Préhistoire du Sahara et de ses abords: Tome 2 - Le Néolithique ou le temps des producteurs (2) 9782343174525, 2343174520

Préhistoire du Sahara et de ses abords . Plus qu'en d'autres régions, la Préhistoire au Sahara est marquée par

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Préhistoire du Sahara et de ses abords: Tome 2 - Le Néolithique ou le temps des producteurs (2)
 9782343174525, 2343174520

Table of contents :
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INTRODUCTION
Chapitre I
Chapitre II
TABLE DES MATIERES

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Préhistoire du Sahara et de ses abords

Ginette Aumassip et Michel Tauveron

Préhistoire du Sahara et de ses abords Tome 2 Le Néolithique ou le temps des producteurs

© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-17452-5 EAN : 9782343174525

INTRODUCTION Pour l'Homme, l'Holocène marque un changement majeur par le passage d’un monde de chasseurs-cueilleurs à celui de paysans et la conquête d'un nouvel espace, la mer. A partir des 8-7èmes millénaires, en effet, en Méditerranée, une navigation bien affirmée met en relation le sud et le nord. Une savane plus ou moins claire supplante alors le désert qui s'était développé sur le Sahara lors de la dernière période glaciaire. Les hommes qui, au cœur du Sahara, s'étaient réfugiés dans des secteurs privilégiés, véritables niches écologiques où l'eau était restée accessible, vont se déployer. Ceux qui vivaient au sud vont suivre la remontée du front intertropical, en accompagnant une faune d'éléphants, girafes, félins, hippopotames, poissons, oiseaux aquatiques... qui occupaient les plaines herbeuses et les plans d'eau. A l'est, les crues de la vallée du Nil vont chasser les occupants qui rejoindront les dépressions du désert redevenues des lieux favorables à la vie. Au 8ème millénaire, l'essentiel du Sahara est réoccupé. Les transformations amorcées au Paléolithique, constitution de réserves, enterrement des morts, développement de la parure et de l’art, trouvent alors leur plein épanouissement tandis qu’émergent lentement et irrégulièrement des innovations économiques et technologiques, que des structures sociales nouvelles s'affirment. Elles appellent une montée globale du psychisme par interaction avec l'environnement ayant conduit en divers points, en des temps voisins, à la naissance d'idées et pratiques semblables. Partout, l'homme développe de nouvelles manières de se procurer sa nourriture, facilitant la pousse de certains végétaux, apprivoisant des animaux, substituant les uns et les autres à des produits de chasse et de cueillette ; il fabrique des récipients en terre cuite, invention qui deviendra fondamentale dans l’histoire des hommes. Le Néolithique, dont nous sommes les derniers héritiers, est né. Au 7ème millénaire, seuls le Constantinois et le Sudtunisien semblent ne pas l'avoir adopté. La diachronie dans la mise en place de ces nouveaux processus a ouvert la voie à diverses interprétations ou plutôt dénominations. Dans la définition du Néolithique africain, deux écoles s'affrontent. L’une privilégie la technologie et l’expression picturale, s’appuyant préférentiellement sur l'apparition de techniques nouvelles telles que la céramique ou le piquetage et le polissage d'outils lithiques comme les haches, meules, broyeurs et sur l’importance prise par les représentations humaines dans l’art. L’autre réserve le terme Néolithique aux sociétés où seuls des témoins directs de production animale ou végétale ont été identifiés. Cette dernière définition qui peut paraître a priori plus pertinente, néglige le fait qu’un changement dans l’économie d’une société humaine ne

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Sahara préhistorique peut se faire sans changement dans ses techniques. Au plan pratique, elle présente de notables difficultés qui vont parfois, ainsi que l’a souligné G. Quechon, entraîner de véritables absurdités en considérant des groupes humains dont on ignore le mode réel d'existence comme forcément chasseurs-cueilleurs, au seul fait de l'absence, chez eux, de preuve directe d'agriculture ou d’élevage ; tel serait souvent le cas de bien des sites bovidiens sans les indications portées par l’art rupestre ! Aussi, avec Ch. Bonnet, posent-on la question « Doit-on à cause d’une réalité climatique et technique nier un certain développement pour ces sociétés ? »1. Alors que la question n'est pas close, une autre s'amorce, celle de l'appartenance ou non du Néolithique à la Préhistoire. Certains auteurs en effet, voient dans la mise en place de systèmes de production une coupure majeure qui oppose le Néolithique au Paléolithique et propose de lui appliquer le terme de Protohistoire2. Quoique connaissant des variantes dans sa définition actuelle, jusqu'alors, Protohistoire marquait un autre moment crucial de l'évolution de l'homme, le passage à l'écriture syllabique en s'appliquant aux sociétés ne possédant pas elles-mêmes ce mode d'expression, mais connues par ce biais. A l'inverse de ceux qui traitent de Paléolithique, les travaux sur le Néolithique saharien sont nombreux. Mais il s'agit souvent de notes éparses, dues au ramassage de quelques pièces, qui ne permettent pas l'exploitation cohérente des documents. Seules les recherches programmées qui se sont développées au cours de ces dernières décennies conduisent à de premières synthèses régionales. C'est le cas des travaux menés dans la vallée du Nil et le long de ses affluents, dans les oasis égyptiennes, dans l'Akakus, le Tassili n'Ajjer, le Bas Sahara, la bordure de l’Aïr, le Sahara malien ou le Sahara atlantique, plus récemment dans les marges avec ceux du Rif marocain, de la péninsule tingitane, de Tunisie centrale ou du nord de la Libye. Grâce à la mise au point de nouvelles méthodes d’analyse, de nombreux sites de surface ont pu être pris en considération, les méthodes de radiodatation actuelles ont permis de multiplier les données chronologiques, renforçant les points d’ancrage précis, la prise en compte des paléoenvironnements a contribué à un meilleur accès aux activités des hommes même si, souvent, l’altération du matériel non lithique entraîne des difficultés pour identifier certains comportements. Néanmoins, bien des sites sont trop réduits pour fournir des données susceptibles de préciser des cultures, auquel cas il a été fait appel à des ensembles régionaux qui paraissaient les unités les mieux cernées. Aujourd’hui, la précision apportée par le géopositionnement par satellite (GPS) permet de situer les moindres vestiges ce qui pourrait ouvrir vers l'identification de circuits et la compréhension des déplacements. Retracer l'histoire récente de la tribu des Hominines dans son développement, ses luttes, son appropriation de la terre, ne saurait se faire sans une périodisation. Les éléments de sériation nécessaires pour l’établir sont souvent fournis par l’étude typologique, soutenue par l'étude technologique ; elles permettent de suivre les traditions dans l'équipement, les « manières de faire » et 1.- Origini, 90-91 : 338. 2.- D’autres, soulignant l’incidence des activités humaines sur la nature, proposent une nouvelle ère qu’ils nomment Anthropocène.

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Introduction leurs transformations, de définir des critères significatifs et, par leur récurrence, d’en mesurer le poids statistique. Plus qu'en tout autre moment de la préhistoire, ressortent alors les diachronies : les transformations n'ont pas eu partout le même rythme, n'ont pas produit les mêmes effets. Les divergences sont marquées entre les cultures de la vallée du Nil qui contribueront à édifier les premiers empires, celles qui conduiront aux premiers villages de Mauritanie et celles de la zone désertique où les hommes « piégés » dans les oasis, mettront en place une multitude d’attitudes leur permettant de survivre ; elles soulignent le rôle fondamental de l'environnement et l'extraordinaire plasticité des hommes. L’usage des datations par le radiocarbone, qui s’est développé dans les années 60, est à l’origine d’un réajustement des données archéologiques et de nouvelles orientations méthodologiques. S’il a contribué à vieillir l’Atérien dont seule la phase finale est contemporaine de l’Aurignacien et du Périgordien d'Europe, à vieillir l’Ibéromaurusien, le séparant radicalement du Capsien, il a aussi remodelé l’Epipaléolithique, montrant des relations Capsien typique - Capsien supérieur autres qu’évolutives. Il a permis de cerner divers faciès de cette culture, fait admettre l’existence très ancienne de la céramique en zone saharienne. Au Néolithique récent, Histoire et Préhistoire s’entremêlent et il a fallu attendre de disposer de dates calibrées1 pour que les éléments livrés par l’archéologie puissent être parallélisés avec les données historiques2 : par comparaison avec des données obtenues par dendrochronologie et/ou des datations de coraux par la méthode Uranium/Thorium, en effet, il est désormais possible de corriger la déviation des dates 14C par rapport au calendrier. Ces déviations, induites par les variations de la teneur de l’atmosphère en carbone radioactif au cours du temps, furent constatées lors de comparaisons avec le calendrier égyptien. Bien qu’en constante augmentation, le nombre de points de repères fourni par dendrochronologie ou U/Th reste limité et c’est par la modélisation mathématique qui en résulte, que s’obtiennent des courbes de calibration ; si l’on parle souvent de dates calendaires pour les datations 14C calibrées, c’est qu’elles se placent sur une échelle de temps d’ordre comparable, mais il faut garder à l’esprit que la précision d’une telle datation reste loin de celle d’un calendrier historique3 et que sa 1.- Dans les pages qui suivent, les dates 14C mentionnées ont été calibrées avec le programme Radiodarbon Calibration program « Calib » rev. 4.3 (© M. Stuiver & P.J. Reimer, 2000) établi d’après les courbes de correction de 1993 (Stuiver M., Reimer P.J., 1993, Radiocarbon, 35, 215-230), étendues et rectifiées en 1998 (Stuiver M., Reimer P.J., Bard E., Beck J.W., Burr G.S., Hughen K.A., Kromer B., McCormac F.G., v.d. Plicht, J. Spurk M. 1998, Radiocarbon 40). Les datations ajoutées lors de la révision du texte le sont également par les programmes 2013 Calib Radiocarbon Calibration Stuiver M., Reimer P.J., Reimer R., version 7.0htmln et CalPal online. Elles sont exprimées sous la forme de fourchettes « av. J.-C. » ou « ap. J.-C. », expressions équivalentes aux « Cal BC » ou « Cal AD » des auteurs anglo-saxons ; les limites données sont les dates extrêmes obtenues par la calibration à 1 sigma selon la méthode de la distribution des probabilités, arrondies à la quinte la plus proche. Il n’a été appliqué aucun coefficient de correction lié au laboratoire ou à des données techniques, la publication de la plupart des dates ne le permettant pas, particulièrement les plus anciennes. Les indications chronologiques « génériques » (siècle, millénaire) sont, par défaut, av. J.-C. ; toute référence à une période postérieure au début de l’ère chrétienne est clairement précisée dans le texte. 2.- Un certain flou a existé dans l’écriture de ces résultats. Ils furent longtemps ramenés à une approche calendaire exprimée en BC par soustraction de 1950 (le zéro du radiocarbone) ; les données calibrées allaient montrer des inadéquations rendant simpliste une telle transformation et, selon les auteurs, elles seront un temps transcrites en BP ou bp, BC ou bc, avant que des formulations mieux normalisées ne s’imposent. 3.- Une modélisation de la chronologie historique égyptienne par l’équipe d’Oxford montre la possibilité de décalage de quelques décennies des dates calibrées par suite des effets saisonniers et d’effets réservoir dans des

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Sahara préhistorique pertinence est largement tributaire de la nature de l’échantillon, des conditions d’échantillonnage, voire de la courbe de calibration utilisée. Longtemps, les datations de carbonates furent discutées, compte tenu des risques de contamination par des carbonates d’origine géologique lors des processus de fossilisation ; les progrès réalisés dans l’étude des isotopes stables du carbone (12C et 13C) ont permis de cerner précisément de telles influences et d’obtenir des dates fiables sur des matériaux tels que l’apatite de l’os, le test d’œuf d’autruche, ce dernier essentiel à la chronologie en zone aride. En n'utilisant que de très faibles quantités de carbone, la mesure par accélérateur au spectromètre de masse, communément abrégée AMS, a permis de s’affranchir de certains problèmes d’échantillonnage et donné accès à de nouveaux matériaux. Il est ainsi devenu possible de dater directement les peintures rupestres ou d’affiner la chronologie de sites de surface sahariens par les datations d’esquilles osseuses calcinées, de tessons céramiques à dégraissant végétal, la technique permettant (théoriquement) d’obtenir l’âge d’un seul tesson et non plus l’âge « moyen » d’un sac de 200 g, ce qui néanmoins pose une question de représentativité si les datations ne sont pas multipliées. En l'absence de matière organique, la thermoluminescence TL, la luminescence stimulée optiquement OSL, peuvent être utilisées avec une marge d'erreur comparable aux fourchettes de datations 14C calibrées pour l’Holocène ancien ; à partir de l’Holocène moyen, actuellement, le 14C est généralement plus précis. Les moyens d'exprimer ces résultats ont varié au cours du temps, il s'en suit des données fluctuantes, même aujourd'hui où selon le protocole de calibration que l'on utilise, on obtient des valeurs légèrement différentes. Pour éviter les désordres que ce détail est à même d'introduire, il est indispensable d’indiquer, pour chaque mesure, le résultat exprimé en B.P. et sa référence. Les questions de Génétique et Linguistique interviennent de plus en plus dans la compréhension du développement et de l’origine des sociétés africaines. Des langues qui ont pu être parlées, on sait peu de chose. En Egypte, l’ancien égyptien utilisé jusqu’à la Première période intermédiaire (env. 2200-2000 av. J.-C.), avec probablement des différences régionales et temporelles, se serait séparé des autres langues afro-asiatiques vers 6000-5500 av. J.-C. La coïncidence entre cette donnée linguistique et les répercutions de la phase aride mi-holocène des climatologues est troublante. Si les divergences importantes qui existent entre les auteurs, tant en Génétique qu'en Linguistique, ne permettent pas encore de leur accorder un crédit total, il est permis d’envisager dans l’avenir, l’utilisation de ces disciplines en complément de l’Archéologie, au même titre que l’Histoire ou l’Ethnographie. Avec ce passage du Paléolithique au Néolithique, l’Holocène apparaît ainsi comme un des grands moments de l'Histoire des Hommes, une des étapes fondamentales dans son processus d'évolution qui l'éloigne définitivement du parcours traditionnel d’une espèce.

écosystèmes fermés sans changement climatique important.

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Chapitre I L’HOLOCèNE, PéRIODE POST-GLACIAIRE La fin de la glaciation de Würm marque le début d’une nouvelle période géologique, l’Holocène1. Elle porte le nom de Guirien dans la Saoura, Rharbien au Maroc2, Malakien en Afrique orientale. Au cours de ces temps, les vicissitudes du climat ont entraîné deux phases majeures d’érosion-sédimentation : l’une, à l’Holocène inférieur, correspond à un climat à tendance froide et pluvieuse, l’autre, à l’Holocène moyen, a été plus chaude et généralement plus sèche. Après le grand aride développé sur le Sahara durant la dernière phase glaciaire, la reprise de la pluviosité y a favorisé le développement de nouveaux modes de vie matérialisés par la mise en place de systèmes de production, de nouvelles structures sociales. Des civilisations qui durent être brillantes se sont développées dans la zone saharienne. Elles ont périclité, puis disparu sous l’effet d’une aridité croissante piégeant des populations dans quelques niches écologiques et entraînant les autres vers la périphérie où elles ont contribué à la création des premières cités.

Le climat La régression glaciaire s’est accompagnée d’un réchauffement généralisé de l’atmosphère et d’une disponibilité plus grande de l’eau. Le niveau de la mer qui avait atteint la cote -120 m, remonte. Cette remontée, dite transgression versilienne en Méditerranée, y atteint son maximum vers 8500 B.P. (7600 av. J.-C.), submergeant des îles, dont une à l’ouest de Gibraltar, a pu poser en termes scientifiques la question de l’Atlantide3. Cette transgression n’a pas été régulière, elle a connu des phases de stationnement et de menues régressions qui traduisent des oscillations secondaires du climat. Sur la côte atlantique, cette transgression a reçu le nom de Mellahien au Maroc. Plus au sud, elle est peu marquée, probablement oblitérée par les phénomènes de subsidence de la côte, un maximum transgressif dit Nouakchottien4 y est daté seulement de 5570 ± 120 B.P. (T404) (4540-4260 av. J.-C.). La mer 1.- Récemment, l’Holocène a perdu sa valeur d’étage unique et a été divisé en 3 : Holocène inférieur 117008200 B.P. dit Greenlandien, moyen 8200-4200 dit Northgrippian, supérieur 4200-actuel dit Meghalayan. 2 .- Beaudet et al font correspondre Rharbien et Sub-boréal. 3 .- Les particularités de cette île sont telles que J. Collina-Girard a pu poser la question d’une correspondance avec l’Atlantide telle que l’évoque Platon. Cf L’Atlantide retrouvée ? Enquête scientifique autour d’un mythe. 2009, Bellin, Paris. 4 .- La définition du Nouakchottien a été adoptée par la Commission du Lexique stratigraphique lors de sa réunion à Dakar en 1966. Il est caractérisé par la terrasse marine de 3m, terrasse de sables fins. Pour certains auteurs, ce qui est vu comme maximum transgressif, ne traduirait qu’un niveau de tempête.

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Sahara préhistorique nouakchottienne voit l’épanouissement de certaines espèces Anadara (Arca) senilis, Donisia isocardia, Cardium edule qui auront un rôle important dans la vie des populations côtières. Après un abaissement de la température de l’océan d’environ 5° C depuis 5700 B.P. (4540 av. J.-C.), une dérive littorale s’établit le long de la côte atlantique vers 5000 B.P. (3800 av. J.-C.) ; au sud du Cap Timiris, elle crée des cordons sableux qui barrent les golfes et les transforment en lagunes. Cette formation a été nommée Tafolien. Elle est marquée de courtes oscillations dues à des périodes humides autour de 3500, 2500 et 500 B.P. (1800, 600 av. J.-C. et 1400 ap. J.-C.). Les détails de ces variations climatiques (fig. 1), qui n’ont pas eu le même effet à toutes les latitudes, commencent à être assez bien connus. Les réajustements qui accompagnent la fin de la glaciation se sont traduits en crises climatiques plus ou moins sensibles dans le Sahara ou ses abords méridionaux. Dans le Tell septentrional, un épisode aride situé vers 11500 B.P. (11500 av. J.-C.), lié à une reprise du froid durant quelques centaines d’années, a été bien perçu dans la végétation identifiée dans le gisement du Relilaï (Algérie). Au sud de l’Atlas saharien, cet épisode est peut-être télescopé avec les marques d’une extrême aridité antérieure, en particulier celles qui se perçoivent le long du piedmont méridional et autour des chotts. Durant l’Holocène inférieur, la pluviosité n’atteint pas la même intensité et n’intervient pas au même moment dans le Sahara septentrional et méridional. Dans les régions méridionales touchées par la mousson, elle est précoce, marquant dès 12000 B.P. (12100 av. J.-C.), une expansion de la zone tropicale. Graduellement en effet, à partir de 15000 B.P. (16000 av. J.-C.), le Kanémien est passé à un épisode pluvieux qui porte ici le nom de Tchadien et qui est bien connu au Tchad et au Niger. Outre la remontée des nappes, à partir de 9500 B.P. (8800 av. J.-C.), la pluviosité a permis l’installation de lacs à lignes de rivage élevées -à son maximum, le lac d’Ine Kousamène, dans le nord du Mali, se serait étendu sur 300 km2-. Elle serait importante au Soudan septentrional, atteignant 600 mm à Khartoum, un peu plus faible vers l’ouest, estimée à 500 mm dans la région d’Akjoujt en Mauritanie. Au Tibesti, où s’édifie une nappe à matériaux grossiers1 qui est en relation avec des lacs à sédimentation calcaire, certains auteurs lui ont accordé des valeurs de 600 Fig. 1 – Variation de la pluviosité au cours de l'Holocène (en date calendaire) : à droite, augmentation de la pluviosité, à gauche diminution. Une telle courbe ne saurait être qu'approximative : le plus souvent, on ignore encore les intensités voire les dates en raison des décalages régionaux et de données chiffrées plus ou moins précises selon les particularités des prélèvements et l'époque où les mesures ont été réalisées. 1.- Des lambeaux d’une nappe antérieure, graveleuse, rouge, sont en outre conservés sur les sommets les plus hauts.

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L’Holocène à 1000 mm selon l’altitude, pour d’autres, elle serait restée réduite car les oueds n’ont pu alimenter les lacs du Niger ou du Tchad. Dans l’Akakus, à Uan Muhuggiag, la pluviosité n’aurait oscillé qu’entre 150 et 300 mm durant l’optimum. En Ahaggar, les dépôts holocènes constituent le sommet d’une terrasse qui se serait édifiée entre 15000 et 7500 B.P. (16000 et 6400 av. J.-C.) ; des calcaires lacustres qui seront suivis de déformations se déposent dans l’Atakor entre 11600 et 8500 B.P. (11600 et 7600 av. J.-C.). A l’inverse, dans le Sahara septentrional qui est soumis aux pluies méditerranéennes, les précipitations restent peu efficaces durant l’Holocène inférieur, de l’ordre de 50 à 100 mm. Dans la région d’Ouargla, d’Hassi R’mel, elles ne laissent pas de traces sur les versants et les remontées de nappe n’amènent pas de résurgences à écoulement continu. Ainsi, à El Hassi, la compétence des eaux a été insuffisante pour drainer des sédiments, la source n’a permis que l’installation d’un remblaiement type El Haouita. Cependant, les pluies deviennent tangibles à l’ouest du Sahara : dans la Saoura, avec le début de la sédimentation guirienne, les oueds allochtones amorcent la construction de la basse terrasse, à Kadda des calcaires lacustres sont datés de 10100 ± 200 B.P. (10130-9310 av. J.-C.). Y. Callot reconnaît une phase d’extension maximale des plans d’eau dans le Grand Erg Occidental et la date entre 8800 et 7350 B.P. (7900-6200 av. J.-C.). Il l’attribue à une pluviométrie locale d’origine atlantique et/ou méditerranéenne, au Maroc, dans les monts d’Oujda, une phase d’érosion importante est alors identifiée. Dans le Sahara central, le gisement de Tin Hanakaten conserve les traces de brèves séquences arides vers 9400-9300 B.P. (8700-8550 av. J.-C.), puis 85008200 B.P. (7600-7200 av. J.-C.). Elles sont marquées par des langues de sable éolien plus ou moins vastes, s’intercalant dans une partie du dépôt anthropique. Ces séquences sont bien connues dans la vallée du Nil, où la plus ancienne marque la fin d’une phase pluvieuse nommée Sélima, datée autour de 9700 B.P. (8600 av. J.-C.), la plus récente sépare la phase pluvieuse d’El Beid (9300-8800 B.P. soit 8550-7950 av. J.-C.) de celle de Nabta Playa datée entre 8600 et 7100 B.P. (7600 et 6000 av. J.-C.). Au Niger, le lac de Gobero disparaît entre 8200 et 7500 B.P. (7200 et 6400 av. J.-C.). Dans la vallée de la Saoura, l’enrichissement de la sédimentation en sables éoliens pourrait traduire l’une de ces phases. Au sud, dans la région de Taoudeni, aucune trace de ces moments arides n’a été retrouvée et un seul haut niveau de lac a été perçu pour celui d’Ine Kousamène à 9000-7500 B.P. (8250-6400 av. J.-C.). Vers 7300 B.P. (6200 av. J.-C.), une nouvelle crise aride, courte, qui paraît généralisée et avoir eu des incidences majeures sur les paysages de nombreuses régions, est dite « aride mi-holocène ». Les sédiments lacustres des régions méridionales témoignent alors d’une nette baisse des eaux1. Dans la vallée du Nil, F. Hassan date cette séquence de 7100 à 6900 B.P. (6000 à 5800 av. J.-C.). Dans le nord du Mali, elle se placerait entre 7000 et 6000 B.P. (5900 et 4900 av. J.-C.), donc y serait plus tardive qu’au Tchad où M. et S. Servant la situent vers 7500 B.P. (6400 av. J.-C.). Au Niger, le lac de Gobero est asséché entre 6700-6400 B.P. (5600-5400 av. J.-C.). Au Tassili n’Ajjer, elle est traduite à Tin Hanakaten, 1.- M. Servant nomme cette phase, Nigéro-Tchadien IV.

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Sahara préhistorique par un lit millimétrique de sable éolien dont le dépôt paraît terminé à 7220 ± 140 B.P. (Gif 5419) (6230-5920 av. J.-C.). Dans le Sahara septentrional, elle est marquée par des ensablements qui, dans le sillon de l’oued Mya, peuvent être couronnés par un gô mal consolidé. A El Hassi, elle construit une croûte gypseuse coiffant un remblaiement1. C’est alors qu’une nouvelle génération de dunes se met en place à l’ouest de l’Ahaggar et que l’érosion prend fin dans la région d’Oujda. Un changement de direction des vents dominants est possible, c’est ce que suggèrent les dépôts de l’abri de Ti l in Frsa, en Ahaggar. Nanti de deux ouvertures opposées, l’abri renferme, à la base, une sédimentation de sables rouges semblables à des dépôts méridionaux des environs, elle est suivie d’une sédimentation de sables ocre semblables aux dépôts qui se trouvent au nord de l’abri. Les sables ocre sont enrichis en cendres et ont donné la date moyenne de 5500 ± 100 B.P. (Gif6144) (4456-4253 av. J.-C.). Cela rejoint une remarque de R. Vernet qui voit les sites de la culture Foum Arguin se protéger des vents du sud et sud-ouest qui prédominaient avant 7000 B.P. (5900 av. J.-C.). Une reprise des pluies ne sera pas partout la même. Au Tibesti, des pluies torrentielles détruiront les dépôts de tufs qui barrent les oueds en haute montagne. En Ahaggar, ce seraient plutôt des pluies peu violentes et réduites auxquelles P. Rognon rapporte les sables et graviers formant la basse terrasse. Dans les régions méridionales, les pluies resteront plus faibles qu’antérieurement ; M. Servant nomme Nigéro-Tchadien V ce moment où un climat tropical avec des saisons contrastées se met en place. L’extension des lacs ou des mares, dont le haut niveau est perçu vers 5000 B.P. (3800 av. J.-C.), sera moindre qu’à l’Holocène inférieur. La faune ichtyologique trouvée dans de nombreux sites du Sahara central datant de l’Holocène inférieur et représentée dans les gravures bubalines et les peintures têtes rondes devient rare. Toutefois, entre 6600 et 6000 B.P. (5600 et 4900 av. J.-C.)2, des dépôts argileux carbonatés à Limicolaria3 se forment à nouveau dans les dépressions méridionales et des sols bruns se constituent. Dans la vallée du Nil, F. Hassan n’identifie plus des phases pluvieuses mais seulement humides : El-Heiz entre 6900 et 6100 B.P. (5800 et 5100 av. J.-C.), Kharga I entre 5900 et 5000 B.P. (4800 et 3800 av. J.-C.), Kharga II entre 4800 et 4600-4500 B.P. (3550 et 3300-3200 av. J.-C.). L’épisode aride qui sépare El-Heiz de Kharga I, se retrouve peut-être en Mauritanie vers 6400-6200 B.P. et dans le Darfour où deux petits pics d’aridité sont alors mentionnés par Dumont et El Moghraby4. Dans le Sahara septentrional, inversement, l’humidité paraît alors plus efficace qu’à l’Holocène inférieur. Dans l’Atlas saharien, si l’on retient les propositions de M. Ould Baba Sy5, son maximum serait atteint entre 5000 et 4500 B.P. (3800 et 3200 av. J.-C.) avec une valeur de 850 mm et une augmentation régulière depuis l’aride mi-holocène alors que durant l’Holocène 1 .- Cf p. 88. 2 .- 6605 ± 140 B.P. (Az22) (5660-5380 av. J.-C.), 6540 ± 130 B.P. (Az20) (5620-5370 av. J.-C.), 6010 ± 120 B.P. (Az54) (5050-4730 av. J.-C.). 3 .- Pulmoné qui implique une humidité permanente. 4 .- Dumont H.J., El Moghraby A.J., 1993 - Holocene evolution of climate and environment, and stone ‘city’ ruins in Northern Darfur, Sudan: Is there a relationship? Environmental change and human culture in the Nile basin and Northern Africa until the second Millenium B.C., Krzyzaniak L., Kobusiewicz M., Alexander J. eds., Poznan : 381-397. 5 .- Ould Baba Sy M., 2005 - Recharge et paléorecharge du Système aquifère du Sahara septentrional. Thèse Faculté des Sciences de Tunis.

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L’Holocène inférieur, les précipitations n’auraient montré qu’un pic à 550 mm entre 8000 et 7500 B.P. (6900 et 6400 av. J.-C.). Dans les monts d’Oudja, au Maroc, L. Wengler reconnaît une phase humide avec bonne répartition des pluies du 5ème au milieu du 3ème millénaire, elle sera suivie d’une phase plus aride qui se poursuit de nos jours. Dans la Saoura, les fonds lacustres se multiplient de 6000 à 4000 B.P. (4900 à 2500 av. J.-C.). Des ravinements sont perceptibles dans le Bas-Sahara ; le débit de la source d’El Hassi augmente jusqu’à permettre une incision dans le bouchon sableux. L’occupation humaine, particulièrement lâche jusque là, explose. C’est la raison de l’appellation « humide néolithique » dont on affuble encore parfois ce moment1. Avec des décalages de quelques centaines d’années, qui peuvent atteindre un retard de l’ordre du millénaire dans le Sahara méridional, le climat actuel se manifeste à partir de 4500-4000 B.P. (3200-2500 av. J.-C.). C’est le Nigérotchadien VI de Servant. Les ergs récents se forment. Cette fin du dernier épisode humide est bien marquée dans les cuvettes du Nord Mali ou à Gobero avec l’assèchement du lac ; celui-ci connaîtra cependant une petite remontée à 40003700 (2500-2100 av. J.-C.) ainsi, peut-être, qu’à 2400-2300 B.P. (450-390 av. J.-C.). Au Tibesti, l’aridité n’est réellement perçue qu’en fin de 1er millénaire av. J.-C., une nappe à matériaux fins s’édifiant entre 5000 et 2000 B.P. (3800 et 0 av. J.-C.). Dans l’Atlas saharien, pour Ould Baba Sy, la récession serait rapide à partir de 4000 B.P. (2500 av. J.-C.), atteignant les valeurs actuelles à 1000 B.P. (1050 ap. J.-C.). M. Benazzouz a montré que l’aridité ne se mettait pas en place de manière continue, il reconnaît des oscillations traduites par des phases d’ensablement. Il situe la plus ancienne entre 4500-4000 B.P. (3200-2500 av. J.-C.), une nouvelle phase hyperaride intervient entre 3300-3000 B.P. (1550-1200 av. J.-C.), puis 2400-2200 B.P. (550-250 av. J.-C.), les conditions actuelles se mettant en place à partir de 1650 B.P. (400 ap. J.-C.) et la basse terrasse, historique, se constituant entre 1470-1350 B.P. (600-650 av. J.-C.) ou vers 610 B.P. (1350 ap. J.-C.). Ces oscillations sont identifiées en de nombreuses régions, à l’est comme à l’ouest, mais pourraient connaître des décalages. A l’est, elles sont perçues dans la vallée du Nil, entre 4000-3400 B.P., 2950-2900 et 2000-1500 B.P. (2500-1700 av. J.-C., 1150-1100 av. J.-C., 0-600 ap. J.-C.), à l’ouest dans le nord de la Mauritanie, L. Hebrard en fait état entre 4500 et 4200 B.P. (3200 et 2800 av. J.-C.), puis aux environs de 3000 B.P. (1200 av. J.-C.). Au Maroc, une reprise d’érosion serait sensible vers 4000 B.P. (2500 av. J.-C.), les dépôts sont disséqués, les oueds s’encaissent, la basse terrasse se constitue. Cette pulsation pourrait être mise en relation avec une remontée rapide du lac d’Ine Kousamène qui atteint à nouveau un maximum vers 3600-3400 B.P. (1950-1700 av. J.-C.) ; pour certains auteurs, cette rapidité confirmerait que les aquifères n’ont pas été asséchés. En Ahaggar, la dernière terrasse pourrait s’être mise en place alors. Elle est antérieure à l’entaille récente des oueds qui, elle, date probablement de l’Antiquité ou est un peu plus ancienne, une pluviosité de l’ordre de 400 à 500 mm ayant pu être proposée en Libye littorale à l’époque romaine. Pour le Sahara méridional, les variations de niveau du lac Tchad donnent de bonnes indications. Le Paléo-Tchad a connu deux épisodes majeurs à l’Holocène inférieur, L1 et L2, séparés par une importante régression entre 9800 et 1 .- L’expression est née de l’idée d’une néolithisation n’intervenant au Sahara qu’à cette période.

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Sahara préhistorique 9200 B.P. (9300 et 8450 av. J.-C.). Le premier, L1, est composé de trois petites transgressions dont le maximum se place à 12500, 11300 B.P. et entre 101009800 B.P. (12800, 11300 et 9700-9300 av. J.-C.). Le second, L2, est moins précis, il traduit une transgression entre 9200 et 7500 B.P. (8450 et 6400 av. J.-C.). Une nouvelle transgression se placerait entre 7000 et 5200 B.P. (5900 et 4000 av. J.-C.)1 et la plus récente entre 3500 et 3000 B.P. (1800 et 1200 av. J.-C.), moment où la dernière régression s’installe. Avec la fin des temps glaciaires, la série (ou époque) pléistocène s'achève et une nouvelle série (ou époque) géologique débute, l'Holocène. Ses témoins peuvent être datés aisément et finement par 14C en raison de la conservation de matière organique dans nombre d'entre eux. De multiples oscillations climatiques deviennent perceptibles dans la sédimentation ; elles montrent souvent de légers décalages d'une région à l'autre qui compliquent l'appréhension globale des transformations. Cette absence de synchronisme des changements marquants fait qu'il n'y a pas de stratotype marin traditionnel. Les subdivisions sont basées sur des carottes glaciaires (NGRIP) que peuvent appuyer des spéléothèmes (Mawmluh, Inde, pour le Meghalayen).

Le milieu naturel Les glacis et terrasses qui se forment au cours de l’Holocène sont peu nombreux et tous restent modestes. Ils sont courts, à dépôts limoneux avec galets émoussés, illites, chlorites ; dans les montagnes du Sahara central, ils peuvent ne pas être encaissés dans la terrasse moyenne, mais la recouvrir. L’Ahaggar connaît diverses manifestations volcaniques qui sont datées de 6090 ± 300 B.P. (Orsay) (5330-4690 av. J.-C.) dans la région d’Idelès. Outre des scories, des cendres et lapillis, des basaltes se répandent, s’étendant faiblement sur les alluvions. Au Tibesti, l’activité se traduit encore par des fumerolles, des dépôts de natron et de soufre. Au Néolithique, l’homme va introduire des modifications sensibles dans le milieu en pratiquant l’agriculture et l’élevage. Le déboisement qui les accompagne et qui deviendra de plus en plus important, entraînera des transformations de plus en plus sensibles2.

La végétation

Les fluctuations climatiques ont constamment engendré des modifications du couvert végétal3, mais leurs impacts ne sont pas partout les mêmes, l’incidence du substrat conduit à des secteurs privilégiés, ceux qui ont une forte capacité de 1 .- La télédétection et une ré-analyse des données disponibles ont conduit M. Leblanc et G. Favreau (Regards sur le méga-lac Tchad holocène révélé par la télédétection. Géochronique, 2006, n° 99) à placer ce dernier épisode entre 8500 et 6300 B.P. (7600 et 5260 av. J.-C.), ce serait la dernière manifestation du Méga-Tchad ; cela rejoindrait les propositions de H. Faure, 1966, Evolution des grands lacs sahariens à l’Holocène. Quaternaria, 8 : 165-175. 2.- Certains auteurs, soulignant l’incidence des activités humaines sur la nature, proposent de nommer Anthropocène, cette période et d’en faire une nouvelle ére. 3 .- Par ailleurs régi par les conditions écologiques.

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L’Holocène rétention hydrique comme les vallées, les lits d’oued, les dayas du Maghreb, les playas du Machreg. A l’ouest, une extension rapide de la végétation grâce à l’intensification des flux de mousson atlantique (dite aussi mousson africaine) est sensible vers 9000 B.P. (8250 av. J.-C.). Au nord, des couloirs de végétation se développent le long des oueds venant des versants méridionaux de l’Atlas. Au Sahara méridional, les formations de type savane à acacias s’étendent vers le nord couvrant les plaines d’une steppe arborée largement ouverte, riche en Graminées et Composées, dominée par les acacias. Acacia ehrenbergiana occupe les oasis du Sahara oriental. Acacia albida, arbre de la savane soudanienne qui demande une nappe phréatique assez proche de la surface, une pluviosité minimale de l’ordre de 300 mm et des sols bien drainés se développe près de Tin Hanakaten, au Tassili n’Ajjer. Ponctuellement, des peupliers, tamaris, figuiers, appellent des eaux à faible profondeur. A Amekni, les données palynologiques traduisent un paysage à micocouliers, arbres de Judée, figuiers et oliviers avec, peut-être, du chêne vert ; l’absence de résineux dans les analyses laisse penser à leur rareté dans ce secteur. La fréquence du micocoulier dans les sites de Tadrart attribuables à cette période évoque un paysage comparable. A l’Holocène moyen, la végétation traduit déjà une dégradation. Le Massif central saharien montre une biodiversité faible avec une flore qui ne se différencie de l’actuelle que par la présence d’Erica arborea, bruyère encore présente au Tibesti. Les espèces arborées sont peu nombreuses : Pistacia atlantica et Olea laperrini sont les seules se retrouvant dans toutes les analyses (Silet, In Tekadène, Taessa, Ikadelout). Le cèdre, Cedrus atlantica, est plus rare (Silet, oued Ahor). Le cyprès, Cupressus dupreziana, dont seulement quelque 230 spécimens subsistent actuellement dans les Meddak, n’est mentionné qu’à Sefar1. Acacia raddiana, arbre peu exigeant en eau (il accepte une pluviosité de 50 mm, ne tolère pas d’inondation), qui aime les sols sableux, se trouve à Tin Hanakaten. Dans les régions méridionales, des fluctuations pouvant atteindre une grande amplitude apparaissent. Un secteur comme le Gilf Kebir témoigne de conditions difficiles entre 7700 et 4300 B.P. (6600 et 2900 av. J.-C.) par la pauvreté de sa flore dominée seulement par deux taxons, Tamarix et secondairement Ziziphus ; autour de 6600, 5700 et 4800 B.P. (5600, 4550 et 3550 av. J.-C.), le développement de Mœrua crassifolia et Balanites ægyptiana qui s’associent à quelques acacias y traduit des pics d’humidité. Ils se retrouvent peut être dans le nord du Soudan, avec une végétation sahélienne qui, vers 7000 B.P. (5900 av. J.-C.) et après 6000 B.P. (4900 av. J.-C.), remonte de 300 à 500 km à plusieurs reprises. De 6000 à 4000 B.P. (4900 à 2500 av. J.-C.), apparaît une dégradation qui connaît des décalages régionaux. Dans les wadi Howar et Shaw, vers 5300 B.P. (4100 av. J.-C.), une végétation sahélienne se substitue à la végétation soudanaise. A l’ouest, la flore indique une diminution de la pluviosité ainsi qu’un allongement de la saison sèche ; une reprise du couvert végétal apparaît entre 4000 et 2000 B.P. (2500 et 0 av. J.-C.) suivie d’une destruction rapide vers 2000 1 .- L’extension de ce taxon a longtemps posé problème. Des restes signalés dans l’oued Tin Tarabine qui lui étaient attribués appelaient à une vaste distribution, or une étude récente a montré qu’il s’agissait d’un acacia (M. Thinon, com. pers.).

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Sahara préhistorique B.P. (0 av. J.-C.), qui met en place les conditions actuelles. Dans les régions telliennes, les cédraies sont remplacées par des formations à base d’oliviers et pistachiers ou de chênes à feuillage caduc. Des variations sont saisies en milieu capsien, à Aïn Misteheyia, avec la consommation de plus petits Vertébrés, et une augmentation de la consommation d’Helicella aux dépends d’Helix, ce qui est rapporté à un court épisode, chaud et aride. A partir de 4500 B.P. (3200 av. J.-C.), les facteurs anthropiques vont déterminer une grande part des paysages. Dans le Tell, il est probable qu’ils ont favorisé le remplacement de la forêt de chênes à feuillage caduc par des chênaies à chêne vert et chêne liège. Dans la montagne des Aurès, une dégradation qui résulterait autant de l’action de l’homme que du climat, est bien marquée à partir de 4500-4200 B.P. (3200-3000 av. J.-C.). Dans les montagnes du Sahara central, la présence de taxons européens (chênaie mixte fragmentaire) et méditerranéens (cédraie, junipéraie), auprès d’éléments steppiques (Graminées, Salsolacées, armoises) et tropicaux (épineux type Acacia) avait laissé supposer une disparition du désert à l’Holocène. Or, les travaux de A. Ballouche et M. Thinon ont montré que les éléments méditerranéens étaient des plantes endémiques, plantes locales à rythme de végétation méditerranéen, et non un continuum de la végétation de la zone méditerranéenne comme ce fut longtemps admis ; les taxons européens qui avaient été identifiés provenaient, eux, d’une pollution de la partie superficielle du dépôt de guano ayant livré ces informations. On ne peut donc plus retenir l’effacement plus ou moins marqué du désert lors des phases humides holocènes.

La faune

La faune connaîtra une profonde transformation à partir de l’Holocène moyen avec l’intervention sensible d’une faune domestiquée de bovins, ovins, caprins... Dans le Sahara méridional, on note la présence courante d’hippopotames dans les sites de l’Holocène inférieur alors qu’ils ne figurent que sporadiquement après l’aride mi-holocène. Les bovidés sont fréquents et se retrouvent tout au long de l’Holocène. Les sites de la vallée du Nil montrent la présence de nombreux mammifères de savane, antilopes chevalines, oribis, kobs, buffles, phacochères, girafes, éléphants, chats sauvages, lions, des hippopotames, des tortues et crocodiles. Le nord du Sahara est peuplé de gazelles, antilopes, mouflons, bovins, sangliers. L’autruche est omniprésente. Pelorovis antiquus1 a été rencontré dans le Sahara central et dans le Tell où il figure parmi les restes de faune du Capsien et du Néolithique. Loxodonta africana, connu actuellement en Afrique tropicale et équatoriale, a été retrouvé dans le Capsien (Khanguet el Mouhaâd) et le Néolithique du Tell (Fort de l’eau, Bou Zabaouine, Adrar Gueldaman) ; la taille des individus qui y vivaient encore à l’époque carthaginoise souligne une dégénérescence qui peut être liée à un isolat ou à des conditions de vie devenues difficiles. Il est donc possible que leur disparition à l’époque romaine ne soit pas le seul fait d’une surexploitation par l’homme. 1 .- Il est nommé bubale par les uns qui suivent A. Pomel, inventeur de l’espèce, buffle par d’autres qui craignent une confusion avec l’antilope bubale.

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L’Holocène Les animaux présents, ceux figurés par l’art rupestre, peuvent apporter d’utiles indications sous réserve de pouvoir leur accorder une position chronologique et d’éviter les généralisations. On connaît en effet les exigences écologiques des diverses espèces représentées. Des poissons comme Tilapia demandent des eaux profondes, renouvelées, à l’inverse de Clarias qui vit en eau superficielle et peut parcourir de longues distances sur terre. L’hippopotame est lié à un milieu aquatique, les antilopes Redunca redunca, Adenota kob ne s’éloignent jamais de l’eau, Phacocherus æthiopicus est un habitant des espaces herbeux bien ouverts. Diceros bicornis, le rhinocéros noir, est très rustique alors que Ceratotherium simum, le rhinocéros blanc à longue corne, plus exigeant en matière de nourriture et d’eau, marque des îlots préservés. A l’éléphant, on attribue comme limite l’isohyète 150, mais il est capable d’importants déplacements, car bien que recherchant l’eau et la boue pour se baigner et se débarrasser de ses parasites, il peut ne s’abreuver que tous les deux ou trois jours, ce qui rend peu fiable cette limite. De même, la limite 200 mm donnée pour la girafe peut être ramenée à 50 mm en prenant en compte sa grande mobilité.

Les hommes

Au post-glaciaire, une forte variabilité transparaît dans la population. Au Sahara central, plusieurs types humains sont attestés : un type négroïde est identifié à la fois dans l’art et les restes osseux, un type europoïde dans l’art et par des cheveux venant de fouilles. D’après J.L. Heim, à Tin Hanakaten, les individus de l’Holocène inférieur montrent la coexistence d’un type négroïde peu différencié, pourvu d’affinités méditerranéennes et d’un type négroïde plus robuste. Au Tibesti, D. Jäkel identifie également, vers 7000 B.P. (5900 av. J.-C.), une population mixte. A cette population montagnarde s’oppose, dans les plaines du Sahara méridional et occidental, un type mechtoïde ; il aurait été retrouvé récemment en Ahaggar dans un coffrage non daté, implanté dans un site néolithique. Il ne se retrouve pas dans la vallée du Nil qu’il occupait au Paléolithique supérieur. Là, va se mettre en place, au cours des 5ème-4ème millénaires, le type éthiopien1; il succèdera à une population de grande variabilité, encore mal connue malgré ses nombreux restes. Dans le Nord, L. C. Briggs a signalé ces caractères mixtes, méditerranéens et négroïdes, sur le crâne du Khanguet el Mouhaâd2. Dans cette partie du Maghreb, un mechtoïde gracile identifié aux débuts de l’Holocène, fait place au cours du Capsien, à une forme dite proto-méditerranéenne, comparable à la population actuelle et qui est bien connue dans le Néolithique et les monuments mégalithiques. Cette forme n’est pas sans évoquer le type Chancelade d’Europe et offre des ressemblances avec les Natoufiens du Proche-Orient. Mais l’on ne sait encore dire si cette gracilisation, largement répandue, résulte d’un déplacement de population différenciée au Proche-Orient comme on l’a admis longtemps, d’un métissage ou d’une évolution sur place, laquelle pourrait être liée à un nou1 .- Il se caractérise par une face allongée, sans prognathisme, un nez droit et des cheveux droits ou ondulés. 2 .- Il ressemblerait à la fois aux restes connus dans l’oasis de Siwa (Ouest égyptien) et à ceux du Soudan oriental, se reliant ainsi aux groupes « semi-hamites » ; L. C. Briggs conclut à un type méditerranéen avec des caractères le reliant aux groupes qu’il nomme « boskopoïdes » et « Nègres soudanais ».

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Sahara préhistorique veau mode de vie. Pour P. Biberson, dès le Néolithique apparaissent au Maroc des éléments « vieux méditerranéens » et petit à petit se constitue le peuplement que les diverses invasions, des Phéniciens aux Hillaliens, ne changeront guère.

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L'amélioration climatique intervenue au début de l'Holocène a dynamisé la vie végétale et animale dans le Sahara et sur ses bordures. Puis les incessantes fluctuations de la pluviosité, accompagnées de sa diminution globale, ont entraîné une réduction des espèces en zone saharienne et, à partir de 2000 B.P. (0 av. J.-C.), le paysage actuel est en place. L'action de l'homme est d'abord sans incidence irréversible sur l'environnement mais, à partir du 4ème millénaire, certains milieux vont être sévèrement affectés. Connu par de nombreux restes, l'homme montre une grande variabilité morphologique. En zone saharienne, mechtoïdes, négroïdes, méditerranoïdes se côtoient, leurs sphères d'action s'interpénètrent. Dans la vallée du Nil, s'y ajoutera au Néolithique moyen, une population de type éthiopien. Alors que les conditions environnementales deviennent plus difficiles, les contacts deviennent plus nombreux, ainsi des divergences majeures qui auraient pu conduire à un développement de caractères spécifiques et un buissonnement de formes s'estompent. Chez Homo sapiens, les différences restent à peine au rang de « variétés ».

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Chapitre II L’ECONOMIE NEOLITHIQUE D’importantes transformations vont apparaître durant l’Holocène. En mettant en place un nouveau mode de vie qui s’appuie sur l’agriculture et l’élevage, non seulement l’homme développe la production de biens de consommation, mais favorise aussi une certaine distance vis-à-vis de son environnement physique, élargissant ainsi sa sphère culturelle. Suivant l’expression du Professeur Fabrizio Mori de l’Université de Rome, « nous assistons à une prise de conscience de la valeur de l’homme et de sa suprématie ». Les vestiges matériels1 permettent de saisir ce changement par l’empreinte que l’agriculture et l’élevage impriment au milieu, par des modifications technologiques inhérentes à ces changements dont la poterie utilitaire, par l’art qui exprime une pensée nouvelle avec pour sujet essentiel l’homme et non plus l’animal. Dans cette partie de l’Afrique, l’élément le plus marquant car le plus aisé à identifier, est le tesson de poterie2 ; presqu’aussi indestructible que la pierre, issu d’éléments fréquemment renouvelés, il est un des meilleurs traceurs. Cependant ces changements n’interviennent pas partout de la même manière, ni en même temps et ne se développent pas au même rythme : ils peuvent connaître d’importants décalages d’une région à l’autre. Pour suivre les phénomènes de néolithisation en Afrique, il est nécessaire de s’affranchir du modèle proche-oriental que sa position historique et géographique a rendu quelque peu mythique. L’ordre d’apparition des éléments de néolithisation, tel qu’actuellement connu, ne paraît pas le même. A la succession sédentarité, têtes de flèche, agriculture, élevage, poterie dont l’apparition s’échelonne entre 12000 et 8500 B.P. (12100 et 7600 av. J.-C.), les données du Sahara central opposent une présence de poterie antérieurement à une perception de sédentarisation, et un élevage précoce, peut-être antérieur à l’agriculture. Au 9ème millénaire, le bœuf aurait été domestiqué au Sahara oriental et peutêtre au Sahara central, la poterie largement attestée dans la région de Khartoum. 1.- L’habitude tend à être prise chez les francophones d’utiliser le terme « artefact » déformation du mot anglais «  artifact  » pour désigner ces vestiges ; cet anglicisme ne manque pas d’humour, quand on sait qu’en langue française, ce mot désignait jusqu’alors des figures virtuelles que connaissent bien les familiers des lames minces. Une remarque semblable vaut pour le mot « diète » (diet) employé par certains comme synonyme d’alimentation ! 2 .- La Préhistoire utilise indifféremment le mot poterie (du latin « potum » qui indiquait l’usage des verres à boire) ou céramique (du grec « keramos » qui désigne la corne des animaux qui fut le premier récipient et la première forme des verres à boire). Céramique était aussi le nom du quartier d’Athènes où étaient situées les fabriques de tuiles et de briques. Aujourd’hui, le langage courant tend à utiliser le mot céramique pour tout ce qui peut être fabriqué avec de l’argile, poterie étant plus spécifique, réservé aux pièces fabriquées de façon artisanale par un potier.

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Sahara préhistorique Dans le Sahara méridional, la poterie pourrait être plus ancienne, remontant au 10ème millénaire, quelques tessons ayant été retrouvés par E. Huysecom dans un site qu’il place antérieurement à 9400 av. J.-C. Au Maroc, en Oranie, les transformations pourraient dater du 8ème millénaire. Elles seraient plus tardives ailleurs. A en juger par les datations connues aujourd’hui, elles remontent au 7ème millénaire dans le sud du Bas-Sahara. Elles interviendraient seulement au 6ème millénaire dans le Constantinois, la Tunisie5, la Libye septentrionale. L’intervention de nouvelles pratiques ne met pas un terme aux anciennes. La période durant laquelle tous les éléments du Néolithique ne sont pas acquis par tous, a reçu le nom de néolithisation et, si certains auteurs la désignent encore par le terme Mésolithique, il devient de plus en plus rare que l’on emploie celui d’Epipaléolithique pour qualifier ces ensembles industriels si différents de ceux du Paléolithique et en partie identiques à ceux du Néolithique.

Le concept « néolithique » Les manières nouvelles de se procurer la nourriture n’excluent pas les procédés d’acquisition antérieurs. L’homme reste chasseur, cueilleur, quand les conditions le permettent il est pêcheur, mais les relations homme-nature sont balisées par une conception autre. Ce nouveau mode de vie est aussi, avant tout, la traduction d’un changement majeur dans le comportement et la pensée. S’exprimant et se lisant de diverses manières, le concept néolithique n’a pas exactement le même sens chez tous les auteurs. L’appréhension restrictive qui appelle des preuves directes d’élevage et/ou d’agriculture n’a été que peu retenue au Sahara, pauvre en informations concernant la flore et la faune du fait de conditions de conservation défectueuses alors que la complexité du processus de néolithisation est telle, qu’elle permet de le saisir de diverses autres manières, en particulier par le biais d’éléments aisément accessibles, comme l’outillage. Ces transformations n’interviennent pas forcément en même temps, ni de la même manière. Les unes, brusques, traduisent un apport extérieur, l’emprunt à une autre culture, d’autres, progressives, soulignent les hésitations, les tâtonnements qui jalonnent une invention. Toutes n’ont pas eu le même succès. Ces modifications n’interviennent pas non plus sur le même support. On ignore encore ce qu’il était dans le Massif central saharien, là où le Néolithique est des plus anciens. Dans le nord du Bas-Sahara, sporadiquement dans le Sahara oriental ou occidental, tout comme dans le Maghreb occidental, la néolithisation se greffe volontiers sur des industries lamellaires. Dans le Maghreb oriental, elle se développe à partir d’industries à trapèzes et triangles.

Le Néolithique, une transformation de l’Economie Si par la mise en place de systèmes de production, le Néolithique amorce d’importants changements dans la vie des hommes, ils ne sont pas toujours sensibles dans les vestiges, y compris les restes animaux ou végétaux. Ainsi, au tout début du Néolithique, les preuves d’une production sont souvent délicates à identifier : il est difficile d’apprécier le statut sauvage ou

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L’économie néolithique domestique des animaux ou des plantes tant que leur élevage ne se traduit pas par des caractères tranchés, marqués génétiquement et s’exprimant dans leur morphologie. En Afrique saharienne, le problème se double de questions de conservation du matériel non lithique. L’acidité des sols détruit rapidement les ossements, déchiquette les pollens qui sont, en outre, susceptibles de venir de très loin. Le critère montre encore mieux ses limites avec des sites que l’on sait par ailleurs être des habitats de pasteurs, dans lesquels on ne trouve quasiment pas trace d’animaux domestiques malgré, parfois, des conditions de conservation exceptionnelles. A l’instar des pratiques connues chez les peuples pasteurs actuels, on évoque à leur propos la consommation de lait et de sang, celle de chair restant liée à des cérémonies rituelles. Dans de telles conditions qui privent de restes osseux, comment déceler directement une preuve de domestication ? En s’arrêtant à ce seul aspect, on risque de biaiser fortement la compréhension de l’évolution des sociétés humaines et l’on peut perdre de vue que la mise en place d’un système de production passe obligatoirement par l’intervention de nouveaux ensembles industriels, par une nouvelle conception cosmogonique. L’origine de la domestication est largement débattue. Un modèle fréquent la considère comme une invention sans motivation particulière. Certains, à la suite de E. Hahn et E. Isaac, envisagent des raisons religieuses, les animaux auraient été domestiqués en vue de sacrifices rituels. Aujourd’hui encore dans la zone d’élevage des bovins qui s’étend du Portugal à l’Est de l’Inde, une attitude particulière concerne le bétail : en certains endroits, ce sont des sacrifices comme les corridas, en d’autres, une sacralisation qui rend l’animal intouchable. Un autre modèle s’appuie sur une concentration des populations ; proposé par Gordon Childe qui voyait dans le développement de l’aridité au Moyen-Orient un facteur de regroupement des hommes et des animaux près des lieux où se trouvait de l’eau en permanence, il est souvent retenu. De ce contact plus étroit serait née l’idée de domestication. On retrouve ce thème dans la mythologie peule.

Apparition et développement de l’élevage A la suite de R. Haaland, il y a lieu de distinguer élevage et domestication. La domestication est un processus biologique. Elle est définie comme l’ensemble des attitudes humaines favorisant des changements fondamentaux dans la vie des animaux sauvages, destinés à les rendre plus accessibles à l’homme. Elle entraîne des changements physiologiques : une modification du métabolisme avec un développement plus rapide que chez l’animal sauvage conduit à un changement morphologique avec des proportions différentes des diverses parties du corps, d’où des changements de la taille et une modification du cerveau dans la population fondatrice. Elle opère un changement génétique par l’endogamie qu’elle introduit et cette dérive génique est accentuée par la sélection qu’introduit l’intervention humaine. L’élevage est tout autre, c’est un phénomène socio-économique dans lequel l’exploitation de l’animal devient une activité majeure par la mise en place de conditions favorables à son développement. On connaît encore assez mal les moments de la domestication des principales espèces, de plus en plus, l’idée de foyers primaires multiples s’impose et

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Sahara préhistorique il paraît de plus en plus assuré que le Sahara fut un des foyers de domestication des bovins. Au 9ème millénaire, des indices en ont été saisis dans le Sahara oriental et soupçonnés dans le Sahara central. Constatant la fréquente représentation en ligne des hommes dans l’art des Têtes rondes, on peut se demander si ce procédé qui affecte aussi quelques animaux, mouflons, girafes, antilopes, équidés, ne leur accorderait pas un statut particulier. Les bovins L’origine des bovins domestiques dans la zone saharienne ou ses abords est encore imprécise. Il y a consensus pour voir leur ancêtre sauvage dans Bos primigenius, animal qui est connu dans l’ensemble du Sahara au Pléistocène et à l’Holocène. En révélant une séparation des bovins africains de ceux d’Eurasie et d’Inde remontant à 25 000 ans, les données génétiques confortent l’hypothèse d’une domestication locale indépendante et permettent de la rapporter autour du 10ème millénaire. Une réduction de taille est considérée par de nombreux auteurs comme le signe de leur domestication ; en fait la taille est bien plus variable chez les animaux domestiqués que chez les animaux sauvages. Dans le Sahara oriental, des restes osseux rapportés à un animal domestiqué sont mentionnés dans le Néolithique type El Adam daté entre 9600 et 8900 B.P. (9000 et 8100 av. J.-C.). Ils figurent dans le Néolithique type El Kortein qui lui fait suite. Vers 8500 B.P. (7600 av. J.-C.), un bovin domestique se trouverait dans le sud-est du Désert libyque, là où les territoires actuels de Libye, Egypte, Soudan et Tchad se rencontrent. Au Soudan, à Wadi el-Arab près de Kerma, il est daté de 8200 B.P. (7200 av. J.-C.)1. Dans le Sahara central, Bos taurus est présent dans le gisement de Tin Hanakaten aux alentours de 7900 B.P. (6825 av. J.-C.) et soupçonné vers 9000 B.P. (8250 av. J.-C.). Au cours du 7ème millénaire, ses restes deviennent plus fréquents. Des bovins domestiques datant du 6ème millénaire ont été retrouvés à Rabak au Soudan et Mérimdé dans le delta du Nil, à cette époque, voire plus anciennement, ils sont aussi présents à Délébo en Ennedi, à Uan Muhuggiag dans l’Akakus. Le bovin intègrerait la sphère symbolique au 6ème millénaire, voire plus anciennement. Dans la vallée du Nil, au 4ème millénaire, de sévères pathologies osseuses sont vus comme les conséquences de son emploi aux labours. Dans l’art, peint ou gravé, les bovins domestiques interviennent en période têtes rondes, le saut au-dessus du taureau traduisant un pastoralisme déjà fortement engagé. Plus tard, ils seront fréquemment peints en troupeaux au cours de la période bovidienne dont les premières manifestations se situent en fin de 7ème millénaire. La consommation intensive de produits laitiers se lira dans la représentation des pis que l’on doit pouvoir rapporter au Néolithique moyen. L’art conforte ainsi les données issues des fouilles. Pour F. Hassan, l’aridité qui s’abat sur le Sahara vers 7000 B.P. (5900 av. J.-C.) aurait entraîné des migrations vers les régions d’altitude puis, avec l’amélioration climatique qui a suivi, l’élevage des bovins dans la zone saharienne se serait généralisé. 1 .- Celui identifié entre 7600 et 6900 B.P. (6500 et 5820 av. J.-C.), à Dakhla, dans la phase Bashendi, a ensuite été reconnu sauvage.

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L’économie néolithique Si l’idée d’une dispersion à partir de Grèce où ils sont connus au 7ème millénaire, est abandonnée, ces dates ne permettent pas d’exclure une introduction des bovins à partir de Turquie où ils sont datés autour de 9000 B.P. (8250 av. J.C.) à Hacilar, ou du Proche-Orient où ils le sont aux environs de 9500 B.P. (8800 av. J.-C.) à Jericho. Entre les 10ème et 7ème millénaires, la vallée du Nil aurait pu être, d’après K.M. Banks, un centre de domestication ; pour J. Jelinek comme pour P. Huard et J. Leclant ce serait le pourtour des grands massifs montagneux. F. Wendorf a noté une fréquence anormale de restes de bovins dans un contexte environnemental du Sahara égyptien qui ne leur permettait pas de survivre en raison du manque d’eau, il propose d’y voir une intervention de l’homme. Celui-ci se serait déplacé accompagné de quelques animaux qui auraient constitué un « garde manger » ambulant. Les représentations de bovins apparaissent avec des traits suffisamment distincts pour que plusieurs types qui se côtoient, puissent être identifiés. Au Fezzan, A. et A.M. Van Albada en distinguent quatre qui pourraient correspondre à quatre espèces. Outre Pelorovis au port de cornes très caractéristique, un animal lourd, aux cornes puissantes ramenées en pince sur le front serait Bos primigenius. Syncerus caffer serait caractérisé par son attitude tête relevée et cornes rejetées vers l’arrière. Un quatrième type est le bœuf domestique, volontiers représenté en troupeaux. Ses représentations sont dominées par deux formes : un animal haut sur pattes, aux cornes bien développées, souvent lyrées, a été dit Bos africanus, l’autre à cornes courtes dit Bos brachyceros, pose problème, l’unanimité des paléontologues ne se faisant pas sur une synonymie avec Bos taurus ; au nord du Sahara, où il porte volontiers le nom de Bos ibericus1, certains l’assimilent à Bos taurus, d’autres y voient deux espèces indépendantes. Face à cet imbroglio, on peut regretter que les propos d’A. Muzzolini, non conformes aux travaux menés par les paléontologues, ne soient accompagnés d’aucun tableau de mensurations qui pourraient étayer les révisions de nomenclature qu’il a proposées. Les ovi-caprinés Les restes osseux ne permettent pas toujours de distinguer les ovins des caprins, d’où l’expression courante d’ovi-caprinés pour les désigner. Les premiers indices d’élevage d’ovi-caprinés se rencontrent aux 10ème-9ème millénaires au Proche-Orient ; les plus anciens seraient connus à Shanidar en Iraq aux 10ème9ème millénaires. Ils sont présents en Iran à Ali Kosh au 8ème millénaire, en Turquie au 7ème millénaire ; ils ont été introduits en Corse au milieu du 7ème millénaire. Ils pourraient être bien plus anciens en Andalousie où on les trouve dès le 10ème millénaire, mais, d’après certains auteurs, avec une taille qui serait trop importante pour un animal domestique. Ils ont été reconnus dans le Néolithique moyen d’El Nabta daté de 7800 à 6300 B.P. (6600 à 5200 av. J.-C.) par A. Gautier. Ils ont été retrouvés à l’aube du 6ème millénaire sur les bords de la Mer rouge, vers 6800 B.P. (5700 av. J.-C.), dans l’oasis de Dakhla, entre 6800 et 6400 B.P. (5700 et 5400 av. J.-C.), dans celle de Farafra, à Nabta Playa, à 6600 B.P. (5600 av. J.-C.). Ils seraient présents au 6ème millénaire à Uan 1 .- B. ibericus serait connu dès l’Acheuléen.

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Sahara préhistorique Muhuggiag . Leur présence n’a pas été constatée dans la vallée du Nil, ce qui est attribué au mode de vie des populations du fleuve. Le mouton est fréquent dans l’art de l’Atlas saharien, il est volontiers mis en parallèle avec Pelorovis, lequel appartient à l’étage le plus ancien des gravures, et l’on ne saurait dire formellement si ses représentations sont ou non domestiques. Toutes les représentations anciennes1 traduisent Ovis longipes, espèce ou sous-espèce à poils qui, pour certains auteurs, serait africaine. Ceci suggère une introduction par le sud ; or l’on attribue habituellement une origine asiatique au mouton que certains spécialistes introduisent dans le Tell avec le Néolithique cardial. L’espèce actuelle, Ovis africanus, a été identifiée par A. Pomel dans la grotte du Grand Rocher sur le littoral algérois, mais sa position stratigraphique, son âge, y restent des plus incertains2. En l’état des connaissances, l’élevage des moutons s’épanouirait aux 5ème4ème millénaires ; on les rencontre alors un peu partout. L. Wengler fait état de pasteurs nomades, éleveurs d’ovicapridés, dont les terrains de parcours occupaient les monts d’Oudja et les Hauts Plateaux, C. Roubet de semi-nomades éleveurs de moutons et de chèvres dans l’Aurès. Néanmoins, on n’a guère progressé depuis 1984 où H. Lhote écrivait « les données établissant que le mouton avait été domestiqué en Afrique du Nord entre 6000 et 5000 av. J.C. sont donc très incertaines et les questions relatives à la domestication des espèces sauvages demeurent en suspend »3. Après avoir supposé deux centres de domestication de la chèvre au MoyenOrient, les données actuelles n’en localisent qu’un dans l’est de l’Anatolie et le nord-ouest de l’Iran. La présence de chèvres domestiquées est attestée en Iran, à Ganj Dareh, dans des niveaux datés de 9250 à 8750 B.P. (8500 à 7900 av. J.-C.), en Anatolie, à Cayönü vers 9000 B.P. (8250 av. J.-C.) où la diminution de leur taille est nette. Comme le mouton, les chèvres sont figurées dans l’art rupestre saharien en particulier dans les peintures du Tassili n’Ajjer, de l’Akakus et du Djado. Leurs représentations sont fréquentes dans la région d’Iherir. Si H. Lhote en reconnaissait dans un niveau antérieur aux peintures bovidiennes à Tin Rhardès, d’autres, comme celles de l’enneri Domo dans le Djado, n’interviennent que postérieurement aux plus anciens bovins peints de la région. Leurs ossements sont présents vers 5600 av. J.-C. dans diverses oasis du Sahara égyptien. Elles viendraient des rives de la Mer rouge ; F. Hassan rapporte leur introduction en Egypte, à l’aride mi-holocène. Les données de Tin Hanakaten posent problème : leurs excréments seraient nombreux dans les niveaux datés du 9ème millénaire, si les identifications faites par de vieux Touaregs sont exactes4. Au nord du Sahara, dans le gisement néolithique (non daté) du Grand Rocher près d’Alger, une chèvre a été identifiée parallèlement au mouton. A. Pomel l’a 1 .- Anciennement, il a été fait état d’une représentation d’Ovis ammon à Akmimane, dans l’Atlas saharien. 2 .- On admet aujourd’hui trois vagues de peuplement des ovins : la plus ancienne, Ovis longipes, mouton sans laine, bien connu par les gravures de l’Atlas saharien a disparu du Nord de l’Afrique, serait-elle à l’origine de la race sidaoun, à poils, que l’on trouve en zone saharienne ?, la seconde, le mouton barbarin, a disparu sauf une espèce (?) à queue très longue qui subsiste au Maroc et une autre à grosse queue qui se trouve en Tunisie et Algérie orientale, la troisième est le mouton actuel avec ses diverses variétés souvent dites races (daman, hamra, ouled Djellal, rembi...). 3 .- p. 225. 4.- De vieux Touaregs les ont formellement distingués de ceux de mouflons.

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L’économie néolithique nommée Capra promaza et la voyait comme souche de la chèvre kabyle, petite chèvre à longs poils, à petites cornes plates très divergentes. Mais on admet généralement que, dans le Tell maghrébin, la chèvre, comme le mouton, aurait été introduite avec le Néolithique cardial1 ; sa présence y est affirmée au 6ème millénaire. Cela paraît conforme aux données actuelles de la génétique qui indique une seule lignée paternelle pour les chèvres du pourtour méditerranéen y compris le Maghreb ; elle implique néanmoins des lignées maternelles diverses. Les Canidés Jusqu’à ces dernières années, on faisait remonter la domestication du chien aux 12ème-11ème millénaires, des essais de domestication du loup étant connus à Oberkassel en Rhénanie vers 14 000 B.P. (14 800 av. J.-C.) et le chien étant présent en Espagne durant le Mésolithique. Des restes ont été retrouvés à Palagawa en Irak vers 10 000 B.P. (9 500 av. J.-C.) et à Aïn Pallaha dans le Natoufien de Palestine à la même époque. Sa présence dans des sites datés de près de 32 000 en Belgique, 33 000 en Sibérie appellent une domestication bien plus ancienne2. S’il est bien avéré qu’il descende du loup, la question d’une origine autre, le chacal, qui a pu être posée, n’a pas de réponse. Dans la vallée du Nil, il pourrait être présent à Shaheinab ; il l’est à El Omari et El Kadada. Ailleurs, ses restes les mieux connus viennent du Néolithique de tradition capsienne où, au Khanguet Si Mohamed Tahar, ils sont rapportés à un chien berger qui serait proche du chien égyptien d’Hawara. Dans l’art rupestre, le chien intervient dans les gravures bubalines de l’Atlas saharien, avec un chien à queue en trompette attaquant Pelorovis ; d’après G. Camps, il pourrait être autochtone. Un lévrier représenté dans les gravures du Sud-oranais est difficile à dater. Le chien existe peut-être dans l’art des Têtes rondes. Il est souvent figuré dans l’art bovidien. A Sefar, un chien ressemblant fortement à un lévrier est associé à un chasseur à l’arc ; les lévriers sont connus en Egypte, à Summer, au Turkestan avant 4 200 B.P. (2 800 av. J.-C.), mais les avis sont très partagés quant à leur foyer de domestication. Au Sahara central, ils sont peints en meute dans des scènes de chasse au mouflon d’époque caballine et cameline, ce qui suggère leur fréquence. Le basenji, race dont a pu s’enorgueillir l’Egypte ancienne, est représenté par une peinture bovidienne de Tikediwine au Tassili n’Ajjer3. A l’heure où l’on voyait le foyer du basenji au Congo, certains auteurs en ont fait l’ancêtre du tesem égyptien, d’autres le descendant ; aujourd’hui, il est vu comme ancêtre des terriers. Les Equidés En Egypte, l’âne, souvent représenté chassé sous Ramsès III (1200-1168 av. J.-C.), est peint dans des tombes de la Vème dynastie (2500-2350 av. J.C.) et trois squelettes d’ânes qui seraient domestiques ont été retrouvés dans des tombes datées de 4500-4000 av. J.-C. Il est probablement domestiqué avant 1 .- Il est difficile de retenir la position de A. Muzzolini pour qui leur présence au Sahara ne saurait être antérieure au milieu du 5ème millénaire ; l’âge qu’il leur assigne, situé entre le début du 4ème et celui du 2ème millénaire, ne reposant que sur une étude comparative de leurs cornages et de ceux des ovins de la vallée du Nil. 2 .- Une étude génétique récente propose 27 000 au moins pour la divergence loup chien. 3 .- Actuellement, il semblerait se retrouver, abâtardi, au Tassili n Ajjer.

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Sahara préhistorique 5500 B.P. (4300 av. J.-C.), car il est connu en Haute Egypte, dans l’Amratien, associé à des animaux domestiques. Sauvage, il figure dans les sites préhistoriques sous deux formes : Equus africanus le plus répandu et Equus asinus major reconnu il y a peu dans l’Epipaléolithique de Columnata et dont on ignore encore la dispersion. Il est connu dans le Néolithique marocain, à Dar es Soltan et dans les grottes tingitanes, sans que son statut soit précisé. Il est figuré dans l’art rupestre : dans l’Atlas saharien, il est présent dans les gravures anciennes du djebel Ammour et des environs de Djelfa-Laghouat. Au Tassili n’Ajjer, une peinture qui appartient à la période bovidienne, le représente monté, une autre dépecé. Pour G. Camps, certaines représentations qui lui sont traditionnellement attribuées pourraient être celles d’Equus mauritanicus. L’analyse phyllogénétique révèle une origine exclusivement africaine pour l’âne domestique, le Nord-Est de l’Afrique pourrait être un foyer de sa domestication à partir d’Equus africanus, pour B. Barich ce pourrait être la Libye, en raison de son abondance au Jebel Gharbi, au début de l’Holocène. Le cheval paraît domestiqué tardivement bien que des représentations en ligne d’équidés aux oreilles courtes suggèrent qu’un intérêt particulier ait pu lui

Fig. 2 – Comparaison des âges et génotypes des chevaux. Le nombre de mutations entre le génotype D, qui est celui du groupe barbe, et la souche (génotype primitif A6 dit génotype-mère) permet de rapporter à quelque 500 000 ans, le moment de sa séparation. La génétique en fait ainsi le groupe de chevaux le plus ancien (d'après Oelke).

être porté par les populations têtes rondes. Les origines de sa domestication sont obscures. Un temps, on a admis un foyer en Ukraine au 4ème millénaire1. Pour V. Eiseman, les traces les plus sûres sont des chariots inhumés dans les steppes de l’Oural il y a environ 4 000 ans ; les preuves de domestication qui abondent 500 ans plus tard, en Grèce, au Moyen-Orient, en égypte l’amènent à conclure à une rapide exportation de chevaux domestiqués et des techniques de domestication à partir d’un point unique vers diverses régions où ils furent ensuite croisés avec des chevaux sauvages locaux. A. Outram s’appuie sur l’identification de lait de jument dans des poteries de la culture Botaï datées de 3500 av. J.-C. pour situer le foyer de domestication dans les steppes au nord du Kazakhstan. L’étude des restes de chevaux y a montré par ailleurs une morphologie semblable à 1 .- De nombreux restes de chevaux ont été trouvés dans le site de Dereivka daté de 3500 av. J.C. L’un d’eux dont les os présentaient des modifications par rapport aux formes sauvages, était associé à un mors de bois de cerf, ce qui avait conduit à cette proposition. Mais des datations directes de ces ossements ont situé la mort entre 700 et 100 av. J.-C. ; les fouilleurs n’auraient pas vu la fosse creusée dans le gisement où l’animal avait été enterré. Quant aux autres chevaux trouvés dans le site, rien n’affirme leur domestication hors leur petite taille 135 cm et une proportion de quinze mâles pour deux femelles, choix peu compatible avec la chasse où les femelles, adultes ou âgées, sont aussi tuées.

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L’économie néolithique celle des chevaux domestiques de l’âge du Bronze et des chevaux modernes de Mongolie. Dès l883, s’appuyant sur des données linguistiques et des écrits anciens, C.-A. Pietrement, voyait le berceau de cette domestication en Asie. Sa thèse, longtemps admise sans restriction, proposait la domestication d’un cheval à front bombé par les Mongols, d’un autre à front plat par les Aryens. Les premières migrations des Aryens vers le Nord de l’Inde auraient rencontré le cheval mongol. Vers le 3ème millénaire, les deux races se seraient répandues, ainsi sans doute que le produit de leurs croisements. Domestiqué, le cheval connaît une vaste distribution : il est présent en Mésopotamie et dans le Golfe persique, il est peut-être évoqué par des textes sumériens. Il existerait aussi en Espagne où ses restes auraient été retrouvés à la Cueva de la Carigüela. Sous l’empereur chinois Yu (2205 à 2l96 av. J.-C.), il figure dans un écrit qui fait état de chars de guerre attelés à quatre chevaux de front, et qui est la plus ancienne mention de chevaux que l’on connaisse actuellement. Elle est confirmée par une autre datant de l’empire de Ki (2l97 à 2l87 av. J.-C.). Des travaux de génétique apportent un nouvel éclairage à la question. Contrairement à ce qui fut longtemps proposé, ils excluent le cheval de Prjewalski comme lointain ancêtre des chevaux actuels, lesquels pourraient dériver du tarpan. La variabilité des chevaux domestiques appelant 77 juments de base, la question de croisement avec des juments sauvages de diverses régions ou celle de plusieurs lieux où les hommes eurent l’idée d’élever un cheval local peut se poser. Ces données rendent plausible l’existence d’un foyer de domestication au Maghreb, question ouverte par la découverte d’Equus algericus1. De là pourrait être issu le cheval barbe que sa carte génétique distingue nettement des autres races (fig. 2) hormis le cheval espagnol et le mustang dont on sait par ailleurs qu’il figure dans leur souche. Les Camelidés La présence de chameau sauvage (Camelus dromedarius) dans le Nord de l’Afrique est une question très controversée. Pour certains auteurs, il aurait disparu au cours du Paléolithique supérieur, puis aurait été réintroduit. Cependant J. Bouchud l’a identifié entre 8500 et 6500 B.P. (7600 et 5500 av. J.-C.) dans le Capsien supérieur de Medjez II ; il existerait également au Khanguet el Mouhaâd. Au Maroc, il a été trouvé dans les niveaux néolithiques d’El Heriga datés de 4600 ± 60 B.P. (Gif 6186) (3500-3120 av. J.-C.). En Egypte où on le connaît chassé sur des bas-reliefs, ses traces les plus anciennes proviennent d’une tombe qui remonte à 3200 av. J.-C. ; une figurine datée de 1300-1200 av. J.-C. qui le représente portant des jarres d’eau impliquerait, pour F. Pétrie, qu’il soit alors assez commun pour être dévolu à cette tâche. A Chypre, il est présent dès le 3ème millénaire. Deux dates sont proposées pour son introduction au Sahara : le 3ème siècle av. J.-C. pour les uns, les 1er-2ème siècles ap. J.-C. pour d’autres. Cette présence tardive en zone saharienne ne cesse de surprendre d’autant que son élevage est avéré en Tripolitaine aux 5ème-4ème siècles av. J.-C. Cependant en 46 av. J.-C., Jules César ne s’empare que de 22 chameaux appartenant à Juba. 1 .- L’argument essentiel sur lequel s’appuyait l’hypothèse de l’introduction d’un cheval déjà domestiqué, au Maghreb, était l’absence de cheval sauvage, absence infirmée par la découverte d’Equus algericus.

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Sahara préhistorique Actuellement le Sahara central dispose de deux variétés de chameaux domestiques. L’un dit autochtone offre des traits de résistance au froid, de frugalité qui le distinguent du chameau dit arabe, lequel est, de loin, le plus répandu. Le premier possèderait des traits mandibulaires archaïques, une tête plus allongée, un volume endocrânien plus grand, des membres postérieurs moins hauts, des canons plus longs, une bosse déportée plus en arrière et il porterait volontiers une robe pie. Pour certains auteurs, l’ensemble de ces caractères tendrait à supposer des souches différentes, pour d’autres des adaptations. Autres animaux Des tentatives de domestication de la girafe sont parfois proposées en s’appuyant sur diverses représentations rupestres, girafe tenue en longe à In Djeran (Tadrart), Kharga, Dabous (Aïr), attelée à un char à Immesseridjen (Tassili n’Ajjer), scène qui a pu être interprétée comme une scène pastiche. De même la représentation en ligne des antilopes, au même titre que les humains, ne peut que leur assurer un statut particulier. Des indices d’appropriation du mouflon, Ammotragus lervia, animal réputé très sauvage, ont été identifiés au Tibesti, dans l’Akakus, au Tassili n’Ajjer, en Tadrart1. Les signes qui en avaient été vus dans une représentation de mouflon entravé et muni d’une longe à Gira-Gira ou une scène de capture de femelle gravide à Tin Tazarift et dans ses représentations en frise, ont trouvé confirmation dans l’Akakus. A Uan Afuda, au fond d’un abri occupé par les hommes, existent des traces de stabulation de ces animaux et des restes de foin montrant qu’ils recevaient une nourriture de l’homme. Pour S. di Lernia, la présence de plantes toxiques dans cette nourriture montrerait que cet élevage était fait en vue de pratiques cérémonielles et non alimentaires. Les représentations d’éléphants dont on connaît pourtant l’utilisation à l’époque carthaginoise, ne traduisent aucune trace d’appropriation. Le porc qui serait domestiqué vers 9200 B.P. (8400 av. J.-C.) à Cayönü en Anatolie, n’est connu que dans le delta du Nil et ne se retrouve qu’au 6ème millénaire, dans le Néolithique cardial. Des oies, poules, canards domestiqués en Europe à l’Age du fer, aucun n’a laissé de traces ici, sauf les oies dans l’Abkien.

Apparition et développement de l’agriculture Tout comme la faune, la flore va subir d’importantes mutations avec l’agriculture et, de la même manière, un stade intermédiaire entre la cueillette de plantes sauvages et celle de plantes cultivées faisant l’objet d’une préparation du sol, de semailles, a existé. C’est le moment où en intervenant sur la végétation, l’homme commence à favoriser le développement de certaines espèces aux dépens de celles qui l’entourent. Les plus anciens témoins viennent de l’oasis égyptienne de Nabta Playa et de la péninsule tingitane ; au Néolithique moyen, leur développement est bien attesté dans le delta du Nil et la vallée. Au Tassili n’Ajjer, dans l’Akakus, c’est peut-être par l’art que l’on accède à leurs débuts : la phase III de l’art Têtes rondes voit se généraliser les représentations de meules, apparaître des végétaux, éléments rares dans l’art saharien et péri-saharien. 1 .- cf chap. IV.

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L’économie néolithique A l’inverse de ce que l’on pense souvent, la cueillette de végétaux ne demande pas beaucoup de temps, ni d’effort. Les travaux sur les populations de cueilleurs actuels montrent que contrairement à des idées reçues, ces populations dépensent peu de temps dans les activités de subsistance, l’équivalent de deux jours et demi par semaine chez les Boshimans. Le remarquable ouvrage de Harlan, de Wet et Stemler (1992) consacré à l’origine des plantes cultivées, souligne « qu’au cours du millénaire précédant l’apparition de l’agriculture, la majorité des hommes étaient plus cueilleurs que chasseurs et que l’alimentation végétale dominait largement »1. Il rappelle que le système chasse-cueillette est stable, que les catastrophes naturelles ont peu de prise sur lui et pose la question : pourquoi cultiver ? L’archéologie livre quelques témoins botaniques d’agriculture, mais ce sont surtout des témoins indirects, associés, qui permettent de la supposer. L’incidence du travail de la terre est en effet particulièrement marquée dans l’outillage. Toutefois, si les boules de pierre perforées peuvent lester un foret, elles peuvent aussi servir pour la cueillette ou la destruction des terriers d’animaux qui font des réserves de graines ; les faucilles, le lustre des moissons peuvent traduire la coupe de graminées sauvages, les meules et molettes peuvent être utilisées au broyage de pigments ou de graines sauvages. Seuls, peut-être, les pics pourraient être plus significatifs. Pour P. Huard et al, des pièces allongées, de profil généralement convexe et section ovoïde à extrémité amincie, souvent spatulée, auraient servi au travail de la terre. Ils sont façonnés dans des grès tendres, inaptes à l’attaque de la roche ou du bois et sont volontiers associés à de nombreux broyeurs et meules. Ils sont mentionnés de la région d’Ounianga (Borkou oriental) à celle de Fada (Ennedi occidental), sans précision chronologique. Dans le massif de Termit, un gros outillage en grès tendre, interprété comme instruments à remuer le sol par G. Quechon, rapporte au 9ème millénaire une possible activité agraire. Quant à l’irrigation, les premières pratiques en sont affirmées en Egypte, au Gerzéen. L’art ne figure que rarement des représentations pouvant traduire l’agriculture. A Ksar el Ahmar, G. Camps propose de lire une houe dans l’instrument brandi par le personnage ; elle serait proche de la daba africaine et de la petite houe kabyle. A Oued el Hallaïl, un personnage pourrait porter sur le dos une pioche. A Azib n’Ikkis figurerait une scène de labour. Les scènes de coït traduiraient une magie sympathique pour assurer la fertilité ; pour G. Camps, les sociétés porteuses de ces mythes seraient celles qui ont inventé l’agriculture. Les céréales La dimension des grains de pollen est l’une des bases de l’identification des céréales cultivées. On distingue trois types : céréales type I dont le diamètre est inférieur à 50 µm qui sont les céréales sauvages, céréales type II dont le diamètre est compris entre 50 et 60 µm qui traduisent un mélange de plantes sauvages et domestiques, céréales type III dont le diamètre est supérieur à 60 µm et qui sont cultivées. 1 .- p. 9.

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Sahara préhistorique Les principales espèces domestiques sont en premier lieu l’orge, Hordeum, qui se rencontre dans la région d’Esna dès le Paléolithique final sous une forme différant légèrement de la forme sauvage1. Sa culture est pratiquée vers 70006500 B.P. (5900-5500 av. J.-C.) dans le Tasien de la vallée du Nil. On en connaît plusieurs espèces Hordeum vulgare, H. hexalichum et H. distichum. Au Maroc, la question d’un centre de domestication d’Hordeum spontaneum a pu être posée. Les plus anciens témoins de blés domestiques viendraient des oasis sudégyptiennes ; F. Wendorf a trouvé le blé amidonnier, Triticum dicoccum, à Nabta Playa, dans des niveaux datés de 7700 à 6200 B.P. (6600 à 5100 av. J.-C.)2. Il accompagne l’orge dans le Tasien. Des grains calcinés ont été découverts au Fayum, dans des niveaux datés de 5410 ± 110 à 4820 ± 100 B.P. (4350-4050 à 3710-3380 av. J.-C.). Plusieurs variétés, blés durs T. aestivum et T. durum, amidonnier T. dicoccum, engrain T. monococcum, ont été identifiés à Kaf Taht el Ghar, dans des dépôts de Néolithique cardial et un grain a été lui-même daté de 6350 ± 85 B.P. (Ly-971 0XA) (5477-5078 av. J.-C.)3. Dans le Bas-Sahara, le blé aurait été introduit à une époque ancienne : une longue histoire en isolat est inscrite dans son polymorphisme et ses potentialités génétiques, son origine étrangère est confirmée par l’absence de prédateurs endémiques, mais on ne dispose d’aucun élément pour préciser le moment et la source de cette introduction. Sous l’appellation « millet », on regroupe Pennisetum typhoides, P. glaucum (americanum) qui proviendraient d’une vaste bande de savane allant du Sénégal au Soudan4 et Panicum miliaceum, Panicum miliare, Echinochloa, Paspalum scrobiculatum, Eleusina coracana le millet africain qui, d’après Harlan et al, seraient originaire de l’aire Ethiopie-Ouganda. La culture du mil se contente de 275 mm d’eau. Les généticiens ont montré que les mils cultivés de l’Inde sont issus de ceux d’Afrique ; ils s’y seraient répandus en fin de 3ème millénaire, ce qui impliquerait leur culture antérieurement, probablement dans la zone sud-saharienne. Des empreintes de mil cultivé ont été observées dans les poteries des dhars Tichitt-Walata datées du 3ème millénaire. Des empreintes de millets ont été identifiées dans celles de Kadero qui datent du 4ème millénaire, mais leur statut domestique reste incertain. A Amekni, les deux pollens retrouvés dans des dépôts pouvant dater du 7ème millénaire ont d’abord été dits trop gros pour appartenir à une espèce sauvage, c’est néanmoins cette appartenance qui leur est le plus souvent attribuée aujourd’hui. Le sorgho, Sorghum vulgare et S. bicolor, qui proviendrait de la zone lac Tchad-Soudan central, aurait été domestiqué dans la région du Nil soudanais vers 7000 B.P. (5900 av. J.-C.), sinon plus tôt5. Des empreintes de sorghos accompagnent celles de millet dans les poteries de Kadero. Toutefois, il semblerait 1 .- A 7800 av. J.-C., une forme domestique se retrouve sur une aire vaste du Moyen-Orient. 2 .- De même que l’engrain, il est connu sous forme probablement cultivée entre 8400 et 8300 av. J.-C., dans le Nord du Levant. 3 .- On ne peut retenir une présence dans le niveau dit épipaléolithique par J. Linstadter, les datations montrant qu’il s’agit d’une intrusion. 4 .- L’aire actuelle de répartition du mil sauvage comprend, à l’ouest, la Mauritanie méridionale, à l’est, le Darfur et le bassin du Tchad et au centre, l’ensemble des bassins du Tilemsi et de l’Azawagh (au sens très large, c’est-àdire comprenant l’Adrar des Ifoghas et l’Aïr). 5.- D’après Ar. Leroi-Gourhan, Dictionnaire de la préhistoire, sa culture aurait gagné la Péninsule arabique entre 5000 et 4500 B.P. (3800 et 3200 av. J.-C.), puis l’Inde vers 4000 B.P. (2500 av. J.-C.).

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L’économie néolithique que les modifications génétiques n’interviennent pas lorsque la récolte du sorgho se fait par égrenage, elles n’apparaîtraient que lorsque la cueillette est faite en coupant les tiges, ce qui complique l’identification de sa culture. Autres plantes Les céréales ne sont pas les seules plantes dont la culture a été tentée dès l’Holocène moyen, voire plus tôt. Dans la vallée du Nil, des fèves, des pois, du lin sont datés de 5700 et 5300 B.P. (5800 et 4100 av. J.-C.), des lentilles de 4730 ± 60 B.P. (Beta2804) (3630-3380 av. J.-C). Au Fayum, il est fait état de sarrasin, ainsi que d’un petit palmier dattier, Phœnix reclitana qui auraient pu être cultivés. Au Maroc, dans le Néolithique cardial de Kaf Taht el Ghar, la présence de gesse ocre Lathyrus v. ochrus accompagnant les blés, celle de fèves Vicia cf faba dans les niveaux anciens, de mâche, Valerianella, dans les niveaux récents, indique leur consommation, sans qu’aucun élément autre permette de percevoir leur culture.

