Vies médiévales de Marie-Madeleine 9782503528212

Marie-Madeleine a de tout temps nourri l’imaginaire chrétien. Figure de la pécheresse illuminée par la grâce, construite

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French Pages 709 [710] Year 2008

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Vies médiévales de Marie-Madeleine
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TEXTES VERNACULAIRES DU MOYEN ÂGE

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Vies médiévales de Marie-Madeleine

Introduction, édition du corpus, présentations, notes et annexes par

Olivier Collet et Sylviane Messerli

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© 2008, Brepols Publishers n.v., Turnhout, Belgium. All rights reserved. No part of this publication may be reproduced stored in a retrieval system, or transmitted, in any form or by any means, electronic, mechanical, photocopying, recording, or otherwise, without the prior permission of the publisher. ISBN 978-2-503-52821-2 D/2008/0095/147 Printed in the E.U. on acid-free paper

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Pour ma mère, Madeleine Sylviane Messerli

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Remerciements Nos travaux n’auraient jamais conduit aux présents résultats sans les décennies de patients efforts fournis par les collaborateurs de l’Institut de recherche et d’histoire des textes, qui ont enrichi les divers fonds documentaires dont cet organisme dispose. À la Section romane, en particulier, nous avons eu le bonheur de voir se développer tout au long de ce projet plus qu’une simple relation scientifique avec Mmes Anne-Françoise Leurquin-Labie et Marie-Laure Savoye. Nous les remercions de la disponibilité et de la générosité dont elles nous ont témoigné en nous accueillant dans leurs locaux et en répondant à nos demandes. Les services de documentation de l’IRHT ainsi que de très nombreuses bibliothèques ont pourvu avec beaucoup d’attention à nos besoins : tous les nommer pour en rendre compte équivaudrait presque à reproduire l’inventaire des manuscrits qui ont servi à nos recherches. Nous avons consulté la majorité des exemplaires que nous avons utilisés dans leur lieu de conservation, où nous avons toujours été reçus avec amabilité. Par ailleurs, plusieurs conservateurs ou conservatrices ont effectué pour nous des vérifications sur ces documents et nous leur savons gré de leur serviabilité qui a grandement facilité notre tâche. Parmi ces nombreuses personnes, nous souhaiterions surtout mentionner : les collaborateurs de la Bibliothèque royale de Belgique, à Bruxelles, de la British Library, à Londres, de la Bibliothèque de l’Arsenal et de la Bibliothèque nationale de France, à Paris; Mme Annie Fournier, à la Médiathèque municipale de Cambrai; Mme Stella Panayotova et M. Nicholas Robinson, au Fitzwilliam Museum de Cambridge; Mme Emmanuelle Toulet, à la Bibliothèque de l’Institut (Chantilly, Musée Condé); MM. Ivan Boserup et Erik Petersen, de la Kongelige Bibliotek à Copenhague; M. Andrzej Obrebski, de la Biblioteka Jagiellonska à Cracovie; Mme Évelyne Bass, à Bibliothèque municipale d’Épinal; M. Edward T. van der Vlist, de la Koninklijke Bibliotheek à La Haye; Mme Isabelle Westeel, à la Bibliothèque municipale de Lille; M. Pierre-Édouard Wagner, à la Bibliothèque municipale de Metz; M. Ernesto Milano, de la Biblioteca Estense Universitaria à Modène; Mme Marilyn Palmeri, de la Pierpont Morgan Library à New York; M. Martin Kauffman, à la Bodleian Library d’Oxford; Mme Amanda J. Saville, au Queen’s College d’Oxford; à Paris encore, Mme Sylvie Bleton, de la Bibliothèque de l’Arsenal, Mmes Mireille Pastoureau et Fabienne Queyroux, de la Bibliothèque de l’Institut, et M. Patrick Latour, de la Bibliothèque Mazarine; Mme Sarah Toulouse, de la Bibliothèque de Rennes Métropole; M. Jean-Claude Sosnowski, de la Bibliothèque municipale à Semur-en-Auxois; Mme Danielle de Smet et le personnel de la Bibliothèque locale et principale de la Ville de Tournai, de même que les responsables de la Bibliothèque du Séminaire de Tournai; Mme Michèle

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remerciements

Prévost, à la Bibliothèque municipale de Tours; M. Thierry Delcourt, à la Médiathèque de l’Agglomération troyenne; Mme Marie-Pierre Dion, à la Bibliothèque municipale de Valenciennes. Nos déplacements ont été facilités par l’aide financière que nous a procurée la Société académique de Genève (Fonds Charles Bally), à qui nous exprimons ici toute notre gratitude pour son soutien à notre entreprise. Bien qu’elle ait fait l’objet d’études parfois très sûres dès le XIXème siècle, l’iconographie de la tradition hagiographique médiévale n’a pas toujours bénéficié des progrès qui permettent aujourd’hui de mieux étudier la production de l’importante masse documentaire qu’elle constitue (origine et datation des manuscrits, en particulier). Dans ce domaine, nous sommes très redevables à Mme Patricia Stirnemann (Institut de recherche et d’histoire des textes, Paris) et à Mme Alison Stones (Université de Pittsburgh) pour les précisions qu’elles nous ont fournies sur de nombreux exemplaires. Nos pensées vont enfin à M. Laurent Brun (Stockholm), M. Mattia Cavagna (Paris), M. Yann Dahhaoui (Genève - Paris), Mme Barbara Fleith (Genève), M. Yan Greub (Neuchâtel), M. Bruno W. Häuptli (Bâle), M. Darko Jovanovic (Genève), Mme Vukica et M. Jovan Jovanovic (Genève), M. Peter Kidd (Londres), M.  Giovanni Paolo Maggioni (Molise), M. Jacques T. Quentin (Genève), Mme Brigitte Roux (Genève), M. Jean-Yves Tilliette (Genève) et M. Piotr Tylus (Cracovie), qui nous ont d’une manière ou d’une autre prêté main forte lors de nos enquêtes et ont contribué à leurs progrès.

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Introduction La littérature hagiographique a connu ces dernières décennies un intérêt croissant et son approche a fait l’objet d’un renouvellement radical par la critique1. Si la portée purement religieuse de ces textes n’est guère prise en compte depuis plus d’un siècle déjà, ceux-ci ont été abondamment exploités par l’histoire et l’histoire des mentalités, la philologie ou l’étude des sources. Après de longs et profonds dénigrements2, leur dimension littéraire commence enfin à être reconnue, et sans doute est-il temps de dépasser les idées reçues à leur sujet, que ces légendes soient écrites en latin ou en langue vernaculaire. Le présent ouvrage réunit l’ensemble des vies médiévales de Marie-Madeleine rédigées en français, même s’il est probable que de nouvelles versions ou copies seront encore découvertes. Le choix de la compagne de Christ s’imposait à plus d’un titre. Ce personnage a de tout temps nourri l’imaginaire chrétien et connaît au moyen âge un important développement. Une récente monographie tente ainsi une analyse de sa réception, latine et française, dans différentes formes d’écriture attestant de sa présence riche et variée durant cette période : vies, prières, mystères, allusions dans la littérature profane, etc3. Toutefois, autant l’époque moderne révèle la fascination que cette figure continue d’exercer, autant, pour ce qui concerne la connaissance que nous avons de ses anciennes représentations, la réflexion tourne en quelque sorte à vide. Les témoignages latins sont en grande partie accessibles, mais par des publications souvent anciennes qui ne nous fournissent qu’un éclairage insuffisant sur leur diffusion et les variations qu’ils connaissent. Quant aux représentants français de la légende, ils ne sont que très partiellement édités4 et, à l’exception des rédactions versifiées de Guillaume le   La revue Hagiographica, 4, 1999, pp. 1 - 168, dresse un état des études hagiographiques des trente dernières années du XXème siècle dans différents pays européens (F. Dolbeau pour la France, « Les travaux français sur l’hagiographie médiolatine (1968-1998) » pp. 23 - 68). Voir aussi la série Hagiographies. Histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire en Occident, des origines à 1550, sous la direction de G. Philippart, 3 vol., Turnhout, Brepols, 1994, 1996 et 2002. On consultera par ailleurs M. Goullet, Écriture et réécriture hagiographiques. Essai sur les réécritures de Vies de saints dans l’Occident latin médiéval (VIIIe - XIIIe s.), Turnhout, Brepols, 2005, qui, outre sa réflexion sur la dimension littéraire des textes consacrés aux saints, offre une importante bibliographie mise à jour (pp. 254 - 269), et G. Philippart, « L’hagiographie comme littérature : concept récent et nouveaux programmes ? », Revue des Sciences Humaines, 251, 1998, pp. 11 - 39. 2   Contentons-nous de citer le jugement péremptoire émis par P. Meyer, qui fut pourtant le fondateur de toute la recherche consacrée aux vies de saints françaises : « en elles-mêmes, elles sont d’une valeur médiocre » (« Notice du ms. 772 de la Bibliothèque Municipale de Lyon renfermant divers ouvrages en prose française », Bulletin de la Société des anciens textes français, 11, Paris, Firmin-Didot, 1885, pp. 40 80 (p. 42)). 3   É. Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Age, Paris, Beauchesne Éditeur, 1997. 4   É. Pinto-Mathieu s’appuie sur les rares publications disponibles et résume parfois les versions non publiées, mais elle ne fait aucun travail éditorial. La documentation qu’elle fournit à leur sujet est en outre 1

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Clerc de Normandie et de Nicole Bozon, aucun des rares textes disponibles n’a été présenté dans sa tradition manuscrite complète. Le volet documentaire de sa diffusion souffre d’un net déficit. À partir de plus d’une centaine de manuscrits, nous avons ainsi préparé le texte de quelque 30 vies de Marie-Madeleine. Une telle volonté d’exhaustivité invite peut-être à la méfiance, d’autant que le propos narratif ne varie guère d’un état à l’autre et que bien souvent les différences, d’intérêt secondaire, ne résultent que des aléas divers de l’adaptation ou de la transmission. Cette uniformité, pour ne pas dire cette monotonie, n’imposait-elle pas une sélection initiale ? Néanmoins, notre entreprise ne vise pas seulement à rendre compte de l’abondance des versions existantes et à montrer ainsi la vitalité extraordinaire de cette littérature. Ses justifications sont nombreuses, et précieuses. Un dossier complet permet tout d’abord de mettre à jour les procédés d’écriture utilisés par les auteurs. Les mécanismes de traduction se révèlent dans le contraste des récits issus d’un même original. Dans un second temps, les techniques de réécriture peuvent être mises à plat, que ce soit dans l’adaptation directe d’une rédaction vernaculaire, dans les contaminations ponctuelles d’une vie sur une autre5 ou dans le fascinant travail de « feuilletage » opéré par tel compilateur usant jusqu’à six légendes distinctes. Même si de nombreuses questions restent sans réponse, l’observation de ces phénomènes lève le voile sur les conditions de création et de circulation de nos œuvres. La découverte de témoins inconnus ou l’évaluation des associations que l’on voit se produire à l’intérieur d’une telle constellation invitent à reconsidérer les relations qui existent au sein de cet ensemble. Elles permettent de remédier à certaines des erreurs inévitables qu’entraînent des tentatives d’évaluation partielle (d’après de courts extraits, ou sur la base d’un choix restreint de copies), qu’il s’agisse du rapport de ces pièces à leurs modèles ou de leur diffusion, dans le contexte particulièrement complexe de la production des légendiers médiévaux. Une lecture attentive atteste aussi que ces récits offrent d’innombrables ouvertures à l’interprétation littéraire. L’insertion d’un détail inédit ou encore l’amplification, l’abréviation ou l’omission d’un passage, la préférence pour une formule ou la répétition d’un terme sont autant de traits que la comparaison entre plusieurs très déficiente. Parmi les ouvrages parus, on peut relever la thèse de Fr.-K. Weiss, Der « Romanz de sainte Marie Magdaleine » von Guillaume, le Clerc de Normandie, und sein Quellenkreis, Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades der Philosophischen Fakultät der Westfälischen Wilhelms-Universität zu Münster, 1968 (thèse dactylographiée); parfois citée en bibliographie, mais peu consultée semble-t-il, celle-ci, bien que lacunaire, a pourtant grandement contribué à la connaissance des textes français. Elle s’attache à l’étude du « miracle de Marseille » dans onze vies en prose et sept adaptations versifiées en différentes langues et, aux pp. 85 - 147, offre une édition synoptique du Post Dominus latin, de la version en prose Aprés ce que Nostre Sires (n° 6 du présent ouvrage) et du poème de Guillaume le Clerc de Normandie (n° 5). Les références des textes édités figurent dans les présentations des versions concernées. 5   Il est évident que les auteurs enrichissent aussi leurs récits par des matériaux externes; les Évangiles sont les textes qui offrent le plus de prise à des développements adventices, mais la pastorale et d’autres sources religieuses et profanes ont été mises à contribution.

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versions rend visibles et dont la prise en compte infléchit le regard que l’on porte sur les légendes6. Les recherches lexicales que nous avons menées montrent la richesse considérable du vocabulaire de ce corpus. Notre connaissance de la langue, que ce soit pour la date d’apparition ou la localisation de certains termes ou pour l’évolution de la syntaxe, en ressort enrichie. Ce constat invite à donner à ces textes, trop longtemps négligés, la place qu’ils méritent dans les travaux à venir. Souvent considérés comme mineurs, ils nous renseignent, au même titre que la poésie ou la prose des clercs reconnus par la postérité, mais par un autre biais, tout aussi instructif, sur l’évolution du français et nous permettent de vérifier à plus large échelle l’état des pratiques de la langue. L’intérêt général porté à Marie-Madeleine a entraîné la publication de nombreuses éditions de textes rédigés dans diverses langues. Les récits latins, extraits de leur contexte et publiés de façon morcelée par É.-M. Faillon7, sont peu à peu réédités, avec un soin plus ou moins attentif. La tradition provençale est accessible de longue date grâce à une longue série d’articles de C. Chabaneau8. La récente thèse de M. Boxler9 procure une version diplomatique de quelque 35 textes allemands relatifs à Marie-Madeleine, dont huit adaptations de la Légende dorée. Des vies écrites en anglais et en franco-provençal sont également disponibles10. Face à   Ainsi, entre de très nombreux exemples au gré de celles-ci, quel sens donner à la confrontation entre l’effroi des marins que menace la tempête et l’absence de peur de Marie-Madeleine au tombeau ? À la mise en parallèle des apostrophes « Lève-toi ! » adressées à Lazare ou à Étienne de Flandres ? Au contraste qu’offre le visage rayonnant de colère ou d’extase de la sainte lors de son apparition aux époux de Marseille et à Maximin ? À la rencontre des propos choisis pour traduire le renoncement de Marie-Madeleine et des siens aux biens matériels et la situation du prisonnier endetté dans l’un des miracles qui concluent la vie ? 7   Monuments inédits sur l’apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence et sur les autres apôtres de cette contrée, saint Lazare, saint Maximin, sainte Marthe et les saintes Maries Jacobé et Salomé, 2 vol., Paris, Migne, 1848. Son travail est au reste peu accessible. Nous renvoyons à l’article de G. Lobrichon, qui résume à grands traits les écrits de V. Saxer et donne les références exactes des textes latins édités : « La Madeleine des Bourguignons aux XIe et XIIe siècles », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par È. Duperray, Beauchesne Éditeur, 1989, pp. 71 - 88. La poésie latine est bien étoffée; J. Szövérffy analyse quelque cent soixante poèmes liturgiques consacrés à Marie-Madeleine (« ‘Peccatrix quondam femina’ : A Survey of the Mary Magdalen Hymns », Traditio, 19, 1963, pp. 79 - 146). Dans un numéro consacré à la réécriture hagiographique, J.-Y. Tilliette fait un rapide commentaire de l’hymne, magnifique, en l’honneur de notre sainte, O Maria noli flere, vraisemblablement rédigé par Philippe le Chancelier (« Hymnes et séquences hagiographiques : Formes et fonctions de la réécriture lyrique des vies de saints », Hagiographica, 10, 2003, pp. 161 - 181 (p. 177)). Rappelons enfin l’existence du très précieux répertoire des Bollandistes (références complètes dans notre Bibliographie). 8   Revue des langues romanes de 1883 à 1886 (Troisième série, t. 9, pp. 105 - 115; t. 10, pp. 53 - 63; t. 11, pp. 105 - 132 et pp. 157 - 188; t. 12, pp. 105 - 133; t. 13, pp. 105 - 120 et pp. 261 - 268; t. 14, pp. 5 - 23 et pp. 53 - 71; t. 15, 261 - 283). Le travail éditorial de C. Chabaneau mériterait certes une révision. Voir aussi M. Tausend, Die altokzitanische Version B der ‘Legenda aurea’. Ms. Paris, Bibl. nat., n. acq. fr. 6504, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 1995, pp. 210 - 220. 9   ‘ich bin ein predigerin und apostlorin’. Die deutschen Maria Magdalena-Legenden des Mittelalters (1300 - 1550). Untersuchungen und Texte, Berne, etc., Peter Lang, 1996. 10   C. Horstmann, Sammlung altenglischer Legenden, Heilbronn, Henninger, 1878, pp. 148 - 170; Altenglische Legenden: Kindheit Jesu, Geburt Jesu, Barlaam und Josaphat, St. Patrik’s Fegefeuer, aus den verschiedenen Mss. zum ersten Male hrsg. von C. Horstmann, Paderborn, F. Schöningh, 1875; An Old 6

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la richesse de ce matériau, on se prend à rêver qu’il sera un jour possible de dessiner les contours d’une histoire de la transmission culturelle en Europe grâce à l’étude des rapports entre ces rédactions et, plus largement, à la compréhension du fait de civilisation que constitue pour cette période la diffusion de la matière hagiographique11. L’analyse d’un ensemble complet de versions nous fait aussi mesurer l’importance relative des sources exploitées. Même si la recherche de « l’original » au principe de chacune de nos légendes se révèle vaine, il apparaît clairement que toutes nos vies, à l’exception de la plus ancienne (n° 1) et de la première partie du n° 4, découlent, directement ou par un intermédiaire, de textes latins. Le nombre de ceux-ci est du reste très limité. Ainsi, la matière ne change pas drastiquement au fil du temps, ce qui reflète la permanence de la tradition utilisée par les auteurs. Bientôt cependant, les adaptateurs français en viennent aussi à se servir de modèles vernaculaires qu’ils remanient, réécrivent, modernisent et comparent sans doute à leurs originaux, au lieu de procéder à de nouvelles traductions. La Légende dorée de Jacques de Voragine s’impose sans surprise comme le support de la plupart des adaptations de notre corpus12. Quatorze versions sont issues de cette compilation. L’Adbreviatio in gestis et miraculis sanctorum de Jean de Mailly, au même titre que le Speculum Historiale de Vincent de Beauvais, complète cette tradition nourrie par les milieux dominicains13 et atteste du rôle English Martyrology, re-edited from manuscripts in the libraries of the British Museum and of Corpus Christi College, Cambridge, with introduction and notes by G. Herzfeld, Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner & Co Ltd, 1900 (EETS, 116), pp. 126 sq.; The Early South-English Legenderay or Lives of Saints. MS Laud 108, ed. by C. Horstmann, 1887 (Millwood, New York, Kraus Reprint Co. 1975), pp. 462 - 480 (EETS, 87); Gilte legende, ed. by R. Hamer with the assistance of V. Russell, Oxford, Oxford University Press, 2006, pp. 469 - 480 (traduite en 1438 d’après le texte de Jean de Vignay, 3 vol. prévus); H. Stimm, Altfrankoprovenzalische Übersetzungen hagiographischer lateinischer Texte aus der Handschrift der Pariser Nationalbibliothek fr. 818. I. Prosalegenden, Mainz, Akademie der Wissenschaften und der Literatur Wiesbaden, 1955 (texte édité, pp. 44 - 59; notes, pp. 157 - 165). 11   C’était l’un des buts poursuivis par l’équipe du Séminaire d’histoire des textes de l’École normale supérieure qui a travaillé au dossier sur sainte Pélagie (Pélagie la pénitente. Métamorphoses d’une légende. Tome I. Les textes et leur histoire : grec, latin, syriaque, arabe, arménien, géorgien, slavon. Tome II. La survie dans les littératures européennes, dossier rassemblé par P. Petitmengin et alii, 2 vol., Paris, Études augustiniennes, 1981 et 1984). Par ailleurs, les éditions critiques récentes qui donnent peu à peu accès à telle ou telle vie de saints permettent de mieux comprendre les rapports entre les légendes elles-mêmes et les légendiers dans leur ensemble. 12   En 1904, P. Meyer (« Notice du ms. Med.-Pal. 141 de la Laurentienne (vies de saints) », Romania, t. 33, 1904, pp. 3 - 5) avait dressé une première liste des traductions françaises de la Légende dorée de Jacques de Voragine; B. Dunn-Lardeau donne un tableau plus fourni de la branche française de la Legenda aurea dans son édition : La Légende dorée. Édition critique, dans la révision de 1476 par Jean Batallier, d’après la traduction de Jean de Vignay (1333-1348) de la Legenda aurea (c. 1261-1266), Paris, Honoré Champion, 1997, p. 41, voir aussi son article « Étude autour d’une Légende dorée (Lyon, 1476) », Travaux de linguistique et de littérature, 24, 1, 1986, pp. 257 - 294. Rappelons par ailleurs que Jacques a rédigé cinq sermons sur notre sainte, cf. Sermones Quadragesimales, ed. critica a cura di G. P. Maggioni, Florence, Sismel, Edizioni del Galluzzo, 2005, pp. 320 - 330 : résurrection de Lazare, Marthe et Marie (Jean 11), pp. 391 403 : femme pécheresse (Luc 7), pp. 512 - 517 : les trois Marie (Marc). 13   Dans son Liber epilogorum in gesta sanctorum (ed. critica a cura di E. Paoli, Florence, Sismel, Edizioni Galluzzo, 2001, pp. 187 sq.), Bartholomé de Trente raconte la vie évangélique de Marie-Madeleine; la venue à Marseille, puis à Aix avec saint Maximin et la vie contemplative en compagnie des anges sont très brièvement évoquées. Il n’est pas fait allusion au miracle de Marseille (voir aussi Passionale de

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fondamental joué par l’ordre des frères prêcheurs dans l’élaboration de la matière hagiographique. Les autres textes employés par les compilateurs médiévaux sont antérieurs à la Légende dorée : ceux dont sont tirées les adaptations n° 6 et 7 (ainsi que les versions rattachées à ces deux groupes) proviennent sans doute de légendiers latins constitués qui utilisent les mêmes sources que les recueils dominicains. On y distingue le Postquam Dominus, le Fuit igitur secundum saeculi fastum ou ­l’Interea beata Maria Magdalena. L’agencement de ces différents segments de la légende de Marie-Madeleine ainsi que de rares spécificités narratives distinguent ces rédactions les unes des autres. Seules deux versions se démarquent par la filière qu’elles exploitent : la seconde partie du n° 4, conservé dans un manuscrit d’origine italienne, traduit le Josephus narrat, et le n° 9, de provenance bourguignonne, se sert du Nunc ergo largiente Domino. Le recueil conservé à la Bibliothèque universitaire de Bologne (n° 24), compilation d’éléments divers, reprend lui aussi ce texte latin dans son récit de la translation des reliques à Vézelay. L’énumération de ces sources manifeste l’importance des légendiers à l’origine des vies médiévales de Marie-Madeleine. Le même constat peut être dressé en aval de leur transmission. L’analyse des manuscrits dans lesquels apparaissent les légendes vernaculaires de notre sainte montre que la très grande majorité des textes en prose sont intégrés dans des recueils de ce type, refonte complète ou partielle, homogène ou composite de volumes latins. Plus des deux-tiers de nos adaptations sont insérées dans de tels ouvrages. La vie de la pécheresse repentie y est ainsi présente au même titre que celles d’autres saints. Nos récits sont de la sorte autant, si ce n’est plus, un témoignage de la vitalité de ce genre hagiographique entre les XIIIème et XVème siècles que de la popularité de la seule Marie-Madeleine. Ainsi, étonnamment, la diffusion indépendante de nos textes est très restreinte. Des versions en prose, seules celles de Nantes (Musée Dobrée, 5; n° 1)14 et de la Bibliothèque du Vatican (n° 4), ainsi que l’adaptation de la Légende dorée du manuscrit Londres, British Library, Royal 20. B. II (n° 20) et la compilation de Bologne (Bibliothèque universitaire 893; n° 24) ne figurent pas dans des légendiers. Il est à noter toutefois que les vies sont parfois extraites de leur contexte primitif pour compléter des recueils hétérogènes, souvent des volumes personnels à visée pieuse. Les exemples conservés15 laissent penser que ce phénomène est limité et relativement tardif. sanctis, ed. D. Gobbi, dans Bartolomeo da Trento, domenicano e agiografo medievale, R. Grégoire et alii, Trente, Gruppo culturale Civis, Biblioteca Cappuccini, 1990). Nous ne connaissons pas de traduction française médiévale de cet ouvrage. 14   Cette caractéristique rend la plus ancienne rédaction française de nos vies d’autant plus remarquable. 15   Il s’agit pour la version n° 6 des manuscrits Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Thott 517-4°, du dernier quart du XIVème siècle, et Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 25532, des années 1260 1270 environ; pour la version n° 14, de La Haye, Koninklijke Bibliotheek, 73.E.6, écrit vers 1470; et pour

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Trois poèmes ont en outre été conservés, auxquels s’ajoutent un fragment de 78 vers tiré d’une reliure (Trèves, Stadtbibliothek/Stadtarchiv, Mappe VIII) et le début d’une vie en strophes d’alexandrins monorimes dont la fin est aujourd’hui perdue (York, Minster Library and Archives, ms. XVI. K. 13). Moins que leur nombre, c’est la date de leur rédaction supposée qui surprend. Le plus ancien remonte en effet aux années 1210 - 1240 tandis que le dernier appartient peut-être à la première moitié du XIVème siècle, ce qui souligne le caractère assez tardif de cette production par rapport aux traditions versifiées françaises d’autres figures hagiographiques.

Origine et destination des versions françaises Dès le premier article qu’il consacrait aux légendiers, P. Meyer s’interrogeait sur la destination des adaptations vernaculaires : « (...) il faudrait chercher quand ces versions ont été faites et à quelle classe de lecteurs elles étaient destinées. J’imagine qu’elles ont été faites, au moins en partie, pour être lues pendant les repas, dans les couvents de femmes. Mais, parmi les légendes traduites du latin, on en trouve quelques-unes qui sont certainement la mise en prose de légendes en vers français. Il y a là, comme on voit, toute une série de recherches à faire, de questions à résoudre »16. Malgré l’invitation que l’éminent chercheur adressait à la critique, force est de reconnaître qu’aujourd’hui encore les réponses apportées demeurent floues. À l’instar de toute la matière hagiographique, la légende de Marie-Madeleine nous confronte à une multiplicité théorique de destinataires qui donne une pertinence à sa variété, même si nous n’en saisissons souvent pas les causes. Elle semble répondre aux besoins de vulgarisation des récits pieux auprès de communautés religieuses, mais aussi de laïcs ou de riches particuliers. Son essor nous révèle les tentatives d’auteurs pour rendre cette tradition accessible à divers récepteurs, avec des capacités et des fortunes variables, que les entreprises résultent de commandes aristocratiques ou de nécessités plus populaires. Les indications fournies par les traducteurs eux-mêmes ou par les copistes sont rares et restent imprécises. Aux déclarations, déjà connues, de deux auteurs rédigeant pour l’aristocratie, Jean de Vignay17 et l’adaptateur de la Légende dorée la version n° 19, de Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 409, de la seconde moitié ou de la fin du XIVème siècle, voire peut-être du XVème siècle. 16   « Notice du ms. 772 de la Bibliothèque Municipale de Lyon », art. cit., p. 42. P. Meyer s’inspire sans doute du célèbre ex-libris, postérieur à l’exécution du manuscrit, qui figure dans le recueil Add. 70513 de la British Library, à Londres (« ce livre deviseie a la priorie de Kanperseie de lire a mangier »; cf. version n° 5). 17   Voir le prologue de l’auteur : « (...) et pource que il m’est avis que c’est souverain bien faire entendre aus gens qui ne sont pas lectrés la naissance, les vies, les passions et les mors des sains et aucuns autres fais nottoires des temps passés, me suy je mis a transalter en françois la legende des sains qui est dicte legende doree (...) » (Paris, Bibliothèque Mazarine, 1729, f° 1 r°).

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destinée à Béatrice de Bourgogne18, ne s’ajoutent dans notre corpus que l’argumentaire d’une traduction anonyme de la même source, destinée à des moines, et le colophon d’un manuscrit conservé à Leyde, compilé par une femme pour une abbaye de nonnes19. Partant du principe que l’écriture et le contenu d’un texte sont susceptibles de varier en fonction du public auquel il s’adresse, le nombre élevé de vies de MarieMadeleine disponibles aujourd’hui aurait permis d’espérer que leur comparaison aboutirait à mieux cerner leurs destinataires premiers. Mais, si de rares versions manifestent une origine courtoise ou monastique, la plupart ne donnent que peu de prise à des affirmations tranchées. Aussi n’avançons-nous nos remarques sur l’une ou l’autre de ces légendes qu’avec beaucoup de précautions, et nos spéculations devront être confirmées par l’étude de l’ensemble des pièces de même veine. On peut de plus observer que plusieurs de nos rédactions sont reproduites dans des recueils enluminés, alors que l’iconographie est presque absente des légendiers latins. Cette spécificité atteste du rôle nouveau joué par les textes rédigés en langue vulgaire. Une étude approfondie de ce phénomène, partant une analyse plus poussée de ces objets par les codicologues et les historiens de l’art, favoriserait sans nul doute une meilleure connaissance des milieux d’émergence et de destination de nos écrits. Pour une très grande partie des pièces que nous éditons et pour une proportion importante des copies qui nous les ont transmises, il est impossible d’exprimer un rattachement géographique convaincant; et celui-ci demeure presque toujours hypothétique lorsque nous y parvenons. La datation des unes et des autres, et surtout des rédactions primitives de nos poèmes ou récits, s’avère tout aussi problématique dans la plupart des cas. Le panorama qu’illustrent les vies de MarieMadeleine laisse néanmoins apparaître quelques caractéristiques intéressantes. En premier lieu, sur les cinq textes versifiés que nous possédons aujourd’hui, quatre ont à coup sûr une origine anglo-normande (no 5, 13, 26 et 27), ce qui vaut peut-être aussi pour le cinquième (n° 8). Le Nord constitue une région active, mais 18   Cette précision apparaît au f° 1 r° du manuscrit Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 23114 : « (...) Et aucuneffois pour le commun prouffit generalement si sont leurs biaux fais translaté en rommant et en commun langaige pour raison de ce que cil qui sont rude et ignorant les peuissent mieulx entendre et petit et grant bon exemple prendre (...) ». 19   « (...) Combien que le legende d’or ait esté translatee par pluseurs notables clers, des quels je ne soufis considerer le science et eloquence, che non obstant par command de obedience, car je n’ai point volu par arrogance deffendre mon ignorance, ai emprins cheste translation. (...) Item a le frequente supplication de aucuns bons freres qui, poeult estre, ne ont point grande connoissance de le langue latine et par carité, qui che volume et aultre me a fait emprendre. (...) » (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 1054, f° 401 r°). « L’an .LXXVII. fut fait et acomplis par sour Johanne de Malone cest legent dore manant a sains Victor, dit por son ame Resquiescant in pace. Amen » (Leyde, Universiteitsbibliotheek, B.P.L., 46A, f° 188 c), colophon cité d’après M. Thiry-Stassin, « Johanne de Malone : une rédactrice atypique de vies de saints (Leyde, BPL 46A) », « Scribere sanctorum gesta ». Recueil d’études d’hagiographie médiévale offert à Guy Philippart, édité par É. Renard, M. Trigalet, X. Hermand et P. Bertrand, Turnhout, Brepols, 2005 (Hagiologia. Études sur la Sainteté en Occident, vol. 3), p. 507, note 3.

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surtout pour ce qui concerne la diffusion de notre corpus. Dix des manuscrits que nous avons employés dans nos éditions proviennent en effet de l’aire picarde, tandis que quatre se rattachent au Hainaut, à la Flandre ou à la Wallonie. La production septentrionale ou du Nord-Est est même susceptible de couvrir environ un tiers de nos représentants si l’on tient compte des exemplaires dont l’origine reste incertaine. En revanche, le n° 19 est le seul texte dont l’origine picarde, ou peut-être wallonne, ne semble pas faire de doute, même si quatre autres rédactions (no 1, 16, 17 et 22) ont peut-être à faire avec l’une ou l’autre de ces parties du domaine d’oïl. Enfin, peu de nos récits ont été composés ou recopiés ailleurs : une seule version (n° 9) plonge ses racines dans le sud-est de l’espace francophone, d’où sont clairement venus trois manuscrits. Aucune ne paraît avoir été élaborée en Lorraine, qui n’a produit qu’un de nos exemplaires de référence. Enfin, le n° 10 et les deux copies qui nous le font connaître seraient de provenance auvergnate. Ce constat appuie les informations que l’on peut tirer du survol des textes hagiographiques français réalisé par G. Brunel-Lobrichon, A.-F. Leurquin-Labie et M. Thiry-Stassin, même si la prédominance picarde n’est pas aussi nette dans notre ensemble20. Il rejoint aussi les observations générales sur la mise en circulation des textes littéraires aux XIIIème et XIVème siècles. Il faut néanmoins se demander dans quelle mesure cette situation résulte d’un plus haut niveau de production matérielle et de diffusion, ou d’une meilleure conservation dans les régions septentrionales du domaine d’oïl. Qu’en est-il par ailleurs de la chronologie des pièces elles-mêmes et de leur transmission ? L’absence de preuves concrètes (datations explicites) pour l’essentiel de nos rédactions nous livre presque à l’arbitraire de notre jugement, ou plutôt au type d’intuition dont un pionnier comme Paul Meyer a su faire usage avec une sûreté qui force le respect. Des indices occasionnels peuvent nous guider, mais dans la plupart des cas, ils ne nous servent qu’à ébaucher ou à affermir les contours de nos appréciations. Entre le début du XIIIème siècle, date du plus ancien spécimen de ce qui représente par ailleurs la première version française de notre corpus (Nantes, Musée Dobrée, 5; n° 1), et la fin du moyen âge où les manuscrits de grande valeur sont contrebalancés par de nombreuses copies de médiocre qualité, nous ne voyons donc émerger qu’une continuité sinon indistincte, du moins peu claire dans ses articulations, exception faite du jalon que nous offre la Legenda aurea. Il y a en effet clairement un avant et un après Jacques de Voragine. Toutefois, l’émulation suscitée par le recueil de l’auteur dominicain entraîne corollairement une grande difficulté à en distinguer les dérivés. En tout état de cause, nous ne pourrons donc nous servir de repères temporels qu’avec une extrême prudence,

20   « L’hagiographie de langue française sur le Continent, IXe - XVe siècle », Hagiographies. Histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire en Occident, des origines à 1550, sous la direction de G. Philippart, vol. II, Turnhout, Brepols, 1996, pp. 291 - 371 (voir en particulier la carte n° 8, p. 292).

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qu’il s’agisse pour nous d’un instrument d’analyse ou d’un simple moyen de classement (voir infra, nos observations sur la structure de cet ouvrage).

Marie-Madeleine Les tableaux de Georges de La Tour nous ont familiarisés avec l’image d’une Marie-Madeleine faite d’ombres et de lumières. Figure de la pécheresse illuminée par la grâce, la sainte offre un visage humain au chrétien repentant, elle incarne, au sens propre, donne corps à l’amour divin. Cette compagne si célèbre de Jésus n’existe pourtant pas dans les textes évangéliques. Marie-Madeleine est un personnage composite, réunissant les traits de différentes femmes de la Bible. Les Écritures parlent en effet d’une Marie de Magdala, que le Christ libère « de sept démons » avant qu’elle ne mette ses biens au service des apôtres21. Mathieu et Marc mentionnent la Magdaléenne au nombre des femmes venues de Galilée pour servir le Christ et qui assistent « de loin » au calvaire sur le Golgotha, puis à la mise au tombeau. Chez Jean, elle se tient « près de la croix », en compagnie de la Vierge Marie et de sa sœur22. Les Évangiles s’accordent pour la montrer devant la Sépulture vide, porteuse des aromates destinés au corps du crucifié23. Première à voir le Christ ressuscité24, première à croire en sa Résurrection, première à porter cette nouvelle aux apôtres, Marie de Magdala est un témoin essentiel de la foi chrétienne25. Très tôt, la tradition patristique latine a assimilé cette Marie de Magdala à plusieurs personnages des Évangiles26. La femme délivrée des sept démons, interprétés comme les sept péchés capitaux, fut identifiée à « la pécheresse » anonyme de Luc27, qui lave de ses larmes puis essuie de ses cheveux les pieds du Christ chez Simon le Pharisien et se voit accorder le pardon. L’homonyme de la Magdaléenne, Marie de Béthanie, qui oint la tête de Jésus chez Simon le Lépreux et annonce   Luc 8, 2 et Marc 16, 9.   Matthieu 27, 56 et Marc 15, 40; Jean 19, 25.   Matthieu 28,1; Marc 16, 1; Luc 24, 10 et Jean 20, 1. 24   Matthieu 28, 1 -10; Luc 24, 1 - 12; Marc 16, 9 - 11; Jean 20, 11 - 18 (rencontre avec le Christ jardinier, Noli me tangere). 25   Parmi les nombreuses études qui analysent ce rôle, on peut citer : R. Bauckham, Gospel Women. Studies of the Named Women in the Gospels, Londres, New York, T&T Clarke, 2002; E. De Boer, The Gospel of Mary beyond a Gnostic and a Biblical Mary Magdalene, Londres, New York, T&T Clark, 2004; S. Haskins, Mary Magdalen, Myth and Metaphor, 1993, New York, Riverhead Book, 3ème éd., 1995; K. L. Jansen, The Making of the Magdalen. Preaching and Popular Devotion in the Later Middle Ages, Princeton, Princeton University Press, 2000; C. Setzer, « Excellent Women : Female Witness to the Resurrection », Journal of Biblical Literature, 116, 1997, pp. 259 - 272. 26   M. Join-Lambert, « Marie-Madeleine. Introduction exégétique », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par È. Duperray, Paris, Beauchesne Éditeur, 1989, pp. 15 - 19, fournit une présentation synthétique de la figure de la sainte dans les textes évangéliques. 27   Luc 7, 36 - 50. 21

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ainsi sa mort à venir28, a dès lors été confondue avec ce nouveau personnage. Marie de Magdala devenait la sœur de Marthe, hôtesse affairée à son office29, et de Lazare, ressuscité des morts30. Le moyen âge, après saint Grégoire qui accrédite définitivement l’identité des trois femmes31, transmet sans la mettre en question cette figure unifiée de la sainte. Il crée en outre, de toutes pièces, une vie légendaire à la pécheresse, lui invente une histoire fabuleuse après l’Ascension du Christ, prenant ainsi le relais des textes évangéliques. Les travaux magistraux de V. Saxer32 ont dévoilé le rôle décisif joué par l’abbaye de Vézelay dans le développement de ce récit. Sous l’impulsion de l’abbé Geoffroy, élu en 1037, un véritable dossier liturgique et hagiographique fut forgé en moins d’un demi-siècle. La tradition latine, riche et complexe, rend compte des étapes dans la constitution de cette légende. Les textes français héritent de la sorte d’une tradition déjà constituée, qui montre Marie-Madeleine fuir la Palestine en compagnie de Maximin pour prêcher à Marseille et à Aix avant de se retirer dans un lieu désert qu’elle ne quitte que pour mourir. Ses reliques seront alors transférées à Vézelay et plusieurs miracles accomplis en son nom.

Le « miracle de Marseille » À leur arrivée en Gaule, les chrétiens chassés de Judée ne trouvent personne pour les héberger, ils se réfugient sous le porche d’un temple, où Marie-Madeleine prêche la foi nouvelle. Après son apparition menaçante lors de visions nocturnes au couple des seigneurs de la ville, la sainte et ses compagnons sont enfin accueillis dignement. Le prince promet de croire en Dieu en échange d’un enfant. La prière exaucée, le couple se rend auprès de saint Pierre, mais la femme enceinte accouche   Matthieu 26, 1 - 23; Marc 3 - 9; chez Jean, 12, 1 - 11, Marie oint les pieds du Christ à Béthanie.   Marie, assise aux pieds du Christ « a choisi la meilleure part » (Luc 10, 42). 30   Jean 11, 1 - 44. 31   « Celle que Luc appelle la pécheresse, que Jean nomme Marie, c’est celle-là même, nous le croyons, de laquelle au témoignage de Marc, sept démons furent chassés » (Hom. XXXIII, P.L. LXXVI, col. 1238), cité par V. Saxer, Le culte de Marie-Madeleine en Occident des origines à la fin du moyen âge, préface de H. I. Marrou, 2 vol., Auxerre, Publications de la Société des Fouilles Archéologiques et des Monuments Historiques de l’Yonne, et Paris, Librairie Clavreuil, 1959, p. 3. Il faudra la querelle de Jacques Lefèvre d’Étaples au début du XVIème siècle pour mettre en cause cette conception. 32   À la fulgurante prospérité de Vézelay succédera dès le début du XIIIème siècle une décadence dont Sainte-Baume tirera profit. Sur l’émergence puis le déclin du culte de Marie-Madeleine à Vézelay, du milieu du XIème siècle au dernier sursaut que marque la vérification des reliques en 1265, on consultera l’ouvrage de V. Saxer, Le culte de Marie-Madeleine en Occident, op. cit., et Le dossier vézelien de Marie Madeleine. Invention et translation des reliques en 1265-1267. Contribution à l’histoire du culte de la sainte à Vézelay à l’apogée du Moyen âge, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1975, ainsi que les nombreux articles de cet auteur. On peut faire remarquer que la plupart des adaptations vernaculaires sont postérieures à la grandeur de Vézelay; elles perpétuent néanmoins la légende de la translation des reliques en Bourgogne. 28 29

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d’un fils au cours d’une tempête, puis meurt. La défunte et le nouveau-né sont laissés sur une île, tandis que le mari éploré poursuit son voyage et visite les lieux saints en compagnie de Pierre. Lors de son retour au pays, il fait halte à l’endroit où il avait abandonné les siens, découvre son enfant jouant sur le rivage, puis s’approche du corps intact de son épouse qui s’éveille à la prière qu’il adresse à Dieu et à Marie-Madeleine. Le couple reconnaissant retourne à Marseille, se fait baptiser par Maximin et détruit tous les temples païens pour ériger des églises chrétiennes. Cet épisode, communément appelé le « miracle de Marseille » et raconté dans toutes les versions vernaculaires, est au cœur de la vie légendaire de Marie-Madeleine. Son canevas narratif s’enrichit au gré des récits latins et des adaptations françaises, mais il n’est pas possible de déterminer un enchaînement d’un texte à l’autre. De la trame sommaire des rédactions n° 1 ou de Jean de Mailly (n° 2) à Jacques de Voragine, les n° 4, 6 et 7 apparaissent comme des étapes dans la transmission. Comme nous l’avons déjà indiqué, le plus ancien témoin de ce miracle est, à notre connaissance, un manuscrit vernaculaire qui paraît remonter au début du XIIIème siècle (Nantes, Musée Dobrée, 5; n° 1). Or, les premiers exemplaires latins relatant l’histoire du couple de Marseille, le Postquam Dominus, semblent également dater du XIIIème siècle et, surtout, présentent une structure narrative plus élaborée. La discussion sur les sources de ce miracle s’avère peu substantielle, elle oscille entre l’affirmation que le texte français est tiré de la version latine ou qu’il en représente la mise par écrit originelle33. Même si, au regard de la production hagiographique contemporaine, l’antériorité d’une version latine semble plus probable, rien, en l’état de la recherche, ne permet d’asseoir la moindre conclusion à ce sujet. Quoi qu’il en soit, il est toutefois douteux, même si l’idée est séduisante, de considérer l’histoire d’Apollonius de Tyr comme l’« origine première » de ce récit34. La fertilité accordée à un couple stérile, la mort supposée en mer, la souveraine défunte retrouvée par un mari aimant, l’enfant élevé sans sa mère sont autant de

  Voir la présentation de cette rédaction.   L’idée est avancée par G. Huet, « Un Miracle de Marie-Madeleine et le Roman d’Apollonius de Tyr », Revue de l’histoire des religions, 74, 2, 1916, pp. 249 - 255, puis reprise telle quelle par J. Chocheyras, « Le ‘Miracle de Marseille’, ses sources et ses représentations », La Littérature d’inspiration religieuse : théâtre et vies de saints. Actes du colloque d’Amiens des 16, 17 et 18 janvier 1987, publiés par D. ­Buschinger, Göppingen, Kümmerle Verlag, 1988, pp. 41 - 48. Elle revient chez É. Pinto-Mathieu (Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Age, op. cit., p. 144). Il suffit pourtant de lire le résumé du passage relevé par ces critiques pour mettre en doute une telle hypothèse, malgré les « mutations » subies par l’histoire (plus connue pour sa mise en scène de l’inceste consommé par le roi Antiochus et pour l’énigme que celui-ci impose aux prétendants de sa fille). En effet, c’est d’un enfant de sexe féminin que l’épouse d’Apollonius accouche en mer, avant de paraître mourir. Son corps, placé dans un cercueil et abandonné aux flots, échoue à Éphèse, où il est ranimé. Le nouveau-né est confié à une nourrice. Après bien des péripéties, la famille est réunie.

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motifs qui suggèrent un apport de la tradition « folklorique »35. Il est cependant aisé de remarquer combien ce récit se nourrit aussi des parallèles avec la vie du Christ et avec la geste de la Marie-Madeleine évangélique. L’accueil hostile des habitants de Marseille répond à l’hospitalité refusée à Joseph et Marie par les gens de Bethléem et la résurrection de la parturiente rejoue celle de Lazare, prodiges qui ouvrent ceux qui y assistent à la foi. La conversion même des époux qui, de Marseille à Jérusalem, font le voyage inverse de Marie-Madeleine, résonne du repentir de la sainte. Celle qui veillait aux nécessités du Christ prodigue maintenant ses soins à l’enfant délaissé. La cupidité des navigateurs, qui n’acceptent d’accoster qu’en échange d’argent, se mesure quant à elle à la convoitise de Judas inquiet de voir lui échapper les trente deniers du parfum de l’onction. En parallèle, la dame de Marseille prend subrepticement les traits d’Ève : traitée de « serpente » par Marie-Madeleine, elle accouche dans la douleur. Cette femme, qui n’entend pas les ordres proférés par la sainte, évoque la faute commise dans le jardin d’Éden. Elle rappelle par ricochet que Marie-Madeleine, en passant de la luxure à l’extase spirituelle, est celle qui participe d’Ève et de Marie. Tout au long du récit, la sainte cumule les paradoxes. Le contraste est ainsi surprenant entre cette Marie-Madeleine tout affairée en chambrière et accoucheuse de la femme enceinte et celle qui encourt les reproches de sa sœur pour être restée à l’écoute du Christ tandis que Marthe s’activait. Dans les miracles, c’est une luxurieuse repentie sans descendance qu’appellera la parturiente dans la tempête.

Retraite et miracles Les autres épisodes de la vie de Marie-Madeleine se fondent eux aussi sur des réminiscences de la vie du Christ. Si la retraite érémitique de Marie-Madeleine bénéficie d’une influence évidente de la légende de Marie l’Égyptienne36, la rencontre avec l’ermite réactive le souvenir du Christ ressuscité et donne un sens nouveau à la scène. Les appels répétés à l’adresse de la sainte cachée dans sa grotte font écho aux recherches de Marie éplorée devant le Tombeau vide; l’impossibilité pour l’ermite de l’approcher résonne du « Noli me tangere »; et la demande d’aller annoncer sa fin à Maximin évoque les paroles du Christ à Marie (cf. Jean 20, 17). 35   É. Pinto-Mathieu a beaucoup parlé de « l’intrusion d’un merveilleux folklorique dans la légende vernaculaire » (Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Age, op. cit., titre de chapitre, p. 111). Mais l’influence des romans latins, indéniable pour la littérature hagiographique en général, est aussi pour beaucoup dans le traitement de ces motifs. 36   Rappelons que « L’homophonie entre la pécheresse d’Egypte et Marie de Magdala a engendré de nombreuses contaminations entre les deux hagiographies, alimentées par un même péché de luxure, et ce, surtout de la vie de l’Egyptienne vers celle de Marie-Madeleine », É. Pinto-Mathieu, « Trois vies de pécheresses repenties : les saintes Marie l’Egyptienne, Marie-Madeleine et Thaïs », Revue des Sciences Humaines, 251, 3, 1998, pp. 89 - 109 (p. 89). Voir nos remarques dans les présentations des versions no 4 et 13.

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Mais il est évident aussi que ce récit rejoue des éléments de la vie même de Marie-Madeleine. L’aridité du lieu de sa retraite, où ne poussent ni herbes ni arbres, rappelle l’île au sol si dur qu’il empêche l’ensevelissement de la femme morte en couches; le chant des anges qui sustente la sainte s’enrichit d’une signification nouvelle dans le rapprochement qu’il induit avec la nourriture apportée au nouveau-né, elle-même souvenir de l’allaitement du Christ par Marie célébré par Marcelle. De la même façon, le choix des miracles qui complètent la légende engage le texte entier. Ainsi, par exemple, la guérison à Vézelay du pèlerin aveugle rappellet-elle l’intervention du Christ en faveur de Cédonius. Il est en outre intéressant d’observer que ces récits font apparaître Marie-Madeleine comme la sainte des prisonniers, des endettés ou des débauchés. Ce portait reflète l’image de la pécheresse qui osa s’approcher du Christ malgré l’indignation des bien-pensants. Notre sainte occupe ainsi une place sociale aussi scandaleuse que celle du Christ choisissant la pauvreté. Concluons par une image. Lorsque le moine envoyé à la recherche des reliques de Marie-Madeleine découvre le tombeau dans une ville en ruines, il reconnaît le sépulcre grâce à des sculptures taillées dans le marbre. Celles-ci retracent l’histoire de la compagne du Christ, que le texte vient de raconter. Cette mise en abyme de la vie de Marie-Madeleine sur son lieu de mort prend un relief particulier dans les traductions en langue vernaculaire, elles-mêmes translatio d’un texte latin en français. Elle contraste avec la cédule posée sur l’autel de la sainte où tous les péchés du pèlerin repentant s’effacent et atteste par contrecoup de l’importance de la lettre du texte. Peut-on souhaiter plus belle invitation à la lecture ?

Corpus L’abondance du matériau disponible nous invitait à délimiter notre corpus avec précision et à exclure de nombreux textes dans lesquels notre sainte apparaît. Nous avons ainsi restreint notre choix aux « vies » à proprement parler de Marie-Madeleine, à l’exception de l’adaptation française de sa légende contenue dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais37, qui aurait dû en faire partie. Toutefois, nous avons préféré éviter un doublon inutile avec l’édition de sa traduction par 37   Le livre IX du Speculum Historiale retrace la vie évangélique de Marie-Madeleine (chap. 93), la dispersion des apôtres et le miracle de Marseille (chap. 94 à 98); la retraite érémitique, la mort de la sainte et son ensevelissement par Maximin (chap. 102 et 103); la vision par Marthe de l’âme de sa sœur défunte (chap. 103 et 104); les miracles de Paul de Saragosse, d’Étienne de Flandres et du Breton échappant à la tempête (chap. 108 à 110, tous trois traduits dans notre version n° 24). Le livre XXIII contient la translation des reliques par Badilon (chap. 152) ainsi que le récit de deux libérations de prisonniers, du sauvetage de la femme enceinte sur la Loire et de la guérison de l’aveugle (chap. 153). Enfin, un court exemplum montrant Marie-Madeleine en larmes aux pieds du Christ est inséré dans le florilège des textes de Bernard de Clairvaux (livre XXVIII, chap. 304).

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Jean de Vignay qu’annoncent L. Brun et M. Cavagna38. Par ailleurs, nous avons renoncé à éditer la Fleur des histoires de Jean Mansel, dont le troisième livre est consacré aux actes des saints. Manuel d’instruction chrétienne composé entre 1313 et 1330, le Ci nous dit relate dans sa dernière partie, réservée aux « Legende de plusieurs sains », le miracle du « conte de Prouvence » (§ 669) et la retraite de Marie-Madeleine (§ 670). La première section, qui rassemble des exemples moraux et des commentaires de l’Écriture sainte, rapporte en outre la venue des trois Marie au Tombeau (§ 106), l’apparition du Christ ressuscité (§ 107), les noces de Marie-Madeleine et de Jean l’Évangéliste (§ 244), l’onction de la tête du Messie (§ 393) et le séjour de Jésus chez Marthe et Marie (§ 457), ainsi que des allusions sporadiques. Ces récits, qu’il est difficile de rattacher à une tradition précise, sont déjà accessibles dans l’édition de G. Blangez39. Les Moralités des Marie offrent de leur côté une image mystique de l’amour de Marie-Madeleine pour Jésus. É. Pinto-Mathieu annonce l’édition critique de ce long traité de dévotion de près de 1900 octosyllabes à rimes plates, qui montre les saintes femmes venues oindre le corps crucifié puis la rencontre avec le Christ jardinier40. Pour des raisons évidentes, nous n’avons pas abordé les traductions ou adaptations des Évangiles, ni les drames liturgiques et les mystères. Les premières forment en effet un ensemble fort abondant et varié, mais distinct quant à sa diffusion41. Les écrits dramatiques qui réservent une place à Marie-Madeleine constituent de véritables sommes dont il aurait été délicat de détacher les passages, parfois nombreux, où elle intervient42. Enfin, un certain nombre de prières n’ont pas été éditées par P. Rézeau43 : elles pourraient faire l’objet d’une publication séparée. 38   Voir la présentation de cette vaste entreprise dans : L. Brun et M. Cavagna, « Pour une édition du Miroir Historial de Jean de Vignay », Romania, t. 124, 2006, 3 - 4, pp. 378 - 428. À notre connaissance, il n’existe pas d’autre traduction française médiévale de la compilation de Vincent de Beauvais. 39   Ci nous dit. Recueil d’exemples moraux, publié par G. Blangez, 2 vol., Paris, SATF, 1979 et 1986. 40   Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Age, op. cit., p. 30. Soulignons toutefois que ce texte est contenu dans le manuscrit BNF f. fr. 24429 (f° 83 c - 94 d), comme mentionné par la critique, mais aussi dans celui que la Biblioteca Apostolica Vaticana conserve sous la cote Reg. lat. 1682 (f° 69 b - 80 d), cf. E. Langlois, « Notices des manuscrits français et provençaux de Rome antérieurs au XVIe siècle », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque royale, t. 33, 2, 1889, pp. 202 - 203. 41   Li Romanz de Dieu et de sa mere de Herman de Valenciennes est un spécimen particulièrement intéressant de cette tradition (voir éd. I. Spiele, Leyde, Presse Universitaire de Leyde, 1975, v. 4720 sq.). Plusieurs de ses autres représentants sont inédits. 42   Marie-Madeleine apparaît très tôt dans les drames liturgiques, elle est l’une des trois Marie du Quem quaeritis qui figure dans les tropaires dès le Xème siècle, cf. B.-D. Berger, Le drame liturgique de Pâques. Liturgie et théâtre, Paris, Beauchesne Éditeur, 1976, pp. 140 sq. Signalons néanmoins La Vie de Marie Magdaleine par personnages (Bibliothèque Nationale de Paris, Réserve Yf 2914), éditée avec une introduction et des notes par J. Chocheyeras et G. A. Runnalls, Genève, Droz, 1986. Imprimée à Lyon en 1605, elle aurait été jouée dans cette ville en 1500. 43   P. Rézeau, Les prières aux saints en français à la fin du moyen âge, 2 vol., Genève, Droz, 1982 et 1983; à compléter par Répertoire d’incipit des prières françaises à la fin du moyen âge. Addenda et corrigenda aux répertoires de Sonet et Sinclair. Nouveaux incipit, Genève, Droz, 1986. Nous rangeons dans cette catégorie le poème en quatrains retranscrit au f° 89 rº et vº du manuscrit 756 de la Bibliothèque de

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Il existe des textes dont les rapports avec notre légende sont trop contingents : une brève suite de maximes sans aucun lien avec notre sainte s’intitule de la sorte « Hic incipiunt proverbia Marie Magdalene », sans que l’on sache trop pourquoi44. En dernier lieu, il aurait été inconcevable de reproduire toutes les allusions, ponctuelles et sporadiques, parfois incompréhensibles, à notre figure, tant dans les œuvres littéraires que religieuses.

Organisation du corpus; présentation et principes éditoriaux Dans la mesure du possible, nous avons ordonné nos adaptations d’après leurs sources et la date de leur composition. Ce double critère reste cependant très fragile. La plupart de nos récits sont anonymes et aucun n’a été daté de manière explicite par son auteur. Ils ont en outre été copiés dans des manuscrits de nature diverse, dont la période de fabrication reste le plus souvent incertaine. Rares sont ceux qui possèdent un colophon ou qui ont fait l’objet d’une expertise détaillée, si l’on excepte les exemplaires de la traduction par Jean de Vignay de la Legenda aurea. Par ailleurs, l’analyse linguistique des pièces ne fournit au mieux qu’une approximation de la date de leur rédaction et de leur provenance. Plusieurs versions ont aussi subi des contaminations entre elles. De plus, la constitution des textes par accumulation de segments narratifs (vie évangélique, miracle de ­Marseille, retraite, translation des reliques, miracles) multiplie pour chacun le nombre de modèles potentiels et leur combinaison rend tout classement plus ­aléatoire encore. Nous avons finalement distingué trois groupes principaux : l’extraordinaire succès de la Légende dorée imposait pour cet ouvrage une section propre. Neuf versions sont écrites à partir de sources latines sans doute antérieures au recueil du dominicain. Nous avons enfin réuni les compilations qui mettent en œuvre plusieurs versions vernaculaires. Deux fragments, trop courts pour être rattachés à l’une ou l’autre branche de cette tradition, ont été placés à la fin de notre corpus. Chaque rédaction est précédée d’une introduction qui fait ressortir sa tradition manuscrite, son ou ses modèles, s’ils sont identifiables, les principaux caractères de sa composition et les observations qu’elle requiert au point de vue littéraire et philologique. L’analyse et la comparaison des textes n’ont pas été approfondies. Au point de vue linguistique, c’est avant tout leur vocabulaire qui a été étudié, l­’Arsenal, à Paris, dont une bonne partie est d’ailleurs illisible. Adjonction à la mine de plomb sur un feuillet placé à la suite du dernier quaternion d’une copie latine de Vincent de Beauvais, le bref texte, qui relate la scène de l’onction chez Simon, se conclut en effet par une demande d’intercession. Il est publié par P. Meyer, « Poème en quatrains sur la pécheresse de l’Évangile », Romania, t. 31, 1902, pp. 379 381. 44   Ce texte, conservé dans le manuscrit B.14.19 du Trinity College à Cambridge (f° 80 c), est publié par P. Meyer, « Les manuscrits français de Cambridge. III. Trinity College », Romania, t. 32, 1903, pp. 39 - 40.

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mais seuls les termes qui étaient utiles à leur caractérisation (datation, localisation et niveau d’intérêt lexical) ont été mis à profit45. Si la description des légendiers vernaculaires a beaucoup progressé, après les travaux fondateurs de Paul Meyer, la majorité des recueils qui contiennent les vies de Marie-Madeleine n’ont pas été décrits pour eux-mêmes. La publication électronique des données de l’Institut de recherche et d’histoire des textes, annoncée pour 2008 (projet JONAS, dirigé par Mmes A.-F. Leurquin-Labie et M.-L. Savoye, de la Section romane), devrait grandement contribuer à une meilleure connaissance de ces matériaux, même si cette tradition nécessite encore de vastes explorations et ouvre toujours la voie à de passionnantes recherches. Pour tous les volumes conservant une vie de Marie-Madeleine, nous avons brièvement synthétisé le résultat de nos propres investigations en indiquant leurs principales caractéristiques46. Nos données ne sauraient toutefois être considérées comme définitives. Le nombre de manuscrits impliqués excluait la possibilité de notices très développées. En raison de l’intérêt des exemplaires concernés, afin de mieux documenter certaines copies, moins connues, ou en fonction des possibilités que nous avons eues de les étudier, nos descriptions sont parfois plus élaborées47. Dans toutes les rédactions que nous reproduisons, la disposition originale du manuscrit de référence est maintenue. Les lettrines sont indiquées par un changement de corps et les pieds-de-mouches, au moyen du signe « ¶ » (alterné avec «  Γ  », dans le n° 11, où ce signe représente sans doute une variante du précédent)48. Philologiquement parlant, notre objectif n’est pas la reconstitution d’un état idéal pour chaque texte. Sauf indication particulière, les interventions sont réduites au minimum dans les versions conservées par un exemplaire unique. Pour   Les dictionnaires de la langue médiévale ont constitué notre principal support dans ces enquêtes. Il est cependant probable que l’état des dépouillements qu’ils reflètent nous ait parfois conduit à des choix contestables et aussi que nous ayons donné trop d’emphase à des termes dont il existe peut-être beaucoup plus d’exemples dans les textes du moyen âge que ceux qu’ils nous procurent. 46   Dans nos descriptions, nous parlons indifféremment de « pièces », « légendes » ou « vies » pour les différentes entrées d’un recueil, que celles-ci soient une vie à proprement parler ou une légende comme la Fête de tous les défunts, l’Annonciation ou l’Épiphanie, parmi d’autres. La délimitation de certaines pièces n’est pas toujours clairement établie (faut-il compter une ou plusieurs entrées pour la vie et la translation d’un saint, ou pour un texte que des rubriques subdivisent, par exemple ?). Aussi, les chiffres que nous avançons sont souvent plus un ordre de grandeur qu’une donnée exacte. 47   Dans la présentation matérielle de ces volumes, nous ne mentionnons pas le nombre de pages de garde qu’ils comportent, sauf si cette information peut avoir de l’importance pour la compréhension de leur facture. En règle générale, les indications relatives à leur mise en page (nombre de colonnes et de lignes par colonne) ne valent que pour les parties où les textes que nous éditons ont été retranscrits, même si elles peuvent convenir à l’ensemble des manuscrits dont nous les extrayons. Les colonnes de chaque feuillet sont désignées au moyen de lettres successives, de « a » à « d » pour les manuscrits sur deux colonnes (« a - f » / « a - h » pour les exemplaires, moins nombreux, sur trois ou quatre colonnes). 48   Les marqueurs de segmentation qui interviennent dans les exemplaires de comparaison sont signalés si leur structure diffère de celle du texte édité. Des articulations peuvent toutefois apparaître sous forme de majuscules rehaussées, indétectables la plupart du temps sur les reproductions dont nous nous sommes servis et qui, pour quelques manuscrits, ont été nos seuls supports. 45

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l’essentiel, elles concernent des termes isolés ou de brefs segments de récit dont il est clair que la retransmission a été altérée, mais qui peuvent être rétablis sans difficulté; les commentaires en bas de page permettent toujours d’en vérifier la teneur originale. Nous avons procédé de même lorsque plusieurs copies sont à notre disposition : le choix du manuscrit de référence est destiné à fournir le meilleur reflet possible du texte, mais il ne vise pas au rétablissement de son archétype théorique. Notre saisie lui reste donc fidèle aussi longtemps que son contenu narratif, sa syntaxe ou son lexique ne comportent pas d’omissions ou d’erreurs flagrantes, ou qui en affectent la teneur de manière notable. L’accord des exemplaires de comparaison contre le manuscrit de référence n’implique donc pas nécessairement une correction et l’adoption d’une variante de substitution ou une autre forme de retouche ne sont pas subordonnées aux contraintes d’un stemma. Le contenu des sources, si celles-ci ont pu être identifiées, ne justifie pas non plus en lui-même des modifications, mais sert à en guider le choix, s’il y a lieu. Enfin, nous n’avons pas développé au delà du nécessaire les observations que l’on peut inférer de la collation de nos témoins. En tout état de cause, nos apparats critiques en fournissent les moyens appropriés. Les caractéristiques du support et toutes les reprises du scribe (exponctuations, corrections, ajouts, etc.) sont signalées pour le manuscrit de base. Seules les plus significatives d’entre elles le sont en revanche dans les variantes49. En principe, la segmentation des mots est respectée, sauf si l’emplacement des espaces est à l’évidence problématique ou heurte de manière trop sensible les habitudes de lecture moderne. Les abréviations ont été résolues d’après l’éventail de formes disponibles dans chaque texte et en fonction de leur représentation. Toutefois, la brièveté de nos vies ôte parfois beaucoup de certitude à cette opération. À défaut, nous avons tenu compte des habitudes graphiques du scribe50. L’emploi de la prose pour l’essentiel du corpus et le caractère le plus souvent approximatif de sa datation nous ont conduits à renoncer au tréma pour indiquer la diérèse partout où l’absence de repères linguistiques sûrs aurait rendu son emploi aléatoire. Exception faite des trois rédactions versifiées et de la version n° 1, suffisamment précoce pour que l’existence de hiatus soit encore avérée, nous avons donc évité de recourir à ce signe diacritique, sauf dans les cas qui ne souffrent aucune hésitation et qui pouvaient occasionner une gêne pour le lecteur (aï, aü, eï dans des situations très restreintes et oï; de même pour y, dans tous les cas analogues – aÿ, etc. – où cette lettre ne fait que remplacer i). En revanche, l’accent aigu   Pour les doublons et les bourdons (omission d’un mot dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur son existence dans le modèle; oubli ou adjonction superflue d’une lettre dans un mot, etc.), en particulier, nous n’avons retenu que ceux qui offrent une certaine pertinence pour l’établissement de l’apparat critique. 50   En l’absence d’une base statistique suffisante, nous avons opté pour la prudence dans les exemplaires de comparaison. Toutes les abréviations sont développées mais celles dont la résolution reste indécise sont reportées en italiques dans l’apparat critique. 49

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est appliqué selon les règles courantes, mais pas sur la finale dialectale -et et de manière parcimonieuse sur les monosyllabes. qui est graphié de la même façon (sans apostrophe), que cette forme équivale au pronom relatif simple ou à une combinaison de la conjonction que avec le pronom personnel il. Pour les deux futurs d’avoir et de savoir, nous avons adopté partout le thème (s)avr-, au détriment éventuel de (s)aur-. La ponctuation est moderne et nous n’indiquons pas celle de nos originaux. La varia lectio ne retient pas les variantes de surface (dialectales ou graphophonétiques); les divergences morphologiques, lorsqu’elles affectent des formes que l’on peut associer à un même paradigme (par exemple pour les démonstratifs, les pronoms personnels, même si un changement tend à indiquer une autre valence pour le verbe dont ils dépendent, ou les formes verbales elles-mêmes) ou les sub­ stantifs dont le genre est instable; certaines alternances courantes, dès lors qu’elles ne présentent aucune ambiguïté (par exemple entre les relatifs qui et que, les particules de négation ne et ni, ou entre se et si, etc., sauf s’il peut en résulter des interprétations distinctes au point de vue syntaxique); les fautes bénignes des copistes si elles ne possèdent pas d’intérêt pour la compréhension de son modèle, des interprétations qui lui ont été données par le scribe ou de ses attitudes de travail (mots ou segments de texte bissés qui n’indiquent rien d’autre qu’une reprise erronée, par exemple). Les variantes des noms propres ne sont signalées que lorsqu’elles sont susceptibles de désigner un autre référent ou d’en modifier la perception, ou encore si elles possèdent quelque valeur pour l’édition elle-même ou pour l’analyse du texte. Les leçons des manuscrits de comparaison sont enregistrées dans un ordre aussi logique que possible. Afin de réduire les risques de confusion et de faciliter la collation entre le texte et ses variantes, nous avons parfois procédé à des reports à partir du premier, suivis d’un crochet droit orienté sur la gauche afin d’indiquer les limites du segment concerné. En règle générale, nous avons privilégié l’exemplaire – ou les exemplaires – de contrôle les plus fiables lorsque plusieurs manu­ scrits offraient une leçon équivalente. En revanche, dès lors qu’une variante ne figurait que dans des copies de second ordre, la proximité graphique par rapport au texte de base est notre critère de préférence (sauf entre deux manuscrits solidaires mais que démarquent un écart temporel ou une différence de qualité, auquel cas le meilleur des deux sert normalement de modèle au couple). Les parenthèses indiquent une divergence (graphique par exemple, ou pour un détail expressément signalé) entre deux leçons semblables pour le reste. De manière analogue, nous avons choisi de mettre entre parenthèses les sigles des exemplaires dont la variante contient une abréviation, si sa résolution n’est pas certaine. Cette précaution n’est donc pas employée si aucune hésitation n’est possible, ou si deux leçons concordent. Les majuscules sont réservées aux noms propres (ou, pour les reports d’après le texte de base, aux débuts de phrases, afin d’éviter toute

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ambiguïté) et, sauf nécessité particulière, nous avons omis toute ponctuation dans l’apparat critique.

Bibliographie Nous avons opéré une sélection dans l’abondante bibliographie consacrée à MarieMadeleine et nous nous sommes limités à indiquer les études portant sur la période médiévale. Par ailleurs, nous n’indiquons que les ouvrages de référence qui font l’objet d’une utilisation récurrente. Les autres travaux sont cités dans les notes de cette introduction ou de la présentation que nous donnons de chaque version. Les entrées précédées d’un astérisque (*) sont celles, souvent incomplètes, que nous n’avons pas pu vérifier. Marie-Madeleine Eva-Maria Adam, Maria Magdalena in geistlichen Spielen des Mittelalters, Zürich, Druckstelle der Studentenschaft der Universität Zürich, 1996 (Abhandlung zur Erlangung der Doktorwürde der Philosophischen Fakultät I der Universität Zürich). Richard Bauckham, Gospel Women. Studies of the Named Women in the Gospels, Grand Rapids, W. B. Eerdmans, 2002. Marie Bath, Untersuchungen des Johannesspiels, der Blindenheilungs- und der Maria-Magdalenscenen in den deutschen mittelalterlichen Passionsspielen mit besonderer Berücksichtigung ihrer Beziehungen zu den französischen Mysterien, Marburg, Dissertation Marburg, 1919. * Fernand Benoit, « Le culte de Marie-Madeleine », Annales du Midi, 71, 1959. * Fernand Benoit, « La Madeleine et les Dormants d’Éphèse », Provence historique, 12, 1962. Thomas Bernard et Jean-Luc Vesco, Marie de Magdala, évangiles et traditions, Fribourg, Éditions Saint-Paul, 1982. Esther A. de Boer, The Gospel of Mary beyond a Gnostic and a Biblical Mary Magdalene, Londres, New York, T&T Clark, 2004. Sofia Boesch Gajano, « Il culto di Maria Maddalena nell’occidente medioevale », Rivista di storia e letteratura religiosa, 15, 1979, pp. 436 - 444. * Jean-Yves Boriaud, « Les larmes de la Madeleine et le discours de la pénitence », Actes du colloque international Marie-Madeleine dans la littérature et les arts du XVe au XVIe siècle, Université de Fribourg (Suisse), 31 mai - 2 juin 1990, Fribourg.

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Madeleine Boxler, ‘ich bin ein predigerin und apostlorin’. Die deutschen Maria Magdalena-Legenden des Mittelalters (1300 - 1550). Untersuchungen und Texte, Berne, etc., Peter Lang, 1996. Régis Burnet, Marie-Madeleine. De la pécheresse repentie à l’épouse de Jésus. Histoire de la réception d’une figure biblique, Paris, Éditions du Cerf, 2004. Camille Chabaneau, suite d’articles consacrés à Marie-Madeleine, Revue des langues romanes de 1883 à 1886 : troisième série, t. 9, pp. 105 - 115; t. 10, pp. 53 63; t. 11, pp. 105 - 132 et pp. 157 - 188; t. 12, pp. 105 - 133; t. 13, pp. 105 - 120 et pp. 261 - 268; t. 14, pp. 5 - 23 et pp. 53 - 71; t. 15, pp. 261 - 283. * Mary John of Carmel Chauvin (Sister), The Role of Mary Magdalene in Medieval Drama, Washington, Catholic University of America Press, 1951. Jacques Chocheyras, « Le ‘Miracle de Marseille’, ses sources et ses représentations », La littérature d’inspiration religieuse : théâtre et vies de saints. Actes du colloque d’Amiens des 16, 17 et 18 janvier 1987, publiés par D. Buschinger, Göppingen, Kümmerle Verlag, 1988, pp. 41 - 48. Jacques Chocheyras, « La conversion de sainte Madeleine représentée à Auriol en 1534 », Mélanges offerts à Yves Le Hir, Recherches et travaux de l’U.E.R. de Lettres, Université de Grenoble III, n° 27, juin 1984, pp. 25 - 42. * Gustave Cohen, « Le personnage de Marie-Madeleine dans le drame religieux français du Moyen Age », Convivium, 24 (NS), 1956, pp. 141 - 163. Cindy Corcoran et alii, « De la Madelaine. Vie anonyme de Marie-Madeleine en prose française de la fin du XIIe siècle : édition critique », Zeitschrift für romanische Philologie, 98. Bd, 1/2, 1982, pp. 20 - 42. J. E. Cross, « Mary Magdalen in the Old English Martyrology : The earliest extant ‘Narrat Josephus’ variant of her legend », Speculum, vol. 53, 1978, pp. 16 - 25. * Clifford Davidson, « The Digby Magdalene and the Magdalene Cult of the Middle Age », Annuale Medieval, vol. 13, 1972. * Georges Doncieux, Le cycle de sainte Marie-Madeleine dans la chanson populaire, Paris, 1891 (compte-rendu dans Romania, t. 21, 1892, p. 328). Georges Doncieux : « Fragment d’un miracle de sainte Madeleine. Texte restitué », Romania, t. 22, 1893, pp. 265 - 270. Louis Duchesne, « La légende de sainte Marie-Madeleine », Annales du Midi, 5, 1893, pp. 1 - 33. Agnes Dust, Die Magdalenenszenen im französischen und provenzalischen geistlichen Spiel des Mittelalters, Lingen-Ems, Van Acken, 1938 (Dissertation, Münster, 1939). * Gerhard Eis (Hrsg.), « Die Bayrische Magdalenklage », Beiträge zur mittelhochdeutschen Legende und Mystik, Berlin, 1935.

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[Étienne-Michel Faillon] Monuments inédits sur l’apostolat de sainte MarieMadeleine en Provence et sur les autres apôtres de cette contrée, saint Lazare, saint Maximin, sainte Marthe et les saintes Maries Jacobé et Salomé, par l’auteur de la dernière Vie de M. Olier, 2 vol., Paris, Migne, 1848. Wiltrud aus der Fünten, Maria Magdalena in der Lyrik des Mittelalters, Düsseldorf, L. Schwann, 1966 (Wirkendes Wort, 3). Baudoin de Gaiffier « Hagiographie bourguignonne. A propos de la thèse de doctorat de M. René Louis sur Girart, comte de Vienne », Analecta Bollandiana, t. 69, 1951, pp. 131 - 147. Baudouin de Gaiffier, « Notes sur le culte de sainte Marie-Madeleine. A propos d’un livre récent », Analecta Bollandiana, t. 78, 1960, pp. 161 - 168. Helen M. Garth, Saint Mary Magdalene in Mediaeval Literature, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1950. Joseph Gazay, « Études sur les légendes de sainte Marie-Madeleine et de Joseph d’Arimathie », Annales du Midi, 51, 1939, pp. 5 - 36, 113 - 167, 225 - 284 et 337 389. D. B. Gremont, Le culte de Marie-Madeleine à Fleury (Études ligériennes d’histoire et d’archéologie médiévales), Mémoires et exposés présentés à la semaine d’études médiévales de Saint-Benoît-sur-Loire du 3 au 10 juillet 1969, Publications de la Société archéologique de l’Yonne, Paris, 1975, pp. 203 - 226. Hans Hansel, Die Maria-Magdalena-Legende. Eine Quellenuntersuchung, Bottrop, Buch- und Kunstdruckerei Wilh. Postberg, 1937 (Inaugural-Dissertation zur Erlangung der Doktorwürde der Philosophischen Fakultät der Ernst-MoritzArndt-Universität zu Greifswald). * Hans Hansel, « Die Quelle der bayerischen Magdalenklage », Zeitschrift für deutsche Philologie, 62, 1937. Susan Haskins, Mary Magdalen, Myth and Metaphor, New York, Riverhead Book, 1993, 3ème éd., 1995. Ursula Hennig, « Die Klage der Maria Magdalena in den deutschen Osterspielen. Ein Beitrag zur Textgeschichte der Spiele », Mittelalterliches deutsches Drama (Zeitschrift für deutsche Philologie, 94, 1975, Sonderheft), pp. 108 - 138. Ernest Hoepffner, « Une prière à sainte Marie-Madeleine », Romania, t. 53, 1927, pp. 567 - 568. Maria N. Hoffman, Die Magdalenszenen im geistlichen Spiel des Mittelalters, Münster, Dissertation Münster, 1933. G. Huet, « Un Miracle de Marie-Madeleine et le Roman d’Apollonius de Tyr », Revue de l’histoire des religions, 74, 2, 1916, pp. 249 - 255.

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Dominique Iogna-Prat, « ’Bienheureuse polysémie’. La Madeleine du Sermo in ueneratione sanctae Mariae Magdalenae attribué à Odon de Cluny », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par Ève Duperray, Paris, Beauchesne Éditeur, 1989, pp. 21 - 31. Marga Janssen-Anstett, Maria Magdalena in der abendländischen Kunst. Ikonographie der Heiligen von den Anfängen bis ins 16. Jahrhundert (Diss. Freiburg/ Breisgau, 1961). Jean Gobi l’Ancien, Miracles de sainte Marie-Madeleine, édité et traduit par ­Jacqueline Sclafer, Paris, CNRS Editions, 1996. Omer Jodogne, « Marie-Madeleine pécheresse dans les Passions médiévales. Des sources de Jean Michel », Scrinium Lovaniense, 4e série, 24, 1961, pp. 272 284. Michel Join-Lambert, « Marie-Madeleine. Introduction exégétique », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par Ève Duperray, Paris, Beauchesne Éditeur, 1989, pp. 15 - 19. Ludwig Karl, « Die Episode aus der Vie de Madeleine », Zeitschrift für romanische Philologie, 34. Bd, 1910, pp. 362 - 367. * Max Keuffer, Festschrift zur Begrüßung der XXXIV. Versammlung deutscher Philologen und Schulmänner dargebracht von dem Königlichen Gymnasium und der Städtischen Realschule 1.0. zu Trier, Trier, Lintz, 1879. M. A. Klenke, Three Saints’ Lives by Nicholas Bozon, With the text and translations of « La Vie la Marie Magdalene », « La Vie sein Margaret » and « La Vie Seint Martha », Saint Bonaventure, Franciscan Institute, 1947. Friedrich O. Knoll, « Die Rolle der Maria Magdalena im geistlichen Spiel des Mittelalters », Germanische und deutsche Studien zur Sprache und Kultur, 8. Heft, Berlin et Leipzig, 1934, pp. 9 - 122. La Vie de Marie Magdaleine par personnages (Bibliothèque Nationale de Paris, Réserve Yf 2914), éditée avec une introduction et des notes par J. Chocheyeras et G.A. Runnalls, Genève, Droz, 1986. P. Lefèvre, « Les chants de l’office de sainte Marie-Madeleine d’après un bréviaire de l’abbaye de Prémontré du milieu du XIIIe siècle », Analecta Praemonstratensta, 39, 1963, pp. 55 - 69. Guy Lobrichon « La Madeleine des Bourguignons aux XIe et XIIe siècles », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par Ève Duperray, Paris, Beauchesne Éditeur, 1989, pp. 71 - 88.

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* Marie-Madeleine dans la littérature et les arts du XVe au XVIe siècle, Actes du colloque international, Université de Fribourg (Suisse), 31 mai - 2 juin 1990, Fribourg. Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par Ève Duperray, préface de Georges Duby, postface de Charles Pietri, Paris, Beauchesne Éditeur, 1989. Marie-Madeleine. Figure mythique dans la littérature et les arts, sous la direction d’Alain Montandon, Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 1999. Paul Meyer, « Poème en quatrains sur la pécheresse de l’Évangile », Romania, t. 31, 1902, pp. 379 - 381. Paul Meyer, « La légende de Girart de Roussillon », Romania, t. 7, 1878, pp. 161 235. Jean Misrahi, « A Vita Mariae Magdalene (B.H.L. 5456) in an eleventh-century manuscript », Speculum, vol. 18, 3, 1943, pp. 335 - 339. Bernard Montagnes, « Saint-Maximin foyer de production hagiographique. Le Liber miraculorum beate Marie Magdalene (1315) », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par Ève Duperray, Paris, Beauchesne Éditeur, 1989, pp. 249 - 269. Bernard Montagnes, « La basilique de la Madeleine à Saint-Maximin », Congrès archéologique de France, 1985, 13ème session, Le Pays d’Aix, Paris, Société française d’archéologie, 1988, pp. 238 - 253. Bernard Montagnes, « La légende dominicaine de Marie-Madeleine à Saint-Maximin », Le peuple des Saints. Croyances et dévotions en Provence et Comtat Venaissin des origines à la fin du Moyen Age. Actes de la Table ronde organisée par l’Institut de recherches et d’études sur la Bas Moyen Age avignonnais du 5 au 7 octobre 1984, Avignon, Académie du Vaucluse, 1987, pp. 73 - 86. * David A. Mycoff, « A critical edition of the legend of Mary Magdalena from Craxton’s Golden Legend of 1483 », Studies in English Literature, Elizabethan & Renaissance Studies, 92, 1985. Wilhelm V. Oehl, Die Gestalt der sündigen Maria Magdalena in der Legende und dem Drama des deutschen Mittelalters, Wien, Dissertation Wien, 1905. Élisabeth Pinto-Mathieu, « Les miracles de Marie-Madeleine par Jean Gobi l’Ancien », Marie-Madeleine. Figure mythique dans la littérature et les arts, sous la direction d’Alain Montandon, Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 1999, pp. 53 - 62.

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Élisabeth Pinto-Mathieu, « Trois vies de pécheresses repenties : les saintes Marie l’Egyptienne, Marie-Madeleine et Thaïs », Revue des Sciences Humaines, 251, 3, 1998, pp. 89 - 109. Élisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Age, Paris, Beauchesne Éditeur, 1997. * Élisabeth Pinto-Mathieu, « Étymologie et allégorie: l’écriture biblique dans deux sermons latins sur Marie-Madeleine (XIème s.) », Modes de pensée et d’écriture au Moyen Age (ouvrage col1ectif), Paris, Presses de l’École normale supérieure, 1993. * Élisabeth Pinto-Mathieu, « Vision du corps et conscience du péché dans les Passions médiévales », Les représentations de l’apogée et du déclin, Actes du Colloque de Provins, 1990, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1993. * A. Pissier, Le culte de sainte Marie-Madeleine à Vézelay, Saint-Père, Au Presbytère, 1923. Charlotte Platz, « Édition d’un sermon anonyme de la Magdelaine », Bulletin des jeunes romanistes, 13, 1966, pp. 14 - 18, et 15, 1968, pp. 16 - 35. * Simone de Reyff, « Motifs folkloriques et hagiographiques : un exemple tiré de la Vie de sainte Marie Madeleine », Mélanges offerts à Charles Béné, Recherches et travaux de l’U.E.R. de Lettres, Université de Grenoble III, 28, mai 1985. Robert Reinsch, « La vie de Madeleine. Gedicht des Guillaume le Clerc, nach der Pariser Hs. », Archiv für das Studium der Neueren Sprachen und Literaturen, 63. Bd, 1880, pp. 85 - 94. Pierre Rézeau, Les prières aux saints en français à la fin du moyen âge, 2 vol., Genève, Droz, 1982 et 1983. Pierre Rézeau, Répertoire d’incipit des prières françaises à la fin du moyen âge. Addenda et corrigenda aux répertoires de Sonet et Sinclair. Nouveaux incipit, Genève, Droz, 1986. Claire Sacrez, Les prières à Marie-Madeleine au Moyen Age, mémoire de licence dactylographié, Université catholique de Louvain-la-Neuve, 1960. Victor Saxer, « Les origines du culte de sainte Marie Madeleine en Occident », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international Avignon 20 - 21 - 22 juillet 1988, publiés par Ève Duperray, Paris, Beauchesne Éditeur, 1989, pp. 71 - 88. Victor Saxer, « Le culte et la tradition de sainte Marie-Madeleine en Provence », Le peuple des saints. Croyances et dévotions en Provence et Comtat Venaissin à la fin du Moyen Âge. Actes de la Table-Ronde organisée par l’Institut de recherches et d’études sur le Bas Moyen Âge Avignonnais du 5 au 7 octobre 1984, publiés avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique, Avignon, Mémoires de l’Académie de Vaucluse, 7ème série, t. 6, 1985, pp. 41 - 55.

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Victor Saxer, « La relique de Saint-Maximin (Var) dite ‘La Sainte Ampoule’ », Revue d’histoire ecclésiastique, 79, 1984, pp. 87 - 96. * Victor Saxer, « Les ossements dits de sainte Marie-Madeleine conservés à SaintMaximin-la-Sainte-Baume », Provence historique, 27, 1982. Victor Saxer, Le dossier vézelien de Marie Madeleine. Invention et translation des reliques en 1265-1267. Contribution à l’histoire du culte de la sainte à Vézelay à l’apogée du Moyen âge, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1975 (Subsidia hagiographica, 57). Victor Saxer, « Miracula beate Marie Magdalene Vizeliaci facta. Étude de la tradition manuscrite des Recueils de miracles de la Madeleine à Vézelay », Bulletin philologique et historique (jusqu’à 1610), du Comité des Travaux historiques et scientifiques. Année 1959, Paris, Imprimerie Nationale, 1960, pp. 69 82. Victor Saxer, Le culte de Marie-Madeleine en Occident des origines à la fin du moyen âge, préface d’Henri Irénée Marrou, 2 vol., Auxerre, Publications de la Société des Fouilles Archéologiques et des Monuments Historiques de l’Yonne, et Paris, Librairie Clavreuil, 1959. Victor Saxer, « La crypte et les sarcophages de Saint-Maximin dans la littérature latine du Moyen Age », Provence historique, 5, 1955, pp. 196 - 231. Victor Saxer, « L’origine des reliques de sainte Marie-Madeleine à Vézelay dans la tradition historiographique du Moyen Age », Revue des sciences religieuses, t. 29, 1955, pp. 1 - 18. Victor Saxer, « La ‘Vie de sainte Marie-Madeleine’ attribuée au Pseudo-RabanMaur, œuvre claravalienne du XIIe siècle », Mélanges saint Bernard. XXIVe congrès de l’Association bourguignonne des Sociétés savante, Dijon 1953, Dijon, chez M. l’abbé Marilier, Association des amis de saint Bernard, 1955, pp. 408 - 421. Jane Schaberg, The Resurrection of Mary Magdalene. Legends, Apocrypha, and the Christian Testament, New York, The Continuum International Publishing Group Inc, 2004. Adolf Schmidt, « Guillaume, le clerc de Normandie, insbesondere seine Magdalenenlegende », Romanische Studien, 4. Bd, 1879 - 1880, Bonn, E. Weber, 1880, pp. 493 - 542 (texte pp. 523 - 536). C. Setzer, « Excellent Women : Female Witness to the Resurrection », Journal of Biblical Literature, 116, 1997, pp. 259 - 272. Helmut Stimm, Altfrankoprovenzalische Übersetzungen hagiographischer lateinischer Texte aus der Handschrift der Pariser Nationalbibliothek fr. 818. I. Prosalegenden, Wiesbaden, Akademie der Wissenschaften und der Literatur in Mainz in Kommission bei Franz Steiner Verlag, 1955.

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Hermann Suchier, « Bruchstück einer anglonormannischen Magdalena », Zeitschrift für romanische Philologie, 4. Bd, 1880, pp. 362 - 364. Joseph Szövérffy, « Kultgeschichte und Politik. Die Anfänge des Magdalenenkultes in Vézelay, Burgunds Angliederung unter Konrad II. und die Sequenz Victimiae pascali », Archiv für Kulturgeschichte, 55. Bd, 2, 1973, pp. 305 - 311. Joseph Szövérffy, « ‘Peccatrix quondam femina’ : A Survey of the Mary Magdalen Hymns », Traditio, 19, 1963, pp. 79 - 146. Monika Tausend, Die altokzitanische Version B der ‘Legenda aurea’. Ms. Paris, Bibl. nat., n. acq. fr. 6504, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 1995. Antoine Thomas, « La légende de Marie-Madeleine dans Girart de Roussillon », Annales du Midi, 6, 1894, pp. 360 - 363. Jean-Yves Tilliette, « Hymnes et séquences hagiographiques : Formes et fonctions de la réécriture lyrique des vies de saints », Hagiographica, 10, 2003, pp. 161 181. * H. A. Todd « An Unpublished Fourteenth Century Invocation to Mary Magdalen ‘Il est bien temps que je m’avise’ », Studies in Honour of A. M. Elliott, t. 1, 1911, pp. 109 - 128. * Martina Wehrli-Jones, « Maria und Martha in der religiösen Frauenbewegung », Abendländische Mystik im Mittelalter. Symposion Kloster Engelberg 1984, hrsg. K. Ruh, Stuttgart, 1986, pp. 354 - 367. Franz-Karl Weiss, Der « Romanz de sainte Marie Magdaleine » von Guillaume, le Clerc de Normandie, und sein Quellenkreis, Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades der Philosophischen Fakultät der Westfälischen Wilhelms-Universität zu Münster, 1968 (thèse dactylographiée). Michel Zink, La Prédication en langue romane avant 1300, Paris, Champion, 1976. Ouvrages généraux Biblia sacra juxta vulgatam versionem, adjuvantibus B. Fischer, I. Gribomont, H. F. D. Sparks, W. Thiele, 4ème édition corrigée, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1994 (1ère édition 1969). G. Brunel-Lobrichon, A.-F. Leurquin-Labie et M. Thiry-Stassin, « L’hagiographie de langue française sur le Continent, IXe - XVe siècle », Hagiographies. Histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire en Occident, des origines à 1550, sous la direction de Guy Philippart, vol. II, Turnhout, Brepols, 1996, pp. 291 - 371. [Brenda Dunn-Lardeau] La Légende dorée. Édition critique, dans la révision de 1476 par Jean Batallier, d’après la traduction de Jean de Vignay (1333-1348)

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de la Legenda aurea (c. 1261-1266), édité par Brenda Dunn-Lardeau, Paris, Honoré Champion, 1997. Brenda Dunn-Lardeau, « Étude autour d’une Légende dorée (Lyon, 1476) », Travaux de Linguistique et de Littérature, 24, 1, 1986, pp. 257 - 294. De la sainteté à l’hagiographie. Genèse et usage de la Légende dorée, études réunies par B. Fleith et Fr. Morenzoni, Genève, Droz, 2001 (Publications romanes et françaises, CCXXIX). Richard Hamer et Vida Russell, « A Critical Edition of Four Chapters from the Légende Dorée », Mediaeval Studies, 51, 1989, pp. 130 - 204. Richard Hamer, « Jean Golein’s Festes Nouvelles : A Caxton Source », Medium Aevum, vol. 55, 2, 1986, pp. 254 - 260. Legenda aurea - la Légende dorée (XIIIe-XVe s.), Actes du Congrès international de Perpignan (séances « Nouvelles recherches sur la Legenda aurea »), publiés par B. Dunn-Lardeau, Montréal, Éditions CERES, 1993 (Le Moyen Français, 32). Legenda aurea : Sept siècles de diffusion. Actes du colloque international sur la Legenda aurea : texte latin et branches vernaculaires à l’Université du Québec à Montréal, 11 - 12 mai 1983, ouvrage publié sous la direction de Brenda DunnLardeau, Montréal, Bellarmin, Paris, J. Vrin, 1986. Paul Meyer, « Légendes hagiographiques en français », Histoire littéraire de la France, t. 33, 1906, pp. 328 - 458. Paul Meyer, « Notice du ms. 9225 de la Bibliothèque royale de Belgique (légendier français) », Romania, t. 34, 1905, pp. 24 - 43. Paul Meyer, « Notice du ms. Med.-Pal. 141 de la Laurentienne (vies de saints) », Romania, t. 33, 1904, pp. 1 - 49. Paul Meyer, « Notice sur trois légendiers français attribués à Jean Belet », Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 36, 2, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1901, pp. 409 486. Paul Meyer, « Notice sur un légendier français du XIIIe siècle classé selon l’ordre de l’année liturgique », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 36, 1, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1899, pp. 1 - 69. Paul Meyer, « Notice d’un légendier français conservé à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg », Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 36, 2, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1899, pp. 677 - 721. Paul Meyer, « Notice du ms. Bibl. Nat. fr. 6447 (Traduction de divers livres de la Bible – Légendes de saints », Notices et extraits des manuscrits de la Biblio-

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thèque nationale et autres bibliothèques, t. 35, 2, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1897, pp. 435 - 510. Paul Meyer, «  Notices sur quelques manuscrits français de la bibliothèque ­Philipps, à Cheltenham », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, t. 34, 1, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1891, pp. 149 - 258. Paul Meyer, « Notice sur deux manuscrits français ayant appartenu au Marquis de la Clayette (Bibliothèque Nationale, Moreau 1715 - 1719) », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 33, 1, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1890, pp. 1 - 90. Paul Meyer, « Notice du ms. 772 de la Bibliothèque Municipale de Lyon renfermant divers ouvrages en prose française », Bulletin de la Société des anciens textes français, onzième année, Paris, Firmin-Didot, 1885, pp. 40 - 80. Pélagie la pénitente. Métamorphoses d’une légende. Tome I. Les textes et leur histoire : grec, latin, syriaque, arabe, arménien, géorgien, slavon. Tome II. La survie dans les littératures européennes, dossier rassemblé par Pierre ­Petitmengin et alii, 2 vol., Paris, Études augustiniennes, 1981 et 1984. Jean-Pierre Perrot, Le Passionnaire français au moyen âge, Genève, Droz, 1992. Richard H. Rouse et Mary A. Rouse, Illiterati et uxorati. Manuscripts and their Makers. Commercial Book Producers in Medieval Paris, 1200 - 1500, 2 vol., Turnhout, Harvey Miller Publishers, 2000. Vida Russell, « Evidence for a Stemma for the de Vignay Mss : St. Nicholas, st. George, st. Bartholomew, and All Saints », Legenda aurea : sept siècles de diffusion. Actes du colloque international sur la Legenda aurea, texte latin et branches vernaculaires, à l’Université du Québec à Montréal, 11 - 12 mai 1983, ouvrage publié sous la dir. de Brenda Dunn-Lardeau, Montréal, Bellarmin, Paris, Vrin, 1986, pp. 131 - 154. Jean Sonet, Le Roman de Barlaam et Josaphat. Tome I. Recherches sur la tradition manuscrite latine et française, Namur, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres, Paris, Vrin, 1949. Textes divers L’Évangile de Nicodème. Les versions courtes en ancien français et en prose, éd. Alvin E. Ford, Genève, Librairie Droz, 1973. Iacopo da Varazze, Legenda Aurea, Edizione critica a cura di Giovanni Paolo Maggioni, seconda edizione rivista dall’autore, 2 vol., Sismel, Edizioni del Galluzzo, 1998.

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Jacques de Voragine, La légende dorée, édition publiée sous la direction d’Alain Boureau, avec Monique Goullet et la collaboration de Pascal Collomb, Laurence Moulinier et Stefano Mula, préface de Jacques Le Goff, Paris, Gallimard, 2004 (Bibliothèque de la Pléiade, 504). Jean de Mailly, Adbreviatio in gestis et miraculis sanctorum, est cité d’après l’édition en préparation de Giovanni Paolo Maggioni (à paraître aux Edizioni del Galluzzo). La Vie de Sainte Marie l’Égyptienne. Versions en ancien et moyen français, éditées par Peter F. Dembowski, Genève, Droz, 1977. [Vincent de Beauvais] Bibliotheca Mundi seu Speculum Maioris Vincentii Burgundi Praesulis Bellovacensis, Ordinis Praedicatorum, Theologi ac Doctoris Eximii, Tomus quartus, qui Speculum Historiale inscribitur, Opera & studio Theologorum Benedictinorum Collegii Vedastini in Alma Academia Duacensi, Duaci, Ex Officina Typographica Baltazaris Bellleri sub Circino aureo, M. DC. XXIV. Cette édition, souvent déficiente, peut être complétée avec profit par le texte du manu­ scrit Douai, Bibliothèque municipale, 797, transcrit sur le site des bases textuelles de l’Atelier Vincent de Beauvais (http://atilf.atilf.fr/bichard/). Ouvrages de références [BHL] Bibliotheca Hagiographica Latina antiquae et mediae aetatis, K - Z, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1900 - 1901 (pp. 804 - 811 pour MarieMadeleine); complété par Bibliotheca Hagiographica Latina antiquae et mediae aetatis, Novum supplementum, éd. H. Fros, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1986 (Subsidia Hagiographica, n° 70; pp. 605 - 609 pour Marie-Madeleine). Une recherche en ligne peut être effectuée sur le site http://bhlms.fltr.ucl.ac.be/, dérivé de la base de données « Légendiers » établie par Michel Trigalet et François de Vriendt, avec la collaboration de Paul Bertrand et de Bénédicte Legrain, sous la direction de Guy Philippart (adapté et augmenté par Robert Godding, Xavier Lequeux et Jean-Marie Delanghe). Charles-Moïse Briquet, Les filigranes : dictionnaire historique des marques du papier dès leur apparition vers 1282 jusqu’en 1600, Paris, A. Picard; Genève, A. Jullien, 1907. Colophons de manuscrits occidentaux des origines au XVIe siècle, [éd. par les] Bénédictins du Bouveret, Fribourg, 6 vol., Éd. universitaires, 1965 - 1982 (Spicilegii Friburgensis subsidia; vol. 2 - 7). [DEAF] Kurt Baldinger, avec la collaboration de Jean-Denis Gendron et Georges Straka, Dictionnaire étymologique de l’ancien français, 22 fascicules disponibles (lettres G à I et J, partiellement), Québec, Presses de l’Université Laval, Tübingen, Niemeyer, 1971 - 2007.

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[TLF] Trésor de la langue française : dictionnaire de la langue du XIXe et du XXe siècle (1789 - 1960), sous la direction de Bernard Quemada, 16 vol., Paris, Éditions du CNRS, Klincksieck et Gallimard, 1971 - 1994. [DLF] Dictionnaire des lettres françaises. Le Moyen Age, ouvrage préparé par R. Bossuat, L. Pichard et G. Raynaud de Lage. Édition entièrement revue et mise à jour sous la direction de G. Hasenohr et M. Zink, Paris, Fayard, 1992. [PL] Patrologiae cursus completus, seu Bibliotheca universalis, integra, uniformis, commoda, oeconomica, omnium ss. patrum, doctorum scriptorumque ecclesias­ tico­r um ..., Series latina in qua prodeunt patres, doctores scriptores que ecclesiae latinae a Tertulliano ad Innocentium III, accurante J.-P. Migne, 221 t. en 222 vol., Lutetiae Parisiorum, J.-P. Migne, 1844 - 1865. Alison Stones, « Illustrated Miracles de Nostre Dame Manuscripts Listed by Stylistic Attribution and Attributable Manuscripts Whose MND Selection is Unillustrated », Gautier de Coinci, Miracles, Music, and Manuscripts, Edited by K.M. Krause and A. Stones, Turnhout, Brepols, 2006 (« Medieval Texts and Cultures of Northern Europe », vol. 13), pp. 373 - 396 (Appendice IV). Die Wasserzeichenkartei Piccard im Hauptstaatsarchiv Stuttgart, bearb. von ­Gerhard Piccard, Stuttgart, W. Kohlhammer, 1961 - (Veröffentlichungen der Staatlichen Archivverwaltung Baden-Württemberg. Sonderreihe). [FEW] Walther von Wartburg, Französisches Etymologisches Wörterbuch, 32 vol., Bonn, F. Klopp, Bâle, Centre du FEW, Nancy, Institut National de la Langue Française / ATILF, Paris, Champion, 1928 - 2003. Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, 10 t. en 9 vol., Paris, F. Vieweg, puis E. Bouillon, 1880 -1902. Adolf Tobler, Erhard Lommatzsch, Altfranzösisches Wörterbuch, 11 vol., Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, puis Stuttgart, Fr. Steiner Verlag, 1925 2002.

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Inventaire du corpus et de sa tradition manuscrite I. Sources antérieures à Jacques de Voragine A. Source indéterminée 1. Anonyme, fin XIIème - début XIIIème siècle : Nantes, Musée Dobrée, 5, f° 198 a - 201 a Exemplaires de comparaison : A (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3516, f° 57 b - 57 h) P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 422, f° 125 c - 127 c) P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19531, f° 169 d - 172 c) Versions remaniées : L (Leyde, Universiteitsbibliotheek, B.P.L., 46A, f° 13 a - 15 d, pour la partie correspondant à la version de A N P1 P3 ; f° 11 a - 16 b (ancienne numérotation : 208 a - 213 b), pour l’ensemble du texte consacré à Marie-Madeleine (l. 1 - 87, 140 - 152 et 215 - 230)) P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15212, f° 161 v° - 169 v° (l. 1 - 90)) B. Jean de Mailly 2. Anonyme, vers 1240 - 1250 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 988, f° 125 c - 128 c Exemplaires de comparaison : A (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3706, f° 141 r° - 151 v°) E (Épinal, Bibliothèque municipale, 76 (9), f° 60 b - 61 d) Li (Lille, Bibliothèque municipale, Rig. 451 (202), 139 v° - 143 r°) Ly (Lyon, Bibliothèque municipale, 867 (772), f° 53 b / c - 56 b) P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 423, f° 32 a - 33 b) P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acqu. fr. 23686, f° 147 c - 149 b) SG (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 587, f° 85 c - 87 a) 3. Anonyme, XIVème siècle (?) : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10295 - 304, f° 113 v° - 116 r°

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C. Narrat Josephus (BHL 5456) 4. Anonyme, fin XIIIème - début XIVème siècle (?) : Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 11521, f° 88 d - 90 d D. Postquam Dominus (BHL 5457) 5. Par Guillaume le Clerc (ca 1210 - 1240) : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19525, f° 67 a - 72 c Exemplaire de comparaison : Londres, British Library, Add. 70513 (ex-Welbeck Abbey, duc de Portland, 1. C. I), f° 50 c - 55 c (L) 6. Anonyme, milieu du XIIIème siècle (?) : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326, f° 251 c - 257 c Exemplaires de comparaison : C (Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Thott 517-4°, f° 22 v° - 38 r°) L1 (Londres, British Library, Add. 6524, f° 165 v° - 168 v°) P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6447, f° 243 d - 247 a) P4 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 25532, f° 294 r° - 298 v°) P5 (Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. fr. 10128, f° 241 b - 246 d) Manuscrits hybrides : B1 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, f° 60 f - 61 f) L2 (Londres, British Library, Add. 17275, f° 37 b - 38 a) P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f° 63 a - 63 f) P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 185, f° 27 a - 27 e) E. Fuit igitur secundum saeculi fastum 7. Anonyme, milieu du XIIIème siècle : Paris, Bibliothèque Mazarine, 1716 (568), f° 259 a - 264 b Exemplaires de comparaison : C (Chantilly, Musée Condé, 734 (456), f° 275 a / b - 279 a) G (Genève, Bibliothèque de Genève, Comites latentes, 102 (ex-Cheltenham, Bibliothèque Phillipps, 3660), f° 302 c - 306 c) L2 (Londres, British Library, Add. 41179, f° 6 r° - 11 v°) O (Oxford, Queen’s College, 305, f° 259 a - 263 d) P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 413, f° 379 b - 383 c)

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P4 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 17229, f° 331 b - 336 d) P5 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 23117, f° 402 d - 406 c) P6 (Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. fr. 13521, f° 108 a - 113 c) Manuscrits hybrides : B (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, f° 58 d - 60 f) L1 (Londres, British Library, Add. 17275, f° 38 a - 40 d) P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f° 60 c - 63 a) P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 185, f° 24 f - 27 a) 8. Anonyme, première moitié du XIVème siècle (?) : Pau, Archives départementales des Basses-Pyrénées, 20 (F), f° 101 r° - 124 v° Exemplaire de comparaison : Besançon, Bibliothèque municipale, 254, f° 165 v° 185 v° (B) F. Nunc ergo largiente (BHL 5491) 9. Anonyme, fin XIIIème - début XIVème siècle (?) : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 13496, f° 230 b - 233 b

II. Traductions de la Legenda aurea 10. Anonyme, avant 1275 environ : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 20330, f° 159 d - 164 a Exemplaire de comparaison : Le Puy-en-Velay, Grand Séminaire, f° 128 (137) b 131 (140) b (PV) 11. Anonyme, traduction pour Béatrice de Bourgogne, 1276 - 1329 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 23114, f° 184 r° - 188 v° 12. Anonyme, deuxième moitié du XIIIème siècle / première moitié du XIVème siècle (?) : Tours, Bibliothèque municipale, 1008, f° 195 c - 199 c Exemplaire de comparaison : Modène, Biblioteca Estense Universitaria, etr. 116 (d.T.4.14; olim XI.G.24; XVII.II.4), f° 176 d - 182 c (M)

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13. Par Nicole Bozon (avant 1350, peut-être dès la fin du XIIIème siècle) : Londres, British Library, Cotton Domitian, A. XI, f° 94 b - 97 b 14. Traduction par Jean de Vignay, ca 1330 - 1340 : Paris, Bibliothèque Mazarine, 1729, f° 159 c - 163 c (foliotation moderne) Exemplaires de comparaison : A (Arras, Bibliothèque municipale, 83 (630), f° 152 b - 158 a) Ars1 (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3682, f° 294 d - 301 a) Ars2 (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3705, f° 148 a - 151 d) B1 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9226, f° 151 d - 155 c) B2 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9227, f° 172 b - 176 a) B3 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9228, f° 163 c - 167 b) B4 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9282 - 9285, f° 152 c - 156 b) C (Cambridge, The Fitzwilliam Museum, Mc Lean 124, f° 121 a - 124 b) Ch (Chantilly, Musée Condé, 735 (1335), f° 186 a / b - 190 d) G (Genève, Bibliothèque de Genève, fr. 57, f° 192 a - 196 d) H (La Haye, Koninklijke Bibliotheek, 73.E.6, f° 59 v° - 67 r°) J (Jena, Thüringer Universitäts- und Landesbibliothek, El. f. 86, f° 149 a - 152 c) L1 (Londres, British Library, Add. 16907, f° 147 c - 151 b) L2 (Londres, British Library, Egerton 645, f° 199 d - 204 b) L3 (Londres, British Library, Loan 36, 2 (ex-Cheltenham, Bibliothèque Phillipps, 199), f° 250 b - 256 d) L4 (Londres, British Library, Royal 19. B. XVII, f° 170 c - 174 c) L5 (Londres, British Library, Stowe 50, f° 221 b - 226 b) L6 (Londres, British Library, Yates Thompson 49, 2, f° 112 d - 115 b) Ma (Paris, Bibliothèque Mazarine, 1729, f° 159 c - 163 c) Mu (Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Gall. 3, f° 118 b - 121 b) N (New York, Pierpont Morgan Library, 674, f° 49 r° - 58 r°) P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 184, f° 179 d - 184 b) P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 241, f° 162 d - 167 d) P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 242, f° 140 d - 144 b) P4 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 243, f° 176 b - 181 a) P5 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 244, f° 200 b - 206 c) P6 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 414, f° 203 a - 208 a) P7 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 415, f° 262 a - 268 b) P8 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 1535, f° 356 v° - 365 r°) P9 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6448, f° 182 a - 186 c) P10 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 17232, f° 159 c - 163 b) P11 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 23113, f° 4 a - 9 c) R (Rennes, Bibliothèque municipale, 266, f° 170 b - 174 d)

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15. Anonyme, milieu du XIVème siècle (?) : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 1534, f° 50 c - 51 c 16. Anonyme, avant 1385 : Cambrai, Médiathèque municipale, 812 (719), f° 203 d - 207 b Exemplaires de comparaison : B (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10203, f° 104 b - 110 c) C1 (Cambrai, Médiathèque municipale, 210 (205), 2ème partie, f° 53 c - 56 b) P (Paris, Bibliothèque de l’Institut de France, 12, 2ème partie, f° 87 b - 91 d) T (Tournai, Bibliothèque du Séminaire, 43, f° 144 r° - 147 r°) Édition parallèle : L (Lille, Bibliothèque municipale, Rig. 452 (795), f° 399 b 406 c) 17. Anonyme, avant 1399 : Cracovie, Biblioteka Jagiellonska, Ms. Berol Gall. Fol. 156, f° 190 b - 194 d (anc. 187 b - 191 d) Exemplaires de comparaison : F (Florence, Biblioteca Medicea-Laurenziana, Med. Palat. 1412, f° 176 r° 179 r°) T (Tournai, Bibliothèque locale et principale de la Ville, 127, f° 189 c - 193 c) 18. Anonyme, XIVème siècle (?) : Tours, Bibliothèque municipale, 1012, f° 27 v° - 36 r° Exemplaires de comparaison : P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 409, f° 160 r° - 171 v°) P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15475, f° 197 a - 206 b) 19. Anonyme, avant 1450 (première moitié du XVème siècle (?)) : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 1054, f° 198 r° - 207 r° 20. Anonyme, XVème siècle (?) : Londres, British Library, Royal 20. B. II, f° 57 r° - 80 v° 21. Anonyme, XVème siècle (?) : Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. fr. 4464, f° 149 r° - 154 r°

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22. Anonyme, XVème siècle (?) : Lille, Bibliothèque municipale, Rig. 454 (350), f° 85 v° - 89 r° (foliotation moderne) 23. Anonyme, XVème siècle (?) : Semur-en-Auxois, Bibliothèque municipale, 38 (39), f° 227 v° - 235 v°

III. Compilations 24. Anonyme, fin XIIIème - début XIVème siècle (?) : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 13496, f° 131 a - 146 c 25. Anonyme, rédaction interpolée, XVème siècle (?) : Bologne, Biblioteca universitaria, 893, f° 6 r° - 76 r° 26. Anonyme, XVème siècle (?) : Rouen, Bibliothèque municipale, 1430 (U 93), f° 58 v° - 61 v° Exemplaire de comparaison (lignes 117 - 210) : P (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15219, f° 93 v° - 95 v° (texte partiel))

IV. Autres versions 27. Trèves, Stadtbibliothek/Stadtarchiv, Mappe VIII (fragment; milieu ou seconde moitié du XIIIème siècle (ou postérieur) ?) 28. York, Minster Library and Archives, ms. XVI. K. 13, f° 135 r° / v° (numérotation moderne; fragment, datation incertaine – ca 1300)

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Vies médiévales de Marie-Madeleine

TEXTES ET PRÉSENTATIONS

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I. Sources antérieures à Jacques de Voragine

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1. Nantes, Musée Dobrée 5, f° 198 a - 201 a Le manuscrit 5 du Musée Dobrée à Nantes (N) est le témoignage le plus précoce dont nous disposons sur la diffusion de la légende de Marie-Madeleine en français. Produit dans les premières décennies du XIIIème siècle, selon Patricia Stirnemann, ou au plus tôt vers 12001, il est aussi l’une des premières attestations du miracle de Marseille, si ce n’est la plus ancienne que nous possédions. À ce récit, la version conservée dans ce volume joint l’apostolat de Marie-Madeleine en France ainsi que la vie érémitique et la mort de la sainte, qu’elle complète par la translation des reliques à Vézelay. Si sa retraite est inspirée d’un texte proche du Interea beata Maria Magdalana2, la source de la légende de Marseille n’est pas clairement identifiée. Le Postquam Dominus (BHL 5457), qui relate le miracle en latin, présente en effet de nombreuses divergences avec le texte vernaculaire et est beaucoup plus élaboré au point de vue narratif 3. Si toutes ces caractéristiques éveillent une curiosité naturelle, il est cependant impossible, en l’état de la recherche, de déterminer avec exactitude les conditions dans lesquelles cette composition a vu le jour, et affirmer, même avec quelque circonspection, que le texte vernaculaire serait la première mise par écrit du miracle de Provence est dénué de véritable fondement4. Cette vie de Marie-Madeleine commence là où les récits bibliques s’arrêtent. Le don du Saint-Esprit, qui chez Matthieu, Marc et Jean fait suite à l’apparition du Christ ressuscité à Marie de Magdala, clôt en effet les Évangiles et marque l’ouverture de la version de Nantes5 : « Quant li deciple Jhesu Crist eurent receut le Saint Esprit (...) ». De fait, les épisodes évangéliques sont absents de celle-ci : seule la citation latine de Luc 7, 47 (l. 21), qui rappelle le pardon de la femme 1   La datation proposée par G. Durville dans son Catalogue de la Bibliothèque du Musée Thomas Dobrée, I : Manuscrits, Nantes, Musée Thomas Dobrée, 1904, pp. 223 - 261, soit la fin du XIIème siècle, semble prématurée au regard des caractéristiques paléographiques du manuscrit. 2   Le rapprochement est effectué par C. Corcoran et alii (« De la Madelaine. Vie anonyme de MarieMadeleine en prose française de la fin du XIIe siècle : édition critique », Zeitschrift für romanische Philologie, Bd 98, 1/2, 1982, pp. 20 - 42) p. 23. Il est toutefois évident que les deux textes n’entretiennent pas de liens directs. La version latine est éditée par É.-M. Faillon, Monuments inédits, 1848, col. 445 - 452. 3   En outre, le plus ancien manuscrit conservant le Postquam Dominus (Bruxelles, Musée des Bollandistes, ms. 443, daté du XIIIème siècle dans le répertoire des Bollandistes) est au mieux contemporain, voire postérieur à celui de Nantes. 4   M. Zink, La Prédication en langue romane avant 1300, Paris, Champion, 1976, pp. 346 - 358, puis É. Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Age, Paris, Beauchesne Éditeur, 1997, pp. 124 - 139, ont commenté cette version. Celle-ci parle, avec prudence il est vrai, d’un « épisode créé ex nihilo par la vie picarde », puis d’un « récit marin recueilli vers la mer Egée (...) colporté dans la région picarde ou flamande » qu’un « hagiographe de langue vernaculaire (...) mettrait pour la première fois par écrit, suivi de peu par Postquam Dominus, qui latinise mais surtout christianise le motif, lui assurant au XIIIe siècle une immense diffusion » (p. 139). Pour C. Corcoran et alii (« De la Madelaine », art. cit., p. 23) elle « dérive » du Postquam Dominus. 5   La structure de la compilation contenue dans le manuscrit Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15212 (voir infra), qui place au début du récit des extraits des Évangiles, met ce lien en lumière : l’apparition du Christ aux disciples et le don du Saint-Esprit relatés d’après Jean précèdent en effet immédiatement la version commune.

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pécheresse, évoque la fréquentation du Christ par notre sainte. Sa vie est pourtant construite sur le modèle de celle de Jésus. En témoignent deux remarques placées au début et à la fin de la légende, le narrateur soulignant que Marie-Madeleine abandonne ses richesses « por ce k’ele fuist povre et samblanz a Jhesu Crist » (l. 18), alors que Maximin oint son corps parce qu’elle-même a porté les onguents au Sépulcre (l. 130 sq.). De même, la sainte sera confiée à Maximin par Pierre comme Marie l’a été à Jean par le Christ (l. 9 sq.), et ses miracles comme sa prédication sont destinés à convertir les non croyants. Le reproche de cruauté que lui adresse le pèlerin lors du décès de sa femme (l. 42 sq.) renforce lui aussi ce parallélisme : il fait écho à la rigueur, dénoncée en particulier par saint Anselme6, du Christ jardinier qui tarde à se faire reconnaître de Marie de Magdala éplorée. Si la version de Nantes dessine les contours de la légende médiévale de MarieMadeleine, elle se pare néanmoins de nombreux éléments narratifs qui lui appartiennent. Ainsi, pour n’en énumérer que les plus importants, il n’est pas fait de reproches à Marie-Madeleine pour sa luxure et les persécutions des chrétiens par les juifs ne sont pas évoquées. Par ailleurs, seul Maximin accoste avec elle à Marseille, leurs éventuels compagnons de voyage ne sont pas mentionnés. Le « roi d’Aquilée » et sa femme ne sont pas confrontés aux apparitions nocturnes de la sainte, mais le premier, témoin de ses miracles, la prie d’intercéder en sa faveur, en échange de la conversion du pays tout entier. C’est elle-même qui demande alors au roi de se rendre à Jérusalem chez saint Pierre et le débat avec l’épouse n’a pas lieu. La mort de celle-ci intervient lors de son accouchement, sans qu’une tempête ne vienne précipiter les événements (il ne se produit donc pas d’altercation avec les marins au sujet du corps). Aucun détail n’est fourni sur l’ensevelissement. Saint Pierre accueille le pèlerin sans faire état de la femme. Au retour, le roi croit voir un singe sur l’île. La scène des retrouvailles est très dépouillée. La retraite érémitique est motivée par le rejet explicite de la vie active (et l’on notera la volonté précise de Marie-Madeleine de renoncer au règlement des affaires ecclésiastiques et à la prédication). L’élévation par les anges et la découverte par le moine-ermite ne font pas l’objet de longs développements. Le Christ en personne vient recueillir l’âme de la sainte. Les miracles qui concluent le récit n’apparaissent eux aussi que dans notre version : lors de la translation des reliques à Vézelay, les morts d’un cimetière se lèvent pour honorer le corps, puis les arbres s’inclinent devant le convoi. 6   Il ne s’agit donc pas seulement d’un « motif folklorique préchrétien » artificiellement et imparfaitement plaqué sur un élément de merveilleux hagiographique (cf. É. Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen Age, op. cit., pp. 127 sq.). Saint Anselme décrit le chagrin de Marie-Madeleine et la dureté du Christ jardinier dans son Oraison à Marie-Madeleine (Oratio LXXIV, « Ad sanctam Mariam Magdalenam » PL, CLVIII, col. 1010 - 1012) ; le manuscrit Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. lat. 592 contient une adaptation française de cette prière (f° 78 r° - 85 v°). En voici un extrait : « O Jhesu, singulers joies de ta sainte amie Marie, qui savoies sa grant doleur, que savoies l’ardant amour qu’ele havoit a toi, quar celi amour tu li havoies ambrasee en son cuer, et se tu ne la voloies conforter, porquoi li amovoies tu plus sa doleur en demandant qu’ele queroit et porquoi ele ploroit ? » (f° 82 r°).

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Description des manuscrits Le petit recueil de Nantes (Musée Dobrée 5, f° 198 a - 201 a ; 233 feuillets de parchemin de ca 210 sur 140 mm, rédigés sur 2 colonnes à 30 lignes) contient des écrits de nature religieuse : trois traductions d’œuvres de saint Bernard (44 Sermones in Cantica7 ; De diligendo Deo et De laudibus Virginis Mariae) précèdent un sermon sur le Psaume 150 (Sor Laudate), la vie de Marie-Madeleine, un autre sermon, sur sainte Agnès, et une pièce anonyme intitulée De le meditation. R.Taylor, qui s’en sert comme exemplaire de référence pour l’édition de l’avant-dernier texte8, y décèle un mélange, variable d’un écrit à l’autre, de traits wallons et picards. Sa date d’exécution le rend aussi précieux dans la mesure où elle fait de notre vie (et des autres copies qu’il renferme) l’un des plus anciens témoins de prose française conservés, à côté des traductions entreprises par Wauchier de Denain pour Philippe de Namur. Rédigée dans une belle écriture gothique livresque, régulière et soignée, la légende de Marie-Madeleine est introduite par une brève rubrique et une simple lettrine sans ornementation, alors que d’autres pièces (comme la suivante, par exemple, avec sa belle initiale historiée) offrent une illustration plus riche. Trois autres manuscrits reproduisent un texte similaire : A (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3516, f° 57 b - 57 h) ; P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 422, f° 125 d - 127 c) ; P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19531, f° 169 d - 172 c). S’y ajoutent deux exemplaires dans lequels la vie de MarieMadeleine est une compilation qui intègre notre récit, mais avec des résultats distincts  : L  (Leyde, Universiteitsbibliotheek, B.P.L., 46A, f° 13 a - 15 d9)  ; P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15212, f° 161 v° - 169 v°). Soigneusement analysé par C. Guggenbühl dans sa thèse de doctorat10, le manuscrit 3516 de la Bibliothèque de l’Arsenal (A) est daté de 1267 grâce à certains éléments de son contenu et localisé dans l’Artois par P. Meyer11. Cet imposant recueil de 356 feuillets sur parchemin (ca 330 sur 245 mm ; 4 colonnes à 52 lignes) regroupe 68 textes de nature hétérogène, retranscrits au moyen d’une petite écriture cursive gothique. 22 pièces, dispersées dans le volume, sont d’esprit religieux. 17 sont des vies de saints, tantôt en vers tantôt en prose, parfois attribuées (Nico7   Seule copie conservée (ces pièces ont été éditées par St. Gregory, La traduction en prose française du 12e siècle des ‘Sermones in Cantica’ de saint Bernard, Amsterdam et Atlanta, Rodopi, 1994). 8  R. Taylor, « Sermon anonyme sur sainte Agnès, texte du XIIIe siècle », Travaux de linguistique et de littérature, 7, 1, 1969, pp. 241 - 253. 9   Pour la partie du texte qui correspond à la vie du manuscrit de Nantes (le récit que le volume de Leyde consacre à Marie-Madeleine couvre au total les folios 11 a à 16 b). 10   Recherches sur la composition et la structure du ms. Arsenal 3516, Bâle, Tübingen, Francke, 1998 (Romanica Helvetica, vol. 118). 11   P. Meyer, « La vie et la translation de saint Jacques le Majeur. Mise en prose d’un poème perdu », Romania, t. 41, 1902, p. 253. Sa décoration permet de le rattacher plus précisément à un atelier de Thérouanne ou de Saint-Omer, voir, Gautier de Coinci, Miracles, Music, and Manuscripts, Edited by K.M. Krause and A. Stones, Turnhout, Brepols, 2006 (« Medieval Texts and Cultures of Northern Europe », vol. 13), Appendice IV, p. 374.

