Romans et contes

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Romans et contes

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VOLTAIRE I

ROMANS ET CONTES

CE VOLUME, LE TROISIÈME DE LA « BIBLIOTHÈQUE DE LA PLÉIADE » PUBLIÉE AUX ÉDITIONS GALLIMARD, A

ÉTÉ

ACHEVÉ

D'IMPRIMER

SUR

BIBLE BOLLORÉ LE VINGT DÉCEMBRE MIL

NEUF

SEPT

PAR

CENT

SOIXANTE-

L'IMPRIMERIE A BOURGES.

TARDY

VOLTAIRE

ROMANS ET CONTES

TEXTE ÉTABLI ET ANNOTÉ PAR RENÉ GROOS

Tom droits de tradullion, de reprodullion et d'adaptation réservés pour tom pays, y comprid /'U.R.S.S. © 1954, Editions Gallimard.

CE VOLUME CONTIENT : INTRODUCTION par Rmé Groos.

ROMANS ALLÉGORIQUES, PHILOSOPHIQUES, ETC. ZADIG, OU LA DESTINÉE LE MONDE COMME IL VA MEMNON OU LA SAGESSE HUMAINE LES DEUX CONSOLÉS HISTOIRE

DES

VOYAGES

DE

SCARMENTADO

MICROMÉGAS HISTOIRE D'UN BON BRAMIN LE BLANC ET LE NOIR JEANNOT ET COLIN CANDIDE, OU L'OPTIMISME L'INGÉNU L'HOMME AUX Q!JARANTE ÉCUS LA PRINCESSE DE BABYLONE POT-POURRI LES LETTRES D'AMABED, ETC.

MÉLANGES AVENTURE DE LA MÉMOIRE SONGE DE PLATON LETTRE D'UN TURC PETITE DIGRESSION AVENTURE INDIENNE ÉLOGE HISTORIQ!JE DE LA RAISON

PIÈCES DÉTACHÉES ATTRIBUÉES A DIVERS HOMMES CÉLÈBRES HISTOIRE DE JENNI LES OREILLES DU COMTE DE CHESTERFIELD LE TAUREAU BLANC CONTES NON RECUEILLIS PAR VOLTAIRE LE CROCHETEUR BORGNE COSI-SANCTA NOTES ET VARIANTES

NOTE BIBLIOGRAPHIQUE

INTRODUCTION A publication des œ11vres de Voltaire, et singNlièreL 111ent celle de ses ro111a11s et contes, pose petit pro­ blè111e que chaqNe éditeur résout à sa manière. No11s devons 1111

à nos lecteurs d'indiqNer ici, dès l'abord, et les données de ce problème et notre sol//tion personne/le. On a S0Nl'ellt dit que la première édition posthume des Œuvres complètes de Voltaire faisait foi, l'édition de 1;S4, l'édition de Kehl. Et /'011 sait, en effet, que rmx q11i l'établirent, Condorcet qui en dressa le plan, Decroix q11i en revit le te:,.:te, tenaient de Beaumarchais, qui les tmait l11i-mé111e dN libraire PanckoNcke, de nom­ breux mam,scrits de Voltaire, des chapitres entière­ Jllent inédits, et même une trentaine de demi-volumes d'11ne édition précédente corrigés de la main de l'auteur ou de celle d'1111 copiste. Mais il faut prendre garde, d'une part, que le plan de Condorcet est si arbitraire, et à l'occasion si bizarre, qm Decroix ne laissa pas de s'en plaindre; d'autre part, que le texte de cette édition diffère par tant de menus détails, et souvent de la Jaron la plus sotte, de tous les textes antérieurs, que nous sommes fondés à notre tottr à nous plaindre de Decroix. Il saute aux yeux que celui-ci ne s'est point satisfait de mettre en œuvre à sa guise les additions et variantes manttscrites de son auteur; il s'est plu en outre à le « corriger ». Il paraît donc aussi impossible de se fier au texte de Kehl qtte de le négliger délibérément. Il est fa11tif, c'est hors de dottte; et l'on y trouve, ce n'est pas moins sûr, de très a11thentiq11es variantes. Voici comment nous avons résoltt la dijfic11lté. Pour le texte. - Un examen un peu attentif des