Le Néolithique, une transformation de la culture matérielle Le Néolithique est surtout accessible au travers d’éléments de sa culture matérielle qui se conservent aisément. Nommé « âge de la pierre polie » par J. Lubbock en 1865, longtemps, la présence de cette technique a suffi pour le qualifier et l’opposer aux ensembles industriels du Paléolithique dit « âge de la pierre taillée ». Ces outils sous-entendaient en effet de nouvelles pratiques. Le polissage augmente la solidité de l’outil et le tranchant est facile à réaffuter par frottement. Les haches sont souvent vues comme des éléments de travail du bois, de défrichage. Les herminettes seraient des houes et sont fréquemment associées au travail de la terre. Les meules et molettes rapportent l’écrasement de plantes, la fabrication de farine, elles suggèrent un développement des Graminées. En étant interprétées comme pierres d’entrave -ce qui paraît confirmé par une représentation rupestre-, quelques pièces baroques, les pierres de Ben Barour1, interviennent comme éléments de domination de l’homme sur l’animal, bien qu’on ignore leur âge et leur appartenance culturelle. Au Sahara et ses abords, tant au nord qu’au sud, cette opposition pierre polie-pierre taillée a toujours paru délicate à utiliser. La pierre polie est rare, peutêtre parce que les haches et herminettes ont pu être réutilisées jusqu’à l’époque actuelle. L’appellation « matériel de broyage » donné aux meules et molettes qu’en d’autres lieux on n’hésite pas à qualifier de « matériel de meunerie », est significative, ces pièces pouvant aussi bien être liées à l’écrasement de plantes sauvages qu’à celui de plantes domestiques ou de n’importe quelle substance, comme des colorants dont ne subsisterait aucune trace. Leur seule présence ne peut donc suffire à traduire une agriculture.

Les transformations de l’industrie lithique D’une manière générale, les outils deviennent plus volumineux qu’aux périodes antérieures et, bien souvent, l’éclat retrouve une place prédominante. 1.- Cf p. 96.

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Sahara préhistorique L’éventail des types devient plus vaste. Les uns comme les pièces à coches, les racloirs, se multiplient, se diversifient, de nouveaux interviennent comme les têtes de flèche qui rapportent l’emploi d’un nouvel instrument, l’arc. Entre l’outillage lithique du Paléolithique et celui du Néolithique se place volontiers une différence majeure de conception qui marque une véritable rupture. A un outillage très stéréotypé, se substituent des outils d’une variabilité si grande qu’ils remettent en jeu jusqu’aux méthodes d’études. Au cours du Paléolithique final et de l’Epipaléolithique, en effet, les outils reproduisent soigneusement un modèle qui n’admet que des variantes infimes, puis vient un moment où le nouveau produit offre une réelle distance par rapport au modèle ; tout se passe comme si ce dernier avait disparu ou était devenu inutile, comme si sa reproduction pouvait se satisfaire d’approximation. Le travail de la pierre peut alors paraître sommaire car il se limite souvent à quelques retouches, mais qui sont essentielles. Cette dégradation technique n’est qu’apparente comme en témoignent les ensembles industriels qui comportent auprès de tels objets, des pièces, essentiellement des armes, soigneusement façonnées pouvant faire de la pierre une véritable joaillerie et ceci même dans des matériaux peu aptes à la taille comme les roches grenues. Non seulement ces éléments soulignent une grande dextérité des ouvriers, mais ils traduisent une attitude nouvelle, un changement fondamental de la mentalité en modifiant le concept de l’outil qui, perdant peut-être une charge magique, devient un simple « instrument », se distinguant de l’arme, instrument susceptible de retirer la vie. Ce changement est des plus marqué dans certaines régions où le Néolithique s’est développé à partir d’une phase épipaléolithique dont l’outillage très modélisé fait place à des outils aux formes ne reproduisant qu’approximativement le type. A l’inverse, ces différences de conception n’apparaissent pas dans l’outillage osseux qui multiplie simplement les types d’outils. Un tel changement dans l’outillage lithique est chargé d’une signification forte qui peut être entendue comme un fait de néolithisation.

Transformation de la manière d'acquérir la nourriture par la mise en œuvre de l'agriculture et de l'élevage, le Néolithique se traduit aussi par une modification de la culture matérielle. Il voit l'intervention d'une arme nouvelle, l'arc. Mais la simple présence de meules et molettes qui est parfois entendue comme un signe d'appartenance au Néolithique n'a jamais paru suffisante en Afrique où on a toujours hésité devant ce seul critère car ces objets peuvent se retrouver en nombre dans certaines cultures vues comme épipaléolithiques ; à l'inverse, on accorde un statut particulier à la poterie d'autant qu'au même titre que l'élevage ou la culture, sa fabrication traduit l'emprise de l'homme sur son environnement et, de même, son utilisation exprime un nouveau mode de nutrition. 34

L’économie néolithique

La fabrication de récipients en terre cuite Elément nouveau à forte portée évolutive, la vaisselle en terre cuite est ici un marqueur des plus pertinents ; tout autant que l’élevage ou la culture, elle témoigne de l’emprise de l’homme sur son environnement. La poterie n’est plus, en effet, seulement une transformation de la matière, elle devient un nouveau matériau, une production aussi complexe que l’animal ou la plante domestique ; un état d’esprit novateur est nécessaire à une telle démarche. En permettant une nourriture différente, plus variée, la poterie donne une dimension nouvelle à la vie. Elle est connue en divers lieux à la même époque. Figurée dans la phase III des peintures têtes rondes du Tassili n’Ajjer, et peut-être dès sa phase II1, elle figure dans des sites datés entre 10000 et 9000 B.P. (9090 et 8250 av. J.-C. au Sahara central2, 9990-8290 av. J.-C. au Sahara oriental3. En marge méridionale du Sahara, à Ounjougou au Mali, elle a été identifiée dans un dépôt remanié antérieur à 9300 av. J.-C.4 par E. Huysecom. Il est difficile d’admettre, à l’éclairage des connaissances actuelles particulièrement bien matérialisées par des figurines en terre cuite retrouvées dès le 20ème millénaire ou des soles de foyer calcinées qui s’échelonnent dans le temps, que l’homme n’ait pas perçu les propriétés de l’argile, qu’il n’ait pas connu, bien avant, son indéformabilité après passage au feu. Longtemps, il n’a pas utilisé cette connaissance pour un usage domestique. Pourquoi ? Sa mise en œuvre délicate pour la fabrication de récipients conduit à penser qu’il fallut un motif impérieux ou nouveau pour les façonner. Huysecom et al le voient dans le développement des prairies tropicales à la transition Pléistocène-Holocène ; la poterie y répond au besoin qui vient de naître, stocker et cuire les céréales sauvages qui foisonnent. Les auteurs rejoignent ainsi G. Camps, et à sa suite divers autres auteurs, pour qui une des supériorités de la poterie5 sur les autres contenants susceptibles d’aller au feu est de supporter longtemps une forte chaleur, ce qui l’avait conduit à évoquer à ce sujet une nouvelle cuisine, la prise en compte d’aliments à cuisson lente, la préparation du bouilli qui permet d’introduire dans l’alimentation la consommation de céréales cuites, beaucoup plus digestes. Des diverses hypothèses émises quant à son foyer d’invention, Sahara 1 .- Cf p. 406. 2.- Adrar Bous 10 : 10500±730 B.P. (9250-7790 av. J.-C.) (BDX1088) TL ; Tagalagal : 10180±780 B.P. (8980-7420 av. J.-C.) (BDX) TL ; 9820±780 B.P. (8620-7060 av. J.-C.) (BDX) TL ; elle est antérieure à l’épisode aride 93009100 B.P. (8600-8560 av. J.-C.) à Tin Hanakaten ; Tagalagal : 9370±130 B.P. (9090–8340 av. J.-C.) (Orsay) ; 9350 ± 170 B.P. (9090–8300 av. J.-C.) (Gif-1728) à Tamaya Mellet ; 9210±115 B.P. (8550-8290 av. J.-C.) (UW-97) Site Launey ; 9080±70 B.P. (8430-8230 av. J.-C.) à Tin Torha (R-1036) soit un créneau de 9250 TL/9090-7060 TL/8230 av.J.-C. 3 .- 9820 ± 380 B.P. site E-79-8 Bir Kiseiba (9990-8650 av. J.-C.) (SMU858) ; Farafra : 9650±190 B.P. (9250-8750 av. J.-C.) (R1983) ; 9610±150 B.P. (9210-8800 av. J.-C.) (SMU928) ; Wadi el Akhdar : 9400 ± 215 B.P. (90708437 av. J.-C.), 9370±215 B.P. (9110-8300 av. J.-C.) (KN2879) ; Sorourab : 9370±110 B.P. (8790–8450 av. J.-C.) (Har3475) ; 9330 ± 110 B.P. (8740–8340 av. J.-C.) (HAR3476) E-79-8 ; 9220 ± 120 B.P. (8580–8290 av. J.-C.) (SMU-925) Bir Kiseiba site E-80-4. Soit un créneau 9990-8290 av. J.-C. 4 .- Au Japon, les dates très anciennes remontant à près de 20000 B.P. (21700 av. J.-C.) sont contestées, la poterie y reste datée entre 9500 et 9000 B.P. (8800 et 8200 av. J.-C.) et, pour certains, la « Jomon pottery » remonterait à 12-13000 av. J.-C. à Futui Cave. En Iran, elle daterait autour de 9000 B.P. (8250 av. J.-C.), 8300 B.P. (7300 av. J.-C.) à çatal Huyuk en Turquie, 8000 B.P. (6900 av. J.-C.) au Kenya. 5 .- L’autre étant de mettre les réserves plus aisément à l’abri des rongeurs.

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Sahara préhistorique central, Sahara oriental, celle de la bordure Sahara-Sahel trouve une justification à la fois dans une antériorité affirmée et un mobile. Cette consommation qui fait valoir une transformation majeure dans les habitudes alimentaires, a fait de la poterie un des marqueurs essentiels du Néolithique en Afrique saharienne et subsaharienne. Par ses formes, son mode de façonnage et surtout son décor1, son renouvellement fréquent, la rapidité de ses transformations, elle joue un rôle primordial dans l’identification des cultures.

Le Néolithique, une transformation socio-culturelle La mise en place de l’agriculture s’est aussi accompagnée de changements des concepts espace et temps. Le cultivateur doit préparer la terre, semer en périodes propices et attendre plus ou moins longtemps pour récolter ; ce choix et cette attente d’un résultat figent la notion de temps et introduisent la planification. La création du champ modifie le rapport à l’espace en le dissociant de l’environnement, créant la notion de géométrie. Il en est de même de la création d’un habitat fixe. L’homme devient ainsi animateur de son environnement, changement puissamment exprimé par l’art. Et l’art et l’habitat, d’approche plus aisée que les indices de production, deviennent des fondamentaux du changement. Le Néolithique entraîne aussi une démographie plus importante. Il a été calculé que le taux de fécondité qui serait de l’ordre de trois ans dans les sociétés de chasseurs cueilleurs passe à un an dans les sociétés paysannes, malgré un taux de mortalité de 50 %, ces sociétés s’agrandissent rapidement.

Un art en mutation Créateur d’objets, de formes, dont chaque figure transpose une idée, l’art traduit particulièrement bien le changement. A l’art animalier à forte dominance d’individus isolés figurés par des populations de Chasseurs, se substituent des groupes et une omniprésence de l’homme. Celui-ci perd la taille parfois démesurée ou inversement volontiers réduite, que lui octroient les Chasseurs. Ses figurations se chargent de détails. Son association à des animaux est courante et il les domine parfois explicitement. Divers éléments convergent pour mettre en relation des ensembles rupestres et matériels : à l’art bovidien correspondent les industries pastorales (dites « bovidiennes » dans certaines régions), à celui des Têtes rondes, les niveaux archéologiques antérieurs, fraction du Néolithique saharo-soudanais, qui renferment les céramiques les plus anciennes.

Un habitat qui s’adapte Base de la création de la Cité et de l’Etat, la sédentarité est généralement entendue comme un facteur d’évolution et pour cela opposée au nomadisme. En fait, ces deux modes de vie visent à l’exploitation d’un périmètre. Que celui-ci permette au groupe de vivre sur une faible surface et le groupe sera sédentaire, 1 .- L’identification du décor tient donc une place notable dans l’étude du Néolithique saharien et péri-saharien et implique un premier niveau simplement descriptif ayant des définitions précises et un second technologique.

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L’économie néolithique que le milieu soit trop pauvre et exige une vaste surface pour satisfaire ses besoins fondamentaux, et le groupe deviendra nomade. Ainsi, en zone saharienne, le nomadisme traduit même, souvent, un état d’évolution rapportant l’adaptation de l’homme à la détérioration de son environnement.

Pratiquant l'agriculture et l'élevage, l'homme néolithique s'installe dans un écosystème nouveau dont il est maître d'œuvre. Ce changement, qui a été qualifié de « révolution néolithique » par Gordon Childe, s'est fait sur le long terme dans les régions d'invention, brusquement dans les autres. Si un faisceau d'indices, les uns économiques, les autres culturels, permet de saisir ce changement majeur, aucune donnée ne suffit encore à résoudre totalement cette question essentielle : le changement économique a-t-il induit le changement culturel ou, inversement, ce dernier a-t-il engendré le changement économique ? Les propositions de E. Huysecom quant à l'origine de la poterie peuvent-elles y répondre ? Le Néolithique a modifié les écosystèmes, directement par les mises en culture si rudimentaires soient-elles, indirectement en augmentant la pression animale sur le milieu. La mise en culture de terres, le pastoralisme, en effet, ont fait reculer la faune sauvage ; refoulée des zones cultivées, ne trouvant rien dans les pâturages lorsque le bétail les abandonne, elle n'a cessé de voir ses territoires se restreindre. Le Néolithique est aussi un changement profond dans la pensée, bien traduit dans l'art où l'homme joue alors un rôle central. Il pose la question de la portée de l'alimentation dans l'élaboration de la pensée elle-même. A ceux qui voient la néolithisation comme liée à une contrainte, les données actuelles répondent oui. Elle se lit dans les propositions de garde manger ambulant faites par F. Wendorf , les mythes des peuples éleveurs. A ceux qui voient la néolithisation s'installer dans un contexte d'opulence, les données actuelles répondent aussi oui avec la prolifération de Graminées que propose E. Huysecome. L'opposition éleveur agriculteur se dessinerait-elle déjà ? D’autres méthodes d’études Les méthodes d’étude doivent s’adapter à ces changements. La prolifération des racloirs, le développement de la retouche plane, l’introduction de l’arc et des têtes de flèche, des pièces foliacées ajoutent des éléments nouveaux aux objets antérieurs ; beaucoup ne répondant plus à des stéréotypes, il devient parfois délicat de les classer et de caractériser les cultures par la seule structure du sac à outils. Les chaînes opératoires qui se multiplient prennent une importance plus grande dans l’identification des cultures et la notion de fossile directeur re-

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Sahara préhistorique paraît, étant entendu qu’un fossile ne saurait être une pièce unique : il est constitué par plusieurs éléments typiques. L’un d’eux est volontiers le décor de la poterie ou un des motifs qui le constituent, ce rôle souvent fondamental appelle donc une grande précision dans la dénomination (fig 92). Les imprécisions qui le concernent, résultent des fréquentes confusions entre les chaînes opératoires et le résultat final à savoir le motif. Un même motif peut être réalisé par des chaînes différentes, or selon le cas, ce peut être le motif lui-même ou la façon de l’obtenir qui participe du fossile directeur. La technique de décoration la plus courante est l’impression, elle rend en creux la forme de l’objet utilisé et par l’éloignement différent de chaque impression, produira des motifs variés et plus ou moins aérés. Dans le Sahara central et septentrional, un procédé très prisé est l’impression pivotante qui permet de couvrir rapidement une grande surface, dans les régions méridionales, le motif est souvent produit par une roulette. Si le décor s’y maintient en s’amplifiant au fil des temps, se retrouvant jusqu’à l’époque actuelle, dans les régions septentrionales, le décor dans la masse s’est réduit jusqu’à disparaître, faisant place à un décor peint.

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Chapitre III PREMICES A LA NEOLITHISATION LA QUESTION EPIPALEOLITHIQUE Le mot Epipaléolithique apparaît en Afrique du Nord, vers les années cinquante, pour désigner des industries lithiques riches en microlithes de l’Holocène inférieur. Au Maghreb, L. Balout instaura l’usage du terme en nommant ainsi les cultures à outillage léger, à débitage lamellaire, à savoir l’Ibéromaurusien et le Capsien, auxquels on adjoignit plus tard, Columnatien, Kérémien, Kristelien, Mellalien... En 1963, J. Tixier lui donna une large audience en publiant une Typologie de l’Epipaléolithique du Maghreb. Aujourd’hui, le qualificatif lui-même fait de plus en plus problème. Non seulement ce qui fut l’une de ses cultures majeures, l’Ibéromaurusien, prend place durant le Paléolithique supérieur, mais le Capsien par sa position chronologique et ses modes de vie peut apparaître comme un Mésolithique. En zone saharienne, la question de l’existence d’un Epipaléolithique est depuis longtemps une question ouverte. Au Sahara central, ce que certains auteurs proposent comme Epipaléolithique est dit Mésolithique, voire Néolithique, par d’autres. Dès lors, les noyaux culturels qui peuvent être attribués sans discussion à un Epipaléolithique sont peu nombreux, peu étoffés, plutôt dispersés. Les définitions différentes du Néolithique entraînent un véritable imbroglio pour cette période qui, ainsi, est parfois qualifiée d’« Epipaléolithique à poterie ». Pour les raisons mentionnées ci-dessus1, nous ne saurions retenir pareille position qui, de plus, priverait le Sahara de l’essentiel de ses manifestations nouvelles du seul fait que les critères sélectionnés ne s’y conservent qu’exceptionnellement ! A ceux qui répugnent à accorder ce statut malgré les diverses preuves indirectes dont on dispose, nous proposerions d’utiliser le terme « Mésolithique ». Une industrie lithique sur lamelle n’est bien attestée que dans le Nord du Bas-Sahara, l’extrême Sahara occidental, les oasis du Sahara oriental et la vallée du Nil. Ailleurs, l’Epipaléolithique est parfois soupçonné, quelques gisements isolés ayant été retrouvés de-ci de-là. Un site est mentionné dans l’erg el Ouar, à l’extrémité méridionale du Grand Erg Oriental. Dans la région de Béchar (vallée de la Saoura), il a été fait mention d’escargotières renfermant un outillage à microlithes géométriques et microburins. Dans le Sahara central et le Sahara occidental, divers auteurs ont noté dans les plus anciennes industries de l’Holocène, un matériel lithique de petites dimensions, à tendance lamellaire, parfois

1-. Cf

chap. II.

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Fig. 3. Gisements épipaléolithiques cités

Sahara préhistorique

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La question épipaléolithique interprété ainsi. Mais la présence de Capsien au Tidikelt a seulement été proposée, au Tademaït, elle a été remise en cause. Les travaux touchant l’Epipaléolithique sont, pour l’essentiel, anciens et réalisés en dehors de contextes environnementaux : on ne connaît généralement que les caractères des industries ce qui permet d’appréhender le savoir-faire, de définir des cultures et approche peu les modes de vie. La plupart de ces cultures se démarque de celles, paléolithiques, qui les précèdent, en utilisant des armatures -ce qui annonce d’importantes transformations matérielles-, en agrémentant les œufs d’autruche d’un décor qui enveloppe un orifice artificiel -ce qui propose une nouvelle dimension d’expression-. Certains ensembles industriels peuvent présenter un phénomène de miniaturisation non expliqué, diverses pièces atteignant des dimensions de l’ordre du centimètre, parfois même, ultraFig. 3 – Gisements épipaléolithiques mentionnés dans le texte : 1) Tin Torha (Tin Torha Est, Tin Torha Two Caves), Uan Afuda,Tin Hanakaten ; 2) Merdjouma ; 3) Reggan, Aïn Chebli ; 4) Greboun ; 5) Agorass n’Essoui, Lookout Hill (gisement 13 Roset), Sandy Hill (gisement 12 Roset) ; 6) KG15, KG74 ; 7) KG68 ; 8) Catfish Cave ; 9) Dibeira West 1 (=DIW1), DIW3, DIW6, DIW50, DIW51, DIW53 ; 10) Dyke E-72-5 ; 11) Wadi el Akhdar ; 12) Kharga (Abu Sighawäl, Yebsa Passes) ; 13) Dakhla (30/420-D1-1, 264, 300) ; 14) Farafra ; 15) El Kab, Somein Tree Shelder ; 16) Arab es Sabaha ; 17) Helouan ; 18) Qsar el-Sagha (E-29-H1, E 29 G1, Two Sisters (=MB2Sa), S4) ; 19) Sitra-Hatiyet ; 20) El Arag ; 21) Siwa (Hatiyet um el Hiyus), Shiyata ; 22) Gara ; 23) Haua Fteah ; 24) El Hadjar ; 25) El Hassi ; 26) El Haouita-Versant ; 27) Rocher des Pigeons (=Pk 379) ; 28) El Hamel, Zaccar I, Dakhlat es Saâdane ; 29) Aïn Naga ; 30) Ouled Djellal, Oued Mengoub, Rabah, El Mermouta ; 31) Bir oum Ali, El Oghrab, Aïn Oum Henda 1, Mezzouna, Chabet Salah en Arbi, Chabet el Bakrer ; 32) Hergla ; 33) Aïn Kouka ; 34) La Meskiana ; 35) Bou Aïchem (=Crique des pêcheurs) ; 36) Djebel Mekaîdou ; 37) Aïn Fritissa ; 38) Kheneg Kenadsa ; 39) Aïn el Kahla, Cote 1937, Assaka n Haddouhm ; 40) Telouet ; 41) Aïn el Dhobb ; 42) Ouakda, Djenien ; 43) Site 19, TR15 ; 44) Oum Arouaghem ; 45) Telig (=MF8) ; 46) Sebkha el Melah (=MT2) ; 47) Kaf Taht el Ghar ; 48) Marja ; 49) Chaâba Bayda ; 50) Abbiar Miggi ; 51) Oued Guettara ; 52) Cansado, FA38, FA39, FA10 ; 53) Chabet el Houidga (=Saint Trivier) ; 54) Ounjougou ; 55) Erg el Ouar ; 56) Kasserine, Hamlet Boulaaba (=Hamaïne). Cartouches : A - 1) Hassi Mouillah, Les deux œufs ; 2) El Hamraïa (=Site 7207), L’œuf décoré (= Site 7206), Les burins, Les vieux puits (=Site 7205) : 3) L’isthme ; 4) Piste de N’Goussa ; 5) Bordj Mellala II ; 6) El Oued EO5 ; 7) El Oued EO2 ; 8) Chouchet el Hamadi ; 9) Bir el Adal ; 10) MJ3, MJ1 ; 11) Chouchet el Ghour. B - 1) Bir Hamaïria ; 2) Bortal Fakher ; 3) Hamda ; 4) Bou Hamram ; 5) Aïn Zannouch ; 6) El Mekta ; 7) Abri Clariond (=Moularès), Abri 402; 8) Redeyef ; 9) Bir Khanfous ; 10) Aïn Sendes ; 11) Bir Zarif el Ouar ; 12) Aïn Aachena ; 13) El Outed ; 14) Aïn Misteheyia (=Telidjène) ; 15) Relilaï ; 16) Foum Seïd ; 17) El Kifene ; 18) Dra Mta el Ma el Abiod ; 19) Aïn Bahir ; 20) Henchir Hamida ; 21) Aïn Dokkara (=escargotière du Chacal) ; 22) Bekkaria ; 23) Aïn Khanga ; 24) R’fana (=Rafana) ; 25) Khanguet el Mouhaâd ; 26) Aïn Metherchem ; 27) Aïn Rhilane ; 28) Site 51. C - 1) Mac Donald ; 2) Medjez II, Aïn Boucherit, Saint-Arnaud ; 3) Mechta el Arbi ; 4) Koudiat Kifène Lahda ; 5) Saint Donat ; 6) Oued Safia ; 7) Aïn Turk, Aïn Regada ; 8) Kef Fenteria ; 9) Bou Nouara ; 10) Aïoun Berriche (=Site 12) ;11) Faïd Souar. D - 1) Bois des Pins ; 2) Aïn Keda ; 3) La Jumenterie ; 4) Aïn Missoum ; 5) Cubitus (=Torrich I), Aïn Sandouk ; 6) Kef el Kerem ; 7) Aïn Cherita ; 8) Kef Torad ; 9) Columnata ; 10) Fontaine Noire.

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Sahara préhistorique microlithiques, ne mesurant que quelques millimètres1. L’Epipaléolithique voit l’intervention d’une nouvelle technique de travail de la pierre, le débitage par pression ; il est connu dans le Mellalien, le Kérémien, bien développé dans le Capsien supérieur. Au Sahara central Au Sahara central, la plus ancienne mention d’Epipaléolithique est due à P. Fitte qui, en 1947, identifiait non loin de Reggan, une industrie à grattoirs et burins qui fut rattachée au Sébilien par E. Vignard, attribution peu crédible aujourd’hui. En 1971, A. Méry confirmait l’existence d’un faciès épipaléolithique dans cette région ; après avoir retrouvé la station signalée par P. Fitte, il découvrait celle d’Aïn Chebli, partiellement télescopée avec des occupations atérienne2 et néolithique. L’auteur ne donne cependant que peu d’indications à son propos, il souligne simplement, mais fortement, l’absence d’armatures alors qu’elles se retrouvent dans la partie néolithique du site. Certains sites néolithiques de l’Ahaggar ou de ses bordures ont livré à la base de dépôts néolithiques, une industrie de petites dimensions, fruste, à nette tendance lamellaire, taillée dans des roches magmatiques, parfois qualifiée d’épipaléolithique ; dans l’Akakus, une telle industrie a été nommée Early Akakus. J. Desmond Clark rapporte à l’Epipaléolithique une industrie sur lames et lamelles découverte dans l’Aïr, au wadi Greboun. Elle est essentiellement façonnée dans des roches vertes. Les nucléus sont volontiers prismatiques. L’outillage récolté est peu abondant. Dominé par les burins 33 %, il comporte 19 % de lamelles à retouche Ouchtata, retouche de préférence située en partie proximale, et une part notable de pointes d’Ounan 14 % ; les pièces à coches et denticulés voisinent 17 %, les autres types d’outils, racloirs, perçoirs n’atteignent pas 5 %, les bords abattus autres qu’à retouche Ouchtata sont rares, de même les troncatures. Il renferme 1% de pointes de Bou Saada, pièce habituellement peu fréquente. Mais il n’y a ni grattoir, ni microlithe géométrique, ni microburin. La même mission retrouvait un ensemble industriel semblable dans divers sites de l’Adrar Bous : Agorass n’Essoui, Look out Hill, Sandy Hill ; à l’Adrar n’Kiffi, où les diatomites qui renferment des pièces provenant des sites bordant les anciens lacs sont datées de 7310 ± 120 B.P. (T361) (6330–6020 av. J.-C.), J.P. Roset en a revu certains, il mentionne Look out Hill et Sandy Hill sous le nom de gisement 13 et gisement 12, conteste l’attribut épipaléolithique et rapporte ces industries au Néolithique. Early Akakus S. di Lernia dénomme ainsi une culture connue dans l’Akakus. à la base des gisements de Tin Torha et Uan Afuda. Elle a été identifiée à Uan Tabu par A.A.E. Garcea. Cette formation est surmontée, sans discontinuité, d’industries incontestablement néolithiques dont elle se distingue par l’absence de tête de flèche et de poterie, le reste du matériel n’offrant que peu de différence. 1 .- Le même phénomène se retrouve en Europe avec des industries tel le Montadien daté du 8ème millénaire. On l’attribue à une importante activité de pêche en raison de son association à des restes de poissons. Dans les sites qui, en Afrique du Nord, témoignent d’ultramicrolithisme, on ne dispose pas d’éléments rapportant une quelconque activité. 2 .- Cf t. I, p. 209.

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La question épipaléolithique Tin Torha est un cirque rocheux très fréquenté dès les débuts de l’Holocène, où plusieurs abris conservent une couche archéologique étudiée par B. Barich. A Tin Torha Est, le niveau inférieur, où la date de 9080 ± 70 B.P. (R1036) (84308230 av. J.-C.) a été obtenue, se différencie du Néolithique qui le surmonte par les dimensions de l’outillage lithique, nettement plus petit, à tendance plus volontiers lamellaire. Il ne renferme aucun microlithe géométrique, aucune tête de flèche, ne s’accompagne pas de poterie. Dans le site voisin, Tin Torha Two Caves, daté de 9350 ± 110 B.P. (R1402) (8700-8340 av. J.-C.), la poterie manque également ; quelques tessons n’ont été retrouvés qu’à partir de 8840 ± 60 B.P. (R1405) (82007830 av. J.-C.). L’abri de Uan Afuda, autre site important de l’Akakus central, reconnu en 1960 par F. Mori, dans le wadi Kessan, est un vaste porche haut de 20 m, large de 40, profond d’une vingtaine, qui s’ouvre par 24°52’07 N., 10°30’02 E., sur un affluent de l’oued Teshuinat, ses parois portent des peintures de la période têtes rondes et des cupules sont aménagées dans les blocs de grès provenant d’effondrements de la voûte. Il a fait l’objet de fouilles conduites par S. di Lernia, en 1992-93 et 1994 : ouvertes sous le porche après des sondages menés en quatre points, elles ont couvert un total de 21 m2, l’un des points atteignant une profondeur de 3,20 m. Immédiatement à l’avant du porche, S. di Lernia et M. Cremaschi ont identifié un niveau épais d’une trentaine de centimètres, daté de 9765 ± 105 et 8765 ± 105 B.P. (GX-20010), ce qui propose une présence humaine entre 9350-8860 et 8160-7610 av. J.-C.. Ce niveau repose sur une surface d’érosion qui, vers 1,15 m de profondeur, tronque des sables rougeâtres renfermant, entre 1,90-2,70 m, une industrie Levallois datée de 90 000 à 69 0001. L’industrie lithique du niveau Early Akakus est de petites dimensions, ne dépasse guère 1 cm pour certaines lamelles à dos. Les nucléus ont le plus souvent un seul plan de frappe. Leur débitage a produit essentiellement un talon plat et laissé du cortex sur de nombreuses pièces. Près de 10 % du débitage est retouché. Les pièces les plus fréquentes sont les racloirs et les lamelles à dos qui peuvent être réalisées sur enclume. Les autres groupes, y compris les microburins, figurent en faible proportion, il n’y a pas de tête de flèche. Quelques fragments de matériel de broyage ont été retrouvés. En rapportant la présence de céréales type II, la palynologie indiquerait un mélange de plantes sauvages et cultivées ; néanmoins en raison de l’absence de poterie, S. di Lernia attribue ce niveau à l’Epipaléolithique. L’abri d’Uan Tabu s’étend sur 50 m de long, 10 de haut avec une profondeur de 4 m, en rive gauche de l’oued Teshuinat. Il fut fouillé en1960-63 par S. Tiné, les fouilles furent reprises en 1990-93 par M. Casini puis A.A.E. Garcea. Elles atteignirent une profondeur de 2,20 m et permirent de dégager en niveau inférieur, exclusivement sableux, une occupation atérienne. Au-dessus vient un colluvion de sable et argile qui s’enrichit en calcite et gypse dans sa partie sub-sommitale. Il renfermait du fourrage et du fumier attribué à des mouflons, Ammotragus lervia, quasiment seule espèce retrouvée ; il a livré un matériel lithique pauvre, essentiellement en grès, des nucleus plutôt simples, des produits de débitage à forte tendance laminaire qui ont généralement un talon plan, rarement punctiforme ou 1.- Cf t. I p. 199.

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Sahara préhistorique cortical, aucun témoin de poterie. Il est rapporté à la culture Early Akakus et daté de 9810 ± 75 B.P. (9355-9230 av. J.-C.) (BO 509). On retrouve une absence de tête de flèche et de poterie à la base de l’occupation de Tin Hanakaten dans un niveau sableux développé sur une quarantaine de centimètres. Daté de 9420±200 B.P. (Alg27) (9120–8450 av. J.-C.) dans sa partie supérieure, il a livré une industrie presqu’exclusivement sur quartz, de petite dimension avec une légère tendance à l’allongement des éclats ; riche en petits burins dièdres, elle est dominée par les pièces à coches, comporte des racloirs, pièces esquillées, quelques perçoirs, quelques palets1, de rares grattoirs et microlithes géométriques. De nombreuses cultures au Sahara oriental et dans la vallée du Nil Dans le Sahara oriental, une présence épipaléolithique est mentionnée dans diverses oasis. Au Fayum, elle porte le nom de Qarunien et ce qui fut nommé Bedouin microlithic est peut-être à en rapprocher. A Dakhla, M.M.A. Mc Donald nomme Complexe Masara, une série d’occupations de la périphérie de l’oasis. Dans l’oasis de Farafra, B. Barich et F. Hassan ont identifié une industrie datée de 9650 ± 190 B.P. (R1983) (9250-8750 av. J.-C.) qui évoque le Néolithique type El Adam2 et présume de contacts avec les autres oasis et la Grande mer de sable. L’outillage, laminaire, comporte des lamelles à dos, des denticulés, des racloirs et des pièces foliacées mais pas de tête de flèche. Il n’y a ni microlithe géométrique, ni poterie. L’œuf d’autruche est courant. Au wadi el Akhdar, dans le massif du Gilf Kebir, une industrie à lamelles à dos, troncatures, triangles, a été découverte, mais les outils sont en trop petit nombre pour permettre de la qualifier et aucun élément ne permet de la dater. Dans la vallée du Nil, divers faciès ont été identifiés, Arkinien et Shamarkien en Nubie, Elkabien dans la Moyenne vallée. Pour P. Vermeersch, l’Epipaléolithique serait rare dans la vallée égyptienne, outre El Kab, il ne mentionne qu’Arab el Sabaha3 en rive droite, où fut trouvé, en 1981, un ensemble industriel comportant de très petites lamelles et des microlithes géométriques n’atteignant pas 1,5 cm de long. Il fait un ample usage de retouche Ouchtata, près de 10 %. Les nucléus y sont abondants, les formes à deux plans de frappe opposés fortement prédominantes, le débitage est essentiellement lamellaire et tend à donner des produits calibrés, montrant une étroite relation entre leur longueur et leur largeur. La faune très mal conservée, n’a permis d’identifier que quelques dents de bovins. Diverses comparaisons avec les autres industries de la vallée ont pu être faites pour tenter une datation : plus microlithique que l’industrie paléolithique des sites E71-K20 près de Kom Ombo et GS 2B II près d’Esna dont elle est proche, elle traduirait une expression plus récente et a été située entre 12000 et 8000 B.P. (12100 et 6900 av. J.C.). Mêlé à des ossements et des coquillages, un outillage à nombreuses lames, lamelles, avec des microlithes géométriques qui sont essentiellement des segments, sans tête de flèche, ni poterie, a également été retrouvé dans les stations d’Helouan 1.- Pour rappel, ce nom a été donné par G. Camps aux objets ovoïdes nommés plaquettes par H. Lhote. 2.- Cf p. 143. 3.- Cf la structure de l’ensemble industriel en Annexes p. 543.

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La question épipaléolithique près du Caire. Des foyers y étaient conservés. Etudiés entre 1871 et 1950, ces sites ont été rapprochés du Natoufien1 par D. Garrod. Le Qarunien Le Qarunien a été défini dans les années 70, à partir de sites identifiés sur le plateau de Qsar el-Sagha, au nord du lac Qarun, par l’équipe de F. Wendorf. Ce serait une culture qui, entre 8000 et 7500 B.P. (6900 et 6400 av. J.-C.) serait liée au lac pré-Moeris et aurait été orientée vers la pêche. Ce que G. Caton-Thomson nommait Fayum B, lui est assimilé. Le Qarunien offre des similitudes avec le Shamarkien. Il utilise volontiers de petits nucléus à un seul plan de frappe sans préparation. L’outillage est dominé par les lamelles à dos arqué dont la base est souvent retouchée. Les pièces à coches atteignent autour de 10 %, les microlithes géométriques, grattoirs, perçoirs, troncatures, microburins sont peu nombreux, moins de 5 %. Il n’y a pas de burin. La population est connue par le biais d’une sépulture mise au jour dans le Site E-29-G1, qui renfermait les restes d’une femme sans parure ni dépôt funéraire. Dans le site E-29-H1, deux occupations qui se chevauchent, se distinguent aisément par une altération différente du matériel lithique ; l’occupation la plus récente est daté de 8100 ± 130 B.P. (I4128) (7310-6830 av. J.-C.). Les matériaux proviennent de galets issus des conglomérats du gebel Qadrani voisin. Ils ont fourni une industrie dominée par les lames et lamelles à dos aux formes arquées, bases retouchées, puis par les lamelles rectilignes. Les coches, les denticulés sont fréquents. Il y a peu de microlithes géométriques, de troncatures, de microburins ou de grattoirs, encore moins de perçoirs, pas de burin. Des harpons ont été faits à l’aide de mâchoires de Clarias. Des concentrations comparables ont été identifiées par I. Caneva et al dans l’oasis du Fayum et sont rapportées par ces auteurs à un Paléolithique terminal. Elles disposent des mêmes objets, mais avec une distribution différente2, suggérant une orientation vers d’autres activités. Comme dans le Qarunien, les nucléus sont pour la plupart à un seul plan de frappe qui est lisse. Les lamelles à dos rectiligne ont leur base tronquée ce qui les distingue du Qarunien, le groupe des pièces à coches est plus étoffé, les troncatures sont plus fréquentes. Les perçoirs oscillent entre 7 et 18 %, les grattoirs sont présents (5 à 10 %) et diversifiés, les lames à dos quasi-absentes et il n’y a pas d’outil composite. B. Barich et F. Hassan reconnaissent à des ensembles industriels trouvés dans les oasis égyptiennes de Siwa, Gara, Sitra, des similitudes avec le Qarunien ainsi qu’avec le Libyco-Capsien. Les sites se localisent sur le bord des dépressions et tout comme les industries qaruniennes renferment une majorité de lamelles à dos droit, des perçoirs, microlithes géométriques, troncatures, microburins, peu de grattoirs, mais elles s’en distinguent par la présence notable de burins et la rareté des pièces à coches et denticulés, ce qui les rapproche du Libyco-Capsien. Quelques pièces bifaciales peuvent être présentes. A Gara, les burins prédominent, puis le groupe pièces à coches-denticulés où les pièces à 1.- Daté entre 10500 et 8200 B.P. (10500 et 7180 av. J.-C.), le Natoufien est riche en segments, l’industrie osseuse et les éléments de parure y sont abondants. 2.- Cf la structure des industries des Sites S4 et Two sisters en Annexes p. 543.

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Sahara préhistorique coches sont peu nombreuses, les lames et lamelles à dos ont un rôle plus effacé, il existe en nombre sensible des pièces esquillées et une pièce originale, une pointe sur lame à pédoncule. Les microburins manquent. Ces sites sont datés de 8219 ± 72 (SMU300) et 7860 ± 65 B.P. (KN3756) (7450-7080 et 6980-6590 av. J.-C.) à Siwa, 8119 ± 64 B.P. (SMU281) (7290-7050 av. J.-C.) à Hatiyet um el Hiyus, 7980 ± 160 B.P. (SMU1694) (7080-6650 av. J.-C.) à El Arag. A SitraHatiyet, les occupations n’ont laissé que des « Steinplätze » postérieurs à ce faciès, datés entre 6850 ± 70 (KN3555) et 5940 ± 60 B.P. (KN3589) (5790-5660 et 4900-4720 av. J.-C.). A Shiyata, à une quarantaine de kilomètres de Siwa, a été mis au jour un demi-cercle de dalles calcaires enserrant du matériel archéologique qui était réuni en secteurs, ces regroupements étaient formés l’un de nucléus, un autre d’éclats, un autre de lames, les outils de même que les tests d’œuf d’autruche étaient eux aussi regroupés. Le site a été daté de 8817 ± 77 B.P. (SMU1241) (8200-7800 av. J.-C.). Qualifier le Qarunien d’Epipaléolithique pose problème depuis l’identification par A. Gautier dans le Site E-29-H, d’un Bos qui serait domestique. Dans les oasis qui bordent l’escarpement, en effet, une identification semblable a conduit F. Wendorf et al. à rapporter à un Néolithique ancien, des ensembles industriels qui n’offrent quasiment pas de différences avec ceux rapportés à un Epipaléolithique. Le Complexe Masara Le Complexe Masara s’est développé dans l’oasis de Dakhla, dans un milieu sahélien à Acacia nilotica, Balanites aegyptiaca, Calotropis procera, Capparis decidua, Salvadora persica..., où Scirpus et des Cyperacées soulignent la proximité de l’eau. Les gisements reconnus par M.M.A. Mc Donald disposent de matériel de broyage, de quelques tests d’œuf d’autruche et d’un outillage lithique peu abondant mais suffisant pour distinguer deux variantes essentielles qui peuvent avoir valeur chronologique. L’une datée entre 8720 ± 100 et 7730 ± 110 B.P. (B23684 et VRI-2054) (7940-7600 et 6650-6460 av. J.-C.) est faite sur lames et lamelles obtenues à partir de nucléus à un seul plan de frappe toujours lisse. L’outillage consiste en lamelles à dos, microlithes géométriques, pièces à retouche continue ; les pièces à coches, denticulés, perçoirs sont rares. L’autre datée entre 8950 ± 120 et 8130 ± 140 B.P. (Gd6320 et GD11324) (8270-7920 et 7450-6830 av. J.C.) comporte des grattoirs, perçoirs, pièces à coches et denticulés, microlithes géométriques ; les lamelles à dos sont quasiment absentes. Les burins sont habituellement obtenus en partie proximale d’éclats Levallois préexistants, réemploi établi par la double patine que portent souvent ces pièces. En 30/420-D1-1, les burins atteignent 67 %, les grattoirs et coches-denticulés respectivement 14,3 % et 11,6 %; les pièces esquillées 3,6 %, les perçoirs et les microburins, 1,8 % chacun. Il n’y a ni lamelle à dos, ni microlithe géométrique ; dans le Site 2641, les burins ne représentent que 1 %, les microlithes géométriques atteignent 7,5 %, les pointes d’Ounan 11,6 %. Les restes de nourriture montrent la présence d’anti1.- Cf le détail de l’industrie lithique en Annexes p. 543.

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La question épipaléolithique lopes, gazelles, lièvres, oiseaux, tortues, lézards ; dans certaines localités (Sites 2641 et 300), il pourrait y avoir des chèvres. M.M.A. Mc Intosh rapporte au Complexe Masara, divers sites du plateau à l’est de Kharga. Ils se singularisent par la présence de pointes d’Abu Tartur, variété de pointe d’Ounan du Sahara oriental, plus anciennes. Le « Bedouin microlithic » C’est à l’Epipaléolithique que l’on rattache le « Bedouin microlithic » identifié vers 1950, par G. Caton-Thomson et E.W. Gardner, dans divers sites de l’oasis de Kharga ou des plateaux environnants, tel que Abu Sighawäl, Yebsa Passes. Il n’y a pas de poterie, mais les pointes de flèche sont nombreuses2. Essentiellement de forme foliacée, ce sont les seules pièces utilisant la retouche plane ; une forme à tranchant transversal possède une base très étroite lui donnant un aspect en V ou en Y. Les nucléus sont pyramidaux ou à deux plans de frappe, certains de ces derniers ont des plans de frappe inclinés l’un vers l’autre selon un angle de 60°3. L’industrie (fig. 4) est faite de longues lames portant souvent des coches, de lamelles à dos et de mèches de foret. Les microlithes géométriques, à l’exclusion des trapèzes, sont relativement nombreux, mais les microburins hormis quelques microburins Krukowski, manquent. Il existe des pointes d’Ounan et d’OunanHarif (fig. 89), des disques unifaces, des pièces esquillées. Quelques molettes sont présentes, ainsi que des tests d’œuf d’autruche parfois aménagés en rondelles d’enfilage. Ces ensembles industriels offrent des ressemblances avec le Shamarkien, même débitage bipolaire, même fréquence des lamelles à dos, ici de préférence rectilignes, même petit nombre de burins, denticulés, grattoirs. Ils offrent aussi des ressemblances avec le Néolithique type El Ghorab, dont il est parfois délicat de les dissocier. H.A. Winkler mettait en relation cette culture avec les gravures de la vallée du Nil qu’il rapportait aux « earliest hunters ». L’Elkabien Faciès de Haute Egypte, il a été reconnu à la fin des années 60, à El Kab d’où il tire son nom, par l’équipe de P.M. Vermeersch. Il est connu à Arab es Sabaha autour de 8000 B.P. (6900 av. J.-C.), par de petits campements de chasseurs qui se sont installés à l’embouchure du wadi Hellal. L’outillage (fig. 5) est taillé dans des galets de silex brun clair de très bonne qualité qui proviennent de l’oued. A Somein Tree Shelder, il est daté de 8120 ± 45 B.P. (Kik656/UtC5389) et 7790 ± 70 B.P. (Kik655/UtC5388) (7250-7170 et 6710-6540 av. J.-C.). Les auteurs rapprochent cet ensemble industriel de celui du Site E-72-5 à Dyke area, bien que R. Schild et F. Wendorf y fassent mention de microlithes géométriques prédominants et de nucléus à un seul plan de frappe. Ce faciès présente en effet, de même, des lamelles à dos rectiligne, des pièces à coches et des denticulés fréquents, des grattoirs et des burins rares. Ces éléments orien1.- Cf l’ensemble industriel p. 544. 2 .- La présence de ces pièces qui sont un des éléments traditionnellement introduits par le Néolithique, souligne la position ambiguë de cet ensemble industriel. 3.- Forme de nucléus bien connue dans les industries mellaliennes du Sahara septentrional.

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Sahara préhistorique teraient vers une relation entre l’oasis et la vallée. D’autres auteurs voient des liens avec le Qarunien malgré la rareté des lamelles à dos, d’autres avec l’Arkinien et le Shamarkien. El Kab Situé dans les sédiments nilotiques, peu élevé au-dessus de la plaine alluviale du Nil, le site est daté autour de 7990 ± 150 (Ly464) et 7785 ± 50 (GrN7190) (7120-6710 et 6660-6550 av. J.-C.). Le matériel recueilli comprend quelque 20000 pièces dont 532 outils. Le caractère microlithique, lamellaire, est fortement prononcé ; il n’y a pas de grandes pièces, les lames ne dépassent pas 7 cm de long et, tout comme les lamelles, sont minces et étroites. Les nucléus sont petits, le plus souvent à un plan de frappe, beaucoup sont cannelés. La structure de l’industrie fait valoir une quasi-absence de burins, grattoirs et microlithes géométriques. Les perçoirs, les lames à dos sont également rares. Les outils comportent 30 à 35 % de lamelles à dos aux formes rectilignes ou à cran, prédominantes, jusqu’à 37 % de microburins ; les coches et denticulés abondent également. La retouche Ouchtata est peu employée. De nombreuses pièces sont ocrées. Des fragments de matériel de broyage sont courants. Du matériel osseux est traduit par des lissoirs et une palette rectangulaire en os poli qui pourrait être une pièce de parure. Des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche sont présentes. Les restes de nourriture consistent en poissons et animaux de savane herbeuse et boisée, où l’antilope bubale manque. Les auteurs concluent à une occupation d’été, elle est également suggérée par l’absence d’oiseaux migrateurs, occupants de période hivernale de la région, et la présence de Claria qui vit dans les eaux peu profondes. Ces lieux auraient été abandonnés l’hiver car ils seraient devenus trop marécageux. L’Arkinien L’Arkinien a été reconnu dans la vallée du Nil, entre les villages de Shamarki et Nag el-Arab ainsi qu’à proximité de Wadi Halfa, par R. Schild et al. au cours de la saison de fouilles 1963-64. Les sites seraient des campements saisonniers s’étendant sur des surfaces de l’ordre de 300 à 350 m2. Ce serait la plus ancienne industrie épipaléolithique de la vallée avec des dates allant peut-être jusqu’à 10670 ± 110 B.P. (SMU581) (10950-10450 av. J.-C.) à Dibeira West 1 (DIW1). La structure industrielle est assez proche de celle du Shamarkien pour que certains auteurs attribuent des sites comme DIW51 à l’Arkinien malgré leur pauvreté en grattoirs. L’outillage arkinien dispose de galets aménagés, de galets de quartz qui sont des sortes de petites enclumes avec une dépression centrale portant des traces de chocs sur les surfaces inférieures et supérieures et un pourtour pouvant ou non présenter des enlèvements et des traces de chocs (J.D. Clark les nomme dimplescarred). De nombreux nucléus ont un seul plan de frappe, beaucoup montrent un changement de direction du débitage mais peu possèdent deux directions opposées. L’outillage est essentiellement fait de grattoirs et lamelles à dos. La retouche Ouchtata a été fréquemment utilisée. Les pièces esquillées sont nombreuses, par-

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La question épipaléolithique

Fig. 4 – Bedouin microlithic : 1 à 3) têtes de flèche à tranchant transversal : 4, 6, 14) têtes de flèche sur fragment de lamelle brute; 5) tête de flèche pédonculée ; 7, 8) têtes de flèche foliacées ; 9) lamelle à dos partiel ; 10, 21) perçoirs ; 11) segment ; 12, 13) lamelles à retouche Ouchtata ; 15) lame à retouche continue ; 16) burin sur lame ; 17, 25) grattoirs ; 18) éclat laminaire à bord abattu ; 19) mèche de foret ; 20) ciseau ; 22) lame denticulée ; 23) racloir sur lame à coche ; 24) racloir sur lame denticulée. (Origine : 1, 3-8, 11-14, 19) Yebsa Pass, 2, 9,10,15-18, 20, 21) Gala Hill, 22-25) Ghuata basin ; d'après Caton-Thomson, 1952).

Fig. 5 - Elkabien : 1, 4, 5, 7, 15) lamelles à dos rectiligne ; 2) lamelle à dos partiel ; 3, 6, 17) lamelles à cran ; 8, 9) lamelles à retouche Ouchtata ; 10, 11, 14) triangles ; 12, 23) microburins ; 13) trapèze ; 16) pointe d'Ounan ; 18) lamelle à dos rectiligne et base tronquée ; 19, 22) lames à coches ; 20) éclat laminaire denticulé ; 21) lame denticulée ; 24) nucleus. (Origine : 1 à 4, 6, 7, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 21, 24) El Kab ; 5, 8, 9, 11,13, 15, 17, 19, 22, 23) Dyke ; d'après Vermeersch in Krzyzaniak et al., 1984).

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Sahara préhistorique

Fig. 6 – Arkinien : 1, 2, 7, 15) lamelles à dos arqué ; 3, 18) lamelles scalènes ; 4, 19) lamelles obtuses à bord abattu ; 5, 6) lamelles à retouche Ouchtata ; 8, 9) segments ; 10) éclat à bord abattu ; 11) lame à bord abattu ; 12 à 14, 20 à 22) grattoirs simples ;16) grattoir sur éclat à bord abattu ; 17) grattoir sur lame denticulée ; 23, 24) denticulés. (Origine : DIW1. d'après Wendorf, 1968).

Fig. 7 – Shamarkien : 1 à 4, 6, 27) lamelles à dos arqué ; 5, 16) lamelles à retouche Ouchtata ; 7, 8) mèches de foret ; 9) lamelle à dos rectiligne et base tronquée ; 10) lamelle à dos rectiligne et base arrondie ; 11) éclat à retouche Ouchtata ; 12) pointe Levallois ; 13) troncature ; 14, 21) segments ; 15, 19) triangles ; 17) lamelle à cran ; 18) trapèze ; 20) pointe de Bou Saada ; 22, 26) troncatures ; 23) denticulé ; 24) grattoir ; 25) burin sur troncature ; 28) lamelle à dos convexo-concave. (Origine : DIW53. d'après Wendorf, 1968).

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La question épipaléolithique fois associées à des grattoirs. Outre des meules toujours fragmentées, le matériel de broyage comporte diverses formes de molettes. Quelques lissoirs sont les seuls objets en os qui soient connus. Les auteurs qui se sont intéressés à l’origine de l’Arkinien proposent deux hypothèses : l’une évoque l’Ibéromaurusien comme ancêtre1, pour Schild et al., il offre d’étroites similitudes avec le Kérémien d’Algérie en raison de l’importance des grattoirs ; l’autre le suppose issu d’un fond ayant antérieurement engendré l’Halfien et le développement de la retouche Ouchtata. Dibeira West 1 DIW1 se place sur une banquette du Nil, en rive gauche. La surface est couverte de pierres taillées et de pierres brûlées auxquelles se mêlent quelques ossements. La distribution de l’outillage n’est pas homogène, il se concentre sur douze secteurs d’altitude variée, mais qui n’offrent pas de différences sensibles dans leurs structures industrielles. Les auteurs, M. Chmielewska et R. Schild, pensent que les occupations les plus basses sont les plus récentes. La datation pose problème, seul le secteur le plus élevé a pu être daté, mais les deux parties d’un même échantillon traitées dans des laboratoires différents n’ont pas donné les mêmes résultats : 9390 ± 180 B.P. (WSU-175) et 10670 ± 110 B.P. (SMU581) (9110-8340 et 10950-10450 av. J.-C.). Les nucléus proviennent de galets de l’oued. Ils sont petits, mesurant entre 2,5 et 4,5 cm. La plupart ne possède qu’un seul plan de frappe, rarement deux. Des nucléus quelconques semblent résulter de l’épuisement des précédents. Quelques galets aménagés peuvent être confondus avec des nucléus. L’outillage (fig. 6) atteste un développement important des pièces esquillées avec une forte prédominance d’esquillements opposés. Les grattoirs abondent (de 26 à 52 % selon le secteur), certains sont esquillés à leur base, beaucoup conservent de vastes plages de cortex. Le groupe perçoirs, peu étoffé, 1 à 2 %, consiste surtout en mèches de foret. Les burins n’atteignent pas 1 %. Si les lames à dos sont quasiment absentes, les lamelles oscillent entre 29 et 53 % selon les secteurs. Elles sont toujours petites, la majorité ne dépassant pas 5 cm de long. Ce sont essentiellement des lamelles à dos arqué, lequel est souvent dissymétrique, s’incurvant plus fortement en partie distale. Des lamelles Ouchtata et des lamelles à retouche Ouchtata abondent. Quoique rares, sauf dans l’un des îlots, les coches sont plus fréquentes que les denticulés et les coches clactoniennes sont les plus communes. Les troncatures et microlithes géométriques sont peu nombreux, ces derniers renferment des segments, quelques triangles et quelques rectangles ; le secteur le plus élevé se démarque par le nombre de segments qui, de l’ordre de 1 % ailleurs, atteint là plus de 6 %. Les quelques racloirs montrent une très grande variété de types. Il y a quelques microburins Krukowski, mais pas de microburin. L’industrie osseuse qui n’a été retrouvée que dans certaines concentrations, se limite à des lissoirs et des spatules. Un nombre relativement important de dimple-scarred et surtout du matériel de broyage brisé jonchent la surface du site. Leur présence et celle d’une lamelle à dos qui porte un « lustre des moissons » le long du bord brut, font envisager la cueillette de graminées et l’écrasement de graines. 1.- Cette proposition s’appuyait sur un milieu saharien propice, caractère qui demande à être révisé depuis les travaux de Ballouche et al (1995).

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Sahara préhistorique Le Shamarkien Le Shamarkien qui se déploie auprès de l’Arkinien est connu au travers de quelques sites, DIW3, DIW6, DIW53, Catfish cave. Au Soudan, ils se placent tous sur des rives du Nil, en retrait du fleuve, sur les plages de 120 à 131 m. Des ensembles industriels voisins sont volontiers assimilés au Shamarkien : DIW51, parfois DIW50 qui a été daté de 5600 ± 200 B.P. (WSU174) (4710-4250 av. J.-C.), puis 5880 ± 150 B.P. (SMU2) (4940-4550 av. J.-C.) et rapporté au Post-Shamarkien. Il pourrait marquer la longue durée et la grande stabilité de cet ensemble industriel, dans un secteur où, à la même époque, les faciès néolithiques se multiplient. Le Shamarkien a tiré sa matière première des galets du Nil par débitage bipolaire. Les lamelles à dos, de l’ordre de 60 %, constituent l’essentiel des outils. Bien que moins fréquents que les dos rectilignes, les dos arqués sont nombreux et leur base tronquée ; la retouche Ouchtata est utilisée. Les perçoirs, les microlithes géométriques qui sont surtout des segments et qui comprennent quelques rectangles, sont fréquents ; des microburins Krukowski peuvent être présents alors que les microburins n’ont pas été retrouvés. Les burins, denticulés, grattoirs sont peu nombreux. Les pièces esquillées sont rares ou manquent. On peut trouver des pointes d’Ounan et surtout cette forme peu fréquente qu’est la pointe de Bou Saada. L’œuf d’autruche abonde. Il y a peu de matériel de broyage. Outre ses similitudes avec l’Arkinien, cet ensemble industriel offre d’étroites ressemblances avec le Fakhurien -ce que D. Lubell interprète comme un continuum-, et serait proche du Bedouin microlithic. Certains auteurs, soulignant des analogies avec l’outillage du Khanguet el Mouhaâd, lui reconnaissent des affinités avec le Capsien, d’autres avec l’Ibéromaurusien en raison de l’importance des lamelles à dos. DIW3 Découvert lors de la campagne 1962-63 par J. de Heinzelin et R. Paepe, le site fut fouillé et étudié par W. Chmielewski. Les traces de divers foyers y furent identifiées, ainsi qu’une organisation de l’espace. L’industrie1 est dominée par les lamelles à dos, la préférence allant à des dos rectilignes avec une reprise de la base qui est volontiers arrondie. La retouche Ouchtata a été utilisée. Les perçoirs qui sont surtout des mèches de foret, sont fréquents. Autre groupe secondaire conséquent avec un indice qui approche 10, celui des coches-denticulés qui privilégie les coches. Les grattoirs, les burins sont peu nombreux. Les microlithes géométriques se ramènent essentiellement à des segments, comportent quelques triangles, exceptionnellement des trapèzes. Les microburins manquent, mais les microburins Krukowski figurent. Il existe des pointes de Bou Saada et des pointes d’Ounan. DIW51 Situé sur une banquette du Nil, le gisement qui a été daté de 7700 ± 120 B.P. (WSU176) (6680-6420 av. J.-C.), puis de 8860 ± 60 B.P. (SMU582) (8200-7850 av. J.-C.), s’étend sur 95 x 35 m. Sa surface est jonchée d’os brûlés et de pierres taillées, au-dessous le matériel est inclus dans des dépôts sableux interstratifiés de silts et repose parfois sur ces derniers. 1.- Cf la distribution de l’outillage p. 543.

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La question épipaléolithique Les nucléus sont de mêmes types qu’à DIW53, le plus souvent à un plan de frappe, mais les formes à deux plans opposés sont ici plus fréquentes. L’outillage est pauvre en grattoirs, perçoirs, burins. Les grattoirs les plus courants sont simples sur éclat, leur front régulièrement arqué et ils peuvent conserver du cortex. Les perçoirs, moins de 3 %, sont essentiellement des mèches de foret et certaines pièces épaisses sont rapportées à de gros perçoirs trièdres. Les burins sont de mauvaise facture, rarement sur troncature. Le groupe dominant est celui des lamelles à dos ; leur répartition n’est pas homogène, leur indice voisin de 45 dans une partie du site, est supérieur à 65 dans une autre et à peine moindre en couche. Ce sont de petites pièces qui mesurent entre 15 et 23 mm, rarement plus. Les formes les plus fréquentes ont un dos rectiligne légèrement arqué à la base ou un dos arqué, certaines portent un microburin Krukowski ; les bases peuvent être diversement reprises. La retouche Ouchtata est exceptionnelle. Il y a peu de pièces à coches ou denticulées et leur répartition, comme celle des lamelles à dos, n’est pas homogène ; elle montre une fréquence nettement plus grande là où celle des lamelles à dos fléchit. Les coches sont le plus souvent clactoniennes. Les troncatures sont volontiers obliques concaves, les microlithes géométriques regroupent essentiellement des segments. Les microburins sont irrégulièrement distribués, nettement plus fréquents en couche. Les autres types, pièces esquillées, pièces à retouche continue, racloirs sont rares. Il existe quelques galets aménagés, quelques pièces atypiques et deux lamelles ayant un bord poli. Quelques fragments d’éléments de broyage proviennent de la surface. L’œuf d’autruche est courant, il a été travaillé en rondelles d’enfilage, en pendentifs ayant une forme ovale d’environ 2 cm de long et un trou de suspension à un pôle ou à chaque pôle ; il a également servi au façonnage de petits disques de moins d’un centimètre de diamètre. Quelques tessons de poterie ont été retrouvés à la surface du site, mais aucun ne provient de la couche. DIW53 DIW531 se situe dans la région de Nag Shamarki, sur une banquette du Nil moins élevée que celle qui supporte l’occupation arkinienne. Le site couvre 280 m2, il fut fouillé par R. Schild en 1964, R. Schild et W. Chielewski en 1965. Il est daté de 7910 ± 120 B.P. (SMU4) (7030-6650 av. J.-C.) et appartiendrait comme DIW50 au Shamarkien récent. Une partie est incluse dans une sédimentation riche en sable, couverte du même sédiment, l’autre est en surface. La station occupe une surface de 70 x 40 m avec une couche archéologique discontinue pouvant atteindre une épaisseur de 50 cm et dans laquelle fut trouvé un foyer. Les matériaux utilisés sont issus de galets du Nil d’où a été tirée une relative haute fréquence de lames. La plupart des nucléus a été débitée à partir d’un seul plan de frappe, quelquesuns à partir de deux plans perpendiculaires ou parfois opposés, dans ce cas, les plans de frappe ne sont pas parallèles. Il existe quelques nucléus pyramidaux. Les grattoirs portent souvent du cortex, leur front est peu élevé. Les perçoirs, relativement nombreux, sont pour l’essentiel des mèches de foret ; parmi eux figure un perçoir de l’Aïn Khanga. Les lamelles à dos, courantes, peuvent être rectilignes ou 1 .- Cf la distribution de l’outillage taillé Annexes p. 543.

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Sahara préhistorique arquées, elles ne sont que rarement façonnées par retouche Ouchtata. Les microlithes géométriques sont fréquents et consistent essentiellement en segments. Les pièces à coches et denticulés sont rares, les burins paraissent exceptionnels. Il n’existe que des microburins Krukowski. Des pointes de Bou Saada (fig. 7), outil habituellement peu courant, constituent ici près de 3 % de l’outillage. Quelques tests d’œuf d’autruche sont décorés, certains ont subi l’action du feu. Quelques tessons de poterie retrouvés en surface ont été vus comme intrusifs. Autres faciès Des ensembles industriels de type épipaléolithique, KG15, KG68, KG741 ont été identifiés au Soudan, dans la basse vallée de l’Atbara, par A.E. Marks et al. KG15 est daté de 10230 ± 270 B.P. (SMU1149) (10650-9400 av. J.-C.). L’industrie lithique est essentiellement taillée dans des chailles qui se rencontrent dans le lit de l’Atbara. Les nucléus possèdent de préférence un plan de frappe lisse, parfois deux plans opposés. Leur débitage a essentiellement produit des lames. L’outillage est néanmoins dominé par les lamelles à dos ; les coches et denticulés, troncatures, microlithes géométriques et retouches continues jouent des rôles équivalents. Il n’y a ni tête de flèche, ni poterie et il n’est pas fait mention de pierre polie. Parmi les abondants restes osseux, aucune trace d’animaux domestiques n’a été retrouvée et rien ne permet de supposer une culture de plantes. Le site KG68, daté de 7700 ± 90 B.P. (SMU1907) (6630-6450 av. J.-C.) se marginalise par divers caractères. Les nucléus les plus fréquents sont à deux plans de frappe opposés, le débitage privilégie l’agate et le quartz, présents eux aussi dans le lit de la rivière. Les microlithes géométriques sont exclusivement des segments type quartier d’orange, les pièces esquillées forment un groupe secondaire conséquent. Des restes de poissons abondent ainsi que ceux de grands mammifères. Outre des antilopes, gazelles, hippopotames, probablement des ânes, qui se rencontrent aussi dans les autres sites, KG68 a livré de nombreux restes de girafes et de buffles Syncerus caffer, mais Bos primigenius présent dans les autres sites, manque. Ceci traduirait une savane herbacée avec bosquets et placerait cette occupation dans un paysage moins aride que lors de l’occupation KG15. Particulièrement original est un ensemble industriel de la vallée nommé « Dabarosa complex ». Ce sont de petits sites qui possèdent des témoins de débitage Levallois ou halfien et où fut employé un débitage à plans de frappe opposés, facettés. L’industrie qui comporte des lamelles à dos, des segments, est riche en denticulés et coches. Pour J.D. Clark, elle se situerait entre 9000 et 6000 B.P. (8250 et 4900 av. J.-C.), mais certaines dates pourraient faire remonter ce complexe industriel jusqu’à 20000-17000 B.P. (21700-18300 av. J.-C.). Il peut alors être vu, non comme épipaléolithique, mais paléolithique supérieur ayant eu une durée particulièrement longue en se prolongeant à l’Holocène inférieur, ce qui ne paraît nullement incompatible avec ses caractères. Au Sahara méridional, pauvreté apparente ou réelle ? Dans le Nord du Mali, l’abbé Breuil qualifiait d’Ounanien une industrie rencontrée à Bir Ounan. Il y identifiait un type de lamelle que J. Tixier devait nommer 1.- Cf la composition des sacs à outils p. 543.

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La question épipaléolithique pointe d’Ounan1. Pour R. Vaufrey, ce serait une tarière, pour G. Camps et J.P. Roset, une armature. L’abbé Breuil attribuait cet ensemble industriel à l’Epipaléolithique. Les travaux de M. Raimbault dans le Sahara malien ont permis de préciser ces données et l’ont conduit à distinguer deux ensembles : des sites dans lesquels les pointes d’Ounan s’accompagnent de pièces polies, têtes de flèche et poteries, qu’il rapporte au Néolithique et nomme Ounanien, et de petits sites, rares, où microlithes géométriques et pointes d’Ounan ne s’accompagnent ni de tête de flèche, ni de poterie, qu’il attribue à l’Epipaléolithique. Sebkha el Melah (=MT2) L’industrie2 retrouvée par M. Raimbault dans ce site proche de la piste Tessalit-Taoudeni, présente des traits comparables à MF8 par l’absence de poterie, pierre polie ou matériel de broyage ; elle est, de même, taillée dans une roche siliceuse locale. Sa structure diffère de celle de MF8 par sa pauvreté en perçoir, pointe d’Ounan dont un seul exemplaire a été retrouvé. Dominée par les pièces à retouche continue, elle possède des grattoirs aussi nombreux que les microlithes géométriques et des pièces à coches qui sont toutes clactoniennes. Telig (= MF8) Site de surface du nord de Telig, proche de travertins, MF8 comporte uniquement du matériel taillé façonné dans une roche siliceuse locale, avec production de nucleus cannelés. Il ne renferme ni grattoir, ni microlithe géométrique, aucune trace de poterie, pierre polie ou matériel de broyage. L’outillage dominé par les pièces à coches 39 %, se distribue en perçoirs 18 % comportant de nombreuses mèches de foret, lamelles à dos 10 %, éclats-lames à dos 5 %, burins 1 % et microburins 1 %. Les pointes d’Ounan représentent 24 % des outils, ce qui, pour M. Raimbault, marquerait la culture ounanienne. Sahara, en particulier dans le secteur des Ouled Djellal. L’Epipaléolithique du Sahara atlantique, une facile confusion avec le Néolithique Dans la partie occidentale du Sahara, seule la bordure océanique est connue. Nombreux, les gisements sont installés sur les dunes littorales qui sont couvertes d’un manteau plus ou moins dense de pierres taillées. Parfois, l’érosion ayant évacué les sables, le matériel repose directement sur le substrat rocheux. Occupées par les populations épipaléolithiques puis néolithiques dont les sacs à outils sont très proches, ces sites ont été rapportés longtemps au seul Néolithique. Dans la région de Tarfaya, on doit à D. Grébénart, l’identification de l’industrie épipaléolithique ; elle ne se distingue du Néolithique que par l’absence de pièces à retouches bifaciales et de poterie, les fonds d’outillage taillé restant les mêmes. Cette disposition se retrouve au sud le long de la côte mauritanienne où R. Vernet identifie un ensemble lithique qu’il nomme « culture de Foum 1 .- La présence de cette pièce dans diverses cultures d’âges différents montre sa large distribution et lui retire le rôle de marqueur culturel qui lui est parfois attribué. Toutefois, l’identification de deux chaînes opératoires (dont une, plus ancienne, utilise la technique du microburin), pourrait reposer la question. 2 .- Cf la distribution de l’outillage taillé Annexes p. 544.

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Sahara préhistorique Arguin » et qui, comme la culture de Taoulekt, se singularise par l’importance accordée aux pointes d’Ounan. Le Taoulektien Identifié par J. Onrubia-Pintado en 1996, le Taoulektien est marqué par la forte prédominance des pièces à coches, denticulés et des microburins, la rareté des lamelles à dos, l’emploi de la retouche Ouchtata. Le test d’œuf d’autruche est largement décoré. Il pourrait se développer du 7ème au 5ème millénaire, dans la zone côtière de la région de Tarfaya. L’armature dite « pointe de Taoulekt » (fig. 89) y a été définie1. Site19 Peut-on rapporter au Taoulektien, le site 19, découvert et étudié par D. Grébénart au début des années 70 à quelques dizaines de kilomètres de Tarfaya ? Les seules affinités résident dans l’abondance des microburins, mais ils y sont volontiers doubles, alors qu’ils sont distaux à TR15 et les pièces à coches, bien que groupe dominant, restent modestes en Site 19 ; avec des grattoirs et trapèzes qui s’affirment dans les deux sites, les microburins ne suffisent pas à gommer d’importantes différences marquées par la présence de retouche Ouchtata, pointe de Tarfaya dont il n’est pas fait état à TR15, pointe de Taoulekt qu’aucune description2 ne permet de supposer présente Site 19. Site 193 est un voile de 5 cm d’épaisseur habillant de pièces taillées et de coquilles marines, une surface dunaire sur 30 x 25 m. Il est daté de 6350 ± 120 et 6150 ± 120 B.P. (Mc 555 et Mc 556) (5470-5150 et 5260-4940 av. J.-C.) sur tests d’œuf d’autruche4. Les fouilles portèrent sur 70 m2 et dégagèrent une industrie façonnée sur un silex d’excellente qualité qui se trouve dans les formations turoniennes environnantes. Les nucléus globuleux, très petits, ramenés à la taille d’une noix, ont été débités sur place. Les lamelles sont rares dans le débitage, les lames manquent. L’industrie qui ne comporte que du matériel lithique, est marquée par une extrême abondance de microburins5 dont 20 % sont doubles et qui étaient régulièrement répartis dans le site. Leur facette porte parfois des traces d’utilisation. La pointe d’Ounan est courante, 10 %. L’outillage6 comprend en outre des grattoirs dont plus de la moitié est faite sur lamelle, il ne dispose pas de burin, ni de lame à dos. A la seule mèche de foret, il faut joindre trois pointes de Labied décomptées parmi les divers par l’auteur. Les lamelles denticulées viennent en second, suivies de près par les lamelles à coches et retouches continues. Les segments qui sont de petite taille, confortablement représentés, forment la masse des microlithes géométriques avec une 1 .- Cf p. 537. 2 .- Rappelons que sa définition est postérieure à l’étude du Site 19. 3 .- Il a été nommé Site 11 (G. Camps et al., 1973) et Site I, et attribué au Néolithique (G. Camps et al., 1974) 4 .- R. Vernet a attiré l’attention sur les problèmes liés aux datations sur test d’œuf d’autruche dans ces régions où les résultats sont souvent irrecevables sans que l’on ait pu déterminer s’il s’agit de la présence de pontes récentes dans les sites, pontes que l’on ne pourrait distinguer du matériel plus ancien, ou d’un problème d’ordre physico-chimique non encore appréhendé. On notera que ce problème ne se pose pas partout dans le Sahara. 5 .- Bien qu’elle soit moindre, 24,8 %, une forte proportion de microburins est à signaler à l’Aïn Korrich, escargotière capsienne de la région de Djelfa où les coches prédominent avec 27 %. 6 .- Cf Annexes p. 544.

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La question épipaléolithique forme particulière nommée « pointe de Tarfaya » (fig. 89) qui fut définie dans ce site. Quelques galets aménagés sont présents. L’œuf d’autruche abonde, souvent décoré de quadrillages ou hachures rectilignes ou curvilignes, parfois aménagé en disques perforés ou en rondelles d’enfilage. Aucun tracé ne permet de supposer l’existence de motif animalier comme celui qui a été récolté sur un site néolithique proche. C’est aussi à l’Epipaléolithique que D. Grébénart rapporte le site 11 d’Izriten, qui a livré des restes humains. Pauvre en matériel, il montre néanmoins l’importance accordée aux pièces à coches et aux grattoirs, la rareté des lamelles à dos et des microlithes géométriques, le développement des racloirs et pièces à retouches bifaciales. Il est daté de 8100 ± 110 B.P. (Mc557) (7297-7222 av. J.C.) sur coquilles marines et a pu être occupé bien plus tôt, des charbons retrouvés dans l’une des tombes indiquant 10430 ± 180 B.P. (Gif2910) (10622-10083 av. J.-C.). R. de Bayle des Hermens identifie ce même Epipaléolithique dans plusieurs sites reconnus par les missions Petit-Maire entre l’oued Draa et le Cap Bojador. TR15 Situé à proximité de la falaise côtière du secteur de Tarfaya, TR15 occupe quelque 1000 m2 à la surface d’un épandage. La couche archéologique fouillée par J. Onrubia-Pintado, ne dépasse pas 2 cm d’épaisseur, elle a été datée sur tests d’œuf d’autruche de 6350 ± 60B.P. (Gif8033) (5380-5290 av. J.-C.). Taillée exclusivement sur silex local, l’industrie lithique est faite pour l’essentiel de lames courtes et étroites et de lamelles. Elle est fortement dominée par deux groupes, les pièces à coches et denticulés et les microburins, des autres groupes, seuls les microlithes géométriques atteignent 10 %. Les outils composites sont courant 6,1 %, associant dans la plupart des cas grattoir et scie. Le groupe des pièces à coches doit son importance à la présence de scies 21,5 %, elles sont volontiers sur lame, voire sur lamelle. La plupart est simple, due à de petites coches clactoniennes qui dégagent des épines régulièrement espacées et souvent émoussées. Aucun segment ne figure parmi les microlithes géométriques qui privilégient les trapèzes, plus particulièrement ceux à deux côtés concaves. Les microburins accordent largement la préférence aux pièces distales, pas loin du tiers. Les lamelles à dos sont quasi inexistantes, néanmoins, on doit noter l’utilisation de la retouche Ouchtata sur une dizaine de pièces. Parmi les divers a été rangée une pointe de Taoulekt. L’œuf d’autruche abonde et porte volontiers un décor qui est riche et diversifié, résultant le plus souvent d’une incision, parfois d’un pointillage et où les motifs angulaires sont rares. La culture de Foum Arguin R. Vernet rapporte à ce qu’il nomme « culture de Foum Arguin » quelque 200 sites situés dans le nord du Tijirit, l’Inchiri, l’Amsaga et l’Aouker occidental. Installés à l’Holocène inférieur, sur les reliefs dunaires qu’ils couvrent d’innombrables débris de pierres taillées, de meules et molettes, ils sont généralement très vastes. Si la plupart est en surface, quelques cas montrent une stratigraphie. A FA38 et FA391, un niveau « Foum Arguin » est surmonté d’un 1.- Cf l’ensemble lithique en Annexes p. 544.

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Sahara préhistorique amas coquillier d’époque néolithique dont il est séparé par un dépôt de sable éolien stérile. L’outillage lithique proprement dit est rare et quelques tessons de poterie figurent parfois. Une localisation préférentielle au nord-est des buttes est, pour l’auteur, une manière de se protéger des vents du sud et sud-ouest qui prédominaient avant 7000 B.P. (5900 av. J.-C.). A Cansado, la « culture de Foum Arguin » est en effet datée de 7480 ± 130 B.P. (NIA336) (6459-6225 av. J.-C.) sur Helix à 6000 ± 60 B.P. (Pa2065) (4961-4825 av. J.-C.) sur tests d’œuf d’autruche. L’industrie réalisée sur lame et lamelle, dans des matériaux locaux, silex souvent de mauvaise qualité, utilise parfois le débitage Levallois. Elle se caractérise par la prolifération d’une pointe, multiples variations autour de la pointe d’Ounan, qui est vue comme armature plutôt destinée à des sagaies en raison de son poids et d’irrégularités peu conciliables avec des têtes de flèche. L’ensemble industriel est fortement dominé par les armatures dont beaucoup procèdent de cette silhouette, suivies de très loin par les grattoirs et pièces à coches. Les autres types, dont les lamelles à dos, ne sont que faiblement représentés, les microburins, les microlithes géométriques rares. Il ne fait aucun doute que la culture de Foum Arguin soit celle d’une population de chasseurs à laquelle R. Vernet accorde « un goût immodéré pour la dissymétrie ». FA10 Site occupant la surface d’une dune basse, FA10 se développe sur 300 x 200 m ; peu visible, il pourrait avoir quelque peu échappé au pillage important qui a sévi dans cette région. La superposition d’occupation néolithique n’ayant affecté que sa partie sud, il est permis d’en soupçonner les traits essentiels dans la partie restante. Les matériaux sont essentiellement des rognons caverneux d’un silex clair à cœur marron que l’on trouve dans les formations aïoujiennes de la région. D’autres qualités de silex, le quartz, n’ont été que peu utilisés. Les nucléus discoïdes prédominent. Les lames et lamelles, peu représentées, se terminent le plus souvent en pointe non retouchée. Une étude exhaustive de 120 m2 montre un sac à outils1 constitué pour près de moitié par les armatures qui dominent largement, les grattoirs et pièces à coches n’atteignent qu’environ 14 % chacun, les autres outils sont rares et il n’y a quasiment pas de burin, ni de microburin. Les armatures, variantes autour de la pointe d’Ounan, sont parfois issues d’un débitage Levallois ; elles forment un groupe homogène par leur pédoncule, toujours très court, obtenu de diverses manières, de préférence par retouche abrupte. Le limbe et surtout la pointe peuvent être affectés de retouches. Un sac à outils semblable se trouvait dans les sites FA38 et FA3. Oum Arouaghem Dans le Zemmour, R. Vernet tend à rapporter à la culture de Foum Arguin, le gisement d’Oum Arouaghem, non loin de Zouérate. Très vaste2, son industrie est façonnée de préférence sur jaspe. Elle montre la prédominance de lamelles à dos 38 %, elle est riche en perçoirs, 12 %, et le groupe éclats et lames à dos occupe une place importante, 25 %. Hormis les Divers, les autres groupes ne se manifestent que très timidement et il n’y a pas de grattoir. Des lames appoin1 .- Cf Annexes p. 544. 2 .- Il ne serait pas totalement exempt de restes néolithiques.

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La question épipaléolithique ties naturellement ou par retouches, dont la base est pédonculée, dites pointes d’Ounan, sont vues comme des têtes de flèche.

Au Sahara septentrional : Mellalien et Faciès d’El Oued Outre le gisement de Reggan, P. Fitte signalait bien plus au nord, aux abords de la sebkha el Mellah, celui d’Aïn el Dhobb et des éléments comparables non loin de Béchar, à Djenien et près d’Ouakda. Il rapprochait ces derniers de la station de Telouet, reconnue une dizaine d’années plus tôt dans le Haut Atlas marocain, ce qui pourrait suggérer une distribution lâche de l’Epipaléolithique par le couloir de la Saoura. J. Morel a identifié un ensemble microlithique trouvé en 7°40 E, 30°35 par la mission Erg el Ouar comportant des mèches de foret, des scalènes perçoirs à l’exclusion de toute pièce néolithique. Si cet Epipaléolithique reste souvent indifférencié, deux faciès originaux ont été reconnus dans le nord du Bas-Sahara, le Mellalien dans la région de Ouargla et, plus au nord, dans l’extrémité septentrionale du Grand Erg Oriental, le faciès d’El Oued. En outre, le Capsien, culture typiquement tellienne, a débordé dans les zones de contact entre le Tell et le Sahara, en particulier dans le secteur des Ouled Djellal. Le Mellalien La dénomination Mellalien proposée par G. Camps a pris le pas sur celle de Ouarglien donnée par G. Trécolle à une culture lamellaire qui fut identifiée par celui-ci dans la région de Ouargla, en 1964. Un certain nombre de dates place son développement entre 8600 et 7000 B.P. (7700 et 5900 av. J.-C.). Bien connue dans la région de Ouargla, elle semble se développer d’une manière très lâche vers le sud jusqu’au pied du Tademaït. Trois sites Hassi Mouillah, Les deux œufs, El Hadjar montrent le Mellalien sous-jacent au Néolithique et séparé de celui-ci par une sédimentation sableuse traduisant une phase aride. Il s’agit là de sites qui furent longuement occupés à en juger par l’absence de discontinuité sur une certaine épaisseur. Néanmoins, les sites mellaliens sont le plus souvent des sites de surface, d’extension variée, ils peuvent couvrir 200 m2, voire plus1, ils peuvent aussi atteindre à peine une cinquantaine de m2. Dans ces sites de faible extension, un type de lamelle à dos connaît souvent une forte suprématie. Leur surface restreinte et cette présence fortement prédominante d’un outil les opposent aux gisements plus vastes, à structure industrielle équilibrée, et permet d’envisager, dans la culture mellalienne, l’existence de véritables ateliers distincts des habitats. L’originalité du Mellalien est d’offrir des traits qui se retrouvent partie dans l’Ibéromaurusien, c’est le cas de l’importance donnée au groupe lamelles à dos, partie dans le Capsien, c’est le cas de la présence d’aiguillons droits, de la faible utilisation de la retouche Ouchtata, du développement des décors sur œuf d’autruche. Mais du Capsien, il ne possède pas les microlithes géométriques, rarement des nucléus cannelés.

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Sahara préhistorique

Fig. 8 - Mellalien : 1) nucleus ; 2) grattoir nucléiforme ; 3,14) lamelles à cran ; 4 à 7, 9, 23) lamelles à dos rectiligne ; 8, 11) lamelles à dos partiel ; 10, 12) aiguillons droits ; 13) lamelle à dos rectiligne et base arrondie ; 15, 27) scies ; 16) mèche de foret ; 17, 18) microburins K ; 19) triangle ; 20, 24) lamelles à dos arqué ; 21, 22) rondelles d'enfilage ; 25) burin nucléiforme ; 26) lame à coche ; 28) lame à dos rectiligne et base retouchée (Origine :1 à 9, 12, 15, 17 à 19, 21, 22, 26, 27) El Hadjar, 10, 11, 13, 14, 20, 24, 28) L'œuf décoré, 16, 25) Les vieux puits. d'après Aumassip et al., 1983).

Fig. 9 – Faciès d'El Oued :1 à 3) perçoirs ; 4) burin ; 5) lamelle à dos arqué et base retouchée ; 6, 9, 11) lamelles à dos arqué ; 7, 8) aiguillons droits ; 10) lamelle à dos rectiligne ; 12, 23, 24) segments ; 13, 14) lamelles à dos rectiligne et base arrondie ; 15) lamelle à dos arqué et base tronquée ; 16, 17) triangles scalènes à angle arrondi ; 18, 19, 27) triangles scalènes ; 20, 22) troncatures ; 21) lamelle à coche ; 25) trapèze ; 26) triangle ; 28) scie ; 29, 30) nucleus ; 31) lamelle à dos partiel ; 32) éclat à coche ; 33) microburin ; 34, 36) fragments de test d'œuf d'autruche biseautés ; 35) rondelle en test d'œuf d'autruche. (d'après Bobo, 1955).

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La question épipaléolithique L’industrie mellalienne (fig. 8) est faite sur calcédoine, matériau courant dans les dépôts du Quaternaire ancien de la région1. Elle se caractérise par un débitage lamellaire soit au percuteur dur, soit le plus souvent au percuteur tendre, effectué à partir de petits nucléus bipolaires dont les plans de frappe, non préparés, s’inclinent l’un vers l’autre à 60°, forme également utilisée dans le « Bedouin microlithic ». Les indices de débitage sont très proches d’un site à l’autre, 73 à 87, de même ceux de transformation qui, eux, sont toujours bas, 5 à 82. L’outillage est dominé par les lamelles à dos, volontiers de l’ordre de 60 %, mais pouvant dépasser 75 % ou descendre vers 30 %. Leur dos est de préférence rectiligne, leur extrémité aiguë. Parmi les pièces à coches, se remarquent des scies aux dents arrondies. Les grattoirs et les burins sont diversement représentés ; des grattoirs nucléiformes et des burins nucléiformes sur éclat allongé, caractérisent le style de cet outillage. Dans certains sites, Les Burins, Piste de N’Goussa, où ils constituent le tiers des outils, les burins posent le problème d’un possible rôle de nucléus, problème également posé dans d’autres cultures, en particulier dans le Capsien typique vers la même époque. Les microlithes géométriques sont quasiment absents, alors que les microburins peuvent être en nombre comme à Bordj Mellala II3, déséquilibre qui ne trouve pas d’explication, les pointes de La Mouillah ou les lamelles à dos arqué, pièces d’où ils peuvent également provenir, étant peu nombreuses. Les pièces à coches peuvent être peu présentes (Bordj Mellala II, Les Vieux puits, L’Œuf décoré4). L’œuf d’autruche abonde et il est souvent décoré. Le matériel de broyage se retrouve dans tous les sites, en abondance dans certains. Dans l’Atlas marocain, R. Chenorkian devait remarquer une étrange analogie structurelle entre le Mellalien et les industries d’Assaka n Haddouhm5 ou Aïn al Kahla. Néanmoins ces industries disposent de divers outils les rapprochant par ailleurs du Capsien, burins dièdres d’angle, pointes du Chacal, qui ne sont pas connus dans le Mellalien. El Hadjar Au sud de Ouargla, dans le sillon de l’oued Mya, les restes d’un habitat qui fut daté de 7925 ± 130 (Mc 527) et 7300 ± 170 B.P. (Gif 880) (7030-6660 et 6380-6010 av. J.-C.), apparaissent à la base d’une butte sableuse coiffée par un gisement néolithique. A proximité, en divers endroits, se trouvent des traces ténues d’autres occupations offrant des traits semblables. Des fouilles menées de 1967 à 1970 par des équipes du CRAPE dirigées par l’un de nous (G.A.) dégagèrent une surface de 20 m2 montrant une couche archéologique faite de sables et de cendres, épaisse de 0,20 à 0,30 m. Elle ne présentait aucune discontinuité, mais n’a livré aucune structure d’habitat autre que des foyers empierrés, irrégulièrement espacés et deux dépôts d’œuf d’autruche à 1 .- Elle est toujours altérée dans le Mellalien ce qui la rend opaque et lui donne une couleur blanche la distinguant nettement du matériel néolithique façonné dans les mêmes matériaux et resté translucide. 2 .- A propos de ces indices, cf glossaire p. 592. 3 .- Gisement daté de 8070 ± 100 B.P. (UW389) (7230-6820 av. J.-C.). Cf sa structure industrielle en Annexes p. 545. 4 .- Cf la structure de l’industrie en Annexes p. 545. 5 .- Cf la structure de l’industrie en Annexes p. 557.

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Sahara préhistorique la périphérie du gisement, l’un de quatre, l’autre de deux œufs. Le matériel brut qui était dispersé dans la couche, porte souvent des cupules thermiques. Le débitage fait au percuteur dur, parfois souple, a laissé des nucléus à deux plans de frappe lisses opposés, typiques du Mellalien ; ceci n’exclut pas la présence de quelques nucléus globuleux ou à plans de frappe croisés ou encore à un seul plan de frappe dont quelques exemplaires sont cannelés. Tous sont de petite dimension. Le façonnage des outils fait essentiellement appel à la retouche abrupte, peu à la retouche Ouchtata ; le dos des lamelles est fait parfois par retouche alternante, souvent sur enclume. L’outillage1 est dominé par les lamelles à dos avec prédominance des lamelles rectilignes dont celles à base retouchée. Les bords abattus partiels ne montrent aucune préférence pour une position distale ou proximale. Les grattoirs sont souvent denticulés ou nucléiformes. Des mèches de foret doubles, aux extrémités plutôt fuselées, forment la masse du groupe perçoir. Parmi les denticulés et les scies se distingue une forme due à l’alternance d’enlèvements directs et inverses produisant un profil « en vague ». Les quelques microlithes géométriques sont plutôt des trapèzes de petite dimension pouvant avoir un ou deux côtés concaves. Les pièces à retouche continue sont assez fréquentes, les pièces esquillées exceptionnelles. L’œuf d’autruche est très abondant, souvent altéré par le gypse. Il est aménagé en rondelles d’enfilage petites et fines, qui sont peu nombreuses. Quelques surfaces sont décorées, toujours de décors simples, traits parallèles, losanges, qui entourent le plus souvent l’orifice. El Hamraïa Parmi les cordons de dunes d’El Hamraïa, apparaissent diverses stations. La plus importante occupe une surface de l’ordre de 35 x 30 m ; elle fut étudiée dans les années 60, par G. Trécolle, F. Marmier et une mission du CRAPE. Sa surface supporte une faible densité de pierres taillées et de fragments de tests d’œuf d’autruche mêlés à des pierres brûlées, matériel qui se retrouve dans des lambeaux de couche archéologique cendreuse subsistant par endroit. La disposition du matériel au sol, par sa concentration sur certaines surfaces, permet de supposer l’existence d’enclos ou de huttes de 6 à 12 m2, éloignés de 1 à 2 m les uns des autres. L’outillage2, l’un des rares qui ait utilisé quelques silex, est semblable à celui des autres sites mellaliens, peut-être peut-on y trouver un peu plus fréquemment des coches retouchées et y remarquer l’absence totale de troncature et de microlithe géométrique. La date de 7070 ± 170 B.P. (Gif 3412) (6070-5750 av. J.-C.) a été obtenue sur test d’œuf d’autruche. Hassi Mouillah Situé à l’ouest de Ouargla, en bordure de la sebkha Mellala, le gisement Hassi Mouillah fut fouillé par les Dr G. Trécolle et F. Marmier en 1964. Il forme une petite butte dont la base comporte une couche sableuse grise, continue, épaisse de 0,40 m, à base ondulée. Quelque 0,60 m au-dessous, dans la masse des sables, existe un autre niveau, lui discontinu, qui a livré une industrie com1 .- Cf Annexes p. 545. 2 .- Id.