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las et Marguerite par Wace ; Julien par Rogier ; Brandan par Benedeit), le plus souvent anonymes. Celle de Marie-Madeleine inaugure une suite de 6 légendes en proses contenues entre les f° 57 et 6712, que précèdent la Conception Nostre Dame par Wace et une paraphrase de l’Eructavit en vers. Elle comportait une miniature sur une colonne et 12 lignes environ et une initiale ornée qui, comme la plupart des illustrations de ce codex, ont disparu. P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 422) est un volume de parchemin qui réunit 128 feuillets (ca 240 x 326 mm), mis en page sur 2 colonnes à 39 lignes. Son écriture, que l’on peut sans doute dater de la fin du XIIIème ou du début du XIVème siècle13, est de type gothique livresque. Plus de la première moitié du recueil est occupée par des extraits de la Vie des Pères, suivis, sur une cinquantaine de feuillets, de légendes en prose : Martin, Nicolas (vie et translation) ; Jean l’Évangéliste, les Lamentations de la Vierge, Marie-Madeleine, la Venue de l’Antéchrist (incomplet). La légende qui nous intéresse ici présente les caractéristiques du dialecte picard. Elle est introduite par une miniature à deux compartiments. Dans le volet de gauche, plus réduit, la sainte fait face à une figure masculine, auréolée comme elle. L’homme joint ses mains et les dirige vers le ciel, d’où émerge Dieu ou le Christ qui les bénit (Marie-Madeleine et Maximin ?). Dans celui de droite, l’artiste a représenté l’arrivée à Marseille : un bateau occupé par Maximin et Marie-Madeleine accoste au rivage ; debout à la proue, la sainte semble s’adresser à un roi couronné et à un homme dressé derrière lui ainsi qu’à un groupe de personnes qui l’écoutent, assises à leurs pieds. Une main perce la voûte céleste au-dessus de Marie-Madeleine en un geste de bénédiction. Dans l’initiale historiée qui suit la miniature, la sainte est à genoux devant le Christ qui lui dévoile ses stigmates. Un arbre sépare les deux personnages. Recueil factice de faible ampleur, P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19531) renferme 12 textes de tradition religieuse. Ses 172 feuillets de parchemin (ca 215 x 148 mm) composent une suite de cahiers ajoutés les uns aux autres. La légende de Marie-Madeleine semble faire partie de deux quaternions du XIVème siècle rédigés sur 2 colonnes à 28 lignes par un scribe dont l’origine ne se laisse pas déterminer de manière certaine (quelques traits discrets dont la tonalité pourrait être anglo-normande interfèrent dans le texte avec des picardismes sporadiques) et qui pratique une écriture gothique livresque. Placés à la fin du volume, ils reproduisent les Vers de la mort d’Hélinand de Froidmont, la vie de saint Augustin et notre texte, qui ne possède qu’une lettrine filigranée. Sa rubrique est sans doute d’une autre main. 12   Il s’agit des vies de Marie-Madeleine, Jean l’Évangéliste, Jacques le Majeur, Jean-Baptiste, Pierre et Paul. Onze légendes en vers figurent entre les folios 67 et 126, parmi d’autres pièces de nature religieuse, et un miracle versifié de saint Hippolyte se trouve au f° 136. 13  Au point de vue stylistique, A. Stones associe ce recueil au manuscrit Princeton, University Library, Garrett 125, qui remonte au dernier quart du XIIIème siècle (voir « The Illustrated Chrétien Manuscripts and their Artistic Context », Les manuscrits de Chrétien de Troyes, éd. par K. Busby et al., Amsterdam, Atlanta, Rodopi, 1993, 2 vol. (Faux titre, 71 - 72) ; vol. I, pp. 227 - 322 ; p. 251, n. 99).

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Daté et localisé par un colophon14, L (Leyde, Universiteitsbibliotheek, B.P.L., 46A) a été écrit pour la plus grande part par Johanne de Malone, religieuse au prieuré bénédictin Saint-Victor-de-Huy, en 1477. Sa scripta, très marquée, témoigne du reste de sa provenance wallonne. Ce légendier comporte 183 feuillets sur papier de 285 sur 210 mm, rédigés en écriture gothique livresque sur 2 colonnes de 36 lignes et encadrés de 10 et de 6 feuillets additionnels (dont 6 consacrés à un calendrier de la main de la copiste, parmi les 10 premiers). Il dispose d’une foliotation originale qui débute par le numéro 208. On peut ainsi admettre que les légendes retranscrites, de juillet à novembre, étaient au départ précédées par celles du début de l’année liturgique. La présentation de la vie de Marie-Madeleine paraît rudimentaire : titre à l’encre, suivi d’une petite initiale historiée qui dépeint la sainte portant une boîte d’onguent. Cette pièce est cependant la seule avec celle de sainte Catherine à être mise en évidence par une illustration15. Tandis que sa compilatrice le désigne comme une « legent dore », le recueil est plus précisément défini comme une traduction française de l’œuvre de Jacques de Voragine par J. P. Gumbert (1994), après G. I. Lieftinck16. Les travaux de M. ThiryStassin ont toutefois montré que d’autres sources ont été mises à contribution, en particulier le Myreur des Histors de Jean d’Outremeuse, pour les vies des saints locaux17. En revanche, l’affirmation qu’une « large majorité des textes conservés s’inspire d’une traduction de la Légende dorée dans la version donnée par Jean de Vignay pour Jeanne de Bourgogne »18 ne saurait être étendue à celle de MarieMadeleine (cf. p. 512). Une rapide comparaison suffit à montrer que seuls les trois paragraphes finaux (mariage avec Jean Baptiste19 ; miracles du chevalier ressuscité et des péchés effacés, l. 215 - 233) peuvent provenir directement de la Légende 14   « L’an .LXXVII. fut fait et acomplis par sour Johanne de Malone cest legent dore manant a sains Victor, dit por son ame Resquiescant in pace. Amen » (f° 188 c), cité d’après M. Thiry-Stassin, « Johanne de Malone : une rédactrice atypique de vies de saints (Leyde, BPL 46A) », ‘Scribere sanctorum gesta’. Recueil d’études d’hagiographie médiévale offert à Guy Philippart, édité par É. Renard, M. Trigalet, X. Hermand et P. Bertrand, Turnhout, Brepols, 2005 (Hagiologia. Études sur la Sainteté en Occident, vol. 3), pp. 507 - 521 (p. 507, n. 3). 15   Cf. J. P. Gumbert, « Medieval Manuscripts in French in the Leiden University Library : A Handlist », Medieval Codicology, Iconography, Literature, and Translation. Studies for Keith Val Sinclair, ed. by P. R. Monks and D. D. R Owen, Leiden, Bril ; Cologne, E. J. Brill, 1994, pp. 28 - 42 (p. 30). 16   J. P. Gumbert, ibid. ; G. I. Lieftinck, Manuscrits datés conservés dans les Pays-Bas. Catalogue paléographique des manuscrits en écriture latine portant des indications de date. Tome premier : Les manuscrits d’origine étrangère (816 - C. 1550). Texte, Amsterdam, North-Holland Publishing Compagny, 1964, p. 73, n° 167 (voir également tome II, planches 227 et 228). 17   Les vies de Jean l’Agneau, Monulphe, Gondulfe, Remacle, Thiar, Lambert, Euchaire de Trèves (envoyé dans le Nord en compagnie de Valère et de Materne), Euchaire (disciple de Trond), Severin, Hubert seraient extraites de l’œuvre du chroniqueur liégeois (cf. M. Thiry-Stassin, « Johanne de Malone », art. cit., pp. 512 sq.). 18   M. Thiry-Stassin, ibid., p. 511. 19   Le rapprochement des noces de Cana avec celles de Jean l’Évangéliste est fréquent ; voir, par exemple, le Commentaire de Pierre le Mangeur à Jean 2, 1 : « Qui était le marié de ces noces ? Certains estiment que ce furent les noces de Jean », cité dans le dossier préparé par L. Devillers, J.-N. Guinot, G. Dahan, D. Pierre et collaborateurs, Les Noces de Cana, Supplément au Cahier Évangile n° 117, Éd. du Cerf, octobre 2001, p. 52. Archedeclin est la francisation d’architriclinus, « le maître du repas », dans Jean 2, 1 - 12.

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dorée. Ceux-ci n’ont pourtant aucun lien avec le travail de Jean de Vignay : les deux derniers éléments reprennent en effet la version n° 16, dans laquelle le mariage de Jean n’apparaît pas cependant. La légende de Marie-Madeleine contenue dans L est une combinaison de matériaux de diverses provenances, maladroitement articulés entre eux. De longs extraits des Évangiles (l. 16 et 41), la version de Nantes ainsi qu’un choix restreint de miracles en forment la charpente. L’onction chez Simon se réfère ainsi à Luc 7, 36 - 50 (l. 16 - 37) et la résurrection de Lazare à Jean 11, 17 - 46 (l. 43 - 69 ; les lignes 41 - 42 résumant Jean 11, 1 - 16). Le récit de l’onction à Béthanie est restitué selon Jean 12, 1 - 6 (l. 69 - 79), et la réponse du Christ à la réaction de Judas est la traduction de Marc 14, 6 - 9 (et non Jean 12, 7, l. 79 - 83). Les passages d’origine biblique sont très proches de leur source et ne se retrouvent pas ailleurs dans notre corpus20. Quelques parties (l. 1 - 16, origine de Marie-Madeleine ; l. 37 - 40, défense de la sainte par le Christ ; l. 83 - 89, témoignage de son amour pour Marie-Madeleine ; l. 140 - 152, arrivée à Marseille) pourraient être rattachés à Jacques de Voragine, mais au prix de distorsions qui rendent leur filiation avec l’une ou l’autre des traductions conservées très incertaine. Dernier représentant de notre version, P2  (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15212) est un volume de 250 feuillets de parchemin d’environ 175 x 110 mm, rédigé sans doute au XIVème siècle21. Le scribe qui l’a confectionné emploie une écriture gothique livresque. Sa tonalité est picarde. Les premières pages du manuscrit, non comprises dans la numérotation originelle de ses cahiers (qui débute avec le texte suivant), contiennent une chronique universelle abrégée. Les romans de Miserere et de Carité du Reclus de Moilliens occupent quelque 110 feuillets, rédigés sur une colonne à 28 lignes. Pour l’essentiel, l’autre moitié du recueil est formée de textes consacrés à la Vierge (une prière et deux séries de miracles en vers, ainsi qu’un sermon en prose sur son Assomption, attribué par le rubricateur à Guillaume d’Auvergne et au chancelier Philippe). Avec les Quinze signes du Jugement dernier, qui le précèdent, le texte sur MarieMadeleine présente donc un caractère quelque peu atypique, même si cette anthologie n’a pas une vocation strictement mariale. Des lettres historiées à l’encre, souvent au motif d’êtres hybrides, signalent l’emplacement des romans du Reclus, la prière à la Vierge et deux de ses miracles. Des initiales rouges de 2 lignes structurent par ailleurs les textes et de nombreuses lettres rehaussées de rouge appa20   À la différence de ce qui se produit chez Jean, la résurrection de Lazare nous montre Marie courant au devant du Christ alors que c’est Marthe qui reste à la maison (l. 45). Le texte supprime en conséquence la phrase annonçant que le Messie n’était pas encore entré dans le village (Jean 30). Par ailleurs, la mention d’une boîte d’albâtre à Béthanie (l. 72) résulte d’une contamination par l’onction chez Simon (Luc 7, 37) et l’indication que c’est la tête du Christ, et non les pieds, qui est ointe est introduite en un second temps (l. 73). 21   La présence de deux miracles de Gautier de Coinci dans ce volume a conduit A. Stones à étudier cet exemplaire atypique de notre tradition. Elle considère qu’il a été exécuté au XIVème siècle, mais ne peut en déterminer la provenance. Voir Gautier de Coinci, Miracles, Music, and Manuscripts, op. cit., Appendice IV, p. 378.

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raissent dans les pièces en prose. La vie de Marie-Madeleine ne comporte qu’une simple initiale, sur 3 lignes ; l’articulation des différentes parties qui la composent ne présente aucune marque de segmentation : le scribe reproduit l’ensemble d’une traite, si l’on excepte la lettrine placée au haut du f° 162 r°. Le récit consiste en une juxtaposition d’extraits des Évangiles, explicitement signalés, et de la légende de Marie-Madeleine à laquelle de brefs passages au ton édifiant ont été ajoutés, sans doute par le compilateur. L’architecture du récit est facile à percevoir : après un bref exorde sur les bienfaits que produit l’écoute des récits religieux22 et un appel de l’auteur à l’aide divine, celui-ci consacre quelques lignes à l’origine de Marie-Madeleine et à ses années de péché. Si l’on excepte un court préambule, celles qui s’attachent à la conversion de la sainte lors de l’onction du Christ constituent une adaptation presque littérale de l’Évangile de Luc (7, 36 - 50 ; l. 24 - 54). Le narrateur identifie toutefois la femme pécheresse, anonyme chez Luc, à Marie-Madeleine, conformément à la tradition. Le récit biblique est suivi d’une prière de la sainte lors de son repentir et de l’évocation de son amour pour le Christ (l. 54 - 77). Une transition permet de renouer avec les Évangiles et, sous forme de traduction littérale à nouveau, de relater l’onction des trois Marie selon Marc 16, 1 - 723 et la rencontre du Christ à partir de Jean 20, 11 - 18 (l. 77 114). La suite paraphrase l’apparition de Jésus aux disciples d’après Jean 20, 19 23, et l’on peut noter l’insistance de notre auteur à souligner la participation de Marie-Madeleine à cette scène, à l’inverse de la Bible qui n’évoque pas explicitement sa présence. Le don du Saint-Esprit permet de revenir à sa légende, conforme à la version transmise par A N P1 P3, jusqu’à la fin. Un bref épilogue conclut le récit. Le traitement qu’il réserve à la vie de Marie-Madeleine dévoile le ton du compilateur. La formulation qu’il adopte entraîne d’importantes modifications par rapport à la rédaction contenue dans les autres manuscrits, mais ces transformations n’affectent guère son contenu narratif 24. Si quelques détails résultent probablement d’une superposition avec d’autres états de la légende25, c’est surtout la propension à amplifier le récit par de longues prières et des échanges au discours

  Ce type d’exorde n’est pas rare dans les légendiers, bien qu’aucune autre vie de Marie-Madeleine recensée n’en possède. Il est toutefois intéressant de remarquer que celui par lequel notre texte débute reprend terme à terme le prologue d’une légende de sainte Cécile, contenue dans près d’une vingtaine de manuscrits, dont en particulier la plupart de ceux qui contiennent la version n° 7 de notre corpus. 23   Le texte comporte toutefois une lacune, manifestement due à un saut du même au même ; « et respicientes vident revolutum lapidem erat quippe magnus valde et introeuntes in monumento viderunt iuvenem » (Marc 16, 4 - 5) est en effet traduit par « Et les Maries regarderent et virent un jovenencel » (l. 82). Par ailleurs, notre auteur ajoute la Vierge aux trois Marie mentionnées dans l’Évangile. 24   On notera toutefois que la tâche qui empêche Marie-Madeleine de se consacrer uniquement à l’existence contemplative est celle réservée à un auteur ou à un copiste (ecclésiastique, en l’occurrence) : écrire et faire des livres au service de la foi (l. 158) ! 25   Voir par exemple l’ajout du rédacteur au sujet de la prédication de Marie-Madeleine en France, au début de cette version : « Li douce Magdelaine comencha a preecier et sambloit a sen viaire qu’ele arsist toute de traire le pule a son douç ami Jhesucrist » (l. 128 sq.). 22

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direct entre les protagonistes qui caractérise ces interventions26. La même tendance se manifeste dans les parties indépendantes de notre texte. Son style, nourri de formules stéréotypées, sert un registre édifiant que traduisent prières ou invocations27. Choix du manuscrit de base et observations linguistiques La version autour de laquelle s’est produit cet écheveau complexe, mais essentiel dans la diffusion de la légende vernaculaire de Marie-Madeleine, a déjà été publiée deux fois28. Malgré ces antécédents, son importance, tout comme l’existence de deux témoins ignorés jusqu’ici (L et P2, même si en tant que remaniements d’une version préalable, ceux-ci ne sauraient s’imposer comme manuscrits de référence), pourraient suffire à justifier un nouvel examen. Ce sont pourtant les présupposés qui guident l’édition de C. Corcoran et al. qui nous y ont surtout conduits. D’une part, les observations sur lesquelles celle-ci se fonde manquent en général de rigueur et de discernement. D’autre part, la dissociation du texte et de son apparat critique, le système de renvois adopté, un certain degré d’imprécision dans le report des variantes et l’emploi abusif d’abréviations compliquent l’utilisation de ce travail. En outre, des informations significatives sont passées sous silence et celles qui sont fournies au lecteur comportent des fautes et sont interprétées à tort dans plusieurs cas. Ainsi, si l’entrée en matière propre à A, qui évoque la destination des apôtres après le don du Saint-Esprit, offre bien « un intérêt indépendant pour l’histoire culturelle » (p. 28), les transformations qu’elle entraîne au moment où cet exemplaire renoue avec le reste de la tradition invitent à le considérer comme un ajout probable29, et la phrase qui le démarque à la l. 127 (chiffre 72 de l’apparat critique ; cf. p. 27) exprime la propension du scribe ou du rédacteur de son modèle à amplifier le texte et à en « assouplir » le tissu narratif. 26   L’oraison que la sainte prononce devant le clergé au moment de sa dernière communion (l. 239 - 242), puis celle qui précède sa mort (l. 247 - 254) en offrent des exemples. L’invocation que Marie-Madeleine adresse au Christ en faveur du roi de Marseille se pare en outre de toute une mise en scène : la sainte s’agenouille et demande aux personnes qui l’entourent de prier avec elle (l. 149 - 151) ; et l’échange qui intervient juste avant, lorsque le roi lui réclame un fils (l. 142 - 148), l’annonce de la grossesse de sa femme (l. 159 sq.) ou encore les propos des anges puis ceux du Christ, venus chercher l’âme de la sainte (l. 255 258), font l’objet d’une nette amplification. 27  On remarquera aussi la comparaison de Jésus à une ruche et celle de la Marie-Madeleine à une abeille (l. 64). 28   Ch. Platz, « Édition d’un sermon anonyme de la Magdelaine », Bulletin des jeunes romanistes, 13, 1966, pp. 14 - 18, et 15, 1968, pp. 16 - 35. C. Corcoran et al., « De la Madelaine », art. cit. Les deux premiers travaux consistent en une retranscription du manuscrit de Nantes. Le troisième fournit une édition du manuscrit de l’Arsenal avec un choix de variantes de N, P1 et P3. 29  Outre le fait qu’un ajout isolé est plus probable que l’élimination ou la disparition de ces composantes dans tout le reste de la tradition manuscrite, l’intervention du narrateur quelques lignes plus bas, niant précisément la nécessité de mentionner la destination des apôtres dispersés (« U ke li autre alassent, il n’est mie mestiers ke je le die ci », l. 12), souligne le décalage que produit cette interpolation.

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Une collation à partir des premières dizaines de lignes du récit montre d’ailleurs que A se distingue assez souvent, et plus fortement que ne le prétendent ses éditeurs, dans des conditions où l’on ne saurait en outre lui accorder la préférence. Par exemple, il ne fait aucun doute que les leçons pere (l. 7) ou deciples (l. 8) de N P1 P3 sont supérieures à celles de A (proiere, cf. chiffre 11 ; deables, cf. chiffre 12), qui semble être victime d’une mélecture dans le premier cas et d’une confusion pour le moins étonnante dans le second (voir d’ailleurs la n. 43, p. 32, dont les éditeurs ne tirent aucun parti). Pour la variante et il meimes en priast, l’apparat critique, qui se contente de mentionner la différence de genre du pronom personnel dans N (sous le chiffre 24 ; l. 31 de notre édition), donne l’impression que l’opposition ne résulte que de cet écart. ele (qui figure aussi dans L) est pourtant la seule solution appropriée puisque le seigneur d’Aquilée ne s’est pas encore converti. En outre, le mode du verbe employé dans cette construction n’est pas non plus le même (A P1 P3 ont l’imparfait du subjonctif au lieu du parfait), ce qui est déterminant pour l’établissement de ce passage. L’argumentaire de la p. 27 ne tient aucun compte de cette divergence, tout en citant les deux variantes. Enfin, il est probable que des leçons comme griés (l. 33 ; cf. chiffre 25) ou sor l’agesir (l. 40 ; cf. chiffre 30) ne soient que des reformulations. Pour ce qui touche P1, dans les grandes lignes, et au sujet du partage entre P3 et N, l’opinion des éditeurs se confirme en revanche. Fortement remanié dans bien des cas, P1 ne saurait offrir une base satisfaisante pour une édition. Mais si P3 comporte quelques négligences ou mélectures de parties de texte dont N conserve le plus souvent le souvenir adéquat, il manifeste aussi une grande conformité avec ce dernier dans de longs passages, comme pour le début par exemple, et une fidélité bien meilleure que celle de A. N n’est pas toujours irréprochable, mais si l’on néglige quelques bévues et surtout un épisode où l’équivalent d’une demi-douzaine de lignes est malencontreusement omis (au moment de la découverte de MarieMadeleine par le moine ermite), son copiste se montre très attentif et soigneux. L’ancienneté de cet exemplaire est un élément qui mérite aussi une certaine considération : elle ne nous garantit certes pas un degré d’« authenticité » supérieur aux autres copies, mais elle représente un atout dès lors que tout porte par ailleurs à favoriser le témoin qui en bénéficie. Pour toutes ces raisons, l’option de N comme manuscrit de référence paraît s’imposer à l’intérieur du groupe A N P1 P3. Les recoupements que la tradition textuelle autorise entre ces exemplaires et L / P2 appuient eux aussi ce choix : les rapports qui s’établissent entre les trois avatars du récit confirment l’avantage donné à N (P1 P3), les solidarités avec L, à l’encontre de A, étant les plus claires. Toutefois, les caractéristiques propres à ces deux rédactions interdisent de les placer au même niveau que A P1 P3 et nous contraignent à adopter une solution éditoriale plus complexe. Seule la version de Leyde permet en effet une comparaison suivie, et ce n’est qu’au prix d’importan-

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tes difficultés qu’il serait possible d’intégrer P2 dans le même apparat critique que toutes les autres copies. Nous recourrons donc à la présentation suivante : 1° édition de la partie commune à A L N P1 P3 (d’après N, avec les variantes de A L P1 P3)30 ; 2° en regard, transcription synchronisée de la partie commune de P2, avec les quelques notes éditoriales que celle-ci requiert ; 3° édition pleine page des parties indépendantes de L (l. 1 - 87, 140 - 152 et 215 230) puis de P2 (l. 1 - 90)31. Comme nous l’avons vu plus haut, la scripta de N est picardo-wallonne, même si les caractéristiques qui en émergent suggèrent un rattachement au Nord-Est, plutôt qu’aux parties septentrionales du domaine d’oïl. Le texte que ce manuscrit reproduit est rédigé dans une langue qui ne se distingue guère de la production de son époque. Il offre une apparence très dépouillée et recourt à un lexique et à des formes d’expression simples. On relèvera toutefois le caractère sensuel du vocabulaire décrivant l’amour de Marie-Madeleine pour le Christ. Il ne nous procure aucun régionalisme. Le composé agesir (l. 40 ; cp. aguet, l. 41) est le seul terme qui puisse nous faire hésiter. Si le FEW le signale dès la fin du XIIème siècle au sens d’« être couché, alité », mais au XIIIème seulement pour celui qui convient dans notre texte (« accoucher » ; cf. adjacere, XXIV, col. 158 a)32, il semblerait surtout que la famille à laquelle il se rattache soit particulièrement bien implantée dans le Nord-Est. Ses exemples anciens, dans l’acception requise ici, sont peu nombreux cependant. La densité de traits grapho-phonétiques présents dans L est exceptionnelle33, mais le lexique de cette compilation est presque dénué de relief. Dans les parties indépendantes de cette rédaction, on ne relève ainsi que deux vocables peu courants, dont l’un possède peut-être quelque résonance dialectale. Si l’adjectif barni (« hardi, déterminé », l. 26) apparaît pour la première fois dans le Roman de ­Thèbes, il ne figure par ailleurs que dans un petit groupe de textes de la fin du XIIème siècle issus du Nord-Est et de l’Est34. Quant à murmureur (l. 50), ce dérivé est tout simplement rare. 30   L’entrée en matière de A est suffisamment brève pour être incluse elle aussi dans la varia lectio de N. 31   Nous avons tenté de respecter au mieux la segmentation du texte, même si la reproduction dont nous disposons pour L ne permet pas toujours d’établir clairement celle que Johanne de Malone pratique. 32   Le scribe de A, ou de son modèle, est le seul à lui imposer une reformulation (celle de L consistant en tout et pour tout à éviter la substantivation de l’infinitif, dans le premier cas, et à employer la construction réfléchie du verbe, dans le second). 33   En matière de graphie, Johanne de Malone a des habitudes très particulières et changeantes, et il est souvent difficile de fixer la limite entre les variantes de surface et celles auxquelles l’apparat critique devrait se restreindre, selon les principes que nous avons adoptés pour sa constitution. Ces fluctuations nous privent aussi de repères stables pour la résolution des abréviations, incertaine dans quelques cas. 34   Son utilisation ne manque pas non plus de surprendre. L’épithète qui intervient dans l’expression a chiere barnie semble en effet appartenir à un registre plus masculin (« énergique, puissant, viril, etc. ») que féminin.

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Tout autant que son style, le vocabulaire que le remanieur de P2 exploite s’avère banal dans l’ensemble. Les seuls faits qui méritent d’être signalés ne nous informent guère sur l’origine de cette version ou sur sa transmission, sauf dans un cas. endiué (l. 70), qui paraît signifier « qui est tout en Dieu », et croiseresse (l. 171), dont la valeur sémantique particulière relève plus ou moins de l’étymologie du substantif dont ce terme dérive (« qui donne la croix à porter »), sont des hapax, signalés tous deux par Godefroy et par le FEW35. Leur présence dans le récit n’indique pas pour autant une réelle tendance innovatrice de la part de l’auteur. catoire (l. 64), « ruche », est le terme le plus intéressant : ce substantif, peu attesté au moyen âge, tout comme les mots qui se rattachent à son étymon, a un caractère indéniablement régional et sa présence dans le texte confirme une origine septentrionale36. Plan de l’édition Exemplaire de référence : Nantes, Musée Dobrée, 5, f° 198 a - 201 a (N) Exemplaires de comparaison : A : Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3516, f° 57 b - 57 h P1 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 422, f° 125 c - 127 c P3 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19531, f° 169 d - 172 c Versions remaniées : L : Leyde, Universiteitsbibliotheek, B.P.L., 46A, f° 13 a - 15 d, pour la partie correspondant à la version de A N P1 P3 ; f° 11 a - 16 b (ancienne numérotation : 208 a - 213 b), pour l’ensemble du texte consacré à Marie-Madeleine ; l. 1 - 87, 140 - 152 et 215 - 230 P2 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15212, f° 161 v° - 169 v° (l. 1 90)

  Voir Godefroy, III, col. 132 a ; FEW, deus, III, col. 57 b. endiué serait alors le seul exemple d’une telle formation à partir de dieu (endiablé reprend le même modèle mais est plus tardif). Godefroy interprète fautivement croiseresse au sens de « croisade » (cf. II, col. 378 b) ; le FEW (crux, II,2, col. 1375 a) se contente pour sa part de reproduire le mot, sans le commenter ni le traduire, mais en le datant du XIIIème siècle. 36   catoire lui-même est caractérisé comme picard et flamand par le FEW, cf. *captoria, II,1, col. 333 a, et la famille dont il provient s’est implantée dans le nord et le nord-est du domaine d’oïl. 35

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[198 a] Ce est de la Magdelaine

Quant li deciple Jhesu Crist eürent receüt le Saint Esperit, il se partirent doi et

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doi por aler preeschier la foi que lor bons maistres Jhesu Criz lor avoit ensegniet. Sains Pieres, qui plus fermement et plus tenrement amoit Jhesu Crist de haut cuer, se partoit a envis des amis au vrai Amant et meesmemeent [198 b] de la Magda- 5 leine por ce ke il savoit que ele plus ardanment L’amoit. Si pensa que de li ne se 6 partiroit il mie devant ke il li eüst donet pere esperituel ki eüst la cure de li. Si la 7 commanda a saint Maximien, ki estoit uns de .lxx. meneurs deciples, et se li dist : 8 « En cele douce, en cele sage, en cele amerose garde que nos bons Peres Jhesu 9 Cris commanda sa douce mere saint Jehan Euvangeliste te commanç je la Magde- 10 laine. » Aprés ce, il se deviserent et par mer et par terre. U ke li autre alassent, il 11 Exemplaire de référence : Nantes, Musée Dobrée, 5, f° 198 a - 201 a – Variantes : 1. Ore orés de la Madelaine A De le Magdelainne P3 omis dans P1. Comme nous l’avons indiqué dans notre présentation, un ample développement, édité aux pp. 80 - 83 et qui trouve peut-être son origine dans la Legenda aurea, précède le texte dans L. La rubrique qui figure dans ce manuscrit intervient donc au début de ce récit, le point où il rejoint A N P1 P3 étant signalé par une simple lettrine. – 2. A comporte une assez longue entrée en matière qui le distingue des autres exemplaires. La mutilation subie par la miniature qui l’accompagnait a rogné ou fait disparaître quelques mots de la première phrase (la formule traditionnelle ainsi dépareillée a été complétée par Paul Meyer dans sa retranscription du f° 57 r° du manuscrit de l’Arsenal, voir Histoire littéraire de la France, t. 30, 1906, p. 390) : Il est voirs et nos [devons tos croire] ke li dous parfais Jhesus Cris rechut mort et passion por son pulle rachater des mortels tenebres d’infer et resuscita de mort come voirs Dex, et comanda ses apostles a preechier et lor devisa les contrees ou il anonceroient la foi Jhesu Crist. Saint Piere et saint Pol converti la gent vers Romme. Sains Jakes ala vers Surie. Sains Johans converti les Grieus. Sains Andrieus ot Esclabonie. Sains Thomas converti la gent d’Ynde qui point de creance n’avoient; en l’autre Jude, la plus lonctaine, fu sains Bertelomeus. Sains Philipes conquist la terre vers Egypte. Sains Judes et sains Simons alerent en Arrabe et en Perse et conquistrent le païs jusqu’en Ynde. Sains Mars preecha le pople d’entor Alixandre. Sains Mathis conquist Moretaigne et la sainte Madelaine preecha la foi Jhesu Crist son maistre et fist molt grant pople servir [et] ahorer Jhesu Crist, si com vos orés chi aprés dire coment et en quel maniere ele converti le roi d’Aquilee et tot le pople de son regne. Ce prologue remplace le début de notre édition (2 - 3). Le retour à la version commune, avec la phrase suivante, n’est signalé par aucun indice particulier dans A (une marque, dont la nature et la fonction sont incompréhensibles, figure toutefois dans la marge). – 2. et quant ly disc. L. – 2. il s’en part. P1 il le part. P3. – 3. Jh. Criz] Jh. qui P3. – 4. S. P.] messire s. Pierres A a ses sains P1. – 4 - 6. qui (...) de la Magd.] (...) de plus verai cuer se partoit des amis (...) de la douce Madolaigne P3 qui plus ardamment et ferm. amoit nostre saingnour et de hault cuer si se partoit envis des amis a vraie amans et maiement de la glorieuse Magdalene L qui de tres grant amor amoit les amis nostre segnor et qui bien conut alcuns des amis al verrai amant et meesm. de la Madelaine A qui plus f. et plus t. l’amoient; issi se departirent li ami al vrai amant et Jhesu Cris meism. P1. – 6 - 7. por ce ke il savoit (...) la cure de li] por ce que il savoit bien que ele tres ardantm. l’amoit et que de li ne se departiroit il mie si li avroit donee une proiere esp. qui eust cure de li A. – 6. por ce ke il savoit (...) l’amoit] pour chou qu’il savoit que li douche Magdelaine l’amoit plus ardamm. que li autre disciple P1 por ço que il savoit que ele ert plus ardantment l’amoit P3. – 6. Si pensa] se pensa P1 si se pensa P3. – 7. il mie] omis dans L. – 7. devant ce qu’il L desci adont qu’il P1. – 7. li aroit quis pere espir. qui eust cure P1. – 8. ki estoit (...) dec.] qui astoit uns des .lxx. meneur disciple L qui estoit .j. des .lxx. milleurs disc. nostre signeur Jhesu Crist P1 et il geta de lui .lxx. meneurs deables A. – 8. et li dist P1. – 9. En cele douce (...) garde] (...) et en cele sage (...) P3 en cele doce garde A. – 9. bons] douls L (A). – 10. se douce mere com. P3 commanda se mere P1. – 10. saint J. euv.] s. J. l’euv. P3 a s. J. l’euv. P1 a sains Johans ewangelist L ce fu el douch ewangeliste A. – 10. la Magd.] doche sainte ancele dieu, doce amorouse Madelaine A. – 11 - 12. il se dev. (...) ci] il se dessevrerent que la u li uns ala n’ala mie li autres mais n’est mestiers de conter de tos a ceste fois P1. – 11. et par mer] par mere L. – 11. et par terres A P3. – 11 - 12. U ke (...) mestiers] u ce que ly autre all. il n’est mestire L que [que] li altre alaissent (...) A.

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(…) [164 vo] Et quant li apostle et li desciple Nostre Signeur eurent reçut le Saint Esprit, aprés çou que leur bons maistres Jhesu Cris lor avoit ensigniet, sains Pieres, qui plus amoit Nostre Signeur de tenre amour et de navré cuer, se partoit mout a envis des autres desciples au vrai amant et meisment de le douce glorieuse Magdelaine. Pour çou que il savoit bien qu’ele amoit Jhesucrist de plus fresque amour et de plus tenre et de plus nouvele et de plus ardant que li autre ne faisoient, si pensa que de li ne se partiroit mie devant que il eust donné pere espirituel qui eust le cuer de li, [165 r°] si le comanda a saint Maximiien le vesque et dist a le douce Magdelaine : « Douce ancele sage et argant et amoureuse, en l’amour ten douç ami Jhesucrist, en le warde que nos dous Peres Jhesucris comanda se douce mere glorieuse, te comanç jou.  » Et ces paroles dist il a saint Maximiien a qui il [l’]avoit avoit

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Exemplaire de référence : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15212, fo 164 vo - 169 vo Le début du texte contenu dans P2 est édité aux pp. 85 - 86. – 124. Le pronom régime nécessaire dans cette construction est absent du manuscrit.

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n’est mie mestiers ke je le die ci, mais li Magdalaine et sains Maxemiens ariverent a Marseile et si prisent terre a preechier Marseile et tot le roialme d’Aquilee. La Magdalaine avoit non Magdelé por un castel ki siens astoit en le terre de Jerusalem. La meesmes avoit ele une contee ki soie astoit. Dedens Jerusalem avoit ele une rue. Tot ce astoit ses patrimoines ki escheüz li estoit et ce di je por ce ke on sache la nobilité et la richece de li, car ele astoit [198 c] de lignie de roi. Tot ce avoit ele laissiet por ce k’ele fuist povre et samblanz a Jhesu Crist, son bon ami, et por ce ke li richece ne la destorbast de penser a ses amors, et si savoit bien ke Nostre Sires li avoit pardoneit ses pechiez por ce ke ele mult L’amoit, et ce tesmoigne li Evangiles : « Dimissa sunt ei peccata multa quoniam dilexit multum. » Or revenons a no matere. La Magdelaine preeschoit si bien et si bel et si desiranment ke chascuns pooit veïr a son viaire la grant affection de cuer et la grant volenté ke ele avoit de traire lo pueble a la foi Jhesu Crist, et por ce ke ele en tele maniere preeschoit creoient mult de gent. Avoc tot ce faisoit Nostre Sires si grans miracles par li ke tot cil ki estoient a son sermon s’en esbaïssoient. Li rois d’Aquilee, quant il vit les grans miracles ke Nostre Sires faisoit por li, vient a li et si li dist : « Noble damoisele, je sui sires de tote ceste terre et si n’ai nul enfant. Se tu pooies tant faire a ton Deu k’Il me donaist un enfant, je kerroie [198 d] en Lui et s’i feroie croire tot cels

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13. La syntaxe de cette fin de phrase, et surtout la partie qui commence par et si prisent terre (...), est quelque peu insolite. Ni les manuscrits latins dont nous diposons pour le Postquam Dominus (BHL 5457) ni les exemplaires de comparaison de la version française ne nous permettent d’établir si ce passage a subi une altération dans N. Toute intervention nous paraîtrait donc arbitraire – P1 serait peut-être apte à fournir une solution. 12. ci] ore chi A. – 12. mais (...)] li Magdelaine (...) P1 mais la glorieuse M. Magdalene (...) L (...) et assains Maximin P3 mais je dirai de la Madelaine et ainsi com Maximiens A. – 13. et si pr. a preechier la tere de Marselle P1 et si comenchierent a preechier a Marseille P3 et pristrent terre et comencierent a preechier a Marseille A. – 13. et tote la terre d’Aqu. A. – 13 - 14. la glorieuse et noble dame saint Marie Magdalene L. – 14. avoit non Magd.] avoit non Magdelaine P1 avoit a nom Madelé A qui avoit nom Magdalene L avoit a non P3. – 14. qui astoit siens L. – 15. La meesmes] la meismement P3 et meesmement A. – 15. une contee] une contreie L une cité P3 une rue P1. – 15. et dedens Jh. A L dedens Jh. meismement P3. – 15. avoit ele une rue] omis dans P1. – 16. et tout ly astoit patrimoisne L et tot ce li venoit de son patremoine A. – 16. ki escheüz li estoit] qui en cels lieus estoient P3 omis dans A. – 16. por ce que ons sa (?) la nobiliteit L pour chou que sa nobilités soit coneue P1. – 17. richece] hauteche A. – 17. del lignage P1. – 17. de roys L. – 17 - 18. Tot ce avoit ele laissiet] et si avoit tot ce laissié A. – 18. por ce k’ele fuist p.] por ço que ele voloit estre pouvre P3 pour estre plus pure P1. – 18. son bon ami] son douch ami A omis dans P1. – 18 - 19. et si ne voloit mie que les richeses A. – 19. ne la dest. de p. a ses amors] ne le dest. a ses amours p. P1 le destorbassent a penser a ses amors A. – 19. et si savoit ele bien A P1. – 19. n. s.] diex P1. – 20. ses pechiés pardonés P1. – 20. ly ewangiel qui dist L. – 21. Omise dans A, la citation latine est réduite à sa première moitié dans P1 (dim. sunt ei pecc. m.). – 22. la tres glorieuse et doulce Marie Magdalene L. – 22. si belle L. – 22. et si desir.] si neccessairement P3. – 23. del cuer P3 de son cuer A P1. – 23. et la grant vol. ke ele avoit] et le grant talent qu’ele av. A omis dans P1. – 24. de tr.] pour tr. P1 d’atraire P3. – 24. a la foy de Jh. L. – 24. et por ce] por ce A. – 25. cr. mult de gent] le cr. molt de gens A faisoit croire en nostre Jhesu Crist mout de gent P1. – 25. et avoic tout ce L avoec ce A. – 25. n. s. Jhesu Cris P1. – 25. si grant miracle P3. – 25. par li] por ly L (A) pour sa proiere P1 omis dans P3. – 26. tot cil] cil P1. – 26. qui i est. P3. – 27. ces grans mir. A les grans mervelles P1 (P3). – 27. que dex faisoit A (P1). – 27. vient] vint A il vint P1 P3. – 27. et si li dist] si li dist P1. – 28. sires] rois A. – 28. et si n’ai] si n’ai A P1. – 28. a ton deu] envers ton dieu A. – 29 - 30. et feroie tous çaus de mon regne cr. P1, qui introduit une lettrine à la suite de cette réplique.

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comandé en garde. Aprés çou se departirent li apostle par mer et par terre. U que il allaissent n’est ore mie mestiers que je le vos die, mais li douce Magdalaine et sains Maximiiens et li douce Marthe se suer entrerent en nef et vinrent par mer dusques a Marseille. Li douce Magdelaine comencha a preecier et sambloit a sen viaire qu’ele arsist toute de traire le pule a son douç ami Jhesucrist, et anonchoit que Jhesucris avoit esté nés de le Vierge Marie par le vertu du Saint Esprit sans carnel atoucement et qu’Il avoit mort et passion souffert pour humaine lignie racater qui estoit perdue par le pechiet d’Adam; et disoit c’on ne devoit mie croire les fausses ydoles ne aourer, ains devoit on croire en Jhesu Crist qui fist le ciel et le terre et la mer et tout çou qu’il a ens; et Nostre Sires i faisoit si grans miracles a ses sermons que devant tout le pule parmi le non de Diu, ele faisoit sours oïr, muiaus parler, contrais redrecier, awules ralumer et mors ressuciter, et faisoit si grans mervelles qu’ele ne queroit Jhesucrist cose qu’ele n’eust, et baptisoit hommes et femmes [165 v°] et enfans, et crioit a haute vois : « Paradis pour amer. » Et ki veist sen douç viaire et sen dou sanlant, que ce sanloit qu’ele arsist toute. Ensi looit ele Jhesucrist, sen douç ami. Quant li rois d’Aquilee vit ces grans mervelles que Nostre Sires Jhesucris faisoit pour le douce Magdelaine, car ele ne queroit a Jhesucrist riens qu’ele n’eust, li rois vient a li et li dist : « Ha ! douce demisele, je vos pri que vos priés au douç Jhesucrist, vostre ami, qu’Il me face une cose. » Li douce Magdelaine dist : « Hé ! dous sires, or me dites que çou est. » Li rois li dist : « Jou ai une mout bele dame a femme, et lonc tans ai esté avoec li. Onques enfant n’en peuç avoir et se tu peusses tant faire a ton Diu que tu loes si que je peusse avoir un enfant, jou querroie en Lui et feroie croire tous ciaus de me terre et de

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137. Le premier t de baptisoit surcharge un s.

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de mon regne. » La Magdelaine, quant ele vit si grant gaaing, ele li respondi ke ele mult volentiers en prieroit a Jhesu Crist et ele meismes en pria. Ne mie lonc tans aprés ce revint li rois au sermon la Magdelaine mult joianz et mult liez, se li dist ke sa femme estoit griés. La Magdelaine en loa Nostre Sanior et si dist au roi k’il paiast ce k’il avoit promis a Jhesu Crist, et il si fist. Il se fist baptisier et tote sa mainie, et aprés la Magdelaine li enjoinst k’il alaist en pelerinage en Jerusalem et la troveroit saint Piere, le grant ami Nostre Sanior, ki le menroit la ou Nostre Sires avoit preeschiet, la ou Il avoit esteit batuz et crucefiez, et au sepulchre et en tos les bons lieus ou Il avoit esté; et puis se li dona se crois, dont on dit ke se fu la premeraine crois ki fu portee en pelerignage en Jherusalem. Quant li rois ot aparelie s’estoire por passer, il entra en mer o sa femme ki astoit sor l’agesir et autre gens assez, et [199 a] quant il orent grant piece erré par mer, la roïne aguet de son enfant et s’en morut. Li rois ot mult grant duel et se complaint a Nostre Sanior de la riens ke plus amoit, comment Il li avoit tolue, et se s’esmerveilhoit coment si granz crieltez estoit trovee en Lui – s’il dire l’osoit – en fontaine de dolçor et de debonaireté. Assés d’autres complaintes i fist et si se pensat k’il la dame vestiroit

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34. ce qu’il promist : le t de promist est exponctué, le participe avoit ajouté au-dessus de la ligne. 30. la glorieuse Magdalene (...) si grande gange L la Magdalene quant ele entendi si grant gaiaig P3 quant li Magd. entendi si grant gaaig P1. – 30. ele li resp.] li resp. A ele resp. P1. – 31. que mult volentier L que vol. P1. – 31. a Jh. Crist] omis dans A P1. – 31. et il meimes en priast A (P3) et il m. en proiast aussi P1. – 31 - 32. ne mie lonc tens aprés revint li rois P3 ne mi lonc tans aprés avint que li rois revint A ne demora mie lonc tans aprés que li rois revint P1. – 32. revient L. – 32. a sermon P3. – 32. la Magd.] de le Magdalene P3 la doulce Magdalene L omis dans P1. – 32. mult j. et mult liez] molt liés et molt joians A molt joians P3 omis dans P1. – 32. se li dist] si dist P1 et se li dist A. – 33. griés] enchient L (A) griés d’enfant P1. – 33 - 34. La Magd. (...) a Jh. Crist] et la glorieuse Magdalene (...) L (...) et dist au roi (...) P3 li Magd. en fu molt joians et en loa n. signeur et puis dist al roi qu’il p. a dieu çou qu’il li avoit voé et pr. P1 li Madelaine en fu molt liés et en rendi a deu graces et loenge et aprés dist al roi que il p. a nostre segnor ce que il li od en covenant A. – 34. Il se fist bapt.] lors fu baptisiés il P1 si fu bauptizés et il P3. – 34 - 35. et sa maisnie tote P3. – 35. et aprés la Magd.] aprés ce li Madelaine A aprés li Magd. P1 aprés la glorieuse Magdalene L. – 35. li enj. en peneanche P1. – 36. et la trouv. il P3 (P1). – 36. le bon ami A. – 36. ki le menroit la] qui le menroit P1. – 37. la ou il avoit esteit batuz] et la ou il avoit esté batus A et la u il avoit esté baptisiés P1. – 37. et cruc.] crucifiens (?) P3. – 37. et au sep.] et si le menra al sepulcre P1. – 37 - 38. (...) la ou il avoit esteit L et par tos les sains lieus ou que nostre sires avoit esté A et es lieus sains u dieus avoit esté mors et vis P1. – 38. et puis se li donna le crois P3 et puis li dona la crois P1 et la sainte Madelaine li dona meime la crois A. – 38. ke] omis dans A. – 39. la premiere crois A P1 (P3). – 39. qui fu p. en Jer. en pelerinage P3 (P1, qui introduit une lettrine au début de la phrase suivante) qui onques fust p. en Jh. A. – 39. aparelie] aprestee A. – 40. s’estoire] ses tours (ou s’estours ?) L s’oire P1. – 40. por passer (...) o sa femme] por passer lui et sa feme A. – 40. o sa f.] et avec lui sa feme P1. – 40. qui astoit sor le point d’agesire L qi estoit sor sa gesine A. – 40 - 41. et autre gens assez] et il i ot molt grant partie d’autres gens que il volt mener avoec lui, si se mistrent en mer A. – 41. orent] ot P1. – 41. par mer] en mer A. – 41. aguet] soy ajut L. – 42. et morut P1 et si morut a l’enfanter A. – 42. Li rois ot mult grant duel] quant li rois sot ce il fu molt a malaise et fist molt grant doel A. – 42. et si se compl. L et si se complainst molt A et se plainst P1. – 42. a n. s.] a dieu P1. – 43. de la riens (...) tolue] de la riens qu’il amoit plus (...) L de la riens en terre que il plus amoit que il avoit perdu en son service A pour coi il li avoit tolue la riens el monde qu’il mix amoit P1. – 43. et se esmerveilhoit] et si s’esmervilla P1 et se mervilhoit L et s’en esmerveilloit P3 et s’esmerveilloit molt A. – 43. coment] u P1. – 44. estoit trovee] pooit estre tr. A. – 44. en lui] omis dans P1 P3. – 44 - 45. s’il dire l’osoit (...) de dolçor et de deb.] (...) de dolçour et de misericorde et de deb. P1 omis dans A. – 45. et assés (...) P1 asseis d’autre complainte y fist L et fist molt de compl. A. – 45 - 47. et si se pensat (...) dont il estoit pres] adont estoit el païs costume quant feme moroit c’on li vestoit les millors dras qu’ele avoit et il si fist puis le mist en une ille dont il estoient pres P1. – 45. et se pensa P3 et si s’apensa A. – 45 - 46. qu’il vest. la dame des meilheur draps L que le dame vest.

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mon roiame. » Quant li douce Magdelaine entendi si grant gaaing, ele respondi au roy que il meismes em priast. Li douce Magdelaine se mist a terre a jenous et semonst le pule que il priassent ensanle a Jhesu Crist avoec li qu’Il emplisist le desir le roy et ele comencha s’orison a faire et dist ensi : « Adonay Jhesucris, Fix de le douce Virge Marie glorieuse, si voirement, dous amis jentius, que Vos souffristes mort et passion pour humaine lignie racater et que je Vos vi a propres eus et estoie avoec vo douce glorieuse mere, et si voirement, dous amis loiaus jentix, dous maistres, dous Sire, que Vos me pardonastes mes pechiés; si voirement, biaus dous Sire, que ce fu voirs, si woelliés Vos envoiier [166 r°] a cest roy hoyr de se femme si que vos nons en soit loés et glorefiiés es siecles des siecles sans finement. » Ne mie lonc tans aprés revint li rois au sermon le Magdelaine et li dist : « Hé ! tres douce damoisele, Dix a oïe te priere. On doit bien Jhesucrist servir et amer et loer, car [ma] femme est grosse. » Li douce Magdelaine et loa et gracia Jhesucrist et dist : « Hé ! dous amis jentix, je Vos beneis et glorefie de quanques mes cuers puet. » Et dont dist au roy que il paiast a Diu ce que il Li avoit promis et qu’il se fesist baptisier, et il si fist. Il se fist baptisier et sa dame de femme la roine et tous ciaus de son pooir, et comanda que tout cil qui estoient de son pooir et de son empire fuissent baptisiet, et qui ce ne vaurroit faire, qu’il eust la teste colpee; et puis dist la douce Magdelaine au roi qu’il alast en Jherusalem, la trouveroit saint Piere, le prince des apostles, qui li mousterroit u Nostres Sires avoit esté baptisiés et u Il avoit sis a le chainne et la u Il avoit mort et passion souffert pour humaine lignie racater, et tous les sains lius de le terre, et puis si li donna le crois, dont on dist – et voirs est – que ce fu li premiere crois qui onques fust portee en Jherusalem en pelerinage et li premiere croiseresse qui onques croisa. Quant ot aparelliet son oire, il entra en mer ou toute se femme qui estoit preste de l’agesir et autres vaillans gens assés; et quant li rois [166 v°] ot erré grant pieche par mer, la roine ajut de son enfant du quel ele morut. Li rois ot de çou mout grant duel et se complaint a Nostre Signeur de la riens que il plus ama, que Il li avoit tolue, et s’esmervilloit coment si grant crualtés pooit estre faite en fontaine de douceur et de deboinaireté. Si pensa que la dame meteroit en un ille de mer

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160. Le possessif qui devrait accompagner le mot femme manque dans le texte.

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de melhors draz ke ele avoit selons le constume de son païs et si la metreroit en une isle de mer dont il estoit pres, et por ce k’en la nef n’avoit femme ki l’enfant peüst norrir, il le lairoit avoec la mere, si le commanderoit a la Magdelaine par cui proiere il l’avoit eü; et ensi le fist com il l’avoit enpenset et puis si parfist son pelerinage. Si trova sain Piere ausi com la Magdelaine li ot dit. Quant sains Pierres oï noveles de la Magdelaine, n’est pas mervelhe s’il en fu liez, kar il l’amoit plus ke toz les autres deciples. Il menat le roi par toz les boens lieus [199 b] ou Nostre Sires avoit esté. Quant li rois ot demoré avoec sain Pierre tant com lui plot, il se mist el repaire et vint a l’isle u il avoit sa femme laissie, et regardat amont l’isle et vit ausi com un singe ki entroit desoz le mantel la dame et la roïne. Il alat veïr la grant merveilhe et hauça le mantel la dame et vit son enfant si bel et si riant ke se la mere l’eüst norrit ne fust il mie plus bials; et enaprés hauça le wimple la dame, si sambloit ke ele dormist. Il fu si esbahiz k’il ne savoit k’il peüst faire. Tote voies il la bota de sa main et la dame geta un grant sospir ausi com ele s’esvelhast. Adont

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57. norrot : le deuxième o est exponcté et corrigé en i. des ses meillors dras P3 que il la dame vest. des plus rices dras A. – 46. païs] regne A. – 47. dont ele estoit pres P3 dont il estoient asés pres A. – 47. et por ço que en sa nef P3 et por ce que la nave L. – 47. n’ot feme A. – 48. norir ne alaitier P1. – 48. il le lairoit] il le lairoit en l’isle P3 se pensa qu’il le lairoit en l’ille P1 si meteroit l’enfant A. – 48. si] et P1 et lors A. – 48. le commanda P1. – 48. a la doulce Magdalene L a la Madaglene a garder P3 a le warde le Magd. P1. – 48. par cuy priiier L. – 49. et ensi (...) enpenset] et ensi (...) pensé P3 et ensi le fist A lors mist hors de la nef le mere et l’enfant et les laist en cele ille P1. – 49 - 50. et puis (...) trova] si parfist son pel. si trouva P3 si parfist son pel. et trova P1 et puis s’en ala et parfist son pel. et quant il vint la il trova A. – 50. ensi com (...) P3 si com li Magd. li avoit dit P1, qui introduit une lettrine au début de la phrase suivante; asi come la noble dame ly ly avoit dit L si com la Madelaine li od dit; il parla a li et li conta coment il li estoit avenu A. – 50 - 51. out oï nov. (...) P3 oiit novelle de la doulce et amureuse Magdalene L. – 51. n’est mervelle P1 ne fu pas merveille A. – 51. se il fu liés A (P1) s’il en fu molt liés P3. – 51 - 52. kar (...) deciples] (...) plus que tos li autres des desciples (...) P3 (...) plus que nul des autres disc. A car il l’amoit mult tenrement L. – 52. Il menat (...) lieus] (...) par les sains lius P1 puis minat le roy en tos les bons liewe L il reconforta le roi et le mena par les sains lius de la tere A. – 52 - 53. ou n. s. avoit esté] ou n. sire avoit preechié et esté P3 u n. s. Jhesu Cris avoit esté P1 la ou nostre sires avoit esté et le conjoï molt A. – 53. Quant] et quant A. – 53. demoré] esté et demouré P3 esté P1. – 53. tant qu’il li plot P1. – 53 54. il se mist (...)] il se mist el repairer (...) P3 (...) en l’ille P1 si soy remist al repairier et tant fist qu’il vient a l’ile L il prist congié a lui et se mist el rep. et erra tant que il revint a l’isle A. – 54. ou il sa feme avoit l. P3 ou il avoit laisie la roine A. – 54 - 55. et reg. (...) et la roïne] (...) .j. signe qui entroit sos le m. se femme P3 il reg. ver la dame et vit une enfant que entroit desous le mantelle a la royne L et quant il i vint la ou il issi de son vaissel et monta en l’isle, si vit tot proprement .j. cistie qui entroit desos le mantel la roine A il dist qu’il voloit iscir hors; il fu mis en l’ille et regarda u il avoit se feme laischie et vit aussi c’un singe colvert dessos le mantel la roine P1. – 55 - 56. Il alat veïr la grant merv.] le roi ala (...) P3 il ala avant por veïr la mervelle P1 il passa avant A. – 56. et hauça le m. la dame] (...) de la dame P3 si haucha le m. la dame P1 et s’esleva le m. a la dame A et descouvrit le mantelle L. – 56. et vit] il i vit A. – 56. son enfant] enfant P3. – 56. si bel] si tres bias L. – 57. ke se la mere l’eust n.] come se la mere (...) L que s’il eust les .ij. millors norrices del regne P1. – 57. plus bials] plus beaus ne plus rians A si bias ne si riant L. – 57. et enaprés (...) la dame] et aprés si hauça le vinple de le dame P3 aprés haucha le guimple la roine P1 aprés il leva le guimple a la dame A et aprés descouvrit la dame L. – 58. si sambloit] si li sambla A P1 qui senbloit L. – 58. il fu tos esbahis que il ne sot A. – 58. k’il peüst f.] que f. P1 P3. – 59. le bouta il P1. – 59. grant] tres grans L omis dans P1. – 59. se ele s’esveillast A (une partie du mot semble avoir été grattée, ce qui en rend la lecture incertaine) P3 se ele villast P1. – 59. Adont] omis dans P1.

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dont il estoit pres, et pour çou qu’en la nef n’avoit femme qui peust l’enfant nourir, il lairoit l’enfant avoec se mere et le comanderoit en le garde de le douce Magdelaine, par quel priere il [l’]avoit eu; et puis se mist en mer et sigla tant qu’il vint en Jhrerusalem et trouva saint Piere, le prince des apostles, et li conta se besoigne. Quant sains Pieres oï noveles de le douce Madelaine, mout en loa Nostre Signeur, puis mena le roy par tous les sains lius de le terre. Quant li rois ot esté avoec saint Piere tant com lui plot, se se mist en retour vers sen regne et vint a l’isle u il avoit se femme la roine morte laissie, et regarda et vit un signe – ce li sambloit –, et entroit desous le mantel a le roine. Il ala veoir le grant mervelle et vit l’enfant si bel et si riant que se se mere meisme l’eust nouri ne fust il mie plus biaus. Aprés li rois leva le gimple a la dame, si sambloit qu’ele dormist, et li rois le bouta de se main et la dame jeta un grant souspir aussi com s’ele s’esvillast de dormir. Li rois

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180. Le pronom régime que cette construction nécessite est absent du manuscrit. – 187. Comme à la l. 99, avec le nom masculin correspondant (cf. p. 87), merre, que donnerait en principe la résolution de l’abréviation employée par le copiste, est peu vraisemblable.

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ne fu mie mervelhe si li rois ot mult grant joie, si dist : « Dame, puis ke je vos ai retroveie, je retornerai o vos au sepulcre et si ferez vostre perelinage. » La dame respondi k’ele l’avoit bien fait et se li noma tos les lieus de la terre ausi com s’ele i eüst esté presens avoec son baron, et se li dist ke la Magdelaine l’i avoit meneie. Or ne seroit [199 c] mie legiere chose a raconter la joie ke li rois et la roïne et tot cil de la nef fisent ensamble, et loerent mervelhousement la Magdelaine et creïrent plus fermement en Deu, et puis revinrent en lor païs et raconterent en plain sermon devant le Magdelaine et tot le pueple le grant miracle ke Nostre Sires lor avoit fait en cest voiage. Adont creï li plus grans partie [del roiame]. La Magdelaine, ki avoit eslite de dous vies la melhor partie, disoit chascun jor en complaingnant a Nostre Sanior : « Sire, com longement me sofferrez Vos en cest grant travail de cuer et de cors ? Ceste partie n’avoie je mie eslite. Sire, quant voz dolz plaisirs est, apelez moi a l’autre »; et sans failhe, ele avoit grant travailh, car il li covenoit ordiner tot l’estat de Sainte Eglise, chascun jor preeschier et faire les aultres oevres ki apartinent a vie active. Ançois ke Nostre Sires le volsist oïr eüt ele mult sovent faite ceste proiere; et cant Nostre Sires vit k’ele eüt conquis [199 d] a la foit tot le regne d’Aquiler et de Marselle, Il envoia sa graze el pueble et se le conferma en vraie

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68. li plus grans partie de Rome : mélecture probable de la leçon conservée par les manuscrits P3 (P1 / A), sur lesquels nous nous appuyons. 60. mie] pas A. – 60. mult] omis dans A P1 P3. – 60. si dist] il parla a la dame et si li dist A quant il vit sa feme vive il dist P1. – 61. trovee P1 P3. – 61. o vos] avoec vos A (P1). – 61. au sep.] omis dans A. – 61. et si f.] si ferés P1. – 61. vos pelerinages P3. – 62. ly respondit L (A). – 62. bien] omis dans P1 P3. – 62. et li noma P1 et se ly at noumeit L. – 62. tos les lieus] les lieus A. – 62. ausi com s’ele] ausi come il L alsi bien come se ele A. – 63. i eüst (...) son baron] i eust esté tote pr. (...) P3 eust esté avec lui P1. – 63. et se li dist] et li dist P3 et dist P1. – 63. la glorieuse Magdalene L. – 64 - 65. Or (...) la Magd.] (...) de dire la joie (...) P3 et or dist li rois qu’il n’ot onques mais si tres grant joie et tout cil de la nef loerent la Magd. P1. – 64. la grant joie A. – 65. ensamble] omis dans A. – 65. et loerent (...)] il loerent tot ensanble molt esforchiement la Magdelaine A. – 65. la glorieuse Magdalene L. – 66. et puis rev.] aprés vinrent P1. – 67. et devant tout le peule L. – 67. les grans miracles A le miracle P1. – 67. n. s.] dex A. – 68. en cel v. A P1 P3 a cel voyage L. Le manuscrit de Leyde substitue à la brève conclusion de la première partie de l’histoire (Adont creï li plus grans partie [del roiame]) un développement, introduit au moyen d’une lettrine, qui appartient en fait à une étape précédente du récit. Cet étrange rappel n’existe pas dans A N P1 P3, ni à l’endroit où l’on pourrait s’attendre à le trouver ni là où il intervient dans L (voir le deuxième des extraits que nous reproduisons p. 83). – 68. Adont] dont P1. – 68. li plus grant p. del roiame P3 (P1, qui introduit une lettrine au début de la phrase suivante); la plus grant p. del regne en deu A. – 68. aprés la glorieuse Magdalene L. – 68 - 69. ki avoit (...) vies] (...) des .ij. vies P3 (...) de .ij. vie L (les chiffres romains qui précèdent vie sont tracés) qui av. des .ij. parties eslite A. – 69. partie] omis dans A P1. – 69 - 70. disoit (...) a n. s.] en complaignant cascun jor disoit (...) P3 en complaignant disoit cascun jor (...) P1 disoit a n. saingnour Jhesucrist L. – 70. me soff. vos] souffereis vos moy L me laiserés vos P3. – 70. en teil grande travailhe L en cest torment P1. – 71. eslite] enluyt L. – 71. Sire] dous amis A. – 71. quant vos plaisirs P3 se vos pl. A. – 72. a autre P3 a l’autre vie L. – 72. ele avoit grant torment (...) P1 ele avoit grant droit qu’ele en pria dieu car ele avoit grant travail et si li cov. A. – 72. ordiner] tot ordener P3. – 72. tot l’estat] tout l’estant L tous les cans P1 le service A. – 73. ch. jor pr.] et chascuns jour prechier L et preechier A. – 73. les aultres] autres P1. – 73. qui partinent P3. – 74. a vie active] a la vie active L a matines P1. – 74. eut ele] ele ot P3 ot P1. – 74. fait molt sovent P1. – 75. cel priier L. – 75. et cant] quant P1. – 75. qu’ele avoit tout converti P1. – 75. a la foit] omis dans A et déplacé après et de Mars. dans P1. – 75. tout le royalmez L. – 76. il envoia sa graze el p.] omis dans A. – 76. et se le conf.] et le conf. P1 et les conf. P3 et si les confermat L il le conf. A.

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ot [167 r°] trop grant joie et dist : « Hé ! douce amie loiaus, puis que je vos ai trouvee vive, nous retornerons en Jherusalem et si ferés vo voiage. » La roine dist qu’ele l’avoit fait et li noma les lius de la terre de Jherusalem aussi com s’ele i eust esté presente. Or ne seroit mie legier de dire le grant joie que li rois et la roine et tout cil de la nef ont emsamble, et loerent mervilleusement la douce Magdelaine; et puis revinrent en leur païs et raconterent en plain sermon devant le pule et devant le Magdelaine le grant mervelle que Nostre Sires leur avoit fait en cel voiage. Adont crut tous li pules del regne en Diu. Li Magdelaine, qui avoit a soi eslieut le milleur partie, se complaignoit cascun jour a Nostre Signeur et disoit ensi : « Hé ! Sire Jhesucris, dous amis loiaus, com longuement me soufferrés Vos en cest travail u je sui ? » Sans faille ele avoit grant travail, car il convenoit ordener tout l’estast de Sainte Eglise pour escrire et pour faire livres qui apartenoient a Sainte Eglise; et quant Nostre Sires vit qu’ele ot aquis toute le regne d’Aquilee et de Marseille a

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foit ensi ke ses nons fu apelez par tot la u Mahons et autre ydele estoient cultivé. Kant la Magdelaine vit c’on servoit son Sanior par tot la ou ele avoit preeschiet, ele s’esvelha por orer et por rendre graces a Nostre Sanior des biens k’Il faisoit au pueple k’ele Li avoit aquis. Ensi com ele estoit en orisons, une multitudine d’angeles descendirent del ciel ki la ravirent en cors et en anrme. En une haulte montaigne fu ele .xx.vij. ans en un liu ke li angele entalierent de lor propres mains. Dedens ces .xx.vij. ans ne buit ele ne ne manja fors le pain des angeles et si estoit chascunt jor portee des mains des angeles en anrme et en cors si haut ke de la gostoit ele le pain dont ele vivoit. La montaigne estoit si loins de gent ke nuz n’i habitoit; s’estoit si roiste ke nus n’i pooit monter, s’estoit si vive roche ke oisiaus n’i eüst de ke vivre [200 a] ne vivans gens n’i pooient habiteir. Au terme de la fin de .xx.vij. ans avient a une quarantaine de l’an c’uns moines issi fors de s’abeïe por faire sa penitence en racines [et autres] crues viandes dont il pooit sostenir sa vie; et quant il ot pres la quarantaine tote faite et sa penitance, [un jor si com il estoit en orisons, si oï une grant melodie de vois, et li moines regarda des ex amont

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89. en racines cruels viandes. Il manque à l’évidence un coordonnant entre les deux compléments et, à notre connaissance, cruel n’alterne pas avec cru(e) et les deux adjectifs n’échangent pas non plus leur signification. Nous adoptons ici les modèles de P3 – dont P1 (A) sont très proches – pour la première intervention (voir également ci-contre la variante du manuscrit BNF, f. fr. 15212 : pour mangier racines et autres cruaus viandes) et de L, qui est bizarrement le seul exemplaire à adopter une leçon conforme aux attentes, pour la seconde. – 90 - 93. Le recueil de Nantes comporte ici une lacune correspondant à environ six unités de réglure. Correction d’après A, qui offre le meilleur texte pour ce passage, sous réserve d’un détail – une multitudene d’eys ne manque pas d’intérêt, pour autant que le dernier mot signifie bien «  abeilles  » 77. ensi ke] si que A L P1. – 77. estoit apelés A. – 77. par tot (...) cult.] partout ou Mahumés (...) L (...) avoient esté cult. P3 par tote la terre u Mahommet et autres ydles avoient esté cultivé A par tout u les ydles soloient estre P1. – 78. la glorieuse Magdalene L. – 78. c’on servoit son s.] c’oon servoit feeument nostre seignor P3 que on servoit son segnor et ahoroit A c’on servoit dieu P1. – 78. par tot la] omis dans P1. – 79. ele s’esvelha por orer] ele se leva por aorer A ele s’asoutiva por ourer et por proier P3 ele s’en embla pour orer P1. – 79. grasce L. – 79. a n. s.] a dieu P1. – 79. du bien P1. – 79. que il fait avoit L. – 80. que ele ot conquis A qu’ele avoit conquis P1. – 80. et ensi come el astoit en orison L. – 81. descendi P1 P3. – 81. ravirent] leverent P1. – 81. et en ame et le porterent en une haute mont. u ele fu .xvij. ans P1. – 82. fu ele] et la fu ele A et fut la bien L. – 82. ent. de lor pr. mains] establirent en le montaigne de lor mains P3 li establirent en la montaigne P1. – 83. et dedens A L. – 83. .xvij. ans P1. – 83. ne buit ele] ele ne but P3 ne but P1. – 83. fours que le pain L (A). – 83. le pain as angres P3. – 83. et si estoit ele A. – 84. des mains as angeles A (P3) de mains d’angle P1. – 84. en corps et en ame L (A). – 84. si haut] placé après angeles dans A; omis dans P1. – 84 - 85. ke de la (...) vivoit] (...) gostoit le pain (...) L et la goustoit ele chou dont ele vivoit P1. – 85. de gens L des gens P3. – 86. et si astoit si r. L (A). – 86. nus] beste P1 P3. – 86. n’i povoit entrer (entrer bissé) ne monter P3. – 86. et si astoit si vive r. L (A P1) si estoit si vielle r. P3. – 86 - 87. que ois. n’i pooit v. P1. – 87. ne vivans gens (...) hab.] ne ons vivans n’i povoit habiter P3 omis dans A P1. – 87 - 88. Au terme (...)] au termine (...) avint qu’a une quarantaine P3 a le fin de .xvij. ans avint (...) P1 al terme de .xxvij. ans avint en une quarent. A. – 88. c’uns m. (...)] essi fors de s’abeïe .j. m. P3. – 89. sa peneance P3. – 89. en rac. (...)] rac. et autres cruels v. dont il peust sost. sa vie P3 en rach. et en autres cruaus dont il sostenoit sa vie P1 en rachine cruewe et viande do[n]t il poroit sortenire sa vie L en rac. et en altres erbes dont il peust sost. son cors et sa vie A. – 90. et quant (...)] et qua[n]t il eut pres que tout fait la quar. et fait sa penitanche L et quant il ot pres que tote la quarent. faite sa pen. A et quant il l’ot pres que tote la quar. illeques faite se pen. P3 quant il ot pres toute la quarent. illuec fait sa peneance P1. – 91. en orison L P1. – 91. si oï] oï P1. – 91 - 92. et li moines (...) sor cele mont. et vit] si se leva ses iels amont et vit sus cele montaine P3 il se leva amont et vit desseure cele mont. P1 si ovrit ses oilhez amont et vit L.

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le foy Jhesu Crist a tenir, un jor si come ele estoit en orison en larmes et en plours, une grant multitude d’angles descendirent du ciel qui le ravirent en cor et en ame et le misent en une haute montaingne [167 v°] en un liu que li angle establirent de leur propres mains. La fu ele .xxx. .ij. ans c’onques ne but ne manga fors le pain des angles. A cascune heure du jour, ele estoit eslevee des angles dusques au ciel et en çou ele estoit repeue. Au cief des .xxx. .ij. ans avint en une quaraintaine c’uns sains moignes issi fors de s’abeïe pour mener sobrie vie, pour mangier racines et autres cruaus viandes dont il voloit son cors metre en escil, et se loga au pié de le

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sor cele montaigne et vit alsi com une multitudene d’[angles], et en cele multitudene vit .j. cors de feme eslevé en air. Il] s’esmervelhat mult et pria a Nostre Sanior c’ausi com Il li avoit donet veïr cele merveilhe par sa debonaireté, k’Il li laisaist conoistre ke c’estoit. Del grant desirrer qu’il avoit commença a monter amont en la montaigne par mult de fies, mais ne pooit mie mult haut monter. Un jor s’esforça mult de monter, mais cant il fu aukes montez, la vertus del cors li fali tote, et cant il vit ce, si s’escria a Nostre Sanior : « Sire, je croi ke ce soit de vos grans secrés cui il ne loit nient home charnel veïr. Sire, puis k’il ne le me loit veïr, donez le moi sentir par vo grace. » Ensi com il oroit en teil maniere, li angele en chantant merveilhousement esleverent le Magdelaine en haut. Li prodom esgarda cele [200 b] part et si dist : « Creature Deu, je te conjur par cestui ki ceste honor te fait ke tu me dies ki tu iés », et une vois d’amont li respondi : « C’est la gloriouse Magdelaine. » Aprés cant li angele l’orent remise en son lieu, ele dist au moinne : « Va a Maxemien l’eveske, mon pere, et se li di k’il soit en sa capele a cel jor » (se li noma le jor de son trespas) « et s’i soit mult matin, car je volrai la mult parler a li. » Li preudom fu liez de ce k’il fu messages a si gloriose dame [et] a si saint home. Il se repairat mult tost et si fist le message ki li fu enjoins. Kant sainz Maximiens oï

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(comparer avec les lignes 66 - 68 de la version du manuscrit BNF, f. fr. 15212), mais une grant multitude d’angles, comme dans P1, semble préférable en dépit du caractère isolé de cette variante. – 95. a monter a monter. Correction d’après A. – 107. a si gl. dame a si saint home. Correction d’après L (P3). 92 - 93. alsi com (...) et en cele mult. vit] omis dans L (saut du même au même). – 92. alsi com] omis dans P1. – 92. une mult. d’[angles]] une grant multitude d’angles P1 une multitude P3. – 92 - 93. et en cele mult. vit] en cele multitude vit P1 et cele vit P3. – 93. esl. en air] eslever en air P3 enleveir en hault L en air P1. – 93. si s’esmervilla P1 si s’en mervilhat L (P3, qui déplace l’intensif molt après et). – 93. et priat n. saingnour L (P1) et si pria a nostre segnor A. – 94. que il ausi com il P3 que aussi qu’il P1. – 94. donet] laisié A. – 94. cele merv.] cest merveilhe L omis dans A. – 94. par sa deb.] omis dans A P1. – 94. k’il li laisaist] que il li donast A que li dounast P3 il li donast P1. – 95. del grande desire L et el grant desirier A. – 95. qu’il en avoit P3. – 95 - 96. a monter amont en la mont. A a monteir en la montaingne L (P1 P3, qui comporte toutefois un a exponctué après monter). – 96. par montes fies P3 par mult de fois L. – 96. mais ne pooit mie] mais il ne poois pas A. – 96. mie haut m. P1. – 96. .j. jor entre les altres A. – 96. avint qu’il s’esforcha P1. – 96. s’enforchat L. – 97. mais] et P1. – 97. aukes] .j. poi A. – 97. de cors P3. – 97. defali A. – 97. et cant] quant P1. – 98. si cria P1. – 98. a n. s.] a n. saingnour disant L et dist a n. segnor A a n. signour merchi et dist P1. – 98. ke ce soit] que chu que soit L que c’est A. – 98. de vostre secrés A. – 99. nient] mie L P1 P3 omis dans A. – 99. home ch. veïr] charneil home veioir L veoir a aucun home P1 veïr, précédé d’un e bien détaché et exponctué P3. – 99. sire puis qu’il ne me list veïr P3 sire se nel me lois veoir A. – 100. Ensi] et ensi L. – 100. oroit] aoroit A. – 100. en chantant] cantant, déplacé après en haut dans P1. – 101. esl. le cors de le Madelaine A enleverent la glorieuse Magdalene L. – 101. esg. cele part] esgardat (suivi d’une lettre isolée, peut-être un s) en hault cel part L s’esmervilla P1. – 102. et dist A P1 P3. – 102. cr. de dieu P1 o cr. de dieu L. – 102. je toy ajurre L. – 102. par celi L (P1 P3) de par celui A. – 102. cele honour P1 tel honor A. – 102. me fait P3. – 103. et une vois] une vois P1. – 103. li resp. et dist P1. – 104 - 111. 14 lignes de A ont disparu en raison de la lacération que ce volume a subie (par rapport au texte du manuscrit de Nantes, la lacune s’étend de lieu, moins les quelques mots qui précèdent la réponse de Marie-Madeleine au moine, à ne l’avoit seüt). – 104. remise] mise P1 P3. – 104 - 105. va au vesque Maximien P1 (P3). – 105. mon pere esperitueil L. – 105. et se li di] si li di P1. – 105. a tel jour en sa cap. P1. – 106. de son trespassement P3. – 106. et que il i soit P3 et si li di qu’il i soit P1. – 106. car je voray mult parleir a ly L car jou volrai parler a lui P1. – 107. mult liez L (P1). – 107. de si glorieuse dame P1 P3. – 107. et a si sains home L et li saint home P3. – 108. Il se rep.] il s’en rep. L s’en repaira P3 aprés vint P1. – 108. et (...)] si fist son message P1. – 108. qui enj. li estoit P3.

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montaigne la u li Magdelaine estoit. Un jour, si come il estoit en orisons, il oï une grant melodie de vois, puis leva ses ex en haut et commença a monter en la montaigne, mais ne pot mie haut monter, car li vertus du cors li defali toute. Quant il vit çou, si s’escria a Nostre Signeur : « Sire », dist il, « je croi que ce soit uns de vos secrés lassus. Sire, puis qu’il ne le me loist veir, donnés moi assentir vo douce grasse. » Ensi com il oroit en tel maniere, li angle esleverent mervilleusement le cors le douce Magdelaine en haut. Li preudom esgarda cele part et dist : « Hé ! creature Diu, je te conjur par celui Diu qui ceste honneur t’a faite que tu me dies qui tu es. » Et une vois d’angles li respondi : « Hé ! amis », dist il, « ce est li douce Magdelaine.  » Quant li angle orent mis le Magdelaine en son liu, ele dist au moigne : « Hé ! biaus fix, va, si di a Maximiien [168 r°] le vesque mon pere qu’il soit demain en se capele mout matin, car je vaurrai parler a lui de secrees coses et vaurai estre acommuniie du cors mon ami Jhesucrist, et puis m’en irai avoec men douç Espeus u ciel. » Li preudom fu mout liés de çou qu’il est mesages a si glorieuse

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noveles de sa filhe de cui il ne savoit penser k’ele astoit devenue, ne fu mie merveilhe s’il fu mult liez, car maintes foiz avoit priiet a Nostre Sanior k’Il l’avoiast o ele astoit, ne onkes ne l’avoit seüt. Au jor ke la Magdelaine li avoit mandé ala il mult matin a sa capele, mais cant il vint, il fu si esbahiz de la clarté des angeles ki estoient dedens avoec le Magdelaine k’il n’osa entrer ens, et ne porkant por le [200 c] grant desirier k’il avoit commença il a entrer dedens, mais li angele, ki ne conversent mie avoec les homes, s’en partirent tantost. La Magdelaine demorat en air enmi la chapele et salua son pere et fisent mult grant joie, et de ce k’il parlerent de Nostre Sanior tant desiranment plorerent il tant ke [des] larmes d’aus deus fu li pavemenz de la chapele ne mie solement arosez mais si plenierement molliez k’en mains lius flotoit li aiwe desore le pavement. Adont conta le Magdelaine la vie k’ele avoit meneie .xx.vij. ans en la montaigne, et cant ele ot assez parlé a lui priveement, ele dist k’il fesist venir toz les clers de la vile et si l’acommuniat devant toz. Li veskes ensi les fist venir. Kant il furent tot venut, ele dist sa coupe devant son pere et puis si s’engenolla en l’air[e] por recevoir le cors de Jhesu Crist et au

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117. ke les larmes d’aus deus. Correction d’après L (P3). – 123. en l’air. Correction d’après L. 109. novelle de sa filhe esperitueil L. – 109. de cui (...)] de le quele il ne savoit p. que ele fust dev. P3 qu’il ne savoit que il le estoit devonue (?) P1. – 110. mult liez] liés P1. – 110. m. fies avoit (av. bissé) il proié P3. – 110. a n. s.] n. seignor P3 a dieu P1. – 110. qu’il l’av.] qu’il li fesist savoir P1 omis dans P3. – 111. ne onkes ne l’avoit seüt] ne onque ne l’avoit sorvit (?) L omis dans P1. – 111. la glorieuse Magdalene L. – 111. il ala P1 P3. – 112. mult matin] molt tempre A; déplacé après en se capele dans P1. – 112. mais (et P1) quant il y vient L (i vint A P1 P3). – 112. il fu esb.] si fu molt esbahis P1. – 112. de la grande clarteit L (P1). – 113. ki est. dedens avoec le Magd.] (...) la dedens avoec la Madelaine A (...) dedens avoic la saint damme L qui avec le Magd. est. P1. – 113. qu’il n’osat ens entreir L si qu’il n’i osa entrer P1 que il n’osa entrer en sa chapele A. – 113. et ne porkant] nonporquant P1 mais nequedent A. – 114. par le grant des. A por le grande desire L. – 114. que il ot A. – 114. comenchat a entreir L (P1 P3) com. il alsi come a entrer A. – 115. tantost] omis dans P1. – 115. la glorieuse Magdalene L. – 116. en air enmi la ch.] en l’air (...) A (P3) en l’aire (...) L (le dernier mot n’est peut-être qu’une variante graphique de air) en le cap. en l’air P1. – 116. son pere esperitueils L. – 116. et fisent] dont fisent P1. – 116. mult grant joie] molt grant joie ensemble et (et omis dans P1) de le grant joie qu’il ourent P3 (P1). – 116 - 117. et de ce k’il p. de n. s. tant desir.] et qu’il p. (...) P3 de ce qu’il parloient de n. saingnour ensemble tant desiramment L et (...) de n. signor P1 et parloient de n. segnor amorousement et fondoient en lermes si abondament A. – 117. plor. il tant] pleurerent itant P1 omis dans A. – 117 - 118. ke [des] l. (...) de la chap.] que des larme d’ias .ij. fut (...) L (P3) que de lor lermes estoit (...) A que li pavemens P1. – 118 - 119. ne fu mie sans plus moilliés mais si plentenivement qu’en aucun lieu P1. – 118. tant seulement arosés A (P3). – 118. si plainement moulhiés L (P3). – 119. que en pluseur liewe L qu’en alcuns lieus A (P3). – 119. flotoit (...) pav.] (...) sour le pav. P1 estoit el deseure lieue del pav. P3. – 119. adont ly contat L (A) dont li conta P1. – 119. le Magd.] la noble dame L. – 120. .xvij. ans en le mont. (...) P1 en la mont. .xxvij. ans et si li conta les cortoisies et les debonairetés et les grans dolçors que ele avoit trové en son ami A. – 120. et cant (...) priv.] (...) parleit priveiement a ly L (P3) (...) parlé a son pere priv. A quant ele ot parlé assés a lui P1. – 121. ele li dist A et ele dist P3 ele li pria P1. – 121. et si l’acom. devant toz] si l’acommuniast P1. – 122. Li v. ensi] ly evesque L (P1) et il A. – 122. le fist v. P3. – 122. et quant A. – 122 - 124. ele dist sa coupe (...) et au veske] (...) et puis si s’agenoilla en bas por rech. li cors Jh. Crist (...) P3 (...) devant son pere esperitueil et puis si s’engenoilhat en aire (comme à la ligne 116, il est toutefois possible que le manuscrit de Leyde comporte ici une variante graphique du mot air) por rechivoir le sains corps Jh. et a l’evesque L li Madelaine s’agenoilla en l’air et rendi sa c. devant son pere et demanda son creator al vesque A ele rendi sa c. devant son pere puis s’ajenoilla en l’air pour rech. corpus domini P1.

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dame et a si haut homme come a Maximiien. Li moines vint au vesque et le salua de par le Magdelaine et li dist qu’il fust a l’endemain en se capele mout matin. Li sains vesques [fu] mout liés de çou que il oï nouveles de se fille, car il n’en avoit piecha oï noveles et mout en avoit priet Jhesu Crist. Il se leva au jour que cil li avoit dit et vint a se capele, mais il n’i osa entrer, car il sambloit que toute se capele arsist des angles et des arcangles qui erent avoec le Magdelaine, mais li grans desirs qu’il en ot l’i fist entrer et li angle, qui [n]e conversent mie avoec les hommes, s’en partirent tantost. Li douce Magdelaine demoura en air em mi le capele et salua sen pere en Diu et s’entrefisent mout grant joie, et del grant joie qu’il orent plourerent si durement et si tenrement que des larmes d’aus fu li pavemens arrousés. Adont conta li douce Magdelaine quel vie ele avoit menee en la montaigne et les secrés que Nostre Sires li avoit fait. Quant ot assés parlé priveement, ele li dist que il fesist venir le saint clergié de le vile et si l’acomuniieroit del [168 v°] cors precieus Diu. Li sains evesques les fist venir. Quant il furent venu, ele monta haut et comença a preechier et a [dire] : « Hé ! amés Diu de tout vo cuer et de toute vo ame, et puis priés le douç agniel et Il vos orra, car Il vos ama premiers quant ot son costé ouvert aussi com s’Il vausist dire : “ Douç ami, prendés men cuer ”. Ce fu li plus outrageuse amours qui onques fu faite. » Et quant ele ot assé parlé, li sains evesques aporta le cors Jhesucrist et ele s’agenoulla de liet cuer par

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227. Le texte ne comporte pas la forme verbale que la syntaxe de cette phrase requiert. – 231. Entre la forme fist et les mots qui la précèdent, le manuscrit comporte un espace vacant, équivalent à une douzaine de lettres, mais qui ne résulte pas d’un grattage. – 231. qui le conversent mie. – 239. a preechier et a diu, par anticipation probable de la suite du texte.

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veske devant tos a jointes mains, a vrai cuer, par grant reverence fundant en larmes receüt ele son Creator en tel ma- [200 d] -niere ke il sambloit ke si doi oelh [fussent] doi conduit d’une fontaine ki rendissent aigue corant. Un petit aprés ce k’ele L’ot reçut, ele prist congié a son pere et tantost se sevra li anrme del cors en tel maniere ke grans multitudene d’angeles reçurent l’anrme et la porterent en glore, en tel maniere, ki en present estoient et ki deservi l’avoient oïrent la melodie des angeles. Li veskes Maxemiens [prist] le cors et si dit : « Magdelainne, por ce ke tu portas al sepulcre les precious ungemenz por oindre le cors Jhesu Crist oinderai je le tien cors de precious bausme »; et ensi le fist mostrer lons tains. Aprés avient ke la Magdelaine fu aportee a Vergelai, et ensi com cil ki l’aportoit passa par mi un aitre, adont oï il une voiz ki dist : « Tot li mort ki ci gisiez, levez sus, car la Magde-

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124. confundant en l. Ce composé ne fournit pas une variante acceptable avec cette locution (non plus qu’enfondre d’ailleurs, cf. P3). Correction d’après A / P1. – 125 - 126. ke si doi oelh doi cond. d’une font. Correction d’après L (A P1 P3). – 127. ele prist congié a songie a son pere : mélecture ou confusion vraisemblable du copiste, dont l’œil a pu être abusé par certaines ressemblances entre les mots composant la leçon qu’il suivait. – 130. Li vekes Max. ot le cors. Correction d’après L. – 130. Le scribe a commencé par tracer la forme abrégée de Magdelainne puis a complété le mot en ménageant un espace après l’abréviation dont il s’est servi et en oubliant d’exponctuer celle-ci. 124. devant tos a mains j. A voiant tos a j. mais P3 et voiant tos j. mains P1. – 124. de vraie cuer L (A) (et P1) a lié cuer P3 (P1). – 124. par grant rev. enfondant en l. P3 par reverense fondant en lermes A a grant desirier fondant en l. P1. – 125. recut son criator P3 (P1). – 125. que il semble P3. – 125. ke si doi oelh] doi oeil A. – 125 - 126. fussent .ij. conduyte L (A P1 P3). – 126. de font. et qu’il rendiscent iaue corant si plentenivement P1. – 126. aigue] grant ruissel P3. – 126. Un petit aprés ce k’ele] aprés ço que ele P3 quant ele P1. – 126. l’ot reçut] out rechut le sains sacrament L. – 127. ele prist c.] si prent congiet P1. – 127. a son bons pere esperitueil L. – 127. se sevra] sevra P1 s’en ala A. – 127. sa saint amez de son corps L. – 128. rech. sa benoit ame L. – 128. et port. P3 et l’enporterent L (P1). – 128. en glore en chantant L. – 128 - 129. en tel man. (...)] en tel man. qui cil qui pr. est. P3 si que tous cias qui presens astoient L ensi que cil qui en pr. est. A si que cil pres est. P1. – 129. et ki des.] qui des. A et des. P3 (P1). – 130. Li v. Max.] sains Maximiens P1. – 130. prist le corps L rent (reut ?) li cors P3 rechut le cors P1. – 130. et dist P1. – 130. Magdelainne] o bien awireuse Magdalene L. – 131. al sep. (...)] le precieus onguement au sep. pour oindre le cors nostre signeur Jh. Crist P1 le precieus ongement por en oindre le precious cors Jh. Crist A. – 131. de Jh. Crist P3. – 131 132. oind. je (...)] en oindrai je (...) A sy oinderay (...) L jou vous oind. de bausme P1 et jo li tien cors conduirai as precieus basmes P3. – 132. et ensi (...)] ensi le fist molt lonc tans P1 et ensi le fist il et molt tres lonc tens P3 et ensi le fist lonc tans A. – 132. aprés che L. – 132. avint A P1 P3. – 133. la glorieuse et noble dame Marie Magdalene L, qui signale ce miracle avec l’abréviation Exm (pour Exemple) dans la marge, précédée d’un pied-de-mouche. – 133. fu portee A P3. – 133. et ensi com (...)] et (omis dans P3) ensi com cil qui le portoit A (P3) si com cil qui le portoit P1 et ensi come cias qui l’en portoient L. – 133. passont L. – 133. par un aitre P3. – 134. adont oï il] si oiirent il L il oï A P1. – 134. Tot li mort] vos tous ly mors L li mort P1. – 134. leveis vos sus L. – 134. car la glorieuse Magdalene L (A).

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reverense; enfundant larmes, ele reçut son douç Creat[eur] en tel maniere qui sambloit que si douç glorieus oel fuissent conduit d’une fontainne qui rendist iawue courant. Aprés un petit, ele fist s’orison a Nostre Signeur et dist en tel maniere : « Adonay Jhesucris, Fix de le Virge Marie glorieuse. Hé ! dous amis jentius. Hé ! dous amis loiaus. Hé ! dous amis amoureus, je Te pri que tous ceus et toutes celes qui me vie recorderont ne orront ne les bontés que Vos m’avés faites, dous maistres, ne fus ne tempestes ne meskeance ne li puist venir ne sour cors ne sour membres, ne sour enfans ne sour bestes, ne sour creature nule qu’il aient a warder ne lour aviegne; et encore Vos pri jou, dous amis, que mortalités ne anemis n’ait pooir ne en ame ne en cors, ne femme qui travaille d’enfant ne puist perir, ne ele ne ses fruis, ne pekieres ne pekeresse ne puist falir a le misericorde de Diu. » [169 r°] Quant ele ot finee s’orison, li angles descendi du ciel et dist : « Douce amie, Dix a oïe ta proiere, Il t’otroie quanques tu Li as proiiet. » Dont descendi Nostre Sires meismes du ciel et angle et archangle avoec Lui, et li dist : « Venés, m’amie ! Venés, venés avoec Moi es ciex et Je vos couronnerai. » Adont rendi la bonne euree Magdelaine son esprit es mains Nostre Signor Jhesucrist qui l’emporta es chieus. Li sains vesques Maximiiens rechut le cors et dist  : «  Hé  ! douç Magdelaine, dous jentix joiaus, pour chou que vous portastes le precieus ungement pour oindre le cors Nostre Signeur, je oinderai vo cors de prescieus bosme »; et il ensi le fist et la fu enteree. Mout treslonc tans aprés, il avint qu’ele fu portee a Vergelai. Ensi com li saint homme l’emportoient parmi un atre la u on enfouoit tous ciaus du païs, une vois fu oïe du ciel qui dist : « Tout li mort qui onques

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244. son douç creature. – 250. ne sour cors] pour le second mot, le scribe a d’abord tracé son qu’il a corrigé en sour en ajoutant un r au-dessus de la ligne. – 262. le cors N. S.] le s de cors a été ajouté au-dessus de la ligne.

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laine passe par ci ! » Li cors mort se leverent et s’agenoilierent et joinsent lor mains 135 vers le cors c’om portoit la. Aprés avient la ou li cors passoit par mi une voie ki 136 estoit avironee [201 a] d’arbres d’une part et d’autre ke li arbre enclinerent le 137 cors.

– 135. Li cors mort] et tout li mort P1 et si tost com la vois ot ce dit tot li cors mort A. – 135. et s’agen.] et s’en genoilharent L omis dans A. – 135. les mains P1. – 136. vers le cors c’om portoit la] ver le sains corps que ons en portoit L vers le cors saint c’on portoit par la P1. – 136. aprés avint A P1 P3 encor avient aprés L (qui accompagne ce miracle de la mention Exemple). – 136. la ou] que la ou L que A (P1). – 136. li cors] ele P1. – 137. ke li arbre encl. le cors] que tous ly arbez encl. le sains corps L. Les lignes qui concluent cette rédaction dans le manuscrit de Leyde sont éditées pp. 83 - 84 (voir nos explications dans la présentation du texte); (...) le cors. Explicit P3 (suivi de De le Magdelainne. mop, d’une écriture plus ample que celle du texte mais dont il est difficile de dire s’il s’agit de celle du scribe ou non); et li arbre encl. le cors. Itels miracles fist Dex por la Madelaine. Or li prions tant que ele prie por nos al parfait pere Jhesu Crist qu’il nos otroit en son regne part. Amen. Explicit de la Madelaine A; li arbre l’encl. Or prions al dolc Jhesu Crist pour celui qui cest livre escrist et a la dolce Magdelaine qu’ele prit a l’amour sovraine, c’est Dieu, que toute humilité mete en nos cuers par sa pité. Amen. P1.

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fuissent chi enfoui, issiés hors de terre et proiiés a cest saint cors qu’il proie pour vous Jhesucrist qu’Il vous alege vos penanches, car li douce Magdelaine quanques Li requiert est fait en ciel et en terre. » Tantost issirent li cors de le terre a cens et a milliers et crioient : « Douce Magdelaine, aiwe ! ». Aprés avint si qu’il passoient par une voie aombree d’arbres et que li arbre de tout la forest enclinoient le saint cors dusk’en terre. Dont fu ele entree a Vergelay. Mil langues ne poroient mie dire les [169 v°] miracles qui avindrent au saint cors, c’estoit sours oïr, mesiaus garir, muiaus parler, contrais r[edrechier], awles ralumer et les mors rescusciter a l’honneur de Jhesucrist qui vit et regne par tout le siecle des siecles. Amen.

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273. Les substantifs contrais et awles sont séparés par la seule lettre r, qui doit sans doute appartenir au verbe dont le premier est le sujet. Nous en restituons la forme probable d’après la formule, presque identique à celle de cette conclusion, qui figure au début du deuxième paragraphe du texte, et une seconde fois plus loin, avec quelques différences mineures. Aucun signe d’intervention – grattage ou autre – n’est visible ici.

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De saint Marie Magdalene [11 a]

La fieste de la bien awireuse et noble dame saint Marie Magdalene si est a .xx[...]e. jour de julet. Cest dame si fut de grande parage. Ses pere eut nom Sirus et sa mere Eucharia, si que Marie et Marthe, sa [11 b] [serreur], et Lazarons le frere avoient grande terre et grande possessions, et Marie tenoit un castias qui avoit a nom Magdalon, et Lazaron tenoit en Jherusalem et Marthe tenoit en Bethanie. Et astoient ces .iij. enfant yssus de grande sanc si come de royale lignie, si que Marie avoit le sien par ly por faire sa bone volenteit, si que el astoit franke et ne dotoit nulluy, car elle n’avoit ne pere ne mere, et riche et puisant, et s’astoit tres belle et plaisant, si que ces .iij. choze le fisent tost traire a pecchiet et az delisce del monde, car en un corps ou est frankies et liberteit et jovente et bealteit et riceche et delisce, ce n’est nient merveilhe se uns teils corps forvoie; car il n’est nuls se il est en teil point, se il n’est dont gardeit par my la saint cremeur de Dieu et par sa saint et pure grasce, que ly monde et ly chare et ly diable nel mettent en teil point que de faire chu que Marie fist, car el soy mist a faire les delisce de son corps par tout la ou miez ly plaisoit. Et Lazaron son frere soy mist a chevalerie et Marthe soy mist a yas aidiere governeir, car el levoit tout leur rente et les porveioit de tout chu [11 c] et de cant qu’il leur faloit, et largement en donoit encor as povres; mais aprés l’Ascencions Nostre Saingnour vendirent il tout leur possessions et metirent tout l’argent az piés des apostele. Cest Marie, portant qu’el soy mist az delisce del monde, perdit son nom de Marie et le nommoit ons pecheresse. Or avient quant Nostre Sire prechient par tout le peule en generale, que Marie oiit dire qu’Il pardonoit les pechiés. Or avient que uns home qui astoit Phariseiin et avoit nom Symons priat Nostre Saingnour au mangier et Il y alat. Adont Marie avoit ouit les predicacions Nostre Saingnour, si astoit repentie; et par tant que el avoit honte de son pechiés, al n’osat venire a chiere barnie devant les gens, mais se muchat desos le tauble et soy cuchat a terre as piés de Jhesucrist, et prist une boiste de mult tres prescieus ongement et en oindoit Jhesus les piés de ses larme, et puis Ly resuoit de ses chevias et puis Li baisoit; et quant ly Pharisiens, qui avoit Jhesus appelleit a mangier, si veiit cest fait, si pensat dedens son cuer : « Se chis home fust vrais prophete, il seuwist bien queil cest feme est et que elle est mult peccheres. » Et Jhesus sout tantost bien sa penseie et ly dist : « Simons, Je t’ay aucune choze a dire. – Maistre », dist il, « or dit le moy. » Et Jhesus dist : « Il sont .ij. home [11 d]

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Exemplaire de référence : Leyde, Universiteitsbibliotheek, B.P.L. 46A, f° 11 a - 16 b 2. Une tache altère la lisibilité du ou des derniers chiffres qui situent la fête de Marie-Madeleine. – 4. Le changement de colonne a entraîné l’oubli du substantif nécessaire à compléter l’apposition dont le premier mot est retranscrit à la fin de la précédente. Nous le restituons d’après la forme qu’il revêt ailleurs dans le manuscrit. – 33. Maistre dist il or dist il or dit le moy (la partie qui n’a pas été reproduite dans le texte semble avoir été effacée). – 33 - 34. Il sont .ij. home si devoit ly uns qui devoient a uns autre home. En apparence, les mots qui n’ont pas été reproduits dans le texte sont en partie effacés, en partie tracés.

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qui devoient a uns autre home. Si devoit ly uns .vc. denier et ly autre en devoit chinquant, et tant qu’il n’avoient de coy paiier. Si les quitat ly sire a cuy il devoient leur dete. Por le quel de ces .ij. fist il plus ? » Et ly Pharisins respondit : « A cely a cuy il at plus pardoneit. – Tu as a droit jugiet », dist Nostre Sire; et puis Soy tournat ver cest feme peccheresse et dist : « Vois tu cest feme pescherese ? Je suy entreis en ta maison, tu ne M’as encor doneit del yauwe por mes piés a laveir, et cest le mes at molhiet de ses larme et torchiet de ses chevias. Tu ne Moy as encor baisiet, et cel n’at encor cesseit de mes piés baisier depuis que je entray chaiens. Tu n’as encor oins ma tieste d’ole, et el at oins mes piés de tres prescieus ongement. Et por ce, toy di Ge que mult de pecchiés ly sont pardoneit por ce qu’el at mult ameit, car a cuy ons pardone, plus doit ons mult ameir.  » Et dist a la feme peccheresse : « Feme, ty pecchiés toy sont pardoneis. » Et cils qui mangiuent la avoic Ly disent : « Qui est cils qui pardone les pecchiés ? » Et si comenchont tos tantost a murmureir cont[r]e Nostre Saingnour; et dist a la feme peccheresse : [12 a] « Ta foy t’at fait saufe. Va t’en en pais. » Aprés ce ensiwoit todis Marie Nostre Saingnour par tout ou Il prechoit et escutoit todis sa noble doctrine, et todis soy aseioit a ses piés et del doctrine Jhesus vivoit; et encontre tous murmureur, Marie Jhesus escusoit, car el soy tenoit por si peccheresses que de choze que ons ly metoit sus poin ne soy escusoit, car Il atendoit bien que la veriteit si l’escusoit. Or avient que Lazaron, leur frere, fut malade et morit, et Jhesus dist a ses apostelle  : « Lazarons est mors et Ju en suy liez por vos tos, car vos siereis et viereis mes ovres, si les creireis. » Adont dist Thumas : « Allons avoic Ly. » Et quant Jhesus vient la, si trovat que Lazaron avoit ja jut .iiij. jour en monument, et par tant que Bethannie astoit pres de Jheruzalem, si astoient la venus mult de juiis por les serreur a reconforteir; et quant Marie seut que Jhesus venoit, si corit contre Ly et sa serreur Marthe demorat en sa maison. Quant Jhesus fut la venus, se dist Marthe : « Aïe, Sire, se Tu fus cy, mes frere ne fust mie mors. » Et Jhesus ly dist : « Marthe, tes frere soy releverat. » Et Marthe Ly respont : « Voir, Sire, chu sa ge bien, a la Resurrexions, al Diarains Jour. » Et Jhesus [12 b] ly dist : « Je suy resurexions et vie. Qui croit en Moy, s’il astoit mors, si viverat il, et chascun qui croit en Moy ne morat pas parmanablement. Crois tu chu, Marthe ? – Oïl, Sire », fait el. « Je croy que Tu es Criste, ly Fils de Dieu, qui es venus en cel monde por nos salveir. » Et quant el eut ce dit, si apelat Marie et ly dist tout ensi en baset : « Ly maistre est chy et t’apelle. » Et tantost Marie s’en alat, et quant ly juiief qui la astoient en la maison venus por el a reconforteir veirent que Marie soy levat si en haste, si soy levont et l’en siwirent et disent entre yas : « Marie vat ploreir au monument son frere ». Et quant Marie vient la, si astoit ja Jhesus la, et tantost Marie Ly chaiit az piés et ploroit mult forte, et Ly dist : « Sire, se Tu fus cy, mes frere ne fust mie

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47. a murm. conte N. S. – 56. si trovat que L. avoit ja dit jut .iiij. jours (le mot qui n’a pas été reproduit dans le texte a été tracé). – 61. sire chu soit sa ge bien (le mot qui n’a pas été reproduit dans le texte a été tracé).

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mors. » Et quant Jhesus veiit que el ploroit et ly juiief ausi, si en eut piteit et en fut tous tourbleis, et demandat : « Ou l’aveis vos mis ? » Et Marie Ly dist : « Viens, sel vois. » Et quant Jhesus vient sor le tomble Lazaron, si plorat, et ly juiief disent adont : « Or vois coment Il l’amoit. » Et ly autre disoient : « Chis qui aovrit les oilhez de cely qui avoit esteit neis aveules, et ne powist Il bien avoir fait que cils ne fust pas mors ? » Puis aprepont le monument et ens avoit [12 c] mis sus une grande pire sor le tombe, et Jhesus dist : « Osteis cest pire. » Et Marthe Ly dist : « Sire, il puet ja tout, car il at ja .iiij. jour que il fut entereis – Et ne toy di Ge pas, Marthe, se tu creiois, tu vierois la glore de Dieu ? » Et ons ostat la pire, et Jhesus levat ses oilhe en haulte et dist : « Pere, Je rens grasce a Toy que Tu M’as todis oint. Mais, Pere, Jel dis por le peule que ychy est presens, por ce qu’il croient que Tu M’as envoiiet. » Et quant il out ce dit, si criat a haute vois : « Lazaron, vins four ! » Et Lazaron soy levat tantost a la parolle de Nostre Saingnour et vient four del fosse tout ensi qu’il avoit esteit loiiés ses mains et ses piés, et sa fache astoit loiie d’un suaire, et cils avoit esteit .iiij. jour en terre. Adont dist Jhesus a ses dissiple : « Desloiiés le, si le laisiés aleir. » Et yas pluseur qui la astoient creirent en Ly, et ly aucuns murmurerent sor Ly. Aprés ce, .vj. jour devant Paske, vient Jhesus en Bethannie, la ou Lazaron avoit esteit mors, et Jhesus si l’avoit resusciteit; et la Ly fisent uns grans mangiers, et Marthe siervoit, et Lazaron astoit uns de cias qui seioit a table. Adont prist Marie une livre d’ongement mult prescieus en une boiste [12 d] d’albaste, et cel ovrit la boiste et prist cest ongement et en oindit Jhesus son chief, la ou Il mangoit, et ses piés ausi en oindit il et Ly torchat de ses chevias, tant que ly maison fut tout plaine del bone odeur de cest ongement; et Judas, qui astoit uns des apostele, en eut despit et dist : « Por coy ne fut vendus cest ongement ? Ons en euwist oint .iiijc. denire et si les euwist om doneis as povre. » Et ce ne dist mie Judas por si grande ovrez de cariteit qui fust en ly, mais il portoit la bourse az deniers et de tout ce que ons leur donoit, il embloit la .xe. pars, car il astoit leir. Et ensi avoient ly juief envie sor Marie por tout ce qu’el faisoit entour Nostre Saingnour Jhesucrist; et Nostre Sire tous jour l’escusoit et disoit : « Por coy aveis vos envie sor cest feme ? Laisiel esteir, car el at bien fait de ce qu’el a fait at Moy, car vos areis tos jour des povres avoic vos et quant vos volreis, si les poreis vos bien faire, mais Moy n’areis vos mie todis. Elle devoit en oindre mon corps quant Je sieroie mors. Or est il avanchié et l’at fait a ma vie [12 c] et par tout le monde, cel Ewangiele sierat prononchié et dirat om qu’el l’at fait por Moy. » Sachiés dont que par mult de signe, Nostre Sire demostrat que Il l’amoit grandement, car Il ly jetat .vij. diable four del corps. Il l’enbrasat mult de son amour. Il le fist especiale a Ly et son hostesse et sa procurresse, et todis astoit por ly et todis Nostre Sire l’escusoit; et quant el plorat por son frere, Jhesus plorat avoic ley et son frere

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77. aprepont] forme insolite : on attendrait plutôt apreront, et il est d’ailleurs possible que le p qui précède la désinence ait subi une intervention. – 84. et L. soy la levat (le mot qui n’a pas été reproduit dans le texte a été tracé).

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ly resuscitat, et se curat Marthe, sa sour, d’une grief maladie qu’el avoit por l’amour 110 de ly; et se ly fist enliere la meilheur partie qui onsque ne ly fut osteie, et fut deleis 111 le crois quant Jhesus y pendit, et quant Il fut resusciteit, promire s’aparuit a Ly. (...) 112 Deuxième interpolation du manuscrit Leyde, Universiteitsbibliotheek, B.P.L. 46A 113 (cf. apparat critique de la version commune, l. 68) : 114 [14 b] (...) Or avient aprés la benoit passions de Nostre Saingnour Jhesucrist .xiiij. ans qu’il avoit sor les cristiens si grande persecussions que ly juiief en cachirent four tous les cristiens, et prisent Maximiens, a cuy sains Pire avoit comandeit la glorieuse Marie Magdalene en warde, et si prisent Marie Magdalene et Marthe et [14 c] Lazaron et leur chamberier, Marcelle, et sains Cedone, cely qui fut neis aveule, cuy Nostre Sire renluminat, et pluseur autre cristiens, et les misent en un batelle sor mere sens nulle governeur et sens nule vitalhe, et tout par ce qu’il voloient qu’il morissent d’afamure ou qu’il fussent noiiés en mere, mais Nostre Sire leur envoiiat uns vens qui les menat a port de Marseilhe; et par tant qu’il n’avoit la four que paiiens, il ne les vorent mie herbegiers. Si soy misent en une enclostrias qui stesoit devant le temple de leur ydolle; et ly prinche venoient la et tous ly peule por sacrifiier a leur ydollez, et Marie leur comenchat a prechier la foy de Jhesucrist si bien et si ardamment que tout ly peule s’esmervilhoit. Mais ons leur donoit si pau qu’il avoient messaise et default; adont soy apparuit Marie en songe au prinche del vilhe et ly dist qu’il pensassent des povrez qui avoient messaize et les envoiiast a vivres, ou il le comparoient chirement, et il le fist, car il ly envoiiat asseis de vithailhe. [Aprés, la glorieuse Magdalene, qui avoit esluyt de .ij. vie la meilheur partie, disoit a Nostre Saingnour Jhesucrist (...)

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[15 d] (...) Or dient ly aucuns de la Magdalene, c’est celle qui voult avoir a marit sains Johans Ewangeliste, la ou Nostre Sire fut az norche et y muat Nostre Sire l’yauwe en vin, la ou Archedeclins astoit maistre d’osteil et governeur des [16 a] norche; et por tant que Nostre Sire ly avoit rosteit son maris, soy mist ell a faire les delisce del sicle, si come cel qui avoi perdut son maris. Mains par tant que il n’astoit pas bon que la vocacion de sains Johans fust cause de la pierdicion Marie, si apellat Nostre Sire Marie a si grande grasce que en liewe des delisce mondains ly donat Il les delisce esperitueils; et de l’Ewangeliste dist il ausi que por ce qu’Il ostat sains Johans Ewangeliste del monde et de l’ordene de mariage, se ly donat Il familiariteit a ly devant tous les autre aposteles.

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112. Pour la partie qui suit, voir apparat critique de la version commune, pp. 60 - 79.

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Exemple. Uns chevalieres fut qui chascune ans visentoit en grande devocions de cuer le corps et le sepulcre de cel glorieuse dame Magdalene; mais il avient qu’il fut occhis en batailh, et quant son corps juis en la bire et ses parens le ploroient et disoient en plaindant coment et por coy la Madalene l’avoit laisiet morire sens confessions, qui tant devoltement avoit son sepulcre chascun an visenteit, et vechi tantost cils chevaliere qui mors astoit revient en vie et le priestre demandat, et devoltement soy confessat et prist le corps de Jhesucrist, et asseis tost aprés, [16 b] il rendit ame a Nostre Saingnour et bien morit.

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Exemple. Uns homes fut qui ses pecchiés mist en escript en une cedulle desous la mappe de l’auteil et ly priat devoltement qu’el ly enpetrast a Jhesucrist pardons de ses pechiés; et asseis tost aprés, ly home reprist sa cedulle et trovat que tous ses pechiés astoient hors planiés et escomengniés.

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142. et le sep. de cel gl. dame Magd.] lecture incertaine – la forme del est clairement reconnaissable, mais elle a peut-être été corrigée en de. – 149. L’abréviation pour Exemple a été ajoutée dans la marge.

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[161 v°] Chi commence la vie et la conversacions le Magdelaine, coment Jhesucris li pardonna tous ses pechiés, et coment ele converti tous le roi et le roine de Marseille, et coment ele fu .xxx. .ij. ans en le montaigne sans boire et sans mangier for de glore du ciel

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Haute cose est d’oïr et de retenir le foy saintisme et le sainte loy Nostre Signeur que li apostle tinrent et ensivirent aprés Diu, aprés les apostles, li martyr, li confés, les viergenes, les veves; a tretous chiaus aperent les oevres Nostre Signeur. A l’emprendre de raconter la vie le boine eureuse Magdelaine en apel jou la devine poissance sans qui nule cose qui a Diu apartiegne n’est faite ne acomplie. Au comencement de se vie vous dirons dont ele fu nee. Ele fu nee en un castel c’on apele Magdalon pres de Jherusalem et ot ses peres non Sytus et se mere Ancaria, et fu suer Marthe et saint Ladre que Dix ressucita, et estoit castelaine de Jherusalem, et estoit de le lignie des rois, et avoit un sien castel qui avoit a non Magdalon, et pour çou l’apeloit on Marie Magdelaine; mais ele estoit si abandonnee a pechié faire c’on ne l’apeloit fors « pekeresse », car si com dist li apostles, ele avoit .vij. anemis u corps que Dix jeta fors de li par se vertu, et puis eut ele les .vij. dons du Saint Esprit qui en li furent par le grasse de Diu.

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[162 r°] En cel tans que Nostre Sires Jhesucris preechoit et ensignoit les juis et faisoit les sours oïr, les muiaus parler, les contrais redrechier, les avules ralumer et les mors ressuciter, et ces miracles Li vit faire la Magdelaine, ele pensa que Il estoit plains de pité et de misericorde et k’Il estoit vrais Dix et vrais hom, et ele se pensa qu’ele estoit mout pekeresse, si pensa qu’ele crieroit a Jhesu Crist merchi. Adont acata un prescieus ongement d’alebastres pour oindre les piés Jhesu Crist. Or nous dist sains Luc li Evangelistes qu’en icele tempore estoit uns Pharisiiens en la terre de Jherusalem qui Simons avoit a non. Chius Pharisiiens pria Nostre Signeur que Il mengast avoec lui en se maison, et Jhesu Cris entra en le maison et si i manga; et une femme pekeresse qui estoit en la cité, qui avoit a non Marie Magdelainne, quant ele seut que Jhesu Cris mangoit en le maison Simon le Pharisiien, ele aporta un ongement prescieus d’alebastre et se mist as piés Nostre Signeur, et si les prist a arouser de ses larmes et sambloit vraiement que li cuers li deust partir du cors, si fort acoloit ele les piés Jhesu Crist et les lavoit des larmes

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Exemplaire de référence : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 15212, f° 161 v° - 164 v° 2. ele converti tous ses pe le roi. Saut du même au même sur tous. Le premier des mots excédentaires a été exponctué et l’ensemble des éléments qui composent cet ajout est tracé. – 17. Le s d’esprit a été ajouté audessus de la ligne. – 21. hom a été ajouté au-dessus de la ligne. – 25. Compte tenu de la valeur habituelle de l’abréviation, ce mot devrait prendre la forme chiuus, peu vraisemblable.

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de le pure fontaine de son [cuer], et si tergoit les piés Nostre Signeur de ses kavex, et si les baisoit mout doucement et si les oingnoit d’un prescieus ongement. Quant Simons li Pharisiiens, qui Diu avoit apelé, [162 v°] vit le pekeresse qui estoit as piés Jhesu Crist, si dist en lui meisme : « Se cis estoit vrais prophetes, il saroit bien quele ceste femme est, car ele est pekeresse. » Et Jhesucris conut le cuer Simon, si li dist : « Symon, Je t’ai a dire une cose. Simon », dist Jhesucris, « dui deteur estoient qui devoient a un signeur deniers. Li uns devoit .iijc. deniers, et li autres .l. Il n’avoient de coi paiier. Quant li sires vit çou, si pardonna se depte a cascun. Symon », dist Jhesucris, « le quel ama il le plus ? » Symmons Li respondi et dist : « Sire, celui que il pardonna le plus. » Et Jhesus dist a Symon : « Tu as droit jugiet. » Et Jhesu Cris Se torna devers le Magdelaine et dist : « Vois tu ceste femme ? », dist Jhesucris a Symon. « Jou entrai », dist Il, « en ta maison, tu ne Me donnas mie iawe a mes piés laver. Ceste femme a arousé mes piés de ses larmes et les a ters de ses caveus. Symon », dist Nostre Sires, « tu ne Me donnas mie baisiers. Ceste femme ne cessa de baisier mes piés puis que J’entrai çaiens. Symon », dist Il, « tu ne Me oinsis mie le cief d’oile. Ceste M’a oint mes piés d’un prescieus oingnement; et pour çou te di Ge, Symon, que mout de pechiet li sont pardoné, car ele M’a mout amé. A qui », dist Jhesu Cris, « mains est pardonné, mains est amés. » Et Jhesucris se torna devers le douce Magdelaine et si li dist : « Douce amie, ti pechiet te [163 r°] sont tout pardonné. » Et cil qui mengoient essamble en le maison avoec Jhesucrist disent en leur cuer : « Hé ! qui est cis sires qui pardonne tous les peciés ? » Et Jhesucris dist a le douce Magdelaine : « Femme, te foys t’a sauvé, va en pais. » Quant li Magdelaine entendi si grant bonté que Jhesucris li faisoit, ele dist en son cuer: « Hé ! dous amis Jhesucris, qui porroit penser le grant douceur ne le grant bonté que Vous avés fait a ceste desloiaus pekeresse ? Certes, piet qui avés porté le cors a mal faire, jamais cauchiet ne serés, ne jamais, cors, de car ne mangerés, ne jamais a nul jour espargniés ne serés, ne jamais, bouce, de loer men tres douç ami Jhesucrist ne cesserés. » Qui veist come ele sivoit et amoit Jhesucrist et coment ele Le servoit de cuer et de cors et de bouce ! En quelconques liu que Jhesucris estoit, toudis estoit ele a ses piés et estoit endoctrinee de le parole Jhesucrist, sen douç maistre; et dist li sages qu’ele n’avoit mie son cuer, ains l’avoit Jhesucris, ses dous amis, dont li sages dist : li repos de sen cuer ert petis et estrois, ne pooit herbegier fors que Jhesu le Roy. De desirier dervés, ardans, boulans, destrois ert ses cuers si navrés, ne pooit estre cois. Jhesucris ert li catoire; ele estoit li sains és qui aloit pasturant par les sains lius secrés. Le douç miel en traioit par desirier dervés et par souspirs boulans, ardans [163 v°] et embrasés. Souvent li convenoit par grant desir plourer, doucement segloutir, par amour souspirer, et dist li sages qu’ele n’avoit mie son cuer, ains

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32. de le pure font. de son cors. – 46. ne cessa de baissier, premier s exponctué. – 69. La résolution de l’abréviation imposerait en principe la forme amouur, peu vraisemblable.

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l’avoit Jhesucris, et qu’ele estoit si de Diu endiuee qu’ele ne parloit ne faisoit oevres fors espiritueus. En quelconques liu Jhesucris estoit, li douce Magdelaine L’ensuioit, et quant nos dous maistres Jhesucris souffri mort et passion au jour du bon devenres et tout li desciple s’en fuirent, fors li douce Virge Marie grascieuse qui soustint no foy, et fu apparillie a le crois aussi com s’ele vausist dire : « Se mes dous Fix ne puet souffrir le mort, je Le rechevrai en le crois. » La fu li douce Magdelaine et menoit grant duel de Jhesucrist, son bon ami, qu’ele veoit si grief mal traire et endurer. Or nous raconte me sires sains Mars li Evangelistes que un jour de le semaine que Nostre Sires ressucita, que Marie Magdelaine et Marie Jacobee et Marie et Marie Salomee acaterent un prescieus ongnement arromastisté pour oindre le cors Jhesucrist et mout matin vinrent au monument au soleil levant, et disoient li une Marie a l’autre : « Hé ! qui nous retornera le piere de l’huis du monument ? » Et les Maries regarderent et virent un jovenencel seant a destre vestu de blances vestures et eles s’esbahirent, et li angles lour dist : « Ne vous voelliés mie espoenter. Vous querés Jhesu de Nazareth le crucefiiet  : Il est ressuscités, Il n’est mie chi. Veés ichi le liu ou il [164 r°] Le misent; mais alés », dist li angles, « et dites a ses disciples et a Pieron que vous alés devant en Galilee. La Le verrés si come Il vos avoit dit devant. » Or nous raconte mesires sains Jhehans li Evangeelistes que Marie Magdelaine estut defors le monument mout fort plorant, et come ele plouroit, ele s’enclina et regarda u monument et vit deus angles saans vestus d’aubes blanques, l’un au cief et l’autre as piés du monument u li cors Jhesu Crist avoit esté mis, et li angle li disent : « Femme, pour coi pleures tu ? » Et ele leur dist : « Hé ! il ont emporté Men Signeur et si ne sai u il [l’]ont mis. » Et com ele disoit çou as angles, ele se retorna arriere et ele vit Jhesucrist estant et ne savoit mie que ce fust Jhesucris, et Jhesucris li dist : « Femme, que pleures tu ? Que quiers tu ? » Ele cuidoit qu’Il fust courtilliers et ele Li dist : « Sire, se vos L’ostastes, dites moi ou vos Le mesistes et je L’osterai. » Et Jhesucris li dist : « Marie ! » Ele se tourna devers Jhesucrist et dist : « Ha ! dous maistres ! », et Le vaut prendre as mains et aerdre. Adont li dist Jhesucris : « Ne Me voelliés mie atoucier. Je ne sui mie montés encore a mon Pere. » Et li dist : « Douce amie », dist Il, « va a mes freres et si leur di, Je monte a mon Pere et a vo Pere, a mon Diu et au vostre. » Et li douce Magdelaine vint as apostles et leur [conta] ces paroles et dist : « Je vi Nostre Signeur Jhesucrist », fist ele, « men douç ami glorieus et le vostre, et ces coses me dist Il. » Et quant [164 v°] Nostres Sires entra a portes closes avoec ses desciples et Il leur dist : « Pais soit a vos. Ce sui Je, ne vos doutés mie », la fu li douce Magdelaine glorieuse avoec les apostles; et quant Nostres Sires donna force et pooir ses apostles de curer les languereus et de curer les

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76. Le r de grief a été ajouté au-dessus de la ligne. – 92. Le pronom régime que cette construction nécessite est absent du manuscrit. – 99. Perre, qu’exigerait en principe la résolution de l’abréviation employée par le copiste, est peu vraisemblable. – 101. Le scribe a omis la forme verbale qui convient ici – sans doute un synonyme de dist (conta, par hypothèse). – 104. Le i de pais a été ajouté au-dessus de la ligne.

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malades et de kacier les dyables des cors as hommes, li douce Magdelaine en avoit aussi grant pooir que li apostle. Et quant li apostle furent apris de tous langages par le vertu du Saint Esprit, li douce Magdelaine en fu aussi aprise; et quant Nostre Sires assensa le monde et Il dist as apostle : « Alés par tout le monde et preechiés les Evangiles a toute creature. Qui querra et ert baptisiés saus sera; qui ne querra dampnés sera », la fu li douce Magdelaine. Et quant Nostre Sires envoia le Saint Esprit sur les apostles, la fu li douce Magdelaine et en reçut se partie aussi come li autre. (...)

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La suite du texte de P2 est éditée aux pp. 61 - 79.

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2. Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 988, f° 125 c - 128 c Dans un article écrit en 1899, P. Meyer a attiré l’attention sur un légendier latin classé selon l’ordre de l’année liturgique (calendrier d’Auxerre), l’Adbreviatio in gestis et miraculis sanctorum (ou Summa de vitis sanctorum)1. Ce recueil a depuis été attribué à Jean de Mailly dont on a mis en évidence l’importance décisive dans la constitution des écrits dominicains2. Rédigée entre 1225 et 1230, puis complétée entre 1234 et 1239 et reprise une troisième fois avant 1262, l’Adbrevatio est un des tout premiers légendiers liturgiques conservés. L’auteur y compile près de 180 vies de saints et fêtes religieuses importantes afin, affirme-t-il dans son prologue, de les mettre à la portée des prêtres pour éveiller la dévotion des fidèles, leur brièveté devant écarter toute lassitude3. A. Poncelet4 en a dressé une liste de 16 manuscrits, dont les plus anciens datent du XIIIème siècle ; des travaux plus récents ont révélé l’existence de quelques exemplaires supplémentaires et l’on recense aujourd’hui une vingtaine de témoins de cet ensemble. À plus d’un titre, le recueil de Jean de Mailly est un des ouvrages les plus remarquables dans la mise en place et dans le développement de la légende de Marie-Madeleine, dont le texte offre de nombreuses correspondances littérales avec les versions postérieures5. Déjà présente dans le légendier de 1225 - 1230, la version de l’Adbrevatio rapporte longuement la vie évangélique de Marie-Madeleine (plus de la moitié du 1   « Notice sur un légendier français du XIIIe siècle classé selon l’ordre de l’année liturgique », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 36, 1, 1899, pp. 1 - 69. 2   Pour une présentation synthétique de l’œuvre de Jean de Mailly et une bibliographie récente, on se référera à l’article de B. W. Häuptli dans le Biographisch-bibliographische Kirchenlexikon, bearb. und hrsg. von F. W. Bautz, Herzberg, T. Bautz, Bd 23, 2004. Le légendier n’a jamais été publié. G. P. Maggioni, qui prépare son édition, en a toutefois rendu les trente premiers chapitres accessibles sur le site de l’Université del Molise (www.unimol.it). A. Dondaine a traduit le recueil en français sur la base de Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 10843, pour les textes de la première version, et de Paris, Mazarine, 1731 et Berne, Burgerbibliothek, 377, pour ceux de la seconde rédaction (Jean de Mailly. O.P., Abrégé des gestes et miracles des saints, traduit du latin par A. Dondaine, O.P., Paris, Éditions du Cerf, 1947 (Bibliothèque d’histoire dominicaine 1) ; texte sur Marie-Madeleine : pp. 244 - 249). Un extrait de la vie qui nous concerne ici est retranscrit par F.-K. Weiss, Der « Romanz de sainte Marie Magdaleine » von Guillaume, le Clerc de Normandie, und sein Quellenkreis, Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades der Philosophischen Fakultät der Westfälischen Wilhelms-Universität zu Münster, 1968 (thèse dactylographiée), pp. 78 - 82, également d’après Paris, Bibliothèque Mazarine, 1731. 3   « Cum plurimi sacerdotes sanctorum passiones et uitas non habeant et ex officio suo eas scire et predicare debeant, ad excitandam fidelium deuotionem in sanctos eorum maxime uitas qui in kalendariis annotantur succincte perstringimus, ut et libelli breuitas fastidium non generet et parochiales presbiteros librorum inopia non excuset » (extrait du prologue cité d’après l’édition en ligne de G. P. Maggioni, voir n. précédente). 4   « Le légendier de Pierre Calo », Analecta Bollandiana, 29, 1910, pp. 20 - 24. 5  On sait que tant Bartholomé de Trente que Jacques de Voragine et Vincent de Beauvais reproduisent mot à mot des sections entières de l’Adbreviatio. Sans entrer dans les détails de la discussion, rappelons que B. Fleith émet l’hypothèse d’une source commune à laquelle recourraient les quatre auteurs, cf. « De Assumptione Beatae Virginis Marie. Quelques réflexions autour du compilateur Jacques de Voragine », De la sainteté à l’hagiographie. Genèse et usage de la Légende dorée, éd. par B. Fleith et F. Morenzoni, Genève, Droz, 2001, pp. 41 - 73 (Publications romanes et françaises, CCXXIX).

