’est plus nécessaire d’en ajouter quand le paillis d’origine est décomposé. Jardiner à l’ombre | 109

Entretien d’un jardin d’ombre Vous avez terminé vos plantations et les végétaux sont bien arrosés et paillés. Que reste-t-il à faire ? Pas grand-chose, en fait. Une fois qu’un aménagement à l’ombre est bien parti, il demande peu d’entretien. D’ail­ leurs, peu d’aménagements sont aussi autosuffisants. Mais voici quand même des travaux que vous pourriez avoir à faire à l’occasion.

Arrosage La fréquence des arrosages dépend non seulement de votre climat et de la saison (on arrose plus en été pendant les périodes de canicule et de sécheresse qu’au printemps ou à l’automne quand il fait plus frais et qu’il pleut plus fréquemment), mais aussi du type de végétaux cultivés. En général, cependant, même quand les racines d’arbres surplombants volent une bonne partie de l’eau de pluie, les plantes bien établies à l’ombre demandent beaucoup moins d’eau que les plantes cultivées au soleil. Les plantes d’ombre poussent moins rapidement et perdent moins d’eau par évaporation et transpiration que les plantes cultivées au plein soleil brûlant. Ajoutez un paillis à ce même jardin d’ombre (il réduit considérablement les pertes d’eau en rafraîchissant le sol et en en coupant l’évaporation) et le besoin d’arrosage tombe souvent, très littéralement, à zéro… du moins certaines années. Les végétaux récemment plantés exigent des arrosages plus fréquents que les végétaux bien établis. Leur association symbiotique avec les cham­pi­gnons bénéfiques qui vont chercher la plus grande partie de l’eau (mycorhizes) n’est pas encore bien établie et leur système racinaire n’est pas encore pleinement développé. Aussi faut-il tenir le sol autour de nouvelles plantes légèrement humide en tout temps. Cela est doublement vrai dans un secteur où il y a une compétition racinaire importante, car les arbres environnants se feront un plaisir de siphonner toute l’eau présente à leurs propres fins. La façon la moins efficace pour arroser est de s’installer avec un arrosoir ou un tuyau d’arrosage et d’arroser à la main. D’accord, cela fonctionne pour les plantes en pot, car leur masse de terre est réduite et on peut 110 | Chapitre 3

alors atteindre toutes les racines en quelques minutes d’arrosage. Mais qui a la patience de rester sur place une heure et plus en arrosant le même petit espace ? Car c’est ce qu’il faut pour humidifier le sol dans une plate-bande à une profondeur de 15 cm, le minimum pour dire que l’arrosage est efficace. Si pour vous arro­ser consiste à vous promener dans le jardin en arrosant çà et là, vous n’arrivez à arroser correctement que la couche de sol la plus superficielle… et cela nuit plus que ça n’aide. En effet, les plantes arrosées superficiellement développent en surface des racines qui sont très sujettes à la sécheresse. Par des arrosages réguliers en profondeur, au contraire, les plantes déve­ loppent des racines qui plongent loin dans le sol et qui sont alors mieux capables de résister à la sécheresse.

Arrosez au boyau ou à l’arrosoir n’est pas très efficace.

Un arroseur oscillant ou tournant permet un arrosage plus en profondeur. Il ne perd pas patience, lui, et vous pouvez le laisser fonctionner une heure, deux heures, même trois heures, et ainsi l’eau peut descendre loin dans le sol. Il faut environ 2,5 cm d’eau par semaine pour arroser à une profondeur de 8 cm… et si le sol était déjà en disette d’eau (s’il n’avait pas plu depuis plusieurs semaines), il est peut-être sec à 20 cm de profondeur. Or normalement un arroseur fournit environ 2,5 cm d’eau à l’heure. Ainsi vous pouvez juger relativement bien des besoins en arrosage.

Arroser à l’arroseur est plus efficace qu’arroser à la main, mais laisse une partie des plantes assoiffée.

Arroser avec un arroseur n’est cependant pas très efficace en milieu boisé. Quand les jets d’eau frappent un arbre, toute l’eau tombe devant son tronc et les plantes derrière ne reçoivent plus rien. On appelle cela une « ombre de la pluie ». Il faut changer souvent l’arroseur de place pour arroser efficacement. On peut aussi arroser au moyen d’un système d’irri­ gation souterrain avec ses divers gicleurs et goutteurs. Si un tel système est bien planifié, toutes les parties du terrain reçoivent leur juste part d’eau et on peut même l’automatiser complètement au moyen d’une Jardiner à l’ombre | 111

Un système d’irrigation est très efficace pour arroser à l’ombre, mais très coûteux et souvent brisé.

Un tuyau suintant arrose efficacement et coûte peu cher.

112 | Chapitre 3

minuterie. Par contre, que c’est cher ! Il en coûte littéralement des dizaines de milliers de dollars pour faire installer un système d’irrigation dans la plupart des cas. Dans un climat plutôt pluvieux – et ce livre a été écrit pour les jardiniers de l’est du Canada, où la pluie est relativement fiable, et non pas pour les cactophiles de l’Arizona ! –, on peut difficilement justifier une telle dépense. De plus, les systèmes d’irrigation tombent fréquemment en panne, notamment à cause de notre climat froid, et il faut presque nécessairement engager un service d’entretien, aussi très coûteux, pour voir à son bon fonctionnement. Autant dire que, sous notre climat, utiliser un système d’irrigation, c’est essen­ tiellement jeter son argent par la fenêtre. Personnellement, j’utilise presque exclusivement des tuyaux suintants pour arroser, autrement que pour les plantes en pot. Ils coûtent peu cher (prix de 2009 : environ 13 $ pour 20 m de tuyau) et s’installent en quel­ques minutes : vous les posez sur le sol et vous les recouvrez de paillis, voilà tout. Contrairement aux arroseurs et aux gicleurs, le tuyau suintant (ou boyau perforé) n’envoie pas des jets d’eau dans les airs où l’eau est sujette à une forte évaporation. C’est plutôt sa paroi qui est perforée de milliers de minuscules trous qui laissent l’eau perler à la surface. Comme l’eau reste près du sol plutôt que d’être lancée en l’air, il y a peu d’évaporation et ainsi presque toute l’eau va aux plantes, pour une économie d’eau appréciable. Normalement, le boyau suintant est fabriqué de pneus recyclés et il est donc bénéfique pour l’environnement, car on recycle un produit autrement polluant. Avec un ou des boyaux suintants, il est possible d’organiser des systèmes d’irrigation aussi efficaces que les meilleurs systèmes professionnels avec gicleurs, mais beaucoup moins chers, beaucoup moins compliqués à opérer et avec beaucoup moins de défaillances. Si vous n’en avez pas encore fait l’essai, vous n’en reviendrez pas de constater comme l’arrosage devient facile !

Voici quelques trucs pour bien installer vos tuyaux suintants. • Il ne faut pas avoir plus de 40 m sur un seul circuit, soit 2 tuyaux. Sur la majorité des terrains, donc, il faut plusieurs circuits. • Recherchez une marque qui offre une garantie de 10 ans ou plus. Cer­ tains modèles bas de gamme se bouchent facilement ; les modèles avec garantie prolongée sont beaucoup plus fiables. • Installez vos tuyaux suintants de façon à ce qu’ils passent près des plantes les plus exigeantes en eau ou concentrez plusieurs tuyaux dans le secteur de ces végétaux. Espacez-les davantage près des plantes xérophiles (résistant à la sécheresse). • Le tuyau doit courir sur la largeur d’une pente, soit horizontalement. S’il descend du haut en bas d’une pente, seules les plantes du bas recevront leur part d’eau. • Dans un sol ordinaire ou glaiseux, espacez les tuyaux d’environ 1,2 m et faites-les fonctionner une fois par semaine, 3 heures à la fois, en période de sécheresse majeure seulement. • Dans un sol sablonneux, donc très bien drainé, espacez les tuyaux d’environ 30 cm et faites-les fonctionner 3 fois par semaine, 1 heure à la fois. Il peut être utile de les faire fonctionner même quand il n’y a qu’une petite disette d’eau. • Enfin, soyez attentif aux règlements municipaux qui concernent l’arro­ sage. Dans beaucoup de municipalités, on détermine quelles journées de la semaine vous pouvez arroser et même à quelles heures. Cela dit, si vous vous trompez de journée, les autorités ne le sauront pas, car un tuyau suintant couvert de paillis arrose invisiblement*.

Arrosage des bacs et balconnières L'arrosage des plantes en contenant diffère passablement de l’arrosage des plantes en pleine terre. C’est que, d’un côté, le pot tend à être rempli de plantes très tassées, chacune avide d’eau. Et les plantes en pot sont souvent *Je ne me sens pas coupable de vous suggérer d'enfreindre les règlements, car les tuyaux suintants utilisent tellement moins d’eau que tout autre système d’irrigation qu’en fait ils font économiser de l’eau aux municipalités.

Jardiner à l’ombre | 113

plus exposées aux vents asséchants que les végétaux cultivés en pleine terre. Aussi le terreau en pot s’assèche-t-il très rapidement. Par ailleurs, si l’arrosage par arrosoir ou tuyau ne fonctionne pas bien pour les plantes en pleine terre, il est très efficace pour les plantes en pot. Il suffit de verser l’eau lentement jusqu’à ce qu'un surplus commence à s’égoutter du trou de drainage. Très souvent, sous notre climat, les gros bacs placés à l’ombre exigent peu d’arrosage : la pluie suffit. Ou s’il y a des arrosages à donner, trois ou quatre fois par été, pendant les pires sécheresses, c’est bien assez. Même les pots plus petits, qui sèchent beaucoup plus rapidement, exigent rarement plus de deux ou trois arrosages par semaine alors que les mêmes potées auraient exigé un ou deux arrosages par jour si elles avaient été en plein soleil.

Un simple système d’irrigation goutteà-goutte permet d’automatiser l’arrosage des plantes en pot.

114 | Chapitre 3

Enfin, sachez qu’il est facile et peu coûteux d’ins­ taller un simple système d’irrigation goutte-àgoutte en pot. Des nécessaires pour le faire sont vendus partout et sont faciles à faire fonctionner. Rentrez-les à l’intérieur pendant l’hiver, cependant, pour prévenir les dommages causés par le froid. Pour plus de renseignements sur le sujet, consultez le livre Le jardinier paresseux : Pots et jardinières.

Fertilisation De nature, les plantes d’ombre croissent plus lentement que les plantes au soleil et peuvent alors très bien survivre avec moins d’éléments nutritifs. Je me confesse : je ne fertilise pas mes jardins d’ombre du tout, du moins pas avec des engrais traditionnels. Il y a quand même les paillis qui, en se décomposant, enrichissent le sol et aussi, quand je produis du compost, je l’étale çà et là dans mes plantations, directement sur le paillis. Il n’est pas nécessaire de le mélanger au sol. Et il y a aussi les feuilles qui tombent sur la plate-bande et que je ne ramasse pas. Il n’est pas nécessaire de mélanger soi-même avec le sol aucun de ces produits pour qu’ils le fertilisent effi­ ca­cement. Dame Nature a des millions d’années d’expérience pour faire pénétrer dans le sol des matières organiques qui tombent sur le sol.

D’abord, la pluie en fait pénétrer une bonne partie, mais aussi toutes sortes d'organismes vivants, des gros lombrics bien visibles aux microorga­ nismes invisibles qui prolifèrent dans les sols paillés, travaillent à faire pénétrer la matière organique dans le sol. Vous n’avez pas confiance que le paillis et d’occasionnelles applications de compost suffisent ? Alors appliquez un engrais biologique à dégagement lent directement sur le paillis. Encore une fois, malgré ce que d’autres personnes peuvent vouloir vous faire croire, il n’est pas nécessaire de faire pénétrer l’engrais : dame Nature s’occupera de le faire à votre place. Et même si les marchands vous encouragent à appliquer de l’engrais deux, trois ou quatre fois par saison, il est difficile d’imaginer une situation où plus d’une seule application annuelle serait nécessaire pour un jardin ombragé. Faites-le au printemps ou à l’automne, à votre guise. Tout engrais biologique conviendra. L’idée que l’azote (N, le premier chiffre de tout engrais) sert à la croissance, le phosphore (P, le deuxième chiffre) à la floraison et à l’enracinement et le potassium (K, le troisième chiffre) à la résistance au froid ou à la fructification, soit ce qu’on nous a toujours dit (et la théorie derrière les milliers d’engrais différents vendus sus le marché), est très exagérée. Une plante trouvera très bien tout ce dont elle a besoin pour bien pousser et fleurir dans tout engrais. Si vous voulez être certain que vos plantes aient vraiment ce qu’il leur faut en matière de fertilisation, achetez un engrais tout usage. Ce sont les seuls engrais honnêtes, car ils admettent qu’ils conviennent à toute plante.

Tout engrais natu­ rel fera l’affaire. Ainsi cet engrais pour tomates ou un engrais à orchidées peut très bien fertiliser un hosta. Après tout, les plantes ne savent pas lire les étiquettes.

Un dernier détail à souligner : évitez les engrais avec les chiffres de plus de 14. Au delà de ce chiffre, l’engrais peut sérieusement déranger la vie microbienne du sol et ainsi nuire plus à vos plantes que les aider. Et ces engrais sont la cause principale de la pollution de nos lacs et cours d’eau.

Fertilisation des jardins en pot Ce que je viens d’expliquer sur les engrais s’applique aux plantes en pleine terre. Les jardins en pot, très exposés au lessivage par la pluie et habituellement remplis de plus de plants au centimètre carré que jamais on ne le voit en pleine terre, exigent beaucoup plus d’engrais. Vous en trouverez des détails à la page 57. Jardiner à l’ombre | 115

Tuteurage Si les plantes manquent de lumière, elles ont tendance à s’étioler (« pousser en orgueil »), s’étirant vers le haut et se penchant vers la source de lumière. C’est tout à faire naturel et n’est même pas très dérangeant. Dans les cas extrêmes, où la plante manque réellement de soleil, elle finit toutefois par s’écraser, ce qui est moins joli. Faites comme vous le voulez, mais je considère qu’une plante qui ne se tient pas debout ne mérite pas une place dans mes aménagements. J’essaie habituellement de la mettre plus au soleil. Si cela ne fonctionne pas (les pieds-d'alouette [Delphinium], par exemple, s’écrasent inévitablement, peu importe où on les place), la plante va à poubelle. Tuteurer exige trop de temps et ne donne même pas de bons résultats, car habituellement on voit le tuteur, ce qui détruit tout l’effet. La vie est trop courte pour tuteurer ! Si vous aimez une catégorie de plantes qui semblent avoir besoin de tuteurage, recherchez des cultivars plus petits : ils sont habituellement plus solides.

Pinçage Idem, la vie est bien trop courte pour le faire. Pincer veut dire supprimer, entre le pouce et l’index, la pointe de croissance d’une plante afin de stimuler la ramification. Malheureusement, pincer une plante retarde sa floraison et, à l’ombre, la floraison est déjà retardée par une moindre intensité lumineuse. C’est souvent assez pour faire rater toute la floraison ! Laissez le pinçage aux jardiniers forcenés qui ne savent pas quoi faire de leur temps. Il existe de toute façon, dans presque toutes les plantes reconnues pour avoir besoin de pinçage, des variétés plus compactes qui se ramifient très bien sans pinçage. Plantez-en !

Taille Habituellement, on pince les plantes herbacées (annuelles, vivaces, bisan­ nuelles, etc.) ; on taille les plantes ligneuses (arbres, arbustes, conifères, etc.). Ces plantes sont plus volumineuses et peuvent effectivement de­ man­der une taille occasionnelle, notamment quand une branche bloque 116 | Chapitre 3

notre chemin. On utilise normalement un sécateur pour tailler les bran­ ches de faible dimension ; un ébrancheur (sécateur à manche long ou télescopique) pour les branches hors de portée, alors qu’une scie d’élagage ou un émondoir peuvent être nécessaires pour les branches d’arbres. La taille de ces plantes n’a pas besoin d’être un travail annuel. On le fait à l’occasion, toujours pour une bonne raison. Les jardiniers forcenés taillent tous les arbustes à fleurs tous les ans pour aucune raison spéciale et tournent les conifères et buis en boules, en cubes, en spirales ou en pyramides. Parfois même ils grimpent dans les arbres pour les convertir en sucettes ! Que voulez-vous ? Ce sont des malades et il faut les prendre en pitié. Et bien sûr, rien de cela n’est nécessaire. Mon point de vue de jardinier paresseux est que, si je veux une plante qui pousse en boule, en pyramide ou en sucette, j’en choisirais une qui prend tout naturellement cette forme. Puisque je ne connais aucun plante qui croît en cube ou en spirale, je me passe de cubes et de spirales. Et vogue la galère ! Voici les occasions où il peut être utile de tailler et comment le faire :

La suppression des vieilles branches peu florifères donnera aux plus jeunes rameaux la chance de se développer et de fleurir à leur tour.

• Il y a une branche morte ou brisée. Taillez-la en toute saison, dès que vous la voyez. • Une branche bloque votre chemin. Taillez-la en toute saison, dès que vous la voyez. • Un arbuste commence à moins fleurir. Cela arrive à presque tous les arbustes à fleurs quand les vieilles branches moins enclines à fleurir commencent à dominer les plus jeunes et plus florifères. Alors, aux 4 ou 5 ans environ, rabattez à environ 15 cm du sol les vieilles branches. Habituellement on taille après la floraison : ainsi l’arbuste a le temps de repousser suffisamment pour fleurir la prochaine saison. Donc on taille certains arbustes au printemps, d’autres durant l’été. Quant à celles qui fleurissent jusqu’à la toute fin de l’automne, comme l’hydrangée paniculée (Hydrangea paniculata), on peut les tailler au début de l’hiver ou tôt au printemps. Jardiner à l’ombre | 117

• Il faut égaliser une haie d’arbustes. Je recommande fortement de planter une haie libre, habituellement composée d’arbustes à fleurs. Comme le nom le suggère, on la laisse pousser librement, supprimant seulement quelques branches plus vieilles pour stimuler une meilleure floraison, selon le point précédent. Par contre, si vous avez déjà une haie classique (haie taillée), aussi bien l’entretenir jusqu’à ce que vous soyez prêt à la remplacer par une haie moins exigeante en entretien. On peut tailler les haies d’arbustes en presque toute saison ; elles ont parfois besoin de taille deux ou trois fois par saison. Si jamais une telle haie est réellement en mauvais état, on peut même la rabattre à 15 cm du sol et elle repoussera sans problème. • Il faut égaliser une haie de conifères. On taille normalement une haie de conifères une seule fois par année, à la mi-juin (fin de juin dans les zones 1 et 2). Ne taillez que dans la nouvelle croissance, car la plupart des conifères n’ont pas la capacité de se régénérer à partir des branches matures. Cela veut dire qu’il est très difficile, voire impossible, de remettre une haie de conifères négligée en état. • Vous aimerez tailler un arbre pour laisser entrer plus de lumière. C’est un autre sujet complètement. Nous en discuterons à la page 127. Supprimez les fleurs de l’herbe aux goutteux avant qu’elles ne montent en graine.

118 | Chapitre 3

Suppression des fleurs fanées Les jardiniers forcenés aiment bien supprimer les fleurs fanées de leurs plantes. Cela leur donne une impression de dominance, style « j’ai combattu la nature et j’ai remporté la bataille », je suppose, et s’ils veu­lent bien le faire, cela ne me concerne pas. Je leur suggère tout simplement de ne pas le faire sur les plantes dont la fructification est intéressante, sinon ils vont man­ quer la moitié du spectacle de la plante.

Sachez toutefois que les bénéfices supposés venant de la suppression des fleurs fanées sont plus ima­ginaires que réels. Il y a bien quel­ques plantes qui refleurissent légè­rement quand on rabat la pre­mière floraison, mais aucune n’est une plante d’ombre. Une exception : supprimez sans vous gêner les fleurs de plantes qui sont envahissantes par leur se­men­ces, comme la terrible herbe aux gout­teux (Aegopodium podagraria) et ce, avant qu’elles ne montent en graine. Déjà que cette plante court amplement à l'aide de ses rhizomes rampants, pourquoi l’encourager à aller encore plus loin en la laissant produire des semences ?

Ménage d’automne Voici une technique chère aux jar­ diniers forcenés et pourtant tota­ lement inutile, voire nuisible. Ils s’amusent à couper toutes leurs vivaces et graminées au sol, à râteler le sous-bois pour ramasser la moindre feuille tombée et à rabattre les arbustes à 15 cm de hauteur. Cela engendre des tas de matières organiques qu’ils envoient ensuite dans de gros sacs orange au dépôt municipal. Un tel manque de respect pour l’environnement mériterait l’emprisonnement, si vous voulez mon avis. Voici les pours du ménage d’automne : • Ça fait plus « propre ». (La liste n’est pas très longue, n’est-ce pas ?)

En faisant le ménage d’automne, vous créez un déséquilibre qui stimule la prolifération des insectes nuisibles.

Voici les contres du ménage d’automne : •L  es feuilles de nos plantes les protègent du froid. En effet, les plantes de climat froid ont développé au cours des millénaires leur propre système de protection hivernale et utilisent leurs feuilles pour protéger leurs bourgeons dormants contre le froid. En les coupant, on rend la plante davantage exposée aux dommages hivernaux. Certaines Jardiner à l’ombre | 119

plantes peuvent même mourir parce qu’on a coupé leur feuillage et laissé le froid les pénétrer davantage. Cela est encore plus vrai pour les plantes à feuilles persistantes… pourtant, les forcenés les rabattent, elles aussi. • Les feuilles tombées des arbres protègent contre le froid, ré­duisent la sécheresse et enrichissent le sol. On appelle ces feuilles mortes « l’or brun du jardinier » ! L’épaisse couche de feuilles tombées des arbres isole le sol contre les froids d’hiver et crée un paillis naturel (litière forestière) qui protège contre la sécheresse. Puis, en se décomposant, les feuilles chargent le sol de minéraux que les plantes utiliseront pour leur croissance future. C’est un écosystème qui s’est développé au cours des millénaires et qui a montré son efficacité. Pour­ quoi le détruire en « faisant le ménage » ? • Les tiges et feuilles restées sur place coupent le vent et réduisent l’érosion. Même les annuelles, qui meurent toutes à l’automne, sont encore utiles à cet effet. Ne les arrachez pas ; laissez-les se décomposer sur place. • Les insectes bénéfiques hivernent dans les tiges creuses et les feuilles mortes. « Faire le ménage » déséquilibre l’ordre naturel, en supprimant les insectes bénéfiques et les animaux prédateurs des enne­mis de nos plantes, et permet aux ennemis de prendre le dessus au prin­temps. Faites-en l’essai : trois ans après que vous aurez cessé de faire le ménage d’automne (il faut un certain temps pour que l’équilibre se réinstalle), les infestations de parasites seront réduites de 75 %… sinon 90 % ! La différence est presque miraculeuse ! • On manque les attraits automnaux et hivernaux de nos plantes. Une plate-bande laissée à elle-même l’automne permet de découvrir des côtés insoupçonnés des végétaux : fruits colorés, tiges ployant sous le poids de la neige, oiseaux qui viennent chercher les graines laissées sur place, etc. Cela dit, il peut y avoir un tout petit peu de ménage à faire… notamment sur le gazon et peut-être les sentiers. En effet, les feuilles tom­bées étouffent le gazon et peuvent rendre les sentiers glissants. Ramassez donc ces 120 | Chapitre 3

feuilles, déchiquetez-les avec l’aspirateur à feuilles ou la tondeuse… et relancez-les dans les plates-bandes ou le sous-bois adjacent ! De plus, comme nous l'avons mentionné à la page 107, certaines feuilles (notamment celles des chênes [Quercus] et de l’érable de Norvège [Acer platanoides]) sont grosses et ne se décomposent pas très rapidement. En s’accumulant, elles peuvent alors étouffer les plantes d’ombre, qui pourtant composent facilement avec les autres feuilles. Une suggestion : ramassezles avec un aspirateur de feuilles (qui déchiquette en même temps), mais sans mettre le sac. Ainsi les feuilles déchiquetées seront immédiatement relancées dans le jardin et, désormais en miettes, n’étoufferont plus rien, mais se décomposeront rapidement.

Ménage de printemps Si on n’a pas fait le ménage de nos plates-bandes à l’automne, sûrement qu’il y a en aura beaucoup à faire au printemps, n’est-ce pas ? Eh bien, ce n’est pas si vrai ! En fait, vous découvrirez que quand on ne fait pas le ménage à l’automne, presque tout ce qu’on n’avait pas ramassé alors aura disparu au cours de l’hiver. Les feuilles de beaucoup de nos vivaces, par exemple, se sont décomposées au cours de l’hiver ou le feront rapidement avec le retour du printemps. Les feuilles des hostas (Hosta), par exemple, que les jardiniers forcenés coupent et ramassent par milliers l’automne, ne sont plus que de minces filets au printemps. Il n’y a donc rien à ramasser là. Par contre, les tiges mortes des annuelles et de certaines vivaces sont encore debout, ou du moins quelques-unes le sont. Cassez-les ou coupez-les à la base et déposez-les dans un endroit peu visible de la plate-bande, peut-être derrière des conifères. Vous ne voulez pas les jeter ou les brûler, car beaucoup d’insectes bénéfiques  y sont encore présents : en les pla­ çant dans la plate-bande, mais hors de vue, vous conserverez les

Le jardinier forcené trouve toujours plein de ménage à faire au printemps, mais le jardinier paresseux restera presque les bras croisés. Il sait que dame Nature s’occupe de la plupart des «  déchets ».

Jardiner à l’ombre | 121

122 | Chapitre 3

bénéfiques aux bons endroits. Ces tiges se décomposeront dans leur cachette, en retournant des minéraux au sol, et ne seront plus là à la fin de l’été. Et puis il y aura sûrement quelques branches tombées à ramasser. On peut déchiqueter et relancer dans la plate-bande en tant que paillis les branches les plus minces. Les autres peuvent servir de bois de foyer ou être remises à la municipalité pour fins de compostage. Quant aux feuilles d’automne laissées sur vos plates-bandes, elles seront déjà en train de se décomposer quand arrivera le printemps. Laissez-les sur place comme paillis qui enrichira le sol en passant. Enfin vous trouverez sans doute de véritables déchets – sacs de plastique, papiers errants, etc. – qui auront atterri dans votre aménagement au cours de l’hiver et qu’il faut ramasser. Mais le peu de ménage à faire au printemps n’est pas vraiment si dérangeant comparativement au gros ménage que les jardiniers forcenés font à l’automne.

Jardiner à l’ombre | 123

Chapitre 4 PROBLÈMES ET SOLUTIONS Bonne nouvelle ! Un jardin à l’ombre demande moins d’attention qu’un jardin au soleil et en général vous y rencontrerez moins de problèmes. Évidemment, ça ne veut pas dire qu’il n’y a jamais de mauvaises surprises, d’où la raison d’être de ce chapitre. Ici nous aborderons donc les problèmes les plus usuels. Et vous verrez, ils ne sont pas si nombreux que cela.

Pentes trop sèches En général, poser un paillis épais autour des végétaux dans un milieu ombragé, même là où il y a une compétition racinaire féroce, et les arroser

124 | Chapitre 4

Former une cuvette d’arrosage dans la pente pour attraper un peu plus d’eau pour la plante.

de temps en temps suffisent pour les garder en bon état. Mais une pente est toujours plus sèche que le reste du terrain, car l’eau de pluie et d’arrosage y ruisselle plutôt que de pénétrer dans le sol. D’ailleurs, plus la pente est raide, moins l’eau pénètre. Comment vous assurer que les plantes dans une pente recevront assez d’eau pour bien croître ? Évidemment, la première partie de la solution consiste à y planter des végétaux capables de tolérer l’ombre sèche (page 83). Dans la Section II, les végétaux pour l’ombre sèche portent le symbole , ce qui permet de les identifier immédiatement. En outre, comme nous l'avons expliqué à la page 87, les végétaux matures avec un bon système racinaire s’adaptent mieux à la compétition racinaire que de jeunes plants ou des divisions. Dans une pente, où l’eau manque encore plus cruellement, cela est encore plus vrai : contentez-vous d'y planter des végétaux bien développés. Enfin, à la plantation, formez une « cuvette d’arrosage », soit une digue de terre en demi-lune autour de la plante, appuyée contre la pente. Cette cuvette réussira à attraper davantage d’eau de pluie et d’arrosage et aidera la plante à mieux s’établir. Il est important d’assurer un arrosage adéquat aux plantes surtout la première année après la plantation. Une autre possibilité est de placer un tuyau suintant juste au sommet de la pente. L’eau d’un tuyau suintant sort lentement et a moins tendance à Problèmes et solutions | 125

ruisseler, mais l’eau descendra la pente par gravité sous la surface du sol et arrosera les plantes de la pente en passant. Laissez l’eau ouverte une heure de plus à cet endroit pour vous assurer qu’une partie de cette eau atteindra les plantes en difficulté. Et pensez que vous pouvez utiliser pour meubler la pente un couvre-sol tolérant de l’ombre sèche, comme l’aspérule odorante (Galium odoratum) ou la petite pervenche (Vinca minor). Plantez-le au pied de la pente et au sommet, là où il est facile de l’entretenir. Avec le temps, le couvre-sol enverra ses stolons dans la pente et s’y établira, produisant de nouveaux plants qui couvriront la surface dénudée sans que vous ayez à intervenir. Enfin, vous pouvez aussi éliminer la pente en faisant un terrassement avec des murets… mais cela vous coûtera plus cher !

Saletés sur le feuillage Beaucoup de jardiniers se plaignent que des déchets s’accumulent sur le feuillage des plantes à l’ombre, notamment les aiguilles des conifères surplombants, des feuilles jaunes, des baies et des fientes d’oiseaux. Ce sont les grosses feuilles portées à l’horizontale qui en reçoivent le plus et les hostas (Hosta) sont habituellement les premiers accusés à cet égard. La même chose arrive dans les jardins plus ensoleillés, mais comme il y vente davantage et que la pluie y est plus forte, les feuilles en sont vite enlevées. À l’ombre des arbres, il y a peu de vent et moins de pluie capable de nettoyer les feuilles, car les feuilles des arbres en adoucissent la force de frappe. Personnellement, j’aime autant des feuilles portant quelques saletés que des feuilles déchiquetées par la grêle (les plantes à l’ombre des arbres sont peu affectées par la grêle : les mêmes feuilles d’arbres qui les protègent de la pluie forte encaissent le coup quand il grêle). Par contre, si vous êtes un maniaque de la propreté, vous pouvez passer un balai sur les feuilles occasionnellement. Je n’ose presque pas mentionner que vous pouvez aussi rincer les feuilles au boyau, car je ne veux pas encourager le gaspillage de l’eau traitée. Ou, encore, remplacez les plantes à grosses feuilles par des plantes à petites feuilles (les déchets ont peu tendance à y adhérer) et vous aurez la paix. 126 | Chapitre 4

Sentiers glissants C’est surtout un problème à l’ombre humide, soit dans les coins maré­ cageux. D’ailleurs, même si j’adore l’apparence de sentiers bien envahis de mousse, force est de constater qu’ils peuvent être glissants. Enlever la mousse et les feuilles mortes (glissantes quand elles sont mouillées, elles aussi) n’est pas une solution à long terme, car elles ne feront que revenir. Si vous avez un problème constant avec des sentiers glissants, la seule solution logique est de les élever, soit en ajoutant une couche de terre et en replaçant les dalles ou les pierres, soit en créant un sentier surélevé, sur pilotis, dans le secteur en question. Recherchez également comme dalles des pierres à surface rugueuse. Si vous utilisez du bois (pour un ponceau, pour une section surélevée du sentier, etc.), pensez à le peindre avec une peinture antidérapante.

Alléger l’ombre profonde Il y a ombre et ombre… et une ombre réellement très profonde limite beaucoup votre choix de plantes. Mais est-ce qu’il y a moyen d’alléger l’ombre sans complètement enlever sa source ? Après tout, je ne veux pas que vous vous sentiez obligé de couper vos arbres ! La réponse est oui, du moins si effectivement l’ombre vient d’arbres surplombants. Il faut savoir qu’en grandissant, un arbre produit de plus en plus de branches et de feuilles, beaucoup plus qu’il ne lui en faut pour sa survie d’ailleurs. Avec le temps, les branches inférieures, surtout, deviennent donc essentiellement superflues et montrent même leur rang inférieur en portant de moins en moins de feuilles. Dans une forêt naturelle, elles meurent éventuellement d’elles-mêmes, ce qui enlève toute culpabilité au jardinier de les avoir enlevées. Vous pouvez couper ces branches mortes sans crainte. Mais pourquoi ne pas devancer dame Nature et aller couper ces branches avant qu’elles ne meurent ?

Problèmes et solutions | 127

Élever la cime Élever la cime d’un arbre veut tout simplement dire supprimer ses bran­ ches inférieures. Habituellement, on peut enlever toutes les branches sur le tiers inférieur de l’arbre sans la moindre crainte pour sa santé ni pour sa vigueur. Dans le cas d’un arbre très haut faisant partie de la canopée de la forêt, aucune de ses branches très ombragées n’est plus très utile et d’ailleurs elles ne portent jamais beaucoup de feuilles. Vous pouvez alors supprimer toutes les branches inférieures, jusqu’un niveau de la canopée. Les arboriculteurs suggèrent toutefois de ne jamais supprimer plus d’un tiers de la ramure totale d’un arbre dans une seule année. Élever la cime permet d’abord à plus de lumière de s’infiltrer jusqu'au sol à partir de la cime, maintenant un peu moins dense, mais surtout laisse la lumière latérale du matin et du soir, quand le soleil est bas sur l’horizon, pénétrer loin dans votre aménagement. Éga­ lement, cela augmente la lumière réfléchie.

Vous pouvez enlever les branches infé­ rieures d’un arbre sans lui faire le moindre tort.

Quand les branches inférieures sont de taille réduite et à votre portée, vous pouvez facilement élever la cime vous-même avec des sécateurs (branches jusqu’à 2 cm de diamètre) ou un ébrancheur (branches jus­ qu’à 4 cm). Il faut une scie à élaguer pour les branches de plus de 4 cm de diamètre. Il existe égale­ment des émondoirs à manche télescopique compre­nant une scie à élaguer et un ébrancheur pour les branches hors de portée. Évidemment, il faut porter un casque quand vous voulez atteindre des branches plus hautes que votre tête et aussi garder les deux pieds solidement par terre. Dès qu’une branche est hors de votre portée, il est temps d’appeler un arboriculteur certifié (jamais on ne fait affaire avec des « émondeurs » sans papiers, qui pourtant pullulent dans notre région : ils tuent plus d’arbres qu’ils n’en aident !).

Alléger la cime Cette technique très différente n’est pas à la portée d’un amateur. C’est l’arboriculteur qui monte dans les branches de l’arbre et supprime des 128 | Chapitre 4

branches sélectivement. Il enlève d’abord les branches mortes, endommagées, qui frottent ensemble ou qui ont d’autres faiblesses. Ensuite il coupe des branches çà et là de façon à ouvrir la cime et laisser la lumière pénétrer. (Un effet secondaire de ce type de taille est qu’elle augmente la circulation d’air dans la cime de l’arbre et aide alors à prévenir les maladies.) Un allégement bien fait est presque invisible : l’arbre n’a pas du tout changé d’allure dans son ensemble et son port est maintenu, mais désormais il laisse passer plus de lumière et les plantes à son pied se développent alors mieux. En allégeant la cime d’un arbre, l’arboriculteur rabat surtout les branches à partir de l’intérieur de l’arbre, ce qui décourage toute repousse. L’effet d’une telle taille peut se faire sentir sur 8 à 10 ans ou même plus. Pour maintenir l’effet après cela, cependant, il faut répéter l’opération.

Un arboriculteur certifié peut alléger la cime d’un grand arbre pour laisser passer plus de lumière.

On taille rarement les conifères Élever la cime et l'alléger sont des technique qui s’appliquent surtout aux arbres à feuilles caduques. On ne les utilise pas souvent sur les conifères, surtout les conifères à port pyramidal, comme les épinettes (Picea spp.) et les sapins (Abies spp.), qui paraissent mieux quand leurs branches pendent jusqu’au sol. Leur ombre dense n’est pas propice à la culture de plantes à leur pied, et de toute façon, avec les branches qui touchent au sol, il n’y a pas beaucoup d’espace pour la culture à leur base.

Jamais on ne « toppe » un arbre Il ne faut pas confondre « alléger la cime » et l'émonder, qu'on appelle aussi étêter ou « topper ». Cette technique, qui consiste à tailler la cime d’un arbre en boule en coupant les branches n’importe où et n’importe comment, à environ la même longueur, est fortement déconseillée. D’accord, elle crée une meilleure pénétration de la lumière au début, mais les arbres ainsi taillés repoussent rapidement et densément, en balais de Problèmes et solutions | 129

sorcière, ce qui augmente l’ombre. De plus, cela laisse les arbres sujets aux bris hivernaux, aux insectes et aux maladies. Habituellement, cette taille cause tellement de stress à l’arbre qu’il finit par en mourir, ce qui n’est certainement pas votre but. Le code éthique des arboriculteurs certifiés leur défend de topper les arbres, mais cette technique néfaste fait bien vivre les charognards du monde arboricole que sont les émondeurs. Tailler un arbre en boule détruit sa symétrie et mène souvent à sa mort. C’est une technique fortement déconseillée.

Les semis d’arbres sont les pires envahisseurs des jardins ombragés.

Augmenter la lumière autour des structures Voilà quelques techniques, recommandées ou non, pour augmenter la pénétration de la lumière sous les arbres, mais que peut-on faire pour contrer l’ombre dense causée par des structures comme une maison ou un immeuble ? Faire sauter l’édifice est la solution la plus logique, mais c’est rarement possible… surtout s’il ne vous appartient pas. Il y a au moins une possibilité : le peindre en blanc ! La lumière réfléchie par un mur blanc ou pâle peut presque doubler la quantité de lumière reçue par les plantes à proximité. D’ailleurs, convainquez vos voisins de peindre leur maison en blanc aussi et vous pourrez convertir votre terrain ombragé en terrain miombragé, ce qui vous donnera beaucoup plus de choix de végétaux.

Les plantes indésirables L’un des grands avantages de l’ombre est la quasiabsence de mauvaises herbes. En effet, la plupart des mauvaises herbes les plus connues, comme les pissenlits et le chiendent, exigent le plein soleil ou presque pour bien réussir. Un pissenlit qui germe à l’ombre, ce qui arrive à l’occasion, ne sera jamais que l’ombre d’un pissenlit de plein soleil et mourra sans doute sans jamais fleurir. Aussi, l’utilisation abondante de paillis dans les sites ombragés, que ce soit des paillis apportés par le propriétaire ou la 130 | Chapitre 4

litière forestière offerte gratuitement par dame Nature, aide également à réduire les infestations de mauvaises herbes.

Les semis d’arbre Par contre, on dit que la nature déteste le vide et donc il y a bien au moins une classe de plantes indésirables qui poussent abondamment à l’ombre : les semis d’arbres. En effet, plusieurs arbres des forêts caduques sont très sciaphiles* dans leur jeunesse, capables de germer et de pousser dans une ombre très profonde. C’est notamment le cas des semis d’érable à sucre (Acer saccharum), de hêtre (Fagus spp.) et de tilleul (Tilia spp.). L’érable de Norvège (Acer platanoides) est encore plus problématique, car il germe sous encore moins de lumière que les autres. De plus, ses semis réussissent à germer même à travers les paillis très épais, car ils résistent parfaitement à l’ombre que le paillis crée. Cela fait partie de la dynamique d’une forêt naturelle : ces jeunes arbres germent partout, mais restent petits, attendant une percée dans la canopée par suite de la chute d’un grand arbre. Alors ils se mettent en vitesse de croisière et montent rapidement vers le soleil. Le plus rapide remplacera l’arbre mort ; les autres arrêteront leur croissance et attendront une autre occasion pour se développer. Que ce soit un phénomène naturel est tout à fait fascinant, mais le jardinier pris avec des milliers de petits érables ou de hêtres dans son aménagement est souvent très découragé. De plus, l’ombre qu’ils jettent nuit aux végétaux qu’il avait plantés et ils contribuent à la compétition racinaire déjà extrême dans ces emplacements. Sachez toutefois que les semis d’arbres sont faciles à réprimer quand ils sont jeunes, les semis d’un an et moins s’arrachant en un instant. Ou encore, pincez-les : ils ne sont pas encore bien établis et alors les pincer, c’est les tuer. Si vous attendez deux ou trois ans, cependant, leur contrôle est plus difficile, car ils ont eu le temps de former un système racinaire très solide qui ne cédera pas facilement à la main qui tire. Il faut alors les couper à la base. Souvent les semis de cet âge repoussent du pied, donc il faut les couper plus d’une fois. C’est pour cela qu’il vaut mieux les supprimer la première année, quand il n’y a pas encore possibilité de repousse. *Sciaphile : adapté à l'ombre.

Problèmes et solutions | 131

Notez aussi que même les semis d’arbres sciaphiles ont besoin d’un peu de lumière. Si vous plantez densément des plantes de plus de 20 cm de hauteur, l’ombre jetée au sol sera trop dense même pour ces « scia­philes extrêmes » et vous aurez la paix. C’est plutôt à travers les couvre-sols bas (moins de 20 cm) qu’ils réussissent à percer que les plantes posent un problème au jardinier.

Les fausses amies

L’herbe aux gout­ teux (Aegopodium podagraria) est la pire des mauvaises herbes dans les emplacements ombragés.

L’autre catégorie de mauvaises herbes qui se plai­sent à l’ombre est un groupe de vivaces très tolérantes qui s’étendent par rhizomes. Je les appelle des « fausses amies » puisqu’elles ne paraissent jamais spontanément, mais sont plu­tôt vendues comme plantes ornementales aux jardi­niers qui pensent avoir flairé une bonne affaire. Au début, on les prend pour des amies et on est très content du résultat, car c’est vrai qu’elles poussent très bien à l’ombre. Après quelque temps cependant, on remarque qu’elles commencent à empiéter sur leurs voisines et même à les étouffer. C’est quand on essaie de les arrêter qu’on se rend compte qu’on a commis une grosse gaffe, car ces fausses amies sont presque inextirpables. Je connais un couple qui a vendu sa maison à cause d’un envahissement incontrôlable d’une de ces plantes (l’herbe aux goutteux ou Aegopodium podagraria) et d’autres qui ont abandonné des plates-bandes tout entières à cause de ses avances. Parmi les autres fausses amies de l’ombre (car il y a aussi des fausses amies du soleil !), il y a le muguet (Convallaria majalis), l’ortie jaune (Lamium galeobdolon), l’herbe aux écus (Lysimachia nummularia) et le lierre terrestre (Glechoma hederacea), sans parler de la plus célèbre de toutes, l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria). Toutes ces plantes sont très bien connues pour leur capacité d’envahissement et peu de gens ont le moindre commentaire positif à faire à leur sujet, ce qui n’empêche pas qu’on les vend dans toutes les jardineries, question, je présume, de partager avec les novices les misères du jardinage autant que les plaisirs. « Il devrait y avoir

132 | Chapitre 4

une loi ! » me dites-vous ? Je suis bien d’accord ! C’est criminel de vendre une telle plante sans aviser des risques. Sachez aussi que presque toute plante couvre-sol a la capacité de devenir envahissante. On les plante parce qu’elles « couvrent » bien, mais une plante qui couvre peut aussi devenir un fléau. Heureusement, la plupart des couvre-sols sont faciles à arracher quand ils vont trop loin, contrairement à l’herbe aux goutteux ou au muguet. Nous reparlerons de ces couvresols, qui nous rendent de fidèles services, mais qui peuvent aussi causer un désastre s'ils sont mal employés, à partir de la page 398.

Contrôler les fausses amies La méthode traditionnelle de désherbage – le sarclage – n’est de presque aucune utilité dans un jardin d’ombre. Retourner le sol avec un objet tranchant, en plus d’endommager les racines des arbres et des autres plantes désirables, n’est utile que pour contrôler les semis. Or ce type de mauvaise herbe est essentiellement inexistante dans la plate-bande ombragée. Retourner le sol en sectionnant des végétaux empire la situation avec les plantes à stolons et à rhizomes, comme les fausses amies. Le moindre morceau resté dans le sol donnera une nouvelle plante. Donc, là où il n’y avait qu’une seule plante, il y en aura cinq ou six après un sarclage. Rien de mieux pour les faire proliférer. La meilleure façon de contrôler les fausses amies, c’est de ne pas en planter. La deuxième méthode est de leur couper toute lumière. On peut les recouvrir d’une toile noire pendant un an, par exemple. Sans lumière, toute plante chlorophyllienne est condamnée. Face à un envahissement de fausses amies, bien des jardiniers décident d’ailleurs de recommencer à zéro, recouvrant toute la plate-bande de papier journal et ajoutant une couche de terre fraîche (pages 96 à 101). C’est radical, mais ça fonctionne. Enfin, ne me parlez pas d’herbicides : ils n’ont jamais été très efficaces contre les fausses amies (la plupart, par une bizarrerie de la nature, Problèmes et solutions | 133

sont  très  résistantes aux herbicides), mais réussis­ sent habi­tuellement à tuer les plantes désirables avoisinantes !

On peut contrôler les fausses amies à rhizomes souterrains en les plantant à l’intérieur d’une barrière infranchissable.

Pour contrôler à la plantation une plante à rhizomes souterrains comme le muguet (Convallaria majalis) ou l’herbe au goutteux (Aegopodium podagraria), plantez-la dans un pot ou un seau enfoncé dans le sol (voir la page 85). Laissez le rebord dépasser du sol d’environ 5 à 7 cm. Le pot agira comme barrière et la plante y sera confinée. Notez que cette technique ne fonctionne pas pour les plantes comme l’ortie jaune (Lamium galeobdolon), l’herbe aux écus (Lysimachia nummularia) ou le lierre terrestre (Glechoma hederacea). Celles-ci s’étendent non pas par rhizomes souterrains, faciles à arrêter par une barrière enfoncée dans le sol, mais par stolons, des tiges rampant à la surface du sol. Les stolons ont la capacité de passer par-dessus la plupart des barrières et alors la plante peut facilement s’échapper. Par contre, en général les plantes à stolons ont des racines peu profondes et sont donc faciles à arracher. Avoir le choix, je préférerais avoir affaire à l’herbe aux écus (Lysimachia nummularia), une plante à stolons qui court beaucoup mais qui s’arrache bien, plutôt qu'à l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria), aux rhizomes souterrains tout aussi coureurs, mais aux racines qui descendent jusqu’en Chine.

Qu’est-ce qui peut pousser sous un noyer ? Le noyer noir (Juglans nigra), un grand et majestueux arbre indigène, pro­ duit dans ses racines et ses noix, ainsi que, à un moindre degré, ses feuilles, une substance toxique pour beaucoup d’autres végétaux, le juglone. Il s’agit d’un produit allélopathique, c’est-à-dire toxique pour les autres végétaux. Le noyer s’en sert comme mécanisme de défense : en éliminant la compétition, il peut plus facilement dominer le secteur et profiter des minéraux, de l’eau, etc. Il existe des plantes qui résistent au juglone, mais relativement peu. Pensez-y donc deux fois avant de planter un noyer noir : ce n’est pas un bon choix pour une plate-bande ou tout autre parterre où 134 | Chapitre 4

l’on voudrait voir pousser une bonne variété de plantes. Notez que d’autres noyers (Juglans spp.) ainsi que les caryers (Carya spp.) produisent aussi du juglone, mais à un moindre degré que le noyer noir. Ainsi on peut quand même faire de belles plates-bandes à leur pied. Noyer noir (Juglans nigra).

Voici quelques plantes d’ombre qui résistent au juglone et que vous pourriez donc planter sans crainte au pied d’un noyer noir :

Alchémille

Alchemilla mollis

zone 3

Ancolie

Aquilegia spp.

zone 3

Aspérule odorante

Galium odoratum

zone 3

Astilbe

Astilbe spp.

zone 4

Barbe de bouc

Aruncus dioicus

zone 3

Bégonia des plates-bandes

Begonia x semperflorens-cultorum annuelle

Bergenia

Bergenia spp.

zone 3

Bois joli

Daphne mezereum

zone 3

Brunnera

Brunnera macrophylla

zone 3

Bugle rampante

Ajuga reptans

zone 3

Campanule

Campanula spp.

Capillaire du Canada

Adiantum pedatum

zone 3

Cœur-saignant

Dicentra spp.

zone 3

Coléus

Solensostemon scutellarioides annuelle

Crocus

Crocus spp.

zone 3

Doronic

Doronicum spp.

zone 4

zones 3 à 7

Problèmes et solutions | 135

(Suite) Épimède

Epimedium spp.

zone 3

Filipendule, reine-des-prés

Filipendula spp.

zone 3

Fougère mâle

Dryopteris filix-mas

zone 5

Fusain ailé

Euonymus alatus

zone 5

Géranium

Geranium spp.

zone 4

Heuchère

Heuchera spp.

zone 3

Hosta

Hosta spp.

zone 3

Impatiente des jardins

Impatiens walleriana

Iris

Iris spp.

Jacinthe

Hyacinthus orientalis

Lierre de Boston

Parthenocissus tricuspidata

Ligulaire

Ligularia spp.

zones 3 et 4

Lis des crapauds

Tricyrtis spp.

zones 4 à 6

Muscari

Muscari spp.

zone 3

Narcisse

Narcissus spp.

zone 3

Osmonde

Osmunda spp.

zone 3

Pachysandre du Japon

Pachysandra terminalis

zone 4

Pensée

Viola x wittrockiana

Perce-neige

Galanthus nivalis

zone 3

Petite pensée

Viola cornuta

zone 4

Pruche de l’Est

Tsuga canadensis

zone 4

Pulmonaire

Pulmonaria spp.

zone 3

Scille de Sibérie

Scilla siberica

zone 2

Sceau-de-Solomon

Polygonatum spp.

zone 3

Tiarelle

Tiarella spp.

zone 3

Tradescantia

Tradescantia x andersoniana

zone 4

Vigne vierge

Parthenocissus quinquefolia

zone 3

Violette

Viola

zones 2 à 8

Viorne

Viburnum spp.

zones 2 à 8

136 | Chapitre 4

annuelle zones 3 à 8 zone 4 zone 4b

annuelle

Les ravageurs des jardins d’ombre En général, il y a moins d’insectes et d’autres ravageurs dans les jardins d’ombre qu’au soleil. Au départ, plusieurs insectes sont moins actifs à l’ombre qu’au soleil et un insecte moins actif fait moins de dégâts. Aussi, les tétranyques (araignées rouges), un problème sévère au soleil, préfèrent la chaleur et la sécheresse, alors qu’à l’ombre c’est plus frais et plus humide. Par contre, comme il doit y avoir une exception à toute règle, les limaces sont bien plus actives à l’ombre qu’au soleil.

Cercopes Un amas de bulles en forme de mousse blanche se forme sur les tiges des végétaux. Communément appelées «  crachat  », ces bulles hé­­bergent une seule larve jaune oran­gée. Bien que rarement proli­ fiques au point de causer des pro­ blèmes, les cercopes favorisent la transmission des maladies d’une plante à l’autre. Plantes atteintes : de nombreuses espèces. Traitement : dé­faire le crachat avec les doigts et écraser la larve.

Les cercopes se cachent dans une mousse de bulles.

Cerf de Virginie (chevreuil) Le cerf de Virginie représente un problème majeur dans certaines régions, notamment là où des développements domiciliaires envahissent le terri­ toire naturel de ce mammifère très élégant, mais aussi très gourmand. Les cerfs mangent le feuillage et les fleurs d’un grand nombre de plantes durant l’été, et en hiver, presque tout ce qui surplombe la neige. Ils adorent les hostas ! Si les cerfs vous font la vie dure, plantez des végétaux qu’ils ne mangent pas ! Plantes atteintes : de nombreuses espèces. Traitement : on peut employer différents répulsifs en alternance, mais un gros chien Problèmes et solutions | 137

méchant vivant à l’extérieur les éloigne mieux. Une clôture haute de 240 cm est également efficace, et si les chevreuils essaient de pas­ser sous la clôture, enterrez une autre section de clôture à au moins 60 cm de profondeur. Dans la Section II de ce livre, les plantes qui ne sont pas* résis­tantes aux cerfs portent ce symbole. Les cerfs de Virginie sont très gourmands et peuvent dévaster une plate-bande en une seule nuit.

*Aucune plante n’est à 100 % résistante aux cerfs : lorsqu’ils sont réellement affamés, ils goûteront à n’importe quel végétal.

Plantes d’ombre résistant aux cerfs Plantez la plus grande partie de votre terrain avec ces végétaux et les cerfs iront plutôt chez  le voisin ! Aconit Actée rouge Alchémille Ancolie Anémone Anémone faux pigamon Aralie Aspérule odorante Astilbe Bergenia Bois joli Bouleau à papier Bourreau des arbres Brunnera Bruyère commune Bruyère d’hiver Buis Calla Campanule Cimicifuge Cœur-saignant Cœur-saignant des jardins

138 | Chapitre 4

Aconitum spp. Actaea rubra Alchemilla mollis Aquilegia spp. Anemone spp. Anemonella thalictroides Aralia spp. Galium odoratum Astilbe spp. Bergenia spp. Daphne mezereum Betula papyrifera Celastrus spp. Brunnera macrophylla Calluna vulgaris Erica carnea Buxus spp. Zantedeschia spp. Campanula spp Cimicifuga spp. Dicentra spp. Dicentra spectabilis

zone 3 zone 2 zone 3 zone 3 zones 3 à 6 zone 4 zones 3 à 5 zone 4 zone 4 zone 3 zone 3 zone 2 zone 3 zone 3 zone 4 zone 5b zones 4 à 9 bulbe tendre zones 3 à 7 zone 4 zone 3 zone 2

(Suite) Corête du Japon Cornouiller Corydale Cotonéaster Digitale Enkianthe Épimède Épinette Érable du Japon Filipendule, reine-des-prés Fougère Frêne Fusain Gadelier, groseillier Géranium Hellébore Herbe aux écus Hêtre à grandes feuilles Houx à feuilles piquantes Iris Julienne des dames Kalmia Kirengeshoma Lamier Lysimaque Magnolia Mahonie Menthe Muscari Myosotis Narcisse Nivéole Noisetier Orme Pied-d’alouette Pigamon Pin Pulmonaire Rhododendron (excepté azalées) Sauge vivace Scille de Sibérie Sporobole à feuilles inégales Sureau rouge d’Europe Tiarelle Tradescantia Viorne

Kerria japonica zone 5b Cornus spp. zone 3 Corydalis spp. zone 3 Cotoneaster spp. zones 3 à 9 Digitalis spp. zone 4 Enkianthus spp. zones 5b à 9 Epimedium spp. zone 3 Picea spp. zones 1 à 7 Acer palmatum zone 6a Filipendula spp. zone 3 la plupart des espèces zones 1 à 10 Fraxinus spp. zones 2b à 7 Euonymus spp. zones 4 à 7 Ribes spp. zone 3 Geranium spp. zone 4 Helleborus spp. zone 5 Lysimachia nummularia zone 3 Fagus grandifolia zone 4 Ilex spp. zones 4b à 9 Iris spp. zones 3 à 8 Hesperis matronalis zone 4 Kalmia spp. zones 1 à 8 Kirengeshoma spp. zones 3 et 4 Lamium maculatum zone 2 Lysimachia spp. zone 3 Magnolia spp. zones 4b à 9 Mahonia spp. zones 5 à 9 Mentha spp. zones 2 à 8 Muscari spp. zones 2 à 6 Myosotis spp. zones 3 à 4 Narcissus spp. zones 3 à 7 Leucojum spp. zone 4 Corylus spp. zones 2 à 6 Ulmus spp. zones 2 à 5 Delphinium spp. zone 3 Thalictrum spp. zones 2 à 6 Pinus spp. zones 2 à 8 Pulmonaria spp. zone 3 Rhododendron spp. zones 2 à 10 Salvia spp. zones 3 à 10 Scilla siberica zone 2 Sporobolus heterolepsis zone 4 Sambucus racemosa zone 4b Tiarella spp. zone 3 Tradescantia x andersoniana zone 4 Viburnum spp. zones 2 à 8

Problèmes et solutions | 139

Chenilles Il existe une grande variété de chenilles. Elles peuvent être de toute taille (jusqu’à 10 cm de longueur) et de toute couleur, mais la plupart sont petites et vertes. Il n’y a pas lieu de traiter à moins que les dégâts soient majeurs. Plantes atteintes : de nombreuses espèces. Traitement : plusieurs traitements sont efficaces : b.t. (Bacillus thuringiensis, une maladie spécifique aux chenilles), cueillette manuelle, détergent à vaisselle, destruction des feuilles tombées, huile de neem, huile estivale, huile de dormance, ani­ maux utiles (notamment les oiseaux insectivores), jet d’eau, savon insec­ ticide, terre de diatomée, vaporisation à l’ail.

Colimaçons et escargots Ces parents à carapace des limaces sont souvent accusés à tort de faire des dégâts aux plantes, mais les colimaçons de la région couverte par ce livre (Québec et les provinces limitrophes) sont généralement des vidangeurs : ils mangent les feuilles jaunies et mortes, non pas celles qui sont en santé. Ne les traitez pas ; laissez-les plutôt faire le ménage pour vous !

Lièvres Surtout un problème à la campagne durant l’hiver, les lièvres coupent les extrémités des branches des arbustes, mangent leurs bourgeons et rongent l’écorce des arbres et des arbustes. Plantes atteintes : fusain, sumac, jeunes arbustes. Traitement : chasse, trappe, répulsifs au goût amer et pose de spirales anti-rongeur, de papier d’aluminium, de broche à poule ou autre autour des tiges. Plusieurs jardiniers suggèrent l’application de farine de sang pour les éloigner.

Limaces Les limaces causent probablement plus de dégâts aux plantes d’ombre que tout autre ravageur. Ressemblant à des escargots sans carapace, les limaces sortent la nuit et par temps de pluie et bouffent, bouffent, bouffent. Elles préfèrent les jeunes pousses et sont très friandes des hostas… du moins de certains hostas. Elles sont plus actives quand la saison est pluvieuse. 140 | Chapitre 4

Plantes atteintes : de nombreuses espèces. Traitement : l'utilisation d’un paillis aux bords coupants (aiguilles de pin, paillis forestier, etc.) limite beaucoup ses dégâts. Il existe maintenant des molluscides plus sécuritaires que l’ancien produit, le métaldéhyde, très toxique pour les enfants et les animaux et qu’il fallait alors utiliser avec beaucoup de précaution. Le sulphate d’aluminium est beaucoup plus sécuritaire et est considéré comme biologique. On l’épand au sol le soir. Chez les hostas, choisissez des variétés résistantes aux limaces.

Les limaces adorent l’ombre… et les plantes d’ombre.

Mineuses Les mineuses et leurs proches parents, les fausseteignes, creusent des galeries beiges entre les deux surfaces de la feuille, soit sous forme de pla­ ques, soit sous forme de tunnels. Les larves sont généralement petites, parfois presque invisibles, mais des amas d’excréments (petites taches noires) sont visibles entre les feuilles. Les adultes, en fait diverses mouches, papillons et coléoptères, sont rarement vus, car ils pondent leurs œufs et s’en vont. Les dégâts sont généralement plus esthétiques que vraiment nuisibles : il n’est pas toujours nécessaire de traiter. Plantes atteintes : buis, houx, ancolies, bouleaux. Traitement : cueillette manuelle.

Mulots (campagnols)

Les mineuses font des dégâts bien visibles, mais ne nuisent pas à la santé de leur hôte.

Les mulots ressemblent à des petites souris à queue courte. En été, ils sont généralement inoffensifs. Mais en hiver, ils creusent des galeries sous la neige et, affamés, grugent l’écorce des arbres et arbustes, les pousses des vivaces et mangent les bulbes. Si le nombre de mulots est restreint, les dégâts sont généralement mineurs. Par contre, au sommet de leur cycle d’environ sept ans, les mulots peuvent faire des dégâts sérieux. Plantes atteintes : de nombreuses espèces. Traitement : les chats sont efficaces en été, mais pas en Problèmes et solutions | 141

hiver, lorsque les mulots vivent sous la neige. En août, utilisez une trappe à souris appâtée de tranches de pomme couvertes de beurre d’arachide pour les attraper. En préparation à l’hiver, vous pouvez encercler les arbres et jeunes arbres de spirales anti-rongeur, de papier d’aluminium ou autre, jusqu’à la hauteur maximale de la neige, ou vaporisez ou badigeonnez les tiges d’un répulsif au goût amer. Durant l’hiver, piétinez la neige autour des arbustes pour former une barrière difficile à franchir pour les mulots. Plusieurs jardiniers recommandent l’application de farine de sang ou d’engrais de volaille au pied des arbustes pour les éloigner. Pucerons

Les pucerons sont courants sur de nombreuses plantes.

142 | Chapitre 4

Petits insectes suceurs, les pucerons ont la forme d’une petite poire translucide montée sur des pattes très minces. Habituellement verts, ils peuvent aussi être noirs, pourpres, beiges, orange ou autres couleurs et parfois être couverts de duvet blanc. Vivant en colonies, ils se trouvent souvent à la queue leu leu à l’extrémité des tiges. Chaque femelle pond des nymphes vivantes qui commencent à pondre à leur tour après quelques jours seulement. Ainsi la population augmente à une vitesse vertigineuse. À l’occasion, quelques individus ailés naissent et ils partent fonder de nouvelles colonies. C’est à l’automne seulement que les femelles pondent des œufs qui hivernent sur les tiges des plantes infestées. Les pucerons nuisent aussi en transmettant des maladies aux plantes. Les pucerons dégagent un miellat sucré qui tombe sur les feuilles inférieures et risque de provoquer la fumagine (champignon qui recouvre les feuilles d’une pellicule noire). Ils sont souvent accompagnés de fourmis qui consomment le miellat. Plantes atteintes : de nombreuses espèces. Traitements : Plusieurs animaux utiles les mangent, notamment les chrysopes, les coccinelles et les oiseaux. Une bonne gamme de traitements est efficace contre ces insectes prolifères : détergent à vaisselle, huile de neem, huile estivale, jet d’eau, pièges collants, savon insecticide, suppression des parties atteintes, terre de diatomée, vaporisation à l’ail, etc.

Maladies Les maladies sont plus courantes parmi les plantes d’ombre que parmi les plantes de soleil, car elles se développement surtout quand il fait frais et humide et qu’il y a peu de vent, le portrait tout craché d’un environnement ombragé. Elles com­ mencent souvent leur attaque sournoisement, bien cachées des yeux, et quand les symptômes sont enfin apparents, il peut être trop tard pour agir. Souvent, on ne peut qu’arracher les plantes atteintes : il n’y a pas de guérison possible. La bonne nouvelle est que la plupart des maladies frappent seulement de façon sporadique. Vous avez planté 45 pulmonaires, mais trois d’entre elles pourrissent ? Allez donc essayer de comprendre ! Comment éviter les maladies ? Une bonne façon consiste à arroser au moyen d’un tuyau suintant : il humidifie le sol sans mouiller le feuillage, ce qui réduit beaucoup les maladies. Aussi, « ouvrir » une plantation très dense est un bon moyen de pré­vention, car ainsi le feuillage sèche plus rapide­ ment après une rosée ou une pluie.

Blanc

Parmi les facteurs qui encouragent l’apparition de maladies, il y a : Un sol mal drainé ; Un sol trop compact ; Une aération faible ; Une très forte humidité atmosphérique ; Des blessures aux tissus végétaux ; Un arrosage excessif ; L’arrosage par aspersion ; Des outils contaminés ; La présence de mauvaises herbes (certaines sont hôtes des maladies) ; La présence d’insectes suceurs ; Une densité de plantation excessive ; L’absence de paillis ; Une plantation trop profonde.

Le blanc, contrairement aux autres maladies, apparaît surtout sur les plantes souffrant de sécheresse.

Le blanc ou mildiou poudreux, aussi appelé par­ fois oïdium du nom de l’un des champignons qui peut le causer, est unique parmi les champi­gnons en ce qu’il se développe mieux sur les tissus secs que sur les tissus humides. Pour cette raison, il tend surtout à se développer à la fin d’un été plutôt sec qu’en début de saison, sous la pluie, comme la plupart des moisissures et pourritures.

Problèmes et solutions | 143

Quand on voit les symptômes du blanc, soit une apparence poudreuse de la feuille, le mal est déjà fait. Inutile de traiter la plante dans le but de l’éliminer : ce que vous voyez sont des spores, soit la dernière étape de la maladie. Le blanc réduit la photosynthèse des feuilles, mais il est rarement fatal aux plantes. Certains végétaux sont infestés de blanc tous les ans et repoussent quand même. Plantes atteintes : beaucoup d’espèces. Traitement : coupez les feuilles atteintes. Pour aider à prévenir le blanc, choisissez des cultivars résistants et augmentez la circulation d’air.

Moisissure grise Cette maladie, parfois appelée botrytis du nom de l’un des champignons qui peut la causer, commence par l’apparition de petites taches jaunes ou brun orangé sur les feuilles ou les fleurs. En peu de temps, les taches grossissent et un duvet gris se développe ; bientôt, toute la feuille ou la fleur en est couverte. Les parties atteintes meurent. La maladie est surtout fréquente lorsque le temps est frais et humide, notamment aux changements de saison, et quand la circulation d’air est faible. Plantes atteintes : beaucoup d’espèces. Traitement : coupez les parties atteintes en stérilisant le sécateur entre chaque coupe, voilà tout. Le temps dira si la plante survivra ou non.

Pourriture Divers pathogènes peuvent causer la pourriture, notamment peu après la plantation ou à la suite de blessures. Les plantes vendues à racines nues sont les plus sensibles. Les feuilles jaunissent ou flétrissent, et finissent par mourir. Si vous examinez la base de la plante ou ses racines, vous constaterez qu’elles sont molles et sentent la pourriture. Plantes atteintes : beaucoup d’espèces. Traitement : il n’y a aucun traitement valable. Il faut arracher et détruire les plantes atteintes, après avoir bouturé les parties saines, s’il en reste. Assurer un bon drainage. Arroser régulièrement les végétaux nouvellement plantés, mais jamais à l’excès. Enfin, éviter de sarcler pour empêcher les blessures susceptibles d’être infestées.

144 | Chapitre 4

Rouille Des milliers d’espèces de champignons sont responsables de la rouille, la plupart très spécifiques à certaines espèces. On reconnaît la rouille aux pustules orangées à l’arrière de la feuille et aux taches de diverses couleurs sur leur face supérieure. Parfois les taches s’agrandissent pour infester et tuer toute la feuille. Habituellement, la rouille dépare son hôte sans toutefois le tuer, et la plante repousse sans peine pendant de nombreuses années encore. Plantes atteintes : beaucoup d’espèces. Traitement : arrachez les plantes sujettes à la rouille lorsque les symptômes apparaissent, car une fois que la maladie a atteint la plante, elle reviendra inévitablement, année après année.

Taches foliaires Divers champignons, bactéries et virus peuvent causer des taches sur l’endroit ou l’envers des feuilles, mais ces taches peuvent aussi être causées par la pollution, la sécheresse et autres problèmes environnementaux. Les taches sont petites ou grosses, s’étendent ou non pour recouvrir la feuille, sont souvent brunes ou noires, mais peuvent prendre d’autres couleurs. Plantes atteintes : de nombreuses espèces. Traitements : il est inutile de s’inquiéter pour quelques taches sur quelques feuilles seulement, surtout si elles ne s’étendent pas. En cas de problème chronique, arracher la plante et la remplacer par une variété moins sensible.

Virus

Le virus X du hosta provoque un feuil­­ lage irrégulière­ment marbré parmi cer­ tains spécimens, mais aucun symp­ tôme chez d’autres.

Ils causent une légère marbrure du feuillage, une crois­sance faible ou un manque général de vigueur. Ils sont très difficiles à reconnaître. Plantes atteintes : de nom­breuses espèces, dont le hosta. Traitement : il faut détruire les plantes atteintes. On les transmet aussi en taillant avec des outils contaminés. Comme les virus sont transportés surtout par les insectes, un bon contrôle de ces derniers aidera à les prévenir. Les virus tendent à s’accumuler dans les végétaux multipliés de façon végétative depuis plusieurs générations. On peut s’en débarrasser en produisant de nouveaux plants par semences. Problèmes et solutions | 145

146 | | Chapitre Chapitre41

SECTION 2

VIVACES 150

COUVRE-SOLS 398

LES MEILLEURES PLANTES D’OMBRE Dans cette section du livre, je vous présente des centaines de plan­ tes et de cultivars adaptés à la culture à l’ombre. Les plantes ont été spécifiquement choisies pour leur capacité de bien réussir à l’ex­ térieur, à l’ombre et à la mi-ombre et dans un climat soit tempéré froid. Sont éliminées d’office les plantes qui sont surtout des plantes de soleil, mais qui tolèrent la mi-ombre. Nous nous concentrons donc ici sur les plantes qui offrent, au minimum, un excellent com­ portement à la mi-ombre et qui ne craignent pas l’ombre plus dense. Sont aussi éliminées des plantes d’ombre de climat chaud, du moins celles qui ne sont pas habituellement utili­sées dans les jardins plus nordiques. Mes excuses aux acheteurs de ce livre de la Côte d’Azur, de la Côte d’Ivoire et d’autres climats subtropicaux et tropicaux : je ne vous avais pas du tout en tête en sélectionnant les végétaux de cette section. Par contre, si vous êtes du Québec ou des provinces limitrophes, vous êtes en plein dans les régions visées par ce livre. Quant aux Européens du centre et du nord, ils trouveront, eux aussi, les informations très utiles. Dans les fiches qui suivent, vous trouverez une foule de renseigne­ ments, dont certains résumés dans un encart au début de chaque fiche et d’autres dans le texte plus détaillé qui suit. De plus, quelques symboles sont employés. Voici leur explication.

Soleil printanier*

Mi-ombre

Soleil

Ombre

Ombre sèche

Plantes non résistantes aux cerfs

*Soleil au printemps, indifférence aux conditions lumineuses durant le reste de l’année.

148 | Section 2

Pour savoir comment définir le degré d’ensoleillement, consultez les pages 18 à 27. Quant à la zone de rusticité, mentionnée à la fin de chaque des­ crip­tion, elle indique des conditions hivernales que chaque plante peut tolérer, surtout la température minimale, mais aussi d’autres facteurs, comme la persistance de la couverture de neige. Les jardiniers nord-américains les connaissent en général assez bien ; sinon, consultez la carte à la page 624. Quant aux lecteurs euro­ péens francophones, cette information vous sera moins utile, car vous résidez presque tous dans les zones 7 et plus, alors que le livre vise les zones 5 et moins. Autrement dit, à peu près toutes les plantes décrites dans ce livre pousseront chez vous, car elles tolèrent toutes les hivers de votre secteur ! Cependant, pour votre information, voici la correspondance approximative entre les zones de rusticité et la température :

Zone

Température hivernale minimale



1

moins de -45 °C



2

-45 à -39 °C



3

-39 à -35 °C



4

-35 à -29 °C



5

-29 à -23 °C



6

-23 à -18 °C



7

-18 à -12 °C



8

-12 à -6 °C



9

-6 à -1 °C



10

-1 à 5 °C



11

+ de 5 °C

Bonne consultation ! Section 2 | 149

VIVACES Commençons avec les plantes d’ombre les plus populaires : les vivaces ou, plus précisément, les plantes herbacées viva­ces. On les dit « herbacées », car elles n'ont pas de bois (ne sont pas li­ gneu­ses). On les dit « vivaces » (on aurait pu aussi bien dire « pérennes ») parce qu’elles reviennent d’année en année. Habi­ tuellement, toute la partie aérienne de la plante, donc le feuil­ lage, meurt à l’automne, mais la plante repousse au prin­temps par des bourgeons à ou sous la surface du sol. Par contre, certaines vivaces (d’ailleurs, parmi les plus intéressantes) conservent leur feuillage à l’année et ont donc un intérêt prolongé. La famille des herbacées vivaces est tellement vaste qu’elle pour­ rait occuper les trois quarts de ce livre, mais le jardinier tend à sub­ diviser les vivaces en sous-catégories : les graminées, les

150 | Chapitre 1

­ ulbes, les fougères, etc., sans doute pour ne pas être trop enterré b pas la masse sans fin de « vivaces herbacées ». J’ai suivi ici l’utilisation typique du jardinier en créant d’autres chapitres qui sont soit entièrement dédiés aux autres plantes herbacées vivaces, comme les fougères, les graminées et les éphémères du printemps ou, encore, qui contiennent au moins quelques plantes qui sont botaniquement des plantes herbacées vivaces, même si les jardiniers ne les considèrent pas toujours ainsi, comme les grimpantes, les bulbes d’été et les couvre-sols. Le mot vivace semble indiquer que la plante reviendra tous les prin­ temps, à l’infini. Toutefois, certaines vivaces ont une durée de vie beaucoup plus courte – deux ou trois ans –, d’autres encore perdent leur vigueur et fleurissent moins si on ne les divise pas régulièrement. Mais cela, vous le remarquerez surtout chez les vivaces de soleil. En général, les vivaces d’ombre sont très permanentes : partez-les du bon pied et vous les reverrez encore dans 10, 15, voire 30 ans et plus. Dans le vaste monde des vivaces, les végétaux les plus connus sont des plantes de soleil, et généralement des plantes surtout cultivées pour leurs fleurs : rudbeckies, marguerites, pivoines, etc. Vous remar­querez cependant que, pour beaucoup de vivaces d’ombre, la flo­raison est secondaire, car c’est le feuillage qui prime. Et c’est encore plus vrai pour les plantes qui tolèrent une ombre profonde. (Il y a quand même beaucoup de fleurs à la mi-ombre.) Dans un aménagement, les vivaces sont certes très utiles, mais c’est probablement une erreur de les utiliser à l’exclusion de toute autre plante. Arbustes, petits arbres et conifères ajoutent l’intérêt au­tomnal et hivernal qui manque à la plupart des vivaces et, les plantes éphémères du printemps, comme les petits bulbes, ajoutent de la couleur à l’aménagement en attendant que les vivaces, pour la plupart assez lentes à démarrer au printemps, se réveillent. Mais assez de blabla : allons voir ces superbes vivaces d’ombre !

Vivaces | 151

Acanthe de Hongrie

Acanthus hungaricus

Acanthus hungaricus Autre nom commun : acanthe de Bulgarie Nom botanique : Acanthus hungaricus, syn. A. bulgaricus Famille : Acanthacées Hauteur : 75 à 150 cm Largeur : 80 cm Exposition : Sol : bien drainé, léger Floraison : été Multiplication : semences, bouturage de racines, division Utilisation : en isolé, plates-bandes, naturalisation, fleurs coupées Associations : bulbes de printemps, fougères Zone de rusticité : 4

152 | Vivaces

L’acanthe de Hongrie est la seule plante de son genre suffisamment rus­tique pour les régions nor­di­ ques : les autres ne dépassent pas la zone 6 ou 7. C’est une plante de bonne taille, mesurant théo­ri­ quement jus­qu’à 1,5 m de hauteur en fleurs (jamais plus de 1,2 m dans mes plates-bandes). La plante for­ me une rosette de grandes feuilles vert foncé et luisantes, divisées en plu­ sieurs lobes dentés. Par leur for­me, elles rappellent vaguement des feuil­les de chardon extra larges mais sans épines. Les feuilles sont d’ailleurs attrayantes en soi et his­to­ riquement, l’acanthe était davantage cultivée pour son feuillage que pour ses fleurs. Les feuilles sont décidues : elles persistent jusqu’aux neiges, mais disparaissent au cours de l’hiver. Ce détail distingue facilement l’acan­ the de Hongrie des autres acanthes. Les fleurs de l’acanthe de Hongrie sont portées en épi sur des tiges épaisses et solides qui ne cassent pas au vent. Chaque fleuron est composé d’une corolle rose très pâle (qui paraît blanche par comparaison avec le calice) et d’un calice pourpre très foncé en forme de capuchon qui surplombe la corolle. Celle-ci est relativement éphémère, mais le calice, qui devient peu à peu rose pourpré, persiste tout l’été et une partie de l’automne avant de jaunir, ce qui donne l’impression d’une floraison qui dure et qui dure. La plupart des autorités semblent considérer l’acanthe comme une plante d’ombre, mais en fait elle préfère la mi-ombre et ne souffre nullement du plein soleil. C’est une plante de misère qui ne semble nullement

Plantez l’acanthe à demeure : sa croissance est très lente et la plante n’apprécie pas parti­ cu­lièrement les dérangements. Normalement, elle n’est pas envahissante, mais tout cela change quand on essaie de la déplacer. Alors des bébés acanthes fusent de partout dans la zone où l’on avait prélevé la plante, produits sur les sections de racine laissées en terre. Les limaces peuvent percer son feuillage et ses fleurs, mais les dégâts sont généralement mineurs. Ils sont surtout évidents en fin de saison, quand les épis floraux et le feuillage sont de toute façon sur le déclin. Avec un fort jet d’eau, chassez les pucerons, qui ne sont qu’un problème occasionnel.

Le feuillage d’Acanthus hungaricus est très attrayant en soi.

VARIÉTÉS : Il ne semble pas y en avoir.

Vivaces | 153

Acanthe de Hongrie

souffrir non plus de sols pauvres et secs. En période de grande sécheresse, son feuillage peut même disparaître en plein été et la plante rentrera en dormance estivale, ce qui ne la dérange nullement. Elle est plus dérangée par un surplus d’eau que par une disette et donc un bon drainage est essentiel.

Aconit

Aconitum ‘Stainless Steel’

Aconitum Autre nom commun : casque de Jupiter Nom botanique : Aconitum Famille : Renonculacées Hauteur : 60 à 200 cm Largeur : 30 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche en matière organique Floraison : variable, fin du printemps à fin de l’automne Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, plates-bandes, arrière-plans, sous-bois, prés fleuris, fleurs coupées Associations : bulbes de printemps, cimicifuges, astrances, astilbes Zone de rusticité : 2 à 4, selon la variété

L’aconit ressemble beaucoup au delphinium (de hauts épis de fleurs bleues ou violettes, plus rarement blanches, roses ou rouges, habillés d’un feuillage découpé et décoratif ), mais il en diffère par le fait que ses fleurs sont couvertes d’un petit « capuchon de moine ». De plus, sa période de floraison est plus longue (jusqu’à deux mois). En combinant les aconits qui commencent à fleurir à la fin du printemps et au début de l’été avec les autres, mieux connus, dont la floraison se produit à la fin de l’été et à l’automne, on peut obtenir une floraison presque continue allant de juin jusqu’aux premiers gels. L’aconit est plus une plante de mi-ombre qu’une plante d’ombre. D’ailleurs, il se plaît parfaitement au plein soleil, du moins dans le Nord (cependant, plus on se dirige vers le Sud, plus l’ombre lui est bénéfique, car il déteste la chaleur). Il tolère bien la compétition raci­naire, mais n’est pas vraiment à l’aise à l’ombre sèche, car il préfère une certaine humidité du sol en tout temps. Cette plante à feuillage caduc est lente à s’établir (il faut attendre au moins quatre ans avant qu’elle

154 | Vivaces

Notez que cette plante est hautement toxique dans toutes ses parties. Il faut toujours se laver les mains après l’avoir manipulée. Évidemment, cette toxicité a un but : éloigner les pré­da­teurs. Ainsi, les aconits sont peu touchés par les insectes. Certains (notamment A. x cam­ma­rum) ont toutefois des problèmes de taches foliaires. Pour les prévenir, évitez les sols glai­seux ou détrempés et rapportez aux marchands (en vous plaignant, bien sûr) les plantes qui en portent, car généralement ces maladies étaient déjà présentes lors de l’achat de la plante. Les hauts épis de certains aconits (notamment A. x cammarum bicolor) peuvent se briser dans les endroits venteux. Plantez-les derrière d’autres végétaux pouvant les supporter, sinon récoltez leurs tiges cassées en guise de fleurs coupées ! Enfin, notez qu’il existe aussi des aconits grimpants. Vous trouverez plus de détails les concernant dans le Tome 2.

VARIÉTÉS : Il existe plus de 100 espèces d’aconit et probablement autant de cultivars, la plupart bien adaptés au climat tempéré tout comme aux hivers froids, donc à nos conditions de jardin. La liste qui suit, et qui illustre les espèces et les variétés les plus courantes, n’est donc qu’une esquisse des possibilités. Aconitum ‘Blue Spectre’ : variété compacte à tiges solides. Fleurs bleu violet à marge pourpre du milieu à la fin de l’été. 65 à 75 cm x 40 à 50. Zone 3. A. ‘Bressingham Spire’ : tiges solides. Fleurs pourpre violacé foncé en panicules denses. Floraison : mi-été à fin été. 75 à 90 cm x 45 à 60 cm. Zone 3. A. x cammarum (aconit hybride) : très répandu dans les anciens jardins, surtout A. x cammarum bicolore à fleurs bleues et blanches. Il s’agit d’un hybride de A. variegatum et Vivaces | 155

Aconit

atteigne sa meilleure performance), mais elle est alors permanente : vous la plantez et elle est là à vie. Une fois établi, l’aconit fleurira à qui mieux mieux pendant des décennies sans plus d’entretien. La division n’est jamais nécessaire, car il se multiplie peu au pied et de ce fait ne s’étouffe pas. D’ailleurs, les aconits à racines tubéreuses (A. x cammarum, A. carmichaelii, etc.) n’aiment pas être dérangés et peuvent prendre quatre ou cinq ans avant de se remettre complètement d’une division. Par contre, si vous voulez plus de plants, c’est par la division qu’il vaut mieux procéder, car l’autre méthode, la multiplication des aconits par semences, est délicate (semer les graines directement à l’extérieur dès qu’elles sont mûres, habituellement à l’automne, donne habituellement les meilleurs résultats) et, de plus, les cultivars ne sont pas fidèles au type par semences.

Aconit

A. napellus. À moins de le cultiver pour des raisons historiques, cet aconit est moins intéressant que d’autres, car ses tiges ploient facile­ ment sous le poids des fleurs. De plus il est sujet aux taches foliaires. Floraison : à partir du milieu de l’été. 90 à 120 cm x 60 cm. Zone 2. A. carmichaelii (aconit de Carmichael) : une espèce très tardive, réellement à floraison automnale : elle est parfois encore en fleurs aux premières neiges ! C’est une plante solide qui n’exige pas de support. Fleurs bleu foncé. On trouve habituellement le cultivar ‘Arendsii’, à fleurs bleu azur. 90 à 180 cm x 90 cm. Zone 3.

Aconitum carmichaelii

A. ‘Eleanora’ : l’un des meilleurs aconits blancs : fleurs blanches à marge à peine rehaus­ sée de bleu violet. Floraison : mi-été. 90 à 100 cm x 45 à 60 cm. Zone 3.

Aconitum ‘Ivorine’

A. ‘Ivorine’ : né de père inconnu (bien qu’on ait accusé, à tort, A. lycoctonum lycoctonum et A. septen­ trionale), ‘Ivorine’ est le plus hâtif des aconits cou­ ram­ment cultivés et aussi l’un des plus courts. Il fait un excellent couvre-sol si on le plante den­sé­ment, mais ne s’étend pas. Plus tolérant de l’ombre pro­ fonde que la plupart des aconits. Fleurs plus allon­ gées et étroites que la plupart des aconits, jaune crème devenant ivoire. Fin de printemps, début de l’été. 60 à 90 cm x 30 cm. Zone 2.

A. napellus (aconit napel) : il s’agit de l’espèce la plus connue, une classique des jardins d’autrefois. Fleurs généralement bleu foncé ou violettes. Il existe aussi des cultivars aux fleurs blanches (‘Albidum’, syn. ‘Album’), roses (‘Carneum’) et rouges (‘Rubellum’). Florai­son : fin de l’été. 90 à 120 cm x 60 cm. Zone 2. A. ‘Pink Sensation’ : fleurs rose pâle à marge plus foncée. Couleur fidèle qui ne se délave pas, contrairement à plusieurs aconits roses. 100 à 120 cm x 45 à 60 cm. Zone 3. A. ‘Spark’s Variety’ (aconit d’automne) : autrefois considérée comme une sélection de A. henryi, cette plante est probablement d’origine hybride. Très vieille variété : l’aconit classique à floraison automnale. Fleurs bleu foncé. Demande parfois un peu de support. Floraison : durant tout l’automne. 120 à 150 cm x 45 à 60 cm. Zone 2. A. ‘Stainless Steel’ : violet pâle aux reflets métalliques. Tige solide. Longue floraison : 2 mois et plus si l’été est frais ! Floraison : début à la fin de l’été. 100 cm x 50 cm. Zone 2. 156 | Vivaces

Actée

Une vivace cultivée surtout pour ses fruits déco­ ra­tifs ? Il faut admettre que c’est assez inhabituel. Pour­ tant, les fruits constituent l’attrait principal de l’actée. Ce n’est pas que sa floraison ne soit pas jolie : les minuscules étoiles blanches sont portées au-dessus du feuillage sur une grappe terminale et attirent toujours les regards et, de plus, sont légè­ rement parfumées. D’ailleurs, elles durent trois à quatre semaines au printemps, soit plus long­temps que celles de la plupart des plantes de sous-bois. Et le feuillage caduc vert foncé est joliment découpé, à mi-chemin entre celui d’un érable et celui d’une

Il y a Actaea et Actaea Les taxonomistes ont décidé que les cimicifuges, autrefois con­nus sous le nom de Cimicifuga, appartiennent plu­ tôt au genre Actaea. Puisque les deux groupes sont très dis­tincts pour le jardinier (les Actaea classiques sont culti­ vées pour leurs baies colorées ; les anciennes Cimicifuga ont des fruits secs insignifiants et sont cultivés pour leurs fleurs), j’ai cru bon de les garder séparément dans cet ouvrage. Pour les cimi­cifuges (anciennement Cimicifuga), consultez la page 208.

Actaea pachypoda

Actaea Nom botanique : Actaea Famille : Renonculacées Hauteur : 30 à 90 cm Largeur : 30 à 60 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche Floraison : fin du printemps et début de l’été Fructification : fin de l’été, automne Multiplication : division, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, pentes, sous-bois, lieux humides, attire les oiseaux et les petits animaux Associations : bulbes de printemps, Gillenia, sceaux-de-Salomon, fougères Zone de rusticité : 2

Vivaces | 157

Actée

fougère : on dirait presque un astilbe (Astilbe). Donc, la plante est plus que présentable au printemps. C’est cependant quand les fruits ovales et luisants commencent à mûrir en été que les yeux sont vraiment rivés sur l’actée. Selon l’espèce, ils peuvent être rouges, blancs, roses ou noirs et ils persistent une bonne partie de l’automne, jusqu’à ce que les oiseaux ou les animaux ne les découvrent. Curieusement, même si les oiseaux et plusieurs mammifères viennent déguster les fruits, ils sont très toxiques pour les humains. Il paraît cependant que les actées ne causent presque jamais de cas d’empoisonnement chez l’humain, tellement le fruit est amer. D’instinct, même un bébé, le recrache.

Actaea pachypoda en fleurs

Les actées poussent dans les forêts feuillues et mixtes denses ; l’ombre ne leur fait pas peur ! Elles apprécient cependant le soleil printanier lorsqu’elles sont plantées à l’ombre profonde. Elles sont peut-être encore plus jolies dans les emplacements mi-ombragés, tout simplement parce qu’on les voit mieux. Curieusement, on peut aussi les cultiver au plein soleil, tant que le sol n’est pas trop sec, mais leur feuillage peut alors jaunir un peu.

Les actées préfèrent les sols humides et même détrempés au printemps, de préférence au moins un peu acides. Par contre, en tant que végétaux des érablières où la compétition racinaire pour l’eau est féroce, les actées bien établies sont passablement résistantes à la sécheresse et tolèrent alors très bien l’ombre sèche. En cas de sécheresse extrême, on me dit que le feuillage des actées peut jaunir et se dessécher prématurément, mais la plante revient quand même au printemps suivant. La croissance des actées est lente : il sera nécessaire de masser plusieurs plants si vous vou­ lez obtenir un effet rapidement. Et de mettre de nombreux plants si vous voulez les uti­ liser en tant que couvre-sol. On les multiplie normalement par division, mais les plantes se ressèmeront elles-mêmes, sans pour autant devenir envahissantes dans un milieu boisé. On peut aussi les semer soi-même, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur en leur offrant un long traitement au froid pour simuler l’hiver. Enfin, les actées connaissent peu de problèmes d’insectes ou de maladies, et les limaces et les cerfs de Virginie ne les apprécient pas. Les plantes peuvent toutefois souffrir de brûlures au feuillage dans les milieux secs et ensoleillés. 158 | Vivaces

Actaea pachypoda (actée à gros pédicelles) : plante indigène dans l’est de l’Amérique du Nord, notamment au Québec. À mon avis, la plus désirable des actées, car sa fructification est tellement originale. En effet, les baies sont blanc crème, avec un point noir à l’extrémité pour un peu de contraste, une caractéristique qui a valu à la plante le nom commun de « doll’s eyes » (yeux de poupée) en Ontario. Voilà qui est original, car peu de végétaux ont des fruits blancs, mais de surcroît les pédicelles, minces et verts pendant la floraison, enflent et deviennent rouge vif à la fructification pour un effet vraiment saisissant. Son seul défaut à cet égard est que cette coloration survient tardivement, à l’automne, alors que l’actée rouge se colore plus tôt, avant la fin de l’été. 30 à 90 cm x 30 à 60 cm. Zone 2. A. pachypoda rubrocarpa : très joli, mais rare. Fruit rouge rosé lumineux, pédicelles pourpres. 30 à 90 cm x 30 à 60 cm. Zone 2. A. rubra (actée rouge) : c’est l’actée la plus courante de nos forêts et une très jolie plante grâce notamment à ses fruits rouge vif. 30 à 90 cm x 30 à 60 cm. Zone 2. A. rubra neglecta (actée blanche) : une sous-espèce de l’actée rouge, aux fruits blancs, courante dans l’est du Québec. On la distingue facilement de l’actée à gros pédicelles, car ses pédicelles sont minces et verts, non pas enflés et rouges. Ainsi, elle est moins attrayante. 30 à 90 cm x 30 à 60 cm. Zone 2. A. spicata (actée en épi) : l’équivalent européen de l’actée rouge. Elle ressemble aux autres, mais ses fruits sont noirs. Il existe d’autres actées eurasiatiques, mais seule A. spicata semble être commercialisée. 30 à 90 cm x 30 à 60 cm. Zone 4. Actaea pachypoda

Vivaces | 159

Actée

VARIÉTÉS :

Alchémille molle

Alchemilla mollis

Alchemilla mollis Autres noms communs : manteau de Notre-Dame, patte de lion, mantelet de dame Nom botanique : Alchemilla mollis Famille : Rosacées Hauteur : 30 à 45 cm Largeur : 60 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide Floraison : tout l’été Multiplication : semences, division Utilisation : bordures, couvre-sols, mas­sifs, plates-bandes, rocailles, murets, pentes, sous-bois, fleurs coupées, fleurs séchées Associations : graminées, géraniums, astilbes à fleurs rouge foncé Zone de rusticité : 3

160 | Vivaces

L’alchémille molle est une plante aux multiples usa­ ges, au moins aussi intéressante pour son feuillage persistant que pour ses fleurs. Elle produit des touffes basses de feuilles arrondies et lobées, crénelées à la marge et couvertes d’un fin duvet qui donne un léger reflet argenté par-dessus le vert tendre de base du feuillage. Les feuilles ont une caractéristique sur­pre­ nante : elles attrapent les gouttes de rosée, de pluie et d’arro­sage, qui perlent à leur surface, argen­tées­comme du mercure, et se déplacent au moin­dre mou­ve­ment du vent ; c’est un effet tout à fait char­mant. D’ailleurs, le nom « alchémille » renvoie aux alchi­mistes, car les gouttes d’eau argentées sur le feuil­lage rappelaient les billes que le mercure, ce métal liquide magique, for­mait dans la paume de la main. Ainsi l’alchémille a-t-elle servi d’ingrédient dans maintes recettes pour la conversion du plomb en or ! Les masses mousseuses de petites fleurs jaune verdâtre sont portées sur de courtes tiges faibles, s’élevant à peine au-dessus du feuillage et donnant même l’impression de se reposer sur les feuilles. Elles sont naturellement un peu

Véritable plante passe-partout, l’alchémille molle ne semble pas faire beaucoup de cas de ses conditions de culture, du moins si on lui assure un bon drainage (ce qui est la moindre des choses). Elle pousse au soleil ou à la mi-ombre, et même à l’ombre du moment que quelques rayons solaires y pénètrent. Tous les sols semblent lui convenir, même la glaise pure (toujours en veillant au drainage). Elle préfère une certaine humidité en tout temps, mais tolère très bien la compétition racinaire et un peu de sécheresse et ainsi supporte l’ombre sèche. Il reste quand même qu’elle appréciera un arrosage ou deux en pleine période de sécheresse. L’alchémille molle se ressème vigoureusement, apparaissant çà et là dans la plate-bande, et même dans les sentiers et les fissures entre les dalles de la terrasse. Plutôt que de vous en offusquer, profitez de la manne. Avec sa petite taille, elle n’est pas très dérangeante et elle comble sans peine bien des trous dans l’aménagement. L’alchémille molle a peu de problèmes d’insectes et de maladies, et les limaces et les cerfs ne semblent pas l’apprécier. Une plante sans problèmes, quoi !

CULTIVARS : On a lancé plusieurs versions « améliorées » de l’alchémille molle depuis quelques années – Alchemilla mollis ‘Thriller’, Alchemilla mollis ‘Auslese’, Alchemilla mollis ‘Improved Form’, Alchemilla mollis ‘Robusta’, Alchemilla mollis ‘Senior’, etc. – qui, à cause de leur nouveauté, coûtent la peau des fesses. Je peux vous faire épargner quelques dollars en vous disant qu’elles n’en valent pas la peine. Elles sont tellement similaires à l’espèce que même lorsqu’on les plante côte à côte, on voit à peine la différence. Et il n’y a pas que moi qui le dis. Le directeur des essais végétaux du Chicago Botanic Garden, Richard G. Hawke, affirme qu’« il n’y a aucune bonne raison sauf celle de la disponibilité locale pour choisir un cultivar plutôt que l’espèce ». Et vlan pour les hybrideurs !

AUTRES ESPÈCES : Il existe d’autres espèces d’alchémille, dont la majorité sont des plantes alpines, mais elles sont plus exigeantes en soleil qu’A. mollis, qui est native des sous-bois ouverts. Je ne veux pas vous dé­cou­rager de les essayer, mais elles n’ont pas vraiment leur place dans un livre sur les plantes d’ombre. Vivaces | 161

Alchémille molle

indisciplinées, poussant çà et là plutôt que de rester cen­trées sur la plante comme la plupart des fleurs, ce qui donne à l’alchémille une petite allure vagabonde absolument ravissante. Elles durent plusieurs semaines au début de l’été, se changeant peu à peu en capsules de graines… qui ne diffèrent guère des fleurs ; ainsi la floraison semble-t-elle durer tout l’été ! Les jardiniers trop zélés ont vite fait de supprimer ces « fleurs fanées »… et ils manquent la moitié du spectacle.

Ancolie du Canada

Aquilegia canadensis

Aquilegia canadensis Nom botanique : Aquilegia canadensis Famille : Renonculacées Hauteur : 30 à 60 cm Largeur : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche en matière organique Floraison : mi-printemps à mi-été Multiplication : semences, division Utilisation : bordures, plates-bandes, rocailles, murets, sous-bois, fleurs coupées, attire les colibris et les papillons Associations : alchémilles, géraniums, pulmonaires, capillaires du Canada Zone de rusticité : 3

162 | Vivaces

Il y a plus de 70 espèces d’ancolies (Aquilegia)… mais la plupart sont des plantes des champs, de l’orée des bois ou des hautes montagnes et préfèrent le soleil à l’ombre. Elles réussissent cependant bien à la miombre et si vos conditions ressemblent davantage à un sous-bois ouvert qu’à une forêt sombre, allez-y avec l’ancolie de votre choix : vous aurez sans doute du succès. Concentrons-nous plutôt ici sur les rares ancolies qui poussent naturellement dans les sousbois et non pas à leur marge et donc qui poussent mieux à la mi-ombre et même à l’ombre qu’au soleil. Et sans doute que la meilleure ancolie de sous-bois est justement l’ancolie du Canada, abondante dans les forêts de l’est de l’Amérique du Nord, dont au Québec et dans les provinces limitrophes. Les fleurs de l’ancolie du Canada me font toujours penser à une troupe de ballerines en répétition. Avec leurs bras légèrement arqués élevés vers le ciel (les épe­ rons rouges dressés), leur robe rouge (les sé­pa­les) et un tutu jaune pâle qui dépasse de la robe (la co­rolle), plus leurs longues jambes jaunes (les  ­­éta­mines),

Son feuillage caduc aussi est d’une très grande beauté… et encore, on parle d’une beauté délicate. Les feuilles vert pâle sont découpées en trois folioles profondément lobées et supportées par des pétioles à l’allure frêle ; sa forme rappelle le joli capillaire du Canada (Adiantum canadensis), une fougère indigène qui pousse parfois à sa proximité. Je suggère d’ailleurs de mélanger les deux, car malheureusement le feuillage de l’ancolie du Canada ne persiste pas toujours tout l’été (voir ci-dessus). Même les capsules de graines, étroites et pointues, vertes au début, puis brunes, ne sont pas sans attrait. Réunies en groupe et s’élevant vers le ciel, on dirait une main dressée ! Plante de sous-bois, l’ancolie du Canada s’adapte bien à l’ombre et à la mi-ombre. Elle préfère un sol riche et plutôt humide, mais s’accommode de l’ombre sèche aussi. Con­trai­re­ ment à la plupart des plantes de sous-bois, toutefois, elle ne vit pas très longtemps : deux ou trois ans, parfois jusqu’à quatre. Elle compense ce défaut en se ressemant fidèlement. Il faut toutefois laisser un espace libre de paillis pour qu’elle puisse le faire. Parlant de multiplication, il est possible de diviser une ancolie, mais je me demande pour­ quoi, puisqu’elles sont si faciles à cultiver par semences, d’ailleurs presque aussi faci­les qu’une annuelle. Notez que même les cultivars d’ancolie dans toutes leurs couleurs fan­tas­ ma­go­ri­ques sont fidèles au type par semences… pourvu qu’il n’y ait pas d’ancolies voisi­nes d’autres couleurs avec lesquelles se croiser (les ancolies sont de mœurs très légères !). Jusqu’à ici, tout paraît aller relativement bien, mais les ancolies ont un gros défaut : elles sont sujettes à deux insectes qui s’attaquent à leur feuillage, la mineuse de l’ancolie et la ten­thrède de l’ancolie. La mineuse creuse des galeries argentées dans les feuilles, ce qui n’est pas si laid, mais la tenthrède, une petite larve verte ressemblant à une chenille, mange la feuille tout entière. Bientôt il n’y a plus que des pétioles : toutes les feuilles ont été consommées. On a envie de pleurer la première fois qu’on voit ce dégât ! Il est clair que le jardinier forcené travaillera d’arrache-pied en traitant régulièrement ses anco­ lies et en supprimant les feuilles atteintes. Mais que fera le jardinier paresseux qui appré­cie tout autant ces plantes pour leur feuillage et leurs belles fleurs ? Il les considérera tout simplement comme des plantes printanières éphémères et les plantera au milieu de la plate-bande, derrière Vivaces | 163

Ancolie du Canada

les fleurs sont des plus délicates. Pourtant, malgré leur apparente fragilité, la florai­son est durable : cinq à six semaines, du milieu du printemps au début ou même au milieu de l’été. En cela, elles nous rendent un fier service, car il y a souvent un trou dans la floraison au début de l’été, entre la fanaison des fleurs printanières et l’éclosion des fleurs estivales, et elles le comblent parfaitement. Les fleurs de cette ancolie attirent inévitablement les colibris et parfois aussi des papillons, un attrait supplémentaire.