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La question épipaléolithique parable. Au-dessus, séparé par 1,10 à 1,20 m de sable éolien stérile, se trouve un niveau néolithique1. L’industrie mellalienne a été datée de 8600 ± 150 (Mc 150) et 7650 ± 150 B.P. (Gif1195) (7930-7490 et 6650-6260 av. J.-C.). Le seul élément de faune retrouvé est une dent de phacochère. L’industrie2 ne se distingue de celle d’El Hadjar que par de menues différences dans l’outillage taillé en particulier par un fort développement des lamelles à dos rectiligne, elle dispose en outre d’un abondant matériel de broyage. La richesse du décor des œufs d’autruche est remarquable, il offre plus de 10 % de motifs composés ne rapportant quasiment jamais la même association et montrant une nette préférence pour les tracés rectilignes. Dans le matériel de broyage figure en nombre un type de molette à contour circulaire, à deux surfaces actives opposées, dont une, par son inclinaison, lui donne un profil trapézoïdal. L’Isthme Le gisement fut découvert en 1976, aux environs d’El Hadjira, par F. Marmier et G. Trécolle. Il couvre environ 200 m2 d’un reg qu’entourent de petites dunes plus ou moins stabilisées par une végétation de Limoniastrum. A l’inverse d’El Hamraïa, il n’a montré aucun aménagement de l’espace et la structure de son industrie ouvre à l’idée de station spécialisée. Les lamelles à dos qui dominent l’industrie3, sont en effet, pour près du quart, des pointes à cran, lamelles aiguës ayant à la base du bord abattu un cran placé généralement à gauche ; de telles pièces manquent ou sont exceptionnelles dans les autres sites mellaliens connus. Des groupes secondaires d’égale importance sont constitués par les burins de types variés, les pièces à coches-denticulés indifféremment sur éclat ou lame, parmi lesquelles figure une scie, les pièces à retouche continue. Les microburins sont nombreux alors que les microlithes géométriques, tout comme les perçoirs et troncatures, sont rares. Les grattoirs manquent. Cette présence en grand nombre d’un type de lamelle a été notée dans divers autres petits sites de la région. Aucun n’a produit le même outil, mais sauf les burins qui semblent procéder d’une autre démarche, il s’agit toujours d’un type de lamelle à dos, ce qui peut signifier l’existance de spécialisations. Les Burins Autre gisement du pourtour de la sebkha Mellala découvert par G. Trécolle, Les Burins se distingue par le nombre important de burins4 et des nucléus plus volumineux que dans les autres sites. Une datation, 6950 ± 170 B.P. (Gif 2649) (5990-5670 av. J.-C.) sur test d’œuf d’autruche, le rapporte à la phase finale du Mellalien. L’indice retouche abrupte est très bas. Les burins offrent les mêmes traits que dans les autres sites, ils sont fréquents sur cassure et troncature concave. On retrouve cette richesse en burins dans d’autres gisements tel Piste de N’Goussa5 identifié en 1955 par G. de Beauchêne et que ces particularités ont longtemps marginalisé. Les nucléus y sont plus souvent pyramidaux que dans les autres sites. 1 .- Cf p. 262. 2 .- Cf Annexes p. 545. 3 .- Id. 4 .- Cf composition de l’ensemble industriel Annexes p. 544. 5 .- Cf composition de l’ensemble industriel Annexes p. 545.

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Sahara préhistorique Le Faciès d’El Oued Les particularités de plusieurs sites de la région d’El Oued -EO2, EO5, Bir el Adal, MJ1, MJ3, Chouchet el Hamadi- ont permis à J. Bobo d’individualiser ce qu’il a nommé faciès d’El Oued1. Ces gisements occupent tous les mêmes positions, « sur les sommets, pentes et base de monticules nichés dans les sahanes » et se perdent sous les dunes actuelles. L’outillage (fig. 9) sort de bancs de sable ou d’un sédiment calcaro-gypseux. Il est très riche en lamelles à dos qui forment plus de la moitié des outils avec des formes rectilignes à retouche de la base prédominantes et des aiguillons droits courants. On trouve des perçoirs aménagés par fine retouche inverse de l’extrémité. Les triangles sont fréquents sous l’aspect de triangles scalènes allongés. Les microburins, pièces à coches sont en nombre variable. Un microlithisme accentué peut affecter les lamelles à dos et surtout les triangles ; à Bir el Adal, des lamelles ne dépassent pas 1,1 cm de long. Les grattoirs sont rares partout. L’œuf d’autruche abonde, parfois gravé de motifs géométriques droits ou courbes, de points ; divers fragments ont un ou plusieurs bords biseautés, ce que certains auteurs voient comme produit d’une intervention humaine, d’autres comme une éolisation. De l’ocre, diverses coquilles de Nassa gibbosula, Columbella rustica ainsi que des meules et molettes proviennent de certains sites. La faune se limite à des antilopes, gazelles, lièvres, elle ne renferme aucun reste de gros mammifères. Bir el Adal Entre 1937 et 1941, J. Morel reconnaissait une couche sableuse en léger relief, contenant des silex, cendres, foyers dans un sahane des marges du Souf. L’industrie riche en lamelles à dos2, est de petite dimension pour l’essentiel. Le matériau est du silex de diverses qualités provenant des zones d’épandage de ce secteur. Les lamelles à dos prédominent, 65 %, obtenues volontiers par retouche sur enclume ayant produit des dos rectilignes, plutôt sur le bord gauche. Les grattoirs et les pièces à coches sont peu nombreux et le matériel recueilli comprend 12 rectangles qui sont des pièces inhabituelles dans l’Epipaléolithique. L’œuf d’autruche abonde, de nombreux fragments ont un ou plusieurs bords biseautés. Ceux-ci ne sont jamais décorés alors que les autres fragments peuvent être gravés de points, traits rectilignes ou courbes, hachures. Le gisement a livré des coquilles de Columbelle rustica et Nassa gibbosula, un fragment de pendentif en malachite et quelques restes osseux provenant de gazelles dorcas et cuvieri, lièvres, oiseaux ; quelques vertèbres de poissons supposent une activité de pêche. Nassa gibbosula (Nassarius gibbosulus) qui demande des eaux tempérées à chaudes, traduit probablement des contacts avec le golfe de Gabès où ce gastéropode est fréquent. EO2 Non loin d’El Oued, en direction de Behima, J. Bobo a trouvé un matériel archéologique abondant mêlé à des cendres au sommet de deux monticules de 1,50 m de haut ; le matériel archéologique s’étalait aussi sur leurs pentes et à 1 .- Leur appartenance au Néolithique proposée par J.P. Maître qui s’appuyait sur quelques tessons trouvés sur certains sites, ne peut être retenue depuis que cette poterie s’est avérée subactuelle. 2 .- .- Cf composition de l’ensemble industriel Annexes p. 548.

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La question épipaléolithique leur base. Il en a retiré 3100 pièces brutes de taille, 631 outils et seulement 27 nucléus et 3 éclats d’avivage, quelques débris de meules et molettes, de l’ocre rouge et jaune, des fragments osseux non identifiables ainsi qu’une coquille de Pectunculus. Les fragments d’œufs d’autruche sont nombreux, beaucoup sont biseautés par polissage, certains sont ornés, d’autres transformés en rondelles d’enfilage. Aucune grosse pièce n’a été trouvée ; les nucléus, épuisés à l’extrême, mesurent moins de 3 cm de haut. Les lamelles à dos constituent la masse de l’industrie1, 65 %, avec prédominance des formes rectilignes dont la base peut être retouchée diversement. Des retouches affectent souvent la pointe accentuant son caractère aigu. Les microlithes géométriques, groupe secondaire, n’atteignent que 15 % ; ils consistent essentiellement en triangles qui sont volontiers allongés. Les microburins sont présents dont 3 microburins Krukowski. Les grattoirs, les perçoirs sont très peu nombreux et il y a quelques racloirs. Si le mauvais état des ossements n’a permis ici aucune identification, dans les sites similaires voisins et qui paraissent contemporains, EO5, Bir el Adal, des restes de gazelles, antilopes, rongeurs et vraisemblablement autruche ont été reconnus. EO5 A quelques kilomètres au nord-est d’El Oued, EO5 couvre un tertre allongé coupé en son milieu par une dune de 15 m de haut. J. Bobo y a collecté un nombre impressionnant de lamelles à dos, 3500, figurant quasiment tous les types et portant volontiers des retouches sur le bord opposé. Elles constituent l’essentiel de la boite à outils 89,8 %, les microlithes géométriques, 207, soit 5,9 %, consistent surtout en triangles 170, les microburins sont au nombre de 110, 3,1 %, les burins seulement 30, 0,9 %, les coches et denticulés 19, 0,5 %, lames à dos 12, 0,3 %, racloirs 10, 0,2 %, grattoirs 8, 0,2 %, dont trois discoïdes. Les nucleus sont très petits, certains sont pyramidaux. Le matériel comportait aussi des fragments de meules et de molettes. L’œuf d’autruche abondait, souvent gravé, biseauté, aménagé en rondelles d’enfilage. De l’ocre jaune et rouge était présente. Dans le Tell : Capsien et autres cultures Au cours de l’Holocène inférieur, le Tell oriental a été occupé par le Capsien, culture qui a laissé une densité inhabituelle de sites. Reconnaissant des variations locales, G. Camps propose d’y lire des faciès régionaux. Cet éclairage ne résout pas la question d’une attribution à l’Epipaléolithique ou au Mésolithique, attribution ancienne qui, à la lumière de récentes découvertes, reprend corps. Dans l’Ouest tellien, l’Epipaléolithique paraît moins fréquent et les cultures plus variées. L’extension de chacune, quoique encore mal cernée, semble toujours réduite. Certaines, Columnatien, Kristelien, sont marquées par le nanisme ; le phénomène, dit élassolithisme, atteint principalement les lamelles à bord abattu, les segments et les microburins. Il intervient dans des milieux divers et connaît une vaste extension. Il a été identifié dans les régions de Constantine, Tiaret et Oran. Il est présent dans certaines cluses de l’Atlas saharien, signalé dans le nord 1.- Cf la composition de l’ensemble lithique p. 548.

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Sahara préhistorique du Bas-Sahara avec le Faciès d’El Oued. Le Maroc a longtemps posé problème, de nombreux auteurs soulignant une «lacune de sédimentation systématique couvrant la période 9500-6500 av. J.-C.». G. Souville notait quant à lui, mêlé à l’Atérien de surface, la fréquence d’un matériel lamellaire qu’il proposait de rapporter à un Epipaléolithique car se distinguant du Néolithique par l’absence de tête de flèche, de poterie, l’utilisation très réduite, voire le manque, de retouche plane. A Ma Izza, dans la région de Casablanca, un niveau comportant 68 % de lamelles, sous-jacent à des niveaux néolithiques, a été rapporté à l’Epipaléolithique. Les dates récemment obtenues à Kaf Taht el Ghar, au-dessous du Néolithique cardial dans une zone « palimpseste » : 9910 ± 50 B.P. (Ly7287) (9755-9285 av. J.-C.) et 9865 ± 75 B.P. (Ly7695) (9465-9285 av. J.-C.), à Marja : 9930 ± 90 B.P. (Gif6188) (9650-9340 av. J.-C.) et à Chaâba Bayda : 9560 ± 100 B.P. (Gif6828) (9130-8795 av. J.-C.) traduisent, pour J. Linstädter, un Epipaléolithique. Il aurait des affinités avec le Kérémien. Le Columnatien Faciès élassolithique, le Columnatien a été reconnu d’abord dans la région de Tiaret, puis dans le Constantinois et l’Atlas saharien. Il vient d’en être fait mention à Chabet el Houidga (Saint Trivier) dans la région de Mascara. Dénommé par G. Camps en 1967, il doit son nom au gisement de Columnata dans lequel P. Cadenat l’identifiait dès 1954, le nommant provisoirement « Epipaléolithique de transition ». Le Columnatien se caractérise par l’importance donnée aux lamelles à dos, aux segments voire aux microburins, et la présence d’un nanisme qui en affecte une partie. Quelques segments sont apparentées à des triangles ou à des trapèzes à petite base concave retouchée. Les pièces à coches forment autour de 15 % du sac à outils. Comme dans diverses autres cultures, les burins peuvent être nombreux -dont des burins d’angle sur troncature de petite taille-, leur rareté dans les sites orientaux a conduit G. Camps à proposer deux groupes indépendants, retrouvée à Chabet el Houidga, cette rareté atténue la distinction d’ordre géographique et pourrait la reporter à une cause autre. L’outillage osseux dispose de nombreux tranchets à biseau oblique, outil considéré comme de tradition ibéromaurusienne. Columnata A Columnata, quatre niveaux culturels ont été reconnus : Ibéromaurusien, Columnatien, Capsien, Néolithique. Le niveau columnatien repose sur la roche, entre la falaise et l’occupation ibéromaurusienne qu’il chevauche légèrement1. Il est surmonté d’un niveau capsien dont il est séparé par des éboulis. P. Cadenat qui fit les fouilles, lui rapporte les dates de 8280 ± 150 (Mc 155), 8140 ± 150 (Mc 211) et 7300 ± 200 B.P. (Mc 154) (7520-7140, 7450-6830 et 6380-5990 av. J.-C.). Même si on n’en connaît pas les modalités, cette longue occupation du site implique un environnement particulièrement favorable à l’homme sur la longue durée. 1 .- Ce passage se retrouve à Saint Trivier où T. Dachy et al rapportent une occupation columnatienne au-dessus d’un Ibéromaurusien final et la datent du 8ème millénaire.

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La question épipaléolithique Hors les microburins qui la dominent largement, l’industrie lithique1 s’équilibre entre lamelles à dos, coches-denticulés et burins. La miniaturisation affecte les lamelles à dos avec 6 % de l’ensemble des outils, les microlithes géométriques, 1 %, avec des microsegments très allongés. Elle concerne à peu près tous les microburins (lesquels montrent une plus grande fréquence des microburins de base), ainsi que les burins qui ne dépassent pas 3,5 cm de long et sont quasiment tous des burins d’angle sur troncature, souvent multiples. L’industrie osseuse est abondante, mais peu de pièces sont entières. Les fragments présentent souvent des traces de passage au feu. De bonne facture, les outils sont totalement et soigneusement polis, ils comportent des poinçons, alènes, lissoirs et, en particulier à la partie inférieure du niveau, de nombreux tranchets. Parure et art se traduisent dans des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, une pendeloque en pierre. Des fragments de schiste vert ont été polis et certaines plaquettes peuvent porter des traits gravés. Le fût de quelques poinçons présente de courts traits transversaux parallèles. Les vestiges fauniques montrent la présence de gazelles, antilopes, canidés, ânes et surtout de petits animaux tels que des hérissons, lézards, rongeurs et des oiseaux. Bien que rare, le caballin Equus algericus, reconnu dans le Pléistocène supérieur, est cité pour la première fois dans l’épipaléolithique. Equus melkiensis qui fut longtemps confondu avec Equus mauritanicus et qui serait fréquent dans l’Ibéromaurusien, est ici rare. Bos, Alcelaphus, le sanglier, le porc-épic sont rares eux aussi. Des crabes d’eau douce, barbeaux, escargots abondent. La comparaison entre leur fréquence dans ce niveau et dans les niveaux sus-jacents, où Leucochroa devient très largement prédominant, pourrait faire valoir un climat alors plus chaud. P. Cadenat a mis au jour 35 tombes qu’il rapporte au Columnatien2, elles auraient renfermé une cinquantaine de sujets adultes et enfants traités de la même manière. Identifiés comme Mechta el Arbi graciles, leur durée de vie moyenne a été située à 21-22 ans par J.N. Biraben et leur état a permis à J. Dastugue de parler d’une population menant une vie paisible, utilisant volontiers une position assise ou accroupie. Cubitus Dans la même région, le gisement du Cubitus, également connu sous le nom de Torrich I, offre les mêmes caractéristiques. Découvert en 1952 par G. Bonneau et J. Vassot, qui y firent d’importantes récoltes de surface, il fut fouillé à partir de 1961 par P. Cadenat. Celui-ci reconnaissait trois niveaux qui lui ont permis de proposer une évolution par variation du pourcentage des burins dont l’augmentation est régulière, puis des grattoirs ; augmentations qui se font aux dépens des lamelles à dos, pièces à coches et à un degré moindre des microlithes géométriques. Le gisement s’étend sur une pente légère, il a fait l’objet de fouilles d’un volume global de 10 à 15 m3, échelonnées en quatre points le long de la pente. Elles ont montré une couche archéologique épaisse de 0,70 à 0,90 m avec cer1 .- Cf Annexes p. 547. 2 .- Pour L. Aoudia-Chouakri, 13 tombes rapportées par P. Cadenat au Columnatien pourraient être ibéromaurusiennes.

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Sahara préhistorique taines concentrations d’objets qui laissent entrevoir une probable structuration de l’espace. L’industrie lithique1 est, à tous les niveaux, taillée dans des silex d’aspect varié mais avec prédominance de silex noir yprésien. Elle est marquée par le nanisme. Les nucléus sont petits, généralement polyédriques ou globuleux, le plus souvent à un plan de frappe. Les outils sont de petites pièces courtes ; les lamelles à dos, étroites, mesurent pour la plupart quelque 3 cm de long et un ultramicrolithisme en affecte certaines. Les dos sont rectilignes, les bases souvent retouchées, les extrémités effilées. Les burins sont nombreux, ce sont généralement des burins d’angle sur troncature, volontiers aménagés sur des lamelles. Les microlithes géométriques sont marqués par la miniaturisation de certains segments et la présence d’une forme originale, un trapèze dont le petit côté abattu est concave. L’industrie est également originale par la fréquence d’un émoussé affectant une partie du tranchant de lamelles brutes ou retouchées. Un travail par polissage est traduit par la mise au jour d’une cinquantaine d’outils en os, mais il s’agit seulement de pointes ou poinçons et de tranchets ; il n’y a pas de véritables aiguilles bien qu’un fragment montre l’amorce d’un chas. Ces outils, entièrement polis, attestent du soin mis à les façonner. Du polissage se retrouve sur quelques fragments de test d’œuf d’autruche, matériau peu abondant, et sur un fragment de schiste vert. La faune comporte des restes de Bos primigenius, Equus algericus, Equus mauritanicus, Equus melkiensis, Equus asinus, Alcelaphus buselaphus, gazelles, peut-être de mouflon, un renard, un félin, deux espèces d’oiseaux, ainsi que de la tortue et des barbeaux. A quelques coquilles d’Unio, s’ajoutent de nombreux gastéropodes terrestres avec Rumina decollata, quelques Leucochroa candidissima, de nombreuses espèces d’Helix, Helicella. Divers fragments provenant d’un squelette humain2 (cubitus, fragment de mandibule, métacarpiens, rotule) gisaient à la surface du gisement. El Hamel couche A Des traits comparables se retrouvent dans l’Atlas saharien avec l’industrie récoltée dans la couche A du gisement d’El Hamel. Epaisse de 0,20 m, cette couche a été attribuée au Néolithique par J. Tixier qui découvrit et étudia le site au début des années cinquante ; pour C. Roubet, il relève plutôt de « l’Epipaléolithique de transition ». Le niveau n’est pas daté directement, mais il est postérieur à un niveau ibéromaurusien daté de 9540 ± 120 B.P. (9140-8740 av. J.-C.)3. C. Roubet devait souligner les similitudes remarquables entre cette industrie et celle de Koudiat Kifène Lahda, leur principale divergence résidant dans la présence d’un rectangle à El Hamel. Ce niveau a livré outre l’industrie lithique4, des pierres de foyer, des cailloux de la grosseur d’une noix, deux rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche5. 1.- Cf p. 547. 2 .- Le gisement doit son nom au premier de ces restes qui y fut retrouvé. 3 .- Cette date obtenue très longtemps après les fouilles et à partir de prélèvements faits sans précaution comme ils se faisaient avant la mise en place des méthodes de datation, doit être retenue avec précaution. 4.- Cf p. 547. 5 .- Des fragments de poterie, parfois minuscules, trouvés à toutes les profondeurs étaient responsables de l’attribution de la couche au Néolithique. Il est probable qu’ils proviennent d’un niveau supérieur, en raison des remaniements incessants dus aux labours, ce qui entraîne un doute quant à la composition réelle du sac

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La question épipaléolithique J. Tixier remarquait que la facture des pièces était beaucoup plus soignée que dans les niveaux plus anciens rapportés à l’Ibéromaurusien. Les lamelles à dos se répartissent en types bien plus nombreux, leur retouche est plus fine et a créé un dos souvent perpendiculaire à la face d’éclatement, les retouches de base ou de pointe sont fréquentes. Les coches sont plus volontiers façonnées sur lamelle. Les nucléus, peu nombreux, petits, peuvent être pyramidaux, subcylindriques ou globuleux ; les plans de frappe sont lisses. Les restes de faune sont peu nombreux, très fragmentés, rarement déterminables, une écaille et des plaques dermiques de tortue, une pince de crabe d’eau douce y ont été reconnues. Koudiat Kifène Lahda Gisement de la région d’Aïn M’lila, il s’étend sur une pente au pied d’un auvent que longe une étroite plateforme. Découvert par B. Dedieu, il fut fouillé en 1967 sous la direction de C. Roubet. La couche archéologique d’une épaisseur de 1,30 m était divisée en deux par un dallage de pierres mal jointées, épais de 0,25 m. Sous ce dallage, un niveau original à caractère élassolithique1 a été daté de 8540 ± 150 (Gif 879) et 8320 ± 150 B.P. (Mc 207) (7870-7350 et 7540-7140 av. J.-C.). Le débitage a produit 4 % de lamelles dont la longueur est inférieure à 2,5 cm et n’atteint que 1 cm pour certaines. Les nucléus, le plus souvent de forme globuleuse, sont de petites dimensions, non cannelés, caractère qui apparaît dans le dépôt sus-jacent. Les grattoirs sont simples, souvent aménagés sur lame ou lamelle. Les perçoirs sont faits sur lamelles à dos. Les formes de burins sont variées. Les lamelles à dos sont de préférence rectilignes, souvent à dos partiel. La retouche Ouchtata est utilisée à 13 %. Près de 20 % des lamelles à dos sont atteintes de nanisme, caractère qui affecte plus particulièrement les formes arquées. De nombreux éclats et surtout des lamelles portent des coches, toujours retouchées. Les microlithes géométriques, dont 87 % sont affectés de nanisme, font une part essentielle aux segments et ne renferment aucun trapèze. Les microburins, indifféremment distaux ou proximaux, constituent près du tiers des outils ; ils peuvent être de très petite taille, jusqu’à 4 mm pour les plus petits. Le matériel osseux est rare, limité à quelques fragments de poinçons. De l’ocre jaune et rouge, une molette qui en porte des traces ont été retrouvées ; avec quelques restes de faune provenant de gazelles, lézards, barbeaux et l’œuf d’autruche, ce sont les seuls autres éléments perçus dans ce niveau. Saint Trivier/Chabet el Houidga Au sud-est de la ville de Mascara, à flanc de colline et en bordure d’un ravin, le site domine la plaine de Ghriss. Il a été découvert et fouillé dans les années 60 par G. Simonnet, préhistorien amateur, officier en poste dans ce qui était le dépôt de carburant de l’armée. Les fouilles menées par décapages de 5 à 15 cm en trois secteurs ont couvert une surface de 15 m2. Grâce aux carnets de fouilles, croquis, notes diverses, la stratigraphie dégagée alors a pu être précisée, le matériel recueilli analysé. La synthèse des données faite par T. Dachy et ses collaà outils sans remettre en cause son appartenance du fait des similitudes avec le niveau inférieur de Koudiat Kifène Lahda. 1 .- Cf Annexes p. 547.

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Sahara préhistorique borateurs montre la succession de six niveaux. Le niveau supérieur, C1, épais de 15 à 30 cm, est une terre rouge renfermant du matériel remanié qui n’a pas été pris en compte. Au-dessous, une terre noire plus ou moins riche en cendres, est interrompue à deux reprises par un niveau de cailloux, l’un supérieur C3 d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur, l’autre C5 d’une dizaine. Réalisés à l’aide de pierres informes, mais de dimensions voisines, 5 à 10 cm, disposées régulièrement, ils forment de véritables dallages et cette régularité plaide en faveur de « constructions » anthropiques. Le niveau supérieur, C2, de plus de 50 cm d’épaisseur reposait sur le dallage supérieur C3, il renfermait deux foyers et était riche en « escargots », au-dessous, l’occupation C4 reposait sur le dallage inférieur C5, elle comportait aussi deux foyers et une fosse. Ce serait l’occupation principale. Au-dessous du dallage inférieur vient un niveau de quelque 30 cm riche en lamelles à dos C6. Diverses datations, bien que peu cohérentes, permettent de placer les dépôts noirs entre 11390±30 B.P. (UGAMS-28900) et 6860±30 B.P. (Beta 450252), 11350-11195 et 5785-5710 av. J.-C. L’essentiel du matériel archéologique consiste en pièces lithiques1, elles sont tirées de silex de diverses qualités, un silex noir prédominant largement, 3 % sont en calcédoine et quelques pièces en chaille. Beaucoup ont été passées au feu, caractère également noté à Columnata par P. Cadenat. Les nucleus (une quarantaine a été récoltée) sont petits, souvent fragmentés, le plan de frappe est lisse, ils ont été travaillés par percussion dure ou tendre pour produire de petits éclats ou des lamelles irrégulières, de petite taille. Le sac à outils montre la prédominance des lamelles à dos, elles sont particulièrement abondantes dans le niveau inférieur C6 où elles sont volontiers arquées et les bases tronquées ; dans sa partie supérieure le niveau s’enrichit en lamelles rectilignes, ainsi qu’en triangles et trapèzes. Les pièces à retouches continues forment un autre groupe important. Avec plus de 10 %, les coches-denticulés et microlithes géométriques viennent ensuite avec à peu près la même importance, les autres outils y compris les grattoirs sont peu nombreux. Le niveau médian C4 où les lamelles rectilignes prédominent, est marqué par l’élassolithisme qui affecte segments et microburins. Au niveau C2 interviennent les lamelles à tête arquée. L’état de surface des segments conduit les auteurs à y voir des projectiles de 1 à plus de 6 mm, dont la plupart aurait été insérée obliquement. Sur une cinquantaine de pièces, dont des lamelles de belle qualité, ils notent un lustre strié envahissant plutôt la face inférieure. Le matériel osseux est réduit à 24 pièces qui sont des tranchets et des outils appointis. Avec 2 fragments de test, l’œuf d’autruche est rare. Un souci esthétique ou plutôt prophylactique peut être marqué par de l’ocre, une perle en matériau non déterminé et quelques coquilles marines, Turritella, Cerastoderma (Cardium) edule qui pourraient être des éléments de parure. La faune comporte Gazella dorcas, Alcelaphus buselaphus, Ammotragus lervia, des Léporidés, de la tortue, des pinces de crustacées. La malacofaune est variée avec Otala lactea et punctata, Theba pisana et Sphincterochila (Leucochrea) candidissima, Cernuella, Helicella, Caracollina lenticula, Rumina decolata, Melanopsis. 1.- Cf la composition du sac à outils p. 547.

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La question épipaléolithique Kérémien et Kristelien Le Kérémien se caractérise par une structure industrielle qui accorde une importance majeure aux grattoirs dont l’indice varie entre 40 et 55 ; ils sont courts, épais, souvent carénés. Les lamelles à dos, encore courantes, 20 à 25 %, donnent la préférence aux formes arquées, les coches-denticulés oscillent de 5 à 15 %, les racloirs peuvent atteindre 10 %. Les microlithes géométriques, essentiellement des segments, sont plus ou moins fréquents. Quelques pièces esquillées peuvent figurer. Les burins n’ont pas été retrouvés dans tous les sites. Le Kérémien doit son nom au gisement de Kef el Kerem que firent connaître P. Cadenat et G. Vuillemot en 1944, mais il fut longtemps assimilé à l’Ibéromaurusien malgré de notables différences industrielles. Il fallut la découverte des sites de La Jumenterie, Le Bois des Pins pour qu’en 1967, J. Tixier individualise ce faciès. Il se retrouverait à Aïn Sandouk, Djebel Mekaîdou. Il existe peut-être au Kheneg Kenadsa où une industrie trouvée à la base des dépôts, comportant 50 % de grattoirs et un grand nombre de lamelles à dos, a été attribuée par A. Jodin au Néolithique, en raison de la présence de quelques tessons de poterie atypique, sans décor1. Il se retrouve sans doute à la base des dépôts d’Oued Guettara2. A Zaccar I, la prolifération des grattoirs s’accompagne d’une miniaturisation et rapproche le Kérémien de ce qui fut nommé Kristellien par F.E. Roubet, dans la région d’Oran. Le Kristelien possède les mêmes caractères que le Kérémien, en particulier l’abondance des grattoirs, mais en outre, tout comme le Columnatien, il présente des outils de très petites dimensions. Le gisement princeps, Bou Aïchem3 dit aussi Crique des pêcheurs, signalé par P. Doumergue, avait été attribué par Ch. Goetz et L. Balout au Néolithique en raison de quelques tessons de céramique sans décor trouvés à la surface ; or ceux-ci offrent des caractères tardifs qui supposent plutôt une pollution. Il est daté de 10215 ± 400 B.P. (Alg25) (105209350 av. J.-C.) sur coquille marine, 9700 ± 400 B.P. (Alg26) (9870-9700 av. J.-C.) sur charbons. F.E. Roubet et G. Camps rapportent l’ensemble industriel à un Epipaléolithique en raison de sa richesse en grattoirs et d’un microlithisme accentué. Privilégiant ce dernier, F.E. Roubet l’attribue au Kristelien. G. Camps l’attribue au Kérémien, lui assimilant le Kristelien en rappelant que l’ancienneté des fouilles à Kef el Kerem n’a probablement pas permis d’y percevoir cet outillage minuscule. Toutefois le nombre de sites kérémiens où ce trait n’est pas signalé, milite plutôt en faveur de l’existence de deux faciès. Bois des Pins Le gisement Bois des Pins, mis au jour en 1953 dans la région de Tiaret par le défrichement, se présente comme un cercle noirâtre de 30 m de diamètre. L’industrie4 recueillie par R. de Bayle des Hermens traduit un choix de la matière première en fonction de sa destination. Les lamelles sont, en effet, en silex 1 .- La poterie néolithique de ces régions ayant un décor qui n’occupe souvent qu’une faible partie des surfaces, l’absence de tesson décoré ne peut prendre de signification, seules les caractéristiques des pâtes pourraient, peut-être, préciser l’appartenance. 2 .- Cf p. 242. 3 .- Cf détail de l’industrie Annexes p. 546. 4 .- Id.

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Sahara préhistorique noir ou brun, les grattoirs en silex laiteux venant du poudingue des oueds environnants. Ces derniers constituent plus de 60 % des outils, ils sont façonnés sans souci de qualité, la plupart sur des éclats irréguliers. Les lamelles à dos, plutôt arqué, forment plus du quart des outils, il n’y a pas de lamelle à piquant trièdre. Les pièces à retouche continue sont courantes avec près de 10 % alors que le groupe des pièces à coches dépasse à peine 5 %. Il n’y a pas de microlithe géométrique mais 2 troncatures et 2 microburins (moins de 1 %) ont été mis au jour. Les nucléus, peu nombreux, sont issus de galets et disposent d’un plan de frappe préparé. Du matériel de broyage est présent ainsi que des fragments d’hématite et de plomb lequel se retrouverait dans tous les sites de la région. Kef el Kerem Le gisement éponyme du Kérémien fut découvert dans la région de Tiaret au pied de rochers par P. Cadenat en 1938. Avec G. Vuillemot, il fouilla un volume de 20 m3 en tranchée de 1 m de large et attribua alors l’industrie à l’Ibéromaurusien. Gisement de plein air situé près d’une grotte minuscule, Kef el Kerem a livré la même structure industrielle1 sur toute son épaisseur. Elle est dominée par des grattoirs courts, épais, souvent carénés et les lamelles à dos y sont fréquentes. La faune comporte Bos (identifié comme B. opisthonomus), Alcelaphus buselaphus, Gazella dorcas, Ammotragus lervia, un équidé, de la tortue, des oiseaux. La Jumenterie Proche de Tiaret, le site fut reconnu et étudié par R. de Bayle des Hermens qui effectua une fouille de sauvetage. Les nucléus sont en majorité globuleux, certains sont pyramidaux ou cylindriques. L’industrie2 est riche en grattoirs, presque tous les types sont présents, seul celui sur lame à dos (pièce typiquement capsienne) ne s’y retrouve pas ; la majorité consiste cependant en grattoirs simples, souvent faits sur éclat cortical et dont certains tendent vers le grattoir unguiforme. Dans les pièces composites, grattoir et burin sont associés. Il n’y a pas de mèche de foret. Les lamelles à dos arqué sont nombreuses, les bases rarement aménagées. Les pièces denticulées sont plus fréquentes que celles à coches et plus souvent faites sur lames et lamelles. Parmi les microlithes géométriques, peu nombreux, les segments prédominent, les trapèzes et les triangles sont présents. Il existe un certain nombre de racloirs, plusieurs montrent un émoussé du bord opposé à la retouche ou de la retouche elle-même. Du matériel de broyage est représenté par des molettes dont deux portent une cupule piquetée au centre d’une ou de plusieurs faces. De petits fragments d’ocre rouge sont présents. Zaccar I. Dans la région de Bou Saada, Zaccar I s’est installé sur un remblaiement sableux type El Haouita qui, au Pléistocène supérieur, en fin de sédimentation, a colmaté une cluse de la vallée de l’oued Bou Saada. Le niveau anthropique cendreux, noirâtre, renfermant des esquilles osseuses et des pierres taillées, de l’ocre rouge et des fragments de meules ocrées, affleure en coupe sur une épaisseur de 0,30 m. Aucune discontinuité n’y apparaît. Découvert par D. Godard en 1.- Cf détail de l’industrie Annexes p. 546. 2.- Id.

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La question épipaléolithique 1966, les premiers travaux furent menés en 1970 par une mission CRAPE qui étudia les modalités de destruction l’affectant, entraînant du matériel archéologique au pied de la coupe. En 1976, N. Ferhat poursuivait la fouille après ramassage du matériel dégagé par l’érosion depuis les précédents travaux.

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Industrie paléolithique qui persiste au post-glaciaire, l’Epipaléolithique est surtout connu par ses outillages et son mobilier. Il dispose d’un sac à outils microlithiques qui accorde une place importante, souvent prédominante, aux lamelles à dos. Les microburins, les grattoirs, parfois les coches-denticulés peuvent jouer un rôle notable, voire dominer. Quelques cultures ou sites disposent néanmoins d’une structure industrielle plus équilibrée. Un phénomène de miniaturisation peut affecter des lamelles à bord abattu, des segments, des microburins. A Columnata, les burins sont également concernés. On ne sait donner un sens à ce caractère qui se rencontre dans des milieux différents. L’Epipaléolithique n’a connu qu’un faible développement au Sahara, une partie de ces régions, celles du sud, étant déjà engagée dans un processus de néolithisation à l’Holocène inférieur. Les quelques faciès identifiés n’occupent que des aires restreintes, le Mellalien la région de Ouargla, le faciès d’El Oued la région de même nom, le Qarunien celle du Fayum. Dans les autres régions sahariennes, comme celle de Reggan, ne sont connues que quelques installations épisodiques et, à l’Adrar Bous, l’existence d’Epipaléolithique est discutée. L’Epipaléolithique est bien implanté dans la vallée nubienne du Nil, où plusieurs cultures ont été retrouvées ; Elkabien, Arkinien, Shamarkien se sont développés entre les 11ème et 7ème millénaires, voire plus tard, le Shamarkien s’avérant particulièrement récent. Dans le Tell, de multiples cultures à faible développement, Columnatien, Kérémien, Kristelien, connues à l’ouest, s’opposent à l’importance prise par le Capsien qui s’est épanoui dans sa partie orientale.

Les fouilles montraient une densité de l’outillage lithique1 régulière avec des altérations différentielles des pièces liées aux conditions même de gisement, un remblaiement type El Haouita, ce qui implique une circulation capricieuse des eaux dans les sables2. Certains groupes d’outils présentent, eux, une distribution particulière. Ainsi, les premiers travaux ont mis en évidence une forte densité de grattoirs, 33,4 %, alors que les travaux de 1976, contigus, voyaient leur indice s’abaisser à 10 %. On retrouve ce même phénomène de groupement pour les microburins qui représentaient 3 % dans les premières fouilles, 51,6 % dans les suivantes. Tous les autres outils offrent une distribution homogène. 1.- Cf Annexes p.546. 2 .- Ce qui explique les différences d’altération du matériel, de ce fait, elles ne peuvent être attribuées à un mélange comme certains, sans connaître le site, ont pu l’avancer.

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Sahara préhistorique L’industrie lithique1 est façonnée sur silex et quelques pièces sur calcaire. Les nucléus comportent essentiellement des formes pyramidales cannelées. Les grattoirs offrent une grande variété de types avec une nette prédominance des grattoirs simples. Les lamelles à dos et microburins sont volontiers marqués par l’élassolithisme. Les unes, dont la partie proximale est parfois brisée, ne dépassent que rarement 2 cm de long, la plupart se situant entre 1 et 2 cm. Les autres atteignent à peine 1 cm, mesurant le plus couramment moins de 0,5 cm. Les pièces à coches qui sont un groupe secondaire, montrent des coches toujours bien marquées, aussi larges que profondes. Aucune molette ne se trouvait dans le secteur fouillé qui renfermait toutefois des fragments de meule portant des traces d’ocre.

Le Capsien : épipaléolithique ou mésolithique ? Occupant l’Est maghrébin, la culture la plus développée, la plus connue, est le Capsien. Elle tient une place de choix dans la littérature préhistorique car elle fut longtemps vue comme l’ensemble industriel majeur ayant généré le Néolithique. Le terme fut créé en 1909 par J. de Morgan pour nommer une industrie identifiée près de Gafsa (l’antique Capsa) que caractérisait la présence de nombreuses lames dont le dos était abattu ou qui portaient un grattoir terminal ou un burin et qui fut longtemps rapprochée de l’Aurignacien européen2. La même année, sous la plume de P. Pallary paraissait l’appellation Gétulien pour désigner cet ensemble industriel, terme qui ne fut guère utilisé et qui est tombé en désuétude. L’origine du Capsien reste une question ouverte : une origine méditerranéenne et européenne fut d’abord proposée, elle n’a plus de défenseur, une origine proche-orientale qui lui a succédé et reposait sur l’antériorité au Proche Orient et dans l’est du Maghreb d’une population proto-méditerranéenne, alors que l’ouest restait peuplé de Mechta el Arbi, en a de moins en moins ; de plus en plus d’auteurs trouvent des éléments de filiation dans l’Ibéromaurusien. En 1933, dans ses Notes sur le Capsien, R. Vaufrey devait distinguer deux phases, un Capsien typique qui répondait aux premières définitions et un Capsien supérieur d’où disparaissaient les grandes lames tandis que les microlithes géométriques se multipliaient. Lors des fouilles du Relilaï, le Capsien typique, sous-jacent au Capsien supérieur, fut reconnu antérieur, cette superposition se retrouve Abri Clariond, El Mekta... ; actuellement l’ensemble des dates connues traduit une contemporanéité partielle et même, dans certaines régions, une antériorité du Capsien supérieur. Néanmoins, en s’appuyant sur les processus de débitage, récemment N. Rahmani a vivement contesté cette position3, avant d’y adhérer. Aucune explication n’a été trouvée à cette dualité, toutefois, la présence de grosse faune dans les seuls gisements Capsien typique, leur distribution, pourraient être un indice en faveur d’une spécialisation. Vu d’abord comme mésolithique, le Capsien fut considéré comme épipaléolithique par L. Balout, suivi en cela par la plupart des auteurs. L’état actuel 1 .- Cf Annexes p. 545. 2 .- Cf à ce sujet Balout 1955 : 387-391, Camps 1974 : 100-101. 3 .- Pour cela, elle rejette les éléments antinomiques, dates anciennes sous prétexte de marges d’erreur trop importantes, fouilles qu’elle juge plus ou moins mal menées.

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La question épipaléolithique des connaissances, sans résoudre la question, permet de la reposer si l’on retient comme définitions celles du Dictionnaire de Préhistoire dirigé par A. LeroiGourhan, d’après lequel le Mésolithique est une industrie située entre le Paléolithique supérieur et le Néolithique, présentant des caractères suffisamment différents de ces deux périodes et l’Epipaléolithique est entendu comme une industrie paléolithique qui persiste au post-glaciaire. Le Capsien s’est développé du 10ème au 5ème millénaires. Il disparaît par passage insensible au Néolithique qui constitue un voile à la surface de maintes escargotières. Les sites sont très nombreux et beaucoup n’ont fait l’objet que d’un sondage sommaire ou ont été simplement signalés1. L’industrie se distingue de celle du Paléolithique supérieur par la fréquence des microlithes géométriques2, le développement du matériel osseux, de l’art mobilier, et de celle du Néolithique par la rareté des racloirs, l’absence de poterie3. Le Capsien fait un ample usage de l’ocre, en enduit le dos de lames à bord abattu4, l’utilise dans ses rites funéraires. Il a beaucoup été écrit à son propos, la densité des gisements capsiens dans certaines régions5 ayant particulièrement retenu l’attention, tout comme leur aspect en raison de l’abondance des cendres, des coquilles de gastéropodes et de pierres de la taille d’une orange, plus ou moins calcinées, qu’ils renferment. Quelques gisements le montrent sus-jacent à une autre culture : à Columnata, Koudiat Kifène Lahda, le Capsien supérieur repose sur un niveau columnatien, dans les quelques cas où il surmonte l’Atérien, un hiatus les sépare. Une stratigraphie impliquant le Capsien typique, autre qu’en relation avec le Capsien supérieur, n’a été signalée qu’aux Ouled Djellal où, d’après le Dr Marchand, il reposerait directement sur l’Atérien. Cette stratigraphie n’a pas été confirmée par D. Grébénart qui n’a retrouvé aucun site procédant du Capsien typique dans ce secteur, bien que la présence de grosses lames, dont des couteaux de Guentis, qui en proviennent, figurent dans les collections CRAPE. Malgré des variations latérales d’aspect dont il est souvent fait mention, on ne dispose pas d’éléments permettant de préciser les modalités de l’occupation. En fait, la plupart des travaux étant anciens, peu de sites sont à même de fournir des renseignements suffisants pour connaître l’origine, l’habitat et la vie des populations capsiennes. Les travaux de S. Merzoug ont attiré l’attention sur un changement de comportement, le passage graduel d’une chasse sélective à une chasse plus diversifiée et l’accentuation du phénomène avec une augmentation du gibier de petite et très petite taille (gazelles et lagomorphes) durant le 1 .- On trouvera un maximum d’indications à leur propos dans Préhistoire de l’Afrique de R. Vaufrey. 2 .- Les sites de Cheria et Lalla font problème. Quoique traditionnellement attribuée au Capsien, Cheria fouillé par M. Reygasse dans les années 1910, paraît n’avoir disposé d’aucun microlithe et posséder des outils de très petite dimension. La position stratigraphique de Lalla, telle que décrite par R. Vaufrey, place le site bien antérieurement au Capsien, ce que confirme la structure industrielle reconnue par E.G. Gobert (cf T. I, p. 229). Or l’industrie dont fait état R. Vaufrey avec microlithes géométriques, pièces à coches, est rapportée au Capsien, ce qui a conduit G. Camps à proposer l’existence de deux niveaux. 3 .- On verra cependant ci-dessous que quelques tessons ont été retrouvés à Dra Mta el Ma el Abiod, Bekkaria. A Aïn Misteheyia, ils se sont avérés intrusifs. 4 .- M.L. Inizan y voit un élément de pâte qui aurait servi à fixer la lame dans un support, le gypse ayant pu contribuer à la préparation, hypothèse controversée par G. Camps. 5 .- D. Grébénart en reconnaît plus de 200 dans le secteur Cheria-Telidjene qui paraît l’un des plus denses.

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Sahara préhistorique Capsien supérieur, ce qu’elle tend à rapporter à un événement climatique, en l’occurence, le « 8.2 ka event ». En rapportant au Capsien, des traits profonds, rectilignes, plus ou moins parallèles qui marquent les parois de certains abris, divers auteurs, L. Balout, G. Camps, H. Camps-Fabrer y ont vu l’origine de l’art rupestre nord-africain. Le Capsien typique Le Capsien typique est connu entre 8500 et 6500 B.P. (7600 et 5500 av. J.-C.). Il utilise un débitage au percuteur tendre, possède un outillage volumineux, fait de préférence sur lame (fig. 10), où prédomine la retouche abrupte. Le burin, le plus souvent un burin d’angle sur troncature, est un outil courant qui fait partie de ses caractéristiques, de même de grosses lames étranglées engendrées par de vastes coches. De grandes lames à dos sont fréquemment arquées et une de leurs formes, le couteau de Guentis, prend lui aussi valeur de marqueur. Les lamelles à dos sont acérées, rectilignes, ce sont souvent des aiguillons droits aménagés aux dépens de chutes de burin. Les microlithes géométriques sont des segments ou des triangles, plus rarement des trapèzes. L’industrie osseuse est pauvre. Des restes de grosse faune s’y retrouvent volontiers. En 1948, dans l’escargotière d’Aïn Metherchem qui est partiellement superposée au site moustérien et en est séparé par un niveau de sable remanié, la découverte de l’inhumation d’un homme protoméditerranéen par F. et T. Lacorre, fut à l’origine d’une vive polémique en raison d’une parenté certaine avec l’homme de Combe-Capelle, R. Vaufrey n’admettant pas de présence autre que mechtoïde avant le Néolithique. Si cette présence est admise aujourd’hui, l’homme de l’Aïn Metherchem lui-même est plutôt rapporté au Néolithique en raison de la richesse et du mode de fabrication de sa parure, une résille et un pagne faits ou ornés de centaines de rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche fabriquées en série, pratique typiquement néolithique. Le Capsien typique n’a été identifié que sur un petit territoire occupant le sud des Nemencha jusqu’au nord des chotts, sur une distance de quelque 200 km de part et d’autre de la frontière algéro-tunisienne. Aïn Zannouch, Bou Hamram1 sont actuellement les sites connus les plus orientaux. Vers le sud, une extension dans la région des Ouled Djellal est probable, en raison du matériel figurant dans les collections anciennes. Le matériel récolté à Merdjouma dans le Tademaït qui lui fut un temps attribué, n’est nullement significatif et aucune trace n’en a jamais été notée entre le Tademaït et les Ouled Djellal, soit sur plus de 500 km. J. Tixier a distingué deux faciès qu’il nomme « de type Bortal Fakher » et « de type El Mekta », auxquels P. Vermeersch ajoute un type Kasserine que caractérise l’abondance des pièces à coches et qui serait tardif. Il est connu à Hamlet Boulaaba (=Hamaïne), Chabet Salah en Arbi, Chabet el Bakrer2. Le type Bortal Fakher, très homogène, est riche en burins qui interviennent pour plus d’un tiers. M.L. Inizan a pu établir que seuls les burins d’angle sur troncature assuraient cette discrimination. Outre le site éponyme, ce faciès est connu à l’Abri 402, Aïn Sendes, Bir Hamaïria II. Le type El Mekta est connu à Redeyef Table sud, Abri Clariond. Il 1 .- A. Gragueb souligne l’erreur de transcription et propose «Bou Umram ». 2.- Cf le détail de l’industrie p. 548.

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La question épipaléolithique accorde la suprématie aux lamelles à bord abattu avec plus du quart des outils, la distribution du reste de l’outillage montrant des variations très marquées d’un site à l’autre, il est riche en pièces à coches et denticulés. Fouillant les gisements du Relilaï et d’El Outed, D. Grébénart devait reconnaître les faciès el Mekta et Bortal Fakher dans des niveaux qui s’intercalent. Parallèlement, les données radiométriques le conduisaient à ébranler l’hypothèse plaçant le Capsien supérieur en successeur du Capsien typique ; elles les montraient contemporains. Abri 402 L’Abri 402, non loin du village minier d’Aïn Moulares, est une escargotière de 2 m d’épaisseur qui présentait deux couches superposées : à la base un niveau gris, au sommet un niveau noir. Il fut fouillé en 1948 par M. Lacorre qui nommait Gétulien I, le niveau inférieur dans lequel il dit ne pas trouver de microlithe, et Gétulien II, le niveau supérieur qui en renfermait. Les fouilles furent reprises peu après par R. Vaufrey et E.G. Gobert à la demande du Service des Antiquités de Tunisie. S’ils retrouvaient bien ces deux niveaux, ces auteurs n’y retrouvaient pas les différences signalées par M. Lacorre. Le niveau gris inférieur renfermait une industrie comparable à celle du niveau supérieur ; l’existence d’un Capsien inférieur, différent du Capsien typique, s’avérait une méprise. L’industrie de l’Abri 402 appartient au type Bortal Fakher1 ; elle est riche en lamelles à dos, groupe qui domine légèrement celui des burins. Ceux-ci sont essentiellement des burins d’angle sur troncature. Fait inhabituel dans le Capsien typique, l’industrie comporte plus de 10 % de microlithes géométriques plutôt des triangles, et près de 20 % de microburins. Les lames à dos sont de larges pièces, l’arcure fréquente du dos est souvent accentuée en partie distale. Les grattoirs sont volontiers façonnés en bout de lame. Les pièces à coches sont de grosses lames épaisses caractéristiques du Capsien typique, avec des bords abrupts, crénelés. Les denticulés sont peu nombreux et sont pour l’essentiel des lamelles. Le groupe des perçoirs se limite à quelques mèches de foret. Le matériel recueilli comprend aussi des rondelles d’enfilage, des fragments de poinçons ou d’alènes et une molette. Abri Clariond Proche du précédent, l’abri Clariond qui fut fouillé par E. et L. Passemard en 1928, se développe sur 75 m avec une profondeur de 5 à 15 m. Il renfermait une couche archéologique de 3 m de puissance où la succession Capsien typiqueCapsien supérieur a été reconnue. De la base des dépôts viennent les restes mal conservés et incomplets d’un enfant2. Le Capsien typique3 d’une épaisseur de 2 m, y était subdivisé en deux niveaux séparés par un lit continu de coquilles écrasées. Ces niveaux se seraient différenciés par l’absence de trapèze et de microburin dans le plus profond ; cette distinction qui participa à la question d’un Capsien ancien ou inférieur4 sans microlithe, fut rejetée par R. Vaufrey. Dans les deux niveaux, l’industrie osseuse porte parfois des entailles parallèles. Un petit 1 .- Cf. le détail de l’industrie lithique en Annexes p. 549. 2 .- Manquent la tête, le bassin et les membres inférieurs. 3 .- Cf. le détail de l’industrie lithique en Annexes p. 549. 4 .- A propos de cette question, cf Balout 1955 p. 409-414 et Camps 1974 p. 100-101.

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Sahara préhistorique fragment d’ivoire, une carapace de tortue et des plumes d’autruche accordent un intérêt particulier au site. Aïn Sendes Escargotière proche de la frontière algéro-tunisienne, elle s’étale sur 18 x 15 m avec une épaisseur de 1,5 m. Une fouille portant sur moins de 5 m3 fut menée par R. Vaufrey en 1935, puis l’étude du matériel reprise par M.L. Inizan. Les nucléus sont pyramidaux, parfois discoïdes ou à plans de frappe opposés. L’industrie lithique1 montre une prédilection pour les burins d’angle sur troncature, les lames à dos arqué, les lamelles à dos rectiligne et extrémité aiguë, les segments. Elle se marginalise par l’absence de mèche de foret, outil toujours présent dans les industries du Capsien typique, et la présence d’un perçoir de l’Aïn Khanga, pièce caractéristique du Capsien supérieur. Les aiguillons droits et les chutes de burin à retouche abrupte sont particulièrement fréquents. Un burin sur lame à dos présente un émoussé sur les deux bords de la lame. Des molettes, des rondelles d’enfilage, de l’œuf d’autruche gravé y ont été trouvés. Aïn Zannouch Petite escargotière dont l’épaisseur ne dépasse pas 0,60 m, elle a été identifiée en 1949 par E.G. Gobert sur les pentes septentrionales du djebel Orbata. L’outillage2 retiré a été étudié et publié par J. Tixier en 1959. Il est tiré de nucléus pyramidaux ou prismatiques, est riche en burins d’angle sur troncature retouchée, avec forte prédominance de troncature concave. Les lames à dos forment deux groupes de valeur semblable, l’un à dos rectiligne, l’autre à dos arqué, 40 % d’entre elles présentent des traces d’ocre rouge tout au long des retouches. Les supports de grattoirs sont toujours allongés. De nombreuses pièces ont un tranchant ou une partie de tranchant émoussé. L’œuf d’autruche est présent, mais un seul fragment porte des gravures. La faune se réduit à des antilopes boselaphes, gazelles et mouflons. Bir Hamaïria II Bir Hamaïria qui se trouve dans la région de Gafsa, est un des rares sites capsiens de Tunisie installés en plaine. Il comporte deux escargotières éloignées d’une centaine de mètres qui renfermaient l’une, une industrie de Capsien typique, l’autre de Capsien supérieur3. On ne sait de quel site vient un crâne qui y fut mis au jour. Découvert et fouillé par M. Teste, le site fut un temps célèbre pour des gravures animalières sur test d’œuf d’autruche ; en s’avérant l’œuvre d’un des ouvriers employés à la fouille, elles rendirent longtemps suspect le matériel des deux sites. L’industrie de Bir Hamaïria II est taillée dans un silex provenant des environs du site. Les nucléus, nombreux, de forme globuleuse ou pyramidale non cannelée, ont des dimensions variées, certains, épuisés à l’extrême, n’atteignent pas 5 cm de long. Le débitage, laminaire pour plus de la moitié, comporte un quart d’éclats, plutôt petits. Le groupe des burins domine avec préférence pour 1 .- Cf Annexes p. 549. 2.- Cf Annexes p. 551. 3 .- Cf p. 551 et 555.

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La question épipaléolithique les types sur troncature et prédominance des burins multiples. Parmi les grattoirs, ceux sur éclat retouché ou non, et ceux sur lame ou lamelle à bord abattu prédominent. Plus de la moitié des lamelles à dos est rectiligne, souvent avec une base tronquée. On note quelques pointes de La Mouillah. Les éclats et lames à dos forment un autre groupe secondaire qui comprend essentiellement des lames à dos arqué et à dos partiel et où figurent quelques couteaux de Guentis. Les coches sont plutôt retouchées et affectent surtout le bord gauche du support. Les scies sont fréquentes, elles sont faites sur lames et présentent une denticulation fine. Les microlithes géométriques consistent pour plus de la moitié en segments. Le groupe microburins renferme quelques lamelles à piquant trièdre, quelques microburins Krukowski, l’essentiel étant constitué de microburins distaux. A la rubrique divers, figurent quelques racloirs. Bir Zarif el Ouar Non loin de Négrine, sur les pentes d’un ravin, Bir Zarif el Ouar a fait l’objet de récoltes de M. Reygasse, puis R. Vaufrey. Des sables chargés de cendres renfermaient un outillage assez pauvre et quelques débris de cuisine sur une épaisseur de 1,50 m et une longueur de 55 m. Les sédiments avaient une couleur rougeâtre due à la présence d’ocre. Une analyse sommaire du matériel recueilli a permis de préciser son appartenance au Capsien typique du fait du gros outillage qu’il renferme. Mal connu par son outillage, il est réputé par un pétoncle perforé, maculé d’ocre à l’intérieur, qui a été étudié par C. Brahimi. Bortal Fakher Le gisement est un abri éboulé de la région de Redeyef. La couche archéologique, formée de cendres, couverte de blocs plus ou moins volumineux et de blocailles, montrait une épaisseur de 1,5 m à l’arrêt des fouilles. D’après R. Vaufrey, l’avant de l’abri était occupé par un talus de 10 x 7 m. Des récoltes y furent faites par R. Vaufrey qui sont dites Bortal Fakher talus et une fouille par E.G. Gobert dite Bortal Fakher abri. Les décomptes1 montrent une grande similitude entre les produits des récoltes de ces deux points2. La couche anthropique est datée de 7600 ± 200 et 6930 ± 200 B.P. (L) (6650-6220 et 5990-5640 av. J.-C.), dates qui ont été jugées trop récentes jusqu’aux travaux de D. Grébénart à El Outed3 où des dates comparables étaient obtenues. Les nucléus comprennent quelques pièces pyramidales. Les grattoirs sur lame sont fréquents et une retouche d’un bord ou des deux est courante. Plusieurs lames ont le dos enduit d’ocre. Une forte majorité de burins est faite sur troncature, le plus souvent sur lame et il y a de nombreuses chutes. Les lamelles à dos sont plutôt rectilignes, à extrémité aiguë et sont souvent des aiguillons droits. E.G. Gobert attire l’attention sur les lamelles à dos dont la pointe est aménagée dans la partie proximale quand l’extrémité distale est trop légère. Les microlithes géométriques ne comportent que des segments et des triangles. Le 1 .- Cf Annexes p. 551. 2 .- Le nombre de pièces récoltées, 126 dans un cas, 3086 dans l’autre, a conduit E.G. Gobert à souligner qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un très grand nombre de pièces pour rendre la physionomie d’un ensemble industriel. 3 .- Cf p. 81.

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Sahara préhistorique matériel osseux est réduit à quelques fragments d’aiguilles et d’alènes. La parure est traduite par Nassa, Columbella, des rondelles en test d’œuf d’autruche, une incisive humaine qui porte une rainure de suspension autour de la racine. L’œuf d’autruche est parfois gravé, il montre alors le souci de ceinturer l’ouverture ; dans un cas, elle l’était par une peinture à l’ocre. Un godet en meulière, haut de 6 cm, d’un diamètre de 10 cm, provient de la partie supérieure de la couche. Les charbons proviennent de la combustion de pin d’Alep et de chêne kermès, ce qui laisse soupçonner un environnement boisé. El Mekta Gisement princeps du Capsien, il fut découvert par P. Boudy et signalé par J. de Morgan, L. Capitan et P. Boudy en 1910. A ce titre, il fut inscrit dès 1931 sur la liste des sites protégés de Tunisie. Une fouille portant sur 10 m3 fut menée par R. Vaufrey en 1931 et suivie entre 1948 et 1950 par celle de E.G. Gobert qui ouvrit trois tranchées, fouillant un volume de 35 m3. Il identifia au-dessus du Capsien typique, une couche qui fut rapportée au Capsien supérieur. La collection Vaufrey fut re-analysée par M.L. Inizan dans les années 70. Situé à 14 km de Gafsa, le gisement qui couvre une surface de 1200 m2 avec une épaisseur de 1 m, repose sur une large plate-forme s’adossant à un banc de calcaire. Il renferme, outre une industrie dont R. Vaufrey remarquait qu’elle était curieusement faite de l’association d’un matériel « macrolithique et microlithique », de l’œuf d’autruche, des pierres brûlées ou non, un peu de faune dont de nombreuses coquilles d’escargots. L’industrie1 d’El Mekta a été obtenue dans un silex d’excellente qualité qui foisonne autour du site. Dans le niveau Capsien typique, le débitage a été fait au percuteur dur ou tendre, aucune pièce ne témoigne d’un débitage par pression. Malgré l’importance des rognons de silex, les nucléus sont petits, beaucoup présentent un seul plan de frappe. La question d’un passage au feu précédant le débitage a pu être posée en raison du nombre de pièces ayant subi cette action. Les grattoirs ont volontiers été aménagés sur des éclats corticaux qui peuvent porter une coche. Les trois quarts des burins sont faits sur troncature, les lames à dos qui sont courantes, présentent plus volontiers un dos arqué et un bord abattu senestre. Des grattoirs-lames à bord abattu sont présents, certains montrent le grattoir comme aménagement secondaire d’un burin qu’il recoupe. Les lamelles à dos appartiennent souvent au type aigu à dos rectiligne, mais la plupart est cassée ; les aiguillons droits, les pointes de La Mouillah sont bien représentés. De grosses pièces à coches, des pièces à denticulation profonde sont présentes. Les triangles, où figurent les types les plus habituels, prédominent parmi les microlithes géométriques. De grands trapèzes évoquent l’industrie néolithique hadjarienne. Plus de 1 % de l’outillage lithique est ocré, tout particulièrement des lames à dos. Le matériel osseux comprend des fragments d’alènes, de lissoirs. Le matériel de broyage est limité à une molette et comporte des galets plats. L’œuf d’autruche a fourni des grains d’enfilage à divers stades de fabrication, des disques qui peuvent être décorés. Diverses coquilles perforées ont pu être utilisées en éléments de parure. Une petite pierre à gorge, des polissoirs et un art 1 .- Cf. le détail de l’industrie lithique en Annexes p. 549.

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La question épipaléolithique mobilier important ont été mis au jour. R. Vaufrey fait état de pierres portant des traits gravés en faisceaux parallèles ou convergents, de pierres figures, d’ocre rouge ; E.G. Gobert mentionne des blocs qui paraissent sculptés en forme de tête animale ou humaine, de vulve. La faune est banale bien que comportant du guépard Cynælurus guttatus. Non datés eux-mêmes, ces dépôts sont antérieurs à 8400 ± 400 B.P. (L) (7960-6830 av. J.-C.), date obtenue pour le niveau susjacent. Des restes humains se réduisent à une M1 supérieure droite. El Outed Une vingtaine d’escargotières a été reconnue dans ce secteur par D. Grébénart. Celle fouillée en 1968 se développe sur 25 x 20 m sur le flanc sud du djebel el Outed, avec une épaisseur variant de 0,30 à 1,10 m. Les fouilles ont porté sur un volume d’environ 7 m3 et permis de distinguer quatre niveaux successifs1 riches en pierres brûlées, sans répartition homogène du matériel, trois concentrations d’outils y ayant été notées ainsi que des lentilles de cendres et de coquilles d’Helix plus ou moins écrasées. Des niveaux les plus anciens, datés entre 7850 ± 170 (Gif 1850) et 6750 ± 150 B.P. (Gif 1593) (7030-6510 et 57705520 av. J.-C.), provient une industrie de Capsien typique, elle se distingue bien par les burins, particulièrement nombreux en II. Pour l’auteur, le niveau supérieur (IV) ne saurait être qualifié de Capsien typique ; il ne correspond pas non plus à un Capsien supérieur d’où l’appellation « intermédiaire » qu’il lui donne. Les microlithes géométriques, plus courants qu’à l’habitude, ne comprennent aucun segment. La prédominance des pièces à coches évoque le type Kasserine. Dans tous les niveaux, le matériau employé est un silex brun d’excellente qualité, bien connu dans la région de Tébessa. Il a été débité à partir d’un seul plan de frappe mais aucun nucléus n’est cannelé. De préférence irréguliers, globuleux, de petites dimensions, ils traduisent une utilisation maximale, et certains ont été réemployés comme percuteur. Les burins offrent une grande variété de types et ont été ré-affûtés ; une diminution de leur fréquence touche essentiellement les burins d’angle sur troncature. Les lames à dos ne privilégient pas nettement une forme rectiligne ou arquée. Quel que soit le niveau, les lamelles sont peu diversifiées avec prédominance des formes rectilignes et des aiguillons droits. Les bords abattus partiels sont peu nombreux. Les pièces denticulées sont bien plus fréquentes que celles à coches. Les microlithes géométriques à prédominance de triangles, peuvent aussi comporter un nombre sensible de trapèzes. Les microburins sont indifféremment proximaux ou distaux. Les retouches continues sont fréquentes. De l’ocre subsistait dans les creux des retouches façonnant le dos de 18 lames. L’industrie osseuse, les éléments de broyage sont très rares. Aucun des quelques petits fragments d’œuf d’autruche retrouvés n’est décoré, mais une grosse pierre porte deux faisceaux de traits fins sur une partie de sa surface. En confortant les résultats obtenus à Borthal Fakher et qui furent un temps jugés rajeunis par contamination provenant de la roche phosphatifère dans laquelle est creusé l’abri, les datations ont confirmé l’existence d’un Capsien typique récent. 1 .- Cf. le détail de l’industrie lithique en Annexes p. 551.

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Sahara préhistorique Kef Zoura D Kef Zoura D est un des nombreux abris sous roche qui occupent l’escarpement entourant la dépression de Télidjène. Proche du Relilaï, il fut fouillé en 1976 sous la direction de D. Lubell, par fractions arbitraires de 5 cm d’épaisseur, puis en 1978 en suivant la stratigraphie. Les fouilles ont permis de dégager les restes de deux individus dont un enfant. Le Capsien typique a été reconnu vers l’avant de l’abri (unités V et IV1) et par la présence d’outils plus grands jonchant le talus d’éboulis. Daté de 9390 ± 130 (SMU-712 ) à 8390 ± 170 (SMU-1121) (9520-9260 à 8560-8220 av. J.-C.)2, il est surmonté d’un niveau Capsien supérieur3. Le niveau V a utilisé un silex gris-brun venant de formations sénoniennes proches auquel le niveau IV ajoute un silex noir de qualité moindre connu à une centaine de kilomètres au nord. Le débitage est fait au percuteur dur ou tendre à partir de plans de frappe lisses. Un débitage pression apparaitrait durant l’occupation IV. Le gisement a livré des grattoirs, encoches, denticulés, il est riche en lames souvent transformées en lames à dos quand elles ont été produites par percussion douce alors que celles venant d’une percussion dure ont aussi été aménagées en burins d’où ont été tirées des lamelles caractérisées par leur section triangulaire. Les auteurs accordent un rôle de projectile aux microlithes géométriques et lamelles à dos. Les grattoirs auraient servi au travail de la peau. La végétation comporte pistachier, genévrier et cèdre ; Helix melanostoma qui prédomine dans l’unité V, y soulignerait une ambiance humide. La faune a livré Lepus, Oryctolagus et Bos. Redeyef A mi-chemin entre Gafsa et Négrine, le djebel Redeyef est creusé de nombreux abris sous roche dont plusieurs ont été occupés par les populations préhistoriques. Le Capsien typique est particulièrement courant. Le gisement principal, dit « Redeyef Table sud », est un vaste abri sous roche fouillé par R. Vaufrey en 1931 et 1932 ; à quelques centaines de mètres, deux ravins, Ravin n° 2 et Ravin n° 3, lui ont livré cette même industrie. Le site nommé « Table de Redeyef » renferme du Capsien supérieur sous un niveau néolithique. Redeyef Table sud mesure 60 m de long, 20 m de profondeur et renfermait une couche archéologique de 3,65 m d’épaisseur qui s’épandait sur une quinzaine de mètres le long du versant. Dans le fond de l’abri, en arrière de cette couche qui ne prenait pas appui contre la paroi rocheuse, se trouvait une couche néolithique de 1 m d’épaisseur. D’après R. Vaufrey, l’industrie capsienne4 est homogène de la base au sommet. Les lamelles à dos et les microburins y occupent une place importante alors que les microlithes géométriques restent en nombre modeste et ne comportent que peu de trapèzes. Les lamelles à dos sont plutôt courtes, à dos rectiligne. Les grattoirs, burins et lames à dos sont en 1 .- Dans les multiples publications parues à partir d’environ 2000, la numérotation des unités est inversée sans que l’on saisisse s’il s’agit ou non exactement des mêmes subdivisions. 2 .- Ces dates ne figurent pas dans les publications récentes qui font état de 9280 ± 140 (I7691) ou situent le Capsien typique entre « 10700 et 9300 calBP » sans référence. 3 .- D. Lubell et P. Sheppard ne placent pas le passage au même niveau, il se ferait entre les niveaux IV et V  pour ce dernier qui s’appuie sur un changement dans la production des lames et lamelles, entre IV et III pour D. Lubell. 4 .- Cf. le détail de l’industrie lithique Annexes p. 549.

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La question épipaléolithique nombre sensible et peuvent être associés deux à deux sur le même instrument. Les burins les plus fréquents sont des burins d’angle sur troncature. De ce gisement proviennent aussi quelques fragments de meules, quelques molettes, un outillage osseux pauvre, réduit à quelques poinçons, alènes, une possible sagaie et des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche. Des restes d’enfants, certains associés à des pierres, y ont été retrouvés. Relilaï Autre site majeur du Capsien, le gisement du Relilaï découvert par M. Reygasse dans les années dix, a fait l’objet de fouilles de R. Vaufrey entre 1931 et 1935 ; elles furent reprises par D. Grébénart en 1970. Une couche archéologique de 3 m d’épaisseur prend place dans un abri sous roche proche de Telidjène, de 70 m de long, quelque 10 m de profondeur. Aux alentours, mais aussi vers le bas de la paroi puisqu’ils étaient recouverts par la couche archéologique, se voient des « traits capsiens » ; neuf sont disposés en fuseau sur un bloc de calcaire trouvé dans la fouille et qui a servi de meule. R. Vaufrey devait identifier à l’avant de l’abri, à l’aplomb de l’ouverture, en dôme s’étendant longuement en talus d’avant-grotte, un niveau Capsien typique homogène et en arrière, dans l’abri lui-même, un niveau Capsien supérieur qui reposait partiellement sur le Capsien typique. D. Grébénart reprenant l’étude du site, reconnaissait dans le niveau Capsien typique, quatre phases que distingue l’indice burin, plus élevé en II et IV1. La base du Capsien typique est datée de 8380 ± 150 B.P. (Gif1897) (7541-7209 av. J.-C.), son sommet de 7850 ± 150 B.P. (Gif1896) (6978-6574 av. J.-C.). L’outillage se montre semblable dans les trois secteurs fouillés. Les nucléus globuleux, puis à un plan de frappe sont les plus fréquents, Le débitage est fait au percuteur dur ou tendre, mais de rares nucléus cannelés permettent de supposer exceptionnellement, l’emploi d’un débitage pression. Les grattoirs sont de types variés, de même les burins malgré une nette préférence pour les burins d’angle sur troncature concave. Les lamelles à dos occupent une position secondaire, elles comprennent en majorité des lamelles aiguës à bord rectiligne. Les microburins, particulièrement nombreux dans le niveau inférieur, sont de grandes dimensions et certains montrent des stigmates d’utilisation. Des traces d’ocre s’observent sur de nombreuses lames à dos, quelques lamelles à dos, microlithes géométriques, pièces à retouche continue et outils en os. Du matériel de broyage se réduit à quelques pierres portant des traces de percussion et qui peuvent être ocrées, et à quelques pierres à bord biseauté. L’industrie osseuse, guère abondante, privilégie les poinçons et les alènes. La parure se traduit par une pendeloque en pierre et quelques rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche. Par ailleurs, ce dernier peut être décoré de motifs rectilignes et présente souvent des aménagements d’orifice. Le Capsien supérieur Le Capsien supérieur dispose d’une industrie à lamelles et microlithes géométriques qui ne possède plus de gros outillage, en particulier de lames à dos et qui utilise largement le débitage pression. Les burins sont rares. L’aiguillon 1 .- Cf. p. 550.

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Sahara préhistorique droit y est fréquent. L’abondance des lamelles denticulées lui conserve l’aspect déchiqueté que les pièces à coches confèrent au Capsien typique (fig. 10). Les microlithes géométriques se multiplient, tout particulièrement les trapèzes, ce développement lui donne un cachet particulier parmi les industries microlithiques, cachet qui paraît lié à l’utilisation systématique du débitage pression lequel s’exprime souvent par des nucléus cannelés. D. Lubell mettrait volontiers ce procédé en relation avec 8200 event. L’industrie lithique renferme diverses pièces vues souvent comme éléments de fossiles directeurs. Tel est le cas de la pointe d’Aïn Keda, d’Aïoun Berriche ; pour J. Tixier, le scalène perçoir à petit côté court serait caractéristique de la phase terminale, tout comme la pointe du Chacal, le perçoir de l’Aïn Khanga et la pièce à languette. L’industrie osseuse, pauvre dans le Capsien typique, est ici fréquente et variée. Le réemploi d’ossements humains est aussi un trait marquant des pratiques de cette culture. L’extension territoriale du Capsien supérieur est bien plus vaste que celle du Capsien typique mais nulle part, la culture capsienne ne semble atteindre la mer. En Tunisie, elle reste localisée dans un rayon de 150 km au nord et à l’est de Gafsa avec les gisements d’Aïn Kouka, Mezzouna, Bir oum Ali ; seul le site de Hergla n’est qu’à quelques kilomètres du rivage actuel. En Algérie, elle se poursuit avec une haute fréquence dans la région de Tébessa : Khanguet el Mouhaâd, Aïn Bahir, Dra Mta el Ma el Abiod, Aïn Dokkara, R’fana, Aïn Khanga. Au nord, elle déborde légèrement la latitude de Constantine avec les escargotières d’Aïn Turk et Aïn Regada. Au sud, les Ouled Djellal, El Oued témoignent de son implantation ; la question de Capsien au Tademaït paraît résolue par les dernières fouilles qu’y mena G. Camps et qui n’ont livré que des industries néolithiques. Au Tidikelt, une présence capsienne reste incertaine tout comme à Reggan ; le gisement le plus méridional appartenant sans conteste possible au Capsien supérieur est El Hassi, au sud d’Hassi R’mel. Vers l’ouest, le Capsien est fréquent dans la région de Sétif avec les escargotières de Medjez I et II, Aïn Boucherit, Mac Donald, il se retrouve dans celle de Tiaret (Kef Torad, Aïn Cherita, Aïn Missoum, Columnata, Aïn Keda, Fontaine noire) ; pour certains auteurs, il y aurait des influences capsiennes au Maroc, dans l’industrie de l’Aïn Fritissa, de Telouet, dans celle de la Cote 1937. En 1972, G. Camps a proposé, avec prudence, de distinguer cinq grands ensembles régionaux : faciès tébessien, central, sétifien, tiarétien, méridional. R. Chenorkian rapproche sétifien et tiarétien en raison d’indices de grattoirs et de microlithes géométriques faibles, les opposant aux trois autres faciès où ces indices sont forts. Ces particularités régionales n’excluent pas une évolution qui se fait de manière semblable sur l’ensemble du territoire capsien. G. Camps reconnaît trois phases. La phase ancienne, qui serait antérieure au 6ème millénaire, est pauvre en trapèzes, les lamelles à dos sont nombreuses, souvent prépondérantes. Cette phase se développerait sur divers substrats : Capsien typique, industrie dérivée de l’Ibéromaurusien, substrat inconnu pour le faciès méridional. Elle serait présente en Libye sous l’appellation Libyco-Capsien, appartenance qui vient d’être écartée au profit d’une culture locale. Dans la phase moyenne, les microlithes géométriques augmentent, les pièces à coches deviennent légèrement prépondérantes. Dans la phase récente, la structure industrielle est large-

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La question épipaléolithique ment dominée par les pièces à coches, les burins qui étaient fréquents dans la région de Tiaret, régressent fortement, disparaissant même dans la région de Tébessa-Redeyef. Les dates les plus anciennes proviennent des faciès méridionaux et sétifiens ; leur éloignement n’est pas en contradiction avec l’idée, le plus

Culture du Maghreb oriental, développée du 10ème au 5ème millénaire, le Capsien est traditionnellement subdivisé en Capsien typique daté d'environ 8000 à 5500 av. J.-C. et Capsien supérieur d'environ 9000 à 4500 av. J.-C. Partiellement contemporains, ces faciès diffèrent essentiellement par la présence ou l'absence de gros outillage. Mais alors que le Capsien supérieur occupe un vaste territoire, l'extension du Capsien typique est limitée au secteur Gafsa-Tébessa. Divers outils sont considérés comme caractéristiques du Capsien typique. C'est le cas des grands perçoirs dits capsiens, des couteaux de Guentis, des lames à bord abattu obtuses, des grosses lames étranglées. Certains procédés comme l'aménagement de grattoir sur lame à dos, la retouche presque systématique des chutes de burin, lui sont propres. Le Capsien typique comporte plusieurs faciès. L'un des plus connus « type Bortal Fakher » accorde la suprématie aux burins, l'autre « type El Mekta » aux lamelles à bord abattu. Le Capsien supérieur présente des pièces caractéristiques tel les pointes d'Aïn Keda, d'Aïoun Berriche et une évolution qui a permis d'identifier trois phases, ancienne, moyenne et évoluée. La pointe du Chacal, le perçoir de l'Aïn Khanga, le scalène perçoir à petit côté court, la pièce à languette caractériseraient son faciès évolué, parfois nommé Aïn Aachena. Ses particularités régionales ont amené G. Camps à distinguer cinq grands ensembles : faciès tébessien, central, sétifien, tiarétien, méridional. Le Capsien supérieur dispose d'un art mobilier riche dans lequel certains auteurs ont pu voir l'origine de l'art rupestre. souvent admise, d’une origine exogène du Capsien1, mais l’idée d’attaches avec l’Ibéromaurusien qui se profile de plus en plus pour le Sétifien, montre, malgré la somme de travaux portant sur cette culture, combien on est loin d’en saisir les éléments fondamentaux. Plus récents, les travaux de L. Aoudia-Chouakri en confirmant des liens culturels profonds entre ces deux cultures, amènent même l’auteur « à privilégier l’hypothèse d’une relation ancêtre-descendant et une origine locale de la culture capsienne »2. Faciès méridional G. Camps caractérise le faciès méridional par sa richesse en microlithes géométriques et microburins, des lamelles à dos plus nombreuses que les pièces à coches, ce qui est commun à la phase ancienne dans tout le territoire capsien. 1 .- Cf à ce sujet Balout 1955 p. 414-417. 2 .- Cf résumé de thèse

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Sahara préhistorique Le faciès méridional se caractérise aussi par la rareté des objets de parure et des manifestations artistiques. Dans ce faciès, qui couvre une vaste région, se distingueraient deux groupes, celui de l’Oued Djedi à l’est avec des sites tels que Rabah, El Mermouta et celui des Ouled Naïl à l’ouest avec Dakhlat es Saâdane, Aïn Naga. Aïn Naga Le gisement d’Aïn Naga s’étend le long d’une ligne rocheuse voisine de la palmeraie. La couche archéologique d’une quarantaine de mètres de long avec une épaisseur allant de quelques centimètres à 0,90 m, est faite d’un sable cendreux gris clair, pauvre en pierres brûlées et coquilles d’Helix. Découvert par D. Grébénart en 1967, les fouilles menées par celui-ci en 1967 et 1968 ont montré une occupation capsienne datée de 9300 ± 300 (Alg) à 8900 ± 280 B.P. (Alg) (9120-8240 à 8290-7610 av. J.-C.) sur coquille d’Helix. Comme au Relilaï, les dépôts capsiens ne prennent pas appui contre la barre rocheuse ; ils en sont éloignés de près d’un mètre et sont surmontés d’une occupation néolithique en appui contre la roche et qui prend assise entre celle-ci et l’occupation capsienne. Le débitage provient essentiellement de nucléus à un plan de frappe dont aucun n’est cannelé, ou de nucléus à deux plans de frappe opposés ou croisés. Un certain nombre de pièces, brutes ou transformées en outil, présente un émoussé de l’un des bords. Dominé par les microburins, l’ensemble industriel1 possède une bonne représentation des lamelles à dos, plus de 20 %, des microlithes géométriques et des pièces à coches. Ce groupe fait une large part aux lames et lamelles denticulées. Les lamelles à dos accordent la préférence aux formes rectilignes à extrémité aiguë dont les bases sont parfois aménagées de diverses manières. Si les triangles prédominent largement dans le groupe des microlithes géométriques, les segments atteignent 10 % et forment deux groupes, les uns de petite taille, les autres de grande taille. Les triangles sont courts, parfois à un côté concave, parfois à silhouette de triangle rectangle. Parmi les microburins, quelques très petites pièces évoquent l’élassolithisme. Les grattoirs présentent un vaste éventail de types. Il existe des perçoirs de l’Aïn Khanga dont un très petit. Des burins et quelques lames à dos évoquent le Capsien typique, mais ces dernières sont ici de dimensions plus modestes ; des traces d’ocre subsistent sur la partie retouchée de l’une. Les retouches continues sont fréquentes. Le matériel comporte deux pointes de Bou Saada, pièce dont G. Camps fait une caractéristique du groupe occidental de ce faciès méridional. Le matériel de broyage est présent de même que quelques restes d’outillage osseux. La parure est rare, limitée à quelques rondelles d’enfilage et quelques coquillages. Chouchet el Ghour J. Bobo a fait état, en 1952, en bordure du chott Bel-Djeloud, d’un gisement comportant deux occupations dont l’industrie reste mal connue. L’occupation inférieure a livré des pièces très patinées, nucléus nombreux, grattoirs, burins d’angle, petites lames et lamelles à dos essentiellement rectiligne, microlithes géométriques parmi lesquels se distinguent les trapèzes à côtés 1 .- Cf Annexes p. 553.

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La question épipaléolithique concaves, microburins. J. Bobo y voit un Epipaléolithique indifférencié. L’occupation supérieure appartient incontestablement au monde capsien. Elle en possède l’abondance et la variété des microlithes géométriques, les perçoirs de l’Aïn Khanga, les scalènes perçoirs ; les pièces à coches, denticulés et scies sont courantes. L’œuf d’autruche abonde, il peut être décoré, aménagé en rondelles d’enfilage. Dakhlat es Saâdane Des divers abris creusés dans les grès tendres du djebel el Maalleg qui ont été occupés par les populations préhistoriques, le plus vaste a fait l’objet de fouilles de J. Tixier en 1953. L’occupation humaine a laissé une couche dont l’épaisseur varie de 0,20 à 1 m et dans laquelle furent reconnus deux niveaux1. Le niveau inférieur, le plus étendu, évoque le Capsien typique, cependant pour G. Camps, il appartiendrait à une phase ancienne du Capsien supérieur, le niveau supérieur se rapportant à une phase évoluée. Le niveau inférieur renferme de nombreux blocs tombés de la voûte. Il est riche en burins, dispose de lames à dos qui sont parfois enduites d’ocre. Les grattoirs, bien représentés, ont parfois servi de départ à l’enlèvement d’une lamelle de coup de burin. Les coches sont souvent bilatérales ; elles sont plutôt retouchées. Les segments sont nombreux, il y a quelques triangles mais aucun trapèze. Des pointes d’Ounan sont fréquentes. Des lamelles et des éclats bruts, des outils portent un émoussé très localisé qui peut exister en plusieurs points de la même pièce. De nombreux objets présentent des traces de passage au feu. Les nucléus, obtenus aux dépens de petits galets provenant des oueds voisins, n’offrent pas de forme prédominante. L’auteur signale une particularité du débitage avec deux bulbes jumeaux distants de 5 mm, présents sur un certain nombre de pièces. Un gros outillage en calcaire, à bord déchiqueté, retouché en grattoirs, racloirs, quelques outils en os, des tests d’œuf d’autruche parfois décorés ou à bord biseauté, des fragments d’ocre, de rares objets de broyage étaient mêlés à ce matériel. Dans le niveau supérieur, les lamelles à dos perdent leur rôle prédominant et n’occupent plus qu’une place très modeste. Elles sont supplantées par les pièces à coches puis les microlithes géométriques, groupe où les trapèzes et les scalènes-perçoirs sont bien représentés. Le nombre de burins diminue, les lames à dos ont disparu. Quelques éclats en calcaire, fragments d’outils en os, des tests d’œuf d’autruche qui peuvent être décorés, de l’ocre, des coquilles complètent le matériel. Un défunt, en très mauvais état et sans tête, reposait sur le plancher rocheux en position forcée ; l’inhumation est à rattacher au niveau supérieur car les silex trouvés dans la tombe viennent d’un mélange des deux couches. El Haouita-versant Gisement de surface étalé sur le versant caillouteux de la cluse d’El Haouita, il fut reconnu par P. Estorges en 1965. Il couvre une surface d’une centaine de m2 et conserve dans sa partie haute des pierres de foyer. 1 .- Cf structure des sacs à outils en Annexes p. 552.

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Sahara préhistorique L’outillage1 est marqué par une importance semblable des grattoirs, pièces à coches et divers. Les éclats à coches prédominent dans le groupe pièces à coches. Le groupe lamelles à dos est dominé par le type partiel, avec une retouche qui affecte de préférence la partie distale et des formes arquées qui ont le pas sur les formes rectilignes. Les pièces esquillées et les retouches continues sont en quantité notable. Le caractère capsien s’affirme dans la présence d’un perçoir de l’Aïn Khanga, de nucléus cannelés à un plan de frappe. Aucune trace de parure, aucun fragment de test d’œuf d’autruche n’a été trouvé. El Hassi A El Hassi, dans l’incision amont de l’oued Sobti, l’occupation humaine affleure sur une trentaine de mètres avec une épaisseur de 0,10 à 0,30 m. La position stratigraphique du gisement est du plus haut intérêt pour apprécier les vicissitudes du climat dans ce secteur. Situé vers le sommet d’un remblaiement type El Haouita qui est coiffé d’une croûte gypseuse, il a été mis au jour par une incision. Elle permet l’interprétation suivante : une source à faible débit entretient de l’humidité et assez de végétation pour pièger les sables transportés par les vents, elle attire les hommes qui y laissent des traces de leur passage, puis une altération du climat abaissant le niveau des nappes, libère les particules de gypse des sebkhas qui, s’ajoutant aux sables, produisent une croûte, enfin un climat plus pluvieux engendre un débit de la source assez important pour permettre l’incision du bouchon sableux. Signalé en 1881 par la mission Choisy, le gisement ne fut retrouvé qu’en 1974 par une mission CRAPE-Institut de Géographie de l’Université d’Alger. Il est le plus méridional des gisements incontestablement capsiens connus à ce jour. Les nucléus, de forme irrégulière, ont pour la plupart un seul plan de frappe. L’outillage2 a une structure équilibrée avec lamelles à dos, pièces à coches, microlithes géométriques et microburins en proportions comparables. Les lamelles sont dominées par les bords abattus partiels à retouches distales. Les dents des denticulés et des scies sont souvent arrondies. Les microlithes géométriques, de dimensions très régulières, font valoir une nette suprématie des triangles isocèles ; les segments et les trapèzes sont peu nombreux. Les lamelles à dos rectiligne présentent une relation entre leur longueur et leur largeur. Une pointe du Chacal atypique, une pointe de Bou Saada traduisent des identités avec les autres gisements méridionaux. Rapporté au 7ème millénaire par sa structure industrielle, par la suite, il a été daté de 7520 ± 110 B.P. (UW390) (6440-6240 av. J.-C.) sur test d’œuf d’autruche. Hormis ce matériel lithique et les quelques fragments d’œuf d’autruche qui ont permis la datation, ce gisement n’a livré aucun autre objet. El Mermouta Le site, découvert en 1967 par D. Grébénart, s’étale sur une surface plane, en rive gauche de l’oued Djedi, où il tend à être recouvert de nebkas. Il occupe une surface subcirculaire, d’un diamètre de 200 m, avec une épaisseur de 0,20 à 0,30 m. Une surface de 25 m2 a fait l’objet de fouilles du CRAPE sous la direc1 .- Cf Annexes p. 553. 2 .- Id.

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La question épipaléolithique tion de D. Grébénart, ce qui permit d’identifier cinq niveaux1 dont les médians fournirent les dates de 6450 ± 260 et 6240 ± 270 B.P. (Alg18 et 20) (5640-5080 et 5470-4860 av. J.-C.) sur tests d’œuf d’autruche. Pour D. Grébénart, ils pourraient correspondre à des phases distinctes d’occupation ne s’accompagnant d’aucune évolution, l’augmentation du rôle des trapèzes, la diminution de celui des triangles allongés ne lui paraissant pas symptomatiques. Les différences notées dans la structure de l’industrie provenant d’une fosse et constituant le dépôt le plus ancien, ne lui paraissent pas non plus significatives malgré l’absence de grattoir et perçoir et un plus grand nombre de microlithes géométriques, en particulier de trapèzes à un côté concave. Les nucléus comprennent une forte majorité de pièces globuleuses puis à un plan de frappe dont le tiers est cannelé, montrant ainsi un large développement du débitage pression. Outre la prédominance des microburins, l’outillage est marqué par la fréquence des microlithes géométriques. Les trapèzes, majoritaires, sont des pièces de grande dimension, dissymétriques pour la plupart avec souvent un, voire deux, côtés concaves. Il n’y a aucun segment. L’abondance des fragments de lamelles à dos est à noter. Les lames et lamelles denticulées abondent. L’importance des perçoirs est liée à la forte représentation du type Aïn Khanga, près de 3 %. Les pièces à retouche continue sont courantes. L’ocre est fréquente, elle subsiste sur du matériel de broyage, mais il n’a pas été trouvé d’outil ocré. L’œuf d’autruche abonde et livre des orifices de bouteille, des fragments à bord poli qui sont interprétés comme provenant de possibles pendeloques. Certains tests sont décorés de traits rectilignes, pectinés, plus rarement d’éléments courbes. Les rondelles d’enfilage sont exceptionnelles, la parure quasiment réduite à huit columbelles perforées portant des traces d’ocre. L’absence quasi-totale d’industrie osseuse pourrait résulter d’une mauvaise conservation. Rabah Dépôt cendreux en dôme aplati, situé à l’extrémité de la palmeraie des Ould Djellal, en rive droite de l’oued Djedi, le gisement de Rabah couvre une surface de 80 m de diamètre avec une épaisseur maximale de 0,80 m. D. Grébénart qui le découvrit en 1967, y conduisit des fouilles du CRAPE en 1968 et 1970. Il reconnaissait cinq niveaux qui permettent de suivre l’évolution des techniques et de l’ensemble industriel2. Des diverses dates obtenues, cet auteur ne retient que celles sur tests d’œuf d’autruche et os brûlés soit 7300 ± 300 B.P. (Alg 17) (6440-5850 av. J.-C.) pour le niveau le plus ancien, 7000 ± 280 (Alg 22) (62005630 av. J.-C.) et 6980 ± 275 B.P. (Alg 23) (6160-5620 av. J.-C.) pour le niveau II, 6725 ± 155 B.P. (Alg 59) (5730-5490 av. J.-C.) pour le niveau III. Au plan technologique, la majorité des nucléus est de forme globuleuse, plus rarement pyramidale ; les niveaux inférieurs ont également utilisé le débitage de nucléus à deux plans de frappe, les niveaux supérieurs quelques nucléus cannelés qui témoignent d’un débitage pression. Les dimensions des produits du débitage se réduisent de la base au sommet et l’outillage devient de plus en plus lamellaire. 1 .- Cf Annexes p. 552. 2 .- Id.