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INTRODUCTION

variantes de détail que présente l'édition de Kehl fait la preuve qu'elles sont presque toutes nées d'un même souci : elles substituent à des expressions d'un tour classique que Voltaire avait emplqyées de tout temps des formes plus immédiatement intelligibles aux illettrés et qui détonnent parfois dans l'ensemble du texte. Il n'est sans doute pas téméraire, à quelques exceptions près, d'en faire honneur au bon Decroix. Aussi avons-nous cru devoir n'emprunter à la leçon de Kehl que les variantes les plus importantes, les para­ graphes et les chapitres nouveaux qu'on y rencontre, de même que nous empruntons quelques additions de bon aloi à des éditions postérieures. D'une façon générale, nous avons donc suivi le dernier texte publié du vivant de Voltaire et avec sa participation. C'est celui de l'édition encadrée de ses œuvres complètes, qui parut en r77 J. Pour la disposition des vingt-six romans et contes. - L'édition encadrée groupait, sous le titre de Romans allégoriques, philosophiques, etc., quinze récits dont quatorze se retrouvent parmi les Romans de l'édition de Kehl. A ces quatorze romans, Condorcet a joint deux contes que Voltaire n'avait pas publiés, et dix pièces qui figu­ raient parmi les Mélanges ou les Pièces détachées de l'édition encadrée. Ce qui l'obligea, du reste, à modifier le titre de quelques-uns de ces morceaux : la Petite digres­ sion, ainsi détachée de son contexte, devint les Aveugles juges des couleurs; la Lettre d'un Turc et /'Éloge de la raison devinrent le Voyage de la raison et Baba­ bec et les fakirs ... Nous doutons un peu que Voltaire ait désiré toutes ces transformations. Nous imprimons successivement les quinze romans proprement dits, y compris ce Pot-pourri que Condorcet classait ailleurs. Puis, dans l'ordre même où on les ren­ contre dans l'édition encadrée, les dix morceaux qu'il

INTRODUCTION

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est traditionnel d'y joindre depuis Condorcet. Enfin, les deux contes que Voltaire n'avait pas remeillis. On ne devra donc pas s'étonner si notre remeil, contrai­ rement à tous ce11x que nous avons pu voir, se trouve divisé en plusie11rs parties : Romans allégoriques, philosophiques, etc. Mélanges. - Pièces détachées, attribuées à divers hommes célèbres. - Contes non recueillis par Voltaire. Nous en aurons ter1J1iné avec ces explications dont la nécessité pe11t se11le exmser l'aridité, q11and nof(S aurons noté quelles règles nous nous so111111es tracées pour la présentation et le commentaire de notre texte. Ce sont d'aille11rs à peH près celles que nous avions suivies dijà pour l'édition du théâtre de Racine p11bliée dans la même collection, en collaboration avec M. Edmond Pilon. No11s ne nous sommes jamais écarté de la leçon que nous suivions qu'en cas de coquille manifeste, ou pour en rtyetmir l'orthographe et la ponctuation. Notre ponctt1ation est toutefois calqt1ée d'aussi près qt1e possible sur le texte de IJJJ. Nous avons en outre respecté certaines graphies que Voltaire désirait main­ tenir : nous écrivons, par exemple, « Européans »; nous laissons, à certains mots étrangers, la forme française qu'il leur donnait, « Laufelt », « Zeringue », « Véser », « Duina » (Dwina), etc. Quant à notre annotation, nous avons, de parti pris, renoncé à multiplier les références : si nous donnons toujours celle des ouvrages auxquels Voltaire fait allusion, nous ne donnons pas nécessairement celle des textes qu'il cite sansjuger utile de dire où il les prend. Quand ils'agit de romans et de contes, ce serait pédanterie pure. Mais nous n'avons, tout au contraire, négligé aucune des variantes qui, portant sur le sens en même temps que sur la forme, permettent une intelligence plus complète des textes que nous publions. Nous avons, de même, emprunté à notre

XII

INTRODUCTION

auteur, à sa correspondance, à ses tableaux d'histoire, au Dictionnaire philosophique, aux Mélanges, de nombreux textes qui éclairent les allusions des romans et contes. Enfin nous avons indiqué pour chaque pièce les circonstances de sa publication, et quelles imitations, suites, adaptations diverses et parodies, certaines d'entre elles ont inspirées du vivant même de Voltaire. Nos notes, numérotées, ont été refetées à la fin du volume, tandis que celles de Voltaire figurent au bas des pages de son texte, comme dans l'édition encadrée. Chaque fois que, dans nos notes, nous avons cité un texte de notre auteur et l'avons interrompu de quelque expli­ cation, notre commentaire a été placé entre crochets.