Ancolie du Canada

d’autres végétaux à frondaison tardive, afin que leur feuillage dépérissant passe inaperçu. Cette défoliation est inhérente au cycle de vie des ancolies et celles-ci ne semblent pas trop en souffrir. De plus, de toutes les ancolies, celle du Canada est considérée comme la moins sujette à ce parasite… par contre, cela ne veut pas dire qu’elle n’est jamais tou­chée. Il n’en demeure pas moins que c’est un élément de sa culture qu’il faut retenir.

VARIÉTÉS : Il n’y a pas si longtemps, la seule ancolie du Canada disponible était l’espèce, soit A. cana­ densis, décrite ci-dessus. De nos jours, il y a un peu plus de choix : A. canadensis ‘Corbett’ : fleurs jaune pâle. 30 à 45 cm x 30 cm. Zone 3. A. canadensis ‘Little Lanterns’ : variété naine à floraison abondante. Fleurs rouges et jaunes. 25 à 30 cm x 30 cm. Zone 3. A. canadensis ‘Pink Lanterns’ : une mutation de ‘Little Lanterns’ avec le même port, mais aux fleurs roses et jaune pâle. 25 à 30 cm x 30 cm. Zone 3.

AUTRES ESPÈCES : L’ancolie du Canada n’est pas la seule ancolie bien adaptée à l’ombre. Voici quelques au­tres espèces intéressantes. Attention : elles sont très touchées par la mineuse et la tenthrède ! A. caerulea (ancolie bleue à floraison précoce) : cette espèce vient de l’autre côté du con­tinent nord-américain et on l’appelle parfois l’ancolie des Rocheuses. Ses grandes fleurs aux éperons très longs sont dressées et non pas pendantes. Elles sont blanches aux longs sépales bleus à violets chez l’espèce. Il en existe plusieurs cultivars à couleurs diffé­rentes : roses, rouges, jaunes, blancs, etc., dont certains sont probablement des hybri­ des d’autres espèces. On la considère comme très longévive pour une ancolie : certains spéci­mens vivent jusqu’à cinq ans ! 50 à 75 cm x 30 cm. Zone 4. A. flabellata (ancolie du Japon) : chez l’espèce, les sépales sont violettes, parfois à pointe jaune pâle ou blanche, avec des éperons courts et crochus alors que la corolle est blanche ou lavande très pâle. Feuilles larges et bleutées, en forme d’éventail. Chez les culti­vars (nombreux), les fleurs peuvent être aussi roses et blanches ou entièrement blan­ ches. Floraison printanière. 20 à 45 cm x 30 cm. Zone 3.

164 | Vivaces

A. x hybrida (ancolie hybride) : cette caté­ gorie très varié (variétés hâtives et tardives, hautes et basses, à fleurs dressées ou retombantes, simples ou doubles, à feuillage vert ou panaché) comprend autant des ancolies qui aiment le soleil que celles qui tolèrent davantage l’ombre. Comme le nom le suggère, il s’agit de variétés hybrides et elles peuvent très bien avoir des gènes d’ancolies de sous-bois, comme l’ancolie du Canada (A. canadensis), de même que d’ancolies de plein soleil, comme l’ancolie jaune (A. chrysantha). Il y a donc un risque à prendre quand vous les plantez très à l’ombre. À la mi-ombre, par contre, vous devriez connaître le succès. Ma suggestion ? Achetez des semences en mélange (facilement disponibles pour cette variété) et récoltez et ressemez les graines des variétés qui réussissent le mieux dans vos conditions ! 30 à 90 cm x 30 cm. Zone 3 ou 4. Aquilegia flabellata pumila

PLANTES APPARENTÉES : Semiaquilegia ecalcarata (fausse ancolie) : la fausse ancolie ressemble tellement à une ancolie que vous n’y verrez que du feu. D’ailleurs, il faut être un botaniste pour vraiment confirmer que c’est bien une fausse ancolie. Ce que vous verrez de différent est que la fleur pendante n’a pas d’éperon (mais alors, plusieurs espèces de véritable Aquilegia n’en ont pas non plus) et que les sépales et la corolle sont habituellement de la même couleur. La corolle est aussi plus large et évasée, donc plus en forme de cloche, que celle des « vraies ancolies », dont on pourrait dire en comparaison que la corolle est en forme de baril. Le feuillage est cependant pareil (en apparence et en ennemis !), la culture aussi et la plante a la même habitude de disparaître après deux ou trois ans, mais par contre aussi de se ressemer. Fleurs rouge vin, simples ou Semiaquilegia adoxoides doubles. 20 à 35 cm x 25 cm. Zone 4. Semiaquilegia adoxoides (fausse ancolie) : sem­­­ bl­a­ble à la précédente, mais à fleurs rose moyen. 20 à 35 cm x 25 cm. Zone 4.

Vivaces | 165

Ancolie du Canada

A. flabellata pumila (ancolie naine du Japon) : une variante miniature de la précé­ dente, aux fleurs violettes et blanches. Inté­res­ sante pour la rocaille. A. flabellata pumila ‘Alba’ est à fleurs blanches. 15 cm x 20 cm. Zone 3.

Anémone du Japon hybride

Anemone x hybrida ‘Robustissima’

Anemone x hybrida Autre nom commun : anémone d’automne Nom botanique : Anemone x hybrida et autres Famille : Renonculacées Hauteur : 45 à 100 cm Largeur : 60 cm et plus Exposition : Sol : bien drainé et riche en matière organique Floraison : fin de l’été jusqu’au milieu de l’automne Multiplication : division, bouturage de racines Utilisation : couvre-sols, massifs, naturalisation, plates-bandes, arrière-plans, sous-bois, fleurs coupées, fleurs séchées Associations : eupatoires, phlox, astrances, rhododendrons Zone de rusticité : 4 (parfois 3 ou 5)

166 | Vivaces

Le genre Anemone, avec environ 100 espèces, est très varié. On y trouve des plantes petites et grandes, à flo­ rai­son printanière, estivale ou automnale, à rhizomes, à racines tubéreuses et à racines fibreuses, à feuillage éphémère et à feuillage persistant tout l’été et sous tous les climats. Dans ce chapitre, je traite des anémones « à racines fibreuses » (i.e. sans aucun organe souterrain ressemblant, de près ou de loin, à un bulbe). Ce groupe comprend les plus grandes anémones et aussi les plus tardives quant à leur floraison. Vous trouverez d’autres anémones dans les chapitres sur les couvresols et sur les plantes éphémères du printemps. Cette plante produit de jolies feuilles découpées cadu­ ques un peu en forme de feuille d’érable et créent, avec le temps, un véritable tapis à quelque 15 à 20 cm du sol. Ainsi, on pourrait facilement l’utiliser com­ me couvre-sol. Mais surprise ! Elle n’est pas la plante basse qu’elle semble être. Au milieu de l’été, de min­ ces tiges dressées commencent à s’élever de la masse du feuillage. Peu feuillues, elles se parent de boutons ronds qui, à partir de la fin de l’été et pendant une

Ces anémones poussent mieux dans un milieu boisé, car elles apprécient la présence d’une litière forestière, mais peuvent tolérer le soleil à condition d’être bien paillées. C’est que leur rusticité n’est pas fiable. Je leur accorde globalement une zone 4, car elles poussent à merveille dans cette zone, mais je présume alors que leurs racines ne seront pas exposées directement au froid hivernal. Une absence totale de paillis ou de neige peut les tuer, même en zone 5 (d’ailleurs, surtout en zone 5, où la couverture de neige est moins fiable que plus au nord). Personnellement je n’en ai jamais perdu, mais les jardiniers forcenés, qui font du ménage d’automne un point d’honneur, ont de la difficulté à garder les anémones du Japon. Ce qui prouve, comme le pensent tous les petits garçons, que la propreté peut être mortelle. Si vous voulez conserver des anémones du Japon, ne les nettoyez pas à l’automne, voilà tout ! Côté ensoleillement, leur préférence va nettement à la mi-ombre : ce sont, dans la nature, des plantes de sous-bois ouverts. Le soleil leur sied toutefois bien dans la mesure où le sol est bien paillé. Je n’ose pas les recommander pour l’ombre toutefois, car, si le feuillage y prospère, leur floraison est généralement absente. Les anémones du Japon (curieusement, elles ne viennent pas du Japon, mais de la Chine !) préfèrent un sol riche, bien drainé et plutôt humide, mais tolèrent très bien la présence de racines ainsi que l’assèchement globalisé qui composent l’ombre sèche. Elles n’aiment toutefois pas la combinaison « soleil et sécheresse ». Encore que le paillis (ou litière fores­ tière si vous les naturalisez) semble faire toute la différence entre une plante heureuse et une plante qui disparaît. Les anémones du Japon sont lentes à s’établir. Elles prennent trois ou quatre ans même avant de vraiment performer de façon satisfaisante, mais il ne faut pas penser qu’elles sont délicates pour autant. Au contraire, ce sont des plantes envahissantes. Avec le temps, vous commencerez à en trouver un peu partout, même à une certaine distance de la plante mère, grâce à leurs stolons souterrains qui produisent des pousses à leur extrémité. Il faut toujours prévoir une barrière quelconque autour d’une plantation d’anémones du Japon, à moins de vouloir les naturaliser dans un milieu boisé où leur capacité de pousser un peu partout ne serait pas problématique. Vivaces | 167

Anémone du Japon hybride

partie de l’automne (la floraison dure huit semaines et plus !), s’épanouissent en de grosses fleurs roses, blanches ou rouges avec un cœur rempli d’étamines jaunes. Les tiges semblent si frêles et les fleurs si grosses qu’on pourrait penser que le tout s’écrasera au sol à la première pluie, mais non : elles sont très solides et, au pire, penchent un tout petit peu. La période exacte de floraison varie un peu – certaines commencent à fleurir dès la fin de l’été, d’autres nettement à l’automne –, mais dure au moins huit semaines. Les plus tardives sont souvent encore en fleurs lorsque arrivent les premières neiges.

Anémone du Japon hybride

Le feuillage est parfois affecté par les limaces en début de saison, mais le problème « se cor­ rige de lui-même » à mesure que les feuilles s’endurcissent. Le scarabée japonais peut aussi s’y intéresser et il y a parfois des taches foliaires sans grande importance. Autrement, cette anémone connaît peu de problèmes.

CULTIVARS : La nomenclature de l’anémone du Japon s’avère extrêmement confuse et vous trouverez sans problème le même cultivar désigné sous le nom d’Anemone hupehensis, d’A. japonica et de A. x hybrida, parfois même d’A. tomentosa ou d’A. vitifolia, alors que l’on a affaire au même végétal ! Je n’arrive pas moi-même à distinguer les plantes que les taxonomistes désignent sous l’un ou l’autre nom et je ne prendrai donc pas en défaut un pépiniériste qui classe ses anémones différemment de la liste suivante. Toutefois, dans les désignations utilisées ici, j’ai suivi les noms officiellement reconnus par les taxonomistes en 2009, que je sois d’accord avec eux ou non. Il n’en demeure pas moins qu’en achetant une anémone du Japon, on doit plutôt se fier à son nom de cultivar : le nom d’espèce varie d’un marchand à un autre. Enfin, notez que je ne vous présente qu’une sélection parmi la centaine de cultivars disponibles. A. x hybrida ‘Robustissima’ : habituellement, je décris les végétaux d’après l’ordre alpha­bé­tique de leur nom botanique, mais je fais exception ici pour une plante tout à fait excep­tionnelle. Premièrement par sa grande rusticité : ‘Robustissima’ est parfaitement fiable en zone 3 alors que les autres sont, au mieux, de zone 4. De plus, elle fleurit tôt (à la fin de l’été) et est donc un bon choix dans les régions où l’été cède rapidement place à l’hiver. Enfin, c’est une plante très vigoureuse et, éventuellement, très envahissante, plus agres­sive que toute autre anémone d’automne. Superbe, oui, mais… parfois une brute. Un excel­lent couvre-sol passe-partout pour le sous-bois mi-ombragé. Clarifions la taxonomie de cette plante. Longtemps offerte comme une sélection d’A. vitifolia ou d’A. tomentosa, des taxonomistes l’ont récemment transférée au genre A. x hybrida. Personnellement, j’ai toutefois bien des doutes quant à la justesse de ce transfert. En effet, ‘Robustissima’ diffère nettement des autres A. x hybrida par son feuillage plus velouté sur le dessus, un peu grisâtre à l’envers et, comme son nom le suggère, sa grande vigueur. Les fleurs très nombreuses sont simples et rose mauve, portées en abondance. Une vraie gagnante ! 1 m x illimité. Zone 3.

168 | Vivaces

A. x hybrida ‘Alice’ : rose pâle. Semi-double. Pétales larges. 60 à 75 cm x illimité. Zone 4. A. x hybrida ‘Honorine Jobert’ : variété classique datant de 1858, mais malgré son âge, elle demeure une excellente sélection. Les fleurs sim­ ples blanches sont peut-être un peu plus petites que celles ces variétés modernes, mais, pour com­ penser, elles sont par­ti­culiè­rement abon­ dantes. Floraison nettement autom­nale. 90 à 120 cm x illimité. Zone 4. A. x hybrida ‘Königen Char­lotte’ (‘Queen Charlotte’) : fleurs rose pâle semi-doubles par­ti­cu­liè­re­ment grosses et légè­rement et irré­gu­liè­ re­ment frangées. Floraison au­tom­ nale. 90 à 120 cm x illimité. Zone 4. A. x hybrida‘Kriemhilde’ : varié­ té à fleurs semi-doubles aux sépa­ Anemone x hybrida ‘September Charm’ les très larges, rose-violet pâle, plus foncé à l’extérieur. 80 à 100 cm x illi­mité. Zone 4. A. x hybrida ‘Margarete’ : rose très foncé, presque rouge. Semi-double à double. Tige florale un peu faible : évitez les empla­cements venteux. Floraison automnale. 60 à 90 cm x illimité. Zone 4. A. x hybrida ‘September Charm’ : fleurs simples de couleur rose pâle à l’intérieur, plus foncé à l’extérieur. Plus hâtive que d’autres : en fleurs dès la fin de l’été. 60 à 80 cm x illi­ mité. Zone 4. A. x hybrida ‘Whirlwind’ : nombreuses fleurs semi-doubles aux pétales étroits, blancs teintés de vert à l’extrémité. Très facile. 120 cm x illimité. Zone 4.

Vivaces | 169

Anémone du Japon hybride

AUTRES ESPÈCES : A. hupehensis japonica (anémone du Japon) : les plantes ainsi désignées par les taxo­ no­mistes sont un peu plus hâtives (floraison débutant à la fin de l’été plutôt qu’à l’au­ tomne) que les A. x hybrida, mais sont autrement indifférenciables. Notez que cette sousespèce, qui diffère de A. hupehensis par ses fleurs semi-doubles, a été trouvée en cul­ture au Japon (d’où sa désignation originelle d’ A. japonica), jamais à l’état sauvage. On pense aujourd’hui qu’elle a été apportée de la Chine centrale au Japon par des moines boud­ dhistes il y a plusieurs siècles. A. hupehensis japonica ‘Bressingham Glow’ : fleurs semi-doubles rose foncé. Moins rustique que certaines. 70 à 90 cm x illimité. Zone 5. A. hupehensis japonica ‘Pamina’ : fleurs semi-doubles « rouges » (en fait, rose très foncé). Très solide, bien rustique. 75 cm x illimité. Zone 4. A. hupehensis japonica ‘Prinz Heinrich’ (syn. ‘Prince Henry’) : fleurs semi-doubles rose foncé aux sépales étroits. Compact. 45 cm x illimité. Zone 4. A. hupehensis japonica ‘Splendens’ : fleurs simples rose moyen à marge argentée. Florai­son très hâtive, parfois dès le début d’août. 60 cm x illimité. Zone 4.

Anemone hupehensis japonica ‘Pamina’

170 | Vivaces

Aralie à grappes

Cette grande et gracieuse vivace à feuilles caduques de nos forêts est encore plus connue des ran­donneurs que des jardiniers, mais commence à être disponible commercialement et mérite bien notre intérêt. Avec sa grande taille, ses « branches » pourpre foncé et ses nom­breuses « feuilles », elle ressemble d’avantage à un arbuste qu’à une vivace, mais les apparences sont trom­peuses. Quand on la regarde de près, on dé­ couvre que l’aralie à grappes est en fait peu rami­fiée, mais qu’elle porte plutôt de très grandes feuilles com­ posées de nombreuses folioles, donnant l’impression de branches et de feuilles. Les pétioles sont pourpres et les folioles sont en forme de cœur et légère­ment dentées. Je dirais que l’intérêt principal de l’aralie à grappes demeure son port et son beau feuillage qui lui donne une allure presque tropicale, mais ses masses de petites fleurs blanc verdâtre, à la toute fin du prin­ temps ou au début de l’été, attirent quand même les regards et les petits fruits pourpre foncé à noirs qui appa­raissent l’automne sont encore plus attrayants et,

Aralia racemosa

Aralia racemosa Autre nom commun : grande salsepareille Nom botanique : Aralia racemosa Famille : Araliacées Hauteur : 1 à 2 m Largeur : 1 à 1,5 m Exposition : Sol : bien drainé, riche, plutôt humide Floraison : début de l’été Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, couvre-sols, haies, massifs, naturalisation, plates-bandes, arrière-plans, sous-bois, lieux humides, attire les oiseaux frugivores, utilisa­tion culinaire et médicinale Associations : trilles, fougères, pigamons Zone de rusticité : 2

Vivaces | 171

Aralie à grappes

de surcroît, attirent les oiseaux. Il n’en demeure pas moins que les fleurs et les fruits sont souvent partiellement cachés par le feuillage. Dans la nature, on la trouve dans des forêts denses au sol riche et plutôt humide… et c’est dans de telles conditions qu’elle se plaît aussi en culture. Donc, l’ombre ne lui fait aucu­ne­ment peur, mais elle tolère très bien le soleil pour autant que son sol demeure humide en tout temps. Comme elle n’aime pas les sols secs, elle convient mieux aux parties basses du terrain. La plante s’étend par stolons et peut éventuellement couvrir beaucoup de surface, mais elle se multiplie lentement et est facile à contrôler, donc on ne peut guère la traiter d’enva­ his­sante. Toutefois, naturalisée dans un sous-bois ombragé, elle peut finir par être la plante dominante. On la multiplie par division ou, plus rarement, par semences mises en pleine terre. Elle pousse très lentement à partir de semences. Saviez-vous que le rhizome aromatique de cette plante donnait son odeur caractérique à la bière d’épinette (petite bière), au moins à l’époque où l’on n’utilisait pas des saveurs artificielles ? On utilise encore de nos jours le rhizome à des fins médicinales.

AUTRES ESPÈCES : Le genre Aralia comprend presque 70 espèces, pour la plupart des arbustes et des petits arbres, trouvées en Amérique et en Asie. En général, les espèces herbacées sont les plus tolérantes de l’ombre. En voici deux autres qui sont assez rustiques pour notre climat et qui conviennent aux emplacements ombragés. A. cordata (aralie à feuilles cordées) : on peut dire que cette espèce est le pendant asiatique de l’aralie à grappes, qui lui ressemble beaucoup, mais en plus grand. Pour les distinguer, sachez que les folioles de l’aralie à feuilles cordées sont davantage en forme de cœur que celles de l’aralie à grappes. D’ailleurs, c’est exactement le sens de « cordé » ! L’aralie à feuilles cordées tolère toutefois moins l’ombre que sa cousine nord-américaine et croît mieux au soleil ou à la mi-ombre. 1,5 à 3 m x 1,2 m. Zone 5. A. nudicaule (aralie à tige nue) : autre plante indigène. Beaucoup plus petite que l’aralie à grappes, l’aralie à tige nue est encore moins connue en culture que sa grande sœur, mais est encore plus largement disseminée à l’état sauvage : on la trouve presque partout dans les régions froides de l’est de l’Amérique du Nord, jusqu’aux limites des arbres. En culture, on pourrait l’utiliser comme couvre-sol, car elle s’étend énormément par rhizomes rampants. Une « plante » se compose d’une unique grande feuille tripennée, rougeâtre au printemps, vert foncé l’été, et d’une tige portant trois ou quatre ombelles de petites fleurs blanches devant des baies pourpres à l’automne. Comme pour l’aralie à grappes, on utilise ses rhizomes pour les fins culinaires (bière d’épinette) et médicinales. 15 à 50 cm x illimité. Zone 2. 172 | Vivaces

Aster à rameaux étalés

Si l’on pense à un aster (et les asters sont parmi les plan­ tes indi­gènes les plus abondantes dans nos régions), on imagine toujours une plante qui pousse au plein soleil et, effectivement, c’est le cas de la majorité de ces plan­tes. Mais il existe plusieurs asters qui poussent à l’orée des bois et qui tolèrent un peu d’ombre. Parmi les quel­que 600 espèces d’aster, cependant, seule­ment quelquesunes sont des plantes de forêt. Le plus connu de ces « asters des bois » est l’aster à rameaux éta­lés. D’ailleurs, on le trouve dans les forêts les plus sombres. La plante forme une touffe basse de feuilles caduques en forme de cœur ; les feuilles supérieures sont plus étroi­tes. Son port est dressé au début, puis devient évasé, voire presque pleureur, à mesure que la saison avance, et la plante se divise au pied pour former avec le temps de grosses touffes. Les tiges sont pourpre très foncé, presque noires, et zigzaguent parfois en pous­ sant. Les tiges florales, au sommet, poussent plutôt à l’ho­ri­zontale et leurs rares feuilles sont très petites. Les inflo­rescences sont petites et presque insignifiantes indi­viduellement, sauf que la plante en produit par

Aster divaricatus

Aster divaricatus Nom botanique : Aster divaricatus (nouveau nom : Eurybia divaricata) Famille : Astéracées Hauteur : 45 à 75 cm Largeur : 60 cm Exposition : Sol : bien drainé, ordinaire Floraison : fin d’été, automne Multiplication : semences, division Utilisation : naturalisation, platesbandes, arrière-plans, sous-bois, fleurs coupées, attire les papillons Associations : hostas, gillénies trifoliées Zone de rusticité : 4

Vivaces | 173

Aster à rameaux étalés

Les asters de chez nous ne sont plus des Aster Triste nouvelle pour les jardiniers. Les taxonomistes ont subdivisé le vaste genre Aster, avec plus de 600 espèces, en plusieurs autres genres et presque toutes les espèces nord-américaines portent maintenant de nouveaux noms (les asters européens, par contre, conservent le nom Aster). Les nouveaux genres sont Almutaster, Canadanthus, Doellingeria, Eucephalus, Eurybia, Ionactis, Oclemena, Oligoneuron, Oreostemma, Sericocarpus et Symphyotrichum. Vite ! Qu’on écrive une comptine pour nous aider à les apprendre ! Pour faciliter la compréhension de ce texte, j’ai conservé la désignation ancienne d’Aster dans l’ensemble de la description, en précisant toutefois le nouveau nom.

centai­nes, créant un bel effet de masse. Elles sont petites, oui, mais typiques d’un aster : une « marguerite » au cœur jaune ou rouge entouré de nombreux rayons blancs étroits. À l’état sauvage, l’aster à rameaux étalés est considéré comme une plante menacée au Québec et en Ontario. Il ne faut donc jamais aller le chercher dans la nature… si encore vous savez où le chercher ! Pourtant en culture c’est une plante qui s’entretient facilement et qui se res­sème d’ailleurs avec un peu trop d’abandon si on n’utilise pas assez de paillis. Originaire des érablières aux racines si agressives, l’aster à rameaux étalés n’est pas très exi­ geant quant à ses besoins : ombre, mi-ombre, soleil ; sol sec ou humide, riche ou pauvre. La flo­raison débute tôt à l’automne (même à la fin de l’été dans le sud du Québec) et se pour­ suit presque toute le reste de la saison, au delà des premiers gels.

CULTIVARS : Je ne connais qu’un seul cultivar de l’aster à rameaux étalés : Aster divaricatus (Eurybia divaricata) ‘Eastern Star’ : c’est une sélection naine aux fleurs blan­ches à cœur jaune. Très joli ! 30 à 45 cm x 45 cm. Zone 4.

AUTRES ASTERS SCIAPHILES : Voici quelques autres asters qui conviennent aux emplacements ombragés : A. cordifolius (nouveau nom : Symphyotrichum cordifolium) (Aster à feuilles cor­dées)  : cordé veut dire en forme de cœur et effectivement les feuilles inférieures sont réellement en forme de cœur, avec une pointe très aiguë. Elles sont d’ailleurs de grande taille pour un aster. Les feuilles supérieures sont cependant petites et plutôt étroites. Les fleurs bleu violacé à cœur jaune, de 2 cm de diamètre, sont petites, mais quand même beaucoup plus grosses que les fleurs de l’aster à rameaux étalés. En fait, elles sont plus près en couleur et en taille des asters des champs et l’on reconnaît plus 174 | Vivaces

A. lateriflorus (nouveau nom : Symphyotrichum lateriflorum) (aster latériflore) : espèce très commune au Québec. Comme celles de l’aster à rameaux étalés, ses tiges principales sont dressées et ses feuilles inférieures assez grosses, mais les tiges qui portent des fleurs poussent à l’horizontale. Les fleurs sont minuscules, blanches ou violettes. Préfère la mi-ombre et le soleil. 90 cm x 90 cm. Zone 3. A. lateriflorus ‘Lady in Black’ : le plus populaire des cultivars de cette espèce. Feuillage pourpre foncé. Fleurs blanches à cœur rouge. 90 cm x 90 cm. Zone 3. A. lateriflorus ‘Prince’ : comme le précédent, mais à feuillage pourpre moins foncé. 90 cm x 90 cm. Zone 3. Enfin, il existe d’autres asters qui tolèrent la mi-ombre, mais ils sont peu commercialisés. Dans ce groupe, il y a notamment l’aster à grandes feuilles (A. macrophyllus, nouveau nom Eurybia macrophylla), l’aster acuminé (A. acuminata, nouveau nom Oclemena acuminata), l’aster des bois (A. nemoralis, nouveau nom Oclemena nemoralis) et l’aster à ombelles (A. umbellatus, nouveau nom Doellingeria umbellata). A. lateriflorus ‘Lady in Black’

Vivaces | 175

Aster à rameaux étalés

facilement cette plante comme étant un aster. Elles sont portées sur des bouquets dressés plutôt qu’à l’horizontale. La floraison commence assez tôt, bien avant la fin de l’été, et s’étend sur sept semaines et plus. Il existe plusieurs cultivars de l’aster à feuilles cordées aux fleurs de différentes teintes de bleu-violet et blanc, mais aucun n’est couramment disponible. C’est une plante de mi-ombre ou de soleil et elle tolère moins bien la compétition racinaire que l’aster à rameaux étalés. 60 à 150 cm x 60 cm. Zone 3.

Astilbe

Astilbe chinensis pumila est le meilleur astilbe pour l’ombre.

Astilbe Nom botanique : Astilbe Famille : Saxifragacées Hauteur : 30 à 120 cm Largeur : 30 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche en matière organique Floraison : variable, entre le début de l’été et le milieu de l’automne Multiplication : division, bouturage de rhizomes Utilisation : en isolé, bordures, couvre-sols, massifs, plates-bandes, rocailles, sous-bois, lieux humides, fleurs coupées, fleurs séchées Associations : bulbes de printemps, fougères, pulmonaires, hostas, épimèdes Zone de rusticité : 4 (3)

176 | Vivaces

L’astilbe est une vivace très populaire, bien connue de la plu­part des jardiniers. C’est un très beau plant, autant à cause de son feuillage très découpé et luisant, par­fois un peu rougeâtre, que par ses minuscules fleurs ramas­­sées en bouquets plumeux. Sa floraison dure trois ou quatre semaines, ce qui n’est pas si mal, mais encore plus inté­ ressant, il y a des cultivars hâtifs, mi-saison, tar­difs et très tardifs, ce qui permet de meubler toute la sai­son du jardinage de ses fleurs, du moins à partir du début de l’été. Évidemment, pour avoir des « astilbes tou­jours en fleurs », il faut en planter plusieurs variétés diffé­rentes. De plus, les fleurs sèchent très joliment et ont encore une très belle apparence, sinon leur cou­leur ori­gi­nale (elles deviennent beiges, brunes ou rouille), jusqu’à ce que la neige les fauche… un trait que mal­heu­reu­se­ment le jardinier forcené ne connaît pas, puis­qu’il rabat toutes les fleurs dès qu’elles perdent leur couleur initale. Il existe une vaste gamme d’astilbes (25 espèces et lit­té­­ ra­lement des centaines de cultivars) et ils n’ont pas tous la même forme. Certains ont des feuilles simples (non décou­pées) ou à peine divisées, mais la majorité ont des

La réputation de l’astilbe d’être une plante d’ombre est nettement surfaite. C’est vrai que dans le sud des États-Unis, où le soleil est plus intense et pénètre plus abondamment à tra­ vers le feuillage des arbres, l’astilbe ne réussit bien qu’à l’ombre (elle craint trop la chaleur pour tolérer même la mi-ombre sous ces latitudes). Le soleil est toutefois moins intense dans le Nord et un astilbe planté à l’ombre sera réellement très malheureux. À la mi-ombre, par contre, l’astilbe fleurit très généreusement et semble se comporter parfaitement. Il peut même pousser sans la moindre difficulté au plein soleil (du moins dans le Nord) pour autant qu’il ne manque jamais d’eau. D’ailleurs, la clé du succès avec l’astilbe est sans doute davantage l’humidité du sol que la pré­sence ou l’absence de soleil. L’astilbe ne tolère pas du tout l’ombre sèche. Son feuillage sèchera en pleine saison de croissance dans de telles conditions. Non pas qu’il en meure néces­sairement, mais il ne faut pas répéter trop souvent ce manque d’humidité. Elle n’aime pas non plus un sol mal drainé : il faut donc éviter autant le marécage que le désert. Par con­ tre, un astilbe qui pousse près d’un plan d’eau est un astilbe très heureux. Certains jardiniers prétendent qu’il faut diviser les astilbes aux quatre ou cinq ans, sinon leur floraison dimi­nue. Voilà tout un problème si la zone est de plus envahie de racines d’arbres, car diviser est alors presque impossible sans employer de la dynamite ! Curieusement, je n’ai jamais vu de baisse de floraison notable parmi mes astilbes, même après 15 ans sans division. Je me demande si le problème ne concerne pas plutôt des conditions trop marginales pour l’espèce. Après tout, une astilbe qui manque de lumière, qui souffre d’une sécheresse récurrente ou qui pousse dans un sol lourd alors qu’elle préfère un sol aéré et riche en humus risque de man­quer de carburant après quelques années. Ainsi, si la vigueur de vos astilbes diminue après quelque temps, les changer de place pourrait donner de meilleurs résultats à long terme que de tout simplement les diviser. Par contre, si vous voulez utiliser un astilbe comme couvre-sol, la division est la meilleure façon de le multiplier, car la plupart ne s’étendent pas beaucoup d’eux-mêmes. Sachez que chaque section de rhizome qui porte un œil (bourgeon) peut donner une nouvelle plante. Ainsi, on peut souvent produire des dizaines de plants à partir d’un seul astilbe mature. Même un astilbe fraîchement acheté offre souvent beaucoup de matériel pour la mul­ti­ plication. Toutefois, pour diviser certains astilbes, il faut des sécateurs tranchants, voire une hache ou une scie, car les rhizomes sont presque ligneux. Vivaces | 177

Astilbe

feuilles bien divisées, comme une fougère. Les plumes peuvent être dressées ou lâches, denses ou aérées et viennent dans différentes teintes de rouge, rose, blanc et lavande. Notez aussi que la hauteur varie beau­coup : il existe des cultivars nains (20 à 30 cm), de hauteur moyenne (45 à 60 cm), hauts (75 à 90 cm) et très hauts (100 à 120 cm). Toutes ont des feuilles caduques.

Astilbe

La plupart des astilbes sont des cultivars et ne se reproduisent pas fidèlement par semences (plusieurs sont d’ailleurs presque stériles). Aussi réserve-t-on la multiplication par semences des astilbes pour les cas où l’on veut tenter l’hybridation… ou pour les rares espèces qui sont offertes sur le marché. Les astilbes sont peu sujets aux insectes et aux maladies et les mammifères ne les con­som­ ment qu’en cas de famine. La « maladie » la plus couramment vue est la marge des feuilles qui brunit, un signe que la plante est tenue trop sèche. Il faut souligner que la rusticité des astilbes n’est pas à 100 % fiable. Peu d’entre eux sont parfaitement rustiques au delà de la zone 5. Pourtant, avec un bon paillis, une couche de feuilles mortes ou même seulement une bonne couverture de neige, il n’y a aucune raison pour ne pas les cultiver en zone 4 ou même 3. Il faut tout simplement se rappeler que leur rusticité tient à cette protection minimale. Comme la plupart des jardiniers les réussissent sans aucun problème en zone 4 et souvent, avec à peine un peu plus d’attention, en zone 3, je leur accorde une zone 4 (3) ici, mais il faut toujours savoir qu’on peut les perdre si l’hiver est sans neige et anormalement froid.

VARIÉTÉS : Comme je l’ai mentionné, il existe 25 espèces d’astilbes et des centaines de cultivars, trop nom­breux pour en parler dans l’espace restreint de ce livre. J’ai donc inclus ici seulement quelques suggestions. Dans les descriptions suivantes, « hâtif » correspond à une floraison au début de l’été, « mi-saison » au milieu de l’été et « tardif », à la fin de l’été, tandis que « très tardif » veut dire que la floraison s’étend sur, ou a lieu à, l’automne. Il est impossible d’être plus précis, car la période de la floraison (fin juin, début juillet, etc.) varie selon les conditions météo­ro­lo­giques de l’année en cours et aussi sur la latitude. Ainsi, un astilbe hâtif sera peut-être en fleurs à la mi-juin en zone 5 si le printemps a été précoce, au début

Des noms vrais et faux De nombreux cultivars d’astilbe sont d’origine allemande (l’hybrideur principal des Astilbe était un Allemand nommé Georg Arends) et portent des noms aux consonances germaniques. Selon la Convention internationale pour la nomenclature des plantes cultivées, un nom de cultivar est une désignation officielle et ne doit jamais être traduit dans une autre langue. Ainsi, la même plante doit porter le même nom partout dans le monde. Malheureusement, cette convention n’a pas toujours été respectée et l’on trouve souvent le même cultivar vendu sous deux ou trois noms différents : l’original (allemand) ainsi qu’un nom anglais ou français. Il faut donc faire très attention avec les astilbes pour ne pas acheter exactement la même plante sous deux noms différents.

178 | Vivaces

Les astilbes furent longtemps classifiés d’après le nom botanique d’un de leurs ancêtres (A. sim­plicifolia ‘Sprite’, A. japonica ‘Deutschland’, etc.), mais en fait la plupart sont des hybri­ des complexes avec plusieurs espèces et de ce fait n’appartiennent pas à une espèce précise. Dans les descriptions suivantes, j’ai classé les plantes hybrides selon leur nom de cultivar. Pour ceux qui ont l’habitude de l’ancienne classification, elle paraît entre parenthèses. A. ‘Amethyst’ (A. x arendsii) : fleurs rose lavande. Hâtif. 60 à 90 cm x 90 cm. Zone 4 (3). A. ‘Aphrodite’ (A. hybride simplicifolia) : fleurs rouge saumon. Mi-saison/tardive. 45 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Beauty of Ernst’ (A. x arendsii Color Flash®) : très original avec son feuillage qui passe rapidement de vert au printemps à diverses teintes de pourpre, rouge vin et vert durant l’été. L’automne, le spectacle continue avec des teintes de jaune, orange et rouille. Le feuillage est tellement dominant que les fleurs roses diffuses ne créent presque pas d’effet. Hâtif. 50 à 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Beauty of Lisse’ (A. x arendsii Color Flash Lime®) : une mutation de ‘Beauty of Ernst’. Son feuillage est jaune vif à l’épanouissement, vert lime tout l’été. Original ! Fleurs roses. Hâtif. 50 à 60 cm x 40 cm. Zone 4 (3). A. biternata : seule espèce d’Astilbe nord-américaine. Grande plante à fleurs plumeuses blanches très aérées et un peu pendantes, ressemblant presque à une barbe de bouc (Aruncus dioicus). Feuillage denté bien découpé. Hâtif. 90 à 150 cm x 90 cm. Zone 4 (3). A. ‘Bonn’ (A. hybride japonica) : fleurs rouge carmin foncé. Hâtif. 70 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Brautschleier’ (syn. ‘Bridal Veil’) (A. x arendsii) : fleurs blanc crème très diffuses, un peu pendantes. Hâtif. 75 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. ‘Bremen’ (A. hybride japonica) : fleurs rose foncé. Hâtif/mi-saison. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3).

Astilbe ‘Brautschleier’

A. ‘Bressingham Beauty’ (A. x arend­sii) : fleurs rose pâle. Feuillage bronzé. Mi-saison. 90 cm x 60 cm. Zone 4 (3). Vivaces | 179

Astilbe

de juillet si le printemps a été tardif ou seulement à la mi-juillet en zone 3, où les tempé­ ratures sont plus fraîches.

A. ‘Bronce Elegans’ (syn. ‘Bronze Ele­ gans’) (A. hybride simplicifolia) : fleurs rouge rosé. Feuillage bronzé. Mi-sai­son/ tardif. 30 cm x 30 cm. Zone 4 (3).

Astilbe’Bressingham Beauty’

A. ‘Bumalda’ (A. x arendsii) : plumes blanches teintées de rose. Hâtif/misaison. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3).

A. ‘Cattleya’ (A. x arendsii) : fleurs lilas. Mi-saison/tardif. 120 cm x 90 cm. Zone 4 (3). A. chinensis (astilbe chinois) : espèce intéressante pour sa tolérance de l’om­bre et de la sécheresse supérieure à ceux des autres astilbes. Aussi, c’est un excellent couvre-sol, car il s’étend par des rhizomes rampants contrairement à la plupart des astilbes qui poussent en touf­fes denses. L’espèce elle-même est peu cultivée. Fleurs rose lilas en panicules étroites et dres­sées. Mi-saison/tardif. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. chinensis ‘Finale’ : fleurs rose vif, feuillage foncé. Bon couvre-sol. Mi-saison/tardif. 50 à 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. chinensis ‘Milk and Honey’ : plumes blanc crème au début, puis rose pâle. Feuillage légè­re­ment marbré d’argent en début de saison. Mi-saison/tardif. 75 cm x 45 à 50 cm. Zone 4 (3). A. chinensis pumila : mini-astilbe aux inflorescences rose pourpré presque en forme d’épi. Probablement le plus tardif des astilbes, à floraison nettement automnale, surtout dans le Nord. Excellent couvre-sol et sans doute l’astilbe le plus résistant à l’ombre et à la sécheresse. Très tardif. 25 cm x illimité. Zone 4 (3). A. chinensis ‘Spätsommer’ (syn. ‘Late Summer’) : fleurs roses à rouge rosé. Très tar­ dif. 50 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. chinensis taquetii ‘Purpurlanze’ (‘Purpurkerze’, ‘Purple Candles’) : fleurs colon­ naires pourpre rougeâtre. Feuillage très foncé. Résistante à la sécheresse. Tardif. 120 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. chinensis taquetii ‘Superba’ (syn. A. taquetii ‘Superba’) : fleurs magenta intenses en bouquets compacts et élancés. Feuillage teinté de rouge. Tiges solides brunes. Le nom est bien choisi, car c’est une variété superbe ! Tardif. 120 cm x 90 cm. Zone 4 (3). A. chinensis ‘Veronica Klose’ : fleurs rose foncé, parfois rougeâtres. Feuillage vert clair. Croissance compacte. Mi-saison/tardif. 45 à 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). 180 | Vivaces

A. chinensis ‘Vision in Red’ : malgré son nom, il n’est pas rouge, mais rose pourpre foncé à reflets rougeâtres. Fleurs parfumées. Tiges rouges et feuillage foncé et bronzé. Mi-saison/tardif. 40 à 45 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. chinensis ‘Visions’ : l’une des meilleures introductions récentes, notamment à cause de sa très longue floraison (presque deux mois !). Les nouvelles feuilles sont vert moyen, mais les feuilles matures sont bronzées. Fleurs plus denses que la plupart des astilbes, rose pour­pré et délicieusement parfumées. La floraison prolongée couvre deux saisons : mi-saison et tardif, commençant chez moi vers la fin de juillet pour se terminer au début de sep­tem­bre. Notez que la floraison des jeunes plants est moins persistante ; cette « floraison pro­lon­gée » était surtout notable sur les plants bien établis. Enfin, ‘Visions’ est plus résistant à la séche­resse que la plupart des astilbes ; une autre coche en sa faveur. Mi-saison/tardif. 40 à 45 cm x 20 cm. Zone 4 (3). A. x crispa ‘Liliput’ : Les A. x crispa sont ainsi appelés à cause de leurs feuilles un peu tor­dues. Ces toutes petites astilbes font d’excellents compagnons pour les hostas nains. ‘Liliput’ forme une masse basse de feuilles rougeâtres. Fleurs rose saumon. Croissance lente. Mi-saison. 20 cm x 20 cm. Zone 4 (3). A. x crispa ‘Perkeo’ : fleurs rose foncé sur des tiges courtes. Feuilles vert très foncé. Crois­sance lente. Mi-saison. 20 cm x 23 cm. Zone 4 (3). A. ‘Darwin’s Margot’ (A. x arendsii) : fleurs rouge grenat très denses. Feuillage vert foncé luisant. Hâtif. 50 cm x 30 cm. Zone 4 (3). A. ‘Deutschland’ (A. hybride japonica) : fleurs blanches parfumées. Hâtif/mi-saison. 45 cm x 30 cm. Zone 4 (3). A. ‘Diamant’ (syn. ‘Diamond’) (A. x arendsii) : fleurs blanc pur en pani­cu­ les étroites. Hâtif. 60 à 90 cm x 60 cm. Zone 4 (3).

Astilbe ‘Diamant’

A. ‘Dunkellachs’ (syn. ‘Dark Sal­ mon’) (A. hybride simplicifolia) : fleurs rose sau­mon. Feuillage cuivré lui­ sant. Mi-sai­son/tardif. 35 cm x 30 cm. Zone 4 (3). Vivaces | 181

Astilbe

A. chinensis ‘Vision in Pink’ : panicules denses rose pâle un peu parfumées. Une cer­ taine résistance à la sécheresse. Mi-saison. 45 à 50 cm x 45 à 50 cm. Zone 4 (3).

Astilbe

A. ‘Düsseldorf ’ (A. hybride japonica) : rouge cramoisi pâle. Mi-saison. 55 à 60 cm x 30 cm. Zone 4 (3). A. ‘Ellie’ (syn. ‘Ellie Van Veen’) (A. x arendsii) : fleurs plumeuses denses de couleur blanc crème. Plu­tôt que de brunir en montant en graine, elles deviennent vertes. Feuillage vert moyen. Mi-saison. 65 à 80 cm x 50. Zone 4 (3). A. ‘Europa’ (syn. A. ‘Europe’) (A. hybride japonica) : épis denses rose pâle. Très florifère. Hâtif. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Fanal’ (A. x arendsii) : une classique ! Panicules étroites rouge foncé, feuillage très rouge au printemps, vert un peu bronzé l’été. Hâtif/mi-saison. 55 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Federsee’ (syn. A. ‘Catherine Deneuve’) (A. hybride japonica) : fleurs rose car­ min très plumeuses. Tolère mieux la sécheresse que la plupart des astilbes. Mi-saison. 60 à 75 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Feuer’ (syn. ‘Fire’) (A. x arendsii) : panicules étroites de fleurs rouge carmin. Tar­ dif. 80 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Gloria’ (syn. ‘Glory’) (A. x arendsii) : fleurs rose foncé. Hâtif/mi-saison. 80 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. ‘Glut’ (syn. ‘Glow’) (A. x arendsii) : fleurs rouge foncé en épis étroits et plumeux. Feuillage bronzé au début, puis vert. Tardif. 90 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. ‘Gnom’ (syn. ‘Gnome’) (A. hybride simplicifolia) : petite astilbe à fleurs rose pâle. Feuil­lage rougeâtre. Excellente astilbe pour la rocaille. Mi-saison. 30 cm x 23 cm. Astilbe ‘Irrlicht’ Zone 4 (3). A. ‘Granat’ (syn. ‘Garnet’) (A. x arendsii) : fleurs rouge gre­ nat. Feuil­lage bronzé au début, puis vert. Mi-saison. 80 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. ‘Hennie Graafland’ (A. hy­bri­ de simplicifolia) : fleurs rose rou­ geâtre. Feuillage bronzé. Mi-saison. 30 cm x 30 cm. Zone 4 (3). 182 | Vivaces

A. ‘Köln’ (A. hybride japonica) : fleurs rose foncé. Hâtif. 50 cm x 40 cm. Zone 4 (3). A. ‘Maggie Daley’ : rose pourpré. Feuillage vert foncé luisant. Mi-saison. 75 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Mainz’ (A. hybride japonica) : fleurs rose lilas, presque violettes. Hâtif/mi-saison. 70 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Moerheimii’ (syn. ‘Moerheim’) (A. hybride thunbergii) : plumes blanches arquées. Mi-saison. 120 à 150 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. ‘Montgomery’ (A. hybride japonica) : fleurs rouge foncé. Feuillage bronzé joliment découpé. Mi-saison. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Peaches and Cream’ : plumes blanches teintées rouges ou roses teintées blanches, selon les conditions. Mi-saison. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Professor van der Wielen’ (A. hybride thunbergii) : hautes tiges de plumes blan­ ches gra­cieu­ses un peu pendantes. Excellente fleur coupée. Mi-saison. 120 cm x 90 cm. Zone 4 (3). A. ‘Queen of Holland’ (A. hybride japonica) : fleurs blanches. Hâtif. 60 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. ‘Red Sentinel’ (hybride japonica) : fleurs rouge vif, tiges rouges. Feuillage vert foncé teinté rouge. Mi-saison. 65 à 80 cm x 45 cm. Zone 4 (3). Astilbe ‘Rheinland’

Vivaces | 183

Astilbe

A. ‘Irrlicht’ (A. x arendsii) : fleurs blan­ches teintées de rose. Hâtif/mi-sai­son. 60 à 75 cm x 45 cm. Zone 4 (3).

Astilbe

A. ‘Rheinland’ (syn. ‘Rhineland’) (hybride japonica) : fleurs rose clair très plumeuses. Hâtif/mi-saison. 50 cm x 35 cm. Zone 4 (3). A. ‘Rock and Roll’ (A. x arendsii) : beau contraste entre les fleurs plumeuses blanc pur et les feuilles et tiges rougeâtres. Mi-saison. 60 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. x rosea ‘Peach Blossom’ : variété classique : l’astilbe rose le plus courant. Plumes rose saumon. Hâtif. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. simplicifolia (astilbe à feuilles simples) : on offre souvent des cultivars (‘Sprite’, ‘Aphrodite’, etc.) sous le nom d’A. simplicifolia, mais en fait l’espèce est très rarement cultivée (personnellement je ne l’ai jamais vu !) et il est d’ailleurs très original, car ses feuilles, comme le nom le suggère, ne sont nullement découpées, mais ovales avec des marges bien découpées. Ce que l’on voit plutôt, ce sont des hybrides de A. simplicifolia. Les hybrides ont tout perdu du feuillage simple d’origine, mais ont conservé parfois la petite taille de l’espèce. Mi-été. 30 à 45 cm x 30 cm. Zone 4 (3). A. ‘Snowdrift’ (A. x arendsii) : fleurs blanc pur. Feuillage vert vif. Mi-saison. 30 cm x 30 cm. Zone 4 (3). A. ‘Spinell’ (A. x arendsii) : belle grande astilbe aux fleurs rouge très foncé. Feuillage très bronzé au printemps, vert rougeâtre l’été. Mi-saison/tardif. 60 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Sprite’ (A. hybride simplicifolia) : vivace de l’année pour 1994. Fleurs rose très pâle, presque blanches devenant d’un beau brun rouille en séchant. Tardif. 50 cm x 50 cm. Zone 4 (3). A. ‘Straussenfeder’ (syn. ‘Ostrich Plume’) (A. hybride thunbergii) : variété classique ! Grandes plumes ouvertes de fleurs rose saumon. Performance solide. Mi-saison/tardif. 90 à 110 cm x 60 cm. Zone 4 (3). A. ‘Washington’ (A. hybride japonica) : fleurs blanches. Hâtif. 70 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Weisse Gloria’ (‘White Glory’) (A. x arendsii) : fleurs blanches. Tardif. 80 cm x 45 cm. Zone 4 (3). A. ‘Zuster Theresa’ (syn. ‘Sister Theresa’) (A. x arendsii) : variété assez courte aux fleurs rose saumon denses et duveteuses. Hâtif/mi-saison. 40 à 45 cm x 40 à 50 cm. Zone 4 (3).

184 | Vivaces

Astilboïde

Si vous avez de l’espace, si votre sol est bien humide et si vous aimez les feuillages gigantesques, voici un excellent choix. Les feuilles caduques de cette plante peuvent atteindre jusqu’à 60 cm de diamètre et s’élever à plus de 1 m de hauteur, surtout dans un lieu assez humide et légèrement ombragé. La feuille est presque ronde, mais découpée sur le bord. Curieusement, l’épais pétiole qui retient la feuille y est soudé presque en son centre (on dit que la feuille est « peltée »), ce qui fait penser à un parapluie… ou peut-être à une table, puisque c’est le sens de tabularis. D’ailleurs, c’est cette feuille peltée qui distingue cette plante de ses pro­ches parents, les rodgersias (Rodgersia spp., page 351), aux feuilles palmées ou pennées. On comprend le sens de son nom de genre, Astilboides, quand on le voit fleurir. La très haute tige florale à 1,2 à 1,8 m produit de denses grappes plumeuses agré­men­ tées de petites fleurs blanc crème qui ressemblent à celles de l’astilbe.

Astilboides tabularis

Astilboides tabularis Nom botanique : Astilboides tabularis, anc. Rodgersia tabularis Famille : Saxifragacées Hauteur (feuillage) : 90 à 100 cm Hauteur (fleurs) : 140 à 180 cm Largeur : 90 à 120 cm Exposition : Sol : humide mais bien drainé, riche en matière organique Floraison : mi-été Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, haies, massifs, plates-bandes, arrière-plans, sousbois, pentes, lieux humides, fleurs coupées, fleurs séchées Associations : grandes fougères, ligulaires, primevères Zone de rusticité : 3

C’est une plante à croissance lente, mais sûre… à con­ di­tion de lui offrir un sol humide mais bien drainé. Elle Vivaces | 185

Astilboïde

se plaira notamment au pied d’une pente, en bordure d’un marécage ou d’un jardin d’eau… mais pas tout à fait avec son gros rhizome dans l’eau. Il semble presque indifférent à la lumi­ no­sité : on le voit surtout recommandé pour la mi-ombre et l’ombre percée de quelques rayons solaires, mais il se comporte très bien au soleil aussi, tant que l’emplacement est très humide et pas trop chaud. Dans un milieu à son goût, il grandit peu à peu et devient gigan­ tes­que. Si votre plante est de plus en plus petite d’une année à l’autre, c’est sans doute qu’elle souffre d’un sol trop sec. Il est peu dérangé par les insectes et maladies, mais les jeunes feuilles printanières sont parfois un peu trouées par les limaces. Son aire de distribution (Manchourie, Corée du Nord) témoigne de son excellente rusticité. D’ailleurs, il est à son plus beau là où les étés sont frais. On peut le multiplier par division ou sections de rhizome et il est surprenant de voir comme une si grosse plante est facile à produire par semences.

VARIÉTÉS : Il n’en existe aucune. Astilboides tabularis

186 | Vivaces

Astrance radiaire

L’astrance radiaire est une jolie plante des sous-bois et des prés européens. Sous sa forme naturelle, les inflo­ res­cences étoilées sont blanches ou roses et marquées de vert. Pour la culture, on a développé des cultivars aux couleurs plus soutenues ainsi que des cultivars à fleurs rouges. Cependant, ce qui semble être une fleur individuelle chez l’astrance n’en est pas une, mais plutôt une inflorescence (des fleurs regroupées ensem­ble). Les petites « boules » portées par un pé­ di­celle sont les vraies fleurs. Ce qui semble être des péta­les sont, comme chez le poinsettia, des bractées, c’est-à-dire des feuilles colorées. Et encore comme chez le poinsettia, les bractées persistent longtemps sur la plante, car une feuille, même déguisée en pétale, dure toujours plus longtemps qu’un vrai pétale. Les brac­tées forment une collerette autour des fleurs réu­ nies dans une ombelle ouverte rappelant une pelote à épingles. Il faut presque une loupe pour voir à l’inté­ rieur des vraies fleurs de cette plante !

Astrantia major involucrata ‘Shaggy’

Astrantia major Autres noms communs : grande astrance, grande radiaire Nom botanique : Astrantia major Famille : Apiacées Hauteur : 50 à 80 cm Largeur : 45 cm Exposition : Sol : humide et riche, tolère la glaise Floraison : tout l’été Multiplication : division, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, mas­sifs, plates-bandes, sous-bois, prés fleuris, naturalisation, pentes, fleurs cou­pées, fleurs séchées, attire les papillons Associations : géraniums, cimicifuges, graminées Zone de rusticité : 3

Les inflorescences sont portées par des tiges minces mais solides, plusieurs fois ramifiées. Les tiges se Vivaces | 187

Astrance radiaire

ramifient encore et encore, et ainsi les inflorescences se succèdent tout au long de l’été, parfois jusqu’au mois de septembre. Les feuilles caduques sont attrayantes aussi, palmées, dentées, à plusieurs lobes. On dirait une étoile. Et justement, le mot « astrance » dérive du mot latin « aster » : étoile. Avec des inflorescences étoilées et des feuilles étoilées, elle mérite bien son nom. L’astrance peut se cultiver en plein soleil dans un endroit assez humide, mais elle réussit beaucoup mieux à la mi-ombre et pousse quand même relativement bien à l’ombre. Malgré tout, pour une floraison abondante et durable, c’est la mi-ombre qui convient le mieux. Au soleil, la première floraison est abondante, mais il n’y a pas de suite. À l’ombre, il y a peu de fleurs, mais surtout un beau feuillage. À la mi-ombre, la durée de la floraison est particulièrement remarquable. Si elle est de plus plantée dans un sol humide et riche en matière organique, elle peut fleurir pendant tout l’été ! L’ombre sèche ne convient pas à cette plante. Il lui faut un sol humide et de préférence riche. On peut donc la cultiver au pied des arbres, mais seulement si ce sont des arbres aux racines profondes. Un paillis épais (7 à 10  cm) aidera à maintenir le sol frais et humide. Avec le temps, la plante grossira et s’étendra grâce à ses rhizomes souterrains. Elle n’est pas vraiment envahissante à ce point de vue : la touffe grossit graduellement, voilà tout. Après 7 à 10 ans, il peut être nécessaire de la diviser pour freiner ses élans. L’astrance radiaire se ressème, notamment dans des emplacements un peu ombragés comme un sous-bois ouvert où la compétition n’est pas aussi forte qu’au plein soleil, et là elle peut être considérée comme un peu plus envahissante. Évidemment, si vous avez planté un cultivar, les semis ne seront pas fidèles au type. Si vous n’êtes pas un maniaque de cultivars spécifiques, vous pouvez laisser faire. Les couleurs se modifieront lentement : habituellement les rouges deviennent de plus en plus roses, les roses de plus en plus près du blanc. On hérite donc, avec le temps, d’un magnifique tapis multicolore. Si vous êtes puriste et que vous tenez à conserver les cultivars intacts, il ne faut pas, bien sûr, garder les plants spontanés, lesquels, même s’ils ressemblent souvent à leurs parents, sont toujours un peu différents. Un bon paillis suffit pour arrêter la majorité des semis spontanés : les astrances ne peuvent pas se ressemer quand le paillis est épais ! Les cultivars n’étant pas fidèles au type par semences, on multiplie surtout les astrances par division au printemps ou à l’automne.

188 | Vivaces

VARIÉTÉS :

A. major ‘Abbey Road’ : fleurs aux extrémités rouge marron, mais à base blanche, donc bicolore. 60  cm x 45 cm. Zone 3. A. major ‘Claret’ : rouge foncé. Tiges pourpres. 55 à 60 cm x 45 cm. Zone 3. A. major involucrata ‘Shaggy’ (syn. ‘Majorie Fish’) : grosses fleurs blanches aux ner­ vures vertes. Longue période de floraison. Mon préféré ! 80  cm x 45 cm. Zone 3. A. major ‘Lars’ : fleurs rouge foncé. Longue période de floraison. 70  cm x 45 cm. Zone 3. A. major ‘Magnum Blush’ : fleurs bicolores, rose bonbon et blanches. Très chic ! 60 à 65  cm x 45 cm. Zone 3. A. major ‘Pink Pride’ : fleurs rose clair. Floraison hâtive et longue. 60  cm x 45 cm. Zone 3. A. major ‘Rosensymphonie’ : fleurs roses, bractées argentées. Variable, car produit par semences. 60  cm x 45 cm. Zone 3. A. major ‘Rubra’ : un soi-disant cultivar, mais en fait il s’agit, comme pour la plante pré­ cédente, d’une variété produite par semences et donc très variable. Théoriquement à fleurs rouges, mais il peut tout aussi bien être rose ou blanc. 30 à 75 cm x 45 cm. Zone 3. A. major ‘Ruby Wedding’ : fleurs roses, bractées rouges. 70  cm x 45 cm. Zone 3. Astrantia major ‘Lars’

Astrantia major ‘Rosensinfonie’

Vivaces | 189

Astrance radiaire

Le choix de cultivars astrance radiaire augmente d’année en année à mesure que cette plante, autrefois obscure, gagne en popularité. Voici seulement quelques suggestions :

Astrance radiaire

A. major ‘Sunningdale Variegated’ : fleurs blanches striées de vert. Feuillage panaché de jaune au printemps, mais la panachure disparaît souvent l’été. Il a donné une variante, ‘Sunningdale Gold’, à feuillage entier jaune chartreuse au printemps, mais vert moyen l’été. 60  cm x 45 cm. Zone 3.

AUTRES ESPÈCES : A. carniolica (astrance mineure) : comme A. major, mais plus petite. Fleurs blanches teintées de vert. A. carniolica ‘Rubra’ a des bractées vertes et des fleurons rouges. Hauteur : 30 à 45 cm x 45 cm. Zone 3. A. maxima (grande astrance) : moins courante que A. major et surtout différente par sa plus grande taille et sa préférence pour le plein soleil. À l’état sauvage, l’espèce tend plutôt vers le rose (A. major tend plutôt vers le blanc), mais est néanmoins très variable. 60 à 90 x 60 cm. Zone 4. A. x (astrance hybride) : les plantes suivantes sont des hybrides de A. major et A. maxima. Déjà les deux espèces sont très semblables et vous pouvez donc vous imaginer qu’il est difficile de distinguer les espèces de leurs parents. En général, les hybrides sont de taille intermédiaire entre leurs parents, donc un peu plus grands que A. major. Surtout, ils sont stériles ou presque, et ne produisent que rarement des graines viables. Cela donne deux avantages : ils peuvent difficilement devenir envahissants et, comme aucune énergie n’est dépensée à produire des graines, leur floraison est plus durable, continuant sans peine jusqu’au début de l’automne. A. x ‘Buckland’ : fleurons roses et bractées roses à la base aux pointes argentées. 60 cm x 60 cm. Zone 3. Astrantia major ‘Magnum Blush’ A. x ‘Hadspen Blood’ : fleurs rouge foncé. Nou­velles feuilles teintées de rouge. 75  cm x 60 cm. Zone 3. A. x ‘Roma’ : fleurs rose foncé. 75 à 90 cm x 60 cm. Zone 3. A. x ‘Moulin Rouge’ : fleurs rouge foncé, brac­ tées pourpre foncé, presque noires. 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 3.

190 | Vivaces

Barbe de bouc

Une vivace qui se prend pour un arbuste ! En effet, tout de la barbe de bouc rappelle un arbuste : la taille, le port, les tiges ligneuses, même sa souche carrément faite de bois. Sauf qu’elle meurt au sol l’hiver, ce qui en fait une vivace herbacée. C’est une grande vivace occupant un vaste territoire sur les trois continents de l’hémisphère Nord. Elle est notam­ment indigène en Ontario et au Québec, bien que rare chez nous. La barbe de bouc est une plante aux grosses feuilles vert foncé bipennées ou même tri­ pen­nées avec maintes folioles dentées. Chaque feuille peut mesurer de 30 à 90 cm de longueur et, à cause de ses multiples divisions, il ne serait pas difficile de la con­fondre avec une branche. D’ailleurs, ce n’est qu’à l’automne, quand les feuilles sont tombées en laissant les tiges asséchées nues et sans ramifications, qu’on se rend compte que l’effet de densité de cette plante vient entiè­rement de son feuillage.

Aruncus dioicus

Aruncus dioicus Nom botanique : Aruncus dioicus Famille : Rosacées Hauteur : 120 à 200 cm Largeur : 120 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche Floraison : début de l’été Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, haies, platesbandes, arrière-plans, sous-bois, prés fleuris, endroits humides, fleurs coupées Associations : hostas, grandes fou­ gères, bergénias, cœurs saignants Zone de rusticité : 2

Au début de l’été, de grosses panicules plumeuses de fleurs blanc crème apparaissent à l’extrémité des bran­ches. Les fleurs mâles, portées par des plants Vivaces | 191

différents que les fleurs femelles (dioicus veut dire « qui a les organes reproducteurs mâles sur un plant et les organes femelles sur un autre »), sont davantage plumeuses que les femelles, car elles sont couvertes d’éta­mines nombreuses. Les petites Aruncus dioicus fait aussi une excellente haie. fleurs persistent plusieurs semaines, puis sèchent sur place, laissant des pédicelles avec ou sans graines (selon que le plant est femelle ou mâle), d’abord verts puis bruns. Si on les laisse sur la plante, on obtient un joli effet hivernal. Dans son ensemble, on peut dire que la barbe de bouc ressemble à une astilbe géante. Même si c’est une plante herbacée selon toutes les définitions du mot, il faut l’utiliser dans l’amé­ na­gement comme si c’était un arbuste, car elle en a la taille et la prestance. Et elle accapare autant d’espace, aussi. Prévoyez bien son emplacement avant de planter une barbe de bouc, car une fois établie, elle ne voudra plus bouger. Et calculez bien l’espace qu’elle occupera, autant en hauteur qu’en largeur. C’est toute une plante, notre barbe de bouc ! Dans la nature, la barbe de bouc pousse dans les sous-bois ouverts, aux sols riches et humides. En culture, par contre, on peut la réussir dans tous les sols et aussi bien au plein soleil qu’à l’ombre. Elle sera aussi belle dans un cas que dans l’autre, mais attention ! Sa croissance, déjà très lente, sera encore plus lente si vous la cultivez à l’ombre dense, notamment s’il y a une compétition racinaire provenant d’arbres surplombants. Attendez-vous à quatre ou cinq ans avant de voir une barbe de bouc à sa pleine grosseur dans des conditions idéales, et à deux fois plus de temps à l’ombre dense ou dans un sol sec. Une combinaison plein soleil/sol sec peut mener à un feuillage brûlé : au soleil, un paillis est toujours recommandé, à moins que le sol soit naturellement humide. Et, oui, elle tolère l’ombre sèche… mais seulement une fois établie. Si la compétition racinaire est féroce chez vous, choisissez un gros plant, paillez-le bien et assurez-vous de bien l’arroser le premier été et peut-être même le second. Par la suite… eh bien, il n’y a rien qui dérange une barbe de bouc bien établie ! N’essayez même pas de diviser ce monstre : il vous faudrait un bulldozer pour sortir la plante de terre et une scie à chaîne pour découper la motte… et j’exagère à peine. On peut la semer, mais cela retarde encore plus sa croissance. C’est une de ces plantes qu’il vaut mieux 192 | Vivaces

On peut semer la barbe de bouc, mais il faut être patient : vous en aurez pour des années à attendre qu’elle atteigne sa pleine taille. La barbe de bouc peut se ressemer en théorie… mais en pratique, on ne cultive que des clones mâles, ce qui élimine toute multiplication sexuée. La barbe de bouc est un excellent choix pour l’arrière-plan des grandes plates-bandes, pour une plate-bande d’arbustes ou comme plante-vedette dans un emplacement mi-ombragé ou humide. Elle est superbe aussi en bordure d’un jardin d’eau. Et quelle haie magnifique ! Notre plante est peu sujette aux insectes, aux maladies, aux mammifères ou à quelque problème que ce soit. Notez sa grande rusticité aussi. La plupart des références donnent une zone 4 ou 5 ; autrefois j’utilisais 3 et maintenant, à la suite de nombreux commentaires positifs des jardiniers en zone 2, je ne vois aucune difficulté à lui accorder une zone 2.

VARIÉTÉS : Personnellement, je préfère l’espèce, ce monstre sympathique qui mérite une place dans tous les terrains sauf les plus petits. Mais puisque vous cherchez de la variété… A. dioicus ‘Glasnevin’ : cultivar compact, au feuillage plus dense. Tolère mieux les sols secs. 90 cm x 60 cm. Zone 2. A. dioicus ‘Kneiffii’ : il s’agit d’un magnifique cultivar nain au feuillage extrêmement découpé et même quasi filiforme et à fleurs plus diffuses (et moins saisissantes) que l’espèce. Il peut remplacer l’érable japonais (Acer palmatum) dont la rusticité s’avère douteuse chez nous. 60 à 90 cm x 60 cm. Zone 2. A. dioicus ‘Sylvester’ : nom sans aucune véritable valeur botanique qu’on donne aux plants mâles d’A. dioicus. Et il est vrai que les fleurs des mâles sont davantage plumeuses et attrayantes que les femelles. Par contre, sauf exception, on ne trouve que des mâles d’A. dioicus

Aruncus dioicus ‘Kneiffii’

Vivaces | 193

Barbe de bouc

ache­ter. Par contre, si vous insistez pour « tout faire vous-même », il y a un truc pour la diviser sans trop de peine. Achetez un plant, plantez-le en pleine terre… puis déterrez-le et divisez-le l’année suivante. On peut en effet diviser les jeunes plants sans trop de peine ; ce sont les adultes, avec leur souche ligneuse, qui sont impossibles à diviser.

Barbe de bouc

dans le commerce de toute façon. Donc, même si votre plant s’appelle A. dioicus tout court, et non pas A. dioicus ‘Sylvester’, il est sûrement de sexe masculin. A. dioicus ‘Zweiweltenkind’ (‘Child of Two Worlds’) : autre cultivar compact, aux plumes plus pendantes que l’espèce. 90 à 120 cm x 90 cm. Zone 2.

AUTRES ESPÈCES : A. aethusifolius (barbe de bouc naine) : comme la barbe de bouc commune, mais beau­coup plus petite. Feuillage bas très découpé ; épis de fleurs blanches plus étroits et moins plu­meux. Ressemble presque plus à une astilbe qu’à une barbe de bouc ! 30 cm x 30 cm. Zone 3. A. sinensis (barbe de bouc chinoise) : très semblable à A. dioicus, mais à port plus étroit et à feuillage un peu bronzé. Ne semblant pas avoir été testé dans nos régions, il est peutêtre plus rustique que ce qui est indiqué. 150 cm x 120 cm. Zone 4. A. x (barbe de bouc hybride) : depuis peu de temps, on commence à offrir des hybri­ des de A. dioicus et d’autres espèces. A. ‘Misty Lace’ : issu d’un croisement entre A. dioicus et A. aethusifolius et d’apparence et de taille nettement intermédiaires. Feuilles plus petites et plus divisées que A. dioicus. Épis plus étroits. Un bon choix si vous aimez la barbe de bouc et que vous n’avez pas assez d’es­pace pour la cultiver. 60 à 90 cm x 75 cm. Zone 3. A. ‘Southern White’ : issu d’un croisement similaire à ‘Misty Lace’ et essentiellement iden­tique à lui. Sélection plus résistante à la chaleur. 60 à 90 cm x 75 cm. Zone 3. Aruncus aethusifolius

194 | Vivaces

Bergenia à feuilles en cœur Tout d’abord, sachez que je re­grou­ pe sous le nom « bergenia à feuil­les en cœur » le vrai bergenia à feuil­ les en cœur, soit B. cordifolia, et ses nombreux hybrides de B. crassifolia et B. purpurascens. Déjà les trois espèces se ressemblent et quand on se met à les croiser, les distinctions deviennent superflues. Pour les puristes, j’essaierai plus loin de démêler les « vrais » des hybri­des dans les descriptions indi­viduelles. Pour l’instant, cependant, allons-y comme s’il s’agissait d’une seule et même plante. Le bergenia est une plante rela­ti­ve­ ment basse dont la caractéristique la plus visible est le feuillage. Ses feuilles sont grosses, arrondies ou plu­ tôt en forme de pagaie, lisses, vert foncé et très char­ nues. Si elles avaient été un peu bleutées, on aurait dit des feuilles de chou ! L’automne, les feuilles, qui sont persistantes, deviennent partiellement ou entiè­ rement rouges ou pourpres pour reverdir au prin­ temps. Certaines ont une marge pourprée en tout temps. Les feuilles sont regroupées dans des rosettes plutôt lâches. Une tige florale épaisse, rougeâtre, quelque peu rami­ fiée et relativement courte (30 à 50  cm) s’élève de cha­que rosette de feuilles, portant quelques dizaines de fleurs à cinq pétales habituellement rose vif, mais par­fois rouges, pourpres ou blanches. La saison de flo­raison normale est le printemps ; d’ailleurs, ils fleu­ ris­sent si tôt qu’il n’y a presque que des bulbes pour les accom­pagner. Heureusement que les fleurs, même épanouies, résistent au gel, car c’est le lot des plantes

Bergenia ‘Morgenröte’

Bergenia cordifolia Autres noms communs : bergénie, bergenia cordé, plante des savetiers Nom botanique : Bergenia cordifolia et ses hybrides Famille : Saxifragacées Hauteur : 30 à 50 cm Largeur : 30 à 90 cm Exposition : Sol : tous les sols sauf les plus détrempés Floraison : printemps (parfois remontant) Multiplication : semences, bouturage de racines, division Utilisation : bordures, couvre-sols, mas­ sifs, rocailles, murets, plates-bandes, sous-bois, pentes, endroits humides, fleurs coupées, feuillages coupés Associations : brunnera, hellébores, bulbes à floraison printanière Zone de rusticité : 2

Vivaces | 195

qui fleurissent tôt au printemps. Il y a aussi certains cultivars, dits remontants, qui refleurissent, l’automne assurément, et parfois aussi durant l’été.

Bergenia ‘Bressingham Purple’ donne l’exemple de la coloration hivernale de certains bergenias.

Voilà ce que l’on voit bien. Ce qu’on voit moins bien est la grosse tige rampante très épaisse qui court sur le sol, cachée par le feuillage et le paillis. Des tiges secon­ daires sortent de la première tige, et ainsi les ber­genias réussissent à couvrir le sol dans leur sec­teur. Il ne faut toutefois pas les considérer comme envahissants, car ils avancent lentement, imper­cep­ti­ble­ment, jusqu’à ce que vous vous rendiez compte qu’ils sont en train de gagner toute la plate-bande ! Heu­reu­se­ment, il est facile de les remettre à leur place en cou­pant les sec­ tions excédentaires.

Les Européens appellent parfois le bergenia la plante des savetiers (i.e. des cordonniers), car la feuille est si épaisse et si grosse qu’on a l’impression de pouvoir en faire une semelle de botte !

Il n’y a probablement aucune vivace qui soit adaptée à une plus vaste gamme de conditions que le bergenia. Il peut pousser sous les tropiques et au delà du cercle arctique, au soleil ou à l’ombre, dans les sols riches ou pauvres, etc. Il préfère toutefois les sols moyennement humides, assez riches, et une exposition mi-ombragée. Au plein soleil dans le sud du Québec, les feuilles peuvent brûler un peu en période de sécheresse. Et si la plante est exposée aux vents hivernaux, les feuilles peuvent être aussi endommagées. Cela n’empêche pas la floraison, et la plante récupère bien avec le retour des beaux jours, mais il n’en reste pas moins vrai que vous serez plus satisfait des résultats si vous le plantez là où la neige s’accumule. Ainsi, c’est l’une de ces plantes qui réussit souvent mieux dans le nord, là où la couche de neige est fiable, que dans les régions du sud du Québec, où la neige n’est pas toujours au rendez-vous. Saviez-vous qu’on peut faire chanter les bergenias ? J’ai appris à le faire étant enfant. On crache sur une feuille, on la serre entre le pouce et l’index et on tire rapidement. La feuille émettra un cri de cochonnet !

Le bergenia a la réputation de pousser à l’ombre et c’est vrai. Par contre, pour une bonne flo­raison, la mi-ombre ou le soleil sont nécessaires. L’entretien des bergenias frise le zéro absolu. Il peut toutefois être nécessaire de rabattre les tiges rampantes trop longues après une dizaine d’années. 196 | Vivaces

Le bergenia est un excellent choix pour les grosses rocailles et les jardins de sous-bois, ainsi que pour les murets, d’où il va même, avec le temps, retomber en cascade. Évidemment, il est superbe en couvre-sol et se naturalise bien dans les sous-bois ouverts. Ou essayez-le en massif. Les fleurs et les feuilles sont très jolies dans les bouquets. Enfin, le bergenia semble peu sujet aux insectes et aux maladies et même les cerfs de Virginie le boudent. Cependant, on note parfois des dommages mineurs causés par des charançons qui percent des trous dans la marge des feuilles. Pour les contrôler, bonne chance, car l’insecte est actif la nuit et nous faisons habituellement les vaporisations le jour ! Toutefois, une application ou deux de nématodes bénéfiques (qui eux sont actifs la nuit !) pourraient en venir à bout.

VARIÉTÉS : Peu de cultivars du véritable B. cordifolia sont encore disponibles : j’en décris deux ici. Au con­traire, la plupart des bergenias vendus sont d’origine hybride. D’ailleurs, il existe telle­ment de cultivars qu’il serait difficile d’en faire une liste complète ; aussi je me suis con­tenté de souligner quelques variétés qui sont soit plus facilement disponibles soit plus intéressantes. B. ‘Abendglut’ (‘Evening Glow’) : feuillage un peu rougeâtre l’été, pourpre l’hiver. Fleurs semi-doubles rouge foncé. Port plutôt prostré. 25 à 30 cm x 30 cm. Zone 2. B. ‘Baby Doll’ : petite variété à croissance lente. Petites feuilles pourpre foncé l’hiver. Fleurs rose pâle. 30 cm x 30 cm. Zone 2. B. ‘Ballawley’ : variété couvre-sol à grosses feuilles vert luisant allant jusqu’à 30 cm sur 20 cm. Fleurs magenta… mais peu nombreuses. 60 cm x 90 cm. Zone 2. B. ‘Bressingham Bountiful’ : feuillage parfois marginé de rouge l’été, pourpré l’hiver. Tiges florales rouges très ramifiées. Fleurs rose vif. 30 cm x 40 cm. Zone 2. B. ‘Bressingham Ruby’ : feuillage bronzé l’été, pourpre l’hiver. Fleurs rose intense. 35 à 45 cm x 45 cm. Zone 2. Vivaces | 197

Bergenia à feuilles en cœur

Pour les fins de multiplication, on peut diviser les plants au printemps ou à la fin de l’été ou tout simplement trancher une longue tige en sections de 3 ou 4 cm et les déposer à l’ho­ rizon­tale sur le sol, en les couvrant légèrement de paillis : de nouvelles pousses sortiront len­ te­ment mais sûrement. Les espèces peuvent être aussi facilement multipliées par semences, mais pas les cultivars, car ils ne sont pas fidèles au type.

Bergenia à feuilles en cœur

B. ‘Bressingham Salmon’ : fleurs rose saumon. Feuillage long et étroit, teinté de rose ou de pourpre l’hiver. Floraison tardive. 30 cm x 45 cm. Zone 2. B. ‘Bressingham White’ : grosses feuilles. Fleurs blanches. 60 cm x 75 cm. Zone 2. B. cordifolia ‘Purpurea’ : le bergenia classique, utilisé par des générations de jardiniers. Fleurs rose foncé, presque rouges. Feuillage pourpré l’hiver. 45 cm x 60 cm. Zone 2. B. cordifolia ‘Redstart’ : rouge rosé vif. Bonne coloration hivernale. 30 cm x 30 cm. Zone 2. B. ‘Eroica’ : feuillage typique du genre, mais fleurs rose vif plus durables. Fleurit bien même à l’ombre profonde. 30 à 45 cm x 45 à 60 cm. Zone 2. B. ‘Lunar Glow’ : nouvelles feuilles jaunes, devenant vertes l’été et rouge vin l’hiver. Fleurs roses. 30 à 60 cm x 40 cm. Zone 2. B. ‘Pink Dragonfly’ : petite variété à feuilles étroites, pourpre vif l’hiver. Beaucoup de fleurs rose vif. 30 cm x 40 cm. Zone 2. B. ‘Profusion’ : feuillage arrondi. Fleurs roses. 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 2. B. ‘Rotblum’ : feuillage vert foncé, teinté de rouge l’hiver. Fleurs rouge pourpré. 30 à 45 cm x 45 cm. Zone 2. B. ‘Silberlicht’ (‘Silver Light’) : fleurs blanches devenant roses. Grosses feuilles. 30 à 45 cm x 60 cm. Zone 2. B. ‘Solar Flare’ : feuillage panaché de jaune, surtout à la marge. Devient vert en été. Fleurs roses. 30 à 60 cm x 45 cm. Zone 2. Bergenia ‘Silberlicht’

198 | Vivaces

Bergenia ‘Bressingham White’

B. ‘Wintermärchen’ (‘Winter’s Tale’) : feuilles assez petites, plutôt pointues. Certaines feuilles sont entièrement rouges l’hiver. Fleurs rose foncé. 35 cm x 35 cm. Zone 2.

VARIÉTÉS REMONTANTES : Voici l’un des secret les mieux gardés du monde horticole : plusieurs bergenias sont remontants, c’est-à-dire qu’ils refleurissent une fois dans la saison. Habituellement, ils refleu­rissent l’automne, mais parfois aussi en été. Dans une colonie d’une bonne variété remontante, comme ‘Morgenröte’, il y a d’ailleurs presque toujours quelques fleurs, de la fonte des neiges à leur retour l’hiver suivant. Dans les pays plus tempérés, il peut même y avoir des fleurs à l’année. Curieusement, les marchands qui vendent ces plantes ne font en général aucune mention de ce détail et semblent surpris quand je le leur souligne. Je trouve leur ignorance bien bizarre, car c’est un trait des plus intéressants. D’ailleurs, j’ai découvert le pot aux roses par acci­dent, en remarquant d’abord que certains bergenias refleurissaient chez moi, puis en fai­sant des recherches sur le sujet. Même mes livres de référence habituellement les plus fia­bles n’en font aucune mention, mais certaines publications obscures, notamment de lan­gue allemande, discutent du phénomène. Ainsi, j’ai découvert que certains hybrideurs ont spécifiquement travaillé à faire ressortir ce trait. Voici quelques variétés remontantes intéressantes : B. cordifolia ‘Tubby Andrews’ : j’ai acheté ce bergenia parce que son feuillage est panaché (bico­lore) ; d’ailleurs, c’était à l’époque le seul ayant cette caractéristique. Dans les photos des catalogues, la pana­ Bergenia ‘Solar Flare’ chure – des striu­res jau­nes de lar­geur variable – est remar­qua­ ble, mais dans le jardin, elle est très diffuse et peu visible. Seu­les cer­tai­nes feuilles sont assez pana­ chées pour que l’on puisse les remar­­quer. J’étais donc déçu… jus­­qu’à ce que je découvre que la plante fleurit au moins deux fois par année, au prin­temps et à l’au­tomne, et parfois même l’été. Vivaces | 199

Bergenia à feuilles en cœur

B. ‘Sunningdale’ : feuillage rehaussé de magenta l’hiver. Tiges florales rouge corail, fleurs rose carmin. 45 cm x 45 cm. Zone 2.

Bergenia à feuilles en cœur

C’est donc une plante fort inté­ressante… mais pas pour les raisons pour lesquelles on la vend ! 25 à 45 cm x 55 cm. Zone 2. B. ‘Herbstblute’ (syn. ‘Autumn Glory’, ‘Autumn Magic’) : le plus fiable des bergenias remontants : floraisons abondantes tous les printemps et tous les automnes, plus légères et plus sporadiques l’été. Fleurs rose vif. 45 à 50 cm x 60 cm. Zone 2. B. ‘Morgenröte’ (syn. ‘Morning Red’) : bergenia classique qui refleurit assez fidèlement l’automne et parfois aussi l’été. Fleurs rouge carmin. 35  cm x 40 cm. Zone 2. B. ‘Purpurglocken’ (syn. ‘Purple Bells’) : fleurs rouge pourpré riche, en forme de cloche. Fleurit au printemps et à l’automne. Feuilles plus grosses que l’espèce. 40 cm x 50 cm. Zone 2. B. ‘Rosi Ruffles’ : fleurs rose rosé au printemps, à l’automne et parfois l’été. Feuilles fortement dentées et aussi légèrement ondulées, mais pas autant que le nom le suggère. 30 cm x 40 cm. B. ‘Winterglut’ (‘Winterglow’) : fleurs rose vif. Floraison au printemps et à l’automne, parfois l’été. 30 à 45  cm x 60 cm. Zone 2.

AUTRES ESPÈCES : D’accord, B. cordifolia et ses hybrides occupent la part du lion sur le marché, mais il y a d’autres bergenias d’intérêt. En voici quelques-uns. B. ciliata (bergenia cilié) : espèce très originale chez un genre essentiellement com­ posé  de plantes à feuilles lisses, car celles du bergenia cilié, comme le nom le suggère, Bergenia ciliata

200 | Vivaces

Bergenia ‘Morgenröte’ fleurit deux fois par année.

B. crassifolia (bergenia à feuilles charnues) : presque un sosie de B. cordifolia. Les feuil­ les sont toutefois un peu plus allongées, voilà l’essentiel. Feuilles devenant pourprées l’hiver. Fleurs rose vif assez typiques, mais plus hâtives encore : il fleurit parfois quand il y a encore de la neige dans les parages. Beaucoup des bergenias hybrides contiennent des gènes de B. crassifolia. 30 à 45 cm x 30 cm. Zone 2. B. purpurascens (bergenia pourpre) : encore un sosie de B. cordifolia et encore une plante très utilisée dans le développement des nombreux bergenias hybrides. C’est lui qui a donné la belle coloration hivernale à bien des hybrides, car son feuillage devient entièrement rouge pourpré l’hiver. Fleurs rose vif sur une tige magenta. 35 cm x 30 cm. Zone 2. B. stracheyi (bergenia de Strachey) : espèce de petite taille. Fleurs blanches à roses sur une tige compacte. Bon choix pour une petite rocaille. 15 à 30 cm x 15 à 30 cm. Zone 3.

Bergenia crassifolia

Vivaces | 201

Bergenia à feuilles en cœur

sont ­cou­vertes de poils. Avec sa belle rosette très symétrique et ses feuilles vert foncé à la marge un peu ondulée, il ressemble à une violette africaine… du moins quand il n’est pas en fleurs, car ses fleurs rose très pâle ou même blanches sur des tiges pourprées sont typiques des ber­genias. Sa disponibilité est présentement faible et il n’a pas encore été testé au Québec pour autant que je sache. Une recherche préliminaire indique une zone de rusticité de seule­ment 6… mais aussi que cette plante est habituellement couverte de neige tout l’hiver dans ses Himalayas natals. Peut-être s’agirait-il d’une de ces plantes qui, comme tant de bergenias, réussit mieux dans le Nord, où la neige est fiable, que dans le sud-ouest du Québec où elle ne l’est pas ? L’avenir le dira ! Une chose est certaine, j’ai hâte de l’essayer. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone incertaine.

Brunnera

Brunnera macrophylla

Brunnera macrophylla Autres noms communs : myosotis du Caucase, buglosse de Sibérie Nom botanique : Brunnera macrophylla Famille : Boraginacées Hauteur : 40 à 50 cm Largeur : 40 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche Floraison : fin du printemps au début de l’été Multiplication : semences, bouturage de racines, division Utilisation : bordures, couvre-sols, mas­ sifs, rocailles, murets, plates-bandes, sous-bois, pentes, fleurs coupées Associations : épimèdes, trolles, ficaires Zone de rusticité : 3

202 | Vivaces

Celui qui voit le brunnera au prin­ temps le prend généralement pour un myosotis, car au-dessus d’une masse de petites feuilles ovales, ses tiges portent de nombreuses petites fleurs bleu ciel, exactement de la même taille et de la même cou­leur que celles du très popu­ laire myo­sotis (« forget-me-not »), qui est d’ailleurs un proche parent. Tou­te­fois, au moment même où la flo­rai­son arrive à sa fin, donc au début de l’été, une toute nouvelle feuil­lai­son commence. Des feuilles beau­coup plus grosses, en forme de cœur, com­men­cent à appa­raître. Elles for­ment une rosette au-dessus du sol, et à ce stade, la plante pourrait presque passer pour un hosta. Cette forme durera le reste de l’été et disparaîtra avec les gels d’automne. Je n’ai aucune difficulté à recommander les brunneras aux jardiniers paresseux, tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas pour tout le monde. C’est que leur besoin d’une bonne humidité du sol est absolu. Si la terre chez vous s’assèche un peu l’été, cette plante n’a pas sa place dans votre jardin. Et un bon drainage est nécessaire, c’est-àdire que les racines ne peuvent pas toujours tremper dans l’eau non plus. Malgré tout, cette plante se plaît dans les « coins humides », comme près d’un ruisseau ou d’un étang, au pied d’une pente ou à n’importe quel endroit où l’humidité du sol est plus élevée que la moyenne. Je ne veux pas dire que la plante ne peut tolérer aucune sécheresse, mais il fau­drait qu’elle soit occasionnelle et peu profonde, car autre­ment le feuillage brunit en plein été, ce qui n’est guère agréable à voir.

Côté ensoleillement, le brunnera est de ce groupe de plantes qui aiment recevoir le plein soleil au printemps, puis passer l’été à l’ombre ou à la mi-ombre. Un emplacement sous des arbres à feuilles caduques lui convient donc à merveille… mais attention, pas sous n’im­ porte quels arbres à feuilles caduques, car on se rappelle qu’il préfère un sol humide. Il sera à son mieux sous des arbres à racines profondes qui ne viendront pas voler sa précieuse humi­dité (page 81). Il réussit quand même très, très bien dans les emplacements qui sont à la mi-ombre à l’année et tolère les sites toujours ombragés, où sa croissance sera toutefois plus lente et sa floraison moins abondante. La question du « plein soleil » est plus délicate. Dans les livres, on affirme souvent qu’il ne sup­porte pas le soleil. Faux. Dans le Nord (où sans doute vous vivez, ce livre ne vise quand même pas les jardiniers du Deep South), le soleil est naturellement moins intense et il n’y a pas de danger qu’il « brûle » le feuillage fragile du brunnera… du moins tant que le sol reste humide. Et voilà que nous revenons au point de départ. Ce que le brunnera aime surtout est un sol frais et humide et tant que vous êtes capable de le lui assurer, vous aurez du succès. Une fois que vous avez réglé les questions d’humidité et d’ensoleillement, il reste peu à dire. Le brun­nera est si facile quand on lui donne les conditions culturales qu’il lui faut ! Vous ver­ rez que la touffe d’origine s’élargira peu à peu, créant avec le temps une belle talle qui peut un jour couvrir quelques mètres carrés. Mais on ne peut guère le traiter d’envahissant, et vous pouvez mettre fin à ses élans en coupant les parties excédentaires. Aussi, le brunnera se plaît à se ressemer. L’espèce est bien sûr fidèle au type, mais les variétés à feuillage très argenté dégénèrent, retournant à une forme seulement légèrement tachetée d’argent. Quant aux variétés panachées de blanc, elles ne donneront que des semis à feuillage entièrement vert. Enfin, pas de ménage automnal avec cette plante ! Ce n’est pas que je mette sa rusticité en doute, mais la plante a évolué en utilisant ses propres feuilles comme protection hivernale. En enle­vant les feuilles « pour faire plus propre », vous pouvez le tuer ! S’il y a du ménage à faire (habi­tuellement il n’y en a pas, car rendu au printemps, ses anciennes feuilles sont aux trois quarts décomposées), c’est au printemps. Compris ? Enfin, le brunnera est peu vulnérable aux insectes, aux autres prédateurs et aux maladies. Les lima­ces en surnombre peuvent toutefois faire quelques dégâts et il est parfois nécessaire de les contrôler. Vivaces | 203

Brunnera

La plante aime un sol riche en matières organiques. Il va de soi que des apports annuels en compost sont utiles… à moins que vous ne posiez à son pied un paillis de matières orga­ni­ ques (feuilles déchiquetées, écailles de cacao, paillis forestier, etc.) ; vous combleriez alors ses deux besoins : le paillis gardera tout naturellement le sol plus humide et, en se décom­ posant, enrichira le sol en compost. D’une pierre deux coups !

Brunnera

VARIÉTÉS : Il existe trois espèces de Brunnera, mais seul B. macrophylla est couramment disponible. La for­ me normale de cette plante est à feuilles entièrement vertes, mais plusieurs cultivars sont pana­ chés ou argentés. D’ailleurs, ces formes sont désormais plus populaires que la forme verte. B. macrophylla ‘Betty Bowring’ : feuillage vert, fleurs blanches. Ses feuilles sont plus gros­ses que celles des autres brunneras et la plante est plus haute. Pas très vigoureux. 40 à 60 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Emerald Mist’ : une nouveauté montrant des taches argentées con­ cen­trées sur la marge, mais qui s’étendent vers le centre de la feuille. Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Gold Strike’ : production canadienne. Feuillage entièrement jaune au prin­temps, jaune marqué et strié de vert l’été. Luit dans un coin d’ombrage ! Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Gordano Gold’ : feuillage entièrement vert au printemps, devenant mar­bré de jaune l’été. Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Hadspen Cream’ : feuillage vert marbré de jaune crème, puis blanc crème. Il serait un peu plus vigoureux que ‘Variegata’ auquel il ressemble fortement, mais est beaucoup moins disponible dans le commerce. Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Jack Frost’ : feuilles presque entièrement couvertes d’argent. Seuls les ner­ vu­res primaires et secondaires ainsi qu’un peu du limbe environnant sont verts. Même les jeu­nes feuilles du printemps sont passablement argentées, mais l’effet est sur­tout remarqua­ ble quand les grandes feuilles estivales sortent. Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘King’s Ransom’ : une mutation de ‘Jack Frost’ avec le même feuillage argenté aux nervures vertes, mais avec, de plus, une marge irrégulièrement panachée de blanc crème. Un peu plus compact que les autres brunneras. Fleurs bleues. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Langtrees’ (syn. ‘Aluminium Spot’) : c’est le plus ancien des brunneras argen­tés. Il se caractérise par des taches argentées assez espacées et uniquement à la marge des feuilles. Il est à l’origine des autres brunneras panachés. Quand ces derniers se ressèment, ils donnent d’ailleurs des plants assez semblables à ‘Langtrees’. Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. 204 | Vivaces

Brunnera macrophylla ‘Variegata’

Brunnera macrophylla ‘Jack Frost’

B. macrophylla ‘Looking Glass’ : encore une mutation de ‘Jack Frost’ et cette fois le plus argenté des brunneras à ce jour. Tout le limbe est argenté, seules les nervures principales sont vertes, traçant quelques minces lignes vertes dans un paysage argent. Il est un peu moins vigoureux que ‘Jack Frost’ et surtout ses feuilles s’enroulent vers le bas en été, ce qui n’est pas, à mon avis, très intéressant. Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Marley’s White’ : semblable à ‘Betty Bowring’ par ses fleurs blanches et son feuillage vert, mais un peu plus petit et plus robuste. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Silver Wings’ : son feuillage est davantage tacheté d’argent que ‘Lang­ trees’, mais l’argenté demeure sur la marge de la feuille ; le centre est entiè­rement vert. Assez semblable à ‘Emerald Mist’. Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Smith’s Gold’ : feuillage vert à marge jaune irrégulière. On dirait un hosta ! Fleurs bleues. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Spring Yellow’ : paraît identique à ‘Gold Strike’. Il s’agit peut-être d’une muta­tion semblable. Cela ne veut pas dire que les deux plantes sont de vigueur iden­ tique : il fau­drait faire des essais côte à côte pour voir s’il y a une différence. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. B. macrophylla ‘Variegata’ : le brunnera panaché classique. Ses feuilles sont fortement mar­brées de blanc, de gris et de vert, et ses fleurs sont bleu ciel. Une très belle plante, mais sa panachure l’affaiblit. Il n’est pas aussi vigoureux que l’espèce, et d’ailleurs il tend à dispa­ raî­tre avec le temps. Aussi, à moins que l’humidité du sol ne soit constante et qu’il ne soit cul­tivé bien à l’abri du vent, la partie panachée de la feuille brunit l’été, ce qui diminue son attrait. Dans un milieu convenable, il est très beau, mais dans des conditions marginales, préférez-lui un autre brunnera. La plante vendue sous le nom de ‘Dawson’s White’ est très semblable sinon identique à ‘Variegata’. 40 à 50 cm x 40 cm. Zone 3. Vivaces | 205

Caulophylle faux-pigamon Une beauté subtile : c’est ainsi que je présenterais le caulophylle fauxpiga­mon. Il n’a pas la floraison flam­ boyante de tant d’autres plantes à floraison printanière, mais il a un joli feuillage et de très beaux fruits qui persistent tard à l’automne. Aussi décore-t-il nos aménagements pendant de longs mois, jamais en vedette, mais toujours apprécié. Une plante à découvrir !

Caulophyllum thalictroides

Caulophyllum thalictroides Autres noms communs : graines à chapelet, faux-pigamon Nom botanique : Caulophyllum thalictroides Famille : Berbéridacées Hauteur : 30 à 60 cm Largeur : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : printemps Multiplication : semences, bouturage de rhizomes Utilisation : massifs, naturalisation, plates-bandes, sous-bois, utilisation médicinale Associations : épimèdes, fougères, cimicifuges, mertensias Zone de rusticité : 3

206 | Vivaces

Bien des gens connaissent le cau­lo­ phylle plus pour son utilité médi­ci­ nale que comme plante de jardin. En effet, depuis quelque temps, on voit le mot caulophylle partout, notam­ment dans le traitement des troubles féminins et pour provoquer l’avortement. Pourtant, la plante est bien toxique et il faut l’utiliser avec précaution… mais on sait qu’à bonne dose les plantes les plus toxiques peu­vent souvent être bénéfiques. On utilise surtout le rhizome en pharmacologie : le fruit contient plusieurs des mêmes composés chimiques et il est tout aussi toxi­que que le rhizome, mais on ne semble pas lui trouver des utilités pharmacologiques. Sans doute connaissez vous le caulophylle pour l’avoir vu lors d’une promenade en forêt. C’est loin d’être une plante rare dans les forêts à feuilles caduques du sud du Québec et ailleurs dans l’est de l’Amérique du Nord. Mais vous l’avez peut-être aperçu sans savoir de quelle plante il s’agissait. Corrigeons cela maintenant. La floraison débute assez tôt au printemps, les fleurs commençant à s’épanouir avant même que les feuilles ne soient complètement développées. Produites en

Les fruits sont des baies bien rondes qui sont vertes à leur formation, puis bleues. Elles per­ sistent tard à l’automne, bien longtemps même après que le feuillage est disparu. Leur forme ronde a donné à la plante un autre de ses noms communs : graines à chapelet. Elles sont peut-être l’attrait numéro un de la plante. Par contre, comme les fruits sont toxiques, il est peut-être sage de les enlever s’il y a des enfants qui fréquentent le jardin. Cultivez le caulophylle faux-pigamon à l’ombre ou à la mi-ombre, même au soleil si l’em­ placement reste humide. Quand il est très à l’ombre, il apprécie le soleil printanier. Un bon paillis est utile, car la plante aime la fraîcheur. Elle préfère un sol toujours un peu humide, mais résiste bien à la sécheresse une fois qu’elle est établie. Elle a peu d’ennemis. Le caulophylle faux-pigamon s’étend lentement grâce à ses rhizomes sou­ ter­rains rampants, sans jamais deve­ nir enva­hissante. On peut diviser les rejets ainsi produits ou, encore, sec­tion­ner le rhizome pour en faire des bou­tures. Évidemment, on peut aussi le multiplier par semences ; celles-ci exigent un traitement au froid pour germer.