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Sahara préhistorique L’évolution de la structure industrielle souligne la forte régression des burins, des lamelles à dos, en particulier des formes à dos rectiligne. La régression des burins apparaît brusquement avec le niveau II, puis se poursuit ; celle des lamelles se fait régulièrement après une très légère augmentation dans le niveau II et s’accompagne de l’apparition du perçoir de l’Aïn Khanga dans les niveaux supérieurs. A l’inverse, le nombre de microlithes géométriques et de microburins s’élève fortement et régulièrement pour se stabiliser au niveau IV. Les formes allongées de trapèzes et triangles deviennent prépondérantes alors que les triangles courts décroissent. L’œuf d’autruche, toujours présent, est parfois décoré, il montre alors une préférence pour les motifs courbes, il est aussi aménagé en rondelles d’enfilage, bouteilles, peut-être en bols ou coupelles. Le matériel de broyage est très rare de même que l’industrie osseuse qui, elle, est probablement mal conservée. Rocher des Pigeons (=Pk 379) Non loin de la route Djelfa-Laghouat, un niveau capsien épais de 1 m, s’appuie sur la face orientale d’un énorme rocher gréseux. Les travaux de D. Grébénart ont porté sur 1 m3 et montré de nombreuses identités avec Aïn Naga malgré l’absence de pointe d’Aïoun Berriche et de pointe de Bou Saada1. Les pièces à coches et les lamelles à dos s’équilibrent, de même que les grattoirs, microlithes géométriques et microburins. Les grattoirs sont en majorité courts, sur éclat. L’œuf d’autruche est rare et l’ocre dispersée à tous les niveaux. Faciès tébessien Nommé Inter-capso-néolithique par R. Vaufrey, Inter-gétulo-néolithique par E.G. Gobert, le faciès tébessien se développe dans la zone occupée par le Capsien typique. Pour G. Camps, ces dénominations y recouvriraient la phase évoluée du faciès tébessien, celle que J. Tixier nomme « faciès Aïn Aachena ». Le faciès tébessien possède encore, en particulier dans sa phase ancienne, un nombre important de gros outils, burins, lames à dos qui, comme celles du Capsien typique, peuvent être enduites d’ocre. Sa structure industrielle est très équilibrée, aucun groupe d’outils ne prédominant fortement, mais J. Morel en souligne l’extrême variabilité. Les microlithes géométriques comportent de nombreux triangles courts et trapèzes isocèles ; les segments sont rares, sans manquer totalement. Les manifestations artistiques, gravures sur test d’œuf d’autruche, sur plaquette sont particulièrement nombreuses. L’industrie osseuse est courante, de belle venue, souvent décorée. Le Capsien supérieur apparaissant au-dessus du Capsien typique au Relilaï, à El Mekta, Bir Khanfous, avait fait conclure à l’antériorité de ce dernier, ce que la radiochronologie n’a que partiellement confirmé en le montrant plus ancien dans d’autres gisements. La phase évoluée serait plus riche en lamelles à coches, scalènes-perçoirs ; les lamelles tronquées à base ogivale, pointes du Chacal, perçoirs de l’Aïn Khanga et pièces à languette la caractériseraient. 1 .- Cf Annexes p. 553.

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La question épipaléolithique Aïn Aachena Plusieurs gisements ont été reconnus dès le début du 20ème siècle aux abords de l’Aïn Aachena, non loin de Redeyef. A des moments divers, E.G. Gobert et R. Vaufrey y firent des récoltes dont on ignore la composition. En s’appuyant sur l’industrie de l’un d’eux, implanté en rive droite de l’oued, E.G. Gobert a identifié ce qu’il nommait Inter-gétulo-néolithique qui est vu comme le faciès le plus évolué du Capsien supérieur et auquel J. Tixier a donné son nom. Aïn Dokkara Proche de Tébessa, le gisement de l’Aïn Dokkara1, dénommé aussi escargotière du Chacal, fut signalé en 1934 par M. Costa. Il couvre une surface de 50 x 25-30 m avec une épaisseur de 0,80 à 1,10 m et a fait l’objet de travaux de E. Sérée de Roch, R. Le Dû, J. Morel puis L. Balout. Outre le magma de coquilles d’escargots écrasées et de coquilles intactes, l’escargotière est formée d’une couche noirâtre pulvérulente avec pierraille. Les premiers fouilleurs distinguaient trois niveaux : le niveau supérieur était fait de « coquilles d’Helix agglomérées dans un cailloutis assez grossier », le niveau moyen, de teinte claire comportait « un magma de coquilles d’escargots bien conservées » mêlé à des pierres calcinées, le niveau inférieur, partie la plus riche en industrie, différait par sa teinte noirâtre et ne renfermait que peu de coquilles intactes. La partie inférieure de l’escargotière a été datée de 8530 ± 100 B.P. (Mc 339) (7700-7480 av. J.-C.), sa partie supérieure de 7090 ± 100 B.P. (Mc 340) (6030-5840 av. J.-C.). On ne connaît de l’outillage que les proportions des divers groupes : Grattoirs 3,9 %, Perçoirs 1,3 %, Lamelles à dos 8,9 % parmi lesquelles des lamelles très élancées à base tronquée sur les deux bords ont reçu le nom de « pointe du Chacal », Coches-denticulés 60,5 %, Microlithes géométriques 10 %, Microburins 6,9 %, Divers 3,2 %, auxquels s’ajoutent des valeurs insignifiantes résultant de la présence de 1 lame à dos et 2 outils composites. J. Tixier, auteur de l’analyse, remarque l’absence de grandes pièces à bord abattu, de grands burins, la variété des microlithes géométriques souvent produits par troncature concave pour les trapèzes, la présence de perçoirs de l’Aïn Khanga, de scalènes perçoirs à angle arrondi dont il fait les caractéristiques du faciès Aïn Aachena. L’os a été aménagé en poinçons. L’œuf d’autruche est utilisé pour façonner des coupelles, des pendeloques. Le gisement a livré des pierres gravées, des os d’oiseaux transformés en perles. En outre, en 1949, L. Balout en retirait les restes d’un individu qui serait le « document le plus représentatif du peuplement humain méditerranéen ». Légèrement enfoncé dans le sol, il gisait en décubitus latéral droit et présentait des traces de crémation. Aïn Khanga Escargotière de la région de Tébessa, d’un diamètre d’une trentaine de mètres et une épaisseur de 1,75 m, elle fut fouillée par R. Le Dû. L’industrie2 retirée par le tamisage de 25 m3 est largement dominée par les lamelles à dos, 1 .- Il est nommé Aïn Bekkaria par R. Vaufrey dans « Le Capsien des environs de Tébessa ». Rec. de la Soc. de Préhist. de Tébessa, 1938, I, : 41-82. 2 .– Cf Annexes p. 554.

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Fig. 10 – En haut Capsien supérieur : 1) grattoir ; 2) perçoir ; 3) burin ; 4, 7) lamelles à dos gibbeuses ; 5,10,12,19) aiguillons droits ; 6) lamelle obtuse à dos rectiligne ; 8, 9) lamelles à dos arqué ; 11, 20) lamelles à dos rectiligne ; 13) lamelle à dos partiel ; 14) lamelle à dos arqué et base retouchée ; 15, 17) lames étranglées ; 16) lame denticulée ; 18) troncature ; 21, 24) trapèzes ; 22) microburin ; 23, 40) triangles scalènes à angle arrondi ; 25, 26, 29, 32) triangles scalènes ; 27, 28, 30, 31, 33) triangles ; 34) nucleus ; 35) lamelle étranglée, tronquée ; 36) lamelle à coche et denticulé ; 37, 41) lamelles à coche ; 38) éclat à bord abattu arqué ; 39) racloir-denticulé. (Origine : Medjez II, d'après Camps-Fabrer 1975). En bas Capsien typique : 1) grattoir ; 2) mèche de foret ; 3, 4) burins ; 5) lamelle à dos partiel ; 6) microburin ; 7, 16) triangles scalènes ; 8) lamelle à dos arqué et base retouchée ; 9, 10) lamelles à dos rectiligne et base tronquée ; 11, 13) scies ; 12) lame étranglée ; 14, 15) trapèzes ; 17) couteau de Guentis ; 18) lame à dos arqué ; 19) segment ; 20) lamelle à dos arqué ; 21) perçoir ; 22) lame à cran ; 23) scalène perçoir. (Origine : Bir Hamaïria. d'après Marty, 1966).

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La question épipaléolithique puis les microlithes géométriques et à un degré moindre, les microburins. Les pièces à coches sont peu courantes. Il n’a pas été trouvé d’os poli ou de restes osseux. Une Nassa gibbosula usée jusqu’à la columelle et quelques tests d’œuf d’autruche gravés ou transformés en rondelles d’enfilage ont été recueillis. Des charbons proviennent de pins d’Alep, chênes verts et genévriers, principaux éléments d’une association végétale qui occupe actuellement la région, ce qui montre le peu de changement qu’y a connu le climat depuis cette époque Aïn Kouka L’abri d’Aïn Kouka s’ouvre sur les pentes nord du djebel Faïd en Tunisie. Des fouilles menées par G. Laplace au milieu du siècle dernier, atteignirent une profondeur de 4 m, sans arriver au plancher. Elles montrèrent un dépôt anthropique fait de cendres, blocailles, coquilles d’Hélicidés dans lequel l’auteur distingue trois niveaux. Le niveau supérieur serait pour l’auteur un Capsien néolithisé1. L’industrie2 des niveaux inférieur et moyen est fortement dominée par les pièces à coches, près de 40 % pour le niveau inférieur, avec une légère diminution pour le niveau sus-jacent. Le groupe des microlithes géométriques, presqu’exclusivement des triangles, croît ainsi que celui des microburins sans perturber la structure générale de l’ensemble. L’auteur ne dissocie pas les lames, qui semblent peu nombreuses, des lamelles à dos, dont l’importance ne varie guère et qui sont à peine plus fréquentes que les grattoirs. Aïn Misteheyia En rive droite de l’oued Télidjene, l’escargotière d’une trentaine de mètres de diamètre, se développe sur 1,50 m d’épaisseur. Signalée par D. Grébénart, elle fut fouillée sous la direction de D. Lubell en 1973 et 1976. L’industrie lithique3 traduit une évolution qui conduisit à différencier, à 0,65 m de profondeur, deux niveaux que séparerait une courte période aride. Le niveau supérieur s’enrichit en burins et s’appauvrit en coches-denticulés, il est daté entre 7725 ± 120 et 7280 ± 115 B.P. (I-7781 et I-7690) (6680-6440 et 6230-6020 av. J.-C.) la base du niveau inférieur est rapportée à 9805 ± 160 B.P. (I-9824) (9600-8840 av. J.-C.). Deux squelettes humains en ont été retirés. L’un était un nouveau-né, l’autre un homme âgé de 20 à 30 ans, mesurant entre 1,76 et 1,85 m. Deux datations directes, 5000 ± 200 B.P. (Pta-MC1225) (5990-5475 av. J.-C.) et 4890 ± 80 B.P. (TO-12194) (5725-5490 av. J.-C.) posent la question de son attribution à la population capsienne. De menus fragments de poterie qui posaient celle des relations des populations capsiennes à ce matériau ont, de même, étaient datés directement de 4230 ± 370 (UW1875) (4600–3860 av. J.-C.). Cela appellerait des remaniements qui n’ont pas été perçus à la fouille. Les nucléus appartiennent aux formes à un plan de frappe ou deux plans opposés ou croisés et à des formes globuleuses. L’éventail des outils est vaste, presque tous les types sont présents à l’exception des perçoirs de l’Aïn Khanga, 1 .– Cf p. 254. 2 .– Cf Annexes p. 553. 3 .– Cf Annexes p. 555.

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Sahara préhistorique ou des pièces qui font le Capsien typique, grands perçoirs capsiens, couteaux de Guentis, grosses pièces à coches ou étranglement. La retouche Ouchtata est peu utilisée. Les grattoirs donnent le pas aux formes sur éclat, sur éclat retouché dans le niveau inférieur. Dans le niveau supérieur, la variété des lamelles se réduit, il n’y a plus ni pointe de Mechta el Arbi, ni aiguillon droit. Alors que, dans le niveau supérieur, les lames ou lamelles denticulées prédominent, leur répartition est équilibrée dans le niveau inférieur. A l’inverse, les microlithes géométriques qui, à la base, connaissent une forte proportion de segments, se diversifient avec prédominance des trapèzes. Dans les deux niveaux, mais en particulier dans le niveau supérieur, les retouches continues sont très abondantes. Le matériel autre est rare ; il y a très peu d’éléments de parure, de tests d’œuf d’autruche ; l’outillage osseux se limite à quelques poinçons, une alène, une pointe de sagaie. Le site a d’abord été attribué dans sa totalité au Capsien supérieur, puis le niveau inférieur rapporté au Capsien typique. La faune consommée comportait Alcelaphus busephalus, Equus mauritanicus, Bos primigenius, Ammotragus lervia, Gazella sp. La fréquence d’Helix melanostoma dans le niveau inférieur passant à une dominance d’Helicella setifensis dans le niveau supérieur d’où viennent de nombreux lagomorphes traduit une phase plus aride. Bekkaria Autre escargotière de la région de Tébessa, elle s’étend sur le flanc d’une éminence où elle occupe une surface de 35x25 m avec une épaisseur qui atteint 1,25 m à son maximum. Elle est surtout connue par les restes de 9 individus adultes et 2 enfants qu’elle a livré à M. Le Dû et E. Sérée de Roch et qui, pour la plupart, reposaient en position contrainte. L’industrie1 voit la suprématie des pièces à coches et denticulés, l’abondance des grattoirs et des lames à dos qui dominent les lamelles. Il y a peu de microlithes géométriques. Les auteurs soulignent la grandeur des lames à dos, la dimension jamais importante des burins, la présence courante de grattoirs circulaires, de scies. Des fragments de poterie parfois décorée ont posé la question d’intrusions, ils ont été rapportés au Néolithique en raison des remaniements introduits par l’inhumation de restes humains attribués à cette période. Bir Hamaïria I Située à une centaine de mètres en aval de Bir Hamaïria II2, l’escargotière de Bir Hamaïria I fouillée par M. Teste dans les années trente, ne fut étudiée que trente ans plus tard par P. Marty, son matériel archéologique restant suspect en raison des tests d’œuf d’autruche qui avaient été gravés par un ouvrier à Bir Hamaïria II. L’industrie3 de fort belle venue, est taillée dans le même silex que celle de Capsien typique mais paraît moins fortement et moins régulièrement cacholonnée ; elle est de dimensions plus réduites. Les nucléus sont nombreux, quasiment tous pyramidaux. Les grattoirs et surtout les burins sont moins fréquents, 1 .– Cf Annexes p. 554. 2 .– Cf p. 78. 3 .– Cf Annexes p. 555.

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La question épipaléolithique mais restent bien représentés. Les grattoirs museaux, présents dans le Capsien typique, manquent et ceux sur éclat se développent aux dépens de ceux sur lame. Le type burin dièdre disparaît, mais le pourcentage de burins sur troncature, qui sont toujours rectilignes obliques, est plus élevé. Les mèches de foret sont courantes ainsi que les grands perçoirs capsiens, pièces peu habituelles dans le Capsien supérieur. Les éclats, lames à dos sont en nombre réduit. Les pièces à coches sont beaucoup plus fréquentes, dominant très modestement les lamelles à dos ; l’importance des scies, 3,3 %, est une des particularités du site tout comme sa pauvreté en microlithes géométriques et la représentation équilibrée des segments, trapèzes, triangles avec de nombreux triangles scalènes. Un certain nombre d’outils, grattoirs, segments, une scie et des pilons présentent des traces d’ocre. De nombreuses molettes, 2 meules dormantes et 4 boules percées pesant de 150 à 45 g ont été mises au jour ainsi qu’une palette à ocre, fortement lustrée, pourvue d’un trou de suspension. Dra Mta el Ma el Abiod L’escargotière de Dra Mta el Ma el Abiod se situe à une trentaine de kilomètres au sud de Tébessa, sur un replat dominant de quelques mètres un lit d’oued. Elle couvrait une surface de quelque 700 m2 avec une épaisseur de 1,75 m au centre. Signalée en 1912 par M. Reygasse et M. Latapie, elle a été fouillée par J. Morel entre 1938 et 1953, avant d’être bouleversée par la construction de la voie ferrée. A sa base, un lit de sable de 5 à 20 cm a dû être mis en place par l’homme. Les datations situent l’occupation entre 7280 ± 120 et 7000 ± 110 B.P. (Mc 628 et 627) (6240-6010 et 5990-5750 av. J.-C.), mais les diverses dates comprises dans cette fourchette, ne s’ordonnent pas exactement comme la stratigraphie. L’industrie lithique1 ne montre pas une distribution homogène mais des variations latérales sensibles. Elle témoigne d’une discrète évolution avec allègement de l’outillage ; les grosses pièces disparaissent, le nombre de burins diminue tandis que la fréquence des pièces à coches augmente et de nouveaux types apparaissent : perçoirs de l’Aïn Khanga, lamelles et triangles scalènes. Cet ensemble industriel possède un groupe grattoir développé où tous les types sont présents mais qui marque une nette préférence pour les grattoirs simples ou sur éclat retouché. Les perçoirs, nombreux, sont d’une qualité exceptionnelle, le plus souvent sur lamelles à dos ; les mèches de foret restent rares. Les burins privilégient les formes sur troncature, en particulier multiples; ils sont parfois associés à un grattoir. Le groupe lamelles à dos, prédominant, est riche en lamelles scalènes, puis en lamelles à bord rectiligne et à bord abattu partiel, ceux-ci montrant une préférence pour les retouches proximales dextres, ce qui traditionnellement est vu comme un élément marquant de l’Ibéromaurusien. Il n’y a ni pointe de Mechta el Arbi, ni pointe d’Aïoun Berriche. Des pointes du Chacal évoqueraient un faciès récent. Les coches ont été façonnées sur lame et lamelle plutôt que sur éclat. Parmi les microlithes géométriques, le trapèze à deux côtés concaves prédomine fortement. Les pièces à retouche continue sont fréquentes, il existe une pointe de Columnata et quelques pièces 1 .– Cf Annexes p. 554.

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Sahara préhistorique à languette qui confirment l’appartenance au faciès évolué. Les nucléus sont souvent pyramidaux, cannelés, quelques formes sont discoïdes et un débitage Levallois est signalé pour 21 pièces. Enfin, sans que l’on puisse préciser s’il est ou non intrusif, un petit fragment de poterie décorée qui aurait renfermé des éléments de coquilles comme dégraissant, a été trouvé à 0,70 m de profondeur. Un outillage osseux de belle venue, obtenu le plus souvent à partir d’os de gazelles ou d’alcélaphes et dont plusieurs pièces sont ocrées, était réparti à peu près régulièrement dans la fouille ; il s’agit de poinçons, alènes, épingles, plus rarement de tranchets, lissoirs. L’escargotière a livré une pierre à gorge, pièce dite souvent pierre de Ben Barour, portant des traits incisés, les uns isolés, les autres groupés. C’est l’une des deux seules pierres à gorge retrouvées en couche et l’une des trois seules qui portent un décor. Une centaine de pierres à gorge est connue ; elles viennent quasiment toutes de la zone saharienne où elles ont été signalées dans la plupart des régions bien qu’elles soient rares dans certaines (Tassili n’Ajjer, Fezzan, Tidikelt, Borkou). Elles offrent toutes une gorge annulaire qui est la seule marque de travail hors, parfois, quelques traces de mise en forme sommaire. Leurs dimensions sont très variables allant de 87x23 à 43 cm pour la plus grande qui provient de la région de Ouargla et pèse une centaine de kg, à 19x17 cm pour la plus petite trouvée dans le Borkou qui pèse 7,4 kg. Elles sont façonnées dans des matériaux divers toujours présents au voisinage des lieux où elles ont été trouvées. Toujours retrouvées sans contexte, bien souvent isolées sur les regs, elles donnent lieu à diverses interprétations parmi lesquelles celles de poids morts servant à l’arrimage d’objets ou à entraver des animaux ou à armer des pièges sont privilégiées. Elles ont donné lieu à la légende de Ben Barour, géant qui connaissait bien le Sahara et en a tracé les pistes en traînant derrière lui une grosse pierre qu’il attachait à une corde par une extrémité, l’autre étant passée au cou de sa monture. El Mekta A El Mekta, un niveau Capsien supérieur que E.G. Gobert nomme Capsien évolué, surmonte sans discontinuité celui de Capsien typique. Il est daté de 8400 ± 400 B.P. (L) (7960-6830 av. J.-C.). Il montre une réduction du groupe lamelles à dos, l’augmentation des coches-denticulés qui sont pour l’essentiel des lames ou des lamelles denticulées d’aspect déchiqueté, jusqu’à une sorte d’équilibre entre les deux1. Les trapèzes prennent le pas sur les triangles. L’industrie osseuse peut être ornée. L’art mobilier, déjà présent dans le niveau inférieur, est d’une grande richesse dans le niveau supérieur (fig. 13). Diverses gravures et sculptures, dont certaines figurant des masques, ont été produites dans du calcaire et une écaille tombée de la voûte porte la gravure d’un quadrupède. Hamda Abri sous roche éboulé de la région de Redeyef, il renfermait une couche de 0,40 à 0,85 m d’épaisseur qui a livré à R. Vaufrey une très belle industrie2 avec abondance de coches, présence de perçoirs de l’Aïn Khanga, de pièces à 1 .– Cf Annexes p. 553. 2 .– Cf Annexes p. 554.

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La question épipaléolithique languette ainsi que des plaquettes gravées dont l’une incisée de traits évoquant le cou et la tête d’une autruche, des objets de parure avec Nassa et une boule en os perforée. Le gisement a été rapporté à l’Inter-gétulo-néolithique par cet auteur. Les segments sont très rares, les trapèzes à peine plus fréquents, les triangles qui constituent 23,7 % de l’outillage, forment la masse des microlithes géométriques. Il existe peu de matériel de broyage. L’œuf d’autruche est parfois décoré, aménagé en bouteille, mais aucune rondelle d’enfilage n’a été découverte. Des ossements humains portant des traces de feu1 ont été retirés par les ouvriers travaillant dans les mines de phosphate ; on ignore leurs conditions d’ensevelissement. Henchir Hamida L’importance de ce site provient d’un riche dépôt funéraire2 qui accompagnait une inhumation, probablement néolithique. Proche d’El Ma el Abiod, en rive droite de l’oued Hadjadj, l’escargotière a été détruite par la construction de la voie ferrée Tébessa-Djebel Onk. Des fouilles de sauvetage dues à G. Fournier ont montré un allègement de l’outillage du bas vers le haut du dépôt archéologique. L’industrie, quoique mal connue, marque une modification dans l’usage des microlithes géométriques avec une inversion du rôle des segments et des trapèzes, les segments se réduisant des trois quarts alors que les trapèzes augmentent dans les mêmes proportions. Les fouilles ont retrouvé des pièces ocrées et des éléments de parure avec Nassa gibbosula et Columbella rustica. Hergla SHM-1 Découvert en 1954 par E.G. Gobert sur un bourrelet éolien, en bordure de la sebkha littorale Halk el Menjel, le site fut étudié en 1970 par J. Zoughlami et M. Harbi-Riahi qui firent état d’une occupation néolithique. Les travaux furent repris de 2002 à 2007, par L. Belhouchet et S. Mulazzani et, pour la première fois, l’étude d’une escargotière fut menée en coordonnées. Le dépôt archéologique de 0,80 m d’épaisseur est noir, riche en pierres brûlées et coquillages marins, en particulier Cerastoderma glaucum et Trunculariopsis trunculus, abondants dans les cordons littoraux et qui proviennent probablement de rejets de nourriture. Il s’agit plutôt d’un amas coquilliers que d’une escargotière. Les dernières fouilles qui ont porté sur une surface totale de plus de 100 m2, partie en tranchée, partie en décapage, ont identifié 7 niveaux ; les quatre niveaux inférieurs sont rapportés au Capsien, et leur sommet daté de 7715 ± 30 (SacA23649) (6590-6510 av. J.-C.), sur test d’œuf d’autruche. Ils passent sans discontinuité à des dépôts également attribués au Capsien par L. Belhouchet et S. Mulazzani malgré les changements qui interviennent alors3. La partie inférieure, niveaux 1 à 4, montre une nette suprématie des cochesdenticulés et lamelles à dos sur les grattoirs et microlithes géométriques4. Le silex prédomine, mais nombre de pièces, y compris des lamelles sont en calcaire. 1 .- R. Vaufrey n’élimine pas la possibilité d’une action accidentelle lors de remaniements. 2 .- Cf p. 496. 3 .- Ils nous conduisent à attribuer la partie supérieure des dépôts au Néolithique, rejoignant ainsi les premières identifications, cf p. 268. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que la terminologie n’est qu’une étiquette que nous appliquons à une entité ; en aucun cas, elle n’affecte le vécu humain. 4 .- Cf le détail de l’industrie Annexes p. 555.

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Sahara préhistorique De nombreux outils, grattoirs dont un denticulé, burins, sont faits sur lamelle. Les perçoirs se partagent entre mèches de foret et perçoirs aménagés sur lamelle à dos, les lamelles à dos entre dos rectiligne et dos arqué, beaucoup sont fragmentées, elles peuvent porter une retouche Ouchtata. Le groupe dominant des coches-denticulés comporte une scie sur lamelle ; les coches sont plutôt larges, bien échancrées. Les microlithes géométriques délaissent les trapèzes. Il existe deux racloirs venant du niveau le plus profond. Des coquilles de Cerastoderma étaient souvent associées à des pierres portant des marques de combustion. De nombreuses structures ont été mises au jour, structures de combustion diverses, foyers construits, surfaces empierrées, fosses plus ou moins circulaires, creusées dans le sédiment dunaire pour celles de la base ; d’un diamètre de 1 à 2 m, elles avaient une profondeur d’environ 0,50 m, leur remplissage, complexe, contenait de nombreuses pierres pouvant être associées à des coquilles d’Hélicidés. Dans le niveau 4, des trous de poteau avec calage de pierres, un fossé pourraient traduire l’implantation, dans le niveau sus-jacent, de deux cabanes, dont une de forme subquadrangulaire. Les restes de trois individus auxquels s’ajoutent des os épars pouvant appartenir à quatre autres, ont été exhumés. Deux sépultures viennent de la base du site, dont une creusée dans la dune. Les corps étaient fortement contractés. L’un des défunts, orienté ouest-est, reposait sur le côté droit, l’autre était assis dos au nord-ouest ; le voisinage de Cerastoderma glaucum a permis de le dater de 7206 ± 56 B.P. (ENEA-668) (5875-5490 av. J.-C.). La troisième sépulture qui renfermait des restes également en position contractée, était orientée nord-est/sud-ouest, elle est datée de 7595 ± 80 B.P. (Pa 2471) (6320-5810 av. J.-C.). Kef Zoura D A Kef Zoura D, le niveau supérieur rapporté au Capsien supérieur est subdivisé en trois unités datées de 7750 ± 50 (SMU-1082), 6485 ± 125 B.P. (I-9836) (6630-6520 à 5550-5340 av. J.-C.) pour l’unité III, de 5965 ± 115 (I-9835) (5010-4730 av. J.-C.) pour l’unité I. Il montre un net changement de la boite à outils avec augmentation des pièces à coches et denticulés. Les coches sont entendues comme outil à gratter une substance rigide ou semi-rigide (bois ou os). La faune comporte davantage de mouflons que les niveaux capsiens typiques, les antilopes Alcelaphus buselaphus en forte régression dans l’unité IV, redeviennent courantes, les gazelles et surtout les Lagomorphes diminuent. L’étude des escargots a montré une représentation qui variait au cours du temps et qui semble liée au contexte environnemental. Ainsi, le niveau supérieur est riche en Otala sp, l’unité II en Helix melanostoma, l’unité III en Helicella sitifensis et Leucochroa candidissima, ce serait une période de changement avec un climat de plus en plus aride qui correspondrait à la crise de 8200 B.P. (7200 av. J.-C.), ce qui se traduit par des escargots de plus en plus petits. La partie superficielle de l’unité I a livré une pierre portant une gravure d’autruche. Khanguet el Mouhaâd Gisement de la région de Tébessa, il fut signalé en 1909 par M. Latapie. Au confluent de deux petits oueds, à proximité de sources, le gisement formait

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La question épipaléolithique un mamelon ovale de 96x36 m dont l’épaisseur atteignait 5 m au centre. Il a été daté de 7350 ± 200 B.P. (L) (6400-6030 av. J.-C.). Il est constitué de cendres, pierrailles, coquilles écrasées ou non. Il fit l’objet de travaux de A. Debruge, d’une fouille importante du Logan Museum, puis de travaux de J. Morel1. Celui-ci devait remarquer des lits de cendres épais, quasiment sans matériel, une répartition inégale des pierres, certaines disposées comme des éléments de foyer, d’autres en tas irréguliers. L’industrie paraît homogène sur toute l’épaisseur. Elle comporte des pièces microlithiques mais aussi, jusqu’au sommet, quelques pièces plus volumineuses, en particulier des lames et des grattoirs ; aucun burin d’angle n’y a été trouvé. Le débitage est produit dans un silex local de grande qualité. Il est essentiellement lamellaire obtenu à partir de nucléus pyramidaux cannelés. Les lamelles à dos résultent d’une retouche directe ou bibord ; l’apex présente souvent des retouches alternes déterminant une pointe aiguë. Les scies sont bien représentées. L’outillage osseux comprend des alènes, poinçons, aiguilles, lissoirs ; il provient de métapodes d’antilope bosélaphes ou de gazelles et conserve souvent une partie de la surface articulaire. L’œuf d’autruche abonde. Les tests sont souvent décorés, ils peuvent être transformés en plaquette avec trous de suspension. J. Morel fait aussi mention de plaquettes de pierre provenant du djebel voisin, couvertes de traits fins en quadrillage irrégulier, de motifs enchevêtrés figurant des quadrupèdes, pouvant se retrouver sur les deux faces. L’ocre rouge ou jaune abonde. A. Debruge mentionne un humerus humain ocré, aménagé en représentation phallique. Les gros mammifères ne sont représentés que par les parties nobles, la tête et les membres. On y retrouve Alcelaphus buselaphus, Equus, Bos primigenius, Gazella cuvieri et dorcas, Ammotragus lervia, Connochœtes prognu ainsi que Canis anthus, Vulpes vulpes atlantica et quelques ossements d’oiseaux et de lapins. Les restes incomplets d’un individu ont été retrouvés par J. Morel. Ils gisaient à faible profondeur, mais mis au jour par un éboulement, leur position n’a pu être identifiée. Antérieurement, quatre individus dont deux complets, un limité à un crâne, en avaient été retirés. R’fana (=Rafana) Autre escargotière de la région de Tébessa, elle est située sur un monticule en bordure d’oued et s’étend sur 50x30 m avec une épaisseur de 1,50 m. Dans les décomptes qu’il donne de l’industrie récoltée par une mission du CRAPE en 1964, G. Camps distingue deux niveaux qui n’offrent pas de différences sensibles si ce n’est une légère diminution des lamelles à dos dans le niveau supérieur qui se fait essentiellement au profit des pièces à coches2. R’fana est un des quelques sites capsiens dans lesquels des structures ont été mentionnées. A. Debruge fait état de cercles de pierres de 1,5 à 2 m de diamètre contenant des cendres et des charbons et auprès desquels se trouvaient de minuscules grattoirs pour les uns, de très petites lames pour d’autres. 1 .- Cf Annexes p. 553. 2 .- Ici, ces décomptes ont été regroupés, Cf Annexes p. 554.

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Sahara préhistorique Relilaï Au Relilaï comme à El Mekta, le Capsien supérieur surmonte le Capsien typique1 sans coupure stratigraphique visible. Seule la structure industrielle2 change brusquement avec une augmentation importante de la fréquence des microburins et des microlithes géométriques qui comportent essentiellement des trapèzes. Les burins restent courants. Les nucléus ne se distinguent guère des niveaux sous-jacents, mais les lamelles attestent l’utilisation d’un débitage par pression. Plusieurs pièces portent de l’ocre rouge. La date de 7800 ± 140 B.P. (Gif1900) (6825-6469 av. J.-C.) a été obtenue vers la base. C’est dans ce niveau que R. Vaufrey a trouvé un fragment de faucille et deux plaquettes calcaires gravées de motifs géométriques, l’une de chevrons, l’autre qui est ocrée, d’un ovale compartimenté. Faciès central Il reste assez proche du faciès tébessien par son industrie lithique qui ne présente peut-être qu’une plus grande fréquence des lamelles à dos, par son industrie osseuse qui est aussi riche. Il ne s’en distingue guère que par une abondance moindre de l’œuf d’autruche et la rareté de l’art mobilier. Pour J. Tixier, la pointe d’Aïoun Berriche serait l’une de ses caractéristiques. Bou Nouara Abri sous roche, il fut étudié par G. Camps qui remarquait le peu de coquilles d’Helix, d’où un aspect un peu différent des autres gisements capsiens. Ceci et les particularités de l’outillage lithique3 le conduisirent à rapporter l’occupation à une phase ancienne du Capsien supérieur et au début de l’occupation capsienne de la région ; les lamelles à dos prédominent en effet, de nombreux grattoirs sont présents et les pièces esquillées fréquentes. Les mêmes caractères existent dans les couches profondes de Medjez II qui datent du 9ème millénaire. Faïd Souar Dans la région de Constantine, l’escargotière de Faïd Souar atteint une puissance de 3 m. Deux fosses entendues comme silos, profondes de 20 et 45 cm pour des diamètres de 75 et 50 cm, étaient creusées dans le sol. G. Laplace a distingué 5 couches4 avec une évolution par augmentation discrète des microlithes géométriques et des denticulés. L’importance des microburins rappelle le faciès méridional. L’industrie osseuse est limitée à des poinçons. L’œuf d’autruche est souvent décoré. Des restes humains appartenant à 6 individus ont été exhumés. Parmi eux une pièce exceptionnelle, dite masque (fig. 12), taillée dans un crâne humain, était associée à une inhumation ne comportant pas de membres inférieurs5. Les autres dépôts concernaient deux inhumations, un fragment crânien et un fragment de maxillaire. Dans l’une, un enfant reposait sur le côté droit, membre 1 .- Cf p. 83. 2 .- Cf Annexes p. 550. 3 .- Cf Annexes p. 555. 4 .- Cf Annexes p. 556. 5 .- Cf p. 115.

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La question épipaléolithique supérieur droit fléchi, gauche en extension, membres inférieurs fléchis, dans l’autre, un adulte reposait sur le côté gauche, tête vers le nord, membres inférieurs fléchis, genoux ramenés à hauteur du thorax, membres supérieurs tendus, mains reposant sur les genoux. Kef Fenteria Non loin du Kroub, au voisinage de gravures, un site rapporté par R. Vaufrey au Néolithique, fut étudié par G. Camps qui l’attribue au Capsien supérieur. De la base au sommet, une réduction de la fréquence des lamelles à dos s’accompagne d’une augmentation de celle des pièces à coches qui deviennent prédominantes. Le reste de l’outillage lithique n’offre pas de variations notables. G. Camps distingue deux niveaux1. Le niveau inférieur a livré une industrie comparable à celle de R’fana, ce qui pourrait la situer au milieu du 8ème millénaire et souligner les identités entre faciès tébessien et faciès central. Le niveau supérieur peut être mis en parallèle avec les niveaux supérieurs du Sétifien. Koudiat Kifen Lahda Au-dessus du niveau élassolithique et séparé de lui par un dallage, C. Roubet a identifié un niveau Capsien supérieur qui occupe 9/10 de l’épaisseur de la couche anthropique2. Daté de 8050 ± 150 B.P. (Mc206) (7230-6770 av. J.-C.), il conserve un microlithisme marqué qui affecte près de 10 % des lamelles à dos, le tiers des segments et un perçoir de l’Aïn Khanga. Ce niveau a été subdivisé en deux séquences qui ne montrent pas de différences sensibles. Les nucléus sont plutôt globuleux et, dans la partie supérieure, existent quelques pièces cannelées. Les grattoirs privilégient les formes sur éclat court, bien que dans la séquence supérieure, le tiers soit fait sur lame ou lamelle. La présence d’un perçoir de l’Aïn Khanga dans la séquence inférieure conforte un changement entre le niveau sous-jacent au dallage et celui-ci. Le groupe burins et le groupe éclats et lames à dos sont des plus modestes, ce dernier comportant des pièces plutôt de petites dimensions. Dans la partie supérieure a été trouvée une lame à dos, véritable couteau, à tête arquée, restée corticale sur une grande partie de sa longueur ; le cortex ainsi que quelques retouches conservaient des traces d’ocre. Parmi les lamelles à dos, des pièces ultramicrolithiques sont vues comme une survivance ; elles peuvent porter une retouche Ouchtata. De nombreux types sont présents, les pièces rectilignes restant privilégiées ; leurs extrémités aiguës, tout comme celles des lames, sont aménagées de préférence dans la partie proximale, ce qui montrerait un choix de leur partie la plus robuste. Les pointes de La Mouillah, fréquentes ici, évoquent l’Ibéromaurusien alors qu’une pointe du Chacal suggère un Capsien évolué. L’éventail des microlithes géométriques s’ouvre largement, en particulier avec des scalènes-perçoirs, des trapèzes à côté concave, mais les segments restent majoritaires et sont eux aussi marqués par l’élassolithisme. Dans les deux séquences, ont été trouvées des pièces esquillées, pièces rares dans le Capsien. L’outillage osseux est peu fréquent, en mauvais état, il comprend des poinçons et des fragments pouvant pro1.- Cf l’outillage lithique Annexes p 554 où les deux niveaux ont été regroupés. 2.-.- Cf la distribution de l’outillage lithique en Annexes p. 555.

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Sahara préhistorique venir d’aiguilles. Le matériel de broyage se limite à deux fragments de meule et une molette livrés par la séquence supérieure, et sur lesquels nulle trace n’a été observée. La parure est suggérée par la présence de quelques rondelles d’enfilage venant également de la séquence supérieure. Des fragments d’ocre proviennent des deux séquences et une boulette d’argile verte pétrie de la séquence inférieure. Celle-ci a également livré un fragment de mandibule d’enfant. Les restes de nourriture proviennent de bovidés, mouflons, antilopes bubales, Gazella cuvieri, outardes, tortues, lézards, hérissons, de nombreux Helix et Rumina decollata. Site 51 C’est l’un des gisements découverts par le Logan Museum dans le Tarf et dont une partie de l’industrie, déposée au CRAPE, a été étudiée par L. Ramendo1. La couche archéologique avait été subdivisée en deux niveaux artificiels qui n’offrent pas de différences significatives. Les grattoirs sont plutôt simples, faits sur éclat retouché ou non, souvent sur éclat cortical, ce qui n’exclut pas les types sur lames ou lamelles. Il existe quelques pièces circulaires. Les burins sont un peu plus nombreux dans la partie supérieure d’où provient une série de petits burins sur lamelle qui évoquent ceux d’Aïn Kéda ou de Columnata. Les bords abattus privilégient les dos arqués et partiels. Les pièces encochées sont plutôt des éclats, les scies sont rares. Les microlithes géométriques paraissent peu nombreux, ce qui peut résulter d’un tamisage à trop grosses mailles ; les formes en sont variées bien que les côtés soient souvent concaves. L’outillage osseux de cette série consiste simplement en poinçons ou aiguilles. De l’œuf d’autruche, parfois gravé, de l’ocre et des coquilles de Columbella rustica perforées sont présents. Un squelette d’enfant y fut découvert. Faciès sétifien Au contact du territoire occupé antérieurement par les Ibéromaurusiens, ce faciès qui paraît presque aussi ancien que le faciès méridional, peut jouer un rôle majeur dans la compréhension du peuplement de l’Afrique du Nord par le développement de particularités dont les prémices figurent dans l’Ibéromaurusien (pointe d’Aïn Keda, pointe du Chacal, réemploi d’ossement humain). Il se caractérise par la présence d’un trapèze allongé à petit côté concave et la prédominance des pièces à coches, prédominance qui ne fait que s’accentuer au cours du temps. Il est connu dans divers sites dont certains comme Medjez II, ont permis de suivre son évolution. Aïn Boucherit Non loin du gisement paléolithique de l’Aïn Hanech, deux escargotières, Aïn Boucherit I et II sont connues. La première, signalée par C. Arambourg en 1931, a fait l’objet de divers travaux dont une fouille menée par le CRAPE en 1965 qui a mis en évidence sous un niveau perturbé par les labours, une couche très riche en coquilles, entrecoupée de lits de pierres qui surmontait une couche avec foyers et charbons où les coquilles étaient rares et toujours écrasées. L’in1.- Cf Annexes p. 554.

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La question épipaléolithique dustrie lithique1 qui en a été retirée souligne l’importance des lamelles à coches et des lamelles à dos, la présence de scalènes-perçoirs. On y retrouve le gros outillage en calcaire connu à Medjez II. Les trois niveaux artificiellement isolés, n’offrent pas de différences sensibles, l’augmentation du nombre des trapèzes étant insignifiante. Ils sont datés de 7000 ± 150 et 6800 ± 150 B.P. (Mc210 et Mc209) (6020- 5750 et 5860-5590 av. J.-C.) pour le plus profond 1,50 à 1,30 m, 5400 B.P. (Alg7) (4245 av. J.-C.) entre 1,40 et 1,20 m, 5120 ± 310 B.P. (Ny76) (4260-3580 av. J.-C.) pour la surface. Les fouilles n’ont livré aucun objet autre que les pièces lithiques. Mechta el Arbi Près de Chelghoum el Aid (Chateaudun du Rhummel), l’escargotière de Mechta el Arbi fut reconnue en 1907 par G. Mercier. Elle couvrait une surface de 50x90 m et fut fouillée par A. Debruge, puis le Logan Museum, mais de nombreux visiteurs y firent des récoltes. Le gisement a livré une industrie riche en lamelles à dos, pièces à coches qui sont prépondérantes ; il renfermait des microlithes géométriques, segments, triangles et trapèzes. L’outillage osseux qui serait abondant, paraît d’une qualité exceptionnelle, avec des tranchets, couteaux, pellettes, lissoirs, hameçons, poinçons, une faucille, des tubes en os, pendeloques, poignards. Divers ossements présentent des stries subparallèles. Le traitement de l’os a pu affecter des os humains, un péroné a été aménagé en poignard et deux fragments crâniens, un frontal et un occipital, ont été perforés. Aucun test d’œuf d’autruche n’est gravé. Le gisement est surtout célèbre pour la découverte des restes humains provenant d’au moins une douzaine d’individus. Des stries de découpe se trouvent sur plusieurs cadavres, un frontal scié au-dessus des orbites, présente deux perforations latérales. Un enfant dont le bloc crânio-facial était teinté de rouge, était accompagné du dépôt funéraire le plus important qui soit connu à cette période avec près de sa tête, un couteau de silex, une pointe en os poli et un broyeur portant des traces d’utilisation et de pigments. Une tête osseuse découverte en 1912 par Debruge et étudiée par Bertholon devait être à l’origine de l’identification et de la dénomination du type humain Mechta el Arbi défini par H. Vallois en 1934. Medjez II Escargotière de la région d’El Eulma, G. Camps en fait le gisement princeps du Sétifien. Découverte par M. Verguet en 1955, elle fut fouillée de 1963 à 1967 par celui-ci, puis par H. Camps-Fabrer. Longue de 100 m, large de 40 m, avec une épaisseur de 3,65 m, elle apparaît comme un véritable tell. L’industrie renferme, auprès des silex taillés pouvant être issus de nucléuscannelés, un gros outillage de galets aménagés en calcaire, du matériel de broyage, un outillage osseux important, varié et de belle qualité, –29 types ont été identifiés-, avec couteaux, pellettes, ciseaux, lissoirs, brunissoirs, poinçons alênes, plumes. Les manifestations d’art sont nombreuses, os décorés, pierresfigures ou pierres gravées -souvent d’un quadrillage-, objets de parure avec des perles en os, pendeloques en pierre, rondelles d’enfilage, coquillages et dents 1.- Cf Annexes p. 555.

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Sahara préhistorique perforées, ocre. Divers ossements humains ont été réutilisés dont la pièce maîtresse est un fragment d’occipital scié et poli. Les restes de 15 individus dont 7 nouveaux-nés et un enfant ont été mis au jour. L’inhumation la plus profonde est attribuée à la phase II et montrait une position contractée, les autres un décubitus latéral fléchi ou dorsal allongé., sans orientation privilégiée. Un dépôt d’ocre dont une couche au-dessus de l’un des nouveaux-nés, parfois des éléments de parure, des ossements de petits animaux, des pierres y étaient associés. Des fragments crâniens portent des traces de sciage et de polissage. L’avulsion dentaire a été pratiquée chez une femme. H. Camps-Fabrer a reconnu quatre phases dans l’industrie1. Dans la phase I, la plus ancienne, datée de 8800 ± 150 à 7860 ± 130 B.P. (Mc 327 et 325) (8200-7660 à 8200-7660 av. J.-C.), les grattoirs offrent un vaste éventail, seul le type circulaire n’est pas présent. Un perçoir de l’Aïn Khanga figure dans le groupe perçoir constitué surtout de perçoirs simples. Tous les types de lames à dos s’y retrouvent à l’exception des couteaux de Guentis. Les lamelles à dos, nombreuses, ont un éventail très ouvert ; les pièces dites à affinité capsienne, lamelles aiguës à dos rectiligne, aiguillons droits, pointes d’Aïn Keda, lamelles à tête arquée, à bord abattu partiel, à cran, y prennent une place notable. La retouche Ouchtata est utilisée. Les pièces denticulées prédominent en particulier les lames et lamelles. Les microlithes géométriques sont peu nombreux et les segments tendent à disparaître. Parmi les nucleus, deux sont cannelés. Il y a peu de coquilles d’Helix. Des restes d’alcélaphes sont courants. S. Merzoug a reconnu des restes d’autruche portant des traces de découpe. La phase II est datée de 7570 ± 160 à 7280 ± 120 B.P. (Mc 319 et Mc 323) (6590-6230 à 62406010 av. J.-C.) avec certaines inversions dans la série de datations. Elle montre une structure lithique équilibrée. Les microlithes géométriques se diversifient, les segments restant majoritaires. Les aiguillons droits, les lamelles à à base se multiplient. De rares nucleus sont cannelés. Dans la phase III datée de 7030 ± 120 B.P. (Mc 318) (6010-5790 av. J.-C.), l’accentuation du microlithisme se poursuit avec une diminution marquée des grattoirs, burins, lames à dos mais aussi des perçoirs ; une lamelle à languette y a été trouvée. denticulés sont en progression, en particulier ceux sur lamelle. Les microlithes géométriques augmentent brusquement ; les segments disparaissent tandis que les trapèzes et triangles scalènes allongés à un côté concave prédominent. Les nucleus cannelés sont rares. La phase IV est datée de 6620 ± 300 et 6500 ± 150 B.P. (Gif 462, Mc 151) (5840-5220 et 5610-5320 av. J.-C.). Elle est la mieux représentée dans la région. Elle se caractérise par un fort déséquilibre de l’industrie au profit des lamelles à coches ou denticulées. La fréquence des microlithes géométriques augmente encore fortement. Le débitage lamellaire s’accentue. Les nucleus cannelés deviennent courants. Une quinzaine d’essences a été identifiée dans les charbons, frêne, saule, caroubier, chêne, cèdre, genévrier, thuya, térébinthe, plus tardivement pin, mais aussi arbousier, aubépine voire fenouil sont répartis irrégulièrement, ce que M. Couvert traduit en brusques fluctuations climatiques. Les restes de nourriture 1.- Cf p. 556.

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La question épipaléolithique sont largement dominés par Alcelaphus dans les niveaux inférieurs, Lepus, Gazella, Bos, Ammotragus, Ovis sont présents ainsi que quelques éléments de Pelorovis, Sus, voire Camelus et Equus, des oisaux, lézards, tortues, divers carnassiers et de nombreux coquillages Leucochroa, Helicella, Eobania. Faciès tiarétien Il se traduit dans une forte proportion de pièces à coches, un fort indice de microlithes géométriques, la présence de pointes de l’Aïn Keda, de scalènes perçoirs et pointes de Columnata. Aïn Cherita Station de plein air des environs de Dahmouni, elle fut reconnue par P. Cadenat sur indications de J. Aïassa, au début des années soixante. Elle n’a donné lieu qu’à des récoltes de surface1 qui suggèrent sa grande richesse. Elle n’a livré que peu de nucléus, dont l’auteur ne précise pas l’aspect. L’éventail d’outils est comparable à celui d’Aïn Keda avec prédominance des pièces à coches et lamelles à dos, les autres outils étant peu fréquents. Aucun scalène perçoir n’y figure, mais les pointes d’Aïn Keda sont courantes et des perçoirs d’Aïn Khanga s’y trouvent. Les trapèzes, peu nombreux, offrent un aspect particulier avec une petite base retouchée, concave. Les triangles scalènes allongés à petit côté court sont les seuls à être bien représentés. Malgré son importance, la série ne renferme aucune pointe de Columnata. La présence d’un rectangle et d’une petite tête de flèche à tranchant transversal est vue comme signe d’un âge récent, presque néolithique, par P. Cadenat. L’outillage osseux est abondant, de belle facture avec des poinçons et des tranchets. La parure est traduite par quelques rondelles d’enfilage, coquillages percés, cyprées, pétoncles ; le site a également livré des pierres gravées de traits. Les reliefs de repas montrent la consommation de bovins, gazelles, antilopes-bubales, porcs-épics, Equus mauritanicus, probablement des lapins, des oiseaux, quelques mollusques terrestres Leucochroa, Rumina decollata. Quelques restes humains en mauvais état proviennent de plusieurs individus. Aïn Keda En 1955, R. de Bayle des Hermens a identifié, dans cet abri sous roche de la région de Tiaret, un niveau capsien sous un niveau meuble renfermant de nombreuses pierres éboulées mêlées à du sable. Ce niveau supérieur, pauvre, livra deux têtes de flèche qui le firent attribuer au Néolithique. Dans un premier temps, le niveau inférieur fut également attribué au Néolithique, mais à un Néolithique ancien en raison de l’absence de céramique et de tête de flèche. Il est riche en pièces à coches et lamelles à dos. Les nucléus sont ir réguliers, parfois pyramidaux. Le gisement a fourni2 un grand nombre de fines lamelles à dos rectiligne dont le tranchant est repris par retouche inverse et qui ont reçu son nom. Elles appartiennent à l’ensemble d’objets caractéristiques du Capsien supérieur. Les lamelles à dos comprennent aussi un lot de petites pièces 1.- Cf Annexes p. 557. 2.- Id.

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Sahara préhistorique ne dépassant pas 2 cm de long. Quoique peu nombreux, les grattoirs sont de types variés, parfois sommairement aménagés. Les burins sont faits sur lamelle et sont tous des burins d’angle sur troncature. Les microlithes géométriques accordent une nette préférence aux segments. Le matériel de broyage est pauvre. L’outillage en os, de belle facture, abonde ; ce sont des tranchets, lissoirs, aiguilles et poinçons dont un grand poinçon orné de traits transversaux parallèles. Un fragment creusé d’une rainure se rapporte probablement à une faucille. La parure se limite à quelques rondelles d’enfilage, une pendeloque en pierre et de l’ocre en abondance. Des restes appartenant à huit individus de type mechtoïde, ont été retirés ; très mal conservés, ossements brisés et mêlés, ils ont fait songer à des inhumations secondaires. La faune était peu abondante, quelques dents ont permis d’identifier Alcelaphus buselaphus, Ammotragus lervia, une gazelle, un ovidé qui pourrait être du mouton, un canidé. Testudo mauritanica abondait. Des coquilles ont été rapportées à Rumina decollata et Helix melanostoma. Columnata A Columnata, un niveau capsien supérieur en appui contre la falaise, se superpose au Columnatien dont il est séparé par une couche discontinue d’éboulis. Il est surmonté d’un niveau néolithique renfermant des fragments de grès et des blocs plus ou moins importants, particulièrement à sa base. Il est daté de 6850 ±300 et 6350 ± 300 B.P. (Gif308 et 309) (6010-5480 et 5610-4960 av. J.-C.). On connaît assez mal l’industrie capsienne qui paraît fortement dominée par les coches et denticulés, où les microlithes géométriques -pour près de moitié, des trapèzes- sont particulièrement nombreux. On y trouve des scalènes-perçoirs. Les microburins sont bien représentés, les burins, les pointes de Columnata présents. Les lamelles à dos peu nombreuses, incluent des pointes d’Aïn Keda. L’outillage osseux, abondant, a livré des pièces remarquables avec trois faucilles dont une entière ; il ne comporte pas de tranchet. Il est possible que les deux ciseaux retrouvés dans les éboulis lui appartiennent. L’outillage osseux est parfois incisé de traits courts, décor qui se retrouve sur des coquilles d’Helix (fig. 11). Divers ossements humains ont été réaménagés : mandibule ocrée dont les branches montantes ont été sciées, pendeloque façonnée dans un os crânien, humerus, radius, cubitus sciés transversalement. Le même auteur a cru devoir insister sur l’évolution de l’outillage. Les triangles scalènes allongés et pointes de l’Aïn Keda apparaissent d’abord, puis les triangles à base convexe, les scalènes perçoirs et les pointes de Columnata. Les trapèzes qui seront abondants au Néolithique, viennent en dernier. Fontaine Noire Découvert en 1953 par Bonneau, le gisement fut fouillé en 1955 par P. Cadenat. Habitat de plein air, situé à mi-coteau, il est proche d’une source. Les fouilles ont retiré 878 outils1 taillés dans un silex noir local, plus rarement en quartzite. Les nucléus sont nombreux, peu ont une forme pyramidale ; le matériel brut de taille abonde, de nombreuses pièces portent du cortex, ce qui souligne la petitesse des nucléus. Plus que des pièces à coches, ce sont des denticulés qui prédominent, ils sont en majorité sur lame avec des coches d’amplitude et profondeur variées. 1.- Cf détail en Annexes p. 556.

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La question épipaléolithique Les lamelles à dos résultent d’une retouche abrupte, rarement sur enclume, avec prédominance des types rectilignes et partiels. Les microlithes géométriques et microburins sont quasiment absents. Les divers sont un ensemble hétéroclite à nombreuses pièces à retouche continue. Une dizaine de pièces brutes, quelques denticulés et lamelles à retouche Ouchtata présentent un tranchant émoussé ou poli. L’os très mal conservé n’a livré qu’une dent de bovin. Les coquilles de Rumina et Leucochroa sont nombreuses.

Fig. 11 - Art mobilier épipaléolithique : Coquilles d'Helix striées. Columnata (d'après CampsFabrer, 1966).

Kef Torad Gisement de plein air de la région de Tiaret, épais de 0,50 m, il affleurait sur un diamètre de 60 m. Il fut identifié en 1956 par P. Cadenat qui en assura l’étude. Les nucléus, nombreux, sont épuisés. L’industrie lithique se caractérise par la grande abondance des pièces à coches, des lamelles à dos, une relative fréquence des microlithes géométriques. Les grattoirs sont simples sur éclat ou en bout de lame, ils peuvent alors être doubles. Les burins sont de petite taille. Les trapèzes prédominent et les segments sont fréquents ; les scalènes perçoirs sont présents ainsi que trois pointes de Columnata et une pointe de Bou Saada. Il n’a pas été trouvé de scie. Les molettes sont relativement nombreuses, mais il n’est fait état d’aucun fragment de meule. L’os et l’œuf d’autruche sont rares, ce que P. Cadenat voit comme une indigence, en raison de leur présence dans le site voisin d’Aïn Cherita. Des restes de faune étaient concentrés dans une zone cendreuse ; rares, ils se rapportent à Bos, Alcelaphus, Gazella et à quelques coquillages. Autres faciès Si le territoire capsien a longtemps semblé très circonscrit, Bordj bou Arreridj paraissant sa limite occidentale, la découverte de cette culture à Columnata a ouvert la voie à l’idée d’une extension territoriale bien plus vaste. A l’ouest, on a même pu parler de forte influence capsienne au Maroc, dans des sites du Haut Atlas. A l’est, Mc Burney qualifiait de « Libyco Capsian complex », un des niveaux reconnus à Haua Fteah, attribution qui a été contestée.

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Sahara préhistorique Aïn Fritissa Pour J. Tixier, l’industrie épipaléolithique provenant de ce site1 de la région de Guercif, traduirait comme celles de Telouet reconnue par M. Antoine dans le Haut Atlas en 1936 et Cote 1937 identifiée par R. Chenorkian, une forte influence capsienne dans le Maghreb occidental. Elle se lirait dans l’importance des groupes coches-denticulés, burins d’angle sur troncature et dans la présence de perçoirs d’Aïn Khanga et de pointes d’Ounan. R. Chenorkian rapproche cette industrie du Sétifien ou du Tiarétien en raison du faible indice de microlithes géométriques. Tel n’est pas l’avis de J. Roche qui, en 1963, faisait valoir un hiatus géographique trop important. Cote 1937 Situé sur une légère éminence au nord du djebel Hayane, le gisement fut reconnu par R. Chenorkian. Les 186 pièces2 qu’il étudia montrent la suprématie des pièces à coches, qui sont des éclats plutôt denticulés, et l’importance des retouches continues, qui sont des éclats de petite taille à retouche Ouchtata souvent alternante. La retouche Ouchtata est également utilisée dans le façonnage des lamelles à dos. Il n’y a pas de mèche de foret. Les burins sont tous des burins dièdres, la plupart d’angle. La présence d’une pointe d’Aïoun Berriche évoque le faciès central. Malgré la présence de microburins, les microlithes géométriques manquent, un rectangle, le seul trouvé, étant vu comme intrusif au même titre qu’un tesson de poterie. Haua Fteah et le complexe libyco-capsien En Cyrénaïque, Mc Burney a qualifié de « Libyco Capsian complex »3, le niveau X d’Haua Fteah, niveau immédiatement superposé à l’Eastern Oranian et surmonté d’un néolithique caractérisé. Il propose d’y voir un complexe industriel se rattachant au Capsien typique. G. Camps l’attribue à la phase ancienne du Capsien supérieur. Pour A. Close et B.E. Barich se serait une expression tardive d’Ibéromaurusien que cette dernière retrouve au jebel Gharbi4. E. de Faucamberge fait valoir « un courant culturel indigène ». Le niveau X d’Haua Fteah présente des divergences nettes avec les niveaux précédents. Les lamelles à dos conservent le rôle prépondérant qu’elles connaissent dans l’Eastern Oranian malgré leur régression au profit des burins et des grattoirs ; ceux-ci occupent une place comparable, de l’ordre de 10 à 20 % chacun. Les grattoirs comprennent de grandes pièces sur lame denticulée. Les coches, rares, sont dues à des retouches obliques et sont largement ouvertes comme dans les industries capsiennes. Bien que les microlithes géométriques soient rares, ils comportent segments, triangles et trapèzes. La pierre polie est présente. Plus par leur style que la structure de l’ensemble industriel, ces outils évoquent le Capsien, G. Camps souligne la fréquence des burins en particulier des burins d’angle et, de manière plus significative, des éléments comme l’ocre dont de grandes lames à 1.- Cf Annexes p. 557. 2.- Id. 3.- Id. 4.- Cf p. 276.

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La question épipaléolithique dos conservent des traces, des tests d’œuf d’autruche à décor de points, de hachures, des rondelles d’enfilage à vaste lumière et surtout le travail de l’os qui peut s’accompagner de la gravure de traits parallèles. Un galet gravé d’une tête de flamant (?) évoquerait pour Mc Burney, la tête d’autruche de Hamda en Tunisie alors qu’une série de galets peints de motifs rubanés trouverait un équivalent aux Iles Levanzo. Ces plaquettes peintes sont vues par l’auteur comme témoin d’un rapprochement avec le Romanellien, ce qui réactive l’idée de R. Vaufrey qui voyait dans celui-ci l’origine du Capsien. Pour Mc Burney, cette culture se serait déployée vers l’ouest. En Cyrénaïque, elle aurait évolué en perdant le contact avec ce déploiement et en gardant certains de ses traits originaux. Sa partie médiane datée de 8400 ± 150 B.P. (GrN3167) (7590-7190 av. J.-C.) et la surface du niveau sous-jacent de 10600 ± 300 B.P. (W104) (11000-10030 av. J.-C.) lui accordent un âge entre 10000 et 7000 B.P., soit 9500 à 5900 av. J.-C. Les travaux récents du Cyrenaican Prehistory Project datent cette phase de 12360±50 (OxA-18678) et 9425±40 (OxA-19184), (14 900-14050 et 10760-10560 av. J.-C.). La faune a surtout fourni des restes d’ovicaprinés qu’un réexamen a identifié en partie comme caprins domestiques, peut-être mouton, tout en restant réservé quant à l’appartenance au niveau, Les gazelles, antilopes et bovins sont moins fréquents que dans l’East Oranian, Canis anthus conserve la même place ainsi que Lepus. Hystrix y est connu comme il le sera dans le Néolithique. Quant aux restes de hyènes qui ne se trouvent pas dans les autres niveaux, ils pourraient traduire des moments d’abandon du site.

Les hommes et les modes de vie La population La population des débuts de l’Holocène n’est pas homogène. Le type le plus fréquent, toutes régions confondues, était probablement le type mechtoïde. Sa forme gracile a été trouvée au Sahara oriental associée aux industries qaruniennes ; dans les régions telliennes, elle est porteuse du Columnatien et se rencontre dans le Capsien, toujours à la base des escargotières, ce qui pose la question de son devenir. Il est bien connu à Mechta el Arbi, gisement qui lui a donné son nom, à Medjez II... M.C. Chamla a pu estimer que l’homme de Mechta-Afalou constituait 40 % des restes humains retrouvés dans le Capsien ! Longtemps, il fut considéré comme le seul type humain peuplant le Maghreb. La découverte de l’homme de l’Aïn Metherchem en 1949 montrait la présence d’un autre type qui a été attribué à une population protoméditerranéenne. La plus ancienne présente deux variantes, l’une à face haute, l’autre à face basse, elles se différencient par divers autres détails, la variante à face haute marquant une nette différenciation sexuelle avec des individus féminins graciles et masculins robustes. Certains auteurs l’entendent comme une population étrangère, pouvant venir du Proche Orient. Dans le Sahara, où les quelques traces épipaléolithiques retrouvées ne sont accompagnées d’aucun reste humain, on sait seulement que des populations contemporaines vivant dans le Massif central saharien, et nettement engagées

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Sahara préhistorique dans le processus de néolithisation, appartiennent à une population à caractères négroïdes peu accentués. Dans le Tell, de rares individus provenant de gisements capsiens auraient présenté, eux aussi, des caractères négroïdes. L. Balout fait état d’un crâne de Bir Hamaïria I, perdu depuis, Bertholon et Royer attribuent les individus retirés des gisements de Redeyef et La Meskiana en Tunisie à ce type. L’habitat Les gisements épipaléolithiques se rencontrent en plein air, rarement dans des abris sous roche. Ils occupent des surfaces variées, plutôt modestes. Ils atteignent jusqu’à 10 hectares dans la culture de Foum el Arguin. Les sites shamarkiens couvrent des surfaces de l’ordre de 300 m2. Dans le Capsien, la surface des gisements varie de moins de 300 m2 à plus de 7000 m2 avec une longueur d’une dizaine de mètres pour les plus petits, atteignant 100 ou 150 m pour les plus vastes. A Aïn Turk, le contact franc avec le terrain dans lequel le site s’insère implique une palissade. L’originalité des restes d’habitats capsiens a si fortement marqué les premiers préhistoriens qui s’y sont intéressés, qu’ils lui ont donné des noms particuliers, « escargotières » pour souligner la masse colossale d’escargots entiers ou brisés qu’ils renferment et qui évoque les kjökkenmödding, « rammadiyat » pour faire valoir la forte accumulation de cendres. Au Khanguet el Mouhaâd, J. Morel remarquant l’abondance des cendres, la rareté et la petitesse des charbons, propose l’emploi d’herbes et de broussailles pour alimenter les feux. Les sites capsiens sont également très chargés en pierres brûlées diversement disposées, certaines en éléments de foyer, d’autres isolées, d’autres en tas irréguliers qui ont suggéré une pratique encore vivace dans le Sud tunisien et en diverses autres régions : des pierres jetées dans les flammes pour ralentir la combustion et prolonger le rayonnement calorifique. Introduites brûlantes dans des récipients contenant un liquide, elles ont, aussi, pu servir à le porter à l’ébullition, à cuire des aliments. Dans la région de Tiaret, la découverte, par A. Amara, d’une structure de cuisson des gastéropodes dont la sole, épaisse d’une vingtaine de centimètres, est faite de ces pierres, peut aussi expliquer, tout ou partie, leur prolifération. Le site arkinien DIW1 a livré des concentrations de matériel archéologique, de forme ovale, adjacentes, qui ont été interprétées comme des unités de campement saisonnier ; leur disposition implique une superstructure qui se serait conservée d’une saison à l’autre. A El Hamraïa, dans le Mellalien, une irrégularité de la densité des objets esquissant des îlots d’une quinzaine de m2 séparés de 1 à 2 m, sont entendus comme des emplacements de cabanes, de même le demi-cercle de pierres reconnu par F. Hassan, à Shiyata dans le Qarunien. Dans l’oasis de Dakhla, dans le Complexe Masara, M.M.A. Mc Donald a discerné des huttes de 3 à 4 m de diamètre, dont les piquets soutenant la superstructure étaient calés par des pierres et dont le plancher pouvait s’enfoncer d’une trentaine de centimètres dans le sol, particularité évoquant les habitats natoufiens et harifiens. Des structures ont également été identifiées dans quelques sites : à Medjez I, Hergla SHM-1 où des fossés, des trous de piquets ont été mis au jour.

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La question épipaléolithique

Les activités D. Grébénart s’appuie sur l’importance des dépôts et leur continuité pour accorder une vie sédentaire aux populations capsiennes, de même D. Lubell, mais pareil comportement semble peu en accord avec les pratiques funéraires de décarnisation qui, elles, pourraient impliquer un nomadisme ou semi-nomadisme. La question de déplacement des populations, de contacts entre cultures différentes ou vivant dans des régions plus ou moins éloignées, est en effet posée. Les similitudes que B. Barich et F. Hassan reconnaissent dans les industries de Siwa et de l’Akakus, les ont conduit à proposer des relations entre le Sahara central et la vallée du Nil, dans lesquelles Siwa aurait servi d’étape en raison de sa situation géographique intermédiaire. Dans le faciès d’El Oued et nombre de gisements capsiens de faciès tébessien, la présence de Nassa gibbosula, espèce vivant dans des eaux tempérées à chaudes, souligne des liens avec le golfe de Gabès. La chasse, la cueillette restent les activités dominantes des populations épipaléolithiques. Les mammifères les plus fréquemment rencontrés sont des antilopes alcélaphes, des gazelles et des mouflons, ou encore Bos primigenius, Equus ; ils s’ajoutent au petit gibier, en particulier aux lapins, aux reptiles, tortues et rongeurs divers. Les restes osseux d’autruche sont très rares alors que leurs œufs ont été très utilisés. Cette opposition avait engendré l’idée d’un tabou alimentaire qui aurait concerné cet oiseau. Les stries de boucherie que S. Merzoug a reconnues sur des restes venant de Medjez II, repose la question. A Foum Arguin, la population, quoique littorale, est vue comme ayant essentiellement vécu de produits de chasse, aucun coquillage n’y traduit alors un attrait pour la mer. Les restes d’Alcelaphus retrouvés dans le Capsien, posent un problème relevé par J. Morel. Tous les individus abattus sont des jeunes dont l’âge tourne autour de trois ans ; à l’instar de ce qui se trouve à Taza, Tamar Hat..., la totalité de leur squelette, y compris le bassin et les côtes, se trouve dans les gisements. Ces parties n’étant qu’exceptionnellement retrouvées dans les produits de chasse appellent à une relation particulière avec cet animal ; certains auteurs ont proposé une domestication, d’autres un parcage de jeunes individus, prélude à la domestication. Pour la plupart des auteurs, les végétaux auraient été l’un des éléments essentiels de la nourriture des Capsiens, la consommation de Gastéropodes n’était qu’un élément mineur, venant en complément alimentaire, malgré l’abondance des coquilles, la variété des espèces, tel n’est pas l’avis de I. Saafi et al, pour qui les Capsiens pouvaient en vivre comme c’était le cas récemment en Tunisie centrale où ils constituaient une base importante de l’alimentation. Sur les sept espèces qu’ils ont reconnues à El Oghrab et Aïn Oum Henda 1, en Tunisie centrale, Leucochroa candidissima et Helix melanostoma prédominent ; cette même prédominance est constatée à Medjez II sur les six espèces présentes, de même à Aïn Misteheyia. La collecte se faisait surtout le printemps et l’automne, elle privilégiait les adultes et les individus les plus grands et les plus pourvus en chair. A Wadi Halfa, la dentition des défunts retrouvés Site 6B-36, indique une forte consommation de graine. A Kaf Taht el Ghar, A. Ballouche a montré que

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Sahara préhistorique les occupants du niveau épipaléolithique consommaient des graminées sauvages et des amandes de type Prunus dulcis. On hésite à voir des bâtons à fouir dans les petites boules perforées, parfois trouvées dans les dépôts capsiens et déjà connues dans l’Ibéromaurusien de Tamar Hat, en raison de leur faible dimension, de l’ordre de 5 cm, et de leur légèreté, de l’ordre de 50 à 125 grammes. G. CatonThomson qui en a retrouvé dans le Néolithique du Fayum y voyait des fusaïoles, G. Montandon évoquait les drilles employés pour la production du feu. Une spécialisation -ce qui appelle une structure sociale élaborée-, matérialisée par des aires spécifiques où prédomine fortement un type d’outil, a été reconnue au Sahara septentrional et la vallée du Nil, au sein de divers gisements mellaliens et shamarkiens. A DIW3, une concentration de nucléus est traduite comme un poste de travail spécialisé à l’intérieur de l’habitat, à l’Isthme et plus généralement dans les petits sites mellaliens, c’est la fréquence d’un type de lamelle à dos qui évoque un lieu propre à sa production. Les recherches sur les techniques de fabrication et l’utilisation des objets en os rejoignent les propositions de H. Camps-Fabrer qui identifiait un débitage longitudinal des métapodes de Gazella dorcas ou d’Alcelaphus buselaphus. Elles ont permis à G. Petrullo de reconnaître des outils utilisés pour tresser de la vannerie parmi les formes pointues. Les pratiques culturelles A l’instar des Ibéromaurusiens, les Epipaléolithiques du Maghreb, Columnatiens et Capsiens ont pratiqué l’avulsion dentaire. Cependant, elle ne touche pas les hommes, à l’exception d’un sujet d’Aïoun Berriche (=Site 12), et n’est pas limitée aux incisives supérieures comme chez les Ibéromaurusiens. Elle affecte aussi les incisives inférieures et peut concerner les deux mâchoires à la fois. Les auteurs ne sont pas d’accord sur l’âge auquel elle était pratiquée, début de l’adolescence ou fin, mais tous y voient un rite de passage. Outre l’avulsion des deux incisives médianes de la mandibule et du maxillaire, H2 de Medjez II présente une usure très particulière d’une incisive latérale qui est considérée comme un limage. L’aménagement d’ossements humains, pratique qui a pu paraître un temps propre au Capsien, a été retrouvée dans le Columnatien où, à Columnata, les branches montantes d’une mandibule ocrée ont été sciées et polies, un humérus, un radius et un cubitus appartenant au même sujet sciés et un pariétal transformé en pendeloque. Cette pratique d’aménager les ossements humains existait déjà dans l’Ibéromaurusien où un cubitus d’enfant débité a été retiré du site d’Afalou bou Rhummel. A Bortal Fakher, une incisive est transformée en pendeloque. Au Khanguet el Mouhaâd, A. Debruge mentionne un humérus préparé en représentation phallique, ainsi qu’un fémur travaillé. A Aïoun Berriche, c’est un radius et des os crâniens sciés et régularisés qui sont perforés. A Medjez II, un occipital et deux pariétaux droits sont sciés et polis, un fragment de pariétal gauche est perforé. De Mechta el Arbi viennent un frontal scié portant deux perforations, une portion d’occipital nantie de trois perforations et un péroné aménagé en poignard. Mais la pièce la plus insolite est le crâne de Faïd Souar II (fig. 12) qui a été scié pour enlever la partie postéro-inférieure et dont les pariétaux portent

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La question épipaléolithique chacun une perforation, en outre, une dent a été remplacée par une prothèse taillée dans une phalange (?) qui pourrait être humaine ; c’est la plus ancienne prothèse que l’on connaisse. Ce masque provient d’une femme de type méditerranéen sur laquelle avait été pratiquée l’avulsion des quatre incisives supérieures et des deux médianes inférieures ; la possibilité d’un surmodelage est envisagée par L. Aoudia-Chouaki. La pratique de décollation de la tête concerne quelques individus ; les parties détachées auraient été utilisées lors de certaines cérémonies, puis remises dans la tombe. A Taforalt elle semble liée à des actes de violence. Une telle pratique attribue un statut particulier au défunt : à celui de captif, L. AoudiaChouakri préfère celui d’ancêtre.

Fig. 12 – Capsien supérieur. Détails du masque de Faïd Souar, aménagé dans un crâne humain. La canine est une prothèse taillée dans une phalange (ph. J. Tixier).

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Sahara préhistorique Ces transformations d’ossements humains présents dans le Capsien, le Columnatien et aussi l’Ibéromaurusien, s’ajoutent à la pratique de l’avulsion dentaire pour proposer des liens entre ces cultures. Les pratiques funéraires Un fort pourcentage d’inhumations d’enfants souligne une vie difficile et les soins post-mortem qui leur sont portés l’affectivité de la population ; elle pose aussi la question du devenir d’une grande partie des restes adultes. Aucune trace de ce qui aurait pu être un ossuaire tel que les a connus l’Ibéromaurusien, n’a été signalée dans l’Epipaléolithique. Tous les restes de cette période proviennent d’inhumations individuelles, parfois doubles, exceptionnellement plurielles comme à Aïn Keda où une sépulture renfermant quatre individus, limitée par quatre grosses pierres dont une meule dormante, a été mise au jour. Les tombes qui peuvent truffer les habitats, ne portent généralement aucun repère. La profondeur des fosses n’est pas connue ; le Capsien a utilisé des fosses étroites, contenant à peine le défunt. Parfois la fosse funéraire a été creusée aux dépens du soubassement : à Medjez I, Saint-Arnaud, gisement qui n’a livré qu’une industrie très pauvre, où la fosse avait été creusée dans le tuf sous-jacent à l’escargotière, Aïn Dokkara où le défunt était légèrement enfoncé dans un sable provenant de la décomposition des grès sous-jacents à l’escargotière et était recouvert par celle-ci, Hergla SHM-1, où l’une des fosses mortuaires a été creusée dans la dune qui supporte l’habitat. A l’Epipaléolithique, l’inhumation primaire paraît de règle bien qu’à Aïn Keda, l’inhumation secondaire semble avoir été pratiquée pour les huit individus mis au jour. Les modes d’inhumations ne présentent pas de constante malgré une légère préférence pour le décubitus latéral fléchi retrouvé en repos sur le côté droit ou gauche sans qu’un lien ait été recherché avec le sexe1. Les membres inférieurs sont plus ou moins repliés, le genou ne dépassant pas le bas du thorax. La position des membres supérieurs est très variable, allongés le long du corps, ramenés sur la poitrine ou à hauteur de la face. Le décubitus latéral fléchi est fréquent à Columnata2 parmi la vingtaine d’inhumations qui se rapporterait au Columnatien. Il se retrouve dans le site qarunien E-29-G 1 où la défunte, une mechtoïde gracile, reposait en chien de fusil, sur le côté gauche, regard dirigé vers le sud. C’est aussi la position de l’individu protoméditerranéen retrouvé en 1949, à Aïn Dokkara, qui reposait sur le côté droit, face contre terre, légèrement penchée sur la droite, une pierre brûlée sous la joue. Cette position fléchie est connue à Bekkaria avec six individus en décubitus droit, H6 et H7 en décubitus gauche, à Medjez II qui privilégie le décubitus gauche avec un adulte H3 et trois enfants E1, E2, E6 ; le côté de repos de E4 et E5 n’est pas connu. Pour G. Camps, la position forcée serait plus ancienne. Elle est connue à Aïn Bahir, à Columnata pour cinq individus, H16 à H21, à Bekkaria pour l’une des inhumations les plus profondes, ainsi qu’à Medjez I, Dakhlat es Saâdane. A 1 .- Une telle relation a été mise en évidence par O. Dutour chez les populations néolithiques du Sahara méridional, cf p. 293. 2 .- P. Cadenat ne rapporte qu’une partie des inhumations au Columnatien ; pour lui, les restes en paquets qui témoignent d’inhumations secondaires, appartiendraient à l’Ibéromaurusien. S’appuyant sur d’autres critères, L. Aoudia-Chouakri ne le confirme que partiellement en ne rapportant à l’Ibéromaurusien que 13 d’entre elles.

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La question épipaléolithique Saint-Arnaud (El Eulma), le squelette mis au jour était assez peu contracté. A Medjez II, l’inhumation la plus profonde, H4, paraît plutôt un tas qu’une inhumation très fortement forcée. Le décubitus dorsal allongé est connu à Medjez II avec quatre individus H1 et H2, E3 et E7, Columnata, deux individus H8 et H22 avaient l’un et l’autre les jambes repliées sous les cuisses, Bekkaria H2 avait lui aussi les jambes ramenées sous les cuisses. A ces modalités, L. Aoudia-Chouakri ajoute le dépôt « en blocs anatomiques disloqués » qui ne concerne que quelques individus. Il trouve son origine dans la décollation de la tête, le démembrement du corps, l’éviscération, le nettoyage du thorax avant une mise en sépulture par blocs anatomiques reconstituant à peu près le corps ; la tête et certains membres pouvaient connaître un traitement particulier, être sciés, perforés, ils étaient probablement décorés par coloration, surmodelage pour participer à des cérémonies (?) ; en fin de rituel, ils étaient placés dans la tombe, de préférence près du bassin. Pour cet auteur, les inhumation en tas procèdent aussi de cette pratique. Elles sont connues pour quelques individus : Faïd Souar, Mechta el Arbi, Medjez I et II, Khanguet el Mouhaâd, Aïoun Berriche où cinq individus sur la trentaine retirée se présentaient ainsi. La décarnisation n’est pas une pratique propre au Capsien, elle a été signalée dans le Columnatien, à Aïn Keda, par R. de Bayle des Hermens, elle existerait dans l’Ibéromaurusien à Afalou bou Rhummel, Taforalt et dans le Néolithique de Kef el Agab. Réalisée alors que les chairs commençaient à se décomposer, ces auteurs y voient un comportement lié au semi-nomadisme, motivé par le souci d’enterrer le défunt dans le camps de base. D’après L. Aoudia-Chouakri, cette pratique se ferait rapidement après la mort et la dextérité dont font preuve ces découpes appelle des personnes expérimentées. Elle explique le manque de tête noté à Dakhlat es Saadane par exemple ou les têtes isolées comme celle de Taza. Elle explique de même les calottes crâniennes comportant deux ou trois perforations trouvées à Medjez II, Mechta el Arbi, le crâne trophée et des stries de découpe sur les coxaux rapportant une désarticulation de la hanche et l’ablation des membres inférieurs dont aucun ne se trouvait dans la tombe à Faïd Souar II. L’orientation n’obéit pas, non plus, à une règle. L. Aoudia-Chouakri reconnaît néanmoins dans le Capsien, deux regroupements majeurs : sud-nord déviant vers le sud-ouest nord-est, cas de Medjez II où seul H4 en position contractée avait la tête au nord, et ouest-est, cas de Bekkaria où toutefois H7 avait probablement la tête à l’est ; tous avaient le regard dirigé vers le sud sauf H6 qui regardait au nord. Une orientation nord-sud, regard vers l’est, se trouvait à Saint-Arnaud (El Eulma). A Aïn Bahir, la tête était au nord-est. A Columnata, l’orientation était anarchique. Des traces de brûlures sont visibles dans quelques cas, crâne trophée de Faïd Souar, certaines apophyses vertébrales d’Aïn Dokkara. A Columnata, deux individus portaient des traces très partielles pouvant provenir des conditions d’inhumation : l’un reposait en milieu cendreux, l’autre était interstratifié avec des charbons. Les éléments de parure sont rares, aucune rondelle d’enfilage n’a été retrouvée. Une perle en os et une défense de sanglier accompagnaient H1 de La

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Sahara préhistorique Meskiana, une défense de sanglier perforée et une perle tubulaire H1 de Medjez II, une épingle en os était plantée à la verticale derrière la tête de H2, ce qui rappelle H28 d’Afalou bou Rhummel. On retrouve cette pratique à Columnata avec un os poli planté à la verticale derrière la tête d’un enfant. Les dépôts funéraires sont toujours modestes. Un dépôt d’ocre se note dans la quasi-totalité des inhumations capsiennes, placé près de la tête ou imprégnant les sédiments. A Medjez II, le dépôt se trouvait près de la tête ou des bras de la plupart des individus, E6 reposait sur un lit d’ocre et la coloration des os de E7 donne même à penser qu’il aurait eu la tête peinte en rouge, pratique reconnue à Aïn Keda et Mechta el Arbi. A Aïoun Berriche, la présence d’ocre n’intéressait que les adultes, aucun enfant. Les autres offrandes se ramènent à une corne de grand bovin placée près de H5 à Bekkaria1, un oursin fossile accompagnant H2 ; à Medjez II, des ossements de lapins étaient déposés près de H2 et E5. Quant aux deux nouveaux-nés retrouvés de part et d’autre de la tête de l’individu masculin H1 qui avaient pu être interprétés comme un double sacrifice, d’après L. Aoudia-Chouakri, ils seraient indépendants de l’adulte. Les autres ossements trouvés près des défunts, os de carnivores, herbivores, oiseaux peuvent être tout autant des refus de repas que des offrandes. A Columnata, il a été fait état de fragments d’os animal ou d’outils -dont des lamelles à dos- qui pourraient tout aussi bien être des projectiles. L’association à des pierres se rencontre dans le Columnatien qu’elle caractérise et le Capsien. Elle est présente à Aïn Bahir, à Medjez II où H3 était peutêtre associé à un lit de pierres. A. Debruge a pu parler de « rempart » de pierres protégeant les défunts à Mechta el Arbi. A Aïn Misteheyia, un squelette était recouvert de 19 pierres de tailles différentes. A Columnata, des pierres étaient disposées n’importe comment sur le corps d’une douzaine d’individus, adultes ou enfants ; dans six cas, une pierre placée de champ reposait sur le bassin, dans deux cas, un véritable monument avec une assise à peu près circulaire supportant une sorte de monolithe était dressé au-dessus de la fosse et dans l’un, au-dessous des pierres, séparées du squelette par une couche de sédiment, se trouvaient deux chevilles osseuses de bovins ; des chevilles osseuses de bovins se trouvaient aussi sur une autre tombe. Cette pratique rappelle les cornes enchevêtrées mises au jour dans le même gisement, au-dessus de l’homme ibéromaurusien H27. A Bekkaria, dans le Capsien, la présence d’une seule corne sur une tombe, procède peut-être du même rituel. La parure et l’art mobilier Avec l’Epipaléolithique, en particulier le Capsien, la parure et l’art mobilier connaissent un fort développement. Un auteur comme H. Camps-Fabrer a tendance à voir dans la parure un souci de protection plus marqué qu’au Paléolithique supérieur. Elle peut être, aussi, signe de position sociale, affirmation de l’individualité, traduisant ainsi de nouvelles structures mentales et sociales. Outre les témoins conservés, il est probable que des matériaux périssables, bois, peaux en aient été le support. L’abondance de l’ocre sous diverses formes 1 .- H6, singulièrement riche, présentait diverses particularités qui le rapportent à une période plus récente Cf p. 294.

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La question épipaléolithique -poudre, bâton-, les meules et molettes qui en sont imprégnées, lui accordent un rôle important chez les populations capsiennes, et a amené E.G. Gobert à parler d’un « rite capsien du rouge ». On peut penser à un rôle prophylactique ainsi qu’à un rôle pratique, les traces qui subsistent sur les outils, lames, lamelles pouvant être des résidus de liant visant à les maintenir dans un emmanchement. La coquille d’œuf d’autruche L’élément le plus fréquent rangé parmi la parure1 est la rondelle d’enfilage en test d’œuf d’autruche. On en rencontre dans le Mellalien, l’Elkabien, le Shamarkien, le Bedouin Microlithic, sa présence est constante dans le Capsien où ce matériau a joué un rôle important. Ces rondelles présentent un mode de fabrication caractéristique et qui les distingue des pièces néolithiques : façonnées une à une, leur bord est irrégulier, fait d’une somme de minuscules facettes qui correspondent chacune à une plage d’abrasion et leur donne une section ovale. Outre cet emploi comme matière première, l’œuf d’autruche a joué un rôle important dans le Capsien, le Mellalien, ainsi probablement que chez les occupants du Sahara atlantique. Ses débris qui peuvent être nombreux dans certaines régions tel Gafsa-Tébessa, rapportent ses multiples usages, en bouteille d’abord, puis en coupe, coupelle, disque, jeton, rondelle d’enfilage. Il est souvent décoré, et avec exubérance dans certains sites. Les fragments dont on dispose montrent un décor gravé volontiers organisé autour de l’ouverture, parfois des traces d’ocre à l’intérieur. Les motifs sont variés, essentiellement géométriques : ce sont des traits droits ou ondés, des traits ciliés, des ponctuations. Ils peuvent être diversement disposés les uns par rapport aux autres. H. Camps-Fabrer a pu reconnaître 10 motifs simples et établir un classement en 60 décors. L. Belhouchet et R. Khedaier-el Asmi distinguent un ensemble figuratif et un ensemble schématique. A l’Abri Clariond, la forme des traits suppose un décor non géométrique mais les fragments sont trop petits pour permettre une restitution ; ils rappellent quelques pièces exceptionnelles à décors animaliers retrouvées à Hamda et Redeyef dont l’attribution au Capsien ou au Néolithique reste incertaine. Pour certains auteurs, ces motifs gravés qui pouvaient être rehaussés d’ocre, pourraient évoquer une personnalisation des récipients. A la suite de E. G. Gobert, H. Camps-Fabrer, J. Tixier accordent à l’ocre entourant l’orifice de bouteilles, un rôle magique, propitiatoire, en vue de lutter contre les génies pouvant en sortir. Les coquillages Des coquillages perforés naturellement ou par l’homme ont été aménagés en éléments de parure. Les plus courants sont des coquilles de Nassa gibbosula et Columbella rustica. Leur utilisation n’était probablement pas la même, Columbella rustica est perforée et pouvait être portée en pendentif, Nassa gibbosula usée jusqu’à la columelle par frottement devait être fixée sur une peau. D’autres coquillages n’ont été que rarement retrouvés, un pétoncle à Bir Zarif el Ouar, un dentale à Aïn Naga, site pourtant fort éloigné de la mer, une 1 .- Cela n’exclut pas un rôle possible de « monnaie d’échange ».

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Sahara préhistorique cyprée à l’Abri Clariond, des mitres, cônes et pourpre à Columnata, des Melanopsis à El Mekta. A Columnata, quatre coquilles de Leucochroa candidissima marquées de groupes de fines incisions parallèles ont été perforées (fig. 11) et pouvaient être portées en pendentif, elles ont amené P. Cadenat à soulever la question du symbolisme des traits. Les pierres gravées ou sculptées Des pendeloques en pierre obtenues par perforation ou par un sillon permettant leur suspension, sont connues à Columnata dans le Columnatien, à Aïn Keda, Relilaï, Medjez II, dans le Capsien. Le Capsien est la culture épipaléolithique qui a livré le plus grand nombre de pierres gravées ou sculptées. Elles se retrouvent dans divers gisements quelle que soit leur localisation, mais sont beaucoup plus fréquentes dans la région de Gafsa-Tébessa. Elles portent souvent des décors rudimentaires, simples incisions, traits plus ou moins enchevêtrés, croisés, en chevrons, les plus originaux forment des fuseaux ; certains suggèrent des motifs plus complexes, tel les tectiformes du galet de l’oued Safia, les représentations sexuelles d’El Mekta, Saint Donat, Aïn Boucherit, Oued Mengoub. Des fragments de représentations d’oiseaux sont connus dans le Capsien typique d’Oued Mengoub, le Capsien supérieur d’Hamda ou Redeyef et le Libyco-Capsien. A Hamda, une tête et un cou d’autruche se lisent sur une plaquette et à Kef Zoura D, une autruche de tracé original a été réalisée par traits incisés, les uns figuratifs, les autres géométriques. Des mammifères devaient être représentés à Aïn Bahir, Aïn Rhilane, El Mekta, Khanguet el Mouhaâd. Au Khanguet el Mouhaâd, une pierre plate supporte une gravure anthropomorphe sur une face, un mouflon (?) couché parmi de nombreux traits désordonnés sur l’autre. D’El Mekta viennent non seulement de nombreuses pierres incisées et des représentations sexuelles, mais aussi une plaquette de calcaire tombée de la voûte qui est gravée d’une tête de capridé (?). Dans ce gisement, diverses sculptures travaillées dans du calcaire tendre ont également été mises au jour. La plus grande, une tête humaine, mesure 15 cm. Quatre qui proviennent du Capsien typique représentent des têtes animales, un phallus, celles venant du Capsien supérieur figurent des masques, pendentifs, phallus ou des cônes interprétés comme pions de jeux ; une pierre-figure ayant déjà à l’état naturel l’aspect d’un coquillage entrouvert a été complétée par des incisions rendant un aspect côtelé (fig. 13). Os et autres éléments Des perles tubulaires ont été faites dans des os d’oiseau ou de lapin. A Medjez II et Mechta el Arbi, des défenses de sanglier ont été sciées et perforées, des dents ont été transformées en pendeloques. Des plumes en os enduites d’ocre trouvées à Columnata, Medjez II, Aïn Dokkara, pour J. Morel, les fins perçoirs de l’Aïn Khanga ont suggéré l’existence de tatouages. L’art rupestre Certains auteurs ont vu dans l’art mobilier capsien, les prémices de l’art rupestre du Nord de l’Afrique. H. Lhote, F.E. Roubet se sont vivement opposés

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La question épipaléolithique à une telle origine, soulignant le faible développement de l’art rupestre en zonecapsienne et son importance en dehors. En zone capsienne, hormis certaines gravures d’Abbiar Miggi, une d’El Mekta, quelques unes du Constantinois qui seraient antérieures au Néolithique, l’art rupestre se limite essentiellement à des incisions, traits soigneusement gravés en V qui ont reçu le nom de traits capsiens. On en connaît à Foum Seïd, abri gardant les traces d’une présence de Capsien typique, et dans les abris d’alentours où ils forment des groupes de traits parallèles ou se recoupant plus ou moins. On en trouve dans plusieurs abris d’El Kifene, au Relilaï.