La place m'est trop mesurée pour qu'il me soit permis de proposer enfin un jugement d'ensemble sur les romans de Voltaire, et ce n'est d'ailleurs pas ce qui m'est demandé. Qu'on me permette du moins une mince remarque. Les livres ont leur destin, on l'a trop répété en latin pour que je le dise autrement qu'en franfais. Et le destin des romans de Voltaire, c'est d'être a'!fourd'hui son pl11s grand titre de gloire. On n'ignore pas, d'autre part, qm Voltaire avait passé la cinquantaine quand il donna son pre­ mier conte, et que les contemporains de l'auteur de Candide le nommaient bien plutôt l'auteur de la Henriade 011 l'auteur de Zaïre. Ainsi va le monde et tournent les juge­ ments des hommes. M. Jacques Chardonne en faisait l'observation il n'y a guère : « Lorsque Grimm écrit de Candide : « Il » ne faut pas juger sévèrement cette production, elle ne » soutiendrait pas une critique sérieuse », il parle en bon critique. Toute œuvre nouvelle est vicieuse. Un critique voit très loin les défauts : ce qui lui échappe, par contre, est cela même qui distingue l'être du néant, le pouvoir de durée, l'arôme essentiel, si agréable, plus tard, qu'on

INTRODUCTION

XIII

oublie tout le reste. » Et c'est sans doute cet arôme essen­ tiel qui fait pour nous le prix des romans et des contes de Voltaire; c'est cet arôme qui échappait à ses contem­ porains; nous lisons pour notre divertissement ces livres qui furent d'abord des satires et des pamphlets. Mais prenons garde que les romans de Voltaire n'ont pas, po11r autant, épuisé lmr action et qu'ils valent aussi par autre chose q11'un arôme singulièrement « agréable ». Il est bien stÎr que tous les sarcasmes de Voltaire contre No11notte et Patouillet, contre les jésuites et contre I'foq11isitio11, qui firent au XVJIJe siècle le phis sûr attrait de ses contes, nous paraissent un peu sommaires. Son anticléricalisme a peu de rapport avec celui de notre temps. lvf. Jacques Bainville l'a noté avec esprit: « Nous sommes moins tourmentés que lui par la question de savoir si Jonas a vraiment passé trois jours dans le ventre de la baleine. » Mais la critique et l'ironie de Voltaire vont plus loin, et elles dépassent ses marottes. Comme elles déblaient nos illusions, dégonflent nos vanités, renversent nos systèmes! Comme elles nous délivrent de /'égocentrisme et de l'utopie! « Croyez-vous, dit Mar­ tin, que les éperviers aient tot!}ours mangé des pigeons quand ils en ont trouvé? - Oui, sans doute, dit Candide. - Eh bien! dit Martin, si les éperviers ont torgours eu le même caractère, pourquoi voulez-vous que les hommes aient changé le leur? » Je ne pense pas non plus que la leçon de Martin ait rien perdu de son opportunité, ni de sa force. RENÉ GROOS.

ROMANS ALLÉGORIQUES, PHILOSOPHIQUES, ETC.

ZADIG OU LA DESTINÉE HISTOIRE ORIENTALE1 ÉPITRE DÉDICATOIRE DE ZADIG A LA SULTANE SHERAAI, PAR SADI Le 18 du mois de schewal, l'an 8 3 7 de l'hégire.

HARME des prunelles, tourment des cœurs, lumière de I'efjrit, je ne baise point la pomsière de vos pieds, parce C que vom ne marchez guère, ou que vom marchez sur des tapis

d'Iran orr sur des roses. Je vom offre la tradut!ion d'un livre d'un a11cien sage, qui, qyant le bonheur de n'avoir rien à faire, eut cei11i de s'amuser à écrire l'hifloire de Zadig : ouvrage qui dit plm qu'il ne semble dire. Je vou.r prie de le lire et d'enjuger : car, quoique vom srr i),S z s t 1 -:- � .:; E crt't x.:x 't ),r, "'(0� :,,:� 0 -� 'J,:.q1. t V � Ï. ,,,y:o:, -:o •. ()'J Ô L T ,

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22. Entendez u n doél:cur de Sorbonne. 23 . Var. ( 1 7 5 2) : ... le vieux secrétaire. Fontenelle (cf. la note 7) avait quatre-vingts ans en 1 73 7.