Brunnera macrophylla ‘Variegata’

Vivaces | 207

Caulophylle faux-pigamon

bouquet très aéré, elles sont petites et étoilées et d’une curieuse couleur pourpre foncé, presque noir. Vers le sud de son aire natu­relle, les fleurs sont jaune verdâtre plutôt que pourpres. Le feuillage est très pourpré à son épanouissement, mais devient plutôt vert glauque à maturité, alors que la tige demeure pour­pre. Il disparaît à l’automne. Il n’y a que deux feuilles par plante, mais elles sont grandes et com­posées, divisées en de multiples petites folioles à silhouette irrégulière, ce qui fait que le cau­lophylle paraît bien feuillu. Elles font penser aux folioles du pigmamon (Thalictrum aquilegifolium), d’où l’épithète botanique de l’espèce, thalictroides, et aussi son nom commun, faux-pigamon.

Cimicifuge à grappes

Cimicifuga racemosa

Cimicifuga racemosa Autres noms communs : cimifuge à grappes, cimicaire à grappes, chasse-punaises, actée à grappes, herbe à punaise, serpentaire noire Nom botanique : Cimicifuga racemosa (Actaea racemosa) Famille : Renonculacées Hauteur : 120 à 240 cm Largeur : 60 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide à sec et riche en matière organique Floraison : mi-été à début d’automne Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, naturalisation, plates-bandes, arrière-plans, sous-bois, prés fleuris, utilisation médicinale Associations : aconits, fougères, rodgersias Zone de rusticité : 3

208 | Vivaces

La cimicifuge à grappes est une plante à grandes feuil­ les caduques tripartites découpées en folioles pro­fon­ dém­ment lobées et dentées qui se garnit de hauts épis de fleurs blanches à la fin de la saison. Le feuillage est joli en soi… et tant mieux, car la floraison est lente à venir sur cette plante à croissance très ralentie. En effet, il n’est pas rare d’attendre trois ou quatre ans avant de voir les premières fleurs, surtout si vous la plantez à l’ombre… et sachez que la cimicifuge à grap­pes est parmi les plus rapides des cimicifuges : j’ai atten­du huit ans avant de voir mon C. simplex (Groupe Atro­pur­pu­rea) ‘Hillside Black Beauty’ fleurir pour la première fois ! Par contre, quand la cimicifuge à grappes fleurit, vous lui pardonnez son retard. Quelle floraison superbe ! Les minces épis blancs et plumeux composés presque uni­quement d’étamines (il n’y a pas de pétales chez les cimicifuges) s’élancent à la conquête du ciel comme un cierge. Et les cierges sont une mul­titude, car c’est une cimicifuge des plus ramifiées, ce qui en augmente l’effet. Plantez cette plante en groupe et l’effet est encore plus saisissant. De plus, la floraison

N’enlevez pas mes Cimicifuga !

est durable : au moins quatre à cinq semaines. Et les épis sont attrayants longtemps après que la dernière fleur est fanée : laissez-les debout tout l’hiver pour un très bel effet ! N’allez cependant pas sentir les fleurs ! Le nom Cimicifuga veut dire « qui chasse les punaises » et on peut comprendre que les insectes non plus ne doivent pas trop l’aimer. En Europe, on pla­çait autrefois des fleurs de cimicifuge fétide (Cimifuga foetida) dans la literie pour éloigner les punaises des lits. Sans doute que les humains aussi évitaient d’aller se coucher. Chez la cimi­cifuge à grappes, l’odeur est faible et peu dérangeante. D’ailleurs, il faut approcher le nez pour l’apprécier (ou pas !). On peut donc l’utiliser dans la plate-bande sans que les visi­teurs sortent en courant et pinçant le nez ! Par contre, cette belle fleur ne fera jamais une bonne fleur coupée, tout simplement à cause de son odeur un peu rance. La cimicifuge à grappes est indigène dans l’est de l’Amérique du Nord, de la Georgie jus­ qu’en Ontario, mais présentement absente du Québec. Par contre, comme bien des plantes qui ont été poussées vers le Sud lors des glaciations, elle remonte lentement vers le Nord et fera sûrement partie de la flore du Québec un de ces jours : dans deux ou trois mille ans peut-être ? Cimicifuga racemosa

La cimicifuge à grappes est à croissance lente, comme nous l’avons déjà dit, mais sûre. Elle est absolument permanente et n’a besoin d’aucune attention. Vous la plantez, vous l’arrosez la première année et… vogue la galère ! Elle préfère un sol riche en matière orga­ nique et humide mais bien drainé, Vivaces | 209

Cimicifuge à grappes

Les autorités taxonomiques ont décidé que Cimicigua racemosa n’était plus une cimicifuge (Cimici­ fuga), mais une actée (Actaea). D’ailleurs, le genre Cimicifuga n’existe plus, ayant été complètement submergé par Actaea. Je regrette, mais je n’accepte pas. Les actées (Actaea), au sens traditionnel, sont des plantes plutôt petites qui fleurissent au printemps sur de très courts épis et qui produisent des fruits humides colorés (baies). Les cimicifuges (Cimicifuga), au sens traditionnel, sont de grandes plantes élancées à floraison presque automnale et aux épis hauts et étroits qui produisent des fruits secs. Où est le lien ? Juste le fait qu’un groupe produit des baies et l’autre des fruits secs est assez pour les distinguer du point de vue du jardinier… et même du botaniste amateur ! Jamais on ne pourrait confondre les deux. Je demeure convaincu que ce changement est une erreur et qu’un autre taxo­no­miste va un jour se pencher sur le cas et rétablir Cimicifuga. Aussi, je continue de traiter les cimici­fuges comme un genre indépendant.

Cimicifuge à grappes

tolé­rant toutefois presque tous les sols sauf ceux qui sont détrempés. À l’ombre sèche, elle pousse très bien… mais encore plus lentement. Plu­tôt que de vous décourager de plan­ ter cette plante superbe et facile, je souligne sa lenteur pour vous encourager à la planter le plus tôt possible afin de pouvoir en profiter aussi le plus tôt possible. Et n’oubliez pas que le feuillage est très beau… en attendant. Côté exposition, tout lui convient. Dans la nature, c’est une plante d’érablière et donc habi­tuée à l’ombre, mais elle réussit parfaitement bien au soleil aussi, surtout si elle reçoit une humidité égale. Par contre, elle fleurira plus tôt dans la saison au soleil et plus tar­dive­ ment à l’ombre. D’ailleurs, il est difficile de préciser une date de floraison pour les cimicifuges (celle-ci et les autres décrites ci-dessous). Il peut y avoir deux semaines de différence entre le début de la saison de floraison, selon les conditions. Elles fleurissent plus tôt au soleil, dans un sol humide et dans le Sud et plus tardivement à l’ombre, dans un sol sec et dans le Nord. Ainsi, pour certains jardiniers, c’est une vivace qui fleurit du milieu de l’été (oui, dès juillet !) à la fin de l’été et pour d’autres, la floraison se fait plutôt en fin d’été ou même à l’automne. La cimi­ ci­fuge à grappes est d’ailleurs la seule cimicifuge d’intérêt dans les régions aux étés courts, les autres n’arrivant pas à fleurir de façon fiable. La multiplication est surtout faite par division, mais il faut être très patient, car elle pousse si len­tement. Une division est possible peut-être aux sept ou huit ans. Les autres cimicifuges sont encore plus lentes à se diviser ! Commercialement, on multiplie les cultivars par culture in vitro, ce qui n’est pas réellement possible pour le jardinier amateur. On peut aussi semer les grai­nes fraîches en pleine terre à l’automne ou les traiter au froid dans la maison. Le progrès des semis est cependant très lent. Enfin, deux mots sur l’utilisation médi­ cinale de la cimicifuge à grappes. Même si des produits portant le nom cimi­cifuge à grappes ou actée à grappes abondent sur le marché pour le traitement de toutes sortes de maux (notamment les problèmes gynécologiques), sachez qu’il ne faut pas faire vos propres préparations de cette plante à moins de savoir ce que vous faites, car la plante est toxique. (Ne soyez pas surpris : beaucoup de médi­ca­ments utiles sont dérivés de plantes toxiques !) 210 | Vivaces

Cimicifuga racemosa

VARIÉTÉS :

AUTRES ESPÈCES : Il existe énormément de confusion dans la taxonomie des cimicifuges. Même si l’on exclut le fait que beaucoup de taxonomistes les classifient avec les Actaea, il faut savoir que les mêmes cul­tivars ont été, à différents moments, assignés à C. racemosa, C. simplex, C. matsumurae et C. ramosa. Des études génétiques ont récemment cla­ri­fié les choses avec le fait que presque tous les cultivars de cimicifuge ont changé d’es­pèce. Donc, effacez mentalement tout ce que vous pensiez savoir sur les cimi­ci­fuges et préparez-vous à corriger les étiquettes de vos plantes selon ce qui suit. C. dahurica (cimicifuge de Dahurie) : très différent des autres, car ses épis sont rami­ fiés laté­ra­le­ment, ce qui crée davantage l’effet d’une barbe de bouc que d’une cimicifuge. Fleurs blanc crème à parfum agréable. Chez cette plante dioïque, les plants mâles ont la floraison la plus spec­taculaire. Fleurit de la fin de l’été jusqu’à l’automne. 150 à 180 cm x 90 cm. Zone 3. C. foetida (cimicifuge fétide) : le nom le dit : l’odeur des fleurs est intense et désa­ gréa­ble, mais au moins on ne les sent que de près. Feuilles profondément découpées. Épis de fleurs plumeuses jaune pâle à la fin de l’été. Plante médicinale. 120 à 200 cm x 90 cm. Zone 3. C. matsumurae (cimicifuge de Matsumura) : anciennement considérée comme une sous-espèce japonaise de C. simplex (C. simplex matsumurae), cette plante est maintenant con­sidérée comme une espèce à part entière. L’espèce est peu cultivée, mais plusieurs cul­ ti­vars le sont. Épis de fleurs plumeuses blanches. Floraison très tardive : elle n’arrive pas à fleurir fidèlement sous notre climat, surtout dans le Nord. Et contrairement à plusieurs cimi­cifuges, ses fleurs sentent bon. 90 à 120 cm x 60 cm. Zone 3. C. matsumurae ‘Elstead Variety’ : boutons pourpres ouvrant en fleurs blanc pur qui paraissent un peu roses puisque la tige est pourpre. Feuillage vert pourpré. Délicieusement parfumé. Floraison à la fin de l’automne. 120 à 150 cm x 60 cm. Zone 3. C. matsumurae ‘Pritchard’s Giant’ (anc. C. ramosa ‘Pritchard’s Giant’) : très grande variété. Fleurs blanches. Tiges rougeâtres. Bien rustique, mais exigeant une longue saison Vivaces | 211

Cimicifuge à grappes

Au cours des années, des dizaines de cultivars ont été assignés à l’espèce C. racemosa, mais pour autant que je sache, il n’en existe plus aucun. Voyez le paragraphe suivant.

de croissance pour fleurir. Ainsi elle fleurit rarement plus au nord que la zone 5. 150 à 200 cm x 60 cm. Zone 3. C. matsumurae ‘White Pearl’ (anc. C. simplex ‘White Pearl’) : la plus tardive des cimi­ci­fu­ges et aussi la plus vendue… et l’on se demande bien pourquoi, car elle fleurit si tardi­ve­ment (novem­ bre/décembre) qu’il est rare qu’elle fleurisse, même dans les régions les plus chau­des du Québec (zone 5). Fleurs blanc crème parfumées particulièrement den­ses. Feuillage découpé vert pâle. 90 à 120 cm x 60 cm. Zone 3. C. ramosa (cimicifuge rameuse) : ce genre a été balayé lors de la dernière révision taxo­no­mi­que des Cimicifuga. La plupart de ses cultivars se retrouvent chez C. matsumurae ou C. simplex. C. simplex (cimicifuge de Kamchatka) : épis de fleurs blanc verdâtre plus courts que beaucoup d’autres cimicifuges, mais aussi plus garnis. Parfum agréable. Floraison nettement automnale, mais en général, contrairement à C. matsumurae, cette espèce arrive à fleurir au Québec. 90 à 180 cm x 60 cm. Zone 3. C. simplex (Groupe Atropurpurea) (cimicifuge pour­pre) (anc. C. simplex ‘Atro­pur­pu­rea’)  : cette nouvelle classification comprend tous les cultivars à feuillage pourpre qui étaient autre­ fois classifés sous tant d’autres noms : C. racemosa, C. simplex, C. matsumurae et C. ramosa. Les plan­tes vendues tout simplement sous le nom de ‘Atropurpurea’ sont produites par semences et sont donc de couleur variable, mais généralement à feuillage vert pourpre au printemps, vert l’été. Épis de fleurs blanches parfumées sur des tiges pourpres. Floraison autom­nale. Notez bien que pour avoir la meilleure coloration pourprée, il faut cultiver les cimi­cifuges pourpres au soleil. À l’ombre, leur coloration est moins intense. 120 à 220 cm x 60 cm. Zone 3. C. simplex Atropurpurea Group

212 | Vivaces

C. simplex (Groupe Atropurpu­ rea) ‘Ber­nard Mitchell’ : chaque hy­bri­deur proclame son cul­ti­var le plus pourpre de toutes les cimi­ ci­fu­ges, mais en fait, elles sont pas­ sa­ble­ment équi­va­lentes, surtout dans le Nord (dans le Sud, certains cul­ti­vars verdissent sous l’effet de la cha­leur). ‘Bernard Mitchell’ n’est pro­ba­ble­ment pas plus pourpre que les autres. Fleurs blan­ches. 120 à 180 cm x 60 cm. Zone 3. C. simplex (Groupe Atropurpu­ rea) ‘Black Negligee’ : premier prix pour le nom le plus évo­ca­teur, mais il n’y a pas de garantie que son feuillage soit vrai­ ment plus « noir » que les autres. Fleurs blan­ ches. 120 cm x 60 cm. Zone 3. C. simplex (Groupe Atropurpu­ rea) ‘Braun­laub’  : feuillage pour­ pre. Fleurs blanches. 120 à 180 cm x 60 cm. Zone 3.

C. simplex Atropurpurea Group ‘Black Negligee’

C. simplex (Groupe Atropurpu­rea) ‘Brunette’ : feuillage pourpre. Fleurs blanc crème teintées de rose. 120 à 180 cm x 60 cm. Zone 3. C. simplex (Groupe Atropurpu­rea) ‘Hillside Black Beauty’ : feuillage pourpre teinté de rose. Fleurs blanches. 120 à 200 cm x 60 cm. Zone 3. C. simplex (Groupe Atropurpu­rea) ‘James Compton’ : le plus compact des cimici­ fuges pour­pres. Feuillage comme les autres. Fleurs blanc crème. 90 à 120 cm x 60 cm. Zone 3. C. simplex (Groupe Atropurpu­rea) ‘Pink Spike’ : feuillage pourpre. Fleurs roses au début, pâlis­sant à blanches. 120 à 150 cm x 60 cm. Zone 3.

Vivaces | 213

Corydale à fleurs de lait

Corydalis ochroleuca

Corydalis ochroleuca Nom botanique : Corydalis ochroleuca Famille : Fumariacées Hauteur : 30 à 40 cm Largeur : 45 cm Exposition : Sol : bien drainé, léger, plutôt sec. Tolère les sols alcalins. Floraison : milieu du printemps jusqu’à la fin de l’automne Multiplication : division, semences Utilisation : bordures, naturalisation, murets, pentes, sous-bois Associations : ficaires, pulmonaires, petits hostas Zone de rusticité : 4

214 | Vivaces

Le premier prix pour la vivace à la floraison la plus durable va sans aucun doute à la corydale à fleurs de lait. Ses fleurs s’épanouissent du milieu du printemps, soit en même temps que les tulipes, et se poursuivent jusqu’aux neiges, soit un total de six mois de floraison, même plus si le printemps est très hâtif ou si les gels profonds de l’automne retardent ! Il faut le voir pour le croire ! On penserait qu’une plante aussi florifère serait disponible dans toutes les jardineries, mais non. Cette corydale est une rareté. Pour autant que je sache, cette plante de culture facile n’est même pas disponible au Québec : il faut la faire venir par la poste. Il s’agit d’une petite plante à tiges multiples portant des feuilles très découpées vert bleuté. Le feuillage fait penser à une fougère ou, plus encore, à un pigamon (Thalictrum) et il est persistant, du moins quand l’hiver n’est pas trop sévère. Quant aux fleurs, elles sont portées en petits bouquets juste au-dessus du feuillage et se succèdent tout l’été. Les fleurs sont de forme curieuse, mais tout à fait typique pour une corydale : tubulaires et arquées avec un seul éperon

Il faut dire que la corydale à fleurs de lait n’est pas notre vivace d’ombre typique, soit une plante à croissance lente, de longue vie et qui reste fidèlement à sa place. Au contraire, elle ne vit que quelques années et compte sur sa capacité de se ressemer pour se maintenir. Elle se ressème d’ailleurs toujours un peu… mais rarement dans la plate-bande. C’est une plante alpine et vous allez donc souvent la voir s’insérer dans des roches ou des pierres, même dans les interstices des sentiers de dalles. Elle semble d’ailleurs mieux pousser dans des emplacements où il n’y a aucune terre : un simple interstice ou une fracture dans la roche lui suffit. C’est alors un excellent sujet pour une rocaille ou un muret ombragé ; d’autant qu’elle se ressème modestement et ne devient pas une mauvaise herbe, contrairement aux deux autres corydales recommandées ici. Par contre, si vous êtes du genre qui préfère qu’une plante reste strictement à sa place, cette plante n’est pas pour vous : elle n’est pas vraiment envahissante, mais elle est vagabonde. La corydale à fleurs de lait semble préférer la mi-ombre, mais se comporte bien aussi à l’ombre. Sa culture au soleil est plus embêtante, car elle aime un emplacement frais, et « ensoleillé » et « frais » est une combinaison rare. Si toutefois vous avez un tel endroit, elle le trouvera ! C’est une plante très tolérante de la sécheresse et qui d’ailleurs insiste sur un bon drainage. On la voit parfois s’établir parmi les racines à la surface du sol au pied d’un grand arbre, preuve que la compétition racinaire n’est pas un problème. Sa multiplication contrôlée est complexe : elle produit une longue racine pivotante dif­ ficile à extraire et il est donc difficile de la diviser avec succès. Et même si elle se ressème facilement elle-même, elle n’est pas facile à multiplier par semences. D’abord, les semences commerciales germent difficilement, car les graines entrent dans une dormance profonde quand on les laisse sécher (notez que Gardens North offre justement des semences humides pour contrer cet effet, ce qui vous oblige toutefois à les semer sans tarder quand le sachet arrive par la poste). Il peut falloir plusieurs traitements alternés entre le froid et une bonne chaleur avant de voir des résultats. Idéalement donc vous récolterez les graines vous-même pour les semer aussitôt. Comme elles ont besoin de froid pour germer, sans doute qu’elles germeront au printemps suivant. Par contre, le plus facile est de prélever des plants apparus spontanément dans votre jardin pendant qu’ils sont encore jeunes et avant qu’ils aient eu le temps de produire leur racine pivotante. Enfin, la corydale à fleurs de lait connaît peu d’ennemis. Vivaces | 215

Corydale à fleurs de lait

qui projette vers l’arrière (le nom Corydalis veut dire alouette, par référence à l’éperon de cet oiseau). Le tube est blanc alors que la gorge de la fleur est jaune et la pointe des pétales est marquée de vert. De loin, la couleur est le blanc laiteux suggéré par son nom latin.

Corydale à fleurs de lait

AUTRES ESPÈCES : Le genre Corydalis est assez vaste (plus de 300 espèces) et très varié. Ainsi plusieurs cory­ da­les sont des plantes à tubercules et se comportent en éphémères du printemps. Elles sont alors traitées dans le chapitre à ce sujet (Tome 2). Les deux espèces suivantes n’ont pas de tubercule mais plutôt une racine pivotante et exigent une culture similaire à C. ochro­leuca. Enfin, je décris une jolie corydale que je ne recommande pas à la page 385. C. lutea (corydale jaune, fumeterre jaune) : c’est la plus courante des corydales et très sem­bla­ble à C. ochroleuca, mais son feuillage est plus vert tendre que bleuté et il est caduc. Évi­dem­ment, la différence la plus évidente est que ses petites fleurs sont jaune franc. Sa flo­raison est très longue aussi (du début de l’été jusqu’à la fin de l’automne), mais pas aussi durable que celle de sa cousine à fleurs de lait. Elle est toutefois plus agressive dans sa façon de se ressemer que cette dernière, mais pas autant que C. cheilanthifolia, l’espèce suivante. Il n’est quand même pas sage d’introduire cette espèce dans une petite rocaille ! 30 à 40 cm x 30 à 40 cm. Zone 3. C. cheilanthifolia (corydale à feuilles de fougère) : très différente des deux espèces pré­ cé­dentes. D’abord, son feuillage très découpé et un peu bronzé est nettement triangulaire, comme celui d’une fougère. D’ailleurs, cheilantifolia veut dire à feuille de Cheilanthes, une espèce de fougère. Les fleurs jaunes sont nettement dressées au-dessus du feuillage… et la floraison a lieu strictement au début de l’été. Sans fleurs, on peut difficilement croire que ce n’est pas une fougère. C’est une très belle plante, de culture facile dans les mêmes con­ditions que C. ochroleuca et elle aussi aime se ressemer dans des roches. Par contre, la cory­dale à feuilles de fougère est réellement envahissante. Il faut y penser deux fois avant de l’introduire sur votre terrain. Cela dit, l’un des plus beaux spectacles en horticulture est un muret dominé par une colonie de corydales à feuilles de fougère : saisissant ! 20 à 40 cm x 40 cm. Zone 4. Corydalis lutea

216 | Vivaces

Corydalis cheilanthifolia

Cryptoténie pourpre Encore peu connue des jardiniers, la cryptoténie pourpre est une va­ riante ornementale d’une popu­laire plante condimentaire asiatique (on l’ap­pelle mitsuba en japonais). Son attrait vient de ses tiges pour­pres et de ses feuilles trifoliées cadu­ques de la même couleur. La teinte n’est pas un pourpre très pur, mais plutôt terne, surtout dans les coins les plus ombragés. Je sug­gère de tou­ jours combiner cette plante avec des végétaux à feuillage « doré » (vert chartreuse) ou vert ten­dre, car les deux couleurs s’en trou­vent intensifiées. Cette plante n’est cer­ tai­nement pas mise en valeur par un paillis brun ! Aucune mention jusqu’ici de la floraison, et pour cause : elle n’est pas très impressionnante. Les plus opti­mis­tes comparent la floraison à celle du souffle de bébé (Gypsophila paniculata), réputé pour ses minus­ cules fleurs formant un brouillard translucide, mais il n’y a pas assez de minuscules fleurs rose pâle à blanc­hes ouver­tes à la fois pour créer beaucoup de panache chez la cryptoténie pourpre. On voit bien les tiges flo­rales ramifiées, car elles sont très pourpres, mais je pense que bon nombre de jardiniers qui la cultivent n’ont jamais remarqué qu’elles portaient de petites fleurs.

Cryptotaenia japonica atropurpurea

Cryptotaenia japonica atropurpurea Autre nom commun : cryptoténie pourpre du Japon Nom botanique : Cryptotaenia japonica atropurpurea Famille : Apiacées Hauteur : 40 à 50 cm Largeur : 25 à 30 cm Exposition : Sol : bien drainé Floraison : début et milieu de l’été Multiplication : semences, division Utilisation : couvre-sols, massifs,

Côté facilité de culture, c’est une vraie gagnante. La cryp­ natu­ra­lisation, plates-bandes, murets, pen­tes, sous-bois, to­té­nie pourpre semble se contenter de tout : sol riche ou utilisation culinaire pauvre, acide ou neutre, humide ou sec, et croît pres­que aussi bien à l’ombre qu’au soleil. Elle s’étend modes­te­ment Associations : hakonéchloas dorés, hos­tas jaunes, autres plantes par stolons courts pour for­mer des touffes den­ses… « dorées » mais aussi, et beau­coup plus rapidement, par se­men­ces. Zone de rusticité : 4 D’ailleurs, cela cause une polémique : elle s’étend suf­fi­ Vivaces | 217

Cryptoténie pourpre

sam­ment pour déranger les jardiniers qui aiment un aménagement rigoureusement plani­fié et j’aurais donc pu la mettre dans la redou­tée catégorie « pensez-y bien ». Par contre, sa capa­cité de venir combler les vides est très appréciée des jardiniers à l’esprit plus large. Je la consi­dère comme une parfaite « plante de rem­plis­sage » : rarement utilisée en vedette et d’apparence assez sub­tile, mais parfaite pour combler les trous. Elle est d’ailleurs facile à contrôler dans l’immédiat : la plante s’arrache facilement et ne repousse pas quand on le fait. Par contre, les semences ont la vie longue et c’est rare que vous puissiez vraiment dire que vous l’avez éliminée complètement. Si cela fait cinq ans que vous ne l’avez pas vue et que vous laissez un vide dans votre plate-bande, la voilà qui réapparaît pour le combler ! Il faut souligner le fait que la cryptoténie, même si elle se res­sè­me abondamment, n’est pas de nature agressive : elle n’étouffe pas les autres plantes, mais plu­tôt se mélange à elles. D’ailleurs elle cède sa place volontiers aux végétaux plus gros et plus dominants. On peut multiplier la plante par division, mais habituellement on profite des nombreux semis que’elle produit et qu’on peut repiquer ailleurs. Les semences sont disponibles com­ mer­cialement et sont fidèles au type. Semez-les l’automne ou encore à l’intérieur en leur donnant, dans ce deuxième cas, un traitement au froid. La cryptoténie pourpre croît rapi­de­ ment à partir de semences et atteint sa pleine taille en moins d’un an. Plusieurs insectes consomment le feuillage de la cryptoténie pourpre, mais la plante rem­ place rapi­dement les feuilles mangées. Elle est de plus peu sujette aux maladies. Je n’ai vu aucune réfé­rence quant à sa résistance ou non aux mammifères comme le cerf. Si vous avez de l’expérience à ce sujet, positive ou négative, j’aimerais bien le savoir. Enfin, on se rappelle que la crypoténie pourpre est également une fine herbe et que son feuillage est comestible ; il goûte un peu le cerfeuil. On le consomme au printemps, quand les feuilles sont encore tendres. Cryptotaenia japonica atropurpurea fait un beau couvre-sol si on le laisse s’étendre.

VARIÉTÉS : Seule la forme pourpre (C. japonica atropurpurea) a des prétentions orne­men­ ta­les. L’es­pèce, C. japonica, à feuillage vert et à petites fleurs blanches, est parfois cul­ti­vée comme fine herbe, par contre. 40 à 50 cm x 25 à 30 cm. Zone 4.

AUTRE ESPÈCE : C. canadensis (cryptoténie du Canada) : cette plante courante des sous-bois riches est indigène au Québec et ailleurs dans l’est de l’Amérique du Nord. Elle est presque identique à la cryptoténie du Japon et d’ailleurs, la forme japonaise est parfois appelée C. canadensis japonica. 40 à 50 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. 218 | Vivaces

Darmera Qui aurait cru qu’une plante indi­ gène d’une zone très limitée de la Californie et de l’Oregon serait rustique dans nos régions ? Pour­ tant, le darmera s’y acclimate par­ fai­tement et est d’ailleurs beaucoup plus rustique que personne ne le croyait. Je le savais assez rustique pour ma zone (4b) et me doutais qu’il pouvait pousser en zone  3, mais c’est quand j’ai vu la vaste plan­ tation de darmeras à l’hôtel de ville de Hearst, en Ontario (zone 1b !), que le déclic s’est fait. La plante est à l’épreuve de presque tout ! C’est une plante « unique en son genre » (monoty­pi­que, pour utiliser le bon ter­me hor­ ti­cole), car il n’y a qu’une seule espèce de Darmera. L’épi­ phète peltata vient de la forme de la feuille, en bouclier, avec le pétiole fixé en plein centre (on appelle cela une feuille peltée). Ronde, la feuille caduque ressemble beaucoup, en plus petit, à la feuille d’astilboïde (Astilboides tabularis, page 185), sauf que sa surface un peu hirsute est luisante et que la feuille est concave, attrapant d’ailleurs l’eau de pluie. La marge de la feuille est joliment découpée. La taille de la feuille varie de 30 à 50 cm de diamètre et est notamment plus large dans les emplacements humides. La feuille est un peu rougeâtre à sa formation, mais vert moyen l’été, et prend diverses teintes rouges l’automne quand elle est peut-être à son plus beau. Il ne faut pas passer sous silence non plus les fleurs. Elles sortent assez tôt au printemps sur des tiges dres­sées rugueuses et pourprées de hauteur variable. J’ai vu des tiges de 30 cm comme des tiges de 150 cm ! Elles for­ ment une ombelle en forme de dôme et peuvent être de

Darmera peltata

Darmera peltata Autres noms communs : plante ombrelle, rhubarbe indienne Nom botanique : Darmera peltata, syn. Peltiphyllum peltatum Famille : Saxifragacées Hauteur : 90 à 150 cm Largeur : illimitée Exposition : Sol : humide, riche en matière organique Floraison : fin du printemps Multiplication : division, semences, sections de rhizomes Utilisation : en isolé, couvre-sols, mas­ sifs, naturalisation, berges, platesbandes, arrière-plans, sous-bois, lieux humides Associations : rodgersias podophyllés, fougères, primevères, cimicifuges Zone de rusticité : 2

Vivaces | 219

dif­férentes teintes de rose ou, plus rarement, blan­ches. Il faut souligner que cette plante fleurit à nu, c’est à dire que les feuilles sont absentes au moment de la flo­rais­on, ce qui la rend encore plus spectaculaire… ou bizarre, car sous certains angles on dirait de drôles de champignons. Le darmera pousse à partir de rhizomes rampants enter­ rés ou partiellement exposés. De croissance modeste au début, vous découvrirez que la plante finit par dominer son lopin de terrain, s’étendant presque à l’infini si rien Darmera peltata ne l’arrête. Oui, on pourrait dire qu’elle est agressive ! Soit vous le plantez dans un emplacement limité par des barrières d’une sorte ou d’une autre, soit vous le contrôlez à la hache. Sa dense masse de racines en fait un excellent choix pour retenir les berges. Si votre définition d’un couvre-sol n’est pas limitée à une hauteur en bas du genou, le darmera crée un sacré bel effet tapissant pour un sous-bois humide ! Le darmera pousse dans la nature au fond de ravins abrupts, dans les marécages et en bor­dure de cours d’eau. De toute évidence il aime l’humidité et peut même pousser avec sa sou­che sous quelques centimètres d’eau. Il tolère aussi sans broncher les sites qui sont inon­dés au printemps, mais d’humidité normale l’été. L’idéal est toutefois un emplacement tout sim­ plement humide à détrempé, pas nécessairement sous l’eau : en bas d’une pente, dans une dépression du terrain, en bordure d’un bassin, etc. Il s’adapte quand même aux sols de jar­din au degré d’humidité normal, mais ses feuilles y seront généralement plus petites. Paillez-le abondamment dans une telle situation et arrosez-le si possible en période de sécheresse. Cette plante pousse mieux à la mi-ombre ou dans un site qui est ombragé l’été, mais qui pro­ fite d’un bon ensoleillement printanier. Elle tolère le soleil si son sol est toujours humide. On peut le multiplier par semences, mais la technique habituelle consiste à découper à la hache ou à la pelle tranchante des rhizomes de sa périphérie. Placées à l’horizontale dans un milieu humide, les sections de rhizome produiront rapidement des bourgeons qui donneront de nouveaux plants. La division est possible chez les plants relativement jeunes, mais il serait difficile de diviser un plant mature à cause de ses racines qui ne lâchent pas facilement prise. Enfin le darmera a peu d’ennemis, sinon les limaces et les cerfs.

VARIÉTÉ : D. peltata ‘Nana’ : variété naine. Feuilles de seulement 23 à 30 cm de diamètre. Fidèle au type par semences. 60 à 75 cm x 60 cm. Zone 2. 220 | Vivaces

Épipactis petit-hellébore Sans doute l’orchidée la plus facile à cultiver en pleine terre. D’ailleurs, vous n’aurez peut-être pas besoin de la cultiver, car cette plante eura­sia­ ti­que est tellement bien naturalisée dans l’est de l’Amérique du Nord qu’elle s’installe souvent toute seule dans les milieux appropriés, i.e. les sous-bois. Il s’agit d’une plante svelte : une tige unique dressée avec quelques feuil­ les caduques lancéolées et plis­sées qui engainent la tige à leur base, montant jusqu’à la moitié de sa hauteur. La tige est ensuite coif­ fée de 10 à 50 petites fleurs bien espacées. Les fleurs sont typiques de celles des orchi­ dées, avec six tépales, dont un en forme de langue (le labelle), mais… il faut les regarder de près pour les appré­cier, car elles ne mesurent qu’environ 1 mm de dia­mè­tre et sont, de plus, penchées. La couleur est très varia­ble, les tépales étant généralement vert pourpré, mais parfois blancs, verts ou violets. Le labelle est pour­pre. Une gousse de graines rainurées se forme der­rière la fleur pendant la floraison et persiste après, jus­qu’à l’hiver. La plante forme assez rapidement des colo­nies ouvertes grâce à ses rhizomes rampants, mais est rare­ment très dominante, paraissant plutôt çà et là à travers d’autres plantations. Dans notre climat, elle atteint habituellement entre 30 et 60 cm de hauteur, très rarement plus.

Epipactis helleborine

Epipactis helleborine Nom botanique : Epipactis helleborine Famille : Orchidacées Hauteur : 30 à 90 cm Largeur : 15 cm Exposition : Sol : bien drainé, léger, riche en matière organique. Tolère les sols alcalins. Floraison : été Multiplication : division, semences Utilisation : naturalisation, rocailles, pentes, sous-bois, lieux humides Associations : pain de perdrix, thé des bois, petites pervenches Zone de rusticité : 3

L’épipactis petit-hellébore n’est pas particulièrement voyante : on la cultive plus pour le plaisir de dire qu’on a des orchidées dans son jardin que pour en faire une plante-vedette. Sa culture est facile et la plante pousse Vivaces | 221

Épipactis petit-hellébore

dans presque toutes les conditions, même au soleil si le sol est assez humide, bien qu’elle préfère l’ombre et la mi-ombre. C’est surtout une plante à naturaliser : dans un sous-bois, sur une pente, etc. N’allez pas sarcler à sa base, vous détruiriez son rhizome ! Elle adore le paillis et la litière forestière où elle réussit à se ressemer. L’épipactis n’aime pas, par contre, la compétition de plantes voisines. Les racines des arbres ne la dérangent pas (elle vit très bien avec l’ombre sèche), mais dans une plantation serrée de vivaces, elle tend à disparaître. Elle semble préférer qu’il y ait un peu d’espace entre elle et les plantes les plus proches. Par contre, elle passe facilement à travers les couvre-sols bas, comme le pain de perdrix (Mitchella repens) et la gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens), ce qui crée un très bel effet. La plante produit des quantités prodigieuses de semences très fines qui sont portées par­ tout par le vent : c’est d’ailleurs pour cette raison que cette plante réussit souvent à s’ins­tal­ ler rapidement dans de nouvelles plantations ombragées loin des forêts naturelles où elle abonde. Cependant, les graines ne germent qu’en présence de champignons myco­rhi­ziens spécifiques. Mieux vaut laisser dame Nature faire les semis que de les tenter soi-même ! Par contre, on peut déterrer et replanter les rejets qui paraissent au bout des rhizo­mes des plantes établies ou des semis qui paraissent spontanément dans nos jardins. Faites attention de les replanter à la même profondeur qu’à l’origine : cette plante ne tolère pas d’être plantée en profondeur. Epipactis helleborine

Quant à son épithète helleborine… je n’ai pas la moin­dre idée pourquoi le nom de la plante réfère à l’hellébore (Helleborus, page 247), car elle ne lui res­sem­ble nullement. Peut-être que le vert pourpré de la fleur fait penser à la couleur de certains hellébores ? La disponibilité commerciale de cette plante de cul­ture facile est faible en pépinière… mais si vous cher­chez sur Internet, vous la trouverez sans peine. Par contre, l’épipactis helleborine est tellement abon­dante dans nos régions à l’état sauvage qu’il n’est pas toujours nécessaire de l’acheter : elle vient très souvent s’installer dans vos pénates sans même que vous l’invitiez. D’ailleurs, jetez un coup d’œil sur vos plates-bandes ombragées : elle est peut-être déjà présente !

222 | Vivaces

La rusticité de la plupart des épipactis est douteuse (on leur donne habituellement une zone 6 ou 7)… ce qui ne veut rien dire a priori, car on donne une zone 6 ou 7 à E. helle­ borine alors qu’il s’est naturalisé un peu partout dans les zones 4 et 5 et même en zone 3 ! En effet, il est fort probable que la majorité des autres espèces d’épipactis n’aient jamais été essayées sous un climat plus froid que la zone 6. En voici donc trois qui, d’après leur distribution naturelle dans le nord de l’Europe ou de l’Asie, devraient être rustiques chez nous. De plus, le genre comprend quelque 70 espèces, dont certaines à fleurs assez grosses et plus colorées que l’épipactis helleborine, d’où un potentiel certain pour l’hybridation. Verrons-nous un jour des épipactis hybrides multicolores dans toutes les jardineries ? L’avenir le dira ! E. atrorubens (épipactis pourpre noirâtre) : cette espèce est très semblable à E. helle­bo­ rine et d’ailleurs certains botanistes suggèrent que les variantes à fleurs pourpres de cette der­nière espèce trouvées dans les sous-bois de nos régions proviennent en fait de l’E. atro­ rubens, dans lequel cas la plante est Epipactis atrorubens peut-être déjà présente dans vos aménagements. Tépales pourpres, labelle pourpre très foncé. 30 à 60 cm x 15 cm. Zone 4. E. palustris (épipactis des ma­ rais) : pour les empla­ce­ments plus humides. Tépales de cou­ leur variable, mais plutôt pour­ prés ; labelle blanc rehaussé de jaune. 20 à 60 cm x 15 cm. Zone inconnue. (5 ?) E. thunbergii (épipactis du Japon) : espèce japo­ naise de cul­ture facile, poussant en touf­ fes. Fleurs jaune orangé avec un labelle tacheté de pourpre. 60 cm x 30 cm. Zone 4 ?

Vivaces | 223

Épipactis petit-hellébore

AUTRES ESPÈCES :

Euphorbe des bois

Euphorbia amygdaloides

Euphorbia amygdaloides Autre nom commun : euphorbe à feuilles d’amandier Nom botanique : Euphorbia amygdaloides Famille : Euphorbiacées Hauteur : 30 à 45 cm Largeur : 45 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche à pauvre, humide ou sec Floraison : début de l’été Multiplication : division, bouturage de racines, semences Utilisation : en isolé, bordures, couvresols, massifs, naturalisation, platesbandes, pentes, sous-bois Associations : ancolies, fougères, bergenias Zone de rusticité : 5

224 | Vivaces

Quand on pense aux euphorbes, à peu près la dernière chose qui nous vient à l’esprit, c’est l’ombre. Ce vaste genre de plus 2000 espèces comprend des succulentes sud-africaines, le poinsettia du Mexique (Euphorbia pul­cherrima) et plusieurs vivaces à feuillage bleuté, comme l’euphorbe de Corse (E. myrsinites), dont toutes sont indubitablement des plantes de lumière intense. Mais justement l’avantage d’un vaste genre est qu’il con­tient toujours des exceptions aux règles… et c’est le cas pour l’euphorbe des bois (E. amygdaloides). Comme son nom commun le suggère, cette plante est une plante des sous-bois. D’origine européenne, cette euphorbe a une allure presque tropicale, avec ses épais­ses feuilles vert foncé en forme de spatule. De plus, elles sont persistantes, du moins quand il y a une bonne couche de neige. Les tiges rougeâtres sont dres­ sées et créent une touffe dense, formant un mon­ti­cule arrondi. Au début de l’été, cette plante nor­ma­le­ment basse double de hauteur avec l’arrivée de tiges florales. Elles portent de curieuses feuilles rondes vert pâle et, à l’extrémité, des bractées vert chartreuse en forme de

sou­coupe qui entourent de petites fleurs de la même couleur. Je ne dis pas que la flo­raison n’est pas belle, mais… l’euphorbe des bois est l’une de ces rares plantes qui est, à mon avis, plus jolie sans fleurs qu’avec des fleurs. Il faut souligner dès le départ la rusticité limitée de cette plante. Je Les curieuses fleurs de Euphorbia amygdaloides la réussis très bien en zone 4, mais dans un endroit où il y a une abondance de neige ; par contre, ailleurs sur mon terrain, elle brûle parfois l’hiver. Même en zone 5, son feuillage est quelquefois abîmé par le froid, mais il repousse allégrement au printemps. En deux mots : évitez les emplacements très exposés, cette plante est réellement à la limite extrême de sa rusticité. Mise à part sa fragilité au froid, c’est une plante très facile à cultiver, s’adaptant à presque tou­tes les conditions sauf les sols détrempés. Elle est très résistante à l’ombre sèche, mais pré­fère un sol un peu humide. On la multiplie par division et par semences. D’ailleurs l’eu­ phorbe des bois se multiplie assez volontiers par semis spontanés, mais pas au point d’en être désagréable. La sève laiteuse des euphorbes est caustique et parfois toxique. Il faut donc faire attention à ne pas en absorber par les yeux, la bouche ou une plaie ouverte. Certains individus y sont d’ailleurs tellement sensibles que le simple contact avec la peau peut provoquer une dermatite. Toute manipulation des euphorbes exige donc de porter des gants, surtout quand il y a risque d’écoulement de sève. Cette toxicité a toutefois une fonction, bien sûr : la plante est toxique aussi pour la plupart des insec­tes et animaux. L’euphorbe des bois n’est pas trop sujette aux maladies non plus, mais cette plante qui préfère les étés frais est parfois touchée par le blanc dans les emplacements très chauds et humides. Euphorbia amygdaloides ‘Purpurea’

VARIÉTÉS : E. amygdaloides ‘Purpurea’ (‘Rubra’) : ce cul­­­­ ti­var, qui se multiplie fidèlement par semen­ces, est bien plus populaire que l’espèce. Son feuil­­ lage est pourpre foncé au printemps, verdit l’été Vivaces | 225

Euphorbe des bois

tout en gardant un certain reflet pourpre, puis redevient coloré l’automne et reste de cette couleur tout l’hiver. Les bractées vert chartreuse contrastent bien avec le feuillage encore pourpre au moment de la floraison. 30 à 45 cm x 45 cm. Zone 5. E. amygdaloides robbiae : une sous-espèce de l’euphorbe des bois, et très similaire à l’espèce, avec son feuillage vert foncé et ses fleurs vert chartreuse, sauf qu’elle est un peu plus grande. Surtout, elle produit des rhizomes souterrains. Ainsi cette sélection fait un meilleur couvre-sol que l’espèce, mais attention ! Elle est très envahissante, notamment dans les sols humides et aérés. À l’ombre sèche, elle est beaucoup plus restreinte ! 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 5. E. ‘Blue Lagoon’, ‘Efanthia’, E. ‘Helen’s Blush’ et autres : il s’agit de plantes vendues comme tant des « hybrides d’E. amygdaloides », mais l’autre parent est E. x martinii, luimême issu d’un croisement entre E. amygdaloides et E. characias. Or E. characias est moins rustique (zone 7) que E. amygdaloides qui, déjà, est à peine assez rustique pour notre climat. Ainsi je craindrais que ces nouveaux hybrides ne soient pas assez rustiques, surtout à long terme, pour mériter une place de nos jardins. On dit quand même qu’ils sont aussi adaptés à l’ombre que leur ancêtre (E. characias est une plante de plein soleil). Autrement dit : à essayer… mais pas de garantie quant à leur perfomance. 45 à 90 cm x 45 à 90 cm. Zone 6 ?

AUTRES ESPÈCES : Peu d’autres euphorbes vivaces sont des plantes d’ombre. Voici deux exceptions… et ce sont des plantes de mi-ombre : E. dulcis ‘Chameleon’ (eu­phor­­­ be douce) : l’espèce, à feuil­­ lage vert, n’est presque jamais cultivée, mais ‘Cha­me­leon’ est bien populaire en Europe et de plus en plus en Amérique. C’est une plante à feuilles plus petit­es et plus ovales qu’E. amyg­da­loi­des, formant un monticule arron­di beaucoup plus dense. ‘Cha­me­ leon’ a des tiges et des feuilles bien pourpres au prin­ temps, 226 | Vivaces

Euphorbia dulcis ‘Chameleon’

E. polychroma, anc. E. epithymoides (euphorbe coussin) : comme son nom commun le suggère, cette plante forme un joli coussin très fourni qui, en dehors de la période de floraison, fait office de petit arbuste. Les feuilles vertes étroites deviennent rouges à l’automne. Les inflorescences jaune chartreuse vif apparaissent à la fin du printemps avec parfois une deuxième floraison à la fin de l’été. C’est plutôt une plante de soleil qui pousse bien à la mi-ombre qu’une plante de mi-ombre. Hauteur : 30 cm x 45 cm. Zone 3. E. polychroma ‘Candy’ (‘Purpurea’) : feuillage bleuté rehaussé de pourpre et gardant bien sa couleur tout l’été… au soleil. Moins coloré à la mi-ombre. Hauteur : 30 cm x 45 cm. Zone 3. E. polychroma ‘First Blush’ : feuillage panaché vert, rose et blanc au printemps et à l’au­ tomne, vert et blanc l’été. Aussi coloré à la mi-ombre qu’au soleil. Spectaculaire ! Hauteur : 30 cm x 45 cm. Zone 3. E. polychroma ‘Lacy’ : feuillage panaché vert et blanc. Bractées vert pâle. Hauteur : 30 cm x 45 cm. Zone 3.

Euphorbia polychroma

Vivaces | 227

Euphorbe des bois

surtout au soleil, et demeure vert pourpré tout l’été. Les fleurs, plus petites et plus nom­ breuses, sont aussi plus lumineuses que celles d’E. amygdaloides. Cette plante se res­sè­me abondamment, surtout au soleil et à la mi-ombre. Elle pousse à l’ombre, elle n’y est pas aussi attrayante ni aussi vigoureuse que sa cousine. 30 à 45 cm x 40 cm. Zone 4.

Filipendule

Filipendula purpurea ‘Elegans’

Filipendula Nom botanique : Filipendula Famille : Rosacées Hauteur : 45 à 300 cm Largeur : 30 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche en matière organique Floraison : été Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, couvre-sols, haies, massifs, naturalisation, plates-bandes, arrière-plans, sousbois, prés fleuris, lieux humides, fleurs coupées Associations : persicaires, rodgersias, pétasites Zone de rusticité : 3

228 | Vivaces

Par leur port et leur feuillage, les fili­ pen­dules ressemblent tellement à des arbustes qu’elles ont été long­temps classées avec la spirée (Spi­raea), un arbuste duquel elles se rap­pro­chent beaucoup à cause de leurs grappes denses de fleurs plu­meu­ses. Dans certains cas, même leur souche est ligneuse, comme vous le découvrirez quand vous essaie­rez de les diviser. Il vous faudra une hache pour le faire ! Heu­ reu­ se­ ment que la division ne s’avère nécessaire que pour les mul­ti­ plier, car elles n’en ont pas besoin pour survivre. D’ailleurs, une fois plan­tées, les filipendules n’ont presque pas besoin de soins ; même qu’elles viennent à bout des mauvaises her­bes envahissantes grâce à leur feuillage dense. Aussi s’agit-il seulement de vous assurer qu’elles se trou­vent dans un sol frais et humide, car la plupart des espè­ces tolèrent difficilement la sécheresse. Et toutes les fili­pendules ont des fleurs parfumées. Côté ensoleillement, les filipendules sont d’abord et avant tout des plantes de soleil, mais elles s’établissent et crois­sent si bien à la mi-ombre que j’ai cru bon de les inclure dans ce livre, question de bien meubler les endroits « entre deux ». Elles poussent bien à l’ombre aussi, mais n’y fleurissent que faiblement. Il y a peu de pro­blèmes avec ces plantes, sinon le blanc quand elles sont stressées par un manque d’eau. La majorité des espèces poussent en touffes denses qui grandissent lentement. Seule la reine-des-prairies (F. rubra), aux rhizomes vagabonds, est réellement enva­his­sante. Il peut être sage de la contrôler au moyen d’une bar­rière enfoncée dans le sol.

Des 10 espèces de filipendule, seulement une, la filipendule commune (F. vulgaris, syn. F. hexandra) n’est pas adaptée à la mi-ombre. Cette dernière préfère le plein soleil. F. camtschatica (filipendule du Kamtchatka) : la plus grande des filipendules, portant de grandes feuilles rappelant une feuille d’érable et d’énormes bouquets très aérés de fleurs blanches à rose très pâle (rose plus soutenu pour ‘Rosea’) sur des tiges pourpres. Fleurit tardivement (fin d’été/début d’automne). 200 à 300 cm x 90 cm. Zone 3. F. ‘Kohome’ : petit cultivar à feuil­lage composés joliment tex­ turé. For­me un monticule com­ pact avec des fleurs plumeuses roses au début de l’été. Ressemble beaucoup à une astilbe. 15 à 30 cm x 30 cm. Zone 3. F. multijuga (filipendule japo­ naise) : longtemps offerte sous le nom F. palmata ‘Digitata Nana’ ou F. pal­mata ‘Nana’. C’est la plus petite Filipendula ‘Kohome’ des filipendules sauvages. Feuilles pen­nées avec de 6 à 10 petites folioles, la dernière beaucoup plus grosse et palmée. Fleurs blan­ches à rouges au milieu de l’été. 30 à 100 cm x 60 cm. Zone 4. F. palmata (filipendule à feuilles palmées) : espèce d’origine sibérienne. Feuilles com­ posées avec 3 à 5 folioles, la dernière étant palmée (en forme de feuille d’érable). Fleurs blanc-rose au début de l’été. ‘Rosea’ et ‘Rubra’ sont des sélections à fleurs plus roses que la normale. 90 à 120 cm x 60 cm. Zone 3. F. palmata ‘Digitata Nana’ : voir F. multijuga. F. purpurea (filipendule pourpre) : malgré le nom, les fleurs ne sont pas pourpres mais rose bonbon. Ce sont les tiges pourprées qui ont donné le nom à la plante. Feuillage penné très semblable à F. palmata. L’espèce est superbe mais peu disponible. On offre plu­tôt des cultivars, notamment ‘Elegans’, à fleurs blanches aux étamines rouges, donnant un effet rose pâle. Floraison : fin d’été/début d’automne. 90 à 120 cm x 90 cm. Zone 3. Vivaces | 229

Filipendule

ESPÈCES :

F. rubra (reine-des-prairies) : cette espèce nord-américaine est la plus vigoureuse, mais aussi la plus envahissante des filipendules. Feuillage penné avec une grande foliole palmée à l’extrémité. Mas­ ses plumeuses de fleurs roses. Floraison : du milieu jusqu’à la fin de l’été. 120 à 180 cm x 90 cm. Zone 3.

Filipendula rubra ‘Venusta’

F. rubra ‘Venusta’ (‘Magnifica’) : comme la précédente, mais avec des fleurs rouge vio­lacé. De loin la plus populaire des filipendules. 120 à 180 cm x 90 cm. Zone 3. F. ulmaria (reine-des-prés, ul­ mai­ re, filipendule ulmaire)  : feuil­­les composées aux folio­les en forme de feuille d’orme. Fleurs plu­­meu­s­es de couleur blanc crème dans un bou­quet un peu aplati. Flo­ rai­son : du début jusqu’au milieu de l’été. 60 à 120 cm x 60 cm. Zone 3.

F. ulmaria ‘Aurea’ : comme la pré­­­cé­dente, mais avec un feuillage Filipendula ulmaria ‘Aurea’ doré. Superbe à l’ombre, car son feuil­­lage brille comme un phare ! Les fleurs blanches, par contre, ont peu d’effet. 60 à 120 cm x 60 cm. Zone 3. F. ulmaria ‘Flore-Pleno’ : comme F. ulmaria, mais avec des fleurs dou­bles, ce qui crée un effet plus sai­sis­sant. D’ailleurs, la floraison est plus dura­ble que l’espèce. 60 à 120 cm x 60 cm. Zone 3. F. ulmaria ‘Variegata’ : comme F. ulma­ria, mais avec une macule jaune au centre des folioles et une taille plus petite. 60 à 90 cm x 60 cm. Zone 3.

230 | Vivaces

Galane oblique

Quand je pense à une plante robuste pour un coin om­bragé, c’est toujours la galane qui me vient à l’es­ prit. Elle tient toujours si solidement debout, jamais pen­chée, jamais brisée, même quand la lumière est très faible ou le vent très fort. Si seulement toutes les plan­tes se comportaient ainsi !

Chelone obliqua

Chelone obliqua Nom botanique : Chelone obliqua Famille : Scrophulariacées Hauteur : 60 à 90 cm Largeur : 60 cm

La galane oblique est une plante nord-américaine qui forme des touffes denses de tiges dressées, sans rami­fication, portant de grandes feuilles lancéolées légè­rement dentées et vert très foncé. Les pétioles sont très courts, une caractéristique importante pour son identification. Les feuilles sont opposées (en pai­ res) avec la paire immédiatement inférieure placée à 90 degrés, ce qui donne un effet de croix quand on regarde la plante du dessus.

Exposition :

À la toute fin de l’été ou l’automne, des fleurs roses tubu­ laires ovales se forment sur un court épi au som­met de chaque tige. Elles sont curieusement assem­blées, avec une ouverture en forme de bec. Les Aca­diens trouvaient que la fleur ressemblait à une tête de tor­tue, d’où son nom botanique, car Chelone signifie tortue en

Zone de rusticité : 3

Sol : riche, très humide Floraison : fin de l’été à l’automne Multiplication : division, bouturage de tiges, semences Utilisation : bordures, massifs, platesbandes, sous-bois, prés fleuris, lieux humides, fleurs coupées Associations : astilbes chinoises, cimi­ci­fuges, fougères, anémones du Japon

Vivaces | 231

grec. Par contre, mes recher­ches ne m’ont pas per­mis de déterminer l’origine du nom galane. Le facteur le plus important dans la culture des galanes est l’ap­pro­ vi­ sion­ nement constant en eau. Quand le sol est humide, les gala­ nes sont très heureuses ; quand Chelone obliqua l’eau manque sérieusement, ça ne va pas, surtout si c’est une disette permanente. Elles peuvent même pousser dans les sols mal drai­nés, par exemple un marécage ou un lieu où les flaques d’eau persistent après une pluie… même la glaise lourde ne leur fait rien, tant qu’elle retient de l’eau. Ce n’est pas qu’elles ne peuvent pas pousser dans un sol de jardin ordinaire, mais… mettez-y du paillis pour maintenir une humidité plus constante et soyez prêt à arroser au besoin. La plupart de nos sols de jardin sont très riches parce qu’on y dépose souvent du compost et d’autres matières organiques. Du point de vue d’une galane, c’est tant mieux, car elle adore les sols riches en humus ; elle poussera correctement, mais avec moins d’enthousiasme, dans les sols ordinaires. C’est le genre de plante qui apprécie grandement un ajout régulier de compost. Côté ensoleillement, tout va. Oui, cette plante pousse aussi bien au soleil qu’à l’ombre. Dans la nature, on la trouve habituellement à la mi-ombre. Évidemment, un soleil ardent qui assèche le sol ne convient pas, mais dans un coin humide, le plein soleil, c’est parfait. L’ombre sèche sous un arbre à racines superficielles ne convient pas non plus, mais l’ombre d’un édifice ou d’un arbre à racines profondes, oui. Les galanes poussent lentement mais sûrement. La touffe grossira peu à peu et, après une dizaine d’années, il pourrait être nécessaire de la diviser pour réprimer son élan. En attendant, pour une multiplication rapide et facile, prenez des boutures de tige. Vous pouvez aussi diviser la plante, au printemps de préférence, mais aussi l’automne ; vous perdrez toutefois les fleurs pour une saison si vous la divisez l’automne, car il vaut mieux les supprimer avant de diviser la plante. Elle est fidèle au type par semences et très facile à réussir. La galane est peu sujette à la prédation des insectes et des mammifères, avec une exception : il existe un joli papillon, le Baltimore (Euphrydras phaeton), dont les chenilles percent son feuillage. Le papillon est si rare et si joli que je suggère de laisser faire sa larve. Parfois aussi, les limaces l’attaquent (pour les suggestions sur leur contrôle, voir à la page 140). Enfin, elle peut souffrir de blanc si elle est stressée par un manque d’eau. 232 | Vivaces

VARIÉTÉS :

AUTRES ESPÈCES : Le genre Chelone est tout petit, avec seulement quatre espèces dont trois sont relative­ ment faciles à trouver sur le marché. C. glabra (galane glabre) : espèce indigène au Québec et d’ailleurs presque partout dans l’est de l’Amérique du Nord, jusqu’à la baie James. Sa croissance est moins dense que celle de la galane oblique et elle forme des touffes plus ouvertes. Elle court un petit peu et peut, avec le temps, former une bonne colonie, mais on ne peut guère la traiter d’envahissante. Les fleurs sont blanches ou blanc légèrement rosé. Les feuilles étroites sont sessiles, c’est-à-dire sans pétiole, donc fixées directement à la tige. La floraison a lieu à la toute fin de l’été et l’automne. C’est la plus rustique des galanes, jusqu’à la zone 2 ou même 1. C’est aussi la galane la plus vulnérable aux chenilles. 60 à 90  cm (jusqu’à 180 cm dans un site détrempé !) x 60 cm. Zone 2. C. lyonii (galane de Lyon) : originaire de régions plus au sud que les autres, du Kentucky à l’Alabama, la galane de Lyon est cependant aussi rustique que la galane oblique à laquelle elle ressemble beaucoup. Ses fleurs sont roses, d’ailleurs de la même teinte de rose que la galane oblique, mais elle s’en distingue facilement par ses pétioles plus longs (on se rappelle que les pétioles de la galane oblique sont très courts et que la galane glabre est sans pétioles), ce qui lui confère une apparence plus ouverte et aérée que les autres galanes. C’est aussi la galane la mieux adaptée aux sols secs. 60 à 90  cm x 60 cm. Zone 3. C. lyonii ‘Hot Lips’ : nom bien évocateur et une très belle plante. D’un rose plus soutenu que l’espèce et aux pétioles rougeâtres. 60 à 90 cm x 60 cm. Zone 3. Chelone glabra

Chelone lyonii

Vivaces | 233

Galane oblique

C. obliqua ‘Black Ace’ : fleurs roses. Feuillage presque noir. 60 à 90 cm x 60 cm. Zone 3.

Gentiane asclépiade

Gentiana asclepiadea

Gentiana asclepiadea Autre nom commun : gentiane fausse asclépiade Nom botanique : Gentiana asclepiadea Famille : Gentiancées Hauteur : 60 à 100 cm Largeur : 60 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : milieu de l’été Multiplication : division, semences Utilisation : naturalisation, platesbandes, rocailles, murets, pentes, sous-bois, prés fleuris, fleurs coupées, utilisation médicinale Associations : hakonéchloas, brunneras, astilbes Zone de rusticité : 4

Pour les peintres, le mot gentiane évoque une teinte de bleu, pour les amateurs de liqueurs fines, c’est une boisson française, mais pour bien des jardiniers, le mot « gentiane » évoque plutôt… la frustration. Le genre est réputé difficile et bien des pouces verts ont été vaincus après avoir essuyé des échecs répé­ tés. Pourquoi alors en parler dans ce livre (après tout, paresser au jardin demande nécessairement des plan­ tes faciles !)? C’est que la réputation des gentianes d’être difficiles est nettement surfaite. Oui, il existe des gentianes tatillonnes, mais il en existe aussi des faciles. Il reste un hic : les gentianes, même les faciles, sont habituellement des plantes de soleil ou, à tout le moins, de mi-ombre. La plupart sont des plantes alpines, habituées à un soleil particulièrement intense… et froid. D’ailleurs, une bonne partie de la réputation négative des gentianes est la difficulté de beaucoup de jardiniers d’offrir à la fois soleil et fraîcheur. Mais j’ai une solution à tout cela : une gentiane qui est facile comme tout (aussi facile qu’un phlox ou une gail­lar­de) et qui, de plus, est une plante de sous-bois.

234 | Vivaces

La gentiane asclépiade est grande pour une gentiane (bon nombre sont des plantes rasemoquettes), formant des touffes assez ouvertes de tiges dressées et nettement arquées. Les feuilles étroites, avec leurs trois à cinq nervures très prononcées, sont jolies en soi et sont à l’origine du nom de la plante : un botaniste a jugé que les feuilles ressemblaient à celles d’une asclépiade. Les anglophones lui trouvent plutôt une ressemblance avec le saule, car pour eux il s’agit d’un « willow gentian ». Au milieu de l’été, des masses de fleurs sans pédoncule, en forme de clochette allongée avec des pointes très bien définies, apparaissent aux aisselles des feuilles supérieures. L’espèce a habituellement des fleurs bleues, généralement un bleu un peu plus violacé que le vrai bleu gentiane. La gorge peut être bleu foncé ou blanche. D’ailleurs, il y a beaucoup de variabilité dans les couleurs et on voit parfois des fleurs violettes, roses ou blanches. La floraison dure trois à quatre semaines, soit jusqu’au début de l’automne. La culture de cette plante est des plus simples. Un sol riche en humus, de préférence, et bien drainé, mais toujours un peu humide. Les gentianes sont réputées pour demander un sol acide, mais cette espèce tolère bien presque tous les sols, même ceux qui sont un tantinet alcalins. Elle ne fait toutefois pas un bon choix pour l’ombre sèche. Si vous voulez réussir avec cette plante, paillez-la bien : elle n’aime pas sécher. Pour une meilleure floraison et une plus belle forme, visez la mi-ombre ou un emplacement ombragé par des branches surélevées : en effet, même si elle peut pousser là où il n’y a pas le moindre rayon de soleil direct, elle aime quand même une certaine clarté. Bien des livres accordent une zone 6 à à la gentiane asclépiade, assez pour décourager tout jardinier nordique, mais si je me fie à ce que j’entends dire sur cette plante, elle est en fait parfaitement à l’aise en zone 3. On peut la multiplier par division et elle pousse rapidement et facilement à partir de semences. D’ailleurs, elle se ressème volontiers dans les sous-bois ouverts qu’elle affectionne. Enfin, la gentiane asclépiade a peu d’ennemis, sinon les limaces, et cela, surtout en début de saison.

Vivaces | 235

Gentiane asclépiade

Après tout, dans un genre de plus de 400 espèces, les plantes ne peuvent pas toutes être des plantes de crê­tes mon­tagneuses enneigées. Et effectivement, la gentiane asclépiade est une espèce fores­tière, trou­vée à l’état sauvage dans les forêts d’altitude dans le centre et le sud de l’Europe et dans l’est de l’Asie.

Gentiane asclépiade

VARIÉTÉS : Pour une plante relativement peu connue (du moins, parmi les jardiniers qui n’achètent pas par la poste), il y a un nombre surprenant de cultivars de gentianes asclépiades, certains disponibles par semences. G. asclepiadea ‘Alba’ : fleur blanche. 60 à 100 cm x 60 à 90 cm. Zone 4. G. asclepiadea ‘Knightshayes’ : fleur très bleue à gorge blanche, moins tubulaire que l’espèce. Plant plus compact. 60 à 80 cm x 60 à 65 cm. Zone 4. G. asclepiadea ‘Phyllis’ : fleur bleu pâle. 60 à 100 cm x 60 à 90 cm. Zone 4. G. asclepiadea ‘Pink Swallow’ : fleur rose. 60 à 100 cm x 60 à 90 cm. Zone 4.

AUTRES ESPÈCES : La gentiane asclépiade n’est toutefois pas la seule gentiane de sous-bois. En voici quatre : Gentiana andrewsii

236 | Vivaces

G. cruciata (gentiane croisette) : avec ses tiges arquées sur un plant très compact, ce cultivar fait penser à une gentiane asclépiade miniature, mais même proportionnellement à sa taille, ses fleurs bleu violet foncé sont beaucoup plus petites. Très facile à cultiver. Fleurit à la fin de l’été. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 4. G. linearis (gentiane à feuilles étroites) : autre espèce indigène, cette fois-ci un peu partout au Québec et dans les provinces limitrophes, jusque dans le Grand Nord. Comme pour G. andrewsii, ses fleurs bleu violacé ne s’ouvrent jamais tout à fait. Floraison à la fin de l’été et l’automne. Feuilles très étroites, comme le nom le suggère. 15 à 60 cm x 30 à 45 cm. Zone 1. G. triflora (gentiane à trois fleurs) : le nom vient du fait que les fleurs à l’extrémité des tiges et à leurs aisselles sont souvent, mais pas toujours, regroupées par trois. Tiges érigées. Feuilles étroites et luisantes. Fleurs tubulaires bleu violet striées de blanc qui ne s’ouvrent pas beaucoup. Floraison : fin de l’été et début de l’automne. 30 à 60 cm x 60 cm. Zone 4.

Gentiana triflora

Vivaces | 237

Gentiane asclépiade

G. andrewsii (gentiane d’Andrews) : espèce indigène au Québec et d’ailleurs assez commune dans l’est de la province. Elle aussi a des feuilles étroites rappelant un peu un saule, mais c’est bien la seule ressemblance. D’abord, les fleurs sont produites en bouquets surtout à l’extrémité des tiges, qui ne sont pas particulièrement arquées non plus. Mais le plus surprenant, c’est que les fleurs bleu violacé ne s’ouvrent pas vraiment, ressemblant à de gros boutons allongés. Aussi facile à cultiver que G. asclepiadea. Floraison très tardive : milieu de l’automne. 30 à 60 cm x 30 à 45 cm. Zone 3.

Gillénie trifoliée

Gillenia trifoliata

Gillenia trifoliata Nom botanique : Gillenia trifoliata (Porteranthus trifoliatus) Famille : Rosacées Hauteur : 60 à 120 cm Largeur : 60 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche, humide Floraison : début au milieu de l’été Multiplication : division, bouturage de tiges, semences Utilisation : en isolé, haies, massifs, naturalisation, plates-bandes, arrière-plans, sous-bois, prés fleuris, utilisation médicinale Associations : hostas, brunneras, cœurs saignants, fougères Zone de rusticité : 4

238 | Vivaces

Nous voguons vers l’inconnu ici, car la majorité des jar­diniers n’ont jamais entendu parler de la gillénie tri­fo­liée et l’ont encore moins déjà cultivée. On com­ mence à la voir dans les catalogues postaux et une certaine popularité ne saurait tarder, car c’est une plante très ornementale et de culture facile. C’est d’ailleurs un cas classique de plante nord-amé­ri­caine (indigène en Ontario et le long de la côte est des États-Unis) bien plus populaire en Europe que dans son pays d’origine. Il s’agit bien d’une vivace, mais la gillénie trifoliée a une allure d’arbuste. D’ailleurs, son système racinaire est ligneux et ses tiges rougeâtres semblent aussi avoir leur part de lignine, car elles sont très solides. Flexi­bles, oui, car elles dansent au vent, mais elles ne cas­sent pas devant le pire des ouragans. Les feuilles à trois folioles (comme le nom le suggère) sont petites et étroites, vert moyen et joliment nervurées. C’est leur grand nombre qui habille ce pseudoarbuste et lui donne une certaine densité. Les fleurs sont petites et portées par des tiges minces. Avec leurs cinq pétales étroits tordus

Le feuillage rougit joliment l’automne et les tiges semi-ligneuses acajou ajoutent un certain attrait durant l’hiver. Comme elles ne disparaissent pas d’elles-mêmes, on peut les rabattre au moment du ménage printanier. La plante n’est pas du tout difficile à cultiver, mais elle est un peu lente à s’établir. Ainsi, même si elle est capable de tolérer l’ombre sèche, il vaut mieux acheter un plant bien mature et soi­gneusement s’occuper de son arrosage la première année si vous la plantez dans une telle situation. Un petit bébé lancé sans soin dans un milieu hyper sec n’ira pas loin ! Côté ensoleillement, la gillénie semble surtout aimer une situation de mi-ombre ou, encore, l’om­bre sous une voûte élevée. Si on la cultive au soleil, il faut l’arroser davantage ou bien la pailler. Si la gillénie paraît un peu fragile dans sa jeunesse, elle en revient à maturité, devenant même un peu entreprenante grâce à des stolons souterrains… et tant mieux, car elle est plus belle lorsqu’elle a un peu de compagnie. D’ailleurs, il est sage de la planter par groupes de trois à cinq pour lui donner tout de suite une certaine consistance. On peut facilement freiner ses élans en la divisant quand elle s’étend trop. Ou plantez-la à l’intérieur d’une barrière pour l’empêcher à tout jamais de vagabonder. C’est une de ces vivaces « permanentes » qui n’a jamais besoin de division pour continuer de profiter. La gillénie semble peu touchée par les prédateurs et les maladies, sinon par les limaces au printemps, lorsque son feuillage est encore fragile.

VARIÉTÉS : G. trifoliata ‘Pink Profusion’ : fleurs rose vif. Feuilles un peu rougeâtres. Cette nouveauté ris­que de devenir rapidement la forme habituelle de gillénie ! 60 à 120 cm x 60 à 90 cm. Zone 4.

AUTRES ESPÈCES : G. stipulata (gillénie stipulée) : seule autre espèce de gillénie, elle diffère de sa cou­sine surtout par la présence de deux stipules de bonne taille à la base de la feuille et qui fait en sorte que la feuille paraît quinquefoliée. Fleurs blanches aux pétales droits (non tordus). 60 à 120 cm x 60 à 90 cm. Zone 4. Vivaces | 239

Gillénie trifoliée

en mouvement sous la moindre brise, elles donnent un effet de légèreté à la plante, comme si elle était entourée d’une foule de petits papillons. Les pétales sont blancs, mais les sépales derrière la fleur sont rouges, ce qui crée un effet blanc un peu rosé. Les sépales persistent d’ailleurs jusqu’en automne, ce qui prolonge visuellement la saison de floraison.

Ginseng à cinq folioles La triste histoire du ginseng à cinq folio­les devrait être enseignée dans toutes les écoles. La manière dont cette plante autrefois relativement abon­dante fut essentiellement ex­ tir­pée par des gens avides de pro­ fit ins­tan­tané, mais n’ayant aucun sens de l’importance de préserver l’en­vi­ron­ne­ment, sinon pour assu­ rer la pérennité de leur propre enri­ chissement, est une marque noire au tableau de la colonisation de l’Amé­ri­que française.

Panax quinquefolius

Panax quinquefolius Autre nom commun : ginseng américain Nom botanique : Panax quinquefolius Famille : Araliacées Hauteur : 25 à 60 cm Largeur : 35 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : fin du printemps, début de l’été Multiplication : semences Utilisation : naturalisation, sous-bois, utilisation médicinale Associations : trilles, arisèmes, fougères Zone de rusticité : 4

240 | Vivaces

À partir de 1718, quand le jésuite Joseph-François Lafitau écri­vit un traité sur le ginseng de la NouvelleFrance, la racine de cette plante, très valo­ri­sée en Chine pour ses propriétés médicinales (Panax veut dire « qui guérit tout »), fut subitement le sujet d’une com­mer­ cialisation sans limites. Après tout, cha­que once de racine valait trois onces d’argent ! Des fer­mes furent abandonnées et des familles au complet devin­rent récolteurs de la célèbre plante. Quand la plante a été extirpée du Québec, elles ont parcouru l’On­ta­rio et les États-Unis à sa recherche, déterminées à l’ar­ra­cher jusqu’à la dernière plante. Tout ce qui a sauvé le ginseng de l’élimination totale fut la cupidité de ces mêmes vendeurs. Non contents de laisser sécher la racine naturellement avant de l’expédier en Chine, ce qui avait pour effet de préserver sa qualité mais retar­dait la vente, ils ont commencé à le faire sécher au feu, ce qui a donné une racine de qualité inférieure qui pourrissait souvent lors du transport outre-mer. Quand les Chinois ont découvert le pot aux roses, le mar­ché s’est complète­ ment effondré et les récolteurs ont été ruinés.

Voilà pour l’histoire. Qu’en est-il de la culture du ginseng en tant que plante ornementale ? Tout d’abord, la plante n’est pas si ornementale que cela. Elle est d’apparence « correcte », avec sa tige unique portant deux ou trois feuilles à cinq folioles vert foncé et dentées, mais son feuillage ne cache pas grand-chose. Il faut en planter plusieurs pour vraiment dire que le feuillage crée un bel effet. Ses fleurs, une seule ombelle de petites fleurs vert jaunâtre par plant, ne sont pas très voyantes non plus. Par contre, elles donnent de beaux fruits rouges en fin d’été et au début de l’automne. L’intérêt de cultiver cette plante vient donc moins du désir d’embellir son terrain que de la volonté de préserver une plante rare et même, si possible, de la réintroduire dans les éra­blières qui étaient autrefois son chef-lieu d’habitation… et aussi, d’épater la galerie ! Après tout, le ginseng est une plante rare et mystérieuse que peu de gens ont déjà vue. Depuis peu, il est possible d’acheter des plants de ginseng, ce qui sauve une étape. Auparavant, il fal­lait l’obtenir par semences alors que les semences germaient difficilement et prenaient plu­sieurs années avant de donner une plante mature, assez pour aiguiser la patience de ceux qui veulent voir des résultats rapides. Par contre, les plantes coûtent cher ; les semences aussi, mais moins, si vous êtes patient… Faites les semis (utilisez des graines fraîches et encore humides) à l’automne et semez-les en pleine terre. La germination aura lieu au prin­temps… ou encore, au second printemps ! Notez que cette plante ne se divise pas au pied comme d’autres vivaces, mais se multiplie seulement par semences. Peu de végétaux sont aussi sciaphiles que le ginseng. Même la mi-ombre est trop éclairée pour lui ! Donc si vous avez un emplacement tellement ombragé que rien ne veut y pousser, voici une solution. Son milieu naturel est la forêt dense et c’est seulement là qu’il prospère. Il aime un sol riche en humus et relativement humide, mais s’adapte à l’ombre sèche une Vivaces | 241

Ginseng à cinq folioles

Aujourd’hui, il reste quelques très petites populations de ginseng à cinq folioles au Québec et en Ontario. Au Québec, la plante est complètement protégée par la Loi sur les espè­ces menacées ou vulnérables depuis 2001. N’empêche que l’espèce est considérée comme « en voie de dis­pa­rition » partout au Canada et dans plusieurs endroits aux États-Unis. La production com­merciale du ginseng est encore permise et même assez florissante (les Chinois, revenus de leur déception du 18e siècle, considèrent de nouveau le ginseng à cinq folioles comme le meilleur ginseng du monde, loin devant le ginseng asiatique, Panax ginseng), mais on ne récolte plus des plantes sauvages. À la place, il y a maintenant des exploitations agricoles de gin­seng semé, soit dans des forêts denses, soit sous ombrière, notamment en ColombieBri­tan­nique et en Ontario. Cependant, avant de penser vous lancer dans la culture commerciale de cette plante, sachez que la culture du ginseng est ardue et lente et demande un très grand inves­tissement qui ne rapporte que bien des années plus tard.

Ginseng à cinq folioles

fois qu’il est bien établi. Il est à noter qu’il tolère assez bien les sols un peu alcalins. Avec un minimum de chance, les plants matures (il fleurit parfois à trois ans, mais le plus souvent à quatre ou cinq ans, voire six ans) se ressèmeront et vous créerez votre propre petite colonie de ginseng !

AUTRES ESPÈCES : P. ginseng (ginseng asiatique) : c’est l’espèce traditionnellement utilisée en Chine. Il ressemble beaucoup au ginseng à cinq folioles et se cultive de la même façon. 25 à 60 cm x 35 cm. Zone 4. P. trifolius (ginseng à trois folioles) : aussi appelée petit ginseng, cette plante n’a, heu­ reu­se­ment pour elle, aucune utilisation médicinale et n’est donc pas menacée à l’état sauvage. C’est une plante largement distribuée dans l’est de l’Amérique du Nord, dont au sud du Québec et dans les provinces limitrophes où on la trouve dans presque toutes les forêts feuil­lues. Par contre, cette plante éphémère a encore moins d’attrait que sa cousine plus grande. Ses feuilles (qui peuvent, malgré le nom commun, avoir plus de trois folioles) sont plus peti­tes et à bout arrondi. D’accord, ses fleurs en ombelle paraissant tôt au printemps sont blan­ches et donc plus voyantes que celles du ginseng à cinq folioles, mais elles ne durent pas long­temps. Et les fruits jaunes ne persistent pas non plus. D’ailleurs, toute la plante disparaît au début de l’été, car c’est une éphémère du printemps (si je ne l’ai pas placée dans le chapitre Panax trifolius à ce sujet [Tome 2], c’est tout simplement pour la conserver avec sa cousine à cinq feuilles dont le feuil­ lage est plus persistant). Un plant individuel n’a ainsi presque aucun impact visuel. Par contre, une petite colonie peut créer un très joli effet pourvu que vous prévoyiez d’autres végétaux pour ca­cher le vide qu’elle laisse quand elle disparaît. 20 cm x 5 cm. Zone 4.

242 | Vivaces

Glaucidium

Voici une de ces plantes de sous-bois qui séduit telle­ ment qu’une fois que vous l’aurez essayée, vous ne verrez plus l’ombre comme une complication mais plutôt comme un grand avantage ! Car le superbe glaucidium (les anglo­phones l’appellent « Japanese wood poppy » [pavot des bois japonais], mais il n’a pas encore de véri­table nom commun en français) ne pousse bien qu’à l’ombre. Peu de plantes sont aussi attrayantes… ni aussi difficiles à obtenir. Et les rares fois où plante est offerte, elle coûte les yeux de la tête ! Il s’agit d’une plante « pas comme les autres » à plu­sieurs point de vue. D’abord, elle est si belle et d’apparence si délicate, mais en même temps si solide. Mais elle est aussi toute seule dans le genre Glaucidium (c’est donc une plante monotypique). De plus, jusqu’à récem­ment, on la classait dans sa propre famille, les Glau­ci­dia­cées. De nos jours, on l’inclut plutôt dans la famille des Renonculacées, mais toujours dans sa propre sous-famille, les Glaucidioidées.

Glaucidium palmatum

Glaucidium palmatum Nom botanique : Glaucidium palmatum Famille : Renonculacées Hauteur : 40 à 60 cm Largeur : 45 à 60 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en humus Floraison : fin du printemps Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, naturalisation, plates-bandes, sous-bois Associations : trilles, épimèdes, bulbes à floraison printanière Zone de rusticité : 3

J’aime bien comparer le glaucidium à une pivoine (Paeo­ nia lactiflora) (et d’ailleurs, les botanistes, qui déci­dé­ment Vivaces | 243

Glaucidium

ne savent pas quoi faire de cette plante, l’avaient autrefois placée dans la famille des Paéo­niacées). Il a la même croissance lente, la même permanence, la même façon de pous­ser à partir d’épaisses racines (du moins, chez la pivoine, il s’agit de racines, le glau­ci­dium a plutôt d’épais rhizomes)… et environ la même taille. Par contre, le glaucidium est autrement plus délicat en apparence qu’une pivoine, qui est, il faut l’admettre, un bien solide gaillard. La tige produit trois (parfois quatre) grosses feuilles plutôt orbiculaires, en forme de feuille d’érable et joliment texturées. Au printemps, chaque tige produit une seule fleur en coupe un peu penchée à quatre tépales soyeux de couleur mauve à rose lilas avec une masse d’éta­mines au centre. Avec le temps, le nombre de tiges augmente grâce à ses rhizomes rampants, et la floraison aussi. Il n’est pas facile de cultiver le glaucidium dans un pays chaud : c’est une plante des forêts subal­pines et elle n’aime pas la chaleur. Il est toutefois très heureux sous notre climat, du moins là où les étés sont plutôt frais… à condition de le planter dans un sol humide, mais bien drainé et riche en matière organique et bien sûr de toujours le pailler. Il préfère l’ombre ou la mi-ombre, car il tend à brûler au soleil. Il tolère bien la présence d’arbres dans son envi­ ron­nement, mais seulement ceux à racines profondes. La division est rarement nécessaire, mais c’est la méthode la plus rapide pour obtenir un autre plante de taille à fleurir. Encore faut-il attendre que la plante soit assez mature pour per­mettre une division. Et il vous faudra un couteau bien aiguisé pour trancher les rhizomes épais. Par contre, peu de jardiniers ont des plants de glaucidium à diviser, tellement il est récem­ment arrivé sur le marché. Alors la méthode la plus courante pour obtenir de nou­ veaux plants est de les semer. Les graines de glaucidium sont disponibles dans le commerce si vous savez où chercher, mais la germination est lente et irrégulière. Semez les graines à l’intérieur dans une bonne cha­leur et peu à peu elles germeront sur une période de trois mois à deux ans. Pour que vos plants produisent des grai­nes fertiles, une pollinisation croisée serait nécessaire, du moins d’après un expert, ce qui veut dire qu’il vous faudrait au moins deux clones. Les limaces aiment bien le feuillage printanier et il n’y a aucune raison de croire que les cerfs ne s’en régaleront pas autant, mais autrement il a la réputation de ne pas avoir d’ennemis impor­tants. Ainsi en va-t-il dans le monde horticole : les plantes qui nous exaspèrent par leur lenteur à pousser sont celles qui ont le moins de problèmes.

VARIÉTÉS G. palmatum leucanthemum : à fleur blanche. Aussi vendu sous le nom ‘Album’. 40 à 60 cm x 45 à 60 cm. Zone 3. 244 | Vivaces

Hélianthe à feuilles étalées Le nom Helianthus veut dire fleur de soleil et non seulement les hélian­ thes ont-ils des fleurs en forme de soleil, mais ils adorent le soleil. Tous sauf un : l’hélianthe à feuilles éta­ lées, appelé autrefois tournesol des bois. Cette plante indigène (son aire naturelle va de la Floride au Québec) habite les sous-bois ouverts percés de rayons de soleil, l’équi­va­lent d’une mi-ombre assez fon­cée ou même de l’ombre. Et elle réus­sira tout aussi bien dans votre coin ombragé ou mi-ombragé. C’est une plante de forme très sim­ ple. Elle ne produit pas de touffes den­ses comme d’autres vivaces, mais normalement une seule tige dressée avec des feuilles opposées lan­ céo­lées sans pétiole et un peu rêches et, au sommet, une ou parfois deux ou trois inflorescences typiques des hélianthes, soit un cœur de fleurs fertiles jaunes auréolé de rayons jaunes. La simplicité faite fleur, n’est-ce pas ? Sauf que… Un hélianthe à feuilles étalées ne pousse jamais seul : il produit des rhizomes souterrains assez longs et vaga­bonds au bout desquels poussent d’autres tour­ ne­sols des bois, et ces plantes donnent naissance à encore d’autres et… je pense que vous comprenez que la plante est passablement envahissante ! Aussi, je recom­mande l’hélianthe à feuilles étalées strictement pour la naturalisation dans des emplacements que vous voulez fleurir sans nécessairement jardiner : une forêt ouverte, le long d’un chemin de campagne, sur la berge d’un lac en voie de renaturalisation, etc. Le libé­ rer dans une plate-bande aménagée serait une grande

Helianthus divaricatus

Helianthus divaricatus Autre nom commun : tournesol des bois Nom botanique : Helianthus divaricatus Famille : Astéracées Hauteur : 60 à 120 cm Largeur : illimitée Exposition : Sol : tout sol bien drainé Floraison : mi-été à automne Multiplication : division, semences Utilisation : naturalisation, sous-bois, fleurs coupées, attire les oiseaux et les papillons Associations : kirengeshoma, cimicifuges, hostas Zone de rusticité : 4

Vivaces | 245

Hélianthe à feuilles étalées

erreur. Ce n’est pas du chiendent, quand même, mais… il court, notre furet, il court ! Une autre possibilité serait bien sûr de le contrôler dès la plantation en le plaçant à l’intérieur d’une barrière enfoncée dans le sol. Cette solution est presque obligatoire si vous prévoyez le planter dans une plate-bande. Sa culture est très facile, car l’hélianthe à feuilles étalées s’adapte à presque tout : sol riche ou pauvre, humide ou sec, acide ou neutre et cela, au soleil, à la mi-ombre ou à l’ombre. L’ombre sèche et la compétition racinaire ne lui font nullement peur et d’ailleurs, avec les racines d’arbres pour ralentir son progrès, l’hélianthe à feuilles étalées est beaucoup plus « contrôlé » dans un tel milieu. La multiplication est facile par semences (il leur faut un traitement au froid pour germer), qui sont disponibles commercialement, ou par déterrement d’un plant ou deux. Comme beaucoup de plantes envahissantes, l’hélianthe à feuilles étalées est peu porté à se ressemer spontanément, peut-être parce que les oiseaux granivores, qui l’adorent, le fréquentent assidûment. Côté ennemis, il ne semble pas en avoir d’importants et n’est pas sujet au blanc comme d’autres tournesols peuvent l’être. Enfin, notez bien que cette plante est considérée comme une espèce vulnérable au Québec, où elle est à la limite nord de son aire dans la vallée de l’Outaouais. Il ne faut évidemment pas y récolter des plants à l’état sauvage, mais s’en tenir strictement à des clones cultivés. Heureusement, elle n’est pas menacée – bien au contraire, elle est généralement abondante – dans le reste de son aire.

246 | Vivaces

Hellébore

Quand je rencontre des jardiniers des États-Unis ou d’autres provinces, j’aime bien discuter avec eux d’un phé­no­mène curieux : pourquoi les jardiniers qué­bé­ cois boudent les hellébores. Quand on pense que les hellébores sont parmi les vivaces les plus populaires du monde, avec des centaines d’hybrides et même des clubs d’amateurs dans plusieurs pays, comme on le voit pour les hémérocalles, les hostas et les iris, il est éton­ nant de découvrir que la plupart des jardiniers qué­bé­ cois ne connaissent pas du tout cette plante. On ne les trouve presque jamais dans les jardineries, non plus. D’ailleurs, je ne peux même pas discuter de ce phé­no­ mène avec mes pairs québécois, car ils ne savent pas de quoi je parle. Mais puisque nous discutons de plantes d’ombre et que l’hellébore est l’une des meilleures viva­ces d’ombre, sinon la meilleure, cela vaut la peine ici de la présenter en détail. D’ailleurs, si l’hellébore hybride (Helleborus x hybrida) a été choisi vivace de l’an­née 2005 par la Perennial Plant Association, un prix qui ne va qu’aux meilleures des vivaces, ce n’est pas pour rien. C’est un vrai bijou !

Helleborus x hybridus

Helleborus Autre nom commun : rose de Noël Nom botanique : Helleborus Famille : Renonculacées Hauteur : 30 à 60 cm Largeur : 30 à 60 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche en matière organique. Tolère les sols alcalins. Floraison : tôt au printemps jusqu’au début de l’été Multiplication : semences, division Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, pentes, sous-bois, Associations : primevères, bulbes à floraison printanière, hostas Zone de rusticité : variable de 3 à 6

Vivaces | 247

Hellébore

Il y a 17 espèces d’hellébore, la plupart originaires d’Europe et quelques-unes d’Asie. Toutes ont un feuillage très découpé, la forme exacte dépendant de l’espèce, habituellement vert très foncé. De plus, le feuillage est persistant dans la plupart des cas, ce qui assure un intérêt toute l’année dans les régions où la couverture de neige est faible et durant de longs mois ailleurs. Le feuillage est toujours très beau, l’un des attraits principaux des hellébores. Il y a deux groupes principaux d’hellébores : les plus courants (H. x hybridus, H. orientalis, etc.) produisent uniquement des feuilles basilaires, persistantes ou non. Les nouvelles tiges florales sont annuelles et sortent directement du sol à partir de bourgeons souterrains. Dans l’autre groupe, moins connu, il y a une tige persistante et dressée sur laquelle paraissent à la fois les feuilles et les fleurs. H. foetidus et H. argutifolius sont de ce groupe. Ces variétés « cau­les­centes » sont nécessairement plus hautes que celles à feuilles basilaires. Les fleurs de l’hellébore sont curieuses. En forme de coupe et souvent assez grosses, elles ont une texture surprenante, avec des « pétales » charnus. Et justement, les pétales ne sont pas des pétales, mais des sépales, soit la partie de ce qui est, pour la plupart des plantes, l’enveloppe de la fleur. (Les vrais pétales sont devenus des nectaires et sont peu visibles.) Or, chez tous les végétaux, un sépale dure plus longtemps qu’un pétale, et dans ce cas-ci, beaucoup plus longtemps. Il est très courant de voir une fleur d’hellébore durer de la fonte des neiges (oui, elles fleurissent très tôt, souvent quand il y a encore de la neige au sol) jusqu’au début de l’été, soit jusqu’à trois mois, cela si le printemps a été frais (la floraison est écourtée si le printemps est chaud). Il faut le voir pour le croire ! Par contre, si les sépales commencent dans des teintes assez voyantes de blanc, rose, rouge et pourpre, ils verdissent avec le temps. Donc la fleur est souvent vert lime ou vert pourpré à la fin de la saison. Notez que la fleur semble totalement indifférente aux gels printaniers. On la voit régulièrement exposée à des nuits de -10 ˚C ou même disparaître sous la neige pendant une semaine ou deux et elle en ressort sans le moindre dommage. Helleborus x hybridus

248 | Vivaces

Helleborus x hybridus ‘Golden Lotus Strain’

Chez l’hellébore, vous avez un cas classique de plante qui exige un soleil printanier, mais qui est relativement indifférente à la lumière le reste de la saison. Tant que l’hellébore reçoit sa part de soleil au printemps, il poussera sans peine à l’ombre très profonde. D’ailleurs, il n’aime pas le soleil direct estival. Idéalement donc, on plantera les hellébores sous des arbres à feuilles caduques (ils résistent très bien à l’ombre sèche une fois établis) ou dans un emplacement qui reçoit un soleil matinal. On peut aussi les cultiver très bien sous les coni­ fères tant que la lumière latérale les atteint. Autrement dit, ils pousseront sous un coni­fère, mais pas nécessairement dans une forêt de conifères, car dans ce dernier cas le soleil prin­ tanier n’atteint pas leurs feuilles. Tous les sols bien drainés conviennent, même la glaise, mais l’hellébore préfère un sol riche en humus et légèrement humide, tolérant toutefois très bien la sécheresse. Il pousse souvent dans les sols alcalins ou neutres dans la nature, mais ne semble pas dérangé par les sols acides en culture. C’est une plante gourmande qui aime un apport annuel de compost ou un engrais à dégagement lent si on ne la paille pas. Évitez les emplacements exposés, car les belles feuilles brûlent pendant l’hiver si elles sont au plein vent. Cela n’empêche pas la floraison, mais vous vous sentirez obligé de les couper, une tâche bien ingrate. C’est pour cette raison que l’hellébore se trouve si bien dans un sous-bois, ce qui est d’ailleurs son milieu naturel : c’est un milieu naturellement protégé. En effet, peu de plantes apprécient autant les feuilles mortes qui leur tombent sur la tête l’hiver qu’un hellé­­bore : qui adore la litière forestière. D’ailleurs quand quelqu’un me dit ne pas réussir avec les hellébores, je sais toujours pourquoi : il ne faut pas les nettoyer à l’automne. On peut également les protéger avec une bonne cou­che de Helleborus x hybridus ‘London Fog Strain’ paillis et, bien sûr, une cou­ ver­ture de neige est tou­jours appré­­ciée. Donc, pour plus de succès, plan­tez vos hel­lé­bo­ res dans un sous-bois au pied d’arbres caducs où la neige s’accumule l’hiver. La rusticité des hellébores ne cesse de s’améliorer… ou Vivaces | 249

Hellébore

Il y a normalement cinq sépales (plus chez les cultivars semi-dou­bles et doubles) qui for­ ment une coupe d’abord très pen­chée, puis plus dres­sée (n’ou­bliez pas qu’elle a trois mois pour chan­ger de po­si­tion !). Cer­tains hybri­des ont même des fleurs plus ou moins éri­gées, fai­sant timi­de­ment face au soleil, mais la plupart sont, au mieux, portées à l’horizontale.

Hellébore

plu­tôt, c’est notre connaissance des hellébores qui s’améliore. Quand j’ai commencé à jar­di­ner il y a 30 ans, on les disait de zone 6 ou 7 et j’osais à peine les essayer (après tout, je vis en zone 4 !). Puis, à la suite des succès de jardiniers comme moi dans les zones plus froides, on a osé leur accorder une zone 5, puis une zone 4. Il existe encore plusieurs espèces plus fra­giles, mais les vrais connaisseurs accordent maintenant une cote zonière de 3 à la plupart des hellébores. Le hic chez les hellébores demeure leur coût. D’abord, les nouveaux hybrides se vendent cher, comme c’est le cas de toute nouvelle introduction horticole, mais même les hellébores « ordi­­naires » coûtent plus cher que la majorité des vivaces. Un peu comme une pivoine, il faut des années de culture pour produire un hellébore en fleurs, pas quatre ou cinq mois comme tant d’au­tres vivaces. Si vous voulez des hellébores, et surtout si vous les voulez assez gros pour fleu­rir, il faut être prêt à payer le prix. À moins de les semer. Il est possible d’obtenir un beau choix de semences d’hel­lé­bore… mais il faut acheter des semences fraîches, habituellement expédiées au début de l’été. Une fois les graines séchées, leur viabilité chute rapidement. Toutefois, même si on sème des graines fraîches, la germination aura rarement lieu avant l’année suivante. Du moins c’est le cas si on les sème en pleine terre. Si on les sème à l’intérieur, on peut « rac­cour­cir les saisons » : semez les graines à la température de la pièce, puis après deux mois, donnezleur deux mois au congélateur, puis faites-leur subir encore des températures plus chau­des. Se croyant au printemps, les graines germeront. Il n’en demeure pas moins que les jeu­nes semis sont à trois ans au moins de la première floraison. Il est possible de diviser les hellébores matures, mais c’est un grand choc pour la plante et maman et bébés prendront quelques années à s’en remettre. Le truc utilisé par les experts est de laisser les plantes se ressemer. Habituellement, après trois ou quatre ans de culture, on trouve des semis d’hellébore à la base de la plante mère. Déterrez-les avec soin et replantezles ail­leurs. C’est la méthode de multiplication de loin la meilleur marché. Helleborus x hybridus ‘Spashdown Strain’

250 | Vivaces

Helleborus x hybridus ‘Dark Shadows Strain’

S’ils n’offrent pas grand-chose à croquer, il faut tout de même savoir que les hellébores sont toxi­ques. D’ailleurs leur nom botanique vient du grec helein pour tuer et bora pour nourriture. La « nourriture qui tue » : il me semble que c’est assez clair qu’il ne faut pas les manger ! Comme bien des plantes toxiques, les hellébores sont rarement la cible des insectes ou des mam­­mifères. Par contre, les feuilles de l’année précédente peuvent être endommagées au cours de l’hiver et, sinon, finissent par se tacher de noir et par pourrir, une maladie causée par des champignons. Plutôt que de paniquer, pensez-y une minute : c’est tout simplement la méthode qu’ont les hellébores pour se débarrasser des vieilles feuilles inutiles : la maladie ne s’étend pas aux feuilles fraîches. Coupez les feuilles atteintes si cela vous dérange, sinon… laissez-les pourrir sur place !

PRINCIPALE ESPÈCE : H. x hybridus (hellébore hybride) : autrefois, on classait la plupart des hellébores hor­ ti­co­les dans le genre H. orientalis (hellébore oriental), mais on s’est récemment rendu compte qu’en fait, presque tous les hellébores orientaux avaient des gènes d’autres espèces. Autre­ment dit, sans trop s’en apercevoir, le fait d’avoir cultivé côte à côte différentes espèces d’hel­lébore, et ce, chez une plante multipliée presque uniquement par semences, avait mené à une hybridation natu­relle non contrôlée. Les soi-disant hellébores orientaux (H. orien­talis) étaient presque tous des hybrides. Ainsi, de nos jours, la majorité des hellébores sont maintenant considérés comme des H. x hybridus, peu importe ce que dit l’étiquette qui les accom­pagne (ce grand transfert ne date que de 2005… et toutes les pépinières n’ont pas encore accepté le changement). Aussi, plutôt que de réduire la vigueur des plantes, cette hybridation l’a augmentée. Tous s’ac­cordent à dire que déjà H. orientalis était la plus robuste des espèces et la plus facile à cul­ti­ver ; eh bien, les H. x hybridus sont plus robustes et plus faciles à cultiver que les H. orientalis. Des vrais durs à cuire ! L’hellébore hybride est à feuillage basilaire persistant. Les feuilles sont vert foncé avec sept à neuf folio­les et finement dentées. La tige florale, qui se pointe très tôt au printemps, porte des fleurs penchées à partiellement érigées qui mesurent de 7 à parfois même 10 cm de diamètre. Vivaces | 251

Hellébore

D’ailleurs, si les hellébores n’apprécient pas la division, ils n’aiment pas plus la transplantation. Vous aurez souvent de meilleurs résultats en plantant un nouvel hellébore qu’en transplantant une plante établie.