Fig. 13 – Epipaléolithique. Art mobilier : Pierres sculptées d'El Mekta.1, 2, 7) Capsien typique ; 3 à 6) Capsien supérieur. (d'après Camps, 1974).

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A l’Epipaléolithique, les objets de parure, les pierres gravées ou sculptées font valoir la recherche d’un souci de protection, le Capsien étant à cet égard, des plus significatifs ; en outre, il fait un ample usage d’ocre rouge et, chez les femmes, développe le rite de l’avulsion dentaire que pratiquaient les Ibéromaurusiens. La population épipaléolithique n’a été identifiée que dans le Qarunien, le Columnatien et le Capsien. Elle laisse percevoir plusieurs types humains. Un peuplement mechtoïde, issu par gracilisation des populations du Paléolithique supérieur semble le plus courant. Au cours du temps, le Capsien fait valoir son remplacement par un type protoméditerranéen auquel se joignent peut-être quelques individus négroïdes. Les pratiques funéraires adoptent l’inhumation individuelle, elle se fait dans l’habitat. Elle est faite en fosse, parfois marquée de quelques pierres, voire d’un monument. Le défunt pouvait être accompagné d’un mobilier modeste où les cornes de bovidés pourraient être symboliques. La pratique du réemploi d’ossements humains se développe. Elle passe par une phase de décarnisation décapitation qui pourrait être liée au transport du défunt jusqu’à un camp de base. Une vie sédentaire ou à petits déplacements saisonniers est perçue chez les Capsiens, une organisation sociale avec des ateliers spécialisés existe dans le Mellalien et probablement l’Arkinien. Les populations épipaléolithiques restent tributaires de la chasse, la cueillette, la pêche. Toutefois, les Capsiens ont eu un comportement très particulier vis à vis de l’alcélaphe : ses restes ne se limitent pas aux parties nobles mais comportent la totalité du squelette, ce qui suppose un animal qui n’était pas ramené de chasses plus ou moins lointaines, mais se trouvait proche du campement ; on évoque à ce propos des prémices de domestication. Dès lors le Capsien peut être entendu aussi volontiers mésolithique qu’épipaléolithique

Ce que F.E. Roubet a nommé « le pays des gravures » se développe en ligne droite sur 500 km, de Figuig-Beni Ounif à Djelfa-Messad1, avec des représentations essentiellement figuratives, mais de styles si différents qu’elles appellent une réalisation échelonnée sur une longue période. L’on s’accorde à considérer que les collectes de R. Vaufrey par lesquelles il rapportait la totalité de l’art de l’Atlas au Néolithique de tradition capsienne, biaisées par la recherche de microlithes géométriques, sont peu fiables. Dans ce pôle d’art rupestre où les dépôts archéologiques associés aux gravures sont exceptionnels, on ne dispose pas de données suffisantes pour permettre de relier gravures et vestiges matériels. 1- D’incessantes découvertes montrent qu’il s’étendait certainement aussi au Constantinois.

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La question épipaléolithique Nonobstant l’existence des plus anciennes gravures rapportables au Paléolithique1, faut-il en rapporter aux cultures épipaléolithiques dont F.E. Roubet s’est attaché à rechercher les sites dans cette zone ? Faut-il seulement les associer au Néolithique tellien ainsi que l’a envisagé D. Grébénart ? En délaissant les représentations animales, en leur préférant des représentations humaines, la période subnaturaliste traduit incontestablement un monde nouveau. Nombre d’auteurs en voient les prémices dans les représentations d’ithyphalliques qui, loin d’un effet d’érotisme, exprimeraient une force vitale et à travers elle, le monde des producteurs..Peut-on dès lors rapporter l’étage des personnages à tête trilobée qui précède les représentations d’ithyphalliques, à l’Epipaléolithique ? La question est ouverte.

1 .- Cf T. I, p. 309 et svtes.

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Chapitre IV UNE TRES ANCIENNE NEOLITHISATION Les premières manifestations du Néolithique sont saisies à l’aube de l’Holocène dans certaines régions du Sahara central et oriental. Elles témoignent de tâtonnements multiples dans l’appropriation d’animaux, la valorisation de plantes et s’expriment par la présence d’un ustensile nouveau, le récipient en poterie, d’une arme nouvelle, l’arc. L’outillage traduit une variabilité telle d’un site à l’autre que les méthodes d’étude employées pour l’Epipaléolithique sont difficilement utilisables et en appellent d’autres1. Il faudra toutefois des siècles pour que l’ensemble des éléments qui font le plein Néolithique soit réuni. On ne sait d’où vient la population du Sahara. Pour partie de la vallée du Nil dont les turbulences en Haute Egypte auraient chassé les populations de la vallée vers les oasis du Sahara oriental. Pour partie, probablement des lieux privilégiés du Sahara central où se trouvait de l’eau, niches ayant pu servir de refuges aux hommes lorsqu’au Pléistocène final, une sévère aridité sévissait sur l’ensemble du Sahara ; les planchers à auges (fig. 72) identifiés par l’un de nous (MT) dans le sud de la Tadrart en témoignent2 et on ne croit plus à une période aride ayant totalement chassé les hommes du Sahara. Et, de plus en plus, on tend à proposer une migration venant du sud qui aurait accompagné la remontée du FTI et de la grande faune mammalienne. Les innovations apparaissent à peine plus tard au Soudan, A.J. Arkell rapportait à un Mésolithique tardif, « Late Mesolithic », qui pourrait procéder d’une phase de néolithisation3, une période caractérisée par une poterie à décor d’incised wavy line4, puis dotted wavy line. Elle précède le développement du pastoralisme qui réplique à son habitat dispersé par des sépultures regroupées, dotées d’un riche dépôt funéraire, ce qui a favorisé le développement de l’archéologie funéraire. Mais le reste de la vallée du Nil semble demeurer longtemps en dehors de ces transformations, tout comme le Sahara occidental ou le Tell maghrébin. 1.- Les liens doivent souvent être perçus au travers de fossiles directeurs, étant entendu que seul un éventail d’objets peut être signficatif 2 .- Cf t. I p. 301. 3.- Ces travaux ont eu une forte répercussion en servant d’appui à l’idée de l’origine égyptienne du Néolithique saharien. 4- Afin d’éviter les confusions qui existent parfois entre le motif wavy line, ligne ondée souvent obtenue par incision, et le motif dotted wavy line obtenu par impression, distinction devenue fondamentale dans la compréhension de l’évolution du Néolithique saharien, I. Caneva et F. Jesse proposent de nommer incised wavy line, le motif incisé et d’accorder au vocable wavy line un sens générique.

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Fig. 14 - Gisements du Néolithique ancien cités

Sahara préhistorique

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Une néolithisation très ancienne La néolithisation dans les massifs centraux et le Néolithique saharo-soudanais En 1964, en découvrant des poteries dans un site de l’Ahaggar daté du 9ème millénaire, J.P. Maître reposait la question de la néolithisation en zone saharienne. Il fallut attendre les données livrées par le site d’Amekni en 1968, pour faire valoir cette découverte malgré l’âge sensiblement plus récent de ce dernier. La date elle-même trouvait un écho quelques années plus tard, dans le Tassili n’Ajjer à Tin Hanakaten et dans l’Akakus, à Tin Torha, renforcée dans les années 90 par les données d’Uan Afuda et Uan Tabu. A partir de 1978, le Nord du Niger s’y ajoutait, avec les gisements de Tagalagal, Temet, puis une vingtaine de sites analogues qui occupent une bande de plus d’une centaine de kilomètres au nord de l’Adrar Bous. En raison de la quasi-contemporanéité d’une poterie réalisée de manière élaborée par l’ajout de dégraissant et toujours de même manière sur un territoire aussi vaste, la question d’une origine plus ancienne se posait. Elle trouve actuellement une réponse dans les travaux que E. Huysecom mène au Mali1. Cette poterie consiste toujours en grands vases, de forme sphérique avec des ouvertures de 20 à 30 cm, qui peuvent être agrémentés d’un minuscule col. La pâte était faite d’argile à laquelle étaient ajoutés des végétaux, herbes hachées. Le montage était fait par moulage du fond, puis montage de la panse à l’aide de colombins ou de bandeaux. Avant séchage, les vases étaient décorés d’impressions réalisées le plus volontiers à l’aide d’une spatule, d’un peigne ou d’une roulette, qui produisaient un motif enveloppant le vase d’une sorte de résille. La cuisson devait se faire à l’air libre, durer longtemps sans feu vif, les tessons étant généralement de teinte sombre et portant des traces de coups de feu. Cette présence d’une poterie très ancienne a été doublée récemment de la découverte d’indices d’interventions sur les animaux et les plantes. Fig. 14 - Gisements du Néolithique ancien mentionnés dans le texte : 1) Site Launey (=Adrar Tiltekin) ; 2) Timidouin (TF-TD-155-32) ; 3) Amekni ; 4) Tamaya Mellet ; 5) Tagalagal ; 6) Temet ; 7) Tin Ouaffadene ; 8) Adrar Bous ; 9) Adrar n'Kiffi (=Gisement 9) ; 10) Diatomite I (=Site 10) ; 11) Well area ; 12) Oued Yentas ; 13) Gobero ; 14) Tan Zoumaïtok, Tin Teferiest, Sefar, Tin Tazarift ; 15) Jabbaren ; 16) Tin Hanakaten ; 17) Fozzigiaren, Afa ; 18) Uan Afuda ; 19) Uan Tabu ; 20) Tin Torha (Tin Torha Est, Tin Torha Two caves) ; 21) Great Sand Sea ; 22) Farafra ; 23) Kharga E-76-6 ; 24) Dyke E-72-5 ; 25) Abu Ballas ; 26) Wadi Bakht ; 27) Dibeira 5 ; 28) El Barga, Wadi el-Arab, Site 2016 ; 29) Sites 626, 628 ; 30) Aneibis ; 31) Abu Darbein, El Damer ; 32) Shaqadud ; 33) Saggaï ; 34) Kabbashi ; 35) Sorourab ; 36) Island I ; 37) Khartoum Hôpital, El Qoz ; 38) Shabona ; 39) Guli ; 40) Djebel Moya ; 41) Délébo ; 42) Ounianga ; 43) Bardagué ; 44) Gabrong ; 45) Dirennao ; 46) Termit (Dougoule, Cheguelenga, Tchire Ouma) ; 47) Ounjougou ; 48) Uan Muhuggiag ; 49) Ouan Bender, Techekalaouen ; 50) Dakhla ; 51) Fayum. Cartouche : 1) E-79-4 ; 2) E-77-7 ; 3) E-79-5 ; 4) E-79-1, E-79-3 ; 5) E-79-8, E-80-1, E-80-3, E-80-4 ; 6) E-75-6, E-77-3, E-77-6. 1 .- Cf p. 160.

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Sahara préhistorique D’une manière générale, l’industrie lithique accorde alors un faible rôle aux lamelles et microlithes géométriques, hormis peut-être le secteur de l’Adrar Bous où se développe ce que A.B. Smith a nommé Kiffian. Ailleurs, le débitage a généralement un caractère fruste, il a fort justement été dit « débitage d’opportunité » par H.J. Hugot. Il a été fait souvent dans des roches plutoniques difficiles à débiter et à retoucher, d’où la profusion d’un outillage atypique où abondent les pièces à retouche continue, mais où se trouvent aussi des têtes de flèche soigneusement façonnées ; lorsqu’il désirait une pièce de bonne dimension, le tailleur employait volontiers le débitage Levallois, on en retrouve encore des traces au 5ème millénaire à Meniet ou à Mankhor. Le matériel osseux consiste en outils tranchants (tranchets le plus souvent atypiques), outils mousses (lissoirs) et surtout outils perforants (poinçons divers, alènes, parfois épingles). L’os a également été façonné en objets de parure, perles et pendeloques. La présence seulement épisodique de ces dernières et de quelques fragments de bracelets laisseraient croire à un développement réduit de la parure. Cependant, au Tassili n’Ajjer et dans la Tadrart, les peintures têtes rondes que l’on est en droit d’associer en partie à ces premières manifestations néolithiques montrent des parures d’une grande richesse ce qui donne à penser qu’elles étaient réalisées en matériaux périssables. L’art apporte nombre d’autres éléments fondamentaux à la connaissance de ces populations, diverses peintures concernent les techniques de subsistance comme celle de capture d’un mouflon gravide à Tin Tazarift, peut-être le repiquage d’une plante à Tin Teferiest ; d’autres scènes évoquent un rituel comme le saut au-dessus d’un taureau de Tin Hanakaten, Sefar ou Tehe-t-in-t-an Efiggiag. L’art souligne ainsi des agissements nouveaux dans lesquels se lisent des débuts de domestication. G. Camps a nommé Néolithique saharo-soudanais, les premières manifestations néolithiques dans le Sahara central, substituant ce terme à celui de Néolithique de tradition soudanaise. Bâti sur le modèle Néolithique de tradition capsienne qui avait fait fortune, Néolithique de tradition soudanaise avait été employé par H.J. Hugot en 1963 pour traduire la dualité qu’il percevait dans ce que R. Vaufrey nommait Néolithique de tradition capsienne et auquel ce dernier accordait un immense territoire s’étendant de la Méditerranée au Sahel. Les ensembles industriels des régions méridionales se distinguent en effet fortement de ceux des régions septentrionales par l’abondance et la forme de la poterie, son décor largement couvrant, la pauvreté en œuf d’autruche, son décor exceptionnel, et par la rareté des microlithes géométriques lesquels étaient, pour R. Vaufrey, le ciment du Néolithique de tradition capsienne. Le Néolithique saharo-soudanais ainsi défini connaît un vaste développement aux limites encore très imprécises tant dans l’espace que dans le temps. Pour certains auteurs comme G. Camps, J. Chavaillon, il s’étendrait à l’ensemble des temps néolithiques, ne prenant fin qu’avec l’apparition du métal. Pour d’autres, il se réduirait aux manifestations les plus anciennes, celles de l’Holocène inférieur. Sur les marges orientales du massif, à la suite de P. Graziosi, M. Lupacciolu, puis S. di Lernia nomment Néolithique pré-pastoral des manifestations semblables, les distinguant nettement du Néolithique pastoral qui se déploie à l’Holocène moyen.

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Une néolithisation très ancienne Les cultures de l’Ahaggar et le faciès d’Afilal En Ahaggar, en s’appuyant sur les proportions de motifs céramiques, J.P. Maître distinguait diverses cultures au sein du Néolithique de l’Ahaggar. Ils feraient un ample usage de l’impression pivotante. La culture la plus ancienne s’exprimerait dans le faciès, ou culture, d’Afilal et se développerait en altitude. Elle est traduite dans le Site Launey, se retrouve à la base de divers gisements, évoluerait en culture d’Amekni et de Timidouin qui s’épanouissent au Néolithique moyen, puis en Idelesien au Néolithique récent et, dans le piedmont sud, en faciès Tamanrasset. Amekni On doit à Baccou, la connaissance du site d’Amekni, à une quarantaine de kilomètres de Tamanrasset dans le sud de l’Arechoum. Les fouilles menées en 1965, puis 1968, sous la direction de G. Camps et J.P. Maître, portèrent sur quatre points. Elles identifièrent une couche cendreuse discontinue, riche en

Fig. 15 – Amekni. Industrie lithique : 1) perçoir ; 2) tête de flèche à tranchant transversal ; 3) trapèze ; 4) triangle ; 5, 8, 9, 12, 13) éclats à bord abattu ; 6, 7) rondelles d'enfilage ; 10) éclat retouché ; 11) éclat denticulé ; 14) fragment de lamelle à dos ; 15) éclat denticulé ;16) poignard. (d'après Camps 1969). Décors des poteries : 17, 22, 23) dotted wavy line ; 18 à 21) woven mat. (d'après Camps, 1969).

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Sahara préhistorique pierres taillées et tessons de poterie, au pied de boules granitiques creusées de nombreuses cuvettes de broyage à divers stades d’utilisation. Trois niveaux ont été identifiés dont le plus ancien, rapporté à la culture d’Afilal, est daté de 8670 ± 150 B.P. (Mc212) et 8050 ± 80 B.P. (UW87) (79607580 et 7180-6820 av. J.-C.)1. Les objets ont été façonnés dans des roches granitiques ou éruptives et des quartz, présents à proximité du site. Niveau le plus microlithique, il consiste en petits éclats, rares lamelles dont un bord peut être abattu ou porter une retouche semi-abrupte, il possède des pièces à coches ou denticulés, quelques têtes de flèche et de la poterie. Un décor couvre les vases de motifs divers parmi lesquels ceux de dotted wavy line sont courants. Les décors composés sont rares et résultent le plus souvent de l’emploi du même motif dans des directions différentes. Certains tessons ont une couleur noire, brillante, qui a été traduite comme un enduit graphité. Le matériel osseux varié, peut être décoré ; il comporte un remarquable poignard d’une vingtaine de centimètres de long, dont l’un des bords est orné de crans espacés de quelques millimètres (fig. 15). La parure consiste en pendentifs tirés de coquillages et d’une phalange d’ovidé perforée, en bracelets de pierre dont divers fragments ont été retrouvés. Les trois inhumations mises au jour par les fouilles semblent attribuables à ce niveau. La faune, qui n’est connue que globalement, renferme des animaux de savane, phacochère, bubale (Pelorovis antiquus), Tatera qui aujourd’hui ne dépasse pas la latitude du Sénégal, Arvicanthis qui ne remonte pas au nord de l’Aïr, du mouflon, des gazelles dorcas, antilopes Redunca redunca et Alcelaphus buselaphus, du porc-épic, quelques oiseaux sédentaires, des reptiles, lézards, vipères, naja. Elle évoque un paysage ouvert avec des forêts galeries et des zones marécageuses. La palynologie fait état de micocouliers, arbres de Judée, peut-être de chêne vert. L’anthracologie rapporte des espèces proches de celles qui vivent actuellement dans la région ; elles ne peuvent cependant y être assimilées, ainsi, l’olivier qui n’est connu que par des charbons, diffère quelque peu d’Olea laperrini, l’espèce actuelle, pour M. Couvert, il serait proche d’Olea europea, oleaster qui croit dans la région d’Oran ; le figuier dont des fragments de bois minéralisé ont été mis au jour, se rapporte à Ficus elastica et n’appartient donc pas à l’espèce actuelle de l’Ahaggar. La question d’une pratique culturale a été soulevée par deux pollens de Pennisetum2 associés à une abondance des Liguliflores. Site Launey Le premier site africain ayant livré une poterie très ancienne est le Site Launey (également dénommé Adrar Tiltekin). Il fut découvert en 1961 par M. Launey, géophysicien de l’observatoire de Tamanrasset et fouillé par J.P. Maître en 1964. Ce dernier y voit l’un des sites de référence du faciès d’Afilal, qui pourrait être une variante de la culture d’Amekni qu’il caractérise par la part importante donnée aux décors composés ornant la céramique. L’habitat préhistorique avait été établi près des gueltas d’Afilal, sur un vaste promontoire encombré de boules granitiques ; les pierres taillées, matériel de 1 .- Voir le détail de l’industrie lithique en Annexes p. 558. 2 .- Peut-il s’agir de céréale cultivée comme il est parfois rapporté ? Les botanistes P. Guinet et D. Planque qui firent les analyses à cette époque, ont précisé une taille « seulement supérieure à 40 µm ».

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Une néolithisation très ancienne broyage, tessons de céramique, mais aussi des foyers, abondent sur le plateau et ses pentes. L’industrie lithique comporte de nombreuses pièces à coches et denticulés, pièces à retouche continue ; elle renferme des galets aménagés, mais ne possède aucun microlithe géométrique. L’industrie osseuse est de médiocre qualité, sans harpon, ni hameçon. La poterie tient une place importante avec de nombreux tessons sans décor ; J.P. Maître notait un certain dédain pour les motifs de dents et de flammes, une certaine préférence pour les motifs de ponctuations au peigne, la présence de dotted wavy line et de décor composé de plusieurs motifs. Les fouilles identifièrent trois niveaux. Le plus ancien fut daté de 9210 ± 115 B.P. (UW97) (8550-8290 av. J.-C.) et quoique parfaitement cohérente avec les dates des dépôts sus-jacents, 8475 ± 100 B.P. (UW96) et 6800 ± 105 (UW94) (7600-7360 et 5790-5560 av. J.-C.), la date a été tenue longtemps pour aberrante en raison de son ancienneté. Le site n’a pas connu l’intérêt qu’il aurait mérité. Il fallut attendre de longues années et la découverte d’autres gisements offrant les mêmes caractères pour que, dans cette partie du monde, soit admise cette présence ancienne d’une vaisselle en poterie. Cette découverte ne s’inscrivait pas, en effet, dans la lignée des hypothèses qui avaient été énoncées jusqu’alors et qui, au fil du temps, avaient pris force de vérités1, en particulier dans l’idée largement véhiculée d’une invasion des régions sahariennes par une population porteuse du Néolithique qui serait venue de la vallée du Nil au cours du 4ème millénaire. Late Akakus S. di Lernia a nommé Late Akakus la culture identifiée dans les sites de l’Akakus à l’Holocène inférieur ; elle est bien connue à Uan Afuda, Tin Torha, Uan Tabu... elle a été retrouvée à Takarkori. Si l’industrie lithique est plutôt disparâtre, il n’en va pas de même de la poterie dont les décors sont si semblables qu’elle pourrait être interchangée ou des vanneries qui, toutes, ont été réalisées de manière semblable. Les séquences inférieures de Tin Hanakaten qui offrent ces mêmes caractères, lui sont assimilées, leurs particularités ayant conduit à y voir un faciès particulier dit « faciès In Djerane ». Fozzigiaren Abri sous roche de la vallée de Teshuinat, aux parois couvertes de peintures, Fozzigiaren possède un dépôt anthropique étudié par F. Mori en 1962. Epais de 170 cm, il présente deux niveaux. Le niveau supérieur est rapporté à la phase pastorale. Le niveau inférieur, rapporté à la phase prépastorale, est daté de 8072 ± 100 B.P. (Pi) (7290–6820 av. J.-C.) ; il renferme de la poterie à motif de dotted wavy line. Une inhumation très perturbée y fut mise au jour sans pouvoir être attribuée à un niveau précis. 1 .- Au Sahara ou dans le Nord de l’Afrique, peu d’auteurs ont contesté l’idée d’une néolithisation tardive. L’hypothèse parut même trouverconfirmation avec la première datation absolue qui rapportait vers 3000 av. J.-.C., La Table de Jaatcha en Tunisie, date qui semblait confirmer l’enracinement du Néolithique du Nord de l’Afrique dans le Capsien et la pertinence de l’appellation Néolithique de tradition capsienne que lui avait donnée R. Vaufrey.

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Sahara préhistorique Takarkori Takarkori est un vaste abri sous roche de 80 x 10 m abritant un dépôt archéologique de 2 m d’épaisseur, coiffé par un fumier d’ovi-caprinés. Il a été occupé en continu de 8820±60 (UGAMS01844) à 4590±80 B.P. (GX-31071) (82607720 à 3090-2700 av. J.-C.). La première occupation, attribuée à la culture Late Akakus, s’est développée jusqu’à 7470±100 B.P. (GX-31066) (6490-6080 av. J.-C.), elle s’est installée dans une cuvette qui drainait les eaux du Tassili au profit d’un lac occupant la dépression entre Akakus et Tadrart algérienne, dans un environnement de savane peu boisée, riche en tamarix. Elle a livré une zone de stationnement de mouflon, de nombreux foyers d’aspects divers ; près de certains, de petites concentrations de graines, qui n’ont pu être réalisées par les fourmis, rendent compte d’une cueillette sélective et d’un stockage de plantes utilisées dans l’alimentation. Cette utilisation est confirmée par des résidus de bouillies de graminées sauvages. L’ADN montre un lien avec Panicum laetum -graminée sauvage récoltée actuellement au Sahel-. Outre des restes végétaux provenant de Balanites, Typha et Ficus, d’excellentes conditions de conservation ont permis de recueillir près d’une centaine de fragments de vanneries ou corderies, importance que les auteurs attribuent au rôle de la cueillette ; ce sont de grands paniers dans la fabrication desquels ont été reconnues des Panicoïdés, Setaria et Panicum, alors que Vitex a été identifié dans un objet en bois. Tin Hanakaten Situé dans le sud du Tassili n’Ajjer, près de la gara Tin Eziren, Tin Hanakaten a été reconnu en 1971 par le Père Bergantz et M. Khirani sous la conduite de Adhane Iknane. Le site se présente sous l’aspect de deux abris sous roche contigus, dont un très profond, qui s’ouvrent à la base d’une butte témoin du plateau Ajjer. Leurs parois portent des peintures appartenant aux périodes bovidiennes, caballines et camelines1 avec prédominance de ces deux dernières, bien conservées. Les fouilles menées par le CRAPE à partir de 1973 se sont développées sur une surface de l’ordre de 80 m2, mettant en évidence un remplissage qui atteint par endroit plus de 5 mètres d’épaisseur et couvre en continu la totalité des temps holocènes. Les dépôts néolithiques débutent avec une formation brune qui repose sur un sable éolien formant une véritable dune dont le sommet renferme un niveau épipaléolithique2. Elle est séparée d’une formation grise sus-jacente, par un niveau millimétrique de sable éolien. Le tout est coiffé d’une couche de fumier -celle que l’on trouve dans la plupart des abris du Tassili n’Ajjer-, couverte de 2 à 8 cm de sable éolien subactuel. La formation inférieure, d’environ 130 cm d’épaisseur, a été datée de 8980 ± 65 B.P. (Hela 1466) à 7310 ± 50 B.P. (Alg71) (8256-8024 à 6150-6102 av. J.-C.) sans que les premières occupations aient été concernées. Outre le matériel lithique et la poterie, la matrice, riche en argile et matière organique, renferme des cendres, charbons, brindilles de bois, restes osseux ainsi que de nombreux objets inhabituels, vanneries, insectes, fleurs. Cette formation est elle-même 1 .- De rares peintures, mal visibles, doivent appartenir à la période têtes rondes. 2 .- Ce sable scelle un niveau de sables grossiers rougeâtres d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur reposant sur le plancher de l’abri et contenant une occupation atérienne en son sommet.

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Une néolithisation très ancienne subdivisée en deux séquences par un lit de sable éolien, millimétrique, discontinu, rapporté à une courte phase aride survenue dans le créneau 8500-8000 B.P. (7600-6950 av. J.-C.) qu’il y a tout lieu de rattacher à l’évènement climatique de 8200. La séquence inférieure inclut de nombreux blocs de grès atteignant jusqu’à 1 m dans leur plus grande dimension ; certains ont été utilisés pour aménager des cercles interprétés comme des bases de huttes. La base de la séquence renferme quelques taches de sable éolien laissant soupçonner une autre phase aride, plus brève ou/et moins sévère, qui paraît se placer vers 9500-9000 B.P. (8800-8250 av. J.-C.). La séquence supérieure ne renferme que de petites pierres centimétriques. L’ensemble de ce dépôt a permis de rapporter l’industrie à la culture Late Akakus et de définir le faciès In Djerane. Il est attribué à des populations qui s’exprimèrent dans les peintures têtes rondes ; ils ont en commun la présence de poissons, un emploi courant du kaolin, qui n’existent ni dans la séquence suivante, ni dans les peintures postérieures ; en outre, on retrouve dans les modes d’inhumations, les particularités d’une peinture de l’Akakus que

Fig. 16 – Tin Hanakaten. Décors des poteries : 1) bord cerné de dents+flammes ponctuées ; 2) bord cerné d'un rang de hachures ponctuées+lignes de points ; 3, 11,12) dents ; 4) dents+dotted wavy line ; 5) fileté ; 6, 14) dotted wavy line ; 7) herringbone ; 8) flammes ; 9) semis ; 10) bord entouré de bâtons ponctués+ ponctuation ; 13) guirlandes ponctuées : 16, 17) woven mat ; 18) flammes ponctuées. (les tâches blanches sont des particules de kaolinite qui adhèrent aux surfaces). (ph. M. Arib).

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Sahara préhistorique F. Mori a décrite comme scène d’enterrement. Les restes de trois individus qui avaient été enveloppés dans une vannerie, y ont été mises au jour à la base des dépôts. L’industrie lithique1 est de qualité médiocre, façonnée pour une grande part dans des quartz dont les filons se rencontrent à proximité du site, plus rarement dans des microdiorites qui proviennent aussi des proches alentours. Le débitage a produit de petits éclats épais dont 12 % sont retouchés, la retouche abrupte est peu utilisée ; le sac à outils comporte pour le tiers des burins dont beaucoup sont de petits burins dièdres ou sur cassure, faits sur pièces triangulaires, des éclats à coches, plus rarement denticulés, des racloirs et des palets. Les autres outils sont peu nombreux. De rares têtes de flèche viennent de la base de la séquence inférieure, puis manquent avant de revenir en nombre dans la séquence suivante. Aucune n’est de forme pédonculée. Cet outillage évolue par régression des burins, et de manière moindre des racloirs, au profit des têtes de flèche et, très légèrement, des bords abattus. L’outillage osseux, peu nombreux, est de belle qualité, il peut être décoré, il consiste surtout en poinçons, dans la séquence supérieure lissoirs et brunissoirs sont aussi présents. Quelques éléments de vannerie proviennent des deux séquences, l’un d’eux, trouvé parmi des noyaux de micocoulier, montre une remarquable technique (fig. 17) ; ils sont faits de myrthe, Juncus, Typha, de tiges et feuilles de Graminées. La céramique abonde. Alors qu’un seul tesson, peut-être intrusif, était dans la séquence épipaléolithique sous-jacente, dès la base, cette séquence en renferme en nombre. Sa teinte, généralement noirâtre peut résulter d’une cuisson de médiocre qualité en atmosphère réductrice ; comme à Amekni, un enduit graphité couvre la surface de certains tessons auxquels il donne une coloration noire et un aspect brillant. Les tessons proviennent de vases à fond rond, d’une vingtaine à une trentaine de centimètres de diamètre pour la plupart, à ouverture resserrée, probablement sans col. La pâte plutôt très compacte est dégraissée avec du sable, auquel se mêlent parfois quelques éléments végétaux probablement ajoutés involontairement. Le décor (fig. 16) ne couvre que la partie supérieure de la panse, le

Fig. 17 – Vanneries néolithiques de l'Akakus et du Tassili n'Ajjer : 1, 3, 4) Uan Afuda, (d'après di Lernia,1999) ; 2, 5, 6) Tin Hanakaten. (ph. M. Arib). 1 .- Cf Annexes p. 558.

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Une néolithisation très ancienne bord est volontiers souligné de dents rasant la lèvre. Les motifs ponctués prédominent : filetés, woven mat, semis, sont dus à une impression roulée ou pivotante, viennent ensuite des dents et des flammes réalisées à la spatule. Le motif wavy line est exceptionnel. Quelques pièces sont polies. Un abondant matériel de broyage dispose de molettes à un seul plan de travail, plat ou très légèrement incurvé. Les nombreux macrorestes végétaux sont riches charbons venant d’Acacia albida, en fruits de micocoulier, figuier, olivier. La faune renferme surtout Ammotragus lervia, quelques restes d’Alcelaphus buselaphus, de poissons, lézards, tortues dont Pelomedusa olivacea1 ; son originalité vient de quelques éléments de bovins. Bos taurus présent dans un niveau daté autour de 8000 B.P. (6950 av. J.-C.), est soupçonné dans un niveau (N22) remontant à près de 9000 B.P. (8250 av. J.-C.). Dès sa base, en N27, la séquence renfermait en abondance des coprolithes d’ovicapridés, ils sont en partie rapportés à des chèvres par les Touaregs, qui affirment que leur aspect ne permet pas de les attribuer au mouflon. Tin Torha Dans le massif de l’Akakus, en bordure du wadi Auis, les abris de Tin Torha Est et Tin Torha Two Caves fouillés par B. Barich, ont livré au-dessus du niveau Early Akakus, un niveau néolithique ancien Late Akakus. A Tin Torha Est, il est daté de 8640 ± 70 B.P. (R1035) (7740–7590 av. J.-C.) et 7330 ± 80 B.P. (R1036 et R1158a) (6240-6070 av. J.-C.), à Tin Torha Two Caves, il débute à 8840 ± 60 B.P. (R1405) (8200–7830 av. J.-C.). Tin Torha Est est un abri peu profond, largement ouvert, où les fouilles ont révélé deux phases d’occupation subdivisées en cinq niveaux. Elles ont mis en évidence, dans la partie supérieure, des fonds de huttes délimités par des blocs de grès et qui prenaient appui contre la paroi. Les niveaux néolithiques disposent d’une industrie lithique (fig. 18) faite dans des quartzites et des quartz. Les décomptes de B. Barich rapportent pour chacun, une structure industrielle2 dominée par les lamelles à bord abattu ; au cours de l’occupation, une chute sensible de leur rôle est liée à une réduction de fréquence des microlamelles3 qui vont jusqu’à disparaître dans la partie sommitale. Tout comme dans le niveau inférieur attribué à l’Epipaléolithique, les têtes de flèche manquent dans le niveau de base, puis interviennent discrètement, leur présence ne devenant sensible qu’au sommet. Elles atteignent alors des proportions proches de celles des racloirs, 4,1 %, présents, eux, dès la première occupation. Les denticulés, les segments, ainsi que les grattoirs ne connaissent qu’une faible représentation entre 3 et 1,5 %, l’importance des denticulés allant en augmentant. L’outillage en os consiste essentiellement en poinçons et spatules qui peuvent être décorés. Le matériel de broyage est courant, l’œuf d’autruche commun. La poterie intervient à partir de 8640 ± 70 B.P. (R1035) (7740–7590 av. J.-C.). Toujours décorée (fig. 19), dans ses premières manifestations, elle supporte des motifs de sillons pointillés, dotted wavy line, flammes montrant l’emploi courant d’impressions pivotantes. Des pièces sans décor proviennent des niveaux supérieurs. 1.- Espèce palustre qui n’est pas connue dans le Nord de l’Afrique. 2 .- Cf Annexes p. 558. 3 .- L ≤ 2,5 cm.

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Sahara préhistorique

Fig. 18 – Tin Torha. Industrie lithique : 1, 5) lamelles à dos arqué; 2, 11, 14, 32) lamelles à dos rectiligne et base arrondie ; 3, 6) segments ; 4) lamelle à dos arqué et base retouchée; 7) éclat à bord abattu ; 8) grattoir ; 9, 28) mèches de foret ; 10, 15, 16) têtes de flèche foliacées ; 12, 19, 20, 30) perçoirs ; 13, 27) lamelles à dos rectiligne ; 17, 18, 38) lames à dos arqué ; 21, 22) triangles ; 23, 35) racloirs ; 24, 33, 34) denticulés ; 25) lame à retouche continue ; 26) tête de flèche à tranchant transversal ; 29) pointe de La Mouillah atypique ; 31) lamelle à dos rectiligne et base tronquée ; 36) lame à dos arqué. (d'après Barich, 1974).

Le mouflon prédomine parmi les restes de faune, les oiseaux tout comme les poissons y sont fréquents et un Equidé mal défini, cf E. grevyi, est à signaler. A. Gautier y voit une occupation semi-permanente de saison sèche. Tin Torha Two Caves1 est un site voisin de Tin Torha Est. Il dispose d’un outillage lithique comparable, fait dans les mêmes matériaux et produisant les mêmes objets. La poterie est rare ; seuls quelques tessons non décorés ont été retrouvés dans le niveau daté de 8840 ± 60 (R1405) à 8520 ± 60 B.P. (R1407) (8200-7830 à 7590-7540 av. J.-C.) ; partiellement contemporains de la poterie décorée retrouvée à Tin Torha Est2, ils ont conduit B. Barich à conclure à des fonctions différentes des deux sites à cette époque. B. Barich rapproche cet ensemble industriel de celui du Néolithique type El Adam reconnu en Egypte, 1 .- Cf structure de l’ensemble lithique Annexes p. 558 2 .- Elle pourrait aussi être intrusive.

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Une néolithisation très ancienne en raison de la fréquence des lamelles à dos, des denticulés, de la pauvreté en burins, troncatures et poterie. La faune renferme des mouflons, gazelles, lièvres, des poissons mais aucun animal domestique. La végétation identifiée à partir des pollens, ne paraît guère différente de la végétation actuelle mais devait être beaucoup plus dense. Végétation ouverte, l’essentiel est une association à Acacia-Panicum ou à TamarixStipagrostis dans les secteurs les plus humides. Uan Afuda Au-dessus du niveau Early Akakus attribué à un Epipaléolithique, S. di Lernia distingue une occupation, dite Late Akakus, qu’il attribue à un Mésolithique dans lequel furent mis au jour des foyers et des plages de rejets de cendre. Le niveau Late Akakus est épais d’une cinquantaine de centimètres ; il est daté de 8935 ± 100 B.P. et 8000 ± 100 B.P. (GX18104) (8250–7970 et 7060– 6760 av. J.-C.). L’industrie lithique1 utilise les mêmes matériaux que le niveau précédent, accordant plus d’importance aux grès qui prédominent, aux chailles, moindre aux quartzites, quartz, silex, le schiste passant de 4 % à 2,4 %. La centaine de nucleus se répartit pour l’essentiel entre des formes à un plan de frappe et à plans de frappe multiples. Le débitage a produit des pièces plus grandes que dans le niveau précédent, il comporte 90 % d’éclats et des lames. L’indus-

Fig. 19 - Tin Torha. Décors de poterie : 1) dents+dotted wavy line+woven mat ; 2) fileté+cannelures ; 3, 5, 14) flammes pointillées ; 4) dotted wavy line+woven mat ; 6) arcs pointillés ; 7, 15) dotted wavy line ; 8, 11) semis ; 9) herringbone ; 10) cannelures ; 12) pied de poule ; 13) dents ; 16) flammes ; 17) woven mat. (d'après Barich, 1974). 1 .- Voir Annexes p. 558.

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Fig. 20 - Uan Afuda. Industrie lithique : 1) mèche de foret ; 2, 6) lamelles à dos rectiligne ; 4, 5, 9, 11) lamelles à dos arqué; 3) lamelle à dos rectiligne et base retouchée ; 7) segment ; 8) lamelle scalène ; 10) lame à dos partiel ; 12, 13) éclats à bord abattu ; 14) pointe de La Mouillah ; 15) lame à dos arqué ; 16) triangle ; 17, 19) pointes à deux bords abattus ; 18) gros perçoir ; 20) hache taillée. (d'après di Lernia, 1999).

trie (fig. 20) montre l’importance des racloirs, un ensemble lames et lamelles à bord abattu prédominant, des pièces à coches courantes et un nombre élevé de pièces esquillées. Les têtes de flèche manquent. Le matériel de broyage est plus fréquent que dans le niveau Early Akakus et porte parfois des traces colorées, rouge ou jaune. Quelques fragments d’œufs d’autruche proviennent du sommet du dépôt, certains sont décorés de ponctuations ou de croisillons. L’industrie osseuse regroupe une spatule et quelques objets perforants. Il existe aussi des objets en corne, en bois dont une spatule en Calotropis portant des traces rouges, des restes de vanneries et de liens (fig. 17) faits à l’aide de Cypéracées, Juncacées, Graminées. La poterie est présente, avec une distribution non homogène. Elle est faite avec un dégraissant minéral qui peut être riche en micas et peut renfermer des éléments végétaux. Ces tessons semblent provenir de vases à fond rond dont le diamètre est compris entre 20-22 et 44 cm et qui étaient probablement entièrement décorés. Le décor le plus fréquent consiste en ponctuations -semis et woven mat-, obtenues par des impressions au peigne. Une impression pivotante a pu produire des dents, parfois des flammes. Des décors complexes ont été créés par changement de direction des motifs ou association à un motif de dotted wavy line bordant l’ouverture. Les lèvres sont parfois décorées à la spatule d’un motif de lignes brisées. Quelques tessons de la partie supérieure du dépôt sont seulement lissés. Trois dents humaines proviennent du niveau 2 rapporté entre 9000 et 8000 B.P. (8250 et 6900 av. J.-C.) ; comme celles trouvées à Uan Muhuggiag, elles indiquent des périodes de perturbation, de mal nutrition, chez l’enfant.

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Une néolithisation très ancienne Des restes de Tamarix, Ficus, Calligonum sont nombreux, ceux de Calotropis procera, Ephedra, Cocculus pendulus sont moins courants, ceux d’acacia rares. Des Panicoidées se retrouvent à tous les niveaux, ainsi que des Borraginacées, divers fruits, en particulier de Ficus. La palynologie montre une nette suprématie de Ficus et Artemisia et, au sommet du niveau, une abondance d’Echium. La faune renferme Ammotragus lervia, Alcelaphus buselaphus, Equus sp, Hystrix cristata, Erinaceus v. algirus, Canis v. aureus, de nombreux coprolithes d’ovi-capridés et quelques traces d’oiseaux et de poissons. Une aire de stabulation d’Ammotragus qui s’accompagne d’un apport d’herbes sélectionnées, est entendue par S. di Lernia comme reste de capture en vue de pratiques cérémonielles ; elle permet d’entrevoir des tentatives de domestication du mouflon qui expliqueraient la proportion élevée de ses restes. Uan Tabu L’abri de Uan Tabu a également montré un niveau Late Akakus surmontant le niveau Early Akakus. Il est daté de 8870 ± 100 (R295) à 8730 ± 10 B.P. (BO478) (8175-7825 à 7756-7720 av. J.-C.). Pour A.A.E. Garcea, les occupants auraient été sédentaires ou de faible mobilité. De ton brun à gris, la formation est faite de cendres et matières organiques décomposées. Plusieurs vastes foyers, dont un pouvant atteindre 1 m de diamètre y ont été reconnus. Le matériel lithique1, abondant, est aménagé dans des grès et quartzite, il fait peu appel au silex, encore moins au quartz, il privilégie les coches, denticulés et racloirs, n’a livré qu’une tête de flèche, le matériel de broyage abonde, mais il y a peu de matériel osseux et il ne comporte que des poinçons qui peuvent aussi être faits en

Fig. 21 - Uan Tabu. Décors de poterie : 1) flammes+dotted wavy line+woven mat ; 2) woven mat ; 3) dotted wavy line+woven mat ; 4) hachures pointillées ; 5) dents+hachures pointillées ; 6) dotted wavy line+flammes pointillées. (d'après Garcea, 2001).

bois. Il s’accompagne d’œufs d’autruche, de sparteries, de poterie, de matières colorantes. Les paniers sont faits avec des plantes type Urochloa-Brachiaria. La poterie est peu abondante. Elle renferme des particules de granite qui excluent une fabrication locale ; on tend à la situer au Tassili n’Ajjer, point possible le plus proche, distant de 70 km. Le décor est celui que l’on trouve habituellement dans le Sahara central avec des ponctuations, dents, flammes, dotted wavy line (fig. 21) ; certains vases portaient un décor complexe avec un rang de dents ou de 1 .- Voir Annexes p. 558.

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Sahara préhistorique dotted wavy line, pouvant entourer l’ouverture, puis des ponctuations au peigne couvrir la panse. La répartition n’était pas régulière et la destination n’était probablement pas domestique. A.A.E. Garcea y voit le produit de colportage et lui accorde une valeur symbolique. Cette valeur, comme celle des matières colorantes, est soulignée par une concentration à l’intérieur d’une structure en bois, hutte rectangulaire, dégagée par les fouilles de S. Tiné, que des charbons venant de l’intérieur ont datée de 8580 ± 80 B.P. (7710-7560 av. J.-C.) et qui reposait sur des charbons datés de 7045 ± 175 B.P. (6095-5770 av. J.-C.). Dans les niveaux supérieurs, la végétation indique un milieu ouvert avec une présence d’eau marquée par Typha et des Cypéracées. Une mise en valeur de plantes, que l’on peut voir comme des prémices d’agriculture, est nettement affirmée, en particulier celle de Graminées dans l’unité II-I.

Le Kiffian et la néolithisation dans les régions méridionales A.B. Smith a utilisé le terme Kiffian pour dénommer les sites dont l’industrie est semblable à celle qu’il a identifiée à l’Adrar n’Kiffi et qui utilise un débitage lamellaire. J.D. Clark y voit le télescopage de deux occupations, J.P. Roset qui a retrouvé les mêmes caractères dans une dizaine de sites le long du Tafassasset et de l’oued Aza n’Amellal, propose un mélange intime qu’il rapporte néanmoins au Néolithique. P.C. Sereno et al lui rapportent l’occupation néolithique la plus ancienne de Gobero dont on sait qu’elle utilise des poteries à motif de dotted wavy line ou de dents. Les gisements sont souvent immenses pouvant atteindre plusieurs kilomètres de long ; la plupart repose sur des dunes fossiles et leur pied peut être recouvert de diatomites scellant le dépôt archéologique. L’industrie lithique est assez variée, elle dispose de mèches de foret, lamelles à dos, microlithes géométriques plutôt des segments. Les pointes d’Ounan, les têtes de flèche, figurent en plus ou moins grand nombre. Les grattoirs sont plutôt rares et il y a plutôt peu de poterie. L’outillage osseux dispose de harpons qui permettent de rapporter ces sites à une population de pêcheurs. A un noyau cohérent établi ainsi et à défaut de données suffisantes, des sites de la même région, de même ancienneté lui sont rattachés des seuls faits de leur âge et leur situation géographique. Adrar Bous L’Adrar Bous est un petit massif montagneux au nord de l’Aïr où de nombreux sites ont été reconnus par divers auteurs. Ce sont de vastes surfaces plus ou moins riches en matériel archéologique, le plus souvent néolithique, implantées dans les zones d’épandage des oueds qui descendent du massif. Les premiers gisements furent mentionnés par M. Reygasse en 1934, puis G. Joubert et R. Vaufrey en 1941 ; en 1961, la mission Berliet montrait la richesse archéologique du secteur avant que les recherches de la mission américaine dirigée par J.D. Clark et les travaux de J.P. Roset précisent cette documentation. L’un des sites les plus représentatifs est, par 20°19’50 N., 9°2’ E., Adrar Bous 10 qui a été identifié par J.P. Roset. Un abondant outillage lithique s’étend sur un hectare environ. Il repose sur une dune fossile dont la base est recouverte

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Une néolithisation très ancienne par un dépôt lacustre sous lequel il se retrouve. La coexistence probable de diverses occupations a conduit J.P. Roset à mener une fouille à la lisière des diatomites ; elle a porté sur quelque 150 m2. L’industrie lithique produite sur lames et lamelles, est comparable à celle de Temet. Les pièces géométriques sont nombreuses. Le matériel de broyage abonde, la poterie également ; elle porte souvent un décor de dotted wavy line qui distingue ce gisement des autres sites de la région où ce motif est extrêmement rare. Une analyse des pâtes a montré une fabrication en grande partie locale ou ayant utilisé des terres éloignées de 15 à 20 km. Le gisement est daté de 10500 ± 730 et 10210 ± 720 B.P.1 (BDX1088) (9250-7790 et 8950-7510 av. J.-C.) par thermoluminescence. Les charbons identifiés à ce jour proviennent d’acacias. La faune comporte Alcelaphus buselaphus, Gazella sp, des habitants de savanes comme Phacocherus æthiopicus, Syncerus caffer qui impliquent des espaces herbeux ouverts et une espèce qui pourrait être Adenota kob, antilope qui ne s’éloigne jamais beaucoup de l’eau. Clarias, Heterobranchus sp, Lates niloticus, Auchenoglanis sp, Crocodylus sp, Palusios castaneus traduisent une consommation d’espèces aquatiques. Adrar n’Kiffi Site éponyme du Kiffian, il a été reconnu dans les environs de l’Adrar Bous par J.D. Clark, M.A.J. Williams et A.B. Smith en 1970 puis nommé Gisement 9 par J.P. Roset qui ouvrit une fouille sur 25 m2. Il est associé à des diatomites datées de 7310 ± 120 B.P. (T361) (6330–6020 av. J.-C.). Il est riche en poissons, crocodiles, tortues, renferme de l’hippopotame. L’outillage lithique, tel qu’il est connu par l’ensemble des récoltes, est pauvre ; il consiste en lames, lamelles à dos, segments, racloirs, têtes de flèche auxquels s’ajoutent quelques triangles, une troncature, un perçoir et deux pointes d’Ounan. Il a livré quelques restes de poterie, certains tessons à décor intérieur, de la pierre polie et une belle industrie osseuse avec des pointes et des harpons dont un a été retrouvé dans les diatomites. Diatomite I De même, Diatomite I couvre une dune fossile sur une surface de l’ordre d’un hectare et sa base est recouverte de diatomites. Découvert par A.B. Smith, il fut revu par J.P. Roset qui le nomme Site 10 et rapporte la présence de nucleus prismatiques, la fréquence des pointes d’Ounan, des segments, l’existence de minuscules perçoirs, de lamelles à dos, de matériel de broyage, de poterie ainsi que de faune et de quelques restes humains. Il est daté de 9030 ± 190 B.P. (UW754) (8520–7950 av. J.-C.). Gobero Le site de Gobero situé 160 km à l’est d’Agadez par 16°54’34.97 N et 9°30’12.06 E, fut reconnu fortuitement en 2000 par une expédition paléontologique nigéro-américaine. Il donna lieu à des fouilles en 2005, puis 2011. Le site qui regroupe huit locus diversement développés et diversement distants les 1 . La première valeur a été obtenue avec enrichissement d’uranium récent, la seconde d’uranium permanent.

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Sahara préhistorique uns des autres, repose sur de petites dunes kanémiennes, de 2 à 3 mètres de haut, en bordure d’un ancien lac qui, alors, aurait été relié au lac Tchad par un chenal. Il a été occupé jusqu’à 4450 B.P. (2500 av. J.-C.), une occupation ténéréenne y succédant à l’occupation kiffiane. Celle-ci a été datée de 8640±40 et 7390±40 B.P. (P587 et P544) (7730–7580 et 6380–6210 av. J.-C.) et correspond à un moment d’extension maximale du lac. Le matériel lithique retiré comporte de nombreuses têtes de flèche aux formes triangulaires ou à base échancrée, aucune ne présente de pédoncule, elles sont accompagnées de grattoirs, denticulés et segments et de fragments de matériel de meunerie. L’utilisation de felsite implique des contacts avec l’Aïr d’où vient cette roche volcanique. Le matériel osseux dispose de harpons à un ou deux rangs de barbelures, de hameçons et de ce que les auteurs nomment « pointes ». La poterie abonde : poteries épaisses, à pâtes grossières utilisant en abondance un dégraissant végétal, elle est volontiers décorée de groupes de dents, de wavy line. La densité des vestiges suggère une population largement sédentaire, fréquentant les bords de lac ou marécage à joncs et carex. Des restes de palourdes, poissons divers, perches, Clarias, Synodontis, Tilapia, donnent à la pêche un rôle important dans l’alimentation auprès de tortues et de gros animaux, hippopotames, crocodiles. La végétation identifiée rend compte d’une savane ouverte avec graminées, tamaris, ficus. Le site était truffé d’inhumations, plus de 250 sépultures affleuraient et une soixantaine a été prélevée. Qu’elles soient uniques ou multiples, les corps étaient toujours hyperfléchis, pouvaient porter une parure (bracelet, perles) ; les os sont colorés en brun en raison d’une remontée du niveau du lac qui, submergeant les dunes, les a assombris et durcis. Ils appartiennent à une population de grande taille, attribuée au type Mechta el-Arbi, proche des populations néolithiques du Mali et de Mauritanie. Tamaya Mellet Découvert en 1931 par G. Le Rumeur à l’ouest de l’Aïr, dans le bassin de l’Azawagh, par 17°45’N., 5°22’E., Tamaya Mellet fut exploité par H. Lhote puis par F. Paris. Très grand site dans les dunes, d’après ce dernier, il comporte diverses occupations qui ont pu s’étaler longuement dans le temps, seuls Tamaya Mellet 1 et 3 peuvent être qualifiés de néolithique ancien. Tamaya Mellet 1 est le plus important, la date la plus haute dont on dispose remonte à 9350 ± 170 B.P. (Gif1728) (9090–8300 av. J.-C.), la plus basse, 5230 ± 100 B.P. (Pa1078) (4220-3960 av. J.-C.), se rapporte à une inhumation1. La structure industrielle connue au travers de ramassages anciens a probablement privilégié les têtes de flèche ; elles constituent en effet 80 % du matériel alors qu’il n’y a que quelques pièces à coches ou denticulés. La majorité est de forme triangulaire, souvent à base concave, et les formes pédonculées à pédoncule court et ailerons le plus souvent droits sont nombreuses. Des haches ont été polies, d’autres taillées dans des grès. L’outillage osseux comprend des fragments de sagaie, des harpons à deux rangs de barbelure ce qui est exceptionnel par ailleurs. Des éléments de parure consistent en perles et pendeloques en os. La poterie est rare, souvent décorée au peigne. La faune est abondante, elle renferme des poissons, mollusques, crocodiles, hippopotames, rhinocéros, girafes, antilopes ainsi que des restes de Bos 1 .- Cf p. 293.

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Une néolithisation très ancienne rapportés à un animal domestique par A. Gautier. Les restes de 14 individus, incomplets, en ont été retirés ; d’après H. Lhote, ils auraient simplement été jetés sur des tas de refus. Ils ont été étudiés par M.C. Chamla. F. Paris a donné le nom de Tamaya Mellet 3, à un des locus. Le matériel1 qu’il y a recueilli ne témoigne pas de différence notoire d’avec celui qui provient des récoltes anciennes et tend à conforter l’hypothèse de la présence d’une même aculture qui aurait longuement perduré. La même profusion de têtes de flèche avec dominance de formes triangulaires à base concave a été notée, mais leur proportion descend à 58. L’industrie comporte en outre de grands segments qui pourraient être caractéristiques d’une province néolithique. Des pointes d’Ounan s’avèrent beaucoup moins fréquentes que dans d’autres locus. Des haches ou hachettes polies au tranchant plutôt rectiligne ont volontiers une forme triangulaire. Des harpons à un rang de barbelure sont les seuls éléments qui distinguent cet ensemble des récoltes anciennes. La céramique, rare, à dégraissant végétal, est décorée de ponctuations et l’ouverture, à lèvre arrondie, peut être soulignée d’un zigzag pseudo-excisé. F. Paris a retiré plusieurs individus ; l’un qui provient d’un secteur à forte concentration de pointes d’Ounan et de microlithes géométriques, est daté de 8230 ± 300 B.P. (7580-6820 av. J.-C.).

Fig. 22 – Temet. Industrie lithique :1, 2) nucleus ; 3) grattoir ; 4) perçoir ; 5 à 8) burins ; 9, 10) lamelles à dos arqué et base tronquée ; 11, 12) lamelles à retouche Ouchtata ; 13) lamelle à dos rectiligne ; 14) lamelle à dos partiel ; 15) perçoir ; 16, 17, 20) segments ; 18) lame étranglée ; 19) triangle scalène ; 21, 22) pointes d'Ounan ; 23) mèche de foret ; 24) scie ; 25) racloir sur lame. (d'après Roset in Close, 1987). 1 .- Cf Annexes p. 559.

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Sahara préhistorique Temet Situé par 19°58’ N., 8°40’25 E., sur les marges orientales de l’Aïr, le gisement fut découvert et étudié par J.P. Roset entre 1979 et 1983. L’occupation humaine est incluse dans les 15 cm supérieurs de colluvions recouverts pro parte de diatomites. Elle est datée de 9550 ± 100 B.P. (Orsay) (9140–8750 av. J.-C.) et les diatomites qui la scellent de 8565 ± 100 B.P. (Orsay) (7730–7520 av. J.-C.). La fouille s’est étendue sur une vingtaine de m2. Le débitage dispose de nucleus prismatiques. L’industrie (fig. 22) comporte un fond microlithique de lames et lamelles à bord abattu taillé sur « jaspes » verts1 et grès siliceux, des microlithes géométriques où prédominent les segments, ainsi que des grattoirs, perçoirs, burins, pièces à coches et denticulés. Elle renferme des pointes d’Ounan, des têtes de flèche foliacées ou à base concave, des fragments de récipients en pierre polie. Du matériel de broyage et de la poterie n’ont été rencontrés qu’en surface. Le décor de la poterie comporte diverses impressions dont des motifs de dotted wavy line ; un peigne servant à la décorer a été mis au jour par la fouille. La faune, rare, est semblable à celle de Tagalagal et Adrar Bous 10. Un élément d’importance est un récipient en pierre polie dont la base brunie est fortement altérée par la chaleur, ce qu’indique la disparition des micas, épidotes et chlorites alors que subsistent quartz et sillimanite ; pour J.P. Roset, il s’agirait d’un récipient de cuisson servant à chauffer des aliments liquides ou pâteux. Tin Ouaffadene Le site de Tin Ouaffadene s’étale sur une dune fossile à une vingtaine de kilomètres au sud de l’Adrar Bous par 20°10’40 N., 9°11’30 E. Il a été partiellement submergé par la montée du niveau d’un lac daté de 9080 ± 230 B.P. (Orsay) (8590-7930 av. J.-C.). Lui-même est daté de 9220 ± 140 B.P. (Orsay) (8600–8290 av. J.-C.) sur charbons. Il a livré à J.P. Roset, une industrie de lames et lamelles sur rhyolite semblable à celles de Temet et Adrar Bous 10, comportant quelques lamelles à dos, des segments, des pointes d’Ounan, un petit nucleus prismatique et du matériel de broyage. Des restes osseux proviennent de Loxodonta africana, Oryx gazella, Redunca redunca, Alcelaphus buselaphus, Gazella sp, de petits bovidés indéterminés, Lepus, Canis, d’outardes et de tortues. Well area Identifié par J.D. Clark, M.A.J. Williams et A.B. Smith en 1970 au nord de l’Adrar Bous, son industrie fut étudiée par A.B. Smith. L’outil le plus courant est le segment, le matériel2 comprend en outre de nombreux racloirs, grattoirs dont de petits grattoirs circulaires, des perçoirs, lamelles à dos, de rares triangles, troncatures, quelques burins, pièces à coches, pièces à retouche continue. Les têtes de flèche sont nombreuses, souvent triangulaires à base rectiligne ou concave. Il existe des fragments de pierre polie et quelques tessons décorés. 1 .- L’appellation « jaspe » vert est souvent appliquée à une argilite verte, très utilisée à l’Adrar Bous. 2 .- Cf Annexes p. 559.

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Une néolithisation très ancienne

Les oasis et la néolithisation dans le Sahara oriental Le Nil qui avait été encombré par les sables lors de l’aride pléistocène final, a connu des inondations catastrophiques autour de 12 000 B.P. (12 100 av. J.C) ; elles ont chassé les populations vers le désert. Au Dryas récent, vers 11 500 B.P. (11 500 av. J.-C.), la régression des pluies réduit le fleuve à son lit actuel ; dès lors, il permettra de saisir des moments plus ou moins longs de pluies ou d’aridité et leur incidence sur les populations. Les bords du fleuve étant inhabitables lors des épisodes pluvieux au contraire des dépressions à venues artésiennes du plateau, ces dernières deviennent alors des lieux privilégiés de vie. Les travaux réalisés par l’équipe de F. Wendorf, dans les oasis méridionales, le long de l’escarpement de Kiseiba, ont conduit à identifier une série néolithique évolutive avec quatre faciès, types El Adam, El Kortein, El Ghorab et El Nabta. Peut-être faut-il leur associer certains sites de l’oasis de Farafra, d’âge comparable, qui renferment quelques tessons de poterie décorée et un outillage lithique légèrement différent. H. Riemert leur rapporte divers gisements retrouvés en bordure de la Grande Mer de Sable. Dans le wadi Bakht au Gilf Kebir, des sites à poterie sont datés entre 8000 et 6000 B.P. (6900 et 4900 av. J.-C.) et dans le wadi el Akhdar quelques traces de présence humaine porteuse de poterie de 9400 ± 215 et 7670 ± 75 B.P. (9070-8440 et 6590-6470 av. J.C.). Ces sites ont été considérés par certains auteurs comme un jalon entre le Sahara central et la haute vallée du Nil, une influence venant du Sahara central se marquant, en particulier, par la poterie et le décor de dotted wavy line1. A.E. Close fait remarquer qu’il n’y a pas de changement radical entre le Paléolithique final et le Néolithique ancien, les sites dits « paléolithiques » par certains auteurs pouvant renfermer quelques tessons et même, dans certains cas, des restes de bovins que l’on s’accorde à voir domestiques. Elle propose deux pôles indépendants de néolithisation, ce que les travaux de I. Caneva et F. Jesse sur les motifs céramiques dotted wavy line et incised wavy line, tendent à soutenir. Le Néolithique type El Adam Le faciès le plus ancien a été nommé « type El Adam ». Il fut d’abord considéré comme paléolithique final en raison de son outillage, mais l’identification de bœuf domestique ou en voie de domestication, devait conduire F. Wendorf à un réexamen et un reclassement de divers sites. Le Néolithique type El Adam est daté entre 9600 et 8900 B.P. (9000 et 8100 av. J.-C.) ; il est connu dans diverses dépressions localisées au pied de l’escarpement de Kiseiba, dans les oasis de Nabta Playa, El Beid, El Adam. Il se retrouverait dans celle de Farafra. Il utilise des nucleus à lamelles ayant un seul plan de frappe ou deux plans opposés. L’outillage se caractérise par de nombreuses lamelles à dos, généralement appointies, les grattoirs, perçoirs et pièces à coches sont bien représentés, mais les denticulés sont rares. Les burins, troncatures et microlithes géométriques sont peu nombreux, ces derniers sans relation avec les microburins, eux bien plus fréquents. Les meules et molettes 1 .- Rappelons qu’à la suite des travaux de A.J. Arkell et jusqu’à la fin des années 70, ce motif était entendu comme la preuve d’un mouvement est-ouest.

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Sahara préhistorique sont courantes, la poterie extrêmement rare, voire absente. L’œuf d’autruche est fréquent dans certains sites, les tests peuvent être décorés ou transformés en rondelles d’enfilage ce qui va de pair avec la présence de pierres à rainure. Les fragments osseux sont assez nombreux pour avoir permis l’identification d’un Bos qui serait domestique. On se trouverait ainsi aux débuts de la domestication de cette espèce.

Au Sahara central, les débuts du Néolithique datent de la fin du 10ème millénaire. Le Néolithique, nommé Néolithique saharo-soudanais, s’est installé sous un climat froid et très humide, allant en se réchauffant. Il est connu dans divers sites fort éloignés marqués par l’abondance de récipients en poterie. Il s’agit de grands vases sphériques, à fond moulé, dont la surface, amplement décorée, se couvre souvent d’un semis de ponctuations, de dents ou de flammes. Un motif dotted wavy line y figure volontiers. Au Tassili n’Ajjer, cette séquence a pu être mise en relation avec l’étage III des peintures têtes rondes. Dans l’Akakus, ces premières manifestations néolithiques se rapprochent de celles des oasis du Sahara oriental où la poterie est encore rare. L’industrie lithique est généralement sommaire, peut-être en raison des matériaux utilisés qui sont souvent des roches grenues. Toutefois, des têtes de flèche, toujours soigneusement façonnées, indiquent la maîtrise des techniques de travail de la pierre et soulignent l’emploi de l’arc. Le microlithisme varie, dans certains sites des lamelles à dos, dans d’autres des microlithes géométriques, peuvent former un fond d’outillage, tout comme les uns et les autres peuvent manquer. Partout, le matériel de broyage est courant. Au Sahara méridional, les premières traces néolithiques pourraient être un peu plus anciennes qu’au Sahara central. En bordure sud, la poterie est datée autour de 9500 B.C., époque à laquelle des instruments que tout donne à voir comme outils à remuer le sol sont présents dans le massif de Termit, à Tchire Ouma. A l’Adrar Bous, elles précèdent le maximum de développement de lacs à diatomites. Les différences perçues entre les sites supposent le développement de divers faciès. Le nom de Kiffian a été donné à une culture de débitage lamellaire reconnue à l’Adrar Bous. A Gobero, elle est portée par une population mechtoïde de grande taille. A Tamaya Mellet, C. Chamla a identifié un type négroïde soudanais de grande taille, aux os robustes. E-77-7 Situé au pied du Gebel el Beid, sur des dépôts de playa, le site E-77-7 fut d’abord rapporté au Paléolithique terminal par F. Wendorf et R. Schild. N’ayant

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Une néolithisation très ancienne fourni que 90 pièces, il a été attribué à une seule occupation de faible durée. Il montrerait des analogies avec les industries arkiniennes de la vallée, mais s’en distingue par le peu de grattoirs et la technique du microburin bien représentée. Cependant, l’ensemble industriel ne dispose pas de microlithe géométrique. Il ne renferme ni lame, ni éclat à bord abattu, peu de perçoirs ; les burins sont rares. Plus de 50 % de l’outillage consiste en lamelles à dos, 10 % en pièces à coches, 10 % en troncatures, les pièces à retouche continue sont nombreuses. Le site renfermait du bœuf qui serait domestique. E-79-8 Découvert en 1979, dans la dépression d’El Adam, le site a été étudié par D.R. Connor. Il est installé sur une dune ancienne où il couvre une surface de 50 x 50 m. L’occupation qui est datée entre 9820 ± 380 B.P. (SMU858)/9610 ± 150 B.P. (SMU928) et 8920 ± 130 B.P. (SMU757), (9990-8650/9210-8800 et 8260-7840 av. J.-C.), se place dans un environnement de tamaris et acacias. Malgré la présence de divers foyers, aucune distribution particulière n’apparaît dans le matériel lithique (fig. 24)1, les restes osseux ou les tests d’œuf d’autruche, qui abondent. Le débitage a été fait pour l’essentiel dans des chailles et bois pétrifiés. Les nucleus ont des plans de frappe lisses ou corticaux, ils peuvent être à un seul plan de frappe ou deux plans opposés, rarement à plans de frappe multiples. L’outillage2 est marqué par la suprématie des lamelles à dos, la fréquence des grattoirs pour la plupart grattoirs simples sur éclat. Le groupe perçoir renferme de nombreuses mèches de foret. Quoique les burins soient peu nombreux, les types sont variés. La base des lamelles à dos n’est guère retouchée. Les dos peuvent être faits sur enclume 10 % ; peu de différence existe entre les positions dextre et senestre. La retouche Ouchtata, rarement employée, a été identifiée sur deux lamelles à dos partiel. Une pointe du Chacal et quelques pointes de la Mouillah figurent. La technique du microburin regroupe une lamelle à piquant trièdre et treize microburins Krukowski. Le matériel de broyage, abondant, dis- pose de molettes coniques à une seule surface de travail, de pièces circulaires d’une dizaine de centimètres de diamètre à deux surfaces de travail opposées, légèrement convexes et de formes plus ou moins cubiques pouvant avoir trois surfaces de travail. Plusieurs pierres à rainures ont été identifiées qui sont mises en relation avec la fabrication de rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche. Ces derniers sont souvent décorés de motifs complexes à base de courts éléments obliques opposés dits « en feuille de fougère » et de courbes concentriques formant une bande de lignes ondées ou évoquant des écailles. Trois tessons de céramique ont été trouvés à une dizaine de centimètres de profondeur pour deux, 60 cm pour le troisième. Les trois portent un décor en registres faits d’impressions parallèles produites par un peigne légèrement courbe ou un coquillage ; l’un est un tesson de bord issu d’un vase à large ouverture. Ce sont les plus anciens témoins de poterie du Sahara oriental. D’abondants restes osseux proviennent de Gazella dorcas, moins fréquemment de Gazella dama ou d’un Bos qui serait domestique pour A. Gautier. Canis 1 .- Un secteur excentré, E-79-8X, a livré une occupation quelque peu différente qui est rapportée au Néolithique type El Nabta. 2 .- Cf détail en Annexes p. 559.

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Sahara préhistorique aureus est présent ainsi que des éléments de tortues et lièvres. Aspatharia rubens espèce commune dans le Nil, rapporterait un contact avec la vallée. E-80-4 E-80-4 est un petit site proche de E-79-8, qui a été étudié par A.E. Close. Il couvre une surface de 15 x 8 m avec une épaisseur d’une trentaine de centimètres sans différences sensibles dans l’ensemble industriel. Il est daté de 9220 ± 120 B.P. (SMU925) (8580–8290 av. J.-C.). Les matériaux sont les mêmes qu’en E-79-8, avec des proportions comparables. Le tiers des nucleus présente un seul plan de frappe, un grand nombre deux plans opposés, les autres ont des plans de frappe multiples à l’exception d’un nucleus Levallois fortement éolisé. Les plans de frappe sont le plus souvent lisses ou corticaux. La structure industrielle1 est très proche de celle de E-79-8 et offre les mêmes particularités stylistiques. Le matériel de broyage est courant ; 5 tessons de poterie proviennent de la surface. L’œuf d’autruche présente les mêmes décors et, de même, a été aménagé en rondelles d’enfilage ; elles sont nombreuses et ont été façonnées sur le site, ce qui permet de suivre l’enchaînement des gestes : découpage d’un petit disque, perforation centrale débutant face interne, se terminant par la face externe, puis polissage à l’aide d’une pierre à rainure qui standardise la dimension. La faune, courante, est essentiellement composée de gazelles, Gazella dorcas, Gazella dama, quelques lièvres, du chacal et un bœuf domestique. Le Néolithique type El Kortein La phase néolithique dite type El Kortein fait suite au type El Adam entre 8800-8500 B.P. (7960-7600 av. J.-C.). Elle est bien identifiée dans la dépression de Nabta Playa avec les sites E-75-6 niveau inférieur, E-77-32 qui furent d’abord rapportés au Paléolithique terminal, elle est connue au pied de l’escarpement d’El Kiseiba, par la surface du site E-79-13, à El Adam par le site E-80-1A4. Certains auteurs y rattachent les sites de la Grande Mer de Sable et d’Abu Ballas (fig. 23) voire le Fayum B, les Unités Masara A, B de Dakhla que d’autres rapportent à un Epipaléolithique5. Les sites couvrent de faibles étendues à l’intérieur des playas, suggérant une occupation en saison sèche. Ce faciès qui reste proche du type El Adam, s’en distingue par sa pauvreté en grattoirs, la réduction du rôle des lamelles à dos, celui plus important dévolu aux coches et denticulés, aux microlithes géométriques et microburins ; des triangles scalènes sont présents bien que modestement, des pointes d’Ounan-Harif (fig. 89) peuvent être très nombreuses dans certains sites. De rares tessons de poterie ont été retrouvés (un seul en E-79-1 et E-75-6). Des restes de bovins domestiques ont été identifiés en E-75-6 et E-77-3, mais la plupart des restes osseux provient de gazelles et de lièvres Lepus capensis. 1 .- Cf Annexes p. 559. 2 .- Cf Annexes p. 560. 3 .- Id. 4 .- Id 5 .- D’après l’industrie lithique, certains auteurs rapportent plutôt Masara A au type el Ghorab, Masara B au type el Nabta.

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Une néolithisation très ancienne

Fig. 23 - Abu Ballas. Industrie lithique : 1 à 3, 7) mèches de foret ; 4 à 6, 13, 17) segments ; 8, 14, 18) pièces esquillées ; 9 à 11) triangles ; 12) trapèze ; 15, 19) racloirs ; 16) scie. (d'après Kuper in Krzyzaniak et al., 1993).

Le site le plus ancien, E-77-3, est daté de 8840 ± 90 B.P. (SMU416) (8200– 7820 av. J.-C.), il renfermait 6,5 % de pointes d’Ounan-Harif. E-75-6 qui se place sur des dunes, vers le centre du bassin de Nabta Playa, a été daté de 8290 ± 80 B.P. (SMU257) (7480–7190 av. J.-C.), il possède une fréquence à peine plus élevée, 8,2 %, de ces mêmes pointes. Le Néolithique type El Ghorab Le type El Ghorab, lui aussi, fut d’abord rapporté à une phase finale du Paléolithique terminal. Il apparaîtrait entre 8500 et 8200 B.P. (7600 et 7200 av. J.-C.) au cours d’une phase humide, or les sites, de faible étendue, sont généralement situés à l’intérieur même des playas, ce qui suggère une occupation de saison sèche. A Bir Kiseiba, le type El Ghorab a été identifié dans les sites E-791 par H. Wieckowska, E-79-31 par F. Wendorf et R. Schild, à El Ghorab, dans le niveau inférieur de E-79-42 par M. Kobusiewicz, dans la dépression d’El Adam, en E-79-8X3 par D.R. Connor. A Kharga, E-76-6 qui fut rapporté au « Bedouin microlithic »4, lui est parfois assimilé ainsi que certains sites de Nabta Playa et Dyke. La structure de l’industrie lithique ne diffère guère des précédentes hormis quelques détails qui la particularisent. Elle utilise un débitage unipolaire ou bipolaire à plan de frappe préparé. Les pièces à retouche continue abondent, 1.- Cf détail de l’industrie en Annexes p. 560. 2 .- Id. 3 .- Id. 4 .- Cf p. 47.

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Sahara préhistorique

Fig. 24 – Kiseiba. Industrie lithique : 1) lamelle à dos rectiligne ; 2) lamelle à dos rectiligne et base ogivale ; 3) lamelle à dos rectiligne et base arrondie ; 4, 6, 14) lamelles à dos arqué ; 5) lamelle à cran ; 7, 11) lamelles à dos arqué et base retouchée ; 8, 9, 12) lamelles à dos partiel ; 10) pointe de Tamar Hat ; 13) lamelle à retouche Ouchtata ; 15, 17) grattoirs ; 16) grattoir circulaire ; 18) troncature ; 19 à 21) triangles scalènes ; 22) tête de flèche sur lamelle ; 23, 24) burins ; 25) éclat à coche ; 26) denticulé ; 27) racloir sur lame à coche. Décors de poterie : 28) croisillons et herringbone ; 29) rangs de points ; 30) bâtons ; 31) dents pointillées ; 32, 33) herringbone. (Origine : 1, 4 à 6, 10, 14, 17, 19, 21, 23, 24, 26, 27) E-79-8, 2, 3, 7 à 9, 11 à 13, 15, 16, 18, 20, 25) E-80-4, 22) E-80-1. d'après Close 1984 ; 28 à 33. d'après Banks in Krzyzaniak et al., 1984).

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Une néolithisation très ancienne des triangles scalènes allongés qui sont presque les seuls microlithes géométriques présents, sont fréquents ; en cela, le type El Ghorab est très proche du Bedouin microlithic. Les lamelles à dos avantagent les formes rectilignes. Les microburins sont plus ou moins nombreux. Les grattoirs sont particulièrement discrets, la présence des coches et denticulés, perçoirs, burins est variable. La faune est rare, comporte quelques restes de Bos. De rares fragments de poterie proviennent de E-79-8 et E-79-4. E-79-4 reconnu en 1979 dans la playa El Ghorab où il affleure sur une surface de 70 x 40 m, est l’un des sites les plus vastes. Il présente certains traits (position du site, poterie décorée de ponctuations) comparables à ceux de E-756, qui se trouve à une cinquantaine de kilomètres, mais les outillages lithiques diffèrent. En 1979-80, M. Kubosiewicz ouvrît deux points de fouilles totalisant un volume de 33 m3, lui permettant de reconnaître 5 niveaux dont les deux plus anciens (I et II) sont rapportés au type El Ghorab. Le niveau I ne comporte que quelques traces d’un passage des hommes. Le niveau II est daté de 8190 ± 120 B.P. (SMU750) (7450–7060 av. J.-C.). Epais de 20-30 cm, il est fait d’un sable mêlé de cendres et de charbons, contenant un outillage en silex avec lamelles à dos, triangles et pièces à retouche continue. Les burins, perçoirs, pièces à coches et denticulés sont rares. La pointe d’Ounan-Harif manque. Il a livré deux tessons de poterie à décor de points, aucun test d’œuf d’autruche. La faune comprend des gazelles, lièvres, porcs-épics. E-76-6 qui a été retrouvé dans l’oasis de Kharga à proximité d’une source artésienne et étudié par F. Wendorf et al, est parfois assimilé à ce faciès. Il est daté de 7860 ± 90 B.P. (SMU734) (7020–6590 av. J.-C.). Les nucleus, presque tous à lames ou lamelles, présentent un plan de frappe ou deux opposés. L’outillage est dominé par les triangles scalènes allongés 26,4 %, suivis des pièces à coches 25,6 % qui sont souvent des lames ; elles présentent des coches simples ou multiples, retouchées, très ouvertes. Les troncatures, 15,2 %, sont suivies des lamelles à dos, 13,6 %, les microburins atteignent 8 %. Les autres outils sont rares, les grattoirs manquent. Ici, il n’y a ni tête de flèche, ni matériel de broyage, ni poterie. E-77-6 à Nabta Playa et E-72-51 à Dyke disposent d’un éventail d’outils identique à celui de E-76-6 auquel s’ajoute du matériel de broyage. Le Néolithique type El Nabta Le type El Nabta est de beaucoup le plus fréquent. Il est daté de 8200 ± 110 B.P. (7440–7070 av. J.-C.) à Nabta Playa et durerait jusqu’à la seconde moitié du 7ème millénaire, sa disparition étant peut-être liée au pic d’aridité bien connu alors. Le sorgho, Sorghum bicolor, paraît y jouer un rôle important. Son industrie lithique se retrouverait dans la plupart des oasis et assurerait l’assise du faciès qui s’y épanouit au Néolithique moyen. Il a été identifié à El Ghorab E-79-4 surface2, El Balaad E-79-53, El Adam E-80-1C4, E-80-35. A Nabta Playa, dans 1 .- Cf détail de l’industrie en Annexes p. 560. 2 .- Cf détail de l’industrie en Annexes p. 561. 3 .- Id. 4 .- Id. 5 .- Id.

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Sahara préhistorique le site E-75-61 des occupations s’y rapportant voisinent les occupations type El Kortein. Dans la dépression d’El Adam, le site E-80-1 regroupe de même des occupations attribuables à ces divers types. La poterie devient plus courante, elle provient de vases dont l’ouverture a pu être située entre 28 et 38 cm. Elle porte des motifs pseudo-cordés, des dents faites au peigne, des croisillons qui peuvent former un bandeau autour de l’orifice. La taille des sites est plus importante que dans les faciès précédents et une organisation de l’espace a été perçue à Nabta Playa, en E-75-6. Dans ce site, les chailles sont les matériaux préférés. Les nucleus possèdent un plan de frappe ou deux plans opposés et ont produit des lames et des lamelles. Les burins dominent un fond d’outillage qui reste comparable à celui des autres faciès mais où les lamelles à dos régressent, les pièces à retouche continue augmentent. Les perçoirs sont plus fréquents. La poterie est décorée de dotted wavy line. La faune accuse une augmentation de la consommation de lièvre et moindre de gazelle. Bos est présent. L’orge est cultivé. Dans le niveau III du Site E-79-4, les outils les plus courants sont les triangles et à un degré moindre les lamelles à dos et les pièces à retouche continue, les burins, perçoirs, pièces à coches et denticulés restent modestes. Des chailles et quartz sont les matériaux employés le plus souvent. Du matériel de broyage et de la céramique sont présents. Les restes osseux comportent surtout des gazelles et il y aurait un bovin domestique. Sur une surface de 70 x 40 m, ce niveau a montré une suite de cuvettes, irrégulièrement disposées, de 1 à 3 m de diamètre, dans lesquelles se trouvaient de nombreux objets. Le Néolithique du Gilf Kebir Au sud du Gilf Kebir, le wadi Bakht a été occupé entre 8200 ± 500 B.P. (KN3096) (7710–6500 av. J.-C.) et 6150 ± 180 B.P. (KN3328) (5300–4850 av. J.-C.)2. W.P. Mc Hugh, F. Wendorf et R. Schild, ainsi que K.M. Banks, R. Kuper, W. Schön, attribuent l’occupation à des éleveurs de bovins et d’ovi-capridés. L’industrie lithique est essentiellement sur quartzite. Riche en lames, elle comporte perçoirs, microlithes géométriques, denticulés, retouches continues, elle dispose de grattoirs et racloirs, de peu de pièces à coches, les burins sont exceptionnels. La poterie est entièrement moulée, se distinguant ainsi des poteries des autres régions qui ont utilisé en partie le montage au colombin. Les bords, non décorés, montrent des ouvertures de 15 à 25 cm pour des vases de 24 à 41 cm de diamètre. Le décor des vases fait surtout appel à des sillons pointillés, motifs filetés, chevrons pointillés, et au polissage ; quelques motifs d’incised wavy line sont signalés par W. Schön. Pour K.M. Banks et H.A. Nordström, divers traits rattacheraient cet ensemble industriel à l’Abkien et au Khartoum variant, culture qui trouverait une origine en zone saharienne. Le mode de fabrication de la poterie invite à y voir une origine méridionale. 1 .- Cf Annexes p. 561. 2 .- Période nommée « Gilf A » par J. Linstädter et S. Kröpelin.

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Une néolithisation très ancienne Un néolithique ancien dans la vallée du Nil ? Aucun site de la vallée du Nil égyptien n’est attribuable au Néolithique ancien ; seules quelques modestes implantations épipaléolithiques1 peuvent être rapportées à l’Holocène inférieur. Il faut remonter au Soudan central, dans la province de Khartoum, le long du Nil et de l’Atbara, pour trouver des sites qui, à cette époque, attestent de cette grande innovation qu’est la poterie. Toutefois, les auteurs sont partagés quant à leur attribution, aucune production autre n’ayant été identifiée, certains les rapportent à un Mésolithique. Le Mésolithique de Khartoum, Pre-Khartoum ou Khartoumien Du 9ème au 7ème millénaires, la région de Khartoum se démarque de la vallée aval par l’importance de l’occupation humaine. Celle-ci fut mise en évidence dans les années quarante par les fouilles de A.J. Arkell à la confluence du Nil bleu et du Nil blanc. Les seules activités connues, la chasse et la pêche, lui valent souvent l’appellation Mésolithique ou Protonéolithique. Un outillage lithique riche en segments, grattoirs et denticulés, un outillage osseux riche en harpons, s’accompagnent d’une poterie abondante, bien faite, bien cuite, dont la pâte est enrichie d’un dégraissant quartzeux et la surface, diversement décorée (fig. 25), supporte des motifs wavy line. Il y a peu d’éléments de parure. Cette poterie assure une unité certaine à une communauté occupant une vaste région et dont la culture matérielle évoluera pour produire le Shaheinabien au Néolithique moyen. Elle s’étend jusqu’à Dongola et Wadi Halfa au nord, au djebel Moya au sud. Pour certains auteurs, elle serait connue à Guli, Island I, se retrouverait dans le niveau inférieur de nombreux gisements de la région de Khartoum, Saggaï, Sorourab, Shabona, Shaqadud, El Qoz..., et entre le cours de l’Atbara et Kosti, où une soixantaine de sites a été reconnue. Pour certains auteurs, les Sites 2016, 626, 628, DIW 52 que J.L. Shiner rangeait dans le Khartoum variant seraient plutôt du Pré-Khartoum. A.J. Arkell voyait l’origine du Pré-Khartoum au Tibesti. Abu Darbein Localisé sur la rive gauche de l’Atbara, Abu Darbein est daté entre 8640 ± 120 B.P. (T8624) et 7700 ± 40 (T5728) (7910-7550 et 6580-6470 av. J.-C.). Le site qui s’étend sur 1200 m2, a été utilisé comme cimetière à partir du Méroïtique ; érodé, son épaisseur restante est de l’ordre de 60 cm. Des fouilles portant sur 62,5 m2 ont montré un dépôt homogène. Il a livré une poterie à motif d’incised wavy line, celui de dotted wavy line n’est pas utilisé. L’industrie lithique la plus courante est faite de lamelles à dos, de segments, elle comporte des perçoirs, grattoirs et racloirs. Des harpons suggèrent des activités de pêche. Pour J. Peters, elles auraient été pratiquées à l’aide de filets, à partir de radeaux ou de barques, l’ichtyofaune comportant de grandes perches du Nil dont la prise est impossible à partir du rivage. Dans la même région, à El Damer et Aneibis, R. Haaland a mis au jour deux ensembles industriels semblables et d’âges comparables. 1.- Arkinien à hauteur de la Deuxième Cataracte, Shamarkien, Elkabien, cf chapitre III. 2 .- Cf Annexes p. 559.

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Sahara préhistorique El Barga Dans la région de Kerma, le site d’El Barga appartient à une série d’occupations de bordure de la plaine alluviale, il est daté de 8340 ± 65 B.P. (ETH-27204) à 8190 ± 70 B.P. (ETH-25503) (7485-7320 à 7315-7115 av. J.-C.). Découvert en 2001 par L. Chaix, les fouilles menées sous la direction de M. Honegger ont couvert 200 m2, livrant les restes dʼun fond de cabane et diverses sépul-

Fig. 25 – Néolithique ancien (Pré-Khartoum) de la vallée du Nil. Décors de poterie. En haut. Khartoum : 1) écailles ; 2) fileté ; 3) woven mat ; 4) flammes ; 5) dotted wavy line+woven mat ; 6) hachures pointillées ; 7) dents pointillées ; 8) flammes pointillées ; 9, 13) dotted wavy line+fileté (?) ; 10) sillons pointillés ; 11) hachures pointillées+registres de dents ; 12) wavy line+bord crénelé ; 14) incised wavy line. (Origine : 1 à 4, 7 à 13 d'après Arkell 1949 ; 5, 6, 14 d'après Vaufrey 1969). En bas. Saggai : 1, 5) incised wavy line ; 2, 7) dotted wavy line ; 3) dents pointillées ; 4) écailles ; 6) sillons pointillés (d'après Caneva et Zarattini in Krzyzaniak et al.,1984).

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Une néolithisation très ancienne tures. L’habitat, aux parois creusées dans le grès nubien à plus de 50 cm de profondeur, appelle une construction pérenne. Il est daté autour de 8340±65 B.P. (BTH-25503) (7485-7320 av. J.-C.). Le matériel de broyage abondait. Les rejets alimentaires comportent nombre de restes de poissons, des coquillages, des os de mammifères. M. Honegger a reconnu deux zones d’inhumation, dans l’une, les inhumations sont dispersées au sein même de l’habitat, dans l’autre, elles sont regroupées en cimetière. La première qui est attribuée au Mésolithique de Khartoum, a livré 11 individus dont un enfant, sans orientation préférentielle, en position plus souvent fortement contractée. Seul, un adulte était accompagné de mobilier consistant en une coquille d’Aspatharia. Le cimetière est plus récent ; par sa poterie, il évoque des sites où se trouvaient des animaux domestiques. Il est daté de 7045 ± 70 B.P. (ETH-27208), 6960 ± 65 B.P. (ETH-27207) (59905850 et 5915-5775 av. J.-C.). Placé au sud, il a livré 64 individus femmes et surtout enfants, qui laissent supposer des secteurs réservés les uns aux femmes et enfants, les autres aux hommes. Le défunt, en position contractée, d’orientation variée, reposait sur le côté droit ou gauche et s’accompagnait d’un mobilier abondant. Ces populations n’offrent pas les mêmes caractères, soudanais robustes pour les plus anciens, plus graciles et de taille plus réduite pour ceux du cimetière. El Barga rapporte un moment important dans la vallée, le passage au pastoralisme : il se traduit par un habitat plus dispersé, conservant moins de vestiges, et inversement, dans un domaine des morts qui prend de l’importance avec un regroupement des tombes et un mobilier abondant. Khartoum Hôpital En 1944, A.J. Arkell identifiait une culture originale dans l’enceinte de l’hôpital de Khartoum et la qualifiait de Late Mesolithic1. Le niveau d’occupation est une couche cendreuse de 1 à 2 m d’épaisseur truffée d’éclats de quartz, de fragments de matériel de broyage, de coquillages ainsi que d’inhumations (le secteur fouillé a livré 17 tombes). Dès la base, la poterie abonde. L’industrie lithique est taillée dans des petits galets de quartz, chailles, bois pétrifié ou dans une rhyolite qui provient de la Sixième Cataracte, 80 km au nord de Khartoum. Un abondant matériel consiste en microlithes géométriques (segments et trapèzes), lamelles à dos et têtes de flèche à tranchant transversal, grattoirs, pièces à coches. Les burins sont rares et atypiques. Des meules, des molettes sont courantes, beaucoup portent des traces d’ocre. On y trouve des haches. De nombreux anneaux de pierre sont interprétés comme bâtons à fouir. Un grand nombre de harpons en os2, à barbelure unilatérale dont la ligature était faite par encoche ou stries transversales, constitue l’essentiel de l’industrie osseuse. Ils indiquent le rôle important de la pêche que confortent de nombreuses petites pierres à gorge qui pourraient être des poids de filet. De nombreux fragments osseux ont pu être employés comme hameçons. Certains portent un décor de stries parallèles ou de croisillons. La poterie, très abondante, provient de vastes récipients, en forme de bols largement ouverts et possédant 1 .- Certains auteurs réunissent cette culture et celle reconnue à Shaheinab, sous le seul nom de Early Khartoum ou Khartoum neolithic culture. 2 .- On a accordé aux harpons un rôle important dans le Néolithique méridional : A.J. Arkell proposait leur diffusion à partir de Ishango, ce qui ne peut plus être retenu.