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texte) ; son départ pour Marseille puis Aix, où Maximin sera élu évêque, sa mort, la translation de ses reliques à Vézelay et les trois miracles de la femme ressuscitée (« miracle de Marseille » dans les autres versions), du chevalier dévot ramené à la vie et de la femme enceinte sauvée du naufrage complètent le récit. La légende se modifie considérablement dans la seconde rédaction6. Outre quelques ajouts et reformulations ponctuels, surtout concentrés dans le début du texte, celle-ci rapporte en effet la retraite érémitique de la sainte, sa découverte par un abbé et sa mort (§ 42 - 52 latins, l. 77 - 112 du texte français), originellement absentes7. Par ailleurs, le « miracle de Marseille », au cœur des vies vernaculaires, y occupe une place et y prend une teneur particulières. Situé dans la première version à la fin de la légende, il précède les deux autres miracles dans la seconde. Il n’est de la sorte pas encore intégré à la vie de la sainte et seul le développement qu’il reçoit le distingue des autres prodiges. De plus, si la geste évangélique de la sainte se conclut par le départ de Marie-Madeleine et de Maximin, seuls nommés, pour Marseille, puis pour Aix, le miracle n’intervient pas dans une de ces deux villes mais à « Barlete » (l. 133 ; « apud Ballatam ciuitatem », § 59)8. L’histoire même se démarque elle aussi fortement de celle des vies ultérieures. Ainsi, les chrétiens exilés ne subissent-ils pas un mauvais accueil à leur arrivée en France. Les apparitions nocturnes de la sainte n’ont donc pas raison d’être : le mari vient de lui-même à la rencontre de Marie-Madeleine à qui il promet de croire en Dieu en échange d’un enfant. Le départ en pèlerinage n’entraîne pas de discussion entre les époux, et aucune tempête ne vient précipiter l’accouchement de la mère. Quelques mots suffisent à décrire l’installation du corps de la dame sur le rocher. Au retour, l’époux, après avoir été baptisé par Pierre, trouve sa femme déjà éveillée. Dans ce récit, la sobriété du ton employé contraste avec l’accumulation de prières et de plaintes, la dramatisation par le discours direct, l’abondance de détails que l’on trouvera dans les adaptations plus tardives. La première partie repose sur les différentes mentions présentes dans les Évangiles : origine de Marie-Madeleine (Matthieu 27, 56, etc.) ; proximité géographique entre Magdala et Génésareth ; épisode de l’onction des pieds du Christ chez Simon le Pharisien et pardon des fautes (Luc 7, 36 - 50) ; précision quant au rôle   La troisième rédaction ne diverge que sur la rencontre du couple sans enfant avec Marie-Madeleine (§ 59 - 62). La vie de Marie-Madeleine apparaît entre celles de Marguerite (13 - 20 juillet) et de Praxède (21 juillet), et celles de Marthe (28 juillet) et d’Apollinaire (23 juillet). 7   Nous remercions Giovanni Paolo Maggioni de nous avoir communiqué ces informations. Nous citons le texte latin en rapport avec Marie-Madeleine d’après le texte critique qu’il a généreusement mis à notre disposition. Il choisit le manuscrit 111 de la Bibliothèque municipale d’Auxerre comme témoin de la première rédaction, et le légendier latin 937 de la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris (que P. Meyer avait déjà mis en évidence), pour la seconde. L’analyse des variantes permet d’affirmer que la traduction française dérive de la seconde rédaction, répandue surtout dans la région parisienne. 8   F.-K Weiss (Der « Romanz de sainte Marie Magdaleine », op. cit., p. 18) rapproche ce nom de la ville de Baalath, construite par Salomon (1 Rois 9, 18). Son correspondant français est celui d’une cité portuaire de la Pouille. 6

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de la sainte, qui pourvoit aux besoins de Jésus (Luc 8, 3) ; évocation des séjours à Béthanie (Luc 10, 38, etc.) ; résurrection de Lazare et conversion des juifs à l’écoute de son récit des peines de l’enfer (Jean 11, 45)9 ; activité de Marthe (Luc 10, 40) ; onction à Béthanie et réaction de Judas (Jean 12, 1 - 6, puis 12, 7)10 ; présence de Marie-Madeleine à la Crucifixion (Matthieu 27, 56, etc.) ; découverte du Tombeau vide et annonce aux apôtres, venue de Pierre et de Jean, puis rencontre avec l’ange et le Christ que la sainte prend pour un jardinier, envoi aux apôtres (Jean 20, 1 - 18) et départ de Jérusalem (Matthieu 28, 18 - 19). Cette énumération suffit à le montrer : Jean de Mailly réunit dans sa légende les éléments attribués aux différentes Marie des Évangiles11. Il concentre en quelques lignes toute la tradition patristique liée à la figure de Marie-Madeleine. La question de savoir s’il effectue lui-même cette synthèse ou s’il se contente d’exploiter un substrat préexistant, en le concentrant sans doute, exigerait une enquête minutieuse des textes latins. Dans un récit caractérisé par sa concision, on relèvera la précision, absente des Évangiles, que la sainte n’a pas de mari, reflet possible de la légende de sa sœur Marthe dont la vie affirme le désir de chasteté, le célibat de Marie-Madeleine étant au contraire traditionnellement motivé par l’appel de la chair. On peut aussi remarquer l’attention que l’auteur prête à la figure de Judas, dont la réaction lors de l’onction de Béthanie est longuement rapportée. Il greffe ainsi sur les Évangiles l’explication apocryphe qui justifie la trahison du Christ et son prix (le dixième de la valeur du parfum utilisé à Béthanie). L’interprétation, qui repose sur l’indication par Jean 13, 29 que le traître tenait la bourse de la communauté, est courante. Chez Jean de Mailly, elle est encore renforcée par l’attribution à Judas d’une épouse et d’enfants. Ce trait permet de confronter ces compagnons du Christ. Tous deux sont des pécheurs, la foi de la Marie-Madeleine contrebalançant pourtant le désespoir du traître12. On notera aussi que c’est un mouvement de retour sur soi (« uitam suam recolligens », § 3 et « recorder sa vie », l. 8) qui motive la conversion de la sainte, soulignant l’importance de son repentir. Relatés en termes rapides, la retraite et la mort de Marie-Madeleine, la translation de ses reliques à Vézelay et deux des trois miracles qui concluent notre rédaction ne présentent pas de particularités narratives qui les distingueraient des versions ultérieures, si ce n’est la localisation sur la Loire (« in Ligere », § 75) du bateau naufragé13.

  Dans l’Évangile, la conversion est motivée par la résurrection même de Lazare. La relation des peines de l’enfer est apocryphe. 10   Le texte ajoute cependant l’onction de la tête du Christ à celle de ses pieds (« le remenant Li geta sor le chief », l. 32), sans doute en raison d’un rapprochement avec Matthieu 26, 7, et Marc 14, 3. 11   Il manque toutefois à son récit la précision sur la guérison des sept démons (Luc 8, 2). 12   Voir le n° 22, qui réserve à Marie-Madeleine les activités propres à Judas. 13   Vincent de Beauvais situe lui aussi ce miracle « in Ligeris fluminibus » (Speculum Historiale, XXIII, cliii). 9

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Le récit français, structuré par des titres, offre une fluidité que masque son austérité. La comparaison avec la vie latine montre que l’adaptation vernaculaire ne développe que très peu d’éléments propres. Parmi ceux-ci, on relèvera simplement que l’adresse aux juifs, à qui les apôtres ont prêché douze ans durant la foi chrétienne, disparaît (§ 33 - 41)14. Description des manuscrits Lors de ses recherches il y a plus d’un siècle, P. Meyer a répertorié six manuscrits de l’adaptation de L’Adbreviatio en ancien français. Deux de ces exemplaires ne comportent pas la vie de Marie-Madeleine  ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 1782 est en effet un fragment de onze feuillets de parchemin en désordre contenant douze légendes situées entre l’Assomption de Notre Dame et la vie de saint Gilles (sans celles de Barthélemy et d’Augustin), alors que Londres, British Library, Add. 15231 comporte 73 légendes entre Nicolas (les trois premiers feuillets sont perdus) et Thibaut de Provin (30 juin). Les quatre volumes restant reproduisent l’histoire de notre sainte : A (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3706, f° 141 r° - 151 v°) ; E (Épinal, Bibliothèque municipale, 76 (9), f° 60 b - 61 d ) ; Li (Lille, Bibliothèque municipale, 451 (202), f° 139 v° - 143 r°) et P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 988, f° 125 c - 128 c). Celle-ci figure en outre dans quatre recueils dont les légendes proviennent de plusieurs fonds  : P. Meyer signalait déjà les manuscrits Lyon, Bibliothèque municipale, 867 (772), f° 53 c - 56 b (Ly) et Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 423, f° 32 a 33 b (P1), auxquels il a ajouté Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acqu. fr. 23686, f° 147 c - 149 b (P3) et Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 587, f° 85 c - 87 a (SG) dans un article postérieur15. Sa tradition manuscrite comprend ainsi huit représentants. À cette liste, il faut peut-être ajouter un légendier endommagé de la fin du XIIIème ou du début du XIVème siècle, conservé à l’Académie des Sciences de SaintPétersbourg sous la cote F. 403 et partiellement remis en état par le Laboratoire pour la Conservation et la Restauration des Documents de l’Académie des Sciences de l’URSS, en 1963. M.-L. Auger16, qui a montré son appartenance aux bibliothèques de Charles V et de Philippe le Bon, en donne la description suivante : « Le volume se présente aujourd’hui sous la forme de 215 folios, contre 225 à l’origine, d’un parchemin très fin de 28,5 sur 20,5 cm. Chaque page, encadrée de bordures   La version n° 3 conserve un souvenir maladroit de ce reproche (l. 75 - 81).   « Notice d’un légendier français conservé à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg », Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 36, 2, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1899, pp. 677 - 721. 16   M.-L. Auger, « Un manuscrit de Charles V et de Philippe le Bon à Leningrad », Scriptorium, 22, 1968, pp. 276 - 279. L’article signale l’ouvrage consacré à la restauration du manuscrit : Neizvestnyi pamjatnik kniznogo iskusstva. Opyt vosstanovlenija francuzskogo legendarija XIII veka. Pod redakciej V. S. Ljublinzkogo, Moscou, Leningrad, Akademija Nauk SSSR, 1963. 14

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plus ou moins étirées et ornée de silhouettes amusantes, a deux colonnes hautes de 18 à 19 cm, larges de 5,8 à 6,2 cm. Les lettres majuscules étaient rehaussées d’un rouge vif, et les citations latines prises dans la Bible ainsi que les titres étaient rubriquées, mais rien ne put restituer leur fraîcheur aux miniatures et aux pages qui s’étaient décalquées les unes sur les autres, rendant le déchiffrement extrêmement malaisé ». « (...) on sait qu’il comprenait une table des matières au début, puis les vies de s. Jacques de Compostelle, des papes Étienne et Clément, des apôtres André, Thomas, Jean l’Évangéliste, du pape Sylvestre, de s. Agnès, de s. Vincent, de s. Julienne, des ss. Grégoire le Grand, Georges, Marc, Philippe, Jacques le Mineur, Pierre et Paul, Remi ; puis un récit étranger au genre hagiographique, Comment Salahedin prist Huon de Tabarie, remaniement abrégé de l’Ordene de Chevalerie ; enfin, les vies des ss. Marie-Madeleine et Catherine, de s. Julien et la Passion de Jésus-Christ. » (p. 276) Nous n’avons pu consulter ce manuscrit ni en obtenir de reproductions, mais la présence de l’Ordre de Chevalerie, comme dans Ly, incite à penser que l’on aurait affaire à des extraits de l’Adbreviatio. La brève présentation que L. Kisseleva et P. Stirnemann17 font de ce légendier met néanmoins ce rattachement en doute ; l’incipit de la vie de Jacques le Majeur qu’elles reproduisent ne correspond en effet pas au début du texte de Jean de Mailly, mais à celui des manuscrits hybrides de nos versions n° 6 et 718. Le très riche programme iconographique du volume (toutes les pièces sont illustrées de 6 à 27 scènes, 12 pour Marie-Madeleine) tendrait à corroborer le lien avec ces adaptations, elles aussi abondamment illustrées. La localisation (nord de la France) et la datation proposées par V. S. Lioublinskii (cité par L. Kisseleva et P. Stirnemann, p. 157) ne permettent toutefois guère de rapprocher notre exemplaire de ceux réalisés dans les ateliers parisiens (voir notre présentation du n° 6)19. Sur ses 266 feuillets en papier20, A (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3706) rassemble une sélection de 57 légendes classées dans l’ordre de l’année liturgi-

17   Catalogue des manuscrits médiévaux en écriture latine de la bibliothèque de l’Académie des sciences de Russie de Saint-Pétersbourg, établi par L. Kisseleva et complété par P. Stirnemann, Paris, Éditions du CNRS, 2004 (Documents, études et répertoires publiés par l’Institut de recherche et d’histoire des textes, 73), pp. 156 sq.. 18   « [Apres] le jor de la sainte pentecoste ke li sains espirs fu descendus sor les aposteles et ke nostre lire [sic dans le Catalogue] (...) », soit la même phrase initiale que celle contenue dans les légendiers Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, f° 32 d ; Londres, British Library, Add. 17275, f° 56 c ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f° 34 d et f. fr. 185, f° 47 b. C’est le seul extrait de texte dont nous avons pu disposer. Dans les manuscrits qui renferment les versions 6 ou 7, la vie de Jacques commence de façon très semblable, avec une simple phrase introductive (« Ce sachent tuit creant que (...) » ; Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326). 19   Dans les renseignements personnels qu’elle a bien voulu nous communiquer sur notre corpus, Alison Stones suggère un rattachement plus spécifique avec certaines parties du recueil BNF, f. fr. 19531, dans lequel se trouve le texte de la version n° 1, et qu’elle associe à un groupe de manuscrits douaisiens. 20   Le volume n’est pas rédigé au delà du f° 263 v°, mais les 3 feuillets blancs qui suivent font sans doute partie du dernier cahier.

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que21, toutes conformes à celles que P2 reproduit. Daté de la seconde moitié du XVème siècle par P. Meyer, il mesure ca 270 x 196 mm et le nombre de lignes qui compose chaque page varie sensiblement (18, sur une colonne, rédigées en écriture bâtarde pour notre pièce). La diversité aussi bien matérielle que paléographique dont il témoigne n’en fait sans doute pas pour autant un recueil factice : l’accord de ses filigranes22 autour du même motif semble corroborer l’idée d’une réalisation homogène et le contraste qu’offre l’écriture de certaines parties résulte peut-être de simples changements de main. On y relève ici et là quelques picardismes légers ou traits de l’Est, peu prononcés. Le volume ne présente pas de miniatures. Les initiales y sont rubriquées et la première ligne de chaque texte est rédigée en grands caractères à l’encre rehaussés de rouge, de même que les titres intermédiaires, de plus petit format. Chaque nouvelle pièce est numérotée en gros chiffres romains dans la marge supérieure, mais de façon erronée à partir du f° 52, où une articulation secondaire dans la légende de Sébastien est prise pour un changement de texte. Trente-quatrième entrée du recueil, la vie de Marie-Madeleine est placée entre celles de Thibaut et de Jacques. Le légendier conservé à Épinal (Bibliothèque municipale, 76 (9)) est attribué au dernier quart du XIIIème siècle par P. Meyer. Il suit la composition de P2. La vie de saint Remi n’est toutefois pas déplacée à la date de ses reliques et il omet huit légendes, non consécutives, entre le 27 juillet et le 8 août23. Il comporte par ailleurs trois lacunes matérielles qui l’ont privé en tout ou en partie de 16 pièces (si l’on se réfère à P2, sans compter la vie de saint Remi) placées entre les légendes d’Adrien (8 septembre) et de Léger (2 octobre), des vies de Simon et Jude, Quentin et Eustache, et des dernières entrées du recueil, qui s’interrompt au début du récit sur sainte Catherine. P. Meyer y perçoit l’« œuvre d’un copiste peu soigneux et, probablement, peu intelligent » et indique que ses particularités linguistiques « permettent de l’attribuer à la partie méridionale de la Lorraine ou au nord de la 21   À la liste établie par P. Meyer (« Notice sur un légendier français du XIIIe siècle », art. cit., p. 12), il faut ajouter la Purification de la Vierge (f° 60 v°), l’Annonciation (f° 89 v°), l’Invention de la Sainte Croix (f° 101 v°), Pierre aux Liens (f° 187 r°), la Décollation de Jean Baptiste (f° 211 r°), la vie de saint Loup (f° 212 v°), l’Exaltation de la Sainte Croix (f° 216 v°) et la vie de saint Michel (f° 226 r°). Par ailleurs la légende placée au début du recueil qu’il intitule « Agathe » est la vie de saint Lucie (celle d’Agathe se trouve bien au f° 81 v°). Le récit consacré à Cécile (f° 248 v°) ne comprend que la deuxième partie, pourvue dans certains manuscrits d’une entrée indépendante. 22   A semble en posséder trois, qui représentent tous un bœuf de profil. Le premier se retrouve jusqu’au f° 68, mais il est difficile d’en obtenir un relevé précis. Sous réserve de quelques détails, on peut toutefois l’assimiler au n° 1093 de Piccard (vol. XV, 3). Au f° 60, on découvre une variante proche du motif suivant, assez fruste comme le premier filigrane. Elle est isolée dans le manuscrit et surtout très peu visible, mais on peut la comparer au n° 2782 de Briquet. L’espacement entre les pontuseaux est le même que pour les deux autres variétés de papier. Le troisième type intervient dans le reste du manuscrit. Sans lui correspondre en tout point, il se rapproche beaucoup du n° 1041 de Piccard, à un moindre degré du n° 1045. Les deux identifications les plus poussées ne permettent pas pour autant de rattacher notre volume à une région bien délimitée. Les dates des impressions concernées coïncident en revanche (milieu du XVème siècle, plus exactement 1447 pour le n° 1041, mis sous presse à Xanten, et 1450 pour le n° 1093, qui provient de Rott­ weil). 23   Pantaléon, Nazaire et Celse, Simplice et Faustin, Abdon et Sennen, Cassien d’Alexandrie, Sixte II, Donat, Cyriaque et ses compagnons.

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Franche-Comté.  » E compte 101 feuillets de parchemin (ca 325 x 220 mm  ; 2 colonnes à 52 lignes), couverts d’une écriture gothique livresque arrondie. Il ne possède pas d’illustrations. Des initiales ornées rouges et bleues de deux lignes marquent l’ouverture des vies et subdivisent certains textes. Celles qui introduisent la première pièce du recueil ainsi que les récits de l’Annonciation et de l’Assomption de la Vierge occupent 7 à 8 lignes, tandis qu’elles en couvrent 4 au début des vies de Gordien et d’Epimaque. Copié au XIVème ou au XVème siècle24 sur 264 feuillets de parchemin (ca 215 x 158 mm ; 33 lignes sur une colonne par page), Li (Lille, Bibliothèque municipale, 451 (202)) va lui aussi de pair avec P2, sauf pour la vie de saint Remi qui apparaît au 13 janvier et non à la date de sa translation (f° 42 v°). Par ailleurs, il crée des entrées distinctes pour les légendes de Jean l’Évangéliste, d’Adrien et de Cécile (Anne et Jean, f° 29 r° et 29 v° ; Adrien et Nathalie, f° 209 r° et 211 v° ; Cécile et Tiburce et Valérien, f° 258 r° et 258 v°), tandis que la vie et la translation de l’évêque Étienne sont pourvues d’une seule rubrique (f° 170 v°). La médiocre qualité de son support en rend l’écriture, de type cursive gothique et d’allure quelque peu maladroite aussi, pénible à déchiffrer. Sa scripta est marquée de traits dialectaux assez nets (est du domaine d’oïl, probablement Bourgogne). Le volume est démuni d’ornementation, mis à part une initiale ornée en tête du premier texte, de l’Assomption et de la Nativité de la Vierge, et des vies de saint Michel et de sainte Catherine. Des lettrines alternativement bleues et rouges introduisent chaque pièce et subdivisent certains textes. Ly (Lyon, Bibliothèque municipale, 867 (772)), qui compte 281 feuillets de parchemin mesurant ca 295 x 202 mm (2 colonnes à 30 lignes ; écriture gothique livresque), est incomplet de la fin. P. Meyer, qui l’a décrit dans le premier article qu’il a consacré aux légendiers français25, estime que sa fabrication remonte à la seconde moitié du XIIIème siècle. Toutefois, sa décoration le rapproche davantage des tendances esthétiques de la fin des années 1200 ou du début du XIVème siècle et l’on peut donc sans doute fixer sa réalisation autour de 1300. Toujours selon P. Meyer, sa langue serait « celle de la Picardie ou du Vermendois » (p. 40) et le style des miniatures tend lui aussi à indiquer une provenance septentrionale26.

24   Cf. Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Départements, t. 26, Paris, Librairie Plon, 1897, pp. 303 - 307 ; P. Meyer, « Notice sur un légendier français du XIIIe siècle », art. cit., p. 9. 25   « Notice du ms. 772 de la Bibliothèque Municipale de Lyon renfermant divers ouvrages en prose française », Bulletin de la Société des anciens textes français, 11, Paris, Firmin-Didot, 1885, pp. 40 80. 26   Cet exemplaire appartient à un ensemble stylistique qu’A. Stones met en relation avec le manuscrit BNF, f. fr. 1588, voir « The manuscript, Paris BNF fr. 1588, and its illustrations », Philippe de Rémi, Le roman de la Manekine, ed. from Paris BNF fr. 1588 and transl. by B.N. Sargent-Baur, with contributions by A. Stones and R. Middleton, Amsterdam, Rodopi, 2000 (Faux titre, 159), pp. 2 - 39, part. p. 37 (cf. n. 134 pour une bibliographie sur le recueil de Lyon) et illustrations 65 - 67. La localisation qui en résulte est Arras et la date d’exécution probable 1300 environ.

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Grâce à la table placée au début recueil, P. Meyer a rétabli l’ordre des feuillets, reliés aujourd’hui de façon très aléatoire. L’usure plus importante du f° 19 (Annonciation de la Vierge) confirme la priorité de ce texte dans le classement original du manuscrit. Si la composition du volume ainsi reconstitué révèle un contenu hétérogène, l’écriture et la décoration paraissent néanmoins constantes. La première partie du recueil, de nature spirituelle et morale, est suivie de Marque de Rome, de l’Ordre de la Chevalerie, d’un traité de fauconnerie, d’une version en prose de Barlaam et Josaphat (version X : mise en prose de la version anonyme ; J, Sonet, 1949), puis d’exemples tirés de la Vie des Pères. La copie de Marque de Rome (f° 3 r° actuel) et l’Annonciation de la Vierge se distinguent par la présence d’une miniature sur 2 colonnes agrémentée d’antennes et suivie d’une initiale ornée. Les autres pièces sont signalées par une enluminure de taille plus réduite et par une initiale ornée ou, parfois, par une initiale ornée seulement. La vie de Marie-Madeleine comporte une miniature de 9 lignes qui représente la sainte agenouillée aux pieds du Christ ressuscité. Plusieurs pages conservent des espaces vacants, d’importance variable. Le « légendier » qui figure en tête du manuscrit révèle un usage intéressant de l’Adbreviatio. Le compilateur a en effet sélectionné des pièces adaptées de Jean de Mailly, mais au lieu de les reproduire en fonction du déroulement de l’année liturgique, il les agence d’après la vie du Messie et l’histoire de la communauté chrétienne. À la structure méthodique de l’Adbreviatio, cette organisation substitue donc un déroulement de type narratif, du moins pour commencer. Ainsi, l’Annonciation, la Nativité du Christ, la légende des Innocents et la vie de Jean Baptiste, toutes issues du répertoire fourni par Jean de Mailly, occupent les premières places dans le recueil. Les actes du Christ sont ensuite rapportés par l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; A. F. Ford, 1973), puis viennent les « Regret Nostre Dame », un court texte sur les heures canoniques et une prière latine. Reprises pour la plupart de l’Adbreviatio, les légendes ajoutées à la suite complètent cette trame : Longin, Invention de la Croix, Étienne, Marie-Madeleine, Chaire de saint Pierre ; quatre vies d’apôtres (Barthélemy, Mathias, Barnabé, Marc) ; trois vies de martyrs (Vincent, Laurent, Nicaise) ; Jérôme. Les autres choix semblent plus personnels : Marie l’Égyptienne, Éloi, Grégoire, Julien l’Hospitalier, Eustache. La « vie de Susane », traduction des chapitres 13 et 14 du Livre de Daniel, inaugure une section de textes consacrés à des femmes (Pélagie, Marine, Euphrosyne, Marie nièce de l’ermite Abraham, Thaïs). Trois pièces édifiantes viennent clore cette série. Manuscrit de 144 feuillets de parchemin de ca 245 sur 330 mm, P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 423) date du XIVème siècle27 et est rédigé sur 2 colonnes de 52 lignes en écriture gothique livresque arrondie d’assez petit module. Il se signale avant tout par la langue de son copiste : parfois très proche   Voir Gautier de Coinci, Miracles, Music, and Manuscripts, Edited by K. M. Krause and A. Stones, Turnhout, Brepols, 2006 (« Medieval Texts and Cultures of Northern Europe », vol. 13), Appendice IV, p. 378. A. Stones ne se prononce pas sur son lieu de fabrication.

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du français « standard », celle-ci se pare dans d’autres textes d’une tonalité méridionale28. Ce recueil d’écrits pieux n’entretient qu’un rapport distant avec l’adaptation vernaculaire de l’Adbreviatio. Des 18 textes hagiographiques qu’il contient, seules en effet les vies de Marie-Madeleine et de Marthe sont tirées de la compilation de Jean de Mailly. La majorité des autres29 coïncide avec la version qui figure dans P3. La présence d’extraits de la Vie des Pères rapproche du reste plus fortement encore P1 de ce manuscrit, avec lequel la légende de Marie-Madeleine partage aussi plusieurs variantes spécifiques, sans qu’il existe pourtant un lien direct entre les deux copies. L’ordre des pièces de P1 est aléatoire ; on peut toutefois penser que la collection initiale est aujourd’hui remaniée. Les débuts de l’histoire de Barlaam et Josaphat (f° 6 ; version X : mise en prose de la version anonyme ; J. Sonet, 1949) et de la vie de saint Barthélemy (f° 20) sont en tout cas des ajouts, réalisés sur des feuillets de parchemin de format inférieur et dont l’écriture est plus tardive. Le volume est complété par les Lamentations de Notre Dame, 19 Miracles de Gautier de Coincy, les Vers de la mort d’Hélinand de Froidmont et quelques textes moraux (des sermons, un poème en alexandrins invitant à l’amour de Dieu, ainsi qu’un commentaire sur les dix commandements), qui entrecoupent les dernières pièces hagiographiques. La vie d’André, première entrée du recueil, est introduite par une initiale ornée de 4 lignes. Les autres, précédées d’une rubrique, comportent une initiale de même type dont la taille varie entre 2 et 5 lignes. Des initiales de 2 lignes segmentent le texte. Le recueil ne possède pas d’illustrations. La vie de Marie-Madeleine est placée entre celles de Matthieu et de Marthe. Exécuté dans la première moitié du XIVème siècle, P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 988) est l’exemplaire le plus complet de l’Adbreviatio française. Les 172 vies de saints que contient ce volume de 261 feuillets en parchemin (ca 300 x 210 mm ; 2 colonnes à 34 lignes) suivent en effet pour l’essentiel la compilation de Jean de Mailly. Par rapport au texte traduit par A. Dondaine, seule référence actuelle dont l’accès soit aisé, le légendier vernaculaire omet 26 pièces, pour la plupart très courtes30. Il ajoute par ailleurs les vies de Fuscien et Victoric,   Le DEAF lui attribue une origine lyonnaise et le fait remonter au début du XIVème siècle, sans indiquer la provenance de ces données. 29   Paul l’apôtre, Jean l’Évangéliste, Barlaam et Josaphat, Marine, Barthélemy, André, Eulalie, Matthieu, Marie-Madeleine, Marthe, Agnès, Patrice, Sébastien, Brendan, Jacques l’apôtre, Philippe, Georges, Agathe. La vie de sainte Eulalie est absente de P3 et, sous réserve de confirmation, les quatre dernières légendes ne semblent pas être les mêmes que celles contenues dans ce manuscrit. Ajoutons que la vie de saint Patrice est suivie par celle de Joseph d’Arimathie, dans laquelle le début du Merlin en prose de Robert de Boron a été interpolé (du début au chapitre 17, lignes 5 de l’édition d’A. Micha, Genève, Droz, 2000, soit la conception de Merlin puis l’emprisonnement de sa mère, jusqu’à l’ordre donné à Blaise d’écrire l’histoire du Graal et celle de sa propre naissance). 30   Ces textes concernent Eugénie, la Circoncision du Christ, l’Épiphanie, Marcel, Marius et Marthe, Timothée, Lin et Clet, Amatre, Athanase, Jean devant la Porte latine, Marie des Martyrs, Marc et Marcellin, Praxède, Tiburce, Hermès, Sabine et Savine, Prote et Hyacinthe, Nicodème, Andoche, Thyrse et Félix, Firmin, Savinien et Potentien, les Quatre couronnés, Théodore, Martin pape et Mennas. Pour le 28

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Nicaise, Marie l’Égyptienne, Restorée, Thibaut de Provin, Érasme, Alexis et François d’Assise. En outre, celle de Remi est placée à la date de la translation des reliques du saint et la légende de Tiburce et Valérien est décalée après celles de Mamertin et de Marien d’Auxerre. De plus, l’Exaltation de la Sainte Croix comporte deux parties que leur rubrique distingue (« De l’exaltation sainte croiz », f° 193 a, et « Dou crucefi don il issi aigue et sanc », f° 194 a). Rédigé par un seul copiste, sans doute originaire de Bourgogne (ou, moins vraisemblablement, de Lorraine), dans une écriture gothique livresque assez massive, ce volume renferme aussi un commentaire en français sur le Psaume 1 et le Roman de Barlaam et Josaphat (version I : dite « champenoise » ; J. Sonet, 1949). Vers le commencement du XVème siècle, une seconde main a ajouté sur les derniers feuillets quelques considérations sur la nature de Dieu et sur la légende d’Adam. Une table précise le contenu du recueil. Toutes les légendes sont introduites par une initiale ornée, de taille supérieure pour la première pièce. La vie de Marie-Madeleine est placée entre celles de Marguerite et de Marthe. P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acqu. fr. 23686), appelé « légendier de Saint-Pétersbourg » en raison de son précédent lieu de conservation, a été analysé par P. Meyer, qui le date de la seconde moitié du XIIIème siècle31. S’il remonte bien à 1250 environ, comme le pense D. Oltrogge32, nous avons affaire ici à un témoignage précieux pour la datation de notre traduction et pour ce qui touche sa diffusion, puisque la version de l’Adbreviatio à laquelle elle se réfère a été complétée entre 1234 et 1239, comme nous l’avons rappelé plus haut. P3 serait alors un exemplaire très précoce de son adaptation française, qu’il serait raisonnable de situer entre 1240 et 1250. La tonalité neutre de notre texte, dans lequel on ne relève que quelques traits wallons (ou picards-wallons) superficiels, est par ailleurs compatible avec la provenance soissonnaise que lui assigne D. Oltrogge. Contrairement à tous les autres manuscrits qui nous font connaître la traduction de Jean de Mailly, ce volume est richement décoré et des enluminures à quatre compartiments ou des initiales historiées, parfois les deux, en accompagnent les différentes entrées. L’illustration dont la légende de notre sainte est munie montre celle-ci portée par deux anges ; puis dressée, un livre dans la main, devant l’ermite ; agenouillée face à l’évêque dont elle reçoit une hostie ; enfin, couchée sur le sol, où elle est veillée par un prêtre à genoux près de sa tête, tandis que l’évêque se tient debout à ses pieds. Il totalise aujourd’hui 255 feuillets en parchemin (ca 335 x 235 mm ; 2 colonnes à 42 lignes), rédigés dans une écriture gothique livresque soignée. Les mutilations détail de la composition, nous renvoyons à l’article de P. Meyer (« Notice sur un légendier XIIIe siècle (...) ») déjà cité. 31   « Notice d’un légendier français conservé à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg », art. cit., p. 677. 32   D. Oltrogge, Die Illustrationszyklen zur « Histoire ancienne jusqu’à César » (1250-1400), Francfort, P. Lang, 1989 (Europäische Hochschulschriften. Reihe 28, Kunstgeschichte, Bd. 94), pp. 15 - 19 et notes. Nous remercions A. Stones pour cette information bibliographique.

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qu’il a subies lui ont cependant fait perdre une quarantaine de feuillets, si l’on se réfère à la numérotation établie par une main sans doute contemporaine de celle du scribe, et plusieurs miniatures ou lettres historiées ont été découpées. Les deux tables des légendes placées de part et d’autre du volume33 permettent de vérifier la composition originale du recueil, qui ne renferme plus que 113 pièces, parfois incomplètes34. P. Meyer divise celles-ci en six sections de provenances différentes : une trentaine de vies de saints (apôtres, puis martyrs et confesseurs) issues d’un légendier méthodique ; une cinquantaine de textes extraits de l’adaptation française de l’Adbreviatio (f° 126 - 155), de Thomas de Cantorbéry (30 décembre) à Germain d’Auxerre (31 juillet), retranscrites dans l’ordre de l’année liturgique35 ; 14 légendes de figures masculines, de la même appartenance que celles de la première série ; des Vies des Pères auxquelles est jointe la traduction du Voyage de saint Antonin ; une version en prose du Barlaam et Josaphat (version X : mise en prose de la version anonyme ; J. Sonet, 1949), enfin, quatre vies de saintes (Agathe, Lucie, Agnès, Félicité). L’histoire de Marie-Madeleine appartient au deuxième sous-ensemble et trouve sa place entre les légendes de Victor et de Marthe. Recueil factice, SG (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 587) est formé d’un légendier rédigé sans doute aux alentours de 1300 (f° 2a - 137 c) auquel trois éléments hétérogènes ont été joints : une vie de saint Géraud d’Aurillac, dont l’écriture est sensiblement plus récente ; trois pièces morales suivies d’un sermon d’Eudes de Cluny sur la fête de Géraud ; la version en prose de l’Image du monde de ­Gossuin de Metz, dont il fournit l’une des huit copies utilisées par O. Prior36. Chacun de ces ajouts est dû à une seule main, distincte des autres, et présente une allure soignée. L’ensemble réunit 191 feuillets de parchemin de ca 370 x 265 mm, dont la mise en page varie37. Le légendier proprement dit est disposé sur 2 colonnes à 52 lignes et copié au moyen d’une écriture gothique livresque. Selon la partie considérée, il présente une légère tonalité septentrionale (de discrets picardismes émaillent ainsi la vie de Marie-Madeleine) ou quelques traits de l’Est. La rubrique de la première pièce est suivie d’une grande lettre historiée sur 12 lignes, qui couvre environ les deux tiers de la colonne et dont les antennes, agrémentées de rinceaux et de quelques   Celle qui figure en tête date du XIVème siècle. La liste sur laquelle il se referme est un peu plus ancienne, mais sa fin est absente. 34   Pour le détail de la composition du manuscrit, nous renvoyons à l’article cité de P. Meyer, « Notice d’un légendier français conservé à la Bibliothèque impériale ». 35   Des feuillets manquent au début de cette partie. D’après les tables, elle commençait sans doute à saint Éloy. 36   L’image du monde de Maître Gossouin, rédaction en prose : texte du manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds français No 574, avec corrections d’après d’autres manuscrits, notes et introd. par O. H. Prior, Lausanne, Imprimeries Réunies, 1913. 37   De même que la taille des feuillets, dans la partie réservée aux trois écrits de résonance morale qui suivent la vie de saint Géraud d’Aurillac (365 x 250 mm, avec une certaine irrégularité dans la découpe). 33

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grotesques, se développent dans les marges. Pour les autres textes, une initiale ornée sur 4 lignes suit la rubrique38. Certaines nuances paléographiques et de type grapho-phonétique tendent à indiquer que deux, voire trois scribes se sont partagé la tâche39. P. Meyer, qui le décrit brièvement dans son article consacré à P3 (art. cit., Appendice, pp. 717 - 721), regroupe ses 171 entrées en deux ensembles d’origine distincte. Si son assertion que le premier est « un recueil de douze légendes qui présente (...) quelques rapports avec l’une des parties du manuscrit de Saint-Pétersbourg » mérite d’être nuancée40, les f° 32 a à 137 c renferment bien la copie complète du légendier classé selon l’ordre de l’année liturgique. Elle se distingue toutefois de P2 par la place qu’y occupe la vie de saint Remi (au 13 janvier, et non à la date de sa translation, f° 49 a) et par l’ordre de l’Annonciation de Notre Dame (66 b) et des récits consacrés à Ambroise (67 a) et à Marie l’Égyptienne (67 c). En outre, les vies d’Adrien et de Cécile sont pourvues de deux entrées distinctes (Adrien et Nathalie, f° 115 d et 116 c ; Cécile et Tiburce et Valérien, f° 134 d et 135 a). Douze légendes, dont six figurent dans la première section du volume, ne sont pas reprises dans l’adaptation de l’Adbreviatio41. La vie de Marie-Madeleine apparaît entre celles de Victor et de Jacques le Majeur. Choix du manuscrit de base et observations lexicales Philologiquement parlant, l’importance, même relative, de cette tradition manuscrite nous confronte à un choix plus circonstancié que pour beaucoup d’autres pièces de notre dossier. Certaines des huit copies que nous venons de décrire ne résistent toutefois pas longtemps à l’examen. Ly en représente l’élément le plus indépendant et le plus fortement remanié (il omet en particulier le miracle de Barlete et celui du chevalier ressuscité). Au point de vue textuel, cet exemplaire rejoint souvent le couple évident que forment P1 et P3, ou l’une de ces deux copies, ainsi par exemple lignes 12, 48, 55 ou 60 (P1 P3), ou 38 - 40 (P1), parmi bien d’autres cas. Par ailleurs, les variantes de Ly ou celles

  Le style des ornementations dont la vie de saint Géraud est munie (initiale ornée pourvue d’antennes, puis miniature sur environ trois quarts de la colonne et 14 lignes) se distingue de celle du légendier. Il en va de même pour les deux autres sections qui complètent le volume (une initiale ornée marque chaque subdivision). 39   Les démarcations que l’on peut établir (folios 2 - 113 v° et 122 r° - 137 v° ; folios 114 r° - 121 v°) coïncident avec un changement de cahier et la présence d’une réclame. Avant la première transition, on relève plusieurs adjonctions marginales, en conséquence probable d’une révision, au moins partielle. L’encre qui a servi à ces annotations est de la même apparence que celle du texte, mais il est difficile de dire si elles ont été exécutées par le scribe lui-même ou par un autre intervenant. 40   Nativité du Christ, Épiphanie, Évangile de Nicodème (version courte, B, éd. A. F. Ford, 1973), ainsi que les vies de Marthe, Cucufat, Mammes, Agapite, Marguerite, Apollinaire, Gervais et Protais, Étienne pape et Georges. Cinq légendes figurent aussi dans P3. 41   Nativité du Christ, Purification de Notre Dame, ainsi que les vies de Georges, Gervais et Prothais, Érasme, Marguerite, Marthe, Apollinaire, Étienne pape, Agapite, Timothée et Euphémie. 38

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de P1 P3, ou encore celles que ces trois retranscriptions partagent ne se recommandent guère par leur qualité. A et E s’écartent aussi de la tradition dans un certain nombre de passages (E surtout), et la langue du premier présente certains signes de rajeunissement dus à l’époque tardive de sa transcription. Au nombre des trois exemplaires qui pourraient fournir le modèle de notre édition, SG est le moins susceptible de l’emporter. Il s’agit certes d’un assez bon témoin de notre légende, mais il résulte d’un archétype peu satisfaisant dans l’ensemble, ou son copiste manquait singulièrement de vigilance. Sur le plan linguistique, P2 se rapproche beaucoup de Li, qui paraît souvent aller de pair avec lui sans pour autant avoir toutes les qualités requises pour nous servir de support. Li comporte en effet beaucoup plus de variantes isolées et est par exemple le seul à se démarquer aussi fortement à la l. 19, ou à commettre les mélectures que l’on observe aux l. 43, 75 et 136, etc. Li a aussi l’inconvénient relatif d’être un manuscrit tardif par rapport aux autres spécimens de la tradition. P2 représente à coup sûr le meilleur choix que nous puissions faire pour rendre compte de notre adaptation. La copie qu’il nous en a fait parvenir est stable, elle ne comporte que très peu de lectiones singulares et de fautes, indépendantes ou partagées. Précise sur les noms propres, elle conserve en outre deux termes intéressants en tant que tels et, dans un cas au moins, au point de vue éditorial, même si leur analyse ne débouche sur aucune conclusion précise pour ce qui touche la provenance ou la date de notre traduction. Diminutif de pierre, pierrusoille (l. 152) a en effet des chances de remonter à la version primitive de notre légende. Toutefois, P2 ne partage cette leçon qu’avec Li et Ly, ce qui ne permet guère de faire la preuve de son originalité42. Ce substantif, qui ne semble pas figurer dans les dictionnaires, peut résulter d’un type de dérivation attesté en ancien français, bien qu’il demeure assez rare43. Il est plus difficile de savoir si l’adverbe qui intervient à la l. 20 est le même dans tous les manuscrits (sauf Li, dont nous venons de voir que la leçon est remaniée). En effet, prophetaublemant n’est peut-être qu’une forme de surface de profitablement44, mais il peut aussi constituer une variante autonome de celle qui réunit SG P3 (A E P1), sémantiquement intéressante et susceptible de se rattacher

  Face au latin « et statim uidit puerum cum lapillis ludentem » (§ 68), les variantes de P1 (P3) / E (perretes, perrates) ou de A SG sont admissibles, mais elles sont lexicalement plus pauvres et pierres (A SG) est moins fidèle au texte original. Si elle en reste proche, il est cependant vrai que notre traduction ne témoigne pas d’une recherche particulière au point de vue stylistique et linguistique, comme nous l’avons fait observer. 43   Cf. par exemple coutisele, goupisele, pelosele, tignosele. 44  On connaît au moins une attestation, lorraine, de profeitaule, proche de la graphie présente dans notre version. 42

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à un thème lexical peu développé45. Les sources latines plaideraient davantage en faveur d’« avantageusement », même si le rapprochement n’est pas assuré46. Sinon, le texte manque singulièrement de reliefs linguistiques. Le lexique qu’il met à notre portée est anodin. Comme nous l’avons vu plus haut, sa diffusion est le seul élément qui nous permette de situer l’entreprise autour de 1240 - 1250, peu après la rédaction de la seconde version de l’Adbreviatio de Jean de Mailly. Plan de l’édition Exemplaire de référence  : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 988, f° 125 c - 128 c (P2) Exemplaires de comparaison : A : Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3706, f° 141 r° - 151 v° E : Épinal, Bibliothèque municipale, 76 (9A), f° 60 b - 61 d Li : Lille, Bibliothèque municipale, Rig. 451 (202), 139 v° - 143 r° Ly : Lyon, Bibliothèque municipale, 867 (772), f° 53 c - 56 b P1 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 423, f° 32 a - 33 b P3 : Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acqu. fr. 23686, f° 147 c - 149 b SG : Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 587, f° 85 c - 87 a

45   Celui-ci n’a guère produit que quelques dérivés anciens, notamment l’adjectif prophetal, « relatif aux prophéties bibliques », à la fin du XIIème ou au début du XIIIème siècle (attestation isolée pour le moyen âge, latin prophetalis ; cp. le moyen français prophecial, latin prophetialis, un peu plus courant et sans doute plus tardif). 46   Le traducteur coordonne ici deux termes dont le premier, debonnairemant, répond bien au latin benigne (« illum benigne redarguit », § 8). Les rapports avec le second sont moins évidents, surtout si l’on admet la variante de P2 (« généreusement », « de manière bénéfique », pour profitablement, conviendrait mieux sans pour autant être certain).

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[125 c] De sainte Marie Magdalene

Sainte Marie fui appellee Magdalene pour .j. chastel don ele fui qui avoit nom

Magdalés qui est a .ij. leues d’un flueve qui estoit appelez Genesareth. Ele fu molt gentis et molt riche et molt bele, ne n’ot pas mari; et pour la grant habundance des biens temporex qu’ele ot ou ele trop se delita et trop amprit, et pour sa biaté, ele mit [si] son corps a pechié qu’ele n’estoit plus apelee Marie mas poicherasse. Quant li Fiz Deu fui venuz an terre pour les siens delivrer des mains es annemis, celle qui sa vie ot recordee qui trop estoit deshoneste, cui Nostres Sires ot de son Saint Espir ambrasee, vint an la maison Symont le Pharisee ou Nostres Sires estoit a hostel; et pour ce qu’ele estoit pecheresse ne s’osa ambatre antre les justes. Ele s’abaissa humilemant de darriers Nostre Seignor a ses piez, et pour la tres grant angoisse qu’ele ot [125 d] an son cuer de la vie qu’ele ot menee, ele plora tant qu’ele Li lava ses piez des larmes de ses euz et les baisa sovantes fois, et les essua des chevox de son chief et les oint de molt precious oingemant; et an tel meniere il furent et oint et baingnié, car il usoient a ce temps et de bains et d’oignemans pour la grant chalor de la terre. Quant Symons li Pharisees vit que Nostres Sires soffroit

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Exemplaire de référence : 3. flueve : les deux dernières lettres du mot ont été ajoutées au-dessus de la ligne (l’encre diffère de celle employée par le scribe). – 6. ele mit son corps. Correction d’après SG (P1 (P3) / A / Ly). – 7. pour pour les siens del. – 13. qu’ele li lava ses piez : cette leçon résulte d’un ajout, dont l’encre diffère de celle utilisée par le copiste (le texte original est que lava ses piez). – 13. des larmes : la marque d’accord de l’article, omise en un premier temps, a été ajoutée au-dessus de la ligne. Variantes : 1. La vie (de Li) s. M. Magdalene SG (A Li P1 P3) Chi conmence la vie M. Magdalainne ensi con nostres sires s’aparut a li Ly. – 2. don ele fui] omis dans Ly. – 2 - 3. qui estoit Magdalas E ki estoit apelés M. Ly. – 3. a .ij. lieues pres Ly. – 3. dou fluve E Li (A P1). – 3. qui estoit app.] qui est ap. P1 P3 (Ly; dans E, une réparation du support entrave la lecture de ce passage) qui estoit Li. – 3 - 4. Ele fu (...) bele] elle fu moult gentilz et moult riche et moult noble SG ele fu molt gentis et molt bele E ele fu mout bele et mout rice Ly. – 4. et n’ot pas mari Li Ly P1 P3 et ne voult pas mari pour la grant hab. SG. – 5. de biens Li. – 5. temporaux P1. – 5. que elle avoit SG. – 5. delite P1. – 5. et sa biauté Ly. – 6. ele mit (...)] elle mist si son cors SG mit elle si son cors P1 (P3) elle mist ainsi son c. A et son cors mist ele si Ly. – 6. em pechié. E. – 6. qu’ele n’est. (...) poich.] qu’ele n’estoit puis app. (...) E (lecture incertaine) qu’elle n’estoit pas ap. (...) SG k’ele n’estoit mais ap. fors ke peceresse Ly. – 6. mas] ainz Li. – 7. as anemis Ly SG (A P3) a enemis P1. – 8. pecheresse et desh. E. – 8. dou s. esperit Li (esperit bissé dans P1). – 9. enbrassee A esbrasee P1. – 9. a la maison. E. – 10. a hostel] a l’ostel SG omis dans Ly. – 10. estoit] omis dans A. – 10. ne s’osa] ne ne s’osa A Li ne s’osa elle P1 (Ly P3). – 10. embatrai E. – 11. se baissa Li SG. – 11. et] omis dans E. – 11. la grant ang. SG. – 12. a son cuer Li Ly P1 P3. – 12. qu’elle avoit m. SG. – 13. qu’elle lava Li SG (A E Ly P1 P3). – 13. ses piez (...) et les essua] ses pechiez (...) P3 ses piez de ses l. et les b. (...) E (...) et baissa (baisa P3) sov. fois les piez nostre seignur (...) P1 (P3) les piés nostre signeur de ses lermes et puis les essuia Ly. – 14. de ses chevex SG (A P1). – 14. et les oint] omise dans Li, la forme verbale a été ajoutée au-dessus de la ligne et dans la marge (la graphie de celle qui a été incorporée dans le texte n’est pas sûre et l’apparence de cette correction ne permet pas non plus de l’attribuer avec certitude au copiste). – 14. oingnemens A. – 15. il f. oing et baignié Li il fu baingniés et oins Ly. – 15. il usoient] il li sorent P1. – 15. en cel t. SG a cel t. Li (E Ly P3) a cels tens P1 a cest t. A. – 15. et de bains] et de bains A Li Ly de baing E de bains SG. – 15. et d’oignement P1. – 16 - 17. soufroit çou ke la feme soit delés lui Ly.

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celle femme delez Lui, il dit an son cuer : « Se cist fust prophetes, il seust veraiemant quele femme ce est que a ses piez est. » Et Nostres Sires, qui plus aimme .j. pescheor ploin d’umilité c’un juste ploin d’orguil, reprit debonnairemant et prophetaublemant le Pharisee et a la femme pardonna touz ses pechiez, car ele Li demostra plus grant samblance d’amor, et ala aprés Lui et Li amenistroit ce que mestiers Li estoit; et cum Il fust par sovantes fois chiez sa serour Marthe a ostel, Il li demostra et fist si grant grace qu’Il resuscita son frere qui estoit appelez Lazeres. Et quant Nostres Sires vint am Bethanie la vigile de la Pasque florie, Il fu a ostel chiez Symont le Lieprouz ou li freres la Magdalene, qui [126 a] avoit esté resuscitez, estoit antre plusors juex qui assamblé i estoient, qui lour conta les lieus des poinnes d’enfer et ou cil estoient qui lai s’an aloient, et pour ces paroles, plusor creoient an Nostre Seignor. Et Marthe aministroit Nostre Seignor et servoit an la maison Symont ansint cum ele soloit faire an son ostel quant Il i estoit : la Magdalene, qui esprise fu de l’amor de Deu, prit une livre de molt precious oignemant et vint es piez Nostre Seignor, et Li lava de ses larmes et essua de ses chevox ansint cum ele avoit autre fois fait, et les oint de l’oignemant et le remenant Li geta sor le chief, et la maisons fu raamplie de l’odour de l’oignemant. Quant Judas li traitres vit ce, il [an ot] grant despit et prit a murmurier et les autres a esmovoir, qui dist : « Mieuz vassit que cist oignemenz, qui bien valoit .ccc. deniers, fust vanduz et

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25. ou li freres, bissé et tracé au moyen d’une encre distincte de celle employée par le scribe. – 34. il avoit grant despit. Le recours à l’imparfait, peu satisfaisant ici, résulte sans doute d’une mélecture de la leçon partagée par Ly SG P3 (E / P1 / A). 17. cielz Li sil SG. – 18. que femme A. – 18. ce est que a ses piez est] ce est qui est a ses piez P1 P3 c’est a ses piés Li. – 19. .j. p. (...)] pecheor E (Ly P3) pechaouros plains d’um. P1. – 19. que juste A que .iiij. justes P1. – 19. et proph.] et profitablement SG P3 (A E P1) pourfitaulement Ly et paisiblement Li. – 20. pardona debonairement ses p. E. – 21. mostra E (A Ly). – 21. plus grant] grant E. – 21. samblant E Li (SG). – 21. et li amenistra SG et il li amonnestoit Ly. – 21. tout ce que mest. Li. – 22. com il fu E P3. – 22. par sov. fois (...) a ostel] par (omis dans A) sov. foiz a otel chiez M. sa s. Li (A SG) a ostel par sov. foiz chiés M. sa seror E par soventes (souvente P3) foiz chiez Marte sa serur P1 (Ly P3). – 23. et il li demonstra Li et ly demonstra A. – 23. Lazdres Li (A Ly SG P1 P3). – 24. sires] omis et ajouté dans la marge, Li. – 24. de Pache Fl. P1 de Pasques Flouries Ly. – 25. a l’ostel Ly P1 P3. – 25. ciés la maison Simon Ly. – 25 - 26. la Magd. (...) juex] (...) qui avoit sucités (...) A la Magdeloinne avoit estez resuccitez entre pl. juis E la Magd. estoit qui avoit estoit estey res. entre plusours guys Li. – 26. qui ensembles est. A. – 26. les liens E (lecture rendue incertaine par une déchirure du support). – 27. s’an al.] estoient P1 P3. – 27. par ces parolles P1. – 28. crurent A E Li P1 P3. – 28. a n. signeur SG. – 28. amen. (amonnestoit Ly) et serv. n. seignour Li (A E Ly SG P1 P3). – 29. an la maison S.] omis dans Ly. – 29. ansint cum ele soloit f.] ensi qu’ele soloit f. Ly ensint com f. soloit A ainsi come elle soloit SG. – 29. il i estoit] il li estoit SG ele i estoit Ly P3 elle estoit P1. – 30. esprise estoit E enprise fut P1. – 30. de pr. oignement Li (A SG P1) de pr. oignemanz E (P3). – 31 - 32. et vint (...) et les oint de l’oign.] omis dans Ly. – 31. aus piez Li P1 P3 (A SG). – 31. et li lava les piez Li. – 31. et essua e ses chevoz E. – 31. aussi com P3 (P1). – 32. elle avoit (...) fait] (...) autres foiz (...) Li elle avoit fait autre fois P1 (P3) ele avoit acostumé E. – 32. le remanant jeta Ly. – 33. sus le chief SG sur le chief A desour son cief Ly. – 33. de odor E. Le parchemin semble avoir été gratté sous le deuxième mot (un signe placé dans la marge vis-à-vis de cette ligne suggère d’ailleurs une intervention). – 33. de l’oign.] omis dans SG. – 34. il ot grant d. Li il en ot grant d. Ly SG P3 (E) si en ot grant d. P1 il en ost d. A. – 34. a murer Ly. – 34. qui dit que Li (A SG) et dit que E P3 (Ly P1). – 35. myeulx vousist A miuz li vousist P1. – 35. cil oingnemenz E cilz oignemens Li cilz oignement A.

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donnez es povres que despanduz an tel meniere. » Ce ne dit il pas por volunté qu’il eust de faire aumosne, mas por ce qu’il estoit lerres et portoit la bourse ou les aumosnes estoient mises qui es povres estoient departies; [126 b] et por ce qu’il estoit chambellans Nostre Seignor (et la costume estoit tele que li chambellans avoit la disme partie de ce qu’il gardoit pour les povres), il li fu avis que des .ccc. deniers que li oignemanz valoit, qu’il an avoit .xxx. perduz qui li afferoient a sa partie, dont il prenoit le desaimme qu’il denoit a sa feme et a ses anfans, et por cele [perde] qu’il ot faite, il se pansa qu’il la recovreroit bien, car il vandroit Nostre Seignor .xxx. deniers et an tel meniere avroit sa perde recovree. Quant Nostres Sires vit que Judas estoit troblés pour les deniers de l’oingnemant qu’il n’avoit pas, Il le reprit molt doucemant et loa molt ce que la Magdalene avoit fait. Aprés ce que Nostres Sires fui mis an croiz, quant tut li deciple s’an fuirent, ele ne s’an fui pas ne departi de ci atant que Nostres Sires fu mis ou sepulchre; et quant ce vint la nuit, ele aperilla oingnemanz et vint le dyemoinche matin au sepulchre, et quant ele ne trova pas Nostre Seignor, ele cuida c’on L’eust osté et le nonça es apostres. Lors sainz Pierres et sainz Jehanz Euvangelistres correrent isnelemant au sepulchre ne ne [126 c] troverent pas Nostre Seignour, et crurent ce que la Magdalene lour ot dit et noncié et s’an departirent; et la dame demora qui molt duremant ploroit Nostre Seignour qu’ele ne trovoit pas. Quant ele ploroit an tel meniere, uns

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43. por cele partie. Correction d’après SG (A E Ly P3 / P1) et l. 44. 36. aus p. Li SG P3 (A Ly P1). – 36. pas] mie P1 P3. – 36. par vol. qu’il eust P1 por ce qu’il eust volonté E. – 37. de faire aum.] E d’aum. faire Li P3 (A E SG P1) d’aum. Ly. – 37 - 38. mas por ce (...) departies] et nekedent si estoit il cambrelens dieu et devisoit et faisoit faire les aumosnes ki estoient donees as p. Ly. – 37. et portoit] bissé dans P1. – 37. la bourse] la boise (pour la boiste ?) Li. – 37 - 38. ou les aum. (...) departies] (...) aus p. (...) Li P3 (A P1) ou les aum. est. mi parties E ou les aum. est. departies SG. – 38 - 40. et por ce (...) avoit la disme p.] (...) a n. seigneur (...) A (...) la diseime p. (...) Li (SG P3) et par ce qu’il estoit chambarlens avoit la dissime p. P1 et pour çou k’il estoit cambrelens avoit il la disme p. Ly. – 40. qu’il gardoit] qu’il avoit P3 quis avoit P1 qu’il avoient SG k’on li donnoit Ly. – 40. il li fu avis] si li fu avis P3 (Ly P1). – 40. que de .ccc. deniers P1 SG. – 41. que li oign. valoit (...) perduz] que de .ccc. d. perdus SG. – 41. qu’il] il A E Li. – 41. perdus .xxx. Ly. – 41. qui aferoient A E Li SG P1 P3 (Ly). – 42. la disme Ly SG le disme E. – 43. pour ceste partie Li pour celle perte SG (A E Ly P3) par celle perte P1. – 43. qu’il avoit f. SG. – 43. il s’apensa SG. – 43. qu’il racovreroit. E. – 43. moult bien Ly. – 44. raveroit Ly. – 44. sa partie recovreie Li (P1). Le scribe de Ly fait intervenir un nouveau paragraphe à la suite de cette phrase. – 45. sires] omis dans Li. – 45. fu troblez E. – 45. qu’il n’avoit pris E. – 46. loa molt la Magdeloine et ce qu’ele ot fait E. – 47. en la croiz Li. – 47. quant] que SG. – 47. tut li dec.] tuit si disiple P1 (P3) si desc. Ly. – 47. s’an fuirent] s’am furent alé E furent alei Li. – 48. ne ne se departit Li (SG) ne ne s’an dep. E (A Ly P3) ne n’en s’en parti pas P1. – 48. de ci atant] jusqu’a tant P1 P3 (Ly). – 48. au sepulcre A SG (E). – 48. n. sireres E. – 48. ou sep.] omis dans E. – 49. a la nuit E. – 49. oignemant E (SG) l’oignement P1 P3 de l’oingnement Ly. – 49. vient la P1 vint la Ly P3. – 49. au matin Ly. – 49. au sep.] a sepulcre E omis dans Ly. – 50. ele ne tr. n. s. E (Ly). – 50. que l’on l’eust osté A P1 (P3). – 50. l’anonça E. – 50. aus ap. Li P3 (A E Ly SG P1). Le scribe de Ly fait intervenir un nouveau paragraphe à la suite de cette phrase. – 51. l’euvangelistre SG ly evangeliste A (Ly P1 P3). – 52. ne ne trov.] et n’i trouv. SG ne troveront P1. – 52. le cors n. seignour Li (A E SG). – 53. lour ot nuncié Li (A E Ly SG P1 P3). – 53. et s’an dep.] et s’en partirent SG omis dans Ly. – 53. dame] Magdalainne Ly. – 54. plaignoit et ploroit P1. – 54. pour n. seignour Li (A E Ly SG P3). – 54. trouva A Ly (P1). – 54. queque elle pl. Li (E Ly SG P1 P3) que elle pl. A. – 54. an tel men.] omis dans Ly.

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anges s’aparut a li qui li dit que Nostres Sires estoit resuscitez, mas cele ne fui pas pour ce bien apaisie, car sa voluntez n’estoit se de veoir non celui cui ele amoit, et li avint si bien que pour le tres grant dessierrier qu’ele ot de Lui veoir, ele fu digne de Lui veoir et Le vit devant touz les autres. Andemantiers qu’ele estoit an tel ardour de veoir Nostre Seignour qu’ele ne vouloit nul confort recevoir, ja soit ce que dui ange s’assisent, li .j. es piez et li autres au chief lai ou li corps Jhesucriz avoit esté mis, qui li eussent dit qu’Il estoit resuscitez, ele se torna d’une part et vit Nostre Seignor, mas ele nou quenut pas, ainz cuda que ce fust .j. curtilier et dit a lui : « Sire, se tu L’es osté, di moi ou tu L’es mis et je L’am osterai. » Ele amoit de si grant amor Nostre Seignor qu’ele cudoit bien, s’ele poïst son corps trover, an cui oindre on avoit mis .c. livres de mirre et despandu, lever et porter toute soule; et Nostre Sires, [126 d] qui ot pidié de son traval, l’apela par son non pour ce qu’ele Le requeneut au parler, celui qu’ele ne pooit reconoistre au resgarder. Quant ele L’ot queneu, Il l’anvoia es apostres et li commanda qu’ele lour deist qu’Il estoit resuscitez. La Magdalene fui avec [la mere] Nostre Seignor et avec les apostres .xiij. anz aprés ce que Nostres Sires ot receue mort, ce fu de ci atant que li deciple issirent de Jherusalem et laisserent les juex, et alerent par le païs preesch[ier] et convertir les mescreans. Lors li Magdalene vint avec saint Maximien a Marsoille

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67. celui qu’ele qu’ele ne pooit rec., second qu’ele tracé. – 69. La Magd. fui avec n. s. Correction d’après SG (A P1 P3). – 70. .xiij. anz aprés aprés, premier des deux adverbes tracé. – 71. preeschant. Correction d’après E (A Ly SG P3). 55. uns anges nostron seignur P1 (P3). – 55. qui li dit : « Nostres sires est resucitez » P1 (P3) ki li dist : « Jhesu Cris est resuscités » Ly. – 55. cele] omis dans SG. – 56. n’estoit se de veoir celui P1 n’estoit que de veoir celui SG. – 57. et si luy avint si bien A et il li avint si tres bien E SG. – 57. que pour le tres grant dess.] que pour le tresgrant desir A (desseir Li) ke (omis dans E) pour le grant desirier Ly (E) que pour le grant desirrer SG que par (ajouté au-dessus de la ligne) tres grant dessirrer P1. – 57. qu’ele avoit E P1 P3 (A Ly). – 58. de lui veoir et le vit] de lui veoir elle fu si d. (...) SG pour ly veoir et le vit A de lui veoir ele le vaut veoir Ly. – 58. devant les autres SG. – 59. vouloit] pooit Ly. – 59. et ja SG. – 60. dui ange s’ass.] .ij. anges seissent Li (A Ly SG P1 P3) li ange fussent E. – 60. li uns aus piez (...) Li SG (li .j.] omis dans A) li uns au chief et li autres as piez P1 (Ly P3). – 60. Jh.] sains Ly. – 61. qu’il ly eussent dist A qui l’avoient dit SG. – 61. k’il eust esté resuscités Ly. – 61. torne P1. – 62. elle ne la cogneust pas A elle ne congnut pas et cuida SG ele ne le quida pas Ly. – 62. ungs cordellier (!) A. – 62. et li dit P3 (Ly) et sy dist P1. – 63. di le moy Li di le moi et di moi ou tu l’as mis E. – 64. ke se ele peust Ly s’ele pooit E P1. – 64 - 65. an cui oindre (...) soule] pour oindre ele i vaurroit bien metre cent livres de mire car ele avoit en l’amour de Lui despendu et cuer et cors et bien li sambloit se le trouvast qu’ele le peust porter toute seule Ly. – 64. a cui oindre SG. – 65. on avoit mis (...) et desp.] on avoit .c. livres de m. despanduy Li (SG) on avoit bien .c. livres de mire despendu P1 P3 elle avoit .c. livres de mirre despendu A ale avoit despendu .c. livres de mierre E. – 65. lever et porter toute s.] lever et porter et lever tote s. E lever toute seule SG. – 66. de son tr.] de son travail et qui savoit le desirier de li Ly. – 66. por son non P1. – 66 - 67. pour ce qu’elle requeneust Li (SG) por (par P1) ce qu’ele le coneust E (A Ly P1 P3). – 67. em parler E. – 67. porroit E. – 67. connoistre Ly (E). – 67. au regar E au parler A. – 68. queneu] veu E. – 68. aus ap. Li (A Ly SG P1 P3). – 68 - 69. et li comm. (...) avec les ap.] omis dans Ly. – 68. et comandai E. – 68. que lor deist P3. – 69. avecques la mere n. signeur SG (A P1 P3). – 70. .xxiij. anz P1. – 70. ce fu (...)] fu de ci atant (...) SG; (et Ly) ce fu jusqu’a (jusque P1) tant P3 (Ly P1) E, qui ajoute que li deu atant (tracé à l’encre rouge). – 71. les juex] le fui (lecture incertaine), exponctué et remplacé par les jues dans E les uns (?) P1. – 71. par le païs] par les païs A (corrigé en par le païs) P1 pour le païz Li omis dans SG. – 71. preeschier E (A Ly SG P3). – 72. convertirent E. – 72. lors vint la Magdalainne Ly. – 72. s. Max.] s. Maximin A (P1 P3) s. Maxiemin E s. Maxime SG Maximien Ly. – 72. en Mars. E en Amarseille Ly.

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(cil sainz estoit uns des .lxxij. deciples Nostre Seignor), et des lai vindrent an la 73 cité d’Aquense et convertirent plusors genz par lor predication et par [les] miracle[s] 74 qu’il façoient; et cil de la cité firent evesque saint Maximien. 75 Commant li ange l’amportoient an l’air

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Aprés ces choses, la Magdalene qui tot son cuer dessierroit a metre en amer, en servir et an proier Nostre Seignor, ala en une roiche qui pres est de Marsoille a .vj. leues ou ele mena sainte vie et honeste .xxxij. anz touz ploins qu’ele ne mainja ne n’i but riens se ce non que Nostres Sires li amenistroit, ne nuns hons mortelx ne l’i sot; et chacun jour [127 a] tant cum ele fui la, li ange Nostre Seinour la portoient an l’air por .vij. foïes, et quant ele avoit Nostre Seignour lo[é] avec les anges et ele estoit saolee de Deu loer, li ange la raportoient au leu ou il l’avoient prise.

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Commant la Magdalene morut

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Cum li crestien qui lors estoient eussent acostumé a faire .iij. quarantainnes qui

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l’an sunt, une qui est devant la Pasque, l’autre qui est aprés la Penthecoste et l’autre qui est devant Noël, uns abés qui estoit d’une abbaïe pres de la roiche ou la Magdalene demoroit a .xij. leues laissoit par ces .iij. quarantainnes ses moinnes et aloit toz sous par les bois d’antor s’abaïe, et fasoit la peneance en orisons et en jeunes.

74. et par lour miracle qu’il faç. Tous les autres manuscrits mettent ce complément au pluriel, ce qui est plus naturel, et E Li SG P1 P3 le déterminent au moyen d’un article défini, plus approprié lui aussi. – 78. a .vj. leues : le j est d’une encre beaucoup plus foncée; selon toute vraisemblance, il a été ajouté après coup. – 82. loa. Correction d’après E Li Ly SG P1 P3. – 86. qui l’an sunt : le l a été ajouté au-dessus de la ligne. 73. cist s. E cil sains Maximiens Ly. – 73. uns] li uns Li omis dans E. – 73. des desciples SG. – 73. de lai Li (A Ly SG P1). – 73. de la cité P1 P3. – 74. d’Aqu.] de Quense P1 omis dans SG. – 74. et conmencierent a convertir Ly. – 74. par lour miracles Ly (A) par les miracles E Li SG P1 P3. – 75. et] omis dans SG. – 75. firent ev.] furent avec Li. – 75. s. Maximin A Li P1 P3 s. Maxime SG. – 76. l’en porterent A la porterent E SG; rubrique omise dans Ly P1 P3. – 77. qui de tot son cuer E qui ot tout son cuer SG. – 77 - 78. en amer (...) n. s.] a amer (en amer P1 P3) n. signeur et en s. et en proier Ly P1 P3 (et en plorer P1); en amer n. signeur et prier SG et a amer n. s. E. – 78. ala] et la E. – 78. en une roche E SG. – 78. qui pres est de M.] qui est pres (...) SG qui pres de M. estoit P1 P3 (Ly). – 78. a .xiiij. lieues Li Ly (A E SG) a .xxiij. liues P1 P3. – 79. .xxv. anz P1 P3 (Ly). – 79. ne m. ne n’i but riens] n’i manja Li (A P1 P3) ne ne but riens nulle Li P1 (A E SG P3) ne but ne ne menga nule riens Ly. – 80. sires] omis et ajouté au-dessus de la ligne dans Li. – 80. amenistra Li (A E P1 P3) amonnestoit Ly. – 81. ne le sot SG. – 81 - 83. li ange n. s. (...) prise] ly ange seigneur la portoient au lieu ou il l’av. prise A. – 81. li anges seignor l’i aportoit E. – 82. en air Ly. – 82. par .vij. foiz E Li SG P1 P3 (Ly). – 82. loé E Li Ly SG P1 P3. – 82. avec les anges] omis dans E. – 83. et ele estoit (...) loer] elle estoit saolle de deu loer P1 et s’an estoit s. E. – 83. reportoient Ly P1 P3. – 83. u lieu la Ly. – 84. Comment elle moruit Li (E) Coment son cors fu portez a Verdelay SG (dont les trois titres suivants sont également décalés par rapport au récit); rubrique omise dans Ly P1 P3. – 85. Cum] tout Ly. – 85. lors] la P1. – 85. avoient ac. P1 P3 (Ly). – 86. qui en l’an sont A Li SG P1 P3 (E Ly). – 86. devant Pasques E. – 86. l’autre] autre E. – 86. et l’autre] l’autre E Ly. – 87. d’une abb.] pres d’une abeïe P3 d’une abeïe ki estoit Ly. – 87. ou] a E. – 88. demoroit] estoit SG estoit demouroit Ly. – 88. laissoit par ces .iij. qu.] laissoit par .iij. quarantenes E de ces .iij. qu. preechoit Ly. – 88. ses m.] semaines (?) P1. – 89. par le bois P1 pour le bois SG. – 89. l’abbeÿe A. – 89. sa peneance Ly P3 (E) la penetance Li sa penitance P1 a penitance A. – 89. ou en geunes P3.

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Antre ces choses, il se departi de s’abbaïe an la quarantainne aprés Penthecoste et vint en .j. bois lés une fontenele, et fit une cele a .xij. lieues de la roiche a la Magdalene. Queque il estoit lai et ce vint a lundi de la darrere semainne et il resgardoit celle part, atant ez vous les anges Nostre Seignor qui pristrent la Magdalene et l’amporterent an l’air, et quant il orent esté par l’espace d’une hore, il la reporterent an son leu; et cum il an fut loint ne n’i poït auler ne savoir que ce estoit, il fit s’orison a [127 b] Nostre Seignour, et maintenant qu’il ot faite s’orison, il aprochai tant de la roiche ou la sainte estoit que il la [con]jura par .iij. fois qu’ele li deist son non et la verité qui ele estoit. Lors la sainte qui dedanz la roiche estoit li dit : « Je sui Marie Magdalene que Lux Euvangelistres appella pecheresse an l’Avangile ». Et quant ele li ot dit commant ele ot lai demoré si longuemant, ele li dit et commanda, ja soit ce qu’il ne la veist pas, qu’il a saint Maximin l’evesque alest et li recontest ce qu’il avoit veu et oï, et qu’il li deit qu’il alest touz souz an s’eglise a hore de matines le primier dyemoinche qui vanroit aprés ce qu’ele parloit a lui, car il la troveroit lai antre les anges Nostre Seignor qui l’i avroient portee. Quant ele ot ce dit, li abbés s’an departi et vint isnelemant a l’evesque et li dit ce que la Magdalene li ot commandé. Li evesques s’an mervoilla molt et an ot grant joie, et atandi an grant devotion et an grant dessierrier le jour; et quant ce vint a l’ore qui mise i fu, il antra an l’eglise et vit la Magdalene an l’air .ij. coutes en haut antre .ij. anges, et

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90. Antre ces choses : le r du premier mot a été ajouté au-dessus de la ligne. – 94. reporterent : le t de la désinence, omis, a été ajouté au-dessus de la ligne. – 97. que il la jura par .iij. fois. la jura, que le copiste segmente clairement, n’est guère plausible et, bien que l’ajura corresponde au texte latin (et tertio adiurauit illam mulierem, cf. § 45 et manuscrit A), la date du texte et de notre exemplaire de référence rend cette leçon suspecte. Correction d’après SG P1 P3 (Ly). – 108. Le scribe ne semble pas avoir saisi le mot coutes, auquel il joint une abréviation incompréhensible (cout7es). Comparer Li (E Ly P1 P3 / A). 90. il se dep.] il se parti E avint qu’il se dep. SG. – 90. aprés la P. Li. – 91. en un bois pres d’une fontaine SG. – 91. a .ij. liues Ly. – 91. pres de la roche A SG P1 P3 (Ly). – 92. Queque] et que ke Ly que E. – 92. et ce vint] il s’en vint SG. – 92. au lundi A Li Ly SG P1 P3 a lundi matin E. – 92. darrere] derriene E. – 92. et il resg.] et omis dans SG. – 93. qu’il pr. Li. – 94. et la porterent A E Li SG. – 94. et quant il eurent (il l’orent Ly) porteie Li (Ly). – 94. d’une semaine, corrigé en d’une heure dans SG. – 94. il la porterent Ly SG. – 95. a son lieu A Li. – 95. fust A E Li SG . – 95. ne n’i poït auler] et n’i poïst aler E SG il n’i pot aller P1 (Ly P3). – 95. ne ne savoit Ly. – 95. ce que estoit E. – 96. et maint. (...) s’or.] et maint. qu’il l’ot f. s’oreison P1 et maintenant qu’il l’ot f. SG et tantost com il l’ot f. Ly. – 97. tant la roche A SG P1 P3 (Ly). – 97. la s. feme Ly. – 97. que il l’a ajura A qu’il li jura E que il la conjura SG P1 P3 (Ly, dans lequel il est possible que cette leçon ait fait l’objet d’une retouche). – 97. par .iij. fois] .iij. fois Ly. – 98. Lors (...) li dit] elle li dist SG. – 98. dedens la roce fu Ly. – 99. M. la Magdelaine P3. – 99. sainz Luz Li (A E Ly SG P1 P3). – 99. euv.] li euv. SG (A P1 P3) omis dans Ly. – 99. apele Ly SG P1 P3 (A E). – 99 - 100. Et quant (...) si long. ele] et quant celle (...) Li; omis dans A. – 100. commant] come P1. – 100. ele avoit la demoré E. – 101. pas] omis dans Ly. – 101. qu’il alest a s. Max. (Maximien Ly a Maximien E Maxime SG) l’ev. Li (A E Ly P1 P3 SG). – 101. et li rec.] et li racontast SG Ly P1 P3 que ly racontast A. – 102. et qu’il li deit (...) an s’eglise] et k’il i venist Ly. – 102. touz souz] omis dans E. – 102. en l’eglise P1 a s’eglise A E. – 102. a hore de mat.] a ores de mat. P1; déplacé dans E (voir variante à la l. 103). – 103. la premere diemenche P1. – 103. aprés çou k’ele parleroit a lui Ly aprés ce que il parloit a li a hore de matines E. – 104. lai] omis dans E. – 104. n. s.] omis dans E. – 104. avoient p. A. – 105. et vint (...) et li dit] et vint a l’ev. (...) E et dist a lui meismes k’il iroit a l’eveske et li diroit Ly. – 106. li avoit comandé E P1 (Ly P3). – 106. se merv. Li (P1). – 106. et atant E. – 107. a grant dev. Li SG. – 107. en grant desir A. – 107. a l’ore] au lever P1. – 107. i fu] omis dans A. – 108. entre P1. – 108. en l’air (...) en haut] en l’air .ij. cudes en haut Li (E Ly P1 P3) en l’air .ij. coudes hault A en l’air en haut SG. – 108. antre .ij. anges] entre les angles Ly entre les anges nostre seigneur A.

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cum li evesques vossit a li aproichier, ne ne poïst resgarder son viarre por la tres grant clar- [127 c] -té qui antor li estoit, ele li commanda qu’il feit venir les clers de l’eglise. Quant li cler furent venu, ele reçut le corps Nostre Seignour de la main l’evesque devant l’autel et morut an tel meniere devant touz ces qui lai estoient, et li evesques prit le corps et l’anseveli honoraublemant an l’an de grace .lxx. et se fist ansevelir aprés sa mort dejoste li li evesques Maximiens.

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Commant ses corps fu portez a Vezelay

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Au temps que Charlemainnes li rois de France regnoit, an l’an de grace .[vijc]. et

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.lxviij., Girars de Rosillon, qui dux fu de Borgoinne, departoit largemant es povres Nostre Seignor ce qu’il avoit, car il n’avoit nul anfant; et cum il antre les autres biens qu’il ot faiz eust edifiee une abaïe a Vezelai de son avoir ou il avoit et moinnes et abé, antre ces choses on fit savoir au duc de Borgoinne et a l’abé que li corps la Magdalene estoit an la cité d’Aquense, et il i anvoieront un moinne qui avoit non Badiloines et grant compaignie avec lui, et commanderent qu’il aportet le saint corps an l’abaïe. Li moinnes s’an ala et vint an la cité, et trova que li paien l’orent toute destru- [127 d] -te et an ot grant pidié; et cum il resgardest a la foïe çai et a la foïe lai, il vint par avanture a la tombe de mabre ou li sainz corps gesoit et l’ovri, et prist les reliques dou corps saint et les porta la nuit an son ostel. Cele nuit la Magdalene li apparut [qui li commanda] qu’il n’eust pas paor ainz [feist] seuremant

113. prit le corps et le corps, trois derniers mots tracés. – 113. l’anseveli ho (exponctué) honoraublement. – 116. .cc. Correction d’après A Ly P3. – 127. la Magdalene li apparut qu’il n’eust pas paor ainz fust s. Correction d’après Li (A E P1 P3 / Ly / SG), graphies conformes à la scripta de P2. 109. li ev. vossit (...)] li esvesque vost (...) P1 P3 li evesque n’osast a lui aprochier SG (A) li ev. vaut a li venir Ly. – 109. ne ne poïst] il no pooit P1 il ne pot Ly P3. – 109. esgarder E. – 110. que entour luy estoit A qui entor estoit E. – 110. qu’il] que E. – 110. la venir A Ly SG P1 P3. – 111. cler] au lieu de ce mot, SG comporte l’abréviation de chevalier, paléographiquement très proche de la forme qui conviendrait ici. – 112. de l’ev. A. – 112. et m. devant touz ces qui lai est. en teil men. Li. – 112. devant touz ceus SG P3 (A Ly P1). – 113. a l’an A. – 113. de grace] omis dans P1 P3. – 113 - 114. et se fist (...) dej. li] et il meismes se fit ens. (partiellement bissé dans P1) aprés sa mort dej. li P1 P3 et il meismes se fist aveuc li ens. aprés sa mort dejouste li Ly et se fist aprés la mort de li E. – 114. li ev. Max.] omis dans A Ly SG P1 P3. – 115. Coment une fame fu resuscitee SG; rubrique omise dans Ly P1 P3. – 116. de Fr. li rois P1. – 116. .vijc. Ly .ccc. SG P1 dcc. A P3. – 117. .xlviij. A Ly P3 SG .lx. .lviij. P1. – 117. qui fu dus SG P3 (Ly P1). – 117. aus p. Li P3 SG (A Ly P1). – 118. nulz enfans A. – 118. et cum il] et conme Ly. – 119. a Vez.] aveuques l’aide Ly. – 119. et moinnes] moines SG (E). – 120. et abbez E (Ly). – 120. l’en fist savoir SG P3 (P1). – 120. que cilz cors SG. – 121. de la Magd. SG a la Magdeloine E. – 121. de Quense A E d’Akiese Ly. – 121. et il i envoieroient P3 et il renvoroit A. – 121. moinne] home E omis dans A. – 122. Babiloines (!) Ly. – 122. avec li] avuec Li. – 122. et li com. SG P1 P3 (A Li (?) Ly E). – 122. qu’il aportassent SG. – 122. le s. c.] le cors s. E SG le saint A. – 123. an l’abaïe] en la bierre P1 (A). – 123. vient P1. – 124. pidié] paor E. – 124. il regardoit Ly P1 P3. – 124. a la fiee ça et la SG (A E Ly). – 125. d’avanture Li. – 125. li cors sainz E (SG). – 125. et l’aouvri Ly SG P3 (A P1). – 126. et prist des rel. P1. – 126. du sains cors Ly des cors s. P1. – 126. aporta Ly. – 126. a son ostel Li Ly (A P1 P3). – 126. et cele nuit Ly. – 127. qui li commanda qu’il n’eust pas poour (SG qu’il n’eust paor) ainz (bissé dans P1) feist seurement Li (A E SG P1 P3; Ly omet l’adverbe).

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ce qu’il avoit ancommancié; et quant il vint a demie lieue de Vezelai, il ne porent 128 les reliques movoir de ci atant que li abés de l’abaïe de Vezelai vint lai atout ses 129 moinnes qui les reçurent a grant honour [et] a grant procession. 130 Commant une femme fu resuscitee

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Antre les miraicles que la Magdalene fist, on trove qu’ele vint a une cité qui avoit non Barlete. Queque ele estoit lai, uns gentiz hons qui pas ne creoit Deu vint a li et li demanda se la fois qu’ele preeschoit estoit bonne et loiaus, et celle li dit qu’ele estoit et bonne et forme, et pour li fait Nostres Sires plusors miraicles, et nostres maitres sainz Pieres li apostres qui est evesques d’Anthioiche l’a conformee; et cil li promist qu’il croiroit an Deu et se feroit baptizier s’ele povoit faire par sa priere a Nostre Seignor qu’il eust .j. anfant, et la Magdalene dit que por ce ne demorroit il pas. [128 a] Li hons s’an departi et sa femme conçut et fu ancinte. Quant li hons le sot, il fu molt liez, et mist par le consoil la Magdalene lou signe de la croiz asses espaules et alerent il et sa femme a saint Pierre l’apostre. Queque il estoient an la mer et il s’an aloient, la femme au proudome just d’un anfant, et pour le grant traval qu’ele ot, elle morut; et cum li nateniers la vossit geter an la mer, il li [pria] qu’il la menast a une roiche qui pres d’aus estoit. Il la menerent lai, et quant li preudons ot sa femme qui morte estoit et l’anfant qui vivoit covert d’un mantel, il s’an departi et les laissa molt dolans; et vint ou sainz Pierres estoit et li dit an grant

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130. a grant honour a grant proc. Correction d’après A E Li P1 P3 SG (Ly). – 133. pas ne creoit deu : le dernier mot a été ajouté au-dessus de la ligne (l’encre diffère de celle qu’utilise le copiste). – 142. et just d’un anf. Correction d’après SG P1 (A P3 / Li). – 143. il li proie. Correction d’après A Li E P1 P3 SG, qui partagent la même forme verbale. 128. ce qu’il avoit comencié P1 (P3) çou k’ele veoit k’il avoit conmenchié Ly. – 128. pres de Vez. Ly. – 128 - 130. il ne pot (...) moinnes] li abés vint la atous ses moines Ly. – 129. de ci atant] jusqu’a tant P3 juque tant P1. – 129. de l’abaïe de Vez.] omis dans E. – 129. vient P1. – 129. lai] omis dans A. – 130. qui le receurent A qui la reç. SG ki les reçut Ly. – 130. et a grant proc. A E Li P1 P3 SG (Ly). – À la suite de ce récit, le rédacteur de E enchaîne avec quelques lignes du miracle suivant (Entre les autres miracles (...) qui pas ne creoit deu). Le début de ce nouveau chapitre, interrompu, est repris après la rubrique dans cet exemplaire. – 131. Coment ele converti un gentil home E Coment un chevalier fu resuscitez SG; rubrique omise dans P1 P3. Le récit complet de ce miracle (lignes 131 - 159) manque dans Ly. – 132. les autres miracles E. – 132. on trove (...)] ou trosne (?) quar elle vint SG. – 132. en une cité E (a une cité dans l’extrait ajouté à la fin du précédent chapitre) SG. – 132. qui avoit B. nom Li. – 133. ele] il P1 P3. – 133. creroit A. – 133. deu] en deu P1 (P3); omis dans A Li SG. – 134. se la fois] celle foiz P1. – 134. estoit leals Li. – 134. et ele dist E. – 135. et bonne] bonne SG (E). – 135. et forme] et loiaus SG. – 135. n. s. Jhesucrist SG P1 (A E Li P3). – 136. apostres] eveques Li. – 136. la conferme (?) P1 P3. – 137. pour sa proiere Li (P1). – 138. a n. s.] omis dans A. – 138. qu’elle eust enf. A. – 138. li dist SG P1. – 138. ne dem. il pas] ne demourroit pas P3 SG ne demorera ja E. – 139. s’em parti P1. – 140. il en fu SG. – 140. le cons. de la Magdeleine Li (E). – 141. sor s’espaule E sus ses esp. SG. – 141. Queque] que quant P1. – 142. la femme du proudomme A. – 142. et just] ajust (?) Li ajut A P3 jut SG P1 achoucha E. – 142. par les grant travaux P1. – 143. la vousissient getier Li (A E SG) la vostrent giter P3 (P1). – 143. en mer SG. – 143. il lour pria qu’il la menessent Li (A E SG P1 P3). – 144. en une roche SG. – 144. qui pres de lai estoit E qui pres estoit d’ilec SG. – 144. et il l’am. la SG. – 144. et quant] quant SG. – 145. ot] vit A. – 146. il se dep. P1 il s’am parti E. – 146. et le laissa P1. – 146. et vint lai E (P1 P3). – 146. a grant ang. A P1 P3.

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angoisse de cuer ce que avenu li estoit, et sainz Pierres li dit : « Ne soies pas destorbez, car Dex ne t’ai riens tolu qu’Il ne poïst legieremant randre. » Lors sainz Pierres le conforta et conforma an la foi, et fui baptiziez; et quant il ot .iij. anz ou paiiz demoré delez l’apostre, il ot volunté de reparrier an son paiiz et antra an mer, et vint a la roiche ou il avoit laissié sa feme et son anfant et vit l’anfant qui se juoit de pierrusoilles, et quant li anfes le vit, il ot grant paour et s’an fuit a sa mere. Quant li peres [128 b] vit ce, il fu molt liez et corrut a sa femme qui estoit bien aperoillie de ses dras et estoit ausi cum s’ele fust levee de dormir, et il li demanda commant il li avoit esté des l’ore qu’il avoit esté departis de li, et ele dit qu’il li avoit esté molt bien. « Je fu », dit ele, « avec vous et oï tout ce que sainz Pierres vous ansoigna. » Quant il orent reconté li uns a l’autre ce qu’il avoient veu et oï, il se mervoillerent molt de la debonnarreté Nostre Seignor et repairerent an lor paiis a grant joie.

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Commant .j. chevaliers fu resuscitez

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Uns chevaliers qui chacun an souloit venir an l’eglise la Magdalene an pelerinaige fu ocis en une bataille; et cum sui parant l’eussent mis am biere, et il le pluressent molt duremant et deissent antr’aus : « Sainte Marie Magdalene, commant es tu soffert que cil qui tes pelerins estoit et te requeroit chacun an an ton mostier est mors sans confession et sans penitence ? » Queque il se demantoient et ploroient an tel meniere, atant ez vous que li chevaliers qui lai gesoit antr’aus se leva touz

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– 147. de cuer] omis dans E. – 147. ce que venu P1. – 147. Ne] n’i E. – 147. soiez A Li. – 148. car] que Li P1 P3. – 148. qu’il ne te peusse E qu’il no te puisse P1 qu’il ne te puist P3 (A) qu’il ne repuisse SG bien legierement rendre A moult largement rendre SG. – 149. et le conferma A. – 149. et quant] quant E. – 149 - 150. .iij. ans demoré au païs SG ou païs .iij. anz dem. P1. – 150. delez] omis dans A. – 150. de retorner E. – 151. en la roche SG. – 151. sa famme laissie Li (A E SG P1 P3). – 151. et vit son enf. P1 P3. – 151. qui segeoit (?) P1. – 152. de perretes P1 (P3) es perrates E de pierres A SG. – 152. il ot grant paour] E omet il. – 154. einsinc com Li (A E). – 154. et si li dem. SG et ly dem. A (P1 P3) coment il avoit esté A. – 155. des lors A E Li P1 P3 des le jor SG qu’il estoit desparti de ly A qu’il estoit de li (deliz P1) departiz P3 (E P1) qu’il estoit de li partiz Li SG. – 155. et ele dit P3. – 156. estei bien Li. – 156. avec vous] a vos P1 et oï ce que P1 P3. – 157. reconté] omis dans Li raconté A SG P1 P3. – 158. il s’en merveillerent A. – 158. molt] omis dans P1. – 158. bonnaireté A (P1). – 158. an lor paiis] un accident matériel a sans doute causé la perte de la préposition dans SG. – 160. .j. chevaliers] li chevaliers E De la fame qui fu garie du peril de l’eve, tracé dans SG, dans lequel de petits caractères complètent ainsi la fin de la ligne qui précède : Du chevalier qui fu resucitez; rubrique omise dans P1 P3. Ce miracle manque également dans Ly (lignes 160 - 168). – 161. uns chevaliers estoit SG. – 161. chascun jour Li. – 161. a l’eglise A Li SG P1 (P3). – 161. a la Magdelenne Li de la Magd. SG (E). – 162. l’orent mis P1 P3. – 162. et il plorassent SG et il le plourerent P3 et il se ploroient P1. – 163. et d.] et il d. E il distrent P1 P3. – 163. commant] come P1. – 164. ço soffert P1. – 164. et est mors A. – 165. sans conf.] senz confort E, corrigé en senz confession; saint conf. P1. – 165. sans penance SG sainz penitance P1. – 165. Queque (...) plor.] queque il pl. et se dementoient E queque il se gaimentoit (...) P1 queque il se guermentoient (...) P3 (...) et il plor. A Li (...) et qu’il pl. SG. – 166. atant ez vous que] omis dans E. – 166. qui lai] omis dans SG.

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sainz et demanda le prestre, et se confessa et reçut le corps Nostre Seignor et 167 morust de rechief. 168 D’une femme qui fu getee dou peril de l’aigue

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[I]l avint .j. jor que une nef estoit [128 c] en une aigue c’un apeloit Loire, qui molt estoit chergie d’ommes et de femmes, et furent an tel peril que la nef ou il estoient effondrai. Andemantiers qu’il perilloient, une femme estoit antr’aus qui ancinte estoit. Quant ele vit qu’ele se moroit, ele prist a huchier et a reclamer la Magdalene et dist, se ele vouloit prier Nostre Seignor qu’Il la soffrit a anfanter, ele offreroit son anfant a s’aglise. Maintenant qu’ele ot ce dit, une femme li apparut ammi l’aigue de molt belle samblance et de molt bel ator qui la prit par le manton et la mena a la rive toute sainne, ja soit ce que li autre fussent tuit noié. Aprés ce, ele anfanta .j. fil et le dona a l’eglise la Magdalene ausi cum ele li ot promis.

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170. Aucune place n’a été ménagée pour l’exécution d’une lettrine. 168. de rechief sans fin la nuit SG. – 169. de la fame SG. – 169. qui fu g.] qui fuit garie Li (SG) qu’ele delivrai E; rubrique omise dans Ly P1 P3. – 170. un jor avint que (...) SG. – 170. nef] le scribe de Li a commencé par tracer les premières lettres du mot « femme » avant de corriger son erreur. – 170. quant on apeloit L. P1 cum apelle Loue Li (E) que on apele L. Ly SG (A P3). – 170. qui] omis dans SG. – 171. d’ommes et de f.] omis dans Ly. – 171. ou il est.] ou il estoit est P1. – 172. enfondra E afonda SG P1 (P3). – 172. et endementers P1. – 172. perissoient E Li Ly P1 P3. – 173. que ele moroit E. – 174. s’ele le voleit E. – 174. prier pour li a n. signeur Ly. – 174. qu’il la soff. a anf.] que ele enfantest E. – 175. a l’englise E. – 176. de molt belle s.] que molt belle sembl. P1. – 176 - 177. qui la prit (...) a rive] (...) a rive A E Ly P1 P3 (SG) qui la mena a rive Li. – 177. fussent noié Li. – 177. Aprés ce ele anf.] aprés cele enf. P1 aprés ele enf. Ly. – 178. a la Magd. SG de la Magdeloine E. – 178. ainsi come SG (A E Ly P1 P3) ensint com Li.

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3. Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10295 - 304, f° 113 v° - 116 v° Copié à Ath, dans le Hainaut, entre 1428 et 1429 par Jehan Wagis, inconnu par ailleurs1, le manuscrit dont nous extrayons ce récit est un recueil hétérogène sur papier2. Florilège didactique et moral, il renferme une compilation de vies de saints suivie de l’Isopet de Marie de France, de l’Image du monde de Gossuin de Metz, de la Consolation de la Philosophie de Boèce, traduite par le dominicain Renaut de Louhans, d’un poème didactique et moral de 4120 octosyllabes intitulé Le laie Bible et d’une légende de saint Denis en prose (f° 364 r°)3. Il est constitué de 394 feuillets de 295 sur 210 mm environ4, dont une table, au début, qui semble avoir été élaborée en deux temps. Les textes sont rédigés en littera gothica cursiva libraria sur une colonne de 33 lignes (quelques changements secondaires de mise en page résultent des différences de format des pièces reproduites) et présentent des caractéristiques dialectales marquées, conformes à la provenance du recueil. Ils ne comportent pas de miniatures : le premier est introduit par une initiale bleue filigranée de rouge, de taille quelque peu supérieure à celles des autres, et les suivants par de simples initiales ornées, alternativement bleues et rouges. Les titres sont à l’encre et de la main du scribe. Le légendier contient 41 pièces, présentées par P. Meyer dans l’article qu’il consacre au manuscrit5 : neuf légendes en vers rimés, réparties en deux groupes et sans doute copiées à partir de deux recueils différents ; douze courtes vies en prose, probablement empruntées à un corpus de sermons ; vingt en prose, dont la   Le copiste signe ou date son travail à quatre endroits, parfois au jour près : f° 103 r°, 124 r°, 158 r° et 230 v°. Ni le travail des Bénédictins du Bouveret ni le catalogue des manuscrits datés ne donnent à penser que ce personnage a laissé d’autres traces de son activité de scribe, voir Colophons des manuscrits occidentaux des origines au XVIe siècle, t. III, Fribourg, Éditions universitaires, 1973 (Spicilegii Friburgensis subsidia, 4), n° 11824 ; Manuscrits datés conservés en Belgique, t. II, 1401 - 1440, Bruxelles, Gand, Éditions scientifiques Story-Scientia, 1972, n° 164. P. Meyer signale deux mains contemporaines pour ce volume (« Notice du ms. 10295-304 de la Bibliothèque royale de Belgique (légendes en prose et en vers) », Romania, t. 30 1901, pp. 295 - 316), celle de Jehan Wagis réapparaissant ici et là au delà du point où sa principale contribution s’achève (f° 206 r°). Pour la présentation et la bibliographie du recueil, voir le Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique, t. 5, pp. 347 - 350, et M. Debae, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche. Essai de reconstitution d’après l’inventaire de 1523-1524, Louvain, Paris, Éditions Peters, 1995, pp. 324 - 329. 2   Nous n’en avons pas relevé les filigranes qui, selon le catalogue des Manuscrits datés conservés en Belgique, op. cit., corroborent les indications du scribe. 3   Dans une version très répandue, distincte de celle contenue dans la section réservée aux vies de saints, qui précède immédiatement la légende de Marie-Madeleine (f° 113 r°). 4   Mis à part l’ex libris qui figure au recto du f° 386, les 9 derniers feuillets sont vacants. 5   « Notice du ms. 10295-304 de la Bibliothèque royale de Belgique », art. cit. (quelques extraits de la vie de Marie-Madeleine sont reproduits aux pp. 307 sq.). Les légendes en vers sont celles de Basile, Alexis, Dieudonnée (la mère de Jean Bouche d’or) et Barbara (f° 29 v° - 63 r°), et de Marie l’Égyptienne, Julienne, Catherine, Élisabeth de Hongrie et Eustache (f° 128 r° - 175 r°). Les textes empruntés à un recueil de sermons concernent Mathieu, Agnès, Vincent, Étienne, Jean, Les Innocents, Pierre, Jean Baptiste, Denis (f° 104 v° - 113 r°), ainsi qu’André et Martin (f° 120 v° - 124 r°). Les récits en prose que l’on retrouve dans les principaux légendiers traitent de Christophe, Sébastien, des Onze mille vierges, des Sept Dormants, de Quentin (f° 1 r° - 29 v°), Marthe (f° 113 v° - 116 r°), Laurent (f° 124 r° - 128 r°) et Hippolyte, Lambert, Sixte, Longin, Cyriaque, Basile, Marius et Marthe, des Frères jumeaux, de Côme et de Damien (f° 175 r° 206 v°). 1

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plupart apparaissent dans d’autres exemplaires, apparentés en particulier au recueil f. fr. 6447 de la Bibliothèque nationale de France, mais dont quatre éléments (les vies de Georges, Euphrosyne, Antoine, f° 63 v° - 103 v°, et de Marie-Madeleine, placée entre celles de saint Denis et de Marthe) ne sont actuellement connues que par notre volume. La source de notre rédaction est manifestement la vie de Marie-Madeleine contenue dans le légendier de Jean de Mailly, l’Adbreviatio in gestis et miraculis sanctorum6. On y retrouve en effet les mêmes détails narratifs. Mentionnons, pour seuls exemples, la citation latine des Responsoria de Passione Domini7 (l. 35, cf. Jean de Mailly8, § 10), le repère temporel qui situe l’épisode de l’onction à Béthanie (« in uigilia pasche floridi » § 10 ; l. 36 et n° 2, l. 24) ou encore la référence à saint Augustin au moment d’évoquer la conversion de ceux qui écoutent le récit des peines de l’enfer par Lazare ressuscité (« quia ut dicit Augustinus in libro de uerbis domini cum uiuis interrogantibus loca penarum et sedes inferni diligenter enarrauit et propter hoc multi credebant in dominum. » § 11 ; l. 38 sq. et cf. n° 2, l. 25 sq.). La version de Bruxelles suit toutefois l’ordre chronologique de la vie de la sainte et, contrairement au texte latin et à sa précédente traduction française, place le miracle du « chevalier d’Aquitaine »9 avant la retraite de Marie-Madeleine. La translation des reliques à Vézelay clôt le récit, qui n’ajoute pas d’autres miracles mais en évoque l’existence (l. 156 sq.). Ainsi, le texte s’articule en quatre séquences, qu’aucune démarcation n’isole cependant l’une de l’autre : la figure de MarieMadeleine évangélique ; l’exil de Judée et le « miracle de Marseille » ; la retraite de la sainte et sa mort ; enfin, la translation de ses reliques. Il est sans doute hasardeux d’affirmer avec P. Meyer que notre version est une « mise en prose d’un poème perdu » (p. 307), mais sa relative prolixité permet d’imaginer qu’elle est l’adaptation d’un texte vernaculaire. En tous les cas, elle ne dérive pas du n° 2. En effet, si les deux rédactions prennent appui sur une base commune, chacune développe la matière à sa façon. Ainsi, l’onction chez Simon (l. 15 ss.), plus élaborée que dans le n° 2, est très proche de Luc 7, 36 - 50, alors que le repas en l’honneur de Lazare (l. 36 ss.), selon Jean 12, 1 - 6, est plus fourni dans la version antérieure. Il n’existe pas non plus de correspondances linguistiques (lexicales en particulier) propres à indiquer une filiation entre les deux textes. En outre, la rédaction de Bruxelles contient des éléments de Jean de Mailly négligés par le n° 2 : le renvoi à saint Augustin ou la citation du répons latin, par exemple, sont absents de ce dernier. 6   Nous renvoyons au n° 2, qui exploite la même source. Notre adaptateur travaille lui aussi à partir de la seconde rédaction de l’Adbreviatio. 7   « Isti sunt dies quos observare debetis », cf. Exode 12, 18, et Grégoire le Grand, Liber responsalis (PL, 78, col. 759). 8   Pour la légende de Jean de Mailly, nous nous référons au texte que Giovanni Paolo Maggioni, qui en prépare l’édition, a mis avec obligeance à notre disposition. 9   Voir infra à propos de cette localisation.

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Par rapport au légendier dominicain, l’amplification des allusions aux scènes tirées des Écritures renforce la place de la vie évangélique de notre sainte, qui couvre près de la moitié du texte. Pourtant, les premières lignes décrivent MarieMadeleine en fille du châtelain Magdaloc à l’aide d’adjectifs dignes de la plus courtoise des jeunes femmes. Par ailleurs, l’une des plus surprenantes particularités narratives de l’ensemble de notre corpus relève plus de la fable que de l’édification chrétienne : c’est une « singesse », et non Marie-Madeleine, qui nourrit l’enfant abandonné. L’auteur imagine une véritable histoire autour de l’animal. Il prend en effet soin d’annoncer que l’île sur laquelle le mari laisse sa femme est peuplée de singes et de bêtes sauvages (l. 97), assure que la guenon, qui avait ellemême une portée, a allaité le fils du chevalier (l. 107), puis montre la mère de substitution crier sur le rivage au départ de la famille, parce qu’elle aimait l’enfant comme son petit (l. 114 sq.). Ce détail inédit semble moins dû à une mécompréhension ou à une surinterprétation d’un élément dont d’autres rédactions nous offrent le reflet (par exemple le n° 1, où le père croit voir un singe en lieu et place de son fils lors de son retour sur l’île) qu’à une volonté, étonnante dans un recueil hagiographique, de gommer le caractère miraculeux de la mort apparente de l’épouse (cf. l. 106 sq.). D’autres détails retiennent l’attention, notamment les « larmes sanghines » (l. 11 ; voir plus bas pour l’adjectif) versées par Marie-Madeleine lorsqu’elle est éprise d’amour pour Dieu, ou la motivation de sa retraite (elle ne veut se pardonner elle-même ses péchés avant d’être sûre que Dieu l’a entièrement absoute). P. Meyer (p. 307) déjà s’étonnait que la ville dans laquelle le seigneur de Provence habite est Arles (l. 83)10 et non Ballata, comme dans le texte de Jean de Mailly (§ 59, « Barlete » dans la traduction française n° 2, l. 133), ou Marseille ou Aquilée, comme dans la plupart des versions latines et françaises, et estimait que l’auteur ou le copiste avait commis une confusion sur « Aquilée », qu’aurait porté l’original11. La désignation du seigneur converti par « chevalier d’Acquitaine » (l. 86) renforce du reste l’imprécision quant à l’ancrage géographique de notre texte. Le nom de cette région témoigne vraisemblablement d’une méprise avec celui la cité d’Aix12. Ces lieux, tout comme la présence de détails absents de la source mais qui réapparaissent dans d’autres versions de la vie de Marie-Madeleine (ainsi la mention que le chevalier porte la première croix au Sépulcre, par exemple, l. 86), peuvent faire penser que notre rédaction a subi l’une ou l’autre contamination. 10   « Arle le Blanche » est une désignation qui revient dans plusieurs textes du moyen âge, mais dont on ne connaît pas l’origine, cf. C. Chabaneau, Revue des langues romanes, 4ème série, 2, p. 524, cité par P. Meyer, « Notice du ms. 10295-304 de la Bibliothèque royale de Belgique », art. cit., p. 307. On peut aussi se demander si le nom de cette ville ne résulte pas d’une interférence avec la légende de Marthe. Traditionnellement en effet, la sœur de Marie-Madeleine s’oppose à un dragon qui séjourne dans un bois entre Arles et Avignon. 11   À moins que notre rédaction ait subi l’influence d’une autre version. Remarquons que le n° 26 parle également d’Arles (l. 101), bien qu’il ne semble pas exister de lien entre les deux rédactions. 12  Ainsi, par exemple, l’adaptateur du n° 17 traduit-il « ad Aquensem ciuitatem » de Jacques de Voragine (éd. G. P. Maggioni, 1998, § 168) par « en le cité en Aquitaine » (l. 201).

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Comme nous l’avons dit plus haut, on perçoit clairement l’origine hainuyère du recueil en surface (Jehan Wagis y a laissé la trace de nombreux picardismes), mais beaucoup moins dans le vocabulaire de ce récit, quand bien même il est probable que son auteur venait lui aussi du Nord. Si lieuchon (« couche », l. 131), dérivé picard et wallon qui semble apparaître au XIIème siècle, est trop fréquent pour le confirmer (et pourrait aussi provenir du scribe), le texte offre avec le syntagme repus (Dimence –, « dimanche de la Passion », l. 35) une désignation relative au calendrier liturgique beaucoup plus typique13. Au reste, son vocabulaire n’offre guère de prise à des observations fructueuses. Aucun des termes que nous relevons n’a de correspondant précis chez Jean de Mailly. apostolesse (l. 102, 154) est inconnu des dictionnaires, mais il figure dans d’autres versions de la légende. Très rare, l’augmentatif de bauber que l’on relève à la l. 115 (baubeter, « pousser des cris inarticulés », litt. « balbutier ») n’est signalé que par Godefroy (I, col. 601 c). Il intervient aussi dans la traduction de la Légende dorée par Jean de Vignay (n° 14), mais dans un contexte différent. delicieusement (l. 5) et luxurieusement (l. 6) sont des adverbes peu fréquents. Le premier est une création de la première moitié du XIIIème siècle mais dont nos outils ne fournissent que peu d’exemples. Il en existe plusieurs dans notre corpus. Quelques occurrences du second (également présent dans le n° 17) sont citées par Godefroy, mais leur nature en rend la datation sujette à caution (environ 1250, selon le FEW). ferveur (l. 6) est moyennement courant depuis son apparition, éloignée dans le temps, mais vaut peut-être une mention afin de compléter le nombre restreint d’exemples des dictionnaires (voir aussi le n° 8, v. 1153). Il en va de même pour sanghin (l. 11), adjectif ancien et usuel, qui ne retient l’attention qu’en raison de sa signification particulière (« larmes du cœur, profondes », litt. « mêlées de sang », comme dans l’exemple du Reclus de Moilliens cité par TL, IX, col. 153, l. 15). Seul dehaïr (l. 12) présente un réel intérêt lexicologique puisqu’il est absent de nos instruments, qui n’offrent d’ailleurs aucun composé de *hatjan formé au moyen du préfixe de-14. Que dire dès lors de la date de notre texte ? Rien de plus, sans doute, que ce qui a déjà été hasardé à ce propos : aucun élément n’interdit de penser que nous avons   Courante en tant que telle, la forme du participe de repondre qui lui est associée n’intervient comme épithète de « dimanche » que dans trois exemples flamands que Godefroy cite (VII, col. 63 c) et qui sont compris entre 1224 et la fin du XIVème siècle (voir également FEW, reponere, X, col. 269 b et n. 5, pour ce cas et d’autres combinaisons du même type). En revanche, le syntagme Joedi absolut (« jeudi de la semaine sainte », l. 43) apparaît au moins dès le XIIème siècle dans cet emploi précis, d’usage fréquent. 14   Si ce n’est desahi, verbe issu du patois du Haut-Languedoc, cf. FEW, *hatjan, XVI, col. 179 a. Un mot encore au sujet d’embute (« imprégnée » (de grasce et de douçour), l. 13). Le TLF, qui ne fait pas le lien entre le moderne imbu et cette forme beaucoup plus ancienne (cf. Godefroy, III, col. 29 c et IX, col. 432 b, à compléter par l’exemple isolé du Vair palefroi, cf. Tobler-Lommatzsch, s.v. emboivre), date la première occurrence de ce participe du Commentaire de Copenhague de l’Ovide moralisé, où il revêt une signification abstraite (et religieuse, comme dans notre texte). Le manuscrit auquel le TLF fait référence datant de 1480 environ, il est vraisemblablement postérieur à une autre attestation documentaire et de sens concret (« rempli (de vin), ivre »), de 1438, que cet ouvrage reproduit aussi. Ce terme est assez répandu au moyen âge, mais dans la seconde acception surtout. 13

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affaire à une entreprise du XIVème siècle, comme le suggère P. Meyer, mais rien n’apporte non plus de confirmation décisive à cette hypothèse15.

15   Cf. P. Meyer, « Légendes hagiographiques en français. II. Légendes en prose », Histoire littéraire de la France, t. 33, 1906, pp. 379 - 458 (p. 439). On observera que Le laie Bible, qui est l’une des pièces spécifiques de notre recueil, est attribuée au deuxième quart du XIVème siècle (et possède des traits picards et wallons), ce qui, à des degrés divers, est aussi le cas pour quelques autres textes très peu diffusés, si l’on en croit le nombre de copies recensées aujourd’hui, par exemple la vie de sainte Dieudonnée (dont notre recueil conserve aussi la seule copie), hainuyère, du premier quart de ce siècle, celles en vers de sainte Barbara et de saint Eustache, de même provenance, des environs de 1300, et de saint Basile, des années 1300 - 1350). Voir Le laie Bible : a poem of the fourteenth century, with introd., notes and glossary by J. A. Clarke, New York, Columbia University Press, 1923 (Studies in romance philology and literature ; réimpr. New York, AMS Press, 1966) ; H. Dirickx-Van der Straeten, La Vie de Saint Jehan Bouche d’Or et la Vie de Sainte Dieudonnee, sa mere, textes français du Moyen-âge, Liège, Vaillant-Carmanne, 1931 ; A. J. Denomy, « An Old French Life of saint Barbara », Mediaeval Studies, 1, 1939, pp. 148 - 178 ; H. ­Petersen, « Trois versions inédites de la vie de saint Eustache en vers français. III : Version de Bruxelles », ­Romania, t. 52, 1926, pp. 37 - 74 ; A. J. Denomy, « An Old French Version of the Julian Episode in the Life of Saint Basil », Mediaeval Studies, 18, 1956, pp. 105 - 124.

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[113 v°] Le vie Marie Magdelaine

Gentieu damoisielle de boinaire, courtoise et largue, fille de rice castelain

Magdaloc, suer dou Ladre chevalier nobile et de Marte qui Dieu siervi, fu Marie Magdelaine, bielle et plaisans, cointe et de noble atour, jovene et ieullans souef et delicieusement nourie, si que a la vanitet dou monde et au delis de Satan s’abandonna toute en la ferveur de sa joveneche et luxurieusement se maintint, que son non et sa grasce et s’onneur perdi, car tant fu folle que a tous fu commune, si que communement l’apielloit on la peceresse, et son non li avoit ja son grant pekiet tolut. S’avint que preechier oÿ Jhesucrist si que durement fu si de s’amour inspiree que de ses pechiés amerement se repenti, si que par le grant contrision de sen coer li decoururent des yex larmes sanghines, et tant fu esprise de l’amour de Dieu que elle fui et dehaï et despist tout pechiet, toute joie mondaine et toute carnalitet, et fu embute de grasce et de douçour esperituelle que toute cose terriienne ne li pleut, car tout sen coer, sen desir et sen plaisir ot mis en Dieu amer, dont tous tamps puis L’ensieuwi. S’avint que li dous Jhesus au mengier sist en le maison Simon le Pharisiien et la vint la Magdelaine aprés Lui, et tant estoit confuse et honteuse de çou que pechiet et Dieu courciet a et s’anme et son corps ordoiiet avoit que d’entre les justes apparoir a Jhesucrist ne s’oza, ains s’estut au deriere mout humblement; et a ses dous piés s’enclina toute et la embraça par ardant amour, et les arousa et les lava des larmes de ses yeus, et de ses ceviaus les tierst et essua, et de se bouce les baisa doucement et de son douch ongnement les oinst humblement pour chou que l’ardeur dou soleil ne Li peuist grever; et quant Simons li Pharisiiens eult chou veut, si emprist a murmurer et dist : « Se cieus fust prophetes, il seuwist qui ceste feme est qui l’a toucé et quelle elle est, car c’est la peceresse. » Dont seut bien Dieus qu’[il] pensoit et l’en reprist, et li dist : « Simon, puis que Je vinch en ta maison, ne Me donnas aigue ne apparillas a mes piés a laver, mais n’a cesset de mes piés baisier, laver et radoucir de ses larmes, tierdre de ses ceviaus et enoindre [114 r°] de son precieus ongnement, et por çou que mout amet M’a li ai tout pardonnet, encores euwist elle mout peciet. » Tous tamps puis d’iluecq en avant fu la douche Magdelaine familiiere et amie a Jhesucrist, et Le ensieuwoit tout partout u Il precoit et sa parolle ooit en grant devotion, et avoecq Martain sa serour Ly donnoit souvent chou que a son cors apertenoit, dont tant les ama que a lor priiere Lazaron leur frere ressucita quant par .iiij. jours ot jut mors el monument si que li corps puoit ja. Ces miracles fist li dous Jhesucrist au jour dou venredi devant le Dimence repus quant on cante en Sainte Eglise : « Isti sunt dies quos observare debetis ». Et quant au jour de la vigille de Pausques flories fu venus en

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25. qu’elle pensoit. – 25. l’en reprist est précédé de lenRe (?), tracé (R constitue peut-être une retouche sur un autre caractère rendu illisible).

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Bethanie en le maison Simon le Liepreus, li Ladres qui ja avoit resucités sist au mengier avoecq ses desciples (dont dist sains Augustins el livre des parolles Nostre Signeur que des paines des ames et des tourmens d’infier racompta li Ladres diliganment a chiaus qui l’en enquirent adont, si que par chou crurent maint homme en Jhesucrist); et Marte Le siervi si comme en se maison acoustumet l’avoit. Mais Marie qui de s’amour ardoit Li lava ses piés de ses larmes et tierst et essua de ses cheviaus quant a le cene sist au Joedi absolut, et de sa bouce Li baisa et oinst de l’arabastre precieus si comme acoustumet l’avoit, et deseure son saint chief Li espandi si que de l’oudeur de l’ongnement precieus fu emplie la maison; dont desdaing ot Judas Scariot si qu’il en grouça et dist que pierdus estoit li ongnemens que cier peuwist on avoir vendut et donnet as povres, ne mies por çou que des povres euist pitet, mais par convoitise le dist et par avarise. Mout ama Jhesucrist le douce Magdelaine et avoecq les Maries s’estut en loing quant on crucefia le douç corps de Jhesucrist, et aprés s’estut si pries de le crois qu’elle peut, jusque a çou que despendut et jus de le crois L’eurent mis Josepch et Nicodemus, et de precieus aromas couciet et envolepet el net sidoine, et couchiet el sepucre u son douç amit vit mettre mort la douce Magdelaine. Et quant ou sepulcre L’ot on mis, si s’en parti avoecq Marie Jacob et Marie Salomé, et vinrent en Jherusalem et accaterent aromas dont cuidoient enoindre le saint corps Jhesu. Se atendirent que li samedi passa et songneusement s’en [114 v°] s’en vinrent diemence mout matin au sepulcre por chou que enoindre pensoient le saint corps de leur douç amit, mais bien cuida la Magdelaine que dou sepulcre L’euist on rostet et enportet, dont nonchier l’ala as desciples et lor dist : « Enportet ont Nostre Signeur, mais ne sai u L’ont mis. » Et quant chou oïrent sains Pieres et sains Jehans, si s’en courirent au sepulcre, et quant ne L’i trouverent, si cuidierent que rostet L’en euist on et s’en repairierent mout tristre; et Marie y remest mout tristre plorans et lamentans, et puis y vit l’angele qui ou sepulcre seoit et li dist : « Bien say que Jhesum de Nazareth querés qui crucefiiés est et resuscités est. N’est mie chi. Il est allés en Gallillee. » Mais tant estoit desconfortee de çou que son douç amit Jhesum ne veoit que toute esbahie, tristre et desconfie s’en parti. Mais adont s’aparut Diex a li et l’apiella : « Marie ! », quant tant esmarie le vit, si que ariere se retourna quant a li parler L’oÿ, et regarda entour li et Le vit, mais elle cuida que ce fust uns courtilliers et Li dist : « Se tu L’as ostet, dis le moy. » Nequident a le vois recongneut assés tost et embracier par les piés Le veult a genous flequiés, mais .j. pau Se traist ariere de li et li dist : « Ne me voelles mie atoukier. » Dont l’envoia Il as aposteles por anoncier que resucités estoit, et fu la premiere aprés l’angele qui la Resurection

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37. ja est suivi des lettres vo, tracées. – 51. Josepch] mot suivi d’un signe incertain (peut-être l’abréviation pour et), tracé. – 53. Magdelaine est séparé de l’adjectif qui précède par la lettre g, isolée et tracée. – 55. le saint corps Jh.] l’article est bissé dans le manuscrit. – 69. a le vois le reg recongneut (les mots que nous n’avons pas reproduits dans le texte ont été tracés). – 72. resucités] les deux dernières lettres ont été répétées à tort et tracées.

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anonça, et fu avoecq la mere Dieu tous tamps puis, jusque çou que avoecq les apposteles de Judee se parti quant li mescreans juifs les en cacierent et il s’epparsent pour prechier as paiiens le foi de Dieu; et ce fu en l’an .xiiij. aprés le mort de Jhesucrist quant par .xij. ans orent preciet en Judee, mais au .xiije. an ne le veurent plus oïr, si petit a petit commencierent adont a prechier as paiiens. Nequident lor avoit Diex commandet ançois que mort souffrist que as paiiens n’alaissent preechier, mais aprés sa sainte Passion lor dist et commanda que partout le monde preechier alaissent que qui en Lui creroit et baptisiés seroit, il seroit sauvés, et qui n’i creroit, il seroit dampnés. Adont se departi li Magdelaine des aposteles; avoecq l’un des .lxx. aposteles qui Maximins ot non entra en la mer, et vint a Marselle et d’illuecq a Arle le Blanche u par sa predication et par les miracles que Diex faisoit par se priiere convierti mout de peuple a la foy de Jhesucrist, si que cil que conviertis ot fisent saint Maximini vesque de la citet. [115 r°] Tant ardanment precha la Magdelaine que par sa predication convierti si .j. chevalier d’Acquitaine que la premiere crois qui oncques fu carcie por viseter le sepulcre li carca, car de sa damme de femme ne pooit enfant avoir. Se li requist que Dieu priast que .j. hoir malle leur donnast, et li promist et voa que il et la damme yroient en la Sainte Tiere viseter le sepulcre Jhesucrist comme pellerin, et mouveront tantost que la damme ara conçut et que piercevoir le poroient. Humblement en pria Dieu li Magdelaine et la damme conçut; et quant apierçut l’orent, mout en orent grant joie et congiet prisent a le Magdelaine, a lor amis et a lor voisins, et de leur païs meurent et entrerent en mer pour acomplir leur pelerinage; et tant nagierent par mer que la damme enfanta si comme Dieu pleut et eut .j. hoir masle, mais tantost morut la damme comme l’enfant ot eut. Dont ne seut li chevalier qu’en peuist faire et vit une isle en la mer u mout avoit de singes et de biestes sauvages; si pria les maroniers que la le menaissent et si fissent. Se i laissa la damme et l’enfant dalés li, car n’en seut el que faire, et a grant doleur se parti d’iaus et en la garde de Dieu et de la sainte Magdelaine les commanda; et rentra en mer dedens la neif, tristres et dollans, et fist naviier pour faire son pellerinage, car foy et creance ot es priieres de la sainte Magdelaine et ne peut croire que par la merite de la sainte apostolesse ne fust reconfortés et li enfes sauvés. Tant navia on qu’il vint a port et erra tant que au Saint Sepulcre vint et parfist son pelerinage, et puis rentrerent en mer lui et sa maisnie et les acuelli uns vens qui les remena droit a l’isle u l’enfant et la damme avoient laissiet. Si retrouverent l’enfant tout vif, car par le volentet de Nostre Signeur l’avoit nourit et alaitiet une singesse qui en l’isle avoit ses faons; et li chevaliers regarda la damme, bien li sambla bielle et vermelle et que elle dormesist. Si le baisa, et tantost fu resuscitee et se leva ensi comme s’elle euist dormit. Mener le veult au Saint Sepulcre et retourner ariere por faire sen pelerinage,

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74. s’epparsent] le r de ce mot a été ajouté au-dessus de la ligne. – 97. maroniers] le premier r de ce substantif est muni d’un caractère suscrit, de nature indéterminée.

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mais la dame li dist que avoecq lui avoit estet au Saint Sepulcre et li racomptoit comment maintenus s’i estoit en fait et en dit, con fais li païs estoit et li sepulcre et li sains lieus qu’il avoit viseteit. En la neif rentrerent et au repairier se misent en lor païs. Dont vint la singesse qui l’enfant avoit nourit et alaitiet sur la rive de la mer et prist a baubeter et a braire aprés l’enfant qu’avoit nourit, car comme son faon [115 v°] l’amoit; dont tout cil de la neif s’esmiervillierent et liement loerent Dieu dou miracle si que boin vent lor envoia, dont assés tost aprés repairierent au port de Marselle u de lor neif issirent. Si s’en revint li chevaliers a Arle la Blance avoecq se femme et son enfant et sa maisnie, et grascia la douce Magdelaine de la grant grasce que Diex lor a fait por s’onneur, et raconterent le miracle a tous communement si que tout cil qui le miracle virent et oÿrent et seurent en grasciierent Dieu devoltement et le Saint Sepulcre alerent veoir et viseter, et li pluiseurs qui dou miracle oÿrent parler; et y ala ou pelerinage tous tamps puis plus volentiers et plus acoustumeement. Et li douce Magdelaine, qui toute se pensee et s’entente veult mettre en l’amour de Jhesucrist par contemplation, s’en alla en une haute roce a .xiiij. milles de Marselle u par l’espasse de .xxxij. ans et plus demora toute seulle et nient congneute, n’oncques ne gouta ne ne menga de viande corporelle, ains vesqui seulement de la douçour que par sa sainte comtemplation prist comme toute ravie de l’amour de Dieu en savourant espirituelment et seulement les biens dou ciel, car el tamps des .vij. heures cannoniaus estoit cascun jour en l’air translatee des sains angeles et raportee sur la roce a sen lieuchon. De grasce corporelle, mondaine et terriienne n’avoit cure n’onques ne se veult pardonner ses peciés, ja seuist elle vraiement que Dieus li euist pardonnés tous entirement, et por çou l’amoit Dieux tant que de sa glore le repaissoit et soustenoit corporelment; et quant Li pleust [que] trespassast, s’avint qu’en .j. quaresme s’en alloit el desiert uns sains abbés tous seuls faisans se pennance comme hiermites en junes et en orisons, et vit les sains angeles qui la sainte Magdelaine souslevoient haut en l’air glorieusement, et pria li sains abbés devotement que demoustrer li daignast la veritet de sa vision. Dont s’apparut a lui la Magdelaine et li dist que au vesque Maximinin anonçast que le dimence aprés premerain l’enporteroient li saint angele en se eglise pour lui acumeniier et recevoir les sains sacremens ains que dou monde trespassast; et quant au vesque l’ot li abbés nonciet, au diemence li apporterent [116 r°] li saint angele soudainement et le acumenia et fist ses droitures, et tantost rendi ame a Dieu et l’en porterent el ciel si que pluiseurs le virent qui adont furent en l’eglises present; et le saint cors mist sains Maximins en le sepulture mout honnourablement en se eglise en l’an de grasce .lxx. et commanda que delés li le mesist on quant trespassés seroit. Mais au tamps le fort roy Carlemaine, en l’an de grasce .viic. xlviij., fu Geras de Rousellon dus de Bourgongne qui de Bierte sa femme ne peut

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135. et quant li pleust se tresp.