C’est chez cette espèce hybride qu’on trouve la vaste gamme de cou­ leurs qui fascine tant les jar­di­niers : pas juste les blancs, les pour­pres et les verts des autres espè­ces, mais des roses, des jaunes, des sau­mon et des rouges qui peu­vent être purs ou auréolés, striés ou tache­tés d’autres couleurs. Les fleurs peuvent être Helleborus x hybridus ‘Regal Ruffles Strain’ est typique d’une lignée (« strain » ) : les fleurs sont souvent très belles, mais on simples, doubles ou semi-dou­bles. ne sait pas exactement ce qu’on aura. Il y a aussi le type appelé « à fleurs d’anémone » : il a des nectaires (i.e. pétales) extra gros au cen­tre de la fleur, souvent d’une couleur différente des sépales extérieurs, et paraît alors semi-double. Mais comme ces pétales ne durent pas aussi longtemps que les sépales, la fleur redevient simple pour finir la saison. Jusqu’à tout récemment, on ne vendait que rarement des cultivars d’hellébore hybride, mais plutôt des « lignées ». C’est parce que la multiplication asexuelle des hellébores était telle­ment difficile que les hybrideurs vendaient plutôt des semis, mais des semis de lignées sélec­tionnées. D’expérience, on savait qu’en croisant hellébore X avec hellébore Y, on obtenait habituellement des hellébores aux traits prévisibles : disons, de grosses cloches rouge orangé picotées de noir. On vendait donc la plante sous un nom évocateur, disons H. Fifi Brindamour Strain (« strain » veut dire lignée en anglais). Mais le client prenait un risque, car les lignées ne sont pas toujours fidèles. Ainsi, Fifi pouvait très bien avoir des fleurs blanches sans la moindre tache de rousseur : quelle déception ! Les lignées semi-dou­bles, notamment, n’étaient semi-doubles qu’à 20 %. Mais c’était le prix à payer à cette époque pas si lointaine pour avoir la possibilité de cultiver l’un des rares hellébores semi-doubles. Tout cela est presque chose du passé maintenant, car depuis peu on a appris à multiplier les hellébores par culture in vitro. Ainsi, à partir de quelques cellules d’un cultivar de choix, il est désormais possible d’avoir des millions d’exemplaires identiques (il y a toujours un petit risque de muta­tion, même avec la culture in vitro, mais chez l’hellébore, il n’y même pas une mutation sur 100 plants). C’est ainsi que, subitement, des varian­tes hors prix devenaient abordables. Après tout, qui pou­vait se payer un hellébore dou­ble produit par division, donc garan­ti d’être double, avant l’an 2000, quand la culture in vitro a com­mencé à connaître du succès : de tel­les plantes se vendaient plus de 500 $ ! Aujour­d’hui, les plus récents hybri­des sont offerts à moins de 30 $, les « vieilles variétés », sur le mar­ché depuis deux ou trois ans, à 15 $. Cela a mené à une explosion du nombre de cultivars offerts. De 252 | Vivaces

Cela dit, il n’est nullement utile de présenter ici une liste de cultivars. Le marché est trop en effervescence avec trop de nouveautés que peu de gens ont essayées. Je vous suggère de choi­sir selon votre goût et votre budget, en vous rappelant que les lignées (« strains ») ne sont pas fidèles au type et ne donneront pas nécessairement la forme ou la couleur montrée sur l’étiquette… mais elles vous coûteront sans doute moins cher. 35 à 45 cm x 45 cm. Zone 3.

AUTRES ESPÈCES : H. argutifolius (H. corsicus) (hellébore corse) : l’un des rares hellébores caulescents (avec une tige dressée). Les fleurs en coupe sont petites et vert rehaussé de blanc, très nom­ breuses (jusqu’à 30 !), portées avec les feuilles par une épaisse tige. Les feuilles sont tout à fait charmantes : gris vert, luisant, avec seulement trois folioles charnues à marge épineuse. La tige s’allonge d’année en année, comme un arbuste, et la plante peut atteindre jusqu’à 150 cm de hauteur… en Corse ! Il semble rester beaucoup plus petit dans nos conditions, atteignant environ 60 cm, mais demeure quand même le plus mas­sif des hellébores. La croissance est très lente et même une plante de bonne taille au moment de l’achat est souvent à trois ans d’une première floraison. Notez que cette plante a été peu utilisée dans nos régions, car on insistait jusqu’à récemment sur sa faible rusticité (zone 6 ou 7). Cependant, les autorités lui accordent maintenant une zone 4 et d’ailleurs elle se comporte très bien chez moi dans cette zone. En théorie, l’hellébore corse préfère plus de soleil que les autres hellébores et tolère même le plein soleil. Je ne le savais pas et j’ai planté le mien à l’ombre, où il se comporte merveilleusement. H. lividus (hellébore livide, zone 6) et H. x sternii (hellébore de Stern, zone 4) sont très semblables. 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 4. H. argutifolius ‘Janet Star­nes’ : feuillage tacheté d’ar­gent. L’un des rares hellé­bores à feuillage panaché. Très chic ! 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 4.

Helleborus argutifolius

H. atrorubens (hellébore noir) : l’un des rares hellé­bo­res à feuillage caduc. Ainsi, les fleurs solitaires ou portées deux ou trois par tige Vivaces | 253

Hellébore

moins de 200 cultivars de H. x hybridus en 2000, ils étaient presque 3000 en 2009… et de centaines de nouveaux hybrides arrivent sur le marché tous les ans.

Hellébore

s’élèvent du sol sans le tapis de feuillage habituel, ce qui surprend un peu : elle me fait alors penser à un bulbe à floraison printanière, car ces plantes aussi ont souvent peu de feuillage au moment de leur épanouissement. Les fleurs sont très hâtives, sortant parfois à travers la neige. Les fleurs portées à l’horizontale sont de taille moyenne pour un hellébore, de 4 à 5 cm de diamètre, et sont pourpre très foncé à l’intérieur, d’ailleurs presque noir, et plutôt rouge foncé à l’extérieur. Du moins, c’est la couleur la plus connue. En fait, les fleurs peuvent aussi être vertes ou pourpres ou de toute teinte entre les deux. Les feuilles caduques sortent après le début de la floraison et sont rougeâtres au début, puis vert foncé, avec 9 à 13 segments étroits à marges piquantes. Elles paraissent presque digitées. 30 cm x 30 cm. Zone 5 (mais elle réussit très bien en zone 4 sous une couche de neige fiable). H. foetidus (hellébore fétide) : une des espèces caulescentes (avec une tige dressée). Gros bouquets ramifiés de petites fleurs jaune verdâtre, de 25 à 50 par tige, portés bien au-dessus du feuillage. Senteur désagréable, mais seulement si on met le nez dans la fleur. Feuillage vert brillant avec 9 à 11 segments lancéolés très étroits : il me fait penser à une feuille de marijuana ! C’est le va-vite des hellébores, en fleurs après seulement deux ou trois ans à partir du semis, mais attention : il est habituellement monocarpique (i.e. qu’il meurt après la floraison) ! Pour le conserver, coupez la tige florale avant la formation de graines, ce qui force la plante à se renouveler à partir de la base. Tant que vous la rabattrez annuellement après sa floraison, elle survivra. Par contre, si vous la laissez monter en graines, elle vous récompensera avec une foule de semis. Se transplante plus facilement que les autres hellébores. 45 à 60 cm x 45 cm. Zone 4. H. foetidus ‘Westerflisk’ : il existe plusieurs cultivars d’hellébore fétide, mais ‘Westerflisk’ est le plus disponible. Fleurs vert clair rehaussées de pourpre. 45 à 60 cm x 45 cm. Zone 4. H. niger (rose de Noël) : ainsi nommé parce qu’il fleurit très tôt, parfois au début de janvier en Europe, mais rarement avant avril chez nous. Feuillage persistant basilaire de Helleborus argutifolius ‘Janet Starnes’

254 | Vivaces

Helleborus foetidus

Helleborus niger

Cette plante est censée être un véritable Helleborus orientalis.

sept à neuf segments, vert foncé, denté seulement vers la pointe. Fleurs blanc pur, souvent un peu rosées au revers, devenant rosées en vieillissant. Elles sont généralement portées une par tige (parfois 2 ou 3) et peuvent être très grosses : de 8 à 12 cm de diamètre. Comme les fleurs sont portées à l’horizontale et ne sont pas penchées, elles sont très voyantes. Cette plante a la réputation d’être difficile à établir. Offrez-lui un sol très riche en humus et toujours humide (la rose de Noël n’est pas adaptée à l’ombre sèche !) et évitez complètement le soleil d’été. 30 à 45 cm x 30 cm. Zone 3. H. niger ‘Potter’s Wheel’ : il existe une foule de sélections de H. niger ainsi que des plan­ tes qui sont des hybrides de H. niger et qui lui ressemblent (elles portent des noms d’hy­ bride comme H. x ericsmithii et H. x nigercors). Elles diffèrent principalement de l’espèce par leurs fleurs plus colorées : teintes ou tachetées de rose ou de vert. ‘Potter’s Wheel’ est typique de ce groupe, avec ses grosses fleurs à œil vert. 30 à 45 cm x 30 cm. Zone 3. H. orientalis (hellébore oriental ou rose du Carême) : la presque totalité des plantes vendues sous le nom d’H. orientalis sont maintenant classées sous le nom H. x hybrida. D’ailleurs, même une plante vendue tout simplement sous le nom d’H. orientalis est probablement un hybride. En fait, l’espèce est désormais très rare en culture et il faut presque connaître un collectionneur d’hellébores pour obtenir un véritable hellébore oriental. Les fleurs sont blanches ou rose verdâtre devenant vertes en vieillissant. Feuilles basilaires très foncées, persistantes bien sûr, à 7 à 9 folioles finement dentées à la marge. 35 à 45 cm x 45 cm. Zone 3. H. purpurascens (hellébore pourpre) : fleurs violet très foncé portées deux à quatre par tige. Son feuillage caduc à cinq segments, chacun partiellement découpé en deux à son tour, diffère de celui des autres hellébores parce que hirsute au revers (les autres sont lisses). Les fleurs et le feuillage paraissent en même temps, très tôt au printemps. Ressemble beaucoup à H. atrorubens. 30 cm x 30 cm. Zone 3. Vivaces | 255

Hépatique à trois lobes

Hepatica nobilis

Hepatica nobilis Autres noms communs : hépatique, anémone hépatique Nom botanique : Hepatica nobilis Famille : Renonculacées Hauteur : 8 à 25 cm Largeur : 15 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique. Tolère les sols alcalins. Floraison : début du printemps Multiplication : division, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, sous-bois, lieux humides, utilisation médicinale Associations : anémones des bois, hellébores, trilles Zone de rusticité : 4

256 | Vivaces

Pour une fois, les taxonomistes ont rendu un fier service aux jardiniers. Vous savez, ces botanistes qui s’amu­ sent à changer les noms botaniques des végétaux pour des raisons qui nous paraissent des plus obscures. Habi­tuellement, on les déteste, car ils viennent modifier les noms qu’on avait pris la peine d’apprendre. Cette fois-ci, par contre, je trouve qu’ils ont bien fait en fondant neuf espèces d’hé­patique en une seule : Hepatica nobi­lis. Après tout, qui était capable de les distinguer de toute façon ? Et elles se croisaient allégrement de plus. La vision actuelle du genre est donc d’une espèce circumpolaire un peu variable trouvée dans une large bande recouvrant les régions tempérées d’Amé­rique du Nord, d’Europe et d’Asie et une deuxiè­me espèce très localisée (décrite plus loin). Deux espè­ces plutôt que 10 ? Il est certain que cela facilite mes explications ! Il ne faut pas confondre l’hépatique (Hepatica), une plante à fleurs, avec l’hépatique, une plante primitive (bryo­phyte) proche des mousses qui tapisse le sol dans les endroits humides. Pour éviter toute confusion, mieux vaut référer à l’hépatique bryophyte comme une hépa­ ti­co­phyte, un nom qui veut dire « plante ressemblant à une hépatique ».

L’hépatique à trois lobes, autrefois identifiée avec le genre Ane­mone, est la plante des sous-bois par excel­ lence. Elle pous­se pres­que uniquement dans les forêts feuillues ou mix­tes où elle peut parfois en tapisser le sol. La plante for­me une rosette basse de feuilles tri­lo­ bées vert foncé l’été, deve­nant souvent pourprées ou marbrées à l’automne. Le feuil­lage est théoriquement

persistant, mais dans les sec­teurs exposés, disparaît à la fonte des neiges, en même temps que la flo­rai­son a lieu. Dans les endroits pro­té­gés, notamment par la neige, le feuil­lage persiste jus­qu’à ce que les nouvelles feuilles les recou­vrent. Donc, la plante peut être feuillue ou non à la flo­rai­son. De toute façon, les nou­vel­les feuilles sortent pendant que la plante est en fleurs, donc toute absence de feuillage est brève.

La gamme de couleurs chez Hepatica nobilis est surprenant.

Les fleurs, petites mais nombreuses, ressemblent à des anémones, une plante apparentée. On trouve une variété de couleurs à l’état sauvage, de blanc à bleu violet pâle à pourpre foncé, et parfois aussi rose, bien que le bleu violet domine. Les étamines peuvent être de la même couleur que la fleur ou d’une couleur contrastante. Notez que, comme chez l’hellébore, ce sont les sépales qui font acte de pétales : on les appelle sépales pétaloïdes.

Origine du nom La croyance générale veut que l’hépatique ait reçu son nom de sa feuille en forme de foie (hepar en grec), mais il faut beaucoup d’imagination pour voir la moindre res­semblance entre les deux, même si le foie a bien trois lobes et que cette feuille est trilobée. Ce renseignement a été beaucoup diffusé… mais il est faux. En fait, le nom pro­vient de la couleur brun pour­pré hivernale de la feuille qui res­sem­­ble passablement à celle du foie. On arrive donc à la même conclusion, mais pour différentes raisons. Selon la doctrine des signatures, très prisée aux 16e et 17e siè­ cles, cette coloration voulait dire que l’hé­pa­ti­que devait servir à traiter les maladies du foie. Mal­heu­reu­se­ment, l’hépatique est toxique et son utilisation avait sou­vent de tris­tes consé­ quences. Encore de nos jours, pourtant, l’hépatique est utili­ La couleur du feuillage automnal a donné son nom à Hepatica nobilis. sée de façon médicinale… mais très diluée, on l’espère.

L’hépatique est l’une de ces plantes qui poussent lentement, mais sûrement, sans com­pli­ca­ tion aucune. Plantez-la à demeure dans un emplacement mi-ombragé ou ombragé qui reçoit du soleil au printemps et dont le sol est bien drainé. Elle préfère les sols riches, humifères et éga­le­ment humides, mais tolère presque tout. Ainsi on la voit pousser, à l’état sauvage, dans le sable et la glaise ainsi que dans les érablières où la compétition racinaire est féroce. Elle ne craint pas non plus les sols alcalins, mais elle est aussi très à l’aise dans les sols acides. L’hépatique se transplante facilement, mais pousse lentement. Aussi, il n’est pas évident de la mul­­ti­plier par division, du moins pas avant plusieurs années. La multiplication se fait alors sur­tout par semences… mais pour cela, il faut des graines fraîches. Certains catalogues Vivaces | 257

Hépatique à trois lobes

les vendent fraî­ches, et font une livraison spéciale au début de l’été quand elles mûrissent. Attention toutefois aux catalogues qui offrent des graines d’hépatiques sans autre précision. Notez que les semis ger­ment lentement et sont très fragiles. Ils demanderont de bons petits soins pendant deux ou trois ans avant d’être prêts à être transplantés en pleine terre. Ou encore, semez-les en pleine terre et laissez-les germer et pousser à leur guise. La méthode du paresseux est de laisser la plante se res­se­mer, ce qu’elle fait modestement, et de transplanter les semis quand les plants sont plus gros. On dit que les limaces peuvent attaquer les jeunes feuilles, mais je n’ai jamais vu quoi que ce soit s’attaquer à une hépatique, du moins pas tant que les feuilles étaient encore vertes (si les animaux vidangeurs veulent faire le ménage des feuilles mortes, libre à eux).

VARIÉTÉS : Les marchands eux aussi produisent leurs hépatiques surtout par semences et ne garan­ tis­sent donc pas la couleur (on comprend que les plantes produites par semences ne sont pas fidèles au type). Les variétés très spéciales sont produites par division et coûtent une for­tune, car alors seulement quelques plants sont disponibles tous les quatre à six ans : attendez-vous à payer de 35 $ jusqu’à 1000 $ pour un plant ! Si un de ces jours on découvre comment mul­tiplier cette plante de façon plus rapide (par culture in vitro peut-être), les prix baisseront et ces plantes de choix deviendront communes. Pour l’instant, il faut avoir les poches bien rem­plies pour pouvoir s’offrir une hépatique dotée d’un nom de cultivar ! H. nobilis acuta (anc. H. acutiloba) (hépatique acutilobée) : c’est l’une des deux sous-espèces nord-américaines, d’ailleurs la plus abondante au Québec. Elle se distingue de l’au­tre hépatique indigène (H. nobilis obtusa) par ses feuilles à lobes pointus. Les fleurs peu­vent être blanches, roses, bleu violet ou pourpres. 8 à 25 cm x 15 cm. Zone 4. H. nobilis japonica (anc. H. japonica) (hépatique japonaise) : originaire du Japon et de Corée. Ses lobes sont pointus, comme ceux de l’hépatique acutilobée. Elle a habituelle­ment Hepatica nobilis

258 | Vivaces

Hepatica transsilvanica

H. nobilis nobilis (anc. H. nobilis, syn. H. triloba) (hépatique trilobée) : c’est la forme européenne et elle ressemble fortement à notre sous-espèce indigène, H. nobilis obtusa, les deux ayant l’extrémité des lobes arrondie. Elle aussi est très variable et on trouve des variantes à feuillage marbré et à fleurs doubles, mais à des prix exorbitants. Pour le commun des mortels, acheter une hépatique trilobée est un coup de dés : les plants disponibles sont produits par semence et personne ne peut prévoir s’ils seront blancs, roses, bleu violet ou pourpres. 8 à 25 cm x 15 cm. Zone 4. H. nobilis obtusa (anc. H. americana) (hépatique américaine) : voici l’autre des deux sous-espèces nord-américaines et indigènes au Québec tout comme H. nobilis acuta. Elle a des lobes arrondis à l’extrémité. C’est l’espèce la plus courante dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, mais elle est moins courante au Québec que sa cousine à lobes pointus. Au risque de me répéter, les fleurs peuvent être blanches, roses, bleu violet ou pourpres… et vous ne saurez pas laquelle ce sera à l’achat. 8 à 25 cm x 15 cm. Zone 4. H. transsilvanica (hépatique de Transylvanie) : c’est la seule autre espèce d’hépatique depuis la refonte du genre. Elle se distingue facilement des autres, car chacun de ses trois lobes (rarement cinq) est coché à son tour, ce qui crée une feuille plus découpée, presque ronde. À mes yeux, elle ressemble à une feuille d’arbre à 40 écus (Ginkgo biloba). Les fleurs, qui peuvent être bleu violet, rose pâle ou blanches, sont un peu plus grosses que les autres (elles mesurent jusqu’à 4 cm de diamètre) et il existe aussi des formes (hors prix, bien sûr !) à fleurs doubles. C’est la seule espèce qui produit des rhizomes rampants et qui s’étend donc peu à peu pour créer un beau tapis. Excellente plante couvre-sol. 8 à 25 cm x 15 cm. Zone 4. H. x media (hépatique hybride) : résulte du croisement de H. nobilis nobilis et H. trans­ sil­va­nica, ce qui donne souvent des fleurs semi-doubles. Rose, blanche ou bleu violet. Les cultivars sont, comme toujours, hors prix, mais on peut obtenir des semis à prix raisonnable. 8 à 25 cm x 15 cm. Zone 4. Vivaces | 259

Hépatique à trois lobes

des feuilles trilobées, mais parfois avec cinq ou sept lobes. Son feuillage est parfois marbré d’ar­gent, un trait très prisé. À l’état sauvage, les fleurs sont habituellement blanches ou bleu violet. Cette plante est collectionnée et hybridée depuis presque deux siècles au Japon où elle fait l’objet d’un véritable culte, ce qui a donné littéralement des centaines de cultivars à feuillage vert ou panaché, à fleurs simples, semi-doubles, doubles ou à fleur d’anémone et dans différentes couleurs dont le blanc, le rose, le rouge, le vert, le lavande, le bleu, le violet et le pourpre, sans parler bien sûr des bicolores et des tricolores. Il est toutefois inutile de vous présenter une longue liste de cultivars que vous ne pourriez pas vous payer. Comme pour les autres hépatiques, il faut généralement se contenter de plants produits par semences et qui sait quelle couleur elles auront ? 8 à 25 cm x 15 cm. Zone 4.

Heuchère

Heuchera ‘Georgia Peach’

Heuchera Nom botanique : Heuchera Famille : Saxifragacées Hauteur : 15 à 23 cm Largeur : 40 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé et riche Floraison : variable, parfois tout l’été Multiplication : division, bouturage de tiges florales, bouturage de feuilles, semences Utilisation : en isolé, bordures, couvresols, massifs, naturalisation, platesbandes, pentes, sous-bois, bacs, fleurs coupées, attire les colibris Associations : géraniums, épimèdes, bulbes à floraison printanière Zone de rusticité : 3

Je me souviens très bien quand les heu­chères étaient des plantes peu connues, surtout cultivées pour leurs fleurs. C’était encore comme cela jusqu’au milieu des années 1990 quand la nouvelle vague d’heuchères, développées à l’ori­ gine par Dan Heims de Terra Nova Nur­series en Oregon, déferla sur nos jardins comme un tsunami. Tout d’un coup, les heuchères pou­­vaient tout aussi bien avoir des feuilles pourpres que dorées, oran­ gées ou argentées et elles étaient désor­mais plus cultivées pour leur feuil­lage que pour leurs fleurs. Les heu­chères sont maintenant des vivaces de base pour tout aménagement, ombragé ou non, et sont connues de tous les jardiniers. On se demande comment on a fait pour s’en passer ! Les heuchères sont des plantes relativement basses for­mant une rosette de feuilles généralement persis­ tan­tes autour d’un collet à fleur de sol. Les feuilles, qui peuvent être lisses ou poilues, sont portées par des pétio­les de longueur inégale et sont habituellement en forme soit de cœur soit de feuille d’érable, avec des lobes plus ou moins découpés. La marge des feuilles porte habituellement des dents arrondies ou pointues. Chez certains cultivars, la feuille est un peu ou très ondu­lée. La feuille est verte chez les espèces, parfois rehaus­sée d’un peu d’argent. Le revers est souvent pour­pre ou, du moins, de couleur plus foncée que la face supérieure. La tige florale est dressée, portant souvent de petites feuil­les à la base. Bien que mince, elle est robuste. Elle

260 | Vivaces

La culture des heuchères varie un peu selon que vous les cultivez pour leur feuillage ou leur fleur. Les variétés à beau feuillage n’ont pas besoin du plein soleil et se cultivent mieux à la mi-ombre, car leur couleur peut être délavée par les rayons solaires en plein été, notam­ment les teintes orangées et vert lime. L’ombre convient aussi, mais la croissance y est moins rapide. Les heuchères à fleurs, pour leur part, sont à leur meilleur à la mi-ombre ou même au soleil, car elles ont besoin de plus d’énergie solaire pour bien fleurir : elles font de moins bons choix pour les emplacements ombragés, mais sont d’excellentes plantes pour la mi-ombre. Dans la nature, les heuchères croissent dans un sol riche en humus et plutôt humide, mais quand même bien drainé. En culture, elles tolèrent les sols moins organiques et plus secs, mais pour assurer une meilleure croissance, appliquez un bon paillis organique. De tels pail­ lis ont l’avantage de garder le sol plus frais et plus humide tout en nourrissant les plantes quand ils se décomposent. Ces paillis sont doublement avantageux pour les heuchères quand on les cultive à l’ombre sèche, car ils aident à préserver un peu d’humidité malgré la présence de raci­nes d’arbres. Un bon paillis aide aussi à prévenir le déchaussement, un problème avec les heu­chè­res après trois ou quatre années. Et ne coupez surtout pas les feuilles à l’automne ! Je sais que c’est tentant pour les jardiniers for­cenés, qui sont convaincus qu’ils savent mieux faire que dame Nature, mais ce n’est pas pour rien que les feuilles des heuchères sont persistantes : cela fait partie de leur stratégie Heuchera ‘Frosted Velvet’ de survie, de protéger du froid le collet de la plante, soit sa partie la plus fragile. J’entends sou­vent des gens se plaindre qu’ils perdent leurs heuchères l’hiver… mais chaque fois, c’est leur propre zèle qui les a tuées. Dans les emplacements exposés et sans cou­verture de neige, les feuilles persistantes peu­vent toutefois être en piètre état au Vivaces | 261

Heuchère

est de la même couleur que les pétioles des feuilles, soit pourpre, orange, vert lime, etc. Les fleurs en forme de clochette sont minuscules et souvent blanches, roses, rouges ou pour­ pres. La floraison a habituellement lieu au début de l’été pour les heuchères standard et à la fin de l’été pour celles ayant des gènes de H. villosa, mais beaucoup de cultivars ont une flo­ rai­son remontante qui se maintient du début de l’été jusqu’à l’automne et même parfois jus­ qu’aux gels. Chez les heuchères à feuillage coloré, les fleurs sont d’importance secondaire, mais elles sont l’attrait principal chez plusieurs espèces et leurs hybrides, comme l’heuchère san­guine (H. sanguinaria).

Heuchère

prin­temps. Coupez-les alors… et transplantez la plante ail­leurs. Quand une heuchère est correctement située, son feuillage devrait être dans un état très acceptable au printemps. C’est plutôt après que les nouvelles feuilles de la saison sont sor­ties que les anciennes meurent… pour se décomposer hors de vue au pied du plant, le fer­tilisant en même temps. La division est la méthode la plus évidente pour multiplier les heuchères, mais beaucoup de cultivars peuvent repousser à partir d’une bouture de tige florale (supprimez toutefois l’épi de fleurs lui-même) ou même d’une bouture de feuille. C’est une opération délicate, mais qui fonctionne. Les heuchères à feuillage coloré sont des hybrides complexes et ne sont pas fidèles au type par semences. Par contre, en récoltant et en ressemant les graines, on obtient une foule de plantes de couleurs différentes, ce qui peut être une expérience intéressante. Avec leur feuillage persistant de couleur souvent unique, les heuchères méritent une place de choix dans une plate-bande ombragée ou mi-ombragée ou dans un jardin de sous-bois. Grâce à leur faible hauteur, elles conviennent parfaitement aux rocailles et aux bordures de plate-bande, ainsi que le long des sentiers. Elles font un couvre-sol coûteux, mais magnifique : multipliez-les vous-même pour économiser. Enfin, elles sont superbes en contenant. Faites contraster les heuchères pourpres et rouges avec des plantes à feuillage doré, comme des hostas jaunes (Hosta spp.), l’herbe aux écus dorée (Lysimachia nummularia ‘Aurea’) ou l’hakonéchloa doré (Hakonechloa macra ‘Aureola’). Les variétés vert lime et orange seront mises en valeur par la proximité… d’heuchères pourpres ! Les heuchères souffrent peu de problèmes d’insectes et de maladies dans nos régions, et leurs feuilles coriaces rebutent habituellement les limaces. Quant aux cerfs de Virginie, c’est coucicouça : dans certaines régions, les cerfs les évitent. Ailleurs, et surtout si d’autres sources de nourriture se font rares, ils les mangent goulûment. On me dit que les variétés à feuillage velu (notamment H. villosa et ses hybrides) sont moins aimées des cerfs que les autres. Heuchera ‘Marmalade’

262 | Vivaces

Problème fréquent cependant avec les heu­ chè­res qui ne sont pas paillées : leur collet finit par se déchausser peu à peu, ce qui un jour peut tuer la plante. Le problème est facile à corriger : appuyez sur le collet avec le pied pour la repousser dans le sol. C’est beau­coup moins de travail que de déterrer la plante pour la replanter. Bien sûr, si vous aviez paillé la plante comme il le fallait, vous n’auriez pas ce problème !

ESPÈCES : Voici une tournée rapide des principales espèces derrière les hybrides modernes. Il y a plus de 50 espèces d’Heuchera, toutes originaires d’Amérique du Nord, mais bien peu sont connues. D’ailleurs même les espèces qui sont connues sont peu disponibles commercialement, ayant été largement remplacées par les hybrides, mais on peut en trouver des semences… et les heuchères sont faciles à cultiver à partir de graines. Comme les heuchères sont surtout des plantes à feuillage ornemental et que la hauteur de feuillage est alors souvent plus importante à connaître que la hauteur des fleurs, j’indique ici les deux hau­teurs. Pour chaque plante, donc, il y aura trois mesures : la hauteur du feuillage, la hauteur des fleurs et la largeur du plant. Ainsi, 25 cm (60 cm) x 40 cm veut dire que la plante mesure 25 cm de hauteur sur 40 cm de diamètre si vous ne calculez que le feuillage, mais que ses épis floraux atteignent 60 cm. Il est pratique de connaître les deux hauteurs quand on pré­ voit aménager une plate-bande.

H. americana (heuchère américaine) : une plante de sous-bois, très adaptée à l’ombre, au feuillage cordiforme à arrondi avec cinq à sept lobes. Le feuillage est marbré d’argent au prin­temps et parfois tout l’été, puis très pourpré l’hiver. Minces épis de fleurs verdâtres sans grand attrait. 30 cm (45 à 90 cm) x 45 cm. Zone 3. H. cylindrica (heuchère cylindrique) : feuillage cordiforme très lobé, vert foncé. Fleurs plutôt brunes. Une seule sélection demeure encore disponible : ‘Greenfinch’, à fleurs blanc verdâtre. 30 cm (60 à 75 cm) x 30 cm. Zone 3. H. micrantha (heuchère à petites fleurs) : la version côte occidentale de H. americana, en différant surtout par son feuillage moins coloré et ses fleurs plus voyantes blanc crème à la fin du printemps. 30 cm (60 cm) x 30 cm. Zone 3. H. sanguinea (heuchère sanguine) : la « maman » des heuchères à belles fleurs. Feuil­ les plus petites que les autres, vert moyen. Épis minces de petites fleurs rouge corail pen­ dant une bonne partie de l’été. Un aimant pour les colibris ! Certaines sélections de cette plante sont encore disponibles, comme ‘Splendens’, à fleurs rouge riche. 30 cm (45 cm) x 30 cm. Zone 3. H. x brizoides (heuchère brisoïde) : un hybride primaire de H. sanguinea et H. ame­ri­ cana combinant les belles fleurs du premier avec la robustesse de la deuxième. Feuillage arrondi. Fleurs dans différentes teintes de blanc, rose et rouge, sur des épis minces. Ce Vivaces | 263

Heuchère

Enfin, notez que je décris les proches parents des heuchères, soit les heucherellas (x Heucherella), dans la description des Tiarella, aux pages 559 à 562.

Heuchera villosa

Heuchera villosa ‘Palace Purple’

trait est souligné par l’épithète brizoi­des, référant à une graminée, Briza maxi­ma, a épis sveltes. Plus haut que H. san­guinea. Cet hybride semble être dis­paru, emporté par les hybrides plus com­plexes qui ont suivi, mais il se peut que vous rencontriez son nom dans vos pérégrinations horticoles. 30 cm (60 à 75 cm) x 30 cm. Zone 3. H. villosa (heuchère velue) : celle par laquelle les premières heuchères à feuillage coloré sont arrivées ! La forme normale est toutefois à feuillage vert moyen et diffère surtout des autres heuchères par ses très grandes feuilles en forme de feuille d’érable visiblement hirsutes (les autres heuchères ont un feuillage d’apparence lisse) et par ses fleurs blanches en grandes panicules ouvertes, très tardives (elle fleurit à la toute fin de l’été) alors que les autres ont des épis très minces et fleurissent en début de saison. Cette espèce tolère mieux les sols très secs que les autres et semble aussi à l’aise au plein soleil brûlant qu’à l’ombre. On connaissait depuis longtemps une variante à feuilles pourpres, H. villosa ‘Purpurea’, d’ailleurs encore disponible par semences. Elle est comme l’espèce, aux grosses feuilles velues, mais elles sont de couleur pourpre foncé. C’est à partir de H. villosa ‘Purpurea’ que la plante suivante fut développée. 30 à 45 cm (90 cm) x 45 cm. Zone 3. H. villosa ‘Palace Purple’, anc. H. micrantha diversifolia ‘Palace Purple’ : en 1980, un jardinier du Jardin botanique royal de Kew (Angleterre) du nom de Brian Halliwell avait semé des graines d’une plante erronément nommée H. micrantha diversifolia. On sait maintenant que c’était plutôt H. villosa ‘Purpurea’. À travers les semis levés, tous plus ou moins à feuillage pourpre, un différait des autres par ses feuilles presque lisses et de couleur plus foncée que les autres. Après quelques années d’expérimentation, il lança en 1986 la plante sous le nom de ‘Palace Purple’, en honneur à Kew Palace. La plante connut un succès instantané ! C’était le nec plus ultra des heuchères et elle a, à elle toute seule, sorti le genre Heuchera de son obscurité relative. La plante a créé tellement d’impact 264 | Vivaces

HYBRIDES : Les heuchères vendues présentement sont presque exclusivement des hybrides com­ plexes, ressemblant souvent peu à leurs lointaines parentes sauvages. Le problème, c’est qu’il y a trop de choix : quatre ou cinq heuchères noires, trois ou quatre orangées, des dizaines de pourpres, etc. On ne sait plus où donner de la tête… surtout que plusieurs s’avèrent superbes en photo, mais sont nulles au jardin. Combien reste-t-il de plants de ‘Lime Rickey’ un an après la plantation, une heuchère vert lime qui s’est valu tout de suite la réputation d’être très capriceuse ? Très peu, je le crains. Mettons donc un peu d’ordre là-dedans. Je vous présente mes préférées, toutes des plantes bien adaptées à notre climat. Vous remarquerez que j’ai mis l’accent sur les heuchères à feuillage coloré ici : c’est que les variétés à fleurs, tout en tolérant l’ombre, y fleu­rissent peu, préférant le soleil ou la mi-ombre… ce qui va à l’encontre de mon but qui est de vous présenter des plantes qui vont bien à l’ombre, n’est-ce pas ? J’ai préféré me limiter ici à des variétés qui se comporteront bien à l’ombre… et il s’agit surtout, mais pas entièrement, de plantes à feuillage. H. ‘Amethyst Mist’ : une des « sur­vi­ van­tes », soit une heuchère hybride plus ancienne (1996) qui a résisté à l’épreuve du temps. Feuilles luisantes pourpre bour­ go­gne légè­re­ment teinté d’argent. 23  cm (65 cm) x 42 cm. Zone 3.

Heuchera ‘Amethyst Mist’

H. ‘Brownies’ : cette heuchère est un hy­ bride de H. villosa et a hérité de la plupart de ses traits. Elle présente des feuilles veloutées Vivaces | 265

Heuchère

qu’elle été nommée « Vivace de l’année » par la Perennial Plant Association en 1991, probablement le plus grand honneur possible pour une vivace. Les feuilles sont grandes et pourpre foncé, en forme de feuille d’érable. Plusieurs producteurs ont multiplié cette plante par semences, avec les petits changements que cela donne, et comme conséquence la ‘Palace Purple’ telle que vendue de nos jours n’est plus très fiable dans sa coloration. Dans une pépinière locale, j’en ai vu qui étaient plus vertes que pourpres ! À cette fin, il y a une sélection appelée ‘Palace Purple Select’, multipliée végétativement, qui présente la coloration d’origine. Si vous avez la nostalgie de la « vraie » ‘Palace Purple’ des années 1990, c’est la variété à choisir. 50 cm (70 cm) x 45 cm. Zone 3.

Heuchère

vert chocolat au revers rouge pourpré d’as­sez bonne taille (environ 12 cm de dia­mè­tre). Les tiges florales sont également bru­nes et duveteuses. Elle produit des fleurs blanches minuscules sur des panicules ouvertes et aérées, très différentes des épis étroits de la plupart des heuchères, et fleurit aussi à une saison inhabituelle : à la fin de l’été et l’au­ tomne. 30 cm (50 à 60 cm) x 30 cm. Zone 3. H. ‘Caramel’ : grosses feuilles veloutées de couleur jaune abricot au printemps, ambrée l’été. Elles mesurent jusqu’à 30 cm de diamètre. Tolère mieux les sols secs que les autres heu­chè­res à cause de sa parenté avec l’heuchère velue (H. villosa). 20 cm (45 cm) x 50 cm. H. ‘Citronelle’ : mutation de ‘Caramel’ aux feuilles vert lime lumineux : la plus solide des heuchères « chartreuses » sur le marché. 20 cm (45 cm) x 50 cm. Zone 3. H. ‘Crimson Curls’ : malgré son nom, cette plante n’a rien de cramoisi. Les feuilles sont plutôt rouge betterave au début, devenant plutôt pourpres l’été. Son trait le plus inté­res­ sant est la marge de la feuille qui est fortement ondulée, presque bouclée. 25 cm (45 cm x 45 cm. Zone 3. H. Dolce Key Lime Pie  : cette plante est, avec ‘Lime Rickey’, la plus « jaune » des heuchères. Elle est en fait jaune citron au printemps, mais vert lime lumineux l’été avec de nouvelles feuilles jaune citron. Dolce Key Lime Pie™ est pourtant aussi solide que ‘Lime Rickey’ est faible. 20 cm (40 cm) x 40 cm. Zone 3. MD

H. Dolce Peach Melba  : il s’agit d’une heuchère très vigoureuse au feuillage orange pêche changeant un peu selon la saison, assez proche de ‘Marmalade’. Sans être identiques, les deux s’équivalent et il ne vaut probablement pas la peine de planter les deux. 20 cm (40 cm) x 40 cm. Zone 3. MD

Heuchera ‘Caramel’

266 | Vivaces

Heuchera ‘Ginger Ale’

H. ‘Ginger Ale’ : jolies feuilles jaune ambre rehaussé d’argent. Met presque toutes les autres plantes en valeur. Semble préférer l’ombre au soleil. 15 à 20 cm (25 à 30 cm) x 55 cm. Zone 3. H. ‘Green Spice’ : variété populaire au feuillage rappelant celui du bégonia rex : argenté avec une marge grise et de larges nervures pourpres. Le feuillage devient orange vif à l’automne. 23 cm (70 cm) x 40 cm. Zone 3. H. ‘Gypsy Dancer’ : feuillage ondulé argenté aux nervures pourpre foncé. Fleurit bien même à l’ombre. Floraison abondante et durable de petites clochettes rose pâle. Variété compacte, intéressante en avant-plan. 20 cm (50 cm) x 30 cm. Zone 3. H. ‘Hollywood’ : superbe plante, la meilleure heuchère à fleurs que j’ai jamais essayée, avec des épis assez courts portant des fleurs corail densément serrées. Chez moi, en fleurs de juin jusqu’aux gels, même à l’ombre ! Les feuilles sont vert argenté aux nervures sombres et joliment ondulées. 20 cm (40 cm) x 30 cm. Zone 3. H. ‘Frosted Violet’ : variété résultant d’un croisement avec l’heuchère velue (H. villosa), ce qui lui donne des feuilles plus grosses à la texture veloutée et une meilleure résistance à la sécheresse. Les feuilles sont rose-violet aux nervures plus foncées, puis pourpre bourgogne l’hiver. C’est un très bon choix pour les endroits venteux, car les feuilles ne brûlent pas l’hiver. Fleurs roses au printemps. 30 cm (75 cm) x 60 cm. Zone 3. H. ‘Marmalade’ : au printemps, les feuilles sont rose riche devenant rose saumon pour deve­nir plutôt jaune ro­sé l’été. À l’ombre, elles pâ­lis­sent davantage pour deve­nir vert lime. Atten­tion : le soleil trop ardent Heuchera ‘Hollywood’ peut brûler les feuilles en pério­de de sécheresse ! 25 cm (40 cm) x 45 cm. Zone 3. H. ‘Midnight Rose’ : une mutation de ‘Obsidian’ aux feuilles pourpre fon­cé fortement tacheté de rose (au printemps) et crème (en été). Pour les amateurs de bizar­ re­ ries. 25 cm (40 cm) x 60 cm. Zone 3. Vivaces | 267

Heuchère

H. ‘Georgia Peach’ : un hybride villosa. Grandes feuilles rose pêche rehaussées d’argent au printemps. L’argent disparaît l’été, mais réapparaît l’automne quand le feuillage devient plus pourpré. Très bien à l’ombre. 35 cm (60 cm) x 30 cm. Zone 3.

Heuchère Heuchera ‘Obsidian’

H. ‘Mocha’ : les feuil­les sont effectivement cou­leur café, une couleur riche et veloutée. Grâce aux gènes de l’heuchère velue (H. villosa), ‘Mocha’ tolè­re davantage la sèche­resse que les autres heu­chè­res. Les nervures plus pâles font ressortir la couleur de base. 25 cm (38 cm) x 60 cm. Zone 3. H. ‘Obsidian’ : la plus foncée de toutes les heuchères, aux feuilles presque noires. Les feuilles sont lustrées, ce qui produit un très bel effet. Il faut bien sûr entourer cette plante si sombre de feuillages ou fleurs pâles, sinon elle crée l’effet d’un trou noir quand on la cultive à l’ombre. ‘Licorice’ et ‘Black Beauty’ sont d’autres heuchères très noires. 25 cm (60 cm) x 40 cm. Zone 3. H. ‘Plum Pudding’ : c’est l’une des premières heuchères « colorées » qui est sortie après ‘Palace Purple’, mais malgré son « grand âge » (elle a été lancée en 1996), elle demeure populaire, s’étant montrée solide et facile à cultiver. Les feuilles très lobées sont pourpre riche rehaussé d’argent et très luisantes. 20 cm (65 cm) x 40 cm. Zone 3. H. ‘Plum Royale’ : feuillage pourpre luisant rehaussé de rose métallique. Vert foncé et argenté l’hiver. Fleurs rose très pâle sur des tiges foncées. 15 cm (35 cm) x 50 cm. Zone 3. H. ‘Silver Scrolls’ : bonne variété si vous aimez fleurs et feuillage ! Les feuilles sont très argentées avec des nervures bronze foncées très contrastantes, comme celles d’un bégonia rex. Jolies fleurs blanches en forme de cloche pendant tout l’été. 30 cm (60 cm) x 45 cm. 268 | Vivaces

H. ‘Southern Comfort’ : énormes feuilles velues (généreusement offertes par H. villosa) de 20 cm de diamètre. Si ce n’était de la couleur (orange pêche), on la prendrait pour un hosta ! Fleurs blanches à l’automne. 35 cm (35 cm) x 55 cm. Zone 3. H. ‘Sparkling Burgundy’ : le feuillage est rouge vin au printemps et en été, devenant pourpre foncé l’hiver. Les petites fleurs printanières blanches font un joli contraste. 30 cm (50 cm) x 45 cm. Zone 3. H. ‘Stormy Seas’ : grosse heuchère à feuillage pourpre foncé rehaussé d’argent, joliment ondulé et découpé. Plante très solide, excellente pour les massifs et en tant que couvresol. Pousse absolument sans aucun soin. 45 cm (90 cm) x 90 cm. Zone 3. H. ‘Tiramisu’ : un hybride de H. villosa, donc à feuilles velues. Feuillage jaune chartreuse, rehaussé de rouge, au printemps et à l’automne. Jaune chartreuse argenté l’été. 20 à 25 cm (30 à 35 cm) x 25 cm. Zone 3. H. ‘Venus’ : ce cultivar pro­duit de grosses feuil­les très argentées avec des nervures vertes. Au prin­temps, les petites fleurs blan­ches sont un attrait sup­plémentaire. 15 cm (40 cm) x 30 cm. Zone 3. Heuchera ‘Silver Scrolls’

Vivaces | 269

Heuchère

H. ‘Snow Angel’ : la plupart des heuchères panachées que j’ai essayées manquaient malheureusement de vigueur. ‘Snow Angel’, par contre, est aussi robuste que n’importe quelle autre heuchère. Ses petites feuilles vertes sont bien tachetées de blanc et elle produit une abondance de fleurs roses du printemps à l’automne au soleil. D’accord, elle fleurit moins longtemps à l’ombre, mais son feuillage est toujours aussi beau. 15 cm (38 cm) x 30 cm.

Hosta

Les hostas sont des incontournables à l’ombre.

Hosta Nom botanique : Hosta Famille : Agavacées Hauteur (feuillage) : 10 à 120 cm Hauteur (fleurs) : 15 à 180 cm Largeur : 15 à 200 cm Exposition : Sol : bien drainé Floraison : été Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, bordures, couvresols, massifs, naturalisation, platesbandes, pentes, haies, sous-bois, prés fleuris, bacs, lieux humides, fleurs coupées Associations : bulbes de printemps, fougères, épimèdes Zone de rusticité : 3

270 | Vivaces

Admettez-le ! Quand vous vous êtes procuré ce livre, un livre qui porte sur le jardinage à l’ombre, vous pensiez qu’il allait être rempli uniquement de hostas et de fougères, n’est-ce pas ? C’est l’impression qu’ont encore beaucoup de jardiniers : il n’y a que les hostas et les fougères qui poussent à l’ombre. J’espère que la longue liste de plantes des deux tomes de cet ouvrage vous aura convaincu que les choses peuvent être autre­s ! Évidemment, je ne veux pas dénigrer les hostas – ils sont après tout de véritables bêtes de somme de l’ombre –, mais j’espère que vous allez désor­mais cultiver plus que des hostas quand vous avez un coin ombragé à meubler ! Il y a quelque 45 espèces de hostas, la plupart origi­ nai­res du Japon et de Corée, certaines de la Chine. Il existe aussi plus de 6 000 cultivars. Même si l’on pense presque tou­jours aux hos­tas comme étant de grosses plantes aux feuilles plutôt ovées, il existe des cultivars de toutes les tailles, certaines d’à peine plus de 10 cm de dia­mètre à pleine maturité et d’au­tres de plus de 2 m de diamètre. De plus, les feuilles peu­vent varier de rondes ou cordiformes à lancéolées, même linéaires.

Le port des hostas est moins varié : presque tous forment un dôme de feuilles arquées autour d’un collet simple ou multiple. Certains ont toutefois des feuilles plus dressées, donc à port plutôt évasé. Les hostas, sauf de rares exceptions, sont cultivés surtout pour leur feuillage. Il reste que les fleurs, qui peuvent être en forme d’entonnoir, de cloche ou d’étoile, être gros­ses ou petites, parfumées ou inodores, blanches ou de différentes teintes de violet, sont un attrait supplémentaire pour la plupart des jardiniers. Dire qu’il y en a qui les coupent à vue ! Les hostas ont la réputation de pousser à l’ombre… et c’est bien vrai. On peut les cultiver même dans les emplacements qui ne semblent pas recevoir le moindre rayon de soleil. Par contre, ils ne poussent pas très rapidement à l’ombre profonde. Vous remarquerez que les hostas préfèrent l’ombre des arbres à feuilles caduques à l’ombre des conifères. Si votre empla­cement est très, très sombre, plantez de gros plants bien établis plutôt que de jeunes plants qui mettraient une éternité à y grandir. Notez que tous les hostas se plaisent à la miombre. C’est le milieu idéal pour un massif de hostas. Et le soleil ? Dans bien des livres, on vous met en garde contre les méfaits du plein soleil, mais tout dépend de votre climat. Dans le nord, où les rayons du soleil sont moins intenses, on peut généralement cultiver les hostas au soleil sans trop de problème. Et même là où les Les hostas font d’excellentes plantes de transition entre les zones ensoleillées et les zones ombragées.

Les hostas sont superbes en pot.

Vivaces | 271

Hosta

Les feuilles sont toujours lisses et sans poils, mais elles peuvent être couvertes de pruine, cette poudre blanche qui donne aux hostas bleus leur coloration unique. Elles ont habi­ tuel­lement les nervures enchâssées et parfois la feuille paraît très bosselée. Quant aux cou­ leurs du feuillage, il y a des hostas panachés (verts et blancs), bleutés, « dorés » (jaunes ou vert lime) et, oui, même verts. Le tout dernier « must » des maniaques de hostas, ce sont des pétioles et des tiges florales rougeâtres. Et il ne faut pas passer sous silence les colo­ris automnaux lumineux des hostas. Dire que certains jardiniers coupent leurs feuilles à l’au­ tom­ne ! Vraiment, c’est triste de ne pas savoir apprécier la beauté !

Oui, on peut cultiver les hostas à l’ombre sèche.

Ne dénigrons pas les fleurs des hostas : elles peuvent être très belles !

étés sont torrides, un emplacement « ensoleillé » mais qui reçoit le gros de ses rayons dans la mati­née est superbe pour tous les hostas. Généralement, les hostas à feuillage bleuté réussissent mieux à l’ombre (le soleil fait dis­pa­ raî­tre la pruine blanche qui leur donne leur coloration bleutée), tandis que les hostas aux fleurs parfumées (H. plantaginea et ses hybrides, comme ‘Fragrant Bouquet’) sont les plus tolé­­rants au soleil intense. Les hostas « jaunes » ont une coloration plus intense au soleil… mais illuminent l’ombre même s’ils y sont un peu plus verts. Les hostas tolèrent des sols très divers pour autant qu’ils soient bien drainés, mais ils pré­ fè­rent les sols frais, riches en humus et toujours un peu humides. À cette fin, un bon paillis orga­ni­que peut faire des merveilles, car il enrichit le sol en humus tout en le gardant frais et humide. Les hostas peuvent tolérer la sécheresse une fois établis, mais ils ne l’apprécient pas : leurs feuilles peuvent s’assécher aux marges dans un sol trop sec. Cela dit, peut-on cultiver des hostas à l’ombre sèche, comme dans une érablière ? Oui, mais com­mencez avec de gros plants, paillez-les abondamment et arrosez-les régulièrement, la pre­mière année au moins. Un tuyau suintant (disponible en jardinerie) ou un autre système d’irri­gation rendra l’entretien moins pénible. Une fois bien établis dans des conditions appropriées, les hostas n’ont vraiment plus besoin de vous. D’ailleurs, moins on les divise, plus ils sont beaux ! On voit fréquemment des hostas quinquagénaires en parfait état. Les hostas ont aussi un attrait important pour le jardinier paresseux : ils créent une ombre si dense que les mauvaises herbes qui poussent à leur pied sont vite étouffées. Et si vous vous intéressez aux hostas, pourquoi ne pas devenir membre d’une société de hostas ? Vous découvrirez beaucoup plus à leur sujet… et vous obtiendrez des tuyaux sur les meilleures variétés nouvelles. 272 | Vivaces

Hosta

Le feuillage automnal lumineux des hostas est un de leurs attraits principaux. Dire que certains jardiniers coupent ces belles feuilles en faisant un « ménage d’automne » inutile !

Les feuilles coupées des hostas sont très attrayantes.

On multiplie généralement les hostas par division, au prin­temps ou à l’automne. Les cul­ti­ vars ne sont pas fidèles au type par semences, ce qui exclut cette multiplication, à moins de se limiter strictement à la multiplication des espèces ou, encore, de vouloir expérimenter. Les hostas conviennent aussi bien aux aménagements très clas­si­ques qu’aux aménagements très libres. On peut en faire des mas­sifs super­bes ou les naturaliser dans les sous-bois. Pensez aux petits hostas pour les rocailles ombragées, aux gros pour faire des haies. Et des hos­tas en bac sont très attrayants. Enfin, n’ou­bliez pas que les hostas font d’excel­len­tes fleurs coupées. Même leurs feuil­les peuvent servir dans les arrangements floraux. L’association classique est de mélanger hostas et fougères… et c’est vrai que l’on obtient un très joli contraste. Comme les hostas sont lents à lever au printemps, ils font très bon ménage avec les plantes éphémères qui, elles, fleurissent au printemps puis entrent en dor­ mance l’été, comme les bulbes et le cœur saignant des jardins (Dicentra spectabilis). Il y a tout un chapitre à leur sujet dans le Tome 2. Jusqu’ici, les hostas paraissent presque des plantes idéales pour l’ombre, ce qui est pas mal le cas, mais il y a quelques problèmes à considérer. Le premier est l’avidité des limaces pour ces plantes. Souvent les feuilles des hostas sont rédui­tes en charpie par ces mollusques dégoulinants. Et les limaces, il y en a partout : pas moyen d’y échapper ! Heureusement, le problème se règle en un tour de main : ne plantez que des hostas que les limaces ne man­ gent pas. De tels hostas ont toujours

Un tel dégât n’a plus de raison d’être : jetez au compost les hostas attaqués par les limaces et remplacez-les par des hostas qui ne le sont pas.

Vivaces | 273

Hosta

existé, et ce, depuis l’introduction des hostas dans les jardins du monde occidental au 19e siècle. Mais les jar­di­niers de l’époque ont fait la sourde oreille à la facilité et ont préféré, en général, cultiver des variétés que les limaces ado­rent. Eh bien, plus de 150 ans plus tard, c’est encore l’attitude des jardiniers ! On dirait qu’on ne sait pas appré­cier la facilité, même quand elle est flagrante. Pour illustrer, une anecdote : je visitais le jardin d’une dame d’un certaine âge, un très beau ter­ rain en passant. Je voyais bien qu’elle y mettait beaucoup d’efforts. Nous étions dans la sec­tion ombragée et elle s’est mise à raconter toutes ses misères avec les limaces qui bouf­faient sans cesse ses hostas, et ce, depuis plus de 40 ans. Elle plaçait des pièges, lançait de la cen­dre de bois au sol et les ramassait assidûment à la main, mais rien n’y faisait. Elle s’est pen­chée pour me montrer une feuille trouée comme ce n’est pas possible, de toute évi­dence exas­pérée. Pourtant, le hosta voisin n’avait pas le moindre trou. Autour, plusieurs autres host­as étaient tout aussi intacts, mais d’autres encore étaient troués. Je fis la remarque que cer­tains hostas n’étaient pas sujets aux limaces. Elle parut tout à fait étonnée. En 40 ans de jar­di­nage, elle ne l’avait jamais remarqué. Je lui ai suggéré gentiment de suppri­mer les hostas troués et de les remplacer par des hostas résistants aux limaces ; elle aurait un terrain tout aussi beau et même plus, et deman­dant beaucoup moins de travail de sur­croît. Je m’attendais qu’elle soit heureuse de cette idée, mais au contraire, elle m’a foudroyé de son regard, apparemment hautement offusquée de mon commentaire, comme si je lui avait dit qu’elle ne savait pas jardiner. Je passe devant son ter­rain régulièrement (elle doit bien avoir 90 ans main­te­nant !) et les hostas troués sont encore là et elle doit toujours s’en plaindre à qui veut bien l’écou­ter. (Elle ne me parle plus.) Ainsi en va-t-il avec les jardiniers forcenés : il n’y a rien à faire pour les aider ! Mais si vous n’êtes pas un jardiner forcené, si la paresse au jardin vous chante, qu’attendezvous ? Remplacez ces cochonneries de hostas sensibles aux limaces par d’autres qui ne le sont pas ! À mon avis, les hostas sujets aux limaces sont des échecs de l’hybridation. Il faut les reti­rer tous du marché et les brûler, qu’on n’en entende plus parler. Cultiver des plantes sujet­t es à un problème très dérangeant quand il y a une solution facile et permanente, c’est… eh bien, c’est du mauvais jardinage. Les hostas sont si faciles quand on choisit les bons ! Saviez-vous que le hosta le plus vendu au Québec est H. ‘Undulata Albomarginata’ (syn. H. fortunei ‘Undulata Albomarginata’) ? C’est aussi le hosta le plus aimé des limaces. Le célèbre jardinier britan­ nique Christopher Lloyd a déjà dit que tout pépiniériste qui vendait cette plante méritait d’être fusillé. Si on mettait sa recommandation en pratique, il ne resterait pas beaucoup de pépiniéristes au Québec !

On peut d’ailleurs presque deviner quels sont les hostas qui résistent aux limaces en les regardant. Il existe des variétés qui, par la nature de leur feuillage (en général, il est parti­ cu­liè­rement charnu ou couvert de pruine), ne plaisent pas aux limaces. Avez-vous déjà vu 274 | Vivaces

Voilà pour les limaces, mais on ne règle pas aussi facilement le problème des cerfs. Eux aussi aiment brouter le feuillage des hostas. En une seule nuit, ils peuvent raser tous les hostas à 15  cm du sol. Pire, ils attendent que les plantes soient bien formées avant de passer à l’attaque… habituellement la nuit avant que la Société d’horticulture passe visiter votre jardin d’ombre ! Là, il n’y a pas de solution aussi facile que pour les limaces. En effet, les cerfs aiment tous les hostas, sans exception. Si vous n’avez pas de problème avec les cerfs, il ne faut pas vous inquiéter outre mesure. Le problème des limaces est universel, mais celui des cerfs est très localisé. Il n’y a pas de cerfs de Virginie en ville ni même dans la plupart des villes de banlieue. Ce sont des bêtes de cam­ pa­gne et de grands terrains. Il  n’y a pas un jardinier sur dix qui aura ce problème. Par contre, si vous êtes de ce dernier groupe, eh bien, arrachez vos hostas : c’est de loin la solution la plus facile. À part les limaces et les cerfs, les hostas ont peu d’ennemis. Quand un printemps très hâtif est suivi d’un gel tardif, les feuilles encore tendres peuvent en être endommagées. Heu­reu­se­ ment que ce n’est que temporaire : de nouvelles feuilles pousseront bientôt et cacheront les feuil­les abîmées. Si vous paillez vos hostas (ce qui retarde un peu leur début de croissance au prin­temps), vous n’aurez plus de problème. Enfin, les hostas peuvent être très endommagés par la grêle, mais ce dégât est purement esthétique et ne nuit pas à leur santé. Les variétés à gros­ses feuilles qui sont à découvert sont les plus vulnérables aux dommages dus à la grêle ; la même variété plantée sous des arbres s’en sortira souvent indemne. Enfin, il y a aussi une nouvelle maladie, le virus X du hosta, surtout remarquée à partir des années 2000. Je considère cette maladie, qui n’est pas très contagieuse, comme étant surtout un pro­blème pour les producteurs. À eux de faire très attention au moment de la multiplication des plan­tes et de s’assurer de ne mettre en marché que les plants sains. Pour le jardinier amateur, il s’agit surtout d’éviter d’acheter des plantes montrant des taches irrégulières ou suspectes et de détruire toute plante trouvée chez soi qui montre des symptômes doûteux. Vivaces | 275

Hosta

un hosta bleu mangé par des limaces ? Ou un hosta à feuilles épaisses ? On dirait que la pruine repousse les limaces et que les feuilles épaisses les rendent difficiles à manger. Le plus sur­prenant est que, lorsqu’on élimine les hostas sensibles aux limaces, la population de lima­ces chute. Il faut attendre 3 ou 4 ans avant de voir l’effet (après tout, les limaces vivent en moyenne 7 à 10 ans !), mais le résultat est net : ce ne sont pas seulement les hostas qui ne sont plus attaqués par les limaces, mais toutes les plantes sur le terrain. Oui, sans farce, les hostas sujets aux limaces semblent attirer ces bestioles dans nos plates-bandes ! Quand on s’en débarrasse, on a la sainte paix !

Hosta

VARIÉTÉS : Maintenant je vais vous présenter les 6 000 cultivars de hosta… Ouf, peut-être pas ! L’espace manque. Il existe de gros livres épais seulement sur les hos­tas pour ceux qui sont assez maniaques pour vouloir avoir des centaines de variétés chez eux. À la place, je propose ici une sélection de près de 50 « bonnes » variétés. Pas néces­sai­rement les hostas les plus récents, mais ceux qui donnent des résultats fiables. Et notez qu’aucun hosta sujet aux limaces n’est décrit dans ce livre. C’est le moindre service que je peux rendre aux jardiniers que de séparer le bon grain de l’ivraie. Et je me suis concentré, vous vous en doutez bien, sur les variétés réputées les mieux adaptées à l’ombre.

Une question de taille Traditionnellement, on mesure la hauteur d’un hosta d’après son feuillage et en faisant abstrac­ tion de ses fleurs. C’est parfait si vous avez l’intention de supprimer les fleurs, mais si vous vou­lez les conserver, il est utile de connaître aussi leur hauteur. Donc, dans les descriptions qui suivent, j’indi­que à la fois la hauteur du feuillage et celle des fleurs, en plaçant la deuxième mesure entre paren­thèses. Ainsi, 30 cm (70 cm) x 50 cm veut dire que la plante en feuilles mesure 30 cm de hauteur sur 50 cm de diamètre, alors qu’en fleurs elle atteint 70 cm.

H. ‘Abiqua Drinking Gourd’ : curieux hosta à feuilles presque en forme de coupe qui attra­pent la rosée et la pluie. Feuillage bleu vert foncé. Clochette blanche à la mi-été. 40 cm (55 cm) x 35 cm. Zone 3. H. ‘Big Daddy’ : grosses feuilles bleues presque rondes devenant vertes à la fin de l’été. Clo­chettes lavande très pâle au début de l’été. 60 cm (75 cm) x 90 cm. Zone 3. H. ‘Big Mamma’ : très résistant à l’ombre. Grosses feuilles rondes très texturées de cou­ leur bleu vert devenant vertes. Clochettes lavande pâle au début de l’été. 90 cm (120 cm) x 150 cm. Zone 3. H. ‘Blue Angel’ : l’un des plus solides hostas bleus. Il produit des feuilles cordiformes épaisses et très froissées, bleu vert au soleil, bleues à l’ombre. Les clochettes blanches abondantes poussent densément sur l’épi, créant un joli effet, un peu comme une jacinthe. Elles paraissent au début de l’été. 90 cm (120 cm) x 120 cm. Zone 3. H. ‘Blue Cadet’ : petit hosta bleu. Floraison hâtive de clochettes bleues. 25 cm (40 cm) x 60 cm. Zone 3. 276 | Vivaces

Hosta ‘Abiqua Drinking Gourd’

Hosta ‘Captain Kirk’ : remarquez les dégâts causés par la grêle.

H. ‘Blue Mammoth’ : feuilles épaisses, rugueuses et bleu pâle au printemps, devenant vert foncé à la fin de l’été. Sa coloration, comme chez tous les hostas bleus, persiste plus longtemps à l’ombre. Clochettes allongées blanches au début de l’été. 90 cm (80 cm) x 165 cm. Zone 3. H. ‘Blue Moon’ : feuille cordiforme allongée un peu en coupe et d’un beau bleu ! Clo­ chet­tes blanches au début de l’été. 25 cm (30 cm) x 15 cm. Zone 3. H. ‘Blue Wedgewood’ : souvent utilisé comme hosta couvre-sol. Dôme érigé de feuil­ les un peu ondulées bleu métallique, gardant bien sa coloration. Clochettes lavande au début de l’été. 35 cm (40 cm) x 55 cm. Zone 3. H. ‘Brim Cup’ : dôme dense de feuilles vert foncé à marge épaisse blanc crème. Clo­ chet­tes blanches vers la fin de l’été. 30 cm (45 cm) x 40 cm. Zone 3. H. ‘Canadian Shield’ : feuille luisante nervurée. Trompettes lavande au milieu de l’été. 30 cm (45p0 cm) x 60 cm. Zone 3. H. ‘Candy Hearts’ : feuille en forme de cœur bleu vert. Trompettes lavande pâle au début de l’été. 38 cm (45 cm) x 75 cm. Zone 3. H. ‘Captain Kirk’ : feuillage épais bosselé, jaune à marge verte. Clochettes lavande à la mi-été. 45 cm (75 cm) x 100 cm. Zone 3. H. ‘Carnival’ : feuille cordiforme vert foncé luisant à marge irrégulièrement panachée de jaune. Entonnoirs lavande à la fin de l’été. 40 cm (90 cm) x 85 cm. Zone 3. H. ‘Christmas Tree’ : feuille cordiforme épaisse et bosselée, verte à marge mince jaune deve­nant blanche. Entonnoirs lavande pâle à la fin de l’été. 23 cm (45 cm) x 75 cm. Zone 3. Vivaces | 277

Hosta

H. ‘Fragrant Bouquet’ : son nom suggère une floraison parfumée et c’est bien le cas ; les fleurs nombreuses, en forme d’entonnoir, sont blanches et s’épanouissent à la mi-été. Le feuillage n’est pas à dédaigner non plus, car les feuilles cordiformes sont vert pâle aux marges jaunes à blanches. Le meilleur des hostas parfumés pour l’ombre… et très tolérant du soleil aussi ! 45 cm (90 cm) x 65 cm. Zone 3. H. ‘Francee’ : feuilles très rugueuses vert foncé à marge crème devenant blanche. Fleurs tubulaires lavande à la fin de l’été. Facile à cultiver et à croissance rapide. 45 cm (60 cm) x 115 cm. Zone 3. H. ‘Frances Williams’ : variété classique. Feuille cordiforme très rugueuse, bleutée à large bordure jaune doré. Préfère l’ombre profonde. Fleur tubulaires blanches du début au milieu de l’été. 45 cm (75 cm) x 90 cm. Zone 3. H. ‘Fried Bananas’ : cette mutation de ‘Guacamole’ est vert lime à l’ombre, jaune chartreuse au soleil. Feuilles cordiformes aux nervures proéminentes. Fleurs tubulaires lavande très pâle et odorantes au milieu de l’été. 25 cm (80 cm) x 45 cm. Zone 3. H. ‘Great Expectations’ : feuille très joliment texturée, bleue avec un cœur jaune char­ treuse devenant crème. Trompettes blanches du début au milieu de l’été. Une mutation de H. sieboldiana ‘Elegans’. N’aime pas le soleil. 55 cm (85 cm) x 85 cm. Zone 3. H. ‘Ground Master’ : l’un des rares hostas s’étendant par rhizomes souterrains, faisant alors un excellent couvre-sol. Feuilles lancéolées et ondulées vert foncé avec une large bordure crème devenant blanche. Entonnoirs pourpres au milieu de l’été. 18 cm (40 cm) x 30 cm. Zone 3. H. ‘Guacamole’ : cette mutation de ‘Fragrant Bouquet’ produit des feuilles vert lime à marge vert foncé devenant jaune vif à l’automne. Plus coloré à la mi-ombre. Entonnoirs lavande pâle parfumés vers la mi-été. 25 cm (85 cm) x 45 cm. Zone 3. Hosta ‘June’

278 | Vivaces

Hosta ‘Guacamole’

H. ‘Halcyon’ : feuille ovale bleu poudre devenant vert foncé. Clochettes lavande pâle au milieu de l’été. 53 cm (95 cm) x 65 cm. Zone 3. H. ‘Invincible’ : le nom suggère une bonne résistance à tout et c’est bien le cas : il est résis­ tant aux limaces et pousse aussi bien à l’ombre profonde qu’au soleil intense, dans un sol sec qu’humide. Feuilles vert foncé en forme de cœur allongé à la marge un peu ondulée. Entonnoirs lavande très pâle parfumés à la mi-été. 25 cm (50 cm) x 38 cm. Zone 3. H. ‘June’ : feuilles cordiformes aux nervures prononcées jaune verdâtre à bordure bleuvert foncé. Entonnoirs lavande pâle à la mi-été. 38 cm (40 cm) x 75 cm. Zone 3. H. ‘Krossa Regal’ : feuilles bleu acier très cireuses en forme de cœur allongé. Elles se tiennent plus droites que celles de la plupart des hostas, donnant une forme évasée. Entonnoirs lavande au début de l’été. 90 cm (180 cm) x 150 cm. Zone 3. H. ‘Little Aurora’ : petit hosta « doré » à feuillage bien nervuré. Trompettes lavande à la mi-été. Illumine les coins ombragés, mais tolère aussi le soleil. 10 cm (25 cm) x 18 cm. Zone 3. H. ‘Love Pat’ : feuille cordiforme épaisse et gaufrée, presque en forme de coupe, bleu acier devenant vert foncé. Trompettes blanches au milieu de l’été. 35 cm (60 cm) x 40 cm. Zone 3. H. ‘Loyalist’ : feuille ovale presque blanche, entourée d’une marge vert foncé. Brille de mille feux à l’ombre ! Fleurs tubulaires lavande pâle à la mi-été. 45 cm (65 cm) x 65 cm. Zone 3. Hosta ‘Love Pat’

Vivaces | 279

Hosta

H. ‘Hadspen Blue’ : feuille cordiforme très bleu vert foncé et profondément ner­v u­ rée. Sors tôt au printemps. Clochettes lavande pâle au milieu de l’été. 45 cm (120 cm) x 38 cm. Zone 3.

Hosta montana

Hosta ‘Praying Hands’

H. ‘Marie Robillard’ : hybride qué­bécois. Port plutôt évasé. Gros­se feuille gaufrée bleuvert à marge jaune-vert. Clochettes allon­gées à la mi-été. 90 cm (120 cm) x 70 cm. Zone 3. H. ‘Midwest Magic’ : feuille cor­diforme un peu ondulée, vert lime au printemps deve­ nant dorée à marge vert foncé l’été. Fleurs tubulaires lavande pâle à la mi-été. 50 cm (60 cm) x 120 cm. Zone 3. H. montana : feuille allongée lustrée vert foncé et joliment nervurée. Entonnoirs lavande pâle à la mi-été. 50 cm (120 cm) x 90 cm. Zone 3. H. montana ‘Aureomarginata’ : feuille allongée un peu ondulée vert foncé à marge jaune. Entonnoir lavande pâle à la mi-été. Pousse mieux à l’ombre. 70 cm (100 cm) x 120 cm. Zone 3. H. nigrescens : Le célèbre « hosta noir », à feuilles bosselées vert bleuté très foncé. Port évasé. Abondantes fleurs en entonnoir lavande pâle à marge blanche sur de très hautes tiges florales à la mi-été. 60 cm (180 cm) x 75 cm. Zone 3. H. ‘Northern Halo’ : feuilles cordiformes allongées, joliment texturées, bleu-vert à marge blanche devenant crème. Clochettes blanches au début de l’été. 65 cm (75 cm) x 120 cm. Zone 3. H. ‘Patriot’ : feuilles un peu en forme de coupe, ovales et luisantes, vert foncé à la marge crème. Fleurs tubulaires au début de l’été. 38 cm (75 cm) x 75 cm. Zone 3. H. ‘Piedmont Gold’ : feuille cordiforme allongée, bien rainurée, verte en début de sai­ son, mais bientôt jaune chartreuse. Illumine la noirceur ! Entonnoirs lavande pâle à la fin de l’été. 60 cm (60 cm) x 90 cm. Zone 3. H. ‘Pizzazz’ : feuille cordiforme épaisse et bosselée, bleu poudre entouré de crème. Clochettes lavande pâle à la fin de l’été. 45 cm (45 cm) x 90 cm. Zone 3. 280 | Vivaces

H. ‘Raspberry Sorbet’ : les « hostaphiles » deviennent gagas dès qu’on parle d’une nou­velle couleur chez les hostas. Eh bien, voilà la dernière trouvaille : des tiges florales et des pétio­les de feuille rougeâtres. Pour le non-initié, cette innovation n’est pas encore très spec­taculaire, mais qui sait : un jour peut-être que les hybrideurs réussiront à déve­lop­ per des hostas à feuilles pourpres ! ‘Raspberry Sorbet’ n’est qu’un parmi plusieurs « hos­ tas rougissants », mais j’apprécie le fait qu’il soit résistant aux limaces (‘Cherry Berry’, le plus populaire de ce groupe, ne l’est pas). Feuille plutôt étroite, épaisse, un peu ondulée, luisante, vert foncé… à pétiole rougeâtre. Clochettes pourpres parfumées à la fin de l’été… sur une tige rougeâtre. 30 cm (50 cm) x 85 cm. Zone 3. H. ‘Regal Splendor’ : mutation de ‘Krossa Regal’ à feuilles cordiformes bleu-gris avec une marge irrégulière jaune crème. Port un peu évasé. Clochettes lavande pâle au début de l’été. Plantez-le à la mi-ombre pour conserver sa coloration bleutée. 90 cm (120 cm) x 90 cm. Zone 3. H. ‘Sagae’ (H. fluctuans ‘Variegated’) : feuilles cordiformes allongées pointant vers le haut, donnant à la plante un port évasé. Elles sont bleu-vert à marge jaune crème devenant blanc. Entonnoirs lavande très pâle à la fin de l’été. 50 cm (85 cm) x 137 cm. Zone 3. H. sieboldiana elegans : ce « classique », cultivé par des générations de jardiniers, a été importé du Japon il y a plus de 150 ans. C’est le parent, direct ou indirect, de presque tous les hostas bleus. Son feuillage Hosta ‘Sagae’ en forme de cœur arrondi est épais et bosselé, bleu devenant vert foncé vers la fin de la saison. Les fleurs blanches odorantes apparaissent au début de l’été ; H. sieboldiana elegans est d’ailleurs l’un des premiers hostas à fleurir. Malheureusement, les fleurs sont partiellement cachées par le feuillage. 50 cm (60 cm) x 100 cm. Zone 3. Vivaces | 281

Hosta

H. ‘Praying Hands’ : curieux hosta dont les feuilles très rugueuses s’enroulent un peu et sont dressées vers le ciel, donnant l’impression de mains en prière (il faut toutefois user d’un peu d’imagination !). À planter devant votre grotte dédiée à la Vierge Marie ou à Bouddha ! Port évasé. Feuilles vert foncé à mince marge crème. Clochettes lavande très pâle à la mi-été, mais elles sont peu apparentes. 45 cm (35 cm) x 35 cm. Zone 3.

Hosta

H. ‘Spilt Milk’ : voici un hosta qui serait peut-être plus intéressant pour le collectionneur que pour le jardinier ordinaire, car on le cultive pour la panachure originale de son feuillage… et cette panachure est très discrète. Les feuilles cordiformes épaisses aux nervures très prononcées, bleu-vert, sont parcourues de minces lignes blanches inégales plutôt que de larges marges blanches ou de cœurs jaunes plus frappants et plus saisissants qui sont plus typiques des hostas panachés. Clochettes blanches au milieu de l’été. Croissance lente. 35 cm (50 cm) x 60 cm. Zone 3. H. ‘Stained Glass’ : mutation de ‘Guacamole’. Feuillage jaune reluisant entouré d’une large bordure vert foncé. Fleurs lavande pâles parfumées à la fin de l’été. 38 cm (75 cm) x 80 cm. Zone 3. H. ‘Striptease’ : feuille oblongue texturée, verte avec une longue panachure chartreuse au centre de la feuille. Originale ! Trompettes violettes au milieu de l’été. 50 cm (60 cm) x 90 cm. Zone 3. H. ‘Sum and Substance’ : l’un des plus massifs, sinon le plus massif, de tous les hostas : on a déjà vu un spécimen atteindre 2,9 m de diamètre ! On le reconnaît facilement à ses énormes feuilles épaisses, de véritables pagaies, de forme arrondie et aux nervures très prononcées de couleur chartreuse, presque jaune dans les coins les plus ombragés. Fleurs blanches à la mi-été. Ce hosta gagne tous les concours de popularité… et il semble se plaire dans toutes les conditions, même au soleil. 90 cm (180 cm) x 150 cm. Zone 3. H. tardiflora : le réputé « hosta en plastique », ainsi appelé parce qu’il semble à l’épreuve de tout. Feuille élancée vert foncé. Fleurs tubulaires lavande pâle au milieu de l’été. 38 cm (50 cm) x 45 cm. Zone 3. Hosta ‘Sum and Substance’

282 | Vivaces

Iris crêté

Quand on pense à un iris, ce n’est pas l’ombre qui vient à l’esprit. Après tout, le populaire iris des jardins (Iris x ger­manica) est une plante de plein soleil et c’est aussi le cas des autres iris barbus (ainsi nommés pour la touffe de petits poils jaunes trouvés sur les fleurs) comme l’iris pâle (Iris pallida). C’est également vrai des iris rhi­zo­ma­teux sans barbe, comme l’iris de Sibérie (I. sibirica), l’iris du Japon (I. ensata, anc. I. kaempferi) et l’iris versicolore (I. versicolor), sauf que ces derniers tolè­rent aussi un peu d’ombre. On peut les utiliser sans crainte dans un site mi-ombragé (et humide, car ce sont pour la plupart des iris de marécage et d’autres milieux humides), mais pas vraiment dans un sous-bois. Il y a aussi les iris bulbeux, comme l’iris réticulé (I. reti­culata), qui sont des éphémères du printemps et qui s’adap­tent à l’ombre… en l’évitant : ils poussent sous des arbres à feuilles caduques et profitent donc du soleil printanier, puis entrent en dormance quand les feuil­les sortent. Je traite de ces derniers dans le chapitre Éphé­mères du printemps du Tome 2. En fait, un seul iris relativement disponible est réellement bien con­nu pour sa capacité de pousser à l’ombre : l’iris crêté.

Iris cristata

Iris cristata Autres noms communs : iris à crête, iris nain à crête Nom botanique : Iris cristata Famille : Iridacées Hauteur : 15 cm Largeur : 15 cm Exposition : Sol : riche, bien drainé, humide. Tolère les sols alcalins. Floraison : fin du printemps Multiplication : division, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, pentes, sous-bois, Associations : fougères, petits hostas, épimèdes Zone de rusticité : 3

Vivaces | 283

Iris crêté

Cet iris nain est indigène dans l’est des États-Unis, jusqu’à l’état de New York, et pousse tout natu­rel­lement dans les sous-bois où il forme parfois des tapis à perte de vue. La plante est peut-être petite, mais ses fleurs sont proportionnellement gigantesques et l’impact qu’il crée est impressionnant. Les feuilles mesurent à peine 10 à 15 cm de hauteur, mais les fleurs mesu­rent 8 cm de diamètre. Et quelle belle fleur ! Elle porte trois tépales intérieurs dressés et courts et trois tépales extérieurs plus larges et plus longs, portés plus à l’horizontale. Elle est de couleur bleu violacé pâle à foncé avec une crête surélevée jaune et blanc cernée de pour­pre, ce qui crée un plus bel effet de proche que de loin. Chaque tige ne produit qu’une seule fleur et la floraison est relativement éphémère (environ deux semaines), mais c’est spec­taculaire le temps que ça dure. Après la floraison, il ne reste que les quatre ou cinq feuilles courtes, vert moyen, en forme d’épée, un peu comme les feuilles de l’iris des jardins (Iris x germanica) mais plus courtes. Elles s’engainent à la base pour former un éventail d’abord dressé, puis penché. Elles sont per­sistantes dans les sols humides. La plante peut toutefois entrer en dormance estivale et perdre son feuillage entièrement si elle fait face à une sécheresse profonde. Les feuilles pouss­ent à partir d’un rhizome rampant, parfois souterrain, parfois à la surface du sol. Grâce aux rhizomes, la plante se multiplie rapidement : un seul plant peut faire un tapis de 1 m de dia­mètre en seulement trois ou quatre ans. Cet iris pousse à merveille à la mi-ombre et même à l’ombre, pourvu que quelques rayons de soleil y pénètrent à l’occasion. Il aime particulièrement un emplacement sous les arbres à feuil­les caduques où il reçoit un éclairage abondant au printemps, mais peut profiter de la fraî­ cheur de l’ombre l’été. Il peut aussi pousser au soleil, mais seulement dans les sols humides. Bien que l’iris crêté ne soit pas un iris d’eau comme plusieurs autres iris nord-américains, il pré­fère une certaine humidité en tout temps. En cas de sécheresse prolongée, son feuillage bru­nit, ce qui n’est pas très attrayant. Par contre, il pousse quand même bien à l’ombre sèche, même s’il peut parfois entrer en dormance estivale. Je suggère toutefois d’utiliser toujours un paillis pour maintenir une humidité adéquate sans trop de peine. L’iris crêté préfère les sols riches en matières organiques, mais il tolère les sols de jardin ordi­ naire. Dans la nature, il pousse souvent dans les sols calcaires (alcalins), mais il ne semble nulle­ment dérangé par les sols plutôt acides habituels de nos plates-bandes. Son entretien est pratiquement nul… sauf si on doit contrôler sa croissance latérale. Car si on ne lui oppose pas de barrière, il peut devenir entreprenant. Pour arrêter son élan, il suffit de l’entourer d’une bordure à gazon, d’autres plantes ou de simples pierres. Si quelques plants s’échappent malgré tout, ils sont faciles à arracher. 284 | Vivaces

VARIÉTÉS : L’iris crêté est originaire de l’Amérique du Nord, mais son pôle d’intérêt horticole est assu­rément en Europe. C’est le genre de plante dont plusieurs jardiniers nord-américains « ont entendu parler », mais que peu d’entre eux peuvent se vanter d’avoir cultivée. Autant dire que vous avez plus de chances de trouver l’espèce que des cultivars. Par con­ tre, on trouve occasionnellement les cultivars suivants : I. cristata ‘Abby’s Violet’ : couleur plus foncée. 15 cm x 15 cm. Zone 3. I. cristata ‘Alba’ : fleurs blanches à crête jaune. 15 cm x 15 cm. Zone 3. I. cristata ‘Eco Bluebird’ : bleu pâle tacheté d’or. 15 cm x 15 cm. Zone 3. I. cristata ‘Powder Blue Giant’ : fleurs plus grosses bleu poudre. 15 cm x 15 cm. Zone 3. I. cristata ‘Tennessee White’ : abondantes fleurs blanches. 15 cm x 15 cm. Zone 3.

AUTRES IRIS CRÊTÉS : Les iris crêtés forment un sous-groupe parmi les iris, les Lophiris. Leurs fleurs portent une crête surélevée jaune, orange ou blanche à la place de la barbe des iris barbus. Tous sont des plantes de sous-bois ouverts. Les espèces suivantes sont encore très rares dans nos jardineries locales. Il faut normalement les commander par la poste. I. gracilipes (iris crêté du Japon) : plus tardif que I. cristata (début d’été). Fleurs bleu vio­ let à marques blan­ches, crête orange  et nervures pourpres. Jus­ qu’à trois fleurs par tige. Feuil­les gra­mi­ni­formes arquées. 15 à 20 cm x 15  cm. Zone 5.

I. japonicum

I. gracilipes ‘Alba’ : fleurs blan­ ches, crê­te orange. 15 à 20 cm x 15 cm. Zone 5. Vivaces | 285

Iris crêté

Enfin, l’iris crêté semble peu dérangé par les insectes et les maladies. Les limaces provoquent toutefois des dommages mineurs à l’occasion.

Iris crêté

I. japonicum (iris du Japon) : fleurs en épi bleu pâle, parfois blan­ches, marquées de blanc au centre et por­tant une crête orange allongée. Feuil­lage pointu et nervuré, décoratif. Se multiplie rapidement par stolons minces. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone 5. I. japonicum ‘Variegata’ : feuillage panaché. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone 5. I. tectorum (iris des toits) : sa curieuse appellation vient du fait que les Japonais la plantaient autrefois au faîte des toits de chaumière pour empêcher les infiltrations d’eau. Similaire à I. japonica, mais violet plus foncé et à crête blanche. Aussi, ses rhizomes sont épais plutôt que minces. 30 à 45 cm x 30 cm. Zone 5. I. tectorum ‘Variegatum’ : cette plante, à feuillage panaché de blanc, existe bel et bien, mais habituellement la plante vendue sous ce nom est plutôt I. japonica ‘Variegata’. 30 à 45 cm x 30 cm. Zone 5.

AUTRES IRIS D’OMBRE : I. foetidissima (iris fétide) : le nom n’est pas très prometteur, mais l’odeur « fétide » de la plante n’est pas dégagée par la fleur, plutôt par les feuilles lorsqu’on les écrase. La fleur même est inodore. C’est un iris curieux, vraiment pas comme les autres, car on le cultive surtout pour… ses graines colorées ! En effet, la fleur printanière aux tépales plutôt sveltes est d’un pourpre gris délavé aux rayures brunes : pas très voyante, autrement dit. Mais l’automne, les capsules de graines, jusqu’alors vertes, brunissent et s’ouvrent pour révéler de grosses graines orange vif ! La capsule reste dans cet état tout l’hiver si la neige n’est pas trop lourde. Ou on peut la couper et l’utiliser comme fleur séchée. Cette plante de sous-bois ouverts porte des feuilles persistantes étroites et arquées et est passablement plus grande que l’iris crêté. Les livres de référence suggèrent généralement une faible rusticité (zone 7), mais dans les Iris foetidissima sociétés d’iris on lui donne une zone 5, ce qui est sans doute plus juste, puisqu’il pousse sans problème pour moi en zone 4b (sous couverture de neige). 45 à 60 cm x 45 cm. Zone 5. I. foetidissima ‘Citrina’ : curieuse coloration : fleur jaune pâle et m ­ au­ ve. 45 à 60 cm x 45 cm. Zone 5. 286 | Vivaces

Jeffersonia à deux feuilles

Une vraie plante de sous-bois, le jeffersonia à deux feuil­les (nommé en l’honneur de Thomas Jefferson, troi­sième président des États-Unis) pousse à l’état natu­rel dans la forêt à feuilles caduques de l’est des États-Unis et le sud de l’Ontario. C’est une jolie mais curieuse plante d’une grande simplicité. Elle porte sur une tige de 20 cm une seule belle fleur blan­che de 3 cm de diamètre qui me fait toujours penser à une fleur de sanguinaire (Sanguinaria cana­densis) et qui est aussi éphémère (elle ne dure qu’en­v iron une semaine). Curieu­sement, malgré leurs simi­li­ tu­des, le jeffersonia et la sanguinaire ne sont nul­le­ ment apparentés. Au début de la floraison, le feuillage est seulement par­tiellement développé : il continue sa croissance pour former deux folioles en forme d’aile de papillon. Elles sont de couleur vert moyen et d’une bonne taille. Une capsule de graines remplace la fleur sur une tige qui s’allonge jusqu’à 45 cm de hauteur. La capsule est vaguement en forme de tête de pipe avec un bouchon qui s’ouvre à maturité.

Jeffersonia diphylla

Jeffersonia diphylla Nom botanique : Jeffersonia diphylla Famille : Berbéridacées Hauteur : 20 à 45 cm Largeur : 15 à 20 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique. Tolère les sols alcalins. Floraison : début du printemps Multiplication : division, semences Utilisation : couvre-sols, naturalisation, sous-bois Associations : bulbes de printemps, violettes, fougères Zone de rusticité : 4

Vivaces | 287

Jeffersonia à deux feuilles

Avec le temps, la plante forme une jolie colonie très dense qui cache complètement le sol et qui peut servir de plante tapissante. La faible disponibilité de la plante et de ses semences fait cependant que rares sont les jardiniers qui réussissent à obtenir plus d’un plant mère, qu’il faut alors diviser annuellement si l’on veut créer un tapis digne de ce nom au cours de sa vie. Pensez sous-bois frais et vous comprendrez les besoins du jeffersonia. Il aime les sols riches et humides, mais bien drainés évidemment, et il est parfaitement bien dans une épaisse litière forestière ou son remplacement plus chic, le paillis. Il aime le soleil printanier qui filtre à travers les branches dénudées des arbres, mais exige un emplacement frais et ombragé l’été. Le soleil estival est à proscrire. Il tolère bien les sols alcalins, mais pousse très bien dans les sols d’acidité normale. Les graines germent facilement si on les sème lorsqu’elles sont fraîches (soit l’automne pour une germination au printemps suivant), mais les semis sont à croissance très lente. Les limaces semblent être ses seuls ennemis.

AUTRE ESPÈCE : J. dubia (jeffersonia asiatique) : encore plus rare que son cousin nord-américain, le jef­fer­sonia asiatique produit des feuilles non divisées, mais à deux lobes, plus ou moins en for­me de cœur, mais un cœur incisé plutôt que pointu. La fleur est bleu lavande (rarement blan­che) et porte moins de tépales (i.e. six) qui sont toutefois plus larges et elle paraît alors plus remplie. Une fois établi (et il est lent à partir), le jeffersonia asiatique se multiplie plus rapi­de­ment que l’espèce américaine, car ses rhizomes sont plus rampants. 15 à 30 cm x 20 cm. Zone 5. Jeffersonia diphylla

288 | Vivaces

Kirengeshoma à feuilles palmées

Parfois on se trompe sur la vocation d’une plante. Pen­ dant des années, j’ai cultivé le kirengeshoma à feuilles pal­mées pour ses fleurs jaunes automnales ; je l’avais donc relégué au fond d’une plate-bande, derrière d’au­ tres plantes, pour ne voir que la floraison. Mais à force de le côtoyer, je me suis rendu compte que son vrai char­me tient surtout à son feuillage et que, plutôt que de le cacher toute la saison en attendant sa floraison tar­ dive, il valait mieux l’installer en pleine vue où l’on peut suivre son extraordinaire performance en tout temps. Personne ne prendrait cette plante pour une vivace. Avec ses tiges semi-ligneuses et son feuillage har­mo­ nieu­sement découpé, elle passe à coup sûr pour un arbuste. Ce n’est qu’au printemps, quand de nouvelles pous­ses sortent de terre alors que les tiges jaune paille dessé­chées de l’année précédente ne montrent aucun signe de vie, qu’on se rend compte de la méprise. Et  c’est dès le printemps que le kirengeshoma com­ mence son travail de séduction.

Kirengeshoma palmata

Kirengeshoma palmata Nom botanique : Kirengeshoma palmata Famille : Hydrangacées Hauteur : 80 à 120 cm Largeur : 80 à 120 cm Exposition : Sol : riche, bien drainé, humide Floraison : fin de l’été, automne Multiplication : division, semences, bouturage de tiges Utilisation : en isolé, haies, natu­ra­li­ sation, plates-bandes, arrière-plans, sous-bois, prés fleuris Associations : rodgersias podophyllés, ané­mones du Japon, grandes fougères Zone de rusticité : 4

C’est en effet très tôt dans la saison qu’on remarque d’épais­ses tiges vert foncé au reflet pourpré sorties de Vivaces | 289

terre en portant d’étranges feuilles en forme d’ailes de chauve-souris à moi­ tié déployées et recou­vertes d’un duvet argenté : on dirait une asperge dia­bo­ li­que. Quand les feuilles se déploient pour prendre leur pleine forme, elles res­semblent à de grosses feuilles d’éra­ ble aux mar­ges joliment dentées et à la surface un peu veloutée. Les feuilles Les fleurs cirées du Kirengeshoma palmata font un peu penser infé­rieures présentent de longs pétioles, à celles d’un érable de maison. mais à mesure que la tige grandit, les pétio­les raccourcissent. Au sommet de la plante à la mi-été, les feuilles n’ont plus de pétioles et se rejoignent à la base, entourant la tige, rappelant de nouveau des ailes de chauve-souris. Plus la plante se développe avec les années, plus elle a l’air d’un arbuste, car le nombre de tiges augmente avec le temps, ce qui forme un gros dôme arrondi. Juste au moment où toute autre plante sage commence à se préparer pour l’hiver, le kiren­ geshoma se met à fleurir, faisant apparaître une dizaine de gros boutons jaunes par mince tige ramifiée à son sommet. Le poids des fleurs fait pencher la tige, ce qui donne alors une allure légèrement pleureuse à la plante. Les boutons s’épanouissent sur environ six semaines, à la toute fin de l’été et durant une bonne partie de l’automne. Ils forment des cloches jaune citron de texture un peu cireuse et de bonne taille : on dirait des fleurs d’érable de maison (Abutilon). Le kirengeshoma est une plante de sous-bois originaire du Japon qui semble pousser aussi bien à l’ombre profonde qu’à la mi-ombre. Il réussit très bien au soleil aussi, du moins dans le nord, pour autant que son sol reste humide en tout temps. Il préfère d’ailleurs un sol riche en matières organiques et humide ; les feuilles brûlent si le sol devient trop sec. C’est un sujet parfait pour un paillis de feuilles déchiquetées, soit une abon­dante source de matières en décomposition constante qui reproduit les conditions pré­valant dans les forêts caduques japonaises d’où il est originaire. Il reste qu’il tolère l’ombre sèche, même si ses feuilles y sont moines belles. C’est une de ces plantes qui pousse lentement mais sûrement, et qui est beaucoup plus inté­ res­sante quand elle est bien développée. Un jeune blanc-bec avec trois tiges et un port aéré, c’est bien, mais un « arbuste » de 120 cm sur 120 cm si dense qu’on ne voit pas à travers, c’est beaucoup, beaucoup mieux. Cependant, une plante de cette taille a probablement 15 ans ou plus ! Ainsi, on installe le kirengeshoma à demeure là où l’on prévoit ne jamais avoir à le déranger et on le laisse aller. 290 | Vivaces

Le kirengeshoma est terriblement lent à partir de semences, mais diviser un jeune plant le dérange au plus haut point, donc la division non plus n’est pas très pratique comme moyen de multiplication. Par contre, si vous avez un spécimen mature, formant une touffe de 120 cm et plus, vous pouvez prendre des divisions de l’extérieur de la touffe sans alté­rer son effet. Prévoyez une hache ou une scie pour le prélèvement. Peut-être le plus facile est-il de prélever des boutures de tige en début d’été… ou tout simplement de s’acheter d’autres plants ! Enfin, le kirengeshoma est peu sujet aux prédateurs et aux maladies. À peu près le seul que l’on voit est la marge des feuilles qui brunit et se dessèche en cas de sécheresse prolongée… ce qu’on peut prévenir si on le plante dans un milieu naturellement humide.

VARIÉTÉS : K. palmata Dwarf : un peu de confusion au sujet de cette plante. Est-ce une autre espèce ou tout simplement une variante naine de K. palmata ? Cette plante semble présentement sans nom botanique ou de cultivar, mais se vend sous le nom de K. palmata Dwarf. 60 à 80 cm x 80 cm. Zone 4. K. palmata koreana (kirengeshoma de Corée) (aussi appelé K. koreana) : en­co­ re un peu de confusion : est-ce une autre espèce ou tout simplement une sous-espèce de K. pal­mata ? Les taxo­nomistes sont hésitants. C’est Kirengeshoma palmata koreana une plus grande plante, donc encore plus arbo­res­­ cente en apparence, aux feuilles plus arrondies et moins pro­fondément lobées. La tige florale est dres­sée plutôt que penchée et les fleurs sont moins pen­dan­tes, s’ar­quant vers l’avant pour s’ouvrir en étoile plu­tôt que de pendre mollement en forme de cloche, un effet qu’on apprécie davantage. On le dit moins rus­tique (zone 6), mais je n’ai aucune difficulté en zone 4. Per­son­nellement, je le trouve supérieur au kiren­geshoma à feuilles palmées, mais il est beaucoup moins disponible. 150 à 200 cm x 150 cm. Zone 4. Vivaces | 291

Kirengeshoma à feuilles palmées

Comme il s’étend peu à peu, même à maturité, il y a un risque réel qu’il devienne trop entre­ prenant avec le temps. Au Japon, on observe des touffes de 30 m de diamètre qui sont plus que centenaires. Si votre kirengeshoma devient trop gros après 20 ou 25 ans, prélevez les sec­tions à l’extérieur de la masse pour limiter son développement.

Ligulaire

Ligularia dentata

Ligularia Nom botanique : Ligularia Famille : Astracées Hauteur : 50 à 240 cm Largeur : 30 à 120 cm Exposition : Sol : frais, humide et riche en matière organique Floraison : du milieu jusqu’à la fin de l’été Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, couvre-sols, haies, massifs, naturalisation, platesbandes, arrière-plans, sous-bois, utilisation médicinale Associations : rodgersias podophyllés, gros hostas, grandes fougères, Zone de rusticité : 3

292 | Vivaces

À en juger par les quelques ligulaires offertes en jardinerie, le jardinier amateur moyen doit bien s’ima­ giner que le genre Ligularia est tout petit avec 4 ou 5 espèces. Erreur ! Il y en a plus de 200… et de très jolies aussi. C’est bien dommage que les 195 autres ne soient pas plus facilement disponibles ! Les ligulaires sont d’origine eurasiatique, plusieurs d’ail­leurs en provenance de régions tempérées froides, voire nordiques, ce qui explique leur excellente rus­ti­ cité. Ce sont, pour la plupart, des plantes de bonne taille qui ont besoin d’espace dans le jardin, bien qu’il existe des variétés de taille plus modeste. Les feuilles basi­laires sont généralement grosses (celles sur les tiges sont plus petites) et peuvent être rondes, réniformes, pal­mées ou en tête de flèche et légèrement dentées, pro­fondément lobées ou même très découpées. Cer­ tai­nes (rarement cultivées) sont très envahissantes, mais la plupart ont un comportement plus typique de ce qu’on aime chez une vivace de jardin : une souche qui s’agrandit peu à peu avec les années sans dépasser les limites.

Je dirais que les ligulaires sont de culture facile, mais… elles ont une exigence particulière qui diffère de la moyenne des vivaces de jardin. C’est ce qu’elles aiment : de l’eau, de l’eau et encore de l’eau ! Elles peuvent même pousser dans un marécage ou les racines dans un jardin d’eau (où, soit dit en passant, elles sont particulièrement belles). Je vois souvent des gens qui les plantent dans les sols de jardin ordinaires. Tout va bien au printemps, quand le sol est encore détrempé, et l’automne, quand c’est plus frais et que l’évaporation est réduite, mais l’été, quand la terre s’assèche un peu et que les journées sont chaudes, les voilà flétries comme laitue au soleil ! Arrive la nuit, les feuilles remontent, comme par magie, même si l’on n’arrose pas. C’est la perte d’eau due à la forte transpiration des grosses feuilles dans la journée, combinée à l’in­ca­pacité des racines d’absorber assez d’eau rapidement pour compenser, qui fait que les feuilles se fanent, pas véritablement par manque d’eau. Comme il y a moins de trans­pi­ra­tion la nuit, même si l’on n’arrose pas, les racines arrivent à trouver assez d’eau pour que les feuilles reprennent leur turgescence. Mais si la ligulaire pousse dans un sol bien humide et frais en tout temps, son système racinaire sera plus développé et, même durant les canicules d’été, il absorbera assez d’eau pour maintenir les feuilles dans toute leur splendeur. Autrement dit, préférez un empla­ce­ ment humide ou très humide. Plantez votre ligulaire dans un sol riche en matiè­res organiques ou glaiseux (qui retiennent plus d’eau que les sols sa­ blon­neux) et paillez abondamment. Et songez à la planter dans la zone la plus humide de votre terrain.

Inflorescence de Ligularia dentata.

Côté exposition, tout va. Certains jar­ di­niers croient que les ligulaires ne vont pas au soleil, et d’autres qu’elles ne vont pas à l’ombre. Ils ont tort tous les deux. Au soleil, dans un sol détrempé, pas de problème ! À l’ombre, la plante Vivaces | 293

Ligulaire

Les fleurs sont composées, en forme de marguerite, avec un cœur (disque) de fleurs fertiles jau­nes entourées de rayons jaunes ou orangés. Elles sont portées par des tiges ramifiées ou non et peuvent être grosses ou petites. Dans ce dernier cas, elles se mêlent à leurs voisines pour créer un effet échevelé.