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Sahara préhistorique un fond ovoïde. La pâte est sombre, à dégraissant sableux. Elle est vue comme une fabrication locale à base de terre renfermant un sable micacé. Le bord est souvent simple, la lèvre peut être décorée d’impressions parallèles profondes lui donnant un aspect crénelé. La poterie est lissée à l’intérieur, décorée à l’extérieur à l’aide d’un peigne fileté ou d’un peigne et, dans ce cas, une impression pivotante est volontiers utilisée. Elle peut porter des motifs en écaille, des motifs incised wavy line, dotted wavy line dont la fréquence ne dépasse pas 1 %, les motifs dotted wavy line apparaissant plus tardivement que les motifs incised wavy line. Elle peut être couverte d’un décor complexe provenant d’orientations différentes d’un même motif. Un ou deux rangs de ponctuations profondes peuvent souligner le bord. Ces caractères ont conduit I. Caneva à y voir une occupation un peu plus récente qu’à Saggai. Les éléments de parure sont nombreux, perles façonnées en tests d’œuf d’autruche, coquilles d’huitre ou d’Ampullaria, vertèbres de python, grès, pendeloques en os de poissons, dents, l’une d’elles est une phalange d’antilope. La récolte de fruits de micocoulier est bien attestée. La faune souligne l’importance de la chasse, de la pêche et de la collecte de mollusques. Les restes de poissons, nombreux, appartiennent pour la plus grande part à Clarias, Tilapia ou Lates, mais il existe diverses autres espèces. Les mollusques d’eau douce, Aetheria elliptica (l’huitre du Nil), Aspatharia rubens sont les plus courants ; les mollusques terrestres sont nombreux, mais seul Ampullaria wernei paraît consommé. La faune renferme quelques éléments de Carnivores, mangoustes, panthères, hyènes, loups (Canis v. lupaster), lions. Des ossements provenant d’antilopes kob (Kobus), oribis (Ourebia ourebi), Tragelaphus et diverses autres non spécifiées, de buffles (Syncerus), ânes ou zèbres, éléphants, phacochères, rhinocéros, hippopotames, porcs-épics témoignent d’un milieu de savane. Le peu de restes d’oribis suggère qu’elles vivaient assez loin. Les rongeurs tiennent un intérêt particulier de la présence de Thryonomys arkelli, espèce éteinte qui y fut définie. La faune renfermait aussi des reptiles, crocodiles, pythons, varans, quelques restes d’oiseaux, Plectropterus gambensis, aucun d’autruche. Des fragments d’argile brûlée pourraient venir du recouvrement d’habitations en branchages. En raison de sa position au bord du Nil bleu, A.J. Arkell y voyait une occupation semi-permanente par un groupe dont l’économie était basée sur la pêche. Les lieux, inondables, n’auraient été occupés que pendant la saison sèche qui, à cette latitude, se développe l’hiver et le printemps1. La population, aux ossements robustes, comparables à ceux du djebel Moya, appartient au stock soudanais ancien connu en Haute Nubie. Elle pratiquait l’avulsion des incisives supérieures. Saggaï A une quarantaine de kilomètres au nord de Khartoum, en rive droite, Saggaï occupe une surface de 200 x 160 m et atteint une épaisseur de 70 à 160 cm. Le site est daté entre 7410 ± 100 (T5025) et 7230 ± 100 B.P. (T5024) (63906110 et 6210-6000 av. J.-C.) sur coquilles. Les fouilles de I. Caneva portèrent 1.- Au Soudan, la saison des pluies est l’été et elle peut coïncider avec la crue ; une longue saison sèche se développe en hiver et au printemps. En raison de sa latitude, la situation est tout autre en Egypte avec des pluies d’hiver et la crue qui s’étale de juillet à octobre, laissant ainsi une saison sèche courte, d’avril à juin.

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Une néolithisation très ancienne sur un volume de 80 m3 et par la haute teneur en strontium des ossements provenant des six individus exhumés indiquent une alimentation riche en végétaux et mollusques, qui va de pair avec l’abondance des coquillages mis au jour. L’outillage1, microlithique, est fait sur quartz et rhyolite. La moitié consiste en segments, en position secondaire viennent les perçoirs et les éclats à coches. Comme à Khartoum, les segments sont en rhyolite. L’industrie osseuse renferme des harpons à un rang de barbelures, des lissoirs, tranchets, alènes, aiguilles, perles et un peigne de potier. Le matériel de broyage abonde. Des milliers de tessons proviennent de vases d’assez grandes dimensions couverts d’un décor en vague de type wavy line ou de sillons pointillés, parfois de flammes. Les motifs de dotted wavy line sont rares, voire manquent dans les niveaux inférieurs, mais on suit leur progression aux dépends des incised wavy line dans les niveaux supérieurs. Des coquillages, certains venant de la Mer rouge, ont été utilisés en éléments de parure. La faune est identique à celle que l’on trouve aujourd’hui 400 km au sud. Elle est riche d’une trentaine d’espèces dont deux fortement prédominantes, le kob, 50 %, et de petites antilopes type oribi, 33 %, qui vivent non loin de points d’eau. On y trouve des chats sauvages, phacochères, hippopotames, girafes, buffles, lions... ainsi que des tortues, des crocodiles et une dizaine d’espèces de poissons dont Clarias et Lates. Pour A. Gautier, ces éléments indiqueraient une pluviosité de l’ordre de 400 à 800 mm, engendrant une savane boisée. Comme à Khartoum Hôpital, l’économie reposait essentiellement sur la chasse et la pêche. Pour I. Caneva et A. Zarattini, les occupants ne pratiquaient aucune production, d’où l’attribution du site au Mésolithique, et étaient sédentaires ou peu mobiles pour des motifs d’ordre climatique. Shabona Une centaine de kilomètres en amont de Khartoum, sur les bords du Nil blanc, Shabona s’étend en discontinu sur 5 hectares. L’occupation est datée de 7470 ± 240 B.P. (SUA2140) et 7050 ± 120 B.P. (SUA298) (6560–6030 et. 6020– 5800 av. J.-C.). Les fouilles dirigées par J.D. Clark en 1973, furent menées en quatre points et portèrent sur une surface totale de 83 m2. Elles montrèrent une couche archéologique de 30 cm d’épaisseur avec des pièces ayant pu s’infiltrer jusqu’à 70 cm, ce qui a permis de découvrir sept inhumations et d’identifier diverses cuvettes. Les unes, d’une dizaine de centimètres de diamètre et cinq centimètres de profondeur, étaient remplies de restes de poissons brûlés et de fragments de terre calcinée, d’autres, plus grandes, de restes de poissons et de mammifères non brûlés, d’autres étaient remplies de coquillages. L’industrie lithique (fig. 26) est obtenue à partir de nucleus de préférence à un plan de frappe. Elle se caractérise par l’abondance des microlithes géométriques, 36,6 %, essentiellement faits en quartz et dont les plus courants sont des segments ; des rectangles sont présents. Parmi les lamelles à dos figurent des lamelles à dos arqué, courtes et larges, taillées dans des rhyolites, elles aussi caractéristiques. Les grattoirs sont courts, à front mal dégagé, les perçoirs comprennent surtout de robustes mèches de foret. L’industrie lithique comporte 1.- Cf détail p. 564.

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Sahara préhistorique aussi des racloirs, pièces à coches, du matériel de broyage en grès. L’industrie osseuse consiste en harpons dont les dimensions sont très variées, elle dispose d’aiguilles et de lissoirs. La parure est attestée par un pendentif triangulaire en hématite. La poterie, abondante, procède de deux techniques de préparation des pâtes, l’une à dégraissant végétal dite « Naima ware », l’autre à dégraissant minéral dite « Shabona ware ». Les tessons à dégraissant végétal proviennent de grands bols de 11,5 cm de diamètre ou de vases globuleux. On y trouve des impressions de graines de Digitaria, graminée actuellement connue dans les zones pluvieuses du Soudan. Le décor montre une prédilection pour les lignes d’impressions, pointillées ou non. Cette poterie qui rappelle celle de Khartoum, est plus abondante dans les niveaux inférieurs. Le type Shabona qui la remplace a produit des vases petits, de 9,5 cm de diamètre, bien cuits, aux formes et décors variés. Les surfaces sont lissées, certaines ont pu recevoir un enduit d’ocre. Les motifs les plus courants sont des sillons pointillés, des dotted wavy line. Les motifs incised wavy line et women mat y sont plus fréquents que dans le type Naima. Le site a livré les restes très fragmentés de sept individus ; l’avulsion des incisives supérieures a été reconnue sur une femme. Tout comme les restes humains de Khartoum, ils appartiennent au stock soudanais ancien connu en Haute Nubie à l’Holocène inférieur. La faune comprend des antilopes chevalines, buffles, phacochères, éléphants qui appellent des plaines parsemées de buissons. Les poissons, tortues, crocodiles, lézards divers, serpents, hippopotames, des kobs et oribis supposent

Fig. 26 – Shabona. Industrie lithique : 1, 2) grattoirs ; 3, 4) perçoirs ; 5, 6) mèches de foret ; 7) micro-grattoir ; 8) lamelle à dos rectiligne ; 9, 13, 14) racloirs ; 10) éclat à bord abattu ; 11, 15 à 19) segments ; 12, 24) pièces à coches ; 20, 21) rectangles ; 22) troncature ; 23) grattoir-racloir. (d'après Clark in Krzyzaniak et al.,1989).

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Une néolithisation très ancienne des plans d’eau proches. L’abondance des coquilles de Pila wernei implique leur forte consommation. La flore se révèle riche en Panicoïdés dont Digitaria. Sorourab Au nord de Khartoum, en rive gauche du Nil, face à Saggai, le site de Sorourab 2 couvre une surface de 75 x 35 m. Il a été daté de 9370 ± 110 B.P. (Har3475) et 9330 ± 110 B.P. (HAR3476) (8790–8450 et 8740–8340 av. J.-C.) sur charbons. En 1978, A.M. Ali Hakem et A.R.M. Khabir y pratiquèrent une fouille sur 200 m2 . L’industrie lithique est semblable à celle de Khartoum Hôpital. Une part notable est faite sur quartz, les autres matériaux incluant des grès, rhyolites, chailles et bois pétrifiés. Les grattoirs sont particulièrement fréquents, 21 %, les microlithes géométriques riches en segments. Les éclats à coches, surtout les denticulés et les perçoirs sont courants. L’outillage osseux comprend des harpons dont un a été retrouvé entier. Le matériel de broyage et la poterie abondent. Celle-ci a une épaisseur de l’ordre de 7-8 mm ce qui est un caractère du PréKhartoum et la distingue de celle du Shaheinabien qui ne dépasse pas 5-6 mm. Elle porte des motifs incised wavy line et dotted wavy line, la fréquence de celui-ci ne cessant d’augmenter aux dépens du motif incised wavy line, trait reconnu à Kabbashi et dans divers autres sites. Wadi el-Arab Découvert près de Kerma par la mission archéologique suisse, le site occupe plusieurs hectares de la plaine alluviale. Il présente un intérêt multiple en raison d’une structure d’habitat dégagée par les fouilles et de la présence de bœuf domestique. Les fouilles se sont développées sur 24 m2, par décapages horizontaux de 6 cm d’épaisseur. Elles ont montré un dépôt anthropique de 60 cm environ daté de 8990 ± 65 B.P. (ETH31788) à 7750 ± 50 (ETH35681) (8265-8030 et 6630-6520 av. J.-C.), dans lequel le décor des poteries a permis d’individualiser trois niveaux. Dans la phase I, le motif est produit par rocker stamp, la phase II est caractérisée par la présence de dotted wavy line et d’herringbone, le niveau III utilise la technique alternative pivoting stamp. Les matériaux utilisés, chailles pour l’essentiel, 93 %, accessoirement quartz, grès, bois silicifié, agathe, proviennent tous des proches environs. Les trois niveaux n’offrent pas de différences significatives, seul le niveau I se singularise par des pièces à retouche irrégulière1. L’industrie lithique comporte 258 outils2 pour un total de 1708 pièces provenant en très grande partie d’un débitage d’éclat, les lamelles n’interviennent que pour 6 % et sont plus volontiers aménagées en outils que les éclats. Les nucléus sont de petites pièces de moins de 5 cm qui traduisent deux modes de débitage privilégiés, à un plan de frappe lisse, ou à débitage centripète libérant des surfaces de débitage discoïdales, les plans de frappe étant pour la plupart corticaux. Il existe également des nucléus à plans de frappe opposés ou multiples, quelques uns sont des éclats. L’industrie est dominée par les microlithes géométriques, presque tous des segments, ils ont donné lieu à 1 .- Ne comportant que 18 outils, nous ne l’avons pas dissocié du reste du dépôt ; les pièces à enlèvements irréguliers ont été placées en divers. 2 .- Cf Annexes p. 561.

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Sahara préhistorique une subdivision en fonction de leurs dimensions, leur taille ouvrant sur des utilisations différentes ; un seul est grand, ce serait un élément de faucille, les autres, petits, seraient des projectiles sauf quelques exemplaires épais. Les pièces à bord abattu, groupe secondaire, sont des éclats, les perçoirs surtout des mèches de foret, les pièces à coches et denticulés privilégient à peine ces der niers. Il y a peu de burins, aucun n’est fait sur bord abattu, il n’y a pas de tête de flèche. Les grattoirs sont plutôt simples sur éclat, quelques uns sont sur lamelle dont un par retouches inverses. Les pièces à bord abattu sont pauvres en lamelles, riches en fragments d’éclats. Huit sépultures ont été dégagées montrant des orientations variables données au mort. L’auteur rapproche cette industrie du site de Karmakol caractérisé par une même richesse en segments et mèches de foret, à un degré moindre de ceux d’Aneibis (Abu Darbein), Saggaï et El Barga lequel a montré un habitat similaire avec parois enfoncées dans le sol.

D’autres cultures ? La question se pose à propos de sites reconnus à Termit, au Tchad, en Ennedi ou au Tibesti. En Ennedi, divers sites renferment une poterie à motif de dotted wavy line, qu’en l’absence de datation, on tend à situer dans un Néolithique ancien, c’est le cas par exemple à Ounianga. La grotte de Délébo exploitée par G. Bailloud a montré une occupation humaine antérieure à 7200 ± 300 B.P. (Gif 351) (6370–5750 av. J.-C.), qu’il subdivise en deux niveaux dont le plus récent est caractérisé par une céramique abondante à décor d’incised wavy line ou de dents ; il la rapproche de celle d’Es Shaheinab, et met en parallèle le niveau inférieur avec Khartoum Hôpital. L’outillage lithique du niveau ancien est sommaire, essentiellement sur quartz, avec des galets aménagés, des disques, quelques grattoirs et des outils de fortune tranchants. La faune révèle la présence de potamochères et hippopotames, de nombreuses antilopes, de gazelles, d’un grand bœuf ainsi que de poissons chats, tortues d’eau... Au Tibesti, un Néolithique ancien a été reconnu en divers lieux du nordouest du massif dont Gabrong, probablement Bardagué et Dirennao. Gabrong est daté de 8065 ± 100 B.P. (Hv2748) (7280–6820 av. J.-C.) et a livré des restes humains ; plus récent, Bardagué a été occupé entre 7455 ± 180 (Hv2775) et 6435 ± 225 B.P. (Hv2773) (6450-6100 et 5620-5080 av. J.-C.). L’industrie a utilisé des basaltes, obsidiennes et quartz. Le débitage produit des lames. L’outillage taillé comporte des grattoirs, racloirs, perçoirs, des segments et des têtes de flèche triangulaires. Le polissage a servi à la fabrication de haches, d’anneaux. Les tessons de céramique portent des motifs de dotted wavy line, des impressions simples. La faune associée consiste en poissons, gazelles, mouflons, bovins lesquels, d’après A. Gautier, pourraient être des bœufs domestiques. En plusieurs points du massif de Termit, G. Quéchon a pu faire état d’une industrie provenant d’un dépôt sableux sous-jacent à un dépôt de diatomite. A Tchire Ouma, l’industrie est partiellement scellée par le rivage d’un niveau lacustre daté de 9130 ± 120 B.P. (Orsay) (8530–8240 av. J.-C.) ; elle comporte des haches polies, des pics et surtout des houes. A Dougoule, elle consiste en houes, pics–bifaces et polyèdres, à Cheguelenga, elle est faite de houes, pics–

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Une néolithisation très ancienne bifaces, rabots, éclats divers, petites haches polies et un site ne comportant pas de houes, a livré un tesson de poterie. Ces instruments en roche tendre ne se trouvent pas en montagne, ce qui conforte la position de G. Quéchon qui y voit des instruments à remuer le sol.

Dans les oasis du Sahara oriental, les premières manifestations néolithiques datent aussi de la fin du 10ème millénaire. Elles s’expriment dans le faciès El Adam, auquel succèdent les faciès El Kortein, puis El Ghorab et enfin El Nabta. Ces ensembles industriels sont riches en lamelles à dos, très peu fournis en microlithes géométriques malgré un large usage de la technique du microburin. La fréquence des meules et molettes n’entraîne pas celle de poterie qui est rarissime. L’œuf d’autruche peut être fréquent, les tests peuvent être décorés ou aménagés. Les fragments osseux sont assez nombreux pour avoir permis l’identification d’un bovin qui serait domestique. L’évolution se fait par le développement des triangles scalènes, des pointes d’OunanHarif, puis des pièces à retouche continue. La fréquence de la poterie augmente. Les sites deviennent plus importants. La vallée du Nil traduit des comportements différents au nord et au sud. La partie égyptienne paraît peu fréquentée à l’Holocène inférieur et la néolithisation y serait tardive, les populations se regroupant dans les oasis et le long des grands oueds. Dans la partie soudanaise, une occupation de la vallée connue vers 9300 B.P. (8600 av. J.-C.), devient fréquente vers 7500 B.P. (6400 av. J.-C.). La poterie y apparaît très tôt ; dans la région de Khartoum, elle a permis d’individualiser un faciès marquant, nommé Mésolithique de Khartoum ou Pré-Khartoum, qui a eu une vaste extension. Identifié par A.J. Arkell dans les années 40, pendant plus d’une vingtaine d’années, il a été vu comme le foyer de néolithisation du Sahara, ce que les travaux récents ont infirmé. Les travaux amorcés au Djado ont montré des installations humaines qui pourraient se rapporter à cette période : un sondage effectué à l’avant d’un abri de l’oued Yentas, a révélé deux niveaux à céramique sous-jacents à un niveau que R. Vernet rapporte à un Néolithique moyen postérieur à 6400 B.P. (5400 av. J.-C.). Aucun décor de wavy line n’y a été reconnu. Bien plus au sud, à Ounjougou, non loin des falaises de Bandiagara, les travaux menés par la mission suisse que dirige E. Huysecom, a retrouvé des tessons associés à un outillage en quartz avec têtes de flèche qui ouvrent des perspectives nouvelles quant au développement du Néolithique en raison de leur âge et de leur contexte.

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Sahara préhistorique Ounjougou L’appellation Ounjougou couvre un complexe de sites de plein air qui se déploie autour de la confluence de l’oued Yamé et des oueds temporaires Boumbangou, Mélié-Mélié et Andoulou, occupant une dizaine de km2 sur le plateau de Bandiagara, une quinzaine de kilomètres à l’est de la ville. Les recherches ont été facilitées par l’importance du ravinement d’un ensemble complexe de dépôts éoliens, alluviaux et colluviaux résultant de la modification brusque du cours du Yané en 1936. E. Huyzecom y a défini deux phases d’occupation durant l’Holocène inférieur. La phase 1 est connue au Ravin de la Mouche à la base de l’unité stratigraphique HA1, dans un site détruit par des pluies torrentielles, avant 9785 ± 70B.P. (9300-9200 av. J.-C.). L’industrie lithique, essentiellement des galets de quartz, dispose de petits éclats retouchés, perçoirs, forets, burins qui n’ont pas été identifiés dans les industries antérieures, de grattoirs, denticulés, têtes de flèche foliacées connus dans les dépôts paléolithiques. Un débitage unidirectionnel prédomine, accompagné de débitage multidirectionnel ou bipolaire sur enclume. Trois tessons de poterie donnent sa dimension au site. Ils ont une épaisseur de 4,5 et 7 mm, l’un est couvert d’un décor à la roulette (fig. 27), un vient d’un bol hémisphérique à bord simple de 21 cm de diamètre. Les pâtes ont été faites à l’aide d’argile non calcaire renfermant des quartz semblables à ceux qui se trouvent dans les grès et argiles locaux, sans ajout de dégraissant hors de très petits morceaux de chamotte d’introduction probablement accidentelle. La cuisson a dépassé une température de 550° comme l’atteste l’absence de kaolinite présente dans les argiles locales. La phase 2 est bien documentée par deux sites principaux, Ravin du Hibou et Damatoumou. L’industrie lithique se caractérise par un débitage de galets de quartz selon les modes unidirectionnel, bidirectionnel, multidirectionnel, périphérique et par percussion bipolaire sur enclume. Elle se compose essentiellement de pièces microlithiques : perçoirs, pointes à bord abattu, encoches, denticulés, racloirs, éclats retouchés et microlithes géométriques. Au Ravin du Hibou, sept tessons ont été prélevés, le quartz est présent dans tous. Un seul contient aussi de la chamotte. Deux tessons décorés ont permis d’identifier plusieurs techniques dont une impression simple au peigne. Un fragment de meule en grès et une molette cylindrique traduisent l’usage du broyage.

Fig. 27 – Ounjougou Décors de poterie : semis (d'après Huysecom et al., 1999).

Pour K. Mc Donald, le microlithisme sur quartz à débitage bipolaire sur enclume traduit des affinités méridionales, alors que la poterie, qui s’avère actuellement la plus ancienne d’Afrique, paraît une invention locale. E. Huysecom la rapporte au développement d’une vaste plaine couverte de graminées sauvages,

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Une néolithisation très ancienne comestibles, due à un rapide retour de la mousson ; parallèlement à la consommation de petit gibier, elle aurait favorisé une collecte intensive de graminées appelant l’usage de la poterie. Tagalagal Le site de Tagalagal fut identifié en 1978 par J.P. Roset, sur les marges sud-est de l’Aïr, dans le nord des monts Bagzanes par 17°50’50N, 8°46’15 E., à 1850 m d’altitude. Il est daté de 9370 ± 130 (Orsay) et 9000 ± 120 B.P. (Nancy) (9090–8340 et 8290–7960 av. J.-C.) sur charbons, de 10180 ± 780 et 9820 ± 780

Fig. 28 – Tagalagal. Industrie lithique : 1) burin ; 2, 3) racloirs ; 4 à 6) têtes de flèche ; 7) pointe à retouche plane ; 8) éclat ; 9) nucleus. Décors de poterie :10, 15) cannelures ; 11, 13) semis ; 12) ridé ; 14) woven mat ; 16) dents ; 17) dotted wavy line. (d'après Roset in Close,1987).

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Sahara préhistorique (8980-7420 et 8620-7060 av. J.-C.) par thermoluminescence1. Site de plein air, il se déploie parmi des boules granitiques au pied d’un inselberg et doit la préservation d’une partie de son dépôt archéologique à leur disposition qui détermine une sorte d’abri. La couche archéologique, totalement en surface sur une partie du site, peut atteindre là, jusqu’à 70 cm d’épaisseur. Outre le matériel archéologique, elle renferme des cendres, charbons et pierres brûlées. Les charbons identifiés se rapportent tous à Olea laperrini. L’industrie lithique (fig. 28), fruste, est taillée dans des rhyolites. Ce sont des éclats courts, des pointes Levallois ou pseudo-Levallois rarement retouchés. L’outillage comporte des grattoirs, des racloirs qui sont souvent transversaux, quelques pointes, quelques burins. Il n’y a pas de microlithe mais des têtes de flèche de type foliacé ou à base concave. Des haches et des herminettes, du matériel de broyage façonné dans des grès, voisinent des tessons de céramique. A partir de l’analyse des pâtes, J.P. Roset a pu montrer que la céramique avait été fabriquée sur place ou provenait d’une distance atteignant de 20 à plus de 75 kilomètres, ce qu’il interprète comme le témoignage d’un semi-nomadisme. Il s’agit de grands vases de forme sphérique dont le diamètre de panse le plus courant va de 20 à 30 cm, ils étaient largement ouverts ou pouvaient avoir un minuscule col évasé à lèvre ronde. Ils étaient entièrement décorés de motifs de dotted wavy line, de dents et surtout d’un semis de ponctuations qui pouvaient avoir une forme triangulaire. Les restes de faune, rares, comprenaient des antilopes et bovidés. L’Aqualithique, une notion périmée ? Proposée en 1974 par J.E.G. Sutton qui reprenait des idées anciennes de A.J. Arkell, l’idée d’une « civilisation aqualithique » s’appuyait d’une part sur la présence de nombreux paléolacs, d’autre part sur l’existence dans divers sites, de restes d’animaux aquatiques et de harpons en os présentant toujours un seul rang de barbelures. Des auteurs comme A. Muzzolini, A.B. Smith en font un usage excessif en voyant un complexe lithique assez uniforme couvrant une vaste région s’étendant du Nil jusqu’en Mauritanie, et auquel seraient associées les premières céramiques sahariennes. De multiples données ne permettent pas de retenir cette thèse : les harpons à un rang de barbelures se retrouvent à diverses époques, les habitats de pêcheurs ne sont pas exclusifs du Néolithique ancien, ni de ces régions, les plus anciennes céramiques ne sont pas associées à une économie lacustre. On ne saurait donc parler d’un ensemble culturel homogène, il s’agit plutôt de groupes pouvant procéder de cultures différentes, qui, pour des périodes de durée variable, profitaient de la mise en eau de surfaces plus ou moins vastes pour s’adonner à la pêche. Est-ce suffisant pour identifier une « civilisation de pêcheurs » ?

Les hommes et les modes de vie Avec une pluviosité moyenne estimée supérieure à l’actuelle de plus de 100 mm, l’Holocène inférieur développe sur le Sahara un paysage de steppe arborée plus ou moins éparse dans les lieux les plus favorisés, de steppe herbacée 1 .- Rappelons que la thermoluminescence a pour 0, l’année 1980.

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Une néolithisation très ancienne ailleurs. Autour de 8000 B.P. (6900 av. J.-C.), on estime la remontée du Sahel vers le nord à 300 km. Des forêts de chênes et de cèdres avec érables, tilleuls se développent en altitude. Dans l’oasis égyptienne de Nabta, H. Barakat verrait une brousse semi-désertique à acacias. Dans les régions méridionales, un climat chaud et humide installe des zones lacustres ou marécageuses, que le développement de trypanosomiases désavantage. C’est néanmoins près d’un lac qu’a été identifié le site de Gobero.

La population La population du Néolithique ancien est connue par des restes provenant les uns du Massif central saharien, surtout de sa périphérie depuis la découverte de Gobero, les autres de la vallée du Nil. Ceux venant de la phase ancienne de Gobero, développée de 7700 à 6200 av. J.-C., ont été rapportés à une population mechtoïde. Ce sont des sujets robustes, de stature élevée (jusqu’à 2 m) pour les deux sexes. Ailleurs, les individus retrouvés appartiennent à une population aux caractères négroïdes plus ou moins marqués, à face allongée, prognathe, aux orbites écartées. Les plus anciens viennent de Tin Hanakaten et appartiennent à l’Holocène inférieur, ils présentent des caractères négroïdes atténués, le cas de H1 est significatif. Ces caractères sont plus accentués dans des périodes suivantes. Ph. Lefèvre-Wittier qualifie de négroïdes, les deux enfants et l’adulte retrouvés dans le niveau inférieur d’Amekni. M.C. Chamla range dans un type négroïde soudanais les hommes de Tamaya Mellet, remarquables par leur grande taille, leurs os robustes à extrémités très volumineuses. A El Barga, M. Honegger parle « d’une robustesse et une taille impressionnantes ». C’est aussi à un type soudanais que sont rapportés les restes retrouvés en Haute Nubie, à Khartoum Hôpital, au Djebel Moya, à Shabona. Une grande partie de ces populations viendrait de niches écologiques dans lesquelles elles s’étaient réfugiées durant le Pléistocène final, le graphisme des gravures Kel Essuf identifiées en Tadrart par l’un de nous (M.T.) évolue en effet vers celui de personnages têtes rondes et les superpositions confirment bien la succession. Elles viendraient aussi des marges désertiques qu’elles avaient investi alors ; l’homme de l’Holocène inférieur aurait accompagné la remontée de la grande faune mammalienne, celle représentée par l’art rupestre et qui comprend des animaux de savane et de forêt claire. Cette hypothèse déjà ancienne trouve confirmation dans les travaux menés à Ounjougou par l’équipe E. Huysecom.On retrouve des indications semblables dans l’art rupestre du Sahara central. Les peintures têtes rondes qui sont rapportées à l’Holocène inférieur, figurent des individus aux traits négroïdes particulièrement prononcés avec leur nez épaté, leurs reins cambrés. Dans la plus récente de ses phases, dite des masques nègres, H. Lhote voyait aussi la présence de profils nettement europoïdes, à nez aquilin, stature plus raide.

La stratégie alimentaire Partout, la chasse procurait certainement une part sensible de la nourriture. Les gazelles, en particulier Gazella dorcas, les antilopes, mouflons, figurent comme animaux les plus prisés. Les techniques de chasse illustrées par l’art

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Sahara préhistorique rupestre rapportent, dans les peintures têtes rondes anciennes, l’emploi d’une arme nouvelle, l’arc. Il paraît se généraliser très vite, à en juger par le nombre de têtes de flèche retrouvé dans la plupart des sites à partir de 8200 B.P. ; les peintures le montrent clairement sous différentes formes dont certaines indiquent un degré de sophistication élevé dès cette époque avec une arme à triple courbure qui ne peut être que composite. La pêche paraît la base de l’alimentation à Gobero où des poissons-chats, Clarias, Synodontis, des perches et des carpes sont mentionnés. La vallée du Nil a apprécié les mollusques dont on retrouve nombre de coquilles. A Saggaï, la teneur en strontium des ossements humains, outre une nourriture riche en coquillages, traduit une consommation de plantes bien supérieure à ce qu’elle sera postérieurement. Le micocoulier devait être de consommation courante dans le Sahara central où il a été retrouvé dans la plupart des sites. Des figues et des olives ont été consommées à Tin Hanakaten et Amekni1. A Tin Hanakaten, Acacia albida a pu avoir une utilisation alimentaire. Dans l’Akakus, Artemisia et des Graminées retrouvées dans des coprolithes humains ne laissent aucun doute quant à leur consommation, outre les Graminées, l’usage de Ficus, Tamarix et Calligonum, à un degré moindre de Mœrua, Boscia paraît privilégié. Mais il s’agirait de plantes spontanées plutôt que de plantes connaissant une intervention humaine. La consommation de graines sauvages par les populations touarègues actuelles a été largement soulignée par des auteurs tels que M. Gast ou E. Bernus. Or, précisant l’importance de la production de céréales sauvages qui, dans la vallée de l’Ighazer, après de fortes pluies d’été, pourraient atteindre 250 kg à l’hectare pour Sorghum æthiopicum et Panicum lætum, 40 à 70 kg pour Stipagrostis pungens ou Panicum turgidum, E. Schulz et A. Adamou estiment que les conditions climatiques de l’Holocène inférieur devaient permettre de semblables productions2. C’est cette prolifération de graminées sauvages consommables qui serait à l’origine de l’invention de la poterie utilitaire dont les premiers témoins ont été reconnus à Ounjougou, ouvrant des perspectives nouvelles quant au développement du Néolithique. Néanmoins, tout en demeurant ténues, les données disponibles pour cette époque laissent percevoir auprès d’activités de subsistance des plus anciennes, chasse, pêche, collecte, cueillette, des essais de culture et d’élevage. Cet intérêt pour une nouvelle nourriture se décèle dans la poterie qui traduit un besoin nouveau tel qu’une nouvelle préparation culinaire ou un stockage ; son importance, sa valeur symbolique se perçoivent dans l’emplacement protégé qui lui était réservé à Uan Tabu. Et faut-il voir une traduction d’une nouvelle manière de vivre dans les représentations de végétaux et de meules dont la phase III des peintures têtes rondes s’enrichit ? Une intervention humaine sur la végétation est soupçonnée en divers lieux. A Amekni, P. Guinet et D. Planque posaient la question d’un défrichement en raison de l’abondance des Composées liguliflores et d’une possible modification de Pennisetum, cependant, les deux pollens jugés trop grands pour une espèce 1 .- Les bois d’Olea et Ficus ont été très utilisés à Amekni ; si Olea peut fournir un bon combustible, Ficus aurait plus probablement servi à faire des ustensiles ou des charpentes légères. 2 .- Actuellement, la consommation moyenne normale serait de l’ordre de 220 g par personne et par jour.

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Une néolithisation très ancienne sauvage, s’avèrent aujourd’hui en deçà de la taille des espèces cultivées. A Uan Afuda, le nombre réduit d’espèces végétales comparé au spectre de la région montre que l’homme opérait un choix parmi les plantes ; un stockage de Graminées sélectionnées y paraît probable. Des céréales type II proviennent de la base du niveau Late Akakus ; des empreintes de Panicum et autres Graminées ont été observées dans les poteries. Des caryopses calcinés suggèrent par ailleurs une cuisson par grillage. Un grain d’orge cultivé et un fragment d’inflorescence ont été identifiés dans le site E-75-6 du Désert libyque daté de 8290 ± 80 B.P. (SMU-257) (7480–7190 av. J.-C.). Dans le faciès El Nabta, l’orge est cultivé et le sorgo paraît jouer un rôle important. Divers auteurs tel R. Porteres, J.R. Harlan, plus récemment J. Pernès, L. Marchais, S. Tostain ou P.E.L. Smith et A.S.A. Mohamed-Ali, en effet, ont vu les uns dans le Sahara central, les autres dans le Sahara méridional et le Sahel un centre de diffusion de la culture des mils et sorghos. Pour S.A. Mohamed-Ali, elles auraient atteint la vallée du Nil par le Tibesti.

Les populations des débuts de l’Holocène sont connues par diverses inhumations retrouvées dans le Sahara central et la vallée du Nil. Celles retrouvées à Gobero se rattachent à un peuplement mechtoïde, les autres présentent toutes des traits négroïdes plus ou moins marqués. Ces derniers caractères sont confortés par les représentations humaines qui figurent dans l’art rupestre du Tassili n’Ajjer et de l’Akakus se rapportant à cette période. Les restes retrouvés montrent l’attention qui pouvait entourer les malades et les infirmes, et les pratiques funéraires témoignent de soins portés aux cadavres, sans laisser percevoir de rituel systématisé dans la mise en terre. L’origine des populations est incertaine. Celles du Sahara central viendraient des niches écologiques investies lors de l’aride pléistocène final et d’une migration accompagnant la remontée du FTI. Celles du Sahara oriental viendraient de la vallée du Nil rendue inhabitable par les inondations des débuts de l’Holocène inférieur alors que l’artésianisme faisait des dépressions qui truffent le désert, des lieux privilégiés de vie. Dans le massif de Termit, au sud du Ténéré, G. Quéchon interprète comme houes les très nombreuses pièces de grès de deux à trois centimètres d’épaisseur taillées en ogive par retouche bifaciale et munies de deux encoches latérales permettant de ligaturer un emmanchement. Pour l’auteur, ces pièces sont particulièrement adaptées à préparer un sol meuble et léger, du genre limon sableux. Les pics-bifaces et les haches polies qui les accompagnent, sont des outils que l’on traduit généralement comme matériel de défrichage. P. Huard fait également état de matériel aratoire sur les franges du Borkou et de l’Ennedi, mais sans précision d’âge. L’existence de pratiques agricoles dans le Néolithique pré-pas-

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Sahara préhistorique toral est par ailleurs suggérée par une peinture de Tin Teferiest montrant deux personnages penchés tenant en main un plant aux racines très marquées, qui est lue comme une scène de repiquage par la quasi-totalité des auteurs. La domestication du bœuf paraît acquise au 9ème millénaire. Dans les oasis égyptiennes, des restes qui lui sont attribués par A. Gautier proviennent des sites E-75-6, E-77-3 et E-77-7, accordant cette pratique aux faciès El Adam et El Kortein. A Tin Hanakaten, si l’élevage est bien avéré à l’Holocène moyen, quelques fragments osseux rapportés à Bos taurus par Y. Chaid-Saoudi sont plus anciens. Et, dans le Tassili n’Ajjer, l’Akakus, des peintures têtes rondes des environs de Tin Hanakaten, de Sefar, Afa figurent un saut au-dessus d’un taureau, réplique parfaite d’un rite initiatique de vacher pratiqué encore récemment dans la région des grands lacs. Partout, la rareté de leurs restes osseux donne à penser que les bovins n’étaient pas élevés pour leur chair mais pour leur lait et/ ou leur sang. La chèvre traditionnellement originaire du sud-ouest asiatique où elle serait domestiquée avant 8000 B.P. (6950 av. J.-C), pourrait être aussi ancienne au Tassili n’Ajjer. Même si l’on ne dispose pas d’ossements, il est en effet difficile d’entendre comme sauvages, celles qui auraient laissé leurs excréments au sein d’habitat humain daté autour de 9000 B.P. (8250 av. J.-C.). Les plus anciens restes de capridés viennent par ailleurs des régions de Nabta et Kiseiba, Bashendi A et dateraient du 6ème millénaire. A la même époque, leur présence a été contestée à Uan Muhuggiag. Ces éléments attirent l’attention sur les propos de A. Muzzolini qui insistait sur la présence de moutons et chèvres sauvages en Afrique et une domestication locale possible. Au Tassili n’Ajjer et l’Akakus, une intérêt particulier est également porté aux mouflons. Non seulement leurs restes sont des plus fréquents, mais l’art leur accorde une place de choix, les figurant souvent, les mettant volontiers en ligne au même titre que les humains. Une peinture de Tin Tazarift représentant un personnage arc-bouté qui tire une femelle gravide a pu être entendue comme une scène de capture en vue d’une mise bas près des hommes. Une zone de stabulation de mouflons avec apport de foin a été identifiée au fond de l’abri de Uan Afuda et montre indiscutablement que ces animaux vivaient en captivité. Si S. di Lernia évoque une capture en vue de pratiques cérémonielles, la forte fréquence de leurs ossements dans les gisements indique aussi qu’ils devaient être recherchés pour leur chair.

L’habitat Au Sahara central, l’importance des dépôts, leur continuité suggèrent des habitats de longue durée sans interruption sensible. Des abris devaient être construits, même dans les habitats sous roche. Tin Torha Est et Tin Hanakaten ont montré une structuration de l’espace offrant les mêmes caractères : des blocs de grès disposés en cercle. Ils prenaient appui contre la paroi à Tin Torha Est, formaient des cercles avec une discontinuité vue comme une ouverture à Tin Hanakaten où leur diamètre variait de 1,5 à 3 m. Il est probable que les blocs

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Une néolithisation très ancienne aient été surmontés d’un matériau périssable. A Tin Hanakaten, l’intérieur du plus grand était pavé de petites pierres plates et des restes de branchages conservant des feuilles qui en couvraient une partie ont été interprétés comme une couche possible. Des huttes1 ont été également identifiées dans les habitats de plein air. A El Barga, Wadi el-Arab, des huttes de 5 m de diamètre avaient leurs parois enfoncées de plus de cinquante centimètres dans le sol. A Khartoum Hôpital, des fragments d’argile brûlée portant des traces de claies ont été rapportés à des auvents. Des données significatives viennent de E-75-6 où F. Wendorf et al font état de huttes avec foyers, de fosses de stockage disposées sur deux rangs parallèles. Elles dateraient de 8200 B.P. (7200 av. J.-C.). Ils identifient deux types de huttes aux parois enfoncées plus ou moins dans le sol, sans pouvoir affirmer ou infirmer leur contemporanéité. Les unes ont une forme ronde d’un diamètre de 4 m, les autres, rectangulaires, allongées, mesurent 7 m en direction est-ouest. Les montants devaient être faits en tamaris et être recouverts de peaux d’animaux. Des foyers sont diversement disposés, alignés selon le grand axe ou placés au centre et au sud dans les huttes allongées, au sud dans des huttes rondes. Chaque hutte renfermait une douzaine de petites cuvettes à fond arrondi, dont certaines étaient placées près des foyers ou dans les foyers eux-mêmes. Ce serait des restes de récipients ayant contenu des aliments. L’une des huttes allongées disposait en son centre de trois niches interprétées comme des couches. Une telle organisation traduit une communauté relativement large et disciplinée. Divers sites sont entendus comme des habitats de populations semi-nomades. A Tagalagal, J.P. Roset propose des déplacements pouvant atteindre plus de 75 km, à l’Adrar Bous 10, ils seraient plus réduits, de l’ordre de 20 km. Tin Torha, Khartoum Hôpital, les sites de type El Kortein du Sahara oriental auraient été occupés en saison sèche, sans que l’on ait d’indications sur les déplacements. A El Barga, au tout début du 6ème millénaire, le passage à un pastoralisme dominant se traduit dans un habitat plus diffus, une moins forte densité de matériel dans les sites, et s’accompagne d’un regroupement des morts en cimetières.

Les pratiques culturelles En constatant, chez la femme H3 d’Amekni, une lésion crânienne, fracture grave qui a été consolidée, mais qui a laissé des séquelles dont la comitialité, Ph. Lefèvre-Wittier souligne une grande solidarité chez cette population. Divers rites anciens se retrouvent comme l’avulsion dentaire largement adoptée dans le Pré-Khartoum2 : à Khartoum Hôpital, hommes et femmes avaient pratiqué celle de l’incisive médiane supérieure, maintenant ainsi une coutume qui existait en Nubie au Paléolithique supérieur. L’art rupestre et les rites funéraires traduisent une grande richesse spirituelle, aux manifestations à la fois abondantes et diversifiées. La question du chamanisme, qui a été posée par U. Sansoni, pourrait être accréditée par la découverte de plantes hallucinogènes, Peganum et Hyosciamus, dans le gisement 1 .- Celle identifiée à Uan Tabu, se démarque par une forme rectangulaire et la concentration d’objets « précieux », poteries, colorants, à l’intérieur. Elle suppose plus un lieu de conservation qu’un habitat. 2 .- Cette pratique se retrouve au Kenya, dans le Néolithique et semble avoir persisté longtemps en Afrique.

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Sahara préhistorique d’Uan Afuda. Elles auraient pu être utilisées avec Artemisia pour la préparation d’infusions narcotiques. De même, la forte proportion d’Echium dans les pollens issus de la litière d’Ammotragus a laissé supposer l’utilisation de la plante pour droguer l’animal. Tout porte ainsi à croire que les propriétés des plantes étaient alors bien connues. Les pratiques funéraires Une dizaine d’individus vient de la zone saharienne à laquelle la découverte d’une imposante nécropole à Gobero datée entre 8640 ± 40 et 7390 ± 40 B.P. (P587 et P544) (7730–7580 et 6380–6210 av. J.-C.) en ajoute une trentaine. La vallée du Nil a, elle aussi, livré une trentaine d’individus. Aucune tombe n’avait de marque. Elles renfermaient des inhumations individuelles ; des cas particuliers ont été observés à Gobero où des tombes ont livré deux ou trois individus dont les ossements enchevêtrés indiquent des inhumations simultanées. A Tamaya Mellet, les premières découvertes, des ossements épars, avaient conduit les auteurs à retenir l’idée de morts « jetés » parmi les rejets de nourriture ; les travaux récents ont pu y mettre au jour à la fois des ossements dispersés et des inhumations et montrer que par manque de place, les restes anciens étaient repoussés pour permettre de déposer un nouveau corps. Aucune orientation, aucun côté de repos privilégié n’apparaît, seules les positions semblent répondre à un rituel. Le décubitus latéral fléchi paraît privilégié en zone saharienne, les membres inférieurs pouvant être plus ou moins repliés. Une position contractée était toutefois celle des deux enfants d’Amekni et une position hypercontractée celle de la population kiffiane de Gobero. Cette position contractée est courante dans la vallée du Nil. C’est le cas dans le PréKhartoum, à Khartoum Hôpital, El Barga, El Damer, Saggaï avec des positions fortement fléchies ou contractées mais non forcées. Au Sahara, peu de parure figurait dans les tombes. A Amekni, deux rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, une pendeloque en ivoire et deux épingles, étaient dispersées à proximité de l’adulte, à Gobero, certains défunts portaient un bracelet, étaient associés à quelques perles en pierre ou en test d’œuf d’autruche. Dans les tombes de la vallée du Nil, la parure consiste en pendeloques aménagées dans des phalanges et des dents, en rondelles d’enfilage façonnées dans des tests d’œuf d’autruche, en coquilles d’Ampullaria ou vertèbres de python, en colliers faits avec des vertèbres de poissons. Elle est importante à El Barga avec des bracelets en divers matériaux, tout particulièrement en ivoire, des coquillages auxquels s’ajoutent pour les adultes des boucles d’oreille et des labrets. Les dépôts funéraires sont rares dans le Sahara, fréquents dans les tombes de la vallée du Nil. Ils comportent des colorants, ocre, pigments blanc ou bleu. A El Barga se trouvaient des palettes, à Saggaï des coquilles de mollusques, dans quatre tombes d’El Damer, des coquilles abrasées, dans une autre ce pourrait être une tête de gazelle qui était placée à 60 cm et regardait dans la même direction que le défunt. Le rituel le mieux connu vient de Tin Hanakaten avec les trois inhumations du niveau inférieur : faites en fosse, elles ont été marquées à hauteur de la tête

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Une néolithisation très ancienne par une grosse pierre aux surfaces plus ou moins planes, portant de l’ocre sur sa face inférieure. Chaque corps avait été enduit de peinture blanche à base de kaolin et enveloppé d’une vannerie avant d’être mis en terre. Aucun mobilier, aucune parure n’a été retrouvé. H1 et H2 étaient dans la même fosse, l’un audessus de l’autre et tout donne à penser qu’ils avaient été inhumés en même temps. H1 était en décubitus dorsal, au-dessous H2 reposait en décubitus latéral fléchi, H7 avait cette même position. Mais les orientations variaient, est-ouest pour H1 et H2, nord-est sud-ouest pour H7.

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Un important changement dans le mode de vie est traduit dans la trousse à outils qui diffère de la trousse épipaléolithique par la présence de l’arc, de haches, d’erminettes, de récipients en poterie. Il implique de nouvelles activités qui s’ajoutent à celles de chasseurcueilleur, voire pêcheur. A.E. Close a proposé deux pôles de néolithisation, l’un au Sahara oriental, l’autre au Sahara central, si le premier se confirme, le second semble faire place à la bordure méridionale du Sahara et l’idée d’une néolithisation complexe, chacun des éléments qui font le Néolithique se mettant en place indépendamment en des lieux différents prend corps ; les uns auraient connu le succès, d’autres n’auraient pas duré comme on le soupçonne pour le mouflon et probablement l’antilope, la girafe et peut-être le cheval dans le Sahara central. Les traces les plus anciennes d’élevage affirmé pourraient venir du Sahara oriental où des ossements de bovins domestiques sont connus vers 9000 av. J.-C., du Sahara central où des excréments d’ovicapridés se retrouveraient dans l’habitat dès avant 8200 av. J.-C. Au Sahara méridional, la poterie est antérieure à 9400 av. J.-C. ; E. Huysecom lie son invention au développement de graminées dû à la reprise de la mousson : entraînant de nouvelles ressources, il a engendré un nouveau comportement et une nouvelle technologie pour la collecte, le stockage et le traitement. Les céréales cuites étant beaucoup plus digestes, elles auraient été bouillies dans un récipient, conduisant au développement de la poterie. A l’inverse de l’art des Chasseurs, l’art rupestre d’alors figure souvent l’homme. Il suggère des rites parfois rapprochés du chamanisme. Il montre un imposant développement de la parure, l’existence de vêtements variés avec pantalons, jupes et gilets

Les manifestations artistiques Alors que les témoins d’art mobilier sont quasi-inexistants, l’art rupestre s’avère d’une très grande richesse. Dans la vallée du Nil, aux représentations de faune, il substitue des tracés géométriques, des formes en champignons, entendus comme pièges à poissons. Au Sahara central, on rapporte à cette période une partie de l’art peint têtes rondes et de l’art gravé bubalin en raison de leurs positions stratigraphiques respectives que conforte, pour les Têtes rondes, diverses

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Sahara préhistorique similitudes dont les inhumations. Ces séquences, marquées par l’abondance des représentations humaines, tranchent avec les représentations animales de la période des Chasseurs et sont entendues par F. Mori comme le signe d’un profond changement dans la pensée de l’homme et de la position qu’il occupe dans sa cosmogonie. L’art des Têtes rondes exprime un esprit très africain par ses masques, ses personnages masqués -ils ont pu être rapprochés de masques senoufo subactuels de Côte d’Ivoire-, alors que la fréquence des zoomorphes dans le Messak et la Tadrart, n’est pas sans évoquer l’Egypte ancienne. Certaines figures attirent l’attention sur la musique chez les populations têtes rondes. A diverses reprises, des instruments à vent sont discernables, sans qu’aucun élément pouvant s’y rapporter n’ait été identifié dans les fouilles. Mode et Parure L’aspect des personnages, leurs attitudes, leurs vêtements, sont des apports notables de l’art rupestre à la documentation. Ils prennent tout leur sens quand des relations sont établies entre des niveaux archéologiques et des niveaux picturaux comme c’est le cas pour la période des Têtes rondes et le Néolithique ancien (Late Akakus) des Tassili-Akakus. Les peintures têtes rondes figurent volontiers des corps couverts de peintures ou tatouages, aux motifs divers, réalisés par combinaison de points et/ou lignes parallèles. Le pagne, porté par hommes ou femmes, est le vêtement le plus courant et se décline en plusieurs modèles. Sur les figures masculines, il pourrait être associé au port d’un étui pénien. Diverses figures laissent soupçonner des vêtements plus sophistiqués, tel un pantalon corsaire sur une figure de Sefar et probablement sur un personnage de la grande fresque de Tan Zoumaitok ; il prend l’aspect d’une courte jupe semblable à un tutu à Ouan Bender ou Sefar. A l’inverse, un personnage de Techekalaouen est revêtu d’un long vêtement à courtes manches qui dénude le dos jusqu’aux reins. La tête devait être couverte, mais il reste délicat de dissocier ce qui est une chevelure d’un couvre-chef. Une peinture de Sefar montre que la tête ronde pourrait traduire le port d’un casque. La parure est abondante, d’une grande variété. N’ayant pas utilisé le métal avant le 4ème millénaire et cet usage s’étant peu répandu avant le milieu du second millénaire, on doit admettre que, longtemps, les hommes se parèrent de bijoux faits en coquillages, en pierre tendre et surtout en matériaux périssables tels que peaux, végétaux, ce qui explique la discordance entre la richesse des figures et la pauvreté des produits de fouille. Sur les peintures têtes rondes, les bracelets sont courants aux bras des hommes comme à ceux des femmes. Ils peuvent être simples, étroits ou larges, évoquer des « semaines » ; ils ornent les poignets, se portent au-dessus du coude ou haut sur le bras à la naissance de l’aisselle ; ils se portent aussi à la cheville. Les colliers peuvent être un simple lien supportant un pendentif, comporter plusieurs rangs reliés les uns aux autres jusqu’à prendre l’aspect de pectoraux. A hauteur du genou et du coude, se voient parfois des accessoires triangulaires, sorte de sacs oblongs qui descendent jusqu’au bas du membre et sont peut-être des sacs à esprits. La comparaison que l’on peut faire avec les peintures plus récentes montre que les représentations d’aucune autre période n’accorde une telle place à la parure.

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Chapitre V LE NéOLITHIQUE MOYEN UN NéOLITHIQUE PASTORAL Avec le Néolithique moyen, une véritable explosion du peuplement transparaît, le Sahara se couvre d’installations humaines. Un climat généralement moins froid, globalement plus sec qu’à l’Holocène inférieur, qui favorise le large développement d’une steppe herbacée propice au pastoralisme, est certainement en cause. Mais à partir de 4500 B.P. (3200 av. J.-C.), la zone saharienne se dépeuplera peu à peu sous l’effet de l’aridité qui s’amorce et qui ne cessera d’être accentuée par l’action des hommes. La distinction entre un Néolithique ancien et moyen est souvent délicate1. L’aride mi-holocène, que l’on situe vers 7500-7000 B.P. (6400-5900 av. J.-C.) au Sahara central, n’a pas entraîné une rupture partout et quand elle existe, elle ne se manifeste pas toujours de la même manière. A Tin Torha, dans l’Akakus, elle est marquée par une fin d’occupation, à l’Adrar Bous par un repeuplement, les travaux de J.P. Roset ayant mis en évidence une désaffection de la région au 7ème millénaire, lors de la période d’extension maximale des lacs. Dans des sites qui ont connu une longue occupation, le passage peut être insensible. En Ennedi, G. Bailloud n’a saisi aucune discontinuité jusqu’à l’Age du Fer dans les dépôts de la grotte de Délébo. A Tin Hanakaten dans le Tassili n’Ajjer, l’outillage ne traduit qu’une discrète évolution alors qu’une modification sédimentaire est bien marquée, que l’art rupestre et les pratiques funéraires traduisent des coutumes différentes. Dans le Tell, la question d’une appartenance à un Néolithique ancien ou moyen se pose pour le Néolithique cardial dont on saisit aujourd’hui les prémices au 7ème millénaire. Le nombre de sites connus, étudiés, ne doit pas faire illusion ; eu égard à la surface des pays, ils ne permettent qu’une approche très lointaine ; parfois, voire souvent, des faciès ne sont que soupçonnés au travers de quelques éléments comme la forme des têtes de flèche. Outre de petits sites limités à quelques pièces dont on ne peut saisir ni l’âge, ni l’appartenance culturelle, des pièces isolées, insolites, gisent parfois sur les regs. C’est le cas des pierres de Ben Barour, dont l’interprétation comme pierres d’entrave paraît confirmée par une représentation rupestre. Tout comme au Néolithique ancien, la variabilité de l’outillage est telle d’un site à l’autre que souvent les identités ne peuvent être 1 .- Rappelons que cette subdivision n’est qu’un moyen de classement à même de souligner la diachronie des transformations.

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Fig. 29 - Gisements du Néolithique moyen mentionnés.

Sahara préhistorique

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Un néolithique pastoral

Fig. 29 - Gisements du Néolithique moyen mentionnés dans le texte : 1) Amekni ; 2) Abouleg ; 3) Tiouiyne ; 4) Chet Iler ; 5) Meniet, Km 20, Baguena V, N'Bibi ; 6) Arak ; 7) Ekaham wan Taliwin ; 8) Tan Ainesnis ; 9) Idelès ; 10) Tihodaïne ; 11) Iheren ; 12) In Itinen, Ouan Tartaï, Titerast n'Elias, Tissoukaï, Sefar, Jabbaren ; 13) Anou Oua Lelioua, Tahort, In Relidjem, Ihâran ; 14) Tin Hanakaten, Tin Aressu ; 15) Uan Muhuggiag, wadi Athal ; 16) Tin Torha Nord ; 17) Uan Telocat ; 18) Fozzigiaren ; 19) Tissalatin ; 20) Mankhor ; 21) Bardagué, Ounianga Kebir, Ounianga Serir, Katam ; 22) Soro Kézénanga II, Orogowdé, Délébo, Gobé V ; 23) Rabak ; 24) Shabona, Jebel et-Toma ; 25) Guli ; 26) Djebel Moya ; 27) Site KG10 ; 28) Shaqadud ; 29) El Ghaba ; 30) Wadi Howar, (Djebel Rahib (80/87), Abu Tabari (S95/2-3), Conical Hill (= Site 84/24)) ; 31) Wadi Shaw ; 32) Wadi el Khowi ; 33) Kadruka ; 34) Saï ; 35) Abka, Gorgon ; 36) Selima (Site 85/79) ; 37) Cansado, Tintanpêcheurs, Et Teyyedché, FA38, FA39 ; 38) Gebel Kamil ; 39) Wadi el Akhdar (81/4) ; 40) El Kortein E-77-5, El Kiseiba E-79-2, El Ghorab E-79-4 ; 41) Nabta Playa E-75-8 (=E101K3) ; 42) Abu Ballas (Site 85/50) ; 43) Dakhla (sites 269, 385) ; 44) Lobo (=Site BOS 81/55) ; 45) Farafra (Aïn Dalla, Wadi el-Obeiyd) ; 46) El Tarif ; 47) Fayum (kôm W, kôm K, QS X/81), Qasr el Sagha ; 48) Merimdé Beni-Salamé ; 49) Grande Mer de Sable ; 50) Siwa ; 51) Haua Fteah, Abou Tamsa ; 52) Abbiar Miggi ; 53) Izimane ; 54) Oued Labied ; 55) El Bayed ; 56) XO La Touffe ; 57) Chaambi III ; 58) Khellal II ; 59) Aïn Guettara ; 60) Abd el Adhim ; 61) El Hadjar-sebkha (=Site 6710) ; 62) Ashech III (=Site 6910) ; 63) Bonh Behl (Site 6601), Hassi Mouillah, Les Deux œufs ; 64) Bamendil-Gara Driss, Bordj Mellala I ; 65) Sidi Aïch ; 66) Aïn Kouka ; 67) Hergla ; 68) Constantine (Grotte des ours (=Ghar Zahar), Grotte du mouflon, Grotte des pigeons) ; 69) Aïn Naga ; 70) Safiet bou Rhenan, Botma Si-Mammar ; 71) Hassi Menikel ; 72) Ouhaïda ; 73) Ouhada ; 74) Columnata, Vigne Serrero, Vigne Boubay, El Kef ; 75) Les Deux mamelles, Djebel Djezzar, Oued el Kheir, Torch, La Stidia, Aïn Tédelès, Djebel Mouzaïa ; 76) Oued Guettara ; 77) El Arrouya ; 78) Mahisserat, Garet et Taleb ; 79) Kheneg Kenadsa ; 80) Rhafas ; 81) Jorf Akhdar, Sidi Moussa ; 82) Hassi Ouenzga ; 83) Ifri Oudadane, Ifri Armas, Kaf Boussaria ; 84) Gar Cahal, Kaf Taht el Ghar ; 85) Achakar Grotte des idoles, Mugharet el Aliya (El Khril A?), Mugharet es Safiya (El Khril B), Mugharet el Khail (El Khril C ?) ; 86) Oued Tahaddart ; 87) El Harhoura 2, Rouazi ; 88) El M'nasra 1(=Grotte des Contrebandiers), El M'nasra 2 (=Grotte du Casino) ; 89) Cap Sim ; 90) Oued Zeggag ; 91) Foum Seïada ; 92) Zmeilet Barka ; 93) Hassi Manda ; 94) Gisement Florence ; 95) Tarentule I, II et III ; 96) Tabelbala ; 97) Autruche V ; 98) Hassi bou Bernous ; 99) Aoulef : 100) Khouigueur ; 101) Barouâga ; 102) Tin Kar ; 103) Takéné-Bawat (TB1, TB6) ; 104) In Aruinat (1, 2, 7) ; 105) In Tékébrin ; 106) In Tuduf ;107) Chin Tafidet ; 108) Dufuna ; 109) Konduga ; 110) Adrar Gueldaman ; 111) Doukanet el Khoutifa, Kef Hamda ; 112) Majâbat el Koubrâ ; 113) Ounjougou. Cartouches A - 1) Shaheinab ; 2) Geili ; 3) Sarourab ; 4) Saggaï ; 5) Kabbashi ; 6) Island ; 7) Kadero ; 8) Zakiab ; 9) Umm Direiwa 1, Umm Direiwa 2 ; 10) El Qoz. B - 1) Dibeira West 4 ; 2) DIW 5 ; 3) Ashkeit ; 4) Dibeira West 50, DIW53 ; 5) Site 626 ; 6) Site 628 ; 7) Site 629 ; 8) Site 1045 ; 9 ) Site 2007 ; 10) Site 1029 ; 11 ) Site 604 ; 12) Site 2002, Site 1001 ; 13) Site 94. C – 1) Table de Jaatcha ; 2) Bekkaria ; 3) Henchir Hamida ; 4) Redeyef ; 5) Abri 402 ; 6) Ksar Tebinet ; 7) Damous el Ahmar. D - 1) Bou Zabaouine ; 2) Ouled Zouaï ; 3) Harmelia ; 4) Mechta el Azla ; 5) Djebel Marhsel, El Marhsel ; 6) Djebel Fartas, Roknia (grotte des Hyènes) ; 7) Khanguet Si Mohamed Tahar. E -1) Kristel-jardins (=Station des Travertins) ; 2) Cimetière des escargots (=Les Coralès) ; 3) Grotte du Midi ; 4) Grotte du Polygone ; 5) Grotte des Troglodytes ; 6) Grotte de Noiseux ; 7) Aïn Gueddara ; 8) Les Genêts. F – 1) Kolokaya ; 2) Tardjié ; 3) Kolokoro ; 4) Yentas ; 5) Arkana ; 6) Dao Timmi ; 7) Ehi Woro. G - 1) Rocher Toubeau 3 (=Site 3 Roset) ; 2) Rocher Toubeau 5 ; 3) Agorass in-Tast ; 4) Adrar Bous (I, III) ; 5) Adrar Chiriet ; 6) Arlit, Madaouéla ; 7) Areschima ; 8) Gara Tchia Bo, Dogomboulo ; 9) Gobero. H - 1) Trhaza MT25 ; 2) Trhaza MT26 ; 3) Trhaza MT27 ; 4) MT21 ; 5) MK42, Tagnout Chaggeret ; 6) Ine Sakane ; 7) Bir Ounan MK21 ; 8) Foum el Alba MK36 ; 9) Hassi el Abiod AR7 ; 10) Outeïdat ; 11) MN10 ; 12) MN14, MN27, MN35, MN36, 13) MK35 ; 14) AZ21 ; 15) AZ22.

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Sahara préhistorique perçues que par le biais de fossiles directeurs1. C’est alors que les indices d’artisanat se confortent, que les prémisses d’une organisation en cité s’esquissent dans la Basse vallée du Nil. Des scènes d’affrontement apparaissent dans l’art rupestre du Sahara central. Les plus anciennes ne dénotent cependant guère d’agressivité et s’interprèteraient plus comme des joutes que des batailles, au contraire de scènes du Néolithique récent qui montrent l’enjeu que représente alors le point d’eau ou le puits et aucun site du Néolithique moyen ne peut se lire comme clairement défensif, ce qui sera le cas plus tard. Divers auteurs ont remarqué la présence, en Egypte, de traits culturels bien affirmés beaucoup plus tôt dans certaines régions du Sahara comme les inhumations animales, les représentations d’hommes à tête animale de Tadrart et du Messak, de personnages cornus du Messak, de l’Akakus, du Tassili n’Ajjer ou du bélier à sphéroïde de l’Atlas saharien. F. Mori lit une barque des morts à Uan Muhuggiag. A l’inverse, des particularités égyptiennes manquent dans le Sahara central. Ce sens unique, ouest-est, de circulation culturelle ne peut donc être entendu comme résultant de contacts ayant mis en relation deux régions car ceux-ci auraient entraîné des échanges. Se posent alors les questions suivantes : s’agit-il d’entités issues à un rythme différent de mêmes mythes dont on n’a pas encore su saisir les traces, (mythe très africain puisqu’en Europe ou en Asie occidentale, ces thèmes sont rares ou manquent) ? S’agit-il d’un mouvement de populations lié au développement du désert au cours de la crise aride mi-holocène ?

Le néolithique des massifs centraux : un néolithique pastoral Dans les massifs centraux, le Néolithique moyen a d’abord été connu par les travaux de H.J. Hugot à Meniet sur la bordure septentrionale de l’Ahaggar. Le matériel archéologique qu’il retira des fouilles le conduisit à réduire le territoire démesuré, qu’en 1939, R. Vaufrey avait accordé au Néolithique de tradition capsienne2. Ni la structure de l’outillage, ni la poterie du Sahara central n’étaient en effet conformes aux ensembles industriels qui avaient servi à créer cette notion, même le site d’Aoulef qui se distingue par un matériel microlithique3 représentant le quart de l’outillage, la rareté des têtes de flèche, sa poterie grossière pouvait être rapproché du Néolithique de tradition capsienne. Depuis, divers travaux ont conforté, puis précisé, cette conception. En Ahaggar, s’appuyant sur les décors de la céramique, J.P. Maître distinguait plusieurs cultures ou faciès régionaux qu’il nommait culture de Timidouin, d’Amekni, faciès d’Abouleg. La culture de Timidouin apparaîtrait au cours du Néolithique ancien. Au Tassili n’Ajjer, le Néolithique moyen a reçu le nom de « Bovidien » en raison d’une mise en relation avec la période d’art rupestre désignée ainsi ; vers le sud, le Ténéréen pourrait traduire une facette de son évolution. Dans la Tadrart Akakus, F. Mori, M. Lupacciolu, à la suite de P. Graziosi, nomment cette période « Néolithique pastoral ». Dans l’Edeyen de Murzug, di Lernia et al y reconnaissent trois phases : « pastoral ancien » avec bovins domestiques, installations alternées en montagne et au bord de lagunes, daté de 1 .- Seul un ensemble de divers éléments significatifs a valeur de fossile directeur. 2 .- Cf p. 253. 3. Cf Annexes p. 565.

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Un néolithique pastoral 7438 ± 220 B.P. ( 6520-6180 av. J.-C.), « pastoral moyen » avec bovins, ovins et caprins, situé entre 6100 et 5000 B.P. (5050 et 3750 av. J.-C.), il connaît un vaste développement depuis l’erg Uan Kasa jusqu’au Tanezrouft avec de nombreux sites en bordure de plans d’eau qui peuvent être le point de départ de déplacements saisonniers, « pastoral récent » sans bovins, avec seulement caprins et ovins, situé entre 5000 et 3500 B.P. (3750-1850 av. J.-C.). Au Tibesti, la culture identifiée au Néolithique ancien dans les Enneri Bardagué et Dirennao, perdure ; un squelette humain, retiré de Bardagué par B. Gabriel, a été daté de 6930 ± 370 B.P. (Hv2195) (6200-5480 av. J.-C.). Au Djado, les travaux du CNRS (Groupement De Recherches 848), interrompus par la situation politique, n’ont permis qu’une approche sommaire. Dans ces régions mal connues, l’attribution de sites au Néolithique moyen demeure hypothétique. C’est le cas de Chet Iler dans le Tanezrouft, qui, sur 500 m de long, borde l’oued. Il renfermait des restes de caprins, bovins, antilopes. L’ensemble industriel, qui ne contenait pas de tête de flèche, est rapporté à une population d’éleveurs par H. Lhote, inventeur du site. L’outillage façonné dans des roches locales comprend des burins, perçoirs, des haches polies, des fragments de poteries et de plats en pierre. Des pièces ovoïdes avec méplat aux extrémités ont été dénommées « masses ». Des restes humains consistent en un crâne près duquel était une hache polie. Bovidien et Néolithique pastoral L’appellation Bovidien attribuée à une phase rupestre du Tassili n’Ajjer, dans laquelle les bovins sont omniprésents1, fut étendue, en 1966 par H. Lhote, à des industries qui semblaient en être les équivalents matériels. Depuis, cette relation n’a cessé d’être confirmée, mais les caractéristiques qu’en donnait H. Lhote : présence de plaquettes à bords retouchés -minces plaquettes de forme généralement ovoïde aux bords affectés d’une courte retouche plane- dites palets par G. Camps, disques et poterie rougeâtre à motif nids d’abeilles provenant de grands vases globuleux souvent engobés, lustrés, à ouverture légèrement resserrée, lèvre généralement arrondie, sont certainement à revoir. Néolithique pastoral est employé par les Italiens pour désigner une culture identique identifiée dans l’Akakus que les dates disponibles situent de la fin du 7ème millénaire jusqu’en fin de 3ème millénaire au moins. Le fond d’outillage reste celui du Néolithique saharo-soudanais ancien2. Les outils les plus courants sont des outils de fortune, racloirs sommairement aménagés, éclats portant quelques retouches marginales sur un bord. L’importance des pièces à coches et denticulés varie d’un site à l’autre, les têtes de flèche qui sont les pièces les plus soigneusement façonnées, sont toujours présentes, ainsi que quelques grattoirs volontiers circulaires. Les microlithes géométriques, pièces à bord abattu sont rares ou manquent. La poterie est courante, le décor est surtout fait au peigne, plus rarement à la spatule ; il peut se limiter à la partie supérieure du vase. Un art mobilier d’une grande qualité esthétique est traduit par des sculptures en pierre, des figurines en terre cuite qui esquissent des formes animales où les bovins prédominent. 1 .- Cf chapitre VII. 2 .- Ou seulement Néolithique saharo-soudanais pour les auteurs qui n’accordent à cette culture qu’un développement temporel réduit.

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Sahara préhistorique H. Camps-Fabrer a pu proposer une transhumance pour expliquer les différences mais aussi les relations fortes qui marquent les industries de l’erg d’Admer et celles du plateau des Ajjer attribuées les unes au Ténéréen, les autres au Bovidien. L’une aurait été une industrie de plaine à laquelle on accordait un territoire couvrant la vallée fossile du Tafassasset et l’erg d’Admer, l’autre, une industrie d’altitude. On sait aujourd’hui que les objets tels que disques, haches à gorge sur lesquels reposait l’attribution au Ténéréen sont des produits de négoce. Ils témoignent de contacts et ne peuvent être pris en considération pour différencier ces ensembles industriels. Cette remise en cause de l’appartenance culturelle des industries de l’erg d’Admer n’affecte pas l’hypothèse d’une transhumance qui peut restée liée à des motifs environnementaux. La culture bovidienne ne se limite pas au Tassili n’Ajjer. Vers l’ouest, non seulement elle couvre l’erg d’Admer, mais le Bovidien-Téfédest pourrait être vu comme un de ses faciès, un autre soupçonné en Immidir, demande à être précisé. Vers l’est, le Bovidien se retrouve dans l’Akakus sous l’appellation Early, Middle ou Late Pastoral, il se prolongerait dans l’erg de Mourzouk, le motif nids d’abeilles qui couvre les poteries y faisant volontiers place à des dents. En Tadrart, où les industries lithiques offrent des traits qui ne permettent de les dissocier ni de celles de l’erg d’Admer ni de celles du plateau, la poterie ajoute un aspect inhabituel par des décors à motifs pseudo-excisés, du polissage, qui sont des techniques bien connues au sud et permettent de voir dans cette région, une zone de contact (fig. 32). Cette influence du sud se retrouve peut-être dans les haches à gorge et les anneaux en hématite qui y sont fréquents. Ceux-ci pouvaient être façonnés localement, un atelier spécialisé y étant connu au pied d’un filon d’hématite. Anou Oua Lelioua Peu éloigné du puits de même nom, Anou Oua Lelioua occupe le bas d’une dune ancienne, sur les bords d’une formation marécageuse dont la masse gris bleuâtre1 émerge de temps en temps des sables subactuels. Les restes d’un enfant en décubitus latéral fléchi gisaient en bordure du site. Reconnu par M. Vallette, le gisement fut fouillé sous la direction de G. Camps en 1966. Il comporte de nombreux foyers construits en pierres, d’une cinquantaine de centimètres de diamètre, autour desquels les pierres taillées, le matériel de broyage et la céramique abondaient. Le matériel lithique2 (fig. 30) est taillé dans des roches diverses, mylonites, jaspes, quartz, silex… provenant probablement, pour une grande part, des épandages d’oued. Tous les nucleus sont en effet très petits, de forme globuleuse, en accord avec le débitage qui n’a guère produit que des éclats courts. Ils présentent souvent un ou deux plans de frappe. De ce fait, les grattoirs, qui sont nombreux, sont courts, avec un front très arqué ou volontiers circulaire. Les perçoirs consistent essentiellement en mèches de foret. Les burins manquent parmi les récoltes, mais des lamelles de coup de burin sont présentes et quelques burins ont été retrouvés dans des sites voisins offrant les mêmes caractères. C’est aussi dans un site voisin que fut trouvée une lamelle 1 .- Sous certains éclairages, ces dépôts pourraient être confondus avec des cendres, mais leur étendue, leur épaisseur suffisent à prévenir la méprise. 2 .- Cf Annexes p. 563.

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Un néolithique pastoral

Fig. 30 – Bovidien faciès Admer. 1, 4, 15) têtes de flèche foliacées ; 2) tête de flèche à base concave ; 3) tête de flèche triangulaire ; 5, 16, 19, 20) têtes de flèche à tranchant transversal ; 6) triangle à base retouchée ; 7, 8) grattoirs ; 9) perçoir ; 10) pointe de Temassinine ; 11) lamelle à dos arqué; 12) pièce esquillée ; 13) lamelle à bord abattu partiel ; 14) racloir double sur lamelle ; 17, 18) triangles ; 21) burin ; 22) lame denticulée ; 23) éclat denticulé ; 24) racloir sur lame ; 25) pointe de Labied. Décors des poteries : 26, 31) nids d'abeilles ; 27) dotted wavy line ; 28, 36) hachures pointillées+cannelures ; 29) woven mat ; 30) semis ; 32) dents ; 34) herringbone ; 33) hachures pointillées divergentes ; 35) bâtons+vannerie . (Origine : 1, 7 à 9, 14, 24, 25, 33, 35) Tahort, 10, 11, 13, 21, 22) In Relidjem ; 2 à 6, 12, 15 à 20, 23, 26 à 34, 36) Anou Oua Lelioua (d'après Aumassip et al., 1977).

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Sahara préhistorique montrant l’emploi de retouche Ouchtata. Les pièces à coches portent souvent du cortex et les coches sont volontiers retouchées ; les scies sont fort rares. Les têtes de flèche sont essentiellement de forme triangulaire ou à tranchant transversal, elles sont petites, leurs dimensions les plus fréquentes oscillant autour de 1,2-1,4 cm. Il existe des haches taillées ou polies, du matériel de broyage en abondance ainsi que des plaquettes à bords retouchés et des disques de 3 à 4 cm de diamètre, caractéristiques des industries bovidiennes. Tout comme dans les sites de ce secteur, le polissage de la pierre s’avère relativement fréquent avec des fragments de godets ou de plats, de petits sphéroïdes à facettes évoquant des balles, de petites pierres à gorge et des pierres à rainures. La poterie abonde, certains vases, encore entiers, étaient retournés et seul leur fond était détérioré par l’érosion. Toujours sphérique, de grande dimension, cette céramique est souvent munie d’un col dont une des formes, en pavillon, est remarquable ; elle peut être nantie d’une embase, ce qui permettait une fermeture hermétique. Le fond est moulé, le haut de la panse monté aux colombins. Le dégraissant est fait de sable et de végétaux. Le décor ne couvre pas toujours totalement la surface des vases, souvent il se limite à un large registre placé sur le haut de la panse et le même motif peut être repris à l’intérieur du col quand celui-ci est évasé. Le décor est fait au peigne, plus rarement à la spatule ou au coin, l’impression pivotante est souvent employée. Rarement monotone, le décor est aménagé en triangles, en bandeaux isolés ou regroupés, soulignés ou non d’une cannelure. A Anou Oua Lelioua, le décor en nids d’abeilles est courant. Quelques tessons sont ornés de dotted wavy line, parfois d’incised wavy line. La parure est attestée par des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, une perle en amazonite, des fragments d’anneaux en pierre. Dans des gisements voisins, ont été trouvées des tiges d’encrines. Anou Oua Lelioua a également livré une ronde bosse qui gisait en bordure du site, un fragment non identifiable et deux ébauches ; pour H. Camps-Fabrer qui en a fait l’étude, la ronde bosse représenterait un goundi, Ctenodactylus gundi. Les restes osseux se limitent à de nombreuses esquilles. La pratique de la pêche est indiquée par d’abondants débris de silures et un fragment de hameçon en péridote. Des sites semblables sont courants dans l’erg d’Admer, seuls Tahort, In Relidjem et divers petits sites de la cuvette d’Ihâran ont été étudiés. Ils occupent la même position au bas de dunes, renferment un matériel archéologique ne différant que par de menus détails. A In Relidjem, un foyer fait de pierres de la grosseur d’une orange renfermait des ossements calcinés d’un bovin qualifié de domestique par A. Gautier. Dans l’erg Tihodaïne, des foyers semblables reposent au pied des dunes et sur les diatomites. C. Arambourg a retiré de deux d’entre eux, des restes calcinés de Rhinoceros simus (Ceratotherium simum). La poterie est décorée de dents, croisillons, ponctuations dont des nids d’abeilles. Ouan Tartaï et In Itinen Sur le plateau des Meddak, les gisements Ouan Tartaï et In Itinen fouillés par H. Lhote en 1962 comportent cette même poterie sphérique pouvant être nantie d’un col court et qui est décorée de nids d’abeilles ou de dents. A In Iti-

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Un néolithique pastoral nen, le motif nids d’abeilles a été précédé d’une application d’engobe rouge. Les outils les plus courants sont des outils de fortune, des éclats portant quelques retouches marginales sur un bord. Il existe des têtes de flèche et des plaquettes. Le matériel de broyage, meules et broyeurs, abonde. En outre, la surface du dépôt d’In Itinen a livré des haches et des anneaux en hématite. In Itinen est daté de 4860 ± 250 et 4630 ± 250 B.P. (Gif286 et 287) (3950-3370 et 36403030 av. J.-C.), Ouan Tartaï de 4470 ± 250 B.P. (Gif292) (3520-2880 av. J.-C.). Divers autres sites ont donné des dates comparables, 4850 ± 110 B.P. (Gif 2222) (3870-3770 av. J.-C.) à Iheren, 4560 ± 250 B.P. (Gif288) (3630-2920 av. J.-C.) à Titerast n’Elias, 4500 ± 300 B.P. (Alg) (3630-2880 av. J.-C.) à Tissoukaï, 4270 ± 300 B.P. (Sa65) (3340-2500 av. J.-C.) à Jabbaren, montrant une occupation courante au 4ème millénaire, mais aussi des dates plus anciennes 7400 ± 300 B.P. (Gif290) (6560-5920 av. J.-C.) à Titerast n’Elias, 5470 ± 300 B.P. (Sa66) (4670-3980 av. J.-C.) à Jabbaren, 5020 ± 300 B.P. (Sa62) (4220-3380 av. J.C.) à Sefar, ou plus récentes 3650 ± 130 B.P (Gif840) (2200-1780 av. J.-C.) à Tissoukaï, ce qui suppose une présence des pasteurs sur le plateau dès le 7ème millénaire et qui subsiste au 2ème millénaire. A proximité de l’abri d’In Itinen où furent menées les fouilles, se trouvait une grosse meule sans trace d’usure qui, d’après H. Lhote, pourrait être un lithophone en raison de sa résonance. Takarkori Au-dessus du niveau Late Akakus, à partir de 7327±65 (LTL914A) (63706060 av. J.-C.) se développe une culture pastorale. Elle fait suite à une période aride datée de 8200 B.P. qui, si elle est nettement marquée dans la sédimentation et la palynologie par une diminution substantielle des graminées, n’a pas interrompu l’occupation humaine. Au contraire, c’est le moment d’occupation la plus intense. Le développement d’un pastoralisme qui concerne surtout les bovins, mais aussi les moutons et les chèvres, et qui aurait pratiqué la transhumance, aurait modifié le comportement des hommes. La phase ancienne se terminerait vers 6230±90 B.P. (UGAMS01842) (5470-4940 av. J.-C.), elle a livré 15 squelettes appartenant à des femmes et des enfants, qui étaient inhumés le long de la paroi. La phase moyenne, Middle Pastoral, connaît un développement appréciable de la strate herbacée avec Dactyloctenium ægyptium, plante fourragère dont les graines sont aussi utilisées en consommation humaine. Le lait joue alors un rôle important, ses traces ont été retrouvées dans des poteries probablement antérieures à 5200 av. J.-C. La fabrication de fromages est attestée par des restes de lait fermenté et l’utilisation de caséine, liant lipidique, a été identifiée dans des restes de matières colorantes où elle était mêlée aux pigments colorés (hématite, gœthite, kaolin) ayant connu un traitement thermique. Des vanneries, des graines moins nombreuses soulignent une certaine désaffection de la cueillette. Tin Hanakaten Un dépôt gris cendreux qui fait suite au lit de sable éolien insufflé lors de l’aride mi-holocène, est rapporté à la période bovidienne. Sa base est datée de

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Sahara préhistorique 7220 ± 140 (Gif5419) à 3930 ± 140 B.P. (Alg29) (6230-5920 à 2600-2200 av. J.-C.) sur charbons et la thermoluminescence indique 3100 ± 240 B.P. (BDX 480) (1360-880 av. J.-C.) pour les débuts du niveau qui le surmonte. D’une épaisseur moyenne de l’ordre de 1 m, il se subdivise en deux séquences. La séquence inférieure1 a été étudiée par M. Hamoudi. Elle est épaisse d’une trentaine de centimètres. Elle offre un aspect varvé et renferme diverses bases de poteaux ayant servi à des aménagements de l’abri. Elle se termine vers 5800 B.P. (4700 av. J.-C.). La séquence supérieure, étudiée par M. Alliche, procède du Néolithique récent2. L’outillage lithique octroie un rôle majeur aux pièces à coches et denticulés. Elles s’accompagnent de pièces à retouches continues dont la fréquence varie légèrement selon les niveaux. A eux seuls, ces groupes d’outils réunissent la moitié de l’industrie lithique. Les têtes de flèche accordent la même importance aux formes triangulaires, pédonculées et foliacées. Les palets sont courants, les disques, peu nombreux, proviennent surtout de la base de la séquence. La poterie consiste en vases sphériques, probablement entièrement décorés. Les décors sont généralement simples. Les motifs woven mat prédominent, mais régressent au cours de la séquence au profit des filetés et des lissés et surtout des dents qui passent de 12 à 27 %. Les semis, nids d’abeilles, flammes sont courants et constants, les wavy line exceptionnels. La séquence présente une discontinuité vers 6500 B.P. (5500 av. J.-C.) avec un niveau pauvre en matériel archéologique, ce qui est interprété comme un moment d’abandon du site par une partie des occupants ou un balancement de la surface d’habitat. L’industrie marque alors quelques différences : le lithique devient plus abondant, le quartz est beaucoup moins utilisé, la retouche abrupte est employée. Des figurines en terre cuite n’atteignant pas plus de 3 cm dans leur plus grande dimension étaient mêlées au matériel lithique et à la poterie. La fouille a livré les restes d’un bébé de six mois et ceux d’un très jeune enfant. En raison de ses pratiques funéraires, c’est aussi à ce niveau qu’il y a probablement lieu de rapporter l’enfant H5 dont la tombe retrouvée dans les dépôts S6, était surmontée d’un tumulus et bien qu’il ait été daté de 7900 ±120 ans (Gif-5857) 6989-6653 av. J.-C. car on ne saurait éliminer la présence de vieux charbons dans cette datation. Sa momification partielle, qui paraît naturelle, le place au début de l’aride mi-holocène. Ce changement de pratiques funéraires fait valoir un changement culturel plutôt concomitant à l’installation de l’aridité que postérieur, ce qui remet en cause les débuts du Bovidien. Des macrorestes de flore indiquent la présence de Ricinus communis, Celtis, Ficus, Acacia tortilis raddiana, Acacia seyal, Calotropis procera, Pistacia et Artemisia, la faune celle d’Ammotragus, de Bos par de menus restes et de criquets pèlerins par de nombreux ; la découverte d’une sole de cuisson3 a permis d’identifier leur mode de préparation. Tin Torha Nord Contrairement à ses voisins, Tin Torha Est et Tin Torha Two Cave, l’abri de Tin Torha Nord n’a été occupé qu’à partir de 7070 ± 60 B.P. (R1032) (6000-5850 1 .- Cf Annexes p. 563. 2 .- Cf Annexes p. 575. 3 .- Cf p. 287.

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Un néolithique pastoral av. J.-C.) avec une interruption de l’occupation, marquée par un niveau stérile. Les fouilles menées sous la direction de B. Barich ont identifié cinq niveaux qui reposent sur une dune fossile. L’industrie est comparable à celle de Tin Torha Est, mais elle est moins microlithique. Les niveaux les plus anciens V et IV, sont les plus riches en pièces microlithiques, ils renferment de nombreuses lames émoussées, les éclats à bord abattu, les racloirs et denticulés sont courants, les grattoirs, les têtes de flèche rares. Il n’y a pas de microlithe géométrique. Le matériel de broyage abonde. Le niveau III, stérile, correspondrait à un épisode aride d’abandon. Le site fut réoccupé entre 5970 ± 50 B.P. (R1031) et 5260 ± 130 B.P. (R1029) (4930-4800 et 4250-3960 av. J.-C.). L’industrie lithique (fig. 31) devient plus abondante, de plus grande taille, riche en racloirs, têtes de flèche, denticulés et grattoirs. Les grattoirs sont souvent des pièces courtes, épaisses et peuvent être circulaires. Les têtes de flèche appartiennent aux formes triangulaires ou foliacées et sont nettement plus fréquentes dans le niveau I. L’industrie osseuse comprend des outils perforants et des spatules. La parure se

Fig. 31 – Tin Torha. Industrie lithique : 1,13) grattoirs ; 2) racloir ; 3, 5, 9) têtes de flèche foliacées ; 4) trapèze ; 6) mèche de foret ; 7) nucleus ; 8) éclat denticulé ; 10) éclat à bord abattu ; 11) lame denticulée ; 12) tête de flèche à base concave. Décors des poteries : 14, 15, 17) woven mat ; 16, 18) nids d'abeilles ; 19) dents. (d'après Barich, 1974).

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Sahara préhistorique présente sous forme de rondelles d’enfilage, les unes standardisées, les autres non, et d’une phalange de gazelle perforée transformée en pendentif. La poterie, abondante à tous les niveaux, est faite avec une pâte grossière dans les niveaux inférieurs, fine dans les niveaux supérieurs. Elle est entièrement décorée, essentiellement de motifs à base de ponctuations (fig. 31) dont des nids d’abeilles. Le niveau IV qui a été corrélé avec Tin Torha Est, renferme des motifs dotted wavy line. Seuls les niveaux supérieurs ont livré de la faune où figure du bœuf domestique. L’abri aurait été occupé pendant la période sèche de l’hiver par des bergers nomadisant ; à cette époque, le climat aurait déjà été détérioré, ne comptant plus, d’après A. Gautier, que 150 mm d’eau par an alors que les pluies auraient pu atteindre 200 mm lors de l’occupation de Tin Torha Est. Uan Muhuggiag Uan Muhuggiag est un des multiples abris du wadi Teshuinat aux parois couvertes de peintures se rapportant à diverses périodes. De la période têtes rondes vient une peinture remarquable par sa charge symbolique, la scène présente une barque dans laquelle un des personnages est en position poirier, ce qui est vu comme la représentation d’un mort par F. Mori. Des peintures de la phase bovidienne se trouvent sur un bloc de grès tombé de la voûte, recouvert par des dépôts anthropiques datés de 4730 ± 310 B.P. (GX87) (3900-3030 av. J.-C.) et sur le négatif du bloc figurent des peintures bovidiennes de la phase récente, dite des pasteurs de Tin Anneuin. En outre, la roche présentait deux creux de 30 à 40 cm recouverts par des dépôts archéologiques des plus anciens. L’abri fut occupé de 6035 ± 110 B.P. (Ud225) (5060-4780 av. J.-C.), probablement 7438 ± 220 B.P. (Pi) à 2220 ± 220 B.P. (Gd4290) (6470-6060 av. J.-C. à 530 av. J.-C.-45 ap. J.-C.) par une population négroïde. Les premiers travaux, menés entre 1955 et 1964 par la Mission italo-libyenne conduite par P. Graziosi, puis F. Mori, mirent au jour les restes momifiés d’un enfant de deux ans et demi portant un collier en rondelles d’enfilage. Il avait été placé dans un sac en peau d’antilope qui fut daté de 5405 ± 180 B.P. (Pi) (4420-4040 av. J.-C.) ; en identifiant des incisions sur le thorax, A. Ascenzi devait montrer qu’il avait été éviscéré avant d’être momifié naturellement (?). Plus récemment di Lernia rapportait une déformation crânienne à l’instar de celle notée sur H5 de Tin Hanakaten. Un autre sondage devait livrer le squelette d’un bovin domestique daté de 5952 ± 120 B.P. (UD225) (5000-4690 av. J.-C.). En outre, un bloc de grès tombé de la voûte portant des peintures bovidiennes était recouvert par des dépôts anthropiques datés de 4730 ± 310 B.P. (GX87) (3900-3030 av. J.-C.). Sur la paroi, le négatif du bloc supporte des peintures de la phase bovidienne récente, dite des pasteurs de Tin Anneuin. Une sépulture d’adulte a été trouvée à l’avant de l’abri dans un niveau daté de 7823 ± 95 B.P. (GX17816) (6810-6500 av. J.-C.) par AMS. En fosse, sans marque extérieure, elle ne comportait ni parure, ni mobilier funéraire. L’usure des dents du défunt suggère l’utilisation de la bouche pour maintenir des fibres végétales, ce qui pourrait se rapporter aux sparteries dont de nombreux vestiges ont été retrouvés dans cette culture.

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Un néolithique pastoral F. Mori remarquait la présence de restes de moutons et chèvres, la prépondérance de ceux de bovins dans les niveaux inférieurs. Dans les niveaux supérieurs, les bovins deviennent rares, les chèvres prédominent. De nouveaux travaux entrepris en 1982 par B. Barich, puis en 1991 et 1992, par S. di Lernia en collaboration avec G. Manzi, confirment ce changement et le rapportent au début du 3ème millénaire. Ils concluent à une occupation saisonnière et un abandon définitif de l’abri au début du 2ème millénaire. L’outillage1 est en grès, moins souvent en quartz et chaille, rarement en silex. Macrolithique, il est dominé par les pièces à coches et denticulés, possède des grattoirs, racloirs, pièces esquillées et têtes de flèche en nombre sensible. Les burins, les perçoirs sont rares, les microlithes géométriques et microburins absents. Des pierres polies, du matériel de broyage proviennent des niveaux inférieurs. L’outillage osseux comprend des poinçons, des spatules ; l’œuf d’autruche abonde. La poterie, de forme globuleuse, préfère des motifs de dents et de ponctuations, elle sera peu décorée dans les niveaux supérieurs où elle privilégie les motifs filetés. A la base de la séquence, la palynologie rapporte

Fig. 32 –Tadrart. Décors des poteries : 1) dotted wavy line+woven mat ; 2) woven mat ; 3) wavy line+points ; 4, 10) pseudo-cordé ; 5) dents ; 6, 7) chevrons pointillés ; 8) flammes ; 9, 11 à 14) pied-de-poule. (Origine : 1 à 3) Uan Afuda, 4 à 10) Uan Telocat. d'après Barich, 1987 ; 11, 12) In Zaouaten, 13, 14) In Ezzan. inédit). 1 .- Cf Annexes p. 563.