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oncques enfant avoir; si s’apenserent que de Dieu feroient leur hoir, dont large furent as povres, et entre les autres fonderent et si fisent faire une abbie par grant devoltion. S’oïrent parler des miracles le douce Magdelaine et envoierent .j. moine qui Badelo nommés estoit quere le saint corps. Si vint a Arle le Blance que destruite avoient li paiien et quist tant que le tombiel trouva sous le quel le cors saint la sainte Magdelaine gisoit comme apostolesse et reposoit, et estoit la. Dont atendi la nuit et le froissa, et prist le corps et l’en porta a Verselai ou entre lui et son abbet l’aporterent en l’abie avoecq la saint procession qui vint contre lui. Si ot adont mout grant miracles et mout en y a encores souvent; mais a l’escrire, a l’oïr, au retenir poroient tourner as fais, si doit bien souffire çou que chi en est escript.

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4. Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 11521, f° 88 d - 90 d Selon Patricia Stirnemann, il serait possible de faire remonter jusque vers 1300 le manuscrit latin 11521 conservé à la Bibliothèque du Vatican. Rédigés dans une écriture gothique livresque italienne, ses 109 feuillets de parchemin (ca 235 x 170 mm, 2 colonnes à 37 - 39 lignes) contiennent une traduction française de la Vie des Pères. Celle-ci est précédée d’un « Roman des autorités » (f° 1 r° - 8 r°) et est suivie de quatre légendes de saintes (Marie-Madeleine, Euphrosyne, Marine et Pélagie, f° 88 v° - 98 r°), puis de miracles, dont ceux attribués à la Vierge et à Nicolas, Ambroise, Barthélemy et André (f° 98 r° - 109 r°)1. D’après les réclames qu’il conserve, le recueil est constitué de quaternions réguliers, sauf pour le dernier cahier. Aucun feuillet ne semble avoir disparu et il est dépourvu de table (du moins n’en garde-t-on pas la trace et ses entrées ne sont pas numérotées). Il débute au f° 1 r° par une initiale ornée de type méridional, sur 4 lignes, bleue à fond doré et encadrée de vert, et par une rubrique. Pour le reste du volume, la décoration se réduit à de simples lettrines en alternance rouge sur fond filigrané bleu et bleue sur fond filigrané rouge, et aux titres rubriqués qui signalent le commencement de la plupart des pièces. À l’intérieur des chapitres, les articulations sont marquées par des lettres rehaussées de rouge. La vie de Marie-Madeleine, divisée en deux parties qui retracent le miracle de Marseille et la retraite érémitique, est doublement précieuse dans notre corpus : d’une part, elle exploite des sources latines que n’utilise aucune autre version française ; d’autre part, elle constitue une étape narrative intéressante dans la transmission du miracle de Marseille. Le titre et les termes liminaires de la seconde section dévoilent la source mise à contribution à partir de la ligne 99 : « Ci conte de Josephus » et « Josephus conte que (...) » signent en effet un emprunt littéral au Narrat Josephus. J. Ruysschaert (p. 227) rapproche cette partie du texte du BHL 54542, dont le rédacteur observe en effet le déroulement général. C’est toutefois le BHL 5456, dont les premiers

  Le feuillet 109 v° est vacant. J. Ruysschaert fournit une description détaillée des nombreuses pièces contenues dans le manuscrit (Codices Vaticani latini. Codices 11414-11709, In Bibliotheca Vaticana, 1949, pp. 212 - 230). La vie de sainte Pélagie est éditée par J.-P. Bordier qui la présente comme le seul texte du corpus réuni dans ce manuscrit à avoir la Légende dorée pour source (« La vie de sainte Pélagie en ancien et en moyen français », Pélagie la pénitente. Métamorphoses d’une légende. Tome II. La survie dans les littératures européennes, dossier rassemblé par P. Petitmengin et alii, Paris, Études augustiniennes, 1984, p. 195 et pp. 205 - 207). 2   J. E. Cross retranscrit les textes BHL 5453, 5454 et 5455, très proches quant à leur contenu et à leur formulation, dans « Mary Magdalen in the Old English Martyrology : The earliest extant ‘Narrat Josephus’ variant of her legend », Speculum, vol. 53, 1978, pp. 16 - 25 (textes pp. 20 - 25). Jacques de Voragine ne fait que brièvement allusion à cette version dans son paragraphe « Hégésippe pour sa part, ou bien Josèphe selon certains livres (...) » (« Egesippus autem, uel secundum quosdam libros Iosephus (...) », éd. G. P. Maggioni, 1998, § 161). 1

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mots sont aussi « Josephus narrat »3, que notre compilateur suit pas à pas. Seules les lignes où Marie-Madeleine fait connaître son identité se distinguent quelque peu de l’original en omettant une réponse du prêtre. L’adaptation qu’elle offre du récit latin marque cependant quelque distance par rapport à celui-ci. On peut remarquer que son propos entre en contradiction avec le début de la vie de la sainte, puisqu’elle situe la retraite de Marie-Madeleine juste après l’Ascension du Christ (ce qui exclut dès lors un séjour à Marseille). Elle retient surtout l’attention par la contamination qu’elle révèle de la légende de notre sainte avec celle de Marie L’Égyptienne. La demande d’un vêtement pour couvrir le corps de la pénitente au moment de sa découverte rapproche en effet la rencontre avec le prêtre anonyme de celle avec Zosime4. Nous n’avons pas identifié de texte latin proche de la première partie de notre vie. Le renvoi du Catalogue au BHL 5443 (Post dominicae igitur resurrectionis gloriam)5 est en tout cas manifestement erroné. Son canevas est conforme à la tradition : vente des biens6 après l’Ascension du Christ ; exil de Jérusalem, hostilité à l’arrivée à Marseille ; rencontre avec le seigneur de la ville, grossesse accordée à l’épouse ; voyage chez Pierre, mort apparente de la femme en couches laissée sur l’île avec son enfant nouveau-né  ; instruction de saint Pierre, retour sur l’île où le comte découvre son fils jouant sur le rivage puis le corps intact de sa femme, réveil de la morte qui affirme avoir accompagné son mari, arrivée à Marseille. Néanmoins, le traitement narratif de ces éléments se distingue des autres versions vernaculaires conservées. Ainsi, le départ forcé de Jérusalem est-il motivé par la diligence de Marie-Madeleine et de ses frère et sœur à héberger les pauvres, générosité qui irrite le seigneur de la ville. De même, la demande d’accorder un enfant à la femme, de qui le narrateur précise la stérilité, se justifie non par une vision nocturne, mais par une intervention directe de l’épouse, qui prie son mari de ne pas chasser les chrétiens auxquels elle s’est liée. En embarquant pour Antioche, le comte ne souhaite pas vérifier si les propos de Marie-Madeleine sont véridiques : il répond au refus de la sainte de le baptiser tant que l’apôtre Pierre est vivant. L’accouchement en mer n’est pas provoqué par une tempête, mais il est dû à la longue durée du voyage. Pierre ne montre pas à son visiteur les lieux saints fréquentés par Jésus, mais l’instruit de la foi chrétienne, puis le baptise. De retour 3   Le texte, dont le répertoire des Bollandistes dénombre huit témoins du XIème au XVIIème siècle, est édité par J. Misrahi d’après un manuscrit du Brooklyn Museum (non inventorié des Bollandistes) dans « A Vita Mariae Magdalene (B.H.L. 5456) in an eleventh-century manuscript », Speculum, vol. 18, 3, 1943, pp. 335 339 (texte p. 338 sq.). 4   Le poème de Nicole Bozon (n° 13) conserve lui aussi les traces de ces contacts. 5   J. Ruysschaert, op. cit., p. 127. Nous avons consulté le texte du manuscrit Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 8609 - 8620 (3206), f° 8 a - 11 d, pour cette version dont le répertoire des Bollandistes recense 69 témoins du XIème au XVIème siècle. 6  Un des trois « chaustiaus » appartenant aux frère et sœurs est appelé Bethphagué, village que Marc 11, 1 et Luc 19, 29 situent dans les environs de Béthanie et de Jérusalem (voir aussi Matthieu 21, 1). Ce nom n’apparaît pas ailleurs dans les vies de Marie-Madeleine.

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à Marseille, le mari prêche en compagnie de Marie-Madeleine, de Marthe et de Marcelle. Le récit joue de manière évidente des parallèles qu’il instaure avec la vie du Christ et la plainte du comte devant le corps de sa femme constitue l’exemple le plus évident de cette technique narrative. En affirmant que Marie-Madeleine aurait dû connaître cette mort si elle était telle qu’il l’avait imaginée, le mari reprend la réflexion du Pharisien qui met en doute l’autorité du Christ, son hôte7. Par ailleurs, si l’on compare notre version à la tradition des vies de notre sainte, on observe que l’auteur opère dans son récit des déplacements internes. On peut ainsi mentionner l’interdiction faite à Marie-Madeleine et à ses frère et sœur de donner asile aux chrétiens (l. 6 sq.), qui fait songer à l’attitude habituelle du « prince de Marseille » à leur encontre. Notre adaptation se révèle particulièrement intéressante dans le récit du miracle de Marseille, qui en occupe la première moitié. Elle contient en effet des éléments que l’on découvre dans les textes « primitifs » no 1 et 2, comme l’absence de tempête en mer ou de visions nocturnes par exemple, ou la localisation à Antioche de la résidence de saint Pierre (n° 2). Elle recèle en outre des données des no 6 et 7, telle la volonté du seigneur de Marseille de sacrifier aux idoles. La générosité de l’épouse à l’égard de Marie-Madeleine, justifiée ici par un contact direct entre les deux femmes, permet peut-être aussi de comprendre l’intervention de la sainte dans le n° 6, où elle apparaît dépourvue de fondements. Enfin, certaines des formulations de cette rédaction s’avèrent proches de celles que l’on relève dans ces rédactions. Par ce mélange d’autonomie et de dépendance vis-à-vis de plusieurs représentants de notre corpus, la version contenue dans le manuscrit du Vatican offre ainsi une étape narrative précieuse dans la constitution de cette légende, que l’absence d’une source latine déterminée rend d’autant plus intrigante. Comme le n° 12 (si l’on excepte peut-être un exemplaire tardif de cette pièce), la diffusion de notre vie a été assurée par un atelier italien. Rien ne permet cependant de lui assigner une origine méridionale : le manuscrit du Vatican reproduit selon toute vraisemblance un texte de provenance française, avec quelques altérations ponctuelles, mais de manière assez fidèle et compréhensible dans l’ensemble. Son passage dans la Péninsule a toutefois gommé les caractéristiques qui permettraient de préciser où elle a été élaborée en un premier temps. Du moins serait-il hasardeux d’inférer quelque conclusion que ce soit des graphies adoptées par le scribe. Les chances que son lexique soit demeuré à peu près intact sont plus grandes, mais les résultats d’un tel dépouillement demeurent précaires. Si l’enquête fait apparaître quelques mots peu courants8, elle met aussi en évidence les

  Cf. l. 53 ss. ; Luc 7, 39.   Comme nocler, « patron d’un navire », par exemple (l. 56 et 74), ou penti, « repentant » (l. 50), que les dictionnaires ne signalent pas pour la période médiévale (le verbe auquel ce participe-adjectif est lié est lui-même très rare). 7 8

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altérations que certains termes ont pu subir9 et pour le seul d’entre eux qui suggère peut-être une appartenance régionale, les indices sont trop ténus pour que nous puissions en inférer la localisation initiale de cette version10. Pour un écrit en langue d’oïl, la syntaxe n’est parfois guère naturelle (dans des phrases comme « Alierent et les mistrent sor une ysle (...) », l. 58, ou « Ala le comte avant (...) », l. 82, par exemple), mais ces particularités ne désignent pas non plus un auteur méridional.

  À la l. 110 par exemple, il n’est pas dit qu’il faille prendre foreste « au pied de la lettre ». Cette variante morphologique existe, mais sa rareté est telle que la probabilité d’une altération lors de la reproduction du texte français paraît élevée. Plus haut (l. 101), illumineré semble franchement douteux. 10   amaistrer aucun en aucune rien, « instruire quelqu’un de quelque chose », dont le récit nous procure de même le participe amaistré, « instruit » (l. 44 et 70), n’est attesté que par Godefroy puis par le FEW (magister, VI, col. 38 b), d’après la légende de l’Antéchrist en vers qui figure dans la première partie d’un recueil à nouveau italien, de la fin du XIIIème siècle (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 3645). Or tout comme le second des principaux textes qui le composent (précédés, séparés et suivis par une simple prière), peutêtre du même auteur actif vers 1225 - 1250, ce poème laisse affleurer des traits picards et franc-comtois. La prédominance dans le Nord et le Nord-Est des exemples, un peu plus nombreux, d’un autre composé proche de maistre, amaistroier, est donc peut-être significative. 9

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[88 d] Ci comence la vie de la Magdalena

Aprés la Ascension de Nostre Seignor Jhesu Crist, Ladre et ses serors, Marie

Magdalene et Marthe, si vendirent trois chaustiaus que il avoient, ce fut Bethania l’un, l’autre Betphage, le tierz Magdalé, et s’en alerent demorer en Jerusalem, et la si herbergoient touz les povres pelerins et crestians qui voloient herbergier et que mestier en avoient; et quant le seignor de la ville oï ce, si [89 a] lors fist defendre que il laissassent ester a herbergier les crestians et que il tenissent autre maniere de vivre que il n’avoient fait jusque ci. Il ne demorerent por ce que il ne [feissent] le bien que il avoient encomencé et plus ancore. Quant le sire de la ville vit ce, si dist : « Je ne voil », fist il, « que il moirent de glaive, car je ne voil que les crestians les aorent por sains. » Et lors comanda que l’on lor deust lier les mains et les piés et que il deussent estre amoinés sor une barche en haut mer et la deussient estre laisiés sans voile et sans governal, et ne lor fust laisié rien que mangier ne que boivre, et ensi fu fait come il comanda. Mais mantenant que ceus qui les avoient amoinés en mer furent partiz d’eus vint par la vertu devine un merveillous vent et furent desliez lors mains et lors piés, et briefment se troverent ou port de Marseillie; et lors descendirent de la barche et demorerent plusors jors en la ville que il ne trovoient a mangier, car la gent de la ville estoient paiens, si ne lor faissoient nul bien. Lor regarda Marie un jor que li comte de la ville aloit aorer une ydle, ensi come lors costume estoit, et s’en ala devant lui et si li dist Maria Magdalena : « Certes, sire comte, molt est laide chose que devant un si grant seignor come vos estes moirent de fain .iij. estrangiers que sont ci en vostre terre. » Et quant li comtes oï Marie parler si apertement et la vit de si belles contenances, si en ot pitié. Si [89 b] lors fist mantenant doner hostel et toz ses estovoirs; et quant il furent demoré auquans jors en la ville, li comte les voloit doner congié de la ville, mais la feme au comte qui s’estoit acontee des .ij. suers et les avoit oïes parler de la foi Jhesu Crist, et molt les avoit en grant reverance, si dist a son baron : « O sires, ne les chacier pas de la ville, car il sont sainte gent et bone, et une d’eles qui a non Marie est ploine de vertu divine. » Et quant le comte oï ce, si se merveilla molt et manda quere Marie, et quant ele fu devant lui, si la demanda de la foi crestiene et coment li Saint Esperit estoit descendu sor lez apostres et par aventure de molt autres choses, et quant il ot bien entendu tout ce que Marie vost dire, si li dist en la fin : « Se tu pooies tant ferre avec ton Dieu que ma feme eust enfant, nos deverons tuit crestiens », car sa feme estoit brahagne et ne pooit concevoir enfans. Et Marie respondi : « Ceste chose si est molt legiere et je vos aseur que se vos creez en Jhesu Crist, et que Il vos donra ce que vos querez et que vostre feme sera

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9. por ce que il ne feis sicut le bien, dont le déchiffrage est à peu près certain, est sans doute la conséquence d’une mélecture pour la forme du verbe faire que nous avons substituée aux deux mots soulignés dans cette leçon.

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procheinement grosse. » Et lors pria le comte a Marie qu’ele priast por ceste chose et se partirent. Lors ala Marie et pria por eaus que Dieu lor donast enfant et les convertist a sa veraie foi, et aprés tantost fu la bone dame grosse d’enfant; et quant li comte vit ce, si crut veraiement en Jhesu Crist et dist que il estoit appareilliés de batoier soi et sa main[e]e, et Marie li dist : « Nostre pere qui a non Pieres qui laisa Nostre Seignor en son lieu est en Antioche, [89 c] et tant come il est en vie, je n’ouserois pas batoier, mais tu t’en iras avec tote ta mainee a lui et il te bataiera et t’amaistrerai en la foi et te fera gran consolacion; mais pense d’estre fort, car tu avras de grans tribulacions en ton chemin et quant tu seras en aucun peril ou en aucune tribulacions, et tu aoreras une cruis que je te donrai, si seras tantost delivré. » Lors s’apareilla cestui et monta sor la mer atoute sa feme grosse et sa mainee et s’en alerent; et selonc ce que la Magdalene li avoit dit soffrirent asés de dolors et de mesaises et demourerent grant tens sor mer avant que il venissent a Antioche, et asés de foiz fu pentis que il estoit montés sor mer a fere un si grant voiage par li dit d’une feme. Tant demorerent sor mer que sa feme dut enfanter et ot un mol[t] bel enfant, mais la dame morut de la gesine, et quant li comte vit sa feme morte, si ot grant dolor et se plangoit trop mervoilloussement et disoit : « Se ceste feme qui m’a ci mandé fust tele come je la cuidoie, ele eust seue la mort de ma feme, mais ele m’a deceu. Or ai perdue ma feme et mon enfant, car sanz lait ne poroit il vivre. » Et lors si dist au nocler que il se preist guarde d’aucune ysle ou il poïssent metre le cors a la dame atos l’enfant, car il ne le voloit pas veoir morir de si laide mort. Alierent et les mistrent sor une ysle, un tapiz de sous eus, et les covrirent d’un drap de soie et s’en aler- [89 d] -ent dolourous et pensis, et tant alerent que il vindrent a Antioche et a cele ore que il vindrent ou port, a cele meesme ore vint saint Pierre la par revelacion dou Saint Esperit; et quant le comte vit saint Pierre, le disciple Jhesu, et saint Pierre li respondi : « Pais a toi, sire. Je le sui et je sai bien qui tu iés et por quoi tu es ci venus et qui t’a mandez. » Et lors se merveilla molt [li] cuens et li dist : « Marie [m’a] mandé a toi entre moi et ma feme et ma mainee por aprendre la foi Jhesu Crist et la santé de nos armes et por nos batoier, et je ai soffert sor mer tant de tribulacions et d’angoisses, et sor tout ai perdue ma feme et mon enfant. Or ai tant de dolors que je ne sai que ferre. » Et saint Piere li respondi : « Ne doutes de rien, car l’arme de ta feme est ci endroit avec nos et ot toutes les paroles que nos disons. » Lors s’en entrerent en la ville et tant demora le comte avec saint Piere que il fu bien amaistré et afermez en la foi; et aprés ce que il fu batoiés, si prist congié de saint Piere et monta sor mer por retorner en son païs, et tant nagierent par mer que il vindrent en la contree la ou l’ysle estoit ou il avoient lasié le cors a la dame et l’enfant, et esteient ja demorés

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40. et deist, e exponctué. – 41. et sa maince (la graphie du mot se distingue nettement de celle de l’occurrence qui intervient au début de la colonne suivante, cf. l. 43). – 52. Le scribe a omis la lettre qui suit l’abréviation de molt. – 60. ai Antioche, i de la préposition exponctué. – 62. et s. Pierre li resp.] le deuxième r du nom propre a été ajouté au-dessus de la ligne. – 64. Omis dans le manuscrit. – 64. Omis dans le manuscrit. – 67. que ne je sai que ferre.

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d’entre aler et venir entor .iij. ans. Lors dist li comtes au nocler que il l’amoinast a l’ysle, car il voloit veoir le cors sa feme, et quant il furent pres de l’ysle, si virent un enfant petit qui aloit joiant par [90 a] le sablon, mais quant il vit la nef et les homes desus, si s’en fui la ou le cors de la dame estoit et se mucha de sout le drap dont le cors a la dame estoit covers et se coucha pres dou cors por la paor que il ot des homes, car il n’en avoit jamais nul veu. Le comte descendi en terre avec tel compaignie come a lui plot et s’en alierent la ou il avoient le cors laisié et le troverent en tel point ne moins ne plus come il l’avoient laisié, ausi come se il l’eussent la mis celui jor meesmes. Ala le comte avant et hauça les dras et trova le cors a la dame tout fres ausi come quant il fu mis, et l’enfant bel et vif et sain, et quant li comte vit ce, si ot grant joie et dist a sa mainee : « Je croi veraiement que se nos prions devotement celui qui a guardé ce cors si frez et si net et cest enfant tenus en vie, c’est li beneoiz Jhesu Crist, le Fil Dieu, que Il resuscitera ma feme. » Et lor se mistrent tuit en oroison, et quant il se leverent, si appella le comte sa feme et li dist : « Dame, je vos di de par Jhesu Crist que vos levés sus. Si nos en irons a nostre ostel. » Et matenant que il ot ce dit et la dame se leva ausi come se il l’eust esveillie de dormir, et le comte la demanda coment li estoit et la dame li respondi : « Bien, sire, la Dieu merci, et coment, sire ? N’ai je esté avec vos par tout la ou vos avez esté et n’ai je oïe la doctrine de l’apostre ? Car je estoie toz jors a- [90 b] -vec vos. » Et quant il oïrent ce, si se merveillierent tuit ceus qui la estoient et rendirent graces a Jhesu Crist de la gran bonté que Il lor avoit faite. Lors monterent touz ou vaisel et s’en retornerent a grant joie en lor païs, et dapuis comença li comtes a preechier la foi Jhesu Crist avec Marie et Marthe et Marchile, qu’estoit ancile Marthe, et Ladre, et ceste Marchille fu cele que dist a Jhesu Crist : « Beatus venter qui Te portavit, etc. » Pois aprés un tens s’en ala Marie ou desert.

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Ci conte de Josephus

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Josephus conte que aprés la Ascension de Jhesu Crist, Marie Magdalene ne vost jamais veoir home en pechié, mais illumineree de la grace del Saint Esperit s’en ala demorer ou desert et demora .xxx. ans hors de toutes gens qu’ele ne fu visitee ne veue d’ome ne de feme terriens, ne ne manja entor ces .xxx. ans autre viande que cele que li angles li aportoient; et dit ausi Josephus que les angles li chantoient totes les ores dou jor et de la nuit. Quant li .xxx. ans furent acomplis, un prestres qui estoit prior d’une petite parochie et qui estoit serf de Dieu et de molt grant devocion, si ala a l’entree de Quareme en ce desert ou la Magdalene estoit por estre solitaire hors de gens en abstinence et en oroisons; et quant vint une nuit que il fu travailliés dou veillier, si s’en dormi. Si li fu revellé en son dormant que une fe- [90

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85. se nos prisons, premier s exponctué. – 99. Les quatre mots qui forment le titre de la dernière partie du récit sont placés à la suite directe de la phrase précédente, mais sont rubriqués. – 105. totes les angles ores dou jor et de la nuit.

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c] -me serve de Dieu estoit en cele foreste enclose dedens une cave por ce qu’ele ne voloit veoir nul home, qui avoit esté plusors ans qu’ele n’avoit mangié de nulle viande corporel fors que la viande que li angles li aportoient qui la visotoient chascun jor; et quant li bons home fu esveillié, si se mist en oroisons et pria devotement Nostre Seignor que li demonstrast en veillant ce que il avoit en dormant. Aprés se leva le matin et s’en ala par ce desert sus et jus cherchant se il peust trover ceste feme, et il fu gran piece alés, si fu demonstré par l’angle la ou Marie estoit. Il ala la et trova la cave toute close entor sans nulle entree, et quant vit ce, si se mist a genoilz et dist : « Je te conjure par la sainte Ternité, tu qui es liens en cele cave, qui que tu soies, que tu me dies que tu es, ou home ou esperit. » Et cele li respondi : « Por quoi m’as tu si conjuree, saint prestre ? Je sui cele pecheresse dont tu as oï en l’Evangele, que jeta Jhesu Crist .vij. diables hors dou cors, et aprés sa Ascension je fui si enbraissie de son amor que je mesprisiai tout le monde et m’apensai de demorer en celle cave por ce que je peuse mielz doner mon cuer a Lui et apenser de Lui. Or a .xxx. ans que je ai ci demoré que je ne vi home ne feme ne loi, ne dapuis je n’eu onques ne faim ne soif, mais ai esté toz jors par la grace de Jhesu Crist ausi bien repeue et replenie come se je euse eues totes les viandes dou monde, et Il mande touz les jors ses angles qui me chantent les ores et me lievent en l’air et me raem- [90 d] -plissent de trop grant dolçor. Et por ce que te conois digne prestre et ami de Dieu, por ce t’ai je contee ceste chose. Or saces que je sui pres de ma fin et por ce je te pri que tu me baillies aucun vestimens que je te poisse veoir sans honte. » Lors prist li prestres un de ses vestimens et le mist devant la cave et se traist arriere, et cele se visti la robe et s’en ensi hors; et quant le prestre la vit, si comença a plorer de joie que il ot, car ele estoit si maigre que bien resembloit mielz esperit que cors, et en tel maniere la amoina a sa capelle et li dona li cors Jhesu Crist, et tantost qu’ele l’ot pris, si rendi l’arme a son maistre Jhesu Crist, et le cors laisa au prestre que il le deust enterer, et il si fist honoreement et a grant devocion; et dapuis si a demonstré Nostre Seignor de grans miracles a sa sepulture et demonstre toz jors.

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134. maniere] le r de ce mot a été ajouté au-dessus de la ligne.

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Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19525 (n° 5)

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5. Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19525, f° 67 a - 72 c Connu surtout pour son Bestiaire divin, écrit vers 1210 - 1211, Guillaume le Clerc de Normandie exerça son activité littéraire dans le premier tiers du XIIIème siècle1. La vie de Marie-Madeleine, poème de 710 vers octosyllabes à rimes plates, est signée dans son bref épilogue (v. 706). Elle est contenue dans deux manuscrits de provenance anglo-normande, l’un conservé à la Bibliothèque nationale de France, à Paris (P : f. fr. 19525, f° 67 a - 72 c), l’autre à la British Library de Londres (L : Add. 70513, anciennement Welbeck Abbey, duc de Portland, 1. C. I, f° 50 c 55 c). Deux éditions de ce texte, réalisées d’après P, datent de la fin du XIXème siècle2. En 1968, Franz-Karl Weiss3 a offert dans une disposition synoptique celle du Post Dominus latin, de la version en prose Aprés ce que Nostre Sires (voir infra version n° 6) et du poème de Guillaume. Il reproduit le manuscrit parisien et, pour la première fois, enregistre les variantes de L. P est un recueil à tonalité pieuse que ses caractéristiques permettent à F. Avril et à P. Stirnemann de dater du deuxième quart du XIIIème siècle4. Il est rédigé par plusieurs mains sur 204 feuillets de parchemin (ca 225 x 155 mm) en écriture gothique livresque. Les pièces en vers sont écrites sur deux colonnes à 32 lignes. Les 66 premiers feuillets renferment une dizaine de vies de saints en vers et en prose et l’Assomption de Marie par Herman de Valenciennes, ainsi qu’un poème en alexandrins sur le Jugement de Dieu, la version courte de l’Évangile de Nicodème en prose (A ; éd. A. F. Ford, 1973) et un extrait du sermon en laisses d’alexandrins de Guichart de Beaulieu. Le dernier tiers de la colonne 66 c et la colonne 66 d sont vacants. La légende de Marie-Madeleine, qui commence en haut du folio 67 a, inaugure une section rédigée dans une encre différente par un nouveau copiste5, Anglo-Normand, qui regroupe plusieurs œuvres de Guillaume le Clerc 1   L’introduction jointe par P. Ruelle à son édition (Le Besant de Dieu de Guillaume Le Clerc de Normandie, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 1973) fait le point sur notre auteur. 2  R. Reinsch, « La vie de Madeleine. Gedicht des Guillaume le Clerc, nach der Pariser Hs. », Archiv für das Studium der Neueren Sprachen und Literaturen, 63. Bd, 1880, pp. 85 - 94. A. Schmidt, « Guillaume, le clerc de Normandie, insbesondere seine Magdalenenlegende », Romanische Studien, 4. Bd, 1879 - 1880, Bonn, E. Weber, 1880, pp. 493 - 542 (texte pp. 523 - 536). 3   F.-K. Weiss, Der « Romanz de sainte Marie Magdaleine » von Guillaume, le Clerc de Normandie, und sein Quellenkreis, Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades der Philosophischen Fakultät der Westfälischen Wilhelms-Universität zu Münster, 1968 (thèse dactylographiée ; textes pp. 85 - 147). 4   Cf. F. Avril, P. Stirnemann, Manuscrits enluminés d’origine insulaire VIIe - XXe siècle, Bibliothèque nationale, Département des manuscrits, Centre de recherches sur les manuscrits enluminés, Paris, Bibliothèque Nationale, 1987 (Collection Manuscrits enluminés de la Bibliothèque nationale), n° 107, pp. 67 - 68 et pl. XXXIV. Les auteurs de ce catalogue attribuent la fabrication de ce volume à l’atelier de William de Brailes 5   Il est toutefois délicat d’affirmer, comme le fait F.-K. Weiss (op. cit., p. 76), que les deux parties du recueil n’ont été réunies que par un possesseur ultérieur, qui plus est de la fin du XVIème siècle. L’homogénéité de la matière traitée, l’écriture et la mise en page plaident en faveur d’un assemblage précoce, si ce n’est original. Une description de ce volume a été réalisée par E. Martin (Besant de Dieu von Guillaume le clerc de Normandie, Halle, Verlag der Buchhandlung des Waisenhauses, 1869, pp. I - VII), puis par P. Ruelle, Le Besant de Dieu, op. cit., pp. 12 - 13.

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(Joies de Nostre Dame, Besant de Dieu, Treis moz, Vie de Tobie), dont elle est toutefois séparée par deux textes en prose, l’un sur le Pater noster et l’autre sur la confession. Le reste du manuscrit est consacré à la vie de sainte Marguerite et au Roman des romans, en quatrains de décasyllabes monorimes, puis à cinq sermons en prose6 et au récit de la Passion extrait de la Bible d’Herman de Valenciennes. Une chanson notée a été ajoutée tardivement sur le dernier feuillet. Les légendes de Marie-Madeleine et de Marguerite sont mises en évidence par une initiale historiée peinte dans l’atelier de William de Brailes, confirmant ainsi l’origine anglaise (oxonienne ?) de notre volume, toujours selon le catalogue des Manuscrits enluminés d’origine insulaire. La première ne comporte pas de rubrique. Pour notre sainte, l’artiste a représenté sur fond bleu une femme debout, sans auréole, vêtue d’une robe verte, voile et tunique beiges. Elle tient une boîte d’onguent dans sa main droite, alors que de sa gauche sort un phylactère sur lequel son nom se déploie en lettres majuscules. Des initiales ornées, bleues sur fond rouge et rouges sur fond bleu, scandent le poème. L a fait l’objet d’une étude très détaillée par D. Russell7. Ce volume composite réunit au total 267 feuillets de parchemin (ca 250 x 175 mm). Chaque page contient 2 colonnes de 32 à 35 lignes, selon les cahiers (35, pour la partie dans laquelle notre texte figure). Il s’agirait du seul manuscrit connu à ne comporter que des vies de saints rédigées en vers. Sept des textes qu’il rassemble ne sont accessibles qu’à travers cette copie. Les trois premières pièces (Élisabeth de Hongrie, Panuce et Paul l’ermite) remplissent un quaternion du commencement du XIVème siècle. Les dix suivantes, dont l’écriture est de type gothique livresque, datent de la fin XIIIème siècle8. Elles retracent pour la majorité d’entre elles des légendes insulaires : Thomas Becket de Cantorbéry (par Guernes de Pont-Saint-Maxence), Édouard le Confesseur, Edmond, archevêque de Cantorbéry (attribuée à Matthieu Paris), Ethelreda, abbesse d’Ely, Osyth, Madwenne et Richard de Wych, évêque de Chichester. Celles de Marie-Madeleine, de sainte Foy et de Catherine d’Alexandrie complètent cette partie où l’on peut noter la prédominance de figures féminines. Un ex-libris ajouté à la fin du codex dans une écriture cursive du XIVème siècle permet de supposer que celui-ci a appartenu au couvent pour femmes de Campsey (Suffolk), où il était lu lors des repas9. Sa scripta est d’ailleurs anglo-normande et il provient sans doute d’un atelier insulaire. Toutes les pièces de la seconde partie du volume débutent par une initiale historiée, à l’exception de la vie de Thomas Becket (acéphale) et de celles de MarieMadeleine et de Foy, munies d’une initiale ornée.   Ces pièces, qui commentent des citations latines, sont bien en français, contrairement à ce qu’affirme P. Ruelle, ibid., p.12.   « The Campsey Collection of Old French Saints’ Lives : A re-examination of its structure and provenance », Scriptorium, 57, 1, 2003, pp. 51 - 83. 8  Toutefois, P. Stirnemann pense que le début du XIVème siècle représente une période d’exécution plus vraisemblable, même s’il s’avère difficile d’en être certain. 9   « Ce livre deviseie a la priorie de Kanpseie de lire a mangier ». 6 7

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Il suffit de lire le début du poème, abrupte entrée en matière sans prologue, pour mettre à jour la source d’inspiration de Guillaume : « Aprés ceo ke Nostre Seignur / Jesu Crist (...) » laisse entrevoir, mot pour mot, le Postquam Dominus Noster Jesus Christus. Le récit latin s’impose vers le commencement du XIIIème siècle comme la base du miracle de Marseille. Largement diffusé par Jacques de Voragine, qui l’intègre dans sa Legenda aurea, il apparaît en outre dans plusieurs des versions en proses vernaculaires indépendantes de l’œuvre du Dominicain (n° 6 à  8). Celles-ci présentent des particularités narratives propres. Le poème de Guillaume partage avec elles la caractérisation qu’il réserve au pèlerin de Provence (« un halt home del païs / A cui la province apendeit », sans plus de précision, cf. vv. 58 sq.) ; l’absence de critique à l’égard des femmes lors du départ pour Jérusalem (v. 187) ; l’insistance sur la cupidité des marins (vv. 358 - 367 et vv. 555 556) ou encore sur la fraîcheur des vêtements lors de la scène des retrouvailles (vv. 584 - 590), par exemple. L’attitude de l’épouse à l’égard des chrétiens récemment arrivés à Marseille permet toutefois de scinder ces rédactions en deux groupes : alors que chez Jacques de Voragine le couple marseillais intervient, effrayé, après la triple apparition de Marie-Madeleine, dans nos versions, la dame envoie secrètement de ses biens aux compagnons de la sainte. Chez Guillaume, comme dans le n° 6 (l. 27 ss.), elle accomplit ce geste avant la première vision nocturne10, tandis que les n° 7 (l. 86 ss.) et 8 (vv. 475 - 485) situent cette péripétie entre la première et la seconde manifestations de la sainte. Le poème et la version en prose n° 6 font plus que partager la même amorce narrative et ce détail de l’histoire. La lecture en parallèle des deux rédactions révèle en effet d’étroites coïncidences, même si Guillaume ne relate que le miracle de Marseille, de la séparation et de l’exil des disciples au baptême du couple à son retour de pèlerinage, l’adaptation en prose complétant cette trame par le récit de la vie érémitique et de la mort de Marie-Madeleine. On peut néanmoins affirmer avec certitude que le poète ne s’inspire pas de la rédaction en prose. D’une façon générale, il n’existe pas de nets recoupements lexicaux entre les deux textes. Par ailleurs, et surtout, Guillaume échappe à des erreurs de compréhension commises par le traducteur du n° 6 et il mentionne des éléments évoqués dans la source latine qui sont absents de l’adaptation en prose. C’est ainsi par exemple que le latin « in porticu, quae praeerat phano gentis illius »11 (§ 4) est correctement restitué par le manuscrit L de notre poème (« Mes en porche d’un faus hauter / D’un temple u la gent s’asemblerent » (vv. 30 sq. ; voir apparat critique pour P), mais interprété de   Vincent de Beauvais, qui n’exploite pas les premières lignes du Postquam Dominus, place lui aussi l’intervention de la dame de Marseille avant l’apparition nocturne de Marie-Madeleine (cf. Speculum Historiale, livre IX, cap. xcv). 11   Le texte est édité par F.-K. Weiss, Der « Romanz de sainte Marie Magdaleine », op. cit., pp. 84 - 146 (d’où nous tirons nos citations), et dans le Catalogus codicum hagiographicorum latinorum antiquiorum saeculo XVI qui asservantur in Bibliotheca nationali Parisiensi, ed. hagiographi Bollandiani, Bruxelles, O. Schepens, Paris, A. Picard, 1889 - 1893 (Subsidia hagiographica, n° 2), texte, vol. 3, pp. 524 - 530. 10

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façon erronée par l’adaptateur du n° 6 (« et revindrent au port en la falaise », l. 10). De même, la précision que les marins jettent une petite embarcation sur la mer pour aller enterrer le corps de la défunte, explicite dans le texte latin « et educta scapha » (§ 51), n’apparaît pas dans la version en prose (cf. l. 95 ss.) alors qu’elle se lit chez Guillaume (« En mer lancerent le batel / Ke mult ert riche e bon e bel », vv. 369 sq.). Si la traduction servile du n° 6 exclut tout intermédiaire avec l’original latin, la forme versifiée choisie par Guillaume, nécessairement distante de sa source, rend l’évaluation plus délicate. Il n’est pas exclu que le poète se soit servi d’une légende française existante, même si l’hypothèse paraît incertaine. Les trois exemplaires latins recensés par le répertoire des Bollandistes pour le BHL 5457 offrent un contenu narratif équivalent à celui du poème12. Le récit vernaculaire se démarque pourtant sur un point : Guillaume le Clerc de Normandie spécifie que la croix apposée sur les épaules du couple de Marseille par MarieMadeleine fut la première jamais portée par un pèlerin (vv. 199 - 204), information réitérée lors de la rencontre avec Pierre (vv. 480 sq.) mais absente de la source latine aussi bien que de la Legenda aurea et du Speculum historiale. Bien que Guillaume n’introduise aucun détail narratif personnel dans son poème, certaines caractéristiques de sa composition méritent d’être signalées. Dans l’ensemble, l’auteur exprime un souci évident du détail matériel. Ainsi, pour ne mentionner que quelques exemples, l’ordre d’accueillir les chrétiens après l’apparition de Marie-Madeleine est véritablement mis en scène (vv. 137 - 146) ; une allusion au luxe dont la dame bénéficie à Marseille (« En vostre chambre [qu’est] depeinte / Vus frez servir e baigner », vv. 180 sq.) appuie la tentative du pèlerin de la dissuader de l’accompagner, et le texte va jusqu’à mentionner la douceur de la fourrure du manteau couvrant le corps de la défunte (v. 450). Tout au long du récit, on perçoit également la réceptivité de Guillaume à ce qui entoure la maternité de l’épouse. L’évocation de la conception de la femme puis de la découverte de son état est plus nourrie que dans les autres versions (vv. 152 160). Le commentaire inattendu du poète à propos des accouchements précoces sous l’effet de la peur, de la maladie ou de la volonté (vv. 250 - 263) ne manque pas non plus de surprendre. La plainte qui souligne la solitude de la femme en couches dénote elle aussi cette attention, tout en dramatisant le récit (vv. 272 - 277 ; voir encore les vv. 283 - 285), au même titre que les propos qui décrivent l’allaitement de l’enfant (vv. 442 - 447). On peut se demander s’il s’agit là d’un trait propre à l’écriture de Guillaume, loué par ses éditeurs pour son don d’observation13, ou s’il est révélateur du public à qui notre rédaction était destinée.

  Voir notre discussion sur ces manuscrits dans notre présentation de la version n° 6.   Si l’on accepte l’interprétation de E. Martin (Besant de Dieu, op. cit., p. 10), suivi en ceci par P. Ruelle (Le Besant de Dieu, op. cit., p. 12), dans Le Besant de Dieu, conservé par le seul manuscrit P, Guillaume aurait décrit une naissance avec un réalisme tel que les vers auraient été grattés par un lecteur choqué. 12 13

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L’épilogue, qui conclut sur la foi des « bons chrétiens » que sont devenus les pèlerins après leur retour à Marseille, dévoile une portée édifiante et moralisatrice du poème. Quelques vers insérés dans la trame de l’histoire ou placés dans la bouche des protagonistes rappellent d’ailleurs les devoirs du fidèle et les fondements de la religion chrétienne (le Christ est seul Dieu, vv. 596 - 600 ; Il est mort pour les hommes, v. 502 ; Dieu fit jaillir l’eau du rocher, vv. 436 - 43814 ; noms des lieux visités par le pèlerin, vv. 514 - 518, etc.). Le développement des prières renforce cette tendance, tout en consolidant l’usage du discours direct. L’auteur de cette version étant familier, et son texte déjà accessible depuis longtemps aux spécialistes de la langue médiévale, il ne semble pas nécessaire de procéder à une analyse linguistique détaillée. En revanche, l’état de ses témoins nécessite quelques observations, de nature éditoriale avant tout. Loin d’être irréprochable, P offre un texte qui a au moins le mérite d’être lisible et qui se rapproche beaucoup plus que L de la langue pratiquée au début du XIIIème siècle. À l’inverse L, résolument médiocre, accumule les bourdes et les mélectures, reproduit souvent des vers incompréhensibles, fausse la mesure ou la rime, et ainsi de suite. C’est donc l’exemplaire parisien que nous suivrons, tout en le contrôlant à partir du manuscrit de Londres. Comme dans beaucoup de documents rédigés en anglo-normand, les déséquilibres métriques sont fréquents, mais ils résultent surtout de la différence de traitement dans P des monosyllabes atones devant un mot à initiale vocalique. Dans un tel contexte, que (ke) a de la sorte une valeur syllabique la plupart du temps, mais pas aux vv. 79, 309, 345, 582, ce qui peut être mis sur le compte aussi bien de la pratique de l’auteur que de fluctuations lors de la copie de son poème15. Il en va sans doute de même pour beaucoup d’autres termes (adverbes et conjonctions, prépositions, pronoms personnels, etc.) et ces phénomènes sont trop courants et anodins pour mériter un inventaire complet, ou pour justifier des corrections16. Le problème peut être dû à l’apparition d’une forme dialectale « étendue » de futur ou de conditionnel. Aux vv. 136 et 324 par exemple, il faut probablement considérer averont et averiom comme de simples variantes de surface, dénuées de valeur spécifique, et non comme des occurrences avec insertion svarabhaktique d’une voyelle dans le thème de ce verbe, ce qui dispense de recourir à L (il n’en L’amplification des descriptions, en particulier lors de la tempête, va dans le même sens, les brèves incises qui soulignent le caractère poignant de la situation contribuant à accentuer le relief dramatique du récit, où la douleur des personnages est toujours intensifiée. 14   Deutéronome 8, 15 ; Ésaïe 48, 21. 15   Il est cependant rare que P comporte une forme élidée de monosyllabe valant pour une forme pleine (cf. vv. 85, 129, 445, 478, 547 et 612). Les hiatus sont en revanche courants, sauf avec un plurisyllabe (v. 172). 16   Pour ce qui touche la versification, on ne peut guère alléguer l’origine de l’œuvre pour privilégier les variantes de L. La langue que Guillaume le Clerc pratique est en effet conforme au français standard de son temps et donc respectueuse dans l’ensemble de la mesure.

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existe d’ailleurs pas d’illustration dans le texte pour des verbes comme avoir) ; de même pour remenderez, v. 175, overri, v. 622, et faudera, v. 71017. Lorsqu’une différence métrique peut être imputée avec certitude ou au moins avec une forte présomption à des particularités de ce type, ou à l’emploi du -s désinentiel, le texte de P n’est pas amendé en principe, à moins qu’une raison distincte nous y invite, et la variante de L n’est pas répertoriée, sauf si elle présente un autre intérêt. Plan de l’édition Exemplaire de référence : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19525, f° 67 a - 72 c (P) Exemplaire de comparaison : Londres, British Library, Add. 70513, anciennement Welbeck Abbey, duc de Portland, 1.C.1, f° 50 c - 55 c (L)

17  Aux vv. 181, 274 et 358, frez, fra et frai, formes anglo-normandes que le copiste de L adopte partiellement, ne coïncident pas avec celles, de type français, que l’auteur aurait dû employer s’il prenait garde à la mesure ( ferez, fera, ferai). Le statut de fra est toutefois incertain au v. 266 : si P en reflète bien l’état primitif, ore n’est peut-être qu’une graphie pour or.

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Aprés ceo ke Nostre Seignor Jesu Crist, le voir Sauveor, Fu relevez de mort a vie, E si fu de la cumpaignie Parti e la sus monté A destre de la magesté, Li apostre se departirent Qui plusors teres cumvertirent. La gloriouse Magdaleine, Ki de l’amur de Deu fu plaine, Marthe sa suer e Lazarus Que suscité avoit Jesus, E cil ke [ciu] out esté né Que Deus avoit enluminé, Dont maint jueu s’esmerveilla, E la curteise Marcilla Qui la bele parole dist Quant ele benei Jesu Crist E le ventre ki Le porta E la mamele k’Il tetta, E un deciple de grant pris Ki fu un des seisante dis Qui Maxi[min]us avoit nun – Cil fu lur siste cumpaignun –, Al cungié Pierres s’en alerent. La mer de Grece trespasserent E ariverent a Marceille. En la vile – ceo fu merveille –

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5. Vers hypomètre dans P et dans L, qui n’offre qu’un indice partiel pour une intervention (la desus ?). – 7. aprostre, premier r exponctué. – 13. E cil ke out esté né : vers déficient au point de vue métrique. La variante de L permet de réintroduire un élément de compréhension important (la tradition attribue à Cedonius une cécité qui remonte à sa naissance). – 23. Maxius. Correction d’après le v. 691 (forme de P). Rubrique : Ici comence le romanz de sainte Marie Magdalene. – 2. le verai salveur. – 3. en vie. – 4. Et fu de sa comp. – 5. et de sus. La suite de jambages qui composent l’essentiel du dernier mot pourrait équivaloir à mumté, mais cette lecture est peu probable. – 6. de sa maj. – 7. s’en dep. – 10. de l’amur Deu (vers hypomètre). – 12. Ki resuscité (vers hypermètre). – 13. Et celui ki ciu out esté nee (vers hypermètre). – 15. se merveillia. – 17. la bone p. – 22. Ki esteit dees s. dis. – 23. Ki Maximius (ou Maximins) aveit a nun. – 24. Cist fu lur sisme comp. À la suite de ce vers, L ajoute le couplet suivant : Ou autre genz qu’il aveient / Ki en Nostre Seignur creient, qu’il faut peut-être attribuer à l’archétype de nos deux manuscrits (les textes relatifs à Marie-Madeleine mentionnent en général d’autres chrétiens, anonymes, au nombre des exilés). – 25. Al cungé saint Pere s’en al. (vers hypermètre). – 26. trespasserunt. – 27. E] omis dans L (vers hypomètre).

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Ne purent trover nul ostel, Mes al [porche] d’un faus autel Del temple ou la gent s’asembloent Qui vaines ydles aoroent Les covint la nuit herbergier A poi beivre e a poi mangier. L’endemain quant le jur fu cler Veïssez venir e aler Al temple cele fole gent. La Magdaleine od le cors gent Lur comença a preechier Qu’il leissasent a pecchier E aorassent Jesu Crist. Bien lur enseigna e descrist Com Il en tere seit venuz E coment Il seit contenuz, E com Il ert resuscité E com Il ert al ciel monté, E coment al Derain Jur Il devendrat estre jugeur. Plusors ki la virent tant bele Entendirent a sa querele E l’escoterent ducement, Kar ele parlout mult noblement – E ceo n’esteit mie merveile [Se la] bele buche vermeile Ki les piez Dieu beisé aveit Curteisement parler saveit. Tant sermona, jol vus plevis,

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30. Mes al temple d’un faus autel. Correction pour le sens d’après L. – 40. Même vers, hypomètre, dans P et dans L. – 45. E coment (vers hypermètre). Correction d’après L. – 46. E coment (vers hypermètre). Correction d’après L. – 47. Même vers, hypomètre, dans les deux manuscrits, à moins d’admettre que l’adjectif derain compte trois syllabes, en dépit de la forme qu’il revêt ici. – 54. Sa bele b. v. Comme cette leçon, déficiente au point de vue métrique, la variante de L suppose qu’une nouvelle phrase débute ici. Il est cependant beaucoup plus naturel de recourir à une construction hypothétique, dont le premier mot de P garde peut-être la trace. 29. Ne poeient. – 30. Mes en porche d’un faus hauter. – 31. D’un t. u la gent s’asemblerent. – 32. Ke faus ymages adorerent. – 33. La les cuvint h. (vers hypomètre). – 34. A poy a beivere et a poi a manger (vers hypermètre). – 38. od] out. – 43. Come il ert en terre v. – 44. Et cum il s’esteit c. – 45. Et cum il est resuscitez. – 46. Et cum il est. – 48. Il vendreit (vers hypomètre). Ni L ni P n’offrent une leçon satisfaisante pour ce vers. – 49. L comporte ici une lettrine. – 50. a la qu. – 54. La buche est bele et vermeillie (vers hypomètre). – 57. jol] le.

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Que un halt home del païs A cui la province apendeit, Od sa femme, ke bele esteit, Vint al temple son Deu prier Que il li volsist otrier Que sa femme poüst conceivre E semence de lui receivre, Kar il n’avoit fille ne fiz, Dont il ert tristes e marriz E mult dolent e mult confus. La Magdaleine leva sus E preecha, ceo est la summe, Tant ke la femme a cel riche hume Entendi mult ducement, E si li fist priveement Par serganz ou mult se fiout Enveeir de ceo ke ele out A lui e a sa cumpaignie Si que sis sires n’en sout mie. Puis si li tarda si [poi] non Qu’il li vint en avision Que ele v[e]oit la Magdaleine Que li diseit od voiz certeine Qu’ele amonestast sun seignor Que il eüst pitié e tendror Des sainz Deu qui la hors estient, Ke ostel trover ne poeient,

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71. Même vers, hypomètre, dans P et dans L. – 72. mult priv. (vers hypermètre). Correction d’après L. – 77. si petit non (vers hypermètre). Au point de vue syntaxique, la présence d’une négation avant le verbe, comme dans L (au lieu de la particule si), semblerait plus adéquate, mais il n’est pas sûr pour autant qu’il faille adopter la variante complète de ce manuscrit. La graphie du mot que nous introduisons dans ce vers est conforme à la scripta de P. – 79. voit ou veit ne correspondent jamais à un imparfait dans P, mais il est vrai que nous ne disposons d’aucune occurrence du type de forme employé par le copiste de L, que nous adoptons donc à titre d’hypothèse. Celle-ci permet de rétablir la mesure du vers (l’emploi du présent, avec hiatus entre que et ele, est moins naturel ici). – 83. qui la dehors est. (vers hypermètre). Correction suggérée par L, dont la mesure est elle aussi déficiente. 58. de païs. – 60. Ou sa mullier que bele aveit. – 61. a temple. – 66. Dunt il esteit forment m. – 67. Et mut tristes. – 68. se levat sus (vers hypermètre). – 69. Et precha tant (vers peut-être régulier pour l’époque du scribe, mais excédentaire pour celle de l’auteur, si l’on admet que celui-ci pratiquait la diérèse dans le thème de ce verbe). – 70. Tant] omis dans L (vers hypomètre). – 76. nel saveit mye (vers hypermètre). – 77. Puis ne demora si poy nun. – 78. Ke lui vint. – 79. Ke ele veeyt. – 80. Que li dist a voiz c. (vers hypomètre). – 81. Ke ele deust dire a son seygnur (vers métriquement incorrect au regard de la langue des premières décennies du XIIIème siècle et donc issu d’un remaniement plus tardif). – 83. ky hors giseient (vers hypomètre).

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E qu’il lur feïst bien faire; Mes la dame n’osa retraire A son seignor le avision, K’ele le saveit a felon. ¶ A un autre nuit altresi Li apparut, com jeo vus di, E la tierce nuit ensement A ambedous communalment, Si k’il fu vis a ambedous Ke la dame veneit sur eus Pleine de si grant resplendor Ke cil avoient [grant] poür. « Dorz tu », fet ele, « mal tyrant, Que as mangié e beü tant Que tu es trestut engrotez, E les sainz Deu sont acorez La dehors, fameillus e nu ? Saches ke mal te est avenu E a ta femme, la serpent, Que te ne volt mon mandement Ne dire ne faire saveir. Si par tens ne lor faz aveir Sucurs, tu serras malbailli ! » A ces paroles s’envani, E cil meintenant s’esveillerent, Que durement se esmerveillerent, E si urent mult grant poür. Dont dist la dame a son seignor :

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96. Ke cil av. poür (vers hypomètre). Correction d’après L. – 102. La première lettre d’avenu comporte peut-être une abréviation dont il est difficile de percevoir la valeur. – 103. la serpente. La forme reproduite par L est préférable pour la rime. – 108. A cestes p. (vers hypermètre). Correction d’après L. 87. l’avisiun. – 88. Kar ele le sav. – 89. La secunde feiz tut autresi (vers hypermètre). L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers. – 91. nuit] tut. – 93. Si que vis fu. – 95. En furme de si grant resplendur (vers hypermètre). – 96. Que il aveient grant poür. – 97. feit ele a felun t. (vers hypermètre). – 98. Ky as bien beu et m. tant. Cette leçon n’est acceptable que si l’on compte une seule syllabe pour le participe beu, ce qui ne correspond pas à l’état de la langue pratiquée par l’auteur mais à celle du scribe. – 99. Qui es tr. (vers hypomètre). – 100. Et les feeuz Deu sunt acerez. Variante métriquement déficiente et dont le dernier mot ne fait guère sens. – 102. Sachiez. – 103. la serpent. – 104. Ki ne te vot mun comandement (vers hypermètre). – 105. feire a s. – 106. ne feis aveier (vers hypomètre, le dernier mot ne représente sans doute qu’une graphie insolite pour aveir). – 108. A ses p. s’esvani. – 110. Ki dormeient ses merveillierent (sic).

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« Sire, avez veü e oï Come ceste dame vint ci ? – Oïl », fait il, « seürement. Si m’esmerveil estrangement E si en sui en grant friçon. Que loez vus que nus feson ? – Sire », fet ele, « bien le sachez, Ceo est ore la tierce fez Ke ele est a moi apparue E que jeo l’ai issi veüe, Mais jeo dut[aie] tant vostre ire Que jeo nel vus osaie dire. Faimes lor bien, si m’en creez, E a la dame requerez Que ele prit a son Seignor, Dont ele sermone chescun jor, K’il nus doinst aucun enfant. Si la dame nus feseit tant Ke par lui pussun aveir Fiz ou fille que fust nostre eir, Jeo porraie legerement Sustenir sun preechement. – Par fei », fait il, « vus dites bien, E il averont par tens del mien. » L’endemain, quant jor apparut, Li riches home ne s’arestut. Tute la vile assembler fist E si lur comanda e dist Qu’il receüssent cele gent E qu’il les oïssent sovent. Bon ostel lur a fait trover

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113. avez vus veü e oï : vers hypermètre (à la différence de ce qui se produit dans L, le copiste ne pratique pas la synérèse dans de telles formes). Correction d’après L. – 123. dutai (vers hypomètre). Correction d’après L, graphie conforme à la scripta de P (-aie n’est pas la finale d’imparfait la plus commune dans cet exemplaire, mais le scribe l’emploie occasionnellement). – 131. Même vers, hypomètre, dans les deux manuscrits. 113. avez veü et oÿ. – 114. vint ici (vers hypermètre). – 116. Si me merveil mut durement. – 118. Qu’en loez que nus façun (vers hypomètre). – 121. Ke ele s’est. – 123. dotoye. – 124. Ke je ne vus osay dire (vers hypomètre). – 125. lor] ore (vers hypermètre). – 127. Ke ele requerge sun seignur. – 129 - 130. Omis dans L. – 133. Jeo] La. – 135. Dame feit il. – 136. Si averunt. – 137. quant le jur ap. (vers hypermètre). – 138. Li riches hom ne s’arescut (?). – 139. ensembler. – 142. Et les oÿssent sov. (vers hypomètre). – 143. Mut bon ostel lur fist tr.

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E si lur fist aministrer Trestut quanqe mestier lur fu Si qu’il n’unt [puis] mesaise eü, E la Magdaleine preierent, E devant lui s’agenoilerent Ke vers son Deu tant espleitast Ke fiz ou fille lur donast; E la Magdaleine si fist, E li pruddome qui la requist Jut od sa femme, si la hanta Si qu’en poi d’ore la enceinta. Quant ele senti l’enfant moveir, « Sire », fait ele, « ceo est veir Ke de vif enfant sui enceinte. Mult est la Magdaleine sainte E li suens Deu est glorius E sur tuz altres vertuus. – Dame », fet il, « vus dites voir; E jeo irrai par tens savoir Si de Jhesu avint issi Come la dame conte ici. – Sire », fet ele, « jo irrai od vus. Coment departirum nus ? Ceo ne serreit pas bone foi. Vus ne devez aler senz moi. Od vus dei aler e venir, Les biens e les mals sustenir, Od vus lever, od vus cuchier, Od vus beivre, od vus mangier, E od vus com od mon seignor Estre al travail e al suor.

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146. Si qu’il n’unt mes. eü (vers hypomètre). Correction d’après L. – 166. Vers hypomètre. Il est difficile de se prononcer sur l’authenticité du couplet qu’il forme avec le précédent. – 172. Même vers, hypomètre, dans les deux manuscrits (à moins d’admettre ici un hiatus, exceptionnel, avec un mot de plusieurs syllabes). 146. Si qu’il n’unt puis mesaise eü. – 152. ke l’en requist. – 153. si] et. – 156. ceo est tut veir (vers hypermètre). – 157. Ke d’un enfant (vers hypomètre). – 158. sainte] geinte (?). – 159. si suen deus. – 161. Dame] Certes. – 162. Et ceo voil jeo par tens saveirz. Après ce vers, L comporte l’ajout suivant : Ne voil jeo plus demorer / Ke jeo n’en auge a sepulcre orer / Desque en Jherusalem iray / Et par mei meimes enproveray. Le statut de cette variante reste incertain. – 163. vint (vers hypomètre). – 165 - 167. À ces trois vers correspond l’octosyllabe suivant : Sire feit la dame par fey. – 171 - 172. Vers intervertis dans L. – 173. E] Omis dans L (vers hypomètre). – 174. Le copiste de L a sans doute transcrit l’infinitif sivir au lieu du substantif qui termine ce vers.

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– Dame », fet il, « einz remenderez, Ceo ke nus avum garderez. Trop vus serreit gref le veage E la mer ke tant est salvage, E vus estes grosse e enceinte. En vostre chambre [qu’est] depeinte Vus frez servir e baigner, Ka[r] vus ne poez travailler. – Sire », fait ele, « ne puet estre. Ja ne voi[e] jeo l’enfant nestre Si jeo aprés vus i remaign Pur nul eise ou pur nul gaïn ! » Tant a pluré, tant a preié Ke li ad son [gré] otrié. ¶ A la Magdaleine est venu, Si li ad dit e coneü Com il volt al seplucre aler E sa muillier od lui mener. Quant k’il aveit a [ses] mesons En rentes, en possessions, Livre en sa guarde e en sa main, Puis s’est atorné l’endemain D’or e d’argent e de monee, Kar par tens volt faire sa voee; E la curteise Magdaleine Li done la croiz premereine Ke unkes portast pelerin. Sur l’espaule, ceo est la fin,

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180. En vostre ch. dep. (vers hypomètre). L, que nous suivons ici, ne marque pas l’élision du pronom relatif. – 182. Ka. Correction pour le sens (on pourrait aussi admettre la leçon de L). – 184. Ja ne voi jeo (vers hypomètre). La syntaxe invite à privilégier le mode subjonctif, comme dans L. – 188. son seignor otrié (vers hypermètre) Correction d’après L. – 190. e convenu. Correction d’après L. – 193. as mesons (vers hypomètre). L diverge beaucoup de P, mais nous suggère une correction plausible pour la dernière partie de ce vers. – 194. e en poss. (vers hypermètre). On pourrait tout aussi bien admettre : En r. e poss. – 196. Puis s’en est at. (vers hypermètre). Pour le sens, c’est à l’évidence s’est atorné, et non s’en est turné, comme dans L, qui convient. L’élimination de en permet de rétablir la mesure sans procéder à des remaniements de plus grande conséquence. 179. gr. enc. (vers hypomètre). – 180. En vostre ch. que est dep. – 182. Ke. – 184. Ja ne veie l’enfant n. (vers hypomètre). – 185. aprés vus remaigne (vers hypomètre). – 186. u pur nul baigne. – 187. pluree et priee (vers hypomètre). – 188. Ke cil ad sun gré otriee. – 189. L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers. – 190. et coneü. – 192. Et sa femme ovec lui m. – 193 - 194. Ses terres et ses possessiuns (vers hypermètre si l’on pratique la diérèse sur la finale du dernier mot, ce qui devrait être le cas en principe) / Et ses rentes et ses maisuns. – 196. Puis s’en est turné. – 200. dona. – 202. Sur s’esp.

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Lui mist une croiz a enseigne; A Deu l’i comanda, sil seigne. La dame por ceo le croiza Ke [li] malfé ne le pust ja Tempter ne faire repentir De son veage parfurnir. Quant il furent aparailé, A la dame prennent congié Que mult a Dieu por eus requis Ke les remaint en [lur] païs E les conduie a salveté. Lores sont en une nef entré Ke fu apparailé al port. Quant Dieus lor dona vent del nord Eskiperent li marinier E firent les veiles drescier, E quant il furent al palacre, Si s’en alerent dreit vers Acre Le plus droit chemin k’il purent. Solonc l’orage qu’il urent, Un jor e une nuit siglierent K’unqes nul ore ne finerent. A mult grant joie s’en aloent E a plaine veile sigloent, Quant aventure lor mult gerre, Ke a la mer e a la tere Se change e remue sovent. A poi d’ore venta un vent Ki fist la nef croistre e branler. La mer comenza a emfler

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206. Ke m. (vers hypomètre). Correction d’après L. – 212. en son païs. Correction d’après L (graphie conforme à la scripta de P). – 222. Vers hypomètre dans P et dans L (l’emploi de la forme pleine de l’article devant orage, comme dans ce dernier, ne représente pas une solution satisfaisante). 204. le comande et enseigne. – 205. Pur ceo la dame se croisa. – 206. Ke li m. ne peüst ja. – 209. L comporte ici une lettrine (la disparition de la lettre d’attente ne permet pas de savoir si c’est le décorateur qui s’est trompé en exécutant un A au lieu d’un Q – d’où la forme Avant – ou si cette faute remonte au scribe). – 210. De la dame pernut (?) cungié. – 212. K’il lur remaint a lur païs. – 213 - 214. Omis dans L. – 215. En une nief entrent au port. – 216. Quant il ourent le vent de north. – 217. Et ki perent li mar. (la segmentation introduite par le copiste montre que celui-ci n’a pas compris le début de ce vers). – 218. Puis f. les siegles dr. – 219. Quant il f. en pal. (vers hypomètre). – 221. que porent. – 224. Unkes. – 226. a plein veile (vers hypomètre). – 227. Même si l’avant-dernier mot comporte le nombre de jambages nécessaire à former la suite mut, il semble plutôt que le copiste ait écrit lur vint gerre. – 231. Qu’il fist (...) brander (?).

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E les gros venz a esforcier Com s’il volsist tut depescier Cordes e veil e trés e mast. N’i out nul que ne reclamast Tel aïe com il quidout Ki la mester aver li pout. La Magdaleine i fu nomee De cels ki l’aveient amee E reclamee ducement, Mes tut adés crut le torment Ke nuls ne se sout conseiller. La prist la dame a travailler Del son ventre en cele tempeste Si qu’ele ne pout lever la teste. Reïne de misericorde ! Ki est cil ki cest pas recorde Ki del quer ne suspire e plure ? Encore n’iert pas la dame a l’ore A son droit terme parvenue, Mes aventure est avenue A meinte femme meinte foiz Ke ele esteit en tel destroiz, Ke avoit bien devant son jor Par maladie ou par poür, Par talent ou par bleceüre Ou ja par aucun aventure Enfant ke longement vivreit, Si com Deus purveü aveit En qui tutes les vies sont

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237. quidouot. – 250. Exception faite du v. 590, où le mot figure à la rime, le scribe emploie toujours la forme encore, ou une de ses variantes, sans se soucier de l’exécédent métrique qu’entraîne parfois la présence du -e final. Nous n’intervenons pas dans de tels cas. 233. Et le grant vent a enforcier. – 234. Cum cil deüst tut dep. – 235. et veiles et trief (vers hypermètre). – 237. quidout. – 238. aver le pout. – 239. i fu n.] unt nomé (vers hypomètre, à moins d’admettre un hiatus avec le mot précédent). – 240. reclamé (vers hypomètre). – 243. nul ne saveit. – 245. De sun v. – 246. Ke ele ne pot l. sa t. – 247. Reïne] Veine. Comme au v. 209, la disparition de la lettre d’attente ne permet pas de savoir si c’est le décorateur qui s’est trompé en exécutant un V au lieu d’un R ou si cette faute remonte au scribe. – 248. Ky est qui (vers hypomètre). – 249. de quer. – 250. la da (?) a l’ure. – 251. A] De. – 254. Ke ele ert en si grant destreiz. – 255. Ke li vent bien devant sun jur. Le couplet formé par les vers 255 - 256 est interverti avec le suivant. – 257. Par t. a blesc. – 258. U par aukune autre av. – 259. viveit. – 260. l’aveit. – 261. les veies.

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sources antérieures à jacques de voragine

De cels qui [vienent] e qui [v]ont Par mi cest siecle trespassable. Si com la mer est changable Change li mondes e trespasse, Mes Deus, ke fra ore la lasse Que est posee en si fort cas, Kar li venz ne s’abesse pas [Einz] esfor[ce] e la mer s’atruble, E la tormente crest a duble ? La mer croist e la femme crie : « Duze Magdaleine, Marie, Ke fra vostre pelerine Ki en bele chambre marbrine Peüst estre e aïe avoir De femmes ki [deivent] savoir De tel afaire e de tel chose ? » Se la dame une ore repose Ke ele ne sent la grant angoisse, Ele out le vent que la mer froisse E la wage que les sozlieve, Si que por poi ne fent ou crieve. Si cent femmes od lui eüst, Ja une sole ne peüst La main lever por li aider. Jeo ne puis ci entor plaider Ke jeo n’ai le quer esmeü, Kar tel mal ad la dame eü

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262. qui vivent e qui ont. Le dernier mot est à coup sûr fautif et même si le maintien de vivent ne soulève aucune difficulté, la variante de L est plus cohérente et mérite donc d’être considérée dans son ensemble. – 269. Ens esforz : leçon admissible mais à laquelle il semble préférable de substituer le texte de L (graphie conforme à la scripta de P, cf. v. 175). – 270. E la mer torm. Correction d’après L. – 276. ki deveient (vers hypermètre). Correction d’après L. – 281. E la wage que les nefs sozl. (vers hypermètre). La variante de L est peu satisfaisante, métriquement insuffisante, et n’offre aucun appui décisif. – 282. Avec des verbes tels que fendre ou crever, on attendrait plutôt un sujet comme quer (cp. L), mais cette leçon reste acceptable. 262. ki venent et ke vunt. – 263. Par cest s. (vers hypomètre). – 265. cist mund (vers hypomètre). – 266. Deus quei ferat ore ceste l. (vers hypermètre). Il est possible que l’auteur ait employé ici la forme dialectale du futur de faire, que P aurait conservée, même si l’on arrive très bien à reconstituer un archétype convaincant avec fera (Deus que fera ore la l.). – 268. n’a ab. pas. – 269. Ainz s’afforce et la mer truble. – 270. Et la turment cret a d. (vers hypomètre). – 271. La nief cr. – 274. En sa ch. m. (vers hypomètre). – 275. Poest estre (forme ambiguë). – 276. Des f. que deivent. – 277. e de tel ch.] de tele ch. (vers hypermètre). – 279. K’ele ne sente (vers hypermètre). – 281. La wage qui sur lieve (vers hypomètre). – 282. A poy ke li quers ne li cr. – 287. Que jeo n’eie le quer mu (le déficit métrique dans cette variante peut être comblé si l’on adopte la forme ancienne du participe, meü).

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Qu’ele morut e espira, E li emfes hors se tira De sa mere ke ainz fu morte, Ke il fust bien hors de la porte. Od sa buche[tte] vet querant Alcun solaz de la creant, Mes il ne trove ke li rende Sa dreiture ne sa merende. Lors comenza son lai de plor. Se li pierres en ad dolor, Ceo ne fet mie a demander, Kar il ne lui pot amender Nule chose de son afaire. Od lui estuet crier e braire. Se si bien confermé ne fust E Dampnedeu ne li eüst Aidé en cele mesestance, Chaï fust en desesperance, Mes la croiz grant mestier li ot E cele que por lui preiot Si ke il ne se desespera, Mes si grant dolor al quer a Ke nuls homme nel savreit retraire, Car que peüst tel homme faire En tel dolor e en tel peine ? La nef que la tormente maine Curt a grant force e a grant bruit Si ke li marinier sont tuit Esbaï e desesperé E de contenance esgaré. Alcon ke mielz aider se pot De la dame conuit e sot

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293. buche (vers hypomètre). Correction d’après L (graphie conforme à la scripta de P). – 294. À moins que creant ne signifie ici « croyante », nous ne voyons pas comment interpréter ce vers. Le remplacement de ce terme par traiant, d’après L, ne ferait que substituer un problème à un autre. 289. Que la mourust. – 290. hors se cira (?). – 291. ki fu ainz m. – 292. K’il fust (vers hypomètre). – 293. buchecte. – 294. D’akun solas de la traiant. – 295. trove] rende. – 297. Tost comence. – 299. Ceo n’est pas a dem. (vers hypomètre). – 300. poet. – 302. l’estuet. – 305. en cele mestance. – 306. en desperance (vers hypomètre). – 311. Que le (qu’ele ?) ne vus say r. – 312. Kar quei poest cel hom f. (vers hypomètre; poest est cependant une forme ambiguë, comme au v. 275). – 313. En cel dolur en cele p. – 314. maine] meinte. – 315. e] omis dans L (vers hypomètre).

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Ke l’alme ert parti[e] del cors. « Or n’i a fors de[l] getter fors », Fait il, « car ci n’ad nul estoi. Sauef tens averiom onckore oi Si hors esteit la femme morte Que nostre nef sustient e porte, Kar mer ne pot tel fés porter Qu’il ne li estece geter. Ceo est espruvé bien piece a. » Donc dist chescun : « Or ça, or ça ! Pernon cest cors, si l’i tolom E en cel ewe le lançom ! » Quant li pelerin ceo entent, Ne demandez s’il fu dolent ! Estes vus dolur sur dolor Qu’il n’ot en lui sanc ne color. « Seignors », fait il, « merci por Dé. Onckore n’a ge gaires gardé Cest cors [de ki] l’alme est partie, E si devient qu’el ne l’est mie. Ele est en transes, s’esdevient; Mainte tele aventure avient. Suffrez si ele [puet] respirer, E s’il ne vus plaist endurer Que unckore la tienge un petit, A l’enfant qui encore vit Esparniez, ne l’occiez mie. Ceo serreit trop grant felonie : Homicide en serriez Si en ewe vif le getiez. »

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321. parti (vers hypomètre). Correction d’après L. – 322. de g. le fors (vers hypermètre). Correction d’après L. – 323. car ci n’i ad nul estoi (vers hypermètre). Correction d’après L (on pourrait néanmoins préférer : car n’i ad nul estoi). – 339. dont l’alme est p. (vers hypomètre). Correction d’après L, dont la leçon est toutefois incomplète (graphie conforme à la scripta de P). – 343. si ele peust resp. La forme de pouvoir employée ici correspond toujours à un imparfait du subjonctif, bisyllabique. Correction d’après L (graphie conforme à la scripta de P). 321. partie. – 322. del geter hors. – 323. kar n’ad nul estu (vers hypomètre). – 324. Bel tens averums uncore veu (vers hypermètre). – 326. il sustient (vers hypermètre). – 327. Kar ne pot cel fés p. (vers hypomètre). – 328. K’il ne lui estot hors g. – 329. Ceo est bien espr. pieça. – 330. Ore ça ore ça (vers hypermètre). – 334. cil fut d. – 335. On lit : Estevus sur grant dolur, ce qui ne fait guère de sens et ne suffit pas pour un octosyllabe. – 338. Uncore n’avés guaires. – 339. Cest cors de ki est p. – 340. ke nun est mie. – 341. se devient. – 343. se ele poet. – 344. Et sevals ne poez end. (vers hypermètre). – 345. la guart un p. – 346. A l’enfance. – 347. ne occiez. – 348. Trop ferriez grant felunie. – 350. Si en l’ewe le g.

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En ceo qu’il parolent issi,

Par devant la nef ont choisi Un mont ke assez pres esteit, E quant li pelerins le veit, Le mestre esturmant apela. « Sire », fait il, « faites moi la Desi que a cest mont mener. Jeo vus frai del mien doner Tant com vus oserez prendre. Fetes vostre nef ci atendre Tant que jeo ai enterré mon cors. Jeo vus partirai mes tresors Dont tuz jurz mes serrez mananz. » Quant ceo oent les esturmanz, Por l’amur e por le delit Del guaïn, ke n’iert pas petit, Besserent maintenant le tref E si alerent plus suef. En mer lancerent le batel Ke mult ert riche e bon e bel, E ces dedenz receü ont [Si les nagierent desq’al] mont. Cil qui volt son cors enterrer Ne pout pas la terre entamer, Tant l’a trové tenante e dure, Mes il trove par aventure Une bele place celee Desuz une pierre cavee.

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358. Voir v. 181. – 369. En la mer lanc. le b. (vers hypermètre). L’écart entre P et L (également déficient au point de vue métrique) est trop important pour que l’on puisse recourir à leur comparaison. La suppression de l’article est la seule intervention qui permette d’éviter des remaniements plus conséquents. – 372. Por le nagier de cel mont. Cette leçon n’est pas intelligible, à la différence de celle de L, que nous adoptons ici, faute d’entrevoir une correction plus légère (Por les nagier desqu’a cel mont ? Voir aussi le v. 558). Graphies conformes à la scripta de P. 351. A ceo que p. L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers. – 354. E] omis dans L (vers hypomètre). – 355. On lit : Le maistresteresman apella. – 356. dist il. – 357. qu’a cel munt. – 358. del mien] demain. – 359. Tant cum oseriez (vers hypomètre). – 360. F. un poy la nief at. – 361. Tant que a tere ay cest cors (vers hypomètre, ou faut-il comprendre : Tant que ateré ay ?). – 362. porterai. – 363. Dune ad lur serrer m. (?). – 364. Kant ceo entent li esteremanz (?). – 365 - 366. Omis dans L. – 367. Maint. fet abeisser le trief (vers hypermètre). – 369. Tantost lanc. hors le b. (vers hypermètre). – 370. Que mut est seür et bel (vers hypomètre). – 371. Et tel ded. – 372. Si les nagierent desk’al munt. – 373. le cors. – 374. pas] omis dans L (vers hypomètre). – 375. Tant la trova fiere et dure (vers hypomètre, à moins d’admettre un hiatus). – 376. trova.

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sources antérieures à jacques de voragine

La desoz ad sa femme mise En ses dras [e] en sa chemise. Juste son piz li met l’enfant Qui estoit oncore vivant. De son mantel covert les a, E sachez que mult lui pesa Quant il l’en covint departir E en ad geté maint suspir. « Ha ! », fait il, « duze Magdaleine, Por ma dolor e por ma peine Arivastes en mon païs ! Maleürus fu e chaitifs, Bele dame, quant jeo vus crui. A grant dolor torné en sui. Dame, trop grant pecchié feïstes Quant votre seignor requeïstes Ke ma muillere enfant eüst Par si ke de l’enfant morust ! Or est morte e il ert ja mort. Vis m’est ke vostre [en] est li tort. Jeo vus bail[a]i quanqe jeo avoie Quant jeo me mis en ceste voie, E al vostre Dieu e a vus, Que tenez si a vertuus, Comant jeo le cors e l’enfant, E a l’alme seiez aidant De la dame k[i] est finee

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380. En ses dras en sa ch. (vers hypomètre). Correction d’après L (graphie conforme à la scripta de P). – 398. ke v. est li tort (vers hypomètre). La variante de L s’éloigne trop de celle de P pour suggérer une intervention, à moins de l’adopter de part en part. Celle que nous proposons est donc de nature incertaine. – 399. baili. Cette forme correspond bien à la première personne du parfait de bailir, mais ce verbe n’a pas la signification requise ici, qui est celle de bailler (comme dans L). – 405. k’est f. (vers hypomètre). L concorde avec P pour cette partie du vers. La solution consistant à réintroduire la forme nominative du relatif, afin d’éviter l’élision, semble la plus appropriée (on peut cependant tout aussi bien envisager une solution telle que k’est si f.). 379. Ilockes ad la f. mise. – 380. et en sa ch. – 381 - 382. Omis dans L. – 383. cov. le a. – 384. que] omis dans L (vers hypomètre). – 385. il covint (vers hypomètre). – 386. E] omis dans L (vers hypomètre). – 387. Ahy fet il (l’interjection compte en principe pour deux syllabes, ce qui produit un excédent métrique). – 389. a mun paÿs. – 390. Maleurez fu ge. Cette leçon qui, à l’époque de l’auteur, suppose une diérèse dans le premier mot, ne peut donc résulter que d’un remaniement postérieur. – 392. turné sui (vers hypomètre). – 393. trop] omis dans L (vers hypomètre). – 394. notre seignur. – 397. et il est mort (vers hypomètre, à moins d’admettre un hiatus). – 398. Dame dun n’est v. li tort. – 399. Jeo vus baillai quant je aveie. – 401. al] a. – 402. Ke tant t. v. (vers hypomètre). – 403. Jeo comand. – 404. as almes. – 405. De ma femme (vers hypomètre).

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Par issi dure destinee. » Quant longement ot son dol fait, A ses cumpaignuns s’en revait Qui l’en remainent en la nef. Meintenant haucierent le trief Quant la tormente fu beissee. La nef s’en vait tut eslescee. Ici endreit ne voil jeo mie Trespasser que ne vus die De la tresduze pecchieresse Ke en tere ert preechieresse E ke el mont devint nurrice E qui en [mer] fist tel office Com l’en fait a enfant receivre. De la mer l’eüssent fait beivre Si cele n’en eüst prié Cui Deu pardona son pecchié. La gloriuse Magdaleine Esteit en tere e vive e saine, Mes sa merite e sa priere Ert devant Deu en tel maniere Ke li emfes qui vif estoit E que sis pierres li avoit Comandé od bone creance Trova par devine puissance Duz let en la mamele [m]orte Dont il se saole e conforte –

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414. que ne vus die. Vers hypomètre, comme dans L. que jeo ne vus die serait une correction acceptable, mais hypothétique. – 418. E qui en fist (vers hypomètre). Correction d’après L, qui permet aussi de réinstaurer la complémentarité voulue par le récit. – 431. porte. Cette leçon n’est viable qu’à condition de marquer ici le début d’une nouvelle phrase et de faire de Marie-Madeleine le sujet du verbe, ce qui n’est guère satisfaisant. La variante de L est nettement préférable. – 432. Dont il se s. e reconforte. Si l’on observe la diérèse dans le thème de saole – ce qui devrait être le cas pour un texte dont l’archétype remonte au début du XIIIème siècle –, ce vers comporte une syllabe excédentaire. Correction d’après L, dont la variante n’est suspecte que pour le premier verbe. 408. se traist (vers hypomètre). – 409. Qui l’en portent a la nief (vers hypomètre). – 411. fu abaissé (vers hypermètre). – 412. La nief curt tut en laissé (vers hypomètre). – 413. Mes ci endreit. L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers. – 414. ke nel vus die. – 416. K’en tere est pecheresce, ajouté à la suite directe du vers précédent. – 417. Et ki en munt. – 418. Et ki en la mer fist (vers hypermètre). – 421. n’eüst preié (vers hypomètre). – 422. Ke Deu p. – 423. L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers. – 424. e vive] vive (vers hypomètre, à moins d’admettre un hiatus). – 426. Est. – 427. en tele manere (vers hypermètre). – 428. E] omis dans L (vers hypomètre). – 429. par bone cr. – 430. Et trova (vers hypermètre). – 431. morte. – 432. Dunt il sasoule (?) et conforte.

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sources antérieures à jacques de voragine

Ceo est mult grant merveille a dire; Mes jeo sai bien ke Nostre Sire Pot par tut faire son plaisir. Cil qui fist les ewes sailir De la dure pierre al desert Veant tut son poeple en apert Pot bien faire ceo que jeo cunt. Le cors garda que ert al mont Qu’il ne seccha ne ne porri, E si [fu] mielz l’enfant nurri Que s’il eüst plusors nurrices, Kar [il] ne quiert altres delices Fors la mamele k’il tette, Que n’iert trop grant ne petitette, Mes a mesure plaine e bele. Li emfes vit de la mamele E git adés suz le mantel Dont mult ert soe[ve] la pel. La dame ne fu adesee Ne de plue ne de rusee Ne de chalor ne de freidure, Ançois jut sur la pierre dure. Onckes beste n’i adesa; Onckes oisel n’i reposa; Onqes n’i atucha vermine. Ilokes jut mult long termine, E sachez ke li espiriz, Deske [il] fu del cors partiz,

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442. E si mielz l’enfant nurri. Vers hypomètre. Correction d’après le modèle indirect de L. – 444. Kar ne qu. Vers hypomètre. Corrrection d’après L. – 446. ne trop petitette. Vers hypermètre. Correction sur le modèle de L. – 447. planiez est une lecture sans doute préférable à plainez, mais qui nous laisse perplexes. La seconde éventualité se heurte quant à elle aux habitudes du scribe, qui n’emploie jamais -z comme marque morphologique avec des mots féminins (sauf à finale accentuée). – 450. soef (vers hypomètre et accord déficient). Correction d’après L. – 460. Deske fu (vers hypomètre). Correction d’après L. 433. Ceo est] Ci ad. – 434. bien] omis dans L (vers hypomètre). – 436. Cil fist ky l’ewe saillir (avec marques d’insertion destinées à rétablir le relatif devant le verbe; vers hypomètre). – 437. en desert. – 438. Veant sun puple (vers hypomètre). – 439. iceo. – 440. ki est en munt. – 441. Ke il ne secha ne purri. – 442. Et l’enfant fu mieuz nuri (vers hypomètre). – 443. Ke cil eust eu plusurs nurices. Cette leçon implique le recours aux formes monosyllabiques du subjonctif imparfait et du participe passé d’avoir, ce qui contredit leur aboutissement à l’époque de Guillaume le Clerc. – 444. Kar il ne quert. – 445. ke il teite. – 446. Ke n’est pas grant ne petite (vers hypomètre). – 447. pleine et bele. – 449. Et gist au desuz le m. – 450. Dunt mut est sueve. – 452. De pluvie (vers hypomètre). – 454. Ainz (vers hypomètre). – 458. Et s’i fu il mut lung t. – 460. Desque il fu.

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Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19525 (n° 5)

Alad [en] son pelerinage Ou la dame avoit en curage. Pres de son seignor se teneit, Mes nuls home veeir le poeit. Quant la tormente fu chaüe, Ke cil avoient grant eüe, E la mer fu ser[i]e e quoie, La nef s’en ala droite voie Desque la tere de Sulie, E Dampnedeus fu en aïe Al pelerin ki Lui querreit, Kar a bon port le mena droit; E quant il out paé son fret, Tantost a la voie se met, E n’ot mie granment erré Que il a sein Piere encontré Ke mult grant joie en son quier ot Quant vit la croiz k’il portout Sur la destre espaule cosue, [K’]unqes croiz mes n’avoit veüe A altre pelerin porter. Ore le voldra reconforter : « Ki estes vus », [fait il], « bial sire ? » E cil [li] comença a dire Dom il estoit e de quele terre E qu’il venoit iloqes querre, E qui li ot la croiz donee, E trestote la destinee

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461. Alad son pel. (vers hypomètre). Correction d’après L. – 464. home a été ajouté au-dessus de la ligne par le copiste. – 467. serre. Correction d’après L. – 468. s’en ala la dr. voie (vers hypermètre). Correction d’après L. – 480. Car unqes croiz (vers hypermètre). La variante de L n’est pas entièrement satisfaisante – on s’attend à ce que le complément de veüe soit exprimé, même si celui-ci peut être déterminé à partir du v. 478, et le maintien de croiz, au prix d’un remaniement superficiel, semble donc préférable. – 481. aporter (vers hypermètre). Correction d’après L. – 483. Ki estes vus bial sire (vers hypomètre). Correction d’après L (graphie conforme à la scripta de P). – 484. E cil com. a dire (vers hypomètre). Correction d’après L (graphie conforme à la scripta de P). 461. Ala en sun pel. – 462. out en cur. (vers hypomètre). – 464. nel poeit. – 466. Que cil ourent (vers hypomètre). – 467. serie. – 468. s’en ala dreite voie. – 469. Desques en la terre (vers hypermètre). – 470. Et dampnedeu en fit aÿe. – 472. a dreit (vers hypermètre). – 475. N’ast mie grant veie erré (vers hypomètre). – 476. K’il n’at. – 478. ke il portot. – 479. Sur sa d. esp. – 480. Ke unkes mes n’aveit v. – 481. porter. – 483. Ki estes vus fet il bel sire. – 484. Et cil lui començad a dire. – 486. Et quei il vint iloc quere (vers hypomètre, à moins qu’iloc ne représente qu’une forme de surface correspondant en fait à celle qui figure dans P). – 487. Et ki lui aveit la donee (la mesure du vers est correcte, mais celui-ci est manifestement incomplet). – 488. sa dest.

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Coment il li ert avenu Li ad dit e reconeü. « Ha ! », fait Pierres, « biau dolz amis, En bon conseil vus estes mis. Vus avez bon conseil creü E vus estes mult bien venu. Jeo serrai vostre compaignon, Vostre aïe e vostre guion. En Jerusalem vus merrai. Tut le païs vus musterai E vus enseignerai coment Deus vint por nostre salvement; E si vostre mullier se dort, Jhesu Crist qui por nus fu mort Porra bien vostre grant tritesce Torner a joie e a leesce En poi d’ore quant li plerra. » Al franc pelerin esclaira Le quor quant la parole oï E finement se resjoï Quant il out seü e pruvé Qu’il avoit sein Piere trové. Od lui ala joiusement E fist tot suen comandement, E seint Piere l’endoctrina. En Jerusalem le mena Al [sepucre] ou Deus ot geü E al temple Salomon fu, En Bethleem ou Deus nasqui, En mont Calvarie autresi.

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515. La leçon de P, E al temple ou Deus ot geü, est incompatible avec les Écritures et la légende de MarieMadeleine indique le Saint Sépulcre comme l’un des buts de pèlerinage du mari. temple représente donc sans doute une anticipation du vers suivant. La variante de L ne peut cependant convenir – elle impose de traiter le participe de gesir comme un monosyllabe, ce qui reflète la pratique du scribe et non celle de l’auteur. Le plus simple est ainsi de supprimer la conjonction par laquelle ce vers débute et d’aligner L sur la syntaxe de P. 489. Et coment il iert av. – 490. Tut lui dist et reconeü. – 491. A fet il Pieres beus amis. – 492. vus] omis dans L (vers hypomètre). – 493 - 494. Vous estes a mei mut bienvenu (vers hypermètre) / Et bon cons. avez creü. – 501. vostre femme. – 502. Jh. Cr.] Jhesus (vers hypomètre). – 503. vostre tr. (vers hypomètre). – 504. en joie et en l. – 506. enclara (?). – 507. ot oÿ (vers hypermètre). – 508. durement. – 509. Kant il out de veir esprové. – 510. Ke saint P. out tr. (vers hypomètre). – 511. haitiement. – 514. Et en Jh. (vers hypermètre). – 515. Et le sepucre u Deu out jeu. – 516. k’a Sal. fu (vers hypermètre). – 518. Et le munt C. (vers hypermètre).

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Le flum ou Il fu baptizié Li ad mustré e enseignié. Par tut [le païs] l’ad mené, E chescun jor l’ad confermé En bone foi e en creance, E il fist od lui demorance Plus de dous anz en cel païs, Tant que li ad congié requis E que seint Piere li otreie, E li comande que il creie Si com il li ad enseignié. Quant beneït l’ot e seignié, Congié ad pris, si s’en repaire. A la mer vient – ne targe gaire –; Od les mariners se conseile La quele nef irra a Marseile. Alcun li dist : « Biau sire, ceste Est aturné e tute preste E si ad charge a grant plenté. » Lores est [en] une nef entré Quant il out fait son covenant, E li marinier maintenant, Quant avoient bon vent del su, Sont suafet del port eissu E comencerent a sigler, Tant qu’il vindrent en halte mer. Tant cururent li marinier A bon vent e a dreiturer Qu’il costierent un mont. Si come li Salvere del mond

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521. Par tut li ad amené : vers hypomètre et peu satisfaisant par ailleurs. La variante de L impose le choix de mené au lieu d’amené,  forme que les deux copies partagent néanmoins. – 522. li ad conf. (vers hypermètre). Correction d’après L. – 538. Lores estoit une nef entré. Pour compenser l’ajout d’une préposition, à l’évidence nécessaire ici, le recours au présent s’impose, comme dans L (le premier mot ne compte sans doute que pour une syllabe, cf. vv. 214 et 642). 521. Par tut le païs l’ad amené (vers hypermètre). – 522. l’ad conf. – 523. et en bone cr. (vers hypermètre). – 526. Tant k’il li ad. – 528. qu’il creie (vers hypomètre). – 529. ad] out. – 530. Quant bien l’out enseigné (doublon partiel et hypomètre du vers précédent). – 531. Li franc pelerin s’en repeire. L comporte ici une lettrine. – 532. A mer vait (vers hypomètre). – 533 - 534. Omis dans L. – 536. Et at. tute pr. (vers hypomètre). – 537. Et si ad targié (vers hypermètre). – 538. Lors est cil nief la entré, avec marques d’insertion destinées à rétablir l’article devant le substantif. – 539. Quant il fait (vers hypomètre). – 541. Kant il ourent le vent. – 542. suef (vers hypomètre). – 545. Tant unt siglé li mariner. – 546. et dr. (vers hypomètre). – 548. Si cum lui salveur.

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Out purveü par son pleisir, Por ses miracles esclarzir, Tant tost out le mont coneü Li prudhom com il out veü. Le mestre marinier apel[e], Le quor li estraint e [seële], Par grant don que li ad premis, Tant qu’il ont le batel hors mis E le sigle firent beisser. Desqe a haut mont le fist nagier, Si com cil preié li avoit Qui grant dun doner l’en devoit. Quant cil vindrent pres del rivage, Un enfantet de greinur eage Virent juer sor la gravele. Quant il trove pierrette bele, Si s’en jue, si s’en deduit. Quant il voit cels venir, si fuit Ariere el mont en son recet, Que plus demorance ne fet, Kar n’avoit riens apris

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552. On attendrait plutôt : com il l’out veü, mais l’omission du pronom régime ne représente pas à proprement parler une faute. – 553 - 554. apela / (...) li estraint e sigla. L’excédent métrique au v. 553 et la forme inattendue sigla, au v. 554, rendent ce couplet problématique. À propos du deuxième vers, on peut reprendre le commentaire de A. Schmidt qui suggère d’interpréter le dernier mot comme un avatar de seëler. L confirme à peu de choses près la validité de cette lecture (avec le présent au lieu du passé), qui convient aussi pour le sens (cf. Tobler-Lommatzsch, III, col. 1470 : « jem. (mit Bitten) bedrängen », ce qui peut en effet très bien coïncider avec les significations figurées de seëler, voir IX, col. 326 - 329, où cette citation n’est pas reprise). – 557. abeisser (vers hypermètre). Correction d’après L (fait abeisser serait une autre variante envisageable). – 562. Ce vers et le précédent prennent une forme très différente dans L. P n’a contre lui que l’excédent métrique qui le caractérise. On pourrait envisager de corriger enfantet en enfant, mais l’emploi d’un diminutif est à peu près le seul élément que corrobore la tradition manuscrite de ce couplet. Le remplacement de greinur par un autre adjectif, monosyllabique, serait arbitraire et nous préférons donc éviter une intervention aussi peu motivée. – 569. Il manque à ce vers deux syllabes, qu’il serait possible de compenser de diverses manières (mais aléatoirement, en l’absence de confirmation par L). 550. enclarcir. – 551 - 552. Kant lui pelerin l’ad veü / Demaintenant il ad conu. Le deuxième vers de ce couplet ne respecte la mesure que si l’on admet la forme participiale employée par le copiste (au lieu de coneü, que l’on attendrait de la part de l’auteur). – 553. ad apellé (vers hypermètre et rime défectueuse). – 554. l’estreint et feele (vers hypomètre). – 555. k’il li ad promis. – 556. Tant ke le b. l’ad hors mis. – 557. Et ad fait le s. beissier. – 558. Et desk’al munt l’ad fet n. – 560. d. li deveit. – 561. Kant il sunt pres del munt venu. L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers. – 562. Un enfantoné unt veü. – 563. Ky seeit sur la gr. (vers hypomètre). – 564. perete d’ele (?). – 565. Si s’enveise. – 566. Kant il veit ceus si s’en fuit (vers hypomètre). – 567. Ar. amunt a sun r. – 568. Tant tost cum il poet si s’en vet. – 569 570. Omis dans L.

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De v[e]oir genz en cel païs. Onqes homme n’avoit veü. Li pelerin s’en est eisseu, Desqe il se [puet] a tere prendre, E fait ses compaingnons atendre, E ad tut sul le mont monté Ou il out altre foiz esté. L’enfant trova soz le mantel, De son eage grant e bel, E se teneit a la tettine. Muscié se estoit soz la curtine Com il avoit acostumee. Sa mullier que il out tant amee Trova li prudhom tute entiere E frecche e rovente la chiere, E [tuz] li cors autel estoit Come quant la vie i habitoit, E les dras [freis e] bien olanz. S’il eüssent esté pendanz A une perche en bon essor – Si oleient il mielz encor. Entre ses bras prent l’enfançon Ke mult ert de bele façon. Od lermes de joie s’escrie : « Dolze Magdaleine, Marie, Benuree seies tu, E Jhesu Crist e sa vertu Seit [beneïz] e honurez,

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570. De voir genz. Même si le seul exemple d’infinitif dont nous disposions pour ce verbe intervient dans un vers irrégulier (v. 464), il est probable que l’auteur utilisait le type de forme que nous privilégions ici (voir également v. 79). – 573. D. il se poent (vers hypermètre). Correction d’après L (la forme correspondante dans P est toujours puet). – 585. Et li cors (vers hypomètre). Correction d’après L (en fonction du contexte grammatical, tuz est la forme la plus vraisemblable ici). – 587. E les dras bien ol. (vers hypomètre). Correction d’après L (graphies conformes à la scripta de P). – 589. A alcune p. (vers hypermètre). Correction d’après L. – 597. Seit benurez. En tenant compte de la diérèse qu’il y a lieu de pratiquer dans le premier adjectif, comme au v. 595, ce vers compte une syllabe excédentaire. Correction d’après L. 571. Kar unkes n’aveit home veu (cette variante suppose l’emploi d’une forme monosyllabique du participe veu, ce qui s’oppose à la pratique de l’auteur, ou celle d’hom au lieu d’home). – 573. Deskes il se poet (vers hypermètre). – 575. Puis ad tant tost le munt munté. – 576. Après ce vers, L ajoute le couplet suivant : Il vit bien u l’enfant ala / Delivrement est venu la, sur lequel il est difficile de se prononcer. – 577. Si l’ad trové sut le m. – 580. sut cele c. (vers hypermètre). – 582. Sa femme k’il out tant amé – 583. Veit la pelerine tut enterrine (leçon incohérente et déficiente au point de vue de la mesure et de la rime). – 584. Freche et riante la ch. (vers hypomètre). – 585. Et tut le cors. – 586. i bateit (vers hypomètre). – 587. freis et bien ol. – 588. Cil eüsent. – 589. A une perke et bon et seur. – 590. Si olerent mieuz entur (vers hypomètre). – 592. Ky esteit de bele façun. – 593. Ou l. – 595. Dame honuree seies tu. – 596. Et lui tuen deu et sa v. – 597. Seit beneïz.

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sources antérieures à jacques de voragine

Kar Il suls doit estre ao[r]ez, E Il sols est digne de glorie E de loenge e de victorie ! Par ta preiere m’ad gari Mon enfant qui est mielz nurri Que [si] femme nurri l’eüst Qui assez mangast e beüst. Duce dame, bien sai e voi Que tut ceo m’at Deus fait por toi, E quant cest enfant me donas E desqe ci gardé le m’as, Rent moi sa mere que ci gist. Jeo sai de voir que Jhesu Crist Est si duz e si [debonaire] E si puissant qu’Il puet faire, Dame, si tu en vels requerre. Donc n’avroit homme en nule tere Plus riches que jeo serreie, E tuz jorz mes te serviroie Si ensemble nus ralaissom Tant ke nus te revoïssom. » Si tost cum il out ceo dit, Sa femme regarda e vit Que ducement se resperi E parla e les oilz overi. En sa parole premeraine Load Dieu e [la] Magdaleine. ¶ Quant li prudhom[e] l’ot parler,

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598. aoez. – 603. Que f. nurri le eüst. L’absence d’élision du pronom le n’est sans doute destinée qu’à compenser – avec une certaine maladresse d’ailleurs – l’insuffisance métrique résultant de la perte de la conjonction, nécessaire dans cette construction hypothétique. Correction d’après L. – 611. e si beneüree. Le second adjectif ne convient ni pour la mesure ni pour la rime. Correction d’après L (graphie conforme à la scripta de P). – 615. Leçon métriquement déficiente, analogue dans L. – 617. Si ens. od nus en ral. La préposition od est superflue et l’emploi du pronom-adverbe en entraîne un excédent métrique. Correction d’après L. – 618. La forme qu’il donne au dernier mot de ce vers invite à se demander si le scribe a bien compris qu’il s’agissait du subjonctif imparfait de reveoir. – 619. Leçon métriquement déficiente, analogue dans L. – 622. Voir v. 136 (ici, L concorde avec P sur le type de forme verbale employé). – 624. e Magd. (vers hypomètre). Correction d’après L. – 625. li prudhom (vers hypomètre). Correction d’après L. 598. aürez. – 601. Kar ta pr. – 603. Ke si f. nuri l’eüst. – 607. Kant tu l’enfant (vers hypomètre). – 611. Et si duz et si deboneire. – 613. Dame si l’en voilliez requere. – 616. Et tut dis mes vus servireie. – 617. Si ens. nus ralisum. – 620. reguarde (vers hypomètre). – 623. Et sa p. – 624. et la Magd. – 625. Quant li prodome l’oït p. L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers, hypermètre.

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Si la comenc[e] a apeler : « Ma amie », fait il, « vivez vus ? – Oïl », fait ele. « Ço estes vus ? – Jeo sui trestute e vive e saine, Merci Deu e la Magdaleine Ki en la mer mon fiz reçut A l’ore que si mal estut. Tute[s] voi[e]s m’ad puis gardé E m’a ensenble od vus mené. Oncqes puis de vus ne parti; Quanqe [vus veïstes], ge vi. Quant seint Piere vus condueit, La Magdaleine me [m]eneit Qui me feseit trestut veïr E tut oïr e tut savoir, E jeo vus sai tut reciter. » Lores si comenc[e] a reconter Quanqu’il aveit e dit e fait, E tut par ordre l’a retrait. « Hé ! », fait il, « bele duce amie, Tel Seignor ne devum nus mie Deshore en avant oblier. Mult se fet en Li bien fier, E si la duce Magdaleine En nostre païs nus remaingne, Tuz jurz mes la devum servir E honurer et obeïr, E nus e tute nostre gent. A un batel ke nus atent Ci desoz nus en davalom –

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626. comença (vers hypermètre). Correction d’après L. – 633. Tute vois (vers hypomètre). Correction d’après L. – 636. Qanqe avez veü (vers hypomètre, à moins d’admettre un hiatus, incertain dans un tel cas). Correction d’après L. – 638. me teneit. Cette leçon a beau recevoir l’appui de L, elle ne convient guère ici, où l’on attend à l’évidence un synonyme de conduire (v. 637). – 642. Lores si comença (vers hypermètre). Comme au v. 626, l’emploi du présent permet de rétablir la mesure (toutefois, L comporte aussi le passé). 626. Si la comence apeller (vers hypomètre). – 627. Ma amie] Amie. – 628. Oïl veir fait l’autre a estrus. – 629. tute vive et seine (vers hypomètre). – 632. cil mal m’estut. – 633. Tutes veies puis m’ad g. – 634. Et m’ad puis ou vus menee (vers hypomètre). – 635. Unkes de vus puis ne departi (vers hypermètre). – 636. Kantque vus veïstes le vi. – 639. Ke me faisez. – 641. trestut recunter (vers hypermètre). – 642. Lores lui comença a reciter (vers hypermètre). – 643. Kantque il aveit dist. – 644. Tut par ordre lui ad r. – 645. Hé] O. – 648. Mut se fet bon en li fier (se ajouté au-dessus de la ligne). – 655. Ci desut en devalum (vers hypomètre).

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Bial tens e bone nef avom – Ou nus serrom en poi de ore. Fols est que Jhesu Crist ne aüre, Kar altre Deu ne puet valer Ne a sa gent aveir mestier. » Quant il urent issi parlé, A un batel sont devalé As mariniers qui les atendent. Tantost as avirons entendent, Si les ont a lor nef conduit. Tantost li demanderent tuit E de la femme e de l’enfant, E il lur conte meintenant E mustre tute sa aventure, [E] puis ad paé sa veiture Qu’il [teneit] a bien empleié. Cil ont lur veile despleié. Le vent s’i fiert, la nef s’en torne; Desqe Marsille ne sejorne. ¶ Tost fu la novele seüe E par mi la vile espandue Ke li halz homme venuz estoit, Qui un fiz de sa femme avoit, Mult bel enfant de son eage. Onc li prudhom ne fist estage : Jesqe a la Magdaleine vint, Qui unc conte de gent ne tint. Devant ses piez s’est estendu; Grez e merciz li ad rendu. Oiant trestute la contree Ad sa aventure recontee,

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670. Puis (vers hypomètre). Correction d’après L. – 671. Qu’il tient (vers hypomètre). Correction d’après L. 656. Bon tens (...) avrum. – 657. a petite hure. – 659. ne pot v. – 662. Au b. sunt jus dev. – 663. atendunt (?). – 664. as viruns entendunt (?). – 665. desques a la nief (vers hypermètre). – 666. Et dunc li demandent tuit (vers hypomètre). – 667. de sa f. – 669. Sun estre et sa av. (vers hypomètre). – 670. Et puis ad paé sa vesture. – 671. K’il teneit bien (vers hypomètre). – 673. s’en fiert. – 674. A Marsillie (vers hypomètre). – 675. Tute fu (vers hypermètre, à moins de ne compter qu’une syllabe pour le participe seue, ce que le copiste a vraisemblablement fait ici). L ne comporte pas de marqueur de segmentation au début de ce vers. – 680. Einz k’il feïst lung estage (vers hypomètre). – 681. Devant la Magd. – 682. Ki unt mut grant contredit tint. Après ce vers, L ajoute le couplet suivant, sur l’originalité duquel il est malaisé de se prononcer : De gent a ki ele sermonout (vers hypermètre) / Cil vint a lui al ainz k’il pout. – 684. merci.

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Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 19525 (n° 5)

E tantost baptesme requist, E la Magdaleine le fist Iloeqes maintenant baptizier, Lui e son fiz e sa mullier. Maximinus les baptiza, E mul[t] de cels qui erent la, Por le miracle qu’il oïrent, Maintenant baptizier se firent, E li halz hom fist trebuchier Le temple qu’il tint avant chier E funda iluec une iglise. Tere i dona e rente assise E eshauza crestienté. Bon crestien ad puis esté E sa femme [mult] bone e sainte. De Deu amer ne s’est pas feinte E li [fiz] crut e ama Dieu, E tint a crestiens bon lieu. En tele maniere e en tele guise Come Willialme vus devise Ont la contree desrenee La Magdaleine e sa mesnee, A Dieu qui regne e regnera – Jamés son regne ne faudera. Amen.

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687. Le s de baptesme a été ajouté par le scribe au-dessus de la ligne. – 692. E mulz de cels. Le deuxième mot de ce vers est sans doute une erreur de copie pour mult, qui s’en rapproche le plus, ou mil. – 701. E sa f. e bone e s. (vers hypomètre, à moins d’admettre un hiatus, incertain dans un tel cas). La variante de L ne convainc qu’à moitié, mais nous l’adoptons faute de meilleure solution. – 703. E li crut. Il manque sans doute dans ce vers le mot fiz, que nous suggère la variante de L. – 706. Le nom de l’auteur est abrégé dans les deux manuscrits. Willialme est un développement plausible mais non certain. 691. Maximius lui baptizat. – 692. Et plusurs ki esteient la. – 693 - 694. Vers intervertis dans L. – 696. k’il out tenu chier. – 697. Et si i funda une eglise. – 699. Et enhauça. – 701. Et sa f. mut bone et s. – 702. n’est fainte (vers hypomètre). – 703. Li fiz crust (vers hypomètre). – 706. Cum wilt nus dev. (leçon manifestement altérée et déficiente au point de vue métrique). – 707. la cuntre deraisné (vers hypomètre). – 708. et sa mainé (?). – 710. Après ce vers, L ajoute : A lui puisum communaument / Aprés la mort senz targement / Aler et vivre en glorie (vers hypomètre) / Et loer le rei de victorie.

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6. Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326, f° 251 c - 257 c Six exemplaires au total, dont les plus anciens légendiers méthodiques français, conservent dans son intégralité le texte que nous éditons d’après le manuscrit 10326 de la Bibliothèque royale de Belgique (B2 ; f° 251 c - 257 c) : Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Thott 517-4°, f° 22 v° - 38 r° (C) ; Londres, British Library, Add. 6524, f° 165 c - 168 d (L1) ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6447, f° 244 d - 247 a (P3) ; f. fr. 25532, f° 294 a - 298 d (P4) ; nouv. acq. fr. 10128, f° 241 b - 246 d (P5). Quatre autres copies, issues des ateliers parisiens du début de XIVème siècle, commencent par la version n° 7 et terminent par le n° 6 : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, f° 58 d - 61 f (60 f - 61 f ; B1) ; Londres, British Library, Add. 17275, f° 37 b - 40 d (38 a - 40 d ; L2) ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f° 60 c - 63 f (63 a - f ; P1) et f. fr. 185, f° 24 a - 27 e (27 a - e ; P2)1. Il est possible que l’on doive ajouter à cette liste le légendier F. 403 conservé à la Bibliothèque de l’Académie des sciences à SaintPétersbourg. Nous n’avons toutefois pas pu consulter ce recueil, très fortement endommagé (voir présentation du n° 2). Notre légende offre ainsi une des plus intrigantes particularités de la tradition manuscrite vernaculaire des vies de Marie-Madeleine. L’intervention que reflètent les quatre représentants du second groupe est en effet surprenante à plus d’un titre : elle touche des parties dont aussi bien les sources que le contenu sont proches ; par ailleurs, elle n’a pas lieu à l’une des articulations majeures du récit et, surtout, elle se réalise à deux endroits distincts. Dans L2 le raccord se produit au milieu de la phrase affirmant que Marie-Madeleine prêche la foi chrétienne au seigneur de Marseille et l’éloigne ainsi du sacrifice aux idoles (soit : n° 7, l. 1 - 78, puis n° 6, l. 20 - 340), alors que B1, P1 et P2 relient les deux versions après la description du lieu de retraite du prêtre qui découvre la sainte (soit n° 7, l. 1 - 259, puis n° 6, l. 233 - 340) Ce changement peut s’expliquer par des contingences matérielles (nouveau copiste ; substitution due à un simple échange de modèle, par exemple entre deux journées de travail du compilateur), mais le fait qu’il intervient à différents moments du texte semble trahir un choix délibéré de la part des adaptateurs qui se sont livrés à ces transformations. La syntaxe particulièrement tortueuse pratiquée dans la version n° 6, reflet servile du texte latin, ne permet guère de penser que ces derniers auraient préféré cette rédaction pour son style. Comment dès lors comprendre cette manipulation ? Se justifie-t-elle simplement par le désir d’ajouter au récit du miracle de Marseille la vie évangélique de la sainte qui le précède dans la version n° 7, ce que l’enchaînement précoce dans L2 pourrait signifier ?   Voir le n° 7. La première des indications de foliotation vaut pour l’ensemble du texte que ces exemplaires reproduisent, celle entre parenthèses pour la partie que chacun a en commun avec le n° 6.

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La question est d’autant plus pressante que les deux textes entrent manifestement en concurrence dans la composition générale des légendiers français2. On peut ainsi remarquer que le manuscrit f. fr. 17229 de la Bibliothèque nationale de France et P3 contiennent exactement les mêmes légendes (voir plus bas notre description et la présentation du n° 7), à l’exception des vies de Marie-Madeleine, de Marie l’Égyptienne et d’Anastasie, qui apparaissent dans des versions distinctes, à savoir précisément les rédactions n° 6 et 7, pour notre sainte. À moins d’admettre, cas peu probable, que leur modèle ne contenait pas la légende de Marie-Madeleine, cette situation paraît montrer qu’ici aussi, le choix d’une adaptation plutôt qu’une autre résulte d’une intention délibérée. Le croisement de ces textes suggère bien la complexité de la diffusion des vies de saints médiévales. Il invite par ailleurs à examiner les rapports qui unissent les deux rédactions vernaculaires de la légende de Marie-Madeleine les plus diffusées après la traduction de la Legenda aurea par Jean de Vignay. Comme nous le verrons ci-dessous, l’analyse lexicale ne permet pas de les situer l’une par rapport à l’autre. On pourrait arguer que le n° 6 offre des traits narratifs légèrement archaïsants. L’intervention de la dame de Marseille en faveur des chrétiens a lieu avant la triple apparition nocturne de la sainte et la mort de MarieMadeleine est datée du 11 des calendes d’août (l. 317)3. Mais le fait que notre adaptation exploite une source plus ancienne que le n° 7 ne préjuge en rien de la date de sa réalisation française. La chronologie de leur diffusion ne nous fournit guère plus d’indices. Une analyse codicologique et iconographique approfondie serait nécessaire afin de clarifier les conditions de fabrication de nos quelque 17 manuscrits, mais pour autant que les indications dont nous disposons aujourd’hui se confirment, nous pouvons constater que les plus anciennes copies disponibles aujourd’hui datent pour l’une comme pour l’autre version de la fin du XIIIème siècle (années 1260 1280 pour B2, P3 et P4 du n° 6 ; seconde moitié ou fin du XIIIème siècle pour P4 et P6 du n° 7). Nous ne conservons toutefois que peu de traces du n° 6 après la fin du XIIIème siècle (un manuscrit, L1, daté sans doute de la seconde moitié du XIVème siècle). En revanche, le n° 7 rencontre un succès plus durable : il est recopié pour la première fois dans un volume de la seconde moitié du XIIIème siècle et circule tout au long du XIVème puis du XVème siècle.

  Les motifs iconographiques rapprochent eux aussi les deux rédactions (voir présentation du n° 7).   L’édition de Douai du Speculum historiale de Vincent de Beauvais indique le 9 des calendes d’août (dans une phrase au sens peu clair par ailleurs) : « Alibi vero legitur transisse 9. kal. Augusti, quod ideo forte dicitur, quia tunc eiusdem transitus memoria celebratur, vel fortasse dies resurrectionis, siue paschae potest hic accipi generaliter pro dominica die » (Speculum Historiale, livre IX, cap. ciii). Le texte du manuscrit Douai, Bibliothèque municipale, 797, retranscrit sur le site de l’Atelier Vincent de Beauvais (http://atilf.atilf.fr/bichard/) comporte bien le 11 des calendes d’août, soit le 22 juillet. Le manuel d’O. Guyotjeannin, J. Pycke et B.-M. Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, Brepols, 1993, pp. 50 - 52, offre une présentation synthétique des systèmes médiévaux de datation. 2 3

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On peut en outre remarquer que les premières attestations des deux rédactions ne figurent pas dans des légendiers, mais dans des anthologies : P4, des années 1260 - 1270, pour le n° 6 ; P6, du dernier quart du XIIIème siècle environ, pour le n° 7. Cette observation nous pousse à nous interroger sur l’origine des textes insérés dans des légendiers vernaculaires Sources et contenu La vie réunit deux séquences latines. Elle débute en effet par la traduction du Postquam Dominus (l. 1 - 188 ; BHL 5457), récit du miracle de Marseille, de l’arrivée en France de la sainte et de ses compagnons jusqu’au retour de pèlerinage du couple converti. La fin de cette partie est marquée par un « Amen »4. Sans autre transition, le texte enchaîne par la traduction du Post dominicae igitur resurrectionis gloriam (l. 189 - 340 ; BHL 5448) et se clôt elle aussi par « Amen ». Cette section comprend le récit en quelques phrases de la dispersion des apôtres après la mort du Christ, de l’activité apostolique de Marie-Madeleine à Marseille et de l’élection de Maximin comme évêque. La vie érémitique de la sainte nourrie du chant des anges, sa découverte par un prêtre, sa dernière rencontre avec Maximin puis son ensevelissement prennent plus d’ampleur. Ni la translation des reliques à Vézelay ni les miracles de la sainte n’y sont relatés5. Le traducteur a pu réunir lui-même ces divers éléments, mais leur juxtaposition dans une source latine est plus probable. Les trois copies recensées par le répertoire des Bollandistes sous le numéro 5457 offrent en effet une composition très proche de la version vernaculaire. Le manuscrit 443 du Musée de Bollandistes à Bruxelles, plus ancien témoin du BHL 54576, contient bien le Postquam Dominus suivi du Post dominicae igitur resurrectionis gloriam (f° 140 v° - 146 v°). Le texte que renferme le volume 644 (A 564), conservé à la Bibliothèque municipale de

4   Cette portion est publiée par F.-K Weiss à partir des manuscrits P3, P4 et P5 (voir présentation du n° 5, n. 11). 5   La légende rédigée en franco-provençal et contenue dans le manuscrit f. fr. 818 de la Bibliothèque nationale de France débute elle aussi par une traduction prolixe du Postquam Dominus et place de même l’intervention de l’épouse avant l’apparition nocturne de Marie-Madeleine. La retraite érémitique et la mort de la sainte sont toutefois relatées d’après une source différente de celle de notre version (Interea beata Maria Magdalene, soit le texte sur lequel repose le n° 7). La vie se conclut du reste par le récit de la translation des reliques à Vézelay ordonnée par Girart, datée de l’an 749, et des miracles du chevalier dévot ressuscité et de la femme enceinte sauvée du naufrage, cf. H. Stimm, Altfrankoprovenzalische Übersetzungen hagiographischer lateinischer Texte aus der Handschrift der Pariser Nationalbibliothek fr. 818. I. Prosalegenden, Wiesbaden, Akademie der Wissenschaften und der Literatur in Mainz in Kommission bei Franz Steiner Verlag, 1955 (texte pp. 44 - 59 ; notes pp. 157 - 165). 6   Mais nous avons souligné dans notre Introduction combien la datation des manuscrits et la segmentation des vies mêmes restent approximatives. Remarquons toutefois que dans cet exemplaire, la séquence Fuit secundum saeculi fastum précède le texte que notre version traduit (f° 140 r° - 140 v°), soit précisément le segment que le n° 7 place avant le Postquam Dominus. L’intervention de la dame de Marseille a cependant bien lieu avant l’apparition nocturne de Marie-Madeleine.

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Rouen7, coïncide lui aussi avec notre rédaction (f° 256 c - 262 c). En une quinzaine de lignes placées à la fin de la légende, il évoque toutefois la translation des reliques à Vézelay, et la dispersion des disciples ainsi que l’arrivée à Marseille ne correspondent pas au texte français. Quant au manuscrit latin 803 de la Bibliothèque nationale de France, dont le Catalogue établi par les Bollandistes8 a publié la version du Postquam Dominus (f° 225 r° - 227 v°), il suit lui aussi le fil de notre rédaction. Toutefois, il ne spécifie pas que Marie-Madeleine meurt le 11 des calendes d’août, et la fin du récit, qui décrit son tombeau, raconte la mort de Maximin et détaille les vertus de l’abbaye Saint-Maximin, est omise. En revanche, la translation des reliques à Vézelay par le moine Badilo est longuement relatée9. Si le montage qui caractérise cette tradition occasionne une redite maladroite (l’arrivée en Provence est ainsi contée une première fois au début du texte, puis à nouveau aux lignes 199 ss.), la structure même du récit, qui débute par le miracle de Marseille, accorde à celui-ci une importance prépondérante. La comparaison entre le texte vernaculaire et les copies latines auxquelles il peut être rattaché10 révèle une traduction fidèle de sa source, qui met en lumière les particularités propres à notre rédaction. Sa syntaxe alambiquée est un autre élément qui dénonce la dépendance du traducteur face à son modèle. Souvent coordonnées entre elles par une simple conjonction, au prix de détours sinueux qui compliquent la lecture, ses phrases à rallonges ne représentent qu’un placage laborieux. Ceci se confirme jusque dans la tendance à insérer dans le récit de brèves incises rappelant les fondements de la foi chrétienne, trait constitutif du texte latin (voir par exemple le détail de la prédication de Marie-Madeleine au seigneur de la province, l. 20 ss. ; le véritable credo placé dans la bouche des pèlerins lors de leur retour à Marseille, l. 181 ss. ; la reprise par Pierre du propos biblique affirmant que Dieu a le pouvoir de donner et de reprendre, l. 141 sq., cf. Job 1, 21 ; ou encore l’éloge de Dieu par Maximin, l. 284 ss.). Les interventions méta-discursives du narrateur qui parsèment le texte sont elles aussi héritées de la source latine (l. 123, 130 et 176, par exemple), tout comme l’explication circonstanciée qu’il fournit au sujet de l’incapacité de la mer à recevoir un corps mort (l. 82 sq.). Le bref élan

7   Ce manuscrit de très petite taille (ca 160 x 110 mm) est daté du XIIIème siècle par le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques de France, t. 1, Rouen, H. Omont, Paris, Libraire Plon, 1886, pp. 164 sq. Pour le détail de son contenu, voir « Catalogus codicum hagiographicorum latinorum. Bibliothecae Publicae Rotomagensis », Analecta Bollandiana, 23, 1904, pp. 147 - 149. 8   Catalogus codicum hagiographicorum latinorum antiquiorum saeculo XVI qui asservantur in Bibliotheca nationali Parisiensi, ed. Hagiographi Bollandiani, Bruxelles, O. Schepens, Paris, A. Picard, 1889 1893 (Subsidia hagiographica, n° 2), texte, vol. 3, pp. 524 - 530. Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 803 réunit des éléments de nature hétérogène. Les quelques feuillets épars qui contiennent des vies de saints sont datés du XIVème siècle par le BHL. 9   Compertum jam a multis olim, f° 230 v° - 232 r°, édité par É.-M. Faillon, II, col. 747 - 752, puis Sanitates etenim universarum, f° 232 r° - 234 r°, édité par É.-M. Faillon, II, col. 737 - 742. 10   Le manuscrit 443 du Musée des Bollandistes nous servira ici de référence.

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poétique qui souligne l’invincibilité que le signe de la croix confère au navire des pèlerins n’est pas davantage l’invention du traducteur. Dans sa fidélité même à l’égard de sa source, notre texte offre un récit étoffé du miracle de Marseille que les vies vernaculaires postérieures ne modifieront que très peu. Quelques particularités narratives surgissent néanmoins au fil du texte : le départ de Marie-Madeleine et des siens à Marseille n’est pas motivé par la persécution des juifs ; l’aveugle qui les accompagne n’est pas nommé, mais il est présenté comme l’infirme que le Christ guérit par sa salive (cf. Marc 8, 23 ou Jean 9, 6) ; le seigneur de la province est désigné comme « un grant gentill ome » ; l’intervention de son épouse en faveur des chrétiens a lieu avant la triple apparition nocturne de la sainte ; c’est elle qui a l’idée de demander à Marie-Madeleine d’intercéder en faveur du couple, en échange d’une aide apportée aux chrétiens démunis  ; la joie des habitants est explicitement formulée lors de l’annonce de la grossesse ; la requête de la femme d’accompagner son mari en pèlerinage ne donne lieu à aucun propos misogyne ; il n’est pas spécifié que le signe de la croix placé sur leurs épaules est le premier du genre ; la cupidité des marins est exacerbée (l. 96 : « lucri odore velud piscis hamo inescate », f° 142 r°) et l’ubiquité de MarieMadeleine expressément relevée. La précision que l’enfant apeuré découvert au retour de pèlerinage s’enfuit à quatre pattes comme un chien est elle aussi reprise du texte latin (l. 156 : « expavit et more catulino palmulis officio pedum fungentibus », f° 142 v°), même si l’on peut relever que le terme original désigne le petit d’un animal quelconque et non spécifiquement un chiot  ; de même celle qui concerne la fraîcheur des étoffes et du corps de la mère (l. 159 sq. : « adeo flagrantes adeo recentes, ac si in pertica vel in archa ab illa die in qua ibi positi fuerant diligenter fuissent collocati », f° 142 v° - 143 r°). Soulignons enfin que la nomination de Lazare et de Maximin en tant qu’évêques n’est pas mentionnée. La seconde partie du récit, qui retrace la retraite et la mort de la sainte, ne contient que peu d’éléments singuliers. Rappelons tout d’abord la date assignée à la mort de Marie-Madeleine. Par ailleurs, la description des gravures ornant le tombeau de marbre dans lequel son corps est placé permet de retracer la vie évangélique de la sainte, absente de notre version. Enfin l’interdiction de pénétrer dans l’église de Saint-Maximin, où sont enterrés Marie-Madeleine et son compagnon, est étendue ici aux porteurs d’armes (l. 333), trait présent dans le modèle latin, alors que la version n° 7 (l. 366) l’applique aux femmes uniquement. Tradition manuscrite (vie intégrale) Copié aux environs de 1270 - 1275, peut-être dans le Soissonnais, d’après P. Stirnemann11, B2 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326) est sans   Pour sa part, A. Stones met cet exemplaire en relation avec le psautier-heures M. 440 de la Pierpont Morgan Library à New York, confectionné à Liège en 1261. Nos remerciements vont à l’une et à l’autre

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doute le plus ancien légendier français méthodique qui nous soit parvenu. Il est constitué du petit passionnaire, le «  Passionnaire français primitif  » selon l’appellation de J.-P. Perrot12 – douze évangélistes et apôtres (la vie de Luc est toutefois déplacée à la fin du volume), cinq martyrs, cinq vierges, soit un total de 22, comme les 22 versets du Psaume du Péril, construit à partir des 22 lettres de l’alphabet hébraïque (Psaume 25 (24)) –, précédé de la Dispute de Pierre et de Paul et suivi de l’Invention de la Croix, puis d’une seconde série de 13 martyrs, entrecoupée du Purgatoire de saint Patrice, de la vie de saint Brendan, des récits de la Venue de l’Antéchrist et du Jugement Dernier, de l’Assomption de la Vierge et des légendes regroupées de Marie-Madeleine et de Marie l’Égyptienne. Ces 42 pièces, rédigées dans une écriture gothique livresque, couvrent 266 feuillets en parchemin de ca 275 x 185 mm (2 colonnes à 36 lignes). On y relève quelques traits picards sporadiques, peut-être contingents. Deux peintures en pleine page sont placées au début du recueil (f° 4 v° et 5 r°). Chaque pièce est introduite par une rubrique, une miniature sur une colonne et une lettrine, légèrement plus grande, plus ornée et munie d’antennes très décorées pour le premier texte, mais sans différence significative d’exécution par rapport aux autres. MarieMadeleine est représentée sur 10 lignes, en train d’essuyer de ses cheveux les pieds du Christ, attablé avec trois autres personnages. C (Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Thott 517-4°) est un petit volume de 38 feuillets en vélin, de la fin du XIVème siècle. Il mesure ca 175 sur 130 mm (une colonne à 20 lignes). La gothique textura quadratus soignée que pratique son copiste et, dans une mesure plus relative, la langue de ce dernier dénotent son origine anglo-normande : il aurait été réalisé en Angleterre vers 1370 pour Mary de Bohun, épouse d’Henri IV et mère de Filippa (1394 - 1430), et celle-ci, mariée à Éric de Poméranie en 1406, aurait emporté le volume au Danemark13. Il regroupe les légendes en prose de la Vierge (même version que B1, B2, L1 et P5, par exemple), de sainte Marguerite (inspirée de la Légende dorée) et de Marie-Madeleine. Les pages sont encadrées de filets d’or et d’entrelacements de feuilles dorées et en pour ces informations et pour toutes celles qui nous ont permis de compléter nos analyses sur la tradition manuscrite de cette rédaction. 12   Le Passionnaire français au moyen âge, Genève, Droz, 1992. J.-P. Perrot y détaille les liens entre les différents exemplaires de notre version. C. Gaspar et Fr. Lyna, Les Principaux Manuscrits à peintures de la Bibliothèque royale de Belgique, Première partie, Paris, Société française de reproduction de manuscrits à peintures, 1937, n° 50, pp. 131 - 134, ont décrit B2. P. Meyer a par ailleurs inclus ce manuscrit dans une comparaison de six légendiers avec le recueil f. fr. 6447 de la Bibliothèque nationale de France, voir infra, n. 15. 13   Cf. N.C.L. Abrahams, Description des manuscrits français du moyen âge de la Bibliothèque Royale de Copenhague, 1844, pp. 9 - 11. Cet ouvrage est accessible sur le site de la Bibliothèque royale, qui offre aussi une reproduction digitalisée de l’ensemble du manuscrit (http://base.kb.dk/). L. F. Sandler émet quant à elle l’hypothèse qu’il aurait initialement fait partie des Heures de Mary de Bohun (Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Thott 547-4°), confectionnées entre 1380, date du mariage de sa détentrice avec Henry de Bolinbroke (futur Henry IV), et 1394, année où Mary décède. En conséquence, elle date notre volume de 1380 - 1400. Voir Gothic manuscripts, 1285 - 1385, London, H. Miller, Oxford, Oxford University Press, cop. 1986 (A survey of manuscripts illuminated in the British Isles, 5), n° 141, pp. 162 - 163 et illustrations 372 - 374 (Thott 547-4° : n° 140).