Ligulaire

tolère une humidité moindre… mais arrive rarement à fleurir. Peu importe, direz-vous, car plusieurs ligulaires sont cultivées surtout pour leur feuillage. (Même, plusieurs jardiniers n’aiment pas les fleurs de certaines ligulaires et les suppriment dès qu’ils les voient.) Soyons cependant plus magnanimes : il y a des gens qui aiment les fleurs des ligulaires, même les jaune orangé sur des plantes à feuillage pourpre… et certaines ligulaires ont de très belles fleurs. Donc, pour la plupart des ligulaires, la mi-ombre est sans doute l’exposition idéale : la plante n’y sera pas aussi stressée par le manque d’eau qu’au soleil et elle aura quand même assez de lumière pour fleurir. Il faut aussi souligner que, sauf exception, les ligulaires sont des plantes de climat frais. Elles n’apprécient pas les chaleurs estivales et croissent rarement très bien au sud de la zone 6. Plus on va vers le nord, plus elles sont belles. Les jardiniers des zones 3 et 4 auront de plus belles ligulaires que les jardiniers des zones 5 ou 6. Les ligulaires vivent longtemps et ne demandent que peu de soins. La division n’est jamais nécessaire… à moins de vouloir la multiplier ou réduire l’ampleur de la « colonie » qui se forme peu à peu avec le temps. La division, par contre, est la meilleure façon de les multiplier. On peut aussi semer les espèces (i.e. les variétés non hybrides) et elles croîtront rapidement et facilement à partir de semences. Les cultivars, bien sûr, ne sont pas fidèles au type et il faut les multiplier par division si on veut maintenir leur intégrité. Une fois réglée la question de l’humidité du sol, il faut aborder l’autre complication dans leur culture. Les limaces adorent le feuillage printanier tendre des ligulaires. Mais une fois que les feuilles ont mûri, leur texture coriace semble les rebuter. Utilisez beaucoup de paillis et vous verrez que la population de limaces commencera à chuter : elles détestent les paillis. Par ailleurs, la ligulaire a peu d’ennemis. Même les cerfs de Virginie la laissent tranquille… la plupart du temps !

VARIÉTÉS : Il y en a beaucoup ! Voici seulement les plus courantes : L. dentata (ligulaire dentée) : les grandes feuilles épaisses et luisantes, rondes ou réni­ for­mes, constituent l’attrait principal de cette plante, jusqu’à ce qu’elle commence à fleurir au milieu de l’été. À ce moment, les grandes fleurs jaunes ou jaune orangé, en forme de marguerite, portées en grappe large et aplatie par une tige florale ramifiée, volent la vedette. Du moins les fleurs de l’espèce, à feuillage vert, sont bien appréciées. L. dentata a donné une foule de cultivars à feuillage pourpré et là, les commentaires ne sont pas 294 | Vivaces

toujours aussi positifs, car plusieurs jugent que les « marguerites » jaunes jurent avec les feuilles pour­pres. Si cela vous dérange, coupez les fleurs ou, encore, plantez vos ligulaires den­ tées davan­tage à l’ombre et elles ne fleuriront pas. 90 à 120 cm x 120 cm. Zone 4. L. dentata ‘Britt-Marie Craw­ford’ : la ligu­ laire au feuillage le plus foncé, pourpre sombre lui­ sant presque noir. Pour une meilleure colo­­ration, il lui faut du soleil. 90 à 120 cm x 120 cm. Zone 4. L. dentata ‘Desdemona’ :  feuilles moyen­ ne­ment pour­prées. 90 à 120 cm x 120 cm. Zone 4.

Ligularia dentata ‘Britt-Marie Crawford’

L. dentata ‘Othello’ : comme ‘Desdemona’, mais avec des feuilles un peu moins fon­cées. 90 à 120 cm x 120 cm. Zone 4. L. fischeri (ligulaire de Fischer) : grosses feuilles cordiformes gris-vert. Épis dressés de fleurs jaune orangé. 200 cm x 120 cm. Zone 3. L. ‘Greynog Gold’ : espèce hybride (L. dentata x L. veitchiana) à feuilles triangulaires très dentées, plus grosses que L. dentata. Épi étroit et solidement dressé à fleurs jaunes. 180 cm x 200 cm. Zone 3. L. hodgsonii (ligulaire de Hodgson) : non, cette plante n’a pas été nommée pour l’au­ teur de ce livre. Ressemble à L. dentata, mais un peu plus compacte. Feuillage arrondi, vert et duveteux sur le dessus, pourpré au revers. Porte des marguerites jaunes bien au-dessus du feuillage. 80 à 100 m x 60 cm. Zone 3. L. japonica (ligulaire du Japon) : énormes feuilles palmées très découpées sur un plant gigantesque. D’allure résolument tropicale, elle me fait penser à un philodendron arbo­ rescent ! Fleurs jaunes. L’une des plantes les plus spectaculaires dans le genre Ligularia. 240 cm x 120 cm. Zone 3. L. macrophylla (ligulaire à grosses feuilles) : très différente des autres à cause de ses feuil­les longues et ondulées, en forme de langue et de couleur bleutée. Jolis bouquets de fleurs jaunes bien ramifiées et denses. 120 à 150 cm x 90 cm. Zone 2. Vivaces | 295

Ligularia ‘Lanternchen’

L. ‘Lanternchen’ (‘Little Rocket’) : un hybride très semblable au populaire L. ‘The Rocket’, mais plus compact. Feuillage en tête de flèche. Multiples épis de fleurs jaunes. 60 à 90 cm x 60 cm. Zone 3. L. ‘Osiris Café Noir’ : hybride du pépiniériste québécois Serge Fafard, feuille plus ou moins cordiforme, fortement dentelée, charnue. Passe de pourpre presque noir à bronze à vert olive au cours de l’été. Devient bronzée en fin de saison. Fleurs orangées du milieu à la fin de l’été. 50 cm x 70 cm. Zone 3. L. ‘Osiris Cameleon’ : lancement en 2010. Ressemble à une L. dentata panachée. Feuilles vertes presque rondes fortement marbrées de rose, crème et jaune. Fleurs orangées en forme de chrysanthème. 60 cm x 80 cm. Zone 3. L. ‘Osiris Evolution’ : lancement en 2010. Ressemble à L. dentata, mais les nouvelles feuilles sont entièrement rose saumoné au printemps, puis bronze, puis vert pomme aux nervures rouges l’été. Marguerites orangées. 60 cm x 80 cm. Zone 3. Ligularia ‘Osiris Cameleon’

L. ‘Osiris Fantaisie’ : feuille cordiforme très dentelée, charnue, verte sur le dessus, pour­pre au revers. Fleurs orangées juste au-dessus du feuillage à la fin de l’été. 50 cm x 70 cm. Zone 3. L. ‘Osiris Pure Fantaisie’ : forme panachée de la précédente. Feuille découpée et tordue striée de blanc et de rose. Magnifique ! 60 cm x 30 à 60 cm. Zone 3. L. ‘Osiris Pistache’ : lancement en 2010. Grandes feuilles rondes mouchetées de jaune et de différents tons de vert. Fleurs orangées. Nervures pourpre foncé. Fleurs jaunes. 80 cm x 110 cm. Zone 3. 296 | Vivaces

L. przewalskii (ligulaire de Przewalski) : contrairement à ‘The Rocket’, à qui elle ressemble, elle a des feuilles palmées, non pas en tête de flèche, et qui sont plus fortement découpées. Tiges presque noires. Aussi, l’épi floral est légèrement plus haut et chaque fleuron porte 5 pétales (contre 3 pour ‘The Rocket’). Prononcez le nom « cheval-ski ». 150 à 180 cm x 60 cm. Zone 4. L. ‘Sungold’ : assez proche de L. dentata, avec des feuilles arrondies dentées vert moyen. Tiges portant des fleurs jaunes nombreuses. 150 cm x 60 cm. Zone 3. L. ‘The Rocket’, anc. L. stenocephala ‘The Rocket’ : quand cette plante s’appelait L.  tenocephala ‘The Rocket’, la question était toujours comment il fallait la distinguer de L. przewalskii, qui paraît si semblable. Eh bien, on sait maintenant pourquoi. ‘The Rocket’ est en fait un hybride de L. przewalskii et L. stenocephala. Il pouvait bien ressembler à la première espèce : tel père, tel fils ! Grosses feuilles vert pâle en tête de flèche abondamment dentées, surtout basilaires. Épi dressé pourpre foncé portant un épi étroit de fleurs jaunes. Superbe en feuilles et en fleurs ! 90 à 120 cm (parfois 150 cm) x 60 cm. Zone 4. L. sibirica (ligulaire de Sibérie) : feuille réniforme verte au revers argenté. Nombreuses marguerites jaunes. Très rustique, comme le nom le suggère. 80 à 140 cm x 60 à 120 cm. Zone 2. L. wilsoniana (ligulaire de Wilson) : grandes feuilles vert foncé rappelant la rhubarbe, mais un peu plus arrondies. Hauts épis de fleurs jaunes sur des tiges presque noires. 150 à 180 cm x 60 cm. Zone 3. Ligularia x palmatifolia

Ligularia ‘The Rocket’ : ses feuilles un peu fanées indiquent qu’il est trop au soleil.

Vivaces | 297

Ligulaire

L. x palmatifolia (ligulaire à feuilles palmées) : un hybride entre L. japonica et L. dentata et assez intermédiaire entre les deux. Grosses feuilles arrondies et très lobées. Fleurs jaune or à la fin de l’été. 150 cm x 90 cm. Zone 3.

Lis des crapauds

Tricyrtis hirta

Tricyrtis Autres noms communs : tricyrtis, lis crapaud Nom botanique : Tricyrtis Famille : Liliacées Hauteur : 60 à 120 cm Largeur : 30 à 60 cm Exposition : Sol : riche en matière organique, bien drainé, humide Floraison : fin de l’été, automne Multiplication : division, semences Utilisation : naturalisation, platesbandes, sous-bois, bacs, lieux humides, fleurs coupées Associations : hellébores, fougères, sceaux-de-Salomon Zone de rusticité : 4

298 | Vivaces

Avec un nom commun comme « lis des crapauds » ou « lis crapaud », on s’attendrait à voir une fleur brune, cou­verte de verrues et malodorante, ou encore très toxi­que. Mais non. La fleur est jaune ou blanche, sou­ vent avec de nombreuses petites taches pourpres ou rou­ges, inodore ou agréablement parfumée, et la plante n’est pas toxique. Non, la fleur n’a rien d’un crapaud. Même, elle est très jolie, mais un peu différente. Le nom provient plutôt de trois faits : la plante est appa­ ren­tée au lis (d’où le « lis des ») et pousse à l’ombre et ses fleurs sont couvertes de taches (un crapaud vit à l’om­bre et est couvert de taches). Mystère résolu ! Sauf que… il me semble que « lis des crapauds » n’est pas un nom telle­ment vendeur ! La fleur a cependant la même configuration qu’un lis : six tépales formant une étoile, mais les étamines et les stig­mates, de la même couleur que les tépales, sont regroupés au centre de la fleur et forment une struc­ture com­plexe surélevée. Le résultat est une fleur assez ori­ginale qui n’est pas sans rappeler une orchi­ dée. Évi­dem­ment, le seul fait de mentionner le mot

Les taxonomistes ont un peu de difficulté à classer les Tricyrtis. Ils ont des affinités certaines avec les Liliacées (famille du lis) et furent à l’origine placés dans cette famille, mais aussi avec les Convallariacées (famille du muguet) et les Calochortacées (famille du calochorte), et leur fleur est tellement particulière qu’on leur attribue parfois leur propre famille, les Tri­ cyr­tidacées. Actuellement, la tendance est de les retourner à leur point de départ, dans les Lilia­cées…mais je ne garantis pas qu’ils y resteront ! Les différents lis des crapauds sont assez variables par la forme et la couleur de leurs fleurs, mais leur port et leur feuillage les font reconnaître assez facilement. Avec leurs feuilles oppo­ sées pointues, larges ou étroites, généralement engainant la tige à sa base et toujours aux ner­ vures parallèles enfoncées, ils nous rappellent les maïanthèmes (Maianthemum) et les uvu­lai­ res (Uvulaires) de nos forêts. Les fleurs sont portées, selon les espèces, par de courts pédi­cel­les à l’aisselle des feuilles ou sur les tiges nues ramifiées et plus longues du sommet et des aissel­ les supérieures de la plante. La tige peut être dressée, mais est généralement arquée. Les lis des crapauds poussent à partir de rhizomes souterrains. Dans certains cas, le rhizome est court et la plante ne se divise qu’à son pied, formant ainsi une touffe dense avec le temps. Mais la plupart des espèces et variétés ont de longs rhizomes s’apparentant à des stolons et vaga­bondent librement dans la plate-bande. Elles ne font pas de touffes denses, mais plutôt des colonies ouvertes, et ont besoin d’un certain espace pour bien se développer, car une tige seule est d’apparence assez maigre. Même s’il a un rhizome, le lis des crapauds est rarement offert au rayon des bulbes, mais plu­tôt en pot en pleine croissance au rayon des vivaces. Les plants en pot sont en vente du prin­temps à l’automne. Certains vendeurs par correspondance offrent des rhizomes au prin­temps (les rhizomes sont difficiles à récolter l’automne à cause de la dormance tardive de la plante qui pousse habituellement jusqu’aux gels), ce qui réduit de beaucoup le prix des plantes. Les fleurs du lis des crapauds sont d’une beauté saisissante…, vues de très près. De loin, leur petite taille et l’emplacement souvent ombragé les empêchent d’être très visibles. Allez les voir fréquemment ou récoltez-en comme fleurs coupées, ce qui permet de les placer plus à la vue. Cultivez le lis des crapauds dans un emplacement d’un peu à très ombragé, dans un sol riche et toujours un peu humide. Il tolère le soleil… mais n’y est pas particulièrement heureux. Mal­gré son origine dans les forêts du Japon et d’ailleurs en Asie, il ne se développe pas très bien là où il y a beaucoup de compétition racinaire. Sa rusticité est très bonne dans les sousbois ; il affectionne ce milieu, car il dépend en partie de la litière forestière pour protéger son Vivaces | 299

Lis des crapauds

« orchi­dée » fait frémir le cœur de plusieurs jardiniers. Et si on les appelait « orchidées des cra­pauds » ? Je suis certain que la vente des tricyrtis triplerait !

Lis des crapauds

rhizome du froid. Dans une plate-bande non paillée, notamment en zone 5 où il y a souvent un manque de neige durant l’hiver, il peut subir des dégâts très sérieux et même mourir. Un bon paillis est donc toujours recommandé. La multiplication se fait par division de la touffe, habituellement au printemps. Certaines espèces se ressèment volontiers lorsque les conditions leur plaisent. Si vous avez plusieurs espèces de lis des crapauds dans les environs, il n’y a pas de garantie qu’elles seront fidèles au type, puisqu’elles s’entrecroisent facilement. Les cultivars non plus ne sont pas fidèles au type et il faut donc toujours les multiplier par division. Deux problèmes surtout sont à noter avec les lis des crapauds : les limaces et leur intolérance au gel. En ce qui concerne les limaces, comme pour bien des végétaux, c’est au printemps, quand le feuillage est encore tendre, que les dégâts surviennent. Plus tard dans la saison, ce n’est plus un problème. Mais si les limaces coupent toutes les tiges au sol – et cela arrive ! – vous n’aurez plus de lis des crapauds, car même si les racines sont encore intactes, elles ne pro­duisent pas d’autres pousses. Il faut donc s’assurer que la population de limaces n’est pas très grande, sinon ce n’est même pas la peine de les planter. L’autre problème est que la floraison tardive de plusieurs lis des crapauds les rend sensibles au gel. En effet, contrairement à bien des plantes qui fleurissent à l’automne, mais qui résistent très bien au gel, les lis des crapauds n’en semblent pas le moindrement tolérants. Ainsi, la flo­ rai­son est fauchée, parfois en plein essor. La plante survit toutefois au gel et refleurira l’année sui­vante. Si vous vivez dans le Nord, surtout, préférez les variétés à floraison estivale et évitez de planter les lis des crapauds à floraison tardive dans les dépressions, à la base d’une pente ou à d’autres emplacements sujets aux gels hâtifs.

VARIÉTÉS : Il y aurait une vingtaine d’espèces de Tricyrtis, mais relativement peu ont été essayées sous notre climat. D’ailleurs, plusieurs proviennent de régions subtropicales et les chances qu’elles soient rustiques sont minces. Voici donc les quelques espèces que nous savons rus­ti­ques, ainsi que leurs cultivars et hybrides. T. affinis (lis des crapauds parent) : cette espèce récemment introduite du Japon n’a pas encore été suffisamment testée dans nos conditions pour qu’on connaisse vraiment son com­portement et elle semble un peu moins rustique que d’autres. Un bon paillis épais est donc fortement recommandé. Les feuilles velues marbrées de brun au printemps sont inté­res­santes en soi. Pousse en touffes. Fleurs dressées blanches tachetées de brun pour­pre. Floraison : début d’automne. 60 cm x 30 cm. Zone 6 (4 avec protection). 300 | Vivaces

T. formosana, syn. T. stolonifera (lis des crapauds de Taïwan) : fleurs dressées blanches à roses tachetées de pourpre. Pédicelles ramifiés portés au sommet d’un plant bien dressé. Forme des colonies très larges. Préfère plus de soleil que les autres (i.e. la miombre) Taïwan. 75 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. formosana ‘Amethystina’ : lavande foncé aux taches pourpres très abondantes. 75 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. formosana ‘Autumn Glow’ : feuillage vert foncé à large bordure jaune. Lavande foncé aux taches foncées. 60 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. formosana ‘Dark Beauty’ : fleurs violet-rose très foncé. 75 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. formosana ‘Emperor’ : feuillage jaune lumineux, à marge blanc crème. Fleurs violettes très tachetées, mais ce cultivar est surtout utilisé pour son feuillage. 75 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. formosana ‘Gilt Edge’ : feuillage à marge jaune. Fleurs rose foncé tachetées de pourpre. 60 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. formosana ‘Gilty Pleasure’ : feuillage jaune. Fleurs lavande. Croissance vigoureuse. 60 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). Tricyrtis affinis

T. formosana ‘Samurai’ : rouge pour­pre sans taches. Feuillage marginé de blanc. 45 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. formosana ‘Seiryu’, syn. ‘Hoto­to­ gisu’ : bleu-mauve sans taches. Feuillage dense vert foncé. 55 cm x 90 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. ‘Golden Ghost’ : feuillage jaune pâle. Fleurs lavande pâle tacheté pourpre. 70 cm x 45 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. hirta (lis des crapauds commun) : c’est le tricyrtis le plus vendu dans nos Vivaces | 301

Lis des crapauds

T. ‘Blue Wonder’ : fleurs bleu violacé fortement tachetées de noir. Tiges arquées. Floraison automnale. 60 cm x 45 cm. Zone 5.

Lis des crapauds

pépi­nières et l’un des plus rustiques, mais la floraison est si tardive (généralement fin de septembre à novembre) qu’il n’arrive pas souvent à achever sa floraison. Fleurs dressées blanches tache­tées de lavande portées à l’aisselle des feuilles par un plant de port dressé. Feuilles lan­céolées vert moyen et velues. Pousse en touffe dense, car ses rhizomes sont courts. Japon. 75 à 100 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. T. hirta ‘Alba’ : fleurs blanches. 75 à 100 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. T. hirta ‘Albomarginata’ : fleurs blanches tachetées de lavande. Feuille marginée de blanc. 75 à 100 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. T. hirta ‘Lilac Towers’ : fleurs plus grosses, lilas. 75 à 100 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. T. hirta ‘Miyazaki Gold’ : fleurs blanches tachetées de pourpre. Variété naine. 45 cm x 30 cm. Zone 4. T. hirta ‘Miyazaki’ : comme la précédente, mais à feuilles marginées de jaune. 45 cm x 30 cm. Zone 4. T. hirta ‘Variegata’ : fleur lavande pâle marquée de pourpre. Feuille à marge crème. 80 cm x 45 cm. Zone 4. T. hirta ‘White Towers’ : fleurs plus grosses, blanches aux étamines roses. 75 à 100 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. Tricyrtis hirta ‘White Towers’

T. ‘Lemon Twist’ : variété naine (T. flava x T. oshumiensis). Fleurs jaune clair. Feuil­les larges tachetées. Touffe dense. 30 cm x 45 cm. Zone 5. T. ‘Kohaku’ : fleur saisissante, par­tiel­ le­ment pendante, mais assez ouverte pour per­ mettre d’apprécier sa colo­ ­ ration : blanc tacheté de rouge vin, à gorge jaune. Port arqué. Fleurs portées aux aisselles des feuilles. Croissance en touffe. ‘Kohaku’ est le mot japo­nais pour coucou. 90 cm x 45 cm. Zone 6 (4 avec protection).

302 | Vivaces

Tricyrtis latifolia (lis des cra­ pauds à feuil­les larges, lis des cra­pauds hâtif)  : sans doute la meilleure espèce pour nos régions, car elle a les deux carac­té­ris­ti­ques impor­tan­tes sous un climat froid où le gel peut survenir n’importe quand à par­tir de la fin d’août : une bonne rus­ticité et une flo­ rai­son hâtive. En effet, le lis des crapauds à feuilles lar­ges semble solidement rus­tique en zone 4 et il commence parfois à fleu­rir dès le mois de juillet ! Sa floraison se pour­suit ensuite pour le reste de l’été et se ter­mine au début de Tricyrtis latifolia septembre. Si donc il y a des fleurs qui meu­rent gelées, du moins ce sont seulement les der­nières ! On peut ainsi pro­fiter de l’es­sentiel de son étalage floral. Comme son nom le sug­gère, cette espèce produit des feuilles plus grosses que la moyenne pour un tricyrtis : mesu­rant 15 cm de long et 10 de large, elles sont presque en forme de cœur ! Les fleurs sont terminales ou apparaissent des aissel­les supérieures, formant des bou­quets portés par des pédicelles ramifiés sur un plant à port dressé. Elles sont dressées et de couleur jaune primevère tacheté de rouge. Le lis des cra­pauds à feuilles larges a un port dressé et poussent en touffes diffuses, car il se multiplie par rhizomes vagabonds. Plantez-le à demeure dans une plate-bande légèrement ombragée ou sous-bois ouvert et il créera un spectacle de plus en plus intéressant tous les étés. Les feuilles printanières, qui for­ment des rosettes au sol, sont joliment marbrées de brun. Chine, Japon. 60 à 90 cm x 30 à 45 cm. Zone 4. T. latifolia ‘Forbidden City’ : feuillage plus étroit et marbré de brun, surtout sur les jeunes feuilles. Tiges brunes. Fleurs jaune plus pâle délicatement tachetées de brun acajou. 60 à 90 cm x 45 cm. Zone 4. T. latifolia makinoana : comme l’espèce, mais aux feuilles et tiges légèrement velues. 60 à 90 cm x 30 à 45 cm. Zone 4. T. ‘Lightning Strike’ : feuillage irrégulièrement strié vert, jaune et crème. Fleur lavande. 60 cm x 45 cm. Zone 6 (4 avec protection). Vivaces | 303

Tricyrtis macrantha macranthopsis

T. macrantha (lis des crapauds à grosses fleurs) : très différent de la plupart des autres lis des crapauds par ses grosses fleurs pendantes jaunes tubulaires. Les fleurs sont très bel­ les, mais… n’ont pas la touche « orchidée » des autres lis des crapauds. Il fleurit rela­ti­ve­ ment tôt (dès la fin d’août). Fleurs paraissant sur des pédicelles ramifiés. Plant très arqué. Japon. 100 cm x 45 à 60 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. macrantha macranthopsis, syn. T. macranthopsis (lis des crapauds à fleurs tubu­ lai­res)  : fleurs encore plus grosses que T. macrantha, jaune foncé fortement marbré de mar­ ron à l’in­térieur. Tiges très arquées. Japon. 120 cm x 60 cm. Zone 6 (4 avec pro­tec­tion). T. macrantha ‘Tricolor’ : avec un feuillage aussi joli, la floraison est nettement secon­ daire ! Les feuilles sont vertes, mais fortement striées rose et blanc. Fleurs pendantes jau­ nes, tachetées de marron à l’intérieur. 120 cm x60 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. macropoda (lis des crapauds à gros rhizome) : fleur blanc crème réfléchie pendante, tache­tée de pourpre à l’intérieur. Feuilles larges cordiformes. Ne tolère pas la sécheresse. Japon, Corée. 90 cm x 45 cm. Zone 5. 304 | Vivaces

T. ‘Moonlight Treasure’ (T. ohsumiensis x T. nana) : fleurs jaunes abondantes aux ais­ sel­les des feuilles à partir de la fin de l’été. Feuillage très résistant aux intempéries. Super com­pact ! 25 cm x 30 cm. T. ‘Shining Light’ : feuilles jaune chartreuse développant une marge verte. Fleurs blanches tache­tées de pourpre à la fin de l’été et au début de l’automne. 50 cm x 30 cm. Zone 4. T. ‘Shirohotogisu’ : blanc marqué de lavande. 50 cm x 30 à 60 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. ‘Sinonome’ : rose lavande tacheté de pourpre. Excellente fleur coupée. Floraison automnale. 60 à 90 cm x 60 cm. Zone 6 (4 avec protection). T. ‘Snow Fountains’ : fleurs abondantes blanc immaculé. 105 cm x 45 à 60 cm. Zone 5. T. ‘Tojen’ : probablement le plus populaire des lis des crapauds hybrides. Grosses fleurs par­fu­mées dressées, lavande très pâle à blanc, à gorge blanche et seulement très légèrement tache­tée de pourpre pâle. Fleurs portées à l’aisselle des feuilles par un plant dressé au début, deve­nant arqué avec le temps. Énormes feuilles jusqu’à 30 cm de longueur, velues. Flo­rai­son dès la mi-août et maintenant jusqu’à la fin d’octobre s’il n’y a pas de gel. 120 cm x 60 cm. Zone 5. Tricyrtis ‘Sinonome’

Tricyrtis ‘Tojen’

Vivaces | 305

Lis des crapauds

T. macropoda ‘Tricolor’ : feuillage superbe vert tacheté de gris et strié rose et blanc au prin­temps. Fleur réfléchie blanche marquée de lavande. Ne tolère pas la sécheresse. 90 cm x 45 cm. Zone 5.

Lobélie vivace Le genre Lobelia est très vaste, avec presque 400 espèces croissant sous pres­que tous les climats du monde et com­prenant vivaces, annuel­les, bisan­ nuelles, arbustes et même de petits arbres comme la célèbre lobélie arborescente (Lobelia gib­ be­roa) du mont Kilimandjaro. Le groupe qui nous concerne ici est com­posé d’un petit groupe d’es­pè­ ces vivaces de l’Amérique du Nord. Un autre groupe de lobélies tolé­rant l’ombre et utilisé comme an­nuel­les est décrit dans le Tome 2. Lobelia cardinalis

Lobelia spp. Nom botanique : Lobelia cardinalis, L. siphilitica et autres Famille : Campanulacées (parfois Lobéliacées) Hauteur : 60 à 150 cm Largeur : 23 à 60 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche, humide à très humide Floraison : variable selon l’espèce ; été ou début de l’automne Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, massifs, natu­ ralisation, plates-bandes, sousbois, prés fleuris, lieux humides, fleurs cou­pées, attire les colibris, utilisation médicinale Associations : aconits, grandes fougères, rodgersias podophyllés Zone de rusticité : 2 à 8, selon la variété

306 | Vivaces

Les lobélies vivaces produisent une rosette de feuilles plus ou moins étroi­tes qui s’allongent en une seule tige dres­sée feuil­lue coiffée d’un d’épi de fleurs. Les fleurs sont faciles à recon­ naître : elles ont deux lèvres, la lèvre supérieure avec deux lobes bien écartés et la lèvre inférieure, de loin la plus voyante, avec trois lobes plus larges, et il y a au cen­tre de la fleur un tube combinant les étamine et le style. En général, on peut dire que ces lobélies sont davan­ tage des plantes de mi-ombre qui tolèrent le soleil dans certaines conditions que des plantes de soleil qui tolèrent la mi-ombre, d’où leur inclusion dans ce livre. Le facteur déterminant est l’humidité du sol : elles aiment un sol humide et tolèrent mal la sécheresse. Dans nos forêts, on retrouve parfois la jolie lobélie car­dinale (l’espèce indigène de nos régions) dans des sous-bois ombragés où elle reçoit quand même quel­ ques rayons de soleil, mais toujours à sol humide. Leur culture est très facile tant que leur sol demeure humide : elles n’ont essentiellement besoin d’aucun

La division est la façon la plus facile de multiplier les lobélies vivaces, car on est alors sûr que les plants qui en ressortent sont fidèles au type. Par contre, elles sont faciles à produire par semen­ces et certaines lignées sont couramment offertes sous cette forme. Ne recouvrez pas les petites semences de terre, car elles ont besoin de lumière pour germer. Les limaces, qui elles aussi aiment les conditions de grande humidité, peuvent ronger leur feuil­lage et méritent peut-être un certain contrôle. À l’occasion, des chenilles s’attaquent au feuil­lage : si les dommages semblent importants, on peut traiter avec du B.t. Mon expérience est cependant que les dégâts sont généralement si mineurs qu’avant même qu’on le remar­ que l’insecte est déjà parti.

VARIÉTÉS : L. cardinalis (lobélie cardinale, lobélie du cardinal) : indigène dans l’est et le sud du con­tinent nord-américain. La couleur rouge flamboyant des fleurs, la même que l’in­si­gne des cardinaux de l’Église catholique, lui a donné son nom. C’est une couleur saisis­sante qu’on voit de loin et qui attire beaucoup les colibris au jardin. D’ailleurs, la cou­leur de la fleur a rapidement fait de cette plante une plante de jardin populaire, car on rapporte sa pré­sence en Angleterre dès 1620 ! Les Amérindiens utilisaient la plante pour­tant toxique de façon médicinale. Sans doute que les tenants de la médicine douce l’utilisent encore. La lobélie cardinale a le port typique de son groupe, avec une tige un peu pourprée por­ tant des feuilles étroites et légèrement dentées. Du moins, c’est son apparence terrestre. Elle pousse aussi sous l’eau, produisant une rosette de feuilles plus arrondies, parfois un peu pourprées. La forme aquatique ne fleurit jamais, mais attend que l’étang ou cours d’eau s’assèche, puis reprend sa forme terrestre et se met à fleurir. Ainsi il y a des endroits où la lobélie cardinale paraît absente, personne n’ayant vu ses fleurs pourtant très visibles depuis des décennies, mais qui se colorie de rouge vif quand un été plus sec fait baisser le niveau d’eau. Il faut souligner tout de suite que cette lobélie dépend vraiment d’un sol humide. Quand on la cul­tive dans un sol de jardin typique, i.e. bien drainé, elle pousse un peu, fleurit un peu et dis­pa­raît rapidement. Dans un sous-bois ouvert humide, non seulement elle se Vivaces | 307

Lobélie vivace

soin, sauf peut-être une division quand la touffe devient trop large. Dans certains livres, on sug­gère qu’elles sont de courte vie, mais cela semble être plus le cas dans le Sud où les étés chauds minent leur longévité. Dans nos régions, où la chaleur estivale est rarement très per­ sis­tante, elles vivent facilement 10 ans et plus, en plein dans la moyenne pour une vivace.

Lobélie vivace

maintient, mais elle se ressème allégrement. Si vous tenez à l’essayer dans une « platebande normale », plantez-la au moins à la mi-ombre et paillez-la bien. Notez qu’on peut aussi cultiver la lobélie cardinale comme plante marginale dans un jardin d’eau. 60 à 120 cm x 60 cm. Zone 2. L. cardinalis alba : fleurs blanches. Parfois trouvé à l’état sauvage. 60 à 120 cm x 60 cm. Zone 2. L. cardinalis ‘Golden Torch’ : feuillage jaune vif, fleurs rouge cardinal : une combinaison de type, « Appelle les pompiers, Marthe : le sous-bois est en feu ! » Extraordinaire ! 60 à 120 cm x 60 cm. Zone 2. L. cardinalis ‘Queen Victoria’ : voir L. splendens ‘Queen Victoria’. L. siphilitica (lobélie bleue) : espèce trouvée dans l’est des États-Unis et en Ontario. La lobélie bleue est « plus facile à cultiver » que la lobélie cardinale, dans le sens que nos terrains sont généralement bien drainés et que la lobélie bleue tolère mieux un peu de sécheresse que sa cousine presque aquatique, la lobélie cardinale. Ainsi vous pouvez cultiver la lobélie bleue dans une plate-bande de vivaces typique et elle se comportera très bien. Il n’en reste pas moins que les sécheresses profondes ne sont pas du tout à son goût et qu’elle préfère un sol au moins un peu humide en tout temps. Donc, un emplacement à la mi-ombre et un bon paillis vont lui plaire. La plante ressemble par sa forme générale à la lobélie cardinale, mais bien sûr ses fleurs sont bleu-violet, pas rouges. Elles sont aussi plus courtes et ressortent alors un peu moins, mais c’est quand même une très belle plante. Le feuillage aussi est plus large et il Lobelia cardinalis ‘Golden Torch’

308 | Vivaces

Lobelia siphilitica

est d’un vert un peu plus clair. L’épithète botanique siphilitica vient de l’utilisation que les Amérindiens en faisaient pour traiter la syphilis. Je vous suggère plutôt d’aller voir un médecin sans tarder. 60 à 90 cm x 30 cm. Zone 3. L. siphilitica ‘Alba’ : fleurs blanches. 60 à 90 cm x 30 cm. Zone 3. L. siphilitica ‘Blue Select’ : bleu plus vif. 60 à 105 cm x 30 cm. Zone 3.

Lobelia splendens ‘Queen Victoria’ : très jolie, mais pas rustique !

L. splendens (lobélie cardinale du Mexique) (syn. L. fulgens) : parfois considérée comme une simple variante de L. cardinalis, cette espèce mexicaine a des fleurs aussi rouges, mais un feuillage plus pour­pré et elle est souvent plus élancée. Elle n’est pas rus­ti­que dans nos régions et est mentionnée seulement à titre de renseignement, car on l’a beaucoup utilisée dans le développement des populaires lobélies vivaces hybrides décri­tes plus loin. 90 à 150 cm x 60 cm. Zone 7 ou 8. L. splendens ‘Queen Victoria’ : sélection à fleurs rouge vif et à feuillage très pourpre. Sou­vent vendue à tort comme L. cardinalis avec d’ailleurs une étiquette indiquant qu’elle est de zone 2 ! Évidemment, il n’en est rien : il faut considérer ‘Queen Victoria’ comme une annuelle sous notre climat, à moins de l’hiverner en serre. Excellente plante marginale pour le bassin ! 75 à 90 cm (jusqu’à 150 cm à l’intérieur) x 30 à 45 cm. Zone 7. L. x speciosa (lobélie vivace hybride) (anc. L. x gerardii) : un amalgame de deux ou trois des espèces précédentes. Superbe plante insuffisamment connue, offrant une vaste gamme de couleurs (rouge, rose, pourpre et blanc, entre autres) et une floraison qui dure du milieu de l’été au début de l’automne. Le problème, c’est que l’ajout de L. splendens, moins rus­ti­que (zone 7 ou 8), au mélange met des bâtons dans les roues des jardiniers nordiques : en effet, on ne peut pas prévoir qu’une lobélie vivace hybride sera suffisamment rustique pour notre climat sans l’essayer. Les cultivars listés, certaines des lignées produites par semences, d’au­tres des clones offerts sous forme de plants, ont toutefois la réputation d’être rustiques, à moins de mention contraire. 45 à 150 cm x 23 à 30 cm. Zone variable, 4 à 7. L. x speciosa série Fan : cette série Fan (‘Fan Blue’, ‘Fan Deep Rose’, etc.) comprend des formes naines (45 à 60 cm de hauteur). Elle pourrait peut-être servir d’annuelle, mais elle s’est montrée insuffisamment rustique pour servir de vivace sous notre climat. 45 cm x 30 cm. Zone 6 ou 7. Vivaces | 309

Lobélie vivace

L. x speciosa ‘Dark Crusader’ : fleurs rouge rubis foncé, feuilles pourpre foncé. 90 cm x 30 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Gladys Linley’ : blanc crème. 120 cm x 30 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Grape Knee-Hi’ : variété naine à fleurs pourpres. 60 cm x 25 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Kompliment Blau’ (syn. ‘Compliment Blue’) : série semi-naine à feuillage vert. Ce cultivar a des fleurs bleu pourpré. 75 cm x 23 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Kompliment Scharlach’ (syn. ‘Compliment Scarlet’) : fleurs rouge écar­late. 75 à 90 cm x 23 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Kompliment Tiefrot’ (syn. ‘Compliment Deep Red’) : fleurs rouge foncé velouté. 75 à 90 cm x 23 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Kompliment Violet’ (syn. ‘Compliment Violet’) : fleurs rose-violet foncé. 90 cm x 23 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘La Fresco’ : fleurs violettes, feuilles très foncées. 60 à 90 cm x 30 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Monet Moment’ : abondantes fleurs rose foncé. Feuillage vert moyen. 50 cm x 30 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Purple Towers’ : grande variété à fleurs pourpre foncé velouté et feuillage foncé. 120 à 150 cm x 30 cm. Zone 4. L. x speciosa ‘Vedrariensis’ : violet pourpré foncé et feuillage foncé rehaussé de rouge. 120 cm x 30 cm. Zone 3. Lobelia x speciosa ‘Grape Knee-Hi’

310 | Vivaces

Lobelia x speciosa ‘Monet Moment’

Mukdenie de Ross

La mukdenie de Ross est une nouveauté pour la plupart des jar­diniers et il m’est donc difficile de généraliser sur son comportement. Tout ce que je peux dire est qu’elle pousse sans la moindre complication chez moi en zone 4b et je présume qu’elle sera aussi intéressante dans d’autres amé­nagements ombragés. Comme l’es­ pèce provient du nord de la Chine (Mukdenia vient du nom de l’an­cienne capitale de la Mand­chourie, Muk­ den, maintenant Shenyang, une ville réputée pour ses hivers glacials), je soupçonne qu’elle est plus rustique que la zone 4 généralement accor­dée et qu’elle méri­ tera un essai en zone 3. D’ail­leurs, on dit qu’elle n’aime pas les étés chauds, autre détail difficile pour moi à con­ fir­mer puisque les étés, là où je demeure, sont toujours plutôt frais. Il s’agit surtout d’une plante à feuillage, avec des feuil­ les assez grandes (jusqu’à 18 cm de diamètre) et for­te­ ment lobées, rappelant une feuille d’érable. D’ail­leurs, son ancien nom, Aceriphyllum, veut dire « à feuil­les d’éra­ble ». Les feuilles sont charnues et décou­pées, vert foncé l’été et orange à jaune vif l’automne, portées par un pétiole charnu.

Mukdenia rossii

Mukdenia rossii Autre nom commun : acérophyle de Ross Nom botanique : Mukdenia rossii, anc. Aceriphyllum rossii Famille : Saxifragacées Hauteur : 30 à 40 cm Largeur : 45 à 60 cm Exposition : Sol : tout sol plutôt humide, aime bien les sols glaiseux Floraison : fin du printemps, début de lété Multiplication : semences, division Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, lieux humides Associations : hakonechloas, astilbes, fougères Zone de rusticité : 4 (3 ?)

Vivaces | 311

Mukdenie de Ross

Les petites fleurs en clochette sont blanches ou rose pâle et paraissent sur des tiges dressées ramifiées à la fin du printemps. En fleurs, la plante me fait penser à un petit bergénia (Bergenia), mais à feuillage découpé. Contrairement au bergénia, toutefois, son feuillage n’est pas persistant, mais renaît tôt au printemps. La plante forme une touffe compacte au début, puis s’élargit lentement, très lentement. D’ailleurs, c’est le défaut principal de la mukdenie : tout va si lentement. Éventuellement, il y aura une possibilité de la diviser, mais pas avant 4 ou 5 ans. Elle pousse trop lentement pour être un bon couvre-sol… à moins de payer le prix et d’acheter plusieurs plants. Un espacement de 30 cm permettra alors d’avoir une couverture complète en 2 ou 3 ans. Elle paraît très bien aussi groupée par taches de 3 ou 7 plants ou encore en marge de la plate-bande. Comme elle aime les sols humides, elle serait bien en bordure d’un bassin. Elle préfère la mi-ombre, mais elle tolère l’ombre. Elle ne supporte le soleil que là où les étés ne sont pas trop chauds. Très tolérante de toutes les conditions sauf des sols secs, la mukdénie est un excellent choix pour le jardinier paresseux, car elle semble ne demander réellement aucun soin. On la dit résistante aux insectes et aux maladies, mais les jeunes feuilles seraient affectées par les limaces. Comme j’utilise du paillis, j’ai peu de limaces et n’ai donc remarqué aucun dommage : elle est toujours parfaitement belle.

VARIÉTÉS : M. rossii ‘Karasub’ (Crimson Fans ) : c’est le cultivar le plus courant, plus facilement dis­po­nible que l’espèce. Son attrait principal est son feuillage plus coloré : il commence vert bronzé au printemps, puis devient vert foncé à la base avec les pointes prenant une jolie colo­ration rouge à rouge vin, une couleur plus intense dans les régions aux étés frais. À l’au­tomne, la partie verte de la feuille devient jaune orangé, mais les pointes demeurent rou­ges. Fleurs blanches. 30 à 40 cm x 45 à 60 cm. Zone 4 (3). MD

Mukdenia rossii ‘Karasub’

312 | Vivaces

M. rossii ‘Starstream’ : sélection à feuil­lage strié et marbré irré­gu­liè­ re­­ment de jaune. Fleurs blanches. Il existe aussi d’autres cultivars pana­chés de la mukdenie de Ross et même une variété à feuillage doré, ‘Ogon’, mais aucun n’était com­mer­cia­le­ment dis­ po­nible au moment d’écrire ce livre. 30 à 40 cm x 45 à 60 cm. Zone 4 (3).

AUTRE ESPÈCE :

PLANTES APPARENTÉES : Deux genres sont proches de la mukdenie en port, en feuillage et en floraison, aussi en utilisation : Boykinia, qui semble peu disponible dans le commerce, et Peltoboykinia, légèrement plus. On leur accorde souvent des zones 6 ou 7, donc rien pour nous encou­ rager à les essayer, mais je ne serais pas du tout surpris d’apprendre qu’ils sont plus rustiques que cela. D’ailleurs, l’aire naturelle de Boykinia major s’étend jusqu’en Alberta, garant au minimum d’une zone 4 (en présumant du moins que les plants vendus com­ mercialement viennent au nord de l’aire). Toutefois, le fait est que je ne peux rien pro­met­ tre, sauf vous dire que j’essaie avec succès l’espèce suivante en zone 4b… sous une bonne couverture de neige. Peltoboykinia watanabei (boy­ ki­nia pelté de Wata­nabe) : très semblable à M. rossii, sauf que ses feuil­les très lobées sont pel­tées, c’està-dire que le pétiole est fixé au centre de la feuille, comme l’axe d’une roue, ce qui donne une apparence étoilée très attrayante. Les petites fleurs sont jaune pâle et peu voyantes. Vues de proche, cependant, elles sont très intrigantes, avec cinq pétales bien espacés et curieu­ se­ ment frangés. Côté rusticité, tout ce que je peux vous dire est qu’il va bien chez moi en zone 4b sous une bonne couche de neige et cela, même si les rares références à cette  plante parlent de zone 7 ! 30  à 40 cm x 45 à 60 cm. Zone 7 (4b ?).

Peltoboykinia watanabei

Vivaces | 313

Mukdenie de Ross

M. acanthifolia (mukdenie à feuilles d’acanthe) : espèce coréenne, différant de M. rossii surtout par son feuillage moins profondément découpé. Sa rus­ti­cité est inconnue. 30 à 40 cm x 45 à 60 cm. Zone 5 ?

Pavot des bois

Stylophorum diphyllum

Stylophorum diphyllum Autre nom commun : stylophore à deux feuilles Nom botanique : Stylophorum diphyllum Famille : Papavéracées Hauteur : 30 à 45 cm Largeur : 25 à 30 cm Exposition : Sol : riche, humide, bien drainé Floraison : fin du printemps jusqu’à la fin de l’été Multiplication : semences, division Utilisation : naturalisation, pentes, sous-bois Associations : anémones des bois, brunneras, pulmonaires Zone de rusticité : 3

314 | Vivaces

Il y a de ces plantes qui ne sont pas faites pour les platesban­des très ordonnées, mais qui sont merveilleuses natu­ra­lisées dans des milieux moins perturbés. Le pavot des bois fait partie de ce groupe. Cette plante des sousbois nord-américains, présente de l’Ontario à l’Ala­bama, se ressème trop abondamment pour une plate-bande classique, où elle pourrait rapidement être per­çue comme une mauvaise herbe, car elle ne reste pas à sa place. Par contre, dans un aménagement plus libre, comme un sous-bois naturel que l’on veut égayer de quelques fleurs supplémentaires, quoi de mieux qu’une plante qui se répand lentement et sûre­ment, agré­men­tant toute la forêt de ses belles fleurs jaunes ? Et pour ceux qui s’inquiètent de l’effet sur l’environnement d’une plante qui pousse aussi libre­ment dans un milieu natu­rel, ne soyons pas trop à cheval sur les principes : cette plante est une indigène si l’on considère l’Amérique du Nord dans son ensem­ble. Son absence du Québec (où vous vivez pro­ba­ble­ment) n’est que temporaire : on la trouve à moins de 500 km de notre frontière et elle est en pleine expansion. Elle serait arrivée éventuellement chez nous de toute façon : nous ne faisons qu’accélérer sa diffusion, voilà tout !

Le feuillage de cette plante est remarquable par sa coloration vert tendre, une couleur que l’on associe au plein soleil plutôt qu’aux coins ombragés que le pavot des bois préfère. Ainsi, il ressort au travers des autres feuillages sombres des environs. Les feuilles sont fortement décou­pées, parfois jusqu’au pétiole, et les folioles aux lobes arrondis rappellent une feuille de chêne. Les feuilles sont légèrement poilues. Elles sont opposées, d’où le nom diphylla (à deux feuilles). Cassez une tige et vous verrez un phénomène curieux : le latex qui en coule est jaune vif, la même couleur que les fleurs. Les Amérindiens s’en servaient comme teinture. Qui aurait pensé qu’un pavot pouvait pousser en forêt ? Ces belles fleurs à la texture crêpée ne sont-elles pas l’apanage des champs, des terrains vagues et d’autres terres exposées ? Rares exceptions à cette règle, certaines Papavéracées (c’est la famille du pavot) peuvent pousser en forêt, et en voilà une. Le pavot des bois et son cousin asiatique, le pavot des bois aux fruits laineux (décrit plus loin), font partie de ce groupe sélect. La situation idéale pour le pavot des bois est la mi-ombre et un sol riche et humide où justement il germe çà et là, porté par ses graines vagabondes. Il croît et fleurit bien même à l’ombre, à condition d’y recevoir le soleil printanier, mais il ne s’y étend pas aussi bien ; il tend à rester sagement à la place où vous l’avez planté. Il tolère les sols moins riches et plus secs aussi, dont l’ombre sèche, mais alors son com­ portement est moins intéressant. En effet, il a tendance à entrer en dormance estivale et à se soustraire à la vue lorsque c’est trop sec à son goût. Pire, si le sol est juste un peu trop sec, le pourtour des feuilles brunit, mais la feuille reste en place pour l’été. Tout cela est évitable si vous lui assurez une humidité constante. À cette fin, un bon paillis organique est fortement recommandé… ou encore plantez votre pavot des bois dans une forêt où la litière naturelle lui assurera une bonne croissance. Comme bien des plantes de sous-bois, le pavot des bois n’apprécie pas les dérangements. Biner ou cultiver le sol à son pied n’empêche pas seulement les graines de germer, mais peut tuer la plante. Mieux vaut le planter et le laisser tranquille par la suite. Vivaces | 315

Pavot des bois

Regardez la fleur et vous verrez que cette plante est un pavot (du moins au sens large du terme) : le bouton vert est recouvert de poils bien espacés, exactement comme celui du pavot d’Orient (Papaver orientale), et il s’ouvre pour révéler quatre pétales crêpés jaune vif (les pavots ont toujours les pétales un peu froissés). Quand les pétales tombent, les capsules qui restent ont une apparence similaire, bien qu’un peu plus allongés, à celle des pavots de nos jardins. Les fleurs s’épanouissent en grand nombre à la fin du printemps, mais la flo­rai­son se répète de façon intermittente tout au long de l’été lorsque les conditions con­vien­nent à la plante. Les fleurs sont produites par bouquets ouverts de trois à cinq fleurs dans une inflorescence terminale.

Pavot des bois

Quant à la multiplication, théoriquement on peut diviser le pavot des bois. En pratique cependant, on attend plutôt qu’apparaissent des semis spontanés qu’on pourra transplanter à sa guise. On peut aussi récolter les graines et les semer en été, mais il faut le faire rapidement, car leur capacité de germination diminue rapidement après la récolte. Quelques firmes vendent des graines, mais elles les gardent au frais et à l’humidité jusqu’à l’expédition. Le pavot des bois a peu de problèmes d’insectes et de maladies, mais la plante souffre beau­­coup de la sécheresse. Elle peut être envahissante par ses semences dans les milieux forestiers.

AUTRE ESPÈCE :

Stylophorum lasiocarpum

S. lasiocarpum (pavot des bois aux fruits lai­ neux) : cette espèce d’origine asiatique est parfois offerte. Elle est à ce point similaire au pavot des bois à deux feuilles qu’on peut difficilement les distin­guer, du moins par leurs fleurs, qui sont du même jaune vif. Ses feuilles sont moins découpées toutefois, et elles ont des lobes pointus plutôt qu’arrondis, ce qui fait penser à des feuilles d’érable… ou plutôt d’érable de maison (Abutilon), car elles ont la même coloration vert tendre et la même texture légèrement poilue. Il n’y a pas vraiment assez de différences entre les deux pour préférer l’une ou l’autre espèce, ni pour devoir cultiver les deux. Je vous suggère de cultiver le premier pavot des bois qui vous tombe sous la main, voilà tout. 30 à 45 cm x 25 à 30 cm. Zone 4.

PLANTES APPARENTÉES : Trois autres genres de la famille des Papaveracées ressemblent assez aux Stylophorum pour prêter à confusion : Chelidonium, Hylomecon et Meconopsis. Les trois font aussi d’excellentes plantes d’ombre. Chelidonium majus (chélidoine majeure) : une plante européenne proche des Stylo­ pho­rum. Non seulement ressemble-t-elle au pavot des bois, mais elle a un com­por­te­ment sem­blable. On peut dire que c’est la version européenne des pavots des bois. 316 | Vivaces

Voici quatre trucs pour les distinguer : tales ; chez les pavots des bois, ils se chevauchent un peu, du moins la plupart du temps ;

2 les fleurs de la chélidoine sont, à 2,5 cm de dia­mètre, deux fois plus petites que celles du pavot des bois ;

3 la sève de la chélidoine est orange plutôt que jaune ; 4 et enfin, les capsules de graines de la chélidoine sont beaucoup plus minces que celles des pavots des bois. Attention : la chélidoine majeure est plus envahissante que le pavot des bois. Pensez-y deux fois avant de la libérer dans un parcelle entretenue ! 30 à 50 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. C. majus ‘Flore Pleno’ : fleurs doubles. Fidèle au type par semences. 30 à 50 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. C. majus laciniatum : fleurs aux pétales découpés. Fidèle au type par semences. 30 à 50 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. C. majus ‘Laciniatum Flore Pleno’ : fleurs doubles et découpées. Fidèle au type par semences. 30 à 50 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. Hylomecon japonica (pavot des bois japonais, pavot jaune du Japon) : feuilles pen­ nées vert moyen, nervurées, de format plus « classique » que les autres pavots des bois avec leur feuillage original. Fleurs jaunes à quatre pétales. Il diffère des Stylophorum et des Chelidonium surtout par sa façon de croître. En effet, plutôt que de former des touffes de tiges, il pro­duit une tige dressée unique et sans ramification et se répand par rhizomes Chelidonium majus

Hylomecon japonica

Vivaces | 317

Pavot des bois

1 les pétales jaunes ne se touchent pas chez la ché­li­doine, laissant ainsi un jour entre les pé­

Pavot des bois

courts, créant un tapis. Ainsi, on peut plus facilement l’utiliser comme couvre-sol que les deux autres. Notez qu’il peut entrer en dormance estivale s’il manque sérieusement d’eau l’été. 30 cm x 30 cm. Zone 4. Meconopsis cambrica (pavot du pays de Galles, pavot jaune) : on connaît davantage le genre Meconopsis pour le célèbre pavot bleu, M. betonicifolia, une plante de culture pointilleuse décrite à la page 393, parmi les vivaces, pensez-y bien. Mais M. cambrica ne diffère pas de son cousin capricieux à fleurs bleues seulement par sa couleur jaune, mais aussi par sa facilité de culture. Il se Meconopsis cambrica cultive de la même façon que le pavot des bois et, comme lui, le pavot du pays de Galles est un peu envahissant à cause de ses graines intrépides. La forme sauvage a des fleurs jaune soufre dressées en forme de coupe, mais beau­coup de cultivars ont des fleurs orange voire presque rouges. Feuillage très découpé vert moyen, très loin des feuilles entières des autres Meconopsis. Lon­gue période de floraison : fin du prin­temps au milieu de l’été, avec parfois des fleurs sporadiques à l’automne. Ombre partielle. Facile par semences. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone 3. M. cambrica aurantiaca : la forme à fleurs orange. Fidèle au type si elle ne pousse pas en compagnie de plantes à fleurs jaunes. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone 3. M. cambrica ‘Flore Pleno’ : fleurs jaunes doubles. Presque stérile, donc aucun problème d’envahissement. 30 à 60 cm x 40 cm. Zone 3. M. cambrica ‘Florence Perry’ : fleurs rouge orangé simples. Se ressème peu. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone 3. M. cambrica ‘Muriel Brown’ : fleurs rouge orangé doubles. Presque stérile. 30 à 40 cm x 30 cm. Zone 3.

318 | Vivaces

Pigamon Le genre Thalictrum est assez vaste (selon différentes autorités, entre 120 et 200 espèces), avec différentes espèces sur tous les continents habi­tés, sauf en Australie. Dans un si grand genre, on peut s’attendre à avoir un peu de variété, et c’est bien le cas. Dans la catégorie qui nous intéresse ici, soit les vivaces her­ ba­cées rustiques, on trouve tout, à partir de grandes plantes d’arrièreplan à de petits couvre-sols. On peut classer les fleurs de piga­ mon en deux groupes : sans sépales (i.e. asépales) et avec sépales. Les fleurs asépales sont d’habitude dres­sées et globulaires, une véritable masse d’éta­mi­ nes, et c’est la couleur des étamines qui déter­mine la cou­leur de la fleur. Les variétés avec sépales sont géné­ ra­le­ment pen­dantes, les quatre sépales bombés bien écartés don­nant la couleur de base, mais la masse d’éta­ mines ajoutant une deuxième note. Notez que ni l’un ni l’autre groupe n’a de véritables pétales : ils sont absents chez tous les pigamons. La floraison peut être prin­ta­ nière, estivale ou même automnale, selon l’espèce. On peut reconnaître un pigamon plus facilement par ses feuilles que par ses fleurs. Qu’elles soient gran­des ou petites, elles sont toujours maintes fois divisées, ce qui, avec leurs folioles lobées, leur donne une res­sem­ blance très nette avec la capillaire (Adiantum) ou avec une ancolie (Aquilegia). Le feuillage caduc est d’ail­ leurs tellement typique des pigamons (Thalictrum en latin) que plusieurs plantes au feuillage semblable ont comme épithète thalictroides.

Thalictrum aquilegifolium ‘Alba’

Thalictrum Nom botanique : Thalictrum Famille : Renonculacées Hauteur : 8 à 300 cm Largeur : 20 à 120 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche en matière organique Floraison : variable selon l’espèce Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, bordures, couvresols, haies, naturalisation, platesbandes, arrière-plans, rocailles, sousbois, prés fleuris, fleurs coupées, utilisation médicinale Associations : aconits, brunneras, maïanthèmes, hydrangées Zone de rusticité : variable selon l’espèce, 3 à 5

Vivaces | 319

Pigamon

D’où vient le curieux terme pigamon ? Il paraît qu’il est d’origine grecque. Peganon voulait dire « rue »… mais rue dans le sens végétal, soit Ruta, une plante médicinale dont les feuilles ressemblent à celles des pigamons.

Certains pigamons alpins et des champs sont des plantes de plein soleil, mais la majorité sont des plantes de sous-bois : d’ombre ou de mi-ombre. Si elles tolèrent le soleil, la plupart préfèrent la fraîcheur de la forêt et son humidité plus constante et même les variétés « de plein soleil » pousseront généralement à la mi-ombre. Ce sont des plantes de culture facile et généralement de longue vie : on peut les laisser sans le moindre soin pendant des décennies et elles n’en seront que plus belles. Comme tant de vivaces de sous-bois, les pigamons que nous décrirons ici préfèrent un sol riche, humide et bien drainé, mais tolèrent les sols moins riches et moins humides. La plupart peuvent pousser très bien à l’ombre sèche si on les établit solidement. (On souligne les exceptions dans les descriptions.) Évitez de fertiliser les plus grands pigamons avec un engrais riche en azote, car cela provoque une croissance faible et cassante. On peut multiplier les pigamons par division et ceux qui poussent à partir de rhizomes se prêtent facilement à cette technique. Pour ceux qui poussent en touffes, cependant, et ils sont majoritaires, il faut s’armer de patience : ils se développent lentement et il faut alors attendre quelques années avant que la touffe soit assez grosse pour permettre une division. D’ailleurs, du moins chez ces espèces, la division ou même la transplantation ralentit leur développement et elles peuvent prendre quelques années avant de s’en remettre. C’est pourquoi, traditionnellement, on procédait davantage par semences pour multiplier les pigamons que par division. (Les graines ont généralement besoin d’un traitement au froid pour germer.) De nos jours, les cultivars, qui étaient autrefois rares et coûteux, car on ne pouvait les multiplier fidèlement que par division, sont produits en grande quantité par culture in vitro, ce qui les a rendus plus facilement disponibles. Même si les feuilles des pigamons ressemblent à celles des ancolies, les insectes qui dévo­rent les feuilles d’ancolie ne semblent pas voir la ressemblance, car ils ne touchent pas aux piga­ mons. D’ailleurs, à part quelques trous faits par les limaces, les pigamons ont peu d’ennemis.

VARIÉTÉS : Ce qui suit n’est qu’une sélection des meilleures variétés qui sont couramment vendues, avec l’accent sur les variétés mieux adaptées à l’ombre et à la mi-ombre : il y en a des centaines d’autres espèces ! 320 | Vivaces

PIGAMONS MOYENS :

T. aquilegifolium (pigamon à feuil­les d’ancolie) : le pigamon à feuilles d’an­colie est un vieux de la vieille, cultivé depuis des générations, d’abord en tant que plante médicinale pour traiter la peste et la jaunisse, et plus tard comme fleur coupée. Il a reçu ses épithètes latines et communes parce que son feuil­ lage ressemble énormément à celui des anco­lies, comme son nom le sug­gère (ai-je besoin de dire que aquilegifolia veut dire à feuilles d’ancolie ?) : de peti­tes folioles bleuvert de trois à cinq lobes irréguliers portées par de minces pétio­les qui dansent au vent. Les tiges sont solidement dressées, mais les feuilles, petites et nombreuses, sont tout en légèreté, don­nant à l’ensemble de la plante une apparence vaporeuse. Thalictrum aquilegifolium L’effet vaporeux ne fait qu’augmenter quand la plante se met à fleurir, car les fleurs sont plumeuses à souhait : une masse arrondie de longues étamines diversement colorées. La couleur d’origine était lavande, mais en culture, toutes sortes de teintes blanches, roses, lavande et violacées apparaissent. Il ne sert à rien de se fier à la couleur des fleurs sur la photo de l’étiquette si vous achetez l’espèce T. aquilegifolium plutôt qu’un cultivar spécifique, car votre plante a sans doute été produite par semences ; or, cette plante n’est pas très fidèle au type par semences : toutes les couleurs sont alors possibles. Floraison au début de l’été. 80 à 120 cm x 90 cm. Zone 4. T. aquilegifolium ‘Alba’ : fleurs blanches, une couleur qui ressort particulièrement bien sur fond de feuilles bleu-vert. 80 à 120 cm x 90 cm. T. aquilegifolium ‘Purpureum’ (syn. ‘Atropurpureum’) : fleurs pourpres et tiges pourprées. 80 à 120 cm x 90 cm. T. aquilegifolium ‘Roseum’ : fleurs de couleur variable, mais toujours dans des teintes de rose. 80 à 120 cm x 90 cm. Vivaces | 321

Pigamon

Ces plantes sont habituellement des plantes de sous-bois ouverts et se plairont surtout à la mi-ombre, tolérant toutefois le soleil.

Thalictrum flavum

Thalictrum ‘Black Stockings’

T. aquilegifolium ‘Sparkler’ : grosses fleurs blanches. 80 à 120 cm x 90 cm. T. aquilegifolium ‘Thundercloud’ : grosses fleurs pourpre foncé. 80 à 120 cm x 90 cm. T. aquilegifolium ‘White Cloud’ : grosses fleurs blanches. 80 à 120 cm x 90 cm. T. ‘Black Stockings’ : hybride d’origine inconnue, mais très évidemment proche de T. aquilegifolium. Il porte de hautes tiges pourpres très foncées, presque noires, et des fleurs lavande présentées en bouquets aplatis. 80 à 120 cm x 90 cm. Zone 5. T. dioicus (pigamon dioïque) : espèce indigène trouvée dans les forêts feuillues et mixtes du Québec et de l’Ontario, mais absente des provinces maritimes. Feuillage très découpé gris-vert. Fleurs mâles et femelles sur des plantes différentes. Les deux sont verdâtres, mais les mâles ont des étamines jaunes retombantes qui bougent au vent ; les femelles des pistils pourprés. La floraison est relativement insignifiante en soi, mais très appréciée dans les faits, car c’est l’une des premières fleurs sauvages du printemps. Quand le pigamon dioïque reçoit le soleil printanier, il tolérera l’ombre la plus profonde l’été. Il est donc parfaitement adapté à la culture sous les arbres à feuilles caduques. 30 à 60 cm x 30 à 60 cm. Zone 4. T. flavum (pigamon jaune) : cette espèce surprend par sa coloration : les autres piga­ mons ont des fleurs roses, mauves ou blanches, mais les siennes forment des nuages d’étamines jaunes au-dessus de sépales jaune pâle. Parfum faible, mais agréable. Beau feuillage un peu bleuté. Floraison : au milieu de l’été. 90 à 150 cm x 45 cm. Zone 4. T. flavum glaucum : feuillage très bleuté. C’est la forme la plus souvent vendue. 90 à 150 cm x 45 cm. Zone 4. T. flavum ‘Illuminator’ : feuillage jaune très pâle au printemps, devenant vert glauque par la suite. 90 à 150 cm x 45 cm. Zone 4. 322 | Vivaces

GRANDS PIGAMONS :

T. delavayi (pigamon de Delavay) : plante très haute et aérée au feuillage bleu-vert. Bouquets diffus de petites fleurs retombantes composées aux sépales allant du rose au bleu lavande et aux étamines jaune crème. Apprécie s’appuyer sur de grands arbustes. Floraison : de la fin de l’été jusqu’au début de l’automne. 90 à 180 cm x 45 cm. Zone 4. T. delavayi ‘Album’ : fleurs blanches. 90 à 180 cm x 45 cm. Zone 4. T. delavayi ‘Hewitt’s Double’ : comme la variété précédente, mais avec des fleurs double, les étamines ayant toutes été converties en pseudosépales. Stérile (ne produit pas de semences). Très populaire dans le commerce. 90 à 180 cm x 45 cm. Zone 4. T. ‘Splendide’ : hybride de parenté inconnue, mais sûrement dérivé de T. delavayi auquel il ressemble. Fleurs plus grosses, rose lavande, mais aux étamines moins développées. Commence à fleurir plus tôt que son papa. 125 cm x 60 cm. Zone 4. T. pubescens (pigamon pubescent) : le plus grand et le plus joli (à mon avis du moins) des pigamons indigènes et aussi le plus largement distribué, partout dans l’est de l’Amérique du Nord. Feuillage vert moyen semblable à celui de l’ancolie. Fleurs plumeuses blan­ches très aérées, comme un petit feu d’artifice. Aime un sol humide. Floraison à la mi-été. 100 à 250 cm 60 cm. Zone 3. Thalictrum delavayi

Thalictrum pubescens

Vivaces | 323

Pigamon

Ces plantes poussent généralement à l’orée des bois dans la nature, même en plein champ, et donc préfèrent le soleil ou la mi-ombre. Ces plantes très aérées paraissent mieux en groupes d’au moins trois, car autrement leur effet est très diffus. Les très grands pigamons arquent un peu sous le poids de leurs fleurs, mais le font joliment. Si les tiges plient jusqu’au sol, c’est que la plante est probablement trop à l’ombre.

Pigamon

T. rochebrunianum (pigamon de Rochebrun) : fleurs lilas aux étamines orange en pani­cules aérées. Feuillage bleuté. Tiges pourpres. Similaire à T. delavayi. Floraison : du milieu jusqu’à la fin de l’été. 120 à 150 cm x 45 cm. Zone 4. T. ‘Elin’ (T. flavum glaucum x T. rochebrunianum) : feuillage bleu acier. Tige pourprée très solidement dressée. Fleurs pendantes abondantes, assez similaires à celles de T. rochebrunianum : i.e. sépales lavande, étamines jaunes. Le plus grand des pigamons couramment dis­po­ni­bles. Soleil à mi-ombre. 200 à 300 cm x 60 cm. Zone 4.

PETITS PIGAMONS : Généralement, ce sont des plantes de sous-bois, très adaptées à l’ombre. T. kiusianum (pigamon de Kyushu) : le plus petit des pigamons… et mon préféré. Sto­ lonifère, il forme un joli tapis au sol et ne craint nullement l’ombre profonde. Ravissantes feuilles en forme de feuilles d’ancolie. Superbes petites fleurs globulaires lilas au milieu de l’été. Tout à fait mignon… et pourtant, très solide ! Pousse bien sur les roches et donc très élégant en rocaille. Mériterait d’être beaucoup plus connu. 8 à 15 cm x 20 cm. Zone 4. T. minus (petit pigamon) : fleurs suspendues sans grand intérêt, aux sépales blanc ver­ dâ­tre et étamines épaisses jaunes, mais le feuillage est superbe : vert bleuté et joliment découpé ! Floraison : du début jusqu’au milieu de l’été. 45 cm x 45 cm. Zone 3. Thalictrum kiusianum

324 | Vivaces

T. minus ‘Adiantifo­lium’  : plus gros que le précédent et à feuillage encore plus découpé, sem­ blable à une fronde de capil­ laire (Adian­tum) ; floraison : du début jus­qu’au milieu de l’été. 60 à 90 cm x 45 cm. Zone 3.

Pivoine des bois

Ne tombez pas en bas de votre chaise, mais oui, il y a des pivoines qui poussent à l’ombre. Dans le nord de la Chine, en Sibérie et au Japon, on trouve, dans les forêts feuillues caduques, une pivoine assez uni­ que qui pousse dans des sites qui sont parfois très à l’ombre l’été. On comprend qu’elle reçoit quand même beaucoup de soleil printanier et que c’est seu­ le­ment quand les feuilles des arbres surplombants se déve­loppent qu’elle est à l’ombre, mais quand même : il vaut presque le voir pour le croire. Alors, pourquoi ne pas voir cette plante chez vous ? La pivoine des bois n’est pas notre pivoine de jardin typi­que. Le feuillage sort un peu plus tardivement que celui des autres pivoines… une bonne chose, car il est alors davantage à l’abri des gelées tardives. Il est rou­geâtre au début, couvert d’une mince pruine, puis vert moyen et joliment texturé à maturité, à 9 lobes. La fleur n’est pas très grosse (environ 5 cm de diamè­ tre) et est normalement rose foncé avec une touche de violet, mais c’est une espèce variable dans la nature et des variantes blanches, rose pâle et presque pourpres

Paeonia obovata

Paeonia obovata Nom botanique : Paeonia obovata Famille : Paéoniacées Hauteur : 40 à 60 cm Largeur : 60 à 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, léger, riche en matière organique Floraison : fin du printemps Multiplication : semences, division Utilisation : en isolé, haies, naturalisation, plates-bandes, pentes, sous-bois, fleurs coupées Associations : bulbes de printemps, fougères, épimèdes Zone de rusticité : 4

Vivaces | 325

Pivoine des bois

existent aussi. Dans les formes plus couramment vendues, la fleur est globulaire, les pétales ne se déroulant pas complètement. Et encore, cela varie à l’état sauvage et des formes aux fleurs s’ouvrant grand existent aussi. Après la floraison, le feuillage continue à grossir un peu. La coloration automnale du feuillage caduc est variable. Parfois il devient rougeâtre, parfois il brunit sans changer de couleur. La capsule de graines bilobée ou trilobée, portée par une tige mince, reste verte tout l’été, puis brunit à la fin de la saison. Laissez-la quand même sur place, car le spectacle n’est pas encore terminé. En effet, à l’automne elle s’ouvre pour révéler des graines rouge vif et bleu noir, ces dernières de la grosseur d’un pois ! Non seulement sont-elles attrayantes au jardin (et elles restent en place tout l’hiver !), mais on peut les récolter pour utiliser dans les arrangements séchés. Les graines rouges sont en fait des avortons, mais les bleu-noir sont fertiles et peuvent servir à la multiplication. Donnez à la pivoine des bois un sol bien drainé et riche et un emplacement mi-ombragé ou ombragé, mais avec du soleil printanier. Prévoyez la planter à demeure, car elle est de crois­sance lente. Aucun tuteurage n’est nécessaire, ni d’ailleurs aucun autre entretien. On dit même qu’elle est facilement brûlée par les engrais et qu’elle préfère la lente décomposition des feuilles mortes aux fertilisants ! Cette plante s’étend lentement mais sûrement, formant une grosse touffe que l’on peut théo­riquement séparer. Je dis théoriquement, car tout amateur de pivoines sait que les pivoines plus classiques (P. lactiflora et ses hybrides) n’aiment pas la division et peuvent prendre quel­ques années à s’en remettre. Eh bien, la pivoine des bois n’est pas différente. Ainsi, peu de jardiniers osent la diviser, mais la multiplient par semences qui sont d’ailleurs assez facilement disponibles dans le commerce, du moins si vous acceptez d’acheter par la poste. La pivoine des bois se ressème spontanément dans les milieux qui lui conviennent, se naturalisant joliment dans les sous-bois ouverts. La plante est peu sujette aux insectes et aux maladies. En général, les pivoines sont peu tou­ chées par les cerfs (elles sont légèrement toxiques), mais je n’ai pas pu vérifier ce détail dans le cas de la pivoine des bois qui n’est pas assez couramment cultivée pour avoir subi le ravage de ces grosses bêtes gourmandes. Notez enfin que la zone de rusticité est approximative. La plante pousse sans problème en zone 4, mais je ne serais pas surpris qu’elle réussisse aussi au moins en zone 3, car l’aire de cette pivoine est très nordique.

326 | Vivaces

VARIÉTÉS :

P. obovata japonica (anc. P. japonica) : fleurs blanches qui s’ouvrent complètement, géné­ralement un peu plus tardives. Cette sous-espèce est d’origine incertaine et est peutêtre un hybride. 40 à 60 cm x 60 à 90 cm. Zone 4. P. obovata willmottiae : fleurs blanches plus hâtives. 40 à 60 cm x 60 à 90 cm. Zone 4.

AUTRES ESPÈCES : D’autres espèces de Paeonia seraient bien adaptées à la miombre au moins, mais ont été peu testées. Devenez membre de la Société canadienne de la pivoine et vous pourriez explo­rer d’autres possibilités !

Paeonia obovata japonica

Vivaces | 327

Pivoine des bois

P. obovata alba : fleurs blanches. 40 à 60 cm x 60 à 90 cm. Zone 4.

Primevère Primula signifie « printemps » et pour les Romains, la primevère était la fleur emblème de cette nou­velle saison. On dit que l’hi­ron­delle ne fait pas le prin­temps, mais la primevère, oui, car les Romains calculaient que le prin­temps était arrivé lorsque la pre­mière primevère s’épanouissait. Il va donc sans dire qu’il vous faut des pri­me­vères chez vous aussi, sinon com­ment saurez-vous que le prin­temps est arrivé ?

Primula x polyantha ‘Super Nova’

Primula Nom botanique : Primula Famille : Primulacées Hauteur : 10 à 120 cm Largeur : 20 à 30 cm Exposition : Sol : humide et frais ; très riche en matière organique Floraison : printemps ou début de l’été Multiplication : semences, division, bouturage de tiges Utilisation : bordures, massifs, natura­ lisation, plates-bandes, sous-bois, prés fleuris, lieux humides Associations : bulbes de printemps, rhododendrons, omphalodès, bergenias Zone de rusticité : variable selon l’espèce

328 | Vivaces

Si de nombreuses vivaces qui pous­­ sent bien à l’ombre se culti­vent pour leur feuillage, ce n’est pas le cas des primevères : elles se distinguent par leurs fleurs. Le feuillage présente habituellement une rosette basse et n’offre souvent que peu d’attrait ; il peut même dépérir quelque peu au cours des chaleurs de l’été. En revanche, les fleurs nombreuses et colorées charment l’œil et durent plusieurs semaines. De plus, il existe une très bonne variété de primevères et elles ne fleurissent pas toutes en même temps. Avec un choix calculé d’espèces, vous devriez être capable d’assurer un bon 12 semaines de floraison, même 14 et plus, du début du printemps au mileu de l’été et même plus. Le genre Primula est très vaste, contenant presque 500 espèces et au delà de 2 000 cultivars. Cependant, les plan­tes ont un petit air de famille, ce qui fait qu’en géné­ral, on les reconnaît facilement. Par exemple, pour la plupart, les primevères sont des plantes basses pro­duisant des feuilles en rosette. Les feuilles sont géné­ralement en forme de langue ou de spatule et ont rare­ment un pétiole très bien défini (du moins, c’est le cas chez les primevères de climat tempéré). Leur

Le genre Primula varie beaucoup quant à ses besoins. Il y a des plantes alpines et des plantes de pré ouvert, mais le groupe qui nous intéresse ici pousse dans les sous-bois ouverts et humides d’Europe et d’Asie (les rares espèces nord-américaines tendent à être plutôt des plantes de rocaille ensoleillée). D’ailleurs, les primevères de rocaille ont la réputation d’être plutôt capricieuses alors que le groupe qui nous concerne, soit les primevères de sous-bois, a, bien au contraire, la réputation d’être de culture facile. En fait ce groupe est, de loin, le plus populaire. Mais cela ne veut pas dire que les primevères de sous-bois conviennent à tous les jardiniers. Si votre emplacement est envahi de racines d’arbre et par conséquent très sec ou encore si l’ombre est permanente, comme au pied des conifères à branches basses, vous n’aurez pas beaucoup de succès avec les primevères. Si au contraire votre jardin reçoit amplement de soleil au printemps, mais est ombragé ou moyennement ombragé l’été et que le sol est toujours au moins un peu humide, vous aurez un succès fou avec elles. Permettez-moi de répéter cette combinaison clé de succès – soleil du printemps, ombre l’été et bonne humidité en tout temps –, car une primevère maltraitée n’est pas belle à voir ! Pour obtenir du succès avec les primevères de sous-bois, il suffit de recréer les conditions de leur forêt d’origine : fraîcheur et sol humide, plu­ tôt acide (mais vous trouverez des primevères adap­tées aux sols calcaires si vous cherchez) et très riche en matière organique, avec un enso­leil­ lement presque plein au printemps (avant que les arbres et arbustes ne produisent leurs feuilles)

Primula x polyantha

* L’apparence farineuse de plusieurs primevères provient d’une cire blanche qui recouvre irré­gulièrement leurs feuilles, leurs tiges et parfois même leurs fleurs.

Vivaces | 329

Primevère

texture, par contre, est très variable, pou­vant être lisse, hérissée, farineuse* ou rugueuse. Elles peuvent être persistantes ou cadu­ques : cela dépend de l’espèce… et parfois des conditions (plusieurs primevères à feuillage nor­ma­le­ment persistant entrent en dormance estivale et perdent leur feuillage lorsqu’elles sont stressées par la chaleur et un manque d’eau). Les fleurs sont généralement petites et plus ou moins tubu­laires, avec cinq pétales généralement cochés à l’extrémité, mais le « tube » peut être caché der­rière les pétales. Elles peuvent être sans tige, à courte tige ou portées par un épi bien déve­loppé, parfois avec plusieurs ombelles sur une même tige. La gamme des couleurs est pres­que complète, jaune, rose, rouge, pourpre, violet, orange, lavande, blanc, – il ne manque que de véritables bleus – et il y a même des primevères avec des fleurs vertes !

Primevère

et une ombre dense ou moyenne au cours de l’été. Un apport annuel de feuilles mortes déchiquetées est fortement suggéré. Plusieurs experts considèrent les primevères comme peu rustiques (zone 5 ou 6), mais cette attitude est basée sur la réaction des plantes dans les sites exposés. Dans un sous-bois, les primevères disparaissant à moitié sous des feuilles mortes à l’automne et recouvertes d’une abondante couche de neige en plus (la neige persiste mieux dans un sous-bois que dans un site exposé) passent très bien à travers l’hiver, même en zone 3 dans beaucoup de cas. Si vos conditions sont bonnes, plantez les primevères et oubliez-les : elles vivront des années durant sans requérir de soins et arriveront même à se multiplier. La canicule est le pire ennemi des primevères. Elles sont plus heureuses à la fraîcheur et dépérissent lorsque leur emplacement devient chaud et sec. Ainsi, vous trouverez que les primevères réussissent souvent mieux à votre chalet dans le Nord que dans votre platebande à Montréal. Dans une situation urbaine, paillez-les et arrosez au besoin, mais… les primevères aiment mieux le sous-bois. On peut multiplier les primevères par division, notamment après la floraison ou encore l’automne. Elles se prêtent bien à cette tâche et reprennent rapidement. C’est la seule méthode pratique pour multiplier les cultivars, qui ne sont pas fidèles au type par semences. Et c’est la seule méthode tout court pour multiplier les cultivars à fleurs doubles, car elles sont stériles (ne produisent pas de semences). Dans toute autre situation, il est souvent plus pratique de multiplier les primevères par semences, car les graines sont facilement disponibles et germent sans la moindre difficulté, du moins pour la majorité des espèces. D’ailleurs si vous voulez en obtenir beaucoup de plantes pour remplir un sous-bois humide, c’est aussi la méthode la moins coûteuse. Vous remarquerez que non seulement les espèces sont offertes par semences, mais de nombreuses lignées hybrides aussi. Il est sage de prévoir d’au­tres plantations pour cacher vos primevères après la flo­rai­son : elles sont rarement inté­ressantes après que leurs fleurs sont fanées. De plus, leur feuillage tend à devenir pro­gres­sive­ment  plus vermoulu à Primula x polyantha mesure que la saison avan­ce, car cette plante ne résiste pas très bien aux limaces et aux insec­tes man­ geurs de feuilles. Non pas que cela affecte la santé de la plante, mais on dirait que les pri­me­vères « se laissent aller » après  la floraison, réservant leur énergie pour leur prochaine floraison plutôt que de l’investir à maintenir un beau feuillage. 330 | Vivaces

VARIÉTÉS :

PRIMEVÈRE DES JARDINS P. x polyantha, syn. P. x pruhonicensis et P. x julianae (primevère des jardins) : j’ai cru bon de commencer la description des espèces de primevère par la plus populaire et la mieux connue du genre. La primevère des jardins regroupe sous sa dénomination des hybrides complexes dérivés en grande partie de P. veris et de P. vulgaris, deux autres pri­mevères communes, et de bien des « illustres inconnues ». Ce genre hybride est un véritable « melting-pot » horticole. Ces plantes basses produisent des feuilles per­sis­tan­ tes linguiformes étalées sur le sol et des grappes de grandes fleurs jaunes, roses, bleues, vio­lettes, rouges, orangées ou pourpres souvent affublées d’un œil jaune contrastant ; elles peuvent être simples ou doubles, parfumées ou non. La tige florale est courte, de 30 cm au maximum, et peut même paraître absente dans certaines lignées, ce qui crée l’im­pres­sion que les fleurs flottent au-dessus du feuillage. Longue période de floraison couvrant pres­que tout le printemps. En plus de servir de vivace, la primevère des jardins se vend en pot en hiver et au printemps pour la décoration des demeures et aussi comme « annuelle d’hiver » dans les climats où le gel hivernal est rare (Californie, Floride, Côte d’A zur, etc.). Dans les conditions de fraî­cheur, elle fleurira tout l’hiver. Au printemps, on les arrache avant que la chaleur ne les tue et les remplace avec des annuelles plus capables de tolérer la canicule. La rusticité de la primevère des jardins, cette plante melting-pot, est très variable, car elle hérite parfois des gènes d’ancêtres peu rustiques, et les variétés vendues comme potées fleuries, surtout, ont été développées sans la moindre considération pour leur longévité. Les cultivars vendus spécifiquement pour le jardin plutôt que comme potée fleurie, par contre, conviennent presque toujours aux zones 4 ou 5 et parfois même aux zones 2 ou 3, du moins si le site est protégé du vent. 15 à 30 cm x 30 cm. Zone 2 à 6. Vivaces | 331

Primevère

Il est évidemment impossible de présenter un portrait même représentatif d’un genre aussi vaste et varié dans un livre généralisé comme celui-ci. Je me suis contenté ici de vous montrer les primevères les plus couramment disponibles. Je ne me suis même pas trop arrêté aux lignées et aux cultivars spécifiques, sauf quand il s’agissait de variétés très communes ou des classiques à ne pas manquer : comme c’est le cas chez les annuelles, le genre Primula est si fortement travaillé par les hybrideurs que les nouveautés d’une année sont déjà dépassées trois ans plus tard. Consultez un catalogue récent si vous voulez savoir ce qu’il y a de nouveau chez les primevères !

Primevère

Entretien des primevères d’intérieur Les primevères vendues comme plantes d’intérieur ne sont pas vraiment faites pour vivre dans la maison et auront vite fait d’être infestées d’araignées rouges (tétranyques) dans les conditions de chaleur et de faible humidité qui y règnent. Par contre, on peut parfois les planter en pleine terre et les voir redevenir de véritables vivaces. Voici comment faire : D’abord, vous ne pouvez pas « sauver » la primevère obconique (P. obconica) ni la primevère mala­coïde (P. malacoides), qui ne tolèrent pas les conditions de jardin et qu’il faut alors considérer comme des plantes éphémères. On les reconnaît par leurs fleurs unicolores pâles (lavande, rose, etc.) et leurs feuilles pétiolées. Compostez-les quand leur floraison est terminée, tout simplement. Il est souvent par contre possible de récupérer la primevère des jardins (P. x polyantha), aux fleurs de couleurs voyantes et à feuilles en forme de Au printemps, la primevère des jardins (Primula x polyantha) est souvent vendue comme plante d’intérieur. langue, sans pétiole. Notez qu’on nous vend habituellement ces potées à la fin de l’hiver ou tôt au printemps quand il est encore trop tôt pour les planter direc­te­ment en peine terre. Il faut donc essayer de les conserver en bon état jusqu’à ce que cette plan­tation extérieure soit possible. À cette fin, placez-les dans un endroit bien éclairé et très frais (15 ˚C et moins la nuit, si possible) et surveillez de près les arrosages : elles n’aiment pas plus sécher en pot qu’en pleine terre. Lorsque les araignées rouges apparaissent (et elles sont inévitables), commencez à rincer le feuillage hebdomadairement sous le robinet pour réduire leur nombre. Dès que le risque de gel est passé au printemps, acclimatez-les aux conditions d’extérieur pendant une semaine ou deux et plantez-les dans un lieu mi-ombragé et plutôt humide.

P. x polyantha ‘Cowhichan Hybrids’ : lignée aux fleurs simples assez grosses, sans œil contrastant. Certaines variétés présentent un feuillage bronzé ou rougeâtre. Des couleurs séparées sont parfois offertes. 20 cm x 30 cm. Zone 4. P. x polyantha Barnhaven Hybrids : nom global donné à une série d’hybrides produits par Barnhaven Primroses aux États-Unis depuis 1935. Il en existe des centaines de variétés dans un programme toujours en cours. Vaste gamme de couleurs ; fleurs simples ou doubles, souvent parfumées. 20 cm x 30 cm. Zone 4. P. x polyantha groupe Gold Lace : différents cultivars ayant tous des fleurs ourlées de jaune. Exemple ‘Gold Lace Mahogany’, à fleurs rouge acajou. 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 4. P. x polyantha ‘Guinevere’ (‘Garryad Guinevere’) : variété ancienne encore offerte. Fleurs roses. Feuillage bronzé. 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 4. 332 | Vivaces

P. x polyantha ‘Marianne Davey’ : fleur double jaune ivoire. 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 4. P. x polyantha ‘Marie Crousse’ : fleur double pourpre foncé à marge blanche. 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 4. P. x polyantha ‘Pacific Giants’ (‘Géants du Pacifique’) : une vieille lignée encore souvent offerte, notamment comme potée fleurie. Leurs fleurs simples, plutôt grandes comparativement aux autres, offrent la gamme fort étendue de couleurs propres à la primevère des jardins. Il se peut que vous puissiez les acheter d’après leur couleur, mais habituellement on les vend « en mélange ». À moins d’acheter un plant en fleurs, vous n’aurez aucune idée de la couleur de la floraison. Leur rusticité varie d’une plante à l’autre et est souvent faible. 15 à 20 cm x 30 cm. Zone 4 à 6. P. x polyantha ‘Tie Die’ : original, avec une fleur bleu violacé aux nervures abondantes blanches et un gros œil jaune étoilé. 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 5. P. x polyantha ‘Val Horncastle’ : fleur double jaune soufre. 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 4. P. x polyantha ‘Wanda’ : variété classique très solide, presque increvable. Fleur pourpre magenta à œil jaune. Super rustique ! 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 2. P. x polyantha Wanda Hybrids : plusieurs lignées produites par semences et dérivées de P. x polyantha ‘Wanda’. Fleurs de couleur variable, selon le nom (i.e. ‘Wanda Lilac Shades’, ‘Wanda Yellow’, ‘Wanda White’, etc.). 10 à 15 x 20 à 30 cm. Zone 2. Primula x polyantha ‘Guinevere’

Primula x polyantha ‘Wanda’

Vivaces | 333

Primevère

P. x polyantha ‘Lilacina Plena’ (‘Quaker’s Bonnet’) : fleur double lavande. 10 à 15 cm x 20 à 30 cm. Zone 4.

Primevère

AUTRES PRIMEVÈRES : P. alpicola (primevère du Tibet) : ombelles plus ou moins unilatérales composées de longues fleurs tubulaires penchées, jaunes à œil blanc, un peu farineuses. Parfumées à la racinette. Feuilles caduques elliptiques dentées. Préfère un sol humide. Floraison : fin de printemps/début de l’été. 50 à 60 cm (parfois 90 cm) x 12 cm. Zone 4. P. alpicola alba : fleurs blanches. 50 à 60 cm (parfois 90 cm) x 12 cm. Zone 4. P. alpicola violacea : fleurs violettes. 50 à 60 cm (parfois 90 cm) x 12 cm. Zone 4. P. auricula (primevère auricule, oreille d’ours) : cette plante a été tellement croisée et recroisée que peu de jardiniers en reconnaîtraient la forme sauvage, à petites fleurs jaunes. Les hybrides modernes ont des fleurs généralement bicolores dans différentes teintes de jaune, rouge, pourpre, et vert avec un œil blanc farineux ; les fleurs parfumées mesurent 2,5 cm de diamètre et plus. Fleurit tôt au printemps. Il existe plusieurs centaines de cultivars… mais en Amérique du Nord, on nous vend surtout des variétés sans nom, en mélange. Vous ne saurez même pas la couleur à l’achat, à moins de vous procurer un plant en fleurs. Rosette compacte de feuilles caduques charnues, soit lisses, soit farineuses, théoriquement en forme d’oreille d’ours. 15 à 20 cm x 20 à 25 cm. Zone 3. P. beesiana (primevère à étages de Bees) : type candélabre, avec plusieurs étages d’ombelles très ouvertes. Fleurs rose pourpré à œil jaune. Aime une humidité constante et peut pousser en marge d’un étang. Fleurit à la fin du printemps, au début de l’été. 40 à 70 cm x 20 à 30 cm. Zone 4. P. x bulleesiana (primevère à étages hybride) : type candélabre. Hybride de P. beesiana et P. bulleyana avec des traits intermédiaires et notamment une gamme étendue de couleurs de fleurs (rose, rouge, saumon, orange, mauve et pourpre). Fleurit du début au milieu de l’été. 45 à 50 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. L’un des innombrables hybrides sans nom de Primula auricula

334 | Vivaces

Primula bulleyana

Primevère

Le véritable Primula elatior

Primula denticulata

P. bulleyana (primevère à étages de Bulley) : encore un type candélabre. Boutons rouges, fleurs jaune, orange ou rouges. Sol humide à détrempé. Fleurit du début au milieu de l’été. 40 à 70 cm x 20 à 30 cm. Zone 4. P. denticulata (primevère denticulée) : cette plante se distingue nettement des autres mentionnées ici par ses grappes très denses en forme de boule portées à l’extrémité d’une tige épaisse et composées de petites fleurs lavande, rouges ou blanches. Tolère un sol moins humide que certaines primevères, ce qui la rend plus facile à cultiver pour bien des jardiniers. Floraison printanière. Hauteur : 30 à 45 cm. Très rustique. Zone 2. P. elatior (primevère élevée) : tige dressée de 10 à 30 cm portant une ombelle uni­la­ té­rale de 2 à 10 fleurs tubulaires jaune crème à œil plus foncé. Calice tubulaire. Feuilles lin­guiformes semi-persistantes, dressées au moment de la floraison, formant une rosette basse. Il existe des variantes à fleurs doubles. Si votre plante ne ressemble pas à cette description, lisez la suivante. Floraison printanière. 10 à 30 cm x 20 à 25 cm. Zone 3. P. x elatior : beaucoup de plantes vendues comme étant P. elatior ne le sont pas. Sans doute qu’elles ont quelques gènes de cet ancêtre dans leur bagage génétique, mais leurs grosses fleurs vivement colorées et dressées et l’absence d’ombelle indiquent qu’elles sont devenues notre espèce melting-pot, P. x polyantha (page 331), et je vous suggère de corriger leur étiquette en conséquence. P. florindae (primevère des marais, primevère de l’Himalaya) : généralement la plus grande des primevères et aussi la plus tardive, fleurissant en été, presque jusqu’en automne. Grande ombelle arrondie et aérée de fleurs farineuses en clochette jaune soufre ou orange, parfumées. Exige un sol humide en tout temps : intéressant en bordure d’un jardin d’eau. Bonne fleur coupée. 60 à 120 cm x 30 à 60 cm. Zone 3. Vivaces | 335

Primevère

P. japonica (primevère du Japon) : type candélabre, avec plusieurs verticilles (grappes) superposés se succédant sur une même tige, ressemblant alors à une pagode. D’ailleurs, l’analogie est d’autant plus appropriée que la plante provient du Japon ! Les fleurs peuvent être rouges, roses ou blanches. Cette plante requiert un sol humide et s’accommode des sous-bois marécageux. La plupart des livres limitent sa rusticité à la zone 5 ou 6, mais elle semble se comporter parfaitement bien (et s’étend même par semis spontanés) dans la zone 4 (au Jardin des Quatre-Vents, entre autres), à condition que vous suiviez les recommandations mentionnées ci-dessus. 30 à 60 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. P. japonica ‘Miller’s Crimson’ : populaire variété à fleurs rose-rouge vif. 30 à 60 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. P. japonica ‘Postford White’ : fleurs blanches. 30 à 60 cm x 25 à 30 cm. Zone 4. P. pulverulenta (primevère poudreuse) : ainsi appelée pour ses tiges et feuilles fari­neu­ ses. Type candélabre, avec plusieurs verticilles superposés de fleurs rouge-violet foncé à œil pourpre. Exige un sol humide. Feuillage caduc. Floraison : du début de l’été. 40 à 70 cm x 60 cm. Zone 5. P. sieboldii (primevère de Siebold) : cette plante produit une rosette basse de feuilles joliment crénelées ainsi que de petites grappes de fleurs roses, violettes, magenta, lilas ou blanches qui se dressent sur des tiges florales assez élevées à l’allure fragile. Les pétales portent généralement une entaille à leur extrémité, ce qui donne à la fleur une apparence frangée. Dans les régions chaudes, le feuillage disparaît après la floraison. Culture très facile. Fleurit à la fin du printemps et au début de l’été. 15 à 45 cm x 35 à 45 cm. Zone 3. Primula florindae

336 | Vivaces

Primula japonica

P. veris ‘Perth Sunrise’ : ombelles de fleurs rouge brique à œil jaune. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm. Zone 3. P. veris ‘Perth Sunset’ : fleurs rouge vin à œil jaune. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm. Zone 3. P. veris ‘Sunset Shades’ : mélange de couleurs unies et bicolores : jaune, orange et rouge. Charmant ! 25 à 30 cm x 25 à 30 cm. Zone 3. P. vialii (primevère du père Vial) : voici une primevère qui se distingue de toute autre par ses petites fleurs roses et parfumées portées en épis étroits plutôt qu’en grappes ou en verticilles. Que de progrès dans sa rusticité : quand j’ai commencé à cultiver cette plante, alors une nouveauté, il y a 20 ans, on ne lui donnait qu’une zone 6. Aujourd’hui, on sait qu’elle est solide en zone 3. Sol humide. Se ressème. Floraison fin du printemps, début de l’été. 30 à 60 cm x 20 à 30 cm. Zone 3. P. vulgaris, anc. P. acaulis (primevère commune) : produit des fleurs jaune pâle ou blanches, parfumées et généralement solitaires (une par tige). Du moins, c’est le cas pour l’espèce. Les cultivars (et il y en a des centaines) offrent aussi des roses, rouges et violettes, de même que des fleurs doubles souvent en grappes. À mon avis, la plupart des plantes vendues sous ce nom sont des hybrides complexes appartenant plutôt au genre P. x polyantha puisqu’elles lui ressemblent fortement. 10 à 15 cm x 20 à 25 cm. Zone 3. Primula vialii

Primula veris

Vivaces | 337

Primevère

P. veris (primevère officinale, coucou) : c’est la primevère annonciatrice du printemps originale des Romains. Cette plante ressemble beaucoup à la primevère des jardins par son feuillage, sauf que les tiges florales dressées portent des grappes de fleurs parfumées plus petites et plutôt retombantes, à calice vert tubulaire, souvent jaunes, mais parfois orangées ou rouges. 20 à 25 cm x 25 à 30 cm. Zone 2.

Primevère

GENRE APPARENTÉ : Les cortuses (Cortusa spp.) sont de très proches parents des primevères et ont déjà d’ailleurs été classifiées sous le nom de Primula. Ce sont des plantes de sous-bois humide plutôt ouvert et s’entretiennent exactement comme une primevère. Les différences évidentes sont leurs feuilles pétiolées (rares chez les primevères de climat froid) et leurs fleurs pendantes en forme de clochette. Il y a huit espèces dans le genre, mais seulement deux sont cultivées : C. matthioli (cortuse de Matthioli) : l’espèce la plus courante. Feuilles poilues réniformes très profondément lobées portées par de longs pétioles. Les fleurs violet pourpré sont disposées en ombelle ouverte et sont nettement pendantes. La floraison débute à la fin du printemps et continue pendant presque deux mois. 20 à 35 cm x 30 cm. Zone 4. C. matthioli ‘Alba’ : fleurs blanches. Fidèle au type par semences. 20 à 35 cm x 30 cm. Zone 3. C. caucasica (cortuse des Caucases) : plus rare. Fleurs magenta riche. 30 cm x 30 cm. Zone 3.

Cortusa matthioli

338 | Vivaces

Pulmonaire

Avec les pulmonaires, vous avez deux plantes en une seule. Au printemps, une touffe de nouvelles tiges sort du sol par-dessus des feuilles persistantes de l’année pré­cédente. Elles portent des masses de petits bou­ tons flo­raux et des petites feuilles, souvent légèrement tache­tées d’argent. Elles sont plus ou moins dressées et forment un monticule fleuri des plus attrayants. Les fleurs en forme de tube ou d’entonnoir sont habi­tuel­ le­ment roses en bouton, mais bleu-violet à l’épa­nouis­ se­ment. Après la floraison, les tiges florales disparais­ sent, et un nouveau lot de feuilles, beaucoup plus gros­ses et généralement plus colorées, apparaît. Cette fois, il n’y a pas de tige : les feuilles sortent directe­ment du sol et forment un deuxième monticule de feuilles arquées, cachant le premier. Il y a donc deux plantes : une plante plus ou moins éphémère à floraison prin­ ta­nière (malgré que la floraison dure un mois et plus), puis une plante à feuillage qui restera sur place tout l’été et l’automne et même jusqu’au printemps, puis­ que le feuillage de presque toutes les pulmo­naires est persistant.