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Sahara préhistorique une végétation de savane et une source qui entretient une population de plantes aquatiques ou marécageuses Potamogeton, Phragmites, Typha, des Cypéracées en particulier Scirpus, dont le maximum de développement se place aux 6ème5ème millénaires pour disparaître aux 4ème-3ème millénaires. Les Graminées abondent, dont diverses espèces consommables, en particulier Panicum. La présence d’endocarpes de Phœnix a permis d’y envisager une souche de dattier. Des dépôts archéologiques comparables sont connus à Uan Telocat et dans le niveau supérieur de l’abri orné de Fozzigiaren, grand abri qui tire un intérêt tout particulier d’une peinture tête ronde en partie recouverte par une couche archéologique datée de 6754 ± 175 B.P. (GX88) (5800-5530 av. J.-C.). Aux 5ème et 4ème millénaires, les éléments déterminables de la faune montrent ici une forte majorité d’ovi-capridés, très peu de bovins et une faune sauvage essentiellement constituée de damans, Procavia capensis. Cultures d’Amekni et de Timidouin Face à un outillage lithique atypique, taillé dans des roches grenues, des quartz, c’est surtout vers la céramique que l’on s’est tourné pour saisir les particularités des ensembles industriels du Sahara central. Par ce biais, J.P. Maître a tenté d’identifier des unités culturelles. En Ahaggar, il reconnaît une « culture d’Amekni » qui se développerait aux 6ème-5ème millénaires et pourrait être enracinée dans le faciès d’Afilal. Elle disposerait de pièces bifaciales et évoluerait par diversification des outils. Chaque poterie était entièrement décorée, généralement d’un seul motif. Ce sont surtout des ponctuations au peigne, en semis ou woven mat, voire des sillons pointillés, plus rarement des dents, parfois des dotted wavy line. En 1974, J.P. Maître y incluait ce qu’il avait antérieurement nommé faciès d’Abouleg car il n’offrirait pas de différences très marquées. La culture d’Amekni évoluerait en culture d’Idéles par régression du décor. La culture de Timidouin, souvent nommée « Bovidien Téfédest », est moins microlithique que celle d’Amekni. Elle possède des pièces à retouche continue formant au moins le quart de l’industrie, des segments. Les têtes de flèche, haches ou herminettes sont peu nombreuses. La poterie abonde, utilise des motifs au peigne, en particulier des dents, préfère les motifs de sillons aux semis ; les flammes seraient rares, les wavy line absentes. Les vases supportent souvent un décor complexe fait de plusieurs motifs et conservent d’importantes surfaces vierges. La culture de Timidouin, probablement complexe à en juger par les différences entre sites, paraît en relation avec les dépôts hydromorphes qui occupent les replats de la montagne et qui sont datés de 5660 ± 240 B.P. (Alg0100) (4800-4250 av. J.-C.) à Tan Tefeltasin, 4185 ± 280 B.P. (Alg0101) (3310-2350 av. J.-C.) à Tala t Melah. Comme en d’autres lieux du Sahara, la culture matérielle n’a pas permis de saisir le développement du pastoralisme, seul l’art rupestre qui lui est associé en a livré les signes. Remarquant une distribution des peintures « bovidiennes » limitée à la Téfédest orientale et méridionale, alors que les gravures abondent ailleurs, J.P. Maître y voit les traces d’une migration qu’il oppose au Néolithique saharo-soudanais. La culture de Timidouin serait une extension vers l’ouest du Néolithique pastoral qui se déploie

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Un néolithique pastoral dans le Tassili n’Ajjer, mais l’art de Téfédest et du Tassili n’Ajjer, s’ils figurent l’un et l’autre une multitude de bovins, disposent de thèmes et d’expressions picturaux différents, ce qu’il souligne par l’expression Bovidien-Téfédest. Si les premières manifestations du Bovidien-Téfédest s’avèrent réellement antérieures à l’aride mi-holocène ainsi que le proposait J.P. Maître, ses racines bovidiennes posent problème sauf à voir dans le Bovidien une culture aux prémices antérieurs à l’aride. Le faciès de Tan Ainesnis dériverait de la culture de Timidouin par régression du décor et rareté des décors composés, auxquels aurait été préféré un simple bandeau. Abouleg Eponyme du faciès d’Abouleg qui accordait une large place à des décors au peigne, le gisement occupe un amas d’éboulis granitiques en rive droite de l’oued Aoufaghen. Découvert en 1964 par J.P. Maître, il fut fouillé en 1965 et 1966. Il est daté de 6860 ± 100 B.P. (UW89) et 5090 ± 80 B.P. (UW88) (58405660 et 3960-3800 av. J.-C). L’outillage lithique1 est dominé par les éclats à retouche continue, les pièces à coches sont courantes et à un degré moindre, les grattoirs. Il renferme quelques lamelles à dos et mèches de foret, ne dispose pas de burins. Les têtes de flèche sont rares. Le décor céramique, lui aussi, se démarque quelque peu. Il laisse des plages vierges et utilise en mêmes proportions les sillons et les points. Amekni niveau moyen Le niveau moyen du gisement d’Amekni, est daté de 5500 ± 250 B.P. (Gif464) (4590-4000 av. J.-C.). J.P. Maître en fait la référence de la culture d’Amekni qui se développerait en plaine. Elle est caractérisée par une céramique qui, quoique portant parfois des dents ou des flammes, est le plus souvent entièrement couverte de points en semis ou woven mat, dont la diversité résulte essentiellement de la forme des points. Ici, les hommes ne semblent pas avoir connu un milieu bien différent de ce qu’il était à l’Holocène inférieur2. Pourtant l’outillage se modifie : l’évolution se traduit par la disparition des petites pièces, le gros outillage de galets aménagés, rabots, gros éclats retouchés, prend de l’importance, parallèlement les types d’outils se diversifient. Le rôle des pièces à retouche continue et des grattoirs augmente sensiblement alors que les pièces à bord abattu, les pièces à coches et denticulés décroissent. Les meules et molettes sont présentes et l’on doit rappeler l’existence de nombreuses cuvettes sur les rochers proches du gisement, même s’il n’est pas possible de les attribuer précisément à un niveau. L’outillage osseux comporte toujours des tranchets, lissoirs, poinçons, alènes, de probables peignes. La céramique présente les mêmes formes que dans le niveau inférieur mais le bord est plus volontiers simple, la lèvre arrondie. Le décor devient moins exubérant, la surface ornée se réduit de plus en plus, les motifs dotted wavy line et ceux au peigne régressent bien que ces derniers restent à l’origine du plus grand nombre ; à l’inverse, estèques et poinçons progressent, des incisions apparaissent. Outre des coquilles de moules et de cardium, des 1 .- Cf Annexes p. 562. 2 .- Cf p. 128.

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Sahara préhistorique rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, la parure comprenait des bracelets en serpentine pouvant être décorés de stries ou de chevrons. Idelès I Petite grotte dominant l’oued Idelès, en aval du village, elle fut fouillée par J.P. Maître en 1965 et 1966. Jusqu’alors protégée par des superstitions locales, la couche archéologique qui en constituait le sol a été utilisée comme engrais après la première intervention. Les dépôts anthropiques ont été datés de 6050 ± 100 B.P. (Mc485) (5200-4800 av. J.-C.) dans le talus d’avant-grotte et 5300 ± 100 B.P. (Mc486) (4240-4000 av. J.-C.) au fond de la grotte. L’industrie lithique1, peu abondante, est dominée par les pièces de fortune et les retouches continues bien que la technique du bord abattu soit utilisée. Il y a des grattoirs, quelques burins, mais pas de perçoir. Les microlithes géométriques sont tous des segments. Les têtes de flèche privilégient les formes triangulaires à base excavée. De gros outils, galets aménagés, percuteurs, sont présents. La poterie paraît entièrement décorée, elle recherche les motifs au peigne, les impressions pivotantes, les décors complexes. Il n’a pas été trouvé de motif wavy line. Fait rare en Ahaggar, ce gisement renfermait des tests d’œuf d’autruche décorés. Meniet H.J. Hugot présente le site de Meniet comme un ensemble d’habitats de l’Ahaggar septentrional, plus ou moins rapprochés les uns des autres2. Ils s’insinuent dans les abris et les couloirs formés par les blocs de granite au pied des pitons. Ils ont fourni la date de 5410 ± 300 B.P. (Sa59) (4550-3820 av. J.-C.) et livré quelques fragments crâniens humains. L’essentiel des travaux a été mené à Baguena V, en 1956 et 1957, et a couvert quelque 20 m2. La couche archéologique dont les 40 ou 50 cm supérieurs ont été enlevés par l’érosion à en juger par les traces laissées sur la roche, atteignait entre 0,35 et 1,10 m d’épaisseur. Elle était riche en cendres, tests de petits mollusques, débris de poissons, graines fossiles. Plus de 500 pièces3 ont été retirées : aux côtés de restes de poteries et mammifères, l’industrie lithique, en schiste et rhyolite pour l’essentiel, montre la fréquence d’outils de fortune, la rareté du débitage lamellaire, l’absence de microlithe géométrique. H.J. Hugot devait noter deux particularités, d’une part l’emploi de silex, dont l’origine n’a pu être précisée, pour façonner les « beaux outils » et quatre armatures à tranchant transversal, d’autre part celui de débitage Levallois pour obtenir de grands éclats. Les têtes de flèche, très nombreuses, ont pour la plupart une forme triangulaire à base excavée qui se retrouve à N’Bibi et sera utilisée plus tard à Tamanrasset II. Tout comme à Tiouiyne, les hommes qui occupèrent le site possédaient des haches et des herminettes polies, un matériel de broyage abondant. Ils disposaient aussi de disques, pièces que l’on rencontre fréquemment plus à l’est, dans l’erg d’Admer et la Tadrart, et au sud-est, dans le Tafassasset et le Ténéré. Ils 1 .- Cf Annexes p. 562. 2 .- H.J. Hugot signale des industries comparables à Arak, N’Bibi (cf détail de l’industrie de ce dernier site Annexes p. 562) 3 .- Cf détail Annexes p. 562.

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Un néolithique pastoral utilisaient des bolas, pièces rarement signalées dans les gisements néolithiques, et des pierres portant une rainure que l’auteur met en relation avec le travail de l’os. L’outillage osseux bien que mal représenté comprend un hameçon et un fragment de harpon qui suffisent à évoquer une activité de pêche. Plusieurs fragments de plaquettes osseuses crantées seraient des peignes à décorer les poteries. De grandes valves de Mutela auraient été utilisées comme cuillères. La poterie abonde. Le décor est volontiers aménagé en bandeaux autour de l’orifice, il emploie des motifs de ponctuations, incised wavy line et dotted wavy line1, dents ou flammes. Outre les formes sphériques traditionnelles du Néolithique du Sahara central, une embase et un fond conique ont été retirés des fouilles. Pour l’auteur, ce dernier pourrait traduire des relations avec les pays plus au nord qui, eux, disposent de pareils modèles, proposition qui se retrouverait dans l’abondance de l’œuf d’autruche. De nombreux tessons ont été réaménagés en arrondissant leurs bords, les transformant parfois en disque qui, perforés, ont pu devenir des « fusaioles ». Une multitude de colorants, ocre rouge, brun-rouge en rognons ou bâtonnets, oxyde de manganèse, qui, d’après l’auteur, aurait pu être associés à du talc pour former des fonds de teint, des nodules blancs (kaolin?) coexistent avec des nodules roses qui pourraient résulter de mélanges. La parure comporte des bracelets en pierre, de nombreuses rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche et une perle en amazonite, fragment d’anneau de 1,3 cm de diamètre, haut de 0,6 cm, à très large lumière ; divers fragments de plaquettes percées et une petite coquille marine pourraient être des pendentifs. La faune comportait Pelorovis, Bos, Gazella, Oryx et Redunca, des Carnivores, Canis et Hyæna striata, des Rongeurs, des Reptiles, Varanus af. niloticus, Crocodylus niloticus et des restes de poissons. La flore des niveaux profonds a montré la présence de Celtis, qui n’existe plus dans la partie supérieure (0-40 cm), et celle de l’horizon moyen a livré un pollen de céréale. Meniet Km 20 qui se trouve à 40 km de Baguena V, disposait d’une industrie beaucoup plus modeste2 où abondent les grattoirs dont un grand nombre est atypique. Il y a des têtes de flèche de type triangulaire, des fragments d’objets polis, de la céramique, du matériel de broyage, un fragment de harpon, des débris de poissons et des graines de Celtis. Timidouin Eponyme de la culture nommée « de Timidouin » par J.P. Maître, le site Timidouin TF-TD-155-32 a été reconnu par celui-ci, vers la fin des années 1960. Divers sites de Téfédest qui sont tous installés dans les éboulis granitiques présentent des caractères comparables. TF-TD-155-32 couvre le sommet d’un bombement granitique, en rive gauche de l’oued du même nom. Il est daté de 8100 ± 130 B.P. (Mc 484) (7310-6820 av. J.-C.). L’industrie lithique est dominée par les pièces à retouche continue (près de 50 % dont la plupart serait, d’après l’auteur, des retouches d’utilisation), les autres outils se répartissent en pièces à coches et denticulés (14,5 %), lamelles 1 .- Ce fut l’assise de l’hypothèse voyant l’origine de ce peuplement dans la vallée du Nil. 2 .- Cf Annexes p. 562.

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Sahara préhistorique à dos (9,7 %), perçoirs (7,6 %), grattoirs (6,9 %), il existe un certain nombre de segments (4,8 %) et quelques racloirs (2,8 %). A cet ensemble s’ajoutent un galet aménagé et diverses pièces tel que des bolas, mais il n’y a pas de tête de flèche. La poterie est courante. Les motifs au peigne prédominent avec des lignes et dents pointillées. Les dents sont aussi réalisées à la spatule. Le décor est volontiers composé ; il reprend en les associant, les mêmes motifs, les mêmes techniques que le décor simple, avec quasiment les mêmes fréquences. Le Ténéréen Le terme Ténéréen fut créé en 1934 par M. Reygasse pour désigner une industrie riche en haches à gorge, meules et broyeurs. Vivement combattu en raison de l’imprécision de son contenu, le terme fut longtemps délaissé, puis repris par J. Tixier en 1962. Ce dernier montrait que, si la définition donnée par M. Reygasse était insuffisante, des industries originales existaient bien dans cette partie du Sahara qui s’étend au nord-est de l’Aïr. Parfois difficile à distinguer du Bovidien malgré ses lamelles à dos, segments, l’usage qu’il fait de la retouche plane, le Ténéréen pourrait en être, pour G. Quéchon, un avatar tardif. Il est daté entre 6850 ± 250 B.P. (S4116) (59905530 av. J.-C.) à Dogomboulo où il a été identifié par J.P. Roset au début des années 70, et 4470 ± 110 B.P. (TIWL) (3350-3030 av. J.-C.) à Areschima où

Fig. 33 – Ténéréen. Industrie lithique : 1,16) haches taillées à tranchant partiellement poli ; 2, 7 à 10) têtes de flèche à base concave ; 3, 4) têtes de flèche pédonculées ; 5) tête de flèche triangulaire ; 6) tête de flèche à tranchant transversal ; 11) perçoir double ; 12, 14) grattoirs circulaires ; 13) racloir ; 15) disque (e=7 mm) ; 17) mèche de foret ; 18) hache à gorge. (Origine : 1 à 17) coll. Jaubert, 18) coll. Kelley. Musée de l'Homme. d'après Vaufrey, 1969).

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Un néolithique pastoral il fut reconnu par la mission Berliet-Ténéré en 1959. Il diffère du Bovidien essentiellement par la présence de haches à gorge1, de disques de forme et de technique très caractéristiques (fig. 33). Il a pu être redéfini par la présence, outre ces outils, de feuilles bifaciales et de pièces bifaces rectangulaires ou à tranchant convexe souvent encochées qui évoquent le Prédynastique égyptien. Il comporte de nombreux petits grattoirs circulaires, des rabots, des scies. Une forte proportion de pièces microlithiques (segments, triangles, lamelles à dos et surtout microburins) n’a été observée qu’à Adrar Bous III. Le Ténéréen est connu dans de nombreux sites dont les plus importants se trouvent dans la région de l’Adrar Bous où plusieurs gisements lui sont rapportés. Il est connu dans l’Azawagh par de petits gisements tel Takéné Bawat, In Tékébrine ; J.D. Clark l’identifie à Agorass in-Tast. Il est connu à Rocher Toubeau 5, Adrar Chiriet, Arlit... Il a été reconnu à Gobero. Il se développe peutêtre jusqu’au Borkou oriental où J. Courtin a signalé une industrie identique à celle d’Adrar Bous III et à la lisière orientale du Tibesti où le même auteur mentionne des outils comparables sur des dunes anciennes dominant de petites dépressions fermées. Il a été identifié au nord de l’Ennedi, à Ounianga Kebir, Ounianga Serir, Katam. L’outillage d’Ounianga Kebir taillé dans des phtanites vertes, évoque tout particulièrement les ensembles industriels de l’Adrar Bous. Microlithique, riche en segments, perçoirs, ce sac à outils dispose de grattoirs, racloirs, têtes de flèche, herminettes taillées et matériel de broyage. A.J. Arkell l’apparentait à la culture des gouges ou Shaheinabien. Plus que leur structure industrielle, l’organisation des sites pourrait caractériser le Ténéréen. Dans sa phase récente, à Gara Tchia Bo, les outils sont souvent rassemblés par catégories, groupements d’unifaces, de disques, de rabots, d’armatures, de grattoirs… Dans la région du Rocher Toubeau, au nord du Niger, J.P. Roset distingue du Ténéréen des sites qu’il attribue à un « Néolithique pastoral » par la présence d’une « longue armature uniface à talon épais » et l’absence de retouche bifaciale, c’est le cas du site qu’il a nommé « Site 3 » ou « Rocher Toubeau 3 » et qui est daté de 5590 ± 75 B.P. (Orsay) (4490-4350 av. J.-C.) . Adrar Bous Dans le massif de l’Adrar Bous, au nord-est de l’Aïr, la mission Berliet-Ténéré reconnaissait de nombreuses installations humaines dont un nombre important appartenant à la phase pastorale. En 1970, la mission Clark avait mis au jour l’inhumation d’un bœuf entier et en 1985, J.P. Roset et F. Paris, deux fosses renfermant chacune les ossements d’un bovin recouverts de gros blocs. Adrar Bous III, gisement découvert par la mission Berliet, est daté de 5130 ± 300 B.P. (Sa100) (4320-3650 av. J.-C.). L’industrie lithique2, taillée pour l’essentiel dans des argilites vertes souvent nommées jaspes, fut étudiée par J. Tixier et servit à une première redéfinition du Ténéréen. La série récoltée ne renferme que quelques nucleus, tous petits. L’industrie lithique décrite par cet auteur est remarquable par la qualité de sa taille qui utilise volontiers la retouche plane. Les groupes les plus 1 .- Des haches à gorge ont été retrouvées à l’ouest, au Tilemsi, voire dans le Sud marocain, et, à l’est, dans le Sahara égyptien. 2 .- Cf Annexes p. 563.

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Sahara préhistorique étoffés sont, avec des représentations voisines, ceux des lamelles à dos, microlithes géométriques, essentiellement des segments ou des triangles, et des têtes de flèche plutôt de formes foliacées ou triangulaires, voire à tranchant transversal. Les lamelles à dos sont aiguës, les dos rectilignes. Les microburins sont particulièrement nombreux, ils constituent près du quart de l’industrie lithique prélevée par la mission. J. Tixier y voit les sous-produits de la fabrication des microlithes géométriques en raison de la concordance des pourcentages et de l’identité du matériau. Des pièces à coches et denticulés, perçoirs qui sont surtout des mèches de foret, racloirs, pièces à retouche continue, pièces esquillées figurent modestement, les troncatures et les grattoirs encore plus discrètement. Ces derniers sont toujours courts, parfois circulaires. Des pièces foliacées qui présentent une base encochée ont été dites « couteaux égyptiens ». Des herminettes et haches taillées, plus rarement polies, sont courantes ainsi que du matériel de broyage. Tout comme les pièces foliacées, elles sont entièrement couvertes de retouches planes, des retouches semi-obliques pouvant reprendre les bords. L’industrie renferme aussi des pointes d’Ounan, quelques burins. La poterie est peu abondante, elle est décorée de flammes ou de dents fines obtenues à l’aide de mâchoire de silure. Il n’y a pas de dotted wavy line. L’existence de parure est suggérée par une rondelle d’enfilage et une perle en amazonite. Il est fait mention de restes humains en très mauvais état, pouvant se réduire à des dents. Malgré la présence de restes de poissons et de grande faune, antilopes et bovins, les analyses polliniques montrent un milieu détérioré, riche en Salsolacées avec des points d’eau ponctués de Myrtus nivellei. Adrar Chiriet L’Adrar Chiriet, dans le nord de l’Aïr, a été prospecté par J.P. Roset, qui a donné une étude de la poterie. Ce sont surtout des vases en forme de bol, de 10 à 15 cm de profondeur, 20 à 25 cm de diamètre maximal, très largement ouverts. Ils peuvent posséder un col dont la forme varie mais qui est plutôt court, difficile à distinguer parfois d’un renforcement du bord lui-même. De grandes jarres peuvent atteindre plus de 40 cm de haut pour un diamètre de l’ordre de 60 cm. Les vases peuvent être entièrement couverts d’un même motif, souvent de ponctuations en semis ou women mat, de dents dont les rangs jointifs simulent une résille. Le bord peut être mis en relief par un motif autre, volontiers un croisillon, ou souligné de dents en relief. Un décor original vient de motifs d’écailles ou de lignes verticales. Le décor peut aussi ne couvrir qu’une partie du vase, le motif borde alors l’orifice puis se prolonge sur la panse en une large bande qui conserve des plages triangulaires ou trapézoïdales vierges. Une forme à col étroit et droit permet d’évoquer une bouteille ; dans ce cas, le vase ne porte aucun décor. Areschima Un ensemble de sites peu étoffés qui présentent les traits fondamentaux du Ténéréen y fut découvert par la mission Berliet. La date de 4480 ± 80 B.P. (Pa) (3340-3030 av. J.-C.) obtenue par J.P. Roset sur charbons conforte celle obtenue par la mission Berliet et confirme la longue durée de cette culture. Ces sites

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Un néolithique pastoral disposent de têtes de flèche, grattoirs sur lames, couteaux de type égyptien, ils sont riches en haches, dont des haches à gorge et des herminettes. Le matériel de broyage est en nombre, la poterie peu fréquente. Des restes humains ont été retrouvés dans des fosses sans marque extérieure, orientés ouest-est, ils reposaient sur le côté droit, en position fléchie. Les vestiges de parure étaient rares et il n’y avait aucune trace de mobilier. Gobero Après une interruption de peuplement qui correspond à la phase aride du 6ème millénaire, un nouveau type humain, plus gracile et de moindre stature, s’implante à Gobero. Sa présence est datée de 7150 à 4450 B.P. (5200 à 2500 av. J.-C.), moment où le site est définitivement abandonné. L’industrie lithique à base de microlithes géométriques, têtes de flèches et grattoirs s’accompagne de gouges, haches polies, couteaux et disques ténéréens en jaspe vert. La poterie plus fine que celle du Kiffian, est décorée d’impressions pivotantes et de ponctuations au peigne. Une d’elles a été retrouvée en place sur un lit de charbons de bois. Sur les os, des traces de rongeurs commensaux indiquent une population sédentaire ou semi-sédentaire. Avec la présence de Bos taurus, la faune rapporte l’élevage de bovins, elle rapporte aussi la consommation d’herbivores autres et celle de petits carnivores de la savane, d’hippopotame, crocodile, tortue et grenouille, de Mutela, Clarias et Tilapia mais pas d’oiseau. Par sa petite taille, Tilapia indiquerait des eaux peu profondes. La flore est variée, d’une savane arbustive ouverte avec prairies et quelques intrusions d’arbres tropicaux, elle passe à des plantes xériques et psammophiles. La moitié des restes humains recueillis dans ce site, dont de très jeunes enfants, appartient à cette culture. Ils reposent en position fléchie ou semi-fléchie, indifféremment sur l’un ou l’autre côté. D’autres faciès Réduire le Néolithique moyen de la zone centrale saharienne aux seules cultures bovidienne au nord, ténéréenne au sud, aux diverses cultures soupçonnées en Ahaggar ou à des cultures apparentées serait une vue restrictive du peuplement au Néolithique moyen. Bien qu’elles soient encore à peine perçues, les données de divers gisements donnent à penser que d’autres cultures ont dû exister alors. Tiouiyne Tiouiyne (ou Adrar Tiouiyne) se trouve par 22°48’N., 4°16’E., en bordure de l’oued Amded, là où il va aborder le Tanezrouft oriental. Le site étudié en 1968 par une mission CRAPE sous la direction de G. Camps, a été occupé par une population de pêcheurs dont témoigne l’abondance des arêtes de poissons. Il est daté entre 5320 ± 130 B.P. (Gif1380) et 5150 ± 140 B.P. (Alg44) (4320-4000 et 4220-4100 av. J.-C.). Les pierres taillées sont rares, l’objet le plus fréquent est la tête de flèche qui est parfois si petite que G. Camps a pu envisager son utilisation comme hameçon ou pour atteindre de petits oiseaux. La poterie est d’une qualité exceptionnelle, avec des vases particulièrement grands, à surface lustrée, parfois simplement polie, souvent couverte d’un motif de flammes. Les

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Sahara préhistorique objets de parure y étaient nombreux : labrets en os, perles en amazonite, rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, ce qui est peu courant en Ahaggar, Le gisement renfermait des haches polies, de très nombreux fragments d’anneaux et de boules perforées en pierre semblables à celles qui se retrouvent dans la région de Meniet. Les micocoules abondaient. Arlit Dans les années 50, lors de la construction de la ville d’Arlit, ville nouvelle implantée dans le Talak, à quelques kilomètres de l’usine d’uranium, un important gisement fut identifié sans que des travaux de sauvetage soient menés. Il n’en fut pas de même à l’occasion de travaux d’agrandissement qui mirent au jour une vaste nécropole. Des fouilles effectuées de 1971 à 1974 sous la direction d’H. Lhote montrèrent une vaste cuvette de 120 x 60 m, d’une profondeur de 2,5 m, dans laquelle on estime que quelque 500 individus ont été inhumés. Une cinquantaine de squelettes a été retirée. Ils reposaient en position fortement fléchie, sans orientation ni côté de repos privilégiés. Autour d’eux se trouvaient des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, quelques perles en amazonite. Deux niveaux ont été reconnus. Dans le niveau profond, daté de 5380 ± 130 B.P. (Gif3057) (4340-4050 av. J.-C.), de grosses pierres recouvraient et entouraient les morts. A une profondeur de 1,50 m intervenait un niveau de ruissellement, sableux et limoneux ; au-dessus, les corps n’étaient plus protégés. Le matériel archéologique est pauvre, il comprend surtout de la poterie qui restait clairsemée dans le niveau inférieur, quelques pointes de flèche, petites haches, de nombreux poids de filets de pêche en divers modèles, l’outillage osseux retrouvé est fait de poinçons, d’un harpon et d’un hameçon. Les restes alimentaires sont peu nombreux dans la zone à inhumations, ils auraient été plus abondants dans le secteur où fut construit l’hôpital ; ils sont riches en poissons, comportent hippopotame, rhinocéros, girafe, diverses antilopes dont l’antilope chevaline, des gazelle, phacochère, porc-épic, de la chèvre et du bœuf. De nombreux mollusques ont été retirés dont Bubulina striatella qui vit actuellement dans la zone maritime d’Afrique occidentale. Dans un rayon de 80 km, de nombreux sites qui occupent des surfaces de l’ordre de l’hectare, offrent des traits comparables. Madaouéla étudié par F. Chantret et R. de Bayle des Hermens est daté de 5520 ± 250 B.P. (Gif374) (4700-4000 av. J.-C.). L’ensemble industriel est riche en haches et herminettes taillées ou polies, en têtes de flèche triangulaires (types a18 et a25), alors que les autres types d’outils sont rares ; il renfermait des nucleus globuleux en silex et discoïdes en quartzite. La poterie porte surtout des motifs woven mat ; dans d’autres sites, figurent aussi des dents, croisillons, lignes ponctuées dessinant de grands U et un motif original, en damier hexagonal. La parure est faite de perles en amazonite, de rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche. La faune renferme de nombreux restes de poissons et d’Unios. Pour H. Lhote, la culture de cette population ne peut être assimilée à celle du Tassili n’Ajjer. Sa poterie est différente, elle n’a laissé ni gravure, ni peinture sur les parois rocheuses ; elle serait proche du Shaheinabien.

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Un néolithique pastoral Le Néolithique moyen au Djado La majeure partie de cette région est couverte d’un voile néolithique diffus qu’accompagne un art gravé ou peint. Dans le sud, des sites plus conséquents se trouvent dans les dépressions de Dao Timmi, Woro, Dadafui, en lisière méridionale des Monts Totomaye. Il s’agit de sites de surface dont les plus vastes

Fig. 34 - Bovidien faciès Djado. Industrie lithique : 1, 9, 11, 12) têtes de flèche à tranchant transversal ; 2 à 6) têtes de flèche foliacées ; 7) tête de flèche pédonculée ; 8, 14) lamelles à dos arqué ; 10) grattoir circulaire ; 13) lamelle à deux bords abattus ; 15, 16) lamelles à retouche Ouchtata ; 17) éclat à bord abattu ; 18) racloir sur pièce uniface ; 19) racloir double sur lame ; 20) pièce foliacée. (Origine : Ehi Woro, d'après Striedter et al 1995). Décors des poteries : 21) hachures pointillées ; 22, 28) herringbone ; 23) woven mat ; 24) croisillons+pieds de poule+pastille à fausse perforation ; 25, 32) dents ; 26) croisillons+cannelures+fileté ; 27) croisillons+pied de poule ; 29) pieds de poule ; 30) nids d'abeilles ; 31, 34) damiers ; 33) pseudo-cordé. (Origine : 21 à 23) Ehi Woro, 24 à 26, 28, 29) Tardié, 27, 30, 31, 34) Arkana, 32, 33) Yentas. d'après Striedter et al., 1995).

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Sahara préhistorique sont installés sur les rives de la vaste sebkha de Dao ou de mares et marigots plus ou moins saisonniers, les plus petits se placent au sommet des buttes rocheuses, le plus souvent près des points d’eau actuels. Au centre du plateau, la majorité des occupations s’adosse aux grès le long des vallées, parfois en relation avec des abris sous roche également occupés, et les zones de confluence se sont montrées les plus denses, avec les sites les plus importants. Si une partie des vestiges se retrouve en surface, des sondages pratiqués dans deux abris lors d’une reconnaissance menée sous la direction de R. Vernet, dans le cadre du Groupement De Recherches 848 du CNRS « Néolithisation en régions sahariennes et ses incidences sur la désertification », ont montré des dépôts archéologiques de plus d’un mètre d’épaisseur, faits de cendres, outillage lithique, céramique, graines, ossements de mammifères et de poissons, coquillages d’eau douce. L’industrie lithique (fig. 34) emploie des quartzites blondes et, pour plus de 90 %, des grès ferrugineux. Dans l’ensemble, elle pourrait traduire des apparentements avec le Ténéréen, notamment par la présence de haches à gorge, de grandes pointes bifaciales, foliacées ou asymétriques. Elle s’en distingue cependant par l’absence de disque, la rareté des grattoirs -particulièrement celle des formes circulaires-, et la présence d’un type de tête de flèche original, quasi-exclusif dans la région de Dao Timmi, de forme foliacée étroite et épaisse. L’importance prise par ces armatures sur certains sites où elles atteignent jusqu’à 50 % de l’outillage comme à Ehi Woro Marigot, pose la question d’un lieu de production et/ou d’une spécialisation poussée de l’activité, d’autant que, vers le nord, les habitats de l’oued Yentas n’ont fourni que quelques dizaines d’armatures de flèche, très variées dans leurs matériaux et leurs formes. Le matériel de broyage est toujours abondant. Des éclats et de petits outils en « jaspe » vert, classique du Ténéréen, matière première absente de la région, indique des contacts avec le secteur de l’Adrar Bous. Une abondante céramique offre un ensemble de caractères communs à tous les sites : forme globuleuse, fond sphérique, présence systématique de dégraissant végétal, absence de motifs wavy line. Le décor, varié, essentiellement réalisé par impression, le plus souvent pivotante, a permis une pré-sériation qui subdivise le Néolithique en quatre phases. Avec des datations échelonnées entre 6490 ± 90 (Ly 6213) et 3725 ± 125 B.P. (Ly 5488) (5530-5330 et 2300-1940 av. J.-C.), les groupes les plus anciens, 3 et 4, du Néolithique moyen restent très proches et largement inspirés des modèles attribués ici au Néolithique ancien. La céramique du groupe 3 est présente dans les niveaux supérieurs des sondages de l’oued Yentas (0-60 cm) et de Kolokaya Station Rupestre, datés respectivement de 6405 ± 65 (Ly6127) et 6490 ± 90 B.P. (Ly6213) (5470-5320 et 5530-5330 av. J.-C.). Les tessons sont épais, de cuisson médiocre, quelques uns laissent reconnaître un engobe. Les décors sont couvrants, à base de ponctuations aux formes diverses formant des woven mat et des nids d’abeilles, plus rarement des dents et des flammes disposées en bandes parallèles. Les lèvres sont fréquemment décorées de lignes incisées. La céramique du groupe 4 est datée de 5690 ± 65 B.P. (Ly6214) (4670-4410 av. J.-C.) à Tardjié 12 , 5600 ± 60 B.P. (Ly6126) (4490-4360 av. J.-C.) à Oued

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Un néolithique pastoral Yentas Sondage 1 (surface), 5565 ± 125 B.P. (Ly5489) (4540-4250 av. J.-C.) à Arkana Terrasse. Les tessons sont moins épais que dans le groupe précédent et un dégraissant sableux s’ajoute au dégraissant végétal. Le décor est couvrant, le plus souvent une large bande de croisillons entoure l’orifice, elle peut être soulignée d’une ou plusieurs cannelures, suivie d’un motif différent pour la

Au Néolithique moyen, le peuplement saharien explose. En favorisant l’élevage bovin, la steppe herbacée qui s’installe est certainement en cause. La variabilité des structures industrielles augmente. Leur identification s’articule souvent autour de fossiles directeurs, étant entendu qu’il s’agit toujours d’un ensemble d’éléments, jamais d’un seul ; les formes des têtes de flèche et les caractères de la poterie sont des données majeures de distinction qui conduisent à l’individualisation d’unités chrono-géographiques. Les cultures les mieux appréhendées, Bovidien et Ténéréen, se déploient l’une à l’est, l’autre au sud-est de l’Ahaggar où se développent les cultures d’Amekni, de Timidouin. Par sa technologie, l’industrie lithique du Djado s’apparente au Ténéréen. Des palets et des disques, une poterie sphérique, volontiers de ton rouge brique, lustrée, à décor nids d’abeilles caractérisent la culture bovidienne. Le Ténéréen s’individualise de plus en plus par une organisation sociale que traduisent des concentrations d’outils identiques. Les superbes objets, disques, haches à gorge en « jaspe » vert ne suffisent plus à l’identifier car ils ne sont propres qu’au secteur de l’Adrar Bous où cette roche affleure. L’art de la période bovidienne est l’un des mieux connu, il dispose d’une expression artistique sur roche, centré sur les bovins. Il s’épanouit en multiples faciès, groupes ou styles selon les auteurs. panse et le fond. Les ponctuations sont moins fréquentes, les damiers et pieds de poule deviennent courants, les dents sont souvent organisées en rangs serrés et décalés donnant une résille, les flammes restent rares. Un fileté est présent à Tardjié 05. La céramique du groupe 5 se retrouve essentiellement dans la région de Dao Timmi. Il n’est pas évident qu’elle puisse être vraiment dissociée du groupe précédent. Le décor, toujours majoritairement impressionné, comporte plus de flammes et il n’y a ni gros points, ni motif nids d’abeilles.

Les playas et le Néolithique moyen au Sahara oriental Dans le Sahara oriental, l’habitat humain se déploie alors largement dans les oasis, dans les massifs, Gilf Kebir, Ouenat, Gebel Kamil, dans le Soudan septentrional. Les sites se placent en bordure d’oued, de plans d’eau nommés playas, s’installent parfois à la surface asséchée du lac lui-même. F. Wendorf a reconnu trois périodes de développement des lacs qu’il nomme Playa I, II et

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Sahara préhistorique III, liées aux vicissitudes du climat et séparées par des épisodes arides autour de 8200 et 7700 B.P. (7200 et 6700 av. J.-C.) ; il souligne une lacune de un à deux siècles entre le Néolithique ancien et moyen correspondant soit à un maximum d’extension des lacs, soit à la phase aride qui sépare Playa II et III. Alors qu’elle se maintient au Soudan, la céramique décorée de wavy line disparaît du désert égyptien vers 7800 B.P. (6600 av. J.-C.) au profit de céramiques plus sobrement décorées ayant parfois simplement un bord noir. Aux bovins domestiqués, qui étaient rarement tués pour la viande, s’ajoutent, vers 6700 B.P. (5600 av. J.-C.), les chèvres et les moutons qui en seraient fournisseurs. A partir de 6500 B.P. (5500 av. J.-C.), la culture du blé est nettement affirmée. W. Schön reconnaît deux phases dans l’occupation du Sud égyptien. La plus ancienne est datée entre 6400-5800 B.P. (5400-4700 av. J.-C.) et occupe l’essentiel des oasis, la seconde, entre 5500-4200 B.P. (4300-2800 av. J.-C.), est limitée aux régions sud. L’oasis du Fayum : Fayumien et Moérien Dans l’oasis du Fayum, les prospections menées entre 1924 et 1926 par G. Caton-Thomson et E.W. Gardner, les conduisirent à identifier un site important où deux occupations, dites « kôms W et K », leur permirent de définir les faciès Fayum A et B, ce dernier considéré alors comme une dégénérescence du Fayum A, ce qui fut infirmé par les travaux postérieurs. Les deux surfaces d’occupation étaient creusées de cuvettes ayant servi de foyers et, en 1984, M. Casini faisait état de vestiges de huttes. Entre les deux buttes, se plaçait une zone de greniers, silos d’un diamètre de 150 à 30 cm, profonds de 90 à 30 cm, tapissés de nattes ou de paille et pouvant renfermer des graines1, parfois calcinées, de blé Triticum dicoccum ou d’orge Hordeum hexastichum, H. vulgare, H. distichum. L. Krzyzaniak a calculé que ces silos pouvaient contenir 400 kg de grains. Les fouilles ont aussi livré du lin, une Graminée de type sarrasin, des paniers qui étaient parfois remplis de coquillages, des plateaux en paille, des faucilles en bois de tamaris dont l’une conservant encore des éléments en silex dans la rainure. Cette population aurait également pratiqué la pêche et la collecte des moules, des escargots. La faune comprenait de l’éléphant, hippopotame, crocodile, tortue et surtout des ossements de chèvres, moutons, bœufs, porcs ainsi que du chien. De nombreuses investigations ont amené la révision de ces données, les confirmant à l’exception du porc dont aucun ossement n’a été retrouvé. Elles ont abouti à reconnaître un horizon néolithique, le Fayum A ou Fayumien et un horizon épipaléolithique, le niveau Fayum B également nommé Qarunien. Le site QS X/81 étudié par J.K. Kozlowski et B. Ginter les montre en stratigraphie. Le Fayumien est daté de 6480 ± 170 B.P. (Gd2021) (5620-5300 av. J.-C.) et 5540 ± 70 B.P. (Gd1140) (4460-4340 av. J.-C.) à Qasr el Sagha. Il apparaît en fin de période sèche et se développe parallèlement au lac Mœris. L’industrie lithique (fig. 35), faite sur éclat, provient de nucleus quelconques issus de galets du Nil. Elle utilise volontiers une retouche plane souvent couvrante. Elle com1 .- Ce sont ces graines carbonisées qui, en 1955, servirent à Libby à développer la méthode de datation par Carbone 14.

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Un néolithique pastoral porte des pièces à coches et des denticulés, des scies qui peuvent être façonnées sur pièces foliacées, des racloirs, des éclats retouchés, des pièces bifaciales dont des pièces foliacées et des têtes de flèche à base concave profondément échan-

Fig. 35 – Fayum. Industrie lithique : 1, 2, 3) têtes de flèche à base concave ; 4, 6) têtes de flèche pédonculées ; 5) perçoir ; 7) tête de flèche foliacée ; 8) tranchet ; 9, 13) scies sur pièce foliacée ; 10) tête de flèche foliacée étroite ; 11) pièce foliacée ; 12) herminette. (Origine : 1) Site V, 2) Site O, 3) Kom K, 4, 6, 7) CII, 5,10) Site Z, 8, 9, 11,) Kom W, 12) Site N, 13) Site X. d'après Caton Thomson, 1934).

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Sahara préhistorique crée ou de formes pédonculées étroites. Une pièce originale est un tranchet à étranglement, en forme de hallebarde (fig. 35). Des haches, des herminettes sont taillées ou plus ou moins polies. On y trouve des éléments de faucilles dont la denticulation est lustrée. La poterie, courante, renferme un dégraissant végétal, elle n’est jamais décorée, mais soigneusement lissée ou même polie et recouverte d’un enduit rouge ou parfois noir. Les formes, globuleuses à fond plat ou arrondi, peuvent être très sophistiquées avec des coupes à pied trilobé. L’outillage osseux, épingles, poinçons, harpons, abonde. Des coquillages semblent avoir servi de cuillères. La parure se traduit par des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, des disques de pierre percés, des perles en amazonite. Des objets en cuivre natif martelé à froid y auraient été trouvés. Son économie, basée sur l’agriculture et l’élevage, paraît résulter de l’importation de plantes et d’animaux domestiqués. La plupart des auteurs voit dans ce niveau, en rupture avec les sites antérieurs par les têtes de flèche et les éléments de faucilles, une origine orientale en raison de diverses similitudes avec des industries du delta ; cependant, pour D. Holmes, il serait lié au désert libyque et son fond culturel pourrait trouver ses racines en milieu saharien et non proche-oriental. Le Fayumien est suivi par une phase sèche au cours de laquelle se développe le Moérien. Les sites sont alors inclus au sommet d’une formation limoneuse. Ils sont datés de 5410 ± 110 B.P. (Gd903) à 4820 ± 100 B.P. (Gd976) (43504050 à 3710-3380 av. J.-C.) à Qasr el Sagha. Les nucleus, petits, ont un ou deux plans de frappe. L’outillage est fait sur lame ou lamelle, les bords abattus, les retouches continues et les perçoirs en forment la masse, ils s’accompagnent de quelques grattoirs, burins, troncatures, d’éléments de faucille ; une seule tête de flèche a été retrouvée. Les tessons de poterie proviennent de vases sphériques pouvant avoir un col cylindrique, de vases à fond conique qui sont faits à l’aide d’un dégraissant minéral. En évoquant ce que l’on trouve à Siwa (fig. 36), certains auteurs voient dans le Moérien un écho tardif des traditions sahariennes. Autres oasis Dans l’oasis de Dakhla et en bordure de la Grande Mer de Sable, la phase la plus ancienne comporte deux moments d’occupation plus dense. A Dakhla, M. Mc Donald a identifié une séquence dite Bashendi datée entre 7600 et 6900 B.P. (6500 et 5820 av. J.-C.), elle traduirait une occupation intermittente, le refuge de pasteurs nomades de bovins et de chèvres, lors de l’aride mi-holocène. La seconde séquence, dite Sheikh Muftah, datée entre 6500 et 5500 B.P. (5500 et 4300 av. J.-C.) est, elle, associée à une sédimentation de playa. Sur les marges de la Mer de sable, une période majeure d’occupation se place autour de 7800 B.P. (6700 av. J.-C.), une autre vers 6100 B.P. (5000 av. J.-C.). Au Soudan, dans la basse vallée du wadi Shaw, W. Schuck trouve également deux périodes essentielles d’occupation avec de l’éléphant dans la plus ancienne. Des motifs dotted wavy line, incised wavy line et croisillons qui ornent la poterie, indiqueraient des contacts entre la Haute vallée du Nil et le Sahara. Ailleurs, la position des sites, souvent sur les dépôts de playa eux-mêmes, suggère des occupations en saison sèche et un lien avec les émergences de sources. A Farafra, oasis d’origine karstique, où l’occupation est datée entre

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Un néolithique pastoral 8080 ± 60 B.P. (R1902) et 5380 ± 110 B.P. (R2006) (7280-6840 et 4330-4050 av. J.-C.), la faible superficie des sites et la faible densité des vestiges ont suggéré des séjours brefs. Dans le secteur d’Aïn Dalla, les industries se distinguent

Fig. 36 – Siwa. Industrie lithique : 1, 4, 5) mèches de foret ; 2) troncature ; 3) lamelle à dos partiel ; 6, 7) têtes de flèche foliacées ; 8, 9) têtes de flèche pédonculées ; 10) nucleus ; 11) burin ; 12) racloir. (d'après Hassan et Gross in Close, 1987).

de celles, précédentes, du Qarunien par les matériaux qui ajoutent des quartzite, agate, silex aux chailles, et par le développement de la retouche plane ; l’outillage lithique comprend des perçoirs, coches, denticulés, racloirs, pièces esquillées et têtes de flèche. Certains sites disposent en outre d’un « tranchet » qui est décrit par B.E. Barich et F. Hassan comme une pièce allongée, étroite et épaisse, à retouche plane unifaciale, dont l’un des bords est abattu et qui est une pièce connue dans le Prédynastique de Nagada. Wadi el-Obeiyd a livré de nombreux restes végétaux dont Sorghum, Pennisetum, Panicum, une faune d’ovi-caprinés, mais aussi Gazella dorcas, qui sont datés entre 7130 ± 100 B.P. (Gd10505) et 6190 ± 270 B.P. (Gd9629) (6160-5840 et 5460-4810 av. J.-C.). Des fonds de huttes y ont été retrouvés et diverses similitudes montreraient des contacts entre ces populations et celles du sud ou de l’ouest. Dans la région de Selima, les dépôts néolithiques se surimposent souvent à des éléments paléolithiques ; ils sont datés entre 7180 ± 160 et 6300 ± 80 B.P. (6210-5890 et 5370-5080 av. J.-C.). Pour R. Kuper, ils évoqueraient Early Khartoum. La plupart des sites occupe le sommet et les bords nord de cordons dunaires, parfois le fond de dépressions. Généralement petits, chacun n’a livré qu’une centaine de pièces. L’outillage (fig. 37) comprend une majorité de petites lames et de lamelles à dos, de triangles et surtout de segments. Des lames

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Sahara préhistorique évoquent le matériel de Nabta, elles portent deux bords abattus, des coches, voire un burin. Le matériel de broyage est fréquent ainsi que l’œuf d’autruche dont un, retrouvé entier, présente un orifice latéral1. La céramique est rare, à surfaces très altérées. Outre les motifs damier et herringbone qui la caractérisent, elle est décorée de sillons pointillés droits ou en arc de cercle, parfois d’un motif dotted wavy line. La faune associée consiste en bovins sauvages, girafes, rhinocéros, gazelles, antilopes oryx ; elle renferme des chèvres et des moutons. Le Site 85/79 qui est daté de 6550 ± 65 B.P. (KN3880) (6010-5470 av. J.-C.), a livré un squelette humain en position contractée. El Kiseiba E-79-2 Au cours des campagnes de 1979 et 1980 qu’ils ont menées le long de la ligne d’installations préhistoriques qui borde l’escarpement d’El Kiseiba, F. Wendorf et R. Schild ont fouillé 13 sites et noté un net changement entre le Néolithique ancien et moyen. Les motifs dotted wavy line ne sont plus utilisés, des impressions au peigne, ponctuations en semis ou woven mat, motifs fréquents dans le Néolithique saharien toutes périodes confondues, des motifs à la spatule, en particulier un motif herringbone, leur étant préférés ; ils réapparaissent néanmoins dans le niveau le plus récent daté autour de 6300 B.P. (5300 av. J.-C.). Les lamelles sont abandonnées elles aussi pour une production plus fréquente d’éclats. Le choix des matériaux diffère, ce ne sont plus des silex éocènes qui sont recherchés, mais des roches locales ; quartz, chailles, roches métamorphiques diverses sont employées, ce qui entraîne une qualité moindre des objets. Dans ce chapelet d’oasis où le matériel de broyage est commun, l’orge et le blé auraient été cultivés. L’occupation est rapportée à de petits groupes d’éleveurs s’installant après les pluies estivales pour profiter des pâturages jusqu’au retour de la sécheresse. E-79-2 montrerait la continuité de l’occupation de ce secteur depuis le plus ancien Néolithique2. Il a été étudié par K.M. Banks. Daté entre 8130 ± 110 (SMU760) et 7610 ± 70 B.P. (SMU764) (7330-6840 et 6510-6390 av. J.-C.), il présentait probablement à sa base quelques traces d’une occupation de type El Nabta ; la même succession se lit à El Ghorab dans le Site E-79-4. Les occupants de E-79-2 ont surtout utilisé les chailles, quartz et bois pétrifiés, débités le plus souvent en éclats à partir d’un même plan de frappe. Les grattoirs qui comportent de nombreux types, privilégient les grattoirs simples et sur éclat retouché ou les grattoirs denticulés. Ils sont toujours faits en extrémité distale alors que les burins se placent indifféremment à l’une ou l’autre extrémité. Le groupe perçoir est riche en mèches de foret volontiers produites dans du bois silicifié. Les pièces à coches sont plus fréquentes que les denticulés, elles sont souvent faites sur éclat, la coche est volontiers retouchée, les pièces les plus longues portent aussi, fréquemment, une retouche. Les racloirs sont très rares et les têtes de flèche manquent. Les pièces esquillées, particulièrement nombreuses, privilégient le quartz ; la plupart est esquillée aux deux extrémités, près de 10 % l’est à la fois sur les bords et les extrémités, un peu moins l’est 1 .- Cette position de l’orifice est rare. Elle est connue sur six œufs dans l’erg Issaouane n Inarrarene, sur deux au Damous el Ahmar. 2.- Cf le détail de l’industrie lithique p. 564.

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Un néolithique pastoral

Fig. 37 - En haut. Selima. Industrie lithique : 1, 2) burins ; 3) mèche de foret : 4, 5) lames à dos ; 6, 8) lamelles à dos arqué ; 7, 13) lamelles à dos rectiligne ; 9, 16) triangles rectangles ; 10) lamelle à retouche Ouchtata ; 11) lame à cran ; 12) lamelle obtuse ; 14, 15) pièces à coches ; 17 à 19) segments. (d'après Schuck in Krzyzaniak et al., 1993). En bas. Lobo. Industrie lithique : 1, 11, 12) grattoirs ; 2) perçoir ; 3) trapèze ; 4) burin dièdre ; 5) tête de flèche pédonculée ; 6 à 8, 13) têtes de flèche foliacées ; 9) lamelle à deux bords abattus ; 10) lamelle à dos rectiligne ; 14) racloir ; 15) lame à deux bords abattus ; 16) pièce esquillée ; 17) lamelle à dos arqué et base retouchée. (d'après Klees in Krzyzaniak et al., 1989).

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Sahara préhistorique seulement sur les bords. Dans les récoltes figurent huit pointes d’Ounan-Harif et une pointe de Bou Saada. Des fragments de meules et molettes abondent. La céramique peut ne porter aucun décor, quand il existe, le plus courant est un motif de ponctuations, woven mat de préférence, couvrant une grande partie ou la totalité du vase. Des motifs dotted wavy line sont présents mais rares, ainsi que des herringbones et des dents. Le décor peut s’organiser en bandes. Les lèvres peuvent être incisées. Des fragments d’œufs d’autruche montrent la fabrication de rondelles d’enfilage sur le site même et de l’ocre souligne l’usage de colorant. La faune recueillie comprend surtout de petites gazelles et des lièvres, elle renferme un Canidé, du chat sauvage, des lézards et quelques restes provenant probablement de bœufs domestiques. Kortein E-77-5 Sa position au centre de la playa rapporte ce gisement à une occupation en saison sèche. L’industrie1 est dominée par les retouches continues et les pièces à coches ou denticulés. De nombreux types d’outils manquent ou sont faiblement représentés, c’est le cas des burins, éclats et lames à dos, troncatures, lamelles à dos ; les microlithes géométriques, particulièrement discrets, sont tous des segments. Il n’y a pas de tête de flèche. La poterie n’a pas la qualité de celle du Néolithique ancien et en diffère par son décor. Certains récipients n’en portent aucun ou le réduisent à la partie supérieure de la panse ; les motifs les plus courants sont des ponctuations et des galons faits au peigne traîné. La faune comprend surtout Lepus capensis, de petits rongeurs, des gazelles, aucun animal domestique. Lobo (=Site BOS 81/55) Dans la petite oasis d’Abu Minqar, proche des franges est de la Grande Mer de Sable, le site de Lobo (=Site BOS 81/55) fut découvert en 1934 par O. Wingate, il aurait été retrouvé en 1978 et étudié par une mission de l’Université de Cologne. Lié à des sources pérennes, il occupe une surface de 1200 x 300 m au pied d’une dune et tire son intérêt de la distribution irrégulière du matériel archéologique mise en évidence par plusieurs points de fouille : un secteur riche en mèches de foret ne renfermait ni microlithe géométrique, ni burin, d’autres qui en comportaient, étaient riches en lamelles à dos. Le site aurait été occupé de manière discontinue. Il a été daté entre 7900 ± 75 (KN3017) et 6070 ± 60 B.P. (KN3142) (7020-6650 et 5050-4850 av. J.-C.), deux phases majeures se dessinant autour de ces dates ; elles ne montrent pas de divergences fondamentales dans l’industrie lithique, mais seule la seconde a livré quelques tessons d’une céramique semblable à celle du Fayum et qui pourrait être plus ancienne. L’industrie (fig. 37) est faite dans des chailles dont un gite possible serait à 40 km, et dans des quartzites. Elle est partout dominée par des pièces esquillées, de petits perçoirs et des éclats à retouche continue, elle dispose de têtes de flèche foliacées étroites ou à très court pédoncule, de peu de denticulés. La seconde phase voit le nombre de pièces à bords abattus et microlithes géométriques augmenter. Elle renferme de la poterie qui est simplement 1 .- Cf Annexes p. 564.

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Un néolithique pastoral lissée, sans décor, ou décorée d’un motif pivotant. L’œuf d’autruche abonde et peut être décoré. Nabta Playa E-75-8 A l’ouest du bassin d’El Nabta, E-75-8 (=E101K3) est un vaste gisement qui occupe le sommet d’une dune. En partie enfoui dans le sable, il est associé au début de la phase Playa III. Il fut fouillé en 1975 et 1977 par « The combined prehistoric expedition » conduite par F. Wendorf. Les travaux qui portèrent sur plus de 70 m2 permirent de reconnaître trois niveaux. Le niveau inférieur est constitué de sables noircis par des charbons et des cendres. Il renferme des foyers et du matériel archéologique datés entre 7120 ± 150 (SMU242) et 6500 ± 80 B.P. (SMU435) (6160-5810 et 5520-5370 av. J.-C.). Les chailles, quartz, y compris du quartz hyalin, sont les matériaux les plus utilisés. Les nucleus sont souvent épuisés à l’extrême, réduits à des dimensions de 1,5 à 2 cm, les plus fréquents ont un seul plan de frappe ou des plans multiples sans organisation. Un ensemble de 345 outils taillés montre un fort développement d’éclats à retouche continue, 30,8 %, et d’éclats à coches ou denticulés, 27,1 %, groupe surtout constitué de coches. Les troncatures sont courantes, 17 %. Les microlithes géométriques, moins de 3 %, sont de petite taille ne dépassant guère 1,5 cm de long ; ce sont surtout des segments d’aspect trapu, quelques uns, dissymétriques, appartiennent à la variété J-shaped. Il y a de nombreux petits éclats appointis (10 %) dont la base est diversement aménagée : quand elle est concave, ils ressemblent à une pointe de Bou Saada, quand elle est convexe, ils se rapprochent de lamelle à base arrondie. Le groupe perçoirs, aussi peu représenté que les microlithes géométriques, comprend surtout des mèches de foret doubles. Des pièces à retouche bifaciale interviennent pour 2 % dont des têtes de flèche de formes diverses. Le matériel de broyage est fréquent, avec des meules ovales ou rondes parfois retrouvées face active contre le sol et pouvant porter des traces d’ocre rouge ou jaune ; certaines disposent de deux faces actives opposées. Des tests d’œuf d’autruche pouvant être décorés de quadrillage, des coquillages, de l’ocre ont été trouvés. De vastes vases en poterie, de médiocre qualité, sont décorés sans soin de ponctuations, parfois de dents ou de flammes réalisées au peigne, leur lèvre peut être crénelée. Les deux autres niveaux présentent le même agencement avec des foyers peu ou pas démantelés, renfermant des cendres, des charbons et parfois des os brûlés. Le sommet du plus récent est daté de 5810 ± 80 B.P. (SMU473) (4770-4550 av. J.-C.). Les coches et denticulés prédominent, 39,7 %, les pièces à retouche continue atteignent jusqu’à 33,8 %, les autres groupes demeurent au-dessous de 10 %. La poterie, de qualité médiocre, diffère de la précédente par un motif fileté, elle montre des affinités nilotiques et pourrait être en relation avec l’Abkien. Dans les niveaux supérieurs, des restes végétaux ont permis d’identifier de nombreuses Graminées, orge Hordeum vulgare, blé Triticum dicoccum, du palmier doum et du palmier dattier probablement Phœnix reclitana, petit palmier d’Afrique tropicale, connu dans le sud du Soudan. La faune comporte un fragment de coquille d’Aspatharia qui traduit un contact avec la vallée du Nil, des restes d’oiseaux mal conservés, de hérisson, lapin Lepus capensis, porc-épic,

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Sahara préhistorique une petite gazelle (Gazella dorcas ?), des chèvres, des moutons et quelques éléments attribuables à un bœuf domestique. Ces ovi-capridés sont entendus parfois comme des premiers témoins indiscutables de la présence de ces animaux domestiques en Afrique. Des trois inhumations, dont une double, mises au jour, n’ont été retiré que des restes en mauvais état. Néanmoins, ils ont pu être apparentés à une population négroïde. Un complexe mégalithique original avec alignements et cercle de pierres associés à un tumulus et des foyers1 est vu comme émergence du fait religieux. Les massifs Dans les années trente, R.A. Bagnold, O.H. Myers et al faisaient connaître les premiers éléments de préhistoire du Gilf Kebir. Les oueds qui drainent ce vaste plateau de grès nubiens, très isolé à la frontière égypto-libyenne, ont été barrés par les dunes qui se sont installées au cours de l’aride mi-holocène, dès lors, les écoulements ont créé des « playas » comparables aux oasis, favorables au développement de la végétation et à l’installation des populations sous une pluviosité estimée aux alentours de 200 mm. Dans le wadi el Akhdar, R. Kuper et W. Schön ont reconnu plus d’une vingtaine de sites qui place l’essentiel de l’occupation entre 5500 et 4500 B.P. (4300 et 3200 av. J.-C.), elle pourrait débuter vers 7700 ± 60 B.P. (6590-6460 av. J.-C.)2 ; J. Linstädter et S. Kröpelin nomment « Gilf B » cette période. Ces sites offrent des traits semblables. La phase ancienne est riche en segments, en microburins ; la poterie, de forme conique, est volontiers décorée d’un bandeau de motif herringbone entourant l’ouverture. Dans les phases suivantes, les pièces à retouche continue et les denticulés prennent de l’importance. La phase la plus récente est enrichie en triangles et trapèzes. Dans le Site 81/4 où la densité de matériel est importante sur 15 x 10 m, l’outillage est caractérisé par la fréquence des pièces denticulées, à un degré moindre des retouches continues et des perçoirs. En appréhendant la dispersion des éclats, Z. Cziesla a pu constater des différences dans la destination des diverses matières premières. La poterie est rare, peut supporter un motif dotted wavy line. Des gravures sur bloc figurent des bovins dans un style connu de l’Ouest libyen. On retrouve cette rareté de la poterie en Libye, au Djebel Ouenat voisin où le Néolithique pastoral est daté de 6115 ± 70 B.P. (GrN7236) (5210-4860 av. J.-C.) en Pt 24. Elle est peu décorée, 65 % des tessons ramenés en 1969 par la mission belge du Musée royal de Tervuren étant simplement lissés et seul le quart entièrement décoré. Les motifs peuvent être soulignés d’une cannelure, ils font largement appel à un peigne à dents rectangulaires ou à des aiguillons de silure. Ils consistent en dents, flammes, fines cannelures voire stries, chevrons, galons, éventails, parfois filetés. Les décors les plus réduits se ramènent à un registre de hachures pointillées faites à l’aiguillon de silure ou à un rang de fausses perforations autour de l’orifice. Des motifs dotted wavy line et incised 1 .- Cf p. 291. 2 .- Des foyers, sans matériel archéologique, indiquent aussi une présence humaine à 9370 ± 215 B.P. (KN2879) (9110-8300 av. J.-C.).

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Un néolithique pastoral wavy line ont été utilisés. Un souci de composition apparaît sur divers vases par l’utilisation d’un même motif dans des directions diverses et la conservation de vastes plages vierges. Au Gebel Kamil, au sud-est du Gilf Kebir, J. Hahn n’a reconnu d’occupation qu’entre les 6ème et 4ème millénaires. Il s’agit toujours de petits sites à caractères différents, montrant une population qui disposait de quelques bovins, moutons et chèvres. Du matériel de broyage, présent sur certains sites, indique l’utilisation de graines écrasées. Les grattoirs et denticulés sont quasiment toujours présents à l’inverse des perçoirs, microlithes géométriques. L’œuf d’autruche et la poterie peuvent manquer, séparément ou conjointement. De multiples cultures dans le bassin du Nil Alors que la fabrication de poterie, dès le Néolithique ancien, traduit un stade techno-économique plus évolué en Nubie qu’en aval de la vallée, au 7ème millénaire, la situation s’inverse. En Basse Egypte, l’élevage et l’agriculture sont prépondérants ; l’habitat, dense, est déjà largement sédentaire. En Nubie, il est dispersé, la chasse, la pêche, la cueillette continuent à jouer un grand rôle malgré des activités de production. Plus tard, l’absence de cuivre dans le sud marquera une autre différence. Toutefois, divers traits culturels partagés traduisent l’existence de relations. L’Urschicht, culture rapportée aux 6ème-5ème millénaires, est connu dans le delta et la basse vallée. Le Tarifien se développerait vers 6000 B.P. (4900 av. J.-C.) dans la région de Thèbes, pour B. Ginter et J.K. Kozlowski, ce serait une phase céramique d’un épipaléolithique local. Au Soudan, à hauteur de la Deuxième Cataracte, la région de Wadi Halfa est riche de plusieurs cultures : l’Abkien qui procèderait du Qadien et pourrait être l’ancêtre du Groupe A, le Post-Shamarkien et le Khartoum variant, ces trois cultures semblant occuper le même espace spacio-temporel. L’Abkien et le Post-Shamarkien seraient autochtones, le Khartoum variant serait allochtone. Au 5ème millénaire, le Shaheinabien connaît un ample développement à hauteur de la Sixième Cataracte. Le Kadruka par ses structures sociales annonce Kerma. Au sud-est de la région de Khartoum, dans l’Atbaï, le Kassala, le delta de la Gash, une technologie céramique dite « Atbai tradition » assure la continuité entre divers faciès culturels, Pré-Saroba, Saroba et Kassala. L’élevage n’y serait pratiqué que tardivement, à partir du 2ème millénaire. On peut rattacher au bassin du Nil une région périphérique, le wadi Howar où se développe le Shaheinabien et qui, au sud-ouest, assure un contact avec l’Ennedi. On doit accorder un intérêt particulier à la céramique décorée de dotted wavy line. Ce motif qui apparaît tôt dans la zone saharienne et sahélienne, n’interviendrait qu’à partir du 6ème millénaire dans le bassin du Nil, la céramique n’y connaissant jusque là que des motifs incised wavy line. Tout comme en zone sahélienne, ses vagues y sont d’une grande amplitude et non faible comme en zone saharienne, la frontière entre ces caractères, ondes courtes, ondes longues, se placerait au nord-est du Tchad.

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Sahara préhistorique Le Shaheinabien et son évolution Le Shaheinabien, nommé Early Khartoum par certains auteurs, a été appelé un temps « culture des gouges » en raison de l’importance qu’y prenait cet outil1. Il se développe le long du Nil et de ses affluents où 22 sites ont été répertoriés sur une distance d’une vingtaine de kilomètres. Il est connu dans le wadi Howar où les plus anciens sites lui sont attribués. Le Shaheinabien serait issu du Pré-Khartoum directement ou par un stade évolutif connu à Shabona. Son évolution se lirait à Kadero. Au nord, en Haute Nubie, plusieurs groupes, tel les groupes de Tergis, Karat, ainsi que, dans la région de Debba, le groupe Early Khartoum related, évoquent la même culture. Le Shaheinabien se développe du 6ème au 4ème millénaire où il fait place au Post-Shaheinabien connu au 3ème millénaire. Il s’individualise par une poterie rouge ornée de demi-cercles noirs qui bordent la lèvre, des haches polies en os et l’abondance des gouges ; il comporte des têtes de massue, des harpons en os, des hameçons en nacre, des perles en pierre dure (amazonite, cornalite), des labrets. Dans la plupart de ces ensembles, l’utilisation du quartz prédomine. La poterie se distingue de celle du Pré-Khartoum par son épaisseur bien plus faible, 4 à 6 mm, celle du Pré-Khartoum atteignant 7 à 8 mm. Dans la phase ancienne, elle présente un motif incised wavy line, dans la phase récente un motif dotted wavy line intervient. Ce caractère qui se retrouve dans divers sites le long du Nil, à El Qoz supérieur, Islang, Kabbashi, Saggaï, Sarourab…, a conduit certains auteurs, pour qui le motif dotted wavy line caractérise le Pré-Khartoum entendu comme Mésolithique, à n’attribuer au Néolithique que les niveaux postérieurs aux manifestations les plus récentes de dotted wavy line et à lire dans ce motif, le prolongement du Pré-Khartoum dans cette région. Djebel Moya Les premières recherches au djebel Moya ont été menées par F. Addison dans les années quarante, puis D. Adamson, J.D. Clark et M.A.J. Williams dans les années soixante dix, les dernières par I. Caneva au début des années quatrevingt-dix. On ne dispose pas de datations pour l’occupation préhistorique, mais la comparaison avec des ensembles industriels similaires, a permis de proposer le créneau 8000-7000 B.P. (6900-5900 av. J.-C.). La poterie fréquente à la base, l’est moins dans les niveaux supérieurs. Elle offre d’étroites similitudes avec celle de Kadero. D’après I. Caneva, la plus ancienne est riche en dotted wavy line et comporte un nombre écrasant de décor tournant2, 90 %. L’auteur conclut à une similitude avec Shaqadud phase 3, Kabbashi-A et avec des motifs sahariens, en particulier ceux qui se retrouvent à Délébo, ce qui suggère des contacts intensifs entre les deux régions. 1 .- On rappellera que les gouges ne possèdent qu’un seul côté façonné alors que les haches ont un tranchant à deux côtés façonnés symétriques et les herminettes, à deux côtés dissymétriques. Pour A.J. Arkell, la gouge aurait été inventée dans les forêts congolaises par les Lupembiens, proposition qui ne repose sur aucun élément archéologique. 2 .- I. Caneva distingue deux modes d’obtention des motifs wavy line. Une technique pivotante (return technique) où l’instrument progresse par appui d’une extrémité puis de l’autre, une technique tournante (rocker technique) où la progression se fait en conservant une extrémité en appui fixe pendant que l’autre trace un arc.

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Un néolithique pastoral El Ghaba Le site d’El Ghaba, 150 km au nord de Khartoum, comporte un niveau d’habitat d’une vingtaine de centimètres perturbé par de nombreuses inhumations. Fouillé entre 1977 et 1986 par la section française de la Direction des Antiquités du Soudan, il livra un matériel comportant une gouge, mais ni harpon, ni hameçon, ce qui est une singularité. Il renfermait des restes de grands bovins Bos primigenius. Plus de 250 inhumations ont été mises au jour et datées entre 5660 ± 120 (Gif5505) et 4990 ± 110 B.P. (Gif5506) (4670-4360 et 3940-3660 av. J.-C.). Les tombes fouillées étaient très groupées et déterminaient un espace inoccupé qui pourrait être la trace d’un édifice. Les défunts gisaient en décubitus latéral contracté pour la plupart, ou en décubitus latéral fléchi, sans côté privilégié de repos ; quelques cas de décubitus dorsal existent dont un aux jambes repliées en tailleur. La couleur verdâtre des dents, parfois de la face, résulte de la présence de malachite dans la bouche. Les défunts étaient accompagnés d’un mobilier important, ossements divers, coquilles, poteries, qui est dans la lignée de celui d’El Kadada. Les différences dans le mobilier ont permis de distinguer deux phases dont l’une comporte une poterie typique du Shaheinabien. Geili A une cinquantaine de kilomètres au nord de Khartoum, Geili fait face à Shaheinab sur la rive droite. C’est une élévation qui domine de plus de 4 m la plaine alluviale et renferme une couche archéologique de 1 m d’épaisseur perturbée par de nombreuses inhumations allant du Néolithique tardif au Méroïtique. Découvert en 1970 par S.M. Puglisi, le gisement fut fouillé à partir de 1973 par la Mission italienne de recherches préhistoriques en Egypte et au Soudan. L’occupation est datée de 5570 ± 100 B.P. (T5022) (4520-4260 av. J.-C.). La faune traduit un élevage de bovins, moutons et chèvres. Elle est faite de restes de gazelles, antilopes, buffles, hippopotames, girafes, singes, de carnivores, reptiles, tortues, de poissons-chats, de coquillages (Pila wernei). Le quartz fournit la plus grande part du débitage, mais l’outillage lui-même est en majorité sur rhyolite. Les pièces à retouche continue et les pièces à coches

Fig. 38 – Geili. Décors de poterie : 1) woven mat ; 2) dents ; 3) sillons courbes pointillés ; 4) sillons courbes; 5) boulier ; 6) wavy line. (d'après Caneva in Krzyzaniak et al., 1984).

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Sahara préhistorique prédominent, ces dernières sont faites sur quartz. Les grattoirs, perçoirs, denticulés sont courants, les microlithes géométriques rares ainsi que les haches et les gouges. Il y a peu d’outillage osseux, il a été trouvé des harpons à un et deux rangs de barbelures, avec encoche d’accrochage, des aiguilles, des alènes. Il est possible que des hameçons aient été façonnés dans des coquilles d’Aspatharia. La parure est faite de perles en os et en test d’œuf d’autruche. Le matériel de broyage comprend des disques, des molettes de diverses formes. La poterie est dégraissée au sable, sa surface est volontiers polie. Les formes sont simples sans col ni anse, aux parois peu épaisses qui supposent des récipients plutôt petits. Le décor peut être complexe, il peut se développer sur la lèvre. Les motifs les plus fréquents sont les dents et les lignes de ponctuations (fig. 38) qui peuvent être organisées en registres. Des motifs tels que dotted wavy line, triangles, demicercles concentriques, pointillés ou non, peuvent aussi border l’orifice. Certains décors pourraient être spécifiques à certaines formes. Les restes humains mis au jour reposaient en position contractée, sur le côté droit, orientés ouest-est, comme à Shaheinab ou Kadero. Kadero Egalement en rive droite du Nil, Kadero est une butte argileuse dominant de près de 2 m la plaine. Les travaux conduits par L. Krzyzaniak à partir de 1980, ont porté sur plus de 1500 m2 en huit campagnes de fouilles. Ils ont déterminé deux secteurs d’habitat et, entre eux, une zone de sépultures en pleine terre, contemporaine de l’habitat, où une quarantaine d’inhumations a été mise au jour. Une autre zone de sépulture est extérieure à l’habitat nord. L’occupation est datée entre 5610 ± 55 (KN2822) et 5030 ± 70 B.P. (T2189) (4490-4360 et 3940-3720 av. J.-C.). L’industrie, sur éclat, est en quartz et rhyolite, mais il y a fort peu de débitage et de nucleus en rhyolite, des nucleus discoïdes en quartz prédominant largement. Les éclats de quartz proviennent de galets ovales qui ont été débités en demi rondelles par percussion alternative sur les côtés, des retouches abruptes de la surface prédéterminant des segments. L’outillage comprend en proportions comparables des perçoirs, coches et denticulés qui sont mieux représentés qu’à Shaheinab, des gouges et des pièces simplement retouchées. Les grattoirs, burins, troncatures, géométriques, racloirs, haches sont peu nombreux et les géométriques qui se ramènent tous à des segments, sont plus fréquents qu’à Shaheinab. La poterie est faite à l’aide d’un dégraissant végétal. Comparable à celle de Shaheinab, elle utilise de même des motifs incised wavy line ou dotted wavy line, mais les décors complexes sont plus courants qu’à Shaheinab. La faune est dominée par les bovins, les moutons et les chèvres. De récentes analyses isotopiques des acides gras extraits des résidus organiques provenant de poteries montrent l’importance de la consommation de plantes fixant le carbone selon le mode C4, Dunne et al concluent à un élevage loin du Nil, en zone steppique. Des poissons, mollusques, oiseaux, du gibier suggèrent une savane ouverte avec mares et végétation dense le long des cours d’eau. Mils et sorghos abondent en impressions dans les poteries, ils appartiennent à une dizaine d’espèces dont Hordeum, Setaria, Pennisetum avec une forte majorité d’Eleusine

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Un néolithique pastoral coracana et Sorghum vulgare dont le statut domestique n’est pas certain pour M. Klichowska1. Un décalage chronologique existerait entre les deux secteurs d’habitat, il se traduit dans la céramique : celle de l’habitat nord est plus proche de celle de Shaheinab, mais possède davantage de tessons à engobe rouge, celle de l’habitat sud serait plus proche de celle d’El Kadada, elle renferme davantage de tessons à bord noir, est plus riche en décor de triangles et de dents, son industrie lithique comporte une plus grande proportion de gouges. On retrouve des traits comparables dans divers sites : Zakiab, Umm Direiwa, ont fait l’objet de sondage par R. Haaland en 1978 et livré des impressions de Sorghum verticilliflorum, El Qoz fouillé par A.S.A. Mohamed Ali a révélé une stratigraphie montrant la superposition Pré-Khartoum-Shaheinabien, Guli sur le Nil blanc, étudié par Adamson, Clark et Williams a été daté de 5480 ± 90 B.P. (SUA211) (4450-4230 av. J.-C.). Rabak Identifié par R. Haaland, à quelques kilomètres du Nil blanc, le site de Rabak domine la plaine de 3,5 m. Le niveau archéologique qui affleure en surface, a une épaisseur de 0,60 à 0,80 m et couvre une surface de 16000 m2. Il est daté de 6050 ± 100 (T5133) à 4490 ± 100 B.P. (T5132) (5190-4800 à 3350-3030 av. J.-C.) et a été interprété comme un habitat permanent. L’industrie lithique, sur éclat, voit la prédominance de pièces à retouche continue, près de 50 %, la haute fréquence des racloirs, puis viennent les perçoirs et les segments. Généralement les bords abattus sont faits sur quartz d’où la médiocrité apparente du travail. Le quartz est d’ailleurs le matériau le plus fréquent, 58 %, puis les quartzite et bois pétrifié ; quelques pièces sont en rhyolithe dont l’affleurement connu le plus proche est à 300 km au nord. Rabak se distingue de Shaheinab par l’absence de gouge et de matériel de broyage, mais aussi par le peu de matériel poli et de décor de la poterie. Le motif le plus courant est fait de ponctuations qui peuvent provenir d’un aiguillon de silure. Le niveau supérieur dispose d’une poterie à décor incisé localisé autour d’un col droit très court, laissant l’essentiel de la panse vierge, ce qui évoque la plus ancienne poterie du djebel Moya que J.D. Clark a également retrouvée au Jebel et Toma. Rabak pourrait être une transition entre Shaheinab et le djebel Moya. La vie était articulée autour de ressources aquatiques et d’animaux domestiques comme le bœuf. Toutefois en raison de la forte pluviosité, 750 mm entre 6000 et 4000 B.P. (4900 et 2500 av. J.-C.), il est possible qu’il y ait eu des mouvements de transhumance entre le Butana et la région de Rabak, mouvements qui expliqueraient la présence de rhyolite. Shaheinab Site éponyme du Shaheinabien, le site de Shaheinab a été fouillé en 194950 par A.J. Arkell. Il occupait une surface de 200 x 60 m, en rive gauche du Nil et comportait une épaisse couche cendreuse, sans stratigraphie visible, avec des foyers en cuvette profonde bordée de fragments de grès, dont le plus grand mesu1 .- En 1981, R. Haaland y note aussi des empreintes de Sorghum verticilliflorum.

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Sahara préhistorique rait 1,50 m de diamètre. Ils renfermaient des cendres et des ossements brisés. Shaheinab a été interprété comme un habitat permanent. Le site est daté de 5370 ± 80 (T3223) et 5240 ± 80 B.P. (T3222) (4330-4050 et 4220-3970 av. J.-C.). L’outillage (fig. 39), en rhyolite, quartz ou bois silicifié, est façonné sur éclat avec prédominance de microlithes géométriques, en particulier de segments très larges. Il dispose de grattoirs, racloirs, lames à dos, perçoirs parmi lesquels les mèches de foret en quartz sont nombreuses. Il n’y a ni burin, ni tête de flèche. L’usage courant de la retouche plane a conduit au façonnage de pièces foliacées et de nombreuses haches, herminettes, gouges qui peuvent être partiellement polies. Un temps, les gouges furent considérées comme fossile directeur. De petits disques épais, des percuteurs portant des traces de piquetage et une légère dépression au centre d’une face, parfois des deux, sont courants. Des meules et molettes sont présentes, elles peuvent présenter des traces d’ocre. Des têtes de massue sont des anneaux d’une dizaine de centimètres de diamètre avec une lumière de 4 à 5 cm. L’industrie osseuse est diversifiée avec des poinçons, lissoirs, hameçons, outils à bord tranchant, haches. Les harpons peuvent avoir leur base perforée ce qui devait faciliter la ligature. Des hameçons sont façonnés dans des coquilles de mollusques. La céramique est soigneusement lissée, lustrée ou polie. Outre des vases rouges à frise de demi-cercles noirs bordant la lèvre devenus les nouveaux marqueurs, elle connaît un décor d’impressions ou d’incisions, les lignes brisées sont recherchées, des motifs en triangle ou en écaille courants. Des rangs d’incised wavy line, de dents, de ponctuations peuvent couvrir les tessons d’un décor monotone ou être disposés en décors complexes faits de bandes jointives d’aspects différents. Les lèvres peuvent être décorées et un motif se développer sur un rang à l’intérieur du vase. La parure comporte des bracelets, colliers de perles, pendeloques, labrets. Elle utilise des tests d’œufs d’autruche, des pierres semi-précieuses, amazonite et cornaline, de l’ivoire, des dents, de l’os, des coquillages. La faune comporte des coquilles de mollusques1, en particulier Aspatharia, des restes de poissons Clarias, Lates, de reptiles, varans, crocodiles, de tortues, les oiseaux sont plus courants qu’à Khartoum Hôpital. La faune mammalienne renferme Cercopithecus, Canis, Hippopotamus, des phacochères, antilopes, gazelles, girafes, rhinocéros, éléphants, porcs-épics, du lièvre en abondance et des espèces domestiques Bos, Ovis ammon, Capra ægagrus, ainsi que du chien. La pratique de l’agriculture n’est pas démontrée, les impressions de plantes retrouvées dans des pâtes céramiques indiquent seulement la présence d’un sorgho non différent morphologiquement de l’espèce sauvage2. L’alimentation comprenait aussi des noix de palme qui se trouvent actuellement en Afrique de l’Ouest, du micocoulier déjà présent dans le Pré-Khartoum. Des restes humains retrouvés dans les niveaux supérieurs sont rapportés à une période plus récente, prédynastique ou méroïtique. Des ensembles industriels identiques existent à Umm Direiwa 1 et Umm Direiwa 2, petits monticules de rive droite du Nil, à une quinzaine de kilomètres 1 .- A.J. Arkell voyait dans celles d’Aetheria elliptica, de possibles louches ou cuillères. 2 .- A propos des caractères domestiques du sorgho, cf p. 33.

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Un néolithique pastoral

Fig. 39 - Shaheinab. Industrie lithique : 1) grattoir ; 2, 3, 8 à 10) segments ; 4) éclat à bord abattu ; 5, 13) lamelles à retouche Ouchtata ; 6, 12) lamelles à dos arqué ; 7) mèche de foret ; 11) lame à dos arqué ; 14) racloir sur pièce uniface ; 15, 16) gouges ; 17) denticulé ; 18) lame à retouche Ouchtata et base rétrécie ; 19) racloir sur face plane. (d'après Arkell, 1953).

au nord de Khartoum. R. Haaland a daté l’un de 6840 ± 110 et 5715 ± 120 B.P. (5840-5630 et 4710-4410 av. J.-C.). Shaqadud Shaqadud comprend un ensemble de sites regroupés dans un petit canyon du Butana, à une cinquantaine de kilomètres à l’est du Nil. Sa faune traduit un environnement de savane. Le site fut reconnu en 1963 par K.H. Otto, revu en 1987 par A.S.A. Mohamed-Ali, puis par I. Caneva et A.E. Marks en 1990. Les dépôts de Shaqadud midden et Shaqadud cave réunissent une séquence de près de 7 m d’épaisseur sans changements significatifs de l’industrie lithique, mais où l’on peut suivre l’évolution du décor céramique. A Shaqadud midden, le niveau Néolithique moyen d’une épaisseur de 3,35 m, repose sur un niveau Pré-Khartoum. Il est daté de 7056 ± 321 B.P. (SMU1290) à 5584 ± 74 B.P. (SMU1134) (6220-5640 à 4490-4350 av. J.-C.). L’industrie, tirée de quartz, est dominée par des segments, perçoirs et denticulés. Du matériel de broyage se rencontre à tous les niveaux. Les gouges et herminettes manquent. Les harpons sont fréquents. On retrouve dans la poterie l’antériorité du motif incised wavy line sur le motif dotted wavy line. Des quatre phases que la poterie a permis de distinguer, seule la phase supérieure, phase IV,

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Sahara préhistorique est attribuée au Shaheinabien, les trois autres sont rapportées au Pré-Khartoum. Datée entre 5970 ± 290 B.P. (SMU1735) et 5584 ± 74 B.P. (SMU11734), (52304550 et 4490-4350 av. J.-C.), elle se particularise par un décor en lignes brisées. Cette succession incised wavy line-dotted wavy line, reconnue dans divers sites, a été retrouvée en rive droite du Nil bleu par la Mission archéologique espagnole au Soudan qui propose une intéressante sériation d’ordre chronologique à partir de la distribution des motifs, avec la succession incised wavy line, dotted wavy line, impression tournante, puis impression pivotante. Des micro-aires spécialisées pourraient correspondre à une subdivision occupations féminines-occupations masculines et des mouvements saisonniers existeraient entre la rivière et le désert. La faune consommée comporte des restes d’antilopes de diverses espèces, des phacochères, porcs-épics, girafes ainsi que des tortues et des Gastéropodes tel Pila. Les restes d’animaux domestiques se limitent à un radius de chèvre, espèce probablement introduite à partir de la vallée du Nil. Wadi Howar Ancien tributaire du Nil, le wadi Howar est, dans le Soudan nord-occidental, une longue bande de végétation de quelques kilomètres de large, qui se déroule sur près de 650 km depuis les montagnes de l’Ennedi jusqu’au sud du désert libyque. Il doit son importance à la connexion qu’il a pu assurer entre l’est du Tchad et les plateaux bordant le Nil lors des périodes humides de l’Holocène. Les travaux menés par l’Université de Cologne ont, en effet, confirmé ce que laissait supposer l’examen des images satellites, le wadi Howar a bien été un tributaire du Nil et non un cours d’eau s’arrêtant au djebel Rahib comme on l’a cru longtemps. A l’Holocène, il peut être vu comme une suite de plans d’eau et de marécages se transformant en sections fluviales lors de fortes pluies. A partir des années 80, les recherches menées sous la direction de R. Kuper dans le cadre des projets BOS (Besiedlungsgeschichte der Ostsahara) puis ACACIA (Arid Climate and Cultural Adaptation in Africa), ont permis d’identifier près de 300 sites et une occupation continue autour des plans d’eau et surtout sur les dunes, en particulier celles qui s’appuient contre le djebel Rahib. Du 6ème au 4ème millénaires, des sites de 1 à 4,5 hectares, traduisent un habitat qui pourrait être saisonnier et l’épaisseur des dépôts rapporte la longue durée de fréquentation. Ils renferment des harpons, une poterie à motifs de dotted wavy line, croisillons et herringbones. F. Jesse rattache la phase située entre les 6ème et 5ème millénaires à Early Khartoum. La basse vallée aurait été désertée au cours du 3ème millénaire, tandis que l’occupation de la moyenne vallée durerait jusqu’en fin de 2ème millénaire La poterie permet de suivre une nette évolution précisée par la stratigraphie reconnue à Conical Hill (= Site 84/24), dans la basse vallée, où le dépôt anthropique a plus de 1,25 m d’épaisseur. L’occupation la plus ancienne, datée vers 7000 B.P. (5900 av. J.-C.), est rapportée à des chasseurs-cueilleurs. Ils possèderaient une poterie à décor de dotted wavy line, motif qui serait développé dans l’ensemble du cours inférieur. Viendrait ensuite vers 6500 B.P. (5500 av. J.-C.), une poterie dite de type Laqiya, en majorité décorée de croisillons et herring-

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Un néolithique pastoral bones. Des pasteurs de bovins auraient vécu vers 5300-5000 B.P (4100-3800 av. J.-C.) porteurs de la poterie type Leiterband, dont le motif boulier est fait à l’aide d’un peigne disposant d’une extrémité à dent spatulée, sur laquelle prend appui un mouvement tournant. Le décor s’organise en étroits registres parallèles à l’ouverture, pouvant parfois s’emboîter plus ou moins. C’est alors que le cours inférieur aurait été déserté. Le site Rahib 80/87 est particulièrement significatif. Placé dans la partie occidentale du djebel Rahib, au pied d’une petite montagne, à proximité de dépôts de playas dont des lambeaux subsistent à sa surface, il s’étend sur 200 x 80 m avec une épaisseur de l’ordre de 10 cm, l’essentiel des objets se trouvant en surface. Découvert en 1980, il fit l’objet de fouilles en 1984. Elles furent développées sur près de 150 m2 et ont permis de dater le site de 6660 ± 70 B.P. (KN3404) et 5580 ± 60 B.P. (KN2962) (5640-5520 et 4460-4360 av. J.-C.) sur mollusques. Le matériel lithique est tiré de quartz, silex et surtout quartzite qui affleure à proximité. Les outils sont rares et frustes, avec une forte dominance de segments. Du matériel de broyage, des pierres à rainures, des outils en bois ou en os, de nombreuses rondelles d’enfilage ont été retrouvés. Leur disposition suggère soit des secteurs d’activités, soit des phases d’occupation différentes ; la poterie qui abonde, par sa différence d’épaisseur et la répartition des motifs appuie plutôt la seconde proposition. Fortement chargée en dégraissant quartzeux grossier, elle a été montée aux colombins et cuite à l’air libre. De forme globuleuse, elle ne porte pas de col, est entièrement couverte d’un décor monotone privilégiant l’impression pivotante. Les motifs dotted wavy line et écailles prédominent, puis les dents, points et sillons pointillés. La distribution des motifs est aussi en faveur de deux occupations, leurs proportions connaissant des différences sensibles. La faune comprend Hippopotamus amphibius, Crocodylus niloticus, Loxodonta africana, Gazella dama, Hippotragus equinus, des poissons. Le Néolithique de Kadruka En Haute Nubie, dans la région de Dongola, en amont de la Troisième Cataracte, une densité de sites d’habitat et de cimetières est très forte le long du wadi El Khowi qui coulait parallèlement au Nil. Ce serait les restes de petites communautés d’une centaine d’individus, vivant d’élevage et d’agriculture, entre 6500 et 5300 B.P. (5500 et 4100 av. J.-C.). Les habitats installés dans la plaine sont très altérés par l’érosion, alors que les cimetières placés sur des buttes, ont été préservés. La base de l’industrie lithique est faite de microlithes, l’outillage poli est courant. La céramique, d’abord ornée d’impressions pivotantes, voit le décor se réduire progressivement jusqu’à se limiter à des incisions sur la lèvre. De l’orge a été retrouvé dans plusieurs tombes, alors qu’il y a peu de matériel de mouture. Un mobilier funéraire des plus riches (fig. 68), de plus en plus abondant au fil du temps, préfigure celui des royaumes de Kerma, Napata et Méroé. Le mobilier et la stratigraphie issue des tombes qui se recoupent ont permis d’identifier cinq

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Sahara préhistorique phases. Les tombes, circulaires, individuelles, renferment souvent des bucranes de bovidés, parfois des statuettes en terre cuite. Elles se placent autour d’une sépulture plus riche qui doit être celle du personnage le plus important, et dont l’une est datée de 5360 ± 70 B.P. (4320-4050 av. J.-C.). Cette disposition traduit un groupe très fortement hiérarchisé conduisant à l’installation de chefferies. L’Abkien L’Abkien est connu en Moyenne et Basse Nubie. C’est à lui que l’on rapporte une bonne partie de l’art rupestre de la vallée. Découvert par O. Myers en 1947-48, il fut étudié par J.L. Shiner (Combined Prehistoric Expedition), puis H.A. Nordström (Scandinavian Joint Expedition). Pour J.L. Shiner, il serait l’ultime développement des cultures de la « Cataract tradition » qui débute avec le Gemaien et dont le Qadien serait le terme intermédiaire1 ; il voit ainsi la fréquence des segments diminuer, les grattoirs devenir plus courants, la largeur des pièces augmenter. Il est connu du 5ème au 3ème millénaire.