P. 124.

HISTOIRE D'UN BON BRAMlN

I. Première impression : 1 7 6 1 , dans la Seconde mile des Mélanges de li1térat11re, d 'hifloire el de philosophie publiée à Genève chez les Cramer, et qui paraît de�inée à compléter le tome V de la CoUeflion comp/Ue des a111ms de M. de Voltaire éditée en 1 7 5 6.

CANDIDE L'Hifloire d '11n bon bra111i11 était écrite dès octobre 1 7 1 9 . Le 1 3 de ce mois, en effet, Voltaire mandait à Mme du Deffand, à propos du « petit nombre d'hommes qui osent avoir le sens commun » : « Je pense que vous êtes de ce petit nombre. Mais à quoi cela sert-il ? A rien du tout. Lisez la parabole du Bramin que j'ai eu l'honneur de vous envoyer ; et je vous exhorte à jouir, autant que vous le pourrez, de la vie, qui est peu de chose, sans craindre la mort, qui n'est rien. » 2. Vichnou. 3. L'édition de 1 7 6 1 intercalait ici ces cinq mots : cmx qui ont la gravelle, ...

P. 127.

LE BLANC ET LE NOIR

I. Première impression : I 764, dans les Contes de GuiUaume Vadé (Genève, chez les Cramer). 2. On lit, dans la préface de Catherine Vadé aux Contes de GuiUa11me Vadé : « J'y joignis quelques belles dissertations de son frère Antoine. » Il est sans doute superflu d'ajouter que ces trois personnages, qui portent le nom patronymique du poète Jean-Joseph Vadé, mort en 1 7 5 7, sont de pure invention.

P. 140.

JEANNOT ET COLIN

1. Première impression : 1 7 64, dans les Contes de GuiUaume Vadé (Genève, chez les Cramer). 2. « Fontenelle . . . disait qu'elles étaient des fables convenues. » (Lettre de Voltaire à Horace Walpole, 1 5 juillet 1 768.) 3 . Ou plutôt un de ses successeurs, Louis II, et non Louis 1er (le Débonnaire). 4. Mascarille, dans les Précieuses ridicules, se. IX : « Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris. » 5 . Le périodique de Fréron, que nous avons d'ailleurs cité plus haut (notes 9 et 3 I de Zadig).

P. 149.

CANDIDE

1 . Édition originale : 1 7 5 9. Elle a simplement pour titre

Candide ou /'Optimi4me, traduit

NOTES ET VARIANTE S de l'allemand de Mr le doéleur Ralph. In- 1 2, sans nom d'auteur comme sans nom de ville. Elle avait paru à Genève, chez les Cramer, le 1 5 janvier au plus tard. Le titre définitif est de 1 76 1 , dans la Seconde suite des Mélanges de littérature, d 'hifloire et de philosophie publiée par les Cramer (cf. Hifloire d 'un bon bramin, note 1). D'après Formey (Souvenirs d 'un citqyen, 1 7 89, tome J•r), Voltaire aurait commencé « la composition de Candide » chez l'éleél:eur palatin, et l'on peut supposer que ce fut en juillet et août 1 7 5 8, quoique Formey songe à un autre séjour que Voltaire fit chez l'éleél:eur en 1 7 5 3 . En tout état de cause, Candide ne put être achevé en 1 7 5 7, puisqu'il y est question de l'attentat de Damiens (cf. page 2 1 2 et note 3 2) . S'agit-il d e Candide - c e serait la première allusion de Voltaire à ce roman dans sa correspondance, mis à part deux billets aux Cramer - dans la lettre du 3 mars 1 7 5 9 à Formey : « Il se pourrait bien faire que ce paquet-ci tombât entre les mains de quelques hou­ sards, car le champ des horreurs est déjà ensanglanté dans le meilleur des mondes possibles ; mais on ne verra dans mes paquets que de quoi rire ; j e ne me mêle point, Dieu merci, des affaires des rois, et je me contente de plaindre les peuples. » ? Les feuilles commençaient d'ailleurs de protester contre les traits licencieux du roman de Voltaire. Le 26 février, il avait été dénoncé au Conseil de Genève, qui ordonna la destruél:ion du volume. Voltaire écrira au pasteur Vernes, dans deux lettres de mars : « Q!!i sont les oisifs qui m'imputent je ne sais quel Candide, qui est une plaisanterie d'écolier, et qu'on m'envoie de Paris ? J 'ai vraiment bien autre chose à faire. » puis : « J'ai lu enfin Candide ; il faut avoir perdu le sens pour m'attribuer cette coionnerie ; j 'ai, Dieu merci, de mcilleun:s occupations. Si je pouvais excuser jamais !'Inquisition, je pardonnerais aux inqui­ siteurs du Portugal d'avoir pendu le raisonneur Pangloss pour avoir soutenu l'optimisme [voyez pages 1 6 1 et 1 62]. En effet, cet optimisme détruit visiblement les fondements de notre sainte religion ; il mène à la fatalité ; il fait regarder la chute de l'homme comme une fable, et la malédiél:ion prononcée par Dieu même contre la terre, comme vaine. C'est le sentiment de toutes les personnes religieuses et instruites : elles regardent l'optimisme comme une impiété affreuse. « Pour moi, qui suis modéré, je ferais grâce à cet optimisme, pourvu que ceux qui soutiennent ce système ajoutassent qu'ils croient que Dieu, dans une autre vie, nous donnera, selon sa miséricorde, le bien dont il nous prive en cc monde, selon sa justice. C'est l'éternité à venir qui fait l'optimisme, et non le moment présent. »