Pulmonaria saccharata

Pulmonaria Nom botanique : Pulmonaria Famille : Borraginacées Hauteur : 15 à 45 cm Largeur : 20 à 110 cm Exposition : Sol : bien drainé, léger, humide et frais ; riche en matière organique Floraison : printemps Multiplication : division, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, murets, pentes, sous-bois, bacs, utilisation médicinale Associations : hostas, fougères, tiarelles, daphnés Zone de rusticité : 2 ou 3

Vivaces | 339

Pulmonaire

Le nom pulmonaire est tiré des taches argentées présentes sur les feuilles de tant d’espèces. Aux yeux des médecins du 17e siècle, ces taches ressemblaient aux taches que l’on trouve sur les poumons malades. Or, à l’époque, on croyait à la doc­ trine des signatures : que Dieu avait placé chaque animal et chaque plante sur la planète expressément pour utilisation par l’homme et avait indiqué son utilité par un signe. De toute évidence, cette plante devait servir à traiter les maladies pulmonaires et on l’appela alors pulmonaire. La pulmonaire est encore utilisée de façon médicinale aujourd’hui, mais plus pour traiter les poumons. Pulmonaria saccharata

Les pulmonaires sont de culture très facile et font d’excellentes plantes pour le novice. L’emplacement idéal d’une pulmonaire est à la mi-ombre dans un sol riche en matières organiques et toujours un peu humide, mais quand même bien drainé, notamment l’hiver. Par contre, la plante est très tolérante. Sous nos latitudes, il n’y a aucun danger à cultiver les pulmonaires au plein soleil (pour autant qu’on assure une humidité adéquate du sol). On peut aussi les cultiver à l’ombre où leur croissance sera toutefois moins rapide. Elles tolèrent la sécheresse tout en préférant plus d’humidité. On peut même les cultiver à l’ombre sèche dans une mer de racines d’arbres et leur performance sera à tout le moins correcte. Dans une telle situation, bien sûr, un paillis et une certaine irrigation seront les bienvenus. Même les sols pauvres, argileux ou sablonneux sont acceptables. Les pulmonaires poussent en touffe dense, mais s’étendent graduellement (P. angustifolia fait exception à cette règle : il s’étend rapidement par rhizomes souterrains). Il peut falloir 10 ans ou plus avant que la plante ait pris suffisamment d’expansion pour qu’une division doive être envisagée. D’ailleurs, s’il reste de l’espace, vous pouvez les laisser intactes : la division n’est pas nécessaire pour assurer une bonne performance. Utilisez les pulmonaires abondamment dans les jardins de sous-bois où, par leur coloration argentée, elles ajoutent une touche de lumière. On peut les utiliser en bordure de platebande ou en rocaille, ou même les naturaliser dans une forêt ouverte. Elles font d’excellentes plantes couvre-sol si on les plante assez densément. Ou, encore, essayez-les en massif. On multiplie les pulmonaires surtout par division, habituellement immédiatement après la floraison. Le cultivar n’est pas fidèle au type par semences, mais cette méthode peut être utilisée pour les espèces. Les pulmonaires ont une bête noire : le blanc. La maladie frappe principalement les feuilles de l’année précédente après la floraison. Ce n’est pas une maladie mortelle, mais elle défigure 340 | Vivaces

les plantes temporairement, car leurs feuilles se recouvrent de blanc puis noir­cis­sent. Les jardiniers traitent les feuil­les aux fongicides pour prévenir la mala­die, mais c’est souvent peine per­ due. Il est encore moins com­pli­qué de tout simplement couper les vieilles feuilles après la floraison, quand elles Le blanc enlaidit le feuillage des pulmonaires stressées : heureu­se­ment, beaucoup de cultivars modernes sont résistants à cette maladie. commencent à se dégra­der. On peut même y passer la tondeuse ! Mais il vaut mieux éviter le problème dès le départ. D’abord, le blanc est un symptôme de stress. Habituellement il survient quand la plante souffre d’un manque chronique d’eau et est donc plus présent lorsque la pulmonaire est cultivée au soleil ou à l’ombre sèche. (D’accord, d’accord, je vous ai dit tantôt que la pulmonaire pouvait tolérer l’ombre sèche, mais je n’ai pas affirmé qu’il n’y avait pas un prix à payer !) Si vous cultivez vos pulmonaires à la mi-ombre ou à l’ombre, que vous les paillez correctement et que l’emplacement profite d’un sol « bien drainé, mais humide », le problème sera moindre, voire absent. Ou encore… Différentes espèces et cultivars varient quant à leur sensibilité au blanc et certains y sont très résistants. Donc, on peut cultiver les pulmonaires à l’ombre sèche sans que le blanc ne fasse son apparition… à condition de choisir les bonnes variétés. Je vous dirai lesquelles dans les descriptions qui suivent.

VARIÉTÉS : Il y a entre 10 et 18 espèces de pulmonaire et plus de 200 cultivars de pulmonaire sur le marché. Ici je présente les plus disponibles ainsi que quelques variétés plus rares, mais très intéressantes.

Pulmonaria saccharata P. saccharata (pulmonaire saupoudrée) : c’est l’espèce de base derrière les pulmonaires orne­mentales et l’aïeule de la vaste majorité des pulmonaires hybrides qui dominent main­tenant le marché. Elle représente très bien notre idée d’une pulmonaire : une rosette dense de feuilles ovales pointues et poilues qui sont tachetées de blanc argenté et des bou­tons roses s’ouvrant en fleurs bleues. D’ailleurs, l’épithète botanique, saccharata, veut dire sucré, non pas que la plante goûte sucré, mais parce que les taches blanches sur les Vivaces | 341

Pulmonaire

feuilles font penser que quelqu’un aurait échappé du sucre à glacer sur leur surface. L’espèce elle-même est rarement cultivée, ayant été remplacée par des cultivars et des hybri­des plus attrayants, notamment à la suite de l’accroissement du nombre et de la taille des taches argentées. D’ailleurs, cela est tellement vrai que certains cultivars ont un feuil­lage presque entièrement argenté. P. saccharata est très sujet au blanc et plusieurs de ses cul­ti­vars aussi. 25 cm x 55 cm. Zone 3. P. saccharata ‘Argentea’ : fleurs bleues. Feuillage presque entièrement argenté pro­dui­ sant de l’effet. Hauteur : 25 à 30 cm x 60 cm. Zone 3. P. saccharata ‘Dora Bielfield’ : nombreuses fleurs roses. Feuillage tacheté d’argent. Plante vigoureuse. Hauteur : 35 cm x 70 cm. Zone 3. P. saccharata ‘Leopard’ : fleurs rouge rosé. Feuillage bien tacheté. Hauteur : 20 cm x 40 cm. Zone 3. P. saccharata ‘Mrs. Moon’ : la pulmonaire classique. D’ailleurs, c’est la plante à laquelle les gens se réfèrent quand on leur parle des pulmonaires. Feuilles irrégulièrement tache­ tées d’argent. Quand les fleurs s’épanouissent, elles sont roses au début, puis deviennent bleues. Sujette au blanc. ‘Mrs. Moon’ était très bien dans son temps, mais paraît main­te­ nant faiblard et clairsemé comparé aux cultivars modernes. On devrait le retirer du mar­ ché pour le remplacer par une variété plus vigoureuse. 25 cm x 85 cm. Zone 3. P. saccharata ‘Reginald Kaye’ : boutons rose pourpré, fleurs bleu-violet. Grosses taches d’argent sur le feuillage. 15 à 20 cm x 45 cm. Zone 3. P. saccharata ‘Pink Dawn’ : fleurs d’un rose riche devenant violet. Feuille tachetée d’argent, marge ondulée. Cultivar peu vigoureux. 25 cm x 45 cm. Zone 3. Pulmonaria saccharata ‘Leopard’

342 | Vivaces

Pulmonaria ‘Berries and Cream’

Les plantes suivantes sont issues de croisements complexes, mais l’espèce dominante est P. saccarata. P. ‘Apple Frost’ : plant compact. Feuillage vert pomme irrégulièrement mais abon­ dam­ment panaché d’argent. Fleurs d’un rose doux devenant bleu-violet. 30 cm x 45 cm. Zone 3. P. ‘Benediction’ : fleur bleu foncé. Feuille étroite, vert foncé tachetée d’argent. 40 cm x 70 cm. Zone 3. P. ‘Berries and Cream’ : boutons coraux, fleurs rose vif devenant bleu lavande. Feuillage argenté à marge verte ondulée. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 3. P. ‘Bubble Gum’, syn. ‘Sunset’ : rose bonbon. Feuilles plutôt dressées tachetées d’argent. Résis­tant au blanc. 30 cm x 35 cm. Zone 3. P. ‘Dark Vader’ : boutons roses, fleurs bleu foncé. Feuillage foncé très tacheté d’argent. Résistant au blanc. 25 cm x 25 cm. Zone 3. P. ‘DeVroomen’s Pride’ : fleurs bleues devenant roses. Feuilles très blanc argenté, avec seu­lement quelques taches vertes ; marge verte. 40 cm x 45 cm. Zone 3. P. ‘Excalibur’ : les feuilles sont couvertes d’un argent particulièrement brillant ; il n’y a qu’une mince marge vert foncé. Les fleurs sont roses devenant bleu pourpré. Longue période de floraison. Très résistante au blanc. 20 cm x 60 cm. Zone 3. P. ‘Glacier’ : la plupart des pulmonaires à fleurs blanches ne sont pas très vigoureuses, mais ‘Glacier’ est l’exception. Les boutons rose pâle s’épanouissent en fleurs blanc pur. Le  feuillage est vert foncé Pulmonaria ‘Excalibur’ couvert de petites taches blan­ ches. 32 cm x 65 cm. Zone 3. P. ‘Lewis Palmer’ (syn. ‘High­ down’) : fleurs bleu-violet foncé devenant roses. Feuilles lon­gues et étroites, vert foncé tacheté de blanc argenté. Vigoureux. 33 cm x 65 cm. Zone 3.

Vivaces | 343

Pulmonaire

Hybrides de P. saccharata

Pulmonaria ‘Majesté’

Pulmonaria ‘Trevi Fountain’

P. ‘Majesté’ : hybride français au feuillage presque entièrement couvert d’argent : il ne reste qu’un filet de vert en marge de la feuille et une nervure centrale verte ! Les fleurs sont roses au début, puis bleu cobalt. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 3. P. ‘Margery Fish’ : boutons rose corail, grosses fleurs bleu pourpré. Feuilles assez étroites, argentées à marge verte et tachetées de vert. Vigoureux. Résistant au blanc. 30 cm x 45 cm. Zone 3. P. ‘Milchstrasse’ (‘Milky Way’) : les feuilles lancéolées sont fortement tachetées d’ar­ gent. Les fleurs sortent rose pourpré puis deviennent bleues. Résistant au blanc. 15 cm x 50 cm. Zone 3. P. ‘Moonshine’ : fleurs bleu-blanc. Feuillage un peu arrondi, argenté à marge vert foncé. Vigoureux et résistant au blanc. 45 cm x 25 cm. Zone 3. P. ‘Pierre’s Pure Pink’ : plusieurs pulmonaires argentées ont des fleurs roses à l’épa­ nouissement, mais peu maintiennent cette couleur durant toute la période de floraison. ‘Pierre’s Pure Pink’ est une exception : ses fleurs sont rose saumon de l’épanouissement jusqu’à la déchéance. Ses feuilles sont vertes tachetées d’argent. 30 cm x 50 cm. Zone 3. P. ‘Roy Davidson’ : fleurs rose bonbon devenant bleu-violet. Feuilles vert foncé tache­ tées d’argent. Variété d’une vigueur exceptionnelle. Résitante au blanc. 25 cm x 65 cm. Zone 3. P. ‘Sissinghurst White’ : boutons rose pâle, fleurs blanches. Petites feuilles tachetées d’argent. Peu vigoureux. 25 à 30 cm x 70 cm. Zone 3. P. ‘Spilled Milk’ : fleurs roses. Feuilles larges argentées à marge verte, quelques taches de vert. Résistant au blanc. 30 cm x 45 cm. Zone 3. 344 | Vivaces

Pulmonaria angustifolia

P. ‘Victorian Brooch’ : florai­son du­ ra­ble (jus­qu’à 10 semai­nes  !). Cou­leur rose magenta. Feuil­lage venté bien tacheté d’argent. Résistant au blanc. 20 cm x 20 cm. Zone 3.

AUTRES ESPÈCES : P. angustifolia (petite pulmonaire, coucou bleu) : comparativement aux autres, le feuillage de cette pulmonaire présente moins d’attrait, car ses feuilles étroites restent vertes ou à peine tachetées et sont, en plus, caduques. En revanche, ses fleurs très printanières nous charment : roses en bouton puis bleu vif à l’éclosion, plusieurs semaines avant les autres. Ce bleu est peut-être la couleur la plus éclatante du genre Pulmonaria ! Cette plante s’étend assez rapidement par rhizomes souterrains et fait alors un excellent couvre-sol. Très rustique. Résistant au blanc. 15 cm x illimité. Zone 2. P. angustifolia ‘Azurea’ (syn. P. azurea) : fleurs bleu azur. 30 cm x illimité. Zone 2. P. angustifolia ‘Blaues Meer’ : très différente des autres petites pulmonaires par son feuillage vert foncé tacheté d’argent comme les P. saccharata. Fleurs bleu vif plus grosses. S’étend plus lentement que l’espèce. 30 cm x illimité. Zone 2. P. angustifolia ‘Munstead Blue’ : fleurs bleu-violet. 20 à 25 cm x illimité. Zone 2. P. longifolia (pulmonaire à longues feuilles) : cette espèce rappelle P. saccharata avec ses feuilles tachetées d’argent, mais s’en distingue par ses feuilles longues et étroites. Fleurs bleues. Pas du tout aussi attrayante que ses cultivars et sous-espèces. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 3. P. longifolia ‘Bertram Anderson’ (syn. P. longifolia ‘E. B. Anderson’) : une variété au feuillage plus argenté que l’espèce. Fleurs bleu-violet. 20 cm x 60 cm. Zone 3. P. longifolia cevennensis (pulmonaire des Cévennes) : jolie sous-espèce de grande taille à feuilles très étroites beaucoup plus joliment tachetée d’argent que l’espèce. Vivaces | 345

Pulmonaire

P. ‘Trevi Fountain’ : les feuilles sont lon­gues et plutôt étroites, joliment arquées et fortement et également mar­brées d’argent. Les fleurs sont bleu cobalt. 25 cm x 30 cm. Zone 3.

Pulmonaire

Fleurs bleu-violet. Très utilisée en hybridation à cause de son feuillage unique et de son excellente résistance au blanc. 35 cm x 70 cm. Zone 3. P. mollis (pulmonaire molle) : plus jolie que le nom « pulmonaire molle » ne le laisse croire ! Avoir eu à la nommer, je l’aurais appelée « pulmonaire géante », car elle est de loin la plus grosse des pulmonaires. Grandes feuilles vertes duveteuses sans taches. Boutons floraux roses, fleurs bleu pâle. 45 cm x 110 m. Zone 3. P. mollis ‘Samobor’ : plus courante que l’espèce dans le commerce. Feuilles légèrement tachetées. 45 cm x 90 m. Zone 3. P. officinalis (pulmonaire officinale) : la plante médicinale autrefois utilisée pour trai­ ter les maladies pulmonaires. Importée en Nouvelle-France au début de la colonie pour les jardins de simples, elle s’est échappée de la culture dans la région de Québec où elle pousse encore dans les sous-bois des parcs. Avec ses feuilles tachetées d’argent et ses fleurs roses en bouton et bleu-violet, elle n’est pas sans charme. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 3. P. rubra, anc. P. montana (pulmonaire rouge) : cette espèce ne manque pas de susciter l’intérêt à cause de ses fleurs rouge corail, couleur qui la distingue des autres pulmonaires. Ses feuilles sont plus larges que celles des pulmonaires courantes et sont vert pâle velouté sans la moindre tâche. 35 cm x 100 cm. Zone 3. P. rubra ‘Bowles Red’ : aux fleurs rouge orangé et au feuillage vert lime légèrement tacheté. 30 à 40 cm x 100 cm. Zone 3. P. rubra ‘David Ward’ : à mon avis, la plus jolie de toutes les pulmonaires ! Son feuillage velouté est d’un beau vert argenté et joliment marginé de blanc crème. Ainsi elle est très jolie bien au delà de la floraison qui est néanmoins très chic : rouge corail. Brûle au soleil, mais illumine un coin noir ! Très résistante au blanc. 35 cm x 90 cm. Zone 3. P. rubra ‘Redstart’ : fleurs rouge foncé, feuilles vertes. Plante vigoureuse très résistante au blanc. 30 cm x 90 cm. Zone 3. Pulmonaria rubra ‘David Ward’

346 | Vivaces

Pulmonaria longifolia cevennensis

Renouée polymorphe

Pourquoi vous le cacher ? De toutes les vivaces, celleci est ma préférée. Spectaculaire, gigantesque, sculp­ tu­rale… les mots manquent pour décrire ce monstre (dans le sens le plus positif du mot), qui peut atteindre 2,5 m de hauteur et presque autant en largeur dans de bon­nes conditions. J’adore cette plante pour sa « pré­ sence ». Avec sa grande taille, son feuillage dense et sa belle floraison, la renouée polymorphe domine tou­ jours le paysage. Évidemment, sa floraison qui dure tout l’été, de la fin de juin ou du début de juillet (selon le climat) jusqu’au mois d’octobre, ne nuit pas non plus. Mais est-ce une plante d’ombre ? Pas d’après les spé­ cia­listes, qui classifient la renouée polymorphe comme une plante de soleil ou de mi-ombre. Par contre, cette plante est une nouveauté (elle a été intro­duite à la culture en 1995 seulement) et n’a peut-être pas encore été suffisamment étudiée. Voyant qu’elle est très ro­ buste, j’ai décidé de vérifier comment elle se com­ por­terait dans les pires conditions que j’ai chez moi : l’om­bre dense et sèche sous de grandes épinettes. J’y ai donc planté des surplus de bouturage et… ça

Persicaria polymorpha

Persicaria polymorpha Autres noms communs : grande renouée, grande renouée blanche, per­si­caire à forme variable, persicaire géante, persicaire polymorphe Nom botanique : Persicaria poly­mor­ pha, syn. Polygonum polymorphum Famille : Polygonacées Hauteur : 1,5 à 2,5 m Largeur : 1,2 à 2,5 m Exposition : Sol : bien drainé, léger, riche et frais Floraison : tout l’été, début de l’automne Multiplication : division, semences, bouturage de tiges Utilisation : en isolé, haies, platesbandes, arrière-plans, sous-bois Associations : bulbes de printemps, grandes fougères, rodgersias podophyllés Zone de rusticité : 3

Vivaces | 347

Renouée polymorphe

fonctionne ! Mes plants à l’ombre sèche ont toutefois pris du temps avant de fleurir (2 ans) et sont plus petits que les plants du même âge plantés au plein soleil : environ 120 cm de hauteur après 5 ans plutôt que 180 cm. Mais elles sont belles et fleurissent bien. Je n’ai donc plus aucune hésitation à recommander la renouée polymorphe pour l’ombre, et l’ombre sèche de surcroît, tout en mentionnant qu’elles risquent de pousser un peu moins vite et de rester d’une taille un peu plus petite. Mais qu’est cette vivace si merveilleuse ? De loin, on dirait une barbe de bouc géante, car les panicules de fleurs blanches à l’extrémité des tiges ont la même apparence plumeuse. Vu de proche cependant, le feuillage n’a rien du feuillage découpé des barbes de bouc : il est entier, elliptique et pointu, vert foncé et plutôt reluisant. Les tiges sont très épaisses à la base, rappelant, avec leurs nœuds bien marqués (une caractéristique des renouées, le « nou » du mot se rapportant justement à ces nœuds), des tiges de bambou. Et les tiges sont creuses comme celles des bambous aussi. Les tiges se ramifient en abondance, formant une masse très dense dans la partie supérieure. La plante, en plein été, rappelle davantage un arbuste qu’une vivace et, côté design, il faut presque considérer cette plante comme un arbuste, car elle en joue le rôle par sa taille et sa prestance. La différence est bien sûr l’absence de bois : les tiges meurent au sol tous les ans, comme pour toute plante herbacée. Un mot sur la couleur des fleurs. Elles sont d’un blanc très pur au début, mais prennent une teinte crème à mesure que l’été avance. À l’automne, elles s’éclaircissent et prennent une teinte rosée. C’est que les fleurs sont graduellement remplacées par des capsules de graines plutôt rougeâtres ; en combinaison avec les fleurs blanches, car la plante continue de fleurir presque jusqu’aux gels, l’effet est plutôt rosé. Les fleurs de la renouée polymorphe sont parfumées aussi, mais leur fragrance n’est pas typiquement florale. À mes narines, elles sentent le foin coupé ! Chaque fois que je passe à côté de cette plante, j’ai l’impression d’être en pleine campagne. Notre renouée est au moins aussi polyvalente que polymorphe. Il est d’ailleurs difficile d’imaginer une combinaison de conditions qui ne lui conviennent pas. Soleil ou ombre, sol riche ou pauvre, sec ou humide, Persicaria polymorpha acide ou alcalin, tout semble la satisfaire. Je ne l’ai pas encore essa­ yée en marécage, mais je ne serais pas surpris si elle y poussait plutôt bien. La hauteur de la plante sem­ ble cependant très influencée par les conditions : à l’ombre, dans un sol 348 | Vivaces

Renouée polymorphe

pauvre ou dans un sol très sec, elle reste plus petite (mais pas chétive… et elle fleurit quand même). On voit parfois des spécimens de « seulement » 120  cm de hauteur. Au plein soleil dans un sol riche et humide, elle dépasse 1,8 m ! Là où l’été est frais et humide, elle est encore plus énorme : on trouve des spécimens de 2,5 m de hauteur… et autant de diamètre !

Persicaria polymorpha

À part les arrosages la première saison, le temps qu’elle s’établisse, la plante exige peu de soins, semblant pouvoir se passer de fertilisation et de bichonnage. Il vaut la peine de noter qu’elle n’est pas envahissante, car plusieurs renouées le sont, notamment la terrible renouée du Japon (Fallopia japonica). Au contraire, la renouée polymorphe forme une belle touffe très dense et ne vagabonde nullement, produisant tout au plus un rejet occasionnel. Je ne l’ai jamais vue se ressemer non plus. Sage comme une image, juré craché ! La plante met trois ou quatre ans à prendre son véritable envol. Ne vous inquiétez donc pas si votre géante atteint seulement 90 cm le premier été : c’est lorsqu’elle sera bien établie qu’elle prendra son essor. Les tiges sont généralement assez résistantes au vent, mais lorsqu’un spécimen qui a toujours poussé à l’abri est exposé subitement à des rafales très fortes avant que les tiges aient eu le temps de durcir, il peut y avoir de la casse. Coupez les tiges brisées : la plante reprendra bien, faisant même une deuxième floraison sur les tiges renouvelées. Dans un sol plutôt pauvre, elle est moins cassante ; évitez les engrais riches en azote, qui favorisent une croissance rapide mais fragile. Le feuillage de la renouée polymorphe est si abondant qu’elle jette une ombre particu­ lièrement dense. Il y a donc peu de risques que des mauvaises herbes l’envahissent. Mais comme elle sort relativement lentement au printemps, on peut profiter de l’espace qui reste vide tout autour de la plante pour cultiver des éphémères comme les bulbes (on consacre un chapitre à leur sujet dans le Tome 2). Étant donné ses dimensions (habituellement, elle est aussi large que haute), il faut songer à limiter la renouée polymorphe aux plates-bandes larges… mais alors, une plate-bande se doit d’être large, ce qui règle le problème. Tout de même, ce n’est pas une bonne plante pour une petite cour. Il faudrait toujours l’éloigner d’un sentier d’au moins 1 m, car il serait désagréable de toujours devoir la contourner. Vivaces | 349

Renouée polymorphe

Tristement, cette grande plante est absolument nulle l’hiver. Même moi qui trouve de la beauté dans presque toutes les plantes hors saison, aussi tristes et grises qu’elles puissent paraître, je dois admet­tre que, une fois les feuilles tom­bées, cette plante n’a vraiment, mais vraiment aucun attrait. Les tiges creuses, privées de sève, bru­nis­sent, sèchent et cassent sous la neige et le Persicaria polymorpha vent. Mieux vaut les couper vousmême. Une fois déchiquetées, par contre, elles font un excellent paillis. La division est probablement la méthode de multiplication la plus facile. En général, les plan­tes aux racines grosses comme des carottes tolèrent mal la division ; ce n’est pas le cas de la renouée polymorphe. Carottes ou non, ses racines ne craignent pas les manipulations. Habi­tuel­le­ment, on divise au printemps ou à l’automne. Coupez les tiges avant de la diviser si vous choisissez l’automne, sinon impossible de voir ce que vous faites. Étant donné l’im­ por­tance des racines, diviser cette plante demande quand même un peu d’huile de bras. Peu d’établissements offrent des graines, mais la plante pousse rapidement et facilement à par­ tir de semences si vous pouvez en trouver. Enfin, on peut aussi prendre des boutures de tige. La renouée polymorphe peut servir de plante-vedette, dans une plate-bande d’arbustes ou à l’arrière-plan d’une vaste plate-bande mixte. On peut également la naturaliser dans un sous-bois ou un pré fleuri. Elle fait une excellente haie estivale, notamment en bordure de chemin, car les souffleuses et les produits de déglaçage ne l’importunent pas. On dit que la renouée polymorphe est parfois légèrement endommagée par les scarabées japonais, mais pas au point que ceux-ci deviennent une plaie. Autrement, elle ne semble vulnérable à aucun insecte ou maladie.

AUTRES ESPÈCES : Il y a beaucoup d’autres renouées (Persicaria, Polymorpha, Fallopia, etc.), mais ce sont plu­ tôt des plantes de soleil qui tolèrent la mi-ombre que des plantes qui tolèrent l’ombre et j’ai donc jugé bon de ne pas les inclure dans ce livre. 350 | Vivaces

Rodgersia Si vous rêvez d’un décor tropical pour votre terrain, vous avez la plante qu’il vous faut. Les rodger­ sias sem­blent sortir tout droit d’une jun­gle africaine. Peu de plantes de climat tempéré ont des feuilles aussi gigantesques, si ce n’est leur cousin, l’astilboïde (Astilboides tabu­laris)… qui fut jusqu’à tout récem­ ment considéré comme un rodgersia, de toute façon ! Les feuilles caduques sont joliment découpées et leur texture, grâce aux nervures pro­ fon­dément enchâssées, est à cou­ per le souffle. Pour compléter le por­trait, les feuilles changent de cou­leur au cours de la saison, passant de rougeâtre à l’épa­nouissement à vert foncé l’été à rouge pourpré ou rouge ou jaune à l’automne, selon la variété. Une plante avec des feuilles aussi saisissantes n’aurait même pas besoin de fleurir… mais les hautes tiges des rodgersias portent des masses plumeuses de minus­ cules fleurs tout en étamines dans diverses teintes de blanc, jaune, rose et rouge, comme des astilbes sur sté­roï­des. Elles font d’excellentes fleurs coupées. Vous pou­vez les laisser sécher sur place et elles resteront belles jusqu’à l’automne et parfois l’hiver (si la neige n’est pas trop lourde). Je ne sais pas si vous connaissez le gunnera (Gunnera manicata), cette énorme plante aux feuilles de la taille d’une Volkswagen coccinelle ? Il est le rêve de tous les jardiniers qui l’ont déjà vu, mais il est de zone 7 et nous ne pouvons pas le cultiver sous notre climat (et je peux vous assurer que ce n’est pas parce que je n’ai pas essayé !). Eh bien, les rodgersias sont mes

Rodgersia podophylla

Rodgersia Nom botanique : Rodgersia Famille : Saxifragacées Hauteur (feuillage) : 60 à 120 cm Hauteur (fleurs) : 90 à 200 cm Largeur : 90 cm+ Exposition : Sol : riche, humide à détrempé Floraison : début au milieu de l’été Multiplication : division, semences, sections de rhizome Utilisation : en isolé, couvre-sols, haies, massifs, naturalisation, platesbandes, arrière-plans, sous-bois, bacs, lieux humides, fleurs coupées Associations : grosses fougères, astilboïdes, hostas, primevères Zone de rusticité : 3 ou 4

Vivaces | 351

Rodgersia

gun­neras à moi. Je vous jure, je suis sérieusement amou­raché des rodgersias et surtout du spec­ta­cu­ laire rodgersia podo­phyllé (Rodger­ sia podophylla). Le rodgersia pousse à partir d’épais rhizomes qui sont parfois à moitié exposés, rampant sur le sol (vous Gunnera manicata : superbe, mais pas assez rustique pour notre climat. Remplacez-le par Rodgersia podophylla. ne les voyez que s’il n’y a pas de litière forestière ou de paillis). Avec le temps, la plante peut ainsi s’étendre peu à peu pour former de grosses talles de 2 m de large, 3 m de large ou plus… mais elle ne dépassera pas 90 cm de diamètre avant plusieurs années, car sa croissance est lente. Les rodgersias sont des plantes de marécage dans la nature et poussent mieux en culture dans des conditions semblables : en bordure d’un jardin d’eau, dans des dépressions humides, au pied des pentes, etc. Ils peuvent tolérer les sols temporairement inondés au printemps, mais ne peuvent croître complètement immergés en tout temps. Cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas bien s’adapter aux sols de jardin ordinaires (personnellement, je n’ai pas de coin humide et pourtant je me permets d’en cultiver plusieurs), mais il reste qu’il faut leur assurer un peu d’eau en tout temps. Disons que ce ne sont pas des plantes xérophiles ! Un paillis épais, bien sûr, est toujours recommandé dans les emplacements exposés à la sécheresse. Et une irrigation quelconque, comme un tuyau suintant, est appréciée en période de sécheresse. Côté sol, ils préfèrent la terre riche en matières organiques et plutôt acide habituelle des marécages, mais ils croîtront bien, quoique plus lentement, dans les sols moins riches. En milieu très humide, le plein soleil leur convient parfaitement, mais ils peuvent se dessécher au soleil dans les endroits plus secs. Ailleurs, préférez la mi-ombre. L’ombre aussi est acceptable, notamment dans une forêt à la voûte élevée qui laisse pénétrer un éclairage diffus. La croissance des rodgersias est lente. Ils atteignent assez rapidement leur pleine hauteur, mais prendront quelques années avant de se remplir. Avec le temps, ils peuvent devenir trop entreprenants, mais ils sont faciles à contrôler : coupez tout simplement leurs rhizo­ mes vagabonds. Le paillis qui garde son sol plus humide et plus frais l’été est aussi utile en hiver, car il protège contre le froid, notamment dans les emplacements où la couverture de neige n’est pas fiable. Idéalement, on devrait donc toujours utiliser du paillis avec les rodgersias. 352 | Vivaces

Je n’ai jamais vu chez les rodgersias de dommages dus aux insectes, aux maladies, ni même aux limaces, même s’ils poussent souvent dans des milieux humides où les limaces prolifèrent. Une croissance rabougrie et des folioles à marges noircies indiquent habituellement un manque d’eau.

ESPÈCES : Il n’y a que cinq espèces officiellement reconnues dans ce petit genre (il y en aurait deux autres qui attendent une description botanique officielle). Les cinq sont en culture. R. aesculifolia (rodgersia à feuilles de marronnier d’Inde) : le nom commun de cette plante évoque bien la forme de son feuillage palmé de cinq à sept folioles, mais ne fait pas réfé­rence à sa texture dont l’apparence rugueuse fait tout le charme. Les feuilles sont bronzées à leur éclosion. Fleurs blanc crème. Particulièrement rustique. 90 cm (150 cm) x 90 cm+. Zone 3. R. henrici (rodgersia de Henrici) : très semblable à R. aesculifolia par son feuillage palmé et considéré d’ailleurs comme une sous-espèce de celui-ci par certains botanistes. Les folio­ les sont tout aussi rugueuses, mais sont plus pointues que celles de R. aesculifolia. Aussi, ses fleurs sont rosées devenant rouges à maturité. Après sa floraison, sa tige florale devient rouge vif et ses graines s’empourprent joliment. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. Rodgersia aesculifolia

Rodgersia pinnata

Vivaces | 353

Rodgersia

On multiplie habituellement les rodgersias par division au printemps ou à l’automne, ou par bouturage de sections de rhizome. Les espèces (mais pas les cultivars) sont fidèles au type par semences et faciles à semer. Étonnamment, ces plantes gigantesques ont des graines minuscules. Évitez de les recouvrir de terreau quand vous faites vos semis, mais pressez-les dans la surface du terreau que vous garderez, ça va de soi, bien humide après la germination.

Rodgersia

R. pinnata (rodgersia à feuilles pennées) : c’est présentement le plus disponible des rodgersias. Cette plante ressemble beaucoup à la précédente, mais ses feuilles, au lieu d’être palmées (folioles disposées en cercle tels les rayons d’une roue) sont pennées (folioles disposées de chaque côté d’un pétiole commun). Mais, juste pour nous confondre, elles paraissent palmées, les folioles étant très rapprochées les unes des autres. Une feuille compte habituellement cinq à neuf folioles. Fleurs blanches, roses, rouges ou jaunes. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. pinnata ‘Alba’ : fleurs blanches. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. pinnata ‘Buckland Beauty’ : fleurs rose vif. 80 cm (100 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. pinnata ‘Chocolate Wings’ : feuillage très bronzé au printemps, restant bronzé plus longtemps que les autres. Fleurs rose foncé. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. pinnata ‘Elegans’ : feuillage vert foncé luisant, un peu cuivré au printemps. Fleurs rose crème. Graines rouge foncé. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. pinnata ‘Superba’ : feuillage vert bronzé. Fleurs rose foncé. Graines rouge foncé. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. podophylla (rodgersia podophyllé) : les feuilles les plus grosses de tous les rod­ger­ sias sont parfois de 60 cm de diamètre. Elles sont portées par un pétiole solide, formant un parasol à son extrémité. La feuille palmée est formée de cinq à sept folioles plutôt triangulaires, irrégulièrement et profondément découpées, un peu comme une feuille de chêne. Son découvreur y a vu une silhouette de patte de canard, car « podophylla » veut dire à feuille en forme de pied. La feuille est profondément nervurée et souvent bronzée au printemps, mais vert foncé luisant l’été. Elle redevient rougeâtre l’automne, puis jaune riche avant de disparaître pour l’hiver. Fleurs blanc crème. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. Rodgersia podophylla au début de l’automne.

354 | Vivaces

R. podophylla ‘Bronze Form’ : plus compact, à feuillage plus bronzé au printemps, parfois avec des teintes cuivrées l’été. Très coloré l’automne quand les feuilles deviennent bronze pourpré à rouge. Fleurs roses. 75 cm (100 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. podophylla ‘Rotlaub’ : feuillage rouge au printemps. Fleurs blanches. 75 cm (100 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. podophylla ‘Smaragd’ : variété compacte. Feuillage vert émeraude devenant jaune pâle l’automne. Fleurs blanches. 60 cm (90 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. sambucifolia (rodgersia à feuilles de sureau) : cette plante ressemble beaucoup à R. pinnata, mais ses feuilles plus nettement pennées comptent jusqu’à 11 folioles. Fleurs blanc crème. 70 cm (90 cm) x 90 cm+. Zone 4.

HYBRIDES : Les plantes suivantes ressemblent, à mes yeux, à R. pinnata, mais seraient d’origine hybride. Je ne mentionne que quelques cultivars, aucun couramment disponible au Québec au moment où j’écrivais ces lignes, mais énormément populaires en Europe où l’on offre plus de 50 cultivars. R. ‘Die Schöne’ : fleurs rose pâle. 70 cm (90 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. ‘Die Stolze’ : feuillage vert luisant. Fleurs rose très pâle. 90 cm (120 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. ‘Irish Bronze’ : feuillage vert à l’épanouissement, devenant bronze l’été. Fleurs blan­ ches. 120 cm (200 cm) x 90 cm+. Zone 4. R. ‘Parasol’ : feuillage rougeâtre au printemps, vert l’été. Fleurs blanc crème tardives, au milieu de l’été. 90 cm (150 cm) x 90 cm+. Zone 4.

Vivaces | 355

Rodgersia

R. podophylla ‘Braunlaub’ : feuillage restant bronze pourpré longtemps pour devenir vert foncé l’été. Fleurs mélangeant joliment le crème et le rose. 75 cm (100 cm) x 90 cm+. Zone 4.

Saruma

Saruma henryi

Saruma henryi Autre nom commun : saruma de Henry Nom botanique : Saruma henryi Famille : Aristolochiacées Hauteur : 30 à 45 cm Largeur : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche Floraison : du printemps à l’automne Multiplication : bouturage de tiges, division, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, sous-bois, bacs Associations : bulbes de printemps, épimèdes, petites fougères, glaucidium Zone de rusticité : 3

356 | Vivaces

Idéal pour le jardinier collectionneur qui se sent obligé d’avoir toutes les variétés d’une même plante, mais qui ne veut pas se sentir stressé, car il n’y a qu’une espèce de saruma, Saruma henryi, et on ne lui connaît aucune variété ou cultivar. Donc, si vous trouvez un plant de saruma, votre collection est déjà complète ! Le saruma n’a été découvert qu’au 20e siècle, en Chine. Son découvreur, Augustine Henry, s’est amusé en choisissant son nom : Saruma est un anagramme d’Asa­rum, l’asaret ou gingembre sauvage, décrit à la page  404. C’est un choix logique comme nom, car non seu­lement les deux plantes sont apparentées, mais le feuillage est presque identique. Prenez une feuille de Saruma henryi et une d’Asarum canadensis (asaret du Canada) et placez-les côte à côte : c’est du pareil au même. Le saruma produit des tiges dressées veloutées et des feuilles cordiformes de la même texture. Elles sont un peu pourprées au printemps, vert moyen en été. Il produit des fleurs jaunes à trois pétales sur de courts pédicelles paraissant à l’aisselle des feuilles. Il y en a

Dans les livres, on le recommande pour le soleil ou la mi-ombre. Je ne le savais pas et je l’ai planté à l’ombre, complètement à l’ombre, et il réussit très bien. C’est une plante originaire de sous-bois denses et qui apprécient donc les conditions qu’aiment toutes les plantes de sous-bois : sol bien drainé, humide, riche en matière organique, etc. Mais elle s’adapte à pres­que toutes les conditions, même au plein soleil (paillez abondamment !) ou à l’ombre sèche. Je dirais qu’elle préfère toutefois la mi-ombre ou l’ombre au soleil. La plante se ressème un peu, mais la méthode de choix pour la multiplication est le bouturage de tiges. Faites-le tôt au printemps, quand les tiges atteignent leur pleine hauteur, mais avant qu’elles ne fleurissent. On peut aussi diviser la plante, qui forme des touffes grossissant len­ tement. Quand aux semences, elles sont difficiles à récolter et doivent être semées aussitôt, ne se conservant pas bien. Certains grainetiers offrent des graines conservées à l’humidité et à la fraîcheur. Avec sa longue période d’intérêt, le saruma peut servir à bien des sauces : bordure, platebande, massif, etc., mais n’est pas assez voyant pour être une plante-vedette. À condition de le planter densément (autrement il sera lent à se remplir), il fait un excellent couvre-sol très égal.

Saruma henryi

Saruma henryi

Vivaces | 357

Saruma

rarement beaucoup à la fois (jamais la plante n’est « couverte de fleurs »), mais il y en a longtemps : du milieu du printemps à l’automne. La floraison est toutefois plus abondante au printemps et au début de l’été, restant sporadique par la suite. La floraison peut arrêter com­plètement l’été quand il fait très chaud ou très sec. Elle est plus abondante l’été dans les emplacements frais et humides.

Sauge glutineuse Dans le genre gigantes­ que Sal­ via, de presque 900 espè­ces, une poignée seulement ont des fleurs jaunes et seulement une poignée sont des plantes d’ombre. La sauge glu­ tineuse appartient aux deux groupes… et est parfaitement rus­ ti­que de surcroît. Puisqu’elle est l’excep­ tion à la règle non pas une fois, mais deux, accordonslui tout de suite le titre de « sauge exceptionnelle ».

Salvia glutinosa

Salvia glutinosa Nom botanique : Salvia glutinosa Famille : Lamiacées Hauteur : 60 à 90 cm Largeur : 45 à 60 cm Exposition : Sol : tout sol bien drainé, même pauvre Floraison : tout l’été et même l’automne Multiplication : semences, bouturage de tiges Utilisation : naturalisation, platesbandes, sous-bois, prés fleuris, utilisation médicinale Associations : bulbes de printemps, hostas, kirengeshomas Zone de rusticité : 3

358 | Vivaces

Il s’agit d’une vivace à port ramifié, un peu comme un buisson. Les feuil­les sont en forme de tête de flèche et très nettement dentées. Vert moyen, les feuilles, tout comme la tige, sont cou­ vertes de poils glanduleux collants créant une drôle de sensation quand on frôle la plante. Parfois des insectes restent prisonniers de ces poils, donc ceux-ci servent peut-être à protéger la plante de prédateurs. Les glandes des feuilles dégagent également une odeur agréable que l’on sent lorsqu’on frotte la feuille ou même par une journée chaude. L’huile aurait des propriétés médi­cinales et on en tire une huile essentielle. La floraison est de très longue durée : du début de l’été pres­que jusqu’aux gels. Les fleurs sont curieuses, avec deux lèvres très longues et arquées et très grosses pour une sauge : quand on aperçoit plusieurs fleurs ouvertes côte à côte, on dirait des oisillons le bec grand ouvert qui crient pour avoir de la nourriture ! Les fleurs ainsi que le calice vert tubulaire à leur base sont collants et odo­ ri­férants comme les feuilles et les tiges. Les fleurs sont jaune pâle avec une gorge parfois un peu mar­quée de brun. C’est une couleur qu’on voit très bien à l’ombre.

Faisons un résumé : fleurit tout l’été, couleur agréable visible à l’ombre, pousse dans toutes les conditions, même à l’ombre sèche. C’est la plante d’ombre parfaite, non ? Eh bien, pas tout à fait. La plante a un autre trait qui la rend moins intéressante : elle se ressème, abondamment, même à l’ombre, même quand il y a un paillis. Elle peut alors devenir une vraie mauvaise herbe. Une jolie mauvaise herbe, mais une mauvaise herbe néanmoins. Par contre, elle semble rester plus au moins dans le même secteur (peut-être que ses graines ne voyagent pas loin), mais une fois que vous l’avez plantée, il vous faudra bûcher un peu si vous décidez de la faire disparaître. Et les graines vivent plusieurs années, donc juste quand vous pensez l’avoir contrôlée, elle revient, apparemment de nulle part, d’une graine cachée dans le sol. La sauge glutineuse n’est donc pas une plante à « libérer » dans une plate-bande classique où c’est « à chacun sa place et chacun à sa place », mais elle pourrait être drôlement intéressante dans un secteur un peu sauvage où les plantes ont le droit de se mélanger librement. On peut théoriquement multiplier notre sauge indisciplinée par boutures de tige. Cepen­ dant, je parie que la majorité des jardiniers profitent de sa capacité de se ressemer spon­ tanément et prélèvent des semis pour les replanter ailleurs. Les graines sont offertes commercialement et germent facilement après un traitement au froid. Le but même d’un feuillage gluant et odoriférant est de décourager les prédateurs. Il ne faut donc pas être surpris d’apprendre que la sauge glutineuse ne semble pas avoir d’ennemis à pattes. Elle ne souffre pas davantage de maladies.

VARIÉTÉS : La couleur des fleurs est variable chez cette espèce, de jaune pâle à moyen, avec ou sans taches brunes. Ma colonie est à fleurs jaune pâle sans tache, mais j’ai vu des plantes avec une gorge fortement marquée de brun. Cela dit, pour autant que je sache, il n’y pas de sélections horticoles de sauge glutineuse.

Vivaces | 359

Sauge glutineuse

La culture de cette plante ne pourrait être plus facile. Même si on la vend spécifiquement comme plante d’ombre, en fait elle pousse très bien au soleil aussi. Elle tolère presque tous les sols, riches au pauvres, acides ou alcalins, pour autant qu’ils se drainent bien. On dirait qu’elle pousse presque mieux dans un sol pauvre et sec que riche et humide. Ombre sèche et compétition racinaire ? Elle adore la combinaison ! En effet, la sauge glutineuse pous­sera presque n’importe où sauf dans un sol détrempé.

Sceau-de-Salomon

Polygonatum odoratum pluriflorum ‘Variegatum’

Polygonatum Nom botanique : Polygonatum Famille : Ruscacées (Liliacées) Hauteur : 12 à 200 cm Largeur : 30 à 90 cm ; illimité pour certains Exposition : Sol : bien drainé, humide et plutôt acide ; riche en matière organique Floraison : fin du printemps, début de l’été Multiplication : division, bouturage de rhizomes, semences Utilisation : en isolé, bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, plates-bandes, arrière-plans, pentes, sous-bois, utilisation culinaire et médicinale Associations : bulbes de printemps, fougères, hellébores, saruma Zone de rusticité : 2, 3 ou 4, selon l’espèce

360 | Vivaces

Le sceau-de-Salomon est une vivace traditionnelle, uti­lisée depuis des générations dans nos jardins. À l’ori­gine, on l’utilisait comme plante médicinale (il est encore employé de cette façon aujourd’hui), mais nos ancêtres ont dû le trouver très joli aussi, car on le voit très souvent dans les plates-bandes de fleurs autour des vieilles demeures. Un sceau-de-Salomon est généralement facile à recon­naître, avec ses tiges dressées à la base, puis arquées à l’horizontale, ses feuilles obliques aux ner­ vu­res parallèles et ses fleurs tubulaires blanches ou crème, souvent à extrémité verte, pendant sur de min­ ces pédicelles à l’aisselle des feuilles. Les fleurs sont suivies par des baies décoratives bleu-noir ou rouges. Malheureusement, les baies seraient un peu toxiques. Cette plante s’étend par ses rhizomes, mais elle le fait si lentement qu’on ne peut guère dire qu’elle est Pourquoi le nom sceau-de-Salomon ? À cause des marques plus foncées qui semblent avoir été im­primées sur le rhizome et qui ressembleraient aux lettres cunéiformes, donc de l’époque de Salomon.

Le sceau-de-Salomon est la plante d’ombre par excellence, poussant mieux dans les sites ombragés ou mi-ombragés qu’au soleil où il tend à jaunir ou brûler. Même s’il préfère un sol riche et humide, il ne souffre pas de la compétition racinaire et sa compagne, l’ombre sèche. Il n’y fait que pousser encore un peu plus lentement, voilà tout. La multiplication se fait par division ou par boutures de sections de rhizome. On peut aussi le multiplier par semences, leur faisant subir un traitement au froid pour stimuler la germination. Enfin, le sceau-de-Salomon a peu d’ennemis, sinon les limaces qui ne sont, au pire, qu’un problème mineur.

VARIÉTÉS : Que de confusion ! On dirait qu’on a pris les étiquettes des différentes espèces de sceaude-Salomon, qu’on les a mises dans un chapeau et qu’on les a replacées sur les plantes au hasard. La même plante peut se vendre sous deux ou trois noms et la même pépinière vend souvent deux plantes absolument identiques sous deux noms différents ou deux plantes pourtant bien différentes sous un seul nom. De plus, les taxonomistes (toujours eux !) ont décidé que deux espèces courantes avec des différences très nettes n’étaient plus qu’une seule ! C’est à s’arracher les cheveux ! J’essaie, dans les descriptions suivantes, de les démêler de façon à ce que vous puissiez le faire à votre tour chez vous. En jardinerie… eh bien, j’espère du moins que les dimensions indiquées sont les bonnes, car c’est presque certain que le nom sur l’étiquette ne l’est pas. P. biflorum (sceau-de-Salomon biflore) : espèce nord-américaine très variable. Très vaste territoire à l’état sauvage, incluant le Québec (mais non reconnu par la Flore lauren­tienne). Comme le nom l’indique, les fleurs sont généralement groupées par deux aux aissel­les des feuilles, mais pas toujours : ainsi, malgré son nom, le sceau-de-Salomon biflore peut tout aussi bien avoir trois ou quatre fleurs par aisselle. Fleurs jaune verdâtre. Fruit bleu-noir. Tous les P. biflorum sont éventuellement très envahissants. 30 à 90 cm x illimité. Zone 3. Vivaces | 361

Sceau-de-Salomon

envahissante… au début. Après cinq ou six ans, cepen­dant, certaines variétés deviennent de plus en plus entre­prenantes et il peut être nécessaire de les arrêter en coupant le surplus à la pelle. Comme le sceau-de-Salomon est plus joli quand il forme des colonies denses, mais qu’il les forme si lentement, il peut être intéressant d’en planter deux ou trois ensemble pour « bien le partir ». Aucune divi­sion n’est requise avec cette plante qui peut rester à la même place 100 ans et plus, sinon pour la multiplier.

Sceau-de-Salomon

P. biflorum commutatum (sceau-de-Salomon géant) : anciennement connu sous les noms P. commutatum, P. canaliculatum ou P. giganteum. Notez bien que le nom P. biflorum commutatum aussi est un nom d’usage : les taxonomistes ne distinguent pas entre cette plante si grande et son petit cousin, P. biflorum, décrit ci-dessus. Mais étant donné le besoin du jardinier d’avoir une bonne idée de la hauteur éventuelle de son bébé, plusieurs pépiniéristes (et certains botanistes) se sont entendus sur cette dénomination officieuse. Grandes feuilles d’environ 18 cm de longueur. Deux à dix clochettes pendantes blanc verdâtre. Fruits bleu-noir. 90 à 200 cm x illimité. Zone 3. P. biflorum commutatum Tall Form : encore une dénomination officieuse pour indi­ quer le sceau-de-Salomon biflore de taille intérmédiaire. 90 à 150 cm x illimité. Zone 3. P. biflorum commutatum Giant Form : dénomination officieuse pour les plus grandes lignées de sceau-de-Salomon biflore. 150 à 200 cm x illimité. Zone 3. P. canaliculatum : voir P. biflorum commutatum. P. commutatum : voir P. biflorum commutatum ou P. x hybridum. P. giganteum : voir P. biflorum commutatum. P. humile (sceau-de-Salomon miniature) : petite variété aux tiges dressées, c.-à-d. pas arquées. Feuilles portées de part et d’autre de la tige. Une ou deux fleurs pendantes aux aisselles supérieures, blanc crème à extrémité verte. Fruits bleu-noir. Superbe couvre-sol. 12 à 23 cm x 90 cm. Zone 4. P. x hybridum (sceau-de-Salomon hybride) : la plupart des plantes qui se vendent sous le nom de P. multiflorum ou de P. commutatum appartiennent plutôt à cet hybride, un croisement entre P. multiflorum et P. odoratum. Aussi, si un sceau-de-Salomon est étiqueté Polygonatum biflorum commutatum

362 | Vivaces

Polygonatum humile

P. x hybridum ‘Betberg’ : feuillage printanier pourpré, vert l’été. 70 cm x 30 cm. Zone 3. P. x hybridum ‘Flore Pleno’ : fleurs doubles non parfumées. 90 à 100 cm x 30 cm. Zone  3. P. x hybridum ‘Striatum’ (syn. ‘Grace Baker’) : feuillage gris-vert strié et bordé de blanc. Aussi, feuilles irrégulièrement plissées et tordues, ce qui lui donne une allure différente et originale dans un genre où la symétrie la plus totale est généralement respectée. Plus coloré et plus petit que P. odoratum pluriflorum ‘Variegatum’, l’autre sceau-de-Salomon courant à feuillage panaché. 25 à 75 cm x 30 cm. Zone 3. P. multiflorum (sceau-de-Salomon à fleurs multiples) : souvent vendu, rarement livré ! C’est que le véritable P. multiflorum, une plante de sol calcaire, n’est à peu près pas disponible dans le commerce. Les plantes portant ce nom sont généralement des P. x hybridum. Le vrai P. multiflorum est moins arqué que les autres sceaux-de-Salmon et porte deux à cinq fleurs tubulaires blanches à extrémité verte, rétrécie au milieu comme une bouteille de Coca Cola. 90 cm x 40 cm. Zone 3. P. odoratum (sceau-de-Salomon odorant) : fleurs blanches à extrémité verte, grou­ pées par deux à quatre, et parfumées, surtout le soir. Si votre sceau-de-Salomon n’est pas parfumé, ce n’est pas un P. odoratum, peu importe ce que dit son étiquette. Beaucoup de plantes vendues sous le nom Polygonatum hybridum ‘Striatum’ de P. odoratum sont en fait des P. x hybridum. Tiges angulaires. Fruits noirs. Peu envahissant. 60 à 85 cm x 60 cm. Zone 3.

Vivaces | 363

Sceau-de-Salomon

P. odoratum, mais est inodore, il appartient probablement à cette variété. C’est le sceaude-Salomon traditionnel, celui des vieux jardins. Cette espèce a été beaucoup plantée au Québec autrefois (sous le nom de P. multiflorum) et s’est échappée de la culture à plusieurs endroits. Fleurs blanc verdâtre par groupes de deux à quatre. Fructifie rarement (un autre point pour l’identifier) ; si oui, les rares baies sont noires. Tend plus à rester en touffe dense que les espèces nord-américaines. Hauteur : 90 à 150 cm x 60 cm. Zone 3.

Polygonatum pubescens

Polygonatum verticillata

P. odoratum ‘Flore Pleno’ : fleur double parfumée. 60 à 85 cm x 60 cm. Zone 3. P. odoratum pluriflorum ‘Variegatum’ (syn. P. odoratum ‘Variegatum’, P. falcatum ‘Variegatum’) : feuillage bordé d’une mince ligne blanc crème. Tiges rougeâtres. Le plus courant des deux sceaux-de-Salomon panachés (l’autre est P. x hybridum ‘Striatum’, page 363) et le plus subtilement panaché. Une allure très japonaise, parfaite pour le jardin oriental. 50 à 70 cm x 60 cm. Zone 3. P. pubescens (sceau-de-Salomon pubescent) : l’espèce indigène la plus courante au Québec. Son aire est strictement limitée à l’est du continent alors que P. biflorum (l’autre espèce indigène) couvre aussi le centre de l’Amérique du Nord. De petite taille. Son feuillage au revers légèrement velu permet une identification facile. Fleurs vertes ou jaune verdâtre. Baie bleu-noir. 30 à 90 cm x 45 cm. Zone 3. P. roseum (sceau-de-Salomon rose) : oui, comme le nom le suggère, ses fleurs sont roses. Une ou deux fleurs pendantes à chaque aisselle. Fruit rouge au début, puis bleunoir. 30 à 70 cm x 45 cm. Zone 3. P. verticillata (sceau-de-Salomon verticillé) : très différent des autres par ses tiges parfaitement dressées (donc, aucunement arquées) et ses longues feuilles étroites et verticillées (placées tout autour de la tige). Fleurs blanches à extrémité vertes par groupes de deux ou trois. Fruits rouges. Certains clones sont petits, d’autres très grands. 30 à 120 cm x 45 cm. Zone 4.

364 | Vivaces

Spigélie du Maryland

Exotique à souhait, comme un fuchsia à fleurs dressées, cette petite plante des sous-bois américains crée tout un effet. Encore peu répandue et d’une famille peu con­nue, les Loganiacées, elle est pourtant promise à un bel avenir. Essayez-la et vous comprendrez pourquoi. La spigélie pousse en touffe dense, portant des tiges dres­sées minces mais très solides et des feuilles oppo­ sées ovées ou lancéolées vert foncé et luisantes ; sans pétioles et dos à dos, elles entourent la tige à sa base. La floraison est tout à fait surprenante. À l’extrémité de la tige se forme une série de boutons floraux, tous du même côté. Ils sont verts au début, s’allongeant peu à peu et s’enflant à leur extrémité, comme une quille à l’envers, puis ils rougissent : un rouge riche et intense qui attire tous les regards. Mais ce n’est pas fini. Subi­te­ment, l’extrémité du bouton éclate pour révéler une étoile… jaune pâle ! Le contraste entre le rouge et le jaune est frappant.

Spigelia marilandica

Spigelia marilandica Nom botanique : Spigelia marilandica Famille : Loganiacées Hauteur : 30 à 60 cm Largeur : 40 à 60 cm Exposition : Sol : fertile, bien drainé Floraison : début au milieu de l’été Multiplication : semences, division Utilisation : en isolé, bordures, massifs, naturalisation, platesbandes, pentes, sous-bois, prés fleuris, bacs, attire les colibris Associations : bugles rampantes, petites fougères, petits hostas Zone de rusticité : 4

La floraison dure un bon quatre à six semaines. Ensuite, la plante redevient une simple plante à feuillage pour le reste de l’été. Vivaces | 365

Spigélie du Maryland

La spigélie du Maryland est une plante des sous-bois ouverts, de l’est des États-Unis. Elle se comporte donc mieux dans un milieu qui ressemble à son environnement naturel : un emplacement mi-ombragé et un sol riche en matières organiques avec beaucoup de litière forestière. Cela dit, on peut la planter ailleurs que dans les sous-bois sauvages : elle est très attrayante dans une plate-bande classique et se montre très adaptable. Elle peut notamment tolérer sans problème le plein soleil, pour autant que son sol demeure humide, et elle est remarquablement vigoureuse à l’ombre. Tout sol peut lui convenir, pour autant qu’il soit bien drainé, mais un sol riche en matières organiques est préférable. Pour compenser le manque de litière forestière dans les plates-bandes, un bon paillis organique est tout à fait indiqué. Cette plante n’est pas très résistante à la sécheresse. Arrosez-la en cas de disette. Voilà que les choses se compliquent… et l’on comprend pourquoi la plante n’est pas plus courante dans les jardineries. C’est que sa multiplication est difficile. La spigélie est une plante qui donne de bons résultats dès la première année, c’est vrai, mais avant qu’elle prenne assez d’expansion pour que vous soyez intéressé à la diviser, on parle de 7 à 10 ans. Oui, la touffe s’élargit… mais si lentement ! On peut la multiplier par semences… mais elles doivent être fraîches pour bien germer ; les faire sécher, c’est les faire mourir, alors peu de semenciers les offrent. Vous pouvez cependant récol­ter les graines de vos propres plants. Placez un petit sachet de tissu autour des fleurs fanées pour capturer les graines à mesure qu’elles mûrissent, sinon vous les perdrez. Un jour la capsule est bien verte et semble être à des lunes de vouloir mûrir, le lendemain non seulement est-elle mûre et brune, mais elle est déjà vide, les graines ayant été éparpillées par le vent au cours de la nuit. Autre possibilité : naturalisez quelques plantes de spigélie dans un sous-bois et laissez-les se ressemer spontanément. Quand vous verrez de jeunes plants avec le même feuillage que les adultes, vous pourrez les déterrer et les transplanter où vous voulez. La spigélie du Maryland est réputée pour sa capacité d’attirer les colibris. L’Opération Rubythroat, un centre de recherche international sur le colibri à gorge rubis, l’a mise sur sa liste des 10 meilleures plantes pour les attirer. Et pour terminer, sachez que la spigélie semble bien résistante aux insectes et aux maladies.

VARIÉTÉS : Cette plante est arrivée si récemment sur le marché qu’il n’y a pas encore beaucoup de sélections horticoles… mais cela ne saurait tarder ! S. marilandica ‘Little Redhead’ : variété naine. 30 cm x 30 cm. Zone 4. 366 | Vivaces

Streptope rose

Cette plante courante de nos sous-bois, indigène dans une bonne parie du nord de l’Amérique du Nord, de Terre-Neuve à l’Alaska, surtout dans la forêt de feuillus, mais aussi dans la forêt coniférienne, est l’une des plus jolies fleurs de nos forêts. Avec ses tiges arquées et ses feuilles alternes, ovales à lancéolées, sans pétiole, elle fait penser à un sceau-de-Salomon, mais on le distingue facilement par ses tiges souvent rami­fiées (les sceaux-de-Salomon ne se ramifient jamais), ses fleurs sus­pen­dues sur des pédicelles min­ces et courbés qui sont roses et en forme de clochette et surtout par ses fruits rouges assez gros (facilement deux fois plus gros que ceux des sceaux-de-Salomon). D’ailleurs, les fleurs peuvent être passablement discrètes, cachées en partie par leur feuillage, mais les fruits semblent toujours attirer l’œil, doublement quand le feuillage a pris ses teintes jaunes autom­nales. Notez aussi, comme attraits supplé­men­tai­res, la belle nervation des feuilles et la tige qui pousse en zigzag entre les feuilles.

Streptopus lanceolatus

Streptopus lanceolatus Nom botanique : Streptopus lanceolatus (S. roseus) Famille : Liliacées (Convallariacées, Colchicacées) Hauteur : 20 à 60 cm Largeur : 20 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : fin du printemps Multiplication : division, semences Utilisation : naturalisation, platesbandes, sous-bois, plante comestible Associations : bulbes de printemps, trilles, asarets, épimèdes Zone de rusticité : 3

C’est une plante durable qui s’étend par rhizomes pour for­mer une belle colonie. On utilisera le strep­tope rose Vivaces | 367

Streptopus lanceolatus

avant tout en naturalisation dans une forêt, un milieu où elle se trouvera très bien. Il n’est pas assez voyant pour vraiment être mis en vedette, il est plutôt une de ces plantes qu’on prend plaisir à décou­vrir pendant une randonnée. Avec le temps, ou si on le plante densément, il fera un excellent couvre-sol. La clé du succès avec cette plante est de la planter dans un milieu forestier ou une réplique d’un tel milieu. Ombre ou mi-ombre, sol riche et humide, plutôt acide, etc. La plante accepte très bien le soleil du printemps sous la voûte d’arbres feuillus encore dénudés, mais ne l’exige pas, poussant sans problème sous les conifères aussi. Le reste du temps, elle préfère l’ombre ou la mi-ombre. C’est le genre de plante qui poussera très bien dans les coins les plus sombres. Notez qu’elle tolère bien la compétition racinaire, mais non pas la sécheresse. Il faut toujours lui assurer une certaine humidité et, à cette fin, un bon paillis (ou la litière forestière naturelle si vous la naturalisez) est utile. Grâce à ses rhizomes rampants souterrains, le streptope rose s’étend lentement mais sûrement. Sans qu’il soit vraiment envahissant, il est certain qu’éventuellement, il faudrait lui mettre des limites. C’est l’occasion en or pour le multiplier, car on peut découper et transplanter les sections en trop. On peut également semer les graines récoltées. Comme elles ne se conservent pas, faites-le l’automne immédiatement après les avoir extraites de leurs fruits. Un traitement au froid est nécessaire pour stimuler la germination. Le streptope rose semble n’avoir que peu d’ennemis, si ce n’est des enfants qui viennent manger leurs fruits.

368 | Vivaces

Streptope rose Le nom Streptopus fait référence au pédicelle tordu de la fleur (strepto veut dire tordre). Le nom lan­ceolatus paraîtra nouveau pour la plupart des naturalistes, qui connaissent cette plante plutôt sous le nom de S. roseus. Ce sont encore ces petits lutins de taxonomistes qui sont à l’œuvre, changeant les noms des végétaux au gré de leur fantaisie! Streptopus lanceolatus

AUTRE ESPÈCE : S. amplexicaulis (streptope amplexicaule, streptope à feuilles enveloppantes) : autre espèce indigène, celle-ci de distribution un peu plus nordique que le streptope rose (elle est plutôt de la forêt boréale que de la forêt décidue). D’ailleurs, sa distribution est circumpolaire : on la trouve dans une vaste bande qui va du Groenland à l’Europe de l’Est, en passant bien sûr par l’Amérique du Nord et l’Asie. C’est une plante plus grande que le streptope rose, mais Polygonatum hybridum ‘Striatum’ ses fleurs, blanc verdâtre, sont moins voyantes. Notez aussi que ses tiges sont toujours ramifiées alors que celles du streptope rose ne le sont pas toujours. Les fruits rouges sont assez semblables, mais plus nombreux. La façon la plus facile de le reconnaître, cepen­dant, est par ses feuilles qui engainent la tige à leur base. C’est le sens de l’épithète amplexicalis. Excel­lente rusticité ! 30 à 100 cm x 40  cm. Zone 2 (peut-être même 1 !).

Vivaces | 369

Strobilanthès pourpre Qui aurait cru que le genre Stro­ bi­lanthes, surtout connu pour ses plantes tropicales d’intérieur qui servent aussi d’annuelles (Stro­bi­lan­ thes dyerianaus notamment), com­ pre­nait aussi des vivaces rus­ti­ques ? Et que ces vivaces ven­aient de l’Inde et du Pakistan, deux pays qui n’ont pas la réputation d’être des châ­teaux forts pour les plantes adap­tées aux climats tempérés ? Mais vous aurez deviné que ces espè­ces rus­ti­ques vien­nent des con­treforts des Hima­ layas, où le cli­mat est plus tempéré. Strobilanthes atropurpureus

Strobilanthes atropurpureus Nom botanique : Strobilanthes atropurpureus (S. wallichii) Famille : Acanthacées Hauteur : 90 à 200 cm Largeur : 90 à 120 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : mi-été à fin de l’automne Multiplication : bouturage de tiges, division, semences Utilisation : en isolé, plates-bandes, arrière-plans, sous-bois, fleurs coupées Associations : anémones du Japon, grands hostas, mahonias Zone de rusticité : 4

370 | Vivaces

Il y aurait une dizaine de ces « stro­ bi­lan­thès rustiques », mais ils sont peu connus et leur ré­sis­tance au froid n’a pas encore été vérifiée. Un seul s’est fait connaître jusqu’à nos jours… et c’en est un très joli ! Le strobilanthès pourpre (S. atropurpurea*) est une grande vivace à l’allure d’arbuste. Il produit des rameaux minces un peu lâches aux feuilles cordiformes opposées bien espacées, à marge dentée et joliment nervurées, qui me font un peu penser à une feuille d’ortie, une dans chaque paire plus grosse que l’autre, le tout couvert d’un mince duvet. Le feuillage, caduc bien sûr, dégage une odeur légèrement désagréable lorsqu’il est froissé. La hauteur de la plante est très variable, selon la température, car elle continue de grandir tout l’été. Là où l’été est long et chaud, on * Certains botanistes prétendent que le nom correct pour cette plante est S. wallichii, mais d’autres références décrivent S. wallichii comme une plante rampante de 20 cm de hauteur, ce qui ressemble peu à la plante que nous cultivons. Je préfère conserver le nom S. atropurpureus ici en attendant que les choses se clarifient.

entend dire qu’elle peut atteindre 2 m de haut. Chez nous, 1,20 m est plus typique, peut-être 1,50 m si l’été est bien chaud. Avec son port aéré et sa grande taille, il paraît mieux à l’arrière-plan, derrière des végétaux plus denses. Évidemment, son attrait principal est sa floraison dura­ble. Il produit des épis de trompettes dressées à la base, puis penchées vers l’avant, comme un périscope, puis s’ouvrant en cinq lobes. Les fleurs se succèdent pendant trois mois et plus, de la mi-été jusqu’aux gels. La couleur de la fleur change au cours de la journée, de violet moyen le matin à pourpre foncé avant que la fleur fane à la fin de l’après-midi. Cette plante de sous-bois ouverts préfère la mi-ombre au soleil et tolère même l’ombre pour autant que ce soit sous la haute voûte de grands arbres. Un bon sol Strobilanthes atropurpureus riche et humide aidera à assurer un bon départ au printemps, mais le strobilanthès pourpre tolère aussi les sols ordinaires et est assez résistant à la séche­resse, du moins tant qu’il n’est pas au soleil. Si vous voulez le cultiver au soleil, il faut bien le pailler et sur­veiller de près les arrosages. Un très bon drainage est important pour éviter la pourriture durant les moins de l’hiver. La multiplication se fait le plus facilement par boutures de tige, mais on peut aussi le diviser. Les semences (rarement offertes dans le commerce) germent bien à l’intérieur ; malgré le fait que les capsules s’ouvrent en explosant, envoyant des graines partout, il ne semble pas porté à se ressemer spontanément sous notre climat alors qu’il le fait abondamment sous des climats plus doux. Comme bien des plantes au feuillage odorant, le strobilanthès semble avoir peu d’ennemis. Je n’ai pas pu vérifier s’il résiste aux cerfs ou non.

VARIÉTÉS : Présentement, aucune… mais cela ne saurait tarder ! Vivaces | 371

Syneilesis à feuilles d’aconit

Syneilesis aconitifolia

Syneilesis aconitifolia Nom botanique : Syneilesis aconitifolia Famille : Astéracées Hauteur (feuillage) : 60 cm Hauteur (fleurs) : 90 cm Largeur : 30 à 60 cm Exposition : Sol : fertile, bien drainé Floraison : début au milieu de l’été Multiplication : division, semences Utilisation : couvre-sols, naturalisation, plates-bandes, pentes, sous-bois Associations : aconits, épimèdes, hostas, rodgersias Zone de rusticité : 3b

372 | Vivaces

Tout nouveau sur le marché horticole (il n’a été introduit à la culture qu’en 1997), Syneilesis aconitifolia n’a pas eu le temps d’acquérir un nom commun français distinctif. Syneilesis à feuilles d’aconit est un peu trop proche du nom botanique, vous me dites ? Peut-être, mais au moins, on ne peut le confondre avec celui d’aucune autre plante ! J’aurais pu l’appeler « plante parasol » ou « plante parapluie », mais il y a tant d’autres plantes parasol et parapluie. Restons donc proches du nom latin et tout le monde se comprendra. Son attrait commence au début de la saison, quand la feuille sort de terre. D’abord, on ne voit qu’un tube vert argenté à l’extrémité arrondie, soit la feuille encore enroulée autour du pétiole qui sort directement de la terre à partir du rhizome enterré. On dirait un curieux champignon étroit… ou un applicateur de tampon hygiénique. Quand les folioles se libèrent, encore min­ ces et argentées, couvertes de fins poils blancs, tou­jours pendantes, on dirait des doigts noueux de fantôme. Avec le temps, elles s’allongent et se redressent, perdant leur duvet d’enfance pour devenir vert foncé uniforme.

Les fleurs, c’est moins excitant. Malgré le lien familial avec les asters et les marguerites, les fleurs du syneilesis ne leur ressemblent pas… à moins d’imaginer une marguerite dont un amou­reux aurait arraché tous les rayons afin de connaître le degré d’intérêt de l’élue de son cœur. Elles sont portées en bouquets ouverts bien au-dessus du feuillage et se présentent com­me des boutons rose pourpré qui s’ouvrent à peine à l’extrémité, laissant apparaître une masse d’étamines. Cela me fait vaguement penser à des volants de badminton. Certains recom­man­dent de les éliminer pour ne pas gâcher l’effet du feuillage. Je ne suis pas d’ac­ cord : leur beauté est subtile mais réelle, et l’effet augmente à mesure que la touffe s’élargit. Quelques jours durant l’automne, il y a une brève euphorie lorsque les feuilles deviennent jaune vif. Sautez sur votre appareil photo, car l’effet ne dure pas… Mais on ne peut pas dire que la plante ne sait pas finir la saison en beauté ! Le syneilesis à feuilles d’aconit provient des forêts denses de l’Asie, préférant la mi-ombre et l’om­bre. Dans mon ignorance (disons que les renseignements sur cette plante ne pleuvent pas), je l’ai placé au plein soleil où il pousse merveilleusement bien, mais sa coloration est un peu fade. Un deuxième plant, cette fois à l’ombre profonde, est vert très foncé luisant : superbe ! Cette plante pousse dans les sous-bois secs et riches en matières organiques, dit-on, mais elle semble très bien se comporter dans les sols moins riches. Les marchands qui le vendent (encore rares, mais ça augmente) vantent ses mérites comme plante pour l’ombre sèche… et ils ont bien raison de le faire, car il s’y comporte à merveille. Un paillis sera toutefois toujours utile. Par contre, il résiste moins bien au sol sec lorsqu’on le cultive au soleil. Les couleurs automnales de Syneilesis aconitifolia

Syneilesis aconitifolia

Vivaces | 373

Syneilesis à feuilles d’aconit

Les folioles forment un cercle parfait autour du pétiole : leur point de jonction en plein centre conserve du duvet argenté, ce qui donne l’effet d’un œil blanc par contraste avec le feuillage si foncé. Chaque foliole est un chef-d’œuvre de beauté, adroitement ciselée en lobes allongés, légèrement dentés, profondément cannelés. C’est la beauté faite feuille !

Syneilesis à feuilles d’aconit

Le syneilesis à feuilles d’aconit pousse à partir de rhizomes souterrains latéraux et prend une certaine expansion avec le temps : 60 cm après 4 ans de culture, environ. Cela ne paraît pas si mal, mais…il serait donc bon de l’entourer d’une barrière ou de plantes solides capables de freiner tout élan expansionniste. La division est facile au printemps ou à l’automne. Les graines fraîches germent facile­ment à l’intérieur ou en pleine terre, mais il faudra les récolter vous-même : je n’en vois pas sur le marché. Avec ses feuilles en parasol, peut-on imaginer quelque chose de plus beau pour un jardin japo­nais ou pour ajouter une note tropicale à un paysage nordique ? Le syneilesis se natu­ ralise très bien dans les sous-bois ; je peux voir dans ma tête un ravin ombragé orné de syneilesis, une vision qui me met carrément l’eau à la bouche ! Évidemment, on peut l’uti­li­ ser dans les plates-bandes plus classiques aussi. Tout nouveau, tout beau ! Le syneilesis est nouvellement arrivé dans nos jardins et il peut encore cacher des défauts, mais… pour l’instant, il ne semble pas sujet aux insectes ou aux mala­dies et seulement légèrement victime des limaces. Quant aux cerfs et autres mam­mi­ fères… j’attends des données de mes fidèles lecteurs !

AUTRES ESPÈCES : Il n’y a que deux autres espèces de Syneilesis et seule la suivante est disponible com­mer­cia­ le­ment (et même là, uniquement par vente postale). S. palmatus (syneilesis palmé) : il produit une feuille en forme de rouet semblable à celle de son cousin, mais à folioles plus larges et moins nombreuses. Les fleurs, toujours portées par des tiges bien au-dessus du feuillage, sont similaires à celles du syneilesis à feuilles d’aconit. C’est une belle plante, certes, mais je la trouve moins spectaculaire que S. aconitifolia. 45 à 50 cm (75 à 90 cm pour les fleurs) x 60 cm. Syneilesis aconitifolia

374 | Vivaces

Uvulaire Les cinq espèces d’uvulaire vien­ nent toutes de l’est de l’Amérique du Nord et toutes sont charmantes. Elles fleurissent au printemps avec des fleurs jaunes pendantes aux longs tépales un peu tordus : elles me font toujours penser à un lis qui pousse à l’envers. D’ailleurs, c’est cette floraison suspendue qui leur a mérité leur nom : les fleurs retom­ ban­ tes font penser à une luette (uvule) suspendue au fond d’une gorge. Les uvulaires poussent générale­ ment en touffes denses composées de tiges arquées à leur extrémité. Les feuilles, d’un beau vert riche, sont lancéolées, aussi pendantes que les fleurs pendant la floraison, mais après portées davantage à l’horizontale. Leur port ressemble ainsi beaucoup à celui des sceauxde-Salo­mon (Polygonatum), surtout une fois les feuilles déployées, mais les uvulaires sont plus petites et les tiges sont ramifiées deux ou trois fois plutôt qu’uniques. Et évi­dem­ment, les fleurs des sceauxde-Salomon ne sont jamais aussi grosses… ni aussi jaunes ! Avec le temps, les touffes peuvent devenir très larges. Con­trai­rement à beaucoup d’autres fleurs de nos sous-bois qui fleurissent au printemps, l’uvulaire n’est pas une plante éphémère et son beau feuillage continue de créer un bel effet durant tout l’été, jusqu’aux gels. Réel­lement, elles sont parmi les plus belles fleurs de notre forêt ! Les uvulaires sont des plantes de forêt feuillue et mixte, et ne pénètrent pas, ou pénètrent rarement, la forêt boréale dominée par les conifères. Cela est signe

Uvularia grandiflora

Uvularia Nom botanique : Uvularia Famille : Colchinacées (Liliacées) Hauteur : 30 à 75 cm Largeur : 30 à 45 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique, neutre à acide Floraison : milieu à la fin du printemps Multiplication : division de rhizomes, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, pentes, sous-bois, bacs, utilisation médicinale Associations : trilles, asarets, tiarelles, érythrones Zone de rusticité : 3

Vivaces | 375

Uvulaire

qu’elles dépendent du soleil du printemps qui filtre abondamment à travers les arbres caducs nus. En été, elles semblent totalement indifférentes à l’ombre, même l’ombre très profonde, et ne tolèrent pas le soleil. Elles préfèrent un sol riche et humide. Bien qu’elles poussent souvent dans des sols neutres, elles ne sont nullement dérangées par les sols acides. Malgré tout cela, les uvulaires tolèrent les sols de moindre qualité et même l’ombre sèche. Ce sont des plantes à rhizomes, mais, avec l’exception de l’uvulaire à feuilles sessiles, elles forment plutôt des touffes denses qui prennent leur expansion lentement. De temps en temps, la plante produit un long stolon qui donne une plante à l’extrémité et voilà, une nouvelle touffe est née ! Essayez de les planter entre des grosses racines d’arbres, dorlotezles un peu la première année, et avec le temps elles viendront remplir les emplacements au sol tellement envahi de racines que vous n’auriez pu y planter quoi que ce soit. Si une colonie grossit trop (après 20 à 40 ans, sans doute, car leur progression est lente), eh bien, déterrez les plants en trop et replantez-les ailleurs. De toute évidence, la division est la méthode de multiplication la plus pratique pour les uvulaires. On peut le faire l’automne quand leur feuillage jaunit ou très, très tôt au printemps, mais dans ce dernier cas, il faut le faire avant que leur croissance débute… et vous allez alors vous geler les doigts ! La division n’est nécessaire qu’aux fins de multiplication ; elles n’ont pas besoin de division pour rester belles. La multiplication par semences est aussi possible, mais sachez que si les graines sèchent, elles entrent dans une dormance profonde et leur germination peut alors prendre deux, trois ou même quatre ans ! Il est plus facile de semer des graines fraîchement récoltées (à la fin de l’été), soit à l’extérieur, où elle subiront tout naturellement un hiver froid, ou en leur donnant un traitement au froid si on les sème à l’intérieur. Certaines maisons de semences conservent les graines au frais et à l’humidité, ce qui rend la germination plus facile. Les uvulaires ont peu d’ennemis sinon les limaces, du moins tant qu’on les plante dans un milieu forestier avec beaucoup de paillis.

VARIÉTÉS : Des cinq espèces, trois sont plus facilement disponibles dans le commerce… et dans le fond, plus attrayantes aussi. U. grandiflora (uvulaire grandiflore) : le nom le dit bien, les fleurs, généralement solitaires, sont les plus grosses du genre (jusqu’à 5 cm de longueur) et c’est aussi, à mon avis, l’espèce la plus attrayante. Les feuilles sont perfoliées, c’est-à-dire qu’elles 376 | Vivaces

U. perfoliata (uvulaire perfoliée) : pensez à cette espèce comme à une version un peu plus petite et aux fleurs d’un jaune un peu plus pâle que U. grandiflora… et plus courte aussi. Ses feuilles sont également perfoliées. Absente du Québec et des provinces de l’Atlantique. 30 à 60 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. U. sessifolia (uvulaire à feuilles sessiles) : l’exception à presque toutes les règles ! Elle ne pousse pas en touffes, mais produit des tiges séparées qui s’étendent par rhizomes plus longs que les autres, créant un tapis rapidement. Ainsi, cette espèce fait le meilleur couvre-sol des trois. Et elle ne produit pas de stolons : avec des rhizomes aussi voyageurs, elle n’en a pas besoin ! Aussi ses feuilles ne sont pas perfoliées, mais attachées directement aux tiges, sans pétioles (c’est le sens de sessifolia et de « feuilles ses­si­ les »). Enfin, ses fleurs, tout en ayant la forme typi­que des uvu­lai­res, y com­pris les tépales tor­dus, ne sont même pas jaunes, mais blanc crème. La plus large­ ment dis­ tri­ buée des uvulaires : de Québec à la Floride, de Nouvelle-Écosse aux Dakotas. 30 à 60 cm x illimité. Zone 3.

Uvularia sessifolia

Vivaces | 377

Uvulaire

enveloppent la tige à leur base, comme si la tige les avait percées. Indigène au Québec et en Ontario et dans presque touts les États de l’est des États-Unis, mais absents des provinces de l’Atlantique. 30 à 75 cm x 30 à 45 cm. Zone 3.

Vératre vert

Veratrum viride

Veratrum viride Autres noms communs : tabac du diable, faux hellébore Nom botanique : Veratrum viride Famille : Mélanthiacées (Liliacées) Hauteur (feuillage) : 60 à 180 cm Hauteur (fleurs) : 80 à 240 cm Largeur : 90 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, profond Floraison : fin du printemps au milieu de l’été Multiplication : division, semences Utilisation : en isolé, naturalisation, plates-bandes, arrière-plans, sousbois, prés fleuris, lieux humides, utilisation médicinale Associations : bulbes de printemps, fou­ gères, astilbes, rodgersias podophyllés Zone de rusticité : 3

378 | Vivaces

Quel feuillage, mais vraiment, quel feuillage ! Quand les grosses feuilles vert moyen fortement plis­­sées sortent du sol au prin­ temps, formant une rosette dense, on croirait un hosta mutant, sans pétiole. Après tout, elles sont ova­ les et pointues comme des feuilles de hosta, et quelle autre plante a des feuilles de cette forme qui mesurent 30  cm de longueur ? Mais de un, la croissance com­ mence trop tôt, et de deux, ne s’arrête pas, car la rosette devient en­suite une pyramide, puis une tour et on commence à apercevoir une tige épaisse entre les feuilles moins denses et de plus en plus étroites du sommet. La tour continue de monter, surtout chez les spécimens d’un certain âge, pour atteindre parfois 180 cm de hauteur. Et une plante de cet âge produira plusieurs rosettes, pyramides et tours, selon l’âge de chaque division. Une plante de cette dimension et avec un feuillage aussi original attire tous les regards. Ne pouvons-nous pas nous arrêter là ? Voulez-vous vraiment savoir ce que donne la floraison ? Bon, si vous insistez. Car la floraison n’est pas à la hauteur de l’attente. Une grande panicule ramifiée, à la silhouette pyramidale, de petites fleurs étoilées… vertes. Mais réellement vertes. Vert vif. On dirait une molène émeraude. Évidemment, si vous regardez de près, chaque fleur est magnifique, avec ses six tépales symétriques aux étamines jaunes. Mais qui regarde un tel monstre de près ? Vous l’avez sûrement planté au fond de l’aménagement.

Le vératre vert est indigène des deux côtes de l’Amérique du Nord, du Labrador à la Georgie et du Yukon à la Californie, avec un gros trou dans le centre (sans doute qu’il fait trop sec dans les Prairies pour cette plante amatrice d’eau) et est abondante à l’état sauvage dans plusieurs régions du Québec. Cela, au grand dam des agriculteurs, sans doute, car toutes ses parties sont fortement toxiques pour le bétail, même ses graines. Moins pour l’humain, dit-on, car on la vomit rapidement. Comme presque toutes les plantes très toxiques, le vératre vert a une longue histoire d’utilisation médicinale, en commençant par les Amérindiens, sans doute sur les principes éprouvés et Veratrum viride connus depuis longue date de « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » et « le remède est pire que la mala­die ». Et de toute façon, un sha­man digne de ce nom se doit de per­dre quelques patients, non ? Plantez cette plante à demeure (elle n’a pas besoin de division pour être belle) dans un emplace­ ment humide, même détrempé si le site est au plein soleil. Elle est plus facile à garder à l’ombre ou à la miombre, car on peut sans problème y maintenir une certaine humidité du sol. Dans un emplacement trop sec, la marge des feuilles brûle et toute la plante peut même brunir et entrer en dormance estivale. La qualité du sol (riche ou pauvre, acide ou neutre, etc.) n’a pas beaucoup d’importance, mais il doit être profond, car les racines vont loin. La croissance est lente mais sûre. Remarquez que la plante continue à grandir année après année pendant longtemps, même après qu’elle a atteint l’âge de fleurir. Et avec le temps, elle s’entoure de repousses, formant une petite colonie dense qui ne va pas trop loin… à moins que la plante se ressème, ce qui est bien possible. Le nom Veratrum veut dire « vrai noir », une référence aux racines qui sont de cette couleur. Viride veut dire vert, bien sûr, pour la couleur des fleurs.

Vivaces | 379

Vératre vert

Il reste quand même que cette floraison bizarre cadre avec une plante monstre qui semble venir d’une autre planète. Et elle ne vole sûrement pas la vedette au feuillage ! Si vous ne l’aimez pas, sachez d’abord que la plante prend des années avant de fleurir (quatre, cinq, souvent plus) et par la suite vous pouvez toujours la couper.

Vératre vert

La multiplication de cette plante est embêtante, ce qui explique sans doute la difficulté que nous avons à l’obtenir sur le marché. La division fonctionne, c’est certain, mais la plante est tellement lente que les occasions pour la diviser sont très espacées. Quant aux semences, qui germent quand même assez bien après un traitement au froid, c’est l’extrême lenteur de leur croissance qui est décourageante. Le plus facile est de laisser la plante se ressemer et de prélever les plants ainsi produits quand ils atteignent une taille raisonnable. On pourrait croire qu’une plante aussi toxique serait résistante à tout, mais les limaces du moins ne semblent pas être le moindrement dérangées par ses toxines. Faites baisser la population de limaces (éliminer les hostas non résistants qui sont la base de leur alimentation et paillez abondamment) avant de le planter.

AUTRES ESPÈCES : Il y a quelque 50 espèces de Veratrum, dont plusieurs ayant un excellent potentiel comme plantes ornementales. En voici deux qui sont plus souvent disponibles dans le commerce. V. album (vératre blanc) : la version eurasiatique du vératre vert nord-américain. Iden­ ti­que en tout sauf la couleur des fleurs, qui est « blanc verdâtre » (i.e. vert pâle, pra­ti­que­ ment !). 60 à 180 cm x 80 à 240 cm. Zone 3. V. nigrum (vératre noir) : même feuillage superbe, mais fleurs « noires » (pourpre foncé). Selon les points de vue, soit elles sont « insignifiantes » soit elles « contrastent joli­ment avec le feuillage ». C’est certain que des fleurs aussi sombres seront plus visibles dans un emplacement ensoleillé qu’à l’ombre. Les fleurs sont un peu malodorantes, mais il faut être près pour le remarquer. Intéressant si vous cherchez un vératre de moindre enver­gure. 60 à 120 cm x 60 cm. Zone 3. Veratrum album

380 | Vivaces

Veratrum album

Verge d’or zigzagante

Le genre Solidago, beaucoup mieux connu sous le nom commun de verge d’or, est bien connu de tous les jar­ diniers… mais davantage comme mauvaise herbe que comme plante ornementale. Pour cela, il faut blâ­mer la verge d’or du Canada, S. canadensis, qui est vrai­ment la seule verge d’or vraiment envahissante, et qui a retourné les jardiniers contre ce genre pourtant très intéressant. Donc, je vais vous recommander d’ef­ facer mentalement la verge d’or du Canada de votre tête et de regarder de nouveau ce genre de plus de 100 espè­ces, la plupart venant de l’Amérique du Nord. Et notam­ment de penser à la curieuse verge d’or à tige zigzagante, S. flexicaulis. Son nom commun est surprenant, mais quand vous regardez la tige, c’est vrai qu’elle va d’un bord et de l’autre, dans un zigzag très lâche. Ce n’est pas un effet très prononcé et il faut vraiment le regarder de près pour le remarquer, mais au moins cela permet de distinguer notre sujet des autres verges d’or, toutes à tige droite.

Solidago flexicaulis

Solidago flexicaulis Nom botanique : Solidago flexicaulis Famille : Astéracées Hauteur : 60 à 90 cm Largeur : 45 à 60 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : fin d’été et automne Multiplication : division, semences Utilisation : massifs, naturalisation, plates-bandes, pentes, sous-bois, prés fleuris, fleurs coupées, fleurs séchées, attire les papillons Associations : hélianthes divariqués, filipendules, gillénies trifoliées Zone de rusticité : 4

Ce qui est beaucoup plus surprenant pour le jardinier est que la verge d’or à tige zigzagante pousse à l’ombre, Vivaces | 381

Verge d’or zigzagante

dans les sous-bois ouverts. Après tout, ce si vaste genre est surtout dédié aux plantes hélio­ philes : des plantes de plein soleil. À quelques exceptions près, les verges d’or poussent au soleil avec quelques incursions à la mi-ombre. La verge d’or à tige zigzagante pousse nor­ma­ le­ment à la mi-ombre et fait des incursions à l’ombre. Il s’agit d’une plante qui pousse en touffe dense, formant des tiges dressées aux feuilles ovales vert foncé à la marge dentée. Elles sont très larges pour une verge d’or, qui ont pour la majorité des feuilles lancéolées. Je présume que le feuillage plus large est une adaptation à l’ombre : une feuille large peut théoriquement capter plus de lumière qu’une feuille étroite. Les fleurs jaunes sont petites et regroupées en petits bouquets à l’aisselle des feuilles supé­ rieu­res, mais la plus grande concentration est à l’extrémité de la tige où les feuilles sont petites ou absentes, donnant l’impression d’un petit épi floral. Elles ne sont pas très denses et créent un effet plus aéré que bien d’autres verges d’or. À la fin de la saison, comme chez tou­tes les verges d’or, ses fleurs se transforment en « mousse » blanche : de courtes aigrettes blan­ches qui partiront au vent, emportant les graines et permettant à la plante de peut-être se ressemer. Malgré une croyance tenace qui veut que les verges d’or soient la source de la fièvre des foins à la fin de l’été et au début de l’automne, en fait leur pollen est lourd et ne part pas au vent, donc ne peut déranger. Le coupable est l’herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia).

Dans la nature, on trouve la verge d’or à tige zigzagante à l’orée de la forêt et dans les forêts ouvertes un peu partout dans l’est de l’Amérique du Nord, dont au Québec. Au jardin, on lui donnera un emplacement à la mi-ombre ou à l’ombre, dans ce dernier cas en s’assurant qu’elle reçoit au moins quelques rayons de soleil. Et même si elle pousse normalement dans la forêt dans la nature, en culture elle réussit bien au soleil aussi. Elle semble préférer un sol riche et humide, mais tolère presque toutes les conditions. D’ailleurs, plusieurs ouvrages la recommandent spécifiquement pour « l’ombre sèche » et c’est vrai qu’elle y réussit très bien une fois établie. Il n’en demeure pas moins qu’il faut lui donner de bons soins la première année, incluant quelques arrosages. La plante est très facile à multiplier par division et par semences et semble avoir peu d’ennemis.

382 | Vivaces

VARIÉTÉ :

AUTRE ESPÈCE : S. caesia (verge d’or bleuâtre) : lointaine parente de la verge d’or à tige zigzagante, la verge d’or à tige bleuâtre pousse aussi dans la forêt, mais plutôt à la mi-ombre qu’à l’ombre. Elle tire son nom de ses tiges couvertes de pruine blanche, ce qui leur donne une coloration bleutée, surtout en début de saison. Son port est très différent de celui de sa cousine, car elle porte des Solidago flexicaulis ‘Variegata’ tiges plus sveltes et généralement arquées et, de sa base jusqu’au sommet de ses tiges, des feuilles très étroites, presque comme des feuilles de saule, aux aisselles desquelles on trouve de petits bouquets de fleurs jaunes. C’est une plante beaucoup moins dense que la verge d’or à tige zigzagante et elle crée un effet très aéré alors que l’autre est massive. Par contre, son impact floral est encore plus grand, car les fleurs sont plus denses et moins cachées. Enfin, c’est la plus tardive des verges d’or, fleurissant à la fin de l’automne et ajoutant une belle coloration à une saison où il n’y a plus beaucoup de fleurs. 45 à 90 cm x 45 à 90 cm. Zone 3.

Vivaces | 383

Verge d’or zigzagante

S. flexicaulis ‘Variegata’ : beaucoup plus populaire que l’espèce. On la cultive pour son feuil­lage irrégulièrement bigarré de jaune. Le feuillage est cependant si dominant que les fleurs ont peu d’impact. 45 à 60 cm x 45 à 60 cm. Zone 4.

VIVACES « PENSEZ-Y BIEN » Voici quelques vivaces que je ne peux pas recommander sans réserve. Toutes ont des défauts importants qui font en sorte qu’elles ne sont pas de bons choix pour le débutant… ni même, dans plusieurs cas, pour les pouces verts. Certainement pas en tout cas pour les jardiniers paresseux qui cherchent de belles plantes, peut-être, mais de belles plantes faciles.

384 | Vivaces

Corydale flexueuse Oui, elle est belle, la petite cory­dale flexueuse, avec ses jolies feuil­les un peu glauques, même pour­ prées, finement découpées com­me une fougère et ses masses de petites fleurs tubulaires bleues avec leur long éperon. Mignonne comme tout ! On voudrait en avoir partout. Mais qu’est-ce qui se passe avec elle ? On la porte aux nues dans les catalogues de jardinage et dans les revues. « Fleurit sans arrêt tout l’été », « superbes fleurs d’un vrai bleu », « parfum suave », « abso­lu­ ment aucun entretien », etc. Pour­ tant, personne que je con­naisse ne semble la réussir, encore moins moi-même. J’en suis venu à la conclusion que cette plante ne con­vient tout simplement pas aux conditions de notre région et nous la vendre encore, quand ça fait plus de cinq ans que le chat est sorti du sac, c’est du vol ! Vous trouvez que ça ressemble à du dépit de ma part ? Vous avez absolument raison ! Je voudrais tant cultiver cette plante tout à fait séduisante comme le font des amis de Vancouver, mais je ne réussis pas. Et ça me choque ! Ce qui est encore plus choquant, c’est de ne pas com­ pren­dre pourquoi. Après tout, je devrais avoir tout pour réussir, du moins d’après les jardi­niers de la côte ouest qui la trouvent si facile. Empla­ce­ment mi-ombragé, frais, au sol toujours un peu humide. C’est le portrait tout craché de mon terrain ! Paraît qu’elle ne tolère pas les étés chauds et secs. Donc, je com­pren­drais que la plante ne réussisse pas à Montréal, capitale de

Corydalis flexuosa

Corydalis flexuosa Autre nom commun : corydale bleue Nom botanique : Corydalis flexuosa Famille : Fumariacées Hauteur : 30 cm Largeur : 30 à 40 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche, également humide Floraison : fin de printemps, début été, théoriquement tout l’été Multiplication : division Utilisation : plates-bandes, sous-bois, bacs Associations : omphalodès, petites fougères, primevères Zone de rusticité : incertaines

Vivaces «pensez-y bien » | 385

Corydalis flexuosa

la canicule au Québec, mais à Qué­bec, où je demeure ? Écoutez, si je n’ai pas la climatisation chez nous, c’est qu’on gèle tout l’été… et il pleut deux jours sur trois. Côté rusticité, on raconte bien des choses : zone 4, zone 5, zone 6, etc. D’accord, si la vraie zone est la zone 6, je suis deux zones trop froides. Mais, entre jardiniers, nous savons tous com­ ment créer un microclimat zone 6 dans la zone 4, surtout pour une si petite plante : empla­ce­ment protégé du vent où la neige s’ac­ cu­ mule, couverture d’un épais paillis, etc. Ça fonc­tionne pour beaucoup de « plantes limites »… mais pas pour la corydale flexueuse. Frus­trant !

Pourtant, ça commence bien. Je la plante tôt au printemps et elle se met à fleurir aussitôt. Superbe ! La floraison diminue au début de l’été, mais continue, plus sporadiquement, jus­ qu’au début de l’automne. (Sous un climat chaud et sec, elle est réputée entrer en dormance l’été.) Par contre, le feuillage disparaît peu à peu tout au long de l’été et la plante semble faiblir. Tout disparaît à l’automne… ce qui est normal pour une vivace à feuillage caduc. Au printemps, elle est encore en vie (si ç’avait été une question de faible rusticité, ne serait-elle pas morte ?), mais faible, si faible. Quelques feuilles, un semblant de début de floraison, puis… les feuilles s’enroulent et elle n’est plus de ce monde. Et je ne sais pas pourquoi. Oh, j’ai trouvé un truc pour la conserver (je trouve toujours un truc pour réussir les végétaux que j’aime). Je la cultive en pot et je la rentre dans la maison l’hiver. En pot, où c’est plus chaud et plus sec qu’en pleine terre, c’est vrai qu’elle entre en dormance l’été. On dirait qu’elle est morte ! Je garde toutefois son terreau un peu humide tout l’été, même si je ne vois pas de signe de vie ; la corydale flexueuse n’est pas un bulbe, quand même, et il ne faut pas qu’elle se dessèche totalement. Et je laisse la plante dehors jusqu’en novembre pour qu’elle subisse quelques gels. Quand je la rentre, elle se réveille rapidement et fleurit à qui mieux mieux tout l’hiver dans un emplacement frais et bien éclairé. Elle est encore en fleurs quand je la sors au printemps, puis dès qu’il commence à faire chaud elle sèche… et puis, le cycle recommence. 386 | Vivaces «pensez-y bien »

VARIÉTÉS : Il y a plein de cultivars de C. flexuosa : à fleurs bleu ciel (‘China Blue’), à feuillage doré (‘Golden Panda’), à feuillage pourpré (‘Purple Leaf ’), et beaucoup plus encore, mais à quoi bon les décrire quand aucun ne se comporte correctement sous notre climat ?

AUTRE CORYDALE BLEUE : C. elata (corydale érigée) : cette espèce ne fleurit pas tout l’été comme C. flexuosa est censée le faire, seulement pendant environ un mois au début de l’été, mais ses fleurs sont belles, parfumées, nombreuses et bleu cobalt, portées bien au-dessus d’un feuillage plus grossièrement découpé que C. flexuosa. Elle reste en feuilles tout l’été. 30 à 40 cm x 30 à 40 cm. Zone 3. Autres corydales : vous trouverez les descriptions de corydales mieux adaptées à notre climat à la page 214 et dans le Tome 2. Corydalis elata

Vivaces «pensez-y bien » | 387

Corydale flexueuse

En conclusion : une maudite belle plante d’intérieur, la corydale flexueuse, mais quelle vivace de chien !