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couleurs. Chaque vie comporte une lettre historiée et de belles initiales en couleurs sur fond d’or. Au f° 22 v°, on y découvre Marie-Madeleine portée par quatre anges au-dessus d’une grotte sous le regard de l’ermite ; son corps est recouvert de ses longs cheveux. Comme C, avec lequel il partage de nombreuses caractéristiques textuelles14, 1 L (Londres, British Library, Add. 6524), semble d’origine anglo-normande. Selon P. Stirnemann, la fabrication de ce légendier de 173 feuillets en parchemin (ca 305 x 205 mm ; 2 colonnes à 46 lignes), remonte sans doute à la seconde moitié du XIVème siècle15. Si son écriture (gothique livresque) est très différente de celle du précédent exemplaire, sa scripta offre les mêmes traits. Il contient, dans un ordre analogue, toutes les pièces de B2. Seule la légende de saint Georges est omise parmi les cinq premiers martyrs, alors que Luc est intégré aux douze évangélistes et apôtres, les vies de Hernoul et d’André apparaissant, inversées, en fin de volume. Deux groupes de textes ont par ailleurs été insérés entre les vies de Cyriaque et de Denis (f° 82 b - 87 a : Pétronille, Fénicule, Basile, Marius, Félix, Les trois frères jumeaux) et entre celles de Côme et Damien et de Sixte (f° 94 c - 106 c : Anastasie, Arsène, Cécile). Le titre des pièces est rubriqué. Chaque vie comporte une initiale ornée rouge et bleue de 6 à 8 lignes (10 lignes pour le premier texte). P3 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6447) est un volumineux manuscrit (376 feuillets de parchemin de ca 370 x 270 mm, rédigés sur 2 colonnes à 47 lignes en écriture gothique livresque) dont P. Meyer a longuement détaillé le contenu16. Une analyse minutieuse de sa décoration permet de confirmer et de préciser la date émise par ce dernier (dernier quart du XIIIème siècle) : exemplaire de provenance flamande, bien que ses initiales adoptent le style parisien, il aurait été confectionné vers 1275 - 1280, d’après P. Stirnemann17, et serait donc contemporain de B2. Il aurait fait partie au XVème siècle de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne. Sa scripta, de type septentrional, est nette mais peu accusée, ce qui s’accorde avec son origine flamande. Outre des annales, rédigées par des mains distinctes et placées en tête et à la fin du volume, il contient des pièces de nature religieuse. Une adaptation en prose française des livres de la Genèse, des Juges, des Rois et des Maccabées précède un légendier en prose (f° 115 - 308), puis la vie de saint Quentin en octosyllabes  Toutefois, ces deux volumes n’ont pas été recopiés l’un sur l’autre, ni à partir d’un modèle qui provenait de l’un d’entre eux.   Le Catalogue en ligne de la British Library le date du XIVème siècle, ce qui rejoint l’estimation d’A. Stones (l’indication fournie par le DEAF, soit le troisième tiers du XIIIème siècle, d’après l’une des éditions consultées par ses auteurs, semble donc trop précoce). 16   « Notice du ms. Bibl. Nat. fr. 6447 (Traduction de divers livres de la Bible – Légendes de saints », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 35, 2, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1897, pp. 435 - 510 (sur le légendier : pp. 467 - 510). P. Meyer prend P3 comme base d’une collation entre plusieurs recueils hagiographiques. 17  A. Stones estime qu’il s’agit d’un exemplaire lié au groupe de manuscrits liégeois de la deuxième moitié du XIIIème siècle qu’étudie J. H. Oliver dans son ouvrage : Gothic Manuscript Illumination in the Diocese of Liege (c. 1250 - 1330), 2 vol., Louvain, Uitgeverij Peeters, 1988. 14

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par Huon de Cambrai et divers sermons, dont certains de Maurice de Sully. Regroupant 68 articles, le légendier débute par trois pièces consacrées à la naissance et à la vie du Christ jusqu’à la présentation au Temple, suivies de l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973), puis de la Chaire de Pierre et de la Conversion de Paul, soit les pièces par lesquelles les manuscrits C, G ou P2 de la version n° 7 commencent. Avec la dispute contre Simon, il rejoint le légendier méthodique qui forme le cœur de B2, L1, P5. Il en classe toutefois les entrées selon un ordre propre, non systématique, dans lequel on distingue des séries consacrées aux apôtres, aux martyrs et aux femmes. Quelques récits, que l’on retrouve pour la plupart aussi dans les manuscrits C, G ou P2 de la version n° 7, complètent le recueil. Marie-Madeleine est la première femme de ce corpus. Sa vie est insérée entre celles de Remi et de Marie l’Égyptienne. La miniature qui l’introduit couvre une hauteur de 12 lignes et occupe les deux tiers de la colonne environ. Sur un fond or, elle représente la rencontre avec le Christ ressuscité. La sainte est agenouillée aux pieds de Jésus dont on voit les stigmates sanglants. Un arbre au tronc séparé en deux branches s’élève à leur gauche. Une arche encadrée par deux tourelles recouvre les deux personnages auréolés. Anthologie d’œuvres à forte tonalité mariale, P4 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 25532) est un manuscrit qu’A. Stones date des années 1260 - 1270 et dont elle situe l’origine dans la province de Reims18. Il a été rédigé d’une seule main par un copiste dont les picardismes sont peu nombreux mais bien marqués et qui pratique une écriture gothique livresque de petit module. Il se compose de 336 feuillets de parchemin, de qualité grossière (2 colonnes à 40 lignes). Il reproduit en premier des chansons notées et, pour l’essentiel, les Miracles de Nostre Dame de Gautier de Coinci, complétés au moyen de quelques pièces consacrées à la Vierge, dont certaines pourraient être du même auteur. La Conception de Nostre Dame de Wace et deux courts poèmes en octosyllabes sur le paradis concluent le volume. Une groupe de sept légendes en prose occupe les feuillets 281 c à 320 b : les vies de Julien, Marie-Madeleine et Gilles, l’Invention de la Croix, la vie de Marthe, le Purgatoire de saint Patrick, ainsi que la Nativité et la légende de l’Antéchrist. Elles correspondent toutes à la version de B2, à l’exception des vies de Gilles et de Marthe, absentes de ce légendier mais présentes dans les manuscrits contenant le n° 7 de la vie de Marie-Madeleine, ce qui renforce à nouveau les liens entre les deux traditions19. Les textes sont introduits par une ru­brique et une petite initiale ornée de 3 lignes. 18   Voir Gautier de Coinci, Miracles, Music, and Manuscripts, edited by K.M. Krause and A. Stones, Turnhout, Brepols, 2006 (« Medieval Texts and Cultures of Northern Europe », vol. 13), Appendice IV, p. 373. 19   Pour la vie de saint Gilles : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225 ; Chantilly, Musée Condé, 734 (456) ; Londres, British Library, Add. 17275 ; Oxford, Queen’s College, 305 ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f. fr. 185, f. fr. 23117 (même début mais fin distincte), nouv. acqu. fr. 23686 (même début mais légende incomplète)  ; Paris, Bibliothèque Mazarine, 1716 (568) (même fin mais

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Chronologiquement proche de B2 et de P3, produit dans une région située au nord de la Loire20, P5 (Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. fr. 10128) renferme les mêmes légendes que B2, classées dans un ordre correspondant. Il a du reste ses dimensions (ca 270 x 180 mm) et est également réglé à 36 lignes sur 2 colonnes, mais son écriture, de type gothique livresque, est très différente et il n’offre aucune tonalité dialectale particulière (quelques traits isolés et sans doute dénués de signification particulière font surface ici et là). Seule l’absence des récits sur la Venue de l’Antéchrist et sur le Jugement Dernier le distingue du manuscrit de la Bibliothèque royale de Belgique21. La Vie des Pères et une rédaction du Barlaam et Josaphat ont été ajoutées plus tardivement à cet ensemble. Le volume, de 327 feuillets de parchemin, présente toute d’abord une miniature de 9 lignes sur une colonne qui illustre la dispute de Pierre et de Paul contre Simon. Toutes les autres pièces hagiographiques sont introduites par une initiale ornée bleue et rouge de 6 à 7 lignes. Rédaction hybride Sans s’apercevoir de la particularité que la vie de Marie-Madeleine offre dans ces exemplaires, P. Meyer avait réuni trois de nos manuscrits (Londres, British Library, Add. 17275 ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183 et f. fr. 185, soit L2, P1 et P2) dans un article de 1889. Ceux-ci se signalent en effet par leur attribution, dans leur incipit ou leur explicit, à un traducteur français qui se nomme Jean Beleth22. Leur exécution matérielle révèle en outre une étroite parenté : ils sont acéphale). Pour celle de Marthe : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225 ; Chantilly, Musée Condé, 734 (456) ; Londres, British Library, Add. 17275 et Add. 41179 ; Oxford, Queen’s College, 305 ; Paris, Bibliothèque Mazarine, 1716 (568) ; Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 587. En outre, Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10295 - 304, Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183 et f. fr. 23117 ont un début similaire mais une autre fin. La nativité et vie de l’Antéchrist de P4 correspondent à la vie de l’Antéchrist et au Jugement dernier de B2. 20   À Paris, selon A. Stones. P. Stirnemann l’attribue à la seconde moitié du XIIIème siècle. 21   L’Assomption de la Vierge est en partie contenue dans P5. Les dernières lignes de cette légende apparaissent en effet au f° 221 b, alors que le contenu des feuillets 220 d et 221 a a été entièrement – et consciencieusement ! – gratté. L’ensemble du récit occupe 13 colonnes dans B2. 22   « Ci conmencent les rebriches de la vie des sains laquele maistre Jehan Beleth translata de latin en rommans » (L2, f° 3a) ; « Ci conmence la legende des sains doree et les martires qu’il souffrirent pour l’amour de Nostre Seingneur Jhesucrist, la quele a translatee de latin en françois mestre Jehan Belet et a l’onneur et a la loenge de Nostre Seingneur et de la benoite Vierge Marie » (P1, f° 1 a) ; « Ci endroit parle de l’avenement Nostre Seingneur Jhesucrist et du definement du monde et du jugement selonc ce que la Sainte Escripture devise et que mestre Jehan Belet translata de latin en françois » (P2, f° 3 f ) et « Explicit la legende des sainz que maistre Jehan Belet tramlata de latin en françois » (P2, f° 274 a). Voir P. Meyer, « Notice sur trois légendiers français attribués à Jean Belet », Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 36, 2, Paris, Imprimerie nationale, Libraire Klincksieck, 1901, pp. 409 - 486. Ce traducteur, par ailleurs inconnu de P. Meyer, ne semble pas avoir été identifié depuis. Le savant, perplexe (« L’attribution de trois recueils différents à un même auteur ou traducteur est certainement un curieux problème d’histoire littéraire », p. 410), émettra l’hypothèse que la traduction de la Légende dorée dont plusieurs pièces figurent dans nos recueils aurait été attribuée à Jean Beleth dans une copie non conservée qui aurait transmis ce nom à L2, P1 et P2 (« Notice du ms. 9225 de la Bibliothèque royale de Belgique (légendier français) », Romania, t. 34, 1905, p. 28). Il faut

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tous trois rédigés sur 3 colonnes à 48 lignes sur des feuillets de parchemin de grande dimension (ca 400 x 300 mm pour L2, 430 x 310 mm pour P1 et 390 x 295 mm pour P2, dont les marges ont été rognées), durant la première moitié du XIVème siècle, et leur programme iconographique est luxueux. Leur composition les unit aussi : bien que distincts les uns des autres, ces trois recueils possèdent un important fonds commun de légendes, présentées toutefois dans un ordre propre, qu’ils complètent par des pièces indépendantes. Leur écriture les rapproche enfin, surtout L2 et P1, dont la graphie est très similaire (gothique livresque, comme pour B1 et P2, par ailleurs), et aucune des trois copies de la légende de Marie-Madeleine qu’ils mettent à notre disposition ne peut être localisée grâce à sa langue, faute de caractéristiques dialectales. Notant la présence de doublons dans chacun de ces volumes, P. Meyer a décrit pour leur réalisation d’ensemble le procédé mis en œuvre dans la vie de MarieMadeleine elle-même et dont seule une étude approfondie déterminerait s’il a été appliqué à d’autres textes : « évidemment les écrivains à qui sont dus ces trois recueils ont eu chacun sous les yeux deux ou trois légendiers français contenant en partie les mêmes légendes, et, puisant tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre, ils n’ont pas su éviter les doubles emplois » (p. 411). Il n’est dès lors pas étonnant qu’il renvoie aux anthologies du type de celles utilisées par les compilateurs de P3 du n° 6 et de G du n° 7 comme source principale des auteurs de nos recueils. L2, P1 et P2 contiennent par ailleurs des pièces traduites de la Legenda aurea23, que P. Meyer a par la suite identifiées avec celles des manuscrits Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 20330 et Le Puy-en-Velay, Grand Séminaire24. Plusieurs légendes ne se trouvent toutefois dans aucun de ces modèles ; on retiendra entre

convenir que cette explication est contournée. Rien n’exclut que la réputation du théologien du XIIème siècle Jean Beleth, dont la Summa de ecclesiasticis officiis (éd. H. Douteil, 2 vol., Turnhout, Brepols, 1976 (Corpus Christianorum, Continuatio Mediaevalis, XLI et XLIA)) compte au nombre des sources les plus employées de la production hagiographique (Jacques de Voragine cite expressément son nom 24 fois dans la Légende dorée, par exemple), ait servi de caution. On peut en tout cas remarquer que nos manuscrits désignent l’auteur de la Summa par la même formule ; ainsi, dans P2, la légende des sept frères Maccabées, traduite à partir de Jacques de Voragine, se conclut-elle par : « car .iij. derrenieres resons asainne mestre Jehan Beleth en la Somme de l’office » (f° 239 a). On observera en particulier l’emploi du terme mestre qui, dans les recueils vernaculaires, sert toujours à qualifier le théologien. Pour n’en prendre qu’un exemple, dans le manuscrit Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 20330, la traduction de la Légende dorée d’où sont extraites certaines pièces jointes à nos collections, le début de la vie de Laurent fait de nouveau appel à son autorité : « car si com dist maistres Jehan Belethz (...) », f° 194 d. D’autres légendiers convoquent aussi son nom, même en l’absence d’une mention dans la Legenda aurea. C’est notamment le cas dans Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 1534 (dont les rapports avec la compilation dominicaine sont toutefois distants, voir n° 15), qui indique son nom à la fin de la vie de l’apôtre Philippe, alors que Jacques de Voragine renvoie à l’Historia scolastica : « Mestre Johan Bellet nous raconte qu’il avoit .iiij. filles dont les .ij. furent prophetes en Bethaïda ou il mourut » (f° 41 b). 23   De l’avis de P. Meyer, 62 pour L2 et 60 pour P2, P1 n’en restituant que le prologue et le premier chapitre, sur l’Avent. 24   P. Meyer, « Notice du ms. Med.-Pal. 141 de la Laurentienne (vies de saints) », Romania, t. 33, 1904, pp. 4 - 5) ; voir notre présentation à la version n° 10.

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autres la vie de saint Oswald25, ou celle de Léonard, traduite par Rogier de Longastre, désigné par le terme de « prestre » (P1, f°191 b ; P2, f° 81 b). Quelques années plus tard, l’analyse du manuscrit de B1 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225) permettait à P. Meyer d’affiner ses conclusions. Dépourvu de référence à Jean Beleth, ce légendier rassemble en effet des pièces dont la réapparition dans l’un ou l’autre des trois recueils qui complètent notre sous-groupe serait systématique, ce qui en ferait le représentant du type primitif à partir duquel auraient été élaborés L2, P1 et P2. Toutefois, la structure même de la vie de Marie-Madeleine rend cette hypothèse caduque, au moins pour L2, et impose l’idée d’un compilateur travaillant simultanément avec plusieurs manuscrits. Les liens entre les quatre recueils restent néanmoins évidents, en particulier entre P1 et B1. Tous deux ont en effet le même contenu, transcrit dans un ordre identique, à la seule différence que P1 comporte au début deux pièces extraites de la Légende dorée et prend fin sur les vies de Félix, Grégoire, Patrick et Éloy, tout en omettant celle de saint Christophe, présente dans B1. Les travaux menés par R. H. Rouse et M. A. Rouse26 ont maintenant révélé une parenté plus étroite encore entre ces deux exemplaires. P. Meyer avait déjà découvert qu’à l’origine B1 formait un tout avec le manuscrit 9229 - 30 de la Bibliothèque royale de Belgique, réunissant ainsi au légendier qu’il renferme des Miracles de Nostre Dame, la plupart de Gautier de Coinci, et des extraits de la Vie des Pères27. De son côté, K. A. Duys a montré que P1 était joint au départ au manuscrit 71.A.24 de la Bibliothèque royale de La Haye, qui contient les mêmes textes que Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9229 - 3028. Un troisième exemplaire (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 5204) nous transmet quant à lui la seconde partie de ces ensembles, sans le légendier, vraisemblablement perdu. Tous trois ont été réalisés par le libraire parisien Thomas de Maubeuge29. En outre, B1 et P1 ont été enluminés par le Maître de Fauvel30. P1, qui fait partie de l’inventaire de la Librairie royale de 1373, aurait été confectionné en 1327 pour le roi Charles IV31. B1,   Le saint est nommé Ossuart dans P2, Odoart dans P1 et Edoard roy d’Engleterre dans L2.   Illiterati et uxorati. Manuscripts and their Makers. Commercial Book Producers in Medieval Paris, 1200 - 1500, Turnhout, Harvey Miller Publishers, 2000, 2 vol., I, pp. 187 - 202. 27   « Notice du ms. 9225 de la Bibliothèque royale de Belgique (légendier français) », Romania, t. 34, 1905, pp. 24 - 43. Comme cela a été établi depuis, B1 ne se confond toutefois pas avec l’exemplaire qui faisait partie de la bibliothèque des ducs de Bourgogne, ce que P. Meyer affirmait pour son compte (cf. p. 24). 28   Cette découverte a été faite par K. A. Duys dans le cadre des recherches qu’elle mène pour sa dissertation, « Books Shaped by Song », cité par R. H. Rouse et M. A. Rouse, Illiterati et uxorati, op. cit., vol. I, pp. 189 sq. et p. 374, n. 125. 29  Toujours d’après R. H. Rouse et M. A. Rouse, Illiterati et uxorati, op. cit., vol. I, pp. 196 - 198, le volume conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal pourrait être le légendier que Mahaut d’Artois s’était procuré à l’atelier de Thomas en 1327 - 1328. Voir également A. Stones, Gautier de Coinci, Miracles, Music, and Manuscripts, op. cit., n. 42, p. 388. 30   Les miniatures de P1 et de P2 sont accessibles sur le site le la Bibliothèque nationale de France. Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 5204 a été copié par Jean de Senlis, comme P1, et illustré par le Maître de Maubeuge, comme L2, réalisé quant à lui par le copiste dit « au long nez » (R. H. Rouse et M. A. Rouse, ibid., p. 193). 31  R. H. Rouse et M. A. Rouse, ibid., p. 194. 25

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dont les ex libris indiquent qu’il a appartenu à la Chartreuse de Zeilhem, près de Diest (Brabant, arrondissement de Louvain), aurait été commandé à Thomas de Maubeuge par les fondateurs de la Chartreuse, Jeanne de Flandre, parente de Charles IV, et son mari Gérard de Diest, pour en célébrer la création32. D’après les liens textuels relevés par P. Meyer et l’apparence physique des manuscrits, R. H. et M. A. Rouse avancent en outre l’hypothèse que L2 et P2 ont aussi été produits par le libraire Thomas de Maubeuge. En ce qui concerne le premier point, l’analyse des variantes de la vie de Marie-Madeleine confirme les relations qui existent entre B1, P1 et P2, ces trois volumes partageant nombre de leçons propres. Néanmoins, aucune filiation directe ne peut être établie entre eux, dans quelque sens que ce soit33. Dans nos brèves descriptions, nous renvoyons aux importants mémoires de P. Meyer, nous contentant de relever les points significatifs pour chaque copie. B1 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225) est rédigé d’une seule main sur 233 feuillets de parchemin réglés à 3 colonnes de 50 lignes (ca 415 x 315 mm). Il est daté de la première moitié du XIVème siècle par C. Gaspar et F. Lyna34 et, nous venons de le voir, d’après une fondation qui nous reporte à l’année 1328 par R. H. et M. A. Rouse. Comme L2, P1 et P2, il est démuni de caractéristiques dialectales. P. Meyer a tenté de comprendre la structure de cette compilation de légendes de provenances diverses35 qu’il répartit en cinq groupes, dont la pertinence n’est cependant pas toujours évidente. Le recueil débute par le récit de la naissance du Christ jusqu’à la présentation au Temple, complété par l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973, f° 1 a - 9 f), puis viennent 69 vies de saints distribuées selon un ordre mal défini. On remarque une séquence de sept légendes reprises de la traduction par Wauchier de Denain de la Vie des Pères. Marie-Madeleine intervient au commencement du recueil, à la suite des apôtres, et sa légende précède celles de Marthe et de Mathias. Un frontispice à 8 compartiments sur 3 colonnes figure en tête du f° 2 r°, suivi de la rubrique du premier texte, de 3 grandes initiales ornées à antennes. En règle générale, chacune des autres légendes comporte une miniature sur 2 colonnes, quelquefois à plusieurs compartiments, et une grande initiale ornée (ou, exceptionnellement, historiée) munies d’antennes. De petites initiales ornées segmentent 32   Son établissement remonte à 1328 et est attesté par une charte du 1er février 1329 (R. H. Rouse et M. A. Rouse, ibid., p. 195). 33   La vie de sainte Pélagie de L2 et P2 est celle conservée dans les manuscrits où figure notre version n° 10, cf. J.-P. Bordier, « La vie de sainte Pélagie en ancien et en moyen français », Pélagie la pénitente. Métamorphoses d’une légende. Tome II. La survie dans les littératures européennes, dossier rassemblé par Pierre Petitmengin et alii, Paris, Études augustiniennes, 1984, pp. 199 - 200. 34   C. Gaspard et F. Lyna, Les principaux manuscrits à peintures de la Bibliothèque Royale de Belgique, op. cit., n° 109, pp. 259 - 266, qui rattache toutefois ses enluminures au Brabant. Voir aussi M. Smeyers et B. Cardon, « Brabant or Parijs ? Aantekeningen bij een handschrift met vrome legenden, afkomstig uit het kartuizerklooster te Zelem, bij Diest », Handschriften uit diestse kerken en kloosters. Diestsche Cronycke, 6, pp. 31 - 99. 35   Nous renvoyons à son article pour le détail de la composition.

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les textes. Certaines colonnes sont festonnées. Les majuscules sont parfois rehaussées de rouge. L’enluminure sur 20 lignes qui accompagne la vie de Marie-Madeleine dépeint la mort de la femme de Marseille, en deux tableaux. Dans une barque conduite par deux hommes, le mari pleure son épouse, sur laquelle repose le nouveau-né emmailloté ; parvenu à l’île, il se penche sur le corps allongé, l’enfant étant placé au sein de sa mère. Des figures de poissons et d’animaux marins apparaissent dans l’eau. Avec ses 352 feuillets de parchemin, L2 (Londres, British Library, Add. 17275) est le plus volumineux de nos quatre recueils. L’explicit de la vie de saint Teliau, rédigée par un certain Guillaume des Nés, permet d’en situer le terminus post quem à 132536. La table des matières qui précède les textes est ornée d’une enluminure de 23 lignes sur 2 colonnes, les miniatures qui accompagnent ceux-ci occupant elles aussi 2 colonnes et de 13 à 19 lignes. Chacune est précédée d’une rubrique et d’une initiale ornée rouge, bleue et or. Les premiers feuillets sont composés des légendes relatives à la naissance et à la vie du Christ, à la présentation des Fêtes du temps de la déviation, à l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973), aux Litanies, à l’Ascension et à la Pentecôte, puis de pièces consacrées à la Vierge (Nativité, Miracles, Purification et Assomption), entrecoupées par l’Invention de la Sainte Croix (f° 7 a 37 b). Les articulations des quelque 141 vies qui suivent se dégagent aisément : apôtres et évangélistes ; martyrs ; confesseurs ; saintes. Marie-Madeleine occupe toutefois une place privilégiée dans cet ensemble : sa vie est située immédiatement après la partie réservée au Christ et à la Vierge. Cette position autant que l’éloignement de la section dévolue aux femmes contribue à mettre sa figure en évidence. La miniature qui inaugure sa vie la montre à genoux devant le Christ qui tient une croix dans sa main gauche. Celui-ci porte les stigmates de la Crucifixion. Un arbre dont le tronc se divise en deux branches sépare les personnages. Parmi les particularités de ce manuscrit, on peut relever la légende de saint Teliau (évêque de Llandaff, Pays de Galles), mentionnée plus haut, et celle de saint David de Galles, à la suite du Purgatoire de saint Patrice (f° 195 c et 199 e). De plus, la vie en octosyllabe de saint Mathurin de Larchant, composée par un certain Maître Jean, prestre dans cette ville (f° 281 b)37 clôt le cycle réservé aux hommes.

36   « Ci fenist la vie de saint Thelyan translee de latin en françois que mestre Guillaume des Nés translate l’an mil .iiic. et .xxv., le jour de saint Michiel archange » (f° 199 c). P. Meyer (p. 445) associe le traducteur, qui semble inconnu par ailleurs, à Geoffroi des Nés, auteur de deux écrits hagiographiques (vie en vers de saint Magloire ; vie en prose de saint Guillaume d’Aquitaine). 37   La vie a été éditée par M. Rösler, « Die Legende vom heiligen Mathelin », Zeitschrift für Romanische Philiologie, 39. Bd, 1919, pp. 18 - 61.

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La présence de ces textes pourrait sans doute contribuer à mieux cerner la destination du recueil. Notons enfin que L2 mériterait un examen plus poussé. Il est en effet probable que le projet initial ait subi quelques modifications. Les feuillets 46 à 101 (du milieu de la vie de Matthieu à celle de Vincent) sont rédigés par un autre copiste (la réglure change dans ces pages ; la numérotation des cahiers disparaît ; celle des pièces fait l’objet d’interventions ; des graphies distinctes y apparaissent, etc.). Le programme iconographique du recueil se révélerait par ailleurs riche en interprétations : le motif du livre, par exemple, est souvent représenté de façon intéressante. P1 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183) est rédigé sur 249 feuillets en vélin. Il commence par des pièces relatant la naissance du Christ jusqu’à la présentation au Temple, suivies de l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973). 70 vies de saints, ordonnées selon un plan mal défini, complètent le recueil. L’Assomption de la Vierge est insérée à la suite de huit légendes d’évangélistes et d’apôtres ; elle précède les vies de Marie-Madeleine, de Marthe et de Matthias. Outre une grande miniature au début de la table, ajoutée en tête du volume mais de la main du scribe, P1 comporte au f° 1 r° un imposant frontispice à huit compartiments accompagné de trois initiales ornées et d’antennes à médaillons. Toutes les autres pièces possèdent une miniature et une initiale ornée. Celle qui accompagne la vie de Marie-Madeleine couvre 18 lignes sur 2 colonnes. Elle montre la rencontre de la sainte avec le Christ ressuscité. Marie-Madeleine est agenouillée, mains jointes en direction du Messie qui se dresse devant elle. Le corps de celui-ci, sur lequel se découvrent les stigmates, est couvert d’un drap. Un arbre sépare les deux personnages. Les titres des textes sont rubriqués et des initiales bleues et rouges en structurent le contenu. Réunissant 288 feuillets en parchemin, P2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 185) comporte en ouverture trois pièces consacrées à la vie du Christ et l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973), suivies de divers textes (Quinquagésime, Quadragésime, Litanies, Ascension, Pentecôte, Nativité et Assomption de la Vierge), puis de 121 vies de saints respectant pour l’essentiel un classement méthodique. La légende de Marie-Madeleine est toutefois située au début du recueil, entre l’Assomption et la dispute de Pierre et de Paul contre Simon. Les miniatures du recueil ont été réalisées par Richard de Montbaston et ses collaborateurs. Cinq ou six enlumineurs ont travaillé à l’illustration de P2, nombre qui indiquerait que la vitesse d’exécution a été plus importante que les impératifs d’uniformité, selon R. H. et M. A. Rouse (p. 193). Jeanne de Montbaston, qui s’est chargée de 26 cahiers, dont celui qui contient la vie de Marie-Madeleine, serait la principale artiste de cette entreprise (R. H. Rouse et M. A. Rouse, ibid.).

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Un grand frontispice à six compartiments encadré d’antennes à médaillons (de l’Annonciation à la Résurrection du Christ) nous fait pénétrer dans le recueil. Des miniatures sur une ou deux colonnes, exceptionnellement trois, accompagnées d’initiales ornées, inaugurent la majorité des vies. La légende de Marie-Madeleine bénéficie d’une peinture à deux compartiments, de 12 lignes sur 2 colonnes. Le volet de gauche représente l’onction du Christ. Celui-ci est attablé et entouré de six disciples, tous pourvus d’une auréole. Couchée devant la table, Marie-Madeleine essuie de ses cheveux les pieds du Messie. Le vase de parfums est absent. La partie droite de la miniature montre les trois Marie. Munies chacune d’une boîte d’onguent, elles s’adressent à un ange qui désigne de sa main le drap posé sur le Tombeau. La juxtaposition des deux scènes, renforcée par la mise en perspective de la table du repas et du Sépulcre vide, exprime par l’image la parole du Christ à Béthanie : « Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait : d’avance elle a parfumé mon corps pour l’ensevelissement (Marc 14, 8, cf. Matthieu 26, 12 et Jean 12, 7). Établissement du texte et analyse lexicale Le choix du manuscrit de base ne s’impose pas clairement dans l’établissement de notre édition. Aucune des copies disponibles n’est en effet exempte de fautes et l’on en est réduit à procéder par élimination dans une tradition assez médiocre, ce que le nombre d’interventions auquel nous avons dû procéder illustre à sa manière. B1, L2, P1 et P2, qui joignent la fin de notre rédaction au début de la version n° 7, ne peuvent bien sûr pas être pris en considération. Les quatre manuscrits sont issus d’un modèle commun déjà altéré et n’expriment pas de filiation directe l’un avec l’autre. Parmi les six exemplaires complets, C, L1, P3 et P4 ne laissent guère non plus subsister de doutes. Ceux-ci partagent en effet plusieurs variantes et erreurs communes, dont les traces peuvent se retrouver dans d’autres copies. C, qui reproduit souvent les mêmes leçons que L1, contient des fautes grossières (mots ou segments de texte bissés, sauts du même au même, confusions de termes aboutissant à une perte de sens, etc.) qui le disqualifient plus que la date tardive de son exécution. P4 se révèle tout aussi négligent : les omissions y sont courantes et il accumule les phrases dénuées de signification. Ici et là, il va même jusqu’à offrir une véritable réécriture du texte. P3 comporte pour sa part de nombreuses leçons indépendantes qui, à plusieurs reprises, appauvrissent le vocabulaire. Enfin, si L1 figure au nombre des trois exemplaires les moins dégradés, ses lacunes répétées (dues souvent à des sauts du même au même), conjuguées avec de fréquentes erreurs ponctuelles, le prétéritent par rapport à B2 et P5. Ceux-ci ont en commun des fautes révélatrices qui confirment sur un plan textuel leur solidarité face à la composition générale de nos recueils. L’analyse des

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variantes exclut cependant toute filiation directe de l’un à l’autre. Le copiste de B2 est distrait, pour ne pas dire négligent ; à plusieurs reprises, il confond des lettres à l’intérieur d’un mot, retranscrit un terme pour un autre, bisse des segments de phrases sans jamais revenir sur ses erreurs. Toutefois, celles-ci portent souvent sur des portions de texte restreintes, alors que des modifications de plus grande conséquence (cf. l. 41 - 42) interviennent aussi dans P5, qui comporte aussi des omissions, dont une de plusieurs lignes (l. 218 - 221). Tout en exigeant des retouches assez nombreuses, le choix de P5 aurait donc nécessité des corrections d’une certaine ampleur, à la différence de B2. Le texte ne contient aucun régionalisme38. Nous nous contenterons donc de signaler les vocables dont la représentation dans les dictionnaires laisse supposer la rareté, même relative. antoine, l. 73, correspond au mot utilisé dans le modèle de notre traduction. Il s’agit d’un terme technique qui désigne une longue vergue inclinée servant à soutenir une voile latine (triangulaire), pour lequel le FEW nous procure les renvois les plus complets39. congregation, l. 228, est lui aussi une transposition directe (du latin congregatio). Son introduction en français est précoce, mais dans une acception (« rassemblement, assemblée ») qui paraît trop générale ici, tandis que le sens de « communauté religieuse », plus approprié mais considéré comme moderne, n’est daté que de 162240. contemplation (l. 211  ; contemplatio, dans le modèle suivi par le traducteur) est rare avant le moyen français, où il ne semble pas pour autant devenir courant. Toutefois, le nombre d’exemples qui figure dans notre corpus tend plutôt à indiquer qu’il est mal représenté dans les dictionnaires. destruiement, l. 102 (texte latin : ad perditionis et miserie mee cumulum), est un dérivé attesté dans la seconde moitié du XIIème ou au début du XIIIème siècle, mais il n’est pas fréquent, si l’on en croit nos instruments. engroissier (« grossir, enfler » ; texte latin : intumescere), l. 75, est souvent employé dès le XIIème siècle de manière intransitive, mais très peu en rapport avec des éléments naturels (cf. Tobler-Lommatzsch, III, 414, 7 - 14, et DEAF, col. 1493). fremissement, l. 36, est assez rare (en outre, la date d’apparition de ce substantif est peut-être sujette à caution). La formule à laquelle l’adaptateur recourt correspond à l’adjectif fremens dans son modèle latin. generation est ancien, mais la signification que ce substantif revêt aux l. 11 et 12 (« descendance, postérité, 38   Concernant la scripta de B2, on peut toutefois mentionner les formes ciaule, l. 232, connue par un unique exemple (cf. Tobler-Lommatzsch, d’après le conte pieux de l’« ermite qui s’enivra », publié dans le Nouveau recueil de Méon, II, pp. 173 - 186), et soloit, l. 312. solot est signalé comme un hapax par le FEW, sol, XII, col. 25 a, sans autres précisions – provient-il du manuscrit bourguignon du début du XIVème siècle dont P. Meyer tire divers extraits pour son article « Notice sur un ms. bourguignon (Musée britannique Addit. 15606) suivie de pièces inédites » de la Romania, t. 6, 1877, pp. 1 - 46 (voir le poème anonyme du f° 81, p. 12, v. 18) ? – et Tobler-Lommatzsch, IX, col. 794, l. 3, relève une forme proche (soleit) dans la Chanson de Guillaume, ainsi que solaut dans Floovant (idem, l. 29). 39   Cf. antemna, XXIV, col. 644 a. Il apparaît pour la première fois chez Robert de Clari et ses occur­ rences sont sporadiques. 40   Les citations, moyennement nombreuses, des dictionnaires montrent cependant que pour d’autres exemples plus anciens, le partage entre ces deux acceptions n’est pas facile à établir.

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lignée »), en accord avec le texte latin (generacio prava), n’est guère représentée41. lechierece, l. 113, est répandu comme qualificatif et substantif (« femme débauchée », dès le XIIème siècle), mais le sens abstrait qui convient dans ce passage (« débauche, turpitude » ; texte latin : nil levitatis habens) n’est confirmé que par un seul exemple (cf. Reclus de Moilliens, Miserere, XIV, 9, d’après Godefroy, IV, 750 c). Enfin recouvreor, l. 250 (« racheteur » ; verum recuperatorem mundi), n’est connu qu’à travers quelques citations de Godefroy, VI, 688 a, la plus ancienne provenant du Psautier d’Arundel (milieu du XIIème siècle)42.

  Deux exemples dans Godefroy IV, col. 256 c, dont l’un seulement a été retenu par le FEW (qui ne mentionne cette acception que pour l’ancien provençal, à côté d’autres qui s’en rapprochent néanmoins, cf. generatio, IV, col. 98 b), auxquels il faut peut-être joindre la dernière citation de Tobler-Lommatzsch, IV, col. 242, l. 14. DEAF, col. 478 - 479. 42   L’indication chronologique qui figure dans Tobler-Lommatzsch, VIII, col. 482, est donc erronée. 41

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Plan de l’édition Exemplaire de référence : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326, f° 251 c - 257 c (B2) Exemplaires de comparaison : C : Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Thott 517-4°, f° 22 v° - 38 r° L1 : Londres, British Library, Add. 6524, f° 165 c - 168 d P3 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6447, f° 243 d - 247 a P4 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 25532, f° 294 a - 298 d P5 : Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. fr. 10128, f° 241 b - 246 d Versions hybrides : B1 : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, f° 60 f - 61 f (pour la partie concernée ici) L2 : Londres, British Library, Add. 17275, f° 38 a - 40 d (pour la partie concernée ici) P1 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f° 63 a - f (pour la partie concernée ici) P2 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 185, f° 27 a - e (pour la partie concernée ici)

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[251 c] Ci conmence la vie ma dame seinte Marie Magdalaine

Aprés ce que Nostre Sires Jhesucriz, qui est moiens de Dieu et des homes, par sa Passion et par sa Resurrection ot veincue la mort, quant s’umanitez fu [251 d] glorifiee et Il monta es cieus, la beneoite Madeleinne et Mauximianus, a qui seint Pere l’avoit conmendee, et avec sa suer [Marte] et avec son frere Ladre, et avec celui avugle que Nostre Sires avoit gueri par sa salive et Marcille, qui dist de Jhesucrist : « Beneoiz soit li ventres qui Te porta », et pluseurs autres deciples vindrent a la mer et se mistrent en une nef, et orent bon vant et vindrent a Marseille, et issirent de la nef et entrerent en la vile, et ne troverent qui les heberjast et revindrent au port en la falaise et es pierres, et si se coucherent et furent en oroisons et en geunes toute nuit; et au matin, la generation mauvese revindrent ensemble por sacrefier aus idoles. Quant cele generation venoit, la beneoite Madeleinne se leva encontre, et estoit plesanz de visage et de face clere et de langue sage et de cors viguereuse, et lors conmença a preeschier les paroles de Dieu et de salu et si que tuit se merveillerent de sa biauté, et fu de sa parole si sage que ce ne fu se merveille non, et de la douceur de sa loquence pessoit ele mout de genz. A l’autre jor, si vint ilec un grant gentill home et sa fame por sacrefier aus ydoles, [252 a] et il estoit sires de toute la province et mout avoit grant doleur porce qu’il ne pooit avoir emfant de sa fame, ja soit ce qu’il le vousist volentiers; et lors endroit la beneoite Madeleinne leur conmença a preeschier de Jhesucrist, conment Il estoit nez de la Virge et conment li juif Le crucefierent, et conment Il avoit esté morz et

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Exemplaire de référence : 5. Marie. Correction d’après P5 (C L1 P3 P4). – 6. et par sa sal. Correction d’après C L1 (P3 / P4). – 13. estoient. Correction d’après C L1 P3 P4 P5. Variantes : 1. Ci comence la vie ma dame seinte Marie le Magdeleyne L1 Ci conmence la vie et la passion la beneoite Madelaine. .lviij. P3 Ci conmence la vie Marie Magdeleinne P5 C’est la vie la benoite Magdelainne et saint Maxemin l’evesque P4 (C ne comporte pas de rubrique). – 2. por sa passion L1. – 4. il monta] monta P4. – 4. a qui] qui L1 P5. – 5. avec sa suer Marte P5 (C L1 P3 P4). – 5. et a son fr. C L1 P3 P5 et son fr. P4. – 5. le ladre P4. – 6. avugle] avueglee L1 (C), omis dans P4. – 6. avoit gueri (...)] gueri par sa sal. C L1 (P3) gari par sa sal. qui avoit esté avugles nez P4. – 6. Murcille P5. – 6. qui dist qui Jh. C L1. – 7. ventres] mestres P5. – 7. autres dec. vindrent] bissé dans C. – 9. et puis entrerent P4. – 9. vile] nile (sic) P5 veille C. – 10. de la faloise P3. – 10. es pierres] es pier L1 es prés P4. – 10. et si se c.] se c. L1 si se couchierent C et se couchierent (bissé, avec une légère différence graphique) P4. – 11. toute la nuit P5. – 12. et quant C L1. P4 introduit une lettrine à cet emplacement. – 12. cele malvaise gen. L1 (C P3 P4). – 12. s’en leva C. – 13. encontre eus P5. – 13. estoit C L1 P3 P4 P5. – 13. de vis. pleisanz L1 (C P3) de vis. molt plaisanz P4. – 14. lors] lor P3. – 14. la parole P3. – 14. et si que] si que C P3 P4. – 15. s’esmerveillerent C L1. – 15. et fu de sa p. si sage] et de sa p. si sage P3 et de sa p. et fu si sage C. – 16. loquence] loenge P5 loy qu’en ce L1 (C). – 16. gent C L1 P5. – 17. a (P3 et) l’autre jor aprés L1 P4 P5 (C P3). – 17. .j. molt gentius hom P4. – 18. Prouvence P3. – 18. porce] de çou P3. – 19. enfanz P4 nul emfant P5 (P3). – 19. mout vol. C P5 (L1 P3 P4). – 19. lors endroit] lors P4. – 20. conment il estoit nez] conm. il fu nez P3 conment il avoit esté nés L2, dont le texte coïncide avec la présente rédaction à partir de ce point. – 21. l’avoient crucefié L2 P4 P5 (C L1 P3).

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enseveliz et conment Il avoit esté resoucitez au tierz jor, et par ce leur desamonesta [ele] les sacrefices. Il venoient tuit a lui quant il avoient oïe sa parole et aprés l’escoutoient il plus volentiers, bien autant por sa biauté conme por la saveur de sa [parole], et ce ne fet mie a merveillier se la bouche de la beneoite Madeleinne parloit bien et sagement, quar ele avoit mout doucement besiez les douz piez Nostre Seingneur; et avint que la fame a ce gentill home enveoit par ses sergenz qu’ele cuidoit ses feables et ses amis en repost a mengier a ces seintes genz, quar ele doutoit la cruauté de son mari et la desleauté des autres entour. Et aprés un pou de terme avint qu’ele se dormoit une nuit avec son seingneur, si li aparut la beneoite Madeleinne en dormant et li demenda por quoi ele, qui [252 b] tant avoit de richesces, lessoit les seintes genz morir de fein et de soif et de froit, et le menaça s’ele ne disoit son mari qu’il en brief tens aidast aus seintes genz, et la dame s’esveilla et n’osa pas dire son seingneur cele avision. L’autre [nuit] [a]prés li avint aussi conme devant et ele ne l’osa dire a son mari. A la tierce nuit, Marie la Madeleinne leur aparut a enbedeus a grant fremissement et si sembloit de son viaire que ce fust feu embrasez aussi conme se la meson arsist, et lors dist ele : « Tiranz, dorz tu avec la guivre, ta fame, qui tant a demoré qu’ele ne t’a pas dites

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23. leur desam. il. Correction d’après P5 (C L1). – 25. por la saveur de sa biauté. Correction d’après C L1 (P4 P5 / P3 / L2). – 34. L’autre emprés est une leçon acceptable mais qu’on ne saurait pour autant qualifier de naturelle. Correction d’après C L1 L2 P3 P4 P5. – 36. leur aparut a ennui a enbedeus. Corrrection d’après P3 P5 / L1 (C L2 P4). 22. il estoit (avoit L2 P4) au tiers jor resuscitee L1 (C L2 P3 P4). – 22. et por ce C (L2 P4). – 22 - 23. leur desam. (...) sacr.] leur desam. ele (...) P5 (C L1; les sacrifiees C) lor desam. il lor sacrefises P3 desam. il les sacr. P4 leur desamonnesta les sacr. L2. – 23. venoient] ne voient C. – 23. quant avoient P4 quant qe avoient C. – 23. aprés] a pris C. – 24. l’esc. il plus vol.] l’esc. il molt vol. P4 plus vol. l’esc. L2. – 24. bien atant C L1. – 24. por la beautee de li L1 (C L2 P4). – 24. la savor de sa parole C L1 la saveur de la parole P4 P5 la douceur de sa parole P3 la biauté de la parole L2. – 25. mie] omis dans P4. – 25. se la bouche] de la bouche C L1. – 25. a la benoite Magdalene L1 (C) a la benoite Marie Magdalainne L2. – 26. si bien P5. – 26. ele av. besié mout douc. besiez P5 (première occurrence du participe peut-être grattée) ele (il C) avoit beisiez douc. L1 (C L2 P3) ele avoit baisié humbement P4. – 26. les piez P5. – 26. n. s.] Jhesucrist C L1 L2 P3 P4. – 27. envoit C. – 28. qu’ele cuidoit (...) amis] q’ele quidoit par ses f. (...) L1 cui ele cuidoit fiables (...) P3 qu’ele cuidoit a ses f. et a ses amis P5 a ses f. amis L2. – 28. en repost] omis dans L2. – 28. a ces seintes genz] omis dans L2. – 29. de son seingneur de mari L2 de son baron P5 a son mari P4. – 29 - 30. et la desl. (...) avec son seingneur] omis dans L2. – 29. et la desleautee de cez entor L1 (P3) et la desl. de ceux enter C et de ceus d’entor la desloiauté P4. – 29. Et aprés] en aprés P4 et aprés ce P3. – 30. termine C P3. – 30. seingneur] baron P5 mari C L1 P3 P4. – 30. si li aparut] et li apparut L2. – 31. en son dormant L2. – 31. e la demanda C L1. – 31. avoit tant C L1 L2 P3 P4. – 32. les seintes genz] le seintz gens C les gens L2. – 32. de fin et de soif C de soif et de fain P4. – 32. et de froit] omis dans L2. – 32 - 33. la meneçoit se ele ne disoit em brief temps a son mari que il em brief temps L2. – 33. eaidaust (?) C. – 33. et la dame] la dame L2. – 34. pas] mie L2. – 34. son s.] a son s. L2 (L1), omis dans P3. – 34. cele av.] l’av. C L1 P3 P4 P5. – 34. l’autre nuit aprés C L1 L2 P3 (qui introduit une lettrine au début de cette phrase) P4 P5. – 34. li avint] si vint P4. – 35. aussi] ensi P3, omis dans C. – 35. a son mari] son baron P5. – 35. et a la tierce nuit L2. – 35 - 36. Marie (...) enbedeus] (...) leur ap. a enb. P5 Marie la beneoite Madelaine lor ap. a ambes .ij. P3 la benoite Marie Magdelainne leur app. a euls .ij. toutes prestes L2 Marie li ap. la benoite Magdelainne a aus .ij. P4 Marie lor aparut le benoite Magdaleine a amedeuz (a an .ij. C) L1 (C). – 36. et sembloit L2 (L1). – 37. feu] fez C uns feus P3 – 37. embrasez] omis dans C L1 L2 P3 P4 P5. – 38. dorz] droiz L1. – 38. demoré] lessié L2. – 38. pas] omis dans L2.

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mes paroles ? Reposes tu, qui es anemis de la croiz Jhesucrist, tu qui ton ventre norris de divers mengiers et des divers boivres et lesses les seintes genz morir de fein et de soif et d’autres angoisses ? [Gis tu en ton paleis envolupez de dras de soie et il gisent en error et en angoisses ?] Tu voiz qu’il sont descomfortez et n’ont point d’ostel, et tu les trespasses ! Ha ! desleaus, einssi n’en eschaperas tu pas, einz comparras ce que tu leur as tant tardé a bien fere. » Einssi parla et lors s’esvanoï. Dont s’esveilla la fame a ce riche home et conmença a soupirer de parfont cuer, et dist a son mari qui soupiroit porce meismes : « Avez vos ce veu qui m’est apa- [252 c] -r[u] ? » Et il dist : « Oïl, voirement l’ai ge veu et si m’en merveill mout. Qu’en ferons nos ? » Lors dist la dame qu’ele looit mieuz ce que la beneoite Madeleinne leur avoit dit qu’il eussent l’ire del Dieu qu’ele preeschoit, quar sanz reson ne leur estoit demostree tele avision. « Fesons leur bien et disons a [Marie] Madeleinne qu’ele prit por nos que ge puisse concevoir. » Li sires s’acorda au bon consseill de sa fame et conmenda que la seinte gent fussent hebergie et qu’en leur donast ce que mestier leur seroit, et en le fist; et avint .j. pou aprés que li sires conçut en sa fame par la priere de la beneoite Madeleinne et de ce s’esjoïrent mout de genz. Meintenant aprés, li sires apareilla son oirre por aler veoir se ce estoit voirs que

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41 - 42. Phrase omise dans B2 (saut du même au même, remontant à l’un des maillons précédents de la transmission assurée par le copiste). Restitution d’après L1 (C L2 P3 P4). – 44. tardié est une forme beaucoup trop exceptionnelle pour être prise en compte ici – un croisement entre tardé et targié est plus vraisemblable. – 46. qui m’est apareilliez. Correction d’après C L1 P4 P5 (L2 P3). – 50. a Madeleinne. Correction d’après P5 (C L1 P3 P4). 39. reposez tu tu qui L1 (P3 P4) repose toi tu qui L2. – 39. es] omis dans C. – 39. de la croiz Jh.] de la mort Jh. P3 de la foy de Jh. L2. – 39. tu qui] et qui P4. – 40. de div. m. et de div. b. L2 P5 de div. m. (mergiers L1) et de divers viandes et de div. b. C (L1 P3) de div. morsiaus et de diverses viandes et de div. b. P4. – 40. lessiez C L1. – 40. morir] perir C L1 L2 P4. – 41. fein] fin C. – 41. de soif] de froit P4. – 41 - 42. gis tu en ton paleis envolupez de dras de soie et il gisent en error et en angoisses (angoisse P4) L1 (C L2 P3 P4). – 43. n’esch. tu pas L1 L2 (C P3) n’esch. tu mie P4. – 44. leur] omis dans L2. – 44. de bien a fere L1 (C). – 44. lors] puis si L2. – 44. s’envanoï L1. – 45. Dont (...)] lors aprés la fame a ce r. homme s’esv. L2. – 45. a cel home P3 au riche homme P4. – 45. de cuer parfont L2. – 46. qui soup. porce m.] ki por ce m. sousp. P3 qui soup. de ce m. P4 qui soup. par ce m. qu’il avoit oÿ L2. – 46. avez vous veü ce L2 avez ce veu P5 avez vos oï P4. – 46. qui m’est aparu C L1 P4 P5 (L2 P3). – 47. dist] respondi L2. – 47. oïl] omis dans L2 P3. – 47. voir. l’ai ge veu] je l’ai veu L2. – 47. me merveil P4. – 47. mout] moult durement L2. – 47. que ferons nous L2. – 48. Lors dist la dame] P4 introduit une lettrine à cet endroit. – 48. mieuz] omis dans P4. – 49. leur avoit dit] li avoit loé P3 avoit a euls .ij. dit L2. – 49. qu’il eussent l’ire del dieu] que il eussent del dieu P4 que il aidassent a la gent du dieu L2. – 50. mie dem. P3. – 50. le bien P3. – 50. a Marie Mad. P5 (C L1 P3 P4) a la benoite Marie Magdalainne L2 (car sanz raison ne leur estoit demoustré tele avision bissé à la suite). – 51. prit] deprit L2. – 52. de sa fame] sa fame P5. – 52. fust L1 P3 P4 (C L2). – 52. qu’en] que l’en L2. – 53. et on si fist P3 et l’en le fist L2. – 53. et avint (...)] or avint P4. C introduit ici une lettrine. – 53. aprés ce P3. – 53 - 54. que li sires (...)] que li sires jut a sa fame et conçut (la dame C L1 L2) par la priere de (a C L1 L2) la ben. Mad. P5 (C L1 L2) que li sires jut a sa fame et conçut la dame par la proiere la Magdelainne P4 ke li sires jut avoec sa feme et ele conçut .j. biau fil par la priiere de la ben. Madelaine P3. – 54. s’esjouissoient P3 P4. – 54. mout de genz] omis dans L2 (la ponctuation indique toutefois que c’est le mot suivant, maintenant, qui se substitue à ce syntagme et clôt la phrase). – 55. Meint. aprés] maint. aprés ce P3, qui introduit une lettrine à cet endroit aprés ce meint. C L1. – 55. ap. li sires P5 (L2). – 55. oirre] harnois L2. – 55. se ce estoit] que ce s’estoit L2.

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la Madeleinne preeschoit de Nostre Seingneur Jhesucrist. Quant la dame l’ot aparceu, si vint a son seingneur et si li dist : « Qu’est ce, sire, cuidiez vos aler sanz moi ? Ja n’avendra, se Diex plest ! Se vos vos en alez, ge m’en irai, se vos venez, ge vendrai, se vos reposez, ge reposerai. » Lors dist li sires temtost : « Einssint n’iert il pas, einz demorroiz en meson et vivroiz aisiement, et garderoiz noz possessions que quant ge m’en serai alez, que nus ne veil- [252 d] -le sesir mauvesement les noz choses ou fere aucune chose qui fust encontre nostre juridicion; et les voies sont trop greveuses et trop a de perill en mer, et vos estes foible et enceinte, si porriez tost perillier. » Encontre ce la dame s’arestoit et ne voloit pas refreindre son courage, einz se lessa cheoir aus piez son baron et plora tant que ses sires li otroia qu’ele iroit avec lui; et lors si vindrent a la Madeleinne et mistrent leur terres et leur possessions et tous leur biens en sa garde, et la Madeleinne leur mist le singne de la croiz en leur espaules, et por ceste porveance que li soudiuanz anemis ne leur destorbast leur bon proposement leur enseingna ele mout bien que par mon seingneur seint Pere, le prince des apostres, porroient savoir de Jhesucrist ce qu’ele leur avoit dit. Aprés ce qu’il furent einssint enseingniez et amonesté, il pristrent or et argent et meintes robes diversses et firent marchié au notonnier et entrerent en la nef, et li notonnier atornerent les antoines et les autres aornemenz de la nef et se mistrent en la nef en mer; et quant il orent alé par mer .j. jor et une nuit a voile estandue, li venz conmença a en- [253 a] -groissier et la mer a emfler, et lors vint a brief tens une tempeste et tuit cil qui la estoient,

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70. le prince des apostres bissé – 70 - 71. porroient savoir des apostres de Jhesucrist. Correction d’après C L1 P3 P4 P5 (L2). 56. Quant] e quant L1. P4 introduit ici une lettrine. – 56 - 57. l’ot aparceu] lor aperceu P4 le parçut P5 aperçut ce que son seigneur vouloit faire L2. – 57. si vint a son s.] omis dans L2. – 57. et si li dist] et li dist C L1 P3 P4 si li dist L2. – 57. u quidiés vos P3 en cuidiez vos P4. – 58. se vos en alez P5 (C L1 P3 P4). – 59. et lors L2. – 59. temtost] omis dans L2. – 60. n’iert pas C. – 60. pas] mie P5. – 60. aisiement] plus ais. P4 aais. P3 aaise L2. – 60. vos poss. P3. – 61. ge serai alez P5. – 61. que nus ne v.] que nus n’en v. P5 qe nos v. C nul ne vueille L2 que aucuns ne vuelle P4. – 61. mauvement sesir P5. – 62. les noz ch.] l’en nos ch. C nos coses P3 (L2 P4) les noz genz P5. – 62. enc. nostre jur.] contre jur. L2. – 63. greveuses] griés C L1 P3 P4 (L2). – 63. trop peril a en mer P3. – 64. enceinte] ceinte L1. – 64. tost] tot C. – 64. perillier] perir L2 P4. – 65. ne voloit pas refr. son cour.] ne muoit pas (pas omis dans L2) son cor. C L1 P3 (P4 L2) ne vouloit pas son cor. P5. – 65. einz] ele L2. – 65. se lessa] ses lessa L1. – 65. aus piez] aus pres C. – 65. baron] mari C L1 L2 P3 P4. – 66. li sires C. – 66. qu’ele iroit avec lui] omis dans L2. – 66. si v.] il v. C L1 L2 v. P3 (P4). – 67. et mistrent (...)] et leurs t. et leurs pos. mistrent en sa g. L2. – 68. lor signe L1. – 68. a leurs esp. L2. – 68. et por] pour L2. – 68. porv.] souduiance P3. – 69. ne les dest. P5. – 69. par aucun engin ne dest. (destornast P4 (L2)) lor bon porp. L1 P3 (C L2 P4). – 69. leur ens.] les ens. P5 lors enseigna C L1 et lor ensegna P3 (L2) lor ensaigne P4. – 70. ele] omis dans L2 P3. – 70. par] omis dans P5. – 70. mon seingneur] omis dans L1 L2. – 70 - 71. porroient savoir (i avoir L2) de Jh. C L1 P3 P4 P5 (L2). – 71. ele avoit dit P4 P5 (C L1) ele en avoit dit P3. – 71. enseingniez] seingnié L2. – 72. et argent et maintes choses diverses et firent robes diverses L2. – 73. as notonniers L2. – 73. nef] mer P5. – 73. et li not.] li not. L2. – 73. atorn.] si atourn. L2, omis dans P5. – 73. les antoines] lor voiles P3 leur ancres L2. – 74. en la nef] omis dans C L1 L2 P3 P4 P5. – 75. a voile est.] par voille L2. – 75. se conmença L2. – 75. engrossir C groissier P5. – 76. et lors vint] et lor vint P4 et avint L2. – 76. en brief tans P4 (L2). – 76. une grant temp. C L1 L2 P4 P5 une molt grans temp. P3. – 76. et tuit cil] tuit cil L2.

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quant il virent ce et les ondes des floz en tele maniere aler, en furent tuit espoenté et avoient mout grant angoisses. Et la dame qui estoit enceinte et foible fu si tormentee qu’il couvenoit qu’ele enfantast, et a la doleur qu’ele ot de l’emfanter couvint qu’ele moreust, et li enfes qui nez estoit queroit la mamele criant; et la tempeste fu si grant que li notonnier crioient : « Gitez fors le cors de la nef, quar tant conme il i sera, la tempeste ne cessera. » Et sachiez qu’il est verité et bien provee chose par mout d’espairemenz que la mer ne reçoit nule chose morte. Et quant li sergent de la nef voudrent prendre le cors et giter en la mer, li pelerins leur dist : « Biau seingneur, souffrez, et se vos ne volez souffrir por moi ne por la mere qui est encore tiede et chaude, soufrez por l’emfant qui pleure et quiert la mamele sa mere, ne n’est mie humeinne chose d’un cors demi mort giter en la mer ne ne fu onques que l’en si petit enfant oceist en tele maniere; mes souffrez .j. pou por veoir se la dame revendroit, qui est traveilliee de l’enfant. » Et quant il [253 b] ot ce dit, ne demora guieres qu’il vit une monteingne qui estoit pres de la nef. Quant il la vit, il se penssa qu’il voloit mieuz que li emfes et la mere fussent mis en cele monteingne que ce que l’en les gitast en la mer por devorer aus poissons, et lors dist aus notonniers de la nef : « Tenez vos .j. pou et prenez ce que vos voudroiz de mes deniers, et metez le cors de ceste dame et l’enfant en cele

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77. L’unanimité presque complète des manuscrits ne rend pas pour autant la variante qu’il en furent tuit esp. satisfaisante au point de vue syntaxique – elle le serait davantage si l’on avait par exemple que tuit cil qui la estoient au lieu de et tuit cil qui la estoient, ce qui n’est jamais le cas. Aucun exemplaire ne fournit cependant le reflet exact de notre intervention. – 84. prendre le cors bissé. 77. quant il virent ce] quant il ce virent P4 P5 quant il virent L2 P3 quant il oïrent (orrent C) L1 (C). – 77. et] omis dans C L1 L2 P3. – 77. les ondes et les flos P3. – 77. en tele man. aler] omis dans L2. – 77. en f.] si en f. P4 f. L2. – 78. angoisse P3. – 79. si fu tourm. L1. – 79. qu’il couvint L1 (L2 P3) que il li couvint P4 q’il li covient C. – 79. et a la doleur (...) emfanter] a la douleur (...) L2 (...) d’emfanter P5 (...) de l’enfant L1 a l’enfanter que ele fist pour la douleur P4. – 80. en criant C L1 P3 P4 en riant L2. – 80 - 81. et la temp. (...) crioient] et veoit la temp. si grant et li not. qui cr. L2. – 81. gitez] metez P5. – 81. fors] hors C L1 L2 P5, omis dans P3. – 81. de la nef] en la mer P3. – 81. quar] qe C L1, omis dans P3. – 82. il i sera] il serra L1 il sera dedenz L2 sera en la nef P3 il si sera P4. – 82. ja la tempeste P3. – 82. ne cessera] cessera C. – 82. et bien sachiez L2. – 82. que c’est verité P5. – 83. esprovee C. – 83. d’espair.] de experimens L2 esperemenz C. – 84. Et quant] et conme L2. – 84. vousissent L2. – 84. en la mer qui estoit encore teve et chaude P4. – 85. leur dist] lors dist C li dist P4. – 85. Biau s.] ha s. P5 ha seignor por deu P3 ha pour dieu seignor P4 ha por dieu seignors L1 (C) ha seingneurs pour dieu merci L2. – 85. souffrez vous, souffrez L2. – 85 - 86. et por la mere (...) P3 ne pour la mere qui est encore toute chaude P4. – 86. souffrez au meins L1 (C P3 P4) souffrez vous au mains L2. – 86. pour l’amour de l’enfant L2. – 87. sa mere] la mere C L1 P4 a la mere L2 de la mere P3. – 87. ne n’est] et n’est L1. – 87. chose humainne du cors P4. – 87. en mer L2. – 88. n’il ne fu onques P4 ne ne fu onques oï L2. – 88. que l’en (...) en tele man.] que on (...) P4 que l’en occ. si petit enfant L2. – 88. mes] me P4 or L2. – 89. por veoir] por savoir L1 (C L2) savoir P5 veoir P3. – 89. qui est trav. de l’enfant] qui est traveillie de l’angoisse de l’emfant (de l’enfanter P4) P5 (C L1 P3 P4); omis dans L2. – 89. Et quant] quant L2. P4 introduit une lettrine à cet endroit. – 90. puis gaires P4. – 90. qu’il vit] qu’il virent P3 que ont vit P4. – 90. pres de la mer P5. – 91. Quant il la vit] et quant il vit ce L2 quant li pelerins la vit P3. P3 introduit une lettrine au début de cette phrase. – 91. il pensa C L1 P4 il s’apenssa L2. – 91. qu’il voloit] qu’il valoit L1 P5 (C L2 P4) ke valoit P3. – 91 - 92. que il emfes (...)] (...) en cele mont. mis P5 que il meist la mere et l’enfant en cele montaingne L2. – 92. qe ce ce qe L1. – 92. que l’en] que il L2 c’on P3 que on P4. – 93. au notonier P3. – 93. Tenez vos] tenez vos vous C arestés vos P3. – 93. prenez] tenez P5. – 94. voudroiz] volés P3. – 94. de la dame L2. – 94. de l’enfant L2 P3.

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monteingne si que l’en les puisse illec emfouir ». Quant li notonnier oïrent la promesse de l’argent et por le gaaing qu’il desirroient aussi conme li poissons la charoinne, si li otroierent sa volenté et mistrent le cors de la dame et l’emfant sus la monteingne, et estoit si dure qu’onques n’i pot en fouir en nule maniere. Si pristrent le cors de la dame et le mist[rent] en .j. secree partie, la mamele de la mere en la bouche a l’enfant, et la couvrirent de son mantel; et lors dist li barons a la dame tout en plorant : « Ho ! Marie Madeleinne, porquoi venis tu au port de Marsseille pour mon destruiement et por mon essill ? Et ge, chetis, por quoi par ton amonestement ai ge entrepris tele oevre ? Prias tu porce ton Dieu que ma fame con- [253 c] -ceust porce que ce qui conceu estoit perisist ? Or perist ce qui estoit conceu et ce qui le conçut : la mere por les angoisses et por les granz doleurs qu’ele a eues en est morte et li enfes qui est nez por [morir], quar il n’est qui le norrice; et ce que j’ai eu par ta priere, a qui ge ai conmendees toutes mes choses, ge conment a ton Dieu que se Il est puissanz, qu’Il ait pitié de la mere et merci, et par ta priere ait merci de l’enfant qu’il ne perisse. » Quant il ot ce dit, il couvri le cors de la dame de son mantel et retorna a la nef a une barge, et quant il fu receu en la nef, li notonnier firent leur oirre qu’il avoient

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99. et le mist. Correction d’après P5 (C L1 (P3 P4). – 101. Marie bissé. – 106. por norriz. Correction d’après C L1 P3 P5 (L2 P4). – 107. et ce que j’ai eu bissé (avec la variante ge ai eu). 95. si c’on la p. P3 si que on le p. P4. – 95. illec] enqui P4. – 95. et quant P3. – 96. et por] pour L2 P4. – 96. desirrent L1 P4 P5 desirrerent L2 (C). – 96. aussi conme li p. la char.] omis dans L2 P4. – 97. si (omis dans L2) l’otroierent et (et si L2) firent sa (la C) volentee L1 (C L2 P3 P4). – 97 - 98. et mistrent (...) la mont.] mistrent (...) P5 (...) et l’enfant seur la montaingne P4 (...) et de l’enfant sor la montaigne P3; omis dans L2. – 98. et estoit si dure] mes li lius estoit si durs L1 (C P3 P4) et com li lieus fust si durs L2. – 98 - 99. qu’onques (...) en .j. secree partie] que l’en n’i peust fouir en nule secree partie de la montaingne L2. – 98. n’i pot enf.] nes pot enfoïr L1 ne li pot on enf. P3 n’i pot on fouir P4 nes i porent emf. P5. – 99. le cors de la dame et l’enf. C P4 le cors de la dame et de l’enf. P3 le cors de l’enf. et la dame L1. – 99. et le mistrent P5 et les mistrent C L1 (P3 P4). – 99 - 100. la mamele (...) a l’enfant] omis dans L2. – 100. de la mere] a la mere C la mere L1. – 100. a la b. C L1. – 100. a l’enf.] l’enf. C L1 de l’enf. P4 en l’emf. P5. – 100. et la couvr. de son m.] et le couvr. de son m. P4 la covri de son m. meismes P3 il couvr. le cors de la dame de son m. et l’enfant mist as mamelles de sa mere L2. – 100. li barons] li homs L2. – 101. a la dame] a dame P5, omis dans L2. – 101. tout en pl.] em pl. L2, omis dans P5. – 101. ha C L1 L2 P3 P4 P5. – 102. por mon destruisement (...) P3. pour mon destruisement et pour ma miserere et pour mon essil L2. Un rapiéçage a partiellement altéré la lisibilité des cinq dernières lignes de la colonne 295 b de P4. Il est impossible de déterminer si le copiste suit plutôt la leçon du manuscrit de base ou de P3 (mais il s’agit assurément de l’une ou l’autre). – 102. por quoi] omis dans L2. – 103. tiele oire C (P3 P4). – 103. porce que ce] que ce P4. – 103. conceu estoit] estoit conceu C L2 P3 P5 (L1) seroit conceut P4. – 104. estoit conceu] est conceu C L1 L2 P3. – 104. et cele qui le c. L2 P4 (l’a conchut P3). – 105. por les ang. (...)] par les ang. (...) C L1 (...) e por les dolors L1 (L2) por les granz dol. et por les ang. P5 por les grans dolors et les grans ang. P3. – 106. qu’ele a eues en est morte] qu’ele en a eues en est morte P3 P5 (P4) qui ja estoit morte L2. – 106. qui ja est nés L2. – 106. por morir C L1 P3 P5 (L2 P4). – 107. est ce ce que je ai eu L2. – 107. a qui ge conm. P5. – 108. je conmant et pri a ton deu P3. – 108. que se il est] s’il L2 qe cil est L1. – 108. pitié] merchi P3. – 108. de l’ame de la mere C P3 P4 de l’ame la mere L1. – 108. et merci] omis dans P3. – 109. priere] pitié L2. – 109. ait merci (...)] ait pitié (...) P3 ait merci de l’enfant que il ait merci de l’enfant P4. – 110. L1 L2 P5 ne comportent pas de lettrine au début de ce paragraphe – 110. quant il ot einssi dit P5 (C L1 P3 P4). – 110. le cors de la dame] le cors de la dame et l’enfant C P3 P4 le cors et l’enfant L2 le cors L1. – 111. a une barge] en une barge L2 a une nef P5. – 111. et quant il fu r.] quant il fu retournez L2. – 111. firent leur oirre] firent leur oevre L1 pristrent leur voie L2.

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conmencie. O tout grant misericorde de Dieu  ! O tout grant deserte de la Madeleinne ! O tu, fame de grant deserte qui n’as en toi nule lechierece ! O tu beneoite qui es preeschanz en terre, et ele dona comfort meintenant au pelerin qu’il pour son descomfort ne desesperast et le comforta que il ne defaussist por son plorer a fere ce qu’il avoit empris. Ele fu a l’emfanter de la mere et fu en son baill et fist tout l’ofice, et [entre] ces doleurs li dona grant com- [253 d] -fort. Ele fu avec l’emfant plorant et fesoit l’ofice de norrice et le norrissoit. Qui onques mes oï ce ? Ele enseingn[e] et preesche et edefie en terre, et en mer est baaisse et norrice. Ele conseille le pelerin que il ne laist mie ce qu’il a conmencié. Ele aide a cele qui a enfanté par le servise et par la bone volenté qu’ele avoit vers lui ele norrist l’emfant, et quant il est saoulez de lait, li emfes en lait son plorer, et li cors de la mere gist sanz ame et alete l’emfant a sa memele. Or orroiz merveilles a dire ! L’ame de la dame ala en pelerinage porce qu’ele acomplisist ce que li cors avoit conmencié. En ne la voit pas et ele voit les autres. Li cors de lui gist aussi conme uns vessiaus vuiz et li emfes l’aleta, et li vessiaus estoit seingnié del singne de la croiz, et estoit si seurs cil vessiaus que rosee ne pluie ne vent ne le pooit grever,

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117. estre ces doleurs. La signification d’estre n’exclut pas entièrement l’emploi de cette préposition, mais entre, qui reçoit l’accord de P5 (C L1 P3 P4 / L2) et du texte latin – inter dolores; cf. BNF, lat. 803, f° 226 d –, convient mieux ici. – 119. enseingnoit. Correction d’après L2 P5 (C L1 P3). – 119. et est b. Correction d’après L1. 112. enconmenciee L2. – 112. O tout] a tout C o com L2. – 112. de dieu] de Jhesucrist L1 L2 P3 P4 Jhesucrist C. – 112. O tout] a tot C o com L2. – 113. O tu fame] oz tu feme P3 (P4) o com fame L2.– 113. qui n’avoit nule legiereté en soi L2. – 113. lechierece] lecerie P3 legeretee L1 (C P4) deserte P5. – 113. O tu ben.] oz tu ben. P3 (P4) o com ben. partie ele prist L2. – 114. qui es] qui aloit L2. – 114. et ele dona] ensi prioit cil et ele donna P4. – 114. comfort meint.] maint. confort P3 confort L2. – 115. par son desc. P5. – 115. ne des.] ne se des. C P3 P5 ele ne se des. L2 ne s’espoentast P4 ne se desespoenteast L1. – 115. le comf. que il ne def.] omis dans P4. – 115. defaillist P3. – 116. por son plorer (...) empris] pour son plorer L2 de son erre fere por son plorer P5. – 116. l’emfanter] l’emfant P5 l’enterrer P3. – 116. de la mere] en leu de la mere P5 de l’enfant L2. – 116. et fu] ele fu L2. – 116. en son baill] a son bail C L1 sa chamberiere L2 en son liu P3. – 117. tout l’ofice] l’ofice de chamberiere L2. – 117. et entre cez dolors P5 (C L1 P3 P4) et entre ses douleurs L2. – 117. la dona L1. – 118. tout l’ofice P3. – 118. et le norissoit de let L1 (C P3 P4) et le nourri de lait L2. – 119. enseingne L2 P5 (C L1 P3; un rapiéçage a partiellement altéré la lisibilité des cinq dernières lignes de la colonne 295 c de P4). – 119. et en terre P3. – 119. est b. et norrice] est baiasse et norice L1 elle conseille, elle nourrist l’enfant L2. – 120. mie] omis dans L2 P3. – 120. a conmencié] a enconmencié P3 (P4) avoit conmencié P5 a enconmencié a faire L2. – 120. et ele aide P3. – 121. qui enfante L2. – 121. et par la bone vol. (...) vers lui] omis dans L2. – 121. volenté] pensee C L1 P3 P4. – 121. ke il avoit P3. – 122. l’enfant plorant L2. – 122. et quant (...) son plorer] quant (...) P3 (...) dou lait (...) P4; pour ce que il saoulez lesse son plorer L2. P4 introduit une lettrine au début de cette proposition. – 122. et li cors] le cors L2. – 123. a sa memele] de sa mamele C, omis dans L2. – 123. Or orroiz merv.] ce qui est merveille L2. – 123 - 124. aemplisist ce que ele avoit enconmencié quant ele estoit en cors et en ame L2. – 125. En ne la voit pas (...) les autres] et oun ne la veoit pas (...) L1 en (l’en L2) ne la (le P3) veoit pas et ele veoit (...) P5 (L2 P3); (...) bien les autres L2 P3. Omis dans C. – 125. autresi conme L2. – 126. come vessiax wides L1. – 126. l’aleta] alaite L2. – 126. et li vessiaus] li vessiaus P3. – 126. si estoit seignee L1 (C P4). – 127. cil vessiaus si seurs L2. – 127. cil vessiaus] li vaissiaus P3 si vessiax L1 vessiaux C; omis dans P4 P5. – 127. ne rousee ne pluie L2 pluie ne rosee P5. – 127. ne le pooit gr.] ne le poit gr. L1 nel pout gr. C ne leur nuit L2.

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ne iver ne estés ne li nuisoit. Il n’a soif ne n’a fein ne ne put ne ne perist, et saciez ke aussint sont gardees les choses que l’en conmende a la Madeleinne. O[r] reperons a nostre pelerin et ne vos soit pas poinne d’oïr quel comfort ele li dona de son descomfort par ses prieres et conment sa moleste est [254 a] convertie en joie. Il ot bon vent qui menoit la nef a force et vint au port qu’il avoit desirré, et quant il ot pris port, si issi fors; et aprés .j. pou de terme, seinz Peres li apostres l’encontra, et quant il vit le singne de la croiz que li pelerins avoit en l’espaule, il li conmença a demender par qui amonestement et por quele chose il estoit la venuz, et connut bien seint Pere que la dont cist venoit preeschoit on la parole de Dieu, et li pelerins li conta tout ce qu’il li estoit avenu en terre [et] en mer en cele voie et par qui amonestement il estoit la venuz, par l’amonestement a la douce Madeleinne. Quant seint Pere oï ce, si dist : « Biau sire, Diex te doint pes, bien soies tu venuz. Tu as creu bon conseill et tu avras bien, ne ne t’ennuie se ta fame est sauve et ele se dort et se li enfes se repose avec, quar Nostre Sires est puissanz de doner et de tolir ce que Il a doné et de restorer ce qu’Il tost. Ge sui Pierres : ge te serai d’ui cest jor en avant tres bons compainz. » Lors en mena seint Pere le pelerin en Jhe[r]usalem, ou Jhesucrist fu morz et souffri Passion et la ou Il fu enseveliz, et en

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130. O reperons. Correction d’après L1 (C L2 P3 P4 / P5). – 131. est est convertie. – 132. qui le menoit. Correction d’après C L1 L2 P4 P5 (P3). – 137. en terre en mer. Correction d’après L1 L2 P3 (C). – 140. morte et sauve. Correction d’après C L2 P3 P4 P5 (L1), conformes au texte latin (si salva facta sit mulier tua; cf. BNF, lat. 803, f° 227 b). – 144. Jhesusalem. 128. n’en yveer n’en esteez C. – 128. ne li nuisoit] ne leur nuist L2 ne li grevoit P4. – 128. Il n’a] ne n’a P4. – 128. soif] ne soif L2. – 128. ne n’a fein] ne il n’a faim P3 ne fain L2. – 128. put] poirist P4. – 129. que les ch. sont ainsi g. L2. – 129. aussint] ensi P3. – 129. que l’en conm.] qe l’en comanda L1 que on comande P4 (qui bisse aussi partiellement les trois mots suivants); omis dans P5. – 130. P3 P4 P5 ne comportent pas de lettrine au début de ce paragraphe. – 130. ore repeirons L1 (C L2 P3 P4) or repererons P5. – 130. ne nos soit P4 P5 ne li soit L2. – 130. pas] mie L2. – 130. poinne] ennui P5 (C L1 L2 P3 P4). – 131. par ses priers C. – 131. moleste] dolour C L1 (P3 P4) . – 131. est conv.] fu conv. L2 P5 (C) fu confortie L1 converti P3 P4. – 132. et ot bon vent P3. – 132. qui menoit C L1 L2 P4 P5 (P3). – 132. sa nef P3. – 132. tant desirré L2 P3 P4 P5 (C L1). – 133. fors] hors C L1 L2. – 133. aprés] aprés çou P3. – 133. termine C L2 P3 P4. – 133. li apostres] omis dans L2. – 134. si l’encontra P3. – 134. il vit] li vit C vit P4. – 134. li pel.] si pelerin C il L2. – 134. sus l’espaule L2. – 135. il comença C L1. – 135. par quel amonn. L2. – 135. par quel chose P4 (C P3) pour quel cause L2. – 136. seint Pere] omis dans P4. – 136. cist venoit] cil venoit P3 cil estoit venus L2 il estoit venuz P4. – 136. on preeschoit L2. – 136. la parole dieu P5 (P3). – 137. ce qui li estoit L2 P4 P5 (P3) ce qe li estoit L1. – 137 138. en terre (...) la venuz] omis dans P4 (saut du même au même). – 137. et en mer L1 L2 P3 (C). – 137. en cele voie] omis dans L2. – 138. par quel amonn. et pour coi il i estoit venus L2. – 138. par l’amon. a la douce Mad.] (...) a la Mad. P5 (...) de la douce Magdaleine L1 et ke ce ert par la douce Madelaine P3; omis dans L2. – 139. Quant] omis dans C. P3 P4 introduisent une lettrine à cet endroit. – 139. beax freres L1 (C L2 P3 P4). – 140. creu] receu P3. – 140. et tu avras bien] persevere en bien, tu auras bien L2. – 140. ne ne t’ennuie] ne ne t’ennuie pas P5 ne t’anuie pas L1 P3 (C P4) ne ne te nuise pas L2 . – 140. est sauve C L2 P3 P4 P5 (L1). – 141. et ele se dort] et ele dort C L1 P3 P4 P5, omis dans L2. – 141. et se li enfes] et li angres C L1. – 141. avec lui C L1 L2 P5 (P3 P4). – 142. ce q’il donne (...) C (L2 P3 P4) et ce qu’il done tolir et restorer L1. – 142. il a tolu P5. – 142. ge sui cil Pierres P5. – 143. d’ui cest jor en avant] des hui en avant P3 (P4) desore en avant C L1 omis dans L2. – 143. tres bons compainz] bons compains P3 docteur et compaingnon L2. – 144. ou Jh.] la ou Jh. C L1 L2 P4 P5 (P3). – 144. fu morz et souffri passion] souffri mort et passion L2.

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pluseurs autres leus, et li mostroit les vertuz et les singnes que Jhesucriz avoit fez de- [254 b] -vant ses deciples, les quiex nos qui avons pou d’escience ne savons pas conter; et enquist tant toutes ces choses que .ij. anz ou plus furent passé. Aprés ices .ij. anz passez, il s’en repera et prist congié a seint Pere por revenir en son païs et vint a la mer, et fist marchié au notonnier et entra en mer. Il alerent et orent bon vant, et avint par la grasce de Dieu que il vindrent par delez la monteingne ou li pelerins avoit lessiee sa fame et son enfant. Quant il vit la monteingne, il promist au notonnier argent qu’il le menassent a la [m]onteingne, et il si firent; et quant il vint ilec, il vit l’enfant qui s’estoit venuz es[batre] sus le rivage, si conme il soloit. Il estoit en la rive [et plonjoit] ces pierres en la mer, et il s’en conmença a merveillier et sailli fors de la barge. Quant li enfes le vit, qui n’avoit onques mes home veu, s’ot poor et s’en foui aussint conme uns chiennez aus piez et au paumes au mamesles sa mere, et si se coucha desouz son mantel. Li pelerins ala avant por veoir plus apertement que ce estoit et vit l’emfant qui trop estoit biaus et alectoit la mamele sa mere, et vit les dras qu’il avoit mis desus le cors aussint soef flerenz et aussi noviaus [254 c] conme s’il eussent esté a une perche ou en une huche, et regarda le cors a la dame aussi fres et aussi coloré conme il estoit quant ele estoit en vie. Quant il vit ce, il s’esjoï mout et il se mist a terre et rendi grasces a Jhesucrist et a

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152. fonteingne. Correction d’après C (L2 / L1 / P5), graphie conforme à la scripta de B2. – 153. escouter. Correction d’après C L1 P4 P5 (L2 P3). – 154. Les deux mots entre crochets sont omis dans B2. Correction d’après P5 (C L2 P3 P4 (L1)). 146. devant ses dec.] a ses dec. et devant touz L2. – 146. savons] poons C L1 L2 P3 P4 P5. – 147. .ij. ans f. passez ainz qu’il revenist L2. – 148. Aprés ices .ij. anz p.] aprés ices .ij. ans L1 P3 (C) aprés .ij. ans p. L2, omis dans P5. – 148. de seint Pere C L1 P5 (P4). – 148. de revenir P3. – 149. aus nontoniers C L1 (P4). – 149. Il alerent] il errerent P3, omis dans L2. – 150. et avint] il avint P3. – 150. revindrent C L2. – 150. par doloer (?) C. – 151 - 153. Quant il vit (...) il vit l’enfant] omis dans P4 (saut du même au même). – 151. Quant (...)] et quant L1 (C) quant li pelerins vit la montaigne et il en fu pres P3, qui introduit ici une lettrine. – 152. au noutoniers L1. – 152. qu’il le men. (...)] qu’il le men. a la montaigne et il si f. (et il f. L1) C (L1 L2) qu’il l’i men. a la monteingne et il si f. P5 et il l’i menast et il fi fist P3. – 152. et quant] quant L1 et com L2. – 153. ilec] la L2. – 153. qui estoit C P4 qui iluec estoit L2. – 153. venuz esbatre C L1 P4 P5 (L2 P3). – 153. seur le riv. P4 P5 (P3) sus la riviere L2. – 153. soloit] estoit acoustumez L2. – 154. Il estoit] et estoit L1. – 154. en la rive (...)] a la rive L2 en la greve P4 en la gravele C L1 P3 P5 et plunjoit cez p. (les p. C L2 P3 P4 (L1)) P5 (C L2 P3 P4 (L1)). – 154. a la mer L2. – 154. il se comença C (L2). – 154. esmerveiller C L1. – 155. fors] hors C L1 L2. – 155. Quant li enfes les vit P4, qui introduit ici une lettrine. – 155. qui onques mais n’avoit P4 (P3) qu’onques mes n’avoit L1 (C L2) qui n’avoit onques mes onques n’avoit P5. – 155. homes veu P5 veu homme L2. – 156. aussint] et ausi L2. – 156. unes chiens C uns chinez nez L1. – 156. au paumes et aus piez P5 (C L1 P3 P4) a pié et a paumes L2. – 156. et as mameles P3 s’enfoui as mamelles L2. – 157. et si se c.] et se c. L1 et si se muça L2. – 158. et vit (...) trop estoit] omis dans C (saut du même au même). – 158. l’emf. (...) et alectoit] l’enf. qui aletoit L2. – 159. sor le cors P3. – 160. conme s’il eussent esté gardé P3 P5 (C L1 P4) conme se il eust esté gardez L2. – 160. a la perche P3. – 160. en une huche des le jour qu’il i furent mis L2. – 160. regarda] omis dans C. – 161. de la dame C L1 L2 P3 P4. – 161. fres] flerant soef L2. – 161. coloré] novel P5. – 161. conme ele estoit P3. – 161. quant il estoit P4 quant il iert L2. – 161. en vie] vive P3 P5. – 162. Quant il vit ce] L2 introduit ici une lettrine. – 162. il s’esjoï] si s’esjoï C L1. – 162. moult durement L2. – 162. et si se mist C L1 P5 et se mist L2 P4. – 162. a terre] a genouz P4. – 162. a nostre seingneur Jh. L2.

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la beneoite Madeleinne par qui si granz miracles sont avenues. Il prist l’emfant et si dist : « O beneoite Madeleinne, com fuse o[re] beneurez, com fussent ore toutes choses bien avenues se ma fame fust en vie, qu’ele s’en poïst reperier avec moi. Ge sai bien et si croi certeinnement que l’emfant tu me donas, et l’avoie perdu par .ij. anz, et sai bien que la mere porroit avoir santé par ta priere. » A ces paroles, la dame soupira aussi conme s’ele s’esveillast et dist : « O beneoite Madeleinne, conme tu iés de grant deserte, qui en mon emfanter fus baaisse et en toutes mes necessitez tu as fet l’ofice de ba[a]isse ! » Quant li pelerins oï ce, si se merveilla mout et dist : « Es tu vive, douce amie ? » Et ele respondi : « Ge vif voirement, et orendroit premierement vieng ge dou pelerinage dont tu viens, et aussi conme tu eus seint Pere a mestre et a compaingnon en touz leus, aussint oi ge avec moi la Madeleinne et fui avec vos par- [254 d] -tout, et chascune chose regardai ge mout bien et reting. » Et li conmença a raconter les miracles qu’il avoit veues et les pelerinages qu’il avoit fez, si c’onques de riens nule n’i failli. Que vos diraie ge plus ? Li pelerins reçut sa fame seinne et halegre et son enfant et entra en la nef, et au notonnier et a touz ceus qui la estoient conmença a raconter ce qu’il li estoit

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164 - 165. O beneoite Mad. com fuse o beneuree com fussent ore toutes ch. bien av. Passage confus dans l’ensemble des témoins sauf P4 et P5, par le biais desquels il faut sans doute rechercher la leçon en amont de la tradition. – 170. baisse. Correction d’après P5 (C L1 L2 P4), graphie conforme à la scripta de B2 (cf. lignes 119 et 169). – 178. au touz ceus. 163. Marie Magdelainne L2. – 163. par qui] pour cui P4. – 163. si granz mir. estoient avenuz L1 (C) si granz mir. li estoient avenues P5 (L2) si granz mir. li estoit avenuz P4 (P3). – 163 - 165. Il prist l’emfant (...) fust en vie] et dist si ma fame fust en vie L1 et dist si ma fame fust vive C se ma feme dist il fust vive P3 (saut du même au même). – 163. Il prist l’emf.] il prist lors l’emf. P5 (L2 P4). – 164 - 165. O ben. Mad. (...) bien avenues] o benoite Marie come fusse ore beneurez L2 (...) com fusse ore bonseurez (...) P4 (...) com fusse beneurez (...) P5. – 165. en vie] vive P5 ore vive L2. – 165. qe ele se poït C q’ele se pooit L1 que ele peust P4. – 165. ore reperier L2. – 166. et si croi] si croi L1 et croi L2. – 166. tu m’as donee C L1. – 166 - 167. et l’avoie perdu par .ij. anz] et l’avoie perdu .ij. anz P5 et l’as nori par .ij. anz L1 (C L2 P4) et le m’as par .ij. ans norri P3. – 167. et sai bien] et sai L2 et si sai bien P4. – 167. bien avoir santé L2 P3 bien santé avoir L1 (C). – 167. par tes prieres P4. – 167. A ces paroles] a ses parolles L2 a cest mot P4. L1 P3 P4 introduisent une lettrine au début de cette phrase. – 168. soupira] s’esperi L2. – 168. s’ele s’esv.] cele s’esv. L1 se ele s’esvellast de dormir P3. – 168. O] ha P4. – 169. conme tu iés] come iés C (L2 P3 P4) iés L1. – 169. qui en mon emf.] qu’en mon enf. L1 ki a mon enfanter P3 qui en mon enfant P4 qui a mon enfant L2. – 169. baaisse] baille L2. – 169 - 170. et en toutes mes nec. (...) ba[a]isse] omis dans P3 (saut du même au même). – 170. tu as fet] en as fet P5. – 170. baaisse P5 baiasse C L1 L2 P4. – 170. si se merv. mout] si s’esmerveilla mult L1 (C P3) il se merv. L2. – 171. Es tu vive (...)] es tu viee (...) C douce amie vis tu encore L2. – 171. li respondi P4. – 171. Ge vif] je sui vive P3. – 172. tout prem. L2. – 172. ving ge L1 je vieng L2. – 172. de pel. P3 P5. – 172. dont] de la u P3. – 172 - 173. come tu veis saint Pierre et tu l’eus a maistre P4. – 173. mestre] conduiteur L2. – 173. oi ge] avoi ge L1 ai je eu L2. – 173. avec moi la Mad.] avec moi la benoite Magdelainne L2 la Magdelainne avec moi P4 la Made P5. – 174. regardai ge] regardeli (?) ge C regardai L2. – 175. mout bien et reting] et moult bien reting L2. – 175. començai L2 (P4). – 176. a rac.] a conter P3 a dire et a rac. P4. – 175. les miracles] omis dans P4. – 175. qu’ile avoit v. L1. – 176. les pel.] les miracles L2. – 176. si c’onques] qu’onques L1 si que P3. – 176. nule] omis dans C. – 176. ne failli C L1. – 176. Que vos d.] P3 introduit une lettrine à cet emplacement. – 177. et halegre] et haitie P3 et en bon point L2 et alegie P4. – 177. et son enfant aussi L2. – 177 - 178. en sa nef et conmença au notonier et a tous cels ki la estoient a rac. P3. – 178. et au not.] omis dans P4. – 178. a touz ceus P5 (C L1 P4) a ceus L2. – 178. ce qu’il li estoit] ce qe li estoit C L1 ce qui li estoit L2 P5 ce ki lor estoit P3.

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avenu. Aprés ce .j. pou, il vindrent au port de Marseille et issirent fors de la nef, et troverent la Madeleinne a touz ses deciples qui preeschoit a grant multitude de gent, et il se lesserent chaoir a ses piez et si distrent : « O ! beneoite Madeleinne, ton Dieu que tu as aoré et que tu preesches est mout granz, et nos le savons bien et le creons et le regeïsson que il n’est autre Dieu que Lui, et nos et toutes noz choses metons en ta mein et en soit fet si conme tu voudras de toutes choses. » Et eus recontererent a ceus qui i estoient ce qu’il leur estoit avenu et qu’il avoient veu, et se firent baptisier de seint Mauximin et lesserent les ydoles, et firent eglises el non de Jhesucrist, a cui enneurs et gloire est par toz les siecles des siecles. Amen. Aprés la Resurrection Jhesucrist et aprés ce qu’Il monta [255 a] es cieus et Il ot envoié le Seint Esperit qui raempli les cuers des deciples, qui encore se doutoient, et leur dona l’escience de touz languages, cil qui creoient estoient avec la mere Jhesucrist et semoient la parole de Dieu, et mout acroissoit li nombres des creanz en tele maniere que par la predication des apostres meinz millier de gent obeïssoient a la parole de Dieu et despisoient les leur choses. Li provoire des juis et li mestre qui furent embrasé par envie, si esmurent une persecution a une eglise et firent ocirre seint Estien, le premier martir, et firent chacier fors de leur contree touz ceus qui preeschoient le non Jhesucrist. Endementieres que ceste persecution estoit, cil qui creoient en Dieu le tout puissant se departirent et alerent en divers reaumes, si conme il estoit devisé, et preeschoient la loi Jhesucrist; et lors si estoit avec les apostres seint Mauximins qui estoit .j. des .lx. et .xij. deciples, qui estoient

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195. a une eglise est sans doute une traduction maladroite – on lit dans le passage correspondant du manuscrit 443 du Musée des Bollandistes à Bruxelles in ecclesia –, mais C est le seul exemplaire qui exprime une réaction devant le manque de pertinence de cette leçon. 179. avenu iluec L2. – 179. Aprés ce .j. pou] aprés .j. pou P5 un pou aprés C L1 P4 (P3) .j. petit aprés L2. – 179. il vindrent] vinrent P4 arriverent P3. – 179. fors] hors C L1 L2. – 180. trovent P4. – 180. et touz ses deciples L2. – 180. preschoient P4. – 180. a molt grant mult. P3 a tout grant mult. L2 P4. – 181. et li distrent L2 et si li distrent P5 et disent P3 (P4). – 181. Marie Magdelainne L2. – 182. tu aeures P5 (L2 P3 P4). – 182. et que tu pr.] omis dans L2. – 182. et (...)] nous le savons bien (...) L2 quar nos le savons bien et creons P5. – 183. et regeïssons P5 (C L1 L2 P3 P4). – 183. que lui et] omis dans L2. – 184. en sa mein L1 (C). – 185. eus] si P3 ensi P4. – 185. raconterent C L1 L2 P3 P4. – 185. qui la est. C L1 L2 P4 P5 (P3). – 185. ce qu’il] ce qui C L2 P5 (P3). – 185. et ce qu’il avoient veu L2. – 186. et si se f. C L1. – 187. el non] omis dans P5. – 187. est honneur et gloire L2. – 187. par toz les s.] en tous s. P3 par touz les tans P4. – 187. des s. sans fin L1 P3 (C P4). – 189. la sainte resurrection nostre seigneur Jh. P4. – 189. et aprés (...) es cieus] (...) el ciel C et que il fu monté es cieus et il ot aempli ce qu’il avoit dit L2. – 190. qui raempli] qui en empli C por raempli P5. – 190. de ses disiples P3. – 190. qu’encore L1. – 191. et leur dona] lor donna P4. – 191. la science C L1 L2 P4. – 191. de toutes langues C P3 P4 P5 (L1) de toutes les langues L2. – 191. avec la mere] devers la mere L2. – 192. et sem. la parole de dieu] et sem. la parole dieu P5, omis dans L2. – 192. et acr. des creanz P4. – 193. obeïssent L2. – 195. qui furent embracé L1 ki estoient enbrasé P3. – 195. par envie si esm.] si esm. par envie P4. – 195. a une eglise] a seinte eglise C, omis dans L2. – 196. fors] hors C L1 L2 P3. – 197. le non de Jh. L1 P3 la foy Jh. L2. – 197. endementres L2. – 197. cele persecutions P3. – 198. estoit] duroit P5. – 198. dieu le tout p.] dieu le pere tot p. P5 Jhesucrist L2. – 198. s’en dep. P3. – 198. es divers roiames C L1. – 199. et si come L1. – 199. il estoient dev. L2. – 199. preeschierent P4. – 199. et lors estoit L2. – 200. estoient] estoit C L2 P3.

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mout preudom, et fesoient granz miracles et par doctrine et par vertuz. A la seinteé de cestui si s’acompaingna la beneoite Madeleinne, aussi conme la [Virge] a seint Johan l’Evengelistre, a qui Nostre Sires l’avoit conmen[dee], et porce il s’en vindrent ensem- [255 b] -ble a la mer et orent bon vent, et vindrent a Marseille et d’ilec en la contree d’Ais, et illec preescherent la loi Jhesucrist, et jor et nuit entendoient a predication et en [vegiles] et en geunes et en oroisons porce que li pueples ne creoit pas ne qu’il n’estoit mie baptisiez, et qu’il les amenassent a la foi Jhesucrist; et seinz Mauximins qui fu evesques et comfessors, si fu en l’eglise d’Ais lonc tens et gouverna l’eglise a son pooir, et preescha et rendi a ceus qui ne veoient la lumiere et au contrez l’aler, et curoit toutes les emfermetez. Endementieres la beneoite Madeleinne, qui entendoit a contemplation et qui voloit avoir la tres bone partie qu’ele avoit esleue par l’amonestement Nostre Seingneur et se mist en un hermitage et en .j. leu que li angre li avoient apareillié, demora .xxx. anz que nus hom ne la connut, et vivoit tant seulement de la viande du ciel, et illec demora en loant et en priant Nostre Seingneur. La cave ou la beneoite Madeleine demoroit fu seur une monteingne, si conme li angre li avoient apareilliee, et ilec n’avoit point d’eve ne herbe ne arbre nul, porce que Nostre Sires mostrast que cele

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202. aussi conme la vigne : erreur probable pour vigene (virgene), comme dans P5 (vingne). Correction d’après C L1 P3 P4 (L2). – 203. conmen. Le scribe a vraisemblablement oublié de reproduire la dernière syllabe du mot en changeant de ligne dans sa copie. Correction d’après P5 (C L2 P3 P4 / L1). – 206. et en evengiles. Correction d’après P5 (L1 P3 P4 / L2). 201. faisoit C L1 P3 P4 (L2). – 201. molt grans miracles P3. – 201. et par vertu C L1 L2 P3 P4 P5. – 201. A la seinteé] et la sainteé P4. – 202. si s’ac.] s’acompaigna L1 (L2 C). – 202. Marie Magdelainne L2. – 202. aussi conme] come P4. – 202. la virge C L1 P3 P4 la vierge Marie L2. – 202. avec saint Jehan L2. – 203. a qui] et qui L1. – 203. comandé L1 conmendee P5 (C L2 P3 P4). – 203. il se vindrent C. – 204. ensemble] omis dans L2. – 205. d’iluec avalerent a la conté d’Ais L2. – 205. illec] omis dans P4. – 205. preesch.] pristrent P5. – 205. de Jh. L2. – 206. entendirent P3. – 206. a predications P3 a la predic. L2. – 206. et (omis dans L2) en vegiles P5 (L1 L2 P3 P4) et en jugesses (?) C. – 206. et en geunes] en jeunes L2, omis dans P4. – 206. en oroison L1. – 207. qui ne creoit pas L2 ne creoit pas en Jhesucrist P3. – 207. ne qu’il n’estoit] ne qui n’estoit C L2 ne n’estoient P3. – 207. mie] pas L2 P5. – 207. qu’il les am.] qu’il (qui C L1) les ramenaissent (rem. C) P3 (C L1) qu’il le ram. P4 ram. L2. – 208. conf. et ev. L1 P3 P4 (C L2). – 209. d’Ais (...) l’eglise] omis dans P4 (saut du même au même). – 209. lonc tens] longuement C par moult de temps L2. – 209. et gouv. l’eglise] et gouv. glise P5 et la gouv. P3. – 209. a son pooir] omis dans L2. – 210. aus contrers C. – 210. l’aleure P3. – 210. et curoit toutes les emf.] et curoit toutes enf. P4 et curoit totes les maladies P3 et rendoit aus malades santé et curoit les enf. L2. – 210. endementres L2 entrementres P3. P4 introduit ici une lettrine. – 211. et qe voloit avoir L1 (C). – 212. que avoit esl. P4. – 212 - 213. par l’amon. de n. signor (...) P3 (et L2) par l’amon. de n. seignur se mist en .j. herm. en .j. leu L1 (C L2 P4). – 213. et demora] demora C (L2) et demora la L1 et i demora P3 et demora iqui P4. – 214. que nul ne la conneust L2. – 214. tant seul.] soul. L1 (C L2 P3 P4). – 214. viande] magne L2. – 214. du ciel] de ciel L1 douce P3. – 215. demora] demourant L2. – 215. nostre seingnor Jhesucrist L2. – 215. La cave (...)] P3 introduit une lettrine à cet endroit. – 215. Mad.] Marie L2. – 216. demoroit] estoit P5. – 216. seur] sus L2. – 216. li avoient] l’avoient L1 L2 l’i orent P3. – 216. et ilec] illec P5. – 217. point d’eve] ne yaue L2. – 217. ne herbes C P5 (P3) ne d’erbes L1; omis dans L2. – 217. ne arbre nul] n’arbres nuls L1 (P5 C) ne arbre L2. – 217. monstroit C mostraist L1. – 217 - 218. que cele (celui L2 celi P3 P4) que (qui L2 P4 (P3)) tant l’avoit amé P5 (L2 P4; amee L1 P3) ce cele qe tant l’avoit amee C.

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qui L’avoit [255 c] amé ne voloit pas [saouler] de viandes terriennes mes des esperitiex; et en cele cave ou ele estoit, a .vij. eures del jor estoit portee es cieus par les anges et ooit le chant des anges qui looient Nostre Seingneur, et ele qui chascun jor estoit saoulee de si douces viandes soufisanment, qui avoit esté amenee en cel leu par les angres, qui touz jorz demoroit en loer Nostre Seingneur, onques n’ot mestier de viande corporel. Et quan[t] la beneoite Madeleinne dut morir et rendre l’ame por esgarder la biauté de son Createur et le tens et l’eure fu de sa mort, Nostre Sires le fist savoir a seint Mauximin l’arcevesque, qui encore vivoit, en tele maniere. Il estoit uns prestres qui estoit mout religieus et mout doutoit Dieu, qui estoit mestres d’une petite congregation, ilec pres de la Madeleinne, et menoit vie d’angre et nus ne la connoissoit; et l’ome avoit pres de .c. anz et es queresmes, il se departoit de ses compaingnons et aloit touz seus en un hermitage, et illec entendoit a oroisons et a chanter de Dieu a grant estinance, et cist ne savoit pas le miracle que Jhesucrist fesoit de sa douce amie. Icil si fist une [255 d] petite ciaule delez le leu ou la beneoite Madeleinne estoit, delez une petite fonteinne, et ileques fesoit estinance tout le queresme; et avint que le lundi devant Pasques, Nostre Sires aparut a ce provoire et regarda li provoires ou leu ou la Madeleinne demoroit, et vit conme li

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218. ne voloit pas estre celee de viandes terr. Si saoler son cuer est la variante la mieux représentée au sein de la tradition manuscrite, il semble plus normal de faire de Marie-Madeleine le complément de cette relative, comme dans L2 – ce qui exclut du même coup la construction passive de B2 et P5. Graphie conforme à la scripta de B2. – 223. quan. 218 - 221. ne voloit pas (...) de si douces v.] ne voloit pas estre saolee de v. si douces P5 (saut du même au même) ne voloit pas saouler de terr. v. (...) L2 ne voloit pas saoleer son cuer de (des P4) terrienes v. (...) (demandes C; choses, exponctué et corrigé en viandes P4) L1 (C P3 P4). – 218. mes des esp.] mes d’espirituex L1 (L2). – 219. et en cele cave] en cele cave L1 (C). – 219. as .vij. eures P3. – 219. de jour L2. – 219. estoit ele portee C L1 P3 P4. – 219. de angles es ciaus P4. – 219. ou ciel L2. – 220. et ooit le chant des anges] omis dans L1 (saut du même au même). – 220. looient] ooient L2. – 220 - 221. et ele qui (...)] ele qui s. estoit chascun jor de si douce viande L2. – 221. soufis.] souffri saument L1. – 221 - 222. qui avoit amenee en ce lieu L2. – 222. demoroient P5 L2 demorroient L1 demorront C. – 222. a loer L2. – 222. qu’onques L1 qui onques C. – 223. n’ot] n’oi L2. – 223. de corp. viande C L1 L2 P3 P4 P5. – 223. Madeleinne] dame P4. – 224. de son cr.] son creatour P4. – 224. et le tens] le temps L2. – 224. fu de sa mort] de sa mort fu C L1 P3 P4 P5 de la mort L2. – 225. le fist savoir] le demostra P5 (L1 L2 P3) demoustra C P4. – 225. au seint Maximin C. – 225. l’arc.] l’evesque C L2, omis dans P3. – 226. en tele man.] omis dans L2. – 227. C L1 P3 P4 P5 ne comportent pas de lettrine au début de ce paragraphe. – 227. qui moult estoit rel. L2. – 227. et mout dout.] et dout. C qui moult dout. L2. – 227. qui estoit m.] et estoit maistre P4 (L2). – 228. d’une moult petite congr. pres du lieu ou la Magdelainne menoit L2. – 229. et l’ome (...) .c. anz] cil hom (...) P3 (...) plus de .c. anz P5 et estoit pres a cent estades d’ommes L2. – 229. es quer.] el quaresme C L1 chascun an par .iij. ans en la quaresme L2. – 230. touz seus] touz cevos (?) L1, omis dans L2. – 230. atendoit P4. – 230. a or.] aus oreisons C et or. L1. – 231. a dieu L2. – 231. en grant abstinence P3 P4. – 231. et cist] et si L2 cil P4. – 231. pas] mie L2. – 231. le mir.] le grant mir. P5. – 231. Jhesucrist] diex P4 P5. – 232. por sa douce amie P5 (L2 P4). – 232. icil se f. P4 e cil si f. L1 icelui f. L2. – 232. mesoncele L2. – 232 - 233. le leu (...) estoit] le leu a la Mad. P5. – 233. delez une petite font.] et une petite font. P5, omis dans C L1. – 233 - 234. et il. fesoit est. tout le qu.] et illuec estoit et faisoit (...) P3. B1 P1 P2 rejoignent cette version à partir d’ici, avec une leçon quelque peu différente : et ainssi faisoit le quaresme (graphie de B1; P2 : et ainsi faisoit la quarantainne). – 234. devant P.] par quoi B1 (P1 P2). – 234. n. s. s’aparut P3 s’aparut n. s. L2. – 235. a ce pr.] a lui P3. – 235. li prov.] omis dans L2. – 235. ou leu] le liu P3 (L2). – 235. la Mad.] la beneoite Madelaine P3 Marie L2. – 235. conme] coment C L1 (B1 L2 P1 P2 P3 P4).

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ange la portoient en haut et aprés l’espace d’une eure l’i raportoient chantant, et il qui estoit .j. pou loing ne pooit savoir que li ange portoient et raportoient; et quant il ot veue ceste merveille en avision, il ne fu onques troblez, einz se mist a oroison et pria Nostre Seingneur en plorant que [de] cele avision li enseingnast la verité. Au matin l’andemein, li jorz fu clers et il se conmenda a Nostre Seingneur et aloit au leu ou il avoit veu les anges descendre .vij. foiz le jor devant par grant devotion, et quant il fu pres du leu au giet d’une pierre, les jambes et les piez li conmencerent a mal fere et de poor conmença a trembler; et quant il voloit retorner, les jambes ne li pié ne li fesoient nul mal, et quant il voloit aler avant tout droit au leu, toute la langueur de cors le prenoit, si qu’il ne pooit aler n’avant n’arrie- [256 a] -res; et lors entendi bien li preudoms que sanz doute c’estoit sacrement du ciel a qui nus esperimenz humeins ne pooit aprochier. Il se tint ileques dusqu’a tant que Nostre Sires souffri qu’il aprochast au leu, et quant il fu au leu, il apela le non Nostre Seingneur et dist : « Ge te conjur par Dieu le tout puissant, c’est Jhesucrist, le Recouvrierres du monde, que se tu iés hom ou resonnable chose qui en cele fosse hantes, que tu me respondes et me di la verité de ton estat ». Il disoit ce et prioit Nostre Seingneur en plorant que Il li aidast, et quant il ot ce dit .iij. foiz, la beneoite

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239. que cele avision. Correction d’après B1 C P1 P2 P4 P5 (L1 / L2). – 249. dieu le tout le puissant. Correction d’après P4 P5 (C L1 P3). 236. l’enportoient P4 (L2). – 236. la rap. B1 L2 P1 P2 P4 P5 (P3) la rep. C L1. – 236. en chantant B1 C L1 P1 P2 P4 (P3). – 236. il] cil C L1 P3. – 237. estoit] estoient B1 (de même dans P1, où le scribe a toutefois exponctué en). – 237. que li ange p.] a qui il p. P1. – 237. et rap.] ne rap. P5, omis dans P4. – 237. et quant] quant B1 L2 P1 P2. L2 introduit ici une lettrine. – 238. ceste merveilleuse av. B1 P1 P2 ceste merveilleuse aventure L2. – 238. il n’en fu B1 L2 P1 P2 P3. – 238. troblez] esfreez L2. – 238. einz (...) et pria] ainz pria P2. – 238. a oroisons L1 (C P3) en oroison B1 L2 P1. – 239. tout en plorant P3. – 239. que de cele av. (...) B1 C P1 P2 P4 P5 (L1) que de cele vision L2 ke il ceste av. li demoustrast et l’en enseignast la verité P3. – 240. B1 C L1 L2 P1 P2 P5 ne comportent pas de lettrine au début de ce paragraphe. – 240. Au matin l’and.] a l’end. matin L1 (C) l’endemain au matin L2 au matin P3. – 240. biaus et clers P5 clers et biaus P2. – 241. .vij. foiz devant le jour B1 (P1 P2) par .vij. fois le jour devant L2 .vij. jorz le jor devant P5. – 242 - 248. pres du leu (...) qu’il apr. au leu] omis dans L2 (saut du même au même). – 242. pres du leu au giet d’une pierre] pres B1 P1 P2. – 242. comence P4. – 243. mal a faire P3. – 243 - 244. et quant il vol. ret. (...) nul mal] et come il retornast (...) B1 (P1 P2), omis dans C L1 (saut du même au même). – 244. nul mal] mal P2 P4. – 244. et quant] et conme P1 (P2). – 244. aler avant tout droit] retorner ancor arriere B1 retourner P1 P2. – 245. tote langor L1 (B1 C P1 P2 P3 P4). – 245. si qu’il ne p.] se ne p. B1. – 245. aler n’avant n’arr.] aler avant n’arierres L1 (P4) avant aler B1 P1 P2. – 246. c’estoit] s’estoit L1 ke ce estoit P3 (P1). – 246. dou saint ciel P4. – 246. a qui] a quei C (B1 P3) a que P2 et que P1 P4. – 247. espiremens L1 (C) esperis P1. – 247. n’i pooit P4 ne puet B1 P1 P2. – 247. ileques] ainssi B1 (P1). – 247. dusqu’a tant] jusque a tant L1 (C P3 P4) tant B1 P1 P2. – 248. s’aprochast P3 prouchast C. – 248. au leu] dou liu P3. – 248. et quant il fu au leu] omis dans C (saut du même au même). – 248. apela] apeleu P5. – 248. le non nostre seignur L1 (non a été ajouté au-dessus de la ligne, sans doute par le copiste) le non n. seignor Jhesucrist B1 (P1 P2). – 249. et si dist P4. – 249. par] de par B1 L2 P1 P2 P4. – 249. dieu le tout puissant P4 P5 (C L1 P3) dieu le vif B1 L2 P1 P2. – 249. c’est Jh.] et (et de P2) par nostre seigneur Jh. B1 (L2 P1 P2). – 250. recouvrier P3 recoures (?) L1 (le tracé de la première lettre n’est pas clair) le sauveeur P2. – 250. du monde] dou mont P3 de tout le monde L2. – 250. ou] omis dans P4. – 250. tu resonable chose P5 resonable creature L1 (C P3 P4) aucune raisonnable creature B1 (L2 P1 P2). – 250. fossee L1. – 251. hantes] abites P5 (B1 C L1 L2 P1 P2 P3 P4). – 251. et me di] et me dis P2 et me dies L2 et dies P1. – 251. Il disoit ce] il disoit P4 il dist ce B1 L2 P1. – 251. et prioit] si prioit P4 et pria L2. – 252. n. seigneur Jhesucrist B1. – 252. en plorant] omis dans L2 P4 P5. – 252. aidast] donnast, exponctué et corrigé en aidast, P4. – 252. il li ot ce dit P4.

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amie Jhesucrist, Marie Madeleinne, qui ert en la fosse meintenant li respondi : « Porce que tu m’as si conjuree, vien plus pres de moi, si savras la verité de ces choses que tu requierz. » Quant li prestres se fu aprouchiez dou leu, qui avoit mout grant poor, lors li dist la Madeleinne : « Remembre toi de l’Evangile, de cele Marie Magdeleinne qui fu apelee pecherresse, qui aus piez de son Criator ala hardiement et Li lava de ses lermes les piez et Li terdi de ses chevex, et ilec ot pardon de ses pechiez par la fonteinne de pitié ? » Li prestres respondi qui bien l’en remem- [256 b] -broit, et .xxx. anz avoit a cele eure que ce avoit esté, si conme Seinte Eglise le creoit, et ele li dist : « Ge sui cele qui ardant desirrier a de charité et de son Sauveor et ai foï l’ennui des choses dou monde, et par l’amonestement Jhesucrist Mon Seingneur et ses angres qui devant moi vindrent, ge me mis en cest essill, et par tant de termine conme tu as dit ai ge ci esté que nului ne m’i sot, ne onques n’i oi fein ne soif, ne n’i menjai de terrienne viande, mes de la douce viande do ciel sui ge saoulee, quar aussi con tu veis ier par la grace de Dieu, aussi chascun jor puis que ge ving en ce leu m’est il avenu; et de ce soies tu certeins que de ce leu ci sui ge portee en haut en l’air si que ge oi les douz chanz des beneoiz esperiz et la douce

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256. de l’evangile de cele evangile Marie Magd. (même bourdon dans P5). Correction d’après L1 (P4 / L2 / P3). – 268. des beneoiz esperitiex. Correction d’après C (L2). 253. qui ert en la f.] qui estoit en la f. P3 qui irt en la fossee L1 de la f. B1 P1 P2 des la f. L2. – 253. meintenant] omis dans B1 L2 P1 P2. – 253. li resp. et dist P5 (P1). – 254. tu m’as] m’as B1. – 254. si conj.] conj. P1. – 254. de moi] omis dans B1 L2 P2. – 254. si savras] et si savras L2 et si verras B1 P1 P2. – 254. de ses ch. P1. – 255. Quant li pr. (...)] P3 P1 P2 P4 introduisent une lettrine à cet emplacement. – 255. se fu] fu L2. – 255. dou leu] omis dans B1 L2 P1 P2. – 255. mout grant] grant B1 L2 P1 P2 (bissé dans P4). – 256. lors dist P3. – 256. rem. toi] te rem. il B1 P1 P2 dites vous remembreroit il point L2. – 256. de l’ev. (...) Magd.] de l’evengile de cele Marie L1 (P4) de l’evangille de ceste Marie L2 de l’ewangile et de cele Marie P3 de l’evangelie del Marie C de la vigille de cele Marie B1 (P1) de cele Marie P2. – 257. qui fu apelé pech. P5 qui fu nomé pecherice L1 (P3) qui si (ci P1) fu nommee pecherris P4 (B1 L2 P1 P2) qui a fin nomee pecherice C. – 257. qe au piez L1 qui au pié P4. – 257. de son cr.] son cr. C L1 (L2 P1 P2 P3 P4). – 258. et les i lava P2. – 258. les piez de ses l. L2 ses piez de ses l. P1. – 258. les piez] ses piez P4, omis dans B1 P2. – 258. li terdi] li terde (?) C terdi P2 essuia L2. – 259. et li prestres P1. – 259. li resp. P5. – 259. qui] que B1 L2 P1 P2 P4 (C L1 P3). – 259. menbroit P3 (P4). – 260. et .xxx. anz avoit (...) esté] .xxx. ans avoit (...) P3 et .xxx. anz a que ce fu B1 (L2 P1 P2). – 261. croit B1 C L1 P1 P2 P3 P4 P5. – 261. et ele li dist] elle li dist C et ele dist L2 P2 P4 (B1). – 261. d’ardant des. B1 L2 P1 P2. – 261. a de charité] et de charitee L1 (L2) et de la charité B1 P1 P2 a de chartre P5. – 261 - 262. et de son sauveor (...)] de son sauveour ai foui B1 (L2 P1 P2). – 262. et ai foï (...)] et n’ai cure de chose del monde P4 (...) de cest mont P3. – 262. et par l’amon.] par l’amonn. B1 P2 de par l’amonn. P1. – 262. de Jh. mon s. L2 de mon signor Jh. P3. – 263. et ces anges P1. – 263. devant me v. C L1 P4 P5 devant v. B1 L2 P1 (P2) me v. devant P3. – 263. en cest essil] en essil P2 a essil L2. – 263. et de par tant P1. – 264. de termine] de terme L1 d’ans L2. – 264. ai ge] ai L2 P1 P2. – 264. ci] ici L2. – 264. que nului ne m’i sot] qui nulli ne me sot C que nus hom ne m’i sot B1 P1 (P2) ne m’i sot onques nul L2. – 264. n’i oi fein] n’oi feim C L1 n’i oi ne fain L2. – 265. ne ne menjai L1 L2 P1 P4 P5 (B1 C). – 265. douce viande] douce manne B1 P2 (P1). – 266. sui saoulee P1 sui saoulee chascun jour P2. – 266. aussi] ainsi P1. – 266. veis] vo (?) C. – 266. ier] iert L1. – 266. de dieu] du saint esperit L2. – 266. aussi] ainsint P1. – 267. puis que ving P4. – 267. en cel leu L1 (C P3) en cest lieu B1. – 267. m’est il avenu (...) de ce leu] m’est avenu (...) L2, omis dans L1 (saut du même au même). – 267. soies toz certains P4 (P2; soiez t9 certains L2). – 267. que] car L2 et B1. – 267. de ce leu ci] de ce leu P5 (L2) de cest liu ci P3. – 268. je sui portee B1 P1 P2 sui portee P3. – 268. oi] ai oï P4. – 268. les douz chanz (...)] les chans (...) P3 (...) des benois esperiz C (L2) les douz (bons P2) chanz des ben. anges esperitiex B1 (P2) les douz chanz des angres P5 les bons anges du ciel qui chantant si doucement P1. – 268 - 269. et la douce loenge de la chev.] et de la douce l. de la chev. L2 et la douce chev. B1 P1 P2.

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loenge de la chevalerie do ciel qui chantoient la loenge Nostre Seingneur par .vij. foiz le jor, et einssi sui ge saoulee de tiex delices et me raportent li angre en ce leu. Et porce que Nostre Sires m’a denoncié que ge doi partir dou cors, entent ma voiz et va sanz demeure a Mauximin et li racontes tout ce que tu as veu, et li di que le seint diemenche de la Resurrecxion Nostre Seingneur Jhesucrist, qu’il [256 c] se seut lever a eure de matines tout droit au moustier qu’il a fet feire et qu’il soit tout seus, il m’i trouvera priant Nostre Seingneur et ilec seré ge portee par les angres. » Li prestres ne veoit nului et ooit la voiz qui a li parloit, et li sembloit mielz que ce fust angres que hom, quant il parloit encore a lui, et mout volentiers li demendast encor mout de choses, mes ele ne li respondi pas. Il touz espoentez et joianz grant oirre s’en ala a seint Maximin et li raconta tout par ordre tout ce qu’il avoit veu et oï, et li beneoiz hom, quant il oï ce, si fu touz raempliz de grant joie et tendi ses meins au ciel et tout em plorant dist : « Biax Sire Jhesucriz, [Filz de Dieu le vif],

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273 - 274. qu’il se seut lever (...) qu’il a fet feire. La syntaxe de ce passage est quelque peu déroutante, mais sa varia lectio ne fournit qu’une base fragile pour une intervention – cf. B1 L2 P1 P2, parmi lesquels L2 est le seul dont la leçon soit pleinement satisfaisante. – 276 - 277. Le premier jet du copiste est et ne li sembloit mie que ce fust angres que hom. ne a été exponctué avant que le responsable de cette intervention n’ajoute lz au-dessus du mot mie, pour former mielz. – 281 - 282. biax sire diex Jhesucriz le tout puissant ge te rent granz gr. Altération probable d’une leçon que B1 L2 P1 P2 semblent perpétuer, si le texte latin peut être allégué ici (Domine mi Jhesu Christe, fili vivi Dei; cf. BNF, lat. 803, f° 229 c). Nous suivrons donc la variante commune à ces quatre exemplaires. 269. du ciel avec euls P1. – 269. chantent P4. – 269. n. seigneur Jhesucrist B1. – 269 - 270. par .vij. foiz le jor] et iluecques serai je portee par les angels L2. – 270. sui saoulee B1 L2 P1 P2. – 270. raportoient P1. – 270. en ciel leu L1 en cest liu P3 P4 (B1) en ce lieu arriere P2. – 271. denoncié] ranoncié L1 renuncié C (P3) revelé L2 rové B1 (P1) conmandé et mandé P2. – 271. departir B1 L2 P1 P2 P3 P4. – 271. dou cors] del siecle C L1 (B1 L2 P1 P2 P3) de cest siecle P4. – 271 - 272. entent (...) sanz dem.] oi (...) B1 L2 P1 (...) sanz demoree B1 (P1 P2); en tant manois iras P3. – 272. a seint Maximin C L1 P5 (B1 L2 P1 P2 P3 P4). – 272. veu] veu et oï B1 P2 oï et veu L2 P1. – 272. et li di] et li dis P1 P2 entend et li di C L1 entent et se li di P4. – 273. seint] omis dans L2. – 273. surrexion B1. – 273. n. s.] omis dans B1 C L1 L2 P1 P2 P3 P4. – 273. qu’il se seut] se il se sieut P4 lors que il se seult B1 (L2 P1 P2). – 274. a l’eure C L1 P3 P4. – 274. des matines L1 P4. – 274. tout droit] entroit B1 P1 il entroit P2 entre L2. – 274. el mostier L1 (B1 C L2 P1 P2 P3 P4). – 274. ke je ai fait faire P3. – 274. et qu’il soit] et li di qu’il i soit P3, omis dans B1 L2 P1 P2. – 275. il me trovera C L1 P4 il m’i trouveroit P1 il me trouva P2. – 275. men seigneur P4. – 275. ilec] ainssi B1 (P1 P2). – 275. serai portee B1 L2 P1 P2. – 275. par mes angeles L1 (C). – 276. et ooit] et si ooit L2 ainz ooit P2 mes il ooit bien P1. – 276. parloit a lui P5. – 276 - 277. et li sembloit (...) que hom] et li sambloit miux angeles ke hom P3 et li sembloit que ce fust voiz d’angres P5 et li sembloit miex que ce feust angels que vois de personne P2. – 277. quant il parloit encore a lui] et come il parlast (...) B1 (L2 P1 P2); omis dans P4. – 277 - 278. et mout vol. (...) choses] (...) li demandast molt de coses P3 (P4) li demandast mult des choses L1 (C) et (et que P2) molt de choses li demandast B1 P1 (P2) et moult de choses li demandoit L2. – 278. mes ele] et elle B1 P1 P2 (L2). – 278. respondist P1. – 278. pas] plus B1 C L1 L2 P1 P2 P3 P4 P5. – 279. grant oirre s’en ala] a grant oirre s’en ala C L1 P4 P5 s’en ala grant oirre P3 grant erre s’en vint L2 s’en vint grant erre P1. – 279. reconta C conta P4. – 279. tout par ordre] toute la besongne par ordre P1. – 279. tout ce qu’il] ce qu’il C L1 P4 (B1 L2 P2) quan ke il P3 si conme il P1. – 279. l’avoit oï et veu P1. – 280. fu] omis dans L1. – 280. touz raempliz] mout raempliz P5. – 280. de joie P3. – 281. vers le ciel L2 P1. – 281. et dist tout en pl. P3 et dist tout pl. P4 et dit en pl. P2 et en pl. dist B1 P1 (L2). – 281. beax sire Jhesucrist filz de dieu li tot puissant L1 (C P3) biax sire diex Jhesucris fieus de dieu le tout puissant P4 biau sire Jhesucrist filz de dieu le vif B1 L2 P1 P2.