CANDIDE Le I o mars, il écrit à Thiériot : « J'ai lu Candide ; cela m'amuse plus que l' Hiffoire des Hunf [de Joseph de Guignes, 1 7 5 6- 1 7 5 8], et que toutes vos pesantes dissertations sur le commerce et sur les finances. Deux jeunes gens de Paris m'ont mandé qu'ils ressemblent à Candide comme deux gouttes d'eau. Moi, j 'ai assez l'air de ressembler ici au signor Pococuranté [voyez chapitre xxv], mais Dieu me garde d'avoir la moindre part à cet ouvrage ! Je ne doute pas que monsieur Joly de Fleury ne prouve éloquemment à toutes les chambres assemblées que c'est un livre contre les mœurs, les lois, et la religion. Franchement il vaut mieux être dans le pays des Oreillons que dans notre bonne ville de Paris. Vous étiez autrefois des singes qui gambadiez ; vous voulez être à présent des bœufs qui ruminent ; cela ne vous va pas. » Le 1 2 mars, au président Tronchin (lettre publiée par M. Henry Tronchin, in le Conieiller Françoû Troncbin et fCf amis, r 895) : « L'abbé Pemetti soutient toujours que j 'ai fait voyager le philosophe Pangloss et Candide ; mais comme je trouve cet ouvrage très contraire aux décisions de la Sorbonne et aux décrétales, je soutiens que je n'y ai aucune part, et, s'il le faut, je l'écrirai au P. Malagrida. » Le 1 5 mars, au marquis de Thibouville : « Plus il m'a fait rire, plus je suis fâché qu'on me l'attribue. » Le 24 mars, il parle à Dupont « du petit roman du chevalier de Mouhy, intitulé Candide, ou /'Optimisme ». Le 30 mars, il mande à Bertrand que « c'est un M. Démad, homme de beaucoup d'esprit, qui a fait Candide, ou /'Optimisme ». Le 23 septembre, alors que le bruit court que les Jésuites ont empoisonné Ferdinand VI, il écrit à Vernes : « Tout le monde crie dans les rues de Paris : Mangeonf dujéfuite, mangeonf du jé.ruite I C'est dommage que ces paroles soient tirées d'un livre détestable [voyez page 1 86] qui semble supposer le péché originel et la chute de l'homme, que vous niez, vous autres damnés sociniens. » Le 1 4 mai 1 762, une traduél:ion italienne de Candide était condam­ née par décret de la Cour de Rome. Et le 1 5 juillet suivant le Journal enryclopédique insérait la lettre suivante, qui prenait prétexte d'un article paru dans ce journal le 1 5 mars 1 7 5 9 : Meffieurf, Vou.r ditu danf votre journal du mois de mars qu'une efpèce de petit roman, intitulé ]'Optimisme ou Candide, ef! attribué à un nommé M. de V. . . Je ne sais de quel M. de V. . . vou.r voulez parler ; mais je vou.r déclare que ce petit livre efl de mon frère, M. Démad, aé!ueUement capitaine dans le régiment de Brun.rvick ; et à l'égard de la prétendue rqyauté du jé.ruitu dan; le Paragll4J, que vou.r appelez une misérable fable, je vou.r déclare à la face de l'Europe que rien n'efl plu.r certain ;