Cypripède

Cypripedium reginae

Cypripedium Autre nom commun : sabot de la Vierge Nom botanique : Cypripedium Famille : Ochidacées Hauteur : 10 à 90 cm Largeur : 15 à 45 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique, plutôt acide Floraison : fin du printemps, début de l’été Multiplication : division Utilisation : en isolé, massifs, naturalisation, rocailles, sous-bois, lieux humides Associations : quatre-temps, fougères, pain de perdrix Zone de rusticité : 2, 3, 4 ou 5

388 | Vivaces «pensez-y bien »

J’ai toujours peur, quand je décris les belles qualités des orchidées indigènes – et les cypripèdes sont les plus belles de toutes ! – qu’un lecteur prenne cela pour une invitation ouverte à aller en cueillir à l’état sauvage. Or il ne faut pas ! Même les espèces « abondantes » ne sont plus aussi nombreuses qu’auparavant et l’une des cau­ses prin­cipales de cette baisse alarmante est le jar­dinier du dimanche avec sa pelle. Ces prélèvements dans la nature de plantes qui sont peut-être largement distribuées dans leur ensemble, mais peu nombreuses au total, sont un désastre sur deux plans. D’abord, de moins en moins de randonneurs auront le plaisir  de découvrir de superbes orchidées pendant leurs prome­ nades, mais aussi un tel arrachage signe l’arrêt de mort de la plante, car presque jamais un cypripède récolté à l’état sauvage ne survit à la transition dans le jardin. La bonne nouvelle, c’est que, depuis relativement peu, les secrets de la multiplication des cypripèdes ont été découverts et on peut désormais les produire par milliers par culture in vitro. Il est quand même vrai que ces plantes poussent lentement et le coût d’un

La plupart des jardiniers commencent, pour des raisons économiques, avec de jeunes plants. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise idée, mais il faut alors s’armer de patience, car la première floraison ne se fera pas avant trois ou quatre ans. Plus grave est cependant le fait que ces jeu­nes plants sont plus fragiles que les plants plus matures. Donc, si votre budget le permet, je vous suggère de sortir votre chéquier et de payer ce qu’il faut pour obtenir un cypripède adulte. Parlons un peu de la culture des cypripèdes et pourquoi elle pose tant de problèmes. Ce n’est pas, en fait, que les cypripèdes exigent des conditions impossibles, c’est qu’ils n’acceptent rien de moins que la perfection. En général, on parle d’un emplacement toujours frais, miombragé à ombragé mais recevant néanmoins quelques rayons de soleil quotidiens (de préférence le soleil du matin) ; d’un sol toujours humide, mais jamais détrempé, riche en matière organique et acide (ph de 5 à 6), et d’un bon paillis. Évitez les engrais chimiques qui peuvent brûler leurs racines sensibles. Une application annuelle de compost, par contre, leur fera le plus grand bien… ou compter sur la décomposition de votre paillis pour les « nourrir ». Il n’y a rien de très extraordinaire dans cette liste de conditions, d’autant plus que, dans l’est du Canada, soit la zone couverte par ce livre, les sols sont d’habitude acides, mais… il faut les réunir toutes. Ce qui est choquant quand on essaie de les réunir est de découvrir des cypripèdes sauvages qui poussent dans des conditions apparemment contraires à celles mentionnées : au plein soleil, dans du gravier ou du sable, sur des souches, etc. Mais les orchidées ont toujours été l’un des grands mystères de la vie et il vaut mieux ne pas essayer de comprendre. Un cypripède sans fleurs est plus ou moins ordinaire : quelques feuilles vert moyen vague­ ment elliptiques ou lancéolées, peu à très plissées, partant du sol (C. acaule) ou portées par des tiges feuillues (autres espèces). Mais la fleur est extraordinaire, autant dans sa beauté que dans sa complexité. C’est le labelle qui nous frappe en premier. Il est en forme de bourse ou de sabot. Deux pétales latéraux étroits l’accompagnent et aussi deux sépales : un dressé (en fait, celui-ci est composé de deux sépales soudés ensemble), l’autre pendant et un peu à beaucoup caché par le labelle. Les sépales et pétales sont généralement d’une autre couleur que le labelle. Même si la fleur est souvent solitaire, le cypripède se divise au pied avec le temps et forme des touffes où il y peut avoir plusieurs fleurs, voire des dizaines, même des centaines. Les fleurs durent plusieurs semaines. Vivaces «pensez-y bien » | 389

Cypripède

cypripède à l’âge de fleurir, qui peut alors avoir six à sept ans, peut facilement dépasser 50 $. Et le succès n’est pas garanti pour autant ! Un spécimen qui a déjà fleuri et qui a plusieurs tiges peut valoir plus de 300 $.

Cypripède

Après la floraison, une gousse de graines se forme. Elle contient des milliers de graines très fines qui seront transportées par le vent. Les graines ne peuvent germer qu’en la présence de champignons mycorhiziens spécifiques, ce qui explique en partie la rareté des orchidées à l’état sauvage : si le champignon n’y est pas, même si les conditions sont autrement parfaites, l’orchidée ne peut pas germer. Cette association symbiotique n’a pas besoin de durer toute la vie de la plante, cependant ; seulement à ses débuts. En laboratoire, on a pu contourner le besoin de mycorhize, ce qui explique pourquoi les cypripèdes sont devenus plus largement disponibles dans le commerce depuis quelques années. Quant à la façon de multiplier votre cypripède, oubliez ça. La culture par semences est presque impossible et la division est risquée. Comme les cypripèdes peuvent filer pendant 70 ans et plus sans division, devenant de plus en plus beaux tous les ans, pourquoi prendre un tel risque ? Si vous en voulez d’autres, payez ! Parfois on dirait que les sept plaies d’Égypte s’acharnent sur les cypripèdes : les insectes et les limaces percent leurs feuilles, les écureuils les déterrent, les cerfs les mangent jusqu’au sol, diverses maladies les frappent (dont la pourriture est la plus sournoise et la plus courante), etc. Et parfois rien du tout ne leur arrive. Plus les conditions approchent de l’idéal, moins il y a de problèmes. Le pire ennemi des cypripèdes est… la binette : ne jouez pas dans leurs racines fragiles ! Découragé ? Je l’espère ! Il ne faut pas prendre les cypripèdes pour des hostas : c’est un degré de jardinage complètement différent ! Vous êtes dans la ligue des pros quand vous cultivez des cypripèdes !

ESPÈCES : Il y a 47 espèces de Cypripedium, pour la majorité de climats tempérés. Et un bon nombre peuvent théoriquement pousser dans nos conditions. Je me suis limité à quelques espèces plus couramment disponibles. C. acaule (cypripède acaule) : variété portant seulement deux feuilles basilaires, donc, sans tige. Labelle rose, tépales marron à rouge pourpré. Réputé de culture difficile, surtout parce qu’il demande un sol très acide (pH de 4 à 5). Indigène un peu partout dans l’est de l‘Amérique du Nord, dont au Québec, surtout dans la forêt coniférienne. Ne prélevez pas de fleurs et ne supprimez pas les fleurs fanées de cette espèce : cette plante doit terminer son cycle complet, incluant la production de semences, pour pouvoir se régénérer. Le faire avorter peut le tuer. 15 à 50 cm x 15 à 30 cm. Zone 3. C. acaule alba : fleurs blanches. 15 à 50 cm x 15 à 30 cm. Zone 3. 390 | Vivaces «pensez-y bien »

C. calceolus stricto sensu (sabot de Vénus) : jusqu’à récemment, les botanistes con­si­ dé­raient C. calceolus comme une espèce circumpolaire, présente un peu partout en Europe, Asie et Amérique du Nord. La vision moderne diffère : on considère cette espèce comme stric­te­ment eurasiatique et les sous-espèces nord-américaines comme des espè­ces à part entières. Ainsi, si vous cultivez un cypripède sous le nom de C. calceolus et qu’il est d’origine nord-américaine, comme c’est vraisemblablement le cas, il appartient pro­ba­ble­ment à C. parvilforum ou C. pubescens. Le vrai C. calceolus est peu cultivé en Amérique du Nord et diffère de ces congénères américains par sa tolérance des sols calcaires, excep­tion­nels dans ce groupe. Labelle jaune, tépales brun pourpre. 20 à 70 cm x 15 à 30 cm. Zone 5. C. montanum (sabot du Montana) : labelle blanc à nervures pourpres, longs pétales tordus pourpre marron. Souvent 2 fleurs par tige. Très tolérant de l’ombre. 30 à 35 cm x 15 à 30 cm. Zone 3. C. parviflorum, aussi C. parviflorum makasin, anc. C. calceolus (petit cypripède jaune, petit cypripède soulier) : des deux espèces indigènes de cypripède jaune, c’est la plus petite. Labelle jaune tacheté de rouge, tépales verts striés de brun un peu à beaucoup tordus. Fleur parfumée. Parfois appelé le cypripède des débutants, car sa culture est considérée comme facile… pour un cypripède. 15 à 30 cm x 15 à 30 cm. Zone 3. Cypripedium pubescens

Cypripedium acaule

Cypripède

C. x alaskana (C. guttatum x C. yatabeanum) : hybride naturel très rustique. Très petite plante avec une très petite fleur. Labelle et tépales blancs fortement marbrés de pour­pre. Forme rapidement une petite colonie. Exige un long hiver pour pouvoir fleurir (5 mois à moins de 4 °C. 10 à 20 cm x 15 cm. Zone 2.

Cypripède

C. pubescens, aussi C. parviflorum pubescens, anc. C. calceolus (grand cypripède jaune, grand cypripède soulier, cypripède pubescent) : deuxième espèce indigène de cypri­pède jaune, presque identique à C. parviflorum, mais de plus grande taille. Tout aussi facile à cultiver. 30 à 60 cm x 15 à 30 cm. Zone 3. C. reginae (cypripède royal) : le plus spectaculaire des cypripèdes indigènes. Grosses fleurs blanches à labelle très enflé teinté de rose vif. Demande une humidité constante ; pousse souvent dans les tourbières dans la nature. Couvert de poils irritants. Adapté à un pH plus près du neutre que d’autres (pH de 5 à 7). À la réputation d’être difficile à cultiver. 40 à 90 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. C. reginae alba : fleur entièrement blanche. 40 à 90 cm x 30 à 45 cm. Zone 3.

VARIÉTÉS HYBRIDES : Il existe de plus en plus de cypripèdes hybrides, bien qu’ils ne soient pas encore cou­ ramment offerts sur le marché. Ils ont l’avantage de ce qu’on appelle la vigueur hybride, qui donne souvent des plantes plus robustes que ses deux parents. Aussi, en général les hybrides sont plus faciles à cultiver que les espèces. Voici seulement deux exemples : C. Emil  (C. parviflorum x C. calceolus) : similaire au sabot de Vénus européen (C. calceolus) en plus petit, mais plus facile à cultiver et plus vigoureux que l’un ou l’autre de ses parents. Labelle enflé jaune vif strié de rouge vin ; tépales rouge vin foncé. 35 à 45 cm x 15 à 30 cm. Zone 5. C. Gisela (C. parviflorum x C. macranthos) : labelle enflé jaune crème strié de rouge vin. Tépales rouge vin strié de jaune. Culture extra facile ! 25 cm x 15 cm. Zone 5. Cypripedium regina

Cypripedium Gisela

Pavot bleu

Ses belles fleurs d’un bleu véritable rendent cette plante irrésistible, mais ses défauts sont innombrables : elle a la vie courte ; elle est difficile à établir, à multiplier et à diviser ; sa floraison est souvent peu durable ou même inexistante ; etc. Le pavot bleu se comporte pourtant très bien dans les régions pourvues d’un climat frais, mais même là, il persiste rarement longtemps. Par contre, dans le sud-ouest du Québec, n’essayez pas de le cultiver, car les étés sont généralement trop chauds pour lui. Même si l’on assignait autrefois la zone 5 à cette plante, elle s’est avérée plus rustique que cela ; l’attribution de la zone 3 lui conviendrait davantage, car ce n’est pas le froid de l’hiver qu’elle craint, mais plutôt la chaleur de l’été ! C’est regrettable que le pavot bleu soit si difficile, car c’est une très belle plante ! Même son feuillage est beau, couvert de poils orangés, un détail plus évident au printemps quand les feuilles sont encore petites et donc les poils plus concentrés. La plante pousse en rosette au début, avec des feuilles semi-dressées devenant plus étalées avec le temps. L’année d’une

Meconopsis betonicifolia

Meconopsis betonicifolia Nom botanique : Meconopsis betonicifolia (syn. M. baileyi) Famille : Papavéracées Hauteur : 60 à 120 cm Largeur : 30 à 45 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique, acide Floraison : fin du printemps, début de l’été Multiplication : semences, division Utilisation : plates-bandes, sous-bois, lieux humides Associations : pulmonaires, hellébores, fougères Zone de rusticité : 3

Vivaces «pensez-y bien » | 393

floraison, une tige feuillue s’élève de la rosette, coiffée de plusieurs boutons poilus pendants. À la floraison, les boutons se redressent à un angle d’environ 90° et une grosse fleur de 8 à 10 cm de diamètre et à 4 pétales crêpés bleu ciel foncé s’ouvre, mise en valeur par une masse d’étamines jaunes. C’est à couper le souffle ! Et le vrai bleu est si rare parmi les plantes que la fleur est encore plus désirable. Mais… même si je peux me vanter d’avoir fait fleurir le pavot bleu (tout jar­di­nier qui a réussi à faire fleurir cette plante s’en vante toujours, sinon, à quoi bon cultiver une plante aussi « chi­an­te » ?), c’était l’enfer ! Il m’a fallu de mul­ti­ples essais étalés sur 30  ans pour y arriver. Pensez-vous vrai­ Meconopsis betonicifolia ment que je pourrais recommander ça à des jardiniers paresseux ? Vous tenez à essayer quand même ? Voici comment faire, étape par étape, mais ne dites pas que je ne vous aurai pas prévenu.

1 Si vous résidez dans une région où les étés tendent à être chauds, comme à Montréal, déménagez. On peut dire que sa culture devient possible à partir de Mont-Laurier dans le nord et Québec dans l’est, mais à peine. La Basse-Côte-Nord, par contre, convient parfaitement.

2 Achetez un plant, de préférence un cultivar reconnu pour sa longévité. N’essayez pas de partir cette plante par semences, cela ne fait qu’augmenter le taux d’échec, car les semis sont très fragiles (je le sais pour avoir toujours choisi la voie des semis moi-même et pour avoir réussi 3 plants sur environ 3 000 graines).

3 Plantez-le, au printemps, à la mi-ombre ou dans un emplacement ombragé qui reçoit quand même du soleil en matinée. Le sol doit être meuble, riche en humus et au moins un peu acide ; il ne doit pas y avoir trop de racines d’arbre. Laissez de l’espace autour de chaque plant : le pavot bleu craint la compétition.

4 Paillez, sans recouvrir le feuillage bien sûr, pour garder le sol plus frais. 5 Arrosez au besoin dès que la terre commence à s’assécher. 394 | Vivaces «pensez-y bien »

6 Quand la première tige florale apparaît, probablement le deuxième printemps, coupez-

7 Troisième année, votre pavot bleu fleurit ! Prenez beaucoup de photos, parce qu’il va probablement crever après (d’accord, parfois il revient et refleurit une ou deux fois sup­ plémentaires, mais c’est l’exception plutôt que la règle). Et n’est-ce pas que vous voulez une preuve de votre succès ?

8 Coupez la tige florale après la floraison pour empêcher la plante de monter en graines, car sa tendance à être monocarpique est bien ancrée. Supprimer les graines peut aider à atté­nuer sa tendance à l’autodestruction… mais pas de garanties.

9 Quand il meurt, ce qui est le résultat dans 90 % des cas, plantez autre chose. Vous ne vou­ driez plus vivre un tel enfer. Normalement, j’explique ici comment multiplier la plante dont on discute, mais je ne suis pas assez méchant pour le faire. D’accord, il y a des ermites qui vivent dans des grottes et qui ne sortent qu’une fois par année, pour acheter des croustilles, qui le multiplient par Meconopsis betonicifolia

Pavot bleu

la. C’est que le pavot bleu tend à être monocarpique, c’est-à-dire qu’il meurt après la floraison. Si vous sup­pri­mez la tige florale, cela le stimule à se diviser à la base et augmente le nombre de fleurs et aussi, puisqu’il y a maintenant trois ou quatre souches au lieu d’une, les chances qu’il fleurisse plus d’une fois.

Pavot bleu

semences, voire par division (et Dieu sait comme il déteste être dérangé !) ou même par boutures de base de tiges florales, mais ces gens n’ont pas de vie. Si vous voulez d’autres pavots bleus, achetez-en. Quant à ses ennemis, eh bien, le pire des ennemis du pavot bleu est la plante elle-même : l’adulte est carrément suicidaire et les semis meurent de fonte des semis, de blanc et de dépit. Autrement, il n’a pas d’ennemi majeur, mais surveillez les limaces qui aiment bien leurs tendres feuilles printanières. En conclusion, j’ai une suggestion à vous faire. Vous aimez les pavots bleus ? Allez les voir aux Jardins de Métis qui en font une spécialité : vous allez en voir par centaines. Je persiste et signe : vous ne voulez pas cultiver cette plante !

VARIÉTÉS : Il existe de nombreuses lignées par semences de B. betonicifolia, mais seule la forme suivante est couramment offerte : M. betonicifolia alba : fleurs blanches. Tout ce travail pour avoir des fleurs blanches ? Si vous aimez les pavots blancs, achetez-vous plutôt un pavot d’Orient (Papaver orientalis) à fleurs blanches. Il est aussi beau et bien plus facile à cultiver ! 60 à 120 cm x 30 à 45 cm. Zone 3.

AUTRES PAVOTS BLEUS : M. grandis (grand pavot bleu, pavot bleu géant) : similaire à B. betonicifolia, mais plus grand et encore plus détestable. Grosses fleurs de 12 à 15 cm de diamètre de couleur variable : bleu à pourpre. Encore plus tendance à être monocarpique que B. betonicifolia. 90 à 150 cm x 45 cm. Zone 3. M. horridula (pavot bleu épineux) : de mon expérience, de loin le plus facile des pavots bleus, mais il est vraiment monocarpique, d’ailleurs une vraie bisannuelle, produisant une rosette de feuilles une année et des fleurs la deuxième, puis il meurt. Assez facile par semences, fleurit sans problème, ne semble pas trop dérangé par les étés chauds. Feuilles lancéolées couvertes de poils raides. Les poils à la marge de la feuille et sur les tiges florales sont carrément piquants. Fleurs bleu foncé plus petites que celles de B. betonicifolia : 5 à 7 cm de diamètre. 30 à 90 cm x 45 cm. Zone 4. M. x (aussi appelé B. x sheldonii) (pavot bleu hybride) : issu d’un croisement entre B. beto­ni­cifolia et B. grandis et parfois d’autres espèces, mais ressemblant surtout à B. betonicifolia. 396 | Vivaces «pensez-y bien »

AUTRE MECONOPSIS : M. cambrica (pavot du pays de Galles, pavot jaune) : cette seule espèce européenne du genre Meconopsis (toutes les autres sont asiatiques) est beaucoup plus facile à cultiver, ne méritant nullement un avis « pensez-y bien ». Ainsi, elle est couverte dans la section principale de ce chapitre, à la page 318.

Meconopsis x ‘Lingholm’

Vivaces «pensez-y bien » | 397

Pavot bleu

Un meilleur choix que B. betonicifolia, car il a moins tendance à être monocarpique et vit alors trois ou quatre ans au moins. Il coûte plus cher que les autres, car il est stérile et il faut le multiplier par division, une tâche délicate qui ne donne que quelques plants aux trois ou quatre ans. Beaucoup de cultivars sont offerts : ‘Lingholm’, ‘Slieve Donard’, ‘Jimmy Bayne’, etc. B. ‘Longholm’ est particulièrement intéressant, car c’est un tétraploïde, devenu fertile par une mutation qui a fait dédoubler ses chromosomes, et on peut donc en obtenir des semences. Or les plants produits par semences sont plus facilement disponibles et coûtent moins cher. 60 à 120 cm x 30 à 45 cm. Zone 3.

COUVRE-SOLS Un tapis de verdure… c’est bien ce que l’on veut avec les couvresols. Une plante qui peut remplacer le gazon sans demander autant d’entretien. D’ailleurs, en général, on désire employer des couvre-sols dans les endroits où l’on ne veut avoir aucun entretien à faire. Son rôle est de réduire le travail et non pas de l’augmenter. De plus, puisque nous parlons d’ombre, il faut que la plante puisse pousser sans trop de soleil. On recherche donc une plante qui : • cache entièrement le sol, et ne laisse donc aucun espace pour les mauvaises herbes ; • est attrayante durant toute la saison, avec ou sans fleurs ; • arrive à une hauteur assez uniforme sans avoir besoin de taille ou de tonte ;

398 | | Vivaces Couvre-sol Vivaces

• est rustique et pérenne ; • croît assez rapidement  ; • s’étale toute seule* ; • possède la capacité d’absorber les feuilles mortes qui lui tom­­ bent dessus ; • n’a jamais besoin de division pour rester belle ; et • n’a pas de problèmes majeurs en regard des insectes, des mala­ dies ou des prédateurs. Enfin, le nec plus ultra d’un couvre-sol, c’est lorsque son feuillage est persistant. Dans ce cas, il sera beau durant l’année, même l’hiver (ou, du moins, jusqu’à ce que la neige le recouvre, si telle est la situation hivernale dans votre région comme ce l’est dans la mienne). Notez que la définition d’un couvre-sol n’inclut aucune référence con­cernant la hauteur. Par tradition, les couvre-sols ont toujours été des plantes assez basses, voire très basses, mais cela n’est pas une obligation. Tant qu’on peut créer un effet de tapis avec une plante, on peut théoriquement l’utiliser comme couvre-sol, même si elle atteint 1 m. Il y a quand même une limite : je conçois difficilement un grand arbre de 20 m comme couvre-sol, même si on le plante par centaines, mais il y a des situations où la plantation massive d’un arbuste de 1 ou même 2 m de haut correspond bien à notre besoin pour un couvre-sol. Souvent les couvre-sols sont des végétaux trop agressifs pour d’autres fonctions. On n’ose pas les introduire dans une petite plate-bande bien arrangée, car on a peur qu’ils dépassent les limites prévues, qu’ils envahissent leurs voisins. Mais on peut les placer *On peut théoriquement créer un couvre-sol avec une plante qui ne « court » pas, des hostas par exemple, mais il faut, tout d’abord, les espacer correctement et, surtout, en acheter en grande quantité. Les plantes qui s’étalent toutes seules permettent par contre de couvrir un grand espace avec peu de plants.

Couvre-sols | 399

COUVRE-SOLS sur une pente dénudée ou les établir dans un sous-bois où leurs tendances envahissantes sont appréciées plutôt que honnies. Il faut quand même prévoir une limite aux couvre-sols. Une bar­ rière par exemple, qui va éventuellement arrêter leur élan : une bordure à gazon en plastique ou en métal, une rangée de plantes plus hautes, ou encore un sentier, une terrasse, etc. Les « bons » couvre-sols sont faciles à arrêter si jamais ils échappent à votre contrôle : vous pouvez soit les déterrer ou tout simplement les arracher. Il reste quand même quelques couvre-sols d’ombre que je juge trop agressifs pour la plupart des situations. Je les décris à la fin du chapitre parmi les « couvre-sols pensez-y bien ». La résistance au piétinement des couvre-sols est un autre facteur à considérer, surtout si l’emplacement sert de division entre deux aires de terrain et qu’on n’y passera qu’occasionnellement. Je ne connais aucun couvre-sol d’ombre assez résistant au piétinement qu’on puisse y jouer au tennis, mais plusieurs ont une résistance suffisante au passage des pieds. À cette fin, vous verrez dans les fiches de ce chapitre une nouvelle catégorie « Résistance au piéti­ nement » avec les quatre mentions suivantes : bonne : tolère le passage quotidien des pieds ; moyenne : tolère le passage occasionnel des pieds ; faible : est endommagé par le passage des pieds, mais récupère rapidement ; nulle : est endommagé par le passage des pieds, mais récupère très lentement. On peut quand même utiliser les couvre-sols qui ne sont pas très résistants aux piétinements dans les emplacements passants : il suffit d’installer un sentier en pierres plates (des « pas japonais ») bien espacées (faites des pas dans le secteur à une vitesse normale

400 | Couvre-sols

COUVRE-SOLS et marquez l’emplacement), de façon à ce que l’on puisse marcher dans le secteur sans écraser les végétaux.

À bas les mauvaises herbes Un détail important : les couvre-sols réussissent souvent très bien à empêcher les mauvaises herbes de germer, car ils créent une ombre dense et presque toutes les graines de mauvaises herbes exi­gent de la lumière pour germer. Une fois qu’un couvre-sol est bien établi, donc, on peut essentiellement dire adieu aux mauvaises herbes. De là à ce qu’ils éliminent les mauvaises herbes qui étaient déjà là, par contre, c’est une autre histoire. Les mauvaises herbes déjà sur place ont un système racinaire bien établi et ne sont pas prêtes à abandonner la partie aussitôt. Et cela est encore plus vrai pour les mauvaises herbes « émergentes » (celles qui dépassent, par leur hauteur, la plante couvre-sol). Il faut donc éliminer les mauvaises herbes avant de planter un couvre-sol, sinon vous aurez tout un combat à mener. Pour ce faire, je recommande encore la méthode du papier journal telle que je l’explique sous la rubrique Une nouvelle plate-bande selon la méthode paresseuse aux pages 96 à 101. Et de planter relativement serré, de façon à ce que le couvre-sol en vienne à couvrir toute la surface rapidement, soit normalement dans les deux ans. Enfin, en terminant la plantation, n’oubliez pas d’appliquer du paillis de manière à empêcher des mauvaises herbes de s’installer dans les espaces encore vides entre deux plants couvre-sol durant leur période d’installation.

Bien les espacer Pour une couverture complète, je suggère dans les fiches suivantes, sous la rubrique Espacement des plants, un espacement pour

Couvre-sols | 401

COUVRE-SOLS chaque plante qui devrait donner, à partir d’un plant en pot de 10 cm ou en alvéole (20 cm pour les arbustes couvre-sol), une cou­ verture complète à la fin de la deuxième année. Si, par exemple, vous voyez la recommandation d’un espacement à la plantation de 30 cm pour une plante donnée, plantez-la en quinconce à 30 cm de sa voisine. Pour savoir combien de plants acheter, voici un tableau pratique :

Espacement des plants

# de plants par m2



10 cm

100



20 cm

25



30 cm

9



50 cm

4



75 cm

2



100 cm

1

Comme vous achetez vos couvre-sols en quantité, n’hésitez pas à demander une réduction, et une bonne, à l’achat. Si un marchand ne veut pas collaborer, allez voir ailleurs. Un marchand qui a le moindrement le sens des affaires vous offrira le prix de gros. Enfin, un tuyau : si possible, quand vous avez besoin de beaucoup de plants couvre-sol, achetez-les en alvéole (« plug »). Ils coûtent beaucoup moins cher que les plants en pot et pourtant, la plu­ part équivaudront en taille avant la fin de la première saison à un plant acheté en pot de 10 cm payé quatre fois plus cher. Le défaut des plants en alvéoles, c’est qu’il faut les planter sans tarder, car ils sèchent très rapidement. Et il est souvent nécessaire de les commander d’avance.

402 | Couvre-sols

COUVRE-SOLS Aménager avec les couvre-sols Pour apprécier vraiment un couvre-sol, il faut apprendre à le lais­ ser… couvrir du sol! Un plant ou deux plantés à travers d’autres plantations, ce n’est pas un couvre-sol, c’est tout simplement du remplissage. Plantez-les massivement, à coups de vingtaines de plantes, sinon de centaines. En outre, ils sont plus beaux lorsqu’on ne les mélange pas trop, sinon cela ne donnera pas l’effet de tapis tant désiré. Ce n’est pas parce que je vous présente plus de 500 couvre-sols dans ce chapitre que vous devriez les planter tous. Choissez-en deux ou trois et donnez à chacun une vaste surface à couvrir ; ne les laissez se mélanger qu’au pourtour. Enfin, pour un peu de couleur printanière, la combinaison clas­sique est de mélanger couvre-sols bas et petits bulbes. Les bulbes sortent au printemps à travers les couvre-sols, fleurissent, puis disparaissent, leurs feuilles jau­nis­santes engouffrées par les couvre-sols qui se ré­ veillent jus­te­ment au moment où les bulbes s’endorment.

Couvre-sols | 403

Asaret du Canada

Asarum canadense

Asarum canadense Autre nom commun : gingembre sauvage Nom botanique : Asarum canadense Famille : Aristolochiacées Hauteur : 15 cm Largeur : 75 cm+ Espacement à la plantation : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : printemps Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division, semences, bouturage de racines Utilisation : bordures, couvre-sols, natu­ralisation, rocailles, pentes, sous-bois, utilisation culinaire et médicinale Associations : bulbes de printemps, fougères, trilles, épimèdes Zone de rusticité : 2

404 | Couvre-sols

Si vous ne cherchez qu’à cacher le sol et qu’une flo­ rai­son exubérante ou un feuillage coloré ne sont pas, pour vous, des priorités, cette jolie plante indigène serait un excellent choix. L’asaret du Canada (Asa­ rum cana­dense), peut-être mieux connu sous le nom de gin­gem­bre sauvage, pousse même à l’ombre la plus dense à travers les racines d’arbres et, grâce à ses grosses feuil­les, forme un tapis dense et égal. De plus, sa capa­cité de tolérer et même de dominer une épaisseur incroyable de feuilles d’automne en fait vraiment une plante qui n’exige pas le moin­ dre soin. C’est une plante des plus simples : de grosses feuilles cor­diformes de 15 cm, vert mat, légèrement duveteuses, voilà tout ! Évidemment, il y a des fleurs, brunes et tubu­laires, à trois pétales, mais elles paraissent au pied du plant, bien cachées par les feuilles. Il faut écarter le feuil­lage pour les admirer… mais admirer est un bien grand mot pour des fleurs aussi insignifiantes, à l’odeur plutôt douteuse de surcroît. Il faut s’allonger à plein ventre dans la boue du printemps pour les voir.

Plantez l’asaret dans un milieu ombragé à mi-ombragé et dans n’importe quel sol bien drainé. Il aime mieux les sols riches, mais tolère beaucoup moins. Aussi, il aime bien l’humidité, mais il est très résistant à l’ombre sèche… une fois établi. Évitez le soleil, sauf bien sûr le soleil de printemps qu’il apprécie beaucoup. S’il est plutôt lent à s’installer, une fois établi, l’asaret se maintient parfaitement. Cependant, les rhizomes sont très voyageurs. C’est pourquoi on peut recommander l’asaret du Canada comme couvre-sol, mais, à moins de le planter à l’intérieur d’une barrière, il n’est pas pour la plate-bande traditionnelle. On le multiplie par division au printemps ou à l’automne. Comme il est difficile de voir où une plante débute et où l’autre finit, il suffit de prendre une pelletée de terre avec quelques feuilles. Transférez la pelletée ailleurs et vous aurez de quoi lancer une nouvelle colonie. La plante se ressème parfois, mais il est difficile de récolter les graines et elles sont très éphémères, donc les semences sont rarement disponibles commercialement. Ce n’est pas pour rien que la plante s’appelle Asarum, ce qui veut dire, par référence aux fleurs, « sans attrait » ! Mais pourquoi une plante produirait-elle des fleurs brunes, couchées au sol et qui sen­ tent vague­ment la charogne ? (N’ayez pas peur : à moins de disséquer une fleur, vous ne la sentirez pas !) C’est que l’asaret est pollinisé par des coléoptères charognards, des insectes terrestres qui ne demandent pas mieux que des fleurs à leur hauteur qui sentent la viande pourrie.

L’asaret du Canada est indigène des forêts feuillues de la moitié est de l’Amérique du Nord et fut autrefois très courant au Québec. Aux débuts de la colonisation, on récoltait abon­ dam­ment les rhizomes de l’asaret à des fins médicinales et on les exportait massi­ve­ment en France. L’odeur carac­té­ristique de gingembre lui a mérité le nom de gingembre sau­vage, même s’il n’y a aucune parenté avec le vrai gin­ Asarum canadense gem­bre (Zin­giber officinalis). Malheu­reu­se­ment, ce n’était pas une époque où l’on pensait beau­ coup aux con­sé­que­nces envi­ronne­men­tales dues à une récolte à outrance, et la popu­lation de cette plante, l’un des végétaux carac­té­ris­ ti­ques de l’érablière qué­bé­coise, fut pres­que anéantie. De nos jours, l’asaret du Canada, qui poussait autrefois par mil­lions dans le sud et le centre du Québec, est très, très localisé. Couvre-sols | 405

Asaret du Canada

Sous le sol, à peine caché, il y a un rhizome qui court, se divisant de temps en temps, mais vous ne voyez que des feuilles. Le feuillage disparaît à l’automne et réapparaît tôt au printemps, enroulé et un peu argenté, une couleur qui disparaît quand la feuille mûrit.

Asaret du Canada

Comme c’est le cas pour bien des végétaux à feuillage odorant, les insectes et mammifères ne s’intéressent pas à l’asaret du Canada, et il est peu sujet aux maladies. Il semble aussi peu attirant pour les limaces, alors que d’autres asarets en sont souvent les victimes.

AUTRES ESPÈCES : La plupart des quelque 70 espèces d’Asarum ont un feuillage persistant ; A. canadense est donc plutôt l’exception à règle ! C’est aussi l’espèce la plus envahissante… mais plusieurs autres vagabondent également. Les espèces suivantes sont souvent assez nouvelles en culture et leur rusticité n’est pas con­firmée à 100 %, surtout les espèces à feuillage marbré d’argent. Si vous voyez un point d’in­terrogation après la zone, c’est le cas. Il faut alors que vous soyez prêt à expérimenter un peu avec ces plantes si vous voulez les cultiver. Je ne fais aucune mention des fleurs, à moins qu’elles aient un trait spécial à souligner : la plupart sont aussi insignifiantes que celles de l’asaret du Canada. A. arifolium (asaret à feuilles en flèche) : espèce du sud-est des États-Unis. Très varia­ ble, mais généralement à grosses feuilles persistantes en forme de flèche de jusqu’à 25 cm de diamètre, joliment marbré de vert pâle. Feuillage devenant pourpre à l’automne. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4b ? A. arifolium ‘Beaver Creek’ : variété sélectionnée à coloration argentée plus fiable. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4b ? Asarum caudatum

406 | Couvre-sols

Asarum europaeum

A. caudatum album : comme l’espèce, mais à fleurs blanches un peu plus visibles. 10 à 20 cm x illimité. Zone 5 ? A. europaeum (asaret européen) : feuilles cordiformes et luisantes, persistantes. Plus petites que l’asaret du Canada. Plus rustique qu’on ne le croyait autrefois. Facile à trouver en pépinière. 15 à 20 cm x 25 cm+. Zone 3. A. hartwegii, syn. A. marmoratum (asaret à feuilles de cyclamen) : feuillage cor­di­ for­me vert foncé à nervures argentées, parfois avec une tache argent au centre de la feuille. Feuillage semi-persistant. Curieuses fleurs rougeâtres, mais peu visibles. Pousse en touffe et n’est donc pas envahissant. Attention aux limaces ! 30 cm x 30 cm. Zone 5b ? A. shuttleworthii (asaret de Shuttleworth) : feuillage persistant cordiforme fortement marbré d’argent. Moins envahissant que d’autres. 10 à 23 cm x 23 cm. Zone 5b ? A. shuttleworthii ‘Callaway’ : petit, formant une touffe très dense. Feuillage très marbré. 10 à 15 cm x 25 cm. Zone 5b ? A. splendens (asaret chinois) : grosses feuilles vert foncé marbrées d’argent. Vigoureux. Feuillage théoriquement persistant, mais souvent brûlé l’hiver. La plante récupère bien, cependant. 20 à 25 cm x 25 à 30 cm+. Zone 5b ?

Asarum hartwegii

Asarum splendens

Couvre-sols | 407

Asaret du Canada

A. caudatum (asaret de l’Ouest) : c’est le pendant de l’ouest de l’Amérique du Nord de l’asa­ret du Canada. Feuilles plus grosses : vertes, cordifoliées, semi-lustrées, théoriquement semi-persistantes… mais caduques chez moi ! 10 à 20 cm x 30 cm+. Zone 5 ?

Aspérule odorante

Galium odoratum

Galium odoratum Autre nom commun : gaillet odorant Nom botanique : Galium odoratum, anc. Asperula odorata Famille : Rubiacées Hauteur : 15 à 20 cm Largeur : 20 à 30 cm+ Espacement à la plantation : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche, humide Floraison : fin du printemps, début de l’été Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division, bouturage de tiges Utilisation : bordures, couvre-sols, naturalisation, plates-bandes, pentes, sous-bois, lieux humides, utilisation culinaire Associations : narcisses, épimèdes, fougères Zone de rusticité : 3

408 | Couvre-sols

Cette plante a une longue histoire d’utilisation com­ me fine herbe et on la trouvera plus facilement dans la sec­tion fines herbes de la pépinière. Toutefois, de nos jours, on l’utilise presque uniquement comme couvre-sol orne­mental. L’aspérule odorante (Galium odoratum) est une petite plante toute simple. Elle se compose d’une seule tige dressée, de plusieurs niveaux de feuilles étroites ver­ti­ cil­lées (fixées sur la tige comme des rayons de roue) et, au début de l’été, d’un bouquet de petites fleurs blan­ches légèrement parfumées. Du moins, c’est ce que l’on voit au-dessus du sol. Dans la terre, elle a des rhizo­mes minces qui courent à l’horizontale juste sous la surface… et ce sont ces rhizomes qui produisent le tapis dense qui est son trait principal. La plante fait un tapis très dense et très égal, réelle­ment très beau. Il faut vraiment cultiver cette plante en couvresol pour en apprécier l’apparence : même sans fleurs, un tapis d’aspérules odorantes vaut la peine d’être vu. Le feuillage est semi-persistant : il meurt l’hiver dans les endroits exposés, mais il est parfois encore vert au

printemps dans les endroits couverts de neige. De toute façon, il repousse très tôt – et très joliment – au printemps. Comme chaque tige est une plante, si vous ache­tez un pot d’aspérules odo­ Galium odoratum est beau même sans fleurs. ran­tes avec plusieurs tiges, comme c’est habi­tuellement le cas, vous avez déjà de quoi lancer toute une colonie ! Plan­tez les divi­sions dans un em­pla­ce­ment mi-ombragé à ombragé, de préférence riche et humide. En fait, l’aspérule odorante s’adapte presque à toutes les conditions, sauf aux endroits très, très secs. Avec une application régu­lière de paillis pour garder le sol plus humide, vous pourriez même la cultiver par-dessus des racines d’érable de Norvège ! Donc, l’ombre sèche : oui, sans problème ! Aussi, elle peut tolérer le soleil, mais seulement dans un emplacement humide. Attention, cette plante court beaucoup et densément, formant un tapis de verdure qui peut avan­ cer de 45 cm ou plus par année, tel un rouleau compresseur. Il faut une bonne barrière pour l’em­ pê­cher d’aller trop loin… mais pas nécessaire que ce soit un mur de brique ! Une sim­ple bor­dure à gazon en plastique de 15 cm, qu’on laisse dépasser du sol de 2,5 cm, suffit. Si jamais vous la plantez sans barrière ou qu’elle « saute la clôture », elle est heureusement facile à arracher. Voici un petit truc utile : l’aspérule odorante est envahissante surtout dans un milieu humide. Alors, plantez-la dans un milieu sec, arrosez-la pendant qu’elle forme le tapis de verdure que vous désirez… et quand elle a couvert la surface voulue, arrêtez d’arroser ! Elle arrêtera de s’étendre. À part des arrosages en période de sécheresse, cette plante n’a besoin d’aucun entretien. Sa multiplication est très facile : déterrez une petite touffe quand bon vous semble et plantezla ailleurs. Il paraît qu’on peut aussi bouturer des tiges après la floraison, mais la plante est tellement prolifique que cela est rarement nécessaire. L’aspérule odorante semble parfaitement résistante aux insectes ainsi qu’aux maladies. Autrefois, on utilisait l’aspérule odorante comme herbe à joncher, c’est-à-dire à répandre sur les planchers en terre battue pour réduire les odeurs. En effet, malgré son nom, l’aspérule odo­ rante fraîche n’est pas très odorante. Séchée pourtant, elle dégage une odeur de foin agréable.

AUTRES ESPÈCES : Le genre Galium (gaillet) comprend plus de 400 plantes… mais attention, plusieurs sont des mau­vaises herbes ! L’aspérule odorante est l’un des rares gaillets à avoir une utilité quelconque. Couvre-sols | 409

Bambou pygmée

Pleioblastus pygmaeus

Pleioblastus pygmaeus Nom botanique : Pleioblastus pyg­ maeus, syn. Arundinaria argen­teos­ triata ‘Pygmaea’, Sasa pygmaea Famille : Poacées Hauteur : 10 à 20 cm au soleil, 45 cm à l’ombre Largeur : 30 cm+ Espacement à la plantation : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche en matière organique Floraison : sans attrait Résistance au piétinement : faible Multiplication : division Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, pentes, sous-bois, pots de bonsaï Associations : hostas, épimèdes, fougères Zone de rusticité : 5 (4 sous couvert de neige)

410 | Couvre-sols

La plupart des jardiniers pensent que les bambous ne peu­vent pas pousser au Québec, mais ils ont tort. Il y a plu­sieurs bambous assez rustiques pour notre climat dans les genres Fargesia, Phyllostachys, Pleioblastus et Sasa. Ce sont tous des bambous de taille modeste : aucun ne produira des tiges assez hautes et solides pour fabriquer des échafaudages, mais deux ou trois peu­vent servir à fabriquer des cannes acceptables pour la pêche. C’est simplement que les bambous n’ont jamais vraiment été commercialisés dans la province, voilà tout ! Et pour la majorité des jardiniers, si on n’en trouve pas dans les grandes surfaces, ça n’existe pas. D’où notre méconnaissance. Cependant, le bambou pygmée (Pleioblastus pygmaeus) ne fera jamais de canne à pêche, à moins que ce soit une canne pour un écureuil, car il atteint rarement plus de 30 cm de hauteur. On ne l’utilise pas pour la cons­ truc­tion non plus, mais presque uniquement comme couvre-sol. C’est un des rares couvre-sols qui imitent le gazon par son apparence. Si un gazon de bambous vous paraît exotique à souhait, c’est un bon choix.

MD

MD

Ce petit bambou produit des tiges persistantes dressées, un peu courbées à l’extrémité, portant, vers le bout, des feuilles étroites lancéolées et pointues d’environ 12 cm de lon­ gueur. Elles sont vert moyen sur le dessus et un peu argentées au revers. Le bambou pyg­ mée pousse en touffe ouverte au début, mais ses rhizomes souterrains, qui courent dans tous les sens, finissent par former un tapis très, très dense, voire impénétrable. Les feuilles sont « semi-persistantes » : selon les conditions, elles peuvent toutes brunir et tomber à l’automne, ou toutes résister au froid et ressortir au printemps en parfait état… ou encore un mélange des deux. Ainsi chez moi, la plupart des feuilles tombent, et seulement deux ou trois par tige sont encore vertes au printemps. Même si les tiges gèlent au sol, ce n’est pas grave. D’autres repousseront au printemps. Comme plusieurs jardiniers apprécient davantage l’égalité d’un tapis de bambous pygmées qui se renouvelle annuellement que le port naturel plus irrégulier, avec des tiges hautes et des tiges basses, que le bambou prend là où il ne gèle pas, c’est probablement une bonne chose. La hauteur de cette plante varie selon les conditions. Au soleil, elle est plus courte (environ 10 à 20 cm) et plus dense, à l’ombre, elle est plus haute (jusqu’à 45 cm) et plus ouverte. Comme la plupart des bambous, le bambou pygmée ne fleurit que très rarement. On ne sait à quelle fréquence, mais peut-être aux 30 à 40 ans. Heureusement que les fleurs sont insignifiantes ! Ainsi, leur absence ne vous manquera pas. Pleioblastus pygmaeus

Couvre-sols | 411

Bambou pygmée

J’ai récemment vu ce bambou en vente étiqueté d’une marque de commerce – Green Carpet – et sur le site Web des propriétaires de la marque on ne prétend même pas que c’est une sélection spéciale. Depuis quand a-t-on le droit d’accoler une marque de com­ merce sur quelque chose que dame Nature a développé ? Gageons que Pleioblastus pygmaeus Green Carpet coûtera plus cher que Pleioblastus pygmaeus tout court alors que les deux sont strictement identiques !

Bambou pygmée

Le bambou pygmée tolère l’ombre, mais il préfère la mi-ombre ou le plein soleil. On l’y juge d’ailleurs plus attrayant en général, car il forme un beau tapis plus compact et très dense. Le sol devrait être au moins relativement riche et surtout bien drainé. Les plants établis cultivés à l’ombre ou à la mi-ombre sont bien résistants à la sécheresse, mais des arrosages peuvent être nécessaires pour les sujets cultivés au plein soleil. Assurez-vous de bien délimiter l’emplacement, avant de planter cette plante très enva­ hissante dont les rhizomes peuvent courir à plusieurs niveaux dans le sol, avec une barrière pare-raci­nes(page 83). Creusez une tranchée tout autour de l’emplacement éventuel du bam­bou et insérez la barrière à un angle d’environ 90 degrés dans le sol, la scellant bien aux extré­mités. Laissez la barrière dépasser du sol de 5 ou 7 cm au cas où un rhizome essaierait de monter à la surface : vous pouvez cacher cet « affleurement » avec du paillis. Pour de petites « touffes » de bambou pygmée plutôt qu’un couvre-sol, découpez le fond d’un pot de cinq gallons en plastique noir et insérez cette barrière dans le sol en laissant toujours un petit 5 à 7  cm dépasser. Ainsi le bambou pygmée poussera-t-il sous forme d’une belle touffe arrondie ! Une autre façon de contrôler ce bambou consiste tout simplement à le planter dans un endroit complètement entouré de trottoirs ou de murs. Vous pouvez très bien tondre cette plante comme du gazon. Elle formera alors un couvresol très bas et très égal, ressemblant… à du gazon ! Sauf que deux ou trois tontes annuelles seront suffisantes pour maintenir votre gazon de bambou. Une autre possibilité est de tondre votre bambou au printemps, ce qui donne une plante assez égale, mais semblable à un gazon un peu ébouriffé. Personnellement, je le laisse pousser à sa guise, n’étant pas dérangé par son apparence un peu plus irrégulière. Après tout, il crée quand même un tapis de verdure qui cache le sol et je n’en demande pas plus d’un couvre-sol. Si jamais ce bambou fleurit (ce qui est peu probable, comme je l’ai mentionné), il vous faudra le rabattre sévèrement pour stimuler une repousse, car, comme la plupart des bambous, il meurt après avoir produit des semences. Et quand je dis qu’il meurt, je veux dire tout le tapis ! Par contre, en supprimant par la tonte les fleurs avant qu’elles ne produisent des semences, vous forcerez la plante à se renouveler à partir de ses rhizomes et alors elle attendra encore 30 à 40 ans avant de fleurir de nouveau. Si vous vous demandez où trouver des bambous rustiques, sachez qu’il existe plusieurs fournisseurs de ces plantes au Canada (mais aucun au Québec, du moins pas au moment où j’écris ces lignes). Une petite recherche sur Google et vous découvrirez que les bambous rustiques ne sont pas du tout difficiles à trouver. Ils sont assez coûteux, mais le prix des bambous couvre-sol devrait baisser considérablement puisqu’on a commencé à les produire 412 | Couvre-sols

On multiplie cette plante par division au printemps, en prenant des touffes comprenant au moins trois tiges. Tenez les jeunes divisions humides au début, car cette plante est très sensible aux dérangements de ses racines. Évidemment, ici nous avons parlé de l’utilisation du bambou pygmée comme gazon ou couvre-sol. Il se prête notamment à ce rôle dans les aménagements orientaux ou, sous sa forme de gazon tondu, classiques. Et c’est aussi une excellente plante pour contrer l’érosion. Enfin, on cultive le bambou pygmée en pot en tant que plante campagne pour les bonsaïs ou même pour créer une petite forêt de bambous. À moins d’avoir des pandas voraces dans votre secteur, le bambou pygmée a rarement des ennuis avec les prédateurs et les maladies. Il faut bien mentionner, au moins briè­vement, que la plante la plus con­ nue comme bambou au Québec, la renouée japonaise (Fallopia japonica, syn. Polygonum cuspidatum) ou « bam­bou » pour la plupart des gens, n’est pas un bambou ni même une graminée. Cette plante, introduite comme plante ornementale, mais devenue une mauvaise herbe de la pire espèce, est à bannir des jardins. La renouée japonaise (Fallopia japonica) n’est pas un bambou!

AUTRES BAMBOUS NAINS : La plupart des bambous sont trop hauts pour vraiment servir de couvre-sol. Voici deux exceptions : P. distichus, syn. P. pygmaeus distichus (bambou nain ou bambou nain à feuille de fougère) : est très semblable au bambou pygmée (et d’ailleurs considéré comme une sous-espèce de celui-ci par certains taxonomistes), mais il est plus haut et ses tiges sont dres­sées plutôt que d’être courbées à l’extrémité. Les feuilles sont aussi très nettement pla­cées de part et d’autre de la tige, ce qui crée un effet de fougère. 60 cm x 30 cm+. Zone 5 (4 sous couvert de neige). Couvre-sols | 413

Bambou pygmée

in vitro, donc en grand nombre et dans un laps de temps assez court. Je ne serais pas surpris de les voir bientôt en vente à des prix populaires.

Bambou pygmée

Sasa veitchii (bambou marginé ou sasa marginé) : très différent des deux précédents. Ses tiges dressées sont vertes au printemps, pourprées à l’été et à l’automne, et ses feuilles linguiformes sont beaucoup plus larges et longues que celles des Pleioblastus : 20 cm x 4 à 5 cm ! En fait, peu de bambous, même les géants, ont des feuilles aussi grosses. Les feuilles sont vert foncé sur le dessus, bleu-vert au revers. Leur caractéristique la plus frappante est cependant qu’à l’automne la marge des feuilles se dessèche et devient couleur paille, ce qui donne l’impression que la plante est panachée. Elle conserve cette coloration tout au long de l’hiver et du printemps jusqu’à ce que de nouvelles feuilles viennent les cacher. Normalement, je ne vous aurais pas parlé de cette plante, qu’on dit peu rustique (zone 6), mais elle se comporte très bien chez moi, bien que dans un endroit couvert d’un épais tapis de neige tout l’hiver. Son comportement dans une situation plus exposée est inconnu sous notre climat ; il faut donc la considérer strictement comme un élément expérimental. 60 à 90 cm au soleil (1,2 à 1,5 m à l’ombre) x 1 m+. Zone 6 (4 sous couvert de neige). Sasa veitchii

414 | Couvre-sols

Brunelle à grandes fleurs Certaines plantes auraient besoin d’un bon publicitaire ! Comment se fait-il qu’une petite vivace qui reste verte toute l’année, qui cou­ vre complètement le sol de son feuillage et fleurit sans arrêt pen­ dant des mois ne soit pas davantage connue ? Pourtant, c’est la situation avec la brunelle à grandes fleurs. Comme une troupe de théâtre anglo­phone à Québec, personne ne semble savoir qu’elle existe. Certes, il y a la confusion avec la bru­ nelle vulgaire, aussi appelée herbe aux charpentiers, Prunella vulgaris, qui n’aide pas. Il s’agit d’une petite plante sauvage indigène un peu trop entreprenante (i.e. une mauvaise herbe) qu’on trouve souvent dans nos gazons. Pour bien des jardiniers, donc, brunelle est synonyme de plante indésirable. D’ailleurs, les deux sont très semblables, mais la brunelle à grandes fleurs a… des fleurs plus grandes ! Et plus colorées. Et plus voyantes. Du mois c’est le cas des cultivars. L’espèce sauvage, P. grandiflora, avec ses fleurs violettes un peu dominées par ses bractées vertes teintées de pour­pre qui diminuent son impact, ne m’épate pas par­ ti­cu­liè­rement, mais les cultivars, avec leurs fleurs plus gros­ses et leurs bractées bien discrètes, sont super­bes. Surtout qu’ils fleurissent tout l’été. Chez moi, P. gran­ diflora ‘Loveliness Pink’ commence à fleurir à la mi-juin et est encore en fleurs en octobre ! Ça, c’est de la fleur ! C’est vrai que la floraison est plus intense au début de l’été (à cette période, il y en a tellement qu’on voit à peine le feuillage !), mais il y a assez de fleurs jus­qu’à l’automne pour dire qu’elle est encore « bien fleurie ».

Prunella grandiflora ‘Freelander Blue’

Prunella grandiflora Nom botanique : Prunella grandiflora Famille : Labiées Hauteur : 15 à 30 cm Largeur : 15 à 45 cm+ Espacement à la plantation : 15 à 30 cm Exposition : Sol : tout sol bien drainé Floraison : fin du printemps à l’automne Résistance au piétinement : nulle Multiplication : semences, division, bouturage de tiges Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, plates-bandes, arrière-plans, rocailles, sous-bois Associations : narcisses, ancolies, fougères Zone de rusticité : 4

Couvre-sols | 415

Prunella grandiflora ‘Loveliness Pink’ à la mi-octobre… après un premier gel !

La brunelle à grandes fleurs produit une touffe basse de tiges courtes portant des feuil­les ovales bien nervurées, rappe­lant celles de la menthe (qui est d’ailleurs une pro­che parente). À l’extrémité des tiges, on trouve un épi condensé en forme de cône portant des fleurs bila­biées rappelant une gueule de loup. La cou­leur d’origine est violette, mais on trou­ve toutes sortes de teintes de blanc, crème, rose, violet et pourpre chez les cultivars. La brunelle est une plante de mi-ombre. D’accord, elle tolère très bien le soleil quand le sol est humide, mais justement, le sol est rarement également humide au soleil et les sécheresses intermittentes qui y règnent minent à la fois sa floraison et son apparence. À la mi-ombre, un peu de paillis aidant, on peut lui assurer une bonne humidité en tout temps et ainsi une bonne performance. La qualité du sol, par contre, ne semble pas la déranger. Bien sûr, elle aime mieux un sol riche, mais réussit très bien aussi dans la glaise ou dans le sable… tant que c’est un sable humide, du moins. Mais si la brunelle a été placée dans ce chapitre de plantes couvre-sol, c’est qu’elle est un peu envahissante. La petite touffe de la première année est une touffe moyenne la deuxième et une grosse touffe la troisième. Elle s’étend de façon exponentielle par ses nombreux mais courts rhizomes. Quand vous en avez planté plusieurs en quinconce pour faire un tapis, en trois ans on ne sait plus où l’une arrête et où l’autre commence. Jusqu’ici, son contrôle paraît facile : la moindre barrière arrête les rhizomes et, s’il n’y a pas de barrière, on peut facilement découper et arracher des sections si elles vont trop loin. Mais la brunelle se ressème aussi, abondamment. Voilà qui pourrait être bien dans certains cas, car elle créera alors un patchwork de couleur autour des autres plantes du secteur (qu’elle entoure, mais n’étouffe pas), mais… elle n’est pas fidèle au type par semence, non plus. Le résultat est un peu trop multicolore au goût de bien des jardiniers. Je suggère de la planter là 416 | Couvre-sols

Cette plante est facilement disponible sous forme de semences : ainsi, on peut obtenir assez de plantes pour couvrir un vaste secteur pour seulement quelques dollars. C’est la façon logique pour débuter et les plantes fleurissent généralement dès la première année. Par la suite, prenez des boutures de tige ou divisez une plante mère si vous avez besoin de plus de plants. Enfin, la brunelle à grandes fleurs n’est pas réputée être affectée par les insectes ou les maladies… mais surveillez les limaces !

VARIÉTÉS : L’espèce est rarement offerte… et elle est de toute façon assez ordinaire. Ce sont les variétés horticoles qui sont intéressantes… et il y en a plusieurs. P. grandiflora ‘Alba’ : fleurs rose pâle à blanches. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘Blue Loveliness’ : bleu-violet. Longue période de floraison. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘Freelander Blue’ : bleu violet. Gagnant d’une médaille d’or Fleuroselect en 2009. 30 cm x 40 à 45 cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘Freelander Mix’ : mélange de bleu-violet, rose lilas et blanc. Gagnant d’une médaille d’or Fleuroselect en 2006. 30 cm x 40 à45 cm+. Zone 4.

Prunella grandiflora ‘Freelander Mix’

Couvre-sols | 417

Brunelle à grandes fleurs

où elle ne peut pas se ressemer : où la végétation dense ombrage trop le sol ou encore là où l’on maintient un bon paillis.

Brunelle à grandes fleurs

P. grandiflora ‘Loveliness’ : fleurs lavande pâle. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘Pagoda’ : mé­lange de couleurs : crème, rose, bleu-vio­let et blanc. 15 à 30 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘Pink Love­li­ness’  : fleurs rose moyen. 25 à 30  cm x 25 à 30  cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘Rosea’ : fleurs roses, feuillage découpé. 20 cm x 20 cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘Rotkäppchen’ (‘Red Cap’, ‘Little Red Riding Hood’) : fleurs dites rouges, mais en fait plutôt rosées. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4. P. grandiflora ‘White Loveliness’ : fleurs blanches. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4. P. x webbiana (brunelle de Webb) : un hybride très semblable à P. grandiflora, mais à feuillage dé­coupé. Différentes couleurs de fleurs : violet, rose, blanc. 25 à 30 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4. P. x webbiana ‘Rosea’ : fleurs roses, feuillage découpé. 20 à 30 cm x 20 à 30 cm+. Zone 4. Prunella grandiflora ‘Pagoda’

418 | Couvre-sols

Bugle rampante

La bugle rampante (Ajuga reptans) est un couvre-sol classique, utilisé comme plante tapissante depuis des générations, et vous avez des dizaines de cultivars parmi lesquels choisir. Attendez-vous toutefois à une plante un peu vagabonde, car ses tiges semblent passer un peu partout, souvent pour aboutir dans le gazon, ce qui n’est pas acceptable pour bien des jardiniers (personnellement, j’adore un gazon joliment envahi d’une bugle à feuillage pourpré, mais il paraît que je suis l’exception la règle !). Le mot Ajuga nous vient du latin « abigo » qui signifie repousser, car on croyait que la plante pouvait prévenir les maladies. Elle a une longue histoire d’utilisation médicinale.

On doit donc toujours contrôler la bugle rampante au moyen d’une barrière infranchissable qui est partiellement enfoncée dans la terre et qui en excède la surface d’au moins 2,5 cm, une bordure à gazon par exemple. C’est que, contrairement à de nombreuses plantes envahissantes, la bugle rampante se propage à la fois par rhizomes souterrains, facilement arrêtés

Ajuga reptans ‘Atropurpurea’

Ajuga reptans Autre nom commun : ajuga Nom botanique : Ajuga reptans Famille : Labiées Hauteur (feuilles) : 2 à 5 cm Hauteur (fleurs) : 10 à 15 cm Largeur : 60 cm+ Espacement à la plantation : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche Floraison : fin du printemps, début de l’été Résistance au piétinement : moyenne Multiplication : division, marcottage, bouturage de plantules Utilisation : bordures, couvre-sols, haies, mas­sifs, naturalisation, platesbandes, rocail­les, murets, pentes, sous-bois, bacs, lieux humides, utilisation médicinale Associations : bulbes de printemps, fougères, hostas, épimèdes Zone de rusticité : 5 (3 sous couverture de neige)

Couvre-sols | 419

Ajuga reptans ‘Braunherz’

Ajuga reptans ‘Atropurpurea’ envahissant joliment une pelouse… d’ailleurs, ma pelouse.

par la barrière, mais aussi grâce à des stolons rampants sur le sol. Donc, une barrière stric­ te­ment sous le sol ne l’arrêtera pas : elle doit dépasser la surface du sol pour arrêter son progrès. Évidemment, la barrière n’a pas besoin d’être une bordure à gazon ou une barrière artificielle : un sentier, des pierres plates, ou même tout simplement des plantations très denses ne lui permettront pas de s’échapper. Mais assez de négativisme : la bugle forme rapidement un tapis dense de feuilles basses qui empêche les mauvaises herbes de s’établir, et pourtant, elle est tellement basse qu’elle n’étouffe pas ses voisines. Il est donc parfaitement loisible de « libérer » cette plante dans une plate-bande et de la laisser tout simplement en remplir tous les interstices : un véritable bouche-trou vivant ! Il faut aussi souligner que son feuillage est persistant et qu’il est joli toute l’année. Enfin, les plants sont normalement bon marché (ou disponibles gratuitement au « marché aux pousses » de votre société d’horticulture !). Même si vous décidez de com­men­cer avec le nouvel hybride de bugle de l’année (et il y a toujours des nouveautés avec cette plante) qui coûte les yeux de la tête, il suffit d’acheter un plant et de le multiplier par divi­sion. Dans un an, vous en aurez 15, dans deux ans, plus de 200… et voilà votre couvre-sol bien parti ! Mais un instant : me voilà à parler déjà de son utilisation, comme si vous connaissiez déjà très bien cette plante. Arrêtons-nous deux secondes pour la décrire afin que les néophytes puissent nous suivre (car les jardiniers expérimentés connaissent bien la bugle rampante). L’espèce produit des feuilles vertes, luisantes, en forme de spatule, d’environ 7  cm de longueur. Elles poussent plus ou moins aplaties sur le sol, formant une rosette basse, d’à peine 2 à 5 cm de hauteur. D’autres rosettes viennent rejoindre la première, qu’elles sortent du sol près de la plante mère grâce à de courts rhizomes souterrains ou plus loin grâce aux 420 | Couvre-sols

Maintenant, l’espèce a des feuilles vertes, mais presque tous les cultivars populaires ont des feuilles colorées : elles peuvent être pourpres, bronze, argentées, bicolores ou multicolores. Vous avez donc une multitude de choix. C’est à la fin du printemps ou au début de l’été qu’a lieu la floraison, de petits épis dressés densément couverts de fleurs bilabiées. Les épis sont nombreux et la floraison dense, ce qui crée tout un spectacle ! Les fleurs affichent habituellement le bleu violacé de l’espèce, mais du blanc ou du rose chez certains cultivars. La floraison est toutefois de courte durée : deux ou trois semaines. Après la floraison, les épis restent debout pour la production des graines : les jardiniers qui n’aiment pas leur apparence peuvent les faucher, à la tondeuse d’ailleurs si l’emplacement se prête à son passage. Plantez la bugle rampante au soleil ou à l’ombre dans presque n’importe quel sol, mais de préférence riche et humide. Elle pousse très bien au pied des arbres à feuilles caduques et même des conifères, car, une fois bien établie du moins, elle tolère bien l’ombre sèche. Elle est toutefois plus belle et plus fournie dans un sol au moins un peu humide. La bugle rampante peut pousser sans problème au pied des noyers noirs (Juglans nigra), un arbre qui dégage du juglone, une substance toxique pour beaucoup de plantes (page 134). Notez bien que j’ai donné la zone de rusticité 5 à cette plante même si beaucoup de réfé­ rences lui attribuent une cote 3. C’est que j’ai souvent remarqué des dégâts importants en zone 3 et 4 lorsque l’hiver a été particulièrement froid, notamment là où de la glace s’est formée. Ce n’est pas qu’on la perd nécessairement, mais elle meurt par plaques, laissant quelques plants çà et là qui doivent donc reprendre le territoire perdu, ce qui prend environ deux ans ; or, un bon couvre-sol ne devrait pas avoir de trous au printemps. Ainsi les bugles perdent-elles des plumes en matière de rusticité. Je considère donc cette plante comme un excellent choix pour la zone 5, un assez bon choix comme plante ornementale en zones 3 et 4, mais seulement un bon choix de couvre-sols en zones 3 et 4 là où il y a toujours une bonne couverture de neige et un bon drainage en hiver. Évidemment, on pense, et à juste titre, à la bugle rampante comme un couvre-sol, mais elle est aussi une excellente plante de bordure pour la plate-bande et on peut aussi la cultiver entre les dalles d’un sentier. Elle est intéressante également pour la naturalisation dans les sous-bois et la culture en rocaille et sur les murets… du moins les rocailles et les murets où ses envies expansionnistes ne poseront pas de problème ! Couvre-sols | 421

Bugle rampante

stolons plus longs et un peu feuillus qui rampent sur le sol. En peu de temps, les nouvelles rosettes à peine enracinées commencent à produire des rhizomes à leur tour : la croissance du tapis est donc exponentielle et rapide.

Bugle rampante

De nombreux cultivars de bugle ont un feuillage bronzé, voire presque noir. Or n’oubliez pas que cette couleur est presque invisible à l’ombre. Utilisez ces cultivars plus au soleil ou faites-les voisiner avec des plantes à feuillage « doré » ou vert tendre, ce qui mettra les deux en valeur. À cet effet, l’herbe aux écus dorée (Lysimachia nummularia ‘Aurea’), aussi envahissante que la bugle sinon plus, fait une excellente voisine. Lâchez les deux dans le même secteur et laissez-les se batailler pour l’espace ! Le prélèvement des marcottes est bien sûr la méthode numéro un de multiplication pour la bugle rampante et on peut aussi diviser la plante mère, mais sachez également qu’on peut bouturer l’extrémité de ses stolons l’été. La bugle se ressème, mais les semences des cultivars ne sont pas à 100 % fidèles au type. Si vous voyez des semis apparaître, il vaut mieux les réprimer pour maintenir la pureté de la lignée… si vous y tenez, du moins ! Les semences sont rarement offertes par les semenciers. Les insectes et maladies sont rarement un problème, mais les variétés panachées semblent sujettes aux limaces. Attention aux dommages dus au gel dans les emplacements exposés des zones 3 et 4.

VARIÉTÉS : Il y a un nombre incroyable de cultivars de bugle rampante, ce qui témoigne, je pense, de sa très grande popularité. Je vous décris seulement les plus populaires et les plus intéres­ sants ici. Le chiffre entre parenthèses indique la hauteur de la tige florale, le chiffre avant les parenthèses la hauteur qui nous intéresse le plus : celle du feuillage. A. reptans albiflora ‘Alba’ : feuilles vertes. Fleurs blanches. 2 à 5  cm (10 à 15  cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Arboretum Giant’ : feuilles beaucoup plus grosses que celles de la plupart des autres cultivars. Similaire au populaire ‘Catlin’s Giant’, mais à feuillage vert à marge pourpre. Fleurs bleu-violet. 15 à 20 cm (25 cm) x 90 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Arctic Fox’ : feuilles vertes à marge blanche. Fleurs bleu-violet. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Atropurpurea’ : la bugle rampante pourpre classique ! Cette plante se vend sous une foule d’autres dénominations telles que ‘Rubra’, ‘Purpurea’, etc. Feuilles bronze pourpre, plus colorées au soleil. Fleurs bleu-violet. 2 à 5  cm (10 à 15  cm) x 60  cm+. Zone 5 (3). 422 | Couvre-sols

A. reptans ‘Binblasca’ Black Scallop  : feuilles pourpre foncé, presque noires, luisantes à marge crénelée, plus grosses que la plupart des bugles rampantes. Fleurs violet foncé. Stolons courts, ce qui fait qu’elle reste plus compacte et moins envahissante que d’autres de sa catégorie. Ma préférée parmi les bugles rampantes à feuillage foncé ! 8 à 10 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). MD

A. reptans ‘Burgundy Glow’ : feuilles (tricolores) rouge vin, blanches et roses. Fleurs bleu-violet. 15 à 20 cm (25 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Catlin’s Giant’ : feuilles de couleur bronze beaucoup plus grosses que celles des autres cultivars. Fleurs bleu-violet. 15 à 20 cm (25 cm) x 90 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Golden Glow’ : feuilles vertes ourlées de jaune. Ressort bien à l’ombre ! Fleurs bleu-violet. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Jungle Beauty’ : une autre « bugle géante », comme ‘Catlin’s Giant’, mais à feuillage plus foncé. Fleurs bleu-violet. 15 à 20 cm (25 cm) x 90 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Multicolor’ (anc. ‘Tricolor’ ou ‘Rainbow’) : feuillage vert bronzé. Fleurs bleu-violet. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Palisander’ : feuillage vert bronzé riche. Fleurs bleu-violet. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Pink Elf ’ : feuillage vert, fleurs roses. ‘Pink Beauty’, ‘Pink Delight’ et ‘Rosea’ sont similaires. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). Ajuga reptans ‘Catlin’s Giant’

Ajuga reptans ‘Binblasca’ Black Scallop MD

Couvre-sols | 423

Bugle rampante

A. reptans ‘Braunherz’ (syn. ‘Brown Heart’) : feuilles violet-brun foncé. Fleurs bleuviolet. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3).

Bugle rampante

A. reptans ‘Planet Zork’ : feuillage en forme de coupe et plutôt dressé, ondulé, bosselé et gris-vert rehaussé de rose. Le moins qu’on puisse dire est que ce cultivar est original ! Fleurs bleu-violet. 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Purple Brocade’ : feuillage pourpre royal, presque noir l’hiver. Fleurs violet foncé. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Silver Beauty’ : feuilles argentées panachées de crème. Fleurs bleu-violet. Très joli dans les coins sombres. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Variegata’ : feuilles vertes panachées de crème. Fleurs bleu-violet. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3).

LA SÉRIE CHIP Plus qu’un peu de confusion a accompagné la sortie en 2004 d’une bugle très originale vendue à l’origine sous le nom d’A. reptans ‘Chocolate Chip’. Les rumeurs couraient que ce n’était pas un A. reptans, mais un hybride, A. x tenorii, que son vrai nom de cultivar était ‘Valfredda’, etc. Maintenant que les choses se sont tassées un peu, voici ce que j’en sais : A. reptans ‘Valfredda’ Chocolate Chip (syn. A. x tenorii Chocolate Chip) : il appert que cette plante est un vrai A. reptans, mais une mutation à feuilles étroites. Son vrai nom de cultivar serait ‘Valfredda’, le nom de la pépinière italienne où il a été trouvé ; Chocolate Chip est la marque de commerce sous laquelle on le vend en Amérique du Nord (autrement dit, si vous l’achetez sous le nom de Chocolate Chip, vous payez une ristourne à un distributeur). Cette bugle est beaucoup plus petite que toute autre, avec un mélange de feuilles vertes et de feuilles pourprées (couleur « pépite de chocolat » d’après MD

Ajuga reptans ‘Valfredda’ Chocolate ChipMD

424 | Couvre-sols

Ajuga reptans ‘Toffee Chip’

A. reptans ‘Emerald Chip’ : une mutation de ‘Valfredda’ et, comme lui, à petites feuilles étroites, mais de couleur verte. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Toffee Chip’ : feuilles étroites gris-vert à marge jaune crème. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3). A. reptans ‘Vanilla Chip’ : feuilles étroites bicolores blanches et vertes. Chic ! 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3).

AUTRES ESPÈCES : A. x bastardii ‘Sparkler’ : hybride nouveau de rusticité inconnue (au moment où j’écrivais ces lignes, du moins), fraîchement arrivé du Japon. Feuilles étroites et dentées, fortement et irrégulièrement panachées de crème. Ne fleurit pas. 8  cm x 20 à 60  cm. Zone 5b ? A. genevensis (bugle de Genève) : idéal pour ceux qui ne veulent pas d’une bugle envahissante, car cette espèce ne produit pas de stolons, mais s’étend lentement par rhizomes souterrains courts. Feuilles plus grosses vert foncé. Épis plus hauts de fleurs bleu-violet. 5 à 10 cm (15 à 30 cm) x 20 à 25 cm. Zone 4b. Ajuga x bastardii ‘Sparkler’

Couvre-sols | 425

Bugle rampante

les vendeurs), car les feuilles sont vertes au début avant de s’assombrir. (La coloration pourpre ressort davantage au soleil.) Surtout, elles sont très étroites et pas du tout en forme de spatule comme celles des autres bugles rampantes. Cette plante remplit l’espace plus lentement que les autres ; pour l’utiliser comme couvre-sol, plantez-la plus serré, à 15 cm d’espacement. 2 à 5 cm (10 à 15 cm) x 60 cm+. Zone 5 (3).

Bugle rampante

A. genevensis ‘Pink Beauty’ : fleurs roses. La forme la plus populaire. 5 à 10 cm (15 à 30 cm) x 20 à 25 cm. Zone 4b. A. genevensis ‘Tottenham’ : fleurs rose lilas. 5 à 10 cm (15 à 30 cm) x 20 à 25 cm. Zone 4b. A. pyramidalis (bugle pyramidale) : elle aussi pousse en touffe, sans stolons, et ne pose pas de problème d’envahissement. Feuillage duveteux vert foncé plus gros que celui de la bugle rampante. Fleurs bleu-violet sur un épi en forme de pyramide aux bractées pourprées. Utilisez un espacement plus serré (15 cm) si vous voulez l’employer comme couvre-sol. Moins rustique que les autres bugles. 10 à 15 cm (25 cm) x 25 cm. Zone 5b. A. pyramidalis ‘Metallica Crispa’ (syn. A. reptans ‘Metallica Crispa’, A. reptans ‘Crispa’, A. ‘Min Crispa Red’, A. ‘Mini Crisp Red’) : c’est la confusion totale quant à la véritable identité de cette plante mystère, comme la longue enfilade de noms de cultivar vous l’indique. J’ai choisi de suivre la Royal Horticultural Society ici et d’appeler la plante A. pyramidalis ‘Metallica Crispa’. Feuilles curieusement plissées et bosselées allant du vert bronzé au pourpre avec, de plus, un net reflet métallique. On dirait des épinards frisés pourpres ! Fleurs bleu-violet. Croissance lente. 5 à 10 cm (20 cm) x 25 cm. Zone 4.

Ajuga genevensis ‘Pink Beauty’

426 | Couvre-sols

Ajuga pyramidalis ‘Metallica Crispa’

Camarine noire Beau couvre-sol arbustif, la cama­ rine noire est pourtant rare­ment vue dans nos jardins. Et ce n’est pas parce qu’elle n’est pas assez rus­tique ! Cet arbuste circum­po­ laire a l’une des plus vastes dis­tri­ butions du monde, étant pré­sent en Amérique du Nord du Groen­ land à l’Alaska et au Sud jus­qu’en Californie, plus dans le nord de l’Europe et de l’Asie. On le trouve même dans les îles subantarcti­ ques ! Vous aurez deviné que c’est une plante de la toundra, des hautes mon­ tagnes et des fjords glacés. Le froid ne lui fait pas peur. Au Québec et dans les Maritimes, on la trouve souvent près de la mer, là où le courant du Labrador assure que les étés sont toujours frais, ou encore en altitude, sur les sommets de montagne. La camarine noire est un arbuste, c’est vrai, mais très petit. Plus dans la catégorie des bruyères des landes (Calluna et Erica), avec lesquelles d’ailleurs elle a un lien de parenté, que dans celle des lilas. Ses tiges, étalées ou ram­pantes, s’enracinent en touchant le sol, créant de vastes tapis naturels de dizaines de mètres de diamètre parfois. Elles sont densément couvertes de très petites feuilles vert foncé. Elles ressemblent à de courtes aiguilles de conifère… ou à des feuilles de pour­pier (Portulaca grandiflora). D’ailleurs, la plante res­semble passablement à une mini épinette à tiges ram­pantes. Les feuilles coriaces sont persistantes, mais s’empourprent à l’automne. Les fleurs ? Elles sont pourprées et très petites. J’irais plus loin en disant qu’elles sont « insignifiantes ».

Empetrum nigrum

Empetrum nigrum Autre nom commun : graines noires Nom botanique : Empetrum nigrum Famille : Éricacées (Empétracées) Hauteur : 5 à 20 cm Largeur : 50 à 100 cm+ Espacement à la plantation : 15 cm (petits pots), 60 cm (pots de 4 l) Exposition : Sol : pauvre, léger, sec, acide Floraison : printemps Résistance au piétinement : bonne Multiplication : bouturage de tiges, marcottage, semences Utilisation : en isolé, bordures, couvresols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, murets, pentes, sous-bois, bacs, attire les oiseaux, utilisation culinaire et médicinale Associations : bulbes de printemps, raisin d’ours, petites fougères Zone de rusticité : 1

Couvre-sols | 427

À l’apogée de la floraison à la fin du printemps, l’extrémité de la plante devient un peu pour­prée, c’est tout. Il faut presque sortir une loupe pour distinguer les fleurs individuelles. Les fruits, par contre, sont dans la nature l’un des attraits de cette plante. Noirs et assez gros, sur­tout proportionnellement à la taille des feuilles, ils sont aussi comestibles, En culture, on voit rarement les fruits d’Empetrum nigrum. mais insipides. Ils persistent très longtemps sur la plante, généra­ le­ment tout l’hiver s’il n’y a pas d’oiseaux gallinacés (gélinottes, lagopèdes, etc.) dans le secteur, car ces derniers mangent goulûment les fruits. Sauf que… la camarine noire est généralement dioïque. Du moins, c’est le cas de la forme couramment vendue. Il vous faut donc un plant mâle et un plant femelle pour avoir des fruits. Or dans le commerce, on ne nous indique pas le sexe ! C’est pourquoi on voit rarement des fruits chez les camarines en culture alors que, dans la nature, les fruits sont abondants. Pour une plante si rare en culture, la camarine noire est étonnamment facile à cultiver… et ça relève de sa grande adaptabilité dans la nature. Vous la trouverez au plein soleil (je n’ose pas dire « au soleil brûlant », vu son milieu nordique) et à l’ombre des conifères, dans les tourbières, sur les dunes, et même dans de simples fissures des roches (le nom Empetrum provient du Grec en (sur) et petros (roche) : qui pousse sur la roche). Le sol peut être neutre ou acide, même très acide (un pH de 3 !), pauvre ou riche, moyennement humide ou sec, sablonneux, argileux, humifère ou minéral… elle peut s’enraciner dans une touffe de mousse et y vivre sans problème. Même le sel de mer ne la dérange pas outre mesure et le sel de déglaçage non plus, ce qui en fait un bon choix pour border les rues. En fait, il est difficile de trouver des conditions qui ne lui conviennent pas. La seule limite est qu’il lui faut un bon drainage. Même dans les tourbières, où elle pousse tout naturellement, la camarine ne croît pas dans les secteurs inondés, uniquement dans les parties les mieux drainées. Il lui faut toutefois une absence de compétition. C’est que la camarine pousse dans la nature là où d’autres végétaux ne poussent pas. Croissant très lentement, elle n’a pas l’habitude de se défendre contre les envahisseurs. Elle tolère cependant très bien des arbres surplombants (dans la nature elle pousse souvent dans les forêts conifériennes), car ils laissent passer un peu de lumière jusqu’au sol, mais elle sera effacée par le voisinage trop étroit de vivaces ou 428 | Couvre-sols

Notez aussi que la camarine noire est une plante de fraîcheur. Elle n’a aucune difficulté avec les froids de l’hiver, alors qu’elle en a avec des étés trop chauds. Plus au Sud, dans les zones 6 et 7, la consigne est de la planter absolument à l’ombre pour lui assurer une bonne fraîcheur. Nous, les Nordiques, nous pouvons la placer au soleil ou à l’ombre, indifféremment. Même au centre-ville de Montréal, sans doute ce qu’il y a de plus chaud au Québec durant les mois d’été, elle se comporte très bien. La camarine noire, peu disponible dans le commerce jusqu’à récemment, se taille une place de choix dans un marché en pleine croissance : celui des végétaux convenant aux toits végétaux. En effet, sa capacité de tolérer les pires froids l’hiver et les pires sécheresses l’été sans le moindre entretien en fait une plante de choix pour cette utilisation. Sa croissance étant assez lente, il vaut la peine de faire le contraire de ce que je recommande habituellement pour les couvre-sols, soit d’acheter des jeunes plants pour économiser, quitte à les planter un peu plus serré. Avec la camarine, achetez de préférence des plantes bien développées prêtes tout de suite à couvrir un peu de terrain. La multiplication de cette plante se fait surtout par boutures de tige qui s’enracineront lentement mais assez sûrement sous plastique. Ou découpez des sections qui se sont enracinées en touchant le sol (tiges marcottées). Les semences, difficiles à obtenir à moins de les récolter vous-même, sont lentes à germer. Essayez d’alterner trois mois de traitement au chaud avec trois mois de traitement au froid jusqu’à ce qu’il y ait germination. Les semis faits en pleine terre ne germent souvent qu’au bout de deux ans. Avec une plante qui pousse si lentement, il est bon de savoir que la camarine noire ne semble pas avoir beaucoup d’ennemis, que se soit parmi les animaux ou les champignons.

VARIÉTÉS : Il existe quelques sélections horticoles de camarine noire, notamment au feuillage doré ou aux fruits blancs, mais aucune n’est présentement offerte dans le commerce. On les rencontre parfois dans les jardins botaniques. E. nigrum hermaphroditum : sous-espèce aux fleurs hermaphrodites, c’est-à-dire où la même plante produit des fleurs ayant les deux sexes. Comme ces fleurs sont de plus autofécondes, la plante peut produire des fruits même en l’absence d’un autre clone Couvre-sols | 429

Camarine noire

d’arbustes au feuillage dense qui lui coupent les vivres. Donc, utilisée seule, elle réussit très bien, mais elle disparaîtra en présence d’autres couvre-sols.

Camarine noire

pour la pollinisation croisée. Malheureusement, cette sous-espèce est rarement offerte dans le commerce. 15 à 20 cm x 50 à 100 cm+. Zone 1. E. nigrum hermaphroditum ‘Compass Harbor’ : sélection faite dans l’État du Maine à partir d’une plante hermaphrodite. Elle me semble une camarine noire typique. 15 à 20 cm x 50 à 100 cm+. Zone 1.

AUTRES ESPÈCES : Présentement, la seule camarine qui semble avoir une distribution commerciale est E. nigrum, mais les espèces suivantes sont tout aussi attrayantes et utiles et rejoindront sûrement une jour leur cousine dans nos jardins. E. eamsii (camarine rouge) : plus compacte que E. nigrum, aux tiges plus prostrées, aux « aiguilles » plus petites et aux fruits rouges. Autoféconde. Semble rarement se marcotter, mais forme plutôt un large dôme très aplati. 10 à 15 cm x 50 à 100 cm. Zone 1. E. eamsii atropurpureum (camarine noire pourprée) : comme la précédente, mais à fruits pourpres. La forme d’E. eamsii la plus courante au Québec où elle pousse souvent côte à côte avec la camarine noire, donc dans les mêmes conditions. 10 à 15 cm x 50 cm. Zone 1. Empetrum eamsii

430 | Couvre-sols

Chrysogonum

Jolie plante tapissante originaire des sous-bois de l’est des États-Unis, jusque dans l’État de New York dans le nord, le chrysogonum n’a pas la popularité qu’il mérite. C’est une belle plante de culture facile qui devrait être de tous les aménagements. Il s’agit d’un couvre-sol dense, formant un tapis de feuil­lage elliptique vert foncé. Le feuillage est semiper­sis­tant : sous notre climat, il disparaît géné­ra­le­ ment l’hi­ver, mais quand la neige le recouvre tôt, il est par­fois encore vert au printemps. Les fleurs, petites mais nombreuses, sont en forme de mar­ guerite, avec cinq rayons jaunes autour d’un disque jaune. Les rayons sont légèrement encochés à l’ex­ tré­mité, ce qui crée l’impression d’un petit zinnia. Les fleurs sont varia­bles : certains clones ont des rayons étroits et bien écartés pour un effet aéré ; d’autres sont larges et se touchent, ce qui donne une fleur plus pleine. La flo­rai­son dure cinq semaines ou plus à la fin du printemps et au début de l’été, mais con­tinue spo­radiquement, jusqu’à l’au­tomne, surtout quand l’été est frais.

Chrysogonum virginianum

Chrysogonum virginianum Nom botanique : Chrysogonum virginianum Famille : Astériacées Hauteur : 15 à 30 cm Largeur : 30 cm+ Espacement à la plantation : 15 à 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche, humide Floraison : fin du printemps et dé­but de l’été, sporadique jusqu’à l’automne Résistance au piétinement : faible Multiplication : division, bouturage de stolons, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, murets, pentes, sous-bois, bacs Associations : bulbes de printemps, géraniums, fougères, épimèdes Zone de rusticité : 4

Couvre-sols | 431

Chrysogonum

La plante produit une généreuse portion de stolons souterrains qui donnent à leur tour une profusion de plantules dans les espaces vides autour de la plante mère, assurant une bonne couverture. Certaines lignées ont des stolons plus longs et peuvent être envahissantes ; la plupart des cultivars ont toutefois des stolons courts et sont dociles. La culture est facile : la plante préfère un sol riche et humide, mais tolère un sol pauvre et plutôt sec. L’ombre sèche, par exemple, ne lui fait pas peur. Un bon drainage est, par contre, essentiel. Quant à l’ensoleillement, la mi-ombre est idéale. La plante pousse et fleurit bien à l’ombre, mais y est moins portée à refleurir pendant l’été. Au soleil, les résultats sont bons dans nos régions, car les étés sont rarement très chauds, mais il faut vraiment lui assurer un bonne humidité du sol en tout temps. Avec l’abondance de drageons poussant tout autour du plant mère, on est rarement à court de matériel pour la division. On peut également le multiplier par semences, qui germent facilement dans une chaleur humide, soit les conditions typiques pour un semis. Le chrysogonum est réputé avoir peu d’ennemis, mais le feuillage est légèrement sensible aux limaces.

VARIÉTÉS : Il existe un nombre surprenant de cultivars, si l’on considère que cette plante est si peu connue… mais il faut comprendre par cela que la plante est peu connue chez nous. Aux États-Unis et en Europe, elle est bien populaire. Par contre, les cultivars sont très semblables et difficiles à distinguer les uns des autres. C. virginianum ‘Allan Bush’ : floraison plus durable. Croissance compacte et dense, formant un tapis très égal. 15 à 30 cm x 30 cm+. Zone 4. C. virginianum ‘Graystone’ : rayons plus étroits, feuilles plus arrondies. 15 à 30 cm x 30 cm+. Zone 4. C. virginianum ‘Mark Viette’ : longs stolons ; un peu envahissant. 15 à 30 cm x 30 cm+. Zone 4. C. virginianum ‘Pierre’ : floraison plus durable. Croissance compacte et dense, feuillage vert plus pâle. 15 à 30 cm x 30 cm+. Zone 4. C. virginianum ‘Quinn’s Gold’ : fleurs de couleur changeante, jaune or au début, puis jaune citron, puis enfin blanc crème. La floraison est durable : il y a presque toujours 432 | Couvre-sols

C. virginianum ‘Springbrook’ : très compact, presque nain. 10 à 20  cm x 30  cm+. Zone 4.

SOUS-ESPÈCES : C. virginianum australe : plutôt que des stolons souterrains, cette sous-espèce produit des stolons rougeâtres qui courent sur le sol. La plante est plus basse aussi. Cette sousespèce offre une possibilité supplémentaire de bouturage : celle de bouturer les stolons. Il suffit de couper le stolon et de presser la plantule à son extrémité dans une terre humide pour la faire enraciner 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4. C. virginianum australe ‘Echo Laquered Spider’ : feuillage vert foncé lustré, abondance de stolons rouges. Le nom « spider » (araignée en anglais) suggère une ressemblance entre les stolons entrecroisés et une toile d’araignée. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4.

Chrysogonum virginianum australe

Couvre-sols | 433

Chrysogonum

quelques fleurs sur la plante, même à l’automne. Croissance compacte et dense, feuillage vert plus pâle. 10 cm x 40 cm+. Zone 4.

Cœur saignant du Pacifique

Dicentra formosa

Dicentra formosa Nom botanique : Dicentra formosa Famille : Fumariacées Hauteur : 25 à 40 cm Largeur : 20 à 60 cm Espacement à la plantation : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide, riche en matière organique Floraison : fin du printemps au début de l’automne Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division, bouturage de rhizomes, semences Utilisation : en isolé, bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, plates-bandes, rocailles, pentes, sous-bois, bacs Associations : bulbes de printemps, fougères, brunneras, hellébores Zone de rusticité : 3

434 | Couvre-sols

La plupart des jardiniers connaissent bien au moins un des cœurs-saignants, que ce soit l’une des variétés éphémères du printemps qui fleurissent tôt puis qui entrent en dormance, comme le cœur saignant des jardins (Dicentra spectabilis), décrit dans le Tome 2, ou l’une des variétés de couvre-sol, comme ceux décrits ici. Ces derniers sont en feuilles tout l’été… et souvent en fleurs tout aussi longtemps ! Tous ont des fleurs suspendues très curieuses – et très sympa ! – à deux éperons plutôt arrondis qui font penser à un cœur. Le cœur saignant du Pacifique, D. formosa, l’espèce couvre-sol principale, est originaire de la côte ouest de l’Amérique du Nord, de la Californie à la ColombieBritannique. C’est une espèce assez basse à feuil­ lage finement découpé : « fougèresque », pourrait-on dire ! Ses feuilles sont souvent vert tendre ou même bleutées et persistent sur le plant jusqu’à l’automne, puis dis­parais­sent l’hiver. Au printemps et au début de l’été, il produit de courtes tiges chargées de fleurs suspendues rose pourpré en forme de petit cœur allongé. La floraison est abondante et attrayante. Par

Le cœur saignant du Pacifique s’étend assez rapidement par ses rhizomes rampants et peut dans certains cas devenir envahissant, d’autant plus qu’il se ressème aussi. Heureusement qu’il est possible de l’arrêter facilement au moyen d’une barrière… ou tout simplement en arrachant les égarés. Il préfère la mi-ombre ou encore l’ombre, surtout, dans ce dernier cas, s’il peut profiter quand même du soleil printanier. Mais il poussera et fleurira quand même dans les emplacements toujours ombragés. Dans ce cas, au prix de la longévité de sa floraison, qui sera alors surtout printanière. Le plein soleil ? Oui, mais pour une bonne performance au plein soleil, il ne faut pas que la plante manque d’eau. Tout en préférant les sols riches en matière organique et humides (dans lequel cas il peut toutefois être passablement envahissant), le cœur saignant du Pacifique tolère bien les sols de qualité moindre et aussi la sécheresse, mais dans un cas de sécheresse trop extrême, il peut perdre tout son feuillage et entrer en dormance estivale. Malgré tout, on peut dire qu’il supporte très bien l’ombre sèche… avec un peu d’arrosage si l’été est réellement torride. La multiplication se fait surtout par division ou par bouturage des rhizomes. Il y a souvent des semis spontanés, mais ceux-ci ne seront pas fidèles au type s’il s’agit d’un cultivar. Le jardinier trouvera les semences de cœur saignant difficiles à réaliser : elles doivent être fraîches (ou encore conservées à l’humidité) et exigent un traitement au froid. Quant aux insectes et aux maladies, ils sont peu fréquents.

ESPÈCE JUMELLE : D. eximia (cœur saignant nain) : le nom commun de cette espèce, cœur saignant nain, ne veut pas dire grand-chose quand on la compare au cœur saignant du Pacifique, D. formosa : les deux sont presque de même taille. Il faut le comparer au grand cœur saignant des jardins

Dicentra eximia

Couvre-sols | 435

Cœur saignant du Pacifique

la suite, durant tout l’été et jusqu’au début de l’automne, il y a une certaine remontance qui peut aller de moyenne à faible à sporadique, selon les conditions (humidité et fraîcheur et un peu de lumière stimulent la meilleure floraison), mais même sans fleurs, la plante est attrayante.

Cœur saignant du Pacifique

(D. spectabilis) pour comprendre sa raison d’être. D’ailleurs, peu de choses distinguent les deux espèces, si ce n’est leur aire de distribution, le nain étant de la côte est des États-Unis plutôt que de la côte ouest. Aussi, la fleur est d’un rose plus pur, sans la teinte pourprée. Autrement, c’est du pareil au même ! 15 à 40 cm x 20 à 50 cm+. Zone 3.

LE COMPLEXE D. FORMOSA/D. EXIMIA : J’aime bien donner le bon nom à une plante et cela me « chicote » quand je ne sais comment les classifier correctement. Ainsi, les hybrides et cultivars de D. formosa et de D. eximia me causent bien des ennuis ! Personne, ou presque, ne sait quels cultivars appartiennent à l’une ou à l’autre des espèces ni lesquels sont des hybrides des deux. Ici, j’ai énuméré une courte sélection parmi les nombreux cultivars D. formosa/D. eximia d’après la liste de la Royal Horticultural Society d’Angleterre, l’une des autorités dans le domaine. Si vous n’êtes pas d’accord, plaignez-vous à elle ! D. ‘Adrian Bloom’ : hybride vigoureux à fleurs rose rubis. Feuillage bleu-vert foncé. 25 à 45 cm x 30 à 60 cm+. Zone 3. D. ‘Bacchanal’ : les fleurs les plus foncées parmi les cœurs saignants : rouge vin foncé. Feuillage vert pomme. 25 à 45 cm x 30 à 60 cm+. Zone 3. D. eximia ‘Snowdrift’ (D. eximia ‘Alba’) : fleurs blanc pur, feuillage bleu-vert. 15 à 40 cm x 20 à 50 cm. Zone 3. D. formosa ‘Aurora’ (D. eximia ‘Aurora’) : fleurs blanc pur, feuillage bleu-gris. Longue période de floraison. 30 cm x 30 à 60 cm+. Zone 3. Dicentra ‘Bacchanal’

436 | Couvre-sols

Dicentra formosa ‘Aurora’

D. ‘Langtrees’ : fleurs blanc crème teintées de rose. Feuillage vert glauque. 30  cm x 60 cm+. Zone 3. D. ‘Luxuriant’ : fleurs rose foncé. Ce cultivar a sans doute la floraison la plus prolongée de tous les cœurs saignants : du printemps presque jusqu’aux neiges. 30 à 45 cm x 60 cm+. Zone 3. D. ‘Margery Fish’ : fleurs blanches, feuillage très bleuté ; peut-être le plus bleu des cœurs saignants. 30 à 45 cm x 60 cm+. Zone 3. D. ‘Pearl Drops’ : non, il ne s’agit pas du dentifrice ! Ses fleurs blanches avec un soupçon de rose sont d’ailleurs de toute beauté même si le nom fait sourire. Feuillage bleu-vert. 30 à 45 cm x 60 cm+. Zone 3. D. ‘Stuart Boothman’ : fleurs rose doux. Feuillage vert glauque plus finement découpé que les autres 30 cm x 60 cm+. Zone 3. D. ‘Sweetheart’ : fleurs blanches. Feuillage vert pomme. Très longue floraison. 30 cm x 60 cm+. Zone 3. D. ‘Zestful’ : fleurs rose foncé. Feuillage vert-gris pâle. 30 cm x 60 cm+. Zone 3.

UN CŒUR SAIGNANT PENSEZ-Y BIEN : Le cœur saignant pèlerin (D. peregrina) a sans doute les fleurs les plus merveilleusement formées de tous les cœurs saignants : ces fleurs rose satiné sont des bijoux, parfaite­ Dicentra peregrina ment en forme de cœur, mais avec de lon­gues ailes courbées qui leur donnent une grâce insoupçonnée. Et le feuil­lage super découpé et super dense est presque turquoise ! Vous en tom­be­rez instantanément amou­reux ! Mais c’est aussi le cœur sai­gnant le plus dif­fi cile à cultiver, à tel point que je ne vous le conseille pas. Mais il y a main­tenant quelques hybri­des qui ont du « sang » du Couvre-sols | 437

Cœur saignant du Pacifique

D. formosa oregana : fleurs blanches rehaussées de rose. Plus petit que la moyenne. 20 cm x 30 cm. Zone 3.

Cœur saignant du Pacifique

cœur saignant pèlerin dans leurs veines et qui sont très intéressants : la série Hearts, décrite ci-dessous. Si vous insistez pour essayer D. peregrina, prévoyez un drainage parfait, un sol riche en hu­ mus et un emplacement à la mi-ombre et toujours, toujours frais. 8 cm x 10 cm. Zone 3.

LA SÉRIE HEARTS Cette petite série est composée d’hybrides de cœur saignant pèlerin (D. peregrina) et de D. formosa ou D. eximia. Le résultat est une plante avec les belles fleurs séduisantes et le beau feuillage si découpé de D. peregrina, mais le comportement et la vigueur du complexe D. formosa/D. eximia. Ou presque le comportement et la vigueur du complexe D. formosa/D. eximia. Je ne les trouve pas aussi robustes que les D. formosa/D. eximia et ils sont certainement moins rapides à s’établir. Aussi, les Hearts ne s’étendent pas autant, mais forment plutôt des touffes denses qui ne s’élargissent que lentement. Cela dit, ce sont d’excellentes plantes et surtout très jolies ! On les distingue des cœurs saignants D. formosa/D. eximia non seulement par leurs fleurs plus voyantes, mais par leurs tiges florales arquées. Leur floraison est très durable, du printemps à l’automne… du moins quand les conditions leur plaisent ! 30 cm x 30 à 40 cm. Zone 3. D. ‘Burning Hearts’ : fleurs rouge foncé à marge blanche. Feuillage bleuté. 25  cm x 30 cm. Zone 3. D. ‘Candy Hearts’ : fleurs roses. Feuillage bleuté. 25 à 30 cm x 35 à 40 cm. Zone 3. D. ‘Ivory Hearts’ : fleurs blanches. Feuillage très bleu. 30 cm x 30 à 40 cm. Zone 3. D. ‘King of Hearts’ (syn. D. formosa ‘King of Hearts’) : fleurs rose vif. Feuillage bleuvert. 20 à 25 cm x 30 cm. Zone 3 Dicentra ‘King of Hearts’

438 | Couvre-sols

Épigée rampante Pour les jardiniers patients seule­ment, ou encore passionnés par les plan­tes indigènes, voici une belle de nos bois qui pourrait servir de couvre-sol dans un emplacement telle­ment ombragé que rien d’au­tre ne voudrait y pousser. On trouve l’épi­ gée rampante, que vous con­ nais­ sez peut-être mieux sous le nom de fleur de mai, dans des forêts partout dans l’est de l’Amé­ri­que du Nord, presque jusqu’à la limite des arbres. Elle pousse aussi bien dans les forêts de feuillus que de conifères, ce qui est assez excep­tion­nel, car la plupart des fleurs sauvages ont une nette préférence pour l’une ou l’autre. La plante est bien connue des Américains, car le célè­ bre bateau Mayflower, qui amena les premiers colons puritains de l’Angleterre à la Nouvelle-Angleterre, portait le nom de cette plante. En fait, plusieurs plantes s’appellent « mayflower » en anglais (le quatre-temps, Cornus canadensis, entre autres) et personne ne sait pour quelle fleur le bateau avait été nommé. Il faut croire que les citoyens de l’État du Massachusetts ont opté pour l’épigée rampante, car elle est devenue leur fleur emblème. C’est aussi l’emblème de la NouvelleÉcosse, grâce aux racines loyalistes de ses habitants. C’est une toute petite plante rampante qui forme très lentement un tapis de feuilles persistantes, ovales, vert vif à grisâtres, légèrement couvertes de poils. Les fleurs à cinq pétales, blanches ou légèrement rosées, paraissent en bouquets à l’extrémité des tiges au début du printemps, souvent quand il y a encore de la neige dans les environs. Elles sont intensément parfumées, avec une odeur épicée qui est très appréciée.