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ge Te rent granz graces et merciz de ce que ma [viellesce] s’esjoïst d’esperitel joie et de Marie Magdeleinne, la teue tres beneoite amie, as acompli mon desirrier. Tu, Sires Diex, Rois de Israël, qui raeinssis le monde de touz perilz de ton precieus sanc et reçoi[s] ceus qui font penitance et doucement leur pardonnes leurs pechiez, qui me meinnes en l’avision de clarté, Tu soies beneoiz et essauciez et mangnifiez et gloirefiez par touz les siecles des siecles sanz fin. Amen. » [256 d] Quant il ot ce dit, il touz hestiez a tout grant leesce de cuer enconmença a acroistre ses vegiles et ses geunes et ses oroisons, et de l’avision qui li estoit pramise a veoir disoit : « Le tens est trop granz ! », et en apeloit la misericorde Jhesucrist; ne nus ne se doit merveillier de ceste merveille, quar de la beneoite amie Jhesucrist doit chascuns leax hom ce croire sanz doutance, quar com plus Nostre Sires Jhesucriz connut la perfection de l’amor qu’ele ot en Lui, tant plus vost Il qu’ele seust le mistere des cieus, et com plus granz servises d’umanité Nostre Sires prist de lui devant sa Surrection et aprés, de tant doit on plus croire que Nostre Sires l’amoit plus que les autres et porce en voloit Il fere plus granz

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282. de ce que ma mesaise s’esj. n’est pas une leçon absurde à proprement parler, mais la variante sur laquelle s’accordent L2 P2 (B1 C L1 P3 P4) est à l’évidence la bonne – le manuscrit 443 du Musée des Bollandistes à Bruxelles comporte à cet endroit senectutem meam, dont elle est issue. La graphie de L2 P2 est celle qui paraît le mieux convenir aux habitudes du scribe de B2. – 285. reçoif. – 290. et disoit. Correction d’après B1 P1 P2 P4. 282. je renç P3. – 282. granz graces] grasces P4 P5 (B1 C L1 L2 P1). – 282. ma viellesce L2 P2 (B1 C L1 P3 P4) tu m’as veillié P1. – 282. s’esjoïst] esjoïs B1 L2 (P2) resjouir P1. – 283. Marie] omis dans P5. – 283. la toie ben. amie P3 la benoite amie P4. – 283 - 284. as acompli de mon des.] as aempli mon des. L2 (P2) as empli mon des. B1 (P1) a l’aconplissement de mon des. P4. – 284. tu sires rois diex d’Ysraël P5 tu sires roiz des roiz dieu d’Israël L1 (B1 C L2 P2 P3) tu sire rois des rois rois d’Israël P4 toi sire rois des rois deux des deux P1. – 284. raeinssis] reinsas (?) P5. – 284 - 285. de touz perilz de ton pr. sanc] omis dans B1 L2 P1 P2. – 285. par ton pr. sanc P5. – 285. et reçoi[s]] reçoif C L1 reçois P1 et raensis L2. – 285. ki sont en pen. P3. – 285. doucement] omis dans B1 P1 P2. – 285. pardonnas P4. – 286. qui me meinnes en l’av.] qui me mainne a la vision L2 qui m’amainnes a l’avision P2 qui mainnes a l’avision P1 qui mainnes la vision B1 qui m’enluminas de l’av. P4. – 286. de ta clarté B1 L2 P1 P2 P3. – 287. et gloir.] omis dans L2. – 287. par les siecles B1 L2 P1 par le siecle P2. – 287. sanz fin] omis dans B1 C L2 P1 P2 P4. – 287. amen] omis dans P4. – 288. C L1 ne comportent pas de lettrine au début de ce paragraphe. – 288. quant il ce dit C. – 288. il touz hestiez] omis dans P4. – 288. a tout grant l. de cuer] a grant l. (leesté ? C) du cuer L1 (C) a grant joie P5 s’en ala a tout grant lieece de cuer B1 (P1 P2). – 288. il encomença P4 et comença B1 P1 (P2). – 289. a croistre L2 P1 P4. – 289. et ses geunes] ses jeunes B1 L2 (P1) ces geunes L1, omis dans P2. – 289. estoit] est P3. – 290. a veoir] omis dans L2. – 290. a veoir disoit B1 P1 P2 P4. – 290. Le tens est trop granz] le temps trop grant B1 P2 trop grant temps L2. – 290. la mis.] a mis. P1. – 291. de Jh. C L1 P2. – 292. ce croire] croire B1 L2 P1 P2. – 292. com plus] quant plus C L1 P3 P4 conme plus que L2. – 293. n. s.. Jh. connut] conut n. s. P4. – 293. la perf.] l’afection B1 L2 P1 (P2). – 293. de l’amor qu’ele ot en lui] de l’amor q’ele avoit en lui L1 (C P3) de l’amor que cele avoit en lui P4 d’amour que elle avoit en lui B1 P1 P2 (L2) de lui P5. – 293. tant volt il plus L2 et tant plus volt il P1. – 294. seust] veist L2. – 294. sa mistere P3 le ministere B1. Précédé dans P5 de le p (le scribe a peut-être gardé en mémoire connut la perfection, qui figure juste avant dans le texte, et n’est retourné à son modèle qu’après avoir écrit le début de cette leçon, sans l’exponctuer ?). – 294. de cieus P1. – 294. et quant plus P3. – 294. granz servises] grant servise L2 P1 P2 (P3) servises B1. – 294 - 295. d’umanité (...) de lui] nostre sires prist de lui en hum. L2. – 294. d’umanité] omis dans P3. – 295. prist n. s. P4. – 295 - 296. de lui (...) que nostre sires l’amoit] et l’amoit B1 P1 et si l’amoit P2. – 295. de lui] omis dans P4. – 295. resurrexion C L1 (L2 P3). – 295. de tant] tant C L1 L2 P3 P4. – 295. plus croire] miex croire L2 croire P4. – 296. l’amoit] l’avoit C. – 296. en vouloit il fere] vouloit faire B1 L2 (P1 P2). – 296. plus granz mir.] plus que les autres P5.

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miracles. Et fet bien a ramentevoir que li leaus crestiens font .iij. quarenteinnes : aprés la premiere vient le jor de Pasques, et la seconde si termine le jor de la Madeleinne, et aprés si vient le jor de la Nativité Jhesucrist; et toutes ces .iij. quarenteinnes li prestres gardoit et lors vit il l’avision. Aprés quant vint au dimenche a l’aube levant, seinz Mauximins, si conme il soloit, entra touz seus en son moutier et el leu ou il soloit orer regarda et vit la beneoite Madeleinne qui estoit [257 a] entor les anges qui illec l’avoient aportee, et vit qu’ele estoit avironnee de si grant clarté plus assez que jorz ne pooit estre; et quant li seint hom fu dedenz la porte, il vit que li ange se departirent, et vit la Madeleinne toute seule qui prioit Nostre Seingneur a mains estandues et li sembloit que ses cors fust eslevez de la terre en l’air bien une aune, ne il n’osoit aler avant. La benoite amie Nostre Seingneur se torna vers lui mout doucement et li dist : « Aproche toi, biau pere, ne foïr pas ta fille, einz regardes quel clarté Nostre Sires fet entor moi. » Quant il s’aprocha de lui, einssint conme seint Mauximins le raconta, ses viaires resplandissoit aussi de la compaingnie des anges qu’ele avoit veue que plus legierement regardast on contre le soloit que contre sa face, et lors pria seint Maximin qu’il feist venir les provoires et le clergié, et il vindrent devant eus, et ele reçut le cors Nostre Seingneur a granz pleurs et a granz pitiez par seint Mauximin, et leur pria qu’il priassent tuit por lui; et aprés ele se mist devant l’autel

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– 297. et si fet C L1 L2 P1 P2 (B1 P3 P4). – 297. bien a ram.] a rement. L1 bien a honorer B1 (P1 P2) bon aourer L2. – 297. que] car P4. – 297. leaus] bon B1 P1 P2. – 297. quar.] quaresmes C. – 298. la premiere] omis dans C. – 298. vient] si vient C P3 sivi (?) P4 finiement (?) L1. – 298. si (se L2 P4) termine au jor C P3 P5 (L1 P4) si se termine ou jour B1 P1 se determine au jour L2 P2. – 299. et aprés la tierce B1 L2 P1 P2. – 299. si vient] si vint L1 li vient P4. – 299. le jor] au jour L2 ou jour P1 devant P2. – 299. de la nat. Jh.] de (omis dans P2) la nat. nostre seigneur Jh. B1 (P1 P2) de nostre seingneur dieu Jh. L2. – 300. quar.] quarentesmes C. – 300. cil prestres g. B1 P2 (P1) g. ce prestre L2. – 300. Aprés quant] quant B1 aprés et quant P1. L2 introduit ici une lettrine. – 301. a l’aube levant] de l’aube levant P3 a l’aube crevant L2. – 301 - 302. entra (...) ou il soloit] omis dans C (saut du même au même). – 302. el leu la ou L1 au liu la ou P4. – 303. entor] entre P3 en mi B1 P1 P2. – 303. qui iluec estoient et l’avoient ap. P2. – 304. plus assez (...) estre] que uns biaus jours n’en peust pas plus rendre L2. – 304. plus de assez C. – 304. jorz] ielz P5. – 304. pooit] peust P3 P4 P5 (C) peut L1. – 304. estre] rendre B1 C L1 P1 P2 P3 P4. – 304. et quant] et com B1 P2 (P1). – 304. hom] omis dans P4. – 305. il vit] et il vit P1 et vit L2. – 305. que li ange] les sains angels L2. – 305. se departoient P3 qui se dep. L2. – 305. et vit] et L2 et il vit B1 P1 P2. – 305. toute seule] omis dans L2. – 306. nostre s.] omis dans P4. – 306. a mains jointes P3. – 306. et il sembloit P1 P2. – 306. li cors P3. – 306. fust] omis dans L1. – 307. a une aune L1 une aune ou plus L2. – 307. ne il n’osoit aler avant] et com il n’osast aler avant L2 et come il volt aler avant B1 P1 P2. – 307. la benoite Magdelainne amie n. s. L2. – 308. se torna vers lui mout douc.] douc. se torna devers (vers L2) lui B1 (L2 P1 P2). – 308. mout douc.] omis dans P4. – 308. et li dist] et dist L2 et si li dist P5 si li dist P4. – 308. aprochiez moi L1. – 309. ne foïz L1 (B1 C L2 P1 P2). – 309. einz] et B1 P2, omis dans L2 P1. – 309. de quel clarté P4. – 309. encontre moi P3 entour toi L2. – 309. com il s’aprocha P1 quant il aprocha P4. P3 P4 introduisent ici une lettrine. – 310. de lui] ainsi de lui P1 del leu L1. – 310. einssint conme] si conme P3 P5 conme P1. – 310. raconte L2 P1 P2. – 311. aussi] omis dans P4. – 311. veue] eue B1 L2 P1 P2. – 312. reg. on encontre C L2 P4 reg. encontre L1 P2 P3. – 312. que contre sa face] k’encontre sa face P3 (P4) que en sa face L2 qu’il ne se feist sa face P2 qui sa face i meist B1. – 312. priai P5 proia elle B1 (L2 P1 P2). – 313. ses prouvoirs C le prouvoire L2. – 313. et tout le clergié P3. – 313. et il v. devant eus] et il v. devant ele P3 devant lui et il i v. L2. – 314. et ele reçut] elle reçut P1. – 314. le cors n. s.] le cors Jhesucrist B1 P1 P2. – 314 - 315. le cors (...) Mauximin] (...) de seint Maximin P5 le cors Jhesucrist par seint Maximin a granz plors et a granz pitiez L1 (C P3 P4) le cors Jhesucrist par la main de saint Maximien a grans pleurs L2. – 314 - 316. a granz pleurs (...) l’ame a Jh.] omis dans B1 P1 P2 (saut du même au même). – 315. ele ses mist (?) L1 ele mist C. – 315. l’ostel C P5.

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en croiz et illec rendi l’ame a Jhesucrist, au matin au dimenche a eure de prime qu’il fu en l’onziesme kalende d’aoust. Avint ce aprés ce qu’ele fu trespassee, si grant odeur de la soatume [257 b] de lui fu en ce moutier qu[e] .vij. jorz aprés la sentoient cil qui entroient ou moutier, et misires seinz Mauximins prist le cors et l’enbasma et le mist en .j. autre leu, et seur le cors a la beneoite Magdeleinne fist .j. biau moutier; et encore voit en le sepucre de lui qui est de blanc marbre et s’i est entaillié merveilleusement bien conment ele ala en la meson Symon et l’office de l’umanité qu’ele fist, [et l’oingnement qu’ele en plorant bailla entre ceus qui mengoient], et conment ele vint au sepucre Jhesucrist et conment Nostre Sire s’apparut a li premiers, et conment Il [l’]emvoia aus [apostres] et conment ele leur avoit ce dit qui li avoit enjoint. Et quant misires seinz Maximins sot par la reve[l]ation dou Seint Esperit que il devoit trespasser de ce siecle et recevoir le loier de son travaill, il fist apareillier le leu de son sepucre en cele eglise et fist mettre son sarqueu delez la beneoite Magdeleinne, et en ce saqueu fu il mis ennorablement quant il fu trespassez; et en cel leu font il mout de vertuz andui et donnent santé

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318. qui .vij. jorz aprés. Correction d’après P4 P5 (C L1 L2 P3). – 323 - 324. et l’office de l’umanité qu’ele fist et conment ele vint au sep. Sauf pour le dernier mot de la partie encadrée, où nous suivons la variante de L1, rétablissement d’après P5 (B1 C L1 P1 P2 P3). – 325. il emvoia. Correction d’après B1 P3. – 325. aus portes. Correction d’après B1 P1 (L2 P2 P4), graphie conforme à la scripta de B2. – 326. reveration. Correction d’après B1 C L1 P1 P2 P3 P4 (L2). 316. a Jh.] Jh. C. – 316. au matin] L2 introduit une lettrine à cet endroit. – 316. a dimenche C. – 316. et a eure L1. – 317. qu’il fu] qui fu B1 L2 C P1 P2 P4 (P3) qui fu en qe fu L1. – 317. en l’onz.] a l’onzieme B1 L2 P1 l’onzieme C. – 317. jor des kalendes P5. – 317. Avint ce aprés] avint de aprés ce C avint aprés ce P3 P5 et aprés B1 L2 P1 P2. – 318. si tres grant oudeur B1. – 318. de souatume B1 (L2 P1 P2) de la douceur P4. – 318. de lui] omis dans B1 L2 P1 P2. – 318. en cel moustier P3 entour le moustier P1. – 318. que .vij. jorz aprés P4 P5 (C L1 L2 P3) que .j. poi aprés B1 (P1 P2). – 319. sentoient plainement P4. – 319. cil] il L1. – 319. entroient] estoient P2 P3 P4. – 319. ou moutier] en cel moustier P3 au dehors du moustier P2 en l’eglise L2 laienz P4. – 319 - 321. et misires (...) .j. biau moutier] omis dans P1. – 320. et l’enb.] si l’enbausema P3. – 320. et si le mist L2. – 320. en .j. autre leu] en .j. ennoré leu P5 en un mult ennoree leu L1 (C P3 P4) an mult honoré lieu B1 (P2) en moult honorable lieu L2. – 320. sus le cors L2 P2. – 320. fist fere P2 P5. – 321. un molt beal mostier L1 (B1 P2). – 321. voit l’en C L1 P5 voit on bien P3. – 321. bien] omis dans P4. – 322. et est entaillié a cysel si merveilleusement que bien i est conment L2. – 322. ele ala] ele fu P3. – 322. en la meson] a l’ostel L2. – 323. de humanité L2 P1 P2. – 323 - 324. q’ele fist et l’ongnement q’ele em plorant baila entre ceuz qe menjoient (qui menoient C P5 qui mengoient a la table B1) e coment L1 (B1 C P1 P2 P3 P5) que ele fist longuement et que en plorant bailla entre ciaus qui menoient dieu et coment P4 que ele fist et li oingnemens que elle bailla en plorant et conment L2. – 324. Jh.] de Jh. B1 Crist L1. – 324. n. s.] il L2. – 325. premierement B1 L2 P1. – 325. il l’envoia B1 P3. – 325. aus apostres B1 P1 (L2 P2 P4). – 325. conment] come B1. – 325 - 326. ele leur avoit ce dit (...)] elle leur dist ce que il li avoit enj. B1 (P1 P2) ele leur avoit dit ce qu’il li avoit enj. (en joient P4) L2 P5 (C L1 P3 P4). – 326. Et quant (...)] P3 P4 introduisent une lettrine au début de cette phrase. – 326. le sot L2. – 326. revelation B1 C L1 P1 P2 P3 P4 (L2). – 327. qu’il i devoit C qu’il dut P5. – 327. de cest siecle B1 L1 P3 P4 P5 (C). – 327 - 328. le loier de son tr.] le jour de la mort B1 P1 P2. – 328. le leu de son sep.] le leu de sa sepoulture L1 (B1 C L2 P2 P3 P4) sa sepulture P1. – 329 - 330. delez (...) trespassez] de celui a la Magdelainne ou il fu mis molt honnorablement le jour que il fu trespassez P2. – 329. beneoite] omis dans B1 P1. – 329. en cel sarqueu L1 (C P3). – 329. fust il mis (...) C fu mis (...) B1 P1 fu mis quant il fu tr. moult honorablement L2. – 330. en ce lieu L2 P2 (P1) en icelui liu P3 en icele leu C. – 330. font il mout de vertuz andui] il font moult entr’eus .ij. de biaus miracles L2. – 330. font il] font B1 C L1 P1 P2 P5. – 330. mult des v. C v. mout mout de vertu P5. – 330. andui] en deu P3.

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de cors et d’ame a ceus qui de bon cuer les requierent, et cil [leus] a puis esté de si grant religion que nus princes ne autres sires de quelconques dingneté qu’il fust, [257 c] que il en cele eglise n’osoit entrer jusqu’a tant qu’il avoit mis jus ses armes et toutes [cruautez], et quant il humblement i entroit et il prioit doucement le bon ami Dieu et la bone amie, il avoit selonc sa foi santé dou cors et de l’ame; et en ce moustier n’osa onques entrer fame qui que ele fust. Et ce moustier apele l’on l’abeïe seint Maximin, et est mout riche d’ennor et de possessions, et si est en la contree d’Ais; et seint Maximin trespassa la .vjiesme. ydre de jungnet et fu beneoitement coronnez de Nostre Seingneur Jhesucrist, a qui ennors et gloire est par touz les siecles des siecles sanz fin. Amen.

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331. et cil lor a puis esté. Correction d’après P5 (P3 P4 / L1 / P2 / B1 (L2 P1)), graphie conforme à la scripta de B2. – 334. et toutes creatures. Correction d’après L1 (B1 L2 P2). 331. et de cors P5. – 331. a ceus qui les requ. de bon cuer L2. – 331. et cil (cis P4) leus a puis esté P5 (P3 P4) et cel leu lor a puis estee L1 et cil lors a puis estee C et cil leus aprés a puis esté P2 et cil liex a puis aprés esté B1 (L2 P1). – 332. de grant rel. P3. – 332. de quelc. dingn.] quelconques dignetez P1 P2. – 332. qu’il fust] il fust C L1 P3 P4 que il soient B1 qu’il aient P1; omis dans P2. – 333. que il en cele eglise n’osoit entrer] (...) s’en osoit entrer C en celle eglyse n’osent entrer B1 en cele eglise n’osoit entrer pour prier L2 P1 P2. – 333. avoit] avoient B1. – 333. jus mis L2. – 333 - 334. ses armes (...)] leur armes (...) B1 ses armes et quant il doucement i entroit et prioit douc. P4 ses armes et quant il i venoit humbl. il li entroit et prioit douc. P1. – 334. et totes cruautez L1 (truantes (?) C) et toute cruauté B1 L2 P2. – 334. et quant humbl. i entroit] et quant il venoit humbl. aucun chevalier il y entroit B1 et quant il venoit (i venoit L2) humbl. il i entroit P2 (L2). – 334. et il prioit] et prioit B1 L2 P2. – 335. le bon ami dieu et la bone amie] omis dans B1 L2 P1 P2. – 335. sa foi] s’entention P3 sa foi et sa creance P4. – 335. de cors et d’ame B1 L2 P1 P2 P3 P4. – 335. et en ce m.] et en cel m. P3 en ce m. P4 (P2). – 336. qui que ele fust] qele (ques P4) qe ele fust L1 (C L2 P3 P4) qui c’onques elle feust P1 P2 de qui c’onques digneté elle fust B1. – 336. et cel moustier B1 P3. – 336. apele on C P4 P5 (P1 P2) apelon L1. – 336. l’abeïe] le moustier L2, omis dans P4. – 337. monseingneur saint Maximien L2. – 337. d’ennor] et d’onneur B1 et d’onneurs L2 P2 d’avoir C L1 P5. – 337. et si est en la contree d’Ais] omis dans P1 – 337. si est] siet C L1 L2 P3 P4. – 337. en la contree] en la conté P4 a la counté (?) C en l’encontre L2; omis dans B1 P2. – 338. d’Ais] d’Ais en Provence P4 de Ays la Chapele en Alemaingne L2 en Rodays B1 P2. – 338 - 340. et fu ben. (...) Amen] a l’onneur et a la gloire Jhesucrist amen P1. – 338. ben.] beneureusement L2 molt dignement P2. – 339. a qui ennors et gloire est] a qui est ennor et gloire L1 (C L2 P3) a qui honeur et gloire soit B1 a cui est honors, gloire et puissance P4 a qui honneur et gloire P2. – 339. par tout le siecle L2 par tout le siecles P2. – 340. des siecles] omis dans P2. – 340. sanz fin] omis dans B1 L1 L2 P2. – 340. Amen. Ci fenist la vie Marie Magdelainne L2.

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7. Paris, Bibliothèque Mazarine, 1716 (568), f° 259 a - 264 b La vie de Marie-Madeleine que nous éditons sur la base du manuscrit 1716 (568) de la Bibliothèque Mazarine, à Paris, reproduit l’un des états de la légende de MarieMadeleine les plus diffusés au moyen âge. Elle est en effet conservée intégralement par huit autres manuscrits : Chantilly, Musée Condé, 734 (456), f° 275 a / b - 279 a (C) ; Genève, Bibliothèque de Genève, Comites latentes, 102, f° 302 c - 306 c (G ; ex-Cheltenham, Bibliothèque Phillipps, 3660) ; Londres, British Library, Add. 41179, f° 6 r° - 11 v° (L2) ; Oxford, Queen’s College, 305, f° 259 a - 263 d (O) ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 413, f° 379 b - 383 c (P3) ; f. fr. 17229, f° 331 b - 336 d (P4) ; f. fr. 23117, f° 402 d - 406 c, numérotation moderne (P5) ; nouv. acq. fr. 13521, f° 108 a - 113 c (P6). Quatre copies supplémentaires transmettent le début de son récit qu’elles complètent par la fin de la version n° 6 : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, f° 58 d - 60 f (B) ; Londres, British Library, Add. 17275, f° 37 b - 38 a (L1) ; Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f° 60 c - 63 a (P1) et f. fr. 185, f° 24 f - 27 a (P2)1. La plupart des recueils du premier groupe sont des légendiers organisés selon un ordre hiérarchique / méthodique (légendes relatives au Christ et à la Vierge, vies des apôtres, des martyrs, des confesseurs, puis des saintes). Les travaux pionniers de P. Meyer ont esquissé les liens complexes qui les unissent les uns aux autres. Ils partagent en effet un fonds commun de légendes, que l’on retrouve dans les volumes contenant la version n° 6, qu’ils complètent à leur gré2. Bien que courants dans l’iconographie réservée à Marie-Madeleine, les thèmes de leurs illustrations rapprochent aussi ces manuscrits, dont la majorité est enluminée. Deux motifs reviennent en effet, exécutés par des artistes différents, aux talents inégaux : l’onction des pieds et l’apparition du Christ ressuscité. C et G combinent les deux épisodes dans la miniature et la lettre historiée qui accompagnent le texte, alors que O (miniature), P4 (lettre historiée) reprennent celui de l’apparition et P6 celui de l’onction (l’enluminure de M, fortement mutilé, a été découpée)3. La version qu’ils nous font connaître retrace l’histoire de Marie-Madeleine dans un déroulement chronologique : son origine et sa jeunesse luxurieuse à Magdalon ; sa vie en compagnie du Christ ; l’arrivée à Marseille et le miracle de l’île ; la conversion d’Aix avec l’aide de saint Maximin ; sa retraite érémitique en présence des anges et sa découverte par un prêtre ; sa rencontre avec Maximin ; sa mort et   La foliotation que nous indiquons ici est celle de la partie commune avec les exemplaires complets du texte. Comme nous l’avons rappelé dans notre présentation du n° 6, il faut peut-être joindre à cette liste de manuscrits le recueil F. 403 de la Bibliothèque de l’Académie des sciences à Saint-Pétersbourg. 2   Pour les références détaillées aux articles de P. Meyer, voir notre présentation de la version n° 6. 3   Par ailleurs, les miniatures de Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326 (n° 6) et de P2 représentent l’épisode de l’onction, celles de Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6447 (n° 6), de L1 et de P1, la rencontre avec le Christ ressuscité. 1

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sa mise au tombeau ; l’ensevelissement de l’évêque à ses côtés au « moustier saint Maxime ». Aucun miracle précis n’est ajouté à ce texte et la translation des reliques à Vézelay n’est pas rapportée. La légende suit les séquences latines Fuit igitur secundum saeculi fastum, originellement extraites du sermon attribué à Odon de Cluny (l. 1 - 62)4, un texte proche du Postquam Dominus (l. 63 - 233 ; BHL 5457)5, auquel est joint l’Interea beata Maria Magdalena (l. 234 - 370)6. Il n’est pas impossible que l’auteur vernaculaire ait réalisé l’assemblage de ces épisodes ; il est toutefois plus probable d’admettre qu’il s’est inspiré d’un récit déjà constitué dans un légendier latin. Le manuscrit 9291 (3224) de la Bibliothèque Royale de Belgique (f° 151 a - 156 b), par exemple, présente le même enchaînement. La comparaison avec la source révèle la fidélité de l’auteur vernaculaire. Les rares particularités narratives de cette version se trouvent en effet déjà dans le texte latin. La sainte n’est pas de lignée royale et le seigneur de Marseille est présenté comme un « noble » ou une « riches » homme ; l’épouse offre secrètement de ses biens aux chrétiens après la première apparition nocturne de Marie-Madeleine ; l’insistance sur la cupidité des marins (l. 141) et les marques d’étonnement devant l’ubiquité de la sainte, nourrissant l’enfant et réconfortant le père en mer tout en prêchant sur terre, caractérisent également notre vie. En repassant par l’île où il a laissé sa femme deux ans plus tôt, le pèlerin remarque l’état de fraîcheur et la bonne odeur des étoffes et du corps de la défunte. Il n’est pas dit que Lazare est élu évêque. Le prêtre qui découvre le lieu d’ermitage de Marie-Madeleine ne parvient à s’approcher que de « la moitié de l’espace qui estoit entre eus .ij. ». Enfin, les manifestations du narrateur aux articulations du récit (l. 154, 159, 163, 168 et 319) figurent aussi dans la version latine, qui contient également l’explication des quarantaines. Par contre, on peut noter que c’est précisément aux femmes et non à toute personne armée qu’est interdite l’entrée de l’église de Saint-Maximin (l. 366), détail absent de la source (qui a bien armis) ; mais il est possible que cette spécification existe dans certains manuscrits latins de cette composition. Le contraste qui oppose la première et la dernière rencontre avec Marie-Madeleine, de la femme pécheresse selon Luc à la messagère de la Résurrection selon Marc (l. 11 - 15), résume la vie en compagnie du Christ. Cette allusion, riche de sens, figure déjà dans le sermon d’Odon de Cluny. Notre texte la complète avec le récit détaillé de l’onction chez Simon et de la parabole des deux débiteurs d’après   Le Fuit igitur secundum saeculi fastum est classé sous les cotes 5449 (b et c), 5450 5451 (b et d) du répertoire des Bollandistes. La vie publiée par É.-M. Faillon, Monuments inédits, 1848, II, col. 437 - 446, à partir des « manuscrits de la Bibliothèque royale à Paris 5281, 5360, etc. » à laquelle renvoie P. Meyer dans son article consacré à P4, est un texte du Sermo dépourvu de ses explications allégoriques et mystiques, très éloigné de notre rédaction. 5   Pour les éditions de ce texte, voir la présentation de la version n° 5, n. 11. 6   É.-M. Faillon, Monuments inédits, 1848, II, col. 445 - 452. 4

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Luc 7, 36 - 50, sur lequel se greffent des allusions au repas chez Matthieu / Lévi (« je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs », Matthieu 9, 13 ; Marc 2, 17 ; Luc 5, 32) et à Béthanie (odeur du parfum remplissant la maison, Jean 12, 4), ainsi qu’une brève allusion à la résurrection de Lazare selon Jean (11), expressément nommé. Au moyen de quelques mots, il résume enfin la présence de MarieMadeleine à la Passion du Christ, la volonté de celle-ci d’oindre le corps crucifié et son annonce aux disciples. Le choix de ces éléments et leur juxtaposition éclaire le parcours de la sainte. Par leur mise en relation, le retour à la vie de Lazare préfigure la Résurrection du Christ, tandis que l’onction par la pécheresse annonce l’impossibilité pour celle-ci d’honorer le corps délivré du Tombeau. Les paroles prononcées par le Messie sont ainsi avérées. Description des manuscrits Dans notre corpus, trois sous-groupes se distinguent par leur composition autant que par leurs variantes textuelles : C et G ; O et L2 ; P3 et P5. 1. Chantilly, Musée Condé, 734 (456) et Genève, Bibliothèque de Genève, Comites latentes, 102 Au nombre des manuscrits qui reproduisent la version intégrale, C et G (Chantilly, Musée Condé, 734 (456) ; Genève, Bibliothèque de Genève, Comites latentes, 102, f° 302 c - 306 c (ex-Cheltenham, Bibliothèque Phillipps, 3660)) forment un couple dont les similitudes textuelles et structurelles sont évidentes. P. Meyer a très brièvement analysé leur contenu7. C peut être daté de 1312 grâce aux renseignements que nous procure son colophon8. Rédigé sur parchemin9 (ca 350 x 260 mm ; 2 colonnes à 42 lignes) en écriture gothique livresque arrondie, il n’offre aucun relief linguistique particulier, si ce n’est quelques picardismes courants. Les nombreuses bévues et erreurs de transcriptions qu’on y relève, les incessants rattrapages auxquels le copiste se livre   « Légendes hagiographiques en français. II. Légendes en prose », Histoire littéraire de la France, t. 33, 1906, pp. 378 - 458 (part. pp. 421 sq.). 8   Celui-ci atteste en outre que nous avons affaire à un manuscrit complet : « ¶ Explicit le livre de la vie de pluseurs saints. ¶ Cest livre fu fait en l’an de l’Incarnacion Nostee (sic) Seigneur mil trois cens et douze, et .viij. jours devant la feste Nostre Dame en mars fu cest livre assouvis. ¶ Et contient ledit livre par tout du commensement jusqu’a la fin .iij.c .lviij. foilletz escrips » (f° 356 a). Selon A. Stones, C pourrait être apparenté stylistiquement au groupe dans lequel se range le manuscrit 867 (772) de la Bibliothèque municipale de Lyon (voir présentation du n° 2 et la référence bibliographique fournie pour cet exemplaire, à la p. 38) et, concernant sa provenance, elle hésite entre Arras et Paris. La numérotation moderne de ce volume compte 356 feuillets écrits. D’après la dernière réclame (47ème cahier, f° 354 v°), les f° 355 - 356 (ce dernier est réglé recto / verso, mais il est en grande partie blanc) doivent constituer un bifeuillet rajouté afin de compléter le recueil. Un autre feuillet, sans doute indépendant et qui ne contient que des annotations, vient à la suite. 9  Un feuillet, sans doute indépendant et qui ne contient que des annotations, vient à la suite du f° 256. Le f° 41, où débutait la vie de Jean Baptiste, a disparu anciennement du volume. 7

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montrent que celui-ci ne devait disposer que d’un support passablement altéré, à quoi s’ajoute peut-être un manque d’aptitude ou d’attention de sa part. G, copié sur 367 feuillets de parchemin de qualité supérieure (ca 350 x 260 mm) sur 2 colonnes à 42 lignes, adopte des dimensions et une réglure identiques à celles de C. Le type d’écriture et la langue de cette copie sont également semblables à ceux pratiqués dans le manuscrit de Chantilly. Il est daté des années 1320 d’après son enluminure, qui pourrait être attribuée à l’artiste parisien connu sous le nom de Maître de Papeleu10. Le scribe, que désigne le colophon joint au dernier texte du volume («  Galterus de Virduno me scripcit  », f° 367 b), permet à R. H. Rouse et à M. A. Rouse de rattacher cet exemplaire au cercle du libraire Richard de Verdun, également établi à Paris11. Les deux légendiers contiennent les mêmes pièces12, réparties d’après les cinq subdivisions que leur table liminaire indique : la naissance et la vie du Christ jusqu’à la présentation au Temple sont complétées par l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973)13 ; les 84 (respectivement 82) vies de saints répondent à un ordre hiérarchique (apôtres, martyrs, confesseurs et saintes). Les deux recueils complètent la légende de saint Gilles, à la fin de la partie réservée aux hommes, par l’adaptation en prose du Pastorale de Saint Grégoire14 et par une longue vie de Bernard de Clairvaux15. Marie-Madeleine est la première des 19 (respectivement 17) saintes dont l’histoire est relatée. Sa vie précède celle de   Hidden Friends. A Loan Exhibition of the Comites Latentes Collection of Illuminated Manuscripts from the Bibliothèque Publique et Universitaire, Geneva. On view at Sotheby’s on the occasion of the Colloque International de Paléographie, Londres, Sotheby’s, 1985, (Exhibition catalogue), n° 19 and pl. (cité par R. H. Rouse et M. A. Rouse, Illiterati et uxorati. Manuscripts and their Makers. Commercial Book Producers in Medieval Paris, 1200 - 1500, Turnhout, Harvey Miller Publishers, 2000, 2 vol., vol. I, p. 362, n. 86). 11   Ibid., I, pp. 137 - 138, 141, 362 n. 86 ; II, p. 31. 12   C et G partagent un fonds commun important avec P4 qui, pour l’essentiel, reprend lui-même des pièces d’un légendier du type que reproduit le manuscrit Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6447. P. Meyer a brièvement décrit l’exemplaire déposé à Genève : « Notices sur quelques manuscrits français de la bibliothèque Philipps, à Cheltenham », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, t. 34, 1, Paris, Imprimerie Nationale, 1891, pp. 149 - 258 (sur G : pp. 183 - 197). Précisons toutefois que ces deux légendiers ne contiennent pas le Barlaam et Josaphat, contrairement à ce qu’affirme J. Sonet (cf. Le roman de Barlaam et Josaphat : recherches sur la tradition manuscrite latine et française, Louvain, Bibliothèque de l’Université, 1949 (Recueil de travaux d’histoire et de philologie. Série 3, fasc. 33), pp. 138 - 139), qui a sans doute mal compris les indications de P. Meyer (« Légendes hagiographiques en français », art. cit., pp. 422 sq.) ; erreur que perpétue L. R. Mills dans son édition, L’Histoire de Barlaam et Josaphat. Version champenoise d’après le ms. Reg. lat. 660 de la Bibliothèque Apostolique Vaticane, Genève, Droz, 1973. 13  On peut ainsi ajouter le manuscrit de Genève à la liste dressée par A. F. Ford dans l’édition de ce texte. 14   M. Pagan a consacré sa thèse, sous la direction de G. Hasenhor, à l’édition de cet ouvrage, conservé par sept copies ; voir le compte-rendu de son travail : « Étude et édition critique de la traduction médiévale française de la Regula Pastoralis de Saint Grégoire le Grand », Perspectives médiévales, 28, décembre 2002, pp. 112 - 116, et Grégoire le Grand, Le pastoralet : traduction médiévale française de la « Regula pastoralis », éd. critique du manuscrit 868 de la Bibliothèque municipale de Lyon, éd. en vis-à-vis du manuscrit Cotton Vitellius F VII de la British Library de Londres, publ. par M. Pagan, Paris, Champion, Genève, Slatkine, 2007. 15   Également contenue dans le manuscrit Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 13496. 10

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Marie l’Égyptienne. Par rapport à C, G omet les pièces consacrées à Anastasie et à Cécile, et déplace la légende d’Élisabeth de Hongrie à la fin du volume, après celle de Péronnelle. Leur programme iconographique est un autre point de convergence important. C est orné d’un frontispice à huit médaillons prolongés par des antennes supportant une série de grotesques. L’Évangile de Nicodème et le début du récit de la Passion ainsi que six légendes de saints16 comportent une miniature exécutée sur un fond d’or ou de couleurs accompagnée de lettres ornées ou historiées. Les autres légendes sont introduites par une lettre historiée17. La vie de sainte Marthe bénéficie d’une attention exceptionnelle18 : douze lettres historiées, toutes munies d’antennes et accompagnées de rubriques, scandent en effet les épisodes de ce récit, ces peintures comptant aussi parmi les plus fines du recueil. Les différences d’exécution que l’on perçoit dans l’ensemble donnent à penser que plusieurs artistes ont dû collaborer à l’enrichissement du volume. À de rares exceptions près, G présente le même dispositif iconographique. Au frontispice de C fait toutefois pendant une scène unique, peinte sur 2 colonnes. La vie de Longin n’a pas non plus de miniature et celle de sainte Marthe n’est pourvue que d’une seule lettre historiée au début. L’enluminure a été réalisée par un artiste au talent beaucoup plus affirmé. C accompagne la vie de Marie-Madeleine d’une miniature de 14 lignes sur une colonne représentant l’onction du Christ, debout, entouré de quatre hommes derrière une table chargée de divers objets. Au premier plan, Marie-Madeleine est prosternée devant le Seigneur dont elle essuie les pieds au moyen de ses cheveux. Une initiale historiée montre la sainte voilée agenouillée devant le Christ res­suscité qui porte une croix. Un arbre sépare les deux personnages. G concorde avec cette mise en scène. Dans celle de l’onction, le Christ n’est pourtant entouré que de deux hommes dont un, à sa gauche (Simon sans doute), ne porte pas d’auréole. Dans la lettre historiée, l’arbre est placé derrière la sainte. Au point de vue textuel, les fautes que partagent les deux manuscrits confirment le rapprochement que l’on peut établir par ailleurs. Leurs variantes ponctuelles permettent néanmoins d’exclure une filiation directe de l’un à l’autre. De toute évidence, ils proviennent d’un modèle commun, déjà pourvu des erreurs qu’ils reproduisent l’un et l’autre.

16   Étienne (premier de la section des martyrs), Longin, Thomas de Cantorbéry, Julien l’Hospitalier, Silvestre (qui inaugure la section des confesseurs) et Marie-Madeleine (première légende dans la section réservée aux femmes). 17   Les vies de Jean l’Évangéliste, Jacques, Martin et Benoît possèdent une seconde lettre historiée. En raison de la perte ancienne d’un feuillet, celle de Jean Baptiste est acéphale dans C. 18   La fin de cette légende est par ailleurs la seule du volume qui ne concorde pas non plus avec G. Relevons par ailleurs que la vie de Marthe est aussi richement illustrée dans le manuscrit 1716 de la Bibliothèque Mazarine à Paris (M).

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2. Londres, British Library, Add. 41179 et Oxford, Queen’s College, 305 Petit recueil de la seconde moitié du XVème siècle, L2 (Londres, British Library, Add. 41179) est composé de 161 feuillets de ca 275 x 215 mm, majoritairement en papier19 avec quelques inserts de parchemin. Les 28 légendes de saintes qu’il renferme correspondent à la section finale du manuscrit O. Elles sont mises en page sur une colonne de 32 à 39 lignes (36 pour la vie de Marie-Madeleine) et retranscrites au moyen d’une écriture cursive gothique. Une place importante (13 à 16 lignes) a été ménagée pour les enluminures ainsi que pour les initiales et les rubriques, qui n’ont pas été peintes. Si le texte relatif à Marie-Madeleine confirme bien l’existence de communautés entre les deux exemplaires, ceux-ci ne sont toutefois pas des copies l’un de l’autre. L2 ne présente aucune caractéristique dialectale précise. O (Oxford, Queen’s College, 305) est un légendier rédigé par deux copistes sur un ensemble de 376 feuillets en parchemin de ca 385 sur 285 mm (2 colonnes à 41 lignes ; écriture bâtarde). Dans la partie transcrite par le premier scribe (jusqu’au f° 150), les vies sont, à de rares exceptions près, introduites par une miniature ou une initiale ornée. Leur titre est en général écrit à l’encre rouge, parfois en lettres brunes soulignées en rouge. Des initiales de 2 lignes alternativement bleues et rouges structurent le texte, parsemé de lettres rehaussées de jaune. La seconde section ne diffère que peu de la précédente : les titres sont rubriqués ; le style des enluminures est identique à celui de la première partie, même si la plupart des légendes ne comportent qu’une initiale de facture rudimentaire, de 4 à 7 lignes ; les textes, dont les premiers mots ainsi que ceux de leurs paragraphes sont écrits en grands caractères, sont munis de lettres rehaussées à l’encre jaune-brun. Un troisième scribe, contemporain, a rédigé la table placée en tête du recueil (f° V r° v°). D’après R. Middleton, qui a établi la notice détaillée du Catalogue en ligne de la bibliothèque du Queen’s College, l’enluminure de O a sans doute été exécutée dans les années 1460 à Avignon ou à Carpentras20. Comme L2, O se distingue ainsi par sa date tardive en comparaison de nos autres représentants. P. Meyer en attribue la rédaction à un copiste originaire de l’Est, mais la vie de Marie-Madeleine n’offre aucun trait de scripta remarquable. Il pense en outre qu’il reproduit un recueil perdu du XIVème siècle21. La présence des vies de sainte Bertille, pre  Le Catalogue de la British Library identifie son filigrane avec le numéro 449 de Briquet.   Son style est très proche, voire identique, à celui du manuscrit Philadelphia Museum of Art, The ­Philip S. Collins Collection, 1945-65-8. Pour de plus amples précisions, voir le site http://www.queens.ox. ac uk/. 21   « Notice du ms. 305 de Queen’s College, Oxford (Légendier français)», Romania, t. 34, 1905, pp. 215 236 (p. 215). À la liste dressée par P. Meyer, il faut ajouter les légendes de la Chaire de saint Pierre (f° 8 b - c) et de saint Pierre-aux-liens (f° 48 r°), introduites par une initiale ornée et non par une enluminure. Par ailleurs, une pièce consacrée à Marie et que ne signalent ni rubrique ni illustration (f° 51 b - 53 a) suit la venue de l’Antéchrist et le Jugement dernier. Enfin, la vie de saint Longin, dont P. Meyer déplorait l’absence, est bien présente entre les légendes de Thomas de Cantorbéry et de Georges (f° 110 a - 111 b). 19

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mière abbesse de Chelles, et de sainte Bathilde, reine des Francs, présentée par la rubrique comme fondatrice de cette abbaye, étaye son hypothèse et permet de penser que le corpus primitif de O a été réuni en Champagne. Les quelque 121 pièces du recueil, compilées d’après divers légendiers, sont classées dans un ordre hiérarchique. La Nativité du Christ, l’Évangile de Nicodème (version courte, A ; éd. A. F. Ford, 1973) et la Vengeance Notre Seigneur précèdent les vies des apôtres et des évangélistes, des martyrs, des confesseurs et des saintes. Les 28 légendes de femmes sont introduites par l’Assomption de la Vierge, immédiatement suivie de la vie de Marie-Madeleine, puis de celle de Marie l’Égyptienne. Dans la miniature qui accompagne son histoire, Marie-Madeleine est représentée debout au moment de l’apparition du Christ ressuscité, comme dans l’initiale ornée de C. 3. Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 413 et 23117 P3 et P5 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 413 et 23117) ont été partiellement analysés par P. Meyer, qui a établi le lien unissant ces deux exemplaires22. P3 est un recueil de 453 feuillets23 en parchemin rédigés sur 2 colonnes à 43 lignes (ca 335 x 250 mm) que l’on peut dater de 1400 environ. Exécuté par un seul scribe, dont il n’est guère possible d’établir l’origine, dans une écriture cursive gothique, il joint souvent à l’explicit des textes un bref résumé narratif de la pièce (tendance que l’on retrouve, mais moins fréquemment, dans une section de P5). Au début du volume, chaque entrée possède une rubrique et une lettre historiée ou une miniature, mais dès la vie de Sixte (f° 157 r°), le programme iconographique se réduit et une initiale ornée remplace les peintures de la partie précédente, ce qui vaut aussi pour la légende de Marie Madeleine. 1300 représente la date d’exécution la plus précoce que l’on puisse imaginer pour P5, qui offre les caractéristiques de production de la première moitié du XIVème siècle. Il réunit 3 feuillets pour une table (du XIVème siècle et placée aujourd’hui au début du volume, après une page de garde) et 482 feuillets rédigés sur 2 colonnes à 41 lignes (parchemin, ca 325 x 220 mm). En dépit d’irrégularités manifestes et de quelques incertitudes sur la cohérence de son organisation matérielle, on peut supposer qu’il s’agit d’une composition originale et que les différences de mise en page, d’écriture ou d’ornementation qu’il présente ne résultent 22   « Légendes hagiographiques en français », art. cit., pp. 424 sq.. Pour attester de leur étroite parenté, ajoutons que les deux manuscrits, et eux seuls, transmettent la version O1 de la vie de Marie l’Égyptienne (cf. éd. P. F. Dembowski, Genève, Droz, 1977, pp. 206 - 220). 23   Le manuscrit d’origine a toutefois subi au moins un accident matériel : on déplore la perte de l’équivalent d’un cahier presque entier entre les feuillets 74 et 75 actuels (fin des miracles de saint Jacques et début de la vie de Luc).

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pas d’un assemblage fortuit. Le cas échéant, celles-ci postulent donc l’intervention d’un atelier disposant de nombreux scribes24 et de différents intervenants pour la décoration. On y distingue ainsi plusieurs entités textuelles, qu’une analyse plus détaillée du manuscrit devrait encore affiner. Les folios 1 à 35 (suite de pièces relatives à la vie du Christ) et 42 à 227 r° (vie de saints, de la Conversion de saint Paul à la légende d’Edmond d’Angleterre) sont rédigés par un copiste. L’exécution du programme iconographique, miniatures et initiales ornées, confirme l’unité de cette section, dont les textes sont dépourvus de rubrique25. Le premier texte du cycle hagiographique (f ° 36 - 41, vie de Jean Baptiste) est reproduit par un autre scribe. Précédé d’une rubrique à l’encre, il est introduit par une initiale ornée de très grande taille d’un style différent de celles qui l’entourent. La vie de saint Quentin (f° 228 r° - 237 r°) forme une nouvelle unité matérielle. Le texte, rédigé par un troisième scribe, est disposé sur une colonne et son ornementation est d’un type différent encore. Enfin, la dernière partie du manuscrit enchaîne directement sur le verso du f° 237. Le style des initiales est celui qui apparaît entre les feuillets 36 et 41. Un premier copiste transcrit le verso du premier feuillet, soit moins de 100 lignes de la légende de saint Sébastien. L’écriture change avec le cahier qui débute au f° 238 r° et la même main poursuit le travail jusqu’au f° 282 v°, quelques colonnes après le commencement de la vie de saint Patrice. Il est probable que l’on a affaire à un nouveau changement dans ce texte, au f° 283 r°, et à un autre encore au f° 358 r° (soit l’amorce de deux cahiers ; transition qui, dans le second cas, sépare les légendes de Gilles et de Firmin), sans que ceux-ci n’affectent par ailleurs l’ornementation. Seule une partie de la dernière colonne (f° 481) est remplie. La légende de Marie-Madeleine, insérée dans cette dernière section, a été retranscrite au moyen d’une écriture gothique livresque quelque peu maniérée par un scribe sans doute rompu à la production universitaire (voir en particulier l’abondance et la variété tout à fait exceptionnelles des abréviations) et dont la langue ne révèle pas de traits marquants. Elle est précédée par une initiale ornée de 9 lignes. La fin du recueil n’est marquée par aucun dispositif particulier (le verso ainsi que le début du recto du f° 482 contiennent un rajout du XIVème ou XVème siècle). Ces deux compilations offrent de nettes similitudes textuelles et structurelles. Dans la vie de Marie-Madeleine, P3 et P5 partagent d’ailleurs un grand nombre de variantes propres. Leur composition d’ensemble reflète un archétype dont les éléments sont semblables jusque dans leur organisation interne, très proche de C, G   Pour P. F. Dembowski (op. cit., p. 206), le manuscrit révélerait deux mains distinctes, l’une de la fin du XIIIème siècle, jusqu’au f° 237, l’autre, pour le reste du volume, du commencement du XIVème siècle. Faute d’arguments précis de sa part, en premier lieu sur les datations proposées, nous ne pensons pas devoir renoncer à l’idée que nous avons affaire à un recueil organique. 25   Seule la vie de saint Sébastien est introduite par une brève rubrique (166 c). 24

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et plus encore de M. On y retrouve ainsi l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973)26, le récit de la Passion selon les quatre Évangiles (Matthieu 16 sq. ; Luc, 22 sq. ; Marc 14 sq. ; Jean 18 sq.) et la Vengeance Nostre Seigneur ; 96 vies de saints classées dans un ordre hiérarchique complètent le recueil27. P3 ne redouble toutefois pas les légendes de Jean Baptiste et de Sébastien, ni la Venue de l’Antéchrist, reproduites deux fois dans P5. Il conclut par ailleurs différemment l’Assomption de Notre Dame et ajoute à ce corpus 18 pièces dont P. Meyer dit qu’elles sont extraites de la Légende dorée28. Les vies de Marie-Madeleine puis de Marie l’Égyptienne occupent les premières places de la section réservée aux femmes, après quatre pièces sur la Vierge (Conception, Annonciation, Purification et Assomption). 4. Autres manuscrits Les trois volumes qu’il nous reste à décrire n’entrent pas dans des combinaisons aussi stables que ceux que nous avons décrits jusqu’ici. Fortement mutilé, M (Paris, Bibliothèque Mazarine, 1716 (568)) n’est plus composé aujourd’hui que de 367 feuillets de parchemin (ca 320 x 215 mm ; 2 colonnes à 42 lignes), confiés à un unique copiste qui pratiquait une écriture gothique livresque. Les premiers cahiers ont disparu (la vie, acéphale, de saint Silvestre est la première pièce actuelle du volume) et les enluminures de 6 à 10 lignes qui marquaient le début des légendes ont été découpées avant 1704. Des lettrines rouges et bleues et des pieds-de-mouches rouges ou bleus signalent les articulations secondaires des textes. Daté de la fin du XIIIème ou du début du XIVème siècle, il ne manifeste que quelques traits picards et wallons, mais sur un fond neutre qui ne laisse pas déterminer jusqu’à quel point ceux-ci sont révélateurs de son origine29. Il ne contient plus que 45 éléments d’un légendier qui semble avoir été classé dans un ordre hiérarchique, très proche de C et G30. 22 vies de confesseurs en précèdent 20 consacrées à des femmes, Marie-Madeleine et Marie l’Égyptienne en tête. Les pièces qu’il reproduit sont les mêmes que celles qui figurent dans C, y compris l’adaptation en prose du Pastorale de Saint Grégoire, et elles sont classées dans un ordre correspondant, sauf les légendes d’Éloy et d’Hilaire, déplacées   P3 n’est cependant pas répertorié dans cette édition.   Toutes deux contiennent la même version du Barlaam et Jospahat (version II : épitome de la version champenoise », cf. J. Sonet, op. cit., pp. 149 - 150). 28   Il s’agit des vies d’Eustache (f° 199 a) et d’Augustin (f° 204 d), auxquelles s’ajoutent la Fête de tous les saints, la Commémoration de tous les fidèles, les Litanies, la Septuagésime, la Sexagésime, la Quinquagésime, la Quadragésime et le Jeûne des quatre temps, l’Ascension, la Circoncision du Seigneur, l’Épiphanie, la vie de Gervais et Protais, la Conception Notre Dame, l’Annonciation et la Purification (f° 335 c 370 b) ; enfin, dernière pièce du recueil, la Dédicace de l’Église (f° 447 c). 29  A. Stones estime qu’il pourrait se rattacher à un groupe de manuscrits réalisés à Cambrai, dont l’un est daté de 1299. 30   P. Meyer a brièvement analysé ce manuscrit dans « Légendes hagiographiques en français », art. cit., pp. 422 sq.. 26 27

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après celle de Martial de Limoges. Les vies des deux Félix ainsi que celles d’Arsène et de Bernard manquent cependant. Comme dans C, la vie de sainte Marthe comportait au départ un programme iconographique très développé : pas moins de dix enluminures illustraient en effet ce texte. Le légendier contient par ailleurs le Barlaam et Josaphat (version I, dite « champenoise » ; J. Sonet, 1949) et les vies de Thibaut et de Fénicule, qui attestent sa parenté avec le modèle sous-jacent de P3 et P4. L’unique témoin de la légende de saint Godric de Finchale occupe plus d’un sixième de la partie subsistante du recueil (f° 191 c - 255 d)31. Daté de la seconde moitié du XIIIème siècle par P. Meyer32, P4 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 17229) nous procure avec P6 la plus ancienne copie de la légende de Marie-Madeleine éditée ici. La présence au folio 352 d d’une pièce intitulée « De la chandele d’Arraz » a incité ce dernier à localiser son exécution en Artois. Cependant, la scripta de notre récit ne fournit pas de confirmation évidente d’une telle provenance33. Constitué de 367 feuillets en parchemin (ca 308 x 218 mm ; 2 colonnes à 40 lignes rédigées en écriture gothique livresque), le volume reproduit un légendier classé pour l’essentiel selon un ordre hiérarchique. Trois pièces au sujet du Christ et de la Vierge, puis l’Évangile de Nicodème (version courte, B ; éd. A. F. Ford, 1973)34 précèdent 17 légendes des apôtres et des évangélistes, 24 vies de martyrs et de confesseurs, dont Edmond et Thibaut, enfin 12 qui concernent des femmes, le poème sur les « Huit Beatitudes »35 complétant cet ensemble hagiographique. La Vengeance Nostre Seigneur, le Barlaam et Josaphat (version I, dite « champenoise » ; J. Sonet, 1949) ainsi que « De la chandele d’Arraz », déjà mentionné, prennent aussi place parmi ces textes. P. Meyer36 a déjà montré que la plupart des légendes issues de P4 sont identiques à celles que renferme le manuscrit Bibliothèque nationale de France, f. fr. 6447 (version n° 6). Seules en effet les vies de Nicolas, Jean-Baptiste, Edmond, Thibaut et Catherine ne figurent pas dans cette collection et celles de Marie-Madeleine, Marie l’Égyptienne et d’Anastasie appartiennent à une autre rédaction. Ce détail renforce l’hypothèse que les exemplaires contenant les nos 6 ou 7 circulaient dans un même milieu37. Pour ce qui touche Marie-Madeleine, tout comme les pièces   M. Thiry-Stassin en a annoncé l’édition.   Histoire littéraire de la France, art. cit., pp. 416 - 420. 33   Pour A. Stones, la provenance de ce volume reste incertaine, mais il serait bien lié à la production arrageoise de la fin du XIIIème siècle, cf. « The Illustrated Chrétien Manuscripts and their Artistic Context », Les manuscrits de Chrétien de Troyes, éd. par K. Busby et al., Amsterdam, Atlanta, Rodopi, 1993, 2 vol. (Faux titre, 71 - 72) ; vol. I, pp. 227 - 322 ; pp. 241 sq. et figure 26. 34   P4 n’est toutefois pas recensé dans cette édition. 35   Éd. R. Vermette, Manuscripta, 18, 1974, pp. 105 - 110. 36   « Notice du ms. Bibl. Nat. fr. 6447 (Traduction de divers livres de la Bible. – Légendes des saints) », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 35, 2, Paris, Imprimerie nationale, 1896, pp. 435 - 510, part. pp. 468 - 471. La vie de saint Brendan est omise dans la description de P. Meyer, mais elle figure bien dans le manuscrit (f° 182 b - 194 d). 37   Voir notre présentation du texte n° 6. 31

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relatives aux deux autres saintes, il permet également d’admettre un choix délibéré en faveur d’un état de la légende plutôt qu’un autre. La majorité des textes sont introduits par une lettre historiée. Seule la Nativité du Christ comporte une miniature et une initiale ornée accompagnée d’antennes supportant des grotesques, le même dispositif intervenant sous une forme moins élaborée pour l’Épiphanie, l’Évangile de Nicodème et la Conversion de Paul, première pièce hagiographique. La lettre historiée dont la vie de notre sainte est pourvue reprend la scène de l’apparition du Christ ressuscité, sur le même modèle que celle de C. Des lettrines et des pieds-de-mouches alternativement bleus et rouges structurent le texte. Longtemps considéré comme perdu, le manuscrit que possédait le marquis Claude-Alexis de Noblet dans son château de la Clayette n’était connu que par la copie que La Curne de Sainte-Palaye en avait fait réaliser en 1773 et que P. Meyer avait longuement décrite en 189038. Le « grand recueil La Clayette » (P6) n’a été acquis qu’en 1952 par la Bibliothèque nationale de France où il porte désormais la cote nouv. acq. fr. 13521. La richesse de ce volume, dans lequel figurent de nombreuses œuvres de Pierre de Beauvais, mais aussi la traduction de l’Hystoria Albigensis par Pierre des Vaux-de-Cernay, des chansons notées, la Chastelaine de Vergi ou des Miracles de Nostre Dame de Gautier de Coincy par exemple, a contribué à sa célébrité39. Il s’agit d’un recueil factice de 419 feuillets rédigé sur parchemin et dont les caractéristiques paléographiques et de mise en page varient d’une séquence à l’autre. La vie de Marie-Madeleine fait partie d’une unité codicologique (f° 71 311) qui mesure ca 265 x 185 mm et comporte 2 colonnes de 32 à 44 lignes (33 pour la vie de Marie-Madeleine), couvertes d’une écriture gothique livresque. P. Stirnemann estime qu’elle a pu être confectionnée au même moment que P4 ou peu après, soit dans le dernier quart du XIIIème siècle. Plusieurs scribes ont été actifs sur les cahiers dont elle est formée. La langue de celui qui a retranscrit la légende de Marie-Madeleine est neutre. Au point de vue iconographique, cette section s’avère moins riche que la septantaine de feuillets qui la précède, dont l’illustration est très élaborée, mais elle possède elle aussi une ornementation et sa variété ne contredit pas l’idée qu’elle forme un tout. Elle se compose pour l’essentiel de textes pieux (Conception de Nostre Dame par Wace ; une prière versifiée ; vies de sainte Catherine d’Alexandrie par Gui, de Marie-Madeleine et de   « Notice sur deux manuscrits français ayant appartenu au Marquis de la Clayette (Bibliothèque Nationale, Moreau 1715 - 1719) », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. 33, 1, Paris, Imprimerie nationale, 1890, pp. 1 - 90. 39   Pour une brève description, nous renvoyons à S. Solente, « Le grand recueil La Clayette à la Bibliothèque Nationale », Scriptorium, 7, 1953, pp. 226 - 234, puis Nouvelles acquisitions latines et françaises du Département des manuscrits [de la Bibliothèque Nationale]. Inventaire sommaire, Paris, 1960 (Bibliothèque de l’École des chartes 117, 1959), qui a été affinée depuis par les différentes éditions des textes contenus dans cet exemplaire. 38

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Marie l’Égyptienne40 ; extraits de la Vie des Pères ; Abrégé d’histoire sainte de Roger d’Argenteuil, traduction du Lucidaire d’Honorius et l’une des rédactions du Roman des Sept Sages de Rome). La légende de Marie-Madeleine, première pièce en prose de cette suite de textes majoritairement versifiés, est précédée d’une miniature qui montre l’onction des pieds du Christ chez Simon le Lépreux. Choix du manuscrit de base et observations lexicales et linguistiques Au point de vue éditorial, B, L1, P1 et P2 ne sauraient bien sûr rendre compte de l’état original de notre légende41. L’adéquation de la majorité des représentants du texte français avec une trame narrative latine déjà constituée nous invite en effet à rechercher le support de notre édition parmi les neuf exemplaires de son adaptation vernaculaire, et non dans le plus petit groupe des rédactions hybrides. B est à coup sûr le meilleur représentant de ce groupe, alors que P1 et P2 ne sont que des exemplaires de second ordre. L1 s’éloigne de la « vulgate » au cinquième du récit déjà, ses rapports avec les trois autres copies ne sont pas constants. Parmi les témoins de la version complète de notre texte, les plus fiables sont assurément M et P6. Très proches l’un de l’autre, ils s’avèrent soignés et ne révèlent qu’un petit nombre d’erreurs et de leçons isolées, faciles à corriger. M comporte quelques omissions plus conséquentes tandis que les bourdons y sont rares, à la différence de P6, dont l’adoption se traduirait par de plus fréquentes interventions, mais restreintes (un mot la plupart du temps). En dehors de cette observation, les mutilations subies par le premier constituent un motif qui aurait pu faire pencher la balance, mais les vestiges qui subsistent dans M garantissent un contrôle suffisant sur l’état de ses parties manquantes. Enfin, le scribe de P6 tend à rajeunir le texte qu’il reproduit. Comme les regroupements que nous avons effectués en présentant nos manuscrits le suggèrent, à ces deux copies, on peut rattacher les textes de C et de G, qui forment une sous-classe, d’une tenue nettement moins satisfaisante ; de P3 et de P5, deuxième sous-classe, très inférieure et assez profondément remaniée, surtout dans le dernier tiers du texte (P5, plus ancien comme nous l’avons vu, sera préféré à P3 pour l’enregistrement des variantes propres à cette paire) ; de P4 ; enfin, de L2 et de O, exécutés l’un et l’autre au XVème siècle, dans une langue modernisée, et qui offrent beaucoup de communautés, O étant le plus fortement retravaillé (son copiste ou celui de son modèle introduit en particulier de nombreux redoublements lexicaux et réécrit des passages entiers).

40   La vie de Marie l’Égyptienne est celle que retransmettent C, G, L2, M, O, P4, P6, enfin Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acqu. fr. 13496 (version O de l’éd. P. F. Dembowski, Genève, Droz, 1977, pp. 171 - 205). 41   L’époque de la copie exécutée d’après le grand recueil La Clayette et les déviances dont elle témoigne face à son modèle permettent aussi de l’exclure de l’édition et de son apparat critique.

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Le texte ne comporte pas de relief linguistique. Pour la vie de Marie-Madeleine, une étude de ce type ne mène donc à aucune conclusion sur sa datation et sur sa localisation42. Chronologiquement parlant, la date de fabrication de P4 et P6 nous fournit la seule indication susceptible de faire remonter la composition de notre légende avant la fin du XIIIème siècle. Plan de l’édition Exemplaire de référence : Paris, Bibliothèque Mazarine, 1716 (568), f° 259 a 264 b (M) Exemplaires de comparaison : C : Chantilly, Musée Condé, 734 (456), f° 275 a / b - 279 a G  : Genève, Bibliothèque de Genève, Comites latentes, 102 (ex-Cheltenham, Bibliothèque Phillipps, 3660), f° 302 c - 306 c L2 : Londres, British Library, Add. 41179, f° 6 r° - 11 v° O : Oxford, Queen’s College, 305, f° 259 a - 263 d P3 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 413, f° 379 b - 383 c P4 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 17229, f° 331 b - 336 d P5 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 23117, f° 402 d - 406 c (numérotation moderne) P6 : Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. fr. 13521, f° 108 a - 113 c Exemplaires hybrides : B : Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, f° 58 d - 60 f (pour la partie concernée ici) L1 : Londres, British Library, Add. 17275, f° 37 b - 38 a (pour la partie concernée ici) P1 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 183, f° 60 c - 63 a (pour la partie concernée ici) P2 : Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 185, f° 24 f - 27 a (pour la partie concernée ici)  Au point de vue lexical, l’adverbe misericordement, l. 29, est le seul terme dont la rareté, en l’occurrence, justifie qu’on s’y intéresse (Tobler-Lommatzsch renvoie à Godefroy qui n’en signale qu’un exemple dans la légende de saint Magloire – apparemment celle datée de 1319, citée d’après le manuscrit 5122 de la Bibliothèque de l’Arsenal, f° 20 v°). Il n’est d’ailleurs pas certain que cette leçon, qui n’existe que dans une partie des manuscrits, remonte à l’état le plus ancien du texte. congregation (l. 256) à déjà été évoqué à propos du n° 6.

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[La] tres [d]ouce [M]arie [Magda]lai[ne sel]onc [l’orgu]eil [du sie]cle [si fu n]ee 1 du [lign]age [d’un grant noblois d’un chastel qui] est a[pelez Magdalon], don ele 2 fu dite Magdalainne, et avec la grant nobleice du lingnage et des grans patremoinnes 3 fu de grant renonmee de beauté en cele contree, car li nons des riches genz sont 4 plus renonmez que des povres; ¶ mes por ce que grant deuls est d’estre en granz 5 richesces, usa ele grant partie du tens de sa jovente en lecherie et en autre maleurtez, 6 car de tant come elle estoit plus belle et plus riche, de tant furent plus esmeu li 7 pluseur ou pechié de sa luxure. Mes Nostre Sires Jhesus Criz, en qui toutes pitiez 8 et toutes misericordes sont et qui pas ne desirre la mort au pecheor, mes que il 9 deguerpisse son pechié et face penitance, la retorna par sa misericorde de ceste 10 Exemplaire de référence : Titre courant du f° 259 : De la Magdalainne (répété en haut de toutes les pages). Des quelques vestiges de rubriques qui subsistent ici et là dans le volume, nous pouvons déduire que le texte était introduit par un titre au format «  classique  » – Ci conmance la vie (...) –, dont les trois dernières lettres (du nom de Magdalainne, sans doute) sont encore visibles. Il comportait peut-être aussi une formule de conclusion de la même nature – Ci fenist la vie (...) – dont il ne reste cependant aucune trace. – 1 - 2. Les parties entre crochets ont disparu en raison des mutilations subies par le volume. Restitution d’après P6, graphies conformes à la scripta de M. Variantes : 1. La plupart des exemplaires de comparaison possèdent une rubrique : Ci comence la glorieuse vie Marie Magdaleine la beneuree (suivi du numéro d’ordre de la pièce) B Ci commance la vie a la beneoite Magdalaine C (G P4) (dans C, indication accompagnée d’une autre mention, jointe à l’explicit du texte précédent : Explicit la vie saint Bernart et commence la vie Marie Magdalaine, en écriture de forme et de plus gros module, d’une main peut-être différente de celle du copiste). Ci aprés conmence la vie a la benoite Marie Magdelainne, amie nostre sire Jhesucrist, et les miracles que dieu fist pour li .xxxv. L1 Cy commence la vie de saincte Marie Magdelaine O Ci conmence la vie Marie Magdelainne P1 Ci conmence la vie a la benoite Marie Magdelainne et devise premierement conment ele oint le cors nostre seingneur en la meson Symon le liepreus et li lava ses piez de ses lermes et les i essuia de ses cheveus; et aprés devise conment saint Pere la bailla a garder a saint Maximien et conment elle ala preeschier la foy nostre seingneur Jhesucrist, et aprés devise le biaus miracles que nostre sires fist pour lui si com vous orrez ci aprés, qui moult sont bons a oïr et a retenir P2 De Marie Magdelaine P3 Ci commence la vie de la Magdelainne P5 De la Magdelaine P6. – 1. la tres beneoite M. Magdelaine P6 (L2) la benoiste M. Magdelaine O la beneoite Magdeleine P4. – 1. du s. et monde O. – 1 - 2. si fu nee du l. d’un grant n.] si fu nee d’un l. de grant n. B P2 (L1) si fu nee d’un lingnage molt noble P4 si fut nee d’une lignee de grant noblesse L2 si fut nee de lignee de moult grant noblesse O fu nee de tres grant gent P1. – 2. dont ele fu apelee Madalain G. – 3. et des grans patr.] des grans patremoines G et des patremoines B et des grans patr. dont elle estoit P1 et des grans patrim. qu’elle avoit O et avec les granz avoirs que ele avoit et le grant patremoine P4. – 4. fu (...) des r. genz] omis dans P2. – 4. fu] et fu L1 fu ele (...) P4 (O). – 4. de grant ren.] grant ren. C G de molt grant renomee P4 moult grant renonmee P1. – 4. de la grant biauté qui en lui estoit par toute la contree P1. – 4. grant contree P6. – 4 - 5. car li renons des r. gens si est plus renonmez que celui des p. P1. – 5. granz deuelz (?) G granz deliz P4 (L2 O). – 6. grant partie] grant piece L2 O en grant piece P6. – 6. du tens] de temps L2 O le tens P6 omis dans P4. – 6. de sa jov.] en sa jouv. P1 de sa joennece G (L1 P2) sa jeunesse L2 O de sa volenté B. – 6. en lecheries L1 P1 P2. – 6. et en autre mal.] et en (les O) autres mal. B C L1 P1 P2 P3 P5 (O) en autres maleurtés G et an autre maleurté P4 et en folie L2. – 7. plus bele et r. P6 (P3 P5). – 7. de tant f. esmeu G de tant f. plusieurs plus esmeuz O de tant estoient esmeu li pl. envers P1. – 8. au pechié L2 P4 P6 em pechié B (P2 P3 P5); em pechiez de l. C (G) par pechié de l. P1 en pechié sus lui de l. L1 au peichié et a la concupiscence de sa l. O. – 8 - 9. mes n. s. Jh. (...) et qui pas ne des.] (...) toute misericorde (...) P4 (...) toute pitié et toute misericorde maint (...) L1 P1 (...) auquel est toute pitié et toute misericorde et qui point ne desire L2 mez dex plains de mis. (misericorde P3) qui pas ne desire P5 (P3). – 9. la mort aus pecheeurs P1 la mort du pecheor P4 (L2 O). – 9 - 10. mais qu’il deg. le p. (...) L2 mais qu’il delaisse le peichié (...) O mes que il deguerpissent leurs pechiez et facent pen. P1. – 10. peneance P6. – 10. par la mis. P1.

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erreur et en fist puis s’amie. ¶ Ceste Marie Madelainne est cele de qui saint Luch li Euvangelistres escrit que une fame pecherresse estoit en la cité, mes por ce que ele ama mout Nostre Sires, li furent si pechiez pardonnez; et de ceste dame dist saint March que quant Nostre Sires resuscita au samedi a matin, s’aparut Il premieremant a Marie Magdalaine. Mes tant come Nostre Sires est misericors [259 b] vers les pecheeurs est provez en la parfection de ceste fame qui ne deservi mie tant seulemant absolucion de ses pechiez, mes fu compaingne aus apostres et leur fu mesage de la sainte Resurrection Nostre Seingneur. Ceste dame raemplie du Saint Esperit regardant en soi meismes ne pot soustenir les domages ne oublier de la vie qu’ele avoit devant menee, einçois quant elle aperçut le Seingneur de l’umaingne lingniee venir en la meson Simon, qui pas ne venoit pour les justes mes por les pecheors atrere a penitence, ne se desespera pas de la pitié de son Creator por l’ordure de ses felonnies, ainz prist .j. precieus oingnement et ala hastivement a la fontainne de misericorde en amertume de cuer et en planté de lermes. Maintenant conmença les piez de son Creator a laver de ses lermes et a terdre ses piez de ses cheveuz par devoction et par humilité veraie, et oindre de tres net oingnement de sainte dilection, ne ne fu pas refusee du service de cele devocion, mes misericordement receue et par grant fiance de familiarité, et neis seur le

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– 11. puis] depuis O P3 P5. – 11. M. Mad.] Marie P3 P5. – 11. de qui] qui L2 dont O. – 12. li euv.] omis dans L1. – 12. escrit] descrist L2 parle P1. – 12 - 13. mes (...) pard.] (...) i furent (...) C (...) li pechié (...) P6 (...) cist pechié (...) L1 (...) ces p. (...) P1 mes pour ce que molt ama (l’ama L2 O) si pechié li f. pardonné P4 (L2 O). – 13. dame] fenme P1. – 14. sainct Marc l’euvangeliste O. – 14. au sam.] omis dans P1. – 14. a matin] matin L1 L2 O P3 P4 P5 P6 au matin, B G P1 P2 (déplacé dans B après s’aparut il). – 14. s’ap. il] qu’il s’ap. L2. – 15. prem.] premier ? P5. La fin du mot comporte une abréviation insolite (le scribe l’a peut-être ajoutée après avoir pris conscience de son erreur). – 15. tant come] de tant come B (L1 P1 P2) combien L2. – 16. vers le pecheeur P6. – 16. est il pr. P6 (P4); est esprouvez P1 est il esprouvés L2 (O). – 16. qui ne dess. pas P5 (P3) qu’el ne des. mie P2. – 17. aus ap.] des app. O omis dans B. – 18. sainte] omis dans L2 P3 P5. – 18. n. s.] de n. seigneur L2 n. s. Jhesucrist L1 de n. seigneur Jhesucrist O. – 18. Ceste dame] iceste dame P4. L2 et O introduisent ici une segmentation (pour tout le texte, les lettrines n’ont toutefois pas été peintes dans L2 et leurs emplacements sont restés vacants). – 18. raempli C G P5 fu raemplie P1. – 19. regarda L2 O. – 19 - 20. ne pot (...) de la vie] et ne pot (...) de sa vie P1 (...) ne oublier la vie P4 et si ne put soust. ne oublier les dommaiges de la vie L2 qu’elle ne povoit soust. ne supporter les dommaiges qu’elle avoit faiz ne aussi oblyer les delices et plaisirs de la vie O. – 20. devant] avant P3 P5. – 20. menee] maintenue P4. – 20. ençois qu’elle aparçust P6. – 21. venir en la meson] et le pot tenir en la maison P3 P5. – 21. Simon] de S. L2 (O) Symon le Liepreus P1 omis dans L1. – 21 - 22. qui pas ne v. (...) a pen.] qui ne v. pas (...) O qui pas ne v. sol pour les j. (...) P4 omis dans P1. – 22. mes pour les justes pech. P4. – 22. ele ne se des. pas P1 (O) ne se despera pas P3. – 23. .j. moult pr. ongn. P1. – 24. hastiv.] tost P3 P5 omis dans P1. – 24. a la montaingne a la fonteine de mis. P4. – 24. en amertumes B en grant am. P3 P5. – 26. Le texte ne comporte pas de lettrine dans L1 L2 O. – 26. et a t.] et a torcher et essuer O. – 26. ses piez] les piez L1 les P4 omis dans P1 P3 P5. – 27. hum. veraie] vraie hum. L1 (O) hum. P3 P4. – 27. et oindre] et a oindre les P4 et oint P1. – 27. de tres net oingn.] de tresnez oingnemens L2 (O) de tres precieus oingn. P2 P4 (L1) de l’oignement P3 P5. – 28 - 29] ne ne fu pas ref. (...) famil.] ne fut pas reff. (...) L2 (O) sachiez que ele ne fu pas ref. (...) P1 omis dans P4. – 28. de cele dev.] de cele onction L1 de cele devote onction P1. – 29. misericordelment B L1 P1 P2 misericordamment C (G) misericordablement L2 misericordieusement O. – 29. fu receue P1. – 29 - 30. et neis seur (...) n. s.] et neis sus (...) P1 P2 et neis seur le chief s. (...) C et mesmement sur le s. chief de n. seigneur L2 et encores plus sur le sainctisme chief de n. seigneur Jhesucrist O et sur le chef n. seigneur P5 (P3) neis sus son s. chief L1.

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saintisme chief Nostre Seingneur [espandi ele le precieus oingnement] si que toute la meson raempli de bonne oudeur, ne riens ne dist de sa bouche, mes par les benefices de son service demoustra bien la flambe de sa compomcion et la chaleur de sa dilection. Mes Symons en ot desdaing et dist : « Se cist seust les misteres de la divinité, il ne lessast pas atouchier a soi ceste fame pecher- [259 c] -resse. » Jhesu li respondi : « Simon, dui home estoient deteur a .j. usurier. Li uns li devoit .c. marz et li autres .l., et quant il leur demanda, ceuls n’orent de quoi il li rendissent. Li creancier en ot merci et leur pardonna a l’un et a l’autre. Li quiex de ces .ij. le doit plus amer ? » Simon Li respondi : « Celui a qui il pardonna plus. » Et Nostre Sires li dist : « Je entrai en ta meson, tu n’oinsis mie mon chief d’uile, ne mes piez ne lavas d’eve, ¶ mes ceste quant G’i entrai arrousa mon chief de precieuz oingnemant, et mes piez lava de ses lermes et les tert de ses cheveux et essuia. » Lors se torna Nostre Sires vers la fame et li dist : « Va t’en, tes pechiez te sont pardonnez. » Et por ce qu’ele fu si amiable et si obeïssant vers son Creator, por sa devocion parole saint Jehan li Ewangelistres de la surrection Lazarons son frere, la ou il descrist que Jhesu plora quant Il la vit lermant. Ceste sainte dame ensivi Nostre Seingneur quant elle Le vit pris et lié et flaellé, et quant si deciple s’en

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30. Segment de texte omis par le copiste. Restitution d’après P6 (L2 P4), graphies conformes à la scripta de M. – 45. la ou il la descrist. Correction d’après B L1 (P2). 30. espandi elle le precieus ongnement P6 (L2 O P4); omis dans B C G L1 P1 P2 P3 P5. – 31. an raempli P4 fu raemplie P1 fut toute remplye O. – 31 - 32. mez par son servise P5 (P3). – 32 - 33. dem. bien (...) dilection] monstra bien (...) L2 dem. ele bien la fl. de sa conpassion P4. – 32. de sa comp.] de sa compunction et contriction O. – 33. sa dil.] la dil. C O sa devocion P3 P5. – 33. desd.] grant desd. P1 desd. et mespris O. – 33. et dist de nostre seigneur O. – 33. sceust bien le m. O. – 34. de la div. Jhesucrist P1. – 34. lessa P5 lessoit G. – 34. at. ceste fame pech. B at. ceste fame pech. a soi P1 (P2) ceste fame pecherresce at. a lui L1 soy at. a ceste femme peich. O. – 35. Jhesucrist C G P4. – 35. li resp.] resp. P2. – 35. Simon] omis dans P3 P5. – 35. debiteurs O. – 35. li uns devoit B. – 36. .c. livres (...) .l. livres P4 P6 cent solz (...) L2 O. – 36. et comme il leur demandast cellui debte (...) L2 et quant il dem. a ung chascun son debte ilz n’eurent O et come il leur demandast il n’orent P4. – 36. de coi il leur rend. P1 de quoi li rendre P5 (P3) de quoy le lui randre L2 de quoy payer ne de quoy ilz lui rend. ce qu’ilz devoient O. – 37. et pard. P3 P5. – 37. or me di le quel des .ij. P1. – 38. il donna L2. – 38. le plus B L1 P1 P2. – 38. Symon resp. P3 P5. – 38 - 39. lors li dist n. s. P1. – 39. Je entrai] se entrai P6 tu as respondu a droit; je entray L2 O. – 39 - 40. tu n’oinsis (...) d’eve] tu ne me baisas mie et ceste feme des qu’elle y entra ne cessa de baiser mes piez; tu n’as pas oint mon chief ne n’as pas lavez mes piez d’eaue L2. – 39. et tu ne m’oinzis P1. – 39. mie] pas P1 P3 P5. – 39. d’uile] de precieus oingnement ne d’uille B omis dans O. – 39 - 40. ne mes piez ne l. d’eve] ne mes piez ne l. mie P2 ne ne l. pas mes piez d’eaue O ne si ne me l. mie mes piez ne ne essuias P1. – 40. quant je entrai P5 (L2 O P3). – 40. tres preciex P6 (L1). – 41. et mes piez lava] et lava mes piez L2 O et mes piez et lava G. – 41. de ses l. (...) et essuia] (...) et les essuia P1 de ses l. et essuia de ses cheveus P2 de ses l. et les tert de ses chevelz P4 de ses l. et les a essuiez de ses ch. L2 et les essua et torcha de ses ch. O. – 42. devers la fame L1 par devers la fame P1 vers la Magdalaine L2. – 42. car tes p. L2. – 42 - 43. te seront pardonné et sont des ici endroit L1. – 43. por sa dev.] par devoction L2. – 44. parole] omis dans P6. – 44. saint J. evangeliste L2. – 44. resurrection G L1 L2 O P6 P1 P4 P2 surrection, corrigé en resurrection au moyen de très petites lettres suscrites, C. – 44. de Lazaron son fr. B du Lazaron son fr. L1 du Ladre son fr. L2 O Lazaron frere Marie Magdelainne P1. – 45. la ou il le descript P1 la ou il a des. C G la ou il des. B L1 (P2). – 45. Jhesucrist C G. – 45. lermoiant P2 P4 (O) plorant L2. – 46. quant ele vit L1 P1 P2. – 46. et flaellé] deflaellé C G et batu P1 et batu et feru P2 omis dans P4. – 46. li dec. P6.

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foïrent remest ele avoec Lui. Neis a la mort n’en pot ele estre departie, mes tant i fu qu’ele oint son cors de precieux oingnement ou sepucre. D’iluec s’en ala plorant et esprise de grant douleur, notant en son cuer le leu de son rachatement, si acheta oingnement et la nuit traveilla tant come ele pot a apareillier les oingnemenz. Au samedi vint a touz ses oingnemenz devant le sepulcre desirrant d’oindre le saintis- [259 d] -me [cors Nostre Seingneur, mes si come li Euvan]gel[es raconte, ele trova l’ange] qu[i li dist qu’Il vivoit, et ele hastive]m[ent l’anonça aus deciples. Aprés] la [gloire de la Resurrection et aprés] la [sainte Ascencion, li prestre des] jui[s espris d’envie escomurent] par[secution en Sainte Eglise en] occ[iant le premier martir saint] Est[ienne et dechacierent toz les te]mo[inz Jhesucrist de leur contrees]; et por les tampestes de ceste parsecution s’espandirent par divers resgnes, car demoustré leur fu par Nostre Seingneur entre les autres miracles la vertu Nostre Seingneur qui resplandissoit et loing et pres par les merites de la glorieuse Magdalaine, qui mout ama Jhesucrist. [Un] en i a tres bel et tres cler qui bien est dignes de mestre en memoire que uns sainz homs relygieus raconta, que nous voulons mestre en escrit si conme nous l’avons de lui retenu.

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52 - 57. Hormis quelques vestiges, les parties entre crochets ont disparu en raison des mutilations subies par le manuscrit. Restitution d’après P6, graphies conformes à la scripta de M. – 60. .vij. en i a. Correction d’après P6 (B C G O P1 P2 P4 / L1). 47. remest] demoura P1 P2 P3 remas et demoura O. – 47. Neis a la mort (...)] (...) ne pot (...) G mesmement a la mort ne put (...) L2 et mesmement jusques a la mort ne peut (...) O jusques a la mort ne n’en pot estre dep. P3. – 47 - 48. mes (...) de pr. oingn.] ainçois oint de precieus oingn. son cors P4. – 47. mes tant il fu P6 mais tant fut O mais tant fit L2. – 48. que ele son cors de precieus oing. oint L1 (P1 P2) qu’ele oint son cors de son precieus oingn. P5 (P3). – 48. et d’ilec P2. – 49. notant] nonçant L1. – 49. de son rachateeur P6 (L2) de son redempteur et rachapteur O. – 50. se trav. P1. – 50. tant comme peut O. – 50. a ap.] pour app. L1 P2 (O) ap. P5 (L2 P3). – 50. les oingn.] ongnemens L1. – 51. Le texte ne comporte pas de lettrine dans P3 (simple pied-de-mouche dans P5). – 51. au sam. matin O P3 P4 P5 P6 [a]u matin d’un sam. L2. – 51. o tout ses ongnemenz P6 o tout les oingnemens O avec les oingnemens L2. – 51. devant le sep.] au sepucre P6 (L2 O P4). – 51. des. a oindre P6 P4 (L2). – 52 - 57. le saintisme cors Nostre Segneur, mes si come li Evangiles raconte, elle trova l’ange que li dist qu’Il vivoit, et elle hastivement l’anonça au deciples. Aprés la gloire de la Resurrection et aprés la saint Assencion, li prestres des juis espris d’envie escomurent persecucion en Sainte Yglise en ociant le premier martir saint Estiene et dechacierent toz les tesmoinz Jhesucrist de leur contrees P6. – 52. le s. cors n. s.] le saintisme cors Jhesucrist C G P2 (B L1 P4; P1 de Jh.) le sainctisme corps de n. seigneur Jhesucrit O le saint corps Jh. L2 le cors Jh. P5 (P3). – 52. mais ainsi comme O. – 52. li euv.] li euvangelistres C G (B L2 P3 P5) ele P2. – 52. raconte] tesmoigne B (L1 P1 P2) dit et rac. O. – 53. hastiv.] tost P3 P5. – 53. l’anonça] l’ala noncier L2 P4 l’ala noncier et dire O. – 53. a ses dec. L1. – 54. la gloire de la res.] la gloire de sa res. P2 sa gloire de la res. B sa gloire de sa res. P1 sa glorieuse res. L1. En raison probable d’un accident matériel, L2 s’interrompt après la gloire et ne reprend qu’à la ligne 108 (appareilha son euvre), lacune équivalente à un feuillet. – 54. et aprés la s. asc.] et aprés la s. asomption P4 omis dans B. – 55. escommeurent et encommencerent O persecucions G P2 P3 P5 (C P1). – 55. en occ. et tuant O. – 56. le premerein m. P4. – 56. et dechaçant P4. – 56. de Jh. L1 O P2. – 56. de leur c.] omis dans P4. – 58. par div. regne et parties O. – 58 - 60. par n. s. (...) Jh.] par n. seigneur Jhesucrist qui resplandi et loing et pres et entre les autres miracles par les merites de la gl. Magdelaine laquelle moult ama nostre seigneur Jh. O. – 58. de par n. s. L1 P1 P2 (G P3 P5). – 58. miracles] omis dans P4. – 59. la v. de n. seigneur B la v. Jhesucrist P4. – 59. replendissent (la première lettre surcharge un p) P6. – 60. un en i a P6 (B C G O P1 P2 P4) et en y a P3 P5 .j. miracle i a L1. – 60. tres bel et tres cler] bel et tres cler B tres bel P4 tres biau miracle P1. – 61. de mestre] d’estre mis O P1. – 61. reconta P6 raconte P1 redouta P5 (P3). – 62. metre es escriz P4 mectre en memoire et en escript ainsi comme O. – 62. retenu de li P4.

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Aprés la Passion et la Resurrection et la glorieuse Ascension Nostre Seingneur Jhesucrist, saint Peres li apostres dona a garder a saint Maxime, qui fu .j. des deciples Nostre Seingneur, la beneoite Marie Madalainne et Marthe sa sereur et saint Ladre son frere, que Nostre Sires resuscita, et pluseurs autres. Tuit cil ensemble s’en vindrent a la mer et entrerent en une nef et vindrent a Marseille. ¶ Quant il furent arrivez, il ne troverent qui les herbergast, si s’en entrerent en .j. porche du temple aus diex de la cité, et furent toute la nuit en proieres et en oroisons. Quant vint au matin, [260 a] si s’asemblerent tuit cil de la cité et vindrent la sacrefier a leurs diex si come il souloient. ¶ Quant la beneoite Marie Magdalaine les vit, ele se leva contre euls et doucement les salua et leur comença a preeschier la doctrine de verité. Trestuit cil qui la virent se merveillierent de sa beauté et de la douceur de ses paroles et de la hautesce de sa sapience. ¶ L’endemain vint la .j. nobles homs entre lui et sa fame, qui sires estoit de la cité, por sacrefier aus diex einsi come il souloient. Cil riches homs estoit mout dolanz de ce qu’il ne pooit avoir point de lingniee. La beneoite Magdalaine li comença a preeschier de Jhesucrist et touz les articles de la foi, et en tel maniere le retrest de son sacrefice. Tuit cil de la cité i acorurent por lui veoir, une partie [por sa beauté, autre partie]

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74. de sa pa sap., pa tracé. – 79. Segment de texte omis par le copiste. Restitution d’après P6 (C G P2), graphies conformes à la scripta de M. 63. P3 P5 introduisent ici la rubrique : Si comme (Comment P3) la Magdelaine vint a Marseille. – 63. et la res. et la gl. asc.] et la res. (...) et aprés la res. (...) L1 et la res. et l’asc. P2 et la glor. res. et asc. P1. – 63. n. s.] de n. seigneur O omis dans P4. – 64. Jh.] omis dans P3 P5. – 64. dona] bailla P2. – 64. a garder] garder G. – 64. a Max. saint B a s. Maximien P2. – 64. d’un des desc. B. – 65. de n. seigneur Jhesucrist O. – 65. la ben.] omis dans C G P1. – 65. Marie] omis dans P3 P4 P5. – 66. s. Ladre] le ladre P2. – 66. n. s. Jhesucrist L1. – 66 - 67. et plusieurs autres. Tous ceulx la ens. (...) O et pl. autre s’en v. a la mer L1 (P1 P2) et pl. autres tous seulz ensemble s’en v. a la mer P3. – 67. ens en une nef et v. a la cité de M. O. – 68. et quant P2 il i f. arivé P4. – 68. qui les herb.] oncques personne qui les herberjast ne voulsist herberjer O. – 68. si s’entr. G P5. – 68. ou porche P2. – 69. du t.] ou t. L1 (P4) omis dans C G. – 69. aus diex] omis dans P1. – 69 - 70. et furent (...) de la cité] omis dans O qui enchaîne : et quant ilz y vindrent la sacriffier (...). – 70. et quant ce vint au m. P1. – 70. si s’as.] si ass. P2 il s’as. L1. – 71. et v. pour sacr. P2. – 71. a lor dieu P5 a leurs dieux ainssi comme ilz s. et avoient accoustumé O. – 71. Quant (...)] et quant (...) P1 adoncques la benoiste M. Magdelaine quant elle les vit O. – 71. Marie] omis dans P3 P4 P5. – 72. ele se leva] si se leva P1. – 72. encontre els P6 (B C G L1 O P1 P2 P3 P4 P5). – 72. et leur preescha P3 P5. – 73. doctr.] voie P4. – 73. Trestuit cil] et trestuit cil P2 lors ceulx. – 73. s’en merveillerent C G (P1) s’esmerveillerent O. – 73. de sa grant biauté L1 (O). – 74. de ces parolles P2. – 75 - 76. qui sires estoit (...) il soul.] pour sacriffier a leurs dieux et estoit icellui noble homme seigneur de la cité O. – 76. si come P5 (P3). – 76. il soloit P6 (P3 P4 P5). – 76. Cil r. homs (...)] ce r. homme P3 P5 lequel estoit moult doulant et courroucié O. – 77. avoir point de l.] point avoir de ligniee L1 (O) avoir ligniee P3 P5. – 77 - 78. La ben. Magd. (...) de la foi] la ben. Magdeleinne com. (...) P4 (O) (...) a pr. de touz les art. de la foy Jh. P2 la Magdelaine li preescha de n. seigneur les art. de la foi P5 (P3). – 78. de la foi] Au delà de ce point, la version contenue dans L1 rejoint celle que nous éditons d’après le manuscrit Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326 (n° 6). Nous renvoyons à son apparat critique pour les variantes de cet exemplaire. – 78. et en tel man. (...) de son sacr.] en celle man. (...) O et par ce (...) P3 P5 (...) ele le retret de fere sacr. P1 en tele man. que le retrait de son sacr. P2. – 79. i ac. por lui veoir] s’ac. pour lui veoir B l’acour. veoir P3 P5. – 79 - 80. une p. por sa biauté, autre partie por la d. P6 (C G P2) une p. pour sa grant b., l’autre p. pour la doulceur O une p. et pour sa biauté et d’autre partie pour la d. B p. pour sa biauté p. pour la d. P5 (P3) pour la biauté qui en li estoit une p., l’autre p. pour la d. P1 une p. et l’autre p. pour la douçor P4.

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por la douceur de ses paroles, et ce n’est pas merveilles se douces paroles issoient de la bouche a cele qui avoit bessiez les piez Jhesucrist. ¶ Aprés ce, la beneoite Marie Magdalaine s’aparut a la fame a cel riche honme en dormant, et si li dist : « Por quoi as tu tantes richesces et li povres Damedieu muerent de fain et de soif et de froit et d’autres mesesses ? » Avesques ce la conmança a menacier et a amonester qu’elle deist a son seingneur qu’il eust pitié de la moienne gent et des meseises aus sainz. ¶ La fame, quant ele s’esveilla, ne l’osa dire a son seingneur, et neporquant ele ot grant pitié de la povreté a la beneoite Magdalaine et de ses compaingnons, et li conmança a envoier reposte- [260 b] -ment de ses viandes par ses privez serjans, car ele cremoit la cruauté son seingneur et la desloialté du peuple. ¶ La seconde nuit li apparut de rechief la beneoite Magdalaine ausi come ele avoit fet la nuit devant, neporquant ele ne l’osa dire a son seingneur. ¶ La tierce nuit, ele s’aparut a son seingneur et a la dame mout iriee, ausi come se la meson ardist. Si li dist : « Dors tu, pesmes tirant, fiuz de deable, avoec ceste serpant ta fame, que ce que je li avoie dist ne te vost onques descovrir ? Ha ! dorz tu ci, anemis de la foi Jhesucrist, qui manjues les bonnes viandes et boiz les bons vins et lesses les sainz Damedieu morir de fain et de soif et d’autres mesesses ? Certes, chestis, tu n’eschaperas pas einsint sanz painne de ce que tu as tant demoré a euls bien fere. »

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– 80. de ces parolles oïr et entendre P1. – 80. et ce n’iert pas P6 et ce n’estoit pas O P2 P4 et pas n’estoit P3 P5. – 80. de merv. O merveille C G P3 P5. – 81. de sa b. et mesmement ce ne feust mais que pour ce qu’elle avoit baisé si tresdoulcement les precieux piez de nostre sauveur et redempteur Jh. O. – 81. de sa b. P2 P3. – 81. a cele qui] conme cele qui P2. – 81. les piez de Jh. P3 P5. – 81 - 82. la ben. M. Magd.] la ben. Magdeleine P4 la Magdelaine P5 (P3). – 82. a la dame qui fame estoit P4 a ce r. home B P6 (P1 P2) de cellui r. homme O. – 82. en son dormant P2. – 82. et li dit P5 (P3 P4). – 83. tant de rich. B C G P1 (O P3). – 83. li p. dieu P5 (P3) les pouvres de nostre seigneur O. – 83 - 84. de fain (...) mes.] de soif et de fain et de froit (...) C de fain et de soif et d’autres meseses G de fain et de froit et d’autres mesaises O P6 de fain et de froit P4 de fain et de mesaise P3 P5. – 84 - 85. Av. ce (...) et a am.] et avecques ce (...) P1 et avec tout ce (...) P4 (...) et amon. P6 (...) et a moustrer B (...) et a demoustrer P1; et aprés la menaça et amonnesta P5 (P3). – 85. qu’elle d.] qui le d. P4 que ele moustrast P2. – 85 - 86. qu’il eust p. (...) aus s.] qu’il eust p. de la menue gent et des mes. aus sains C (P1) qu’il eust p. de la menue gent et de la mesese aus sains G qu’il eust p. de la menue gent et de lor mesaises P5 (P3) qu’il eust p. de la menue gent et des mesages aus s. P2 qu’il eust p. de la menue gent et des mes. aus genz B qu’il eust p. de la mesaise (du mesaise O) aus s. P6 (O) de la mesese aus seinz P4. – 86. La fame (...)] quant la fame (dame P4) s’esv. elle ne l’osa dire P1 (P4) quant celle s’esv. si ne l’osa dire P3 P5. – 87. non pourquant P1 (P2 P3) non pourtant O. – 87. elle en ot P1. – 87. de la poverte (poverté ?) G. – 87. a la ben. Magd.] a (de O) la benoite Marie Magdelainne P1 (O) a la Madalaine G (P3 P5). – 88. et li com. a env.] et leur comença a env. P6 (O P4) et lor envoia P5 (P3). – 88. rep.] secretement O. – 89. par ses pr. s.] par ses pr. P4 P6 par sa privee mesniee P2 par ses pr. messaiges et serviteurs O. – 89. car ele cr.] car elle craignoit et doubtoit moult grandement O por P5 (P3). – 89. la cr. de son s. P1 P2 (C G O P3 P5) la cruiauté son baron P4. – 90 - 91. de rech. li app. la Magdelaine come devant, nep. ne l’osa dire P5 (P3). – 90. ainsi comme P1 (O). – 91. non pourquant P1 P2 (P3) non pourtant O. – 91 - 92. La t. nuit ele s’ap. a son s.] la t. nuit elle app. (...) O la t. nuit s’ap. (...) P5 (P3 P4) nepourquant ele s’ap. (...) C (...) au seigneur P3 P5; omis dans G. – 92. et a sa fame P2. – 92. moult irieement P2 moult yree et courroucee O. – 92. ausi come la m. ard. G. – 93. si leur dist O P4 P6. – 93. dorz tu ores P6 (P4) dors tu maintenant O. – 93. pesmes t.] tres mauvais t. P3 tresmauvais et faulx tyrant O. – 93. ta fame] omis dans B P4. – 94. ne se volt P6 ne t’a voulu O. – 94. ci] omis dans P2 P6. – 95. Jh.] de Jh. O omis dans P4. – 96. et tu l. P1 et lessiez C G les sainz dieu P5 (P3) les sains de nostre seigneur O les serjans d. P1 P2 (B) les filz d. C G. – 96. de fain et de mesaise P3 P5. – 97. pas] omis dans O P6. – 97. einsint] si P5. – 97. dem. tant P4 P6. – 97 - 98. de leur bien faire O.

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Quant ele ot ce dist, si s’en parti tantost. ¶ La dame s’esveilla et conmença a

giendre et a soupirer et dist a son seingneur : « Sire, avez vous veue l’avision que j’ai veue  ?  Certes, par .iij. nuiz m’est ja apareue.  » Li sires respondi  : « Oïl, voiremant l’é je veue. Que pourrons nous fere ? » La dame dist : « Il me samble que miex vaut que nous facions la volenté a la Magdalaine que nous aions le mautalent de Dieu dont ele presche. Fesons bien aus sainz Damedieu et prions la Magdalaine qu’ele prist son Dieu que je puisse concevoir. » ¶ Maintenant alerent a la beneoite Magdalaine et li prierent qu’ele depriast Nostre Seingneur qu’il peussent [260 c] avoir lingniee. Aprés mout pou de tens, la dame consut et toutes les gens en orent mout grant joie. ¶ Aprés ses sires apareilla son oirre, car il vouloit esprover se ce estoit voirs que la beneoite Magdalaine leur avoit preeschié de Nostre Seingneur. Quant la dame s’en aperçut, si li dist : « Que est ce, sire, voulez vous aler en pelerinage sanz moi ? Ce ne puet estre, car quel que part que vous iroiz, je irai avoec vous. » Li sires li respondi : « Einsint ne sera il pas, ainçois remaindroiz ci et garderoiz la terre que nus ne nous forface, car mout est longue la voie et li peril de la mer sont grant, et tu es grosse, si i porroit avoir grant peril. » ¶ La dame fu engoisseuse et li chaï aus piez, et li sires li otroia sa volenté por la pitié qu’il ot de lui. Lors vindrent ambedui a la beneoite Magdalaine et mistrent quanqu’il avoient en sa garde. La beneoite Magdalaine leur mist la croiz seur les

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– 99. P5 introduit ici la rubrique : Si comme la Magdelaine donna la premiere croiz d’outremer. – 99. et la dame P1. – 99 - 100. et comm. a sousp. O et se com. a plaindre et a sousp. P3. – 100. Sire] frere G. – 101. Certes] et certes B qui P4. – 101. nuiz] foiz O. – 101. m’est aparue de route sanz faillir C G. – 101. li resp. P4 (O). – 101 - 102. Oïl voir. l’é je veue] voirement (...) C G certes voirement l’ai je oïe et veue P1 oÿ voir. P5 oÿ vraiement P3. – 102. qu’an por. nos fere P4. – 102. la dame li dist P1 P4 (O). – 103. vaut] valt, correction sur velt, P6. – 103. de la Magdelaine O P5 (P3). – 104. du dieu C G P3 P4 P5 P6. – 104. que elle preesche P1 P6 (B C G O P3 P4 P5) que ele nous preesche P2. – 104. as sainz dieu P5 (P3) aux sains de Jhesucrist O. – 104. a la Magdelainne P2 (O). – 105. prist] pris G deprit B (P1 P2). – 105 - 106. Maint. al. (...)] maint. i al. (...) C maint. il al. (...) P6 (O) lors al. (...) P3 P5 maint. i al. et li pr. P4. – 106. a la ben. Magd.] a la Magdelaine P3 P5 a la benoiste Marie Magdelaine O. – 106. priast G O P3 P5. – 106. a n. s. P1 (G). – 107. aprés .j. poi de tempz G (P1). – 107 - 108. et t. les gens (...)] et les gens (...) P1 et en eurent les gens (...) O. – 108 - 109. Aprés (...) voirs] appareilha son euvre (...) L2, qui reprend ici; aprés son seingneur esprouva se c’est. voirs P1 aprés le sire app. son fait et ce qui lui estoit neccessaire pour faire et acomplir ce que la benoiste Marie Magdelaine lui avoit presché, dit et enchargié, car il vouloit esprouver si ce estoit veoir O. – 108. volt B P2. – 109. la ben. Magd.] la Magdelaine P5 (P3). – 110. de n. seigneur Jhesucrist O. – 110. quant la dame s’ap. P2 quant la dame l’ap. P1. – 110. si dist C G P2 si dist a son seigneur de mary O. – 110. Que est ce sire] qu’est ce a dire O sire P1 omis dans L2. – 110. v. vous aler] ou est ce que vous v. aler L2 (les premiers mots de cette variante sont sans doute issus d’une confusion avec la question qui précède dans le texte; volez est bissé dans P6). – 111. car] que B P2 P6 omis dans P1. – 111. quel part P2. – 111. que vous iroiz] que vous ailliez P1 P2 que je irai P4. – 112. je irai av. vous] que je ne voise avec vous P2. – 112. Li sires] si sires P6 (L2 P4) son seigneur et mary O. – 112. li resp.] resp. C G (L2). – 112. ainssi n’ira il pas B (P1) ainsi n’ira il mie P2 il ne se fera pas ainsi O. – 112. ainçois] mais O. – 113. rem. ci] remaindrez ycy L2 demourrez P3 vous demourrez O. – 113. ne vos forf. P6 (P3). – 113. car trop est l. la voie P1. – 114. et vous estes gr. L2 P1 P2. – 114. si i p. (...)] si il p. (...) P6 (...) avoir p. B P2 (...) avoir trop grant p. P1 si y aroit grant p. P5 si y aroit plus grant p. P3 et pour ce il y porroit avoir grant p. O pourquoy seroit encorez plus grant perilh L2. – 115. la dame si fu ang. P1 la dame fut triste, marrye et ang. O engroisseuse P6 (!). – 115. et li chaï] et si li cheï P1 si li cheï P4. – 115. et li sires li otroia] li sires si li otroia P1. – 116. par la p. (...) P4 por la p. de li P5 (P3). – 116. lors v. il amb. C G lors vinrent toz .ij. P5 (L2 O P3). – 116. a la Magdelaine P3 P5. – 117. et m. tout ce qu’il av. P3 P5 et m. tout quant qu’ilz av. O. – 117. La ben. Magd.] et la benoite Magdelainne P2 la Magdelaine P5 (P3). – 117. la croiz] les croiz P6 omis dans P4. – 117. sus les esp. P1 P2 P6 (B) en leurs esp. L2 (O).

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espaules por ce que li deables ne peust leur oevres enpeeschier en aucune maniere, et leur conmanda qu’il deissent a saint Pere que il leur enseingnast ce qu’ele avoit preeschié de Nostre Seingneur Jhesucrist. Cil appareillierent leur erre et pristrent or et argent et ce que mestier leur fu, si entrerent en mer. ¶ Quant il orent erré par mer une jornee, li tens se conmença a troubler et les ondes a lever et mout grant tempeste a fere. Tuit cil de la nef estoient en mout grant engoisse, meesmement [260 d] la dame qui estoit foible et grosse, qui por la poor et por la douleur de son ventre fu morte en enfantant. Li enfes fu nez et aloit querant la mamelle, et quant il ne la pooit trover, si ploroit. Ha ! quel douleur que li enfes est nez et a sa mere occise, et morir le covient, qu’il n’a qu’il le norrisse. Que fera ore [cist] pelerins qui veoit sa fame morte et l’enfant plorant et querant la mamelle, et veoit les notonniers qui vouloient le cors giter en la mer por le peril, car la tempeste ne pooit cesser de la mer tant com li cors fust en la nef ? ¶ Li notonnier pristrent le cors et le vouldrent en la mer geter. Li pelerins leur dist : « Soufrez vous, biax seingneurs, et se vous ne le voulez fere ne por moi ne por la mere, si le faites por l’enfant, car trop seroit grant cruiauté de geter en la mer .j. cors qui est encore demi vif et d’ocirre .j. petit enfant. Soufrez vous .j. petit,

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128. se pel. Correction d’après P6. 118. por ce que] a celle fin que O. – 118. leur oevres (...)] leur oeuvre (...) P1 (L2 O P3 P5) leur oirre (...) P4 leur voie empeechier ne leur oevres B. – 118. ce que il leur avoit preechié B ce que il avoit pr. P1 (L2 O P2). – 120. de n. s. Jh.] de Jh. P1 P2 P4. – 121. Le texte ne comporte pas de lettrine dans P3 (simple pied-de-mouche dans P5). – 121. lors appareillerent leur oirre et chemin O. – 121. ce que m. leur estoit L2. – 121. si] puis L2 omis dans P6. – 122. en mer L2 dedans la mer O. – 122. et quant L2. – 122. par mer erré P2 esté par mer P1 cheminé par mer L2 erré, cheminé et alé par my la mer O. – 122 - 123. li tens (...) a fere] li tens com. (...) B P6 (C G L2 P1 P2 P4) (...) et les ondes de mer (...) P1 le temps se troubla et les ondes leverent et fist moult grant t. P3 P5. – 124. en moult grant ang. est. P3 P5 est. a molt grant ang. G est. en moult grant ang. et peine O. – 124. et meisment P1 (L2). – 125. qui par la paour et par la d. (...) L2 qui por la poor et la d. (...) P5 (P3) qui pour la paour de son v. et por la d. fu m. en enf. C (G) qui por la poour et por l’angoisse de son vantre (...) P4 qui pour la paour et pour la d. fu m. en enf. P2 qui pour la d. et pour la paour que elle avoit fu m. en enf. P1 qui por la paour et pour la d. de la mer fu m. d’enfant B. – 125 - 126. Li enfes (...) la mam.] et li anfes (...) P4 et quant li enfes fu nez il aloit qu. la mam. B li enfant conmença a querre la mam. P1. – 126. il ne la p. tr.] il ne la pot trouver P1 il ne la trouva P3 P5. – 126. si pl.] il pl. B P2 (L2) si ploura P5 (P3) il conmença a plorer P1. – 126. a quel d. P1 ha quel d. est P3 P5. – 127. quant li anfes est nez P4 que li anfes ait nest P6. – 127. et a sa mere occise] et a sa mere occise et tué O et sa mere ocise C G et la mere occise B et la mere morte P1 P2. – 127. covint P6. – 127. qu’il n’a] et n’a P2 car il n’a O P3 P4 P5 pour ce qu’il n’a L2. – 128. qui le norrice G P6 (B C O P1 P2 P3 P4) qui le norrissent P5 point de norrice L2. – 128. que fera maintenant O et que fera ore P1. – 128. cist pel. P6 cestui pelerin O cil pel. B C G P4 P5 cilz pel. P1 P2 ce pelerin L2 P3. – 128. voit B L2 P1 P2 P6. – 129. et qu. la mam.] qu. mam. P1. – 129. voit B P1 P2. – 129. g. le cors L2 P1 P2. – 130. por le peril] omis dans P4. – 130. car la t. ne povoit c. ne tayser en la mer O car la t. de la mer ne povoit apaiser L2. – 130. de la mer] omis dans P3 P5. – 131. et le vouloient L2 O giter en la mer B P1 P2 (O P3 P5). – 131. mais le pelerin L2. – 132. biax s.] seigneurs P3 P5. – 132. ne volez f. P6 ne ne voulés f. G. – 132 - 133. ne por moi (...)] pour moi (...) C G P1 ne pour l’amour de moy ne pour l’amour de la mere O. – 133. si le f. (...)] non fetes (...) P6 si le fetes tant seulement (...) P4 au moins faictes (...) L2 au mains si le f. pour l’amour de l’enfant P2 a tout le moins f. le pour l’amour de l’enffant O. – 133. trop seroit granz cruiautez P4 trop grant cr. seroit C G (P3 P5). – 133 - 134. de g. en la mer .j. cors] de giter uns cors an la mer P4 de giter .j. cors P1. – 134. et de occ. et tuer O. – 134. S. vous .j. p.] or vous souffrez .j. p. P2 souffrez .j. p. B P1.

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car espoir la fame por la douleur de l’enfanter s’est paumee. » ¶ Quant il ot ce dist, si vit pres d’euls une montaingne et li sambla que miex valoit que il meist en cele montaingne et le cors et l’enfant qu’il fust getez en la mer. Si dist aus notonniers : « Atandez .j. pou, seingneurs, et prenez de mon avoir tant com vous voudroiz et portez le cors et l’enfant en cele montaingne que l’en le puisse illuesques enfouir. » Quant li notonnier oïrent parler de l’argent, il furent autresi pris com li poissons a l’ameçon, et mistrent en une nacele le cors et l’enfant et les emporterent en la [261 a] montaingne. La terre estoit si dure que l’en n’i pooit fere fosse, et por ce li sires mist le cors en une partie secree et mist l’enfant a la mamele de sa mere. Si conmença a plorer et dist : « Ha ! Magdalaine, m’as tu envoié en essil por ma misere et por ma perdiction ? Je, chetis, por quoi enpri ge ceste oe[v]re par ton amonestement ? Requeis tu donc ton Dieu que ma fame conceust et enfantast por ce qu’ele moreust et li enfes avec lui ? ¶ La mere qui le consut est morte de doleur et d’angoisse. Li enfes qui conceuz estoit e[s]t nez par tel eur qu’il covient qu’il perisse, car il n’a qu’il le norrice. Itant ai je gaaingnié par ta proiere ! ¶ Or te comant

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146. La forme employée par le scribe, oerre, ne saurait passer pour une variante d’erre, que l’on aurait pu admettre ici. La leçon qui figure dans C G O P1 P4 P6 (B L2 P2 P3 P5) nous en procure le modèle vraisemblable. – 149. qui c. estoit et nez. Correction d’après B C L2 P3 P4 P5 (G O P1 / P2). 135. car (...) paumee] car par avanture la femme pour la d. de l’enffant (...) L2 O car espoir la fame est pasmee por la d. de l’enf. P5 (P3) car espoir pour la d. de l’enfant qu’elle ce soit pasmee P1. – 135. la dame P6 la mere P4. – 135. por la douleur] por la mere por la poour P4. – 135. de l’enfentement P6 de l’enfant B P2 P4. – 135. ot] omis dans P6. – 136. si vit] il vit L2. – 136. d’euls] omis dans P2. – 136. et li s. (...) que il meist] si li sanbla (...) P4 et bien li sembla (...) P2 (...) que miex li venist que il m. P1 et miex li sembla c’on m. P3 P5. – 137. en cele mont. (...)] en cele montaigne le cors (...) G (L2 O P4) le cors et l’enfant en celle montaigne P5 (P3) en cele mont. le cors de la mere et l’enfant decoste li P2. – 137. que qu’ilz fussent gettez L2 (O). – 137. an mer P4 (L2). – 138. atendez .j. poi et pr. P5 (P3) segneurs atendez .j. po, prenez P6 (L2 O P4). – 138. et p.] si p. P4. – 139. le cors de la mere P2. – 139. (affin L2) que l’en les p. B C G L2 O P1 P2 P6 (P4) que en les p. P5 que tu les puisses P3. – 140. enf.] ensevelir L2 enfouyr, ensevelir et enterrer et mectre en sepulture O. – 141. Conme li not. P1. Le texte ne comporte pas de lettrine dans P3 (simple pied-de-mouche dans P5). – 141. lui oÿrent L2 (O). – 141. p. de l’argent O. – 141. il f. (...) li p.] si f. autresi (aussi P3) comme li poisson P5 (P3) ilz f. tous resjouyz et aussi pris comme le poysson O. – 141. il f. aussi pris P6 (L2 P1 P4). – 141. conme est li p. P1. – 142. a l’am.] a l’ain L2 en la nasse et fillé car humaine nature d’elle mesmes est encline a toute avarice et n’est chose que aucuns ne facent pour argent O. – 142. et m. (...) et l’enfant] et tantost m. le corps en une nacelle et l’enffant L2 et pour ce tantost ilz m. O si pristrent le cors de la mere et l’enfant et les m. en une petite nacelle P2. – 142. et l’emporterent P3 P5 et les porterent L2. – 143. si estoit P2 y estoit si tresdure O. – 143. l’en] en P3 P5. – 143. ne povoit L2 O. – 144. li sires mist le cors (...) de sa mere] (...) en une p. secrette (...) L2 (O) (...) a la mamelle sa mere G P6 (C) li sires mist en une p. s. l’enfant et la mamelle sa mere a sa bouche P1. – 144. Si] et C G puis L2 P4. – 145. Ha Marie Magdelaine P6 (B C G L2 O P1 P2 P3 P4 P5). – 146. Je chetis] je las chietis P2 omis dans P4. – 146. pourquoy ay je entrepris O. – 146. ceste oeuvre C G O P1 P4 P6 (B L2 P2 P3 P5). – 147. et aussi pourquoy requis tu oncques ton dieu que ma femme c. O. – 147. donc] omis dans B. – 147 - 148. et enf. por ce qu’ele m.] et en enfantant qu’elle morust L2 et qu’elle enf. et puis aprés que a cause de l’enfantement elle mourust ainsi O. – 148. la mere qui conçut P1 P2 la mere qui l’a consceu L2 (O). – 148 - 149. de douleur de peine et d’ang. O. – 149. est nez B C L2 P3 P4 P5 (G O P1) si est nés P2; est omis dans P6. – 149. par tele heure G (O) par tel euvre (?) L2 par tel couvent B. – 150. quant il a L2. – 150. qui le norrisse C G L2 P5 P6 (B O P2 P3 P4). – 150. Itant (...)] et tant (...) P3 y ay je tant gaigné L2 et ce ay je gaingné O. – 150 - 151. or te recommande benoiste Marie Magdelaine toutes les miennes ch. O or te recommans je t. mes ch. L2.

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je toutes les moies choses et te pri que tu pries ton Dieu por l’ame de la mere et que Il gart l’enfant que il ne perisse. » Quant il ot ce dit, si covri le cors et l’enfant de son mantel, puis retorna a la nef. Quant il fu dedans, li notonnier leverent leur voille et se mistrent a la voie. ¶ Or oez come est grant la misericorde Dieu, conme est merveilleux li loiers a la beneoite Magdalaine et haute sa merite, car ja soit ce que ele preeschast en terre, ele conduisoit le pelerin et reconfortoit qu’il ne se desesperast, et confermoit qu’il ne se defaillist de son duel, et a la dame gardoit quanque ele enfantoit et donnoit confort et aide, et estoit avec l’enfant por lui garder et emploit les mamelles de let por lui norrir. Qui onques mes tiex merveilles oï, car ele estoit en terre et preeschoit et ensaingnoit et edefioit les nons sachanz; [261 b] en la mer, ele conseilloit et servoit et alestoit l’enfant. Elle conseilloit le pelerin que il ne lessast pas l’erre qu’il avoit enconmenciee; ele servoit la dame en son enfantement; ele alestoit l’enfant de la mamelle a la mere morte. ¶ Or escoutez encore gregneur merveilles, car le cors de la mere gisoit morz, neporquant li enfes

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155. a la ben. la Mag. Correction d’après P6 (B C G L2 P1 P2 P3 P4 P5). 151 - 152. et te pri (...) que il ne per.] et toi prie (...) P1 (la première voyelle de toi est mal formée et pourrait être un a, mais et t’ai prié paraît douteux) (...) que tu depries (...) P1 P6 et te pri que tu les me gardes et si prie ton dieu que li anfes ne perisse P4. – 151. et que il gart] que il gart P1. – 152. et quant P4. – 152. le cors et l’enfant] l’enfant et le cors C G P2 la mere et l’enfant P1. – 153. puis s’en retourna a sa nef O. – 153. et quant P1. – 153. fu] omis dans B. – 153. leur voilles B P4 (C G P1 P2). – 154. a voie P1. – 154. coment est grant P6 comme huy est grant L2. – 154. la mis. de dieu B L2 P2 P3 P5 la mis. damedieu P4 P6 la mis. de nostre seigneur O. – 154. et come B (L2 O). – 155. merv.] granz C (G). – 155. a la ben. Madelaine P6 (B C G L2 P1 P2 P3 P4 P5) de la benoiste Marie Magdelaine O. – 155. et h. sa merite] omis dans P4. – 155. ja soit que B. – 156. et confortoit P3 P5 et le confortoit B L2 O P1 P2 P4 P6. – 157. desperast P6. – 157 - 158. et confermoit (...) enfantoit] et si gardoit la dame quant ele enfantoit P4. – 157. conf.] omis dans P1. – 157. qu’il ne se defaisist P1 (?) que il ne def. B (L2). – 157. pour son duel B. – 157 - 158. et a la dame (...) confort] et a la fame (...) G et la dame (...) conseil et confort P1 et la dame g. qant elle enfentoit (...) P6 elle g. la dame qu. elle enffentoit et lui donnoit conf. L2 et aussi la dame et l’enfant g. et donnoit conf. B et la dame g. et donnoit conf. P2 et la dame quant elle enf. donnoit conf. P3 P5 et le confermoit en lui conseillant qu’il ne defaillist et qu’il n’eust le cueur lasche et vain, et quelque chose qui lui feust avenue, que pour riens ne laissast qu’il ne feist et acomplist son vueil et desir de achaver, acomplir et parfaire son pellerinaige et vouieaige qu’il avoit encommencié c’est assaveir de aler a Rome pour veoir mon seigneur sainct Pierre; et aussi la benoiste Marie Magdelaine la dame g. quant elle enff. et lui donnoit conf. O. – 158. et estoit] et si estoit L2 et aussi estoit O ele estoit P4. – 159. les mam.] ses mameles C G les mam. de sa mere O. – 159 162. Qui onques mes (...) l’erre] qui onques mes tieux novelles n’oï (...) C (G) qui oÿ oncques mais telle marveille (...) L2 qui ouy dire oncques mais telz merv. en terre avenir ? Elle preschoit et enseignoit le peuple a Marceilhe, elle exaussoit, ediffioit et multiplioit les noms d’icellui seigneur de Marceilhe et de sa femme en la mer; elle le cons. que il ne laissast pour riens qu’il n’acomplist le voyage O. – 160. en t. ou elle preschoit L2. – 160. et edef.] omis dans L2 P4. – 160. les nons s.] le peuple L2. – 161. en la mer] et estoit en la mer L2 omis dans P4. – 161 - 162. ele cons. (...) que il ne lessast pas] et le cons. (...) B et cons. (...) G elle cons. le pel. que il ne lessast pas P6 ele contenoit (concevoit ?) et servoit et aleitoit; ele cons. (...) P4 ou elle gardoit la dame et norrissoit l’enffant et si conseilhoit (...) L2. – 161. l’enfant] omis dans P1. – 162. l’erre] l’uevre B (L2 P1 P2 P4). – 162. qu’il avoit enc.] que il avoit commenciee P5 que il avoit commenciee et emprise P3 que il avoit amprise P4 qu’il avoit entreprise P2. – 162 - 163. ele servoit (...) a la mere m.] omis dans P1. – 162. a son enfant. O. – 163. l’enfant] omis dans P6 (le passage a subi plusieurs grattages et corrections qui tendent à indiquer que c’est au détriment de cette leçon que le copiste a tenté de reconstituer aletoit, omis en un premier temps). – 163. de la mam. de la mere qui estoit m. O. – 163. Le scribe de P1 introduit une lettrine à l’emplacement du pied-de-mouche. – 163. or escoutés seigneur G. – 164. gr. merveille P2 (L2 P3) plus grant merv. O. – 164. gisoit morz] gisoit toz mors B qui gisoit et estoit mort O. – 164. neporquant] non pourquant P1 P2 non pourtant L2 neantmoins P3 ce non obstant O.