N OTE S ET VARIA NTE S que j'ai servi sur un des vaiueaux ef]>agnols envoyés à Buenos-Ayres, en 17Jô, pour mettre à la raüon la colonie voüine de la ville du St-Sacre­ ment ; que j'ai paué troü moü à celle de l' Auomption ; que les jésuites ont, de ma connaüsance, vingt-neuf provinces qu'ils appellent réduélions, et qtt'ils y sont les maîtres absolm a11 moyen de huit réales par tête qu'ils payent au gouvernement de Buenos-Ayres pour chaque père de famille ; e t encore n e pqyent-ils que pour le tiers d e leurs cantons. Ils ne souffrent pM qu'aucun Ef]>agnol refle plm de troü jours dans leurs réduélions. Ils n'ont jamaü voulu que leurs srgets appriuent la langue caflillane. Ce sont eux seuls qui font faire l'exercice des armes aux Paraguains ; ce sont eux seuls qui les conduisent. Le jésuite Thomas Verte, natif de Bavière, fut tué à l'attaque de la ville du St-Sacrement en montant à l'Msaut, à la tête des Paraguains, en 1737, et non PM en I7JJ, comme le dit le jésuite Charlevoix, auteur a ursi insipide que mal inflruit. On sait comme ils soutinrent la guerre contre don Antequera ; on sait ce qu'ils ont tramé en dernier lieu contre la couronne de Portugal, et comme ils ont bravé les ordres d,., conseil de Madrid. Ils sont si puiuants qu'ils obti11rent de Philippe V, en 1 743, une confirmation de leur puüsance, qu'on ne pouvait leur ôter. Je sais bien, Meuieurs, qu'ils n'ont PM le titre de roi ; et par là on peut excuser ce que vom dites de la « müérable fable » de la royauté du Paraguay ; mais le dey d 'Alger n'efl pas roi, et n'en efl pas moins maître. Je ne conseil­ lerais pas à mon frère le capitaine de faire le voyage de Paraguay sans être le plm fort. Au refle, Meuieurs, j'ai l'honneur de vous informer q11e mon frère le capitaine, qui efl le loustic du régiment, efl 1111 Ids bon chnftirn qui, en s'ammant à composer le roman de Candide dans son q11artier d 'hiver, a eu principalement en vue de co1lt'erlir les soânirns. Ces hérétiques ne se contentent pm de nier hautement la Trinité el les peù1es éternelles, ils düent que Dieu a nécessairemrnt fait de notre 111011de le meilleur des mondes pouibles, et que foui efl bien. Cette idée efl manife.ffe111ml contraire à la doélrine du péché or�ginel. Ces no11afeurs 011/,/imt q11e le serr,mt, q11i était le plm mbtil des animaux, séd11ùit la .femme lir/e de la rôle d'Adam; qu'Adam mangea de la pomme défendue ; que Dim ma:tdit la terre q11'il avait bénie. Malediéb terra in opere tuo ; in laboribus comedes [Gen.lse, chapitre 1 1 1 , verset 1 7] . ��norrnt-ils q11e tous lu Pères, sans en excepter un seul, ont fondé la religion chrétienne sur rrffe malédiélion prononcée par Dieu même, dont nous ressentons conti1111tllemmt les effets ? Les sociniens affeélent d 'exalter la Providence, el ils ne 1•oient pas q11e nom sommes des coupables tourmmtés, qui devons avo11er nos fautes el noire punition. QEe ces hirétiques se _t?.ardenl de pa,·aflre devant mon frère le capitaine ; il le11r ferait ,,oir si /oui e.f! bien. Je suis, Meuieurs, voire très humble el très obéissant sen,i/eur DÉMAD. A Zastrou, le 1 er avril 1 7 5 9. P.-S. Mon fr.Ire le capitaine efl l'ami intime de M. Ralph, professeur

CANDIDE a.rsez connu dans l'Académie de Francfort-sur-l'Oder, qui l'a beaucoup aidé à faire ce profond ouvrage de philosophie, et mon frère a eu la modef1ie de ne l'intituler q11e trad11élion de M. Ralph, modeftie bien rare chez Ifs a11/eurs. Le ]011rnal e11cyrlopédiq11e fait remarquer, sans doute ironiquement,

qu'on ne connaît pas ce capitaine Démad, et que la missive s'égara longtemps avant de lui parvenir. Ajoutons qu'il parut en 1 760 un Remerciement de Candide à M. de Voltaire, attribué à Louis-Olivier de Marconnay ; en 1 76 1 , une seconde partie d e Candide, attribuée à Tho rel de Campigneulles ; en 1 766, une Cacomade, hif1oire politique et morale traduite de l 'allemand