Epigaea repens

Epigaea repens Autre nom commun : fleur de mai Nom botanique : Epigaea repens Famille : Ériacées Hauteur : 5 cm Largeur : 30 cm+ Espacement à la plantation : 15 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche à sablonneux, acide Floraison : début du printemps Résistance au piétinement : faible Multiplication : division, bouturage de tige, semences Utilisation : en isolé, couvre-sols, natu­ ra­lisation, rocailles, murets, pentes, sous-bois, bacs, utilisation médicinale Associations : fougères, rhododendrons, épimèdes Zone de rusticité : 2

Couvre-sols | 439

Épigée rampante

L’épigée rampante a la réputation d’exiger un sol acide, mais cette croyance est un peu exagérée. D’accord, elle pousse volontiers dans un sol acide, jusqu’à un pH de 4 environ, mais croît tout aussi bien à 6,5, un pH plus typique pour un aménagement. Il n’en demeure pas moins que l’épigée est une excellente plante de compagnie pour les rhododendrons, les kalmias et les autres plantes acidophiles. N’étant pas résistante à la sécheresse, l’épigée va préférer les sols riches en matière organique (elles retiennent mieux l’eau). Malgré cela, on la voit aussi dans les sols sablonneux et même minéraux, habituellement quand la nappe phréatique n’est pas très loin de la surface. Elle semble indifférente à l’ombre et pousse tout aussi bien à la mi-ombre que sous un soleil printanier, mais ne tolérera pas le soleil direct de l’été . Elle ne tolère pas non plus les vents asséchants, et préfère l’abri des feuilles mortes qui lui tombent dessus durant l’automne. Autrement dit, le sous-bois lui convient à merveille ! N’allez jamais chercher cette plante à l’état sauvage, car non seulement se fait-elle de plus en plus rare dans la nature, mais elle est difficile à déterrer avec succès. Les semis sont également difficiles, car ils exigent la présence d’un champignon mycorhizien spécifique pour germer et vivre et il est absent des terreaux commerciaux utilisés pour les semis. Si vous voulez le tenter, ajoutez au terreau de vos semis un peu de terre prélevée près d’une épigée sauvage, question d’essayer de s’assurer que le champignon est présent. C’est la même chose pour les boutures que vous prendrez de préférence à l’automne. Étant donné ces complications, ce que la plupart des jardiniers désireux de multiplier l’épigée font, c’est qu’ils prélèvent des semis spontanés apparaissant dans la forêt près de la plante mère pendant qu’ils sont encore jeunes et donc faciles à transplanter. Évidemment, il est encore plus facile d’acheter cette plante et le succès est assuré, car un plant en pot prêt à vendre est nécessairement bien enraciné et le fait qu’il soit vivant témoigne de la présence du bon champignon dans son terreau. Peu de marchands le vendent, cependant, mais si vous cherchez, vous trouverez ! Comme son développement est lent et que, de plus, un plant seul tend à vagabonder çà et là sans créer de véritable tapis, mieux vaut planter 10 à 20 sujets assez densément. Ils s’entremêleront en poussant et produiront un beau tapis de verdure. L’épigée rampante est rarement affectée par les insectes ou les maladies, sauf parfois des taches foliaires sur les vieilles feuilles, signe annonciateur que la vie de la feuille tire à sa fin.

VARIÉTÉS : Je ne connais aucune sélection horticole de cette plante et les deux autres espèces d’Epigaea, une asiatique, l’autre européenne, ne tolèrent pas nos hivers froids. Donc, lorsque vous aurez trouvé vos plants d’épigée rampante, votre collection d’épigées sera complète. 440 | Couvre-sols

Épimède

Je considère que les épimèdes frisent généralement la perfection en tant que plantes couvre-sol. D’abord, ils « couvrent » en douceur sans être nécessairement envahissants, ils sont beaux en toute saison, offrant un feu roulant de couleurs et de textures de feuillage différentes, et ils sont assez bas pour faire « tapis », mais assez hauts pour étouffer les mauvaises herbes, même les semis d’arbres qui sont souvent un problème avec d’autres couvre-sols. Que pourrait-on demander de plus d’un couvre-sol ? Même, je considère que les épimèdes enterrent les hostas comme plantes ornementales d’ombre (mille excuses à tous les hostaphiles qui lisent ce texte, mais j’ai le droit d’exprimer mon opinion !). Après tout, les hostas sont peut-être jolis l’été, mais ils disparaissent de vue l’automne et sont très lents à repousser au printemps, ce qui laisse un vide difficile à remplir dans le jardin d’ombre. Les épimèdes à feuillage persistant (et la majorité sont à feuillage persistant ou semipersistant), par contre, sont beaux toute l’année, sauf bien sûr quand ils sont sous la neige. Aussi, même le

Epimedium x versicolor

Epimedium Autre nom commun : fleur des elfes Nom botanique : Epimedium Famille : Berbéridacées Hauteur : 15 à 50 cm Largeur : 30 à 60 cm+ Espacement à la plantation : 25 à 30 cm Exposition : Sol : riche, frais, bien drainé, acide Floraison : fin du printemps, début de l’été Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division Utilisation : en isolé, bordures, couvresols, mas­sifs, natu­ra­li­sa­tion, platesbandes, rocailles, pen­tes, sous-bois, bacs, fleurs coupées, fleurs séchées, feuil­lage coupé, utilisation médicinale Associations : bulbes de printemps, anémones, astilbes, fougères Zone de rusticité : généralement 4 ou 5 (3 sous couvert de neige)

Couvre-sols | 441

Épimède

plus fervent des hostaphiles admettra que leur plante préférée a généralement une floraison un peu ordinaire. Les épimèdes ont une floraison extraordinaire. Enfin, les épimèdes tolèrent mieux la compétition racinaire que les hostas… et Dieu sait que c’est un problème courant à l’ombre. Plantez un jeune hosta à travers les racines d’un érable et il va poireauter ; faites la même chose avec un épimède et il va pousser lentement mais sûrement pour faire une très belle plante, peut-être pas aussi rapidement qu’il l’aurait fait dans un sol libre de racines, mais il sera néanmoins plus que présentable en trois ou quatre ans. D’ailleurs, si je deviens hybrideur un jour, c’est avec les épimèdes que je travaillerai : que de potentiel non exploité ! Ce qui fascine particulièrement avec les épimède est leur grande variabilité. Ils peuvent avoir un feuillage persistant ou non, avoir de 3 folioles à 15, être à grosses folioles ou petites, avoir des feuilles trifoliées ou pennées, avoir de petites fleurs ou des grosses (une espèce récemment découverte a des fleurs de 8  cm de diamètre !), unicolores ou bico­ lores, retombantes ou dressées, rouges, roses, blanches, jaunes ou pourpres… et la liste continue. Autre détail à considérer : le nombre d’espèces avec lesquelles les hybrideurs peuvent maintenant travailler. Jusque dans les années 1980, on estimait qu’il y avait, au maximum, 15 espèces d’épimède, mais depuis que la Chine s’est ouverte au monde extérieur, ce qui permet aux explorateurs botaniques de parcourir ses forêts, 45 autres ont été officiellement décrites et il y en a, paraît-il, encore des dizaines qui attendent une description officielle. Et les Japonais, depuis longtemps des collectionneurs invétérés d’épimèdes, commencent peu à peu à livrer leurs bijoux à l’Occident. Actuellement vous aurez de la difficulté à dénicher un seul épimède panaché sur le marché québécois (et rappelons que c’est le feuillage panaché, surtout, qui fait le délice des hostaphiles !). Eh bien, un collectionneur japonais prétend avoir plus de 150 cultivars panachés différents ! Vous serez étonné de voir tout ce que ce genre peut offrir. Je dois admettre n’avoir eu qu’une petite idée de la grande variété présente chez les épimèdes tant que je n’avais pas visité le Jardin d’ombre du célèbre Jardin botanique Kew en Angleterre. On dirait qu’une plante sur deux était un épimède ! Et plusieurs étaient tellement originaux dans leur forme que je ne les aurais pas reconnus sans l’étiquette. J’ai été ébahi : rarement avais-je vu des plantes aussi impressionnantes ! Les épimèdes servent depuis longtemps en pharmacopée. Actuellement ils sont fortement étudiés pour leurs possibilités… disons aphrodisiaques. En Chine, on considère des tisanes d’épimède comme aussi efficaces que le Viagra ! Le résultat est que la récolte des rhizomes d’épimède est une industrie majeure en Chine et que malheureusement plusieurs espèces sont menacées de disparition à court terme à cause de cette récolte abusive.

442 | Couvre-sols

Décrivrons un peu ces plantes. Les épimèdes sont des vivaces à souche rhizomateuse. Les rhizomes sont généralement courts et ainsi ils ne s’étendent que lentement, mais avec le temps ils couvrent pas mal de terrain. Les rhizomes deviennent ligneux avec le temps (on voit bien leur parenté avec les mahonias [Mahonia], ces arbustes à feuillage persistant des sous-bois, décrits dans le Tome 2) et difficiles à diviser. Le feuillage est composé, habituellement avec 6 à 9 folioles (2 ou 3 paires de 3) portées par des pétioles minces, mais solides. Les folioles peuvent être cordiformes, triangulaires, ellip­ti­ques, lancéolées ou en forme de flèche et sont généralement légèrement à fortement den­tées ; sou­ vent les dents paraissent piquantes (mais elles ne le sont pas) et peuvent alors ressem­bler à des feuil­les de houx. On a généralement l’impression que chaque foliole est une feuille en soi. Le feuillage d’Epimedium x perralchicum ‘Frohnleiten’ en mode estival.

Le feuillage marbré printanier des épimèdes, comme ce Epimedium puberigerum, est un de leurs attraits principaux.

Couvre-sols | 443

Épimède

La seule ombre qui plane sur les épimèdes, du moins pour le jardinier de climat froid, est leur rusticité mal établie, du moins dans le cas des nouvelles introductions. Les catalogues affichent généralement la zone 6 pour ces plantes, ce qui est bien sûr insuffisant pour les jardiniers québécois. Mais il faut comprendre que ces nouveautés n’ont pas été essayées au delà de cette zone. À l’heure actuelle, à ce que je sache, tous les épimèdes qui ont été testés en zone 5 y croissent à merveille. Presque aucun n’a d’ailleurs été essayé officiellement dans les zones 3 et 4, car ces zones « extrêmes » n’intéressent pas assez de jardiniers (n’oubliez pas qu’au niveau mondial, il n’y a pas une personne sur 100 qui vit dans les zones 4 et moins !). Par contre, en 20 ans d’essais personnels nécessairement très limités faute de budget et d’espace, je n’ai jamais perdu un seul épimède en zone 4b, évidemment sous couvert de neige (qui est toujours garanti chez moi). Quand les choses se seront tassées, je pense que l’on découvrira que la majorité des épimèdes sont solidement rustiques en zone 4 et même en zone 3, du moins sous la neige.

Remarquez la forme curieuse de la fleur des epimèdes (ici, Epimedium x youngianum ‘Niveum’) : une « collerette » de sépales par-dessus une « coupe » de pétales et, entre les deux, de longs éperons courbés.

Chez plusieurs épimèdes, comme Epimedium x rubrum, il y a presque trois étages : au fond, les feuilles persistantes de l’année précédente, écrasées au sol par le poids de la neige; au milieu, les fleurs, et au-dessus, les nouvelles feuilles, qui dépassent les fleurs vers la fin de la floraison.

La couleur est variable, allant de vert pomme à vert foncé l’été et est généralement lisse et luisante. Au printemps, le feuillage de beaucoup d’épimèdes est joliment ourlé et nervuré de rouge pourpre sur un fond vert clair… ou vice versa. Le feuillage devient souvent rougeâtre ou pourpre à l’automne. Cette coloration persiste jusqu’au printemps pour les variétés à feuil­les persistantes. Par la suite, les nouvelles feuilles viennent cacher les anciennes qui se décom­posent alors hors de vue. Le feuillage des variétés à feuillage semi-persistant s’est tou­jours montré persistant chez moi, mais brunit durant l’hiver dans les régions où la neige n’est pas présente. Les fleurs sont généralement retombantes. Elles sont portées à la fin du printemps par des tiges très fines, dansant au moindre vent comme des ballerines. Elles sont de forme curieuse, avec une coupe centrale (les pétales) parfois très réduite surplombée de quatre sépales étalés (en fait, il y huit sépales, mais les quatre sépales extérieurs tombent à l’épanouissement de la fleur) qui ressemblent à des pétales et qui forment un genre de collerette. Chez beaucoup d’épimèdes, les sépales et les pétales sont de couleurs différentes, créant un effet d’ensemble qui me fait penser à une fleur de fuchsia ou d’ancolie, parfois même d’un narcisse. Mais ce n’est pas tout ! Les pétales de nombreux épimèdes portent un éperon, parfois discret, mais souvent long et généralement arqué vers le bas. Plein de nectar, il aide à attirer les pollinisateurs, mais du point de vue esthétique, ces quatre appendices crochus (puisqu’il y a quatre pétales) ajoutent un air surnaturel ou féerique à l’ensemble, comme quelque chose apparenté à un monde magique. C’est d’ailleurs l’origine du nom « fleur des elfes » que l’on accole parfois aux épimèdes. Il me semble que la fleur ferait un joli chapeau pour un elfe ! La floraison a lieu au printemps, d’habitude vers la fin, et s’étend sur plusieurs semaines, jusqu’au début de l’été, toujours avant que les nouvelles feuilles ne soient complètement 444 | Couvre-sols

Les épimèdes présentement disponibles dans nos régions ont habituellement de petites fleurs, mais on a récemment découvert des espèces à grosses fleurs dont l’influence se fera sen­tir peu à peu, j’en suis certain. Chez certaines espèces, les fleurs sont portées au-dessus du feuil­lage, mais chez d’autres les tiges florales sont moins hautes que le feuillage et les fleurs peu­vent en être partiellement cachées. Pour les mettre en valeur, les jardiniers forcenés ton­dent le feuillage au sol au printemps (les plus bizarres le font même l’automne !), sous pré­texte que cela permet de mieux les voir… mais entre vous et moi, il y a plein d’autres cho­ses plus utiles à faire au printemps que de tondre ses couvre-sols ! Mais cela est moins nécessaire dans nos régions, où le feuillage de l’année précédente a été au moins un peu écrasé par la neige. Ainsi, les fleurs ne sont pas si cachées que cela et, de plus, le feuil­lage de l’été précédent fait un bien plus joli fond de scène pour les fleurs que des tiges nues cou­pées en brosse. J’ai une tout autre solution pour augmenter l’effet de la floraison : plantez plus d’épi­mèdes ! L’effet de masse compensera le fait que certaines fleurs peuvent être cachées. La situation idéale pour un épimède est un emplacement à la mi-ombre dans un sol riche en humus, bien drainé, acide ou légèrement acide (il ne tolère pas les sols calcaires) et tou­jours un peu humide. La plante est cependant tellement adaptable qu’on lui donne rare­ment des con­ditions idéales. C’est qu’il y a tellement peu de plantes à feuillage persistant qui vont bien à l’ombre qu’on la place généralement dans les emplacements les plus ombragés du ter­rain. Et sa résistance extraordinaire aux racines envahissantes des arbres fait qu’on la plante sou­ vent sous des érables ou des épinettes, totalement à l’ombre, où rien d’autre ne veut pous­ser. Et l’épimède va bien pousser, mais plus lentement que dans de meilleures conditions. Curieusement, cette « plante d’ombre » (car c’est ainsi que l’épimède est vu par les jar­di­ niers) est parfaitement capable de tolérer le plein soleil aussi. Pour aider vos épimèdes à « surmonter » les conditions difficiles dans lesquelles on les plonge, il faut d’abord bien préparer le sol avant de les planter (notamment, une barrière de papier journal entre les racines des arbres et la terre réservée aux épimèdes serait très appré­ ciée) et bien les arroser la première année pour les démarrer correctement. Par la suite, pensez qu’un bon paillis organique (feuilles déchiquetées, paillis forestier, écales de cacao, etc.) aidera à garder le sol plus humide tout en l’enrichissant peu à peu. Une application annuelle de compost, par-dessus le paillis, aidera aussi à enrichir le sol. La plante tolère la sécheresse, mais ne l’apprécie pas : un arrosage est donc le bienvenu quand la pluie manque. Couvre-sols | 445

Épimède

épanouies. Comme le feuillage des épimèdes est souvent très coloré au printemps, il vole souvent un peu l’éclat des fleurs.

Épimède

L’épimède est un excellent couvresol pour l’om­bre et la mi-ombre (certains disent le meil­leur couvresol pour l’ombre et la mi-ombre), mais aussi pour le soleil. Comme il est moins enva­his­sant que d’au­tres couvre-sols, il ne faut pas crain­dre de l’incorporer aux plates-bandes, aux rocailles non plus. On peut Les épimèdes (ici Epimedium x rubrum) font d’excel­lents couvre-sols ; faci­le­ment natu­ra­lis­er quel­ques certains disent les meilleurs couvre-sols. plants dans un sous-bois pour les voir tran­quillement faire de belles grosses touf­fes. Enfin, c’est une excellente fleur coupée fraî­che et séchée et le feuillage aussi ajoute un bel effet aux arrangements. La multiplication se fait presque uniquement par division, habituellement au début de l’automne ou très tôt au printemps. Pour diviser grossièrement une plante établie en deux ou trois parties, il suffit de trancher avec une pelle aiguisée (mettez-y du poids : les rhizomes sont difficiles à couper !) et de transplanter les divisions. Pour obtenir un grand nombre de plantes, par contre, déterrez la plante et rincez ses racines pour voir mieux où couper, vous assurant que chaque section a au moins une pointe de croissance. Quant aux insectes et aux maladies, l’épimède a peu de problèmes. Les cerfs et autres mammifères semblent également l’éviter et les limaces, ennemi numéro un des plantes d’ombre, font rarement des dégâts très visibles. À l’occasion, des abeilles coupeuses de feuilles peuvent découper des cercles dans la marge de leurs feuilles, mais le dommage n’est pas si évident et, de plus, ces abeilles sont si bénéfiques en tant que pollinisateurs qu’il ne faudrait surtout pas essayer de les empoisonner ! Pensez-y : les épimèdes sont des couvresols et produisent beaucoup de feuilles, une mer de feuilles. Pensez-vous vraiment que quelques trous çà et là dérangent autant que ça ?

VARIÉTÉS : Avec les épimèdes, il ne manque pas de choix, c’est le cas de le dire. Et le choix va en aug­ men­tant, car on découvre de nouveaux épimèdes sauvages presque chaque année dans le centre de l’Asie, leur lieu d’origine. De plus, le genre attire depuis peu l’attention des hybri­ deurs, qui s’amusent à les croiser. En attendant la distribution à grande échelle de ces nouveautés, voici quelques variétés plus courantes et faciles à trouver. Personnellement, je collectionne des épimèdes comme d’autres le font avec les timbres : j’en ai presque 50 446 | Couvre-sols

Dans les descriptions suivantes, j’ai utilisé le terme « pousse en touffe » pour indiquer les épi­ La fleur curieuse d’Epimedium alpinum, tournée à l’envers pour vous montrer les curieux pétales en forme de sabot. mè­des dont les rhizomes sont courts et qui forment donc une touffe dense plutôt que de cou­rir. N’empêche que la touffe grossira lentement pour éven­tuel­lement couvrir une large surface. E. acuminatum (épimède à feuilles acuminées) : l’un des « nouveaux épimèdes » récem­ment introduit de Chine (en fait, décrit en 1858, mais redécouvert dans les années 1980). Folioles longues et pointues (c.-à-d. acuminées), presque lancéolées, avec à la marge des piquants. Elles sont diversement marbrées de rouge, de rose ou même de jaune au printemps avant de verdir l’été et sont persistantes. Les fleurs sont grandes (4 cm de diamètre) et portées au-dessus du feuillage, aux sépales rouges à roses à crème, aux pétales roses, blancs ou jaunes et aux éperons roses ou pourpres. 30 à 40 cm x 45 cm. Zone 5 ? E. alpinum (épimède alpin) : l’une des rares espèces européennes, très utilisée en hybridation. Longues feuilles persistantes cordiformes à marge portant des piquants, roses puis vert lime au printemps, vert foncé l’été, rougeâtres l’automne. Nombreuses petites fleurs à sépales rouges et à pétales curieux jaune crème en forme de sabot, portées au-dessus du feuillage frais. Pousse en touffe. 15 à 25 cm x 30 cm. Zone 3. E. ‘Amber Queen’ : hautes tiges arquées portant d’abondantes fleurs jaune vif à longs éperons, coupe teinte d’orange. Diamètre : 5  cm. Feuillage semi-persistant marbré de rouge au printemps, vert foncé l’été. Marge épineuse. 25 à 40 cm x 45 cm. Zone 4. E. brachyrrhizum (épimède à rhizomes courts) : feuilles persistantes cordiformes roses à pourprées au printemps, vert foncé l’été. Fleur rose vif avec de très longs éperons, rappelant une fleur ce cyclamen. Pousse en touffe. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 5 ? E. brachyrrhizum ‘Karen’ : fleurs rose foncé. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 5 ? E. x cantabrigiense (épimède de Cambridge) : E. alpinum x E. pubigerum. Pousse surtout en touffe, s’étendant très lentement par rhizomes. Feuillage persistant luisant Couvre-sols | 447

Épimède

à l’essai ! Et je le souligne : peu im­porte la zone indiquée dans le cata­logue qui m’avait servi à les com­man­der, ils ont tous été parfai­te­ment rustiques chez moi.

Épimède

teinté de rouge au printemps, vert moyen l’été, encore rougeâtre l’automne et l’hiver, marge épineuse. Fleurs de 1 cm à sépales rouges, pétales jaune pâle à marge rougeâtre, sans éperon. 30 à 60 cm x 60 cm. Zone 5. E. davidii (épimède de Père David) : abondantes fleurs de 2,5 cm de diamètre, fleurs jaune vif à éperons longs très arqués. Fleurit sporadiquement durant l’été aussi. Feuilles cui­vrées au printemps, puis vertes, luisantes, à marge très dentée. 30 à 50 cm x 45 cm+. Zone 5. E. epsteinii (épimède d’Epstein) : découvert en 1997. Fleurs nombreuses de grande taille, sépales blancs, éperons contrastants pourpre foncé. Feuillage persistant vert foncé lui­sant. Croissance vigoureuse. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 5 ? E. franchetii (épimède de Franchet) : grosses fleurs jaune soufre à longs éperons cour­ bés. Longues feuilles rose saumon au printemps, vert foncé l’été. 45 à 60 cm x 45 cm+. Zone 5. E. grandiflorum, syn. E. macranthum (épimède à grosses fleurs) : il y a plus de 40 cul­ ti­vars de cette espèce, probablement le plus populaire de tous les épimèdes. Son feuillage est caduc, mais tient jusqu’à la fin de l’automne et repousse tôt au printemps suivant. Les feuilles à marges dentées, presque piquantes, sont brun cuivré au printemps, devenant vert moyen l’été, puis rouge pourpré l’automne. Comme le nom le suggère, les fleurs sont assez grosses, de 5 cm de diamètre. L’espèce est variable, mais habituellement ses fleurs sont blanches avec des éperons roses. L’épimède à grandes fleurs forme une touffe dense, mais sans rhizomes : il ne court pas. Pour un effet de couvre-sol de votre vivant, il faut le planter à environ 20 cm d’espacement. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 4. Epimedium grandiflorum ‘Lilafee’

448 | Couvre-sols

Epimedium x perralchicum ‘Frohnleiten’

E. grandiflorum ‘Album’ : fleurs blanches. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 4.

E. grandiflorum ‘Lilafee’, syn. E. grandiforum ‘Lilac Fairy’ : fleurs lavande. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 4. E. grandiflorum ‘Pierre’s Purple’ : fleurs pourpre foncé. 30 à 40 cm x 45 cm. Zone 4. E. grandiflorum ‘Rose Queen’ (syn. E. grandiflorum ‘Yubae’, E. grandiflorum ‘Crim­son Beauty’)  : fleurs rose foncé à longs éperons blancs. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 4. E. grandiflorum ‘Tama No Genpei’ : fleurs lavande à éperons blancs. 25 à 30  cm x 45 cm. Zone 4. E. grandiflorum ‘White Queen’ : grosses fleurs blanches. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 4. E. ‘Kaguyahime’ : superbe feuillage persistant, aux folioles étroites en forme de flèche joliment margée rouge vin au printemps. Abondantes fleurs de bonne taille, aux sépales roses et aux éperons courts pourpre foncé. 35 à 50 cm x 45 cm+. Zone 5. E. x perralchicum ‘Frohnleiten’ : ce croisement entre E. perralderianum et E. pinnatum col­chicum donne une plante miniature à feuillage persistant, bronzé au printemps et à l’automne, portant de jolies fleurs jaunes à éperons courts bruns bien au-dessus du feuillage. Très populaire…et pour une bonne cause ! 10 à 15 cm x 30 cm+. Zone 4. E. perralderianum (épimède de la Perraudière) : fleurs jaune soufre à sépales nette­ ment plus gros que la petite coupe. Petits éperons bruns un peu aplatis. Feuillage persistant cordiforme denté, rouge pourpre aux nervures vert tendre au printemps, vert foncé et luisant l’été. 30 à 40 cm x 24 cm+. Zone 5. E. pinnatum (épimède penné) : malgré le nom, les feuilles de cette plante sont rarement pennées, mais plutôt divisées en trois groupes de trois folioles. Feuilles persistantes cordiformes dentées, ourlées de bronze au printemps. Fleurs jaune vif à éperons marron. Pousse en touffe. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 4. E. pinnatum colchicum (épimède penné de Colchide) : feuilles persistantes marbrées de rouge au printemps. Fleurs jaune citron à éperons larges et courts. Pousse en touffe. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 4. Couvre-sols | 449

Épimède

E. grandiflorum higoense ‘Bandit’ : surtout cultivé pour son feuillage surprenant, vert tendre ourlé d’une large bande de pourpre foncé. Les grosses fleurs blanc pur sont néan­ moins attrayantes. 25 à 30 cm x 45 cm. Zone 4.

Epimedium x rubrum

Epimedium x versicolor

E. pinnatum colchicum ‘Thunderbolt’ : comme le précédent, mais au feuillage presque noir l’automne et l’hiver, mis en valeur par des nervures vert tendre. 20 à 30 cm x 30 cm. Zone 4. E. pubigerum (épimède pubigère) : forme des touffes denses plutôt que de s’étendre. Hau­tes tiges de petites fleurs blanches, roses ou jaunes. Feuillage cordiforme vert tendre, luisant, coriace. Pousse en touffe. 45 à 60 cm x 30 cm. Zone 5. E. x rubrum (épimède rouge), syn. E. alpinum ‘Rubrum’ : hybride de l’épimède alpin (E. alpinum), à feuillage persistant, et de l’épimède à grandes fleurs (E. grandiflorum), à feuillage caduc. Il forme une plante touffue, avec des feuilles composées généralement persistantes por­tées par de minces mais robustes pétioles. Feuilles joliment marbrées de rouge au prin­temps, redevenant rougeâtres à l’automne. Fleurs rouges et blanches partiellement cachées par le feuillage. S’étend lentement mais sûrement. Variété plus ancienne qui a fait ses preuves et est considérée comme l’un des meilleurs couvre-sol. 25 à 30 cm x 30 cm+. Zone 4. E. x rubrum ‘Sweetheart’ : feuillage et fleurs plus colorés et, surtout, fleurs davantage déga­gées du feuillage. Digne successeur du populaire E. x rubrum que l’on devrait désor­ mais met­tre au pâturage. 25 à 30 cm x 30 cm+. Zone 4. E. x versicolor (épimède versicolore) : cet hybride de E. pinnatum et E. grandiflorum res­­sem­ble à E. x rubrum par son feuillage fortement marbré de rouge au printemps et encore à l’automne. Il a 5 à 11 folioles, habituellement persistantes. Les fleurs sont jau­nes et apparaissent plus tôt au printemps que chez la plupart des épimèdes. 30 cm x 30 cm. Zone 4. E. x versicolor ‘Cupreum’ : fleurs rouge cuivré. 30 cm x 30 cm. Zone 4. 450 | Couvre-sols

E. x versicolor ‘Sulphureum’ : fleurs jaune soufre. 30  cm x 30 cm+. Zone 4.

Epimedium x youngianum ‘Niveum’

E. x versicolor ‘Versicolor’ : fleurs jaunes aux sépales oran­ gés. 30 cm x 30 cm. Zone 4.

E. x warleyense (épimède de Warley) : hybride de E. alpinum et E. pinnatum colchi­cum. Nom­breuses petites fleurs très voyantes à sépales jaunes et coupe orange. Feuillage cor­ di­for­me teinté de rouge au prin­temps et à l’automne, vert pâle l’été. 30 à 50 cm x 45 cm+. Zone 5. E. x warleyense ‘Orangekönigen’ (syn. ‘Orange Queen’) : fleurs orange. 30 à 50 cm x 45 cm+. Zone 5. E. x youngianum (épimède de Young) : un hybride d’E. diphyllum et E. grandiflorum. Les feuil­les caduques sont plus divisées que les autres, habituellement en neuf folioles qui sont très den­tées et plutôt ovales. Elles sont vertes marquées de rouge au printemps, vertes l’été et rouge très foncé l’automne. Fleurs blanc rosé. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4. E. x youngianum ‘Merlin’ : fleurs pourpres. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4. E. x youngianum ‘Niveum’ : fleurs blanches. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4. E. x youngianum ‘Roseum’ (syn. E. x youngianum ‘Lilacinum’) : fleurs roses teintées de pour­pre. 15 à 20 cm x 30 cm+. Zone 4.

GENRE APPARENTÉ : Vancouveria hexandra (vancouveria à six anthères) : le pendant nord-américain de l’épimède eurasiatique. C’est la plus nordique des trois espèces du genre Vancouveria et pro­ba­ble­ment la seule qui soit rustique dans nos contrées. Il provient de la côte ouest des États-Unis, de la Californie à l’État de Washington. Il a été nommé non pas pour la ville ou pour l’île de Vancouver (où d’ailleurs on ne le trouve pas, du moins pas à l’état sauvage), mais plutôt pour l’explorateur britannique du 18e siècle lui-même, le capitaine George Van­cou­ver. D’ailleurs, île, ville et plante sont nommées en son honneur. Couvre-sols | 451

Épimède

E. x versicolor ‘Neo­sul­phu­ reum’ : fleurs jaune vif. 30 cm x 30 cm. Zone 4.

Épimède

Le vancouveria à six anthères ressemble à s’y méprendre à un épimède et en est d’ailleurs un proche parent. La différence la plus évidente est que tout chez la fleur se fait en multiples de six plutôt que quatre : six sépales, six pétales et, comme son épithète le dit, six anthères. (Les épimèdes ont quatre de chaque.) C’est une plante basse à rhizomes longs qui fait un beau tapis avec le temps, mais qui est un peu plus entreprenante que les épimèdes, faisant son devoir de couvre-sol plus rapidement, mais demandant alors un peu de contrôle. Son feuillage composé est coriace, luisant et porté par des pétioles minces, comme les épimèdes, mais les folioles sont doucement lobées, un peu comme une feuille d’érable aux pointes arrondies. Les fleurs, petites mais nombreuses, sont suspendues bien au-dessus du feuillage très bas et sont blanches. Seulement les sépales et les étamines en forme de colonne sont réellement visibles chez les vancouverias, les pétales sont réduits à de tout petits éperons qui sont collés sur les sépales et n’ont alors aucun impact visuel. Je vois souvent la zone 7 citée comme limite de rusticité pour cette plante, mais comme elle réussit très bien en zone 4 et que je connais des gens qui la cultivent en zone 3b, j’ai osé lui accorder une côte zonière 4 ici. 20 à 25 cm x 25 à 30 cm+. Zone 4 (3 ?). Vancouveria hexandra

452 | Couvre-sols

Fraisier décoratif

Quand le premier fraisier à fleurs roses est sorti en 1990, il a fait sensation. Après tout, personne n’avait vu un fraisier à fleurs roses auparavant : toutes les espè­ces de fraisier (Fragaria) du monde entier (et c’est un genre présent presque partout sur la planète) avaient des fleurs blanches. D’où venait la couleur rose des fleurs ? À partir des années 1960, l’hybrideur britannique Jack R. Ellis avait tenté de croiser le fraisier des jardins (Fragaria x ananassa) avec la potentille des marais (Poten­tilla palustris). Cela paraissait peu probable, car normalement on ne peut pas croiser des plantes de genres différents et d’ailleurs les deux plantes se ressem­ blaient peu. Le fraisier produit une rosette basse, a des feuilles trifoliées, produit des stolons et pos­sède des fleurs blanches et, bien sûr, des fruits juteux comes­ tibles. La potentille des marais est dressée, a des feuilles pennées avec cinq à sept folioles, ne produit aucun stolon et a des fleurs rouges à pourpres et des fruits secs qui ne se mangent pas. Malgré cela, Ellis a réussi son croisement… sauf que l’hybride ressemblait en

Fragaria x rosea ‘Lipstick’

Fragaria x rosea Autre nom commun : fraisier à fleurs roses Nom botanique : Fragaria x rosea Famille : Rosacées Hauteur : 15 à 25 cm Largeur : 25 cm+ Espacement à la plantation : 30 cm Exposition : Sol : bien drainé, humide et riche en matière organique Floraison : fin du printemps au début de l’automne Résistance au piétinement : moyenne Multiplication : marcottage, bou­tu­ rage de plantules, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, murets, pentes, sous-bois, prés fleuris, bacs, attire les oiseaux, utilisation culinaire Associations : bulbes de printemps, fougères, astilbes, pulmonaires Zone de rusticité : 3

Couvre-sols | 453

Le « papa » des fraisiers à fleurs roses : Potentilla palustris.

Les fraisiers décoratifs (ici Fragaria x rosea ‘Frel’ Pink Panda MD) produisent une profusion de stolons

tous points à un fraisier, rosette, stolons, feuilles trifoliées et fruits comestibles inclus. On ne voyait aucune trace de la potentille… sauf dans la couleur de la fleur, qui était rose très pâle. Comment se fait-il que la potentille a transmis si peu de traits génétiques à la nouvelle plante ? Il se trouve que le fraisier des jardins (F. x ananassa) est un octoploïde, c.-à-d. qu’il a 8 paires de chromosomes. La potentille des marais (Potentilla palustris) est un diploïde, avec 2 paires de chromosomes. L’hybride des deux était un décaploïde (non, moi non plus, je ne connaissais pas ce terme auparavant !), ayant hérité 8 paires de chromosomes du fraisier et 2 paires de la potentille, pour un total de 10 paires. Génétiquement parlant, un tel croisement est très peu probable, mais c’est arrivé. Et vous comprenez alors que le fraisier a donné 4 fois plus de matériel génétique à la nouvelle plante que la potentille. Voilà pourquoi la plante hybride ressemble davantage à un fraisier qu’à une potentille ! Maintenant, comment appeler cet hybride ? Habituellement, quand on réalise le rare exploit de croiser deux plantes de genres différents, il faut créer un genre hybride en lui donnant un nom composé des éléments des noms des deux parents, comme X Fatshedera, qui résulte du croisement d’un Fatsia et d’un Hedera. (Notez le signe de multiplication qui précède le nom et qui indique que la plante est un hybride.) Donc, on aurait pu appeler notre nouvelle plante X Fragentilla, X Potentaria ou quelque chose de semblable. Mais l’hybrideur a choisi de maintenir le nom Fragaria x ananassa pour sa nouvelle plante, considérant que la plante restait, pratiquement, un fraisier. D’ailleurs, il a recroisé les plantes hybrides de la pre­mière génération avec des fraisiers « pur sang » plusieurs fois, diluant encore davantage les gènes de potentille, et estime que les cultivars actuels sont des fraisiers (Fragaria) à 96 %. Depuis le lancement du premier fraisier à fleurs roses, d’autres taxonomistes ont ajouté leur grain de sel à cette nomenclature et les « potentilles x fraisiers » sont maintenant classifiés sous une nouvelle épithète, x rosea, ce qui donne Fragaria x rosea. 454 | Couvre-sols

Assez de jargon scientifique (mais je trouve cette histoire très intéressante ; vous aussi je l’espère !) : parlons maintenant de notre plante. Le fraisier décoratif (F. x rosea) est une plante basse produisant une rosette centrale de feuil­les trifoliées persistantes (mais parfois tuées par un hiver froid) vert foncé. De cette rosette sortent de longs stolons minces qui forment chacun une plantule à l’extrémité, puis la plantule produit d’autres stolons à son tour, et ainsi de suite, à l’infini. En touchant au sol, la plantule s’enracine et devient une nouvelle plante à part entière. C’est ce qu’on appelle le marcottage. En se marcottant, le fraisier forme un tapis de végétaux identiques tout autour de lui : il est né pour être un couvre-sol ! À la fin du printemps et au début de l’été, la plante produit une profusion de petites fleurs roses à cinq pétales (parfois plus). La floraison diminue ou s’arrête l’été, devenant sporadique, mais reprend, plus légèrement, à l’automne. Ces fleurs donnent les mêmes fraises rouges, juteuses et sucrées que l’on connaît et on peut les manger sans crainte… d’ailleurs, si on ne le fait pas, les oiseaux vont s’en charger ! Leur production est cependant faible chez la plupart des fraisiers décoratifs comparativement au véritable fraisier de jardin (F. x ananassa). La production de fruits suit de quelques semaines les hauts et les bas de la floraison : elle est plus abondante au milieu de l’été et plus faible l’été et l’automne. Dans les pays plus tempérés, la production continue même l’hiver… mais pas dans nos régions ! Un fraisier ne vit pas nécessairement très longtemps et finit par disparaître. Par con­tre, les plantules remplacent facilement la plante-mère décédée et l’on remarque rare­ment son trépas. Pour le fraisier, l’emplacement idéal pour la production de fruits est au plein soleil dans un emplacement frais (une combinaison bien rare, comme le producteur de fraises vous le dira !). Les fleurs, par contre, durent plus longtemps et conservent mieux leur couleur à la mi-ombre et la plante s’y trouve très à l’aise. On peut aussi facilement cultiver le fraisier déco­ ratif à l’ombre des arbres feuillus pourvu qu’il reçoive un bon ensoleillement printanier. Quant au sol, une terre bien drainée, riche en humus et également humide, acide ou alcaline, est préférable, mais le fraisier décoratif peut aussi tolérer les sols de moindre qualité, il s’enracine même dans le gravier, tant que le drainage est bon. Il peut tolérer un peu de Couvre-sols | 455

Fraisier décoratif

Et ce n’est pas terminé ! Beaucoup de taxonomistes croient que le genre Fragaria n’a plus sa raison d’être, que les fraisiers devraient en fait appartenir au genre Potentilla. Si cela arrive, le fraisier des jardins s’appellera Potentilla x ananassa et notre plante, le fraisier décoratif, P. x rosea. Traitez-moi de conservateur si vous voulez, mais je déteste quand des genres bien connus disparaissent et j’ai opté ici pour l’utilisation du nom de F. x rosea.

Fraisier décoratif

sécheresse, mais n’est pas à l’aise là où la compétition racinaire est forte. D’ailleurs, le défaut de le cultiver au plein soleil est qu’il faut l’arroser fréquemment, car c’est là qu’il fait le plus sec. Évidemment, un bon paillis est toujours le bienvenu. D’ailleurs, peu de plantes semblent autant apprécier un paillis que les fraisiers décoratifs ! Plantez le fraisier avec attention : son collet doit être au niveau du sol. Trop profond, il pourrit ; trop dégagé, il dépérit. Il est sage de supprimer les stolons la première année, le temps que la plante s’installe : cela assure une floraison plus abondante par la suite. Les stolons sont tout naturellement vagabonds et ne vont pas toujours là où l’on veut. Il peut être nécessaire parfois de les diriger, les fixant avec une épingle à cheveux, vers un secteur un peu vide pour que le tapis soit égal partout. Et les stolons passent allégrement par-dessus les barrières pare-racines. Heureusement qu’il est facile d’arracher les plantules égarées. J’aime bien libérer cette plante dans un secteur un peu sauvage où elle paraîtra çà et là au gré de ses pérégrinations. C’est un excellent sujet pour la culture en bac, en panier suspendu ou sur un muret, car alors ses stolons retombent très joliment. On la multiplie normalement en déterrant les marcottes (plantules produites par mar­ cottage) qui paraissent partout autour de la plante mère. On peut aussi prélever et bouturer les plantules à l’extrémité des stolons. La multiplication par semences, par contre, bien que facile, ne donne pas des plantes fidèles au type. La lignée ‘Shades of Shade’, décrite ci-dessus, en est une belle preuve : ses fleurs sont de plusieurs teintes de rose. Lorsqu’il est cultivé comme plante maraîchère, le fraisier semble sujet à bien des insectes et maladies (araignées rouges, charançons, pourriture du collet, blanc, virus, etc.), mais voilà le prix à payer quand on gave des plantes d’engrais chimiques dans une monoculture. Utilisé comme plante ornementale, le fraisier souffrira rarement de problèmes assez graves pour mériter votre attention.

VARIÉTÉS : F. x ‘Frel’ Pink Panda  : c’était le tout premier cultivar de cette nouvelle espèce hybride, lancé en 1990. Fleurs roses. Floraison plus abondante en début de saison, faible l’été et l’automne. 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3. MD

F. x rosea ‘Franor’ Red Ruby , syn. ‘Samba’ : le plus rouge des fraisiers décoratifs : rouge pourpre d’après les publicités, mais à mes yeux rouge rosé. Une mutation de ‘Frel’. 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3. MD

456 | Couvre-sols

Fragaria x rosea ‘Frel’ Pink Panda MD

Fragaria x rosea ‘Franor’ Red Ruby MD

F. x rosea ‘Lipstick’ : fleurs rouge rosé. Floraison sporadique durant tout l’été. 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3. F. x rosea ‘Pikan’ : fleurs roses. Fructifie bien durant tout l’été. Variété offerte sous forme de sachet de semences. 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3. F. x rosea ‘Roselyne’ : hybride québécois. Grandes fleurs roses. Le plus productif en fruits de tous les fraisiers décoratifs. D’ailleurs, on l’utilise commercialement pour la production de fraises. 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3. F. x rosea ‘Shades of Pink’ : lignée offerte par semences. Couleur variable, de blanc à rose foncé, mais surtout rose pâle. 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3.

AUTRES ESPÈCES : F. x ananassa (fraisier des jardins, fraisier hybride) : hybride de deux fraisiers du Nouveau Monde, F. chiloensis et F. virginiana, c’est le fraisier cultivé usuel, aux gros fruits juteux. Il est plus souvent utilisé comme fruitier que comme plante ornementale, mais il peut faire un très beau couvre-sol, dans les mêmes conditions culturales que F. x rosea, si vous aimez les fleurs blanches. Et bien sûr, il produit beaucoup de fruits délicieux ! 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3. F. x ananassa ‘Variegata’ : fleurs blanches. Fructifie peu. Feuilles panachées. Souvent confondu avec F. vesca ‘Variegata’ (page 459), beaucoup plus courant en culture. 5 à 25 cm x 25 cm+. Zone 3. F. vesca (fraisier des bois) : avant le développement du fraisier des jardins (ci-dessus), la fraise des bois était la fraise, tout simplement. Ses fruits sont petits, voire minuscules, mais délicieux, bien plus goûteux que ceux du fraisier des jardins, mais par contre moins Couvre-sols | 457

Fraisier décoratif

abondants. Les petites fleurs sont blanches. C’est une plante à distribution circumpolaire ; la forme indigène en Amérique porte le nom de F. vesca americana. Le nom « fraisier des bois » est indicateur : c’est l’espèce qu’on trouve dans la forêt feuillue ou coniférienne et il aime bien l’ombre. (Le fraisier des champs de nos régions est F. vir­gi­niana ; n’étant pas une plante particulièrement adepte de l’ombre, il n’est pas décrit ici.) Cette espèce est non résistante aux cerfs. On distingue le fraisier des bois des autres fraisiers par ses folioles plutôt pointues, nette­ ment dentées et profondément nervurées. Pour bien fructifier, il faut qu’il soit à la miombre, mais il fait un superbe couvre-sol et fleurit bien même dans les endroits plus som­ bres. Il ne fleurit normalement qu’une fois par année, à la fin du printemps, et donne ses petites frai­ses environ un mois plus tard, mais… de nombreuses variétés horticoles ont été sélec­tion­nées spécifiquement pour leur capacité de fleurir et de fructifier toute la saison. Notez que cette espèce n’est pas résistante aux cerfs. Je me suis limité, dans les descriptions des cultivars du fraisier des bois, aux variétés con­ si­dé­rées comme ornementales, mais tout fraisier des bois de type maraîcher, comme ‘Mara des Bois’ ou ‘Rügen’, pourrait aussi faire un joli couvre-sol pour les sites ombragés ou mi-ombragés. Notez aussi que la zone de rusticité des cultivars varie selon l’origine des plantes. 15 à 30 cm x 30 cm+. Zone variable : 2 à 5. F. vesca ‘Golden Alexandra’ : variété ornementale à feuillage « doré » (vert chartreuse). Fleurit tout l’été et fructifie aussi toute la saison, mais peu abondamment. Ne produit que peu ou pas de stolons, se divise à la base plutôt. 15 à 30 cm x 30 cm+. Zone 5. Fragaria vesca ‘Variegata’

458 | Couvre-sols

Fragaria vesca ‘Golden Alexandra’

PLANTES APPARENTÉES : Duchesnea indica (fraisier de Duchesne, fraisier à fleurs jaunes, fraisier des Indes, faux fraisier) : cette plante ressemble grandement au fraisier par son port, son feuillage trifolié, ses stolons, ses fleurs à cinq pétales et même par ses fruits rouges similaires (dont le goût est insipide, toutefois). Elle porte par contre des fleurs jaunes. Elles sont, comme chez le fraisier, plus abondantes en début de saison, mais sporadiques jusqu’à l’automne. Sa culture est identique à celle du fraisier des bois : soleil, mi-ombre et ombre lui conviennent parfaitement. Attention : le fraisier de Duchesne fait un excellent couvresol, mais il est aussi passablement envahissant, plus que les vrais fraisiers. Il faut surtout l’éloigner des pelouses si vous tenez un gazon uniquement composé de graminées, car il adore y prendre racine ! Lui aussi est menacé d’un changement de genre : certains taxonomistes l’appellent maintenant Potentilla indica. 5 à 10 cm x 60 cm+. Zone 4. Duchesnea indica ‘Harlequin’ : feuillage panaché de blanc ou de rose au printemps, sou­vent entièrement vert l’été s’il fait chaud. Fleurit bien. Il existe d’autres cultivars pana­ chés du frai­sier de Duchesne, dont ‘Snowflake’ et ‘Taff ’s Silverline’. 5 à 10 cm x 60 cm+. Zone 4.

Duchesnea indica

Couvre-sols | 459

Fraisier décoratif

F. vesca ‘Variegata’ : fleurs blanches peu nombreuses, surtout au printemps, et presque jamais de fruits. La plante se cultive surtout à cause de son très beau feuillage joliment panaché de blanc. Un bijou ! 15 à 30 cm x 30 cm+. Zone 4.

Galax

Galax urceolata

Galax urceolata Nom botanique : Galax urceolata, syn. G. aphylla, G. rotundifolia Famille : Diapensiacées Hauteur (feuillage) : 10 à 15 cm Hauteur (fleur) : 30 à 75 cm Largeur : 30 cm Espacement à la plantation : 20 cm Exposition : Sol : bien drainé, riche en humus, humide, acide Floraison : fin d’été, début d’automne Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division, semences Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, rocailles, murets, pentes, sous-bois, fleurs coupées, feuilles coupées Associations : fougères, épimèdes, quatre-temps Zone de rusticité : 4

460 | Couvre-sols

Rare, certes, mais un super couvre-sol pour l’ombre si vous pouvez le trouver. Le galax (comme il est seul dans le genre Galax, nul besoin de lui donner un surnom) est une plante des forêts de montagnes som­bres du sud-est des États-Unis. Vous l’avez peutêtre vu utilisé dans les arrangements floraux, car son feuil­lage est très populaire à cette fin, probablement parce qu’il dure plusieurs semaines après qu’on l’a coupé. Dans le sud des Appalaches, sa collecte est une importante industrie locale ; on y récolte plus de deux milliards de feuilles annuellement pour expédition partout dans le monde. Le galax est menacé de disparition dans son pays d’origine à cause de cette récolte excessive. L’introduire en culture serait alors une excellente façon pour aider à le conserver : cela enlèvera la pression sur la population sauvage. Le galax est une plante à croissance lente mais sûre, formant peu à peu un beau tapis grâce à ses rhizomes courts souterrains. Son feuillage est charmant et c’est son attrait principal. Non pas que je veuille dénigrer ses fleurs, mais elles ne sont présentes qu’un mois par

Un galax seul en fleurs n’est pas très impressionnant. Le mince épi dressé, généralement au moins trois fois plus haut que le feuillage, ne porte que de toutes petites fleurs blanches à cinq pétales. D’ailleurs, même pour pouvoir compter les pétales, il faut être très près, ils sont si petits que ça. Par contre, un tapis de galax en fleurs est séduisant, comme des centaines de minces cierges blancs se dressant vers le ciel. Féerique ! Plante de sous-bois sombre, le galax n’a pas besoin de soleil direct sauf au printemps, quand il aime bien que ses nouvelles feuilles puissent profiter du soleil filtrant à travers les branches dénudées des arbres surplombants. Il poussera aussi très bien à la mi-ombre, mais craint le soleil estival. On le trouve dans des sous-bois au sol riche en humus et plutôt acide : il aimerait profiter des mêmes conditions chez vous aussi. Il ne bronche pas sous les inondations printanières, mais apprécie un bon drainage le reste de l’année et tolère très bien la sécheresse provoquée par la compétition racinaire, du moins une fois qu’il est établi. Parfois on le voit croître directement sur des roches, ses racines poussant dans une mince couche de mousse. Il pourrait tout aussi bien pousser dans une rocaille ombragée ou sur un muret. Il semble avaler tout rond les feuilles d’automne qui tombent à son pied, car elles disparaissent à travers ses feuilles plutôt dressées, formant l’épaisse litière forestière qu’il adore. Si les feuilles mortes manquent chez vous, un bon paillis peut compenser. Comme de nombreuses plantes à croissance très lente, le galax vit longtemps : une plantation dure toute une vie. Il a peu d’ennemis sauf les cerfs, qui mangent avidement son feuillage. Si vous avez des plants de galax, vous pouvez les diviser avec attention aux fins de multi­ plication, coupant entre deux rhizomes pour que chacun ait sa pointe de croissance. Pour mieux voir ce que vous faites, rincez la motte à l’eau pour faire tomber la terre. Des plants de galax étant rarement offerts sur le marché, il faut souvent faire venir des semences pour l’obtenir. Les graines très fines sont fragiles, mais n’ont pas besoin de traitements spéciaux pour germer. Calculez tout de même que les semis ne seront pas prêts à repiquer en pleine terre avant deux ans.

VARIÉTÉS : Il n’en existe aucune. Couvre-sols | 461

Galax

année alors que son feuillage persistant est toujours présent, du moins tant qu’il n’est pas couvert de neige. Les feuilles sont en forme de cœur arrondi et dentées, mesurant environ 12 cm de diamètre. Vert foncé luisant au printemps, puis plus mat l’été, elles prennent de riches teintes rouge vin l’automne et l’hiver avant de reverdir avec le retour des beaux jours.

Gaulthérie couchée

Gaultheria procumbens

Gaultheria procumbens Autre nom commun : thé des bois Nom botanique : Gaultheria procumbens Famille : Éricacées Hauteur : 15 cm Largeur : 60 cm+ Espacement à la plantation : 25 cm Exposition : Sol : frais, humide, acide Floraison : printemps Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division, semences, bouturage de tiges Utilisation : bordures, couvre-sols, mas­ sifs, naturalisation, plates-bandes, ro­ cailles, murets, pentes, sous-bois, bacs, attire les oiseaux, surtout les coli­bris, utilisation culinaire et médicinale Associations : fougères, épimèdes, rhododendrons, azalées Zone de rusticité : 2

462 | Couvre-sols

Cette belle plante de nos sous-bois est devenue très popu­laire en Europe où on la voit partout : en platebande, en couvre-sol, dans les boîtes à fleurs et même en tant que plante d’intérieur ! Pourquoi alors cette plan­te abondante dans nos forêts ne trouve-t-elle pas plus souvent preneur dans les jardins de son pro­ pre pays ? Car la gaulthérie couchée n’est pas européenne, mais indigène dans l’est de l’Amérique du Nord, de l’Alabama jusqu’au nord du Québec. Elle fut d’ailleurs nommée en l’honneur du médecin du roi de la Nouvelle-France, Jean-Francois Gaultier (17081756). C’est un petit arbuste drageonnant qui fait un beau feuillage ovale luisant et persistant. Les feuilles sont vert foncé l’été, pourprées l’hiver. Au printemps, elle produit de petites clochettes blanches pendantes qui donnent naissance à des baies vertes l’été, qui deviennent rouges à la fin de l’été. Les fruits persistent longtemps, tout l’hiver et parfois même tout l’été suivant s’ils ne sont pas consommés. C’est un aliment qu’affectionnent les oiseaux gallinacés, comme les

Il n’y a pas que les oiseaux qui apprécient la gaulthérie couchée. Les humains aussi. Ses fruits sont comestibles, avec un goût balsamique agréable. La gaulthérie couchée fut d’ailleurs la première source de l’essence de wintergreen (de son nom anglais), que l’on retrouve, entre autres, dans les gommes à mâcher. Cette huile essentielle, extraite des fruits mais aussi des feuilles et des branches, a par ailleurs des usages médicinaux. De nos jours, on la fabrique surtout en laboratoire. Le feuillage aussi est utile : comme son deuxième nom commun, thé des bois, le suggère, on en fait une tisane. La plante se répand lentement mais sûrement par tiges souterraines qui émergent au printemps autour de la plante mère. Ainsi, le tapis de vert qu’elle forme s’agrandit d’année en année. On trouve la gaulthérie couchée surtout dans les forêts conifériennes vierges ou peu déran­ gées par l’être humain, mais aussi dans les forêts mixtes et les tourbières. C’est une plante qui n’exige pas, et d’ailleurs ne tolère pas très bien, le plein soleil. Si on l’y cultive, il faut assurer à la fois humidité constante et fraîcheur. La mi-ombre et l’ombre sont ses milieux de préférence : n’oubliez pas qu’elle pousse dans la nature au pied des conifères, ce qui assure une ombre profonde à longueur d’année. La gaulthérie couchée préfère un sol riche ou sablonneux et humide, même très humide, mais s’accommode de la sécheresse une fois qu’elle est bien établie, puisqu’elle pousse fréquemment dans les endroits où la compétition racinaire est féroce. Elle croît souvent dans des sols très acides, mais s’adapte Gaultheria procumbens à la fonte des neiges. Elle porte encore sa bien aux sols moins acides et même coloration d’hiver et ses fruits de l’année précédente. neutres. Par contre, ce n’est pas un bon choix pour les sols alcalins. C’est une plante pratiquement sans  entretien, mais sa croissance est très lente, d’où la plantation assez dense (aux 25 cm) recommandée. Une plante seule finira par couvrir de vastes surfaces, même plusieurs mètres carrés, mais seulement après des dizaines d’années. Couvre-sols | 463

Gaulthérie couchée

gélinottes et les faisans, mais comme ils ne sont pas toujours présents au jardin, les fruits peuvent durer un an ou plus. Il n’est donc pas rare de voir la gaulthérie couchée en fleurs et en fruits en même temps.

Gaulthérie couchée

On la multiplie par division au printemps ou à l’automne, ou par graines semées à l’automne. Les graines germent facilement sans traitements spéciaux, ce qui est assez surprenant pour une plante de la famille des Éricacées, groupe réputé difficile à produire par semences. Le bouturage des tiges est possible, mais le taux de succès est faible. Ne prélevez pas cette plante à l’état sauvage : elle pousse souvent dans des milieux fragiles et sa récolte pourrait causer un tort irréparable. Vous pouvez toutefois récolter quelques fruits (donc des graines) sans causer de dommages. Par contre, les graines sont aussi disponibles dans le commerce. Depuis quelque temps, on voit la gaulthérie couchée utilisée comme plante d’intérieur pen­ dant le temps des Fêtes, ce à quoi elle convient très bien par son apparence, avec ses fruits rouges sur un fond de feuillage vert foncé luisant. Personnellement, cependant, je ne croyais pas que la gaulthérie pourrait survivre longtemps utilisée de la sorte, car comment une plante des forêts nordiques, habituée aux grands froids, pourrait-elle survivre dans un intérieur surchauffé durant ce qui serait normalement sa saison de dormance ? À ma grande surprise, je l’ai trouvée parfaitement à l’aise sur le rebord d’une fenêtre orientée à l’ouest, conservant feuillage et fruits pendant tout l’hiver et fleurissant bien au printemps par la suite. Je n’ai pas voulu pousser l’expérience plus loin et je l’ai plantée en pleine terre par la suite, mais je considère maintenant la gaulthérie couchée comme une excellente plante de Noël. Enfin, l’odeur balsamique que dégagent toutes les parties de la gaulthérie couchée et que nous trouvons si invitante est en fait conçue pour repousser les prédateurs. Ainsi, notre petit couvre-sol est rarement victime des insectes ou des maladies.

VARIÉTÉS : Il y a seulement quelques années, on ne trouvait aucun cultivar de cette plante, mais cela n’est plus vrai, signe, d’après moi, que la gaulthérie couchée commence enfin à percer dans le monde horticole. G. procumbens ‘Dart’s Red Giant’ : fruits rouges particulièrement gros. 15 cm x 60 cm. Zone 2. G. procumbens ‘Macrocarpa’ : gros fruits rouges. Similaire sinon identique à ‘Dart’s Red Giant’. 15 cm x 60 cm. Zone 2. G. procumbens ‘Red Baron’ : fruits rouges plus abondants que la moyenne. 15 cm x 60 cm. Zone 2. 464 | Couvre-sols

G. procumbens Very Berry  : une sélection produite par semences, donnant une plante  à gros fruits et à maturation rapide, développée pour le marché des plantes de Noël. On sème en janvier pour la vente, en pleine fructification, en novembre. 15 cm x 45 cm. Zone 2. MD

Le genre Gaultheria est assez vaste, avec plus de 180 espèces trouvées un peu partout dans le monde, mais la plupart des espèces sont de climat plus chaud que le nôtre. En voici toutefois deux qui peuvent pousser dans nos jardins extérieurs. G. hispidula, syn. Chiogenes hispidula (gaulthérie hispide, petit thé) : espèce plus nor­di­que, indigène de l’Alaska jusqu’au Labrador ainsi, bien sûr, qu’au Québec. Comme une mini-gaulthérie couchée à fruits blancs, avec les mêmes arômes et utilisée aux mêmes fins. Tiges complètement prostrées et couvertes de poils tout comme l’envers des feuilles minus­cules persistantes et charnues, d’un vert mat. Elle retombe très joliment d’un muret ! Les fleurs en clochette sont petites, blanches à roses, tandis que les fruits blanc perle sont souvent plus gros que les feuilles ! Fort intéressante dans les milieux acides humides. Contrairement à sa cousine, elle tolère et préfère même les sols détrempés. Cependant, l’espèce est peu com­mer­cia­lisée présentement. 5 à 8 cm x 20 cm+. Zone 1a. G. miqueliana (gaulthérie de Miquel) : espèce surtout asiatique, mais aussi présente en Alaska (un seul spécimen trouvé sur une île isolée en 1932 !). Elle porte des feuilles oblon­gues, crénelées, très luisantes et de courts épis de fleurs blanches ou roses, suivis de baies comes­tibles blanches. Toute la plante est aromatique. Peu connue au Québec, mais se com­por­tant merveilleusement au Jardin botanique de Montréal. 30 à 40 cm x 60 cm+. Zone 5b ? Gaultheria miqueliana

Couvre-sols | 465

Gaulthérie couchée

AUTRES ESPÈCES :

Géranium à gros rhizome

Geranium macrorrhizum

Geranium macrorrhizum Nom botanique : Geranium macrorrhizum Famille : Géraniacées Hauteur : 30 à 50 cm Largeur : 60 à 150 cm+ Espacement à la plantation : 60 cm Exposition : Sol : bien drainé Floraison : fin du printemps Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division, bouturage, marcottage, semences Utilisation : couvre-sols, massifs, natu­ ralisation, plates-bandes, murets, pentes, sous-bois, prés fleuris, parfumerie Associations : épimèdes, fougères, sceaux-de-Salomon Zone de rusticité : 3

466 | Couvre-sols

Il y a plus de 400 espèces de géranium vivace (Gera­ nium), et plusieurs peuvent servir de couvre-sol pour les coins ombragés (voir la fiche suivante, Autres géra­ niums d’ombre pour d’autres suggestions). Mais le meil­ leur, et de loin, est le géranium à gros rhizome (Gera­ nium macrorrhizum) : je m’avancerais encore plus pour dire qu’il est tout simplement le meilleur couvresol pour l’ombre sèche qui existe. Il avance, tel un rouleau compresseur, écrasant tout sur son passage : il recouvre les racines exposées, cache les irrégularités du sol, étouffe les plantes plus basses (espérons que ce sont des mauvaises herbes !) et forme un tapis égal de feuillage généralement persistant à la grandeur de la sur­face. Il définit presque à lui tout seul le concept de « paillis vivant ». Et il fait tout cela rapidement (con­ trai­re­ment à la majorité des autres bons couvre-sol pour l’ombre fraîche qui sont généralement lents à s’éta­blir) et à peu de frais, puisqu’il ne faut que quel­ ques plants pour recouvrir de vastes surfaces. En contrepartie, c’est une plante agressive qui recouvrira même vos sentiers et débordera dans la rue si vous la laissez faire… mais on reparlera de ce défaut plus loin.

Quand un géranium n’est pas un Geranium Attention : toutes les plantes qui portent le nom commun « géranium » ne sont pas des Geranium. Les populaires « géraniums annuels », surtout, ne sont pas des Geranium, mais des Pelargonium. Le plus connu de ces faux géraniums est le géranium des jardins, P. x hortorum. Avides de soleil, les Pelargonium n’ont pas leur place dans ce livre. Le géranium des jardins (Pelargonium x hortorum) n’est pas un vrai géranium.

Le géranium à gros rhizome forme un vaste tapis de feuilles grâce à de nombreux rhizomes épais rampant à la surface du sol. Un plant de deux ans peut mesurer 60 cm de diamètre, un plant de cinq ans, peut-être 2 m ! Les rhizomes ne s’enracinent pas nécessairement, mais deviennent de plus en plus longs chaque année. Grâce à ces rhizomes passe-partout, on peut établir la plante dans un secteur un peu plus convenable à la culture (moins de racines, sol plus meuble, atteint davantage par la pluie, etc.) et ses rhizomes iront recouvrir les secteurs plus stériles avoisinants. Les feuilles sont très grosses pour un géranium : de 10 à 20 cm de diamètre. La silhouette plutôt ronde, elles sont profondément découpées en cinq à sept lobes et ont une odeur agréable lorsqu’on les froisse. D’ailleurs, le parfum agréable du feuillage n’est pas passé inaperçu des parfumeurs européens : l’essence de géranium, utilisée en parfumerie, est dérivée de cette plante. La coloration des feuilles est vert moyen l’été, mais elles prennent de jolies teintes rouges, orange et jaunes l’automne. Elles sont généralement persistantes, bien qu’elles puissent geler si l’hiver est réellement très rude. Mais ne vous inquiétez pas : si cela arrive, de nouvelles feuilles les remplaceront au printemps, tout simplement. Écrasées au sol par la neige, les feuilles qui survivent l’hiver se relèvent au printemps. Les fleurs à cinq pétales sont rose magenta avec un calice rouge. La floraison dure environ trois ou quatre semaines à la fin du printemps et au début de l’été et il y a parfois une floraison sporadique par la suite. La floraison est suivie par des fruits secs en forme de bec de grue. Couvre-sols | 467

Géranium à gros rhizome

Commençons avec la bonne nouvelle : c’est tout simplement le couvre-sol parfait pour tous ceux qui sont désespérés par l’ombre sèche.

C’est d’ailleurs le sens du mot Geranium, qui vient du latin « geranos » signifiant grue. Il ne faut pas penser que c’est le plus beau des géraniums en fleurs – la floraison d’autres variétés l’enterre facilement par son abondance, sa durabilité et ses couleurs plus Geranium macrorrhizum ‘Album’ accrocheuses – mais il y a des endroits où l’on ne recherche pas une gagnante de concours de beauté, mais plutôt une puissante bête de somme et ça, c’est le rôle de G. macrorrhizum. Le géranium à gros rhizome est un géranium passe-partout adapté aussi bien au soleil qu’à l’ombre et capable de pousser dans tout genre de sol bien drainé. Il préfère les sols riches en humus et assez humides, mais se contente de sols pauvres et secs, même très secs, grâce à ses rhizomes épais qui servent de réserve d’eau. Il est quand même sage de bien l’arroser la première année pour l’établir. Sa grande utilité réside dans sa capacité de couvrir très bien de vastes surfaces à l’ombre, à tel point qu’il étouffe au passage la plupart des mauvaises herbes. On peut planter quatre ou cinq plants autour d’un grand arbre, même un arbre à racines superficielles, et on les verra former un cercle de verdure parfait après quelques années. Ou encore on peut l’établir dans une forêt dense et sombre où il formera un tapis égal. Ou encore, la planter au delà du surplomb du toit pour que la souche reçoive de la pluie et laisser ses rhizomes créer un tapis égal là où la pluie ne tombe jamais. Le petit défaut de cette plante est que ses rhizomes courent en surface du sol plutôt qu’en dessous, de sorte que les barrières pare-racines habituelles (c.-à-d. enfoncées dans le sol) ne peuvent l’arrêter. Par contre, il ne résiste pas à la tondeuse, qui limite sa croissance quand il atteint le gazon, ni au passage des pieds, qui l’empêche d’envahir les sentiers, du moins si on y passe régulièrement. Il n’est donc pas impossible de l’arrêter. S’il s’aventure trop loin, son­gez que son envahissement est strictement dû à des rhizomes aériens, pas à des rhizomes enter­ rés ou enracinés : il suffit donc de les tailler ou même juste de tirer dessus pour les arrêter. On multiplie généralement ce géranium par boutures de rhizome, prélevant une section de rhizome munie d’une touffe de feuilles et l’insérant dans un terreau maintenu humide. Ou l’on peut facilement marcotter des rhizomes, les recouvrant de terre, car une fois qu’ils sont entourés de substrat, ils s’enracinent. Vous pouvez aussi diviser la plante là où les rhizomes se sont marcottés tout seuls. Le géranium à gros rhizome se ressème spontanément et souvent les cultivars semblent fidèles au type. Il ne faudrait pas toutefois compter sur leur fidélité : si on veut un clone exact, il faut toujours procéder par bouturage ou division. 468 | Couvre-sols

Le parfum dégagé par le feuillage du géranium à gros rhizomes n’a pas évolué pour le plaisir du jardinier : c’est un répulsif naturel et met la plante à l’abri des prédateurs. Ainsi, peu d’insectes le touchent et il semble tout aussi résistant aux maladies. C’est d’ailleurs l’un des rares géraniums que les cerfs semblent ne pas aimer.

VARIÉTÉS : Il existe des dizaines de cultivars du populaire géranium à gros rhizome. En voici quel­ ques exemples : G. macrorrhizum ‘Album’ : fleurs blanches, calice rose. Semble fidèle au type par semences. 30 à 50 cm x 60 à 150 cm+. Zone 3. G. macrorrhizum ‘Bevan’s Variety’ : plant plus compact aux fleurs rose magenta. 30 à 50 cm x 60 à 150 cm+. Zone 3. G. macrorrhizum ‘Czakor’ : fleurs rose magenta foncé. 30 à 50 cm x 60 à 150 cm+. Zone 3. G. macrorrhizum ‘Ingwersen’s Variety’ : fleurs rose pâle. 30 à 50 cm x 60 à 150 cm+. Zone 3. G. macrorrhizum ‘Pindus’ : plant plus compact aux fleurs magenta. 30 cm x 60 cm+. Zone 3. G. macrorrhizum ‘Spessart’ : fleurs rose pâle. 30 à 50 cm x 60 à 150 cm+. Zone 3. Geranium macrorrhizum ‘Czakor’

Geranium macrorrhizum ‘Pindus’

Couvre-sols | 469

Géranium à gros rhizome

C’est vraiment un géranium couvre-sol pour les grandes surfaces. Il ne convient pas aux plates-bandes mixtes, car il tend à écraser ses voisins plus petits, ni aux petits espaces où il devient bien trop large. Pour les emplacements exigus, préférez un géranium moins agressif (voir la fiche suivante). Une autre idée est de planter le géranium à gros rhizome en haut d’une pente : il descendra tout seul jusqu’à la base, créant un tapis vert parfait.

Geranium macrorrhizum ‘Variegatum’ au début de l’automne, alors que les teintes de rose et de rouge commencent à gagner le feuillage.

Geranium x cantabrigiense ‘Biokovo’

G. macrorrhizum ‘Variegatum’ : feuillage panaché blanc et vert l’été, blanc, vert, rose et rouge l’automne. Chez ce cultivar, le feuillage disparaît l’hiver. Fleurs magenta. Moins vigoureux que les autres, donc plus facile à cerner. 30 à 50 cm x 60 cm+. Zone 3. G. macrorrhizum ‘White-Ness’ : fleurs blanc pur. ‘White Sprite’ est similaire. 30 à 50 cm x 60 à 150 cm+. Zone 3.

VARIÉTÉS HYBRIDES : Le géranium à gros rhizome n’est pas trop ouvert à l’hybridation, car il a tendance à refuser le pollen d’autres géraniums. Ainsi, les hybrides ayant ses gènes sont rares. Voici l’exception principale. G. x cantabrigiense (géranium de Cambridge) : ce croisement, effectué pour la pre­ mière fois à l’Université de Cambridge en Angleterre, d’où le nom, résulte de l’hybridation de G. macrorrhizum et du géranium de Dalmatie (G. dalmaticum), un autre géranium couvre-sol de plus petite taille et moins agressif, décrit plus loin. Il en résulte une plante similaire au géranium au gros rhizome, avec les mêmes coloris automnaux et un parfum similaire, mais un peu plus compact. Aussi, la floraison est plus durable et les fleurs sont stériles, donc il n’y a aucun risque que la plante se ressème. Le feuillage, un peu plus petit, est aussi plus luisant. 25 cm x 100 cm+. Zone 3. G. x cantabrigiense ‘Biokovo’ : boutons roses s’ouvrant pour révéler une fleur blanche teintée de rose. 25 cm x 100 cm+. Zone 3. G. x cantabrigiense ‘Cambridge’ : le tout premier cultivar, il a donné son nom au genre hybride. Fleurs rose vif. 25 cm x 100 cm+. Zone 3. G. x cantabrigiense ‘Karmina’ : fleurs rose magenta. Plus compact. 15 à 20 cm x 60 cm. Zone 3. G. x cantabrigiense ‘St. Ola’ : fleurs blanc crème devenant rosé. Variété très compacte, pouvant même se cultiver en rocaille. 15 à 20 cm x 30 cm. Zone 3. G. x cantabrigiense ‘Westray’ : fleurs rose lavande. Feuilles profondément découpées 30 cm x 100 cm+. Zone 3. 470 | Couvre-sols

Autres géraniums d’ombre

Nous avons vu le célèbre « géranium de l’ombre sèche », le géranium à gros rhizomes (Geranium macror­rhizum), dans la fiche précédente, mais il est loin d’être le seul géranium d’intérêt pour les coins om­bragés. Après tout, dans un genre où il y a plus de 400 espè­ces et deux fois plus de cultivars, le potentiel est énorme. Vous imaginez donc que j’aurais faci­le­ ment pu dédier un volume de ce livre à ce seul genre ! Le problème est qu’il y a un peu de tout chez les Geranium : des plantes de soleil et d’autres d’om­bre, pour les sols riches et les sols pauvres, à lon­gue flo­rai­ son et courte floraison, etc. Comment choisir quelles plan­tes vous présenter  ? Premièrement, j’ai éliminé tout de go les géraniums insuffisamment rustiques pour notre climat (et il n’y en a pas tant que cela dans ce genre surtout composé de végétaux de climat tempéré froid). De plus, je me suis restreint aux « géraniums d’ombre », c.-à-d. qui de nature préfèrent la mi-ombre ou l’ombre. (Notez que, presque sans exception, ces géraniums tolèrent aussi le soleil.) J’ai donc relégué les nombreux « géraniums

Geranium ‘Gerwat’, mieux connu sous le nom de Rozanne.

Géranium Nom botanique : Géranium Famille : Géraniacées Hauteur : 10 à 90 cm Largeur : 30 à 120 cm Espacement à la plantation : ⅔ du diamètre de la plante Exposition : Sol : bien drainé, riche, humide Floraison : variable selon l’espèce, parfois tout l’été Résistance au piétinement : nulle Multiplication : division, semences, bouturage de tiges et de rhizomes Utilisation : bordures, couvre-sols, massifs, naturalisation, platesbandes, rocailles, murets, pentes, sous-bois, prés fleuris, bacs Associations : bulbes de printemps, astilbes, épimèdes Zone de rusticité : 3 à 6, selon l’espèce

Couvre-sols | 471

Autres géraniums d’ombre

qui préfèrent le soleil, mais qui tolèrent la mi-ombre », comme G. cinereum, G. psilostemon, G. x riversleaianum, etc., à d’autres livres. Même là, j’ai dû être sélectif : il y a facilement encore 200 espèces et 600 cultivars qui respectent ces critères. Je me suis donc concentré sur les variétés soit facilement disponibles ou qui sont si extraordinaires qu’il vaut la peine de les dénicher. En passant, je prie les géraniums qui n’ont pas été retenus de m’excuser : je sais que vous avez de belles qualités, mais la compétition est féroce ! Le genre Geranium comprend une grande variété de plantes qui portent toutes un feuillage arrondi décoratif, souvent découpé, et des fleurs en forme de coupe à cinq pétales (plus chez les cultivars à fleurs doubles). On les trouve à l’état indigène sur tous les continents habités, mais surtout en Europe et en Asie. Il y a quand même une trentaine d’espèces indigènes de l’Amérique du Nord, mais la majorité des variétés cultivées sont eurasiatiques. Les géraniums d’ombre aiment en général des conditions de plate-bande : sol plutôt riche et toujours bien drainé, ni très acide ni très alcalin. En général, ils préfèrent un sol plutôt humide tout en tolérant un peu de sécheresse une fois qu’ils sont établis. La plupart souffrent d’une sécheresse trop profonde et alors relativement peu conviennent à l’ombre sèche. (Le géranium à gros rhizomes [G. macrorrhizum], décrit dans la fiche précédente et très adapté à l’ombre sèche, est la principale exception à cette règle et vous en trouverez d’autres dans les descriptions suivantes.) Ils sont de culture facile et ont même tendance, dans plusieurs cas, à se ressemer quand les conditions leur plaisent. Certains géraniums fleurissent presque tout l’été, d’autres au printemps, même un ou deux à l’automne, mais la majorité s’épanouit pendant plusieurs semaines du début au milieu de l’été, leur beau feuillage assurant une apparence chic pour le reste de la saison. Tous les géraniums décrits ici font de bons couvre-sols, mais certains sont davantage nés pour ce rôle que d’autres. C’est ainsi que j’ai divisé les descriptions suivantes en deux catégories. Il y a les Géraniums naturellement tapissants, dont les tiges ou les rhizomes courent sur ou sous le sol, créant un tapis naturel, puis les Géraniums touffus, qui n’ont pas un comportement inné de couvre-sol, mais qui peuvent facilement faire un bel effet de tapis si on les plante en quinconce à un espacement adéquat. La multiplication des géraniums d’ombre se fait habituellement par division au printemps (on peut les diviser à l’automne aussi, mais dans certains cas, c’est au sacrifice d’une partie de leur floraison, car plusieurs sont encore en fleurs à cette saison !). On peut également les multiplier par bouturage de tiges, même par bouturage de rhizomes dans bien des cas. Il est aussi possible, et d’ailleurs très facile, de cultiver les espèces par semences, mais rarement les 472 | Couvre-sols

Les géraniums sont relativement libres d’insectes et de maladies, sauf de la pourriture dans les sols mal drainés. Leur résistance aux cerfs varie : ceux à feuillage odoriférant sont peu touchés, mais les cerfs n’hésitent pas à manger les autres.

GÉRANIUMS NATURELLEMENT TAPISSANTS : Ces géraniums ont une croissance basse et rampante, et forment des tapis de verdure sans la moindre complication. G. ‘Brookside’ (G. pratense x G. clarkei ’Kashmir Purple’) : produit de grandes fleurs bleu violacé clair avec un centre blanc et fleurit tout l’été jusqu’au début de l’automne. Les feuilles sont finement divisées et mesurent environ 15 cm de diamètre. On dit qu’il est « le remplaçant de ‘Johnson’s Blue’ », jusqu’à récemment le géranium à battre. 60 cm x 70 cm. Zone 3 : G. clarkei (géranium de Clarke) : plante à rhizomes, formant un coussin qui s’élargit avec le temps. Grosses feuilles profondément découpées, presque en lanières. Fleurit du début au milieu de l’été. Fleurs étoilées violettes. Se ressème abondamment. 30 à 60 cm x 60 cm+. Zone 4. G. clarkei ‘Kashmir Purple’ : variété la plus courante. Grosses fleurs violet pourpre foncé aux nervures roses. 30 à 60 cm x 60 cm+. Zone 4. G. clarkei ‘Kashmir White’ : grosses fleurs blanches aux nervures lilas pâle. Pas fidèle au type par semences. 30 à 45 cm x 60 cm+. Zone 4. G. dalmaticum (géranium de Dalmatie) : fleurs rose tendre. Épais coussin de feuilles persistantes vert foncé et luisantes devenant rouges à l’automne. Feuilles aromatiques qui repoussent les prédateurs. Excellent couvre-sol. Floraison : du début jusqu’au milieu de l’été. 10 à 20 cm x 50 cm. Zone 4.

Geranium dalmaticum

G. dalmaticum ‘Album’ : fleurs blanches légè­rement rosées. 10 à 20  cm x 50  cm. Zone 4. Couvre-sols | 473

Autres géraniums d’ombre

cultivars : soit ils ne sont pas toujours fidèles au type par semences ou encore ils sont stériles (beaucoup de géraniums hybrides le sont), ce qui limite cette méthode de multiplication.

Autres géraniums d’ombre

G. ‘Dilys’ : magenta pâle aux nervures plus foncées. Lent à partir au printemps, mais fleurit de la mi-été jusqu’aux neiges. Géranium nettement couvre-sol, issu d’un croisement entre deux variétés naturellement basses et rampantes : G. sanguineum et G. procurrens. Contrairement à certains géraniums rampants, il ne s’enracine pas aux nœuds et il est donc facile à contrôler. 35 cm x 70 cm. Zone 5. G. ‘Dusty Crûg’ : unique par sa combinaison de feuillage pourpre foncé et de fleurs rose pâle. Longue floraison. Bien au soleil ou à l’ombre, peut-être à côté d’une plante à feuillage doré pour le mettre en valeur. À le voir, on devine que le sang de G. x oxonianum coule dans ses veines, mais il est de parents inconnus. 45 cm x 75 cm. Zone 4. G. endressii (géranium des Pyrénées) : fleurs roses aux pétales encochés de la fin du printemps jusqu’à la mi-été. Feuilles semi-persistantes profondément lobées et dentées. Soleil ou ombre. 30 à 45 cm x 60 cm. Zone 3. G. endressii ‘Wargrave Pink’ : très populaire. Fleurs rose saumon doux durant tout l’été. 30 à 45 cm x 60 cm. Zone 3. G. ‘Gerwat’ Rozanne  : chez moi, c’est le plus florifère de tous les géraniums. Non seulement les fleurs sont-elles abondantes, grosses et belles, mais elles recouvrent la plante presque entièrement… durant tout l’été jusqu’à la fin d’octobre (même une partie de novembre quand la température le permet). L’effet est difficile à imaginer : il faut le voir pour le croire ! Cette plante a remporté le prix du Mérite horticole 2004 du Jardin botanique de Montréal, puis a été nommée vivace de l’année 2008 par la Perennial Plant Association, et pour cause ! MD

Les fleurs sont d’un bleu-mauve iridescent avec un cœur presque blanc, des nervures magenta et des anthères noires. Elles mesurent 6  cm de diamètre : énormes pour un géranium ! Les feuilles sont plus ou moins orbiculaires avec cinq lobes et sont vert foncé Geranium endressii

474 | Couvre-sols

Geranium ‘Gerwat’ RozanneMD : le plus florifère de tous les géraniums !

‘Gerwat’ Rozanne est un hybride naturel de G. wallichianum ‘Buxton’s Variety’ et G. himalayense. Il est stérile, comme beaucoup de géraniums hybrides. On le multiplie surtout par bouturage des tiges ou par division. 45 cm x 60 à 120 cm. Zone 4. G. himalayense (géranium de l’Himalaya) : s’étend par rhizomes. Port plutôt lâche. Préfère la mi-ombre ou même l’ombre. Fleur de bonne taille en forme de coupe bleuviolet pâle aux nervures blanches. Fleurit pendant quatre à six semaines au milieu de l’été, sporadiquement jusqu’à la fin. Feuilles caduques découpées devenant rouges et orange à l’automne. 30 à 45 cm x 45 cm+. Zone 4. G. himalayense ‘Gravetye’ : fleur pourpre bleuté à œil rouge. Longue floraison. Plus petit et moins rampant que l’espèce. 40 cm x 40 cm. Zone 4. G. himalayense ‘Irish Blue’ : fleur bleu pâle à rosé aux nervures foncées. Œil rouge. Vigoureuse. Longue floraison. 40 cm x 40 cm. Zone 4. G. himalayense ‘Plenum’ (syn. ‘Birch Double’) : fleurs doubles violet teinté de rose. Pas aussi vigoureuse que l’espèce. Stérile, donc ne se ressème pas. 30 à 45 cm x 45 cm+. Zone 4. G. ‘Johnson’s Blue’ : considéré longtemps comme le nec plus ultra des géraniums vivaces, mais ce croisement entre G. himalayense et G. pratense commence maintenant à faire son âge. En effet, le monde des géraniums a tellement évolué depuis son lancement dans les années 1950 qu’il fait maintenant un peu pépère. ‘Gerwat’ Rozanne ou ‘Sweet Heidy’ le bat­tent à son propre Geranium himalayense jeu, soit en tant que géra­nium à fleurs bleues qui fleurit long­ temps. Tou­te­fois, il est encore faci­le­ment disponible et bon mar­ché. Fleurs bleu lavande aux ner ­v ures rou­geâ­tres, de bonne taille, théoriquement pendant tout l’été, mais plutôt Couvre-sols | 475

Autres géraniums d’ombre

durant l’été. Elles deviennent rouges à l’automne. La plante a un port dressé au début, jusqu’à 45 cm de hauteur, puis elle s’étale, couvrant une largeur de 60 cm avant la fin de l’été. Après 3 ans, elle mesure jusqu’à 120 cm de diamètre. C’est deux fois plus large que le diamètre indiqué sur l’étiquette, mais c’est bien le résultat que j’obtiens. Notez que ‘Gerwat’ Rozanne ne s’enracine pas aux nœuds, donc n’est jamais envahissant.

Geranium x magnificum

Geranium ‘Jolly Bee’

sporadique après la floraison initiale au début de l’été. Tiges un peu lâches. Partiellement stérile, mais se ressème un peu. S’étend par rhizomes. 30 à 45 cm x 45 cm+. Zone 3. G. ‘Jolly Bee’ : issu d’une hybridation semblable à celle qui a donné naissance à ‘Gerwat’ Rozanne (voir ci-dessus). Ses fleurs sont presque de la même couleur (bleu-mauve à cœur blanc), mais seraient encore plus grandes, mesurant 7 cm. Son port serait aussi plus dressé que ‘Gerwat’ Rozanne. (L’utilisation du conditionnel souligne le fait que je ne vois aucune différence digne de mention entre les deux plantes.) Plantez l’un ou l’autre à votre guise : les deux sont superbes ! 60 cm x 120 cm. Zone 4. G. ‘Kashmir Blue’ : fleurs bleu doux à la mi-été. S’étend par rhizomes, mais n’est pas très envahissant. 30 à 75 cm x 60 cm+. Zone 3. G. x magnificum (géranium magnifique) : G. ibericum x G. platypetalum. Grosses fleurs bleu-violet aux nervures foncées de parfois 5  cm de diamètre (gigantesques pour un géranium !). Floraison du début au milieu de l’été. Grosses feuilles duveteuses devenant jaunes et orange à l’automne. Stérile. Rhizomes rampants qui en font une plante assez agressive. Ombre partielle ou soleil. 60 cm x 80 cm+. Zone 3. G. nodosum (géranium noueux) : géranium de sous-bois, s’étendant assez rapidement par rhizomes et aussi par semences. Fleurs lilas à roses aux nervures pourpres tout l’été. Feuilles découpées en trois lobes vert foncé et luisants. 20 à 35 cm x 30 cm Zone 4. G. ‘Nova’ : produit de belles fleurs mauves aux nervures et au cœur noirs tout l’été et l’automne. Son feuillage vert clair fait ressortir la couleur des fleurs. C’est une plante très compacte, plutôt tapissante, très jolie en panier suspendu. 15 cm x 30 cm. Zone 3. G. ‘Orion’ (G. ‘Brookside’ x G. himalayense ‘Gravetye’) : autre variété à grandes fleurs bleu-mauve, similaire à son parent ‘Brookside’, mais produisant encore plus de 476 | Couvre-sols

G. x oxonianum (géranium d’Oxford) : rarement a-t-on vu une plante devenir aussi populaire aussi rapidement que ce géranium nommé pour sa ville d’origine, Oxford. Lancé seulement en 1985, cet hybride de G. endressii et G. versicolor compte déjà plus de 100 cultivars ! Fleurs en entonnoir de diverses teintes de rose aux nervures plus foncées… et il fleurit presque tout l’été. Joli feuillage découpé vert moyen et un peu marbré. Se ressème agressivement… mais crée ainsi un beau couvre-sol dense qui étouffe les mauvaises herbes. Réussit au soleil et à l’ombre. 60 à 80 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘A .T. Johnson’ : comme l’espèce, mais avec des fleurs rose pâle et aussi plus compact. 40 à 45 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Bressingham’s Delight’ : rose pâle, nervures plus foncées. 40 à 45 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Claridge Druce’ : fleurs rose foncé aux nervures pourpres. Feuillage vert argenté. 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Katherine Adele’ : rose argenté pâle, nervures pourpres. 40 à 50 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Pearl Boland’ : rose pâle à nervures plus foncées. 50 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Phoebe Noble’ : rose foncé, nervures pourpres, pétales encochés. 45 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Rose Claire’ : le nom dit tout. 40 à 45 cm x 60 cm. Zone 3.

Geranium ‘Orion’

Geranium ‘Claridge Druce’

Couvre-sols | 477

Autres géraniums d’ombre

fleurs sur une plus longue saison. Elle est très florifère et vigoureuse. Exceptionnelle ! 50 cm x 50 cm. Zone 3.

Autres géraniums d’ombre

G. x oxonianum thurstonianum : fleurs rouge pourpre aux pétales étroits encochés à l’extrémité, œil blanc, parfois semi-double. Feuillage marbré de pourpre. 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum thurstonianum ‘Southcombe Double’ : fleurs rose saumon foncé, souvent doubles. Feuillage à zone marron. 30 à 40 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum thurstonianum ‘Southcombe Star’ : fleurs rose magenta, souvent doubles. Feuillage à zone marron. 30 à 40 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Trevor’s White’ : fleurs blanches. Un peu moins vigoureux que les autres… ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose dans le cas d’une espèce aussi agressive que G. x. oxonianum ! 40 cm x 60 cm. Zone 3. G. x oxonianum ‘Walter’s Gift’ : rose pâle, nervures lavande foncé. 40 à 60 cm x 60 cm. Zone 3. G. ‘Patricia’ : hybride de G. endressii et G. psilostemon. Feuillage profondément découpé sur un dôme arrondi. Fleurs magenta à œil noir pendant quatre à six mois. Plus tolérant de l’ombre que son parent dominant, G. psilostemon. 60 à 75 cm x 60 cm. Zone 5. G. ‘Pink Penny’ : hybride de G. psilostemon x G. procurrens. Fleurs magenta à œil noir tout l’été et souvent jusqu’aux gels. Petites feuilles. Port bas et rampant. Les promoteurs prétendent que c’est une variété rose de ‘Gerwat’ Rozanne, mais ils prennent leurs désirs pour la réalité. En fait, c’est une plante très différente. D’abord, elle est nettement plus petite. Aussi, les fleurs ne sont pas vraiment roses, du moins à mes yeux : je les vois plus près de pourpre. Les photos dans les catalogues où on le montre très rose sont truquées, d’après moi. Ce battage publicitaire trompeur est regrettable, car il porte ombrage à la plante, qui est réellement exceptionnelle en elle-même. 30 à 45 cm x 45 à 60. Zone 4.

Geranium ‘Patricia’

478 | Couvre-sols

Geranium sanguineum ‘Ankum’s Pride’

G. pyrenaicum ‘Album’ : plus populaire que l’espèce et très efficace à l’ombre que ses fleurs blanc pur illuminent. 30 à 60 cm x 120 cm. Zone 4. G. sanguineum (géranium sanguin) : fleurs roses à nervures rouges apparaissant de la fin du printemps jusqu’à la mi-été ou même à la fin de l’été. Petite feuille ronde découpée devenant rouge à l’automne. Excellent couvre-sol formant un beau coussin aplati très égal. Un peu moins dense et moins florifère à l’ombre qu’au soleil, mais fleurit très bien dans les deux cas. Se multiplie spontanément par semences. Il existe de nombreux cultivars de cette plante. 15 à 30 cm x 30 à 45 cm de diamètre. Zone 3. G. sanguineum ‘Alan Bloom’ : rose vif. 15 à 30 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum ‘Album’ : fleurs blanches. 30 à 45 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum ‘Alpenglow’ : rouge rosé vif. 30 à 45 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum ‘Ankum’s Pride’ : rose vif, nervures foncées. 15 à 40 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum ‘Cedric Morris’ : rose magenta, nervures rouges. 45 à 60  cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum ‘John Elsley’ : rose carmin. 30 à 45 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum ‘Max Frei’ : rose pourpré. 15 à 20 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum ‘New Hampshire Purple’ : rouge pourpré, nervures magenta. 30 à 60 cm x 40 à 45 cm. Zone 3. Geranium sanguineum ‘Shephard’s Warning’

G. sanguineum ‘Shephard’s Warning’ : rose rougeâtre foncé. Pétales encochés. 20 à 25 cm x 30 à 45 cm. Zone 3. G. sanguineum striatum (syn. G. sanguineum lancastriense) : rose pâle, nervures rose foncé. Très vieille variété encore populaire. 15 à 20 cm x 45 cm. Zone 3. Couvre-sols | 479

Autres géraniums d’ombre

G. pyrenaicum (géranium des Pyrénées) : abondantes fleurs violet pourpré aux pétales nettement échancrés, en forme de cœur. Longue floraison : fin du printemps à l’automne. Feuilles persistantes presque rondes, à marge découpée. Tiges un peu lâches qui paraissent mieux lorsqu’il est planté en groupe. 30 à 60 cm x 120 cm. Zone 4.

Autres géraniums d’ombre

Geranium ‘Sweet Heidy’

Geranium versicolor ‘Snow White’

G. ‘Sweet Heidy’ (syn. G. ‘Sweet Heidi’) : une nouveauté à fleurs multicolores. Elle a un cœur blanc entouré de rose vif qui se fond dans une extrémité bleu-mauve, le tout rehaussé de nervures noires. Les fleurs sont produites en grand nombre sur une très longue saison. La plante a un port arrondi rampant, comme ‘Gerwat’ Rozanne. Attention à sa largeur éventuelle : en décrivant leurs plantes, les marchands ont tendance à donner comme diamètre celui qu’une plante atteint à la fin de sa première année de croissance, puis c’est le jardinier qui découvre la vérité à force de la cultiver. ‘Gerwat’ Rozanne devait avoir une largeur de 50 cm ; chez moi, il dépasse largement 120 cm. J’ai peur que ‘Sweet Heidy’ aussi soit de ce groupe. Un couvre-sol large n’est pas du tout une mauvaise chose, mais… on aime bien le savoir d’avance : ainsi, on pourrait acheter moins de plants pour couvrir la même surface ! 30 cm x 50 cm. Zone 4. G. ‘Tiny Monster’ : hybride de G. sanguineum x G. psilostemon. Effectivement, un petit monstre. Haut comme trois pommes, mais pouvant faire un tapis plus de 1 m de diamètre ! Ressemble au géranium sanguin par son port et son feuillage. Fleurs magenta vif tout l’été. 15 à 25 cm x 60 à 120 cm. Zone 4. G. versicolor (géranium versicolore) : fleurs de couleur changeantes, rose lilas au début, puis bleu lilas, à nervures foncées. Feuillage profondément découpé, presque plumeux. Ses rhizomes rampants et sa tendance à se ressemer le rendent un peu envahissant, mais il fait un excellent couvre-sol pour l’ombre sèche. 40 cm x 45 cm+. Zone 5. G. versicolor ‘Snow White’ : fleurs blanches. 40 cm x 45 cm+. Zone 5. G. wallichianum (géranium de Wallich) : espèce prostrée faisant un superbe couvresol à la mi-ombre ou au soleil. Retombe joliment d’un muret aussi. Fleurs pourpres avec un grand œil blanc nervuré pourpre. Fleurit du début au milieu de l’été, sporadiquement jusqu’à l’automne. 25 à 30 cm x 60 cm+. Zone 5. G. wallichianum ‘Buxton’s Variety’ : comme l’espèce, avec le même œil blanc, mais fleurs plus bleu-violet à floraison plus soutenue. 25 à 30 cm x 60 cm+. Zone 5. 480 | Couvre-sols

GÉRANIUMS TOUFFUS : Ces géraniums croissent à partir d’une souche fixe, se divisant uniquement au pied, et ne sont donc pas portés à s’étendre. On peut en faire d’excellents couvre-sols en les plantant en quinconce à un espacement équivalent aux ⅔ de leur diamètre final, de façon que les plantes se fondent les unes dans les autres à maturité. G. maculatum (géranium maculé) : espèce à racines tubéreuses, indigène presque partout dans l’est de l’Amérique du Nord, mais rare au Québec. Floraison au milieu du printemps. Bouquets de petites fleurs rose lavande à rose pâle. Feuillage découpé et denté, vert moyen et luisant. Plante de sous-bois qui aime un ensoleillement printanier, mais qui tolère l’ombre la plus profonde l’été. Se ressème abondamment et peut devenir envahissant. 30 à 70 cm x 45 à 60 cm. Zone 3. G. maculatum albiforum : fleurs blanches. Fidèle au type par semences. 30 à 70 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. G. maculatum ‘Chatto’ : fleurs roses ou rose lavande, selon la lumière, plus grosses que celles de l’espèce. Refleurit sporadiquement jusqu’à la fin de l’automne. 30 à 70 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. G. maculatum ‘Elizabeth Ann’ : fleurs rose lilas. 30 à 70 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. G. maculatum ‘Shameface’ : fleurs rose pâle à œil blanc. 30 à 70 cm x 45 à 60 cm. Zone 4. G. x monacense (géranium de Munich) : mona­ cense veut dire « de Munich », où cette plante hybride fut développée. Résulte d’un croisement entre G. phaeum et G. reflexum. Fleurs rose pourpré foncé avec un petit œil blanc, pétales réfléchis. Fleurit au milieu de l’été. Feuillage vert moyen souvent marbré de brun roux. Forme un beau dôme égal. Très à l’aise à l’ombre, tolère même l’ombre sèche. 45 à 80 cm x 60 cm. Zone 4.

Geranium maculatum

Couvre-sols | 481

Autres géraniums d’ombre

G. wlassovianum (géranium de Sibérie) : feuillage vert velouté marbré de brun, joliment coloré à l’automne. Fleurs violet pourpré à la fin de l’été. Mi-ombre ou ombre. 25 à 30 cm x 60 cm. Zone 3.

Avec Geranium phaeum ‘Samobor’, c’est le feuillage qui compte.

Geranium phaeum

G. x monacense ‘Muldoon’ : fleurs violet pourpré aux pétales réfléchis. Feuillage marbré de pourpre. Plus compact que l’espèce. 40 cm x 60 cm. Zone 4. G. ‘Nimbus’ : superbe feuillage finement découpé, un peu doré au printemps, formant une touffe en dôme. Abondantes fleurs lavande pâle à centre bleu et aux nervures foncées. Floraison au début et au milieu de l’été, sporadique par la suite jusqu’à l’automne. 45 à 60 cm x 60 cm. Zone 4. G. phaeum (géranium sombre) : l’éphithète « phaeum » veut dire « sombre » et la fleur est justement d’un pourpre foncé presque noir. Il s’agit d’un géranium populaire et de cul­ture facile, préférant la mi-ombre et l’ombre, mais tolérant le soleil dans les em­ pla­ce­ments un peu humides. Les fleurs penchées ont des pétales un peu réfléchis. Elles s’épa­nouis­sement pendant quatre à six semaines à partir du début de l’été. Le feuillage est sou­vent mar­qué de pourpre marron dans un motif semi-circulaire. 45 à 80  cm x 45 cm. Zone 4. G. phaeum ‘Album’ : fleurs blanches. Feuillage sans marbrure ou à marbrure moins marquée. 45 à 80 cm x 45 cm. Zone 4. G. phaeum ‘Lily Lovell’ : fleurs plus grosses mauve pourpré à œil blanc. 45 à 80 cm x 45 cm. Zone 4. G. phaeum ‘Margaret Wilson’ : fleurs pourpres à œil blanc. Feuillage abondamment strié de blanc. 45 à 80 cm x 45 cm. Zone 4. G. phaeum phaeum ‘Samobor’ : fleurs pourpres. Feuillage fortement marqué de pourpre marron, un trait qui fait la gloire de ce cultivar spectaculaire même sans fleurs. 45 à 80 cm x 45 cm. Zone 4. 482 | Couvre-sols

G. phaeum ‘Variegatum’ : fleurs pourpre foncé à œil blanc. Feuillage irrégulièrement, mais joliment panaché de blanc, crème, pourpre et rouge. 45 à 80 cm x 45 cm. Zone 4. G. ‘Phillipe Vapelle’ : cultivé surtout pour son beau feuillage bleu-gris superbement texturé – on dirait qu’il est sablé ! –, un trait hérit