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trovoit en sa mamelle le let a son norrissement ! Et encore gregneur merveille, que li esperiz de la mere morte parfist le pelerinnaje que li cors devoit fere, se il vesquist ! Nus ne veoit cel esperit, neporquant il veoit quanque autre povoit veoir. ¶ Or oez de la beneoite Magdalaine, car li cors de la dame gesoit illuec touz morz ausi come .j. vessiax touz [wiz], neporquant les mamelles rendoient grant planté de let au norrissement de l’enfant. Cil vessiax estoit seellez du seel de salu. Cil cors est .j. vessiax tout seurs, car goute de rosee ne habundance de pluie ne force de vent ne froidure d’iver ne chaleur d’esté ne li povoit nuire, car il est tiex qu’il n’avoit fain ne soif ne mauveise oudor, ne ne povoit deperir. En tel maniere sont gardé cil qui se comandent en la garde et es proieres de la beneoite Magdalainne. Or lerons de la dame, si retornerons au pelerin et dirons quel confort la beneoite Magdaleine li donna par sa proiere et coment ele li mua son corrouz en joie grant. Quant li pelerins ot sa fame [261 c] lessiee et il fu entrez en la nef, il orent bon vent et tost vindrent au port. ¶ Aprés il issi de la nef, ne demora gaires que saint Peres li vint a l’encontre qui li demanda par quel achoison et par quel amonestement il estoit venuz la et qui l’avoit croisié, car par la croiz aparçut il bien que li nons

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169. .j. v. touz nuz. Correction d’après P6 (B L2 O P1 P4). – 171. ne habundance ne habondemant de pluie. Correction d’après P6 (B C G L2 O P1 P2 P3 P5). 165. en la mam. le let P3 P5 (P4) le let en sa mam. P2 en sa mam. de lait pour son nourr. O. – 165. gr. merv.] gr. mervelles P6 (P4) aussi grant merv. et plus O. – 165. que] car L2 O P1 P4 P6. – 166. de la mere qui estoit m. parf. et acomply O. – 166. deust faire B P2 P3 P5 (C G P1; deus fere P6). – 167. Nus] P5 introduit ici un pied-de-mouche. – 167. ne verroit B son esperist P6. – 167. non pourquant P1 P2 (P3) non pourtant L2 O. – 167. il veoit] il i ooit P2 il ooit et veoit P1. – 167. qu. autre] tout ce que autre O. – 167. peust veoir L2 O P3 P4 P5 P6 pooit oïr B P2 pooit oïr et sentir P1. – 168. de la Magdelaine P3 P5 de la benoiste Marie Magdelaine O. – 168. gisoit et estoit illecques O. – 169. si come P5 (P3) .j. v. toz wiz P6 (B L2 O P1 P4) uns vessiaus tout .j. P2 (?). – 169. neporquant] non pourquant P1 P2 non pourtant L2 O nequedant P4 neantmoins P3. – 169. les mam. d’elle O. – 170. de l’enfant] omis dans L2. – 170 - 171. Cil vessiax (...) hab. de pluie] cil cors estoit si seurs que habondance de pluie P4. – 170. est seellé L2 estoit saoulé et soustenu du seel et nourrissement de salut O. – 170. seel] vessel P3 P5. – 171. cist cors est (...) P6 cellui corps estoit (...) O cilz cors estoit touz seurs P1 cil cors est .j. vessiaus de salu tous s. P2. – 171. g. de rousee ne habundance de pluie P6 (B C G L2 O P1 P2 P3 P5). – 172. froidure de froit P2 froidure de gelee d’iver P4. – 172. ne lui povoient nuyre L2 ne li porent n. P6 ne lui peuvent nuyre O ne li pot n. B P2. – 172. il iert tiex P4 P6 il estoit tel L2 O P3. – 173. ne fain ne soif P6. – 173. ne soif ne mal P1 ne nule mauvesse odeur P1 (P4). – 173. ne ne p. dep.] ne le pooit dep. P5 (P3) ne ne pooit perir P1 ne ne pooit departir C G ne n’ai pooir de perir P6 ne ne p. d. ne soy gaster O ne ne puoit de pueur B n’issoit de li P4. – 173. En tel man.] ainsi P3 P5. – 174. qui te (ou ce ?) comendent P6 qui se recommandent O. – 174. et es pr.] omis dans P4. – 174. de la Magdelaine P5 (P3) de la benoiste Marie Magdelaine O. – 175. or lesserons P4 (L2 O). – 175. cy a parler de la dame O de la dame ester P2. – 175. si ret. au pel.] et ret. (...) L2 P4 si ret. aus maronniers et au pel. C (G) et retourn. parler du pel. son seigneur et mary O. – 175. la Magdelaine P3 P5 la benoiste Marie Magdelaine O. – 176. par sa pr.] par la priere L2 par son confort et par sa priere B. – 176. et come elle li mua B P5 (P1 P2 P3) et comment elle lui mua et changea O. – 176. en grant joie B P1 P2 (L2 O). – 178. P3 P5 introduisent ici la rubrique : Comme (comment P3) le pelerin lessa sa fame et l’enfant sur la roche. – 178. et il fu antrez en sa nef P4 et il ot entré en la nef G et ilz furent en la nef L2 O et il furent entrez en la mer P2. – 179. et tantost vint O et vint tantost P2. – 179. Aprés il issi de la nef] quant il fu hors de la nef P4. – 179. et ne demoura P2. – 180. pour quelle ach. O pour och. et pour quel amonn. L2. – 181. il estoit la venu et qui l’avoit courroussié et aussi qui l’avoit croysié et baillé celle croix que sur l’espaulle il portoit car par la croix O. – 181. ap. il bien] cognoissoit il bien et ap. L2. – 181. li nons d.] le nom dieu P5 li nons de dieu P1 (L2 P3) le nom de nostre seigneur Jhesucrist O.

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Damedieu estoit preeschiez en la terre dont il estoit venuz. Li pelerins li raconta quanqu’i li estoit avenuz et en terre et en mer, et par cui amonestement et par quele achoison il estoit [la] venuz. ¶ Quant saint Peres ot ce oï, si li dist : « Bien soies tu venuz, beau frere. Tu as eu profitable conseil. Se tu veuls demourer en bien et parmenoir, bien te vendra. Ne soies pas troblez se ta fame est toute sauve et ele dort et se li enfes se repose, car Nostre Sires est assez puissanz de donner ses dons a qui que Il veut et de tolir ce qu’Il a donné et de randre ce qu’Il a tolu, et bien puet muer ton corrouz en joie. ¶ Je sui Pierres : je serai tes compains et te conduirai. » Lors le mena saint Pere en Jerusalem la ou Nostre Sires avoit esté et morz et vis et li enseingna les vertuz et les miracles que Nostre Sires avoit fet devant ses deciples. ¶ Li pelerins rettint mout bien ce que saint Pere li enseingna et demoura en la terre avecques lui .ij. anz. Aprés li vint en volenté de repairier en son païs par le congié saint Pere. Si s’en vint en [261 d] la mer et entra en la nef. Il orent bon vent et bien portant, si vindrent a l’aide de Dieu pres de la montaingne en petit de tens la ou cil avoit lessiee sa fame morte o tout son petit enfant.

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184. il estoit v. Correction d’après L2 P4 P6 (O). – 191. et les mir. que nostre sires avoit esté et morz et vis et li enseingna les vertuz et les mir. que nostre sires avoit fet (saut du même au même). 182. en la terre] en leur contree P1. – 182. de la ont il estoit venu O. – 182. reconta P6 dist et racompta O. – 183. qu.] tot quanque P2 tout ce qui O P3 P4 P5. – 183. il li estoit avenu P2 li estoit venu P5 avenu li estoit P4. – 183. et en t. (...)] en t. (...) P3 P5 et en la t. O. – 183. et en la mer et aussi lui compta et dist O. – 183. et par cui am. et par quele ach.] et par quel amonn. (...) P5 (P3) pour quelle achoyson et par quel amonn. O et pour quelle och. et pour quel amonn. L2 et par qui amonn. P4. – 184. il estoit la v. L2 P4 P6 (O) il y estoit v. B (P2). – 184. et quant B. – 184. si li dist] il li dist P4 (L2). – 185. beau fr.] omis dans P3 P5. – 185. biau fr. bien soiez tu v. C (G). – 185. car tu as heu L2. – 185. prof.] bon P3 P5. – 185. car se tu vieuls P4. – 185. dem. en bien et p.] demorer et permaner en bien L2 demorer en bien P4 bien faire P3 P5. – 186. bien t’en viendra O tout bien te viendra L2. – 186. se ta fame] que ta fame P2 ta fame P5 (P3). – 186. est sauve O est toute saine G (P1 P2). – 186. et ele dort] et dort P2 ele dort P5 (P3) car elle dort L2 P1 et si elle dort O. – 187. et l’enfes se repose P3 P5 (L2). – 187. est tot puissant P2. – 187. ses dons] omis dans P3 P5. – 188. a qui que il veut] la ou il veult L2 O. – 188. et de tollir et oster O. – 188. ce qu’il donne B (P1) ce qu’il la donne P6 (ou ce qu’illa donné, avec redoublement graphique du l par attraction ?). – 188. et aussi de rendre et restituer ce que il a tollu et osté O. – 188. bien pués muer P2. – 189. ton corrouz] tous courroux P3. – 189. P. (...) tes comp.] P. qui s. tes compainz P4 Peres et sui tes c. P1 Pierre ton compaignon L2 O. – 189. et te cond.] qui te conduira L2 et te cond. a fere ton pelerinage P1. – 190. la ou] ou P3 P5. – 190. avoit esté morz et vis P4 P6 (L2 O) fu morz et vis P5 (P3). – 191. ens.] raconta P4. – 191. les v. et les mir.] les mir. C G P3 P5. – 191. n. seigneur Jhesucrist O. – 192 - 193. rettint mout bien (...) av. lui] retint bien (...) P3 P5 (...) et demoustra et fu en la t. (...) C G retint moult bien (B omet bien) ce que s. P. li ens. et les vertus et les miracles que nostre sires avoit fet devant (B ses apostres et) ses deciples et demoura avecques lui en la t. (en la t. avoeques lui B) P1 (B) retint moult bien et moult diligaument ce que mon seingneur s. P. li ens. et demora avec saint Pere en la sainte terre P2. – 193. aprés ce P4 aprés ot vol. P3 P5. – 193. de rep.] de retourner P2 de repairer et retourner O. – 194. par le c. s. P.] par le c. de s. Pierre O (L2) si demanda c. a s. P. P2. – 194. Si s’en vint (...)] si se mist en la mer et entra en une nef P3 P5. – 194. Si s’en vint] et s’en vint P2. – 194. en la mer] a la mer C G O P2 P4 P6 en la nef (?) L2 (premier jet apparent du copiste, qui a peut-être essayé de modifier cette leçon en ajoutant un r au dernier mot avant de tracer celui-ci, mais l’ordre de ces interventions n’est pas certain). – 195. et bien p.] omis dans P3 P4 P5. – 195. a l’aide de dieu] en l’aide de dieu G omis dans P3 P5. – 195. pres de la m. en p. de tens] en p. de temps pres de la montaigne L2 O an p. de t. a la mont. P4 emprés la montaigne P5 (P3). – 196. la ou cil (...)] ou cil avoit lessié (...) P5 (P3) ou il avoit laissé (...) L2 la ou cil avoient l. (...) P6 la ou il avoient l. (...) P4 la ou icellui pellerin avoit laissié (...) O la ou avoit sa femme l. m. P2. – 196. a tout son p. enfant B P1 P2 et son p. enfant P3 P5 o tout son enfant C G P6 avec son p. enfant L2 avecques son p. enffant tout vif. O.

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Quant li pelerins vit la montaingne, si fist tant vers les marinniers qu’il le menerent jusques la; et quant il vint a terre, si vit l’enfant qui se jooit aus petites pierres de la rive. ¶ Quant il vit ce, si se merveilla de l’enfant que ce povoit estre. Li enfes, qui onques mes home n’avoit veu, si ot paor et s’enfoï et se repost desouz le mantel sa mere et se prist a ses mamelles por alestier; et li pelerins se hasta por veoir apartement que ce povoit estre, et trova l’enfant de mout bele estature qui alestoit les mamelles sa mere, et trova les dras dont il avoit le cors envelopé ausi fres et ausi noviax et ausi souef oulant conme s’il eus[sen]t touz jorz esté en huche ou penduz a la perche. ¶ Li cors, qui est merveilles a oïr, estoit de tres bone hodeur et d’ausi belle couleur come il estoit quant il fu en vie. Quant il vit ce, si ot mout grant joie. Lors s’agenoilla et rendi graces a Nostre Seingneur et a la beneoite Magdalaine par cui proieres et par cui merites si glorieus miracles li estoit avenuz. ¶ Aprés, il prist l’enfant et dist  : «  Douce Marie Magdalaine, mout fusse ore beneurez et tuit bien me venissent se ma fame peust revivre et venir en mon païs avesques moi. Je sai certainnement [262 a] et croi sanz doutance que ausi come tu as l’enfant norri par .ij. anz me puez tu rendre sa mere en vie et en santé. »

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204. conme s’il eust. Correction d’après B G P6 (C L2 O P1 P2 P3 P4 / P5). 197. P5 (P3) introduisent ici la rubrique : Si comme il revient a la roche. – 197. vers les nautonniers et mariniers O. – 197. qui le men. P2 P6 qui l’amenerent P1. – 198. j. la] la C G. – 198. si vit] il vit P4. – 198. aus p. p.] des p. p. P1 aus perretes P4. – 199. de la rive] de la rive de la mer O P1 de la mer et de la rive B de la marinne P4. – 199. et quant il vit ce C G. – 199. si se merv. (...) estre] si s’esmerveilla (...) P1 si se merv. molt (...) C G (L2) si se merv. moult durement de l’enfant (...) P2 si s’esmerveilla moult grandement de l’enffant (...) O il s’anmerveilla que ce pooit estre P4. – 200. onques mes] onques P4. – 200. home n’avoit veu] n’avoit home veu B (P1 P2) n’avoit veu homme O h. veu G. – 200. si ot paor] si ot moult grant paour P2 ot poour P4. – 200. et s’enfoï] si s’enfoÿ P5 (P3 P4). – 200. et se r.] et se repont P2 en repos L2 et se r., mussa, cacha et escondy O omis dans P3 P5. – 201. de sa mere L2 O. – 201. et se prist (...) por al.] (...) pour soy alayter et teter O et se prist ses mam. a alaitier P2. – 201. et le pelerin qui estoit son pere se hasta bien appertement et hastiv. pour veoir O. – 201. se hasta molt P4. – 202. apart.] omis dans P3 P5. – 202. que ce povoit estre] conment ce pooit estre P1 que ce estoit L2 (O). – 202 - 203. de moult belle figure et stature selon son aaige et vit comment il se alaytoit et tetoit les mamelles de sa mere O. – 203. les mam.] omis dans P3 P5. – 203. de sa mere C G L2 P2 P4 P6. – 203. dont il avoient G. – 203. le cuer env. P2 le corps env. et affublé O. – 203 - 204. ausi fres (...) oulant] (...) et aussi souefz et odorans et sentans bon odeur O ausi fres et soés P5. – 204. noviax] secs P3. – 204. et ausi souef oulant] omis dans P3. – 204. oulant] flerant P1 odoranz G omis dans P2. – 204. come s’il eussent B G P6 (C L2 O P1 P2 P3 P4) come cil eussent P5. – 204. t. j. esté (...) a la p.] esté t. jours en h. P1 torjous pendu a p. P5 (P3) tousjours esté en une husche, arche ou coffre ou p. a la p. O tousjours esté en arche ou en estain ou p. a la p. L2. – 205. Li cors (...)] (...) merveilleus a oïr G (...) une grant merveilhe a oïr (...) L2 le cors de la mere est merv. a oïr P1 le cors de sa fame dont s’est merv. a oïr P2 le corps de la femme morte qui est merv. a oÿr O. – 205. qui estoit P1. – 205. de si tres bonne odeur P2 de trop bonne odour L2. – 206. et d’ainsi bele c. P4 et d’aussi bone c. C (G) et de si soeve et d’aussi b. c. P2. Le scribe de P6 a manifestement amalgamé le dernier mot avec la conjonction qui aurait dû le suivre, d’où la leçon d’aussi belle coleur il estoit. – 206. quant il estoit en vie L2 comme il fu en vie C (G) com il fust en vie P2 quant il fut et estoit en vie O. – 206. quant le pelerin vit ce O. – 207. Lors s’ag. et rendi gr.] lors rendi gr. P3 P5. – 208. Marie Magdelainne P2 (O). – 208. par cui pr. et par cui mer.] par qui prieres P5 par la quele priere P3 par (pour O) les prieres et mer. de laquelle L2 (O) pour les mer. et prieres de laquelle O. – 208. si bel et si glorieux miracle O. – 209. et aprés ce O. – 209. doce Magdelaine P5 (P3). – 210. en mon païs] omis dans P3 P5. – 211. Je sai (...) sans dout.] je croi sanz doute P5 (P3). – 211. que ausi come] que si come P5 (P3) come ausi G. – 212. l’enfant] omis dans P1. – 212. par l’espace de deux ans O. – 212. me puez (...)] aussi me pués (...) P2 aussi bien me pués (...) O me peuz sa mere en vie et en s. mettre P6 tu me pués bien r. la mere en s. P3 P5. Après et en santé, P2 ajoute : se il te vient a volenté et a plesir que tu en vueilles deprier nostre seingneur Jhesucrist.

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Quant il ot ce dist, la mere revesqui et ausi conme se ele se levast de dormir, et dist : « Glorieuse Marie Magdelainne, mout es de grant merite qui a mon enfanter fus [et] a touz mes besoinz m’as tout jors servie come chanberiere. » ¶ Quant li sires oï ce, si se merveilla mout et dist : « Vis tu donques, ma tres douce amie ? » Cele li respondi : « Sire, oïl, je vif voirement et vieng orendroit du pelerinage dont vous estes venuz; et ausi com vous avez eu saint Pere en conduiseor et a compaingnon, ausint ai je eu la beneoite Marie Magdalainne a compaingne qui m’a conduite et menee par tout et m’a tout moustré, et je l’ai bien retenu. » Lors li conmança a reconter touz les liex et touz les miracles et toutes les aventures ou il avoit esté si que onques n’i failli de riens. Aprés, li pelerins prist sa fame toute sainne et l’enfant et s’en revint a la nef, et conmença a reconter aus notonniers les merveilles qui li estoient avenues. Cil s’en merveillierent mout et louerent Nostre Seingneur, et em pou de tens vindrent au port a Merseilles. ¶ Quant il issirent de la nef, il troverent la beneoite Magdalainne qui preeschoit a grant multitude de

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214. mout est de grant m. Correction d’après P1 P2 P6 (B C G L2 P3 P4 P5 / O). Graphie conforme à la scripta de M. – 215. et] omis dans M. Correction d’après P4 P6 (B C G L2 O P1 P2 P3 P5). 213. P2 introduit ici la rubrique : Ci devise conment la mere a l’enfant qui estoit fenme au pelerin revesqui par les prieres et merites a la benoite Magdalainne, dont il orent moult grant joie, et devise conment il s’en alerent en son paÿs. P5 ne comporte qu’un simple pied-de-mouche et le texte est démuni de lettrine dans L2 O P3. – 213. quant il ot dite ceste parolle P2. – 213. la dame B C G L2 O P1 P2 P3 P4 P5 P6. – 213. rev.] retourna en vie L2 ressuscita et rev. et lui fut rendue et restituee la vie et santé ou corps O. – 213. et ausi c.] tout ainsi comme L2 O come P5 (P3). – 213. et dist] si dist P2. – 214. gl. M. Magd.] gl. vierge M. Magd. P2 sainte Magdelaine P5 (P3). – 214. moult iés de grant mer. P1 P2 P6 (B C G L2 P3 P4 P5) moult es de grant mer. plaine O. – 215. feustes P1 feus presente O. – 215. et a touz mes bes. P4 P6 (B C G L2 O P1 P2 P3 P5). – 215. m’as t. j. s.] m’as toz jorz deservie P4 m’as s. P3 P5 avez touz jours esté P1. – 216. quant le sire pelerin son mary O. – 216. si s’esmerveilla O P1. – 216. moult durement P2. – 216. vis tu d.] vivez vous donc P2 es tu vive doncques O as tu doncques veue L2. – 216. ma d. amie P2 ma tres d. dame P1 m’amie P3 P5. – 217. cele resp. P1 (P3 P5). Le premier mot est couvert par une tache dans P2, mais il semble que le copiste ait écrit ele resp. – 217. Sire oïl] oïl sire P1 P4 P6 (L2 O) oïl P5 (P3). – 217. je vif voir. et vieng] je vif vraiement et vieng P1 je vieig P5 (P3) je la vy vraiement et vien L2. – 217. ores endroit tout maintenant O. – 217. de pel. C G P1. – 218. et ainsi conme P1 et tout aussi com P2. – 218 - 219. en cond. et a comp. (...) M. Magd. a comp.] en conduiseur ausi ai je eue la Magdelaine P5 (P3). – 218. a cond. B (O P1 P4) pour conduiseur L2. – 219. et compaignon L2 et en compaignie C (G). – 219. ausint ai je eu] et ele li dist que aussi avoit ele eue P1. – 219. la benoite Magd. pour compaigne L2 a comp. la ben. M. Magd. P2 a compaingne M. Magdelainne P1. – 220. et m’a tot tout montré P6. – 220 - 221. Lors (...) a rec.] lors li recommença (...) C (G) lors li raconta P5 (P3). – 221. a rec.] a raconter B P1 P2 P6 a aconter C G a conter L2 a compter et dire O . – 221. et les av. P3 P5. – 222. si que onques] en telle maniere qu’elle O. – 222. n’il f. P6 ne failly L2 n’en failly O. – 222. aprés tout ce L2. – 223. et son enfant B. – 223. et s’en revint] si s’en revint P3 P5 et revint L2 et revient O. – 223. a la nef] a sa nef P5 arriere a la nef P1 a sa nef moult joyeux P3. – 223. et conm. a rec.] et comença a raconter B G P6 (C P1 P2) et commança a conter L2 et comm. a racompter et dire O et raconta P5 (P3). – 223. aux naut. et mariniers O. – 224. les merv. (...)] ce qui li estoit avenu P3 P5. – 224. Cil (...)] cil se merv. moult (...) P5 (L2 P3) si s’en merv. moult durement P2 et iceulx nautonniers et mariniers s’en esmerveillerent moult O. – 224. et en loerent B C G L2 P1 P2 P4 P5 P6 (O). – 225. n. s. Jhesucrist P2. – 225. et em pou de tens (...)] en poi de temps (...) B (...) au port de Marselle C (G); et aprés ce en trespetit de temps v. au port de Marceilhe O et en pou de temps aprés v. a Marseilhe L2 et puis vinrent a Marseille P5 (P3). – 225. et quant B P2. – 226. il trov.] si trov. P1 (P2). – 226. la benoite Marie Magdelainne P1 (O P2) la Magdelaine P3 P5. – 226. a grant mult. de p.] a mout grant m. de p. B (P1 P2) a grant plenté de p. C (G) au peuple P3 P5.

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pueple. Maintenant il li chaïrent aus piez et distrent : « Glorieuse Marie Magdalaine, mout est granz li Diex que tu aheures et pries. Nous savons bien [262 b] et creons et rejeïssions devant touz qu’il n’est nus Diex fors Lui, dame, et nous et noz choses toutes sont vostres, et nous ferons tout ce qu’il vous plaira. » Aprés ce recorderent a touz ceuls qui iluecques estoient quanqu’il leur estoit avenu, et tantost saint Maximes les baptiza; et aprés ce il comencierent a destruire les temples des fax diex et edefierent les eglises ou non Nostre Seingneur Jhesucrist. Aprés ce saint Maximes et la beneoite Marie Magdalaine s’en alerent en [A]quensse en cele contree por preeschier le non Nostre Seingneur Jhesucrist, car encore n’i estoit pas oïe la doctrine Nostre Seingneur, ne n’estoi[en]t pas baptizié. Saint Maximes governa l’eglyse d’Aquense et longuement i preescha le non Nostre Seingneur et i fist grant planté de miracles. Entre ces choses, la beneoite Marie

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229. et nous devant et noz ch. t. Correction d’après P6 (B / P1 P2 / C G / P3 / L2). – 235. Quensse. Correction d’après les lignes 237 et 368, et B P3 P5 (C G L2 P1 P2 / P4 / P6). – 236. ne n’estoit pas b. Correction d’après B C P1 P2 P4 P5 (G L2 O P3). 227. Maint. (...) et d.] maint. il i chieïrent (...) P2 si li ch. (...) P5 et lui ch. (...) P3 (L2) (...) et li d. P1 P5 (P3) et tantost qu’ilz furent pres d’elle ilz se laisserent cheoir a ses piez en disant O. – 227. gl. M. Magd.] M. Magdelainne P1 doce Magdelaine P5 (P3). – 228. grant et puissant L2 O. – 228. et pries] et preesches P1 P2 P4 P6 (B L2 O). – 228. nous s. et cr. C G. – 229. et rej. dev. touz] et aussi recognoissons cy dev. tous O omis dans P3 P5. – 229. nus diex fors lui] nus diex fors celui, premières lettres du pronom exponctuées afin de le convertir en lui C nul dieu fors lui tout seul P2 nul autre dieu fors que lui O autre dieu que lui L2. – 229 - 230. dame (...) vostres] dame nos et noz ch. toutes sont v. P6 (B) dame nous et nos ch. sont toutes v. P1 P2 dame et nous et nos ch. sont v. toutes C G dame nous et noz ch. sont v. et tout ce que nous avons P3 dame nous et toutes nos ch. sommes v. L2 dame noz corps et toutes noz autres quelles qu’elles soient O. – 230. et nous f.] et f. P3 et si f. L2 et doresenavant nous f. O. – 230. tout ce qui vous plera B P2 tout ce que vos plera P4 P6 tout ce qu’il vous pl. a nous commander O. – 230 - 231. Aprés ce (...) avenu] aprés se record. (...) P1 aprés ce reconterent (...) P4 aprés ce raconterent (...) L2 P6 (...) qui la estoient (...) B; puiz distrent a tous ce qui leur estoit avenu P5 (P3) et aprés ce racompterent et dirent a tous ceulx qui illecques est. tout ce qui leur estoit avenu O. – 231 - 232. et t. s. Max. les bapt.] et conment les prieres a la benoite Magdalainne leur avoient aidié et tantost saint Maximien bapt. touz ceus qui estoient creant en la foy Jhesucrist P2. – 232. et aprés ce (...)] aprés ce (...) B C L2 P1 P2 P4 P6 aprés ce cil com. (...) G puis destruirent les t. P3 P5 puis aprés ilz commencerent a destr. tous les t. de faulx dieux O. – 233. et edef. egl. P5 (P3) et edef. et les yglises P4. – 233. ou non n. s. Jh.] ou non de n. s. Jh. P2 (L2) ou nom n. seigneur P3 P5 ou nom de n. seigneur Jh. comme dieu tout puissant O. – 234. P2 introduit ici la rubrique : Ci devise conment la benoite Marie Magdelainne aprés ce que ele ot preeschié la foy nostre seingneur Jhesucrist s’en ala en .j. desert ou ele fu moult longuement par l’espace de .xxx. ans que onques n’i menga ne ne but fors ce que deux li amenistroit par ses angels. P3 ne comporte pas de segmentation et P5 offre un simple pied-de-mouche. – 234. et la ben. Magd. G et la Magdelaine P5 (P3). – 234 - 235. s’en al. en une cité qui lors se nommoit Aquense et maintenant se appelle Ays et est en la conté de Prouvence et y alerent pour prescher O. – 235. Aquensse B P3 P5 (C G L2 P1 P2) Aqueuse P4 Aquesse P6. – 235. en cele c.] omis dans P4. – 235. le non n. s. Jh.] le non de n. s. Jh. P2 (L2 O) le non de n. s. P1 le nom n. seigneur P3 P5. – 236. oïe] omis dans B P1 P2. – 236. n. s.] de n. seigneur L2 de n. seigneur Jhesucrist O omis dans P1. – 236. ne n’estoient pas bapt. B C P1 P2 P4 P5 (G L2 O P3); sainz Max. i gouv. P4 (L2 O); ne n’estoit pas bapt. sainz Max. Il gov. P6. – 237. Aqueuse P4 Ays O. – 237. et long. i pr.] et long. il pr. P1 P6 (B) moult long. et il pr. P2. – 237. le nom de n. seigneur L2 O le nom n. seigneur Jhesucrist P3. – 238. et i fist (...)] et fist (...) G et il fist (...) B P1 P6 et y fist grant nombre et pl. de m. O et fist grant pl. de beaulx mir. L2 qui moult i fist de biaus mir. P2 et y fist granz mir. P5 (P3). – 238. entre ces ch. la ben. M. Magd.] entre ses ch. (...) C (G) entre ces ch. la beneuree vierge M. Magdelainne P1 lors la Magdelaine P3 P5.

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Magdalaine se vost oster de toutes terriennes euvres et entendre tant seul[em]ent a oroison, et par l’amonestemant de Nostre Seingneur s’en ala en .j. desert et se mist en .j. leu mout horrible que li anges li avoient apareillié. ¶ En celui leu, ele demoura l’espace de .xxx. anz, que onques homs ne l’i sot, ne onques n’i menja fors ce que li anges li aportoient, mes touz jorz looit Damedieu et entendoit a ses oroisons. Ele demouroit en une bove : cele bove estoit en une aspre montaingne en tel leu qu’il n’i avoit ruissel ne fontainne, ne soulaz ne confort [262 c] d’erbes ne d’arbres; et par ce demostroit Nostre Sires apertement que Il norrissoit la glorieuse Magdalaine non mie des terriennes viandes mes des celestieux. Ele estoit acoustumeement en cele croute et chascun jor par .vij. heures, li anges la levoient en chantant en haust en l’air. Ele ooit ilueques a ses oreilles les angres chanter qui looient Nostre Seingneur. Ele n’usoit autres viandes – ce estoit toute sa soustenance –, et d’iluec la raportoient li anges en sa croute, et tant se delitoit en oroisons que ele n’avoit cure de nule autre viande. Quant li tens aprocha que Nostre Sires en vost porter l’ame de la beneoite Magdalaine de ceste mortel vie en sa gloire pardurable, il demoustra a saint Maximes son trespassement en tel maniere. ¶ Uns prestres mout religieus, qui

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239. tant seulent. Correction d’après B C G L2 O P1 P2 P4 P6. 239. de tote terrienne euvre P4 (L2) de toute oeuvre terrienne O de t. terrienes choses B des choses terr. P3 P5. – 239. tant seulement B C G L2 O P1 P2 P4 P6 omis dans P3 P5. – 240. a oroisons B as oroisons de dieu P5 (P3). – 240. et par l’am. de n. s. s’en ala] et par l’amonestement nostre segneur P6 si s’en ala P3 P5. – 241. en celui leu ele dem.] en icelui leu (...) C (G) en cel lieu (...) B en cel lieu dem. P5 (P3) elle dem. en icellui lieu O. – 242. ne lui sceut O. – 242. ne onques] ni onques B ne G. – 242. ne menja O n’il menga P6. – 243. mes] viz (?) P5. – 243. looit dieu P5 (L2 P3) looit et regracioit nostre seigneur Jhesucrist O. – 243. et ent. a ses or.] en ses or. P5 (P3). – 244. Ele dem.] et dem. P3. – 244. en une bove (...) estoit] en une celle bonne qui estoit L2 (O). – 244. ceste bove est P3 P5. P5 introduit ici un pied-de-mouche. – 245. en tel leu qu’il n’i avoit] en cellui lieu il n’y avoit O. – 245 - 246. ruissel (...) ne d’arbres] ne ruissel (...) B O (L2) ruissel ne soulaz de font. (ne font. P3) ne de arbres P5 (P3). – 246. et pour ce L2 O. – 246. moustroit B P1 (P2). – 246. app. et clerement O. – 247. glorieuse] omis dans P2 P3 P5. – 247. Marie Magdelaine O. – 247. des terr. v.] de terr. v. B L2 G P1 de v. terr. O de (des P3) terr. choses P5 (P3). – 247. mais de celestielles L2 (O) mez des celestiaus (celestiennes P3) v. P5 (P3). – 248. acoust.] par coustume P3 P5. – 248. en celle roche B en cele bove en une crocte L2 P1 P2 en une croute O. – 248. et ch. jor (...) li anges] et ch. par .vij. h. (...) G par .vij. eures ch. jour angles P5 (P3). – 249. en ch.] omis dans B C G L2 O P1 P2 P3 P4 P5 P6. – 249. en h. en l’air] en haut en l’air B C G P4 P6 (L2 O) en l’air en haut P1 P2 en l’air P3 P5. – 249. de ses oreilhes L2 (O). – 250. ele n’usoit (...) ce estoit] elle n’avoit P3 P5 autre viande B P1 P3 (autres v. P5) d’autre viande P2; ne d’autres v. n’usoit ains estoit L2. – 250. t. sa soust.] sa soust. P3 P5 t. sa soustance C t. sa sentence P2. – 251. en sa bove P2. – 251. et ele tant se del. C G. – 251 - 252. que (...) autre v.] (...) de nule autre viandes P6 (...) d’autre viande B P1 (...) d’autres viandes C G P2 que d’autre chose n’avoit cure P3 P5 qu’elle n’avoit cure ne ne vouloit point avoir autre v. quelzconques O. – 253. P5 introduit ici un simple pied-de-mouche. – 253. Quant (...) de la ben. Magd.] quant n. seigneur en voult p. l’ame du cors (de P3) la Magdelaine P5 (P3). – 253. tens] tant P6. – 253. tres ben. P4 (L2 O). – 254. Marie Magdelainne P2 (O). – 254. de ceste m. vie tout droit C G. – 254. en sa gloire pard.] en la gloire pard. B C G P1 P2 en gloire par. P3 P5 omis dans P6. – 254 - 255. il dem. a s. Max. son tr.] omis dans P2. – 255. en tel man.] omis dans P2 P3 P5. – 255 - 256. car .j. pr. moult religiex estoit maistre P5 (P3).

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estoit mestres d’une congregation en .j. leu qui estoit pres du lieu ou la beneoite Magdalaine habitoit, avoit acostumé a jeuner .iij. quarentaines [en l’an] en cel desert. Cil si ne savoit riens des miracles que Nostre Sires fesoit pour la beneoite Magdalaine, et si avoit il faite sa meson pres du leu dejouste une petite fontaine. ¶ Il avint le lundi de la semaine peneuse que Nostre Sires enlumina les eulz de ce provoire et vit apertemant a ses eulz corporex conmant li angres descendoient des ciex seur la croute ou la beneoite Magdalaine demouroit, et d’iluec la levoient en l’air, [262 d] aprés l’espace d’une heure la raportoient en son leu, loant Nostre Seingneur. Cil prestres por ce qu’il estoit trop loing ne pooit pas veoir apertement qu’il levoient et raportoient; il ne se troubla mie por ceste avision, ainz conmensa a proier Nostre Sires plus forment qu’Il li demostrat certainnement la verité de ceste chose. A l’endemain par matin conmença mout durement a horer et se hastoit par grant devocion d’aprochier le lieu ou il avoit hier les anges veu descendre par .vij. heures. ¶ Quant il fu pres le giet d’une pierre, si li comencierent les jambes et les piez a faillir por la grant paor qu’il avoit; et neporquant il retornoit arrieres et les jambes et les piez li enforç[oi]ent, et quant il vouloit aler droite voie a cel leu,

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257. .iij. qu. ou leu en cel d. Correction d’après B (P4 / P5 (P3) / C / G / P6 (P1 P2)), graphies conformes à la scripta de M. – 271. li enforcent. Correction d’après C G (L2 O / P4 / P5 P6 (P3)). 256 - 257. qui estoit pres (...) hab.] qui estoit pres du lieu a la benoite Magdelainne ou ele hab. P2 pres ou la Magdelaine hab. P5 (P3). – 256. du lieu] omis dans L2 O. – 257. Marie Magdelaine O. – 257. estoit et hab. P6. – 257. qui avoit acoust. P3 P5. – 257. a jeuner] geuner P4 de jeuner L2 O. – 257. .iij. quar. en l’an en cel d. B (P4) .iiij. quarantaines en l’an en cel d. P5 (P3) trois quarenteinnes en cel d. en l’an C .iiij. quar. en cel d. en l’an G .iij. qaranteines en l’en en ce d. P6 (P1 P2) troys quarantaines en cellui d. L2 (O). – 258. cil ne s. r. B G P1 P3 (P5) icellui prestre si ne sc. r. O. – 258. pour la benoite Marie Magdelainne P2 (O) por la Magdelaine P5 (P3). – 259. pres du leu decoste une fontainne P2 pres du lieu jouxte une p. f. L2 pres de son lieu jouste une p. f. P3 P5 pres du lieu dejouxte et au plus pres d’une p. f. O pres du leu d’une p. f. P6. À partir de ce point, B, P1 et P2 suivent la version que nous éditons d’après le manuscrit Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10326 (n° 6). Nous renvoyons à son apparat critique pour les variantes de ces trois exemplaires. – 260. Il avint] omis dans P3 P5. – 260. de la sepm. saincte L2 de la sepm. pen. c’est a dire saincte et est icelle sepmaine la plus prouchaine devant Pasque O. – 260. de cel prov. C G de cellui prestre L2 O. – 261. et vit (...) li angres] et vit a ses yex come li angre P5 (P3). – 261. apert.] proprement L2. – 261. de ses yeulx corporelz O. – 262. du ciel L2 O P3 P5 P6 (P4). – 262. sus la cr. C G P5 P6 (O). – 262. ou la benoiste Marie Magdelaine dem. O ou la Magdelaine dem. P3 P5. – 263. reportoient C G. – 263. en .j. leu P6. – 264 - 265. Cil pr. (...) qu’il lev.] (...) qui lev. P6 (...) qu’il veoient G ce prestre ne pooit pas veoir qu’il lev. P5 (P3). – 265 - 267. il ne se tr. mie (...) ceste ch.] (...) a pr. a n. seigneur (...) C (G) (...) a prier plus f. n. segneur (...) P6 (P4); il ne s’emtroublya mie (...) a pryer f. n. seigneur qu’il lui demoustrast cert. la ver. de ceste ch. O (L2, qui omet la verité et dans lequel cette leçon a manifestement subi une retouche, difficile à interpréter); por ceste av. ne fu pas troblé mez plus pria n. seigneur qu’il li demostrast la ver. P5 (P3). – 267. A l’end. (...) horer] a l’end. au m. (...) L2 a l’end. com. (...) P6 (...) moult devotement et longuement a orer et pryer O l’end. par m. oroit P3 P5. – 268. par tresgrant dev. O. – 268. d’apr. au leu P4 P6 (L2) de approucher du lieu O. – 268. hier] omis dans P3 P5. – 268. veuz les angles desc. C G (P3 P5). – 269. pres du giet d’une p. P3. – 269 - 270. si (...) a faillir] (...) a defaillir C G si li faillirent les piez et les gambes P5 (P3). – 270. par la grant poor P6 pour la poour P5 (L2 P3). – 270. qu’il avoient C. – 270. et nep. il ret.] et non pourtant il ret. L2 (O) et retornoit P5 (P3). – 271. li enforcierent li enforçoient P4 (sic) li enforçoient C G (L2 O) li renforçoient P5 P6 (P3). – 271. a icellui lieu O.

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la foiblesce de tout son cors estoit si grant qu’il ne povoit avant aler, [et por ce entendi bien li sainz hom que c’estoit chose de par Dieu qant il por chose que il pooit fere n’i pooit aprochier. Qant il vit qu’il ne porroit aler avent], si s’arestut et fist ses oroisons et dist : « Je te conjur de par Nostre Seingneur Jhesucrist qui le monde a renovelé, que se tu es hom ou aucune resnable chose qui habites en ceste croste, que tu me respoingnes isnelment et me dies la verité de ton estat. » Quant il avoit ce dist, si se remetoit a oroisons et requeroit l’aide Damedieu. Aprés, il la comença a conjurer .ij. foiz ausi come il avoit fet devant. Quant la beneoite Marie Magdalaine oï par .iij. fois cel conjurement, si li respondi de la croute ou ele estoit : « Tu qui m’as si conjuree, aproche toi de ci plus [263 a] pres, si porras savoir de ce que tes cuers desirre la verité. » ¶ Aprés ces paroles, li prestres tramblanz et paoureus aprocha de lui la moitié de l’espace qui estoit entre eus .ij. ¶ Lors li dist la beneoite Magdaleine : « Je croi qu’il te souvient bien de ce que li Euvangiles dist de la pecherresse qui s’aprocha hardiement aus piez son Sauveor et Li lava les piez de ses lermes et les tert de ses cheveux, et ainsi deservi pardon de ses pechiez toz a la fontainne de misericorde. » Li prestres li respondi : « Bien m’en souvient et bien a .xxx. anz passez que ceste chose fu faite, si conme Sainte Escripture le retret et regeïst. » La beneoite Marie Magdalaine li respondi : « Je sui cele qui par le desirrier et par la charité de mon Sauveor ai foïz les anuiz de ceste vie mortel par l’amonestement de Mon Seingneur Jhesucrist; et par le

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272 - 274. si grant qu’il ne povoit avant aler si s’arestut (même enchaînement dans C G). Texte de P6, sauf pour la fin de la première phrase (n’il pooit apr.), corrigée d’après P4 (P3 P5 / L2 / O). 272. la foibl. (...) si grant] il estoit si foible P3 P5. – 272. la foibleté L2 P6 (O). – 272. de son corps L2. – 272. aler avant O. – 273 - 274. quant il pour ch. qu’il peust fere n’i pooit aprouchier P4 (P3 P5) quant pour riens qu’il peust faire n’y povoit approuchier L2 quant il vit que pour ch. qu’il peust faire il n’y povoit approucher O. – 274. qu’il ne pooit avant aler P5 (P3). – 274 - 275. si s’ar. (...) et dist] si s’arestoit (...) C G si s’aresta (...) P6 (L2 O) si s’arresta et dist en priant P3 P5. – 275. de par Jh. L2 O P3 P4 P5 P6. – 276. que] car P3 P5. – 276. qui habites] qui habite P6 omis dans P3 P5. – 277. en ceste contree P3 P5. – 277. isnel.] tantost L2 P3 P5 ysn. et prestement O. – 277. verité] merite G. – 278. a oroison P4 en oroison L2 (O). – 278. l’aide de dieu L2 P3 P5 l’ayde de nostre seigneur O. – 278. aprés ce L2 O P4 P6. – 279. il la conjura encores par deux fois L2. – 279. ausi come] ainsi comme C O (G) come P5 (P3). – 279. devant] par avant L2. – 280. P5 (P3) introduisent ici la rubrique : Comme (comment P3) li prestre trouva la Magdelaine en la croute (suivie d’un simple pied-de-mouche dans P5). Le texte ne comporte pas de lettrine dans L2 O. – 280. quant la Magdelaine P5 (P3). – 280. ce conj. P6. – 280. si li resp.] el li resp. P5 (P3). – 281. tu m’as ainsi conj. L2. – 281. aprouche toi plus pres de moi P5 (P3). – 282. de ce que (...) le verité] la verité de ce que ton cueur desire L2 O de ce que tu quiers et que tu desirres a veoir C G. – 282. aprés ses parolles L2. – 283. espaoureus C G. – 283. s’aproucha P4 (L2 O). 284. entre eus .ij.] entr’eus P5 (P3). – 284. la benoiste Marie Magdelaine O la Magdelaine P3 P5. – 284. qui ne te souv. de ce que P5 (de que P3). – 285. l’evangeliste L2. – 285. as piez de son sauveur P5 (L2 O P3). – 286. et les tert] et les torcha O et les essuya L2. – 286. et par ainsi O. – 287. de ses p. toz] de toz ses p. P6 (L2 O P4) de ses p. G P3 (P5). – 288. il m’en souv. bien L2. – 288 - 289. si conme (...) regeïst] si come s. escriture le croit et (le C G) regehist P6 (C G L2 P4) si comme saincte esc. l’escript et recognoist O si come l’escriture dit P5 (P3). – 289. la ben. Magdelaine P6 (L2 P4) la Magdelaine P3 P5. – 290. qui (...) de mon sauv.] qui par le desir (...) L2 O (...) et la cherité (...) G qui par l’amor de mon sauveur P5 (P3). – 290. anuiz] envies O (?) anemis G (L2). – 291. de ceste m. vie P3 P5. – 291. par l’am. (...) Jh.] de par dieu P3 P5.

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conduit des angres me sui mise en cest desert ou j’ai demoré l’espace de .xxx. anz, que onques mes nus hom ne m’i sot, ne onques n’i oi ne fain ne soif, ne n’i fui sostenue de chose terreane, mes tant seulemant des viandes du ciel j’ai esté soustenue et norrie. Et ce saches tu, des ce que je començai cel leu a abiter m’est avenu par la grace de Jhesucrist ce que Il te deingna hier de moi a demostrer, car de cel leu ou je sui me levoient chascun jor [li anges] en la hautesce de l’air. Illec ai je oï les douz chans des anges et des beneoiz esperiz qui chantent la loenge de Nostre Seingneur par .vij. foiz le jor. Quant je [263 b] sui saoulee de ces hautes devices, li anges me raportent en cest mien leu. Et por ce que Nostre Sires m’a demoustré que je ne puis pas longuement vivre, ainz m’en irai prochainement a Lui, entent ma parole et va sanz demorance a saint Maxime et toutes les choses que tu as veues et oïes de moi li recordes en ordre; et si li di que le jor de Pasques qui pres est, que il voist a son mostier a heures de matines que il seut aler et que il i soit touz seuls, et il me troverra illuecques en oroisons, car li anges m’i porteront. » Endementres que la beneoite Marie Magdalaine disoit ces choses, il ooit tant seulement la voiz, mes il ne veoit home ne fame, et miex cuidoit que ce fussent paroles d’anges que d’ome ne de fame. ¶ Li prestres parloit encore, mes cele ne li

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297. me lev. ch. jor en la h. Correction d’après P6 (O P3 P4 P5), graphie conforme à la scripta de M. 292. et par le c.] par le c. P5. – 292. de ses angles P4 (L2 O). – 292. en ce desert L2 P6. – 292. ou j’ai demoré (...)] et i ai demoré (...) P4 (L2 O) ou j’ai esté .xxx. anz P5 (P3). – 293. que onques mes nus hom] ne oncques mais nulz homs L2 ne oncques nul homme O onques mes nus hom P6 (P4) que onques mes hom P5 que oncques homme P3. – 293. ne m’i sot] ne nul sot P6. – 293 - 294. n’i oi (...) n’i fui sost.] (...) ne onques n’i fui soust. C G n’y ay heu fain ne soif ne n’ay esté soubst. L2 n’y eu fain ni soif ne ne fu soust. O n’i usai P5 (P3). – 294. de nule ch. P6 (O). – 294. tant seul.] omis dans P3 P5. – 294. de v. du ciel desquelles O. – 295. j’ai esté soust. et n.] je ai esté n. P6 (L2 O P4) ai esté soust. P5 (P3). – 295. Et ce s. tu] et s. tu P6 et saiches bien L2 omis dans P3 P5. – 295 - 297. des ce que (...) de cel leu ou je sui] que des que je commençay hab. en cestui lieu (...) O des lors que je habitai en ce lieu par la grace de dieu car si come il te moustra hier de ci P5 (P3). – 295. des que P6 (L2 P4). – 295. cest lieu C G P4 (cestui lieu O) ce leu P6 (L2). – 295. a abiter] hab. G L2. – 296. de moi a dem.] de moi dem. C (G O) montrer de moy L2. – 297. car de cest lieu ou je sui G (O P4; car cest lieu L2) car de ce leu ou je sui P6. – 297. me lievent C G me lev. ch. j. li anges P6 (L2 O P3 P4 P5). – 297. en la h. de l’air] en l’air P3 P5. – 298. oï] omis dans P3 P5. – 298. des angres qui ch. les loenges n. seigneur P3 P5. – 299. par .viij. foiz G. – 299 - 300. de ces h. dev. (...) me rap.] de ces h. delices (...) P4 (O) de ses dev. (...) P5 de ses vanités (...) P3; omis dans L2. – 300. en ce mien leu P6 de ce mien lieu L2. – 301. pas long.] long. L2. – 301 - 302. que je ne vivrai pas long. ainz irai a lui entent moi et va a s. Max. P5 (P3). – 302 - 303. et (...) de moi] (...) oïes et veues de moi P4 P6 (L2 O) et tout ce que tu as veu de moi P5 (P3). – 303 - 304. li rec. (...) que il voist] li recorde par ordre et que il voist le jor de P. P5 (P3) lui dy et recorde en ordre et si lui dy que le jour de P. qui est bien prouchain que il voyse et aylle O. – 304. en son m. P6 (L2 O P4) a heure de mat. C G L2 O P3 P4 P5 P6. – 304. que il seut aler] comme il a acoustumé L2 ainsi comme il a accoustumé de aler O omis dans P3 P5. – 305. que il issoit P4 P6 (pour que il i soit, avec redoublement du s par attraction ?) et que il soit C G O P3 P5 (L2). – 305. et il me tr. ill. en or.] et la me trouvera P3 P5. – 305. en or.] en oroyson O omis dans L2. – 305. li angle du ciel C G. – 307. Le texte ne comporte pas de lettrine dans P3 P5. – 307. End.] tant come P5 (P3). – 307. la ben. M. Magd.] la beneoiste Magdelaine P6 (L2 P4) elle P3 P5. – 307. disoit] ooit P3 P5. – 307. sez choses C (G). – 307 - 308. il oï (...) P6 il n’ooit que la voiz P5 (P3). – 308. mes (...)] mais il ne voit (...) L2 il ne veoit (...) G mez homme ne fame ne veoit ainz cuidoit P5 (P3). – 308. que d’ome ne de fame] omis dans P3 P5. – 309. cele] la benoiste Marie Magdelaine O.

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respondi riens, dont il avint que o grant peor et o grant joie ala isnellement a saint Maxime et li reconta tout en ordre quanque il avoit oï et veu. Quant saint Maximes oï ces paroles, si ot mout grant joie et leva ses mains vers le ciel et dist : « Beau Sire Jhesucrist, a Vous rent je graces et merciz qui m’avez acompli mon desirrier de la glorieuse Magdalaine, qui tant Vous a amé. Tu es veraiement li Rois [des rois], li Sauvierres du monde, qui les repantanz reçoiz et les asoulz de touz leurs pechiez et les parmaines a la clarté de la gloire. » Aprés ces paroles comença le preudom mout lieement a croistre ses ve- [263 c] -giles et ses oroisons et ses jeunes, et atendoit en tel maniere l’eure et le terme de l’avision qui li estoit pramise. Or avez oï des granz merveilles  : encore en vient il de gregneurs aprés et les doit on bien croire, car eles sont de la beneoite Magdalaine qui seur toutes riens ama Jhesucrist, car de tant come Nostre Sires plus l’amoit, de tant vouloit Il plus demoustrer l’amor que Il avoit en lui, et de tant come ele L’avoit plus servi devant sa Resurrection et aprés, de tant vouloit Il fere gregneurs miracles por lui. ¶ L’en set bien qu’il a .iij. karentainnes en l’an, la prumiere si est li Karesmes, la seconde si dure jusque vers la Magdalaine, la tierce si est devant Noël. Cez .iij. quarantainnes avoit acostumé a fere li prestres dont nous avons devant parlé et ou mileu de la seconde fu moustree ceste avision. Il avint el diemanche aprés, qui est le jor de la Resurrection Nostre Seingneur Jhesucrist, .j. pou devant l’aube aparant, saint Maximes s’en entra en son moustier

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315. li rois, li sauv. du m. Correction d’après C G P4 P6 (L2 O / P5 (P3)). 310. respondoit P3 P5. – 310. dont (...) s. Max.] dont il advint qu’il eust grant peur (...) L2 (O) si en ot grant poour (...) P5 (P3) et a grant j. ala a s. Max. P5 (L2 P3) et o grant joye s’en ala par devers sainct M O. – 311. et li rec. (...) oï et veu] et li recontoit (...) G et li raconta (...) P6 et lui conta (...) L2 et lui compta et dist tout par ordre (...) O et li compta par ordre ce qu’il avoit veu P5 (P3). – 312. Le texte ne comporte pas de lettrine dans C G L2 O P3 P4 P5 P6. – 312. oï ce si ot (si en ot P3) grant joie P5 (P3). – 313. et dist] en disant O. – 313. Beau sire Jh. (...) merciz] beau sire dieu Jh. (...) O Jh. je vous rent gr. P5 (P3) Jh. a vous rans gr. L2. – 313. qui avez ac. P3 P5. – 314. mon desir O mon delit L2. – 314. de la gl. Marie Magdelaine O de la Magdelaine P5 (P3). – 315. veraiement] omis dans P3 P5. – 315. li rois des rois C G P4 P6 (L2 O) roi des roiz P5 (P3). – 315. li sauv. du m.] le sauveur de tout le m. L2 O omis dans P3 P5. – 315. reçoit C G. – 316. et absolz L2. – 316. de leur p. P6 (P3 P5). – 316. et les maines P3 P5. – 316. a la cl. de la gloire] a la cl. de ta gloire L2 O P4 P6 a la c. de gloire C G a ta gloire P3 P5. – 316 - 318. Aprés ces p. (...) ses jeunes] aprés ce (...) L2 aprés ces choses (...) O lors acroissy li preudons ses vegilles et ses jeunes P5 (P3). – 318. en tel man.] ainsi P3 P5. – 319. or avez oï de granz (grant O P4) mervelles P6 (O P4) si avez oï merv. P5 (P3). – 319 - 322. encore en v. il (...) en lui] (...) de greigneurs et plus grans aprés et l’en doit l’en bien croyre (...) O encore en orrez de greigneurs de la Magdelaine qui tant ama Jh. et por ce li volt il dem. l’amor que il avoit a lui P5 (P3). – 320. on] l’en C G L2 P4 P6. – 320 - 321. de la benoiste Marie Magdelaine laquelle sur t. r. du monde O. – 321. plus l’amoit] l’amoit L2. – 323. voloit fere P6. – 323. plus granz mir. P5 (O P3). – 324. L’en set bien] en scet bien P5 (O) et scet bien P3. – 324. qu’il y a L2 (O). – 325. li kar.] karesme P3 P5. – 326. ces troys caresmes L2 O. – 326. avoit ac. a fere li pr.] avoit ac. li pr. a fere C G avoit accoust. de faire li prestre O fesoit li prestre P5 (P3). – 327. devant] avant P4 omis dans P3 P5. – 327. et ou mileu] el mileu P4. – 327. demontree P6 (O P4). – 327. ceste av. en la maniere que dicte est O. – 328. Le texte ne comporte pas de lettrine dans P3 P6 (simple piedde-mouche dans P5). – 328 - 331. Il avint (...) la ben. Magd.] il avint le jour aprés el dyemenche qui est le jour (...) C (G) il avint le dymenche qui est aprés le jour de la res. de n. seigneur Jh. (...) O il advint au dimanche aprés la res. de n. seigneur Jh. (...) L2 le dymenche aprés la resurrexion n. seigneur Jh. devant l’aube ap. entra sainz Max. en son m. touz s. si vit la Magdelaine P5 (P3). – 329. .j. pou] ung petit O. – 329. aparissant P4 (L2 O).

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tout seulz ou lieu ou il souloit orer et vit soudainnement illuecques la beneoite Magdalaine qui encore estoit ou mileu des anges qui l’avoient amenee. Il avoit si grant clarté entor lui que touz li mostiers en estoit touz enluminez. ¶ Quant li preudom fu entrez .j. pou dedens l’uis du moustier, si s’aresta et vit tantost monter les angres ou ciel. ¶ La glorieuse Magdalaine remest [263 d] toute seule en oroisons, ses mains estandues. Endementres que ele horoit, ses cors se leva de terre bien l’espace de demie toise. Quant saint Maxime vit ce, si ot grant paor ne n’osoit avant aler. Quant la beneoite Magdalaine vit qu’il avoit paor d’aler avant, si se torna vers lui doucement et li dist : « Beau douz peres, aprochiez vous plus pres, ne fuiez pas vostre fille. Esgardez com grant clarté Nostre Sires a moustree seur moi. » Aprés ces paroles, li saint homs aprocha de lui. Einsint come saint Maxime meesmes le dist en ses escriz, la clarté estoit si grant seur la dame que l’en peust plus legierement regarder la clarté du souleil que la seue clarté. ¶ Lors pria ele saint Maxime qu’il apelast touz ses provoires et son clergié, car ele vouloit recevoir par devant euls le cors Jhesucrist de la main au saint evesque. Tantost come ele ot receu a grant plainté de lermes ce que ele avoit demandé, ele pria ceuls qui entor lui estoient qu’il fussent ententif a oroisons. Aprés, ele se coucha devant l’autel toute estendue. Endementres que ele fesoit ses oroisons et ploroit, la sainte ame s’en issoit de son cors et monta es ciex le disenuefviesme jor de juingnet. Aprés ce qu’ele fu trespassee, une si soueve odeur vint iluec que aprés .vij. jors entiers la sentoient

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– 330. ou il s. et avoit accoustumé de orer et pryer O. – 330. la benoiste Marie Magdelaine O. – 331. au milieu L2. – 331. Il avoit] il y avoit O et avoient P3 P5. – 332. si tresgrant cl. O. – 332. en estoit enl. C G L2 P3 P4 P5 P6 (O). – 333. .j. po entrez P6 (P3 P5) entré ung petit O. – 333. du moustier] omis dans P3 P5. – 334. au ciel O. – 334. la gl. Marie Magdelaine O et la benoite Magdelaine P3 P5 remas et demoura t. s. O demoura t. s. P3. – 334. en oroison L2 (O). – 335. ses mains est.] ses mains joinctes et est. L2 omis dans P3 P5. – 335. End. que] tant come P3 P5 et ce pendant qu’elle O. – 335. oroyt et pryoit O. – 336. l’espace de] omis dans L2 O. – 336. demie toie P6. – 336. ne n’osoit] tant qu’il n’osoit L2. – 336. aler avant P3 P5 avant venir L2 P4 venir avant O. – 337 - 338. Quant la ben. Magd. (...) douc.] quant la benoiste Marie Magdelaine (...) O quant ce vit la Magdelaine si se torna vers li P5 (P3). – 338. Beau douz p. apr. vous plus pres] (...) approuchez plus pres O (...) plus pres de moy L2 pere venez plus pres P3 P5. – 339. regardez O P3 mez regardez L2. – 339. demostree C (G). – 339 - 342. Aprés ces p. (...) la seue cl.] lors s’aproucha li sainz hons de lui et dist que en regardoit plus leger. la cl. du soleil que celle qui estoit sur la dame P5 (P3). – 340. le sainct s’approucha d’elle O. – 340. lui m. O. – 341. en son escrist P6 (O). – 341. que l’en eust adoncques mieulx peu et plus leg. reg. O. – 342 - 343. Lors (...) son clergié] lors elle pria (...) tous ses prestres et ses clers L2 lors la benoiste Marie Magdelaine prya (...) tous ses prestres (...) O dont pria elle s. Max. que il ap. son clergié P5 (P3). – 343. et le clergié C G. – 343. ele v. par devant euls rec. C (G) ele v. devant eulz rec. P5 (P3). – 344. le corps de Jh. L2 O. – 344. de sa main au s. ev. P6 de la main du sainct ev. O par la main du s. ev. L2. – 344. t. comme elle l’eust receu L2 tentost com elle le reçut P6 (P4) t. come ele reçut P5 (P3). – 345. o grant planté (...) O P4 P6 avec grant planté de l. ainsi comme elle avoit dem. L2. – 345 - 346. ele pria (...) ele se c.] si se c. P3 P5. – 346. aus or. P4 (O) en or. L2. – 346. aprés ce elle se c. L2 O P6. – 347. End. (...) de son cors] et lors s’en issi la s. ame de son cors P5 (P3). – 347. End.] et ce pendant O. – 347. ses or. en plorant L2. – 347. s’en issi de son cors P6 (L2 P4) s’en yssi et party de son corps O. – 348. au ciel L2. – 348. le .xxije. jour de juillet L2 (O). – 348 - 349. Aprés (...) une si s. od.] (...) une si grant oud. et si s. C (G) aprés son trespassement une soeve oudeur P5 (P3). – 349. que six jours ent. aprés la sent. L2 que .vj. jours aprés tous ent. la sent. O.

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Paris, Bibliothèque Mazarine, 1716 (568) (n° 7)

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tuit cil qui entroient ou moustier. Saint Maximes prist le cors et l’oint d’[oin]gnement chier et souef flairant. Quant il ot mout honestement enseveli le cors, si le mist en .j. riche [264 a] serqueu et edefia seur lui une iglise mout bele. Encore hui e[s]t le jorz peut l’en sa sepoulture v[e]oir merveilleusemant enta[il]liee, coment ele vint a la meso[n Si]mon et coment ele lava les p[iez] Nostre Seingneur, et coment ele Li [of]fri l’ongnemant en plorant ent[re] ceuls qui manjoient avoec L[ui], et conment ele vint prumiere[ment] au sepulcre Nostre Seingneur, [et] comant Nostre Sires s’aparut a l[ui] et comanda que ele fust mes[sa]giere aus apostres de sa Surrection. Aprés toutes ces choses, saint Maximes li glorieus confessor sot par le Saint Esperit que sa mort aprochoit, si comanda que l’en apareillast en l’eglise qu’il avoit fet le lieu de sa sepoulture et qu’il fust mis delez la sepoulture a la beneoite Magdalaine. ¶ Quant il fu trespassez, si compaingnon le mistrent honoreement ou lieu ou il avoit comandé. En celui lieu fist Nostre Sires maint miracles por lui. Aprés ce crut tant religion en celui leu que mout de gens du siecle lessoient leurs richesces et leur dignetez por vivre iluec relegieusemant et por le salut de leurs cors et de leur ames. En celui saint moustier, nule fame n’entre, de quele ordre ne

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350. tuit cil qui la entr. Correction d’après P6. – 350. et l’oint dignement chier. Correction d’après C G P5 (P3) / P6 (P4) / O), graphie conforme à la scripta de M. – 352 - 357. Les parties entre crochets ont disparu en raison des mutilations subies par le volume. Restitution d’après P6, graphies conformes à la scripta de M. 350. tuit cil qui entr. P6. – 350. au moustier L2. – 350. et l’oint (...)] et l’oint d’oign. chier C G P5 (P3) et l’enoing d’ognement chier P6 (P4) et l’oingnit de precieulx oing. L2 et le oingt de oingnemens chiers O. – 351. et s. fl.] et soefz et bien flerans et bons sentans O omis dans P3 P5. – 351. quant il ot ens. le cors P5 (P3). – 352. riche] molt riche C G omis dans P3 P5. – 352. serqueu] tombel L2. – 352. seur lui] sur elle L2 sor C sus G. – 352. une moult belle eglise P3 P5 (O). – 352 - 353. Encore (...) ent.] encores aujourd’uy puet on veoir son sepulcre merveilheusement entaillié L2 et encores aujourd’uy et a present y puet on veoir merveilleusement son sepulcre entaillé O encore puet en veoir sa sep. (la sepulture P3) entaillee P5 (P3). – 352. encore hui est li jors P6 (C G P4). – 352. la sepouture veoir C G son sepucre veoir P4. – 353 - 355. coment (...) l’ongn.] (...) en la meson Simon (...) P6 (P3) (...) et come elle lava (...) P5 ainsi come elle lava les piez de n. seigneur et comment elle vint en la maison de Symon et comme elle lui offrit l’oingnement L2 comment elle lava les precieux piez de nostre sauveur et redempteur Jhesucrist et comment elle vint en la maison Symon et aussi comment elle lui offry l’oingnement precieux en plourant O. – 355. av. lui] avecques nostre seigneur O. – 355. et come elle vint P5 (P3) et aussi comment elle vint O. – 356. premierement C G L2 O P6 (P3 P4 P5). – 356. au sep. de n. seigneur L2 O. – 356. et come P5 n. seigneur Jhesucrist O. – 358. resurrection C G L2 O P3 P4 P6 (P5). – 359. P3 P5 introduisent ici la rubrique : Le trespassement a la Magdelaine. – 359. t. ses ch. L2. – 359. s. Max. li gl. conf.] sainz Max. P5 que saint Maxime P3. – 359. par la vertu du s. esp. L2. – 360. s’approuchoit O. – 360. si com.] et comm. L2. – 360. l’en] en P5 (P3). – 361. le lieu de sa sep.] sa sepouture P5 (P3). – 361. mis delez et au plus pres de la sepulture O. – 361. de la ben. Magdeleinne P4 (L2) de la benoiste Marie Magdelaine O a la Magdelaine P5 (P3). – 362. trespassé de ceste mortelle vie O. – 362 - 363. le m. hon. (...)] le m. honnestement (...) P4 le m. moult honnourablement (...) O le m. ou lieu que il ot comm. P5 (P3). – 363. en icelui leu C (G O). – 363. fist et depuis a fait nostre seigneur Jhesucrist O. – 363. maint miracle C G L2 P6 maint bel miracle P5 (P3) mainctz beaux mir. pour l’amour de lui O. – 364. Aprés ce] aprés L2. – 364. la rel. O. – 364. en icelui leu C (G). – 364. de gent L2 des genz C (G) du s. et du monde si laiss. leurs avoirs et richeces O. – 365. et leur dign.] omis dans P3 P5. – 365. religieusement et devotement O. – 366. de leurs cors et de leur ames] de leur cors et de lor ames P4 de lor ames P5 (L2 O P3) de lor cors et de lor menbres et aprés de lor ames C (G). – 366. en celui m. L2 P3. – 366 - 367. de quele ordre ne de quele dignité] de quelque ordre ne de quelque dignité L2 (...) ne de quel dignité ne de quelle condition O de quel (quelque P3) estat P5 (P3).

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de quele dignité qu’ele soit. Icil moustiers a non le moustier saint Maxime, riches et habondanz de touz biens, et si est en la contree d’Aquense. Me sire saint Maximes trespassa ou disiesme jor de juing et s’en ala en la gloire de paradis ou Nostre Sires [264 b] nous doint parvenir par sa douceur et par sa misericorde. Amen.

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– 367. Icil m. a non] icist moutiers a non P6 cestui m. a nom L2 et est nonmé P5 (P3). – 367. qui est riche L2. – 368. de touz biens] omis dans P3 P5. – 368. et est P3 P5 et si est en la c. et dyocese d’une cité dont dessus est faicte mencion qui a nom Aquense c’est a dire d’Ays et est en la conté de Provence O. – 368. Aqueesse P6 Aquesse P3. – 368. Me sire] omis dans P3 P5. – 369. tr. de ceste mortelle vie O. – 369. le dixyesme jour du moys de juing O el dousieme jour G. – 369. et ala P3 P5. – 369. en gloire de p. P6. – 369. ou n. s.] ou n. seigneur Jhesucrist L2 en laquelle O. – 370. nous doint parv. par sa d. et par sa mis.] nous doint parv. par sa d. P4 (L2) nous doint venir par sa mis. P3 P5 nous d. parv. le pere, le filz et le sainct esperit une deité et puissance avecques tous les saincts et sainctes de paradis par sa benoiste et piteuse misericorde et par sa grant bonté et doulceur O. – 370. Amen] omis dans P3. – 370. Explicit la vie Marie Magdelaine qui de ses lermes lava les piez nostre seigneur Jhesucrist P3 Ci fine la Magdeleinne [et anprés comence Marie l’Egipcienne] P4.

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

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8. Pau, Archives départementales des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F), f° 101 r° - 124 v° Toujours inédite, la rédaction versifiée de la légende de Marie-Madeleine contenue dans les manuscrits de Besançon et de Pau est pourtant l’une des rares pièces de notre corpus à exprimer une véritable sensibilité littéraire. Elle adopte aussi une forme poétique plus élaborée que celles développées par Guillaume le Clerc de Normandie ou par Nicole Bozon. Ses deux témoins sont très différents l’un de l’autre. B (Besançon, Bibliothèque municipale, 254, f° 165 v° - 185 v°), peut être daté du milieu du XVème siècle1. Petit recueil de 185 feuillets de papier rédigé sur une colonne (ca 260 x 180 mm), il contient diverses pièces édifiantes. Plus des deux tiers du volume sont occupés par la traduction française du Doctrinal de sapience, que son prologue présente comme l’œuvre de Guy le Roy2, archevêque de Sens, amplifiée par l’intervention d’un religieux de Cluny (f° 1 - 121 r°). Elle est suivie du Jardin de amoureuse devocion, dans lequel une « chanson amoureuse », pièce lyrique de 9 strophes, est émise par l’âme en l’honneur de Dieu (f° 121 r° - 131 r°), et d’une courte prière adressée au corps de Jésus (f° 131 v°). Une signature du copiste placée à cet endroit3 semble marquer la fin d’une section, dont les feuillets sont munis d’une numérotation originale en chiffre romains et les cahiers pourvus de réclames. Le texte articulé à cette partie (f° 132 r° - 137 r°), récit puis exposition des amours de David pour Bethsabée, est en effet rédigé par une main différente. Mais c’est le précédent scribe qui, selon toute vraisemblance, reprend la plume pour la traduction des Sept Psaumes en français, sur un papier muni des mêmes filigranes qu’au début du recueil (f° 138 r° - 158 v°)4. Le martyre des dix mille crucifiés du Mont Ararat, en 404 octosyllabes, conclu par une brève prière à ces saints (f° 159 r° 165 v°), puis la vie de Marie-Madeleine sont les dernières pièces du volume. Le copiste actif notamment sur les pages où figure l’histoire de notre sainte pratique une écriture bâtarde d’apparence soignée. Les textes sont ornés d’initiales de 2 lignes (mais l’espace réservé pour celle de notre poème est vacant, et il ne comporte pas d’autre décoration), de sous-titres et de pieds-de-mouches rouges.

  Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Département, t. 32, Paris, Librairie Plon, 1897, pp. 174 - 176.   Rappelons que cette attribution est qualifiée d’« invérifiable » et de « peu probable » par le Dictionnaire des lettres française. 3   « Escript par humble devocion / Ayant de vous la contemplacion » (f° 131 v°). La pagination originale, à l’encre rouge, tracée dans la marge supérieure droite, correspond à celle donnée dans la table du Doctrinal (f° 1 v° - 3 v°). 4   Deux types de filigranes ornent les feuillets 1 à 138, puis 138 à 158 : à tête de bœuf et à tête de cerf. Les feuillets 132 à 137 en sont démunis. La dernière partie du volume présente un autre motif, que l’emplacement rend difficile à identifier. Un feuillet au moins a été perdu, entre les f° 59 et 60 actuels, où la numérotation ancienne passe directement à 61 ; la lacune correspond à la fin de la cinquième, à la sixième et au début de la septième pétition du Pater Noster. 1 2

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La lettrine du prologue du Doctrinal montre deux visages face à face dessinés à l’encre brune (f° 1 r° ; 6 lignes). Faute d’indices iconographiques ou linguistiques, la provenance de B reste incertaine. P (Pau, Archives départementales des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F)) est un exemplaire dont, jusqu’à de récents travaux, des raisons mystérieuses ont parfois contribué à nier l’existence, quand bien même il a été répertorié il y a plus d’un siècle, à la fois par le Catalogue des manuscrits conservés dans les dépôts d’archives départementales, communales et hospitalières (Paris, Plon, 1886, p. 258), même si celui-ci signale à peine le texte sur Marie-Madeleine, et par l’Histoire littéraire de la France5. Il renferme une transcription du XIVème siècle de notre poème, ajoutée à une copie partielle de la Chronique de Baudouin de Flandre (f° 1 - 100). Quelques bribes non littéraires complètent ce recueil. La brève notice du Catalogue ne fournit aucun historique sur ce volume. Pourtant, il serait intéressant d’apprendre comment la retranscription de notre poème, qu’on doit peut-être à un scribe de l’Est du domaine d’oïl (lorrain ou bourguignon), a pu parvenir dans son lieu de conservation actuel6. Comme le reste du manuscrit, les 24 feuillets utilisés pour sa rédaction (101 r° - 124 v°) sont en papier (ca 298 x 200 mm). Ils ne comportent pas de filigranes dans les cahiers occupés par la vie de Marie-Madeleine (ni, semble-t-il, dans la Chronique). Le texte a subi deux accidents matériels, entre les f° 117 et 118, où un feuillet a vraisemblablement disparu, et après le f° 124 (deux feuillets perdus). L’action probable de l’humidité a atténué la lisibilité de nombreux passages et le dernier feuillet du manuscrit a été partiellement endommagé par l’usure. Le texte est rédigé au moyen d’une encre brunie sur une colonne (26 à 28 lignes par page) et son support n’est pas réglé (des bouts-de-lignes assurent un semblant de justification). L’écriture est à nouveau de type bâtard. Une lettrine rubriquée sur 2 lignes figure à l’emplacement de la première initiale ; les autres initiales sont rehaussées de rouge. Composé de 346 quatrains 4 a 10 a 10 a 10 a, césurés en principe à la manière « épique », mais avec beaucoup d’irrégularités, le texte retrace la vie évangélique de la sainte, la dispersion des disciples après la lapidation de saint Étienne (v. 396), le miracle de Marseille, jusqu’au retour des pèlerins et au baptême des habitants du royaume (v. 1042), puis la retraite de Marie-Madeleine, sa découverte par un prêtre, enfin sa mort auprès de saint Maximin qui assure son ensevelissement (v. 1352). L’auteur, qui présente son œuvre comme une traduction du latin (v. 15), en consacre près de la moitié au miracle de Marseille et réserve des traitements distincts aux différentes parties de son poème.   P. Meyer, « Légendes hagiographiques en français. I. Légendes en vers », Histoire littéraire de la France, t. 33, 1906, pp. 328 - 376 (p. 368). 6   Les Archives départementales des Basses-Pyrénées ne disposent d’aucun renseignement sur ce volume. Quant à sa provenance, le texte de la Chronique n’offre pas de coloration dialectale précise. 5

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

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La vie évangélique de Marie-Madeleine se compose de passages très proches des Évangiles. L’auteur s’approprie cependant la matière biblique qu’il redessine à son gré et fond les données traditionnelles en un récit original. Ainsi, la scène de l’onction, située chez Simon le Lépreux, suit dans un premier temps Luc 7, 36 - 50 (vv. 81 - 159), où l’on découvre Marie-Madeleine, nommée explicitement, en train de baigner les pieds du Christ qui répond à l’indignation de son hôte par la parabole des usuriers. Toutefois, dès le pardon accordé, la pécheresse se relève et verse le contenu d’une boîte d’albâtre sur la tête de Jésus, comme chez Matthieu 26, 7 (vv. 160 - 166 ; cf. aussi Marc 14, 3) ; puis le texte enchaîne sur le reproche de Judas et sur l’annonce par le Christ de sa mort, suivant en cela Jean 12, 1 - 11 (vv. 167 - 184), et il renoue avec les autres Évangiles pour dénoncer la trahison de Judas (Matthieu 26, 14 - 15 et Marc 14, 10 - 11 ; vv. 184 - 188). L’intervention du narrateur, qui exprime son impuissance à raconter la Passion, met fin au récit. Cette trame composite intègre parfois d’autres données bibliques. Aux vv. 89 91, le texte précise par exemple que lorsque Marie-Madeleine apprend que Jésus mange chez Simon, elle se dépêche d’acquérir un parfum précieux. Absent des épisodes chez le pharisien et à Béthanie, ce détail anodin est sans doute un souvenir de l’achat des aromates par les femmes se rendant au tombeau (Marc 16, 1). Un traitement analogue intervient dans la rencontre avec le Christ jardinier (vv. 277 - 332), écrite principalement à partir du récit de Jean (20, 11 - 18), mais qui interfère avec Marc 16, 9 - 11 : il n’y a qu’un seul ange pour accueillir la sainte7 et le Christ demande à Marie de dire aux apôtres de se rendre en Galilée et non de leur prédire son Ascension. Retravaillées par le poète, ces deux scènes, ainsi que la résurrection de Lazare (vv. 212 - 258, d’après Jean 11, 1 - 43)8 forment l’essentiel du récit de la vie évangélique de Marie-Madeleine. De brèves allusions à la guérison de Marthe (vv. 205 211), à la présence de la sainte lors de la Crucifixion tandis que les apôtres ont fui (vv. 266 - 272) et au don des langues (vv. 333 - 341) le complètent, des commentaires du narrateur reliant les épisodes entre eux. La partie réservée à la vie légendaire de Marie-Madeleine obéit à d’autres critères : si la tonalité du récit du miracle de Marseille et de la retraite de la sainte est propre à son auteur, celui-ci en respecte toutefois la structure habituelle et n’introduit que peu de changements narratifs. Le traitement poétique qu’il lui réserve ne facilite pas la recherche de ses sources. Il convient pourtant d’observer que l’intervention de la femme de Marseille en faveur des chrétiens débarqués dans la ville se produit après la première apparition nocturne de Marie-Madeleine (vv. 479 - 485), rapprochant ainsi notre texte de la version en prose n° 7. D’autres indices confirment cette solidarité. Ainsi, l’épouse agit en secret car « paour avoit de la mauvaise gent » (v. 484), la crainte de la cruauté de son mari et de « la des7   Gabriel (v. 283), qui avait annoncé la naissance du Christ à Marie (cf. Luc 1, 26), est ici celui qui apprend la Résurrection à Marie-Madeleine. 8   Paradoxalement, le doute de Marthe y est rapporté, mais pas la rencontre avec Marie.

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loialté du peuple » (l. 89 sq.) l’incitant à la même prudence dans l’adaptation n° 7. Dans les deux rédactions, la femme lie son acceptation des exigences de MarieMadeleine à l’intercession de la sainte envers Dieu (vv. 567 - 571 et l. 104 sq.) ; l’une et l’autre relèvent la joie des habitants à l’annonce de la grossesse (vv. 605 606 et l. 108), ou encore font état de la réflexion de saint Pierre à la vue du signe apposé sur le pèlerin (vv. 798 - 800 et l. 181 sq.), par exemple9. La vie érémitique et la mort de Marie-Madeleine offrent elles aussi de nombreuses convergences, bien que chaque rédaction présente des détails absents de l’autre. Ainsi, l’explication relative aux trois quarantaines, la mention du livre dans lequel saint Maximin relate sa dernière rencontre avec sa protégée, l’évocation des sculptures ornant le tombeau de la sainte ou la demande de Maximin d’être enseveli à ses côtés n’apparaissent pas dans le poème, qui parle quant à lui de la présence de Jésus à la mort de la sainte, par exemple. Comme pour l’ensemble des textes conservés, où peu de détails entrent dans des oppositions claires, il est donc difficile de déterminer si nous avons affaire ici à deux originaux distincts ou si le même modèle a été influencé par des sources complémentaires. Ainsi, pour n’évoquer que quelques éléments, le titre de roi accordé au seigneur de Marseille (nommé ici Marcille) ; l’atténuation des reproches adressés aux marins pour leur convoitise ; l’absence d’allusion au détail réaliste de la « perche » pour signifier la fraîcheur des vêtements de la défunte sont des données bien attestées dans d’autres versions. Il est aussi concevable que le projet littéraire auquel les deux entreprises répondent explique leurs divergences. L’adaptateur du n° 7 suit de près un archétype latin relativement austère. Pour son compte, le poème offre plutôt une ample mise en scène de la vie de Marie-Madeleine. Plus qu’aucun autre, son auteur donne une existence et une consistance aux personnages qui animent l’histoire de la sainte, de Simon le Lépreux, qu’il présente en « bourgeois » (v. 83), à Maximin, que saint Pierre interpelle avec le mélange d’élégance et de familiarité ou d’affection qu’emploierait un ami (« mon beau voisin », v. 360) au moment de lui confier MarieMadeleine et les siens. La multiplication et l’amplification des échanges au discours direct sont eux aussi révélateurs des intentions du poète10. Si l’on doit probablement renoncer à trancher de façon définitive sur la question des sources11, on peut   Certaines interventions du narrateur, semblables dans leur formulation, ne sont cependant pas placées aux mêmes endroits du texte (cf. vv. 849 - 851 et l. 175 ss., par exemple).   Il est aussi intéressant de constater que les rares images poétiques présentes dans le texte latin et le récit en prose n’apparaissent pas sous sa plume, bien qu’il use ailleurs de métaphores. Voir en particulier « Et m’a voulu soubz l’ombre de son ayelle / Faire umbrer » (vv. 956 sq.), sans doute d’après le Psaume 16 (17), 8 : « in umbra alarum tuarum protege me ». On notera aussi la référence à l’Ecclésiaste 11, 3 : « ubi te invenero, ibi te judicabo » dans les derniers vers du poème (v. 1380). 11   Fr.-K. Weiss, Der « Romanz de sainte Marie Magdaleine » von Guillaume, le Clerc de Normandie, und sein Quellenkreis, Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades der Philosophischen Fakultät der Westfälischen Wilhelms-Universität zu Münster, 1968 (thèse dactylographiée), p. 34, affirme que le poème rédigé en langue d’oc et édité par C. Chabaneau dans la Revue des Langues romanes, 25, 1884, pp. 103 - 132 et 154 - 188, ou un texte latin au contenu similaire serait la source principale de notre rédac9

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néanmoins rendre hommage à la sensibilité littéraire dont l’auteur fait preuve, à défaut de réel talent. Au fil du texte, Marie-Madeleine apparaît comme un exemplum, miroir tendu au pécheur qui, dans sa contemplation, reconnaîtra ses fautes et s’ouvrira à la pénitence12. En insistant sur cette lecture du poème, l’épilogue ne fait que reprendre les propos adressés par le Christ à Simon (cf. vv. 133 - 139). À cette enseigne, la vie de la sainte telle que ces vers la racontent joue le même rôle que la parabole des usuriers (« l’argument moult gracieulx », v. 107) retracée par Jésus : elle permet au lecteur de comprendre par l’histoire un principe de la foi chrétienne. Dans cette optique, on peut aussi relever la construction singulière du prologue, émaillé de topoï. Ceux-ci résonnent en effet dans l’histoire même de Marie-Madeleine : les lecteurs sont invités à découvrir un « exemple » (v. 3) en la personne du poète (cf. v. 4, mais non en l’œuvre elle-même, comme on pourrait s’y attendre). Comme la sainte pénitente, l’auteur invoque le pardon (cf. v. 7) ; il insiste également sur son activité de traducteur tout en rappelant que les disciples du Christ ont reçu le don des langues (cf. v. 338 sq.). D’où venait cet auteur et à quelle époque vivait-il ? Il est difficile de le préciser, tant l’abondance apparente d’indices que le texte nous procure est contredite par les résultats de leur analyse. En particulier, les rimes les plus typiques auxquelles nous avons affaire dans cette composition résultent en grande partie de licences ou d’impropriétés et elles ne nous révèlent pas l’origine du poète ni la période de son existence. Certains passages, comme par exemple les vers 557 - 560 ou 781 784, montrent d’ailleurs que l’on est parfois plus proche d’assonances que de rimes proprement dites. Au nombre des traitements les plus spécifiques, on peut noter la monophtongaison sur laquelle repose l’équivalence i(s) : ui(s) (cf. vv. 121 - 124, 349 - 352, 437 - 440, etc.). Cette évolution existe en anglo-normand, mais aussi dans le NordEst et à l’Est (wallon, lorrain, bourguignon), et il n’est pas certain que l’on conserve ici la trace d’un fait dialectal13. Au v. 534, feu intervient dans une rime qui postule une variante plus typiquement septentrionale (anglo-normande, picarde et wallonne) pour ce substantif, et le poète recourt aux vv. 932 et 1088 aux pronoms my et sy pour moi et soi, mais ces aboutissements ne sont pas contenus dans les limition, et que le texte de Guillaume le Clerc de Normandie peut être considéré comme une source secondaire. Cette double observation est pourtant dénuée de fondement. 12   Le poète utilise les mêmes expressions que celles qui figurent dans les prières adressées à la sainte. Voir par exemple l’invocation de Cambridge, Fitzwilliam Museum, 9, 1951 : « mirour resplendissant / onquel mirer se doient tous pecchours penitans » (v. 57 sq., cités d’après P. Rézeau, Les prières aux saints en français à la fin du moyen âge. Prières à un saint particulier et aux anges. Glossaire et Tables, Genève, Droz, 1983, p. 343) ou la prière des matines contenue dans Poitiers, Médiathèque François Mitterrand, 95 (350), f° 72 v° / 73 r° : « (...) Vous, dame bieneureuse, Marie Magdalayne, nous estes le bel mirouer et digne exemplaire de penitence par vertu, de la quelle penitence les pechés sont racordez a Dieu ». 13   apparut : nuyt, vv. 459 - 460, repose peut-être sur une réfection implicite du premier de ces termes en *apparuit ou constitue une graphie inverse, susceptible d’être rattachée aux mêmes régions.

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tes de leur aire primitive (picarde). L’auteur connaît aussi la monophtongaison /je/ > /i/ (lignee : boronnie, vv. 33 - 34), que l’on observe au départ en Picardie, Wallonie et Lorraine, mais elle aussi susceptible d’une plus large distribution, et les dialectes de ces contrées admettraient encore une rime comme celle des vv. 489 - 492, si ce n’est qu’elle est peut-être approximative. D’assez nombreuses strophes nous indiquent par ailleurs une correspondance phonique entre les digrammes ai et oi (/ε/), notamment dans les terminaisons d’imparfaits (cf. vv. 101 - 104, 577 - 580, 649 - 652, etc.), que révèle aussi la graphie adoptée pour povait, v. 115. Rapidement adoptée, la monophtongaison /we/ > /ε/ semble débuter dans la seconde moitié du XIIIème siècle et se poursuivre au XIVème tandis que pour les finales de ce temps, P. Fouché considère que « L’amuïssement de w commencé à l’Ouest, peut-être dès le XIVe siècle, ne s’est (...) étendu que plus tard à la région parisienne », et que cette diffusion ne s’est pas produite sans quelque résistance14. L’auteur fait aussi rimer les infinitifs et participes passés (ou substantifs) que la consonne finale de leur thème distingue jusqu’au XIIIème siècle au moins (strophe 1, notamment), mais un rapprochement comme pitié : gré, vv. 69 - 70, ou piez : arrosez, vv. 105 - 142, parmi bien d’autres exemples, nous montre qu’il s’agit peut-être d’une licence poétique. Ce fait est d’ailleurs plus surprenant (et éventuellement caractéristique des libertés de la rime) dans les vv. 1229 - 1232. Aux vv. 233 - 236 ou 745 - 748, il alterne les formes en diérèse et en synérèse d’imparfaits du subjonctif, ce qu’autorise une évolution dont les premières traces remontent toutefois au début du XIIIème siècle déjà, même si les finales bisyllabiques résistent jusqu’à la fin du moyen âge. Les autres faits qui retiennent l’attention ne sont pas moins ambigus ou revêtent un caractère approximatif qui s’explique peut-être par les facilités que le versificateur s’accorde. La rime qui unit saint, v. 100, à des formes nasalisées en /ã/, ne correspond par exemple à aucune aire linguistique (de même sans doute pour ame, indic. prés. 1 de amer, que les vv. 153 - 156 alignent sur une finale -ame). dieux, v. 428, ne semble pas non plus connaître de traitement dialectal compatible avec la rime des vv. 425 - 427. Celle du v. 863 sous-entend une forme de l’adverbe aussi attestée mais considérée par P. Fouché comme le simple résultat d’une nasalisation progressive15. Et si l’on peut trouver une explication au rapprochement eure : dessure (desseure ?), il est impossible de justifier celui des autres mots placés à la finale des vv. 1021 - 1024 ou 1197 - 1200. Quant à tous : mot, vv. 1309 - 1312, il s’agit sans doute d’un à peu près.

  Le verbe français. Étude morphologique, Paris, Les Belles Lettres, 1931 (Publications de la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg, fasc. 56 ; Nouvelle édition entièrement refondue et augmentée, Paris, Klincksieck, 1967 (Tradition de l’humanisme, IV), p. 243. 15   Idem, p. 362, rem. III. 14

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La récolte est tout aussi aléatoire dans le domaine lexical16. Le mot le plus singulier du texte est assurément le substantif marin, qui fait partie de la liste de vents donnée au v. 886. Ni Godefroy ni Tobler-Lommatzsch ne mentionnent ce vocable que, pour la période ancienne, le FEW (marinus, VI, col. 346 b) rattache aux parties méridionales de la France. Le TLF est plus précis : il considère ce mot comme un emprunt à l’ancien provençal marin, « vent du sud, ou sud », et rappelle que le latin marinus est lui-même attesté à la fin du Vème siècle dans un emploi substantivé désignant le vent de la mer sur la côte africaine. Néanmoins, ces données ne nous indiquent pas par quel cheminement il est pavenu en français. Godefroy nous fournit par ailleurs un grand nombre d’occurrences du mot bistens, « conflit » (seule leçon admissible pour le v. 87, cf. variante de B), surtout à partir de documents historiques du XIIIème siècle. Est-ce en raison des matériaux qu’il a compulsés que la majorité des occurrences localisables se situent en Lorraine ? Les exemples littéraires de cet ouvrage et du Tobler-Lommatzsch nous renvoient également vers l’Est mais aussi au Nord et au Nord-Est, et concernent avant tout la même période, mais nous ne saurions en tirer de conclusion. Les autres vocables dignes d’une mention particulière ne nous aident pas non plus à localiser le texte ou à le situer dans le temps : c’est leur rareté ou la période de leur apparition qui les rendent intéressants, à moins encore qu’ils ne prêtent à débat. Au sens de « grotte, caverne », baulme (v. 1071 et passim) se retrouve dans d’autres textes de notre corpus, dont l’un est sans doute antérieur. bont (v. 752) est un déverbal de bondir très rare lui aussi et surtout assez tardif puisque le TLF n’en mentionne pas d’exemple avant 1430 environ, toujours d’après les relevés de Godefroy (de premier bond, « tout d’abord » ; Christine de Pizan, n° 91 des Cent Ballades, v. 12)17. braser, « brûler, détruire par le feu » (v. 1020, omis dans B) est un verbe peu courant dont le premier exemple (picard) semble remonter au deuxième tiers du XIIIème siècle. Le dérivé corrumpement, « altération, dommage » (v. 19), est peu fréquent mais apparaît assez tôt, de même que la signification particulière qu’il offre ici. exorter, vv. 767, 1215 (P seulement), est exceptionnel au moyen âge et sa datation peu certaine18. Les dénominations de vents qui complètent le v. 886, déjà signalé, à savoir grec et siroc, n’existeraient, dans un cas, que dans le Livre du Trésor19, Brunet Latin utilisant aussi la seconde (sous la forme siloc, dans le 16   Le seul autre trait morphologique qui éveille la curiosité n’est pas dialectal : mouri, v. 686, est en effet une forme secondaire que P. Fouché pense pouvoir attribuer à l’influence de l’infinitif (idem, p. 327). 17   La leçon propre à B trahit sans doute une reformulation banale et maladroite du vers. 18   Vu sa provenance (texte et édition), la première attestation mentionnée par le TLF (Chevalier au cygne, ca 1200 ; d’après Godefroy) est probablement ambiguë. Pour autant que C. Hippeau ait bien reproduit le vers concerné, elle provient d’un manuscrit du milieu du XIIIème siècle et elle n’est pas corroborée par l’édition Nelson, ni par les variantes signalées dans son apparat critique (cf. The Old French Crusade Cycle, vol. I, version dite « Beatrix », v. 1545). Le FEW, exhortari, III, col. 294 b, l’anticipe encore en datant une occurrence, non spécifiée, de 1150. 19   La mention par le FEW, graecus, IV, col. 210 a, du Livre des merveilles de Marco Polo est erronée, selon le DEAF (cf. col. 1307), qui signale que de terme est « assez répandu dans la Méditerranée », ce qui n’est pas sans rappeler l’origine de marin, que nous venons de commenter.

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manuscrit suivi par F. J. Carmody), alors que la plus ancienne citation du TLF pour siroc est datée de 1441. Ces variantes et quelques autres que l’on relève pour ce mot sont toutes rares. taisier (v. 344 ; cp. taisa, v. 1237 de P) est une réfection isolée, d’après le FEW (cf. tacere, XIII, 1, col. 27 b). Enfin, c’est encore Brunet Latin qui nous fait connaître la première des deux seules occurrences médiévales répertoriées de thrones (plus précoce en tant que tel) dans l’acception précise qu’il revêt au v. 1336. Terminons sur un cas plus épineux. Au v. 481, nous avons en effet choisi d’éditer l’adverbe resconsement sous cette graphie, au lieu de rescousement, comme dans le manuscrit P. Aucun de ces deux mots n’est pour autant attesté. resconsement est cependant facile à rattacher à resconser et plus particulièrement à une expression (isolée, il est vrai) comme en rescons, « en secret », tandis qu’il s’avère plus problématique d’établir une relation entre rescousement et un quelconque thème lexical. Avons-nous donc bien affaire à une entreprise d’origine anglo-normande, du Nord-Est ou de l’Est, et du XIVème siècle, comme on l’a dit jusqu’ici ?20 Peut-être, mais rien ne l’indique avec certitude. Nous l’avons plusieurs fois souligné : son revêtement linguistique n’offre pas la cohérence nécessaire à une enquête géographique. Quant au moment de sa composition, le style de notre poème, plus que les faits de langue, pousse à envisager une date comprise sans doute entre le début du XIVème siècle et la réalisation du manuscrit de Pau, qui nous fournit le seul repère sûr à ce sujet. Reste à dire un mot sur notre édition. Aucun des exemplaires dont nous disposons aujourd’hui ne fournit un texte irréprochable, bien au contraire, mais ceci résulte peut-être en partie de la facture originale du poème, et entre les manuscrits de Pau et de Besançon, la supériorité du premier ne fait aucun doute. Les altérations qui se produisent dans le second, l’insuffisance de son modèle ou les bourdes de son copiste s’avèrent dès le quatrain initial, que cette copie restitue sous forme de tercet, moyennant une cheville calquée sur le début de la strophe suivante. C’est donc P que nous utiliserons comme de texte de référence, sous le contrôle de B qui nous servira aussi à combler les lacunes du premier. En revanche, nous n’interviendrons qu’avec beaucoup de prudence sur les vers qui présentent une difficulté métrique. La pratique de l’auteur semble en effet beaucoup trop fluctuante pour permettre de distinguer à coup sûr les irrégularités qui lui sont dues de celles qui résultent de la transmission de son poème. Quand bien même nous y parviendrions, il s’avérerait souvent problématique d’opter pour une correction fondée. Devant un mot à initiale vocalique, en particulier, le traitement des monosyllabes atones est assez irrégulier. Le e est marqué ou au 20   L’estimation de P. Meyer (« Légendes hagiographiques en français », art. cit., p. 368) a été reprise dans les quelques cas où il est fait allusion à notre poème.

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contraire omis, que le terme auquel il appartient ait une valeur syllabique ou non. Nous avons donc choisi de ne pas modifier les occurrences de n(e) et de qu(e) lorsqu’un écart métrique ne résultait que de ce flottement. Il nous a toutefois semblé que le cas, plus atypique et exceptionnel, de le et de son méritait un traitement distinct et nous intervenons aux vv. 116 et 135, dans lesquels l’aspect qu’un de ces termes revêt contredit l’équilibre du vers, tout en indiquant s’il y a lieu la variante de B. Au v. 538, nous corrigeons également qui, l’excédent résultant ici d’un simple échange avec que. Plan de l’édition Exemplaire de référence : Pau, Archives départementales des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F), f° 101 r° - 124 v° (P) Exemplaire de comparaison : Besançon, Bibliothèque municipale, 254, f° 165 v° 185 v° (B)

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Desesperer

Ne vous devez, vous qui souliez pecher, Quar vous povez bon exemple trouver En moy pour vous envers Dieu reparer.

Or entendés, Seigneurs et dammes qui cest livre lirés, Je vous suppli que vous me pardonnés [Se nulle chose en escript y trouvez]

101 r° 4

8

Qui ne sceit bien, Car je n’ey pas le sens de Galien, De Socratés ou de Valerian, Mes bon vouloir me fait sur toute rien

12

Mectre en chemin Et travailler au soir et au matin Pour departir le franczois du latin, Dont j’ay esté las de trouver la fin

16

Bien proprement. Ou nom de Dieu le pere tout puissant Et de la Vierge qui sans corrumpement Porta neuff moys le precieux enffant

20

Qui nous a trait Du puyz d’enffer ou par noustre meffait Le deable nous enprinsonna de fait Pour le peché que Adam avoit fait,

24

Dont tresgrant paine En ha souffert – c’est bien chouse certaine – Dieu Jhesucrist, qui nature humaine A delivré et bouté hors de paine

28

Pour sa bonté. En celui temps, selon que on m’a comté, Jherusalem estoit bonne cité, Si y avoit ung noble parenté

101 v° 32

P ne comporte pas de rubrique. – 8. Vers omis par le copiste. Texte de B. – 32. Si avoit y avoit, premier avoit exponctué et tracé à l’encre brune et rouge. 1 - 2. Or escoutés vous qui solés pechier. – 3. Car cy povez. – 8. Se nulle chose en escript y trouvez. – 10. le sens Valerien. – 11. De S. ne aussi de Galien. – 27. que. – 29. Par sa b. – 32. Si y avoit ung n. p.

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De grant lignee, De grant haultesse et de grant boronnie; Princes estoint de grant chevallerie. Ung chevallier y eut de bonne vie

36

Qui fut nommés Ladre – par tout fut ainxin appellés. Proudons fut, bien y apparut aprés; Se il fut riche, [demander le povez],

40

Car il tenoit Grans heritages et grant povair avoit. La quarte part de la cité estoit A luy et a deux seurs qu’il avoit,

44

Qui avoint nom La premiere Marthe pour son droit nom – Et celle famme fut de grant renom –, Et l’aultre fut damme de Magdalon;

48

Si fut nommee Magdalene par toute la contree. Sa grant beaulté fut par tout renommee, Mais sa bonté fut si mal gouvernee

52

Qu’en verité Elle avoit du tout habandonné Son bien, son sens, son corps et sa beaulté, Et si rompit le frain de chasteté,

56

Ne luy chaloit De nulle rien si son plaisir n’estoit. Frere ne seur ne homme ne cregnoit; Sa grant beaulté par tout moustrer vouloit.

102 r° 60

39. Au point de vue métrique, la variante de B est plus équilibrée (bien y parut est en outre plus naturel que bien y apparut). – 40. Se il fut riche, si amoit il les pouvres. Correction d’après B. – 54. Même vers hypomètre dans les deux exemplaires de notre poème (à moins d’amettre un hiatus entre le e final de Elle et la voyelle initiale du mot suivant). 39. Preudons y fut, bien y parut aprez. – 40. Se y fut riches, demander le povez. – 44. que il avoit. – 46. par son droit non. – 47. Et celle fut femme de grant renon. – 51. Sa grant biaulté par toute renommee. – 55. Son bien son c. son sens. – 59. ne seur ne honte.

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Mais pour fournir Cest ystoire de quoy j’ay grant desir, Dont pry a Dieu qui la me doint complir – Pourtant convient que ce soit au plaisir

64

Et a l’onneur De la Vierge, maire Noustre Seigneur, Qu’Il Lui plaise de nous garder tout jour De mal, d’ennuy et de toute doulour

68

Pour sa pitié. Or entendés, si [il] vous vient a gré, Coment le mal que j’ay dessus compté En poay de temps tourna a grant bonté,

72

Quar repentence Eut des grans maulx qu’avoit [fait] en s’enffance Pour son orgueil et pour son ignorance, Et en porta aprés tel penitance

76

Conme vous orrés En cest livre quant tout leü l’arés, Quar je pance que vous y trouverés Beaucop de chouses que oncques ouy n’avés.

80

Or vueil compter Comment Jhesus s’ala ung jour disner Chieulx ung bourgeois qui se faisoit nommer Symon Lepreux, qui moult souloit amer

84

Devotes gens. Pour ce Jhesus avec toutes ses gens S’ala disner chieux luy sans nul bistens. La Magdalene sceut qu’Il estoit leans;

102 v° 88

62. Cest ystoire deg (?) de quoy, deg exponctué et tracé à l’encre brune et rouge, et rendu peu lisible. – 66. De la v. m. de n. s. Ce vers, hypermètre dans P, est lacunaire dans B, qui permet cependant de rectifier l’hémistiche problématique dans notre exemplaire de base. – 70. si vous vient a gré (vers hypomètre). Correction d’après B. – 74. qu’avoit en son enffance. La syntaxe exige ici l’emploi d’un participe, comme dans B. – 76. telle pen. (vers hypermètre). Correction d’après B. 61. Mais f. – 62. Cest yst. dont j’ay ung grant d. – 63. que le me doint. – 64. Par tel couvent que. – 66. De la mere nostre s. – 67. Qui luy pl. (...) tousjours. – 69. Par sa p. – 70. si il vous v. – 72. en grant b. – 74. Et de grant m. qu’avoit fait en s’enfance. – 75. Par (...) par. – 76. Si en p. aprés tel pen. – 78. quant leü vous l’avrés. – 80. qu’onques. – 82. Jhesus] omis par le scribe. – 86. avec tous ses gens. – 87. chieux luy sans arrester.

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Tou[s]t et courant Va acheter d’un moult cher oignement, Puis s’en entre lians tout bellement. Soubz la table se mist tout en plourant

92

Et print les piés De Jhesucrist et si les ha lavés De ses larmes pour dueil de ses pechés. De ses chevelx les ha bien essuyés

96

Devotement. Adont Symon a dit en murmurant : « Or voy je bien », fait il, « certainement, Que ce n’est pas le bon prophete saint,

100

Car je ne croy Que ceste femme lessast toucher a soy. Deffamee par tout clamer la voy, Grant pecheresse est elle, bien le scay. »

104

Mes Jhesucrist Se retourna vers Symon, si luy dist, Ung argument moult gracieulx luy fist; En la maniere que vous orrez luy dist :

108

« Ung usurier Avoit long temps tenu en son dangier Deux pouvres hommes qui maille ne denier N’avoit nul d’eulx de quoy peussent payer,

112

Et l’un debvoit Cinq cens deniers, dont tresgrant dueil avoit, L’autre cinquante, paier ne le povait; Et l’usurier, qui sa paie vouloit, Va adviser Leur pouvreté, si les ala quiter. Lequel d’eulx deux le doibt plus mercier Ne qui le doibt par raison plus amer ?

103 r° 116

120

89. Tout et courant. Correction d’après B, graphie conforme à la scripta de P (voir aussi le v. 752, qui incite à privilégier cette leçon sur tout en courant). – 96. les a ha bien ess., a tracé. – 116. le usurier (vers hypermètre). Correction d’après B. – 120. le d. plus par r. plus amer, premier plus tracé. 89. Tost et courant. – 91. s’en entra. – 95. par d. – 96. les a bien essués. – 106. ver S. et luy dist. – 107. luy dist. Vers interverti avec le suivant. – 111. que m. – 116. l’usurier. – 119. L. d’eulx le doit mieulx m. – 120. Vers omis par le copiste.

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Or le me dy. » « Sire », fist il, « en verité vous dy Que cil qui plus a prins argent de luy L’amera plus, quar mieulx a desservi. »

124

« Certes, Simon », Fist Jhesucrist, « tu dis comme proudom, Mes tu sceis bien si je dy voir ou nom, Quar quant j’entray dedans ceste maison,

128

Ung seul baisier Par bonne amour ne m’as voulu donner, Ne mes piés d’eaue ne m’as voulu laver Ne mon chieff d’uille oindre ne arrouser;

132

Mais sans doubtance, Ceste femme ha si grant repentance Des grans pechez qu’elle fist en s’enffance Que en plourant en fait sa penitance,

136

Car sans doubter, Qui vouldroit de son fait bien regarder, Bien y pouroit grant exemple trouver, Quar oncques puis ne fina de baisier

140

Elle mes piez, De ses larmes lavez et arrosez, De ses cheveulx [bonnement] essuyez, Pourquoy [je] veul [que li soient] pardonnez

103 v° 144

135. Des grans p. qu’elle fist en son enff. Le remplacement probable de la forme élidée de sa, peut-être obsolète aux yeux du scribe, par la forme analogique masculine correspondante entraîne un excédent d’une syllabe. Correction d’après B (dont la variante est elle aussi déficiente au point de vue métrique, mais pas pour cette partie du vers). – 142. De ses l. a l. : vers hypermètre et construction moins naturelle qu’avec l’infinitif, comme dans B, cette syntaxe ayant toutefois pour conséquence de fausser la rime. – 143. Et de ses ch. diligement ess. (vers hypermètre). L’adverbe diligement est peut-être surmonté d’une abréviation. Correction d’après B. – 144. P. luy veult ses pechez pardonnez; lecture incertaine pour la dernière lettre de veult; ses pechez tracé et remplacé par : de bon cuer. Cette intervention du copiste ne rend pas pour autant la leçon de P satisfaisante. Correction d’après B. 124. car m. l’a dess. – 127. bien se je te dis vray ou non. – 135. Des pechiez qu’elle a fait en s’enfance. – 136. en pl. a fait. – 138. Qui v. bien a son fait r. – 142. De ses l. laver (ou lavez ?) et arrouser (ou arrousez ?). – 143. De ses cheveux bonnement essuer (ou essuez ?). – 144. P. je veul que li soient pardonnés.

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Tous ses pechez. » De ce se sont trop fort esmerveillez Ceulx qui [se] sont [a sa table] disne[z]. Dedens leurs cueurs furent tous courroucez,

148

Mais non pourtant, Quant Jhesus vist leur foible entendement, Si leur a dit a tous communement : « Pour quoy mectez vous nul empeschement

152

A ceste femme ? Elle fait bien et vous luy donnez blasme, Car grant amour art son cueur et enflame. Bien a ouvré en moy, pour quoy je l’ame,

156

Et pardonnez Sans nul debat luy ay tous ses pechiés. Or t’en va, femme, je te donne ma paix. » La Magdalene s’est levee en piez;

160

Tout maintenant Qu’elle se fut levee en estant Print une boeste d’alebastre luysant Qui estoit plaine d’un riche ongnement.

164

Versee l’a Sur ses cheveulx – de ce plus Il l’ayma. Quant Judas vist ce fait, grant dueil en a; Por poy que de yre le cueur ne luy creva,

104 r°

Si prist a dire Comme chetif couvoiteux et plain d’ire : « C’est si mal fait que ne pourroit pas dire – Or escoutez », fit il, « que je vueil dire –

172

D’avoir perdu Cest ongnement qu’on a cy respandu, Car se je l’eusse trois cens deniers vendu, Si les eussions aux pouvres despendu,

176

147. Ceulx qui sont ensemble a disner. Vers hypomètre et rime déficiente. Correction d’après B. – 169 - 170. Si prist a dire comme ch. couv. / Et plain d’ire. Correction d’après B. 146. De ce sont trop fort. – 147. Ceulx qui se sont a sa table disnez. – 150. voit leur fol ent. – 166. Sur les ch. – 167. voit cest fait. – 169 - 170. Si prist a dire / Comme chaitif convoiteux et plain d’ire. – 171 - 172. Vers omis par le scribe. – 174. despendu. – 175. Car je l’eüsse.

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sources antérieures à jacques de voragine

Si fut mieulx fait. » Mais touteffoiz, ce n’estoit pas son fait, Car des pouvres gueres ne luy challoit, Mais son disme que perdu y avoit

180

Le fit gemir. Adonc Jhesus commanda a cueillir Cest oingnement, car a son sevellir Le vouloit il avoir pour son plaisir.

184

Aprés cela Le traïstre Judas partit de la, Droit aux prestres de la loy s’en ala Et son seigneur pour argent vendu a.

188

Mais la matiere De la passion Jhesucrist Noustre Sire Ne vous vueil pas quant a present vous dire, Car ma science ne pourroit pas souffire

192

A si grant chose. Le text est grant, si est plus grant la glose : Pource ne doit nul entreprendre chose Que il n’en sache la fin et la parclose,

104 v° 196

Car a grant peine Ay je compris – c’est bien chose certaine – Comment vesquit la sainte Magdalene Ne comment vint a la noble fontaine

200

D’umilité – C’est Jhesucrist, qui pour sa cherité Depuis le jour qu’Il luy eust pardonné Luy a tous jours si grant amour porté.

204

Pour l’amour d’elle A Il gary sainte Marthe la belle Du mauvais mal qui « flux de sang » s’appelle. Sept ans l’avoit porté la damoyselle,

208

– 177. Si fust. – 179. de povrez. – 184. par son pl. – 186. se departi. – 187. Droit aux prouvoires. – 191. a pr. escripre. – 194. grant et greigneur est la glosa. – 195. Vers omis par le copiste. – 203. qu’il y ot p. – 207. flour de sang.

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Mais delivree Fut de ce mal quant Jhesus l’eut signee, Du tout en tout guerie et sanee. D’ores en avant – ne vous en fais cellee –

212

Que pour moustrer L’amour tresgrant qu’Il leur vouloit porter, Pour en apprendre et mieulx endoctriner, S’est Il voulu en leur maison logier;

216

Mais moult grant mal Vint a leur frere qui gouvernoit l’ostal. Bon chevalier et preudons et loyal Avoit esté et sans faire nul mal.

220

La mort le prist, Dont chascune des seurs grant deuil en fit, Mais Jhesucrist vint et si leur a dit : « Je vous commande de par le Saint Esperit

105 r° 224

Que vous laissez Ceste douleur et plus vous ne plourez, Mais en la tombe ou il est me menez, Car je vueil bien que certaines soiez

228

Qu’il revivra. » Et sainte Marthe maintenant dit Luy a : « Mon tresdoulx Sire, je croy bien qu’il put ja, Car il a bien quatre jours qu’il est la,

232

Mais se tu fusses Esté ceans, tousjours gardé l’eüsses Et a ce mal tuer laissé ne l’eusses; Sain et guery rendu le nous eüsses. »

236

212. La forme ores, identique dans B, n’implique pas que la seconde syllabe de ce mot compte dans la mesure du vers. – 224. Le vers est régulier à condition d’admettre qu’esperit soit bisyllabique. – 232. Car il y a bien (vers hypermètre). Correction d’après B. – 233. Mais se tu f. esté ceans, deux derniers mots tracés. 210. seignee. – 211. Du tout garie et s. – 219. Bon ch. estoit et pr. – 220. Avoit esté sans f. nul mal fel. – 224. de par saint esperit. – 227. a la t. – 231. Moult tr. sire je croy que il put ja. – 232. Car il a bien. – 235. Et a la mort laissier tuer ne l’eusses, mort ajouté au-dessus de la ligne. – 236. Sain et gari tu r.

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sources antérieures à jacques de voragine

Et maintenant, Jhesucrist leur a dit tout en plourant, Car de leur dueil Luy print pitié moult grant : « Ressusciter le fault certainement.

240

– Je le say bien », Fit sainte Marthe qui moult savoit de bien, « Et de cela ne doubte je de rien Qu’au jugement ressuscitera bien.

244

– Ne croys tu don Que je suis vie et resurrection, Verité, paix [et] vray Dieu et [vif hom] ? Je vueil savoir se tu le crois ou non. »

105 v° 248

Et maintenant Dist sainte Marthe : « Je croy bien fermement Que tu es Crist, [filz] de Dieu tout puissant Qui est venu pour noustre saulvement. »

252

Et lors Jhesus S’en est tout droit au monument venus, La pierre fist ouster qu’estoit dessus, Si luy a dit : « Ladre, lieve toy sus ! »

256

Et orendroit C’est il levé davant Jhesus tout droit; Mes de ce[cy] lesserons orendroit, Et parlerons des chouses que faisoit

260

La Magdalaine, Coment porta pour Jhesucrist grant paine, Comment lessa toute chouse mondaine, Comment se tint tousjours la plus prochaine

264

244. Que au jug. ress. il bien (vers hypermètre). Correction d’après B (voir la variante au v. 243). – 247. paix, vray dieu et vivon. Leçon manifestement altérée. B ne fournit qu’une ébauche pour la correction susceptible de convenir à la fin du vers (graphie du dernier mot conforme à la scripta de P). – 251. tu est Cr. fist de dieu. Correction d’après B (graphies conformes à la scripta de P). – 252. Qui est venu pour n. s. Et lors Jhesus, tracé. – 255. qui estoit d. Correction d’après B. – 259. Mes de ce (vers hypomètre). Correction d’après B (graphie conforme à la scripta de P). – 264. se tint tous tousjours, tous tracé. 238. leur a dit en pl. – 243 - 244. Q’au jugement ressuscitera bien / Lor dist Jhesus : Et ne crois tu pas bien. – 246. Que suis vie. – 247. pais et vray dieu et homs. – 250. je croy certainement. – 251. tu es Cr. filz de dieu. – 252. Vers omis par le scribe. – 254. S’en n’est. – 255. qu’estoit d. – 257. Si luy a dit : Leve toy dessus. Vers interverti avec le suivant. – 258. Il s’est levé devant Jhesucrit. – 259. Mais de cecy. – 260. Et] omis par le copiste.

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De Noustre Sire. Quant Il fut prins et mené au martire, Elle ouyt tout ce que on luy va dire Et sy sceut bien puis aprés le redire

268

Quant qu’elle vyt, Quar oncques point de rien ne se esbaÿt, Mes les appoustres s’en sont tretouz fouyz; De grant paours trembloit le plus hardis.

272

Pour ce Jhesu Luy ha apprés [bon] guerredon rendu : Le jour de Pasques, quant ressuscité fut, A Magdalaine c’est premier apparu –

106 r° 276

Savez comment ? Elle souffroit grant paine et grant torment Et le sepulcre revisetoit souvent Matin [y] fut alle[e] vray[e]ment.

280

Si va trouver Sur le sepulcre – et saichez sans doubter – Saint Gabriel qui luy va [a]nuncier Que Jhesucrist qu’elle aloit serchier

284

N’estoit point la, Quar Il estoit ressuscité desja. La Magdalaine tantoust s’agenoilla Devant l’ange, doulcement luy pria

288

De luy moustrer Comment elle se devoit gouverner Et en quel part [doit] son seigneur trouver, Quar en son cueur ne povoit desirer

292

274. Luy ha apprés guerredon r. (vers hypomètre). Correction d’après B (dans cette leçon cependant, le déficit métrique de même que la coupe peu satisfaisante entre les deux hémistiches plaident pour le maintien du premier dans P et de la forme guerredon dans le second, au lieu de la variante tres bon guerdon). – 280. M. et fut allé vraye allé vrayment, allé vraye tracé. Cette leçon, déficiente au point de vue métrique, n’est guère satisfaisante. Correction d’après B. – 283. nuncier (vers hypomètre). Correction d’après B. – 291. en quel part pouroit (vers hypermètre). Correction d’après B. 266. a m. – 267. tout quanque on luy va dire. – 268. puis aprés tout r. – 269. Quanque elle vit. – 270. ne s’esbahi. – 274. Luy en a tres bon guerdon r. – 278. grief tourm. – 279. visitoit moult s. – 280. M. y fut alee vrayement. – 281. S’ala tr. – 283. anuncer. – 284. que elle aloit cerchier. – 285. N’estoit plus la. – 291. en quelle par doit. – 292. ne] omis par le scribe.

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sources antérieures à jacques de voragine

Nulle rien tant Comme de veoir son maistre par qui tant Avoit plouré et souppiré souvent; Mes Jhesucrist entra tout bellement

296

En cest vergier. La Magdalaine Le print a regarder Si se pensa que fust le jard[ini]er, Tout en present Lui print a demander

300

Si il savoit Nulles nouvelles de ce qu’elle queroit, De ce seigneur qu’ensevely avoit, [Dans] le sepulcre qui estoit la endroit.

106 v° 304

Lors lui parla Son bon maistre et la reconforta En luy disant : « Magdalaine, vien cza ! » Et maintenant elle s’en courut la,

308

Et bien sachez Qu’elle vouloit aller baiser ses piés, Mes Jhesucrist c’est arriere tirés, Si luy a dit : « Ne vueill estre touchés

312

Quant a present, Mes dresse toy en piés hardi[e]ment; Si t’en [iras] aux appoustres courant Et leur diras [la] maniere comment

316

Je t’ay trouvee Et se leur dy que droit en Galilee S’en viengnent touz faire leur assemblee. » Et maintenant s’en part et l’a laissee

320

297. En ce vergier cest vergier, ce vergier exponctué et tracé. – 299. jardonner (forme douteuse). – 304. Dont le sep. Correction d’après B (Dedens, qui entraîne un excédent métrique, doit cependant être remplacé par une forme monosyllabique de signification analogue). – 314. hardiment (vers hypomètre). Correction d’après B. – 315. Si t’en va (vers hypomètre). Correction d’après B. – 316. Et leur d. man. c. (vers hypomètre). Intervention de nature conjecturale. 294. Comment. – 299. que fut le jardinier. – 300. Dont en pr. – 303. qu’enseveli estoit. – 304. Dedens le sep. – 309. Mais bien sachiés. – 314. hardiement. – 315. Si t’en iras aux apostres comment. – 316. Vers omis par le copiste.

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En grant plaisir, Car elle voit acomplir son desir. A son aller ne mist pas grant laisir Qu’aler vouloit son message fournir. Courant s’en va Aux appoustres et si les salua, Et [si] leur dist : « Mes freres, venez cza ! » Et maintenant elle leur raconta

257

324

107 r°

Comment Jhesus Son bon maistre luy estoit apparuz En la maniere qu’avez ouy la sus, Quar a present n’en parlerons ja plus.

332

Puis demoura La Magdalaine en ce pays de la Jucques a tant que Dieu transmis leur ha Le Sainct [Esperit] qui les reconforta

336

En pacience. Des Escriptures leur ouvrit la santance, De touz langaiges leur a donné loquence Et auxi bien leur a donné science

340

De [bien] preschier; Mes les juiffs prindrent touz a crier : « Nous n’avons cure de oÿr ja plus parler De Jhesucrist, si vous en fault taisier. »

344

Et maintenant Ont il happé sainct Estienne a tant, Lapidé l’ont – chascun sceit bien comment. C’est le premier qui ha souffert tourment

348

327. Et leur dist (vers hypomètre). Correction d’après B. – 336. Le saint sainct qui les reconforta, saint peut-être tracé à l’encre brune. Correction d’après B (pour la forme du mot esperit, cf. v. 224). – 341. Dans trois des vers où le verbe preschier est employé (ici et aux vv. 354 et 418), la métrique semble imposer un thème bisyllabique. Toutefois, dans cinq autres cas (vv. 430, 600, 800, 872 et 1031), il est traité comme un monosyllabe. Nous préférons donc nous abstenir ici d’une intervention. – 342. Vers hypomètre dans les deux manuscrits (à moins de faire compter le mot juiffs pour deux syllabes, ce qui paraît douteux). – 346. Le h de happé a été ajouté à l’encre rouge. 322. elle vit. – 323. A s’en aler. – 327. Et si leur dit. – 331. qu’avés oÿ dessus. – 332. n’en pal. nous plus. – 335. tramis. – 336. Le s. esperit qui les rec. – 339. d. science. – 340. Vers omis par le scribe. – 343. d’oÿr. – 344. nous en f. – 346. Ilz ont hapé saint Est. (a tant omis).

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sources antérieures à jacques de voragine

Pour Noustre Sire; C’est le premier qui a souffert martire. Et maintenant, saint Pierre print a dire : « En verité, il nous en convient fuyre. Or en alons Par le monde et si prescherons La foy de Crist avant que nous mourons. Si nous partons en pluseurs regions

352

107 v° 356

Et en chemin Nous metons tous demain au [beau] matin. » Mes sainct Pierre dist a saint Maximin : « Or vien avant », dit il, « mon beau voisin.

360

Tu garderas Cestes gens [cy] le mieulx que tu pourras. Le Ladre et Marthe avecques toy avras Et Magdalaine, qui moult chiere tiendras,

364

Quar tu sceis bien Que noustre maistre leur vouloit grant bien. Pour ce te pry que tu la gardes bien, Sa voulenté feras sur toute rien,

368

Quar je t’en pri Que tu lui soyes leal et bon amy, Quar tu sceis bien qu’elle [l’a] desservi. » Saint Maximin maintenant respondit :

372

« Je le feray, En verité, le myeulx que je pourray; A mon povoir tous jour la serviray, De tresbon cueur son plaisir [je] feray. »

376

350. qui a s. ma martire, ma tracé. – 354. Voir la note au v. 341. – 355. La foy de Jhesucrist. Même leçon, hypermètre, dans les deux manuscrits. Intervention de nature conjecturale (voir toutefois les vv. 417 et 847). – 358. tous demain au m. (vers hypomètre). Correction d’après B (graphie conforme à la scripta de P). – 362. C. gens le m. (vers hypomètre). Correction d’après B (graphie conforme à la scripta de P). – 371. qu’elle dess. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 375. A mon p. toust tousjour la s., toust tracé (lecture conjecturale). – 376. son pl. f. (vers hypomètre). Dernier mot précédé d’une suite de caractères tracés et illisibles. Correction d’après B.

352. il nous c. fuire. – 358. – tous devant au biau m. – 359. Vers omis par le copiste. – 360. fait il. – 362. C. gens cy le m. – 363. avec toy. – 366. luy v. moult grant bien. – 370. Que luy soies loyal. – 371. qu’elle l’a dess. – 376. son pl. je f.

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Et maintenant, Saint Maximin a dit courtoisement : « Magdalaine, il me seroit semblant, Selon mon sens et mon advisement Deussions aller Jucques au port a rive de la mer Et si trouvons vesseau en quoy monter. La pourons nous mieulx nos vies saulver

259

380

108 r° 384

Que aultre part. » La Magdalaine respont : « Si Dieu me gart, En ceste chouse avez moult bon regart; Myeulx nous vauldroit y aller toust que tart. »

388

Or sont venus A la marine et si sont montez sus En ung vesseau tout vieulx et [de]rompus. Qui les veoit les tenoit pour perdus,

392

Quar sans doubter, Sans point de voille ont passee la mer – Grant mervoille est a ouyr compter. Droit a Marseille sont venuz ariver.

396

Quant il [y] furent Arrivés la, toute celle nuyt jeurent En ung porche, et point d’aultre oustel n’eurent. En oroison toute celle nuyt furent,

400

Quar a manger Ne leur avoit nully voulu donner Ne point d’oustel pour leurs corps herberger, Mais d’oraisons les convint saouler;

404

391. et rompus. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 397. Quant il f. (vers hypomètre). Correction d’après B. 379. il m’est en mon samblant. – 382. au port et rive. – 383. sur quoy m. – 388. Mieulx nous v. en aler. – 389. Or sont ilz tous a la marine venus. – 390. Et tantost s’en sont montez sus. – 391. et desrompu. – 394. Sans point de vele si ont prinse la mer. – 395. est que de l’oÿr c. – 397. Quant il y f. – 399. et] car. – 400. En oroisons. – 402. Ne leur avoit volu nulluy d. – 403. leur c. – 404. a s.

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sources antérieures à jacques de voragine

Mais au davant De ce porche avoit ung temple grant Que le peuple acoustumeement Venoit ourer une ydolle [d’argent] Qu’il y avoit. Au lendemain s’en est venu [tout] droyt Tout le peuple, ainxin comme souloit, Sacrifier au dieu qui la estoit.

408

108 v° 412

Lors se leva La Magadalaine et saluez les ha Courtoisement et les amonesta. En son sermon tant racompté leur ha

416

La foy de Crist, Et en preschant quant qu’Il fist leur dist, Comment nasquit, comment pour nous mort prist Et tout les aultres miracles qu’Il fist.

420

Si l’escoutoient Moult voulentiers et si se mervoilloient De la tresgrant beaulté que en elle veoyent; Quar oncques si sage femme veu n’avoyent.

424

Le jour aprés S’en est venu – bien vieulx que le sachez – Le roy Marcille et sa femme aprés En ce temp[le] sacriffier ses dieux,

428

Et la endroit La Magdalaine au peuple si preschoit. Le roy la vit, si s’en ala tout droit Pour escouter tout quant qu’elle disoit,

432

408. V. aourer une yd. aornee grandement. Vers hypermètre, même compte tenu de la possibilité que le thème d’aourer et d’aornee soit monosyllabique, en dépit de leur graphie. Correction d’après B pour le second hémistiche. – 409. Qu’il luy avoit. Correction d’après B. – 410. s’en est venu droyt (vers hypomètre). Correction d’après B. – 418. Voir la note au v. 341. – 428. En ce temps. Correction d’après B. 408. V. adourer une ydole d’argent. – 409. Qu’il y avoit. – 410. A l. s’en n’est venu tout droit. – 411. c. il s. – 412. qu’il la estoit. – 416. En son s. raconté si leur a. – 417. de Jhesucrist. – 418. Et en pr. toute sa vie leur dit. – 420. tous (...) que il fist. – 422. s’esmerveilloient. – 423. De la grant biauté. – 428. En ce temple.