,t.,, doéleur Pa11gloss par le doéleur lui-même, dep11iJ son retour de Co11f1an­

tinople, œuvre de Linguet ; en 1 769, un Candide au Danemark, 011 l'OptimÙl/le des ho11nêtes gens ; en 1 7 7 1 , un Candide anglaù, ou Aventures tragi-comiqHes d'Amb. G1vi11etl avant et dans les voyages aux deux Indes. -- En 1 760, tcztùL 1 9 . Charles III. 20. Air de danse populaire en Espagne, dont on ne connaît pas l'auteur. 2 1 . Voyez la note I de Candide. L'ex-capucin Maubert de Gouve§t a donné une édition « aug­ mentée » de la Pucelle de Voltaire, Londres [Glasgow], 1 7 5 6. Nous ne connaissons aucune suite à / 'Ingénu. - Le Huron de Marmontel, qui en e§t l'adaptation poui le théâtre (cf. la note 1 de l'I11génu), ne déplut sans doute pas à Voltaire ; et, en tout état de cause, il e§t po§térieur à la Princesse de BabJ•lone : c'e§t seulement le 20 août 1 768 qu'il fut représenté. Cf. d'ailleurs le paragraphe suivant. 22. Examen du « Bélûaire » de M. Marmontel, 1 767. 23. Voyez déjà l'Homme aux quarante écra, pages 344 et 3 4 5 . 2 4 . D e Voltaire, 1 760.

P. 433.

POT-POURRI

I. Première impression : 1 76 5 , au tome III des Nom,eaux mélanges philosophiques, hifloriques, critiques, etc., publiés à Genève chez les Cramer. Dans l'édition de Kehl, cette pièce ne se lit pas parmi les Romans, mais parmi les Facéties (tome XLVI). 2. On entend généralement ici : Jésus-Chri§t, et saint Joseph. La bourgade sui.se sur le chemin d 'Appenzell à Milan (§ m) serait Jérusalem ; Je sieur Bien.fait et madame Carminetta ( § vu), le Pape et le pouvoir temporel ; le dome§tique caJsé aux gages ( § 1x), Luther ; Shakefpeare ( § x1), l'Église anglicane, etc. 3. Ce sont deux mots anglais : merry, gai ; hiuing, persifleur. Voltaire va faire allusion à la saisie qu'il avait contée dans une note du Rrase à Pari!, 1 760 : « On saisit des drogues et du

N O TE S E T V A R I A N TE S vert-de-gris chez les frères jésuites de la rue Saint-Antoine, le 1 0 [ 1 4] mai 1 760, jour de l'anniversaire de la mort de Henri le Grand. Il y a un grand procès sur cette contrebande entre les frères et les apothicaires. .. » Q!iant au « parricide en Portugal », il s'agit de l'attentat du 3 septembre 1 7 5 8, contre Joseph I•r. 4. Psaume CXXXVI, verset 9. 5. Les quatre alinéas qui terminent le chapitre ont été publiés pour la première fois par Miger, en 1 8 1 8, au tome XXVIII de son édition de Voltaire. Il les tenait de Decroix, l'un des éditeurs de Kehl. En les intercalant où nous les plaçons nous-même, Miger les fit précéder de la mention § VII, ce qui l'obligea à modifier la numérotation des chapitres suivants, et ce qui nous paraît assez inutile. 6. Réquisitoire prononcé au Parlement de Paris contre l' tl.mile, le 9 juin 1 762. 7. Allusion probable à la condamnation, par le Parlement de Bordeaux, du mandement de l'archevêque d'Auch, du 23 janvier 1 764, déjà mentionné à la note 8 de l'Homme aux quarante écm. 8. Lubolier, anagramme de BouiUer. Morfyé, anagramme de Formry. Urieju, anagramme de Jurim. 9. Le premier vers appartient au rôle de Sévère. Les deux autres sont inexaél:ement cités. Cf. Pofyeulle, aél:e II, scène II : Et, seule dans ma chambr enfermant mes regrets, Je vaù pour vous aux