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[Et] grant plaisir Prenoit chescun a son sermon ouyr. Lors dist le roy : « J’ay tresgrant desir A savoir mon que sont venuz querir Cestes gens cy, Quar oncques mes [t]elles gens [je] ne vy, Ne nulle femme si bien parler n’oÿ; Mes d’une chouse suys iré contre luy,

261

436

109 r° 440

Car elle dit En son sermon sans point de contredit [Que] elle tient touz noz dieux en despit, Dont je voy [bien] que de noustre prouffit

444

Petit luy chault, Mais son parler, sachés que rien ne vault Puis qu’elle met touz nos dieux en deffault; Mes touteffois, dorenavant [il] fault

448

Qu’elle se tiengne De son parler et au temple ne viengne. » Lors dist le roy : « Lessons ceste bargiergne. Alons nous en, qui vouldra venir vienne. »

452

Alez s’en sont En leur oustel ou tresbien aisé sont, Mes d’une chouse en tre[s]grant desir sont D’avoir enffant, que oncques eu n’en ont;

456

Mais celle nuyt, Quant ilz se furent bien endormy [tretuit], A la roÿne en dorment apparut La Magdalaine au plus fort de la nuyt

460

433. En grant pl. Correction d’après B. – 435. Même vers, hypomètre, dans les deux manuscrits. – 437. Cestes gens cy, quar oncques mes. Correction d’après B. – 438. Delles gens ne vy. Correction d’après B. – 443. Quar elle tient. Correction d’après B. – 444. Dont je voy que (vers hypomètre). Correction d’après B. – 448. dor. f. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 455. entregrant d. sont (la préposition est accolée à ce qui la suit). – 458. tretouz bien end. La rime plaide en faveur de l’ordre adopté dans B (tretuit ne se rencontre pas par ailleurs, mais dans ce type de formes, le scribe omet plus souvent le s préconsonantique qu’il ne l’emploie). 433. Et grant pl. – 437. Ces gens ycy. – 438. Car onques mais telles gens je ne vis. – 443. Que elle tient. – 444. Dont je voy bien que. – 447. Mettant nos dieux tresque tous en deffault. – 448. doresenavant il f. – 455. Vers omis par le copiste. – 456. qu’onques eü. – 458. bien endormi trestuit.

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sources antérieures à jacques de voragine

En luy disant : « Pour quoy n’as tu pitié aulcunement Quant tu nous vois aller de froit tremblant, Mourir de fain et de mesaise grant ?

109 v° 464

Grant peché fas, Mais touteffoiz tu t’en repentiras; De noustre Dieu bonne [paie en] avras, Ne te vauldront touz les biens que tu as.

468

Si bien veulx faire, A ton seigneur pouras cecy retraire Et prier luy que [il] nous veul[le] faire Donner oustel ou nous puissons retraire. »

472

Si s’en ala La Magdalaine et puys ne luy parla; Mes bien sachés que la dame n’osa Oncques parler ung seul mot de cela,

476

Quar grant paour Avoit de faire couroucer son seignour. Mes non pourtant, en celuy mesme jour Envoya elle par ung sien serviteur

480

Resconsement De ses viandes et moult couvertement, Quar ne l’ousoit faire apertement. Paour avoit de la mauvaise gent

484

De la cité. Au soir aprés, quant chescun fut couchié Ainsi qu’elle avoit acoustumé, La Magdalaine arrier luy a parlé

110 r° 488

467. De n. sire dieu bonne avras. Vers à l’évidence corrompu. Correction d’après B. – 471. que se ne nous veult f. Correction d’après B. – 482. et m. re couv., re tracé. – 483. Vers hypomètre, à moins d’admettre un hiatus dans le second hémistiche. La césure est meilleure que dans B, qui présente d’ailleurs aussi une difficulté métrique et n’offre aucune prise satisfaitante pour une intervention. – 488. arriere luy a p. Même vers, hypermètre, dans les deux manuscrits. 467. De nostre dieu bonne paie en avras. – 469. veul. – 470. Au s. – 471. que il nous veulle f. – 474. et plus ne luy p. – 481. Repaistement. – 483. – Car elle ne l’osoit. – 486. quant il furent c. – 487. Ainsi comme avoit ac.

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En la maniere Que luy avoit parlé la nuyt premiere Et de rechief luy encharja arriere Que a son seigneur deust compter et dire

492

La vision Qu’avoit veü deux foiz en la maison. Yre[e]ment leur a dit sa raison, Puys s’en saillit hors de celle maison,

496

Mes la roÿne De ceste chouse se tenoit pour mesquine. Paour luy fist couroux et [a]taÿne Que son seigneur ne l’en print en haÿne.

500

Ne luy ousa Riens decouvrir de celle chouse la. La Magdalaine arriere s’en tourna, Touz deux ensemble dorment trouvez les ha

504

Et si leur dit : « Te dors tu hores, ennemy Jhesucrist, Et le serpent qui avecques toy gist, Que oncques pour moy nulle chouse fist ? »

508

Le roy s’esveille, De celle chose eut moult grant merveille, Quar il n’avoit oncques veu sa pareille. La Magdalaine lui sembloit si vermoille Comme charbon Qui deüst ardre toute la maison. Si lui a dit : « Tirant, pasme et felon, En toy n’a riens que mal et peché non,

110 v°

516

492. La rime montre que ce vers a subi une altération. La variante de B lui correspond en apparence et ne fournit donc aucun indice utile (on pourrait toutefois songer à une correction du type : deust c. et retraire). – 495. Yrement (vers hypomètre). Correction d’après B. – 499. couroux et tayne. La variante de B indique la piste à suivre pour le dernier mot. – 509. s’esveille apparemment bissé et tracé. 492. Qu’a son seg[...] conter et di[...], ajouté en marge sur deux lignes et partiellement rogné. – 495. Ireement luy a dit. – 496. hors d’icelle m. – 499. Pour luy fut courous et atyne. – 500. Que son s. si l’en prist. – 503. arrier s’en t. la. – 506. enn. de Jh., préposition de ajoutée au-dessus de la ligne. – 507. avec toy. – 508. C’onques pour moy nulle choze ne fist. – 510. De ceste chose avoit mont grant m. – 514. tretoute la m. – 515. pame f. – 516. se mal pechié non.

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sources antérieures à jacques de voragine

Quar tu ne fas Conte des pouvres de Dieu que tu as En ton poair, et si ne t’en chault pas. Moult dure paine encore en porteras,

520

Je te dy bien, Quar tu as tropt tardé de faire bien Aux gens qui cy sont venuz pour ton bien. » Lors s’en partit et ne leur dist plus rien,

524

Et maintenant, La royne se tourna soudainement Devers le roy et soupp[ir]a fo[r]ment, Si lui a dit : « Je vous pry chier[e]ment

528

Que vous [diés] Si en ceste chambre chouse veu avez Dont voustre cueur soit [si] espouantés. » « Certes », fait il, « bien vueil que vous saichés

532

Que j’ay veü En ceste chambre une flamme de feu Dont je cuydoie estre ars aussi perdu, Et celle femme que vous avés veü

536

Qui demouroit Ens au meillieu de la flamme qu’ardoit, Yreement sa raison me disoit : ‹ Cruel tirant › et ‹ pasme › me clamoit,

111 r° 540

520. encore est précédé d’un mot illisible, exponctué et tracé. – 521. Je dy te dy bien, premier dy tracé. – 526. Le thème de royne n’est jamais monosyllabique sauf ici et au v. 626, qui ne confirme pas vraiment l’existence d’un flottement dans ce mot. Ici, le scribe a peut-être ressenti soudement comme un archaïsme qu’il a préféré éviter, ou il a recouru au synonyme qu’il emploie sans se rendre compte de l’excédent métrique qu’il entraînait ? – 527. et souppa fomment. Correction d’après B. – 528. chierment (vers hypomètre). Correction d’après B. – 529. Que vous me dictes. Correction pour la rime d’après B. – 531. Dont v. cueur soit esp. (vers hypomètre). Correction inspirée par la variante de B. – 535. Vers peu satisfaisant, dont le décompte implique une césure après la sixième syllabe. B n’indique toutefois pas dans quelle autre direction aller. – 538. de la fl. qui ardoit (vers hypermètre). Correction d’après B. 518. que tu en as. – 519. Et le povoir. – 522. Car tu te tarde trop a eux f. bien. – 526. soudement. – 527. et souspira forment. – 528. je vous prie chierement. – 529. Que me diés. – 530. En ceste ch. – 531. – Dont vostre cuer est si fort espoantés. – 352. veul bien. – 533. Que j’ay en ceste chambre cy veü. – 534. Vers omis par le scribe. – 535. estre ars et p. – 538. de la flame qu’ardoit.

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Et ensement Vous a elle appellee ‹ serpent ›, Quar ne m’avés par son commandement Dit ce qu’elle vous a[voit] dit souvent;

544

Mais je ne scay Que nous devons faire, a dire vray. » Lors dist la damme : « Et je le vous diray : Il nous vault [mieulx], a vous dire le vray,

548

Que l’en leur face Donner ostel qu’avoir la malle grace De son seigneur, quar il nous tient en chasse. Il nous batr[a] sans baston et sans masse,

552

Quar le povoir En a il bien, je le vous faiz savoir, Et si vueil bien que vous sachez de veoir Quar il a deux [nuys] qu’elle me vint veoir,

556

Si m’ala dire Comment elle n’avoit riens de quo[y] vivre Et m’encharja que le vous deusse dire, Mes grant paour me faisoit l’escondire,

560

Et le couroux; Pour ce n’en ay ousé parler a vous. » Lors dist le roy : « Et dont que ferons nous ? » Dist la roÿne : « Que nous nous mectons tous

111 v° 564

544. Dit ce qu’elle vous a dit s. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 548. mieulx omis par le copiste. Correction d’après B (graphie conforme à la scripta de P). – 552. batre. Correction d’après B. – 554. assavoir (vers hypermètre). Correction d’après B. – 556. il a deux moys. Le dernier mot résulte peut-être d’une mauvaise lecture de noys, variante dialectale du mot transmis par B, sur lequel nous prenons appui (graphie conforme à la scripta de P). – 558. de quo v. Correction d’après B. – 559. que je le vous d. dire (vers hypermètre). Correction d’après B. 542. Elle vous a. – 543. ne m’avés pas fait son comm. – 544. De ce qu’elle vous avoit dit. – 548. Il nous v. mieulx. – 549. Que on leur faice. – 551. car il nous prent et chace. – 552. batra. – 554. je le vous fais bien savoir. – 556. Qu’il a deux nuys. – 558. de quoy v. – 559. Et me charga que le vous d. dire. – 560. Mais trop grant p.

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sources antérieures à jacques de voragine

A son vouloir, Que a mon advis, son dieu a grant [povoir], Mes une chouse lui ferons a savoir : Que c’elle me peult faire concevoir

568

Par tel couvant Que je puisse de vous avoir enffant, Aprés ferons tout son commendement. » Le roy lui a respondu maintenant :

572

« Nous le ferons. Au bien matin, vous et moy en yrons, Noustre vouloir tout luy descouvrerons; De ceste chouse moult fort la pri[e]rons. »

576

Ainsi fut fait. Au lendemain s’en sont allés tout droit La ou ilz sceurent que Magdalaine estoit. Si lui ont dit et compté tout leur fait

580

En luy disant : « Magdalaine, je vous pry chierement Que vous priés [au] dieu qui est si grant Qu’Il me doint cest an avoir enffant,

584

Car si je l’ay, Certenement baptiser me feray. » La Magdalaine respont : « Sachés de vray Qu’en ceste chouse tout mon povoir feray, Et mon Seigneur En requeray et de nuyt et de jour, Qui m’a moustré tousjours [si] grant amour Que je panse qu’Il orra ma clamour;

112 r° 588

592

566. La forme paur qui occupe la fin de ce vers est insolite. Elle ne correspond en tout cas pas à l’une de celles que le copiste emploie pour le substantif « pouvoir », qui est le terme attendu ici (cf. B; « peur » ne ferait guère de sens et le scribe n’utilise d’ailleurs pas une telle graphie pour ce mot). – 576. prirons (vers hypomètre). Correction d’après B. – 583. Que vous priés voustre dieu (...) (vers hypermètre). Correction d’après B. – 591. t. grant am. (vers hypomètre). Correction d’après B. 566. Qu’a mon advis son dieu a grant povoir. – 567. luy f. assavoir. – 575. tout luy desclererons. – 576. prierons. – 578. A l’endemaint. – 583. Que vous priés au dieu (...). – 584. Que il me doint. – 588. Que ceste choze a mon p. f. – 590. En requerray de nuyt. – 591. t. si grant am.

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Et de cecy Ne soyés ja en esmoy ne en sousy Qu’avant qu’il soit passé an et demy Touz deux arez voz desirs acomply

596

Entierement. » Le roy se part d’ilecques tout en present, En leur palais s’en vont tout bellement. La Magdalaine demoura en preschant,

600

Mes bien saichés Qu’avant qu’ilz fussent troys moys aprés, La roÿ[ne] conceupt, bien le saichés, Et fut grosse, dont le roy fu liés.

604

En la cité En ont tretouz grant joye demené. Adont le roy a son fait ordonné De tout en tout [et] ha determiné

608

D’aler veoir La saincte place ou Jhesucrist pour voir Pourta pour nous – je vous fays a savoir – Mainte griefve paine pour nous faire avoir

112 v°

Durable vie; Mes touteffois ce roy avoit envie D’aler veoir la verité complie, Quar aultrement il ne se vouloit mye

616

Cristiener Jucques atant qu’il eust veü au cler Toutes les chouses qu’avoit ouy compter A Magdalaine pour lui endoctriner.

620

602. Vers hypomètre. B, également déficient, n’indique pas de quelle façon intervenir. – 603. La roy c. Correction d’après B. – 604. Même vers, hypomètre, dans les deux manuscrits (à moins que liés ne soit bisyllabique, ce qui paraît douteux). – 608. De tout en tout ha det. (vers hypomètre). Correction d’après B. 594. n’en soussi. – 595. an ne d. – 596. vo souhet. – 598. d’ileuc en pr. – 602. Qu’avant trois mois fussent passés. – 603. La roÿne conceu. – 605. Et en la cité. – 606. Si ont grant joye dem. – 608. et a det. – 611. je le vous fais savoir. – 612. M. grief p.

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sources antérieures à jacques de voragine

Et pour cela, Tout bellement son fait appareilla; En une belle nave qui estoit la Vouloit monter pour s’en aler dela,

624

Et maintenant, La royne vint vers luy hastivement. « Sire », fist elle, « je vous pry chierement Que m’en menez avec vous, quar aultrement,

628

Brief je mouray. » Le roy respont : « Certes, rien n’en feray, Quar tous mes biens en garde vous leray, Quar le voiage est long, a dire vray,

632

Et si vous dis, Que en la mer ha de trop grant perilz; Et vous estes grosse, ce m’est advis, Si arriez trop engoisses et ennuyt. »

636

Lors c’est lessee Cheoir comme femme desconfortee. Le roy la print et si l’a relevee, Si luy [a] dit : « Ne soiés courossee,

113 r° 640

Quar vous yrés Avecques moy, puys que alle[r] y voulés; Mes je panse que avant que vous soiés En my chemin, vous en repentirez. »

644

Si font venir La Magdalaine et luy vont requerir Qu’elle deüst la cité maintenir Et de leurs biens faire tout son plaisir.

648

626. Cette leçon n’est viable qu’à condition de ne pas pratiquer la diérèse dans le mot royne, ce qui s’oppose aux autres occurrences du mot dans le texte (sauf au v. 526, pour lequel B est à nouveau préférable). – 627. fist f elle, f tracé. – 628. Vers hypermètre. B ne permet pas de le rétablir (la suppression du pronom personnel ou de la conjonction qui introduit la causale, dans le second hémistiche, aboutirait à des résultats peu naturels et contradictoires par rapport à la variante de cet exemplaire). – 640. Si luy dist (vers hypomètre). Correction d’après B. – 642. puys que allés. Correction d’après B. 624. s’en aler la. – 626. La roÿne s’en vint hat. – 628. Que me menés avec vous briefment. – 629. Car autrement brief je morray. – 631. Car mes biens. – 634. Car en la mer. – 636. Vers omis par le copiste. – 640. Si luy a dit. – 642. Avec moy puis qu’aler. – 643. qu’avant que y soiés. – 646. A Magdalene. – 647. Que elle deust.

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Lors dist le roy, Comme saige [et] vaillant et courtoys : « Magdalaine, saichés que je vous fays Dame et maistresse et en dictz et en fays

652

De la cité Et de mon corps et de tout quant que j’é. » La Magdalaine l’en a fort mercié, Si leur a dit : « Ne soyés esmayé,

656

Quar je feray Voz besoingnes le myeulx que [je] pouray, Et le seignal Jhesucrist vous donray : Sur voz espaules la saincte croiz feray

660

A celle fin Que le deable avec son faulx engin Ne vous empesche de rien voustre chemin. » Et maintenant a dit le pelerin

113 v°

Tout bellement : « Magdalaine, a vous me recomment; Gouvernez bien tretoute ceste gent. » En leur nave entrerent maintenant

668

A moult grant jouye. Tout en present se sont mys en la voye; Bon vent eurent, myeulx en firent leur voye, Mes courte fut pour certain celle joye,

672

Quar vent contraire Ce fut levé, qui ne leur lessa faire Leur droit chemin, ains les tourna arriere; Si ne savoient les mariniers que faire,

676

650. C. saige v. (vers hypomètre). B n’offre pas une leçon très satisfaisante. Notre intervention ne trouve donc pas un appui solide sur cet exemplaire. – 658. que p. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 668. En leurs nave. 650. C. saiges et volentiers courtois. – 652. m. en dis et en tous faiz. – 658. que je pourray. – 662. avec] a tout. – 668. En leur nave. – 670. a la voye. – 671. Vers omis par le scribe. – 674. leur] les. – 675. mais les tournoit arr.

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sources antérieures à jacques de voragine

Et si saichés Que la dame avoit du mal assez, Quar elle estoit grosse comme savez, [Et] si la print [aigre mal] et maulvais

680

Pour le tourment Qui en la mer estoit tousjours si grant. La pouvre dame qui est grosse d’enffant Ne repousoit jour ne nuyt [tant ne quant],

684

Mais bien vous dy Que la dame faisant l’enffant mouri; Oncques [nul] homs si grant pitié n’ouy. Le roy, pour poy que de dueil ne fondy,

688

Quant il veoit Le pouvre enffant qui fut ney la endroit Et la mamelle a la mere queroit Qui estoit morte; si tresgrant dueil avoit

114 r° 692

Qu’en verité, Il en estoit du tout desconforté; Mes bien povés savoir en verité Que Jhesucrist lui a toust envoyé

696

Bon reconfort. Lors dist le roy : « Voez cy tresmaulvais sort ! La mere est morte et l’enffant nei est mort. » Lors sont venus les mariniers d’acort

700

Davant le roy. « Sire », font ilz, « vouz savez bien de vray Et cognoissés le peril et l’esmay, Et pour ce vous disons nous sans delay

704

680. Si la print mal aigre et maulvais (vers hypomètre). Correction d’après B pour le premier hémistiche. La rime, fautive, ne permet pas de tenir compte de cette variante pour le reste du vers, et l’existence d’un hiatus entre l’adjectif aigre et la conjonction qui l’articule au suivant dans P est peu probante. – 684. – jour ne nuyt aulcunement (vers hypermètre). La variante de B comporte elle aussi un excédent métrique que l’élimination de la négation qui introduit chaque paire (comme dans P, pour le premier couple de mots) permet de résorber. – 687. Oncques homs (vers hypomètre). Correction d’après B, graphie conforme à la scripta de P (voir en particulier le v. 764). 678. la dame si eut du mal. – 680. Et si la print maulvais mal et amer. – 683. qu’estoit gr. – 684. Ne repose ne jour ne nuyt ne tant ne quant. – 686. Que la femme faisoit l’enfant morir. – 687. Onques nulx homs si grant p. ne vit. – 688. Le roy que de deul ne fut aussi. – 690. qui estoit la endroit. – 694. Il estoit. – 695. Mais povez bien s. – 703. et l’ennoy. – 704. Et pour tant vous d. sans d.

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Que la roÿne, Puis que morte est [convient] par force fine Que nous getons son corps en la marine; Mes pour cela ne nous portés haÿne,

708

Car en la mer Avons veü tousjours acoustume[r] Que la tempeste ne se peult point cesser. » Et maintenant, le roy leur va prier

712

Courtoisement : « Seigneurs », fait il, « je vous pry chierement Que vous lessés le corps jucques atant Que nous puissons cognoistre clerement

716

Si elle est morte, Quar aultrement [vous] av[r]iez tropt grant tort, Quar l’angoisse et le grant desconfort Et le grant mal qu’elle ha souffert si fort

114 v° 720

Povez panser Qu’il la pouroit avoir faicte pasmer; Et pource la ne nous devons haster Si chaudement de la gecter en mer,

724

Mes lessons la Ung petit plus, si se repousera. Si elle est morte, si se refredira; Si elle est vive, si se recognoistra. »

728

Mais orendroit Ont regardé par davant eulx tout droit, Qu’a celle part une montaigne avoit Qu’assés pres d’eulx a leurs advis estoit.

732

706. Puis que m. est comment par f. fine. Correction d’après B. – 710. acoustumé. Correction d’après B, pour la rime. – 718. Quar aultr. aviez : vers hypomètre (la finale de cinquième personne -iés / -iez n’est jamais bisyllabique dans le texte). Correction d’après B. 706. Puys que m. convient par f. fine. – 707. Que gettons son c. – 710. acoustumer. – 711. ne peut jamais c. – 714. fist il je vous prie. – 716. certainement. – 718. Car autr. vous avriés en grant tort. (en ajouté au-dessus de la ligne par le copiste). – 722. Qui la pouvoit avoir fait p. – 723. Et pour ce ne nous d. ainsi hater. – 728. si se rec.] elle se revenra. – 730. Ont regardé devant. – 731. Et en celle part une m. y avoit.

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sources antérieures à jacques de voragine

« Or entendés », Ce dist le roy, « de mon argent prenés Si largement comme vous en vouldrez, Mes que le corps de ma femme mectez

736

Honnestement En ceste ysle que nous est cy devant, Et si mectrons avecques lui l’enffant. » Les mariniers, sachés certenement,

740

Furent espris De couvoitise qu’en ses las les tient pris, Quar chescun ayme argent, a mon advis. Pource ont ilz plus toust la paine pris

744

Que ilz n’eüssent Si de l’argent ouy parler n’eüssent, Quar aultrement, nulle chouse qu’i deussent N’eussent ilz faicte si bien paiez ne feussent;

115 r° 748

Mes mise l’ont En la montagne qu’avés ouy amont. Quant ilz y furent, du bastel sailli sont, Toust et cour[ant] et du fin premier bont.

752

Si vont porter Le corps qu’i vouloient enterrer, Mes la terre ne se povoit caver, Quar elle estoit aussi dure que fer.

756

Pour ce la midrent Au pié d’un roc qui pres d’ilecques virent; Le pouvre enffant entre ses bras luy midrent Et d’un mantel moult riche le couvrirent,

760

751. saillir. Correction d’après B. – 752. La fin du troisième mot est illisible. Restitution de nature conjecturale (voir cependant le v. 89). – 754. Même vers, hypomètre, dans les deux manuscrits. 738. En celle isle que est ycy devant. – 739. avec luy. – 742. qu’en cecy les a prins. – 744. Pour tant ilz ont plus tost prins. – 746. oÿr p. ilz n’eussent. – 747. nulle (...)] quelle chose ilz deüssent. – 748. N’eüssent fait. – 751. Quant ilz la furrent du batel sally sont. – 752. Le corps de la royne et l’enfant prins ilz ont. – 753. Si le vont p. – 755. si ne se puet c. – 756. elle estoit dure comme le fer. – 757. Pour tant. – 758. Auprés d’un roc d’iluec que ilz v.

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Et maintenant, Le roy se print a gemir tendrement Et regretoit sa femme et son enffant. Oncques nul hom ne vit douleur si grant

764

Que celle estoit, Et bien saichés que souvent reprouchoit La Magdalaine qui exorté l’avoit D’aler en ce voiage ou il aloit.

768

« Helas ! », fait il, « Chetif, dolent, je suis mis en exil ! Je pers ma femme et ay perdu mon fil, Et mon corps est en si tresgrant peril,

115 v°

Que par grant dueil Me fault mourir du mal dont je me dueil; Mes touteffoiz, recommande[r] me vueil A Magdalaine et supplier lui vueil

776

Devotement Qu’elle vueille garder de mal l’enfant, L’ame [a] la mere mener a saulvement Et moy garder de plus d’empeschement. »

780

Lors se parti De sa femme, douloureux et pansif; Pour pou que de ire le cueur ne lui partit. Dedans sa nef plourant se recueillit.

784

Alez s’en sont Leur droit chemin, car moult bon temps en ont. En peu de temps, saichés que arrivez sont A tresbon port ou ilz descenduz sont.

788

762. se print g a gemir mourir tendr., g tracé. – 775. recommandés. Correction d’après B. – 779. L’ame de la mere. Même vers, hypermètre, dans les deux manuscrits. Correction d’après B qui procure une solution pertinente pour le premier hémistiche. 762. Le roy se laissa choir tendr. en plourant. – 763. En regretant sa f. et aussi son enfant. – 764. a nulz homs ne vis. – 767. qui encoragé l’avoit. – 768. D’aler au voyage qu’il aloit. – 771. J’ay perdu ma f. et autressi mon filz. – 772. E le mien c. est en tr. p. – 775. recommander. – 776. A la Magdalene recommander luy veul. – 779. Et l’arme a la mere m. a sauv. – 780. g. d’autre empech. – 782. De la f. – 783. que d’ire. – 784. s’est recueilly. – 786. car bon t. – 787. qu’arivez sont. – 788. ou ilz] au quel.

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sources antérieures à jacques de voragine

Si ont trouvé Sainct Pierre qui l’a bien reconforté, Maiz quant saint Pierre le vit si couroucé, Grant pitié eut, saichez en verité.

792

Si s’en ala Tout droit a eulx et si les salua De par Jhesus, et demandé leur ha Qu’ilz sont ny dont, ny qu’ilz vont querir la,

796

Quar bien veoit Pour le seignal de la croix qu’il portoit Que aucun disciple de Jhesucrist avoit Desja presché ou lieu dont il venoit;

116 r° 800

Mes son salu Luy ha le roy courtoisement rendu, Et aprés a son nom savoir voulu : « Or me dictes, si Dieu vous dont salu,

804

[Mon] beau preudons, Voustre droit nom par quoy vous appelle hom. – Sire », fait il, « Pierre est mon droit nom, Appoustre suis de Jhesucrist le bon,

808

Qui a grant tort Sus en la croix fut villainement mort Et en mourant nous delivra de mort, Et sur sa robbe fut getee la sort;

812

Mes je vous pry, [Et] humblement vous requier par mercy Que voustre nom me dictes sans nul sy Avant que vous ne moy partons d’icy. »

816

792. Grant p. en eut : vers hypermètre. Intervention de nature conjecturale en l’absence d’une leçon fiable dans B. – 805. Beau pr. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 814. H. vous r. (vers hypomètre). Correction d’après B. 790. qui les a confortez. – 791. quant il voit qui sont tous couroucez. – 792. Grant joye en eust de les voir en v. – 796. Qui ilz sont ne dont ne que vont qu. la. – 798. Pour le signe (...) qui p. – 800. Ja preschié. – 803. Et en aprés son non. – 804. Or si me dittes. – 805. Mon biaulx pr. – 806. Le vostre non et comment vous appelon. – 807. Vers interverti avec le suivant. – 811. Et sus en mor. – 812. sus sa robe. – 814. Et vous r. h. par m. – 816. vous et moy.

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Lors dist le roy : « J’ay nom Marcille, de Marcille suys roy. La Magdalaine si m’envoye a toy Que tu m’aprengnes de Jhesucrist la foy. – Bien viengnés vous », Ce dit sainct Pierre, « et les aultres trestouz. » Le roy lui compte [motz a mot son fait tout], Ses avantures et ses domaiges tous,

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820

116 v° 824

En la maniere Qu’avés ouy ou livre la derriere, Mes sainct Pierre luy dist a lye chiere : « La puissance Jhesus est si pleniere

828

Que Il peult bien Voustre grant mal tourner en greigneur bien, Mes soullement que vous [le] croyez bien. Voustre besoigne se portera moult bien,

832

Quar vray[e]ment, Voustre femme se dort certainement Et aussi bien [se] repouse l’enfant. » Le roy respont : « Dieu est bien si puissant

836

Qu’Il peult garder L’enffant de mort, ce sai ge bien tout cler, Et ma femme faire ressusciter. » Et lors sainct Pierre luy est alé moustrer,

840

A vous vray dire, Toutes les places ou Jhesus Noustre Sire Avoit porté [pour nous] paine et martire, Et mains miracles grans et beaulx lui va dire,

844

823. tout son fait motz a mot. Rime peu satisfaisante. Correction d’après B. – 828. La p. Jhesucrist (vers hypermètre). – 831. que vous cr. bien (vers hypomètre). Correction d’après B. – 833. vrayment (vers hypomètre). Correction d’après B. – 835. aussi bien rep. (vers hypomètre). Correction d’après B. Le scribe ajoute à la suite : Le roy est bien si puissant, respont dieu, tracé. – 842. ou Jhesucrist (vers hypermètre). Correction d’après B. – 843. Avoit p. p. et m. (vers hypomètre). Correction inspirée par la variante de B, elle aussi déficiente au point de vue métrique. 818. suis je roy. – 822. les autres aussi tous. – 823. mot mot son fait tout. – 824. Les aventures et les dommages. – 828. La p. de Dieu. – 830. Vostre greigneur mal en gr. bien. – 831. que vous le creés bien. Vers interverti avec le suivant. – 833. vrayement. – 835. aussi bien se repose. – 836. Si dist le roy dieu est il si p. – 838. ce (...)] le savés vous si cler. – 842. ou Jhesus. – 843. A p. paine pour nous et grant m. – 844. Et mont de ses mir. si luy va dire.

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sources antérieures à jacques de voragine

Tant que il ha Bien demouré deux ans de par de la. La foy de Crist, moult bien aprinse l’a, Quar sainct Pierre de bon cueur luy moustra.

117 r° 848

Or laisserons Le fait du roy et plus n’en parlerons, Quar de sa femme raconter vous voulons. Tresgrant merveilles vous en raconterons,

852

Quar vous savez Que mort[e] estoit comme ouy avés, Mes ung tresgrant miracle en orrés En ce livre, si bien y attendés,

856

Qu’en verité, La Magdalaine a norry et gardé Tousjours l’enffant et tresbien gouverné, Et la roÿne a conduit et mené

860

Soir et matin Par touz les lieux ou le bon pelerin Estoit allé [et] sainct Pierre aussi. Du premier jour jusques a la parfin,

864

Ne l’a laissee, Mes en ses maulx tousjours l’a confortee. Oncques roÿne qui fut de mere nee N’eust chambriere de telle renommee,

868

Quar elle estoit Avecques lui et partout la menoit, Et en l’isle son enffant aletoit, Et a Marseille au peuple si preschoit.

117 v°

854. mort. Correction d’après B. – 855. en oyrés orrés, oyrés exponctué et tracé. – 863. a s. P. Correction d’après B. 845. Tant qu’il y a. – 847. de Jhesucrist si bien aprise a. – 848. Quar] Et. – 852. vous en rac.] dire nous vous volons. – 854. Qu’elle estoit morte. – 856. En cest l. se bien y entendés. – 857. Car en ver. – 860. a] omis par le copiste. – 863. et saint P. – 864. Du jour pr. – 865. Ne laissee. – 870. Avec luy.

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Oncques n’ouy De mes oreilles ny de mes yeulx ne vey Ung miracle greigneur que cestuy cy, Quar en troys pars estoit, la Dieu mercy.

876

Dorenavant Retournerons au roy et a sa gent, Quar tourner fist sa nef tout en present; Si print congié de sainct Pierre atant,

880

Quar retourner S’en vouloit il – ce saichés bien tout cler – En son païs pour sa terre garder. Pour ce firent leurs voilles hault lever

884

A celle fin Que prinssent mieulx siroc, grec et marin, Quar ses trois vens viennent leur droit chemin. A tant se part du port le pelerin.

888

Si ont heü Bon vent et doulz, [tant] qu[e] ilz sont venu En poy de temps si pres qu’ilz ont veü La montaigne ou la roÿne fu.

892

Le roy pria Aux mariniers qui le portassent la. Quant il y fut, davant soy regarda Et vit l’enffant qui couroit sa et la

896

Et se jouoit [Aux petites pierres qu’il [la] trouvoit; Mais bien sachiés, quant le roy avis[oit], De grant paour s’en est fuy [tout droit],

900

874. ne vy vey, vy exponctué et tracé. – 890. Bon vent et d. qu’ilz sont venu (vers hypomètre). Correction d’après B. – 898 - 945. Lacune de 48 vers, sans doute due à la perte d’un feuillet. Restitution d’après B, interventions de nature conjecturale. – 898. B qu’il tr. (vers hypomètre). – 899. B que quant le roy avisa (?). Leçon déficiente au point de vue métrique et incompatible avec la rime. Celle-ci n’autorise pas une correction du type Mais bien s. quant avisa le roy. – 900. B De grant p. courant s’en est fuy (rime fautive). 875. que cest ycy. – 877. Mais doresenavant. – 880. a saint Pierre. – 882. S’en v. ce sachiés tout cler. – 884. Pour tant f. leur velle. – 886. Qui peussent m. – 888. Dont a tant se p. – 890. Bon vent et doux tant que ilz sont venus. – 891. si pres qu’ilz ont veü] que ilz ont veü.

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sources antérieures à jacques de voragine

Car onques mais N’avoit veü homme de mere nez, Pour tant s’est il soubz le mantel mucié. Le pelerin s’en est couru aprés

904

Hativement Pour adviser la maniere comment Povoit avoir sa vie cest enfant. Si le trouva la mamele tenant,

908

Qu’il aletoit Les mamelles dont sa vie avoit De la dame, que demouré avoit Morte deux ans et onques perdu n’avoit

912

Point de couleur, Ansois estoit d’aussi bonne oudeur Come s’elle eust esté vive tousjours. Onques miracle ne fut adont gregneur

916

De cestuy cy, Mais aussi tost que le pelerin si vit Cest miracle, mon fort se resjouyt. Mercy et graces a Jhesucrist rendit

920

De la bonté Que Il a[voit] a son enfant monstré, Et aussi bien, certes, a mercyé La Magdalene qui a pour luy prié.

924

Or dist le roy : « Magdalene, or sai ge bien et voy Que Jhesucrist est le plus puissant roy Qui onques fut ne sera ja, je croy.

928

Pour tant je pri Et requiers humblement par [ta] mercy A jointes mains, crians ‹ helas, emy ›, Qui te plaise a prier Dieu pour my

932

912. Vers hypermètre dans B (et pourrait être supprimé sans aucune difficulté ou remplacé par que (qu’onques)). – 915. Rime et métrique peu satisfaisantes dans B. – 916. B adont a été ajouté au-dessus de la ligne. – 918. Vers hypermètre dans B (on pourrait corriger ainsi : que le pel. vit). – 922. B Que il a a son enffant (vers hypomètre). – 930. B par m. (vers hypomètre). –

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De bon talent Que tout ainsi que as gardé l’enfant, Par sa vertu et par son povoir grant Pouroit Il bien, comme croy fermement,

936

Ressusciter Ceste femme, se tu Le veulx prier. Tres bien est heure que je la puis clamer [Et] avec moy je la pourray mener

940

En mon païs; Lors seront tous mes desirs acomplis. » Mais quant le roy eust ses sermons finis, Il regarda sa femme en my le vis,

944

Mais tant y a] Que la damme tendrement soupira Et puys aprés en estant se leva Ainsi comme si elle eust dormy la

118 r° 948

Se prynt a dire : « Loué soit Dieu, Jhesucrist, Noustre Sire ! » Le roy lui print tout a present a dire : « Vifz tu, m’amye, ou que veult cecy dire ?

952

– Ouy » dist elle, « Je suys vive, la mercy Dieu et celle Qui m’a conduit et mené avec elle Et m’a voulu soubz l’ombre de son ayelle

956

Faire umbrer, Et m’a voulu secourir et garder En touz mes maulx [et] bon confort donner, Et m’a voulu conduyre et mener

960

939. B la a été ajouté au-dessus de la ligne. – 940. B Elle avec moy. – 948. Ainsi comme si elle eust tousjours d. la (vers hypermètre). Correction sur le modèle de B. – 957. À moins d’admettre un hiatus entre ces deux infinitifs, il manque une syllabe dans ce vers. umbrer correspond peut-être ici à la forme ancienne aumbrer (pour le cas de figure inverse, voir le v. 408). – 959. et omis par le scribe. Correction d’après B. 947. aprés droite si se leva. – 948. Ainsi comme se elle eust dormir la. – 949. Et print. – 951. luy print tantost et prest a dire. – 952. ou (...)] çou que cecy v. dire. – 953. fist elle. – 956. s. umbre. – 959. et bon c. d. – 960. Si m’a v.

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sources antérieures à jacques de voragine

Tout le voiage Que vous fistes en cest pellerinaige, Et tout ainsi que sainct Pierre le saige Vous a par tout conduyt sans point d’oubtraige,

964

Tout aussi bien La Madalaine – que vous entendés bien – M’a tout moustré, que oncques n’y lessa rien A moy moustre[r] qui fust chouse de bien. »

968

Le roy partit De la montaigne, que plus n’y actendit, Si print sa femme et son enffant aussi. En la nave la mist avecques lui,

118 v° 972

Si raconta Aux mariniers ce grant miracle la, Dont chescun d’eulx le vray Dieu en loua. A tresgrant joye se partirent de la,

976

Si ont erré Par my la mer et si bien esploité, Quar moult bon vent avoint a leur gré, Tant que a Marceille sont arivés;

980

Mais [bien] saichés Que aussi toust qu’ilz furent arivés, Hastivement tout droit s’en sont allés A Magdalaine qui les avoit gardés

984

De tout peril. Le roy portoit entre ses braz son fil, Si print a dire comme saige et subtil : « [Je pry a Dieu le Pere et le Fil]

988

968. A moy moustrés. Correction d’après B. – 971. Une suite de lettres tracées et illisibles sépare les deux derniers mots de ce vers. – 981. Mais saichés (vers hypomètre). Correction d’après B. – 988. Vers omis par le copiste (une abréviation qui ne semble pas résulter d’une correction, destinée sans doute à signaler cette lacune, figure dans la marge en regard du précédent). Restitution d’après B (graphies conformes à la scripta de P). 962. Que avez fait. – 963. Et tout comme saint P. – 964. sans oultrage. – 966. qui l’entendit bien. – 967. ne laissa. – 968. A moy monstrer que fut. – 972. Et en la nef le mist avec luy. – 975. le vray Dieu en l.] son seigneur mercya. – 976. s’en son partis de la. – 980. Tant qu’a Marcille au port sont arrivez. – 981. Mais bien sachiés. – 982. qu’i f. – 986. en ses bras son biaulx filz. – 988. Je prie a dieu le pere et le filz.

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Et aussi bien Saint Esperit qui te rende le bien, Ce qu’Il fait mes et fera aussi bien. » Si racomta sans en oblier rien

992

La grant merveille Par davant tout le peuple de Marseille, Dont chescun d’eulx le tint a grant merveille. La joye en fut grant par toute Marseille,

996

Mes vrayement, Le roy estoit agenoillé davant La Magdalaine, si dist courtoisement : « Dame, je vueil voustre commendement

119 r° 1000

Du tout complir De moy [parer] faire voustre plaisir, Quar vray[e]ment, [c’est] le greigneur desir Que mon cueur sceit – [c’est] que de vous servir. »

1004

Lors a parlé La Magdalaine, si l’en a mercié : « Sire, », fait elle, « selon ma voulenté, Vous vous ferez maintenant baptizier.

1008

– Ce me plaist bien », Ce dist le roy et la femme auxi bien. « En ceste ville n’y restera ja rien, Homme ne femme, jeune ne anxien,

1012

A baptizer. » Au lendemain, si saichés bien tout cler, Saint Maximin a fait appareiller Toutes les chouses dont il avoit mestier;

1016

990. Les deux premiers mots sont séparés par un s long, tracé. – 1001. Du tout acomplir (vers hypermètre). Correction d’après B. – 1002. De moy f. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 1003. Quar vrayment le gr. d. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 1004. Que mon c. sceit que de vous s. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 1008. La rime de ce vers est déficiente. Aucune correction n’est envisageable à partir de la variante de B, qui permettrait de résoudre cette difficulté mais compte deux syllabes excédentaires. – 1012. jeune et a ne anxien, et a exponctué et tracé. 991. Et enlumine de sa grace ensement. – 999. A la Magdalene. – 1001. Du tout complir. – 1002. De moy parer a f., a ajouté au-dessus de la ligne. – 1003. Car vrayement c’est le gregneur d. – 1004. Que mon cuer ayt c’est que de vous s. – 1006. si les a mercyés. – 1007. fist elle. – 1008. Vous serés en present sans delay baptisé. – 1010. et sa f. – 1011. ne r. – 1014. A l’end. ce sachiés. – 1016. Toutes choses.

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sources antérieures à jacques de voragine

Mes puys aprés Que cestes gens furent touz baptizés, Tous leurs ymaiges ont rompus et cassés Et tout leur temple ont rompu et brasez, Et pour monstrer Que il vouloi[en]t Jhesucrist bien amer, Craindre, che[r]ir, louer et honnourer, Belles eglises firent ediffier

1020

119 v° 1024

A grant planté, Dont Jhesucrist fut servi et loué. Grant croissement print la crestianté; Mes puis aprés n’a guieres demouré

1028

Saint Maximin, Au compté d’Aix a tenu son chemin, Et tant prescha au soir et au matin Que ce compté convertit a la fin;

1032

Mes vray[e]ment, La Magdalaine avoit desir moult grant De laisser tout terrien pansement Et mettre cueur, sens et entendement

1036

A Dieu servir. En oraisons se vouloit maintenir, En penitence vouloit ses jours finir. De nulle riens n’avoit si grant desir,

1040

Et pour cela Noustre Seigneur – ne vous en doubter ja – En son desir moult grant plaisir p[ri]ns ha Et du complir amonestee l’a;

1044

1020. tout leur tem temple, tem tracé. – 1022. Que il vouloit. Correction d’après B. – 1023. chezir. Correction d’après B. – 1032. ce c. se conv. (vers hypermètre). Correction d’après B. – 1033. vrayment (vers hypomètre). Correction d’après B. – 1043. L’abréviation que le copiste utilise dans l’avant-dernier mot correspond à presens, et non à la forme usuelle du participe de prendre. Correction d’après B. 1017. Mais en aprés. – 1020. Vers omis par le scribe. – 1022. Qui vouloyent. – 1023. cherir hounorer et l. – 1032. le conte converti en la fin. – 1033. vrayement. – 1035. tout et dernier pans. – 1042. doubtez. – 1043. prins a.

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

Mes pour moustrer Qu’Il la vouloit nourir et gouverner, En ung desert – ce saichez bien tout cler – A fait aux anges moult bien appareiller

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120 r° 1048

Une maison En ung grant roc hault sur toute raison, [Loing de gens et de toute mansion, Et si saichés qu’entour celle maison]

1052

Ne croist [nul] bien De quoy peult vivre corps d’omme crestien. La vaillant damme complie de tout bien Se mist leans sans que nul en sceust rien

1056

Fors seullement Dieu, Jhesucrist, le Pere tout puissant, Lequel elle amoit et creignoit tant. Trante ans et plus fut elle vrayement,

1060

Ce est tout cler, Que homme ne femme ne vint a luy parler, Ne n’eut oncques a boire ne a manger Nulle viande de terre ne de mer;

1064

Mais sa vitaille Venoit tout droyt de paradis, sans faille, Si n’y failloit ne table ne touaille, Car les anges sans denier ne sans maille

1068

La visitoient Et touz ensemble [en chantant] le prenoient, De par dehors la baulme la portoient, Si treshault sus et en l’air la levoyent

120 v°

1051 - 1053. Et si saichés qu’entour celle maison / Ne croist fruit troys lieux environ / Ne aultre bien. Le déficit métrique que l’on constate dans le deuxième vers est l’un des indices qui tendent à indiquer un rattrapage dans P. Plutôt que d’intervenir de manière aléatoire (Ne croist [nul] fruit troys lieu[es] environ ?), nous préférons rétablir tout ce passage d’après B, dont la leçon est beaucoup plus satisfaisante dans l’ensemble. – 1059. L. elle avoit amoit et cr. tant, avoit tracé. Ce vers est hypomètre dans P et hypermètre dans B. L’absence de formes renforcées du type tresque, trestant ou autres variantes analogues dans le manuscrit de Pau nous incite à renoncer à une correction mal étayée (par exemple : L. am. et cr. [tresque] tant, ou L. elle am. et cr. [tres]tant). – 1070. Et touz ens. le pr. Correction d’après B. 1046. Qui. – 1050. En ung roc h. – 1051. Loing de gens et de toute mansion. – 1052. Et si sachiez qu’entour celle m. – 1053. Ne croit nul bien. – 1059. L. elle amoit et craignoit tresque tant. – 1063. Ne n’y eust onques a b. n’a mengier. – 1064. Nulles viandes. – 1066. V. tout droit sans f. – 1067. Si ne luy f. table. – 1068. ne] et. – 1070. Et tous ens. en chantant la tenoient. – 1071. Et par d. – 1072. Et si tresh. en l’ayr ilz la levoyent.

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sources antérieures à jacques de voragine

Qu’elle ouayt En paradis les chans que on y faisoit, Et de ceulx chans tresbien se saouloit Sept foys le jour tant comme elle vouloit;

1076

Et puis aprés La rapportoient – que bien vous le saichés – En celle baume que amont ouy avés, Si s’en montoient ou ciel trestouz aprés

1080

Et ramenoit La bonne dame sans compaignie qu’il soit; De prier Dieu [durement] se penoit. Trente ans et plus demoura la endroit

1084

Ou je vous dy, Mais quant le temps fut passé et comply Que Noustre Sire de ceste vie cy La voulut ouster pour mectre avec sy

1088

En paradis. Mais touteffoiz, en ce temps que vous dis, Avoit ung prestre devot en ce païs Qui sa coustume avoit esté touz dis

1092

Que tous les ans, Quant il estoit confés et repentans, Il s’en aloit et lessoit toutes gens En ung grant boys pour acomplir son temps

1096

Devotement; Et cil avoit esté moult longuement Que troys caresmes trestout entierement Venoit tenir acoustumeement

121 r° 1100

1082. Vers hypermètre dans les deux manuscrits. – 1083. devotement se p. (vers hypermètre). Correction d’après B. 1074. c’on y f. – 1075. Et d’iceulx chans tresbien elle se s. – 1079. que devant. – 1080. Les angez au ciel s’en aloyent touz aprés. – 1081. Si demouroit. – 1082. qui soit. – 1083. durement se p. – 1084. Tr. et deux ans dem. – 1087. Que nostre seigneur de ceste vie ycy. – 1088. La vouloit oster et m. avec luy. – 1090. En celuy temps la comme je vous dys. – 1092. Qui c’estoit acoustumé toudis. – 1095. S’en aloit. – 1096. pour employer. – 1098. Et si avoit la esté mout long temps. – 1099. Car trois karesmes toutes ent. – 1100. Avoit tenu tousjours acoustumement.

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

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En ce desert; Mes une chouse vous diray en apert Que ce prestre quidoit bien estre sert Que en tout ce boys ny en tout ce desert

1104

N’y eust que luy. Mes Jhesucrist pour certain luy ouvrist Ses yeulx obscurs si clerement qu’il vit Une tresgrant clarté par dessus luy;

1108

Si cogneut bien Que ce devoit estre chouse de bien, Quar il veoyt et si cognoissoit bien Les anges tous, mes il ne savoit rien

1112

Que ilz faisoient, Car par sept foiz chascun jour descendoient Du ciel trestouz et mectre se venoient Dans celle baulme et ensemble prenoient

1116

Tout en chantant Aulcune chouse qui sembloit assés grant Et la levoient en l’air tousjours [louant] Noustre Seigneur, et la tenoient [tant

1120

Que je vous jure Qu’en cest estat la tenoient] une heure, Puys la descendoient chantans par mesure Pour la mectre en celle [baume] obscure

121 v°

Que ouy avés. Mes ce prestre, que bien vous le saichés, Heut tresgrant paine a ce tirer plus pres, Quar en son cueur mectoit tant pesant fes,

1128

1106. pour c. luy anpurit ouvrist, avant-dernier mot exponctué et tracé (lecture incertaine). – 1119. t. levant. Leçon suspecte. Correction d’après B. – 1120. et la ten. une heure. La fin du vers, incompatible avec la rime, provient à l’évidence du v. 1122, omis par le scribe. Il devait donc figurer dans son modèle. Correction d’après B. – 1121 - 1122. Vers omis par le copiste. Texte de B (sauf pour la fin du v. 1122, cf. v. 1120). – 1124. en celle pame (?) obsc. pame est manifestement un mot altéré. Correction d’après B (la forme que nous lui donnons est celle adoptée le plus souvent par le scribe de P). 1102. vous dy je en apert (je ajouté au-dessus de la ligne). – 1103. estre seur. – 1104. Que ou boys ne aussy au d. – 1112. Mais il n’en s. riens (premier hémistiche omis par le copiste). – 1115. Du ciel et tous m. – 1116. En celle balme. – 1119. t. louant. – 1120. et la ten. tant. – 1121. Que je vous jure. – 1122. Qu’en cest estat la tenoient ung heure. – 1123. Puis des. ch. bien par m. – 1124. Pour la remettre en celle balme obscure. – 1127. Grant paine mist a s’aprocher de lés. – 1128. Car en son cuer ne povoit porter tel faiz.

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sources antérieures à jacques de voragine

Qu’[il] ne savoit Quelque avanture ce estre povoit. En oraisons ce mist il orendroyt, Si pria Dieu humblement et a droit,

1132

Et si vous dy Qu’il prya tant [que] Dieu [si l’]entendit. Si s’aprocha du roc que je vous dy [Et vint si pres qu’en verité vous dy]

1136

Qu’il povoi[t] veoir De plain en plain la baume a son vouloir, Mes touteffoiz, il perdit le povoir Quant il aloit avant, saichés de veoir;

1140

Mes au retour, Il ne sentoit mye si grant douleur. Si trambloit tout, tant avoit grant paour, Et de rechief pria Noustre Seignour

1144

Et si se mist Au pié du roc [agenoillé] et dist Sa requeste a Noustre Seigneur; [il] fist : « Je te supply, puissant roy Jhesucrist,

1148

Par ta bonté, Que je puisse savoir la verité De ceste chouse que aujourd’uy m’a[s] moustré. » Et puis aprés, c’est [en] estant levé En grant fervour, Si print a dire tramblant de grant paour : « Tu qui habites en ce roc nuyt et jour, Je te conjure de par Noustre Saulveur –

122 r° 1152

1156

1129. Qu’elle ne s. – 1134. Qu’il prya tant dieu qu’il ent. (vers hypomètre). Correction d’après B. – 1136. Vers omis par le scribe. Texte de B. – 1137. povoir. – 1145. Et si se mist au pié, deux derniers mots tracés. – 1146. a genoilz (vers hypomètre). Correction d’après B, graphie conforme à la scripta de P, cf. vv. 287, 998 et 1273. – 1147. a n. s. fist (vers hypomètre). Correction d’après B, hypermètre quant à lui. – 1151. m’a m. Correction d’après B. – 1152. c’est estant levé. 1129. Tant que ne s. – 1130. Quelle aventure celle estre si p. – 1134. Qu’il pria tant que dieu si l’ent. – 1135. Et lors s’apr. du roc que vous ay dit. – 1137. Qu’il povoit voir. – 1138. De plain la balme a tout son bon voloir. – 1139. il perdoit. – 1142. pas si tres grant dolour. – 1143. Mais tout tr. et avoit. – 1146. agenoullé. – 1147. Ceste requ. a nostre s. il fist. – 1151. qu’au jour d’uy m’as m. – 1152. si s’est en piez levé. – 1153. En grant freour. – 1156. nostre seignour.

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

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Qui a grant tort Ont les juifz crucifié et mis a mort Et en mourant rachata noustre mort – Que, si tu es chouse de bon ressort

1160

Que leans es, Que tu me [dies] en present qui tu es, Ne par quel chouse t’es leans habités. » Point de response ne fist, bien le saichés,

1164

A celle foiz. En oraison se mist une aultre foiz Et puys aprés la conjura deux foys, Maiz quant ce vint a la derniere foiz,

1168

Luy respondy Et si luy dist qu’il s’aprochat de luy, Si luy di[r]oit le voir tretout comply De ce dont il estoit tout esbaÿ.

1172

Il s’aprocha; La Magdalaine maintenant dit luy a : « Dy moy », dist elle, « ne te souvient il ja D’une Euvangile que Saincte Eglise ha

122 v° 1176

En quoy l’en lyt De celle femme pecheresse que fist, Que de ses larmes lava a Jhesucrist Ses piés tresdoulx et pardon Luy requist

1180

Tout en plourant ? » Le prestre dist : « Je l’ay [leü] souvent, Mes touteffoiz, je croy certainement Que, selon ce que Saincte Eglise antant,

1184

1162. Que tu me deys. Forme peu plausible pour le subjonctif de dire. Correction d’après B. – 1163. Ne par j quelle ch., j tracé. Vers hypermètre. Correction d’après B. – 1168. dereniere (vers hypermètre). Correction d’après B. – 1169. Lui r resp. – 1171. disoit. Correction d’après B. – 1179. a est ajouté au-dessus de la ligne. – 1182. Le pr. luy dist je l’ay lavé s. Leçon métriquement déficiente et, comme celle de B, à l’évidence erronée. Pour le second hémistiche, notre intervention se fonde sur le contexte de cette réplique. – 1184. s. ce que s. egl. s’antant, ce que ajouté au-dessus de la ligne (le second mot est abrégé). Correction pour le mètre et la syntaxe d’après B. 1158. cruciffié a mort. – 1162. Que tu me dies de pr. – 1163. Ne pour quel chose tu la habitee es. – 1166. En oroisons se remist autre foys. – 1168. derniere. – 1169. Respondy a luy. – 1170. que s’aprochast. – 1171. Si luy diroit le voir tout acomply. – 1172. De cela de quoy estoit si esbahi. – 1177. En quoy on list. – 1178. D’une f. pech. qu’elle fist. – 1179. Qui. – 1182. Le pr. dist je le lieve s. – 1184. s. que s. eglize entent.

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sources antérieures à jacques de voragine

Il ha long temps Qu’elle morut, selon ce que j’entens, Car il ha bien passé plus de .xxx. ans Qu’elle ne fut point veüe par gens.

1188

– Certes », fist elle, « Mon beau proudons, saiches que je suis elle, Que pour servir le Filz a la pucelle Me suys mise en ceste roche belle,

1192

Et pour fouyr L’orgueil du monde qui m’a cuydé trahir Et que je puisse mieulx mon Seigneur servir; Mais une chouse vous diray sans mantir,

1196

Que de puys l’eure Que je m’en vins habiter sa dessure, Je n’ay porté humaine vestiture, Ne fain ne soif n’ay en jour ny en heure,

123 r°

Mes non pourtant, Les viandes et le soustenement De quoy je vy te diray en present : C’est que les anges par le commandement

1204

Noustre Seigneur Me viennent prandre ycy sept foiz le jour, Si hault me lievent et par si grant vigour Que je puys bien ouyr chanter tousjours

1208

En paradis Tous les anges et les bons esperis Qui louent Dieu et sa mere touz dis. Quant saoulee suys de ses haulx deduys,

1212

Si me rapportent En ceste baume et si me reconfortent; De prier Dieu et louer me exortent, Et par sept foys chascun jour me raportent

1216

– 1185. Qu’il a. – 1187. Car il y a p. – 1188. ne fut veue par nulles gens. – 1196. te d. – 1198. De la quelle je vins demourer ça deseure. – 1199. Onques je n’y portay hum. vesture. – 1200. n’ay eu ne jour ny h. – 1201. Et non p. – 1207. Et h. – 1210. Les angez. – 1212. Quant je s. suis (...) delis. – 1213. Cy. – 1215. et le loer m’enhortent.

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

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En tel lumiere Que tu as veu et en telle maniere; Mais maintenant retourneras arriere, Si t’en yras racompter la maniere

1220

A mon parrin, Ce bon proudons qui ha non Maximin, Si luy diras du bout jusques a la fin Se c’as veü ersoir et huy matin,

1224

Et qu’il soit Apareillé tout soul, comment qu’il soit, Le jour de Pasques ou moustier la endroit, Quar les anges m’y porteront tout droyt

123 v° 1228

En ce moustier, Et si orray la messe tout entier Et recepvray le corps sacré et cler De Jhesucrist, que on doit tenir moult cher;

1232

Et maintenant Que j’aray receu le sainct sacrement Rendroy mon ame a Dieu tout en present, Qu’en paradis la meneront vrayment.

1236

Lors se taisa La Madalaine, plus parlé ne luy ha, Et l’ermitain si se partit de la Et son messaige tout droit complir ala;

1240

Et quant il fut En la ville ou saint Maximin fut, Salué l’a de par le roy Jhesu. Saint Maximin son salu a rendu,

1244

1223. Comme au v. 212, dans l’adverbe ores, la forme jusques, identique dans B, n’implique pas nécessairement que la seconde syllabe de ce mot compte dans la mesure du vers. – 1235. tout en present le tout puissant. Correction d’après B. – 1238. que plus p. (vers hypermètre). L’écart avec B rend notre correction incertaine. – 1240. tout droit acomplir ala (vers hypermètre, cp. vv. 1001 et 1252). – 1244. son salu luy a rendu. Vers hypermètre dans les deux manuscrits (B offrirait toutefois une variante plausible pour le second hémistiche). 1217. En telle maniere. – 1218. Come tu as veu. – 1219. tu torneras. – 1224. Se que as veu. – 1225. Et que il soit. – 1229. En celuy moustier. – 1230. le service tout entier. – 1232. qu’on doit t. – 1234. Que je avray ouy le sacr. – 1235. a dieu tout en pr. – 1236. Et en par. la menera vrayement. – 1237. Lors ne parla. – 1238. La Magdalene et plus mot ne forma. – 1240. tout droit fournir ala. – 1243. Le salua. – 1244. Et s. M. si luy rent son salut.

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sources antérieures à jacques de voragine

Et l’ermitain Luy ha compté tretout de plain en plain, Ce qu’a veü et ouy de certain. Saint Maximin fut de joye si plain Quant il ouyt Que sa filleulle devoit venir a luy, Mercy et graces a Jhesucrist rendit, Car il y a tout son desir comply.

1248

124 r° 1252

Sans plus tarder, Saint Maximin a fait apareiller [Son eg]lise, ses clers et son aulter. [Le jour de] Pasques, avant qu’il fust jour cler,

1256

[Est il alé] [En ce mousti]er que avant ouy avés; [De prier] Dieu c’est bien appareillés. [Quant] il y fut, certainement saichés

1260

Que venuz sont Les angelz qui [ap]porte[e] [si] ont La Magdalaine, dont tresgrant joye font. Si grant clarté par tout le moustier font

1264

Qu’en verité On eust plus aise le soulail regardé Qu’on ne feïst des angelz la clarté; Mes quant il eust ung peu [la] demouré,

1268

Saichés de vray Qu’il veit partir les anges sans delay, Qu’ilz s’en montoyent ou ciel chantant ung lay. La Magdalaine demoura, bien le scay,

1272

1252. acomply (vers hypermètre, cp. vv. 1001 et 1240). Correction d’après B. – 1255 - 1260. Une déchirure a fait disparaître le début de ces six lignes. Les parties entre crochets, qui correspondent aux segments manquants, ont été restituées d’après B (graphies conformes à la scripta de P). – 1262. qui porté y ont (vers hypomètre). Correction d’après B (graphie conforme à la scripta de P). – 1264. Si tresgrant clarté (vers hypermètre). – 1268. ung peu dem. (vers hypomètre). Correction d’après B. 1246. Si luy conta. – 1247. Tout ce qu’il vit. – 1248. Lequel si fut de toute joye plain. – 1252. Car il avoit tout son d. comply. – 1255. Son esglize. – 1256. Le jour de P. avant qu’i fut. – 1257. Est il alés. – 1258. En ce moutier que devant. – 1259. De prier dieu mon bien appareilliés. – 1260. Quant il y fut. – 1262. qui apportee si ont. – 1264. Vers omis par le copiste. – 1267. Qu’on ne faisoit. – 1268. Et quant il eut ung pau la dem. – 1271. Vers omis par le scribe.

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

Agenoillee, Devant l’autel d’oraysons atournee, Si se tenoit en air si hault levee, Par la vertu que Dieu luy heut donnee,

291

124 v° 1276

Qu’a mon advis Il y avoit de cinq paus jusque a seix. Saint Maximin en fut [si esb]aÿs Que par ung poy [qu’]il ne s’en [est] fouy[s]

1280

De grant paour, Mais la vaillante dame [plaine d’onneur] Si luy a dit : « Beau pere, pour [amour] De Jhesucrist, n’ayés point de paour,

1284

Car vray[e]ment Je suys celle que vous desirés tant, Qui suys venue ycy par grant talant De vous voir que j’avoye chierement,

1288

Car le plaisir De Noustre Sire est que doye mourir, Dont en veulx bien sa voulenté complir. » Puys luy a dit tout son fait a loisir,

1292

Si va prier Saint Maximin qu’il deüst chanter Une messe pour la reconforter, Quar ce monde vouloit aprés lesser.

1296

1279. Les lettres entre crochets, devenues illisibles, ont été restituées d’après B. – 1280. Que par ung poy il ne s’en fouyt. Vers hypomètre et rime peu satisfaisante. Correction partiellement inspirée par B (l’adjonction de est se justifie dès lors que la forme verbale à la rime n’est plus un parfait mais un participe passé). – 1282 - 1283. Une déchirure a fait disparaître la fin de ces deux lignes. Les parties entre crochets, qui correspondent aux segments manquants, ont été restituées d’après B (graphies conformes à la scripta de P). – 1285. vrayment (vers hypomètre). Correction d’après B. – 1290. est que je doye m. Vers métriquement déficient dans les deux manuscrits (la difficulté porte dans chaque cas sur le second hémistiche). 1275. Et se t. – 1278. jusques a seix. – 1279. en fut si esbahis. – 1280. Que pour ung pau qui ne se ne fuis (sic). – 1282. plaine d’onnour. – 1283. par amour. – 1284. n’aiés vous p. p. – 1285. vrayement. – 1288. Pour vous voir que j’aime cherement. – 1290. Nostre seigneur que je m’en voye m. – 1291. Dont je veul bien. – 1292. Et puis luy dist. – 1294. que y deusist ch. – 1296. Car aprés v. ce munde cy laisser.

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sources antérieures à jacques de voragine

Ainsi le fist; Le bon preudomme une messe luy dist, Puy luy donna le saint corps Jhesucrist. [Devotement le receupt et le print

1300

Et en tel point Que ses larmes ne plaingnoit elle point, Ançois plouroit si fort et si a point Que son visage estoit moullié et oing,

1304

Si fort plouroit Pour les pechiés que jadis fait avoit Et pour l’amour tresgrant qu’elle portoit A Jhesucrist, que pardonné avoit

1308

Ses pechiés tous. Si print congiet tout bellement de tous Et se coucha en presence de tous Devant l’autel plourant sans dire mot,

1312

Et maintenant Print a dire : « Jhesucrist tout puissant Qu’as souffert mort pour nous honteusement, Mon esperit en tes mains recommans,

1316

Et si te pri Qui te plaise avoir de moy mercy. » Si clot les yeux et la bouche [a]ouvrit, Et la sainte ame du corps se departi,

1320

Mais sans doubter, Le puissant prince qui fist terre et mer Clerement a a touz volu monstrer Qui Il amoit d[e] bon cueur, bien sachiez,

1324

Car descendu Est Il pour vray de paradis ça jus; A tous ses anges est a terre venus, Si luy a dit qu’Il ne tarde ja plus :

1328

1297. Ainsi fist il le fist, fist il exponctué et tracé. – 1300 - 1385. La perte vraisemblable de deux feuillets interrompt ici le manuscrit de Pau. Texte de B. – 1308. B que pard. luy avoit (vers hypermètre). – 1319. B ouvrit (vers hypomètre). – 1324. B du bon c. 1298. Le bon homme. – 1299. Et luy d. le c. de Jh.

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Pau, Archives dép. des Basses-Pyrénées, manuscrit 20 (F) (n° 8)

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« Vien t’en, m’amye, Avec moy et la mienne compagnie, Si t’en menray en pardurable vie Ou tu seras amee et bien cherie

1332

Tousjours sans fin. » A ses paroles se mirent en chemin; Chantant s’en vont li ange cherubin, Les puissances, thrones et cheraphin.

1336

Or laisserons La saincte ame et du corps parlerons, Comment la fist enterrer le preudons Saint Maximin et tous ses compagnons.

1340

Le corps ont prins Et d’un drap linge bien delié et lis L’ont afeublé tresbien a leur advis. En une tombe de marbe blanc l’ont mys,

1344

Mais vrayement, De celle tombe saillit tout en present Ung odour si tres bonne et odourant, Si bonne et si doulce et si souef fleirant

1348

Que onques odour De fines roses ne aussi d’autre flour Ne fut si bonne ne de si grant doulçour, Et si dura mainte nuyt et maint jour.

1352

Or est complie De rimoyer la glorieuse vie De celle dame que vous avez ouye, Qui en plourant devint de Dieu amye.

1356

1336. B Les p. et thr. et aussi ch. (vers hypermètre). – 1337. B Mais or l. (vers hypermètre). – 1339. B le bon pr. (vers hypermètre). On pourrait aussi corriger le dernier mot (le bon [hons]). – 1342. Le dernier mot du vers est incompréhensible dans B, mais il ne semble pas exister d’adjectif susceptible de convenir à la rime, au mètre et au contexte (sauf peut-être fins, si l’on admet la coexistence au sein de la même strophe de finales nasalisées et non nasalisées, bien établie dans le poème). – 1344. B Et en une t. (vers hypermètre). – 1347. B et forment od. (vers hypermètre). – 1349. Ce vers ne comporte pas obligatoirement un excédent métrique dans B (que correspond peut-être à la forme élidée de la conjonction, ou onques ne compte que pour une syllabe, cf. v. 1223). –

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sources antérieures à jacques de voragine

Par grant amour Nous a volu donne[r] Nostre Seignour Cest examplaire et ce biau mireo[u]r Pour nous mirer et remirer tousjour.

1360

Or nous mirons En ce miroir luysant que nous avons, Car en mirant tous nos pechiés verrons, Et les voiant nous les congnoistrons,

1364

Car qui vouldra Soy mirer, bien se congnoistra Et penitance de ses pechiés fera; Tres bien amé tousjours dame sera.

1368

Or metons paine D’avoir tantost de la clere fontaine, Ainsi que fist la saincte Magdalene Qui pour l’avoir laissa l’amour mondaine,

1372

Car autrement, Qui le monde n’avra en despitement, L’amour de Dieu n’avra ja nullement; Dont qui vouldra avoir son sauvement

1376

Soit advisé Comment chemine, en quoy sera trouvé, Car l’Escripture raconte, bien le say : « Comme te trouveray, ainsy te jugeray ».

1380

Par son plaisir Nous doint si bien le nostre temps finir Que celle gloire puissons tous acquerir Ou Magdalene vit tous jours sans morir.

Amen]

1358. B donne. – 1359. B mireoir (correction pour la rime). – 1363. B en nous m. (vers hypermètre). – 1364. Vers hypomètre dans B. – 1366. Il manque dans B une syllabe pour chaque hémistiche de ce vers (Soy y mirer serait une possibilité pour le premier). – 1368. Vers incompréhensible dans B. Nous ne voyons pas comment intervenir pour lui donner un sens. – 1370. B la est ajouté au-dessus de la ligne. – 1378. B et en quoy (vers hypermètre). – 1380. Vers hypermètre dans B. – 1381. B Dieu par son pl. (vers hypermètre). – 1384. B Ou la Magd. (vers hypermètre). –

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9. Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 13496, 230 b - 233 b Exécuté entre la seconde moitié du XIIIème et le début du XIVème siècle, Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 13496 est le seul recueil hagiographique aussi ancien a avoir un fort ancrage local1. Outre sa scripta, sa composition marque en effet des liens étroits avec la Bourgogne : parmi les 20 vies de saints qu’il contient2, on relève la très longue légende de Bernard de Clairvaux3 (f° 42 a 122 d) et celles de Marie-Madeleine (f° 131 a - 146 c) et de Lazare, honoré à Autun4 (197 b - 212 b). De plus, ce corpus hagiographie est complété par une vie en prose de Girart de Roussillon suivie du récit de la translation des reliques de notre sainte, entreprise à l’instigation du comte (f° 217 a - 233 b). Cette relation avec la Bourgogne à une époque relativement précoce fait des deux textes consacrés à Marie-Madeleine des relais précieux dans la transmission de sa légende. De plus, nous le verrons, la vie elle-même est une réélaboration de la translation, ces récits offrant ainsi, à l’intérieur d’un unique manuscrit, un témoignage privilégié de réécriture. Compte tenu de leur dissociation au sein de notre recueil ainsi que des distinctions qu’il y a lieu d’établir entre leurs sources et leur 1   A.-F. Leurquin-Labie a montré que les saints locaux ne bénéficient d’une mise en valeur, dans les légendiers, qu’à partir du XVème siècle, cf. « La promotion de l’hagiographie régionale au XVe siècle : l’exemple du Hainaut et du Cambrésis », Richesses médiévales du Nord et du Hainaut, études réunies par J.-Ch. Herbin, CAMELIA, Presses universitaires de Valenciennes, 2002, pp. 253 - 267, part. pp. 253 sq. Nous hésiterions toutefois davantage à affirmer que notre manuscrit « témoigne d’un attachement particulier à Vézelay » (cf. note 2). Les vies de Lazare ou de Bernard n’ont en effet qu’un rapport lointain avec l’abbaye. Par ailleurs, P. Meyer (« La légende de Girart de Roussillon », Romania, t. 7, 1878, pp. 161 - 235 ; p. 166) a rappelé que la légende de Girart est écrite à l’honneur de Pothières, qui se glorifiait de posséder le tombeau de son fondateur, Vézelay n’y étant que très brièvement évoqué. 2   Les 17 pièces restantes sont une sélection de vies classées sans ordre apparent, qui se retrouvent toutes dans d’autres légendiers, en particulier ceux où figure la rédaction n° 7 de la vie de Marie-Madeleine, soit précisément la version exploitée dans l’adaptation que l’on rencontre aux folios 131 a - 146 c de notre volume (voir notre présentation du n° 24). Le manuscrit se compose ainsi des légendes de Julien, Cucufat, Catherine, Eufrasie, Julienne, Lucie, Bernard, Marie-Madeleine, Marthe, Marie l’Égyptienne (éd. P. F. Dembowsky, 1977, version O, pp. 171 - 205), Élisabeth, Paul et Denis, Lazare, Girart de Roussillon, Grégoire, Jérôme, Brendan, Fursy, Benoît et Silvestre. La vie de saint Benoît (f° 264 a - 280 b) est transcrite à partir de notre manuscrit par A. Vidier, L’Historiographie à Saint-Benoît-sur-Loire et les miracles de saint Benoît. Ouvrage posthume revu et annoté par les soins des moines de l’abbaye de Saint-Benoît de Fleury (Saint-Benoit-sur-Loire), Paris, A. et J. Picard et Cie, 1965, pp. 221 - 226. Elle est rédigée d’après le livre II des Dialogues de saint Grégoire et est suivie du récit de la translation des reliques d’après l’Historia Translationis, de leur illation selon Thierry d’Amorbach, puis de leur revendication par les moines du Mont-Cassin. Le manuscrit 734 (456) du Musée Condée à Chantilly sépare la translation des reliques (f° 198 a - 200 b) de la vie elle-même (f° 186 d - 195 c) par la légende de l’ermite Paul. 3   Les manuscrits 734 (456) du Musée Condée à Chantilly et Comites latentes 102 de la Bibliothèque de Genève reproduisent le même texte. 4  On peut aussi émettre l’hypothèse, avec A. Vidier, L’Historiographie à Saint-Benoît-sur-Loire, op. cit., 1965, p. 221, que la présence de cette œuvre, dont le protagoniste est considéré comme le protecteur des malades, relierait notre corpus à l’Hôpital du Saint-Esprit à Dijon, dont des armoiries peintes au XVème siècle apparaissent au f° 212 v° et au f° 213 r° avec celles de son fondateur, Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Pour P. Meyer, « Légendes hagiographiques en français. II. Légendes en prose », Histoire littéraire de la France, t. 33, 1906, pp. 437 sq., il ne s’agit pas à proprement parler de la vie de Lazare, mais de l’adaptation française du chapitre 11 de l’Évangile de Jean.

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contenu, nous les commenterons et les éditerons de manière séparée. La vie, compilation de divers matériaux, est présentée au n° 24. Formé de 306 feuillets en parchemin (2 colonnes à 41 / 42 lignes, de manière régulière en apparence, quand bien même leur espacement diffère sensiblement d’une partie à l’autre du volume), le légendier développe une structure complexe. Son homogénéité semble néanmoins assurée par la taille de ses feuillets (environ 260 x 175 mm) et, dans une mesure relative, par leur mise en page. De nombreux copistes ont prêté leur concours à sa réalisation, ces ruptures paléographiques (et parfois aussi linguistiques) étant souvent confirmées par la présence de colonnes ou de pages blanches5. Certaines parties du volume ont fait l’objet d’importantes révisions. Des titres ont été ajoutés, à époque contemporaine de la fabrication du manuscrit ou un peu plus tard, lorsque les rubriques, pour lesquelles des espaces sont parfois disponibles et des annotations provisoires visibles, n’ont pas été écrites. À l’évidence, plusieurs enlumineurs ont aussi contribué en alternance au programme iconographique de cet ensemble, certaines similitudes permettant d’établir des relations d’une partie à l’autre. La majorité des pièces est introduite par une miniature. Seules les légendes de Cucufat et de Marthe comportent une lettrine et celles de Marie l’Égyptienne et de Denis une initiale historiée6. La vie et la translation de Marie-Madeleine, rédigées toutes deux en écriture gothique livresque, ont selon toute vraisemblance été partiellement transcrites par le même copiste (voir note 6). La légende de la sainte est précédée d’une enluminure de 15 lignes qui représente la scène de l’onction. Jésus est assis derrière une table recouverte d’une nappe sur laquelle reposent divers ustensiles. Il est encadré par deux groupes de cinq hommes auréolés. La pécheresse, couchée devant la table, essuie les pieds du Christ de ses cheveux. La présence d’un petit personnage auréolé sur le sein du Messie, sans doute Jean l’Évangéliste (?)7, tête posée sur 5   Si l’on s’en tient par exemple à la vie de Marie-Madeleine qui figure aux f° 131 a - 146 c, celle-ci marque le début d’une nouvelle unité matérielle, celle qui précède finissant à la colonne 122 d, dont 18 lignes seulement sont remplies. Le reste, ainsi que le f° 123 a / b, sont réglés mais vacants et les f° 123 v° à 130 v° sont blancs (seul le f° 125 v° comporte une réglure). Les f° 131 - 132 appartiennent à un bifeuillet indépendant. Le f° 133 introduit un quaternion, avec changement de copiste, de même pour le cahier suivant, et ces deux subdivisions comportent une réclame. À la différence du scribe des f° 131 - 132, celui qui a rédigé les f° 133 sq. rehausse les majuscules de rouge. Le premier copiste prend le relais à la 14ème ligne du f° 134 a, mais suit cette fois les habitudes du précédent pour le traitement des capitales. Il est possible qu’au moins une particularité graphique que l’on observe au f° 133 b coïncide avec celle qui intervient dans les dernières lignes de la légende de sainte Lucie, f° 40 b, et les écritures offrent d’ailleurs une certaine ressemblance. En outre, les folios 131 - 132 et 134 a sq. ainsi que 230 b - 233 b ont de fortes chances d’avoir été rédigés par le même scribe. 6   La vie de saint Lazare est introduite par une enluminure et ses miracles bénéficient d’une initiale ornée supplémentaire. 7   Voir par exemple l’initiale de l’antiphonaire dominicain peint aux environs de 1300 dans le diocèse de Constance (Paris, Musée Marmottan Monet, Wildenstein Collection), reproduite par J. F. Hamburger, St John the Divine. The Deified Evangelist in Medieval Art and Theology, Berkeley, Los Angeles, Londres, University of California Press, 2002, fig. 148, commentaire pp. 162 - 164. Nous remercions Mme Brigitte Roux qui a orienté nos recherches.

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l’épaule droite de celui-ci, confère une certaine singularité à ce motif, courant par ailleurs. À l’arrière-plan, deux tours, reliées entre elles par un arc, délimitent l’espace. Le récit de la translation des reliques, qui n’est pas matériellement séparé de la vie de Girart qu’il complète, est signalé quant à lui au moyen d’une simple lettrine8. Dans l’article qu’il consacre à la légende de Girart de Roussillon, P. Meyer détermine la source de la vie du seigneur bourguignon, dont il publie côte à côte le texte latin, peu diffusé9, et sa transposition vernaculaire, qui n’existe que dans notre recueil. Sans en retranscrire l’adaptation française, il fournit également le début du récit de la translation des reliques de Marie-Madeleine, Nunc ergo largiente Domino, d’après le manuscrit de Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 12602 (pp. 231 - 233). Recensé sous les références BHL 5489 à 5491 dans le répertoire des Bollandistes10, ce texte a été composé dès le milieu du XIème siècle. Il offre une relation détaillée de l’arrivée des reliques de Marie-Madeleine en Bourgogne, datée de l’an 749, sous le règne du roi Louis le Pieux et de son fils Charles11. La traduction de notre manuscrit repose sur le BHL 5491 (35 témoins mentionnés par les Bollandistes, dont les plus anciens datent du XIIème siècle). La technique de traduction mise en œuvre et, nous le constaterons plus loin, le style et le vocabulaire révèlent de fortes convergences entre ces deux récits, au point que l’on peut admettre que leur adaptation française a été réalisée par un même auteur, dont le dialecte bourguignon résonne de manière évidente.

  La vie de Girart est introduite par une miniature qui montre le miracle de la construction de l’abbaye de Pothières (cf. § 92 sq de l’éd. P. Meyer). Par piété, Berthe se rend de nuit sur le chantier où elle effectue de lourdes tâches en compagnie d’un serviteur. Lorsqu’elle trébuche, un ange apparaît pour retenir son fardeau. La scène est représentée sur fond d’or : un homme (bonnet et tunique rouges avec ceinture de corde) porte sur l’épaule une perche à laquelle est suspendu un seau volumineux. L’extrémité du bâton est tenue par un ange dont le buste sort de la nuée dans l’angle supérieur droit de l’image. L’épouse de Girart, voilée et vêtue d’une robe vert olive, a un genou posé à terre. Sa main droite est dirigée vers le sol, la gauche dressée à hauteur du visage. Nous remercions Anne-Françoise Leurquin-Labie et Marie-Laure Savoye (IRHT, Section romane), qui ont fourni cette description. 9   P. Meyer (« La légende de Girart de Roussillon », art. cit., textes pp. 178 - 225) n’en connaît qu’un seul exemplaire (Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 13090) ; aucun autre témoin n’est recensé dans les catalogues publiés par les Bollandistes (BHL 3550). 10   G. Lobrichon, « La Madeleine des Bourguignons aux XIe et XIIe siècles », Marie Madeleine dans la mystique, les arts et les lettres. Actes du colloque international, Avignon, juillet 1988, publié par E. Duperray, Paris, Beauchesne, 1989, pp. 71 - 88, signale (note 15, p. 86) l’édition « commode, mais très fautive » d’A. Pissier, Le culte de sainte Marie-Madeleine à Vézelay, Saint-Père, Au Presbytère, 1923, pp. 201 - 207, que nous n’avons pas pu consulter et qu’il convient de compléter par Analecta Bollandiana, 2, 1883, p. 321. Faute d’un meilleur texte, nous recourrons à celui publié par É.-M. Faillon, Monuments inédits sur l’apostolat de sainte Marie-Madeleine, op. cit, col. 745 - 752, qui transmet l’ensemble du BHL 5489 (explicit : « (...) quatro decimo calendas aprilis reposuerunt »), soit jusqu’à la l. 145 de la rédaction vernaculaire. 11   L’inscription du récit dans un semblant de contexte historique doit bien sûr attester de sa véracité. Rappelons toutefois que Louis le Pieux règne de 816 à 840. 8

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La comparaison avec l’original latin révèle un calque fidèle, pour ne pas dire servile, de son modèle12, au point que plusieurs passages sont incompréhensibles sans le recours à la source (l’explication étymologique du nom de Vézelay, l. 35 37, en est un exemple révélateur). Pour inélégant qu’il soit, le récit de la translation se révèle néanmoins important par la précision de son propos. Il narre l’édification par Girart de Roussillon d’une église dédiée à la Vierge Marie et aux apôtres Pierre et Paul, consacrée par le Pape Jean, détruite puis reconstruite sur le site de Vézelay ; l’invasion de l’Espagne et du sud de la France par les sarrasins, destinée à punir les habitants de leurs péchés ; l’envoi de Badilo par Girart et Odon (Heudo) ; les recherches dans la cité dévastée ; la découverte du tombeau sculpté et son déblayement ; l’effraction du monument et l’apparition de Marie-Madeleine ; le retour en passant par Nîmes, où le moine et ses compagnons démembrent le corps ; l’accueil à Vézelay et l’introduction des reliques dans l’église. Enfin, il évoque en quelques lignes les vertus et les nombreux miracles de la sainte et propose une étymologie de son nom. La libération du chevalier prisonnier le conclut : enfermé dans une geôle à Arnice13, celui-ci invoque Marie-Madeleine et voit un bâton de fer ardant surgir et trancher ses liens. Une fois libre, il porte ses chaînes au tombeau de la sainte. Ce miracle14 fait suite dans plusieurs manuscrits latins à la translation des reliques, de sorte que l’on peut penser que le traducteur français l’a tiré de son original. Mis à part l’existence de traits bourguignons prononcés, déjà signalée par P. Meyer, le vocabulaire du texte en est l’aspect le plus remarquable. Certains mots ont un intérêt propre, d’autres sont intéressants pour le rattachement géographique de l’entreprise, même si aucun ne nous fournit de repère chronologique sûr. Au mieux peut-on situer la rédaction à un moment sans doute peu éloigné de la fabrication du recueil qui nous le fait connaître, soit aux alentours de 1300. Les folios 230 b - 233 b sont ceux où apparaissent les vocables les plus typiques et singuliers. affinité (« parenté par alliance », l. 10) intervient dans une formule, signalée par Tobler-Lommatzsch, présente aussi dans la légende de Girart de Roussillon (cf. § 141 : « et havoit avec lui les rois d’Espaingne qui li estoient pruchain par afinité », traduction du latin « ac predictorum regum affinitate proximus »15). 12   À propos de la vie de Girart, P. Meyer disait lui-même : « Cette traduction est extrêmement littérale, et partout le style en est lourd et pénible » (art. cit., p. 164). Elle comporte néanmoins une différence notoire : dans la version française, le moine Badilo découvre les reliques de la sainte à Marseille, alors que le texte latin ne parle jamais que d’Aix. 13   « apud Avernensem urbem » chez Vincent de Beauvais qui relate le miracle (Speculum historiale, XXIII, cap. cliii), que Jean de Vignay traduit par « en la cité d’Auvergne » (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 309, f° 350 a, par exemple). Notre adaptateur croit-il que cette expression désigne la ville auvergnate du Puy-en-Velay qui, en latin, se dit « Anicium » ? Ce lieu n’est toutefois pas connu pour son culte à Marie-Madeleine. Nous remercions M. Jean-Yves Tilliette de ses éclaircissements. 14   BHL 5462 (33 manuscrits répertoriés par les Bollandistes, dont les plus anciens remontent à la fin du XIème siècle). Vincent de Beauvais ne précise pas que les liens ne semblent pas peser au pénitent ; il néglige aussi de dire que le chevalier fait le récit de sa libération. 15   Nous citons la vie de Girart d’après les textes édités par P. Meyer, « La légende de Girart de Roussillon », art. cit.

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Le FEW (s.v. affinis, XXIV, col. 251 a) et le TLF s’accordent à faire remonter ce terme savant à la Chronique des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure, 1260 paraissant correspondre au premier exemple de cette signification particulière. Il n’en existe que peu dans l’ensemble et pour ce sens précis. antaillement (« gravure, sculpture », l. 69 ; sculptura, col. 748) est très rare (3 occurrences en tout dans Godefroy et Tobler-Lommatzsch) et le FEW (s.v. taliare, XIII, 1, col. 48 b) délimite sa période d’utilisation entre le XIIIème et la fin du XIVème siècle (Gui de Cambrai semble être le plus ancien auteur à faire usage de ce substantif, vers 1215). apparissance (« vestige », litt. « partie visible » ; l. 70 ; cp. « Erat enim per totam superficiem ipsius », col. 748) est antérieur et courant dans l’ensemble, même si une importante proportion des citations (dont l’essentiel figure chez Godefroy) provient de textes tardifs, mais il est lui aussi très rare dans cette acception. L’une des deux occurrences que cite Tobler-Lommatzsch se rattache de nouveau à la vie de Girart éditée par P. Meyer, au sens beaucoup plus clair encore de « vestiges » (vestigia, cf. § 107 : « Les aparissances des murs et des tranchies demonstrent anquor apertement le grant et le fort habitement des hommes qui fu enqui »)16. La valeur sémantique qui convient à appelement (« appel, intercession », ou « rappel », l. 168 ; sans correspondance avec le texte latin, dans la version dont nous disposons), soit « appel » ou « intercession », fait plutôt songer à l’acception la plus ancienne de ce dérivé (« action de faire connaître sa volonté (de Dieu) », cf. FEW, appellare, XXV, 1, col. 30 a), que l’on rencontre dans des textes des XIIème et XIIIème siècles, surtout issus des domaines wallons et lorrains (mais pas exclusivement). Au demeurant, ce substantif est inhabituel. Absent de Tobler-Lommatzsch, ateïnemant (« ravage », l. 6) correspond au latin infestatio (col. 745). Les relevés, très peu nombreux, de ce dérivé proviennent de Godefroy, I, col. 461 c, qui traduit celui dont le sens est le plus proche par « vexation »17. charrot (« charriot », l. 115), qui est conservé dans la réécriture du n° 24 (l. 881), n’est connu qu’à travers deux exemples (et ne semble pas répertorié par le FEW). Celui de Godefroy (II, col. 77 c) appartient à un document qui ne comporte ni date ni localisation précise. Tobler-Lommatzsch relève le second dans le Girart de Roussillon de notre manuscrit (§ 206). emplement (l. 36), daté de 1190, est assez rare (« orizonta (...) per amplissima », § 12). fortefier (l. 108) l’est plus encore et son intérêt est double. D’une part, son introduction daterait de la première décennie du XIVème siècle seulement18. D’autre part, la signification subjective voulue ici (« conforter », 16   Un troisième exemple, beaucoup plus éloigné dans le temps, figure chez Godefroy. On notera aussi que l’article *apparescere du FEW (XXV, col. 25 a) donne l’impression que le terme est bien moins fréquent en général. Il se contente aussi de fournir la date de ca 1330 pour cette signification, sans doute d’après la citation de Tobler-Lommatzsch. 17   Daté du XIIIème siècle par le FEW (cf. taheins, XVII, col. 292 a), il figure dans un texte anglo-normand de 1270 environ, mais avec une autre valeur sémantique. D’après les indications de Godefroy, et pour autant qu’elles s’avèrent correctes, on pourrait anticiper celle qui nous intéresse ici d’une vingtaine d’années. 18   Il est utilisé dans une acception concrète par l’anonyme qui a réalisé la traduction de l’Histoire des Normands d’Aimé du Mont-Cassin, dans un français empreint d’italianismes. La nature de cette entreprise

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comme dans le texte latin, cf. col. 750, confortatus) n’est signalée que pour la langue moderne (dans les écrits de Montaigne, d’après le FEW, une occurrence légèrement plus précoce figurant toutefois chez Godefroy). Dans ce passage, le récit des f° 131 a - 146 c (n° 24) est proche au point de reproduire la même phrase (voir l. 874 pour le verbe). longueté (l. 118 ; proceritas, col. 750) et peroindre (l. 74 ; même type de préfixation dans le modèle latin, col. 748) ne sont pas courants non plus. Pour le premier, Tobler-Lommatzsch renvoie aux trois citations de Godefroy, V, 28 c, qui permettent de remonter au début du troisième quart du XIIIème siècle, les quelques emplois, « techniques », du verbe se concentrant dans le dernier tiers de la même période. nombrable est un adjectif ancien mais plutôt isolé. Ses emplois négatifs, comme dans nos deux traductions, l. 40 et n° 24, l. 814 (neant –, « innombrable »), sont majoritaires et plus précoces. Dans le premier cas, il rend le latin innumerabilis (« innumerabilibus signis », col. 747). representacion (l. 66) n’est guère répandu non plus au moyen âge, et surtout pas à date précoce19. Sa signification dans notre texte n’est pas tout à fait claire non plus (« accomplissement », « réalisation » (soit l’action de rendre visible, comme le latin repraesentatio) ?)20. Attesté dès la fin du XIIème siècle, senglotement (l. 64) n’est pas abondamment représenté dans les dictionnaires et ce dérivé figure aussi dans la légende de Girart de Roussillon (§ 158 ; « les tormenz de ses sanglotemenz, les fluves de ses larmes habondanz », qui traduit ici le latin « lacrimarum inundantium flumina frequentia »)21. Quatre mots méritent une discussion à part, tout d’abord esluier (« accueillir », l. 144), forme rendue mystérieuse par son préfixe, inconnu dans les aboutissements d’allocare et d’ailleurs contradictoire avec le sens de ce verbe22. Difficile à comprendre sans le texte latin, où l’on a affaire par trois fois à la même leçon, gleba ou gleba corporis (sui) (col. 745, 748 et 752), blete (« dépouille », l. 2, 69 et 137) est sans aucun doute un avatar du mot inhabituel qui figure dans Tobler-­ Lommatzsch sous l’entrée blestre et veut littéralement dire ici « motte (de terre) »23. (connue grâce à une copie méridionale du XIVème siècle) ne permet donc pas de savoir quel degré de familiarité les usagers de notre langue ressentaient devant ce verbe au moment où notre compilateur vivait. 19   Son premier exemple, des environs de 1250 d’après les dictionnaires, est par ailleurs extrait d’un manuscrit du XIVème siècle seulement. 20   Le texte latin édité par É.-M. Faillon, Monuments inédits, 1848 (col. 748) donne ici : « si quempiam reperiret ad indaginem desideratae rei perduceret ». Le traducteur n’a-t-il pas compris ? A-t-il confondu avec « imaginem » ou son support comportait-il une autre leçon ? 21   Pour les adverbes despeeschiement et ententiblement, que le récit partage avec celui des folios f° 131 a 146 c, voir le n° 24. 22   Certains patois connaissent certes des aboutissements analogues au point de vue vocalique (cf. FEW, allocare, XXIV, col. 335 b - 338 b), mais compte tenu de la signification du mot (« installer, placer ») un changement de a(d)- pour ex- serait peu probable ici. Dans le récit de translation qui accompagne le n° 24, on a d’ailleurs la forme attendue, aluerent. Le texte latin ne nous aide que pour la compréhension générale de ce vocable (« atque ibidem, ut decebat, honorifice (...) reposuerunt », col. 752). 23   Les deux plus anciens exemples de la forme en -e- pourvue du même sens sont contemporains (début du deuxième tiers du XIIIème siècle) et nous viennent de textes anglo-normands. Isolément ou sous forme de syntagme nominal, le substantif gleba paraît usuel en médio-latin afin de désigner la terre qui recouvre

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fraschun (« éclat, résidu de bois », l. 82 ; « arreptisque scopis tam ipse, quam sui comites, fragmenta carbonum et cineres ab eodem loco projecerunt », col. 748 749) est un terme à coup sûr régional qui se rattache à une racine (*fraxicare, FEW, III, col. 770 b) dont le seul aboutissement nominal attesté pour le moyen âge paraît être fraische (« menues branches », cf. Godefroy, IV, col. 122 c). Le franc-comtois connaît en particulier ce mot pour désigner du « bois cassant dont on allume le feu », et il survit à Minot et à Bourberain (Côte-d’Or) ainsi qu’à Lyon et à Beaurepaire (Isère) dans des acceptions qui nous ramènent presque toutes au sens général de « petit bois ». Un autre substantif confirme l’origine de notre texte : ramece (« balais », l. 81 ; scopæ, voir précédente citation). Il est en effet vraisemblable que nous ayons affaire ici à un nouveau régionalisme, dont les quelques occurrences médiévales (bourguignonnes), certainement postérieures à notre texte, et les survivances sont réunies dans l’article ramus du FEW, X, col. 43 a24.

une tombe ou les restes qu’elle contient, en particulier s’il s’agit de vestiges sacrés (voir notamment le Dictionary of Medieval Latin from British Sources, prepared by R. E. Latham et alii, fasc. 4, Londres, Oxford University Press, 1989, s.v. gleba, col. 1081 c - 1082 a). 24   À titre secondaire, on pourrait encore mentionner l’adjectif florissable (l. 159), dont les quelques exemples sont concentrés dans Godefroy. Notre texte paraît devancer les plus anciens, issus de la Bible de Macé de la Charité (qui l’emploie au moins trois fois) et de l’Ovide moralisé, qui convergent peut-être aussi en direction du domaine bourguignon.

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[230 b] Ici comance la venue ou la translacions de Marie Magdelene

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Frere tres chier, a l’aide de Deu nous començons esponre en quel maniere la blete

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En cel meismes temps, Jehanz, apostoles de Rome, vint en France appelez auxi

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dou cors de la tres beneureuse Marie Magdelene fu translatee au leu ou quel ele est hui honoree. En l’an de la Passion ou de la Resurrection Nostre Seignour .vij. cenz .xlix., que Looys, tres piteux rois, regnoit et Challes ses filz auxi paiz voilla et li profilz de l’eglise Jhesucrit par tout lou monde, fuer les ateïne- [230 c] -manz des sarrazins qui estoient especialment des premerains d’Espaingne; en cel meismes tans, Girarz tenoit tres grant partie de Burgoingne par noblesce de contes et estoit mont tres puisanz par l’abondance d’armes et de richesces, et estoit t[r]es pruchains par affinité des devant diz rois et tenoit la dite terre par droit heritaige. Il havoit femme qui estoit bien igaux a lui de lignaige et estoit mont noble en bones meurs. Quant lour anfant furent mort, c’est asavoir filz et fille, il donoient lour propres choses par large main a ces qui doutoient Deu et a ses povres. Aprés ce, il donerent tout lor patrimoine de lor possessions por les maisons des eglises de Deu le tout puissant en tres grant devocion. A la fin, il userent de meillor consoil qu’il alisassent Deu lor hoir en leu de lignie de char. Il edifierent plusors eglises et plusors abbaïes en lour larges terres as quex il n’avoient onques esté. Il establisserent en celes plusors por servir Deu et les firent riches de lor propres choses por ce qu’il tenissent lor riegle sanz aucune chetiveté. dou roy de France come de cel meismes conte Girart. Entre les autres [230 d] oevres qu’il fist en celebrant, il fist sacrer les abbaïes que ciz meismes cuens Girarz havoit edifiees par sa priere en l’onor de Deu et de Marie, sa beneoite mere, et des sainz apostres saint Pere et saint Pol. Quant il fu repairiez a Rome, il envoia as leus qu’il havoit sacrez reliques de plusors sainz pour l’amor dou devant dit conte. Aprés aucuns trespassemenz de temps que li rois de France defailloit par melaidie, unes genz estranges qui vint des parties d’outremer comença faire tres granz pestilances par toutes les provinces de France auxi en occirre hommes come en preer lour choses et lor maisons ardoir. Auxi les eglises et les abbaïes li feux gasta et destruit. Adonc a la fin entre les autres choses, li abbaïe de Vezelai, qui li devant diz cuens Girarz havoit faite entre les autres selonc lou fluve de Core, auxi com nous l’avons ja pieça devant dit, fu destruite jusques a la terre, mas aprés ce par la garde de deffenssion, ele fu reedifiee tres noblement de celui meismes Girart en .j. tres haut mont qui estoit desus la dite abbaïe, qui affiert tres honoreement au

1. Texte d’attente du titre, placé au bas de la colonne – comme dans beaucoup de cas à l’intérieur du volume, la rubrique n’a pas été exécutée. – 5 - 7. et Challes (...) d’Espaingne] ce passage est certainement altéré, mais il offre peu de prise pour une intervention. – 9. tes pruchains.

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non de cel meismes leu, quar « Vezelay » est diz auxi come se cil qui regardent entour voient des anqui tres emplement la mitié dou ciel, ou [231 a] il est diz « Vezelay » et puet estre entenduz que l’o[n] voi[t] des enqui tres ample partie dou ciel; ou quel leu quant ele fu reedifiee auxi come ele estoit devant en l’onor de la beneoite Vierge Marie, la mere Deu, et des apostres saint Pere et saint Pol, ele resplendit a l’aide de Deu de signes neant nombrables et de vertuz.

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En cel meismes temps a bien pres avint que unes genz de sarrazins issi fuer et degasta des les parties d’Espaingne et mist a fin a bien pres Aquitaine et tres grant partie de Provance. Entre ces choses, ele anvaïst la cité de Marseille qui estoit mere d’autres citez et la prirent et touz les aornemenz d’iceli, et en menerent grant multitude de prisons et les autres choses destruerent par glaive et par feu, et escourcherent plusors homes et plusors femmes touz vis, auxi come la costume des sarrazins est faite as hommes de nostre gent et auxi come nous l’avons entendu aprés ce de cels qui l’ont veu. Quant li ocisions de cele pestilance fu faite qui lour avint, si come nos creons, pour les pechiez des habitanz en cele terre, il s’en ralerent en lour paiis. Il estoit dit jadis de plusors et estoit espandu longuement et largement que la beneureuse Marie Magdelene avoit esté ensepelie ou territoire de la cité de Marseille de Maxime, lou saint evesque, [231 b] et que les tres saintes osses d’iceli estoient enqui gardees.

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A la fin auxi, li cuens Girarz come Huedes de la devant dite abbaïe de Verzelay

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furent esmeu pour ceste renommee et anvoierent assez cusancenousement a la cité de Marseille .j. frere qui avoit non Badilo, c’est asavoir par cele devocion que se il par l’outroi et la volenté de Nostre Seignor peust trover en ces parties aucunes reliques dou cors de la beneureuse Marie Magdelene, qu’il repairast et lour aportast. Iciz emprist la voie et fu garniz de honeste compaingnie de sergenz, et parvint a la cité de Marseille auxi proprement come devotement; en la quele quant il i entra, il li sembla qu’il ne li appareust en celi nule chose dou tot ou tout ne mas que la semblance de la darreniere mescheance et de mort. Quant li devant diz Badilo vit si cruel justice dou pueple des crestiens, il comença metre fuer tres griés senglotemenz de larmes pour la pitié. Aprés ce, il li sovint de la devocion de sa voie et aloit a grant cure et encerchoit en touz les leus s’il em porroit aucun trover qui le menast parfectement a la representacion de la chose desiree.

35 - 38. quar Vez. (...) tres ample p. dou ciel] passage peu clair. que lou voie des enqui ne fait guère de sens, mais notre intervention reste hypothétique. Le texte latin correspondant est ici : Dicitur enim Vicelaicum quasi inde videatur orizonta caeli circumtuentibus per amplissima, seu etiam Vicelaicus, quod exinde videatur amplissimum caeli latus, potest intelligi (d’après P. Meyer, art. cit., p. 232). – 43. Marseille] a a été ajouté au-dessus de la ligne. – 52. Marseille] forme abrégée dans le manuscrit, avec la même caractéristique paléographique que pour la précédente occurrence.

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L’est venuz adonc a .j. leu ou il havoit une tombe qui estoit faite mont tres honoreement, de la quele il apa- [231 c] -roit bien qu’ele gardast celestiel guerredon. Li antaillemenz de cel meismes tomblel demonstroit qui estoit la blete dou cors qui estoit dedanz gardee, quar par toute la dessus apparissance d’icelui estoit semblance de oevre dessus escripte, comant icele Marie, tres agreable amie de Nostre Seignor Jhesucrist, lava jadis les piez d’icelui de ses larmes et les tersist de ses cheveux en la maison Symon, et comant ele oingna lou chief d’icelui, qui est plus tres chiers de totes choses, et peroingna doucement par ses mains, et i estoit auxi l’ymaige d’iceli meismes Marie auxi come ou leu ou ele cuidoit Nostre Seignour estre courtiliers et Li demandoit : « Se tu L’as osté, di lou moy »; et havoit en la dextre partie ensint come ele vint au sepulcre Nostre Seignour et portoit les oingnemenz precieux et parla li anges a li par sa desserte, et d’anqui aprés vint as apostres et lor nunça ce qu’ele havoit veu.

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Quant li diz Badilo vit toutes ces choses, qui les encerchoit ententiblement, il fu liez outre ce qu’il meismes ne peust dire. Il prirent rameces et il et si compaingnon et degeterent les fraschuns des charbons et les cendres de cel leu et firent ce meismes leu tres [231 d] net de toute ordure au plus qu’il porent. Entre ces choses, li bons homs devoz a Deu se douta mont et comança a pansser en son cuer que la longue demoree de cel paiis ne li fust pas profitable qu’il ne fust repris par aventure por la grant envie de cels dou paiis, ensint come il est de costume par tout de tel chose, ou qu’il ne fust contrainz par l’agaitement des sarrazins; et veraiement il estoit contrainz plus formant de ce que miez li covenoit, c’est asavoir que il repairast a cels qui l’avoient envoié. Derechief il ne pooit trover temps covenable de panre si tres saintes reliques, les queles il desiroit de tout son efforcement; et quant il estoit en l’efforcement de ceste panssee, il s’abandona plus efforciement au secors de oroison et apeloit l’aide de Deu le tot puissant, et cele meismes Marie qui tant ama Jhesucrist et fu amee de Lui par tres grant misericorde, que li feissent faire tout ce que miez lour sara agreable et qui lui sara plus salvable. Aprés ce, il geunoit mont sovant et estoit plus acostumez a oroisons et atendoit l’aide dou ciel. A la fin, il fu plains dou Saint Esperit et trova temps covenable. Li piteux roberres ala par une nuit au tomblel qu’il [232 a] conoissoit tres bien. Il lou brisa devers les piez et regarda ce qui estoit dedanz. Il vit le cors mis dessus .j. kuir tres antier. Il gisoit estanduz les mains mises sus lou piz, auxi come il est de costume. Adonc issi d’anqui odors de si tres grant flairor que nuns homs mortex ne le porroit dire, la quel chose li avenoit assez a bon droit et n’est pas mervoille, quar li cors d’iceli qui desservi oindre duit estre tres plus odoranz de touz, et certes li beneurez evesques Maximes qui l’ensepeli entendi ceste chose quant il oingna le cors d’iceli

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67. La lettrine qui figure au début de ce paragraphe n’a ni le format ni le style habituels et la syntaxe de cette proposition est boiteuse. Peut-être faudrait-il lire Si est venuz adonc ?

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de plusors oingnemenz precieux. Entre ces choses, la nuit ensigant, il li sembla qu’il veist une femme tres religieuse vestue de tres blainches robes et ses chiés estoit mont tres bien coverz tout entour. Ele dit a icelui Badilo en tel maniere : « Ne te douter pas », dit ele, « quar nos en devons aler ensemble avec toi au leu que Dex m’a porveu. » Quant ce vint au matin, il fu fortefiez de cele maniere de responsse. Il apela ses compaingnons secreement et lour comanda qu’il fussent apparoillié en l’ansigant nuit comant il peussent ampanre la voie de repairier en lour paiis. Quant cil oïrent ces choses, il furent mont lié. Quant il furent [232 b] ou plus secret de la pruchene nuit, il apparoilla ses aaisemenz et ala au sepulchre et traist fuer d’anqui lou cors ensint come il estoit. Si come nous havons dessus dit, il estoit tres antiers de toutes parz. Il l’envelopa de tres blans dras avec l’autre chose de quoi il estoit couverz qu’il s’efforçoit de porter et le mist sus lou charrot. Aprés ce, il comença sa voie avec ses compaingnons et desirroient mont repairier coiteusement en lour paiis. Quant il se coitoient en tel maniere par igal cours, il vindrent a Nimmes la cité. Tres grant cause de paour estoit a icels, quar la longuetez dou cors estandu, li quex auxi come nous avons dit odoroit si fort por la confection des aromaz qui sont de tel maniere, et por ce il ne pooit estre quaichiez en petite biere ne en estroit leu. Il esgarderent par comun consoil qu’il alassent a l’eglyse en une nuit por demorer por raison de orer et dessevrerent enqui les plus lons os dou cors, et quant il fu ordenez en tel maniere en maindre leu, il parfirent plus despeeschiement la voie qu’il havoient comencie. Quant il furent venu tuit sain et a enterin nombre jusques a une lieue de l’abbaïe de Vezelay de qu’il estoient parti, c’est asavoir au leu qui est [232 c] diz jusques orendroit li Orilez Badilo, ou quel leu li tres sainz cors comença estre pesanz par si grant charge que je sai ce que plusor i venissent, il ne le pooient movoir d’anqui en nule maniere, por la quel chose il se mervoillerent mont et envoierent a l’abbaïe messaige qui nunçast a l’abbé et as autres freres lor venue et l’empeeschement de lor voie qui lor estoit avenuz soudainement. Quant il l’oïrent, il furent mont lié et lor corrurent maintenant a l’encontre vestu de blainches vesteures a tout encensiers donanz granz odours de mire et d’ancens, et cierges ardanz et croiz que l’on portoit devant lour, et les troverent anquor ou dit leu ou il demoroient maugré lour. Quant il vindrent lai, il se geterent tuit a la terre et prioient la puissance de la divine majesté et cele meismes Marie, la tresamee de Nostre Seignor Jhesucrist, depriant mont ententiblement que ele laissast la blete de son cors estre portee de cel leu en l’abbaïee. Quant il se leverent d’oroison, errament qu’il s’essaierent issir fuer, il alerent par si grant legierté qu’il ne sentoient a bien pres nule charge et lor sembloit miez qu’il meismes fussent porté que ce qu’il portassent au- [232 d] -cune chose. Il s’en aloient en tel maniere a grant joie por les demostremenz des signes. Li moine chantoient melodies et hauz sons et i havoit plusors luminaires embrasez. Il mistrent le cors dedanz en l’eglise qui estoit sacree des le comancement en l’onor de la mere Deu et des apostres saint Pere et saint Pol, et l’esluierent enqui honoreement ensint come il covenoit lou quatorzaimme jour des kalandes d’avril,

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ou quel leu aprés ce ele resplendist par l’aide de Deu de diverses vertuz de signes sanz nombre; mas se aucuns des homes de quelque gré que il soit a fait folement aucune violance as choses partenanz a cel leu, Dex meismes en a esté vaingerres. Il furent aucun auxi qui se mistrent avant et voudrent havoir par lour arrogance la prelacion de cel meismes leu, les quex la vainjance de Deu contraint en brief temps, et certes ciz meismes leu a si habominables les larrecins et les ordures de luxure que se aucuns les i fait, il sont vaingié tantost par tres manifest jugement de Deu.

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Plusor homes et plusors femmes hont recouvré mont tres sovant en cel leu lour santé de toutes melaidies, et certes aucune foiz cil qui santoient lor pansees [233 a] estre agrevees par la charge de pechiez et des tormanz et confessoient enqui ce qu’il havoient fait mauvaisement, et i hont trové tres salvable assoaigement, quar enqui est li honorables et tres aperz exemples a enformer a ce tout le monde, c’est asavoir Marie qui est dite Magdelene, qui est a dire « florissable » ou puet estre entendue « enlumineresse », c’est asavoir cele de quoi la Sainte Evangile fait tres piteuse mencion, en tel maniere que maintenant que aucuns la oie, se ses cuers n’en est amoliz et n’an ha compunction, il l’a plus dur de pierre. Ele done pardon a certaine esperance et mostre le gueaing de parfecte foy a empetrer pardon des meffaiz par la sapience tres fiable de li meismes, par la quele ele ala a Nostre Seignor Jhesucrist et Li dona servise de tres pure humanité et ot por ceste chose pardon de touz ses pechiez; et certes l’on doit croire sanz aucune demore que ele empetrera sanz grant paine por cels qu’ele voudra prier Jhesucrist pardon de lor pechiez. De ce fait foy li aide de Deu qui est presente as besoinz par l’appelement d’iceli.

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A Arnice la cité estoit uns chevaliers pris en bataille, le quel ciz qui l’avoit pris

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havoit estroit en tel maniere en buies qu’il i es- [233 b] -toit jusques as cuisses et ne se pooit torner dou tout en tot ne mener en aucun leu. Adonc vint la sollempnitez de la Nativité Nostre Seignor, et come il ne trovast qui soffisemment donast pleige por lui, il li vint em panssee qu’il depriast ententiblement le securrement de Marie Magdelene, c’est asavoir que auxi come Jhesucriz l’absolu de la taiche de ses pechiez, en tel maniere la pitiez Nostre Seignour par sa priere lou desliast des liens de fer as quex il estoit tenuz estroit. Quant il faisoit cele chose sovant, il avint .j. jour dementres qu’il retornoit en recordant en sa bouche le non de Marie Magdelene, il sailli auxi come une verge de fer roige ardant et traincha le fer des buies et l’amena jusques au talon. Quant ciz qui l’avoit pris le sout, il l’an laissa aler tout quicte, mas ciz se mist errament a la voie et vint nuz piez a l’abbaïe de Vezelai por rendre graces de sa delivrance, et porta avec lui les buies qui riens ne li nuisoient et les pendi devant la tombe de la beneuree Marie, et il meismes fist savoir a touz comant la misericorde de Deu l’avoit deslié par les prieres de la beneuree Marie Magdelene, la disciple Nostre Seignor Jhesucrist. Explicit, explicit.

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II. Traductions de la Legenda aurea

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10. Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 20330, f° 159 d - 164 a La solidarité dont les deux exemplaires répertoriés de cette version font preuve est le fait le plus remarquable de la tradition manuscrite qu’ils constituent. Comme on le constatera dans l’apparat critique de notre édition, ils offrent en effet des similitudes étroites au point de ne laisser subsister que de rares variantes et seule la présence de quelques bourdes dans le légendier du Puy-en-Velay, Grand Seminaire (PV) invite à choisir celui de Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr.  20330 (P) comme témoin principal de cette rédaction. On a donc sans aucun doute affaire à des copies, extrêmement précises et soignées, issues du même modèle (ou l’une de l’autre ?)1. L’analyse de leur décoration tend à renforcer ce constat : si la provenance de ces volumes ne peut être établie d’après leur scripta, neutre en dehors de quelques picardismes sporadiques et discrets, il est possible que leurs illustrations aient été réalisées en Auvergne et à la même époque (dernier quart du XIIIème siècle)2. La composition d’ensemble de ces volumes les unit elle aussi de manière étroite. Tous deux se démarquent de la structure traditionnelle de la Legenda aurea par la substitution, au début de recueil, des vies d’André, Nicolas, Lucie et Thomas apôtre par celle de sainte Eulalie ; par le remplacement de la légende de Silvestre par celle de sainte Colombe de Sens ; enfin, par l’ajout de la vie de Julien d’Antioche et de Basile après l’Épiphanie. À partir de celle-ci, le recueil suit la disposition de Jacques de Voragine, en omettant toutefois, dans la dernière partie du volume,

1   La comparaison que l’on peut induire des légendes de Marie l’Égyptienne (La vie de Sainte Marie l’égyptienne : versions en ancien et moyen français, éditée par P. F. Dembowski, Genève, Droz, 1977) et de Pélagie (J.-P. Bordier, « La vie de sainte Pélagie en ancien et en moyen français », Pélagie la pénitente. Métamorphoses d’une légende. Tome II. La survie dans les littératures européennes, dossier rassemblé par Pierre Petitmengin et alii, Paris, Études augustiniennes, 1984, pp. 199 sq.) confirme cette proximité. Dans ces pièces comme dans le nôtre, les ressemblances sont telles que, sous réserve de divergences sporadiques, les textes correspondent au pied de la lettre, jusque dans certaines graphies insolites. À noter par ailleurs que la vie de Pélagie est également conservée dans les manuscrits L2 et P2 de la rédaction hybride qui combine les versions n° 6 et 7 de la légende de Marie-Madeleine. 2   P. Meyer (« Notice du ms. Med.-Pal. 141 de la Laurentienne (vies de saints) », Romania, t. 33, 1904, pp. 1 - 49 ; pp. 4 sq.) commente longuement le couple que forment ces deux témoins, surtout dans la perspective des rapports que cette traduction de Jacques de Voragine (qu’il date de la fin du XIIIème ou du commencement du XIVème siècle) entretient avec celle qu’il attribue à Jean Beleth (voir la note 16 dans notre présentation du n° 6). Nous sommes particulièrement redevables de l’aide que nous ont apportée Patricia Stirnemann et Alison Stones pour l’analyse de cette tradition. Plusieurs points plaident en faveur d’une provenance auvergnate, suggérée par la première, ou peut-être lyonnaise : tout d’abord la mention du nom de « Mathieu de Fuer » au sein de la collection de vies (voir infra note 5). Par ailleurs, même si l’argument n’est guère fiable, le lieu de conservation de PV est peut-être révélateur de son origine. Enfin, les deux pendants stylistiques que A. Stones propose à ces volumes, avec quelque hésitation puisque qu’ils ne possèdent que des initiales historiées dans leur état actuel, se situeraient en Auvergne et dans le Lyonnais : le missel d’Hugues Aycelin (Clermont-Ferrand, Bibliothèque municipale, 62) et le pontifical à l’usage de Lyon (Carpentras, Bibliothèque Inguimbertine, 96). L’iconographie du manuscrit de Clermont-Ferrand est en outre fortement influencée par le milieu dominicain, auquel son commanditaire est rattaché et dont les membres ont dû être parmi les premiers à disposer du texte de Jacques de Voragine.

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Traductions de la Legenda aurea

les textes relatifs à Léger, Jean Chrysostome et Élisabeth3. L’histoire de MarieMadeleine apparaît ainsi normalement entre celles de Praxède et d’Apollinaire. La Légende dorée est complétée par une trentaine de pièces hagiographiques, manifestement extraites de légendiers vernaculaires, dont en particulier la traduction de l’Adbreviatio de Jean de Mailly4. Le compilateur de P semble signer le caractère étranger de cette partie en introduisant la vie de Jean par la rubrique « Ci commencent li saint qui sont pris ou livre sire Mathieu de Fuer. De saint Jehan Evangeliste et l’apostre. » (f° 357 c). Un seul point différencie les deux manuscrits : dans la partie qui s’accorde avec le texte de Jacques de Voragine, l’exemplaire parisien omet la légende de Jean, qu’il ajoute toutefois, de même qu’une très longue vie de saint André (f° 363 b - 381 b), à la fin. Le recueil du Puy insère quant à lui celle de l’Évangéliste dans la partie occupée par la Légende dorée, soit à sa juste place dans l’année liturgique, et ne contient pas celle d’André5. P est un manuscrit sur parchemin, de 416 feuillets6, mesurant environ 350 x 230 mm. Il est réglé sur 2 colonnes à 36 lignes couvertes d’une écriture gothique livresque, plus haute et plus brisée que celle de PV. Les six premières pièces sont introduites par une enluminure de 8 à 9 lignes, toutes les autres légendes par une lettre historiée de 4 à 6 lignes. Dans celle de la vie de Marie-Madeleine, la sainte est représentée à genoux devant le Christ qui tient une croix dans sa main gauche. Elle tend la main droite dans sa direction. Les deux personnages sont auréolés. Entre eux se dresse un arbre dont le tronc se sépare en deux branches. Comme pour l’ensemble du recueil, une rubrique précède le texte, dont certaines lettres sont rehaussées de rouge.

3   Signalons encore l’ordre particulier (qu’on retrouve par exemple dans le recueil Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 23114 (n° 11)) pour Félix et Audacte, Savinien et Savine, Loup, Mamertin, et Gilles. En outre, la vie de Pierre le Martyr n’a pas de rubrique propre dans P, où elle n’est pas dissociée de la légende de la vierge d’Antioche. 4   Martial de Limoges, Saturnin de Toulouse, Julien renoié, Léger, Jean l’Évangéliste, André, Cucufat, Agapite, Éloi, Fuscien et Victoric, Nicaise, Prix, Vigile, Tiburtien et Valérien, Vital, Pérégrin, Prisce, Albin, Gallican, Thibaut, Victor, Pantaléon, Loup, Basile (?), Marius et Marthe, les Trois Frères jumeaux, Brendan et Lucie. Les 17 pièces comprises entre Cucufat et Loup figurent dans les manuscrits de la tradition liée à l’exemplaire de base du n° 2 (Paris, Bibliothèque nationale de France, f. fr. 988, traduction de Jean de Mailly). Les trois légendes suivantes (Basile, Marius et sa femme, et les Trois Frères jumeaux) sont conservées dans le volume dont nous tirons le n° 3 (Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 10295 304), également lié à l’Adbreviatio. 5   Les deux textes ne sont pas des traductions de la même veine que le reste de la Légende dorée. La vie de Jean existe dans le légendier de Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 9225, par exemple. Le geste du scribe du manuscrit du Puy paraît donc secondaire. La référence à Mathieu de Fuer apparaît également au début de cette vie, dans une formulation en tous points identiques à celle de P (f° 13 d). Selon A.-F. Leurquin-Labie et M.-L. Savoye (IRHT, Section romane), il s’agit sans doute d’un possesseur dont le nom correspond à celui d’un ancien évêché du Massif Central. 6   Cinq feuillets ajoutés, portant les lettres « A » à « E », précèdent le recueil. Le prologue de l’ouvrage est retranscrit sur le f° « F ». L’Avent commence la partie numérotée en chiffres romains, qui se poursuit jusqu’au f° 415 ; deux feuillets portent le numéro 31, alors que le 200 n’a pas été pris en compte.

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D’après la numérotation dont il a été muni à une époque récente, PV compte 410 feuillets7 en vélin d’environ 345 x 235 mm et est rédigé sur 2 colonnes à 44 lignes. Le volume ne semble pas être formé de cahiers réguliers, mais sa composition matérielle n’est pas assurée et il est difficile de déterminer avec précision ce qu’il manque à la fin8. La littera textualis dans laquelle il est rédigé est plus ronde et serrée que celle de P. Au fil des pages, l’écriture offre d’importantes différences d’aspect, mais on ne relève pas de signes évidents de changements de main, sauf au f° 241 (250) a, où le scribe qui paraît avoir assumé l’essentiel de la tâche cède la place après quatre lignes à un autre intervenant, peut-être le même qui a complété la deuxième moitié de la colonne 321 (330) a. Leur travail a dû faire l’objet d’une révision soignée : on constate en particulier un certain nombre d’adjonctions marginales de la même main, dont le premier jet subsiste parfois côte à côte, dans une petite écriture cursive9. Comprise entre les folios 128 (137) b et 131 (140) b, la vie de Marie-Madeleine est introduite par une rubrique et par une initiale ornée, ce qui est le cas pour toutes les pièces dès la légende de saint Étienne (f° 11 b), à quelques exceptions près10, tandis que les précédentes sont accompagnées de miniatures. Une comparaison systématique entre les programmes iconographiques de P et de PV préciserait peut-être encore les liens qui unissent nos deux manuscrits. L’emplacement de leurs miniatures et de leurs initiales (ornées dans PV, presque toutes historiées dans P) est en tout cas pareil. L’accent mis sur l’enluminure des folios 140 (149) v° et 141 (150) r° de PV constitue la différence la plus évidente entre eux. Dans l’exemplaire du Puy, le module des initiales (de 4 à 5 lignes, dès   Sans compter les deux feuillets initiaux, qui portent les désignations modernes « A / B » et contiennent la table du recueil (son écriture est différente et semble plus tardive). La numérotation ancienne, sans doute originale ou contemporaine de cet ajout, mais fautive à partir du f° 90 (numéroté « .iiijxx. »), va jusqu’à 401. La marge supérieure du f° A r° conserve une inscription à l’encre, biffée, dont il ne subsiste que l’indication « 1592 ». D’après celle, à l’encre, dont on perçoit les vestiges, dans la marge inférieure, il pourrait s’agir d’une date : le premier mot se lit clairement « Dono » ; suit une brève portion de texte sans doute abrégé mais très altéré, puis la plus grande partie de cet ex-libris (?), tracée à l’encre ; enfin « mense decemb. (?) 1592 ». La marge inférieure du f° 2 r° comporte un long ex-libris (4 lignes) qui a été très soigneusement poncé. Seuls les premiers mots sont encore lisibles : « Iste liber est (...) » (écriture cursive du XIVème siècle (?)). 8   Le dernier feuillet s’arrête ex abrupto au bas de la colonne 401 d. Dans la mesure où le texte concerné, soit la vie de sainte Lucie, est le dernier mentionné par la table, il ne doit cependant s’agir que d’une lacune limitée (1 bifeuillet probablement, si l’on compare avec P). Par ailleurs, la pagination originale passe du f° 105 (115) au f° 107 (116) et du f° 147 (157) au f° 149 (158) ; les entrées répertoriées dans la table, tout comme le rapprochement avec P permettent d’avancer qu’avec la perte de ces deux feuillets, l’essentiel de la légende de saint Urbain et celles de Pétronille, de Marcellin et Pierre et de Prime et Félicien ont disparu, sauf l’équivalent d’une colonne environ pour la dernière pièce, ainsi que la fin de la vie de Pierreaux-Liens, celle du pape Étienne et le début du récit consacré à l’invention des reliques de saint Étienne, premier martyr. 9   La notice de L. Deslile annoncée (notamment) dans un article de P. Meyer ne semble pas voir été publiée. Voir cependant Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1897, pp. 800 - 801, et Romania, t. 29, 1900, pp. 472 - 473. 10   La Résurrection (f° 82 d) et l’Envoi du Saint-Esprit f° 101 (111) a) présentent une petite lettre historiée. L’initiale ornée du f° 143 (152) a (saint Germain) est d’un style très différent de toutes les autres illustrations. 7

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Traductions de la Legenda aurea

la légende de sainte Paule (f° 45 c), de taille variable au début du recueil) tend en effet à croître à l’approche de ces deux pages, où figurent trois miniatures à rinceaux supportant des grotesques, pour les vies de Félix, de Simplice, Faustin et Béatrice, et de Marthe, la première ayant subi d’importants dégâts d’eau tandis que la dernière a été arrachée. En revanche, ces textes ne sont pas mis en évidence dans la copie parisienne. La segmentation interne des textes reproduits dans PV semble enfin beaucoup plus marquée (lettrines et pieds-de-mouches, alternativement bleus et rouges, tandis que les caractères – majuscules, la plupart du temps – qui suivent une ponctuation sont rehaussés de jaune). Si l’on néglige l’exposition du nom de la sainte, dont elle est privée comme tous les autres textes de cette collection, la vie de Marie-Madeleine suit de part en part le texte de la Legenda aurea. L’adaptation qu’elle en offre s’impose avant tout par sa servilité et par sa maladresse. L’auteur calque en effet au plus près le texte sur so