L’occupation des oasis du Sahara oriental, celle des grands oueds transformés en une succession de plans d’eau par des barrages dunaires mis en place par l’aridité, s’intensifie au cours de la dernière phase humide dite Nabta Playa, favorisant les contacts entre le Sahara central et la vallée du Nil. Elle serait le fait de populations semi-nomades s’installant dans les dépressions en saison sèche, en particulier dans celle du Fayum. Elles élevaient des moutons, chèvres et bovins, pouvaient posséder des chiens. Elles cultivaient des céréales, blé (Triticum dicoccum), orge (Hordeum vulgare surtout, H. hexastichum, H. distichum), sorgho (Sorghum), mils (Pennisetum, Panicum), probablement du sarrasin et, peut-être, un petit palmier dattier d’Afrique tropicale, Phœnix reclitana. Du lin était produit au Fayum. La céramique est le marqueur essentiel de ces cultures. Elle est plutôt abondante et parallèlement à des caractères propres tel l’emploi de motifs damier et herringbone, développe un motif dotted wavy line qui introduit des similitudes avec celle du Sahara central et Khartoum. Les sites abkiens sont petits, 20 m de diamètre pour le Site 2007. Le matériel est peu dense. Proche de Khartoum variant, l’Abkien s’en distingue par l’implantation des sites, toujours en bordure du Nil, alors que ceux de Khartoum variant se dispersent du Nil à l’intérieur du pays. Divers auteurs rapprochent ces deux ensembles industriels des sites anciens du Gilf Kebir. L’industrie lithique, microlithique, est obtenue à partir de galets du Nil, quartz, agate, silex. La trousse à outils comporte des meules, des palettes parfois ocrées, un outillage en os avec poinçons. Quelques têtes de flèche à tranchant transversal ont été retrouvées dans les sites 629 et 2007. La poterie renferme un dégraissant sableux. De forme simple, hémisphérique ou ovoïde, elle a souvent un bord éversé. La 1 .- Cf t. I.

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Un néolithique pastoral surface est lissée ou légèrement polie, rarement décorée. La lèvre seule peut être décorée. La parure comprend des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, des amulettes. L’évolution de l’industrie a permis d’identifier trois stades : - L’Abkien ancien encore proche du Qadien ne dispose pas ou peu de poterie. - L’Abkien dit développé voit le déploiement des pièces à coches, denticulés, racloirs ; des haches apparaissent ainsi qu’une poterie à bord incisé, pouvant être décorée de dents ou de guillochages. - L’Abkien terminal est caractérisé par une céramique à motif ridé (rippled ware) ou à surface rouge polie et bord noir. Il entretiendrait des relations avec le Badarien, assurerait la transition avec le Groupe A. Peut-être faut-il en rapprocher les Sites 94, 604, 1001, 10291, 20022 de la région de Wadi Halfa. Dans cette région, les fouilles de O.H. Myers en 1948 et 1957, puis les travaux de A.P. di Cesnola, reconnaissaient, succédant à un Mésolithique, un Néolithique qui disposait d’une trousse à outils comparable à celle de l’Abkien. Elle utilise abondamment le quartz, comporte de nombreuses pièces à coches et denticulés, est pauvre en pièces à bord abattu ; les racloirs, sommaires, se limitent à quelques retouches. Les datations obtenues par la Scandinavian Joint Expedition s’échelonnent entre 6000 et 4500 B.P. (4900 et 3200 av. J.-C.). Les restes d’un enfant qui reposait sur le dos, tête à l’ouest, proviennent du Site 629. La faune montre la présence de mollusques, poissons, Clarias, Lates, de gazelles, autruches et oies Alopochen ægyptiacus. Une chèvre domestique pourrait y exister. Les restes de chasse, moins nombreux que dans les autres cultures contemporaines, ont donné à penser qu’il s’agissait d’une culture de pêcheurs. Site 604 Le Site 604 occupe une surface de 400 x 30 à 20 m, sans structuration de l’espace perceptible. L’industrie lithique3 est essentiellement taillée dans du quartz, ce qui est, pour J.L. Shiner qui en a fait l’étude, une caractéristique de l’Akbien, elle provient pour le quart de nucleus à directions d’enlèvements multiples, plus rarement uniques ou opposés. Les plans de frappe sont préparés dans la moitié des cas. Malgré un débitage pauvre en lamelles, le microlithisme de l’outillage est accentué, affectant près des trois quarts des pièces. La poterie consiste en bol à bord simple ; elle est préparée à l’aide de sable, plus fin quand des végétaux s’y ajoutent. La surface est lissée mais jamais polie. Le Khartoum variant Dans la région de Wadi Halfa, d’autres ensembles industriels très proches du Pré-Khartoum se développent vers 6500 B.P. (5500 av. J.-C.). Ils sont connus à Ashkeit, DIW 54 qui est daté de 6540 ± 110 B.P. (Tx1155) (5620-5370 av. J.-C.), DIW53, dans les Sites 626, 628, 1045… Ce sont en général des installations de l’ordre de 500 à 1000 m2. A l’inverse de l’Abkien qui occupe la même région, aucun ensemble culturel local antérieur n’a pu en être rapproché. J. L. Shiner qui en a fait l’étude, leur attribue une origine extérieure. 1 .- Cf détail de l’industrie en Annexes p. 564. 2 .- Id. 3 .- Id. 4 .- Cf Annexes p. 563.

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Sahara préhistorique L’outillage renferme de nombreux racloirs qui sont, pour la plupart, concaves et disposent de formes peu courantes à fronts multiples. Les pièces à bord abattu sont plus fréquentes que dans l’Abkien. Mais c’est surtout la céramique qui distingue ces deux cultures. Peu décorée dans l’Abkien, elle est couverte d’impressions diverses, presque toujours réalisées au peigne ou au peigne fileté dans le Khartoum variant, ce qui lui donne un cachet saharien. Des éléments de parure, rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, proviennent des Sites 626, 628, DIW51. Ce faciès est également connu dans l’île de Saï, petite île longue de 12 km, large de 5,5 km, placée entre les Deuxième et Troisième Cataractes. Elle a été étudiée par J. Vercoutter, puis F. Geus. Des sites néolithiques se placent dans la zone basse, sur le pédiment qui borde les grès nubiens constituant l’essentiel de l’île. En 1978, A. Hesse retrouvait le site de Soleb où il crût identifier des habitats les uns circulaires, les autres carrés, interprétations que les travaux récents ont infirmées. Site 1045 Le Site 1045 (=S-428)2 possède une couche archéologique de 15 à 25 cm d’épaisseur, affleurant en surface. Il fut fouillé par la Scandinavian Joint Expedition, revu par J.L. Shiner. Il y a peu de restes osseux ou de poissons. Parmi les nombreuses pierres brûlées, les restes lithiques abondent ainsi que les fragments de céramique. Ils proviennent de grands vases ayant un diamètre de l’ordre de 40-44 cm, montés avec une pâte à dégraissant quartzeux prédominant. La plupart est ornée d’impressions filetées ou de women mat. L’outillage est surtout fait sur éclat, dominé par les racloirs qui privilégient le type concave ; quand il est court, ce dernier est proche de larges coches retouchées. Les lamelles à dos, peu nombreuses, sont de petit module. La retouche bifaciale, le polissage de la pierre sont utilisés pour façonner des gouges atypiques. Le Post-Shamarkien Le Post-Shamarkien n’est connu que par deux sites proches de la Deuxième Cataracte, Dibeira West 50 (DIW 50) et Dibeira West 4 (DIW 4), datés de 5600 ± 200 B.P. (WSU174) et 5220 ± 50 B.P. (WSU103) (4710-4250 et 4220-3970 av. J.-C.). Dibeira West 50 présente les caractères du Shamarkien auxquels s’ajoute de la poterie. Certains auteurs y voient une extension septentrionale du Pré-Khartoum. L’industrie lithique faite sur éclat, accorde une large part aux pièces à coches et denticulés, aux perçoirs, groupe où les mèches de foret sont bien représentées. Malgré une certaine stabilité des microlithes géométriques, au fil du temps le microlithisme régresse, lié en grande partie aux lamelles à dos. Les têtes de flèche comportent des formes à tranchant transversal et à pédoncule. Il existe des rabots, racloirs, haches taillées ainsi que du matériel de broyage. La parure

1 .- Cf Annexes p. 559. 2 .- Cf Annexes p. 563.

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Un néolithique pastoral est attestée par des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, la poterie par de menus tessons. Le Tarifien El Tarif, près de Thèbes, serait un des plus anciens sites néolithiques de la vallée de Haute Egypte. Il a été étudié par Arnold en 1974, puis B. Ginter et al en 1979. Le niveau archéologique, argileux, atteint une épaisseur de 50 cm ; il est recouvert d’une couche d’argile stérile, probablement d’origine éolienne que surmonte une occupation d’époque nagadienne. L’industrie lithique est faite sur éclats, taillée pour l’essentiel dans du silex local. Les pièces à retouche continue, lames et surtout éclats, forment près du tiers des outils, les racloirs quelque 20 %. Le reste de l’outillage se répartit entre pièces à coches-denticulés, grattoirs, perçoirs, quelques lames tronquées, des trapèzes atypiques. L’industrie comporte aussi des haches taillées et des galets aménagés. La poterie est réduite à de menus morceaux, elle provient de formes peu variées, hémisphériques ou coniques. La pâte est faite d’argile d’origines diverses et renferme un dégraissant végétal. Prise dans les limons pléistocènes, elle a été travaillée à la main et cuite autour de 350°-650° ; extraite de la plaine alluviale, elle a été montée sur une base mobile assimilable à une tournette et cuite à 600°-900°. L’ensemble de ces caractères évoque le post-Shamarkien de Nubie. B. Ginter et J.K. Kozlowski en font d’ailleurs une variante de celui-ci. En l’absence d’élément directement datable, le site est rapporté au début du 5ème millénaire par sa stratigraphie et ses caractéristiques sédimentologiques. Le Pré-Saroba et le Saroba : l’Atbai tradition « Atbai tradition » est une dénomination de A.E. Marks et R. Fattovich pour souligner la continuité culturelle entre divers faciès du Soudan oriental. La phase la plus ancienne, le Pré-Saroba, n’utilise la céramique qu’au début du 6ème millénaire et peut se subdiviser en deux groupes régionaux à céramique différente dont l’une avec boutons au repoussé, aurait produit l’Atbai tradition. Les sites du Pré-Saroba comportent deux groupes dont l’un dit Amm Adam Group est implanté aux bords de l’Atbara ou de lac. L’autre n’est connu que par un site daté de 6215 ± 75 B.P. (5270-5070 av. J.-C.) que caractérise une céramique sans décor wavy line. Amm Adam Group est une culture de pêcheurs qui ne dispose d’aucun matériel de mouture. Sa faune comprend outre des poissons, des hippopotames, crocodiles, tortues, des singes, phacochères, antilopes en particulier oribis. Un seul groupe saroba lui succède, Malawiya group, qui présente de grandes identités avec le Pré-Khartoum, elles disparaissent au cours d’une phase de transition avec le faciès suivant, le Kassala. Les sites saroba ont abandonné les bords de l’eau pour la savane. Ils occupent des surfaces de 1 à 2 hectares, sont datés de 5644 ± 70 B.P. (SMU1181) (45404360 av. J.-C.) au Site KG10. La céramique est le plus souvent décorée d’un motif de dents au peigne. Le matériel de broyage abonde. La richesse en coquilles de Pila wernei indique des marécages saisonniers qui confortent l’hypothèse d’un vaste delta du Gash, à la mi-Holocène. Dans cette région déjà sahélienne qui reçoit

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Sahara préhistorique actuellement 300 mm d’eau durant les seuls mois d’été, on estime que la végétation était semblable à ce qu’on connaît aujourd’hui 175 km au sud ; un changement significatif serait intervenu après 3000 B.P. (1200 av. J.-C.). L’Urschicht et les cultures du delta Connue à la base du gisement de Mérimdé Beni-Salamé à 45 km au nordouest du Caire, la culture Urschicht recèle des influences proche-orientales. Elle est rapportée au 6ème millénaire par comparaison stratigraphique. Mérimdé Beni-Salamé inférieur Situé sur une terrasse de galets de la partie occidentale du delta, le gisement de Mérimdé Beni-Salamé se développe sur près de 20 hectares atteignant par endroits une puissance de 3 m dans une matrice de sable éolien. Il fut découvert par H. Junker et fouillé de 1928 à 1939, la fouille fut reprise en 1977-83 sous la direction de J. Eiwanger. Il a montré cinq niveaux d’occupation provenant de trois phases culturelles et des traces d’habitats qui livrèrent un matériel archéologique très varié. Le niveau le plus ancien, I, est rapporté à l’Urschicht ; il a été daté de 5890 ± 60 (KN3277) et 5790 ± 60 B.P. (KN3276), (4840-4690 et 4710-4550 av. J.-C.), dates qui ne sont pas retenues car jugées trop récentes. Le niveau II dont il est partiellement séparé par des plages de sable éolien, serait de tradition saharo-soudanaise. Le niveau III constitue le type de la culture mérimdéenne1. Le niveau I comporte une organisation comparable à celle identifiée dans le Fayumien, avec des trous de poteaux, des fosses peu profondes de 2 à 3 m de diamètre, à laquelle s’ajoutent quelques foyers. Toutefois, la trousse à outils est différente. La céramique abonde, elle provient de coupes, plats, bols à surface généralement polie ou lustrée, parfois incisée d’un motif herringbone ; elle aurait possédé des louches. Une série miniature simplement lissée reprend ces mêmes formes. La pâte est faite sans ajout de dégraissant. Les fonds sont arrondis ou plats, les panses peuvent porter des anses. Les parois sont épaisses. L’industrie lithique a été façonnée dans des galets de la terrasse débités à partir d’un seul plan de frappe, ils ont donné des lames courtes et des éclats à tendance lamellaire, volontiers des lames et lamelles torses. La retouche Ouchtata a été utilisée. L’outillage dispose de grattoirs sur gros éclats, de nombreux perçoirs sur éclat, de haches sommaires dues au simple aménagement d’un tranchant de galet. Une hache partiellement polie, une tête de flèche rappellent les armatures à encoches du Proche-Orient par leur forme. Les meules et molettes sont nombreuses. Le site a livré une figurine anthropomorphe en terre cuite et divers fragments provenant de représentations de bovins. Ce niveau est attribué à une population sédentaire vivant d’agriculture. Il comporte de l’hippopotame et des espèces domestiques, surtout du mouton, mais aussi du bœuf, porc, chèvre en faible quantité et du chien. La présence des ovi-capridés et du porc évoquerait des contacts avec le Proche-Orient, voire l’Anatolie. 1 .- Cf p. 309.

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Un néolithique pastoral

L’occupation des régions méridionales et occidentales, des paléolacs et cordons dunaires Dans les régions méridionales et occidentales où l’on ne connaît guère de sites se rapportant au Néolithique ancien, les premières manifestations tangibles de la néolithisation apparaissent au 7ème millénaire, son plein développement se plaçant au 5ème millénaire. Pour R. Vernet, des contacts avec les populations de la forêt n’interviendraient guère avant 4000 B.P. (2500 av. J.-C.). En Ennedi, les fouilles menées par G. Bailloud n’ayant pu donner lieu à une publication exhaustive, les connaissances sont limitées à celles de la céramique. Les données restent sommaires. Quelques sites reconnus aux alentours du lac Tchad traduisent leur appartenance saharienne par leur poterie, en particulier par

Fig. 40 – En haut, Ennedi. Décors de poterie : 1, 2) dotted wavy line ; 3, 4, 9, 10) bouliers type Leiterband ; 5, 6, 14) vanneries ; 7, 8,16) pieds de poule ; 11) cannelures (éventail ?) ; 12) festons ; 13) hachures ; 15) vannerie+croquet. Les motifs 9, 10, 14 à 16 sont typiques du style Hohou. (Origine : 1 à 4, 6 à 8) Soro Kézénanga ; 5, 9 à 16) Délébo (d'après Bailloud, 1969). En bas, Borkou. Décors de poterie : 1) incised wavy line+lignes ponctuées ; 2, 3) woven mat ; 4) incised wavy line ; 5) dents pointillées ; 6) flammes en registres perpendiculaires ; 7) incised wavy line+hachures ponctuées (Origine : 1 à 4, 7) Ounianga Kebir, 5, 6) Fochi 2. (d'après Courtin, 1969).

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Sahara préhistorique son décor de woven mat. Konduga prend place sur un rivage ancien du lac Tchad. Découvert par H. Thiemeyer, il y fut reconnu trois niveaux dont le plus ancien, entre 1 et 1,2 m de profondeur, est daté de 6340 ± 250 (KN4300) et 6180 ± 60 B.P. (UtC2248) (5520-5000 et 5230-5050 av. J.-C.). L’outillage en quartz est accompagné de poterie à dégraissant sableux, décorée de motifs woven mat. Dans le bassin de l’Azawagh, quelques éléments permettent d’accorder une valeur particulière à de grands segments, ce qui ne suffit pas à cerner des faciès. Le Timetrine, à l’ouest de la vallée du Tilemsi, connaît peut-être un faciès local reconnu à Tin Kar1 par J. Gaussen ; il serait riche en segments, grattoirs et mèches de foret, disposerait de pointes d’Ounan. Les armatures privilégient les formes pédonculées. Le matériel poli comporte des haches de petite taille. La poterie est réduite à de minuscules tessons. L’Adrar des Ifoghas est presque inconnu archéologiquement, l’art rupestre ayant quasiment seul fait l’objet d’études. Le Nord Mali est la région la mieux connue grâce aux missions du laboratoire de Géologie du Quaternaire de Marseille-Luminy conduites par N. Petit-Maire, elles ont permis de définir trois faciès essentiels, Oum el Assel, Ounanien et Hassi el Abiod. A la lisière méridionale du Sahara, le Néolithique moyen s’est développé dans un contexte climatique plus humide que le Néolithique ancien. A Ounjougou, il n’est matérialisé que par un site nommé « Promontoire», daté de 6300 ± 800 B.P. (5965-4315 av. J.-C.), spécialisé dans le façonnage de pointes bifaciales en grès quartzitique, avec ou sans pédoncule, dont les bords sont volontiers denticulés. Après un hiatus d’information d’environ 2000 ans, le site témoigne d’une nouvelle occupation de la vallée du Yamé au 6ème millénaire. Au Sahara occidental où la phase récente du Néolithique et la métallurgie du cuivre ont retenu la plupart des travaux, le Néolithique moyen n’a été identifié qu’en de rares points2. Sur le littoral atlantique et à proximité, il est probable que les installations humaines qui forment des cordons quasi-continus coiffant les dunes au Néolithique récent, débutèrent au cours du Néolithique moyen et se développèrent sans changement marqué. Le Néolithique de l’Ennedi et du Borkou Au Borkou, le Néolithique moyen paraît fréquent, mais il est mal connu dans le détail. En Ennedi, les travaux de G. Bailloud ont montré des industries lithiques toujours atypiques et leur peu de changement ; comme en Ahaggar, seule la céramique (fig. 40) permet de suivre une évolution. G. Bailloud reconnaît trois phases, deux pourraient appartenir au Néolithique moyen3 : la plus ancienne a été rencontrée non loin de Fada, à Délébo et Soro Kézénanga II, la seconde connue à Délébo, Gobé V dans un niveau daté de 5000 ± 150 B.P. (Gif354) (3950-3660 av. J.-C.), privilégie un décor en bandes étroites parallèles à l’ouverture qui évoque la poterie Leiterband du wadi Howar. Ce style est dit de « Hohou » par G. Bailloud. 1 .- Toutefois, en l’absence d’indication d’âge, le rapporter au Néolithique moyen reste hypothétique. 2 .- On ne dispose que d’une médiocre connaissance de ces régions hors la bordure atlantique. De nombreux sites dont on soupçonne l’appartenance à divers faciès d’âges différents existent dans les ergs et n’ont pas été étudiés. 3 .- Elles correspondent respectivement au Néolithique ancien et moyen de l’Ennedi tel que défini par G. Bailloud.

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Un néolithique pastoral Un art rupestre conséquent accompagne l’occupation humaine. G. Bailloud associe les phases dites Bovidien ancien et moyen aux niveaux à céramique de style Hohou.

Durant le Néolithique moyen, diverses cultures s’édifient. Dans la vallée du Nil : l’Urschicht s’implante en Basse Egypte, le Tarifien en Haute Egypte, l’Abkien en Moyenne et Basse Nubie, alors que la Haute Nubie voit l’épanouissement du Khartoum variant, Post-Shamarkien, Kadruka et surtout du Shaheinabien. A l’est, la vallée du Gash, avec l’Atbai tradition, développe le Pré-Saroba et le Saroba. L’Urschicht qui se déploie au 6ème millénaire, connaît des influences proche-orientales ; elle est portée par une population sédentaire vivant d’agriculture et élevant des moutons, chèvres, bovins, probablement du porc introduit du Proche-Orient. Toutes ces populations s’adonnent à la pêche, au ramassage de coquillages qui leur assurent une part importante de nourriture, elles la complètent par les produits de la chasse, de l’élevage et de l’agriculture, plus ou moins développés selon les cultures. Au 6ème millénaire, la culture la plus répandue, le Shaheinabien (nommé parfois Early Khartoum) qui occupe un vaste territoire à hauteur de la Sixième Cataracte, pratique l’élevage de moutons, chèvres et bovins, l’agriculture n’y est pas affirmée, les nombreuses impressions de mils et sorghos qui s’observent dans les poteries de certains gisements pouvant être sauvages. Elle serait issue du Pré-Khartoum directement ou par un stade évolutif connu à Shabona ; au 5ème millénaire, son évolution se lirait à Kadero. Elle se caractérise par des vases rouges à frise de demi-cercles noirs bordant la lèvre et un motif impressionné d’incised wavy line. Elle fait un ample usage de la retouche plane, dispose d’un grand nombre de gouges ce qui, un temps, lui a valu le nom de culture des gouges. En Nubie, l’évolution du Qadien par augmentation des pièces à coches et denticulés, des racloirs et des haches, enrichissement en poterie, conduit à l’Abkien caractérisé par une poterie à motif ridé. Sa phase majeure pratique l’élevage, élève l’oie. Les gravures qui figurent une profusion d’animaux à hauteur de la Deuxième Cataracte, lui sont attribuées. L’Abkien est proche du Khartoum variant qui se développe lui aussi dans la région de Wadi Halfa ; ses relations avec le Badarien conduiraient à l’Amratien en Egypte et assureraient la transition avec le Groupe A en Nubie. 221

Sahara préhistorique Délébo La grotte de Délébo se trouve à 30 km à l’ouest de Fada. Les couches archéologiques apparaissent dans une coupe dégagée à l’avant de la grotte par un petit thalweg. D’une épaisseur de l’ordre de 0,80 m, au fond de la grotte, elles sont scellées par des sables stériles. Le niveau le plus profond n’est pas daté. Entre 7180 ± 300 (Gif351) et 6900 ± 300 B.P. (Gif352) (6370-5750 et 6060-5520 av. J.-C.), il a été surmonté d’une occupation humaine qui a laissé un abondant matériel archéologique et de la faune. L’industrie lithique est essentiellement en quartz, bien que le grès soit de plus en plus utilisé dans les niveaux rapportés au Néolithique moyen. De facture médiocre, elle consiste en grattoirs, racloirs, denticulés. G. Bailloud a également retiré une lame à dos et quelques gros segments, des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, certains décorés, de l’ocre, une palette en grès, des fragments de cordelettes. La poterie du niveau profond utilise à profusion le motif incised wavy line et des dents ou flammes faites à l’aide d’un peigne à larges dents. Les niveaux suivants s’enrichissent en dotted wavy line. La surface a parfois été polie après décor ou frottée à l’ocre ce qui a laissé des incrustations rouges dans les creux de la décoration. La faune comprend des antilopes, gazelles, un bovin, du potamochère, hippopotame, chacal, hyène, ainsi que de l’autruche, de la tortue d’eau, des grenouilles, des poissons parmi lesquels de nombreux silures. Soro Kézénanga II Dans l’abri de Soro Kézénanga II, la couche archéologique atteint 1,20 m. La faune montre les mêmes espèces qu’à Délébo ainsi que du chien et de la chèvre. Le matériel archéologique du niveau de base est identique, puis vient un niveau où un décor d’impressions pivotantes à l’aide d’un long peigne à dents carrées abonde ; ce décor disparaîtrait totalement de l’Ennedi, mais se maintiendrait au Borkou et au Tibesti. Les niveaux supérieurs renferment des motifs de ponctuations triangulaires et de dotted wavy line aux vagues de plus en plus courtes. Ces mêmes traits se rencontrent à Orogowdé, abri de la même région où peut se percevoir la suite de l’évolution culturelle. L’industrie lithique n’utilise plus le quartz, elle est presque exclusivement faite sur quartzite, mais sa structure reste la même. Le décor céramique devient monotone, il se limite à des bourrelets parallèles d’impressions serrées imitant la vannerie ou proches d’un motif pied de poule, qui pourrait provenir d’une impression à la roulette ou d’un montage par technique poussée. Le Néolithique du bassin de l’Azawagh Divers gisements, généralement modestes, ont été identifiés par les missions ORSTOM1 dans le bassin de l’Azawagh. Ils possèdent en commun de grands segments épais qui seraient propres à cette région. L’industrie lithique est très pauvre en outils alors que le matériel brut abonde. Les grattoirs sont petits, volontiers circulaires, et une forme en croissant pourrait elle aussi être particulière à ce faciès. Les têtes de flèches privilégient les pièces triangulaires dont les bases ont des formes variables. Le matériel poli est courant, il dispose de 1 .- Devenu IRD (Institut de Recherche pour le Développement).

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Un néolithique pastoral petites haches dont la longueur ne dépasse pas 3,5 cm. Le matériel de broyage est fréquent, avec des molettes à plusieurs faces actives. La poterie, nombreuse et variée, reste mal connue. A.I. Maga a obtenu la date de 5095 ± 200 B.P. (Pa1100) (4220-3660 av. J.-C.) à In Tékébrin 6. In Aruinat Les sites d’In Aruinat rapportés au Néolithique moyen laissent soupçonner divers faciès dans l’Azawagh. L’outillage d’In Aruinat 1, peu abondant, est dominé par les grattoirs qui sont des pièces circulaires ou unguiformes ; il comporte des perçoirs, des têtes de flèche et quelques segments. Le matériel poli est un peu moins fréquent qu’habituellement dans la région. Il n’y a ni restes d’outillage osseux, ni de poterie. La faune montre la présence d’antilope, crocodile, tortue, poisson (Lates niloticus). In Aruinat 2 renferme essentiellement des têtes de flèche où dominent les formes triangulaires à base concave, est fourni en microhaches polies longues de 18 à 34 mm. La céramique, rarement à dégraissant végétal, supporte un décor qui utilise le peigne et l’impression pivotante. In Aruinat 7 ne comporte que quelques armatures, perçoirs et grattoirs, du matériel poli dont des microhaches. Il n’y a ni céramique, ni outillage osseux, ni faune. Takéné-Bawat Takéné-Bawat est un ensemble de gisements de la même région qui furent découverts par F. Paris et étudiés par A. I. Maga. ` TB1 est un des plus importants, il couvre une surface de 600 x 300 m en bordure d’un petit lac holocène, à l’extrémité d’une dune. Il est daté de 6300 ± 200 B.P. (Pa571) (5470-5040 av. J.-C.). L’industrie lithique paraît dominée par les grattoirs et les têtes de flèche. Les grattoirs sont de petite taille, souvent de l’ordre de 2 cm, beaucoup sont circulaires, voire unguiformes ; une forme en croissant connue à In Tékébrine s’y retrouve. Les armatures sont plutôt de type triangulaire à base concave ou convexe mais les formes foliacées et pédonculées ne sont pas rares et il existe un exemplaire à tranchant transversal. Les pièces à coches sont peu représentées, de même que les microlithes géométriques. Le matériel poli est fréquent avec des haches de forme triangulaire, quelques microhaches et quelques herminettes. La céramique est rare, décorée d’impressions diverses. La faune comporte de l’antilope, hippopotame, phacochère, ainsi qu’un bovin identifié comme Syncerus, des restes de tortues, crocodiles, silures. TB6 est un site voisin, partiellement pris dans des limons gris et se poursuivant sur le versant d’une dune. Il est daté de 5880 ± 120 B.P. (Pa454) (49004560 av. J.-C.) sur poterie. Il a fourni 95 pièces, les armatures constituant plus de la moitié des objets avec les mêmes formes et proportions qu’en TB1. Le matériel poli, haches et microhaches, est fréquent. A l’inverse de TB1, les grattoirs sont peu nombreux. Il a été trouvé une pointe d’Ounan et sept grands segments épais. La poterie y est plus abondante, elle est faite avec un mélange de dégraissant végétal et minéral. Les récipients paraissent vastes, de 20 à 30 cm d’ouverture. Auprès d’une forme sphérique largement prédominante, figurent des pièces elliptiques. Le décor est volontiers fait d’impressions au peigne, flammes, dents, woven mat, arcs de cercle. Ces derniers peuvent s’emboîter, formant des groupes qui couvrent la panse à la manière d’imposantes écailles.

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Sahara préhistorique L’utilisation d’engobe est attestée. La faune comprend des gazelles, hippopotames, éléphants, Syncerus et des crocodiles.

Fig. 41 – Sahara méridional. Industrie lithique : 1, 2, 3) grattoirs ; 4, 5) segments ; 6) tête de flèche à base concave ; 7) lame denticulée ; 8) lamelle à tête arquée ; 9) lamelle à traces d'utilisation ; 10) grattoir-scie sur lame ; 11) lame à bord abattu ; 12) perçoir ; 13) racloir sur lame à bord abattu ; 14) racloir ; 15) harpon à deux rangs de barbelures ; 16) harpon à un rang de barbelures. Décors des poteries : 17) flammes ; 18) pieds de poule ; 19) boulier ; 20) herringbone ; 21) nid d’abeilles ; 22) flammes pointillées ; 23) dents pointillées. (Origine : 1, 4 à 13) MT27, 2, 3, 14) MT26, 15, 16) MN10, 18) Erg Jmeya, 19, 21) MK36, 20, 22, 23) MN35. d'après Raimbault, 1994 ; 17) Tagnout Chaggeret. d'après Petit Maire, Riser, 1983).

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Un néolithique pastoral Le Sahara malien et le faciès Oum el Assel Le faciès Oum el Assel1 a été identifié par les missions conduites par N. Petit-Maire dans le Sahara malien de 1980 à 1984. Dans la région de Trhaza, il se développe autour de lacs au cours d’une période humide reconnue dans la région entre 9500 et 6900 B.P. (8800-5800 av. J.-C.). M. Raimbault, à qui on doit une étude des industries lithiques, le rapproche d’Autruche V. Certains auteurs y ont vu des identités avec le Néolithique de tradition capsienne tel que défini par R. Vaufrey. Les sites occupent de vastes surfaces, jusqu’à 10 000 m2, où se discernent des foyers et des structures circulaires couvertes de pierres plates qui paraissent des fonds de cabanes. L’industrie lithique (fig. 41) est taillée dans des silex locaux. Les nucleus sont petits et traduisent souvent un débitage pression. Le débitage laminaire atteint 50 %, lamellaire 25 %. En constituant 30 % ou plus de l’outillage, les pièces à coches dominent les microlithes géométriques, lamelles à dos, armatures, perçoirs. Les grattoirs sont courants avec près de 15 %, les racloirs n’atteignent que 5 %. Les armatures de flèche sont des pièces triangulaires étroites, à base échancrée et les segments incluent un type original, demi-cercle à retouches parallèles couvrantes. L’outillage poli est rare ou manque, le matériel de broyage peu abondant, l’œuf d’autruche exceptionnel. La poterie, de dimension modeste, de forme sphérique avec ou sans col, abonde. Elle est montée par moulage du fond puis colombins, avec des pâtes à dégraissant de quartz et de végétaux. Elle est entièrement décorée et le décor peut s’organiser en registres. De nombreux décors résultent d’une impression pivotante et probablement de l’usage d’une roulette. Les motifs privilégient des hachures, dents, flammes, ponctuations diverses. MT25 a livré un motif de dotted wavy line. Ce site est daté de 6980 ± 320 B.P. (Gif6198) (6200-5560 av. J.-C.), MT27 de 5700 ± 100 B.P. (Gif6630) (4690-4410 av. J.-C.). La population aurait vécu essentiellement de la pêche et du ramassage de coquillages. Diverses études environnementales montrent un paysage de Graminées sous couvert d’acacias et des étendues de Chénopodiacées qui pourraient rappeler le paysage actuel des abords du lac Faguibine. L’Ounanien L’Ounanien tient son nom du puits d’Ounan, à proximité duquel il a été reconnu par l’abbé Breuil qui l’a dénommé en 1930. A sa suite, il était devenu traditionnel d’y voir une culture épipaléolithique ; M. Raimbault le rapporte au Néolithique. Contrairement à certaines propositions, la pointe d’Ounan, outil défini par J. Tixier longtemps après sa reconnaissance, à elle seule ne peut servir à l’identifier car elle est présente dans d’autres cultures du Sahara et se retrouve même dans le Tell. Des sites appartenant à ce faciès ont été reconnus à Foum el Alba, au sudest de l’erg Jmeya. Pour D. Commelin et M. Raimbault, l’occupation humaine ounanienne serait dense sur les hauteurs ou à mi-pente des dépressions. Ce sont de petits gisements à industrie lithique laminaire, faite sur une quartzite rougeâtre locale, qui possèdent moins d’une centaine d’outils. Un ensemble semblable, plus récent, a été retrouvé dans l’erg Tin Guettai où il traduirait un déplacement vers le sud. 1.- Cf l’industrie des sites MT21, MT25, MT27C en Annexes p. 574.

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Sahara préhistorique La phase ancienne1, non datée directement, se situerait autour de 7500 B.P. (6400 av. J.-C.) en raison de l’âge des dépôts lacustres, 7450 ± 130 B.P (Gif5811) (6440-6120 av. J.-C.) pour celui associé à MK36. Les grattoirs sont toujours très nombreux, souvent en éventail. Les lames à coches et les pointes d’Ounan sont courantes. Les lames à dos et base arrondie ainsi que de longs perçoirs figurent de manière sensible. Partout, le matériel de broyage est abondant et varié, il dispose de molettes de formes diverses, de mortiers profonds. Il existe des haches polies et des anneaux de pierre. Les restes osseux manquent. De la poterie se retrouve dans la plupart des sites, jamais en abondance. Les décors qui affectionnent les peignes et les impressions pivotantes, privilégient les flammes et les sillons organisés en registres. D. Commelin distingue deux groupes : une céramique globuleuse à col fréquent, paroi fine, décorée, où le dégraissant est rare et une céramique ne portant que rarement un col, aux parois épaisses, à dégraissant abondant, qui est peu décorée. Les éléments de parure sont des anneaux, pendeloques, perles dont des rondelles en test d’œuf d’autruche. De MK42 viennent deux pendeloques en forme de hameçon droit perforées au centre, travaillées dans une roche ignée ; divers objets semblables ont été signalés dans les confins sud du Tanezrouft et, par S. Amblard, à Akreijit. La phase récente2 développe les armatures, en particulier les pièces foliacées et les microlithes, des triangles à retouche oblique bifaciale ; les grattoirs sont parfois circulaires, ils ont volontiers un front convexe surbaissé. Cette phase est datée de 5270 ± 130 B.P. (Gif5814) (4250-3970 av. J.-C.) en MK21 et 3795 ± 200 B.P. (Pa1065) (2490-1940 av. J.-C.) en MK36, dans la région de Bir Ounan

Fig. 42 – Faciès Hassi el Abiod. Hemi-mandibule de crocodile décorée. H. Camps-Fabrer fait remarquer la conformité avec l'anatomie d'un poisson. (Origine : Site AR7. d'après Camps-Fabrer, 1983).

Plusieurs nécropoles se trouvent à proximité des sites. La fouille d’un tumulus non daté, a montré un individu reposant en décubitus latéral droit contracté, accompagné de rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche et de fragments de poterie. Le faciès Hassi el Abiod Il se développe au nord-ouest d’Araouane, sur les rives de petits lacs fossiles. Dès les années trente, L. Joleaud puis divers auteurs, dont R. Mauny et 1.- Cf industrie du site MK35 p. 574. 2.- Cf industrie du site MN14 p. 574.

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Un néolithique pastoral Th. Monod, mentionnaient la fréquence des amas coquilliers dans la région. En 1964, A. Gallay identifiait une culture propre à la région d’Araouane, illustrée par le site d’Outeïdat. Les travaux menés en 1981 par l’équipe de N. Petit-Maire ont reconnu de nombreux gisements placés en bordure de petits dépôts lacustres interdunaires. Des amas coquilliers forment de petits sites occupant 10 à 60 m2 et dont l’épaisseur ne dépasse pas 20 cm. Ils sont riches en restes de poissons, renferment des ossements d’hippopotames, rhinocéros, bovidés, des restes de crocodiles, de tortues. L’industrie lithique1 est pauvre, à base de grattoirs courts et épais, discoïdes, unguiformes, de microlithes géométriques, plus particulièrement de grands segments ; en MN36, ceux-ci représentent 24 % de l’ensemble industriel et les deux tiers d’entre eux mesurent plus de 2,5 cm. De petites haches polies, longues de 2 à 3 cm, toujours présentes, sont assimilées à des coins par M. Raimbault. Il y a peu d’armatures de flèche, peu de matériel de broyage ; à Outeidat, A. Gallay mentionne des têtes de flèche à base concave. L’outillage poli comporte de petites haches trapues en roche granitique, de nombreux anneaux de pierre d’un diamètre allant de 106 à 180 mm, avec une lumière de 43 à 100 mm, une section subtriangulaire et une perforation biconique. L’outillage osseux est riche, avec des hameçons de formes typiques, fortement recourbés, de nombreux harpons à un ou deux rangs de barbelures et talon perforé. Des harpons à deux rangs de barbelures se retrouvent dans le Site AR7 ; les barbelures de tels harpons sont généralement plus courtes. De AR7 provient une pendeloque (?) hemi-mandibule de crocodile perforée, décorée de chevrons qui évoque un poisson (fig. 42), de Outeidat, des bracelets en quartzite. On retrouve des pendeloques en os en MN36 et dans divers autres sites où l’outillage osseux est volontiers gravé de traits parallèles, croisillons, triangles, chevrons. La poterie, de forme hémisphérique, vaste, sans col et à bord simple rentrant -ce qui, pour A. Gallay, est caractéristique-, est décorée de dents, ponctuations, incised wavy line différente de celle de la vallée du Nil par ses ondes courtes, et d’impressions de coquille de cardium. A Outeidat, de petites plaques crantées pourraient être des peignes à poterie. L’étude de D. Commelin fait apparaître deux groupes de sites. L’un, qui correspond à l’épisode humide daté de 6500-6000 B.P. (5500-4900 av. J.-C.), dispose de vases de grandes dimensions, sans col, à bord simple ou aminci, lèvre arrondie ou ogivale. Le décor, parfois en bandes, est fait à l’aide d’instruments de grande dimension. Il affectionne les filetés, nids d’abeilles, traits, dents pointillées ou non. L’autre serait plus récent2. La faune a pu être comparée à celle de l’Adrar Bous. Abondante, elle comporte des crocodiles, hippopotames, poissons (Lates), tortues. Elle renferme aussi des mollusques, de nombreux restes d’antilopes et en moindre fréquence de girafes, rhinocéros, phacochères. Des restes humains cro-magnoïdes sont mêlés à ces rejets, les uns étaient épars, trois reposaient en décubitus contracté, sans structure particulière. La seule parure retrouvée pourrait être une perle en amazonite qui était près de l’un. Aucun mobilier les accompagnant n’est mentionné. Les os sont tous de teinte brune, fortement minéralisés, ce qui suppose qu’ils se sont fossilisés en 1.- Cf le matériel lithique des sites MN27 et MN 36 p. 574. 2 .- Cf p. 315.

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Sahara préhistorique milieu marécageux ou lacustre. Ils seraient associés à des dépôts lacustres datés sur Lates maliensis de 6970 ± 130 (Gif5495) à 4885 ± 200 B.P. (Pa1024) (59805730 à 3940-3380 av. J.-C.). G. Camps retrouve dans ces ensembles lithiques, des analogies avec ceux du Borkou et les rattache à un Néolithique saharo-soudanais évolué1. Le Tidikeltien, faciès de la Saoura P. Pallary nommait ainsi en 1922, des industries lithiques de la vallée de la Saoura et de l’oued Messaoud qui renferment des têtes de flèche « tour Eiffel ». Elles se retrouvent vraisemblablement dans la région de Timimoun. Les rares

Fig. 43 – Tidikeldien. En haut, Industrie lithique : 1, 2) triangles ; 3) trapèze ; 4) segment ; 5, 19) perçoirs ; 6 à 10, 18) têtes de flèche tour Eiffel ; 11) tête de flèche pédonculée ; 12) grattoir discoïde ; 13) lamelle à dos rectiligne ; 14) lamelle à dos arqué ; 15) lamelle à coches ; 16) lame à coches ; 17) tête de flèche foliacée. (Origine : 1 à 6, 10, 12 à 16, 19) Zmeilet Barka, 7 à 9, 11) Erg Iguidi. d'après Vaufrey, 1969). En bas, Décor de poterie, Tidikeldien (?) : 1) chevrons filetés+cannelures ; 2) flammes pointillées+croisillons ; 3) chevrons+cannelures ; 4) fausses perforations ; 5) herringbone+cannelures+chevrons ; 6) poterie ovoïde décorée de fileté+cannelures ponctuées+herringbone pointillé ; 7) poterie conique à col, à motifs herringbone+cannelures. (Origine : Oued Zeggag. d'après Lihoreau, 1993). 1.- Rappelons que pour cet auteur, le Néolithique saharo-soudanais se développe sur la totalité des temps néolithiques.

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Un néolithique pastoral dates dont on dispose montrent un faciès ayant eu une longue durée, il est rattaché au Néolithique tellien par certains auteurs, au Néolithique de tradition capsienne par d’autres en raison de la fréquence des microlithiques géométriques. Ces ensembles industriels (fig. 43) comportent des pièces à coches et denticulés, lamelles à dos, perçoirs, microlithes géométriques (segments et trapèzes, plus rarement triangles), des microburins. La pointe de Foum Seïada (fig. 89) est assez courante. Des haches polies sont de petite taille, l’œuf d’autruche est utilisé en parure. La poterie porte souvent un décor impressionné assez typique. Sur une certaine hauteur, il entoure l’orifice de registres de hachures pointillées, faites à l’aide d’un peigne à dents fines, probablement un aiguillon de silure ; courtes, obliques, symétriques d’un registre à l’autre, elles produisent un effet de chevrons et sont souvent bordées d’une cannelure peu profonde. Les récipients de faible dimension, une quinzaine de centimètres de haut, ont un fond appendiculé, dont l’ouverture peut être évasée ou, au contraire, assez resserrée pour être une bouteille. Un ensemble important de récipients, dont beaucoup appartenant à ce type, proviennent d’Oued Zeggag. Leur décor évoque ce qui sera le style Skhirat au Maroc, un motif ponctué réalisé au peigne -probablement aiguillon de silure pour obtenir la finesse de l’impact-, ordonné principalement en bandes ou chevrons. Il faut peut-être rapprocher du Tidikeltien, les sites d’Hassi bou Bernous dont l’un est associé à une formation marécageuse datée de 6750 ± 190 B.P. (I1648) (5800-5490 av. J.-C.) et Hassi Manda daté de 6330 ± 300 B.P. (Gif365) (5600-4860 av. J.-C.). L’industrie recueillie par J. Mateu, à Hassi Manda en bordure de l’erg Er Raoui, dans une couche cendreuse de 0,70 m d’épaisseur reposant sur un tuf, comporte des pièces à coches, lamelles à dos avec pointe d’Ounan et de Foum Seïada, microburins, segments, têtes de flèche lesquelles sont dominées par le type tranchant transversal. Le matériel de broyage et le matériel poli avec haches et herminettes sont courants. Des outils en os parfois décorés, dont un poinçon (?) portant des incisions obliques, ont été retrouvés. On ne dispose pas de détail concernant l’aspect de la poterie. Abd el Adhim L’un des sites les plus connus, Abd el Adhim, fut identifié par M. Reygasse à l’extrémité sud-ouest du Grand Erg Occidental. Le matériel recueilli est en majorité constitué de perçoirs et de microlithes géométriques parmi lesquels ne figurent que segments et trapèzes ; en second viennent des lamelles à dos et des têtes de flèche, la plupart de type tour Eiffel, auxquels s’ajoutent quelques formes à écusson. Les racloirs, burins, grattoirs sont fort rares, ces deux derniers groupes sont façonnés en quartzite et non en silex comme le reste de l’outillage taillé. Parmi les grattoirs, de grosses pièces épaisses, carénées, évoquent celles d’El Arrouya dans le piedmont de l’Atlas, mais il n’y a ni hache, ni herminette. La poterie est volontiers décorée de points. Le gisement découvert, puis étudié par H.J. Hugot, dans les années cinquante, occupe le fond d’une petite dépression sur la rive gauche de l’oued Asriouel dans le Tidikelt. La fouille couvrit 20 m2 et dégagea une surface cir-

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Sahara préhistorique culaire cendreuse renfermant des ossements et des fragments de meules, autour de laquelle se trouvait l’industrie. Celle-ci se compose d’un grand nombre de pièces microlithiques en silex, de percuteurs, meules et molettes, de 5 petites haches en hématite de moins de 5 cm de long et de quelques fragments de haches ou herminettes taillées ou polies faites pour la plupart dans un calcaire rose ; elle dispose d’ocre, de quelques tests d’œuf d’autruche qui peuvent être gravés et de nombreuses rondelles d’enfilage. Les têtes de flèche sont de types tour Eiffel ou triangulaires. La poterie est rare, de mauvaise qualité ; elle peut être incisée ou engobée. Autruche V Autruche V s’étale sur 400 x 50-60 m sur le reg du Tanezrouft à proximité de la bordure orientale de l’erg Chech. Il fut reconnu en 1961 par J. Mateu et C. Favergeat. Il est singulier par la coexistence d’une grande quantité d’œuf d’autruche et de poterie amplement décorée ; l’un évoque des traits caractéristiques d’un Néolithique de tradition capsienne, l’autre du Néolithique saharo-soudanais. On ne sait s’il s’agit-il d’une zone de contact ayant engendré un faciès particulier ou du mélange de deux occupations n’appartenant pas au même faciès. Du matériel lithique, des meules et molettes, des pierres brûlées abondent et des restes cendreux subsistaient lors de la découverte. Quelques bolas ont été remarquées. Plusieurs poteries étaient brisées sur place, la plupart avait été renversée lors de leur abandon. L’outillage1 est taillé dans des silex, des jaspes ou des grès. De belle venue, il utilise volontiers la retouche plane. Les nucleus sont fort petits, probablement issus de galets, ils ont servi au débitage de lamelles. L’outillage renferme de nombreux trapèzes, plus rarement des segments, mais aucun triangle. Les têtes de flèche, fréquentes, appartiennent surtout au type tour Eiffel ; il n’y a aucune forme pédonculée. Les haches et herminettes polies sont courantes, les haches exclusivement produites en lydienne2. Le matériel poli comporte aussi de petits pilons en quartz, mesurant entre 2 et 4,6 cm. Le matériel de broyage foisonne (les auteurs font état de 27 meules entières et 263 molettes ou broyeurs décomptés sur le site). L’outillage osseux comprend des poinçons, lissoirs, spatules. L’œuf d’autruche a été diversement travaillé, a servi à faire des rondelles d’enfilage. La parure est également riche de fragments de bracelets en grès ou jaspe, d’une pendeloque-poinçon en os. Les nombreux tessons de poterie proviennent de vases sphériques, sans col ou à col court, souvent décorés. Ils sont faits avec une pâte fine, à dégraissant végétal, ont été en partie moulés et sont entièrement couverts d’un motif de dents ou de flammes réalisé à la spatule ou au peigne. La forme des dents des peignes engendre une certaine variabilité dans l’aspect du motif, elles peuvent être triangulaires, arrondies ou presque quadrangulaires, mais chaque vase n’a été décoré qu’avec un seul instrument. Des coquillages ou des fragments végétaux sont responsables de flammes totalement ou partiellement crénelées. Les motifs peuvent être agencés en registres séparés par des bandes simplement lissées. Des restes de faune ont été attribués à des oryx et des gazelles. 1 .- Cf Annexes p. 566. 2 - Roche siliceuse de la famille des jaspes.

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Un néolithique pastoral Erg Iguidi bordure nord L’erg Iguidi a fait l’objet de travaux sporadiques de G. de Beauchêne, puis de R. Choumovitch. En 1971, C. Roubet effectuait une reconnaissance sur sa bordure septentrionale et identifiait plusieurs vastes gisements. Le gisement Florence est daté de 4890 ± 80 B.P. (Paris VI) (3780-3540 av. J.-C.). Un débitage lamellaire donne des produits élancés avec lamelles à dos, microlithes géométriques surtout des triangles scalènes, têtes de flèche souvent triangulaires à base concave ou tour Eiffel, un gros outillage en basalte qui porte des coches et des denticulés. Les grattoirs, perçoirs et racloirs sont en nombre modeste, les burins, éclats et lames à dos, haches, herminettes et ciseaux rares. Le matériel de broyage reste discret. L’œuf d’autruche abonde. La céramique provient de formes globuleuses dont l’orifice est entouré de registres limités par des cannelures et remplis de chevrons pointillés dus à une impression à l’aiguillon de silure. En 1960, R. Choumovitch identifiait les gisements de Tarentule I, II et III et dans ce dernier trouvait des œufs d’autruche portant un décor animalier. Les gisements renfermaient, outre les formes tour Eiffel, des têtes de flèche étroites à court pédoncule et bords convexo-concaves dégageant les ailerons. Des ensembles industriels comparables se rencontrent à Tabelbala. Foum Seïada Le gisement de Foum Seïada qui se trouve aux abords de Beni Abbès, a été reconnu par J. Mateu au cours des années soixante. Il est daté de 4930 ± 250 B.P. (Gif366) (3980-3380 av. J.-C.), date qui, comme celle du site Florence, pourrait indiquer une longue durée du Tidikeltien. Situé au pied d’une dune proche d’une ancienne étendue d’eau, le site occupe une vaste surface et conservait un lambeau de couche cendreuse. Une fouille pratiquée en deux points a porté sur un volume total de 5,6 m3. La répartition des objets est homogène. Les objets de pierre, à l’exclusion du matériel de meunerie, ont été façonnés dans un très beau silex. Les pierres taillées1 soulignent l’importance accordée aux pièces à coches et denticulés. Quelques objets sont remarquables : des perçoirs sur éclat, identiques à des pièces de la région d’Oran dites pointes de Bou Aïchem2, de grands segments, des têtes de flèche tour Eiffel sans crans latéraux, une pointe d’Ounan et une courte lamelle à petit pédoncule désaxé, la pointe de Foum Seïada, qui se rencontre fréquemment dans les sites de cette région. Des outils en os, poinçons pour la plupart, ont été retrouvés. L’œuf d’autruche, courant, a souvent servi à faire des objets de parure, grains d’enfilage, pendeloques. La pierre polie est rare tout comme les restes de poterie laquelle paraît de mauvaise qualité. L’essentiel de la faune est rapporté à quelques mollusques d’eau douce, à de petits animaux tels que fennec, lièvre, hérisson, gerbille, varan, scinque… quelques restes proviennent d’Addax nasomaculatus et Gazella. Khouigueur L’abri de Khouigueur dans l’Adrar mauritanien a été reconnu par H.J. Hugot en 1963. Le matériel retiré d’un sondage et d’un ramassage systématique de 1 .- Cf détail Annexes p. 566. 2 .- Cf définition p. 595.

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Sahara préhistorique surface comprend plus d’un millier d’outils, près de 400 nucleus, de nombreuses pièces brutes et déchets divers qui ont été étudiés par J.F. Pasty. Bien qu’il ne soit fait mention ni de tête de flèche tour Eiffel, ni de poterie, ce gisement a été rapproché d’Autruche V et surtout de Foum Seïada du fait de sa structure industrielle. L’industrie lithique est taillée dans des phtanites locales colorées, parfois dans du silex ou du quartz. Le débitage, de préférence unipolaire, a fourni des éclats rectangulaires en raison des nombreuses diaclases qui cassent l’homogénéité de la roche. Un débitage centripète avec préparation du plan de frappe, donc comparable au débitage atérien, a également été employé ainsi qu’un débitage pression. L’outillage1 est dominé par les pièces à coches et denticulés, en majorité à coches clactoniennes. Les retouches continues et les grattoirs forment des groupes secondaires d’importance équivalente. Les grattoirs sont de types et dimensions variés et l’un présente des traces de polissage. Les microlithes géométriques comportent de nombreux segments, des triangles et trapèzes qui favorisent les formes isocèles. Près de la moitié des têtes de flèche se rapporte à des formes foliacées. Les burins, les perçoirs et les racloirs sont peu nombreux, les burins plutôt dièdres, les racloirs de types divers. Deux becs figurent parmi les perçoirs et des pièces à retouche plane envahissante parmi les divers. Zmeilet Barka Découvert par P. Fitte, non loin d’Ougarta, en bordure de l’erg Er Raoui, Zmeilet Barka repose sur une dune ancienne et est partiellement recouvert par une dune récente. Le matériel archéologique se retrouve jusqu’à 0,80 m de profondeur et a été daté de 7700 ± 180 B.P. (Gif1656) (6810-6380 av. J.-C.). L’outillage2 prélevé par P. Fitte, puis J. Mateu, présente les mêmes traits : emploi du débitage pression, de la retouche envahissante, même fréquence de lamelles à dos, abondance de perçoirs, coches et têtes de flèche qui sont pour l’essentiel des formes tour Eiffel. Les tests d’œuf d’autruche abondent et quelques tessons de poterie sont présents. L’étude du matériel Mateu, menée en 1980 par M.H. Alimen et al., fait état de l’emploi de jaspes et silex, parfois de quartz, de matériel de broyage en grès. Les nucleus sont petits. L’outillage traduit un certain équilibre entre les pièces à coches, denticulés et les lamelles à dos ; dominées par les dos rectilignes et partiels, celles-ci n’offrent pas une grande variété de types. Les coches, larges, à retouche semi-abrupte évoquent les coches du Capsien. Des microlamelles dont la longueur ne dépasse pas 25 mm, sont nombreuses. Les têtes de flèche sont en grande majorité de type tour Eiffel. Le matériel de broyage est rare. Des poinçons en os, de l’ocre, des éléments de parure en tiges d’encrines y ont été retrouvés. Les tests d’œuf d’autruche sont parfois décorés ou transformés en rondelles d’enfilage. Dans les 14 m3 fouillés par J. Mateu, ne se trouvait ni poterie, ni pierre polie. La faune comprend du hérisson, porcépic, oryx, gazelle, lézard, lièvre, couleuvre, des rongeurs et suggère un milieu proche de l’actuel. Le site a été attribué à des chasseurs ou à un groupe seminomade qui l’auraient fréquenté de manière intermittente. 1.- Cf détail p. 566. 2 .- Id.

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Un néolithique pastoral Le Néolithique du Sahara atlantique Les longs cordons dunaires du Sahara atlantique fréquentés par les populations épipaléolithiques, l’ont été également par des Néolithiques de même tradition, aussi serait-il difficile dans nombre de cas, de les différencier si les industries lithiques ne se distinguaient pas par un choix différent de matériaux, silex pour le Néolithique, calcédoine pour l’Epipaléolithique. Le Néolithique serait connu à Cansado, site de pêcheurs dans lequel R. Vernet a estimé la consommation de poissons (essentiellement des Sciaenidés et Sparidés) à 30 tonnes et proposé une pêche au filet ou lors de l’échouage de bancs de poissons. Il est connu à Berouâga, Tintan-pêcheurs, Et Teyyedché, dans le Tijirit..., il est en stratigraphie dans les sites FA38, FA39 où un niveau de sable éolien le sépare de l’occupation épipaléolithique. Il est daté de 5440 ± 80 B.P. (4350 ± 4170 av. J.-C.) à FA38. R. Vernet le caractérise par sa céramique. De forme sphérique, à lèvre simple, rarement renforcée, la panse est décorée entièrement, la lèvre souvent, et autour d’elle, parfois l’intérieur du récipient. Le décor peut être simple, fait de croisillons, herringbones ou de ponctuations diverses, en semis, en woven mat, en bandes diversement orientées, des dotted wavy line peuvent couvrir des tessons en totalité, ce qui suggère leur extension à une grande partie ou la totalité du vase. Le peigne est l’instrument le plus utilisé, ainsi que, probablement, la roulette. L’impression pivotante est fréquente. D’une manière générale, au Néolithique, les armatures abondent, les perçoirs sont courants, les grattoirs bien représentés, les microlithes géométriques présents. Les récoltes Crova montrent que partout, des galets aménagés, des haches, herminettes, gouges sont présents. Le matériel de broyage abonde. L’outillage osseux consiste en poinçons et lissoirs. De nombreux coquillages ont été transformés en instruments, cuillère, estèque, peigne... Berouâga A quelques dizaines de km à l’est de la baie du Lévrier, les dunes du secteur de Berouâga sont occupées par plusieurs sites. L’ensemble industriel étudié par N. Ould Mohamed Kaber, repose sur des dunes ogoliennes où il couvre autour d’un hectare. Il est daté de 6700 ± 200 B.P. (5810-5470 av. J.-C.). Il dispose d’un outillage1 en silex, accessoirement en quartz, dominé pour près de moitié par les microlithes géométriques, plus particulièrement les triangles. Les têtes de flèche se ramènent à des lamelles dont seule la base est aménagée en pédoncule. Les nucleus sont modestes, peu réguliers. Le matériel de broyage, abondant, est fait de pièces épaisses, en boule, travaillées dans des grès ou de pièces minces de forme ovale réalisées en calcaire. La céramique, peu abondante, a des formes simples demi-sphériques ou demi-ovoïdes, ses pâtes sont grossières, à dégraissant de quartz et végétaux. Le décor monotone peut se développer sur une large bande longeant le bord sur la face interne. Les motifs les plus fréquents sont des traits pointillés, nids d’abeilles, chevrons, dents ponctuées, lignes ondées. La faune nettement dominée par les gazelles comporte du chat sauvage, rhinocéros, antilope redunca, buffle. H. Jousse et ses collaborateurs évoquent une forêt-galerie, avec des points d’eau importants et pérennes que fréquentait une faune 1.- Cf détail p. 573.

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Sahara préhistorique variée, soudanienne, avec éléphants, hippopotames, rhinocéros, lions, phacochères, antilopes et gazelles de milieu humide, sahélienne avec antilopes chevalines, bubales, damalisques, gazelles, Bos sp., Pelorovis antiquus, ou désertique avec Oryx, Addax, Gazella dorcas et dama.

Dans le Sahara méridional, le Néolithique moyen est bien appréhendé dans le nord du Mali où ont été menées des études systématiques. Trois faciès ont pu être identifiés, faciès Oum el Assel, Hassi el Abiod et Ounanien. Liés à des paléolacs, tous traduisent l’importance de la pêche. Ils sont fournis en grattoirs, segments, petites haches polies et poterie. La population, de type mechtoïde, témoigne d’une intense activité physique. Ailleurs, les données, trop sommaires, ne dégagent que quelques lignes majeures. Ainsi de grands segments confèrent une certaine unité aux sites reconnus dans le bassin de l’Azawagh. En Ennedi, les industries lithiques ne présentent pas de traits marquants, mais la céramique a permis de suivre une évolution ; un motif incised wavy line qui orne la plus ancienne, pourrait évoquer des contacts avec le Soudan. Dans la partie nord-occidentale du Sahara où peu de travaux ayant été menés, peu de sites sont connus, la présence de têtes de flèche tour Eiffel assure une certaine unité à des ensembles industriels nommés Tidikeltien et suggère une grande province au sein de laquelle s’ébauchent divers faciès. Dans le Sahara atlantique, où Néolithique et Epipaléolithique sont étroitement imbriqués, quelques stratigraphies montrent un choix différent des matériaux, le Néolithique ayant privilégié le silex, l’Epipaléolithique, la calcédoine. Dans les régions septentrionales : Néolithique tellien, Cardial et Néolithique de tradition capsienne Alors que le Néolithique saharo-soudanais s’épanouissait dans le Sahara central, le Néolithique méditerranéen se développait dans le Tell. Nommé par G. Camps, il comporte plusieurs cultures, à l’ouest le Néolithique tellien et cardial, alors que l’est est le domaine du Néolithique de tradition capsienne. Certains auteurs ont pu voir dans le Néolithique tellien, un faciès du Néolithique de tradition capsienne, pour d’autres, et de plus en plus fréquemment, ces deux cultures seraient indépendantes. Elles auraient été précédées par un autre courant, le Néolithique cardial, qui se développait sur la côte méditerranéenne et auquel on a longtemps attribué la néolithisation du Tell. Aboutissement extrême de pratiques plus que de populations venues du Proche-Orient par cabotage, le Néolithique cardial

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Un néolithique pastoral aurait atteint le nord de la Méditerranée occidentale par l’Adriatique au 8ème millénaire, puis, franchissant le détroit de Gibraltar, il se serait développé d’ouest en est sur une étroite frange du littoral méditerranéen de l’Afrique, par enchaînement de plages successives. Il aurait apporté les innovations néolithiques au reste du pays, la lecture de la stratigraphie de Kaf Taht el Ghar faite par M. Tarradell montrant le Néolithique tellien au-dessus du Néolithique cardial. Récemment, l’identification de Néolithique également au-dessous du Cardial a modifié totalement l’image du processus de néolithisation de la région. D’un secteur à l’autre, le Néolithique est diversement cerné. Le Tell a fait l’objet de nombreux travaux fin 19ème-début 20ème siècles qui ont servi d’assises à la préhistoire maghrébine, mais ils restent difficiles à actualiser, la plupart des sites ayant été détruits par des carrières et un seul ayant été identifié depuis. Le Néolithique de tradition capsienne est la culture la plus connue. Il ne remonte pas au-delà du 6ème millénaire, mais est peut-être plus ancien au Sahara. Sa dispersion géographique est essentiellement liée à sa définition, tous les auteurs ne lui accordant pas la même : développé en régions constantinoise et tunisienne pour tous, pour certains, il se serait aussi étendu au Sahara septentrional. La région la mieux connue est le Bas-Sahara, en particulier le secteur de Ouargla où, grâce à la présence des Dr G. Trécolle et F. Marmier, des recherches systématiques ont été menées. Dans le Sahara septentrional, de petits gisements marquent partout des séjours brefs. B. Gabriel a accordé une étude particulière aux plus modestes. Il nomme « Steinpläze », les innombrables amas de pierres, foyers laissés par une halte, qui jonchent le Sahara. Etudiant leur fréquence, il met en relief trois phases, la première entre 8500 et 5800 B.P. (7600 et 4700 av. J.-C.), la seconde qui est la phase majeure entre 5800 et 5300 B.P. (4700 et 4100 av. J.-C.), la dernière entre 5300 et 3500 B.P. (4100 et 1800 av. J.-C.). Le Néolithique tellien H. Camps-Fabrer a nommé Néolithique tellien, le Néolithique1 qui se développe sur l’Ouest du Maghreb et qui a été reconnu au début du 20ème siècle dans la région d’Oran où il était présent dans de nombreuses grottes, aujourd’hui entièrement détruites. Le Néolithique tellien dispose d’un outillage lithique (fig. 44) dans la lignée des industries ibéromaurusiennes. Les lamelles à dos, les pièces à coches et denticulés, paraissent bien représentées, à Mahisserat, Garet et Taleb2, elles constituent le tiers de l’industrie lithique.. Les grattoirs et perçoirs sont présents, les microlithes géométriques rares, les têtes de flèche3 exceptionnelles, plus encore les pièces foliacées. Le matériel de broyage est peu employé, de même que le matériel poli. Le matériel osseux est riche en objets perforants, en tranchets et lissoirs. A cette structure industrielle, la poterie apporte un élément original et significatif. Toujours abondante, sa forme est généralement à large fond co1.- C’est le Néolithique II de Balout. 2. Cf ces ensembles industriels p. 565. 3.- Cette rareté des têtes de flèche pose la question de leur origine, Sahara ou Europe ? Les identifications minéralogiques susceptibles de répondre n’ont pas été faites.

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Sahara préhistorique nique ; elle est faite à l’aide de terres franches, possède des éléments de préhensionautour desquels s’organise un décor qui laisse toujours des plages réservées. Les motifs sont simples, souvent cannelés (fig. 44). La date de 7760 ± 190 B.P. (Alg 40) (7000-6430 av. J.-C.) a été obtenue dans le gisement de plein air de Kristel jardins (=Station des Travertins), celles de 6680 ± 300 B.P. (Gif 463) (5880-5320 av. J.-C.) dans celui du Cimetière des escargots (=Les Coralès), 5550 ± 225 B.P. (Alg 35) (4670-4060 av. J.-C.) dans celui dit Les Deux mamelles près de Mostaganem. On peut leur associer Jorf Akhdar et Sidi Moussa, petits sites installés dans la basse terrasse de l’oued Isly mentionnés dès 1908 par le Dr Pinchon, qui disposent de petites pièces taillées, de fragments de hache polie et ont été datés de 5930 ± 80 (Gif 6494) et 5080 ± 70 B.P. (Gif 6493) (4910-4710 à 3960-3800 av. J.-C.). La répartition du Néolithique tellien est vaste. Vers l’est, il est connu à Bejaïa, se développerait le long du littoral1, couvrirait le Tell sans atteindre le Constantinois. Vers l’ouest, Hassi Ouenzga, dans la province de Taza, pourrait être un jalon entre l’Oranie et la péninsule tingitane. Il pourrait se déployer à l’intérieur des terres, peut-être jusqu’aux alentours de Laghouat. Pour certains auteurs, le Néolithique tellien, ou ses influences, s’étendrait même loin vers le sud, son emprise ayant peut-être rejoint les abords de Nouakchott ; toutefois, à l’exclusion du littoral atlantique où divers travaux ont été menés, le Sahara occidental est fort mal connu, y compris la vallée de la Saoura où la préhistoire récente a été délaissée. En stratigraphie, il présente différentes superpositions. Dans la région d’Oujda, A. Jodin rapportait au Néolithique tellien le site du Kheneg Kenadsa d’où il a retiré les restes de deux individus ; il y reconnaissait deux niveaux dont le supérieur renfermait quelques tessons de poterie sans décor, une hache polie, une tête de flèche et une pièce foliacée ; il surmontait un niveau riche en grattoirs que G. Camps rapporte au Kérémien. Une superposition semblable se retrouve à Kaf Taht el Ghar et probablement Oued Guettara. Dans la grotte du Rhafas, bien connue pour ses occupations moustériennes et atériennes, le Néolithique repose directement sur la couche atérienne dont une partie aurait pu être éliminée ; il est daté de 5190 ± 100 B.P. (Gif 6185) (4220-3810 av. J.-C.). C’est probablement à lui qu’il y a lieu de rapporter les dépôts supérieurs remaniés qui surmontent l’Ibéromaurusien dans la grotte d’Ifri n’Ammar. L’origine du Néolithique tellien n’est plus à rechercher dans le Néolithique cardial car il lui est antérieur dans les sites tingitans2. L’hypothèse de G. Camps qui lui reconnaissait une influence saharienne se traduisant par l’emploi du peigne, de l’impression pivotante dans le décor de la poterie des sites atlasiens, s’affirme, tout comme les remarques de A. Gilman qui, à Mugharet el Khail (couche H inférieure) et Mugharet es Safiya (couche D), avait noté une sorte de substrat lui permettant de proposer une néolithisation autochtone pour le Maghreb. Une reprise des fouilles à Kaf Taht el Ghar sous la conduite de J.P. Daugas, a authentifié cette stratigraphie induite des documents des missions américaines des années 1920. Une situation semblable se retrouve au Kaf Boussaria 1 .- Dans cette région, M. Dalloni a reconnu divers sites (Djebel Djezzar, Oued el Kheir, Torch, La Stidia, Aïn Tédelès, Djebel Mouzaïa...) qui pourraient procéder de cette culture. 2.- Cf ci-dessous p. 246 et svtes.

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Un néolithique pastoral où A. El Idrissi a identifié une « phase initiale », dite phase A, qui y est datée de 7589 ± 166 B.P. (Rabat57) (6754-6045 av. J.-C.). Elle dispose d’une poterie hémisphérique à bord droit ou évasé souligné d’un étranglement, incisée de lignes, chevrons, quadrillages largement développés sur la panse. Elle assoit en termes nouveaux le processus de néolithisation du Maghreb occidental et le place dans la fourchette 8765 ± 176 B.P. (US1028) - 7136 ± 156 B.P. (US1025) (80887445 à 6227-5669 av. J.-C.). Placer les premières manifestations néolithiques antérieurement au Cardial et les rapprocher du Néolithique tellien conduit à le vieillir et en faire un Néolithique ancien ayant longuement perduré. Aïn Naga A Aïn Naga, dans la région de Messad, D. Grébénart a reconnu une occupation néolithique au-dessus de l’habitat capsien, leurs vestiges s’insérant entre le fond de l’abri et les dépôts capsiens qui ne l’atteignaient pas. L’industrie lithique est riche en microburins1. Les lamelles à bord abattu, les pièces à coches et les microlithes géométriques ont une importance comparable. Les têtes de flèche malgré leur petit nombre, n’en montrent pas moins des formes variées, pédonculées, foliacées, à base échancrée, à tranchant transversal. Il y a peu d’outils en os, peu de matériel de broyage. L’œuf d’autruche, fréquent, n’est qu’exceptionnellement décoré. Il a été employé pour façonner en série des rondelles d’enfilage qui sont les seuls éléments de parure mis au jour. La poterie n’intervient que sous forme de minuscules fragments ne permettant aucune restitution de la forme des vases. Elle comporte des éléments de préhension et un décor relativement riche, probablement composite, fait de cannelures, de dents qui évoquent la poterie tellienne et nullement la poterie capsienne. Le gisement est daté de 7500 ± 220 B.P. (Gif1221) (6570-6080 av. J.-C.). Columnata La stratigraphie de Columnata : Ibéromaurusien, Columnatien, Capsien, se clôt par un niveau néolithique2 épais de 1 m. Daté de 5850 ± 100 et 5250 ± 250 B.P. (Mc156 et Gif307) (4800-4560 et 4330-3800 av. J.-C.), il est remarquable par l’importance des lamelles à coches puis des microlithes géométriques, en particulier des trapèzes ; certains qui n’atteignent pas 1 cm évoquent la dimension des industries columnatiennes antérieures. Les segments manquent. Un trapèze déjeté et échancré est une forme typique de la région (fig. 89). Des têtes de flèche pédonculées sont rapportées à une influence saharienne. La poterie est abondante, porte des éléments de préhension, le décor, non couvrant, utilise des motifs d’impressions au peigne. Il n’y a pas traces de pierre polie. L’art mobilier comprend une pierre-figure qui évoque un pecten. Divers autres sites de la région, Vigne Serrero, Vigne Boubay, El Kef3 présentent des traits comparables. Des nuances résident dans la place accordée aux lamelles à dos prédominantes Vigne Serrero, dans l’importance du groupe coches-denticulés qui atteint plus de 60 % Vigne Boubay et El Kef. Pour G. Camps et P. Cadenat, tout comme à Columnata, la fréquence et la forme des têtes de flèche traduisent une influence saharienne. 1.- Cf Annexes p. 565. 2.- Cf Annexes p. 571. 3.- Cf Annexes p. 571. Pour P. Cadenat, ce site et Vigne Serrero pourraient appartenir au Chalcolithique, cf p. 382.

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Sahara préhistorique Doukanet el Khoutifa Le gisement occupe 2200 m2 d’une plateforme entourée de rochers, qui domine la plaine des Ouled Ayar au pied de la Dorsale tunisienne. Découvert en 1972 par J. Zoughlami, les fouilles qu’il y mena en 1972 et 73, puis 2009, lui ont permis de reconnaître deux niveaux coiffés d’un niveau subsuperficiel fortement remanié. Le niveau inférieur daté de 6750 ± 200 B.P. (Mc828) (5860-

Fig. 44 - Néolithique tellien. Industrie lithique : 1, 17) triangles ; 2, 3, 4) têtes de flèche à tranchant transversal ; 5) lame à dos arqué ; 6) lamelle à dos rectiligne et base tronquée ; 7, 8, 18 à 20, 29) segments ; 9) tête de flèche pédonculée ; 10, 22) rectangles ; 11) lamelle à dos rectiligne ; 12) grattoir sur lamelle retouchée ; 13) mèche de foret ; 14) lame à coches ; 15) lamelle à dos arqué ; 16) aiguillon droit ; 21, 28) lamelles à double troncature ; 23) microburin ; 24, 31) nucleus ; 25) lame denticulée ; 26) lamelle à coches ; 27) éclat à coches ; 30) trapèze. (Origine : 1, 12, 13, 15, 18) Djebel Djezzar ; 2, 6, 11, 14, 25) Oued el Kheir ; 3, 4) Torch ; 5, 10, 28) La Stidia ; 7, 16, 17, 22, 24, 27, 29 à 31) Pelissier ; 8, 26) région de Mostaganem ; 9) Karrouba ; 19, 20, 23) Aïn Tédelès ; 21) Djebel Mouzaïa (d'après Vaufrey, 1955). Décor de poteries : 32) chevrons+cannelures ; 33, 40) fausses perforations ; 34) bâtons dans sillons ; 35) lunules+hachures en motif complexe; 36) galons ; 37) crénelé ; 38) hachures+ponctuation rectangulaire+dents en motif complexe ; 39) hachures en triangles ; 41) cordon écrasé ; 42) rangs de hachures opposées+cannelures. (Origine : 32, 40) Batterie espagnole, 33, 42) Troglodytes, 34) La Guethna, 35) Noiseux, 36) Rhar oum el Fernam, 37) Midi, 38, 41) Cimetière des escargots, 39) inconnue. d'après Aumassip, 1971). Les n° 36 et 37 pourraient appartenir à un Néolithique cardial.

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Un néolithique pastoral 5510 av. J.-C.) est une couche jaune, épaisse de 0,40 m, riche en Rumina decolata, qui repose sur la roche en place. Il est surmonté d’un niveau noir épais de 1,50 m environ, daté de 6000 ± 100 B.P. (Mc835) (5035-4786 av. J.-C.), où Rumina est remplacé par Helix. Ils ont été généralement perforés pour faciliter leur consommation Avec une structure industrielle type néolithique tellien, le gisement pose problème en étant situé dans un territoire connu pour être le fief du néolithique de tradition capsienne1. L’industrie lithique2 est faite dans un silex local, accessoirement en calcaire, quelques pièces en obsidienne viennent de Pantelleria. Elle dispose de rares galets aménagés, évolue par régression des lamelles à dos qui constituent presque la totalité de l’outillage du niveau inférieur, au profit des pièces à coches et des grattoirs. Ces derniers sont volontiers denticulés et toujours façonnés dans la partie la plus épaisse du support qui, ici, est sa partie distale. Les perçoirs comportent un perçoir d’Aïn Khanga, les microlithes géométriques quelques rectangles. Les racloirs sont peu nombreux. Seule la surface est riche en têtes de flèche ; assez variées, elles privilégient les pédoncules courts, les ailerons mal dégagés faisant passage à des formes losangiques, un exemplaire est à écusson. Deux galets aménagés, des nucleus, du matériel de broyage avec molettes ovoïdes, deux boules en calcaire de 21 et 36 mm de diamètre, des polissoirs complètent le sac à outils. Haches, pilon soulignent un polissage de la pierre. Une pierre à rainure évoque la fabrication des rondelles d’enfilage qui sont nombreuses ; une parure de 64 rondelles retrouvée près d’un défunt, suggère le port d’un collier ou d’une résille. Le matériel osseux abonde avec prédominance des poinçons, présence de lissoirs, spatule et d’une cuillère, objet peu courant. Dans une niche, se trouvait un petit amas d’ocre. L’œuf d’autruche, abondant, est transformé en pendeloques (10 ont été retrouvées dont une en os) qui s’ajoutent à de nombreuses coquilles, dentale, nasse, cone, columbelle... pour souligner la richesse en éléments de parure. L’œuf d’autruche a aussi été utilisé comme récipient (6 ouvertures de bouteille ont été retrouvées). La poterie est particulièrement courante dans le niveau supérieur ; elle provient de vase à fond conique, pouvant posséder de petits mamelons de préhension. Bien que certains vases aient été richement décorés par un même motif organisé en groupes perpendiculaires, elle est plutôt décorée sommairement de lunules, bâtons, crénelés qui évoquent l’usage de coquillage pour leur réalisation, elle peut porter des impressions parallèles de peigne. Des restes humains provenant de 18 individus, gisaient au pied d’un grand rocher, enchevêtrés pour la plupart ou en décubitus latéral fléchi ; ils pouvaient être calés par des pierres et une grosse pierre reposait sur la tête de certains. Ils sont rapportés à une population proto-méditerranéenne robuste. Les occupants pratiquaient la chasse de grands mammifères qu’attestent des ossements de Bos primigenius, d’un bovin de petite taille qui se retrouve 1 .- Dans un article daté de 2004, S. Roudesli-Chebbi et J. Zoughlami écrivent (p. 79) : « Le Néolithique tellien de Doukanet El Khoutifa s’apparente au Néolithique méditerranéen qui couvre le littoral de la France, de la Péninsule Ibérique, de l’Italie du Sud et les Iles, les contacts sont à chercher vers le Sud de l’Italie et des Iles, matérialisés par la présence d’obsidienne ». 2 .- Cf Annexes p. 566.

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Sahara préhistorique à Redeyef et ne peut être assimilé à Bos taurus, d’antilopes diverses, gazelles, mouflons. Fait exceptionnel, des restes d’autruches s’y trouvaient, alors qu’à l’inverse de leurs œufs, ils sont rarement trouvés. La chasse de petits animaux comme le lapin, la capture de tortues, la collecte d’escargots étaient également pratiquées. Des animaux domestiques, limités à quelques chèvres dans le niveau inférieur deviennent nombreux dans le niveau supérieur avec des ovi-capridés et des bovins ; un chien pourrait être le signe d’une présence de troupeaux. Le site s’est constitué dans un milieu ouvert, semblable à celui de Kef el Hamda avec cependant une régression de Pinus halepensis qui traduit un climat identique à l’actuel. La végétation était dominée par les composées suivies des graminées, agrémentée de quelques crucifères et ombellifères ; la couche médiane se singularise par la présence de Vitis. Hassi Menikel Dans la partie méridionale du piedmont du Djebel Amour, Hassi Menikel est un vaste gisement reconnu en 1968 par une mission CRAPE-Institut de Géographie de l’Université d’Alger. Il est daté de 5810 ± 150 B.P. (Gif3408) (4830-4470 av. J.-C.). La surface est jonchée de silex taillés, de tessons de poterie, parsemée de fragments d’œuf d’autruche ; des amas de pierres traduisent des foyers démantelés par l’érosion. La structure de l’outillage est relativement équilibrée1. Les lamelles à bord abattu sont abondantes, riches en bords abattus partiels et retouche Ouchtata. Les têtes de flèche, fréquentes, ont un pédoncule mal dégagé du corps ou une forme triangulaire, elles peuvent alors être tranchantes plutôt que perforantes. Le matériel de broyage est en grès, mais il est altéré ou réduit en menus morceaux. L’œuf d’autruche est rare, peu réemployé. La poterie abonde. Elle a été montée aux colombins avec une pâte franche, préparée sans ajout de dégraissant. Ses fonds sont coniques, ses formes les plus courantes devaient être simples, sans col. Le décor, essentiellement des ponctuations, n’occupe qu’une surface réduite. Il était réalisé à l’aide d’un peigne et occasionnellement par impressions pivotantes. Des motifs comparables notés dans les sites plus septentrionaux de Columnata ou El Arrouya peuvent suggérer des relations entre ces populations. Le site d’Ouhaïda, daté de 4490 ± 140 B.P. (Gif3410) (3360-2940 av. J.-C.) et qui est proche d’Ouhada, offre des caractères semblables à celui d’Hassi Menikel dont il est éloigné de plus d’une cinquantaine de kilomètres. Il dispose de la même structure industrielle2, des mêmes formes de têtes de flèche, du même aspect de la poterie. Hassi Ouenzga Dans le Rif, le site d’Hassi Ouenzga qui est proche d’une source, comporte un habitat de plein air rapporté à un Ibéromaurusien tardif et, sous abri, une occupation néolithique. L’abri, ouvert au sud, a fait l’objet de fouilles menées par la mission germano-marocaine dirigée par A. Mikdad et J. Eiwanger. Elles ont couvert une surface de 17 m2 et montré un dépôt anthropique de 1,60 m d’épaisseur où trois ensembles stratigraphiques ont été individualisés. Le niveau 1 .- Cf Annexes p. 566. 2 .- Cf Annexes p. 565.

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Un néolithique pastoral supérieur, développé sur plus de 0,60 m, remanié sur sa plus grande épaisseur, a livré 3 tessons campaniformes, au-dessous viennent deux niveaux néolithiques. Le niveau néolithique inférieur épais de 50 à 60 cm est un sédiment noir, dur qui comporte des restes de mollusques. Avec 103 pièces, l’industrie lithique est dominée par les pièces à retouche continue 35 %, puis les perçoirs 26,2 %, pour la plupart à retouches inverses, et les lamelles à dos qui se distribuent en lamelles aiguës à dos rectiligne 12,6 %, à dos arqué 3,9 %, à dos partiel 1,9 %, fragments 1 %. Les pièces à coches comprennent une même proportion d’éclats et lamelles, 4,9 %, et 1 % de lamelles denticulées. Il existe 4,9 % de pièces à troncature, 1,9 % de microburins et 1 % de grattoirs. Cet ensemble modeste est complété par 1 % de pièces bifaciales. Les nucleus sont peu nombreux, irrégulièrement exploités, un seul est à lames. L’outillage osseux se limite à une spatule. Très proches les unes des autres et à proximité de nombreux perçoirs, se trouvaient 348 perles en test d’œuf d’autruche de diamètre varié. Une pierre à double rainure, en calcaire, qui atteste de leur fabrication sur place, s’ajoute à un percuteur, une meule en grès et des fragments de matériel de broyage. Une poterie abondante provient de vases épais dont les bords sont volontiers évasés et qui peuvent porter des anses, mamelons, plus rarement des oreilles ou tétons. Le dégraissant grossier est un mélange de minéraux et végétaux. Le décor est dominé par des cordons en relief, des bandes de traits obliques parallèles, de quadrillages. Un décor au cardium, simples impressions parallèles et dents, figure sur trois tessons. Ce niveau est daté de 6710 ± 50 (KIA-434) à 6240 ± 40 B.P. (KIA-437) (5660-5560 à 5300-5080 av. J.-C.), une date plus ancienne 7930 ± 50 B.P. (KIA-433) (7030-6790 av. J.-C.) pourrait être contaminée. Les auteurs s’appuyant sur des parentés stylistiques avec la céramique d’Andalousie, n’excluent pas des liens entre les deux continents. Le niveau supérieur est daté de 6230 ± 70 (UtC-6185) à 5029 ± 47 B.P. (UtC6184) (5300-5060 à 3940-3710 av. J.-C.). C’est une couche noire, épaisse de 10 à 60 cm. L’industrie lithique est pauvre ; faite sur silex, elle comporte des pièces à retouche continue, lamelles à dos, grattoirs sur éclat, perçoirs, microlithes géométriques, une pièce esquillée. Plusieurs meules se trouvaient dans ce niveau auquel on peut rapporter deux poinçons en os. La poterie est épaisse, à dégraissant minéral. Le décor se limite à un bandeau placé au haut de la panse et couvert le plus souvent de traits parallèles, d’un fin quadrillage ou de poinçonnage. Le motif le plus marquant est fait au peigne à dents fines en lignes ou traits parallèles, en chevrons. Tout comme dans le niveau inférieur, quelques tessons décorés au cardium assurent soit des contacts avec le Néolithique cardial, soit son influence. Les Genêts Installé sur une dune fossile des environs d’Oran, le site « Les Genêts » est recouvert de 0,70 m de sédiments ruisselés. M. Couvert a recueilli du matériel dégagé par l’érosion et y a pratiqué deux sondages. L’industrie récoltée1, en silex, comporte un seul nucleus qui est volumineux, des grattoirs et perçoirs variés, peu de lamelles à dos dont quelques pièces à retouche Ouchtata, de nombreuses pièces à coches dont les coches présentent divers aspects, des têtes de 1 .- Cf Annexes p. 565.

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Sahara préhistorique flèche à tranchant transversal et un galet aménagé en calcaire. L’œuf d’autruche est présent et peut être gravé. Divers coquillages, Purpura hæmastoma, Patella, Murex ont été retrouvés ainsi qu’un segment de Pectunculus qui était transformé en pendeloque. La poterie à fond conique a été montée aux colombins, la pâte grossière contient un dégraissant de quartz ou de graviers ferrugineux, la surface porte des décors de croisillons ou d’impressions diverses à l’estèque, au coin, au poinçon… Des charbons ont permis d’identifier Olea europea. Oued Guettara Le site Oued Guettara est constitué de trois grottes voisines qui, non loin de Brédéah, s’ouvrent sur l’un des versants d’un petit affluent de l’oued. A leur pied et presque jusqu’au bas du versant se développe un important talus d’avant-grotte. Les fouilles qui, en 1967, furent faites dans l’une des grottes par le CRAPE sous la direction de G. Camps, ont montré une masse homogène de sédiments brun-noir reposant sur un dépôt argilo-sableux jaunâtre bien connu dans les grottes de la région oranaise. De nombreuses inhumations néolithiques ont bouleversé les couches archéologiques et rendent l’interprétation de la stratigraphie délicate. G. Camps distingue néanmoins quatre niveaux : à la base le niveau IV a livré trop peu d’outils pour être qualifié mais la fréquence des grattoirs, proche du cinquième, évoque les industries kérémiennes. Il a été daté de 10190 ± 230 B.P. (Gif882) (10370-9390 av. J.-C.). Au-dessus, dans un niveau d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur, se trouve l’essentiel des inhumations ; son industrie ne diffère guère de la précédente, si ce n’est par une légère diminution des grattoirs et une augmentation des lamelles à dos. Il a livré une pièce à retouche envahissante et quelques tessons de céramique. Les deux niveaux supérieurs, II et I11, ne se distinguent l’un de l’autre que par une fréquence moindre de la céramique dans le niveau II, où le nombre de lamelles à dos est plus grand, celui de coches et denticulés plus faible. L’industrie osseuse y est plus abondante. Le niveau I, riche en denticulés et pièces à retouche continue, a livré une hache polie, les éléments de parure sont courants, valves de moule et de cardium, turritelles ; des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche ne proviennent que du sommet des dépôts. Aucune tête de flèche ou pièce foliacée n’a été retrouvée dans la grotte, alors qu’elles sont présentes dans le talus d’avant-grotte. La céramique consiste en vases à fond conique et large ouverture, décorés d’une bande d’impressions au coin qui entoure l’orifice. Oued Zeggag Situé dans la terrasse inférieure de l’oued Zeggag, à une dizaine de kilomètres d’Hammaguir, Oued Zeggag tient son originalité de l’accumulation de plus d’une cinquantaine de poteries entières et de milliers de rondelles d’enfilage en tests d’œuf d’autruche accompagnée d’un rare matériel lithique -quelques têtes de flèche, pièces foliacées, grattoirs, perçoirs, scies, hache polie-. Les poteries gisaient entre 20 et 80 cm de profondeur dans un sédiment fin à petit cailloutis, recouvert d’une couche de sable mêlé à un cailloutis plus grossier, au-des1 .- Cf Annexes p. 565.

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Un néolithique pastoral sous d’elles se trouvait une mince couche de petits galets. En surface, au-dessus des poteries, le sol était couvert de petits tessons et dans un rayon d’une centaine de mètres gisait un matériel comportant quelques fragments d’outils, d’éclats, une lame, des têtes de flèche et des haches. Découvert par M. Farina, en 1966, une centaine de m2 fut immédiatement fouillée sous la conduite de M. Lihoreau. Le matériel présentait une disposition très particulière se regroupant dans une ellipse d’une dizaine de mètres de long, à peine plus de quatre de large avec une forte concentration dans 6 m2 seulement. Les poteries y constituaient de petits tas de trois ou quatre pièces, très proches les uns des autres, sans orientation particulière. Généralement, dans chaque groupe, un collier de 500 rondelles environ en tests d’œuf d’autruche, gisait autour de l’une des poteries. Un rare matériel lithique était associé à chaque groupe de poteries, une tête de flèche dans quatre cas, une hache polie et une meule dormante dans quatre autres, dans trois cas, une tête de flèche et quatre lamelles en silex se trouvaient à l’intérieur d’une poterie1. Aucun reste osseux n’a été signalé. Aucune poterie ne porte d’élément de préhension. La moitié consiste en pièces ovoïdes à fond appendiculé, hautes d’une vingtaine de centimètres, une partie est de forme simple, une autre, un peu plus nombreuse, présente une carène dans le tiers supérieur et se termine par un col étroit. Une autre série à peu près de même importance se termine par un col très largement évasé. Plus rarement ce sont des bols à large ouverture possédant ce même fond appendiculé. Le haut de la panse, le col sont décorés de lignes parallèles, bâtons, chevrons, réalisés à l’aide d’un peigne fin, motifs semblables à ceux qui ornent les poteries de type Skirat. Une datation sur tests d’œuf d’autruche indique 5320 ± 150 B.P. (Gif848) (4400-3990 av. J.-C.), ce qui les fait contemporaines de celles de Rouazi. Un récipient comparable a été découvert par J. Iliou, à Tiout. Ouhada Les dépressions du piedmont de l’Atlas saharien sont souvent bordées de gisements néolithiques. En bordure occidentale de celle d’Ouhada, une surface de 500 x 200 m est couverte d’amas plus ou moins disloqués de pierres de foyers qu’entourent des tessons de poterie et du matériel lithique ; des lambeaux de couche archéologique subsistent dans les parties basses. L’étude menée en 1970 dans le cadre du Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques, Ethnologiques (CRAPE) et de l’Institut de Géographie de l’Université d’Alger sous la direction de P. Estorges et de l’un de nous (G.A.) a permis de dater ce site de 5520 ± 110 B.P. (Mc524) (4460-4250 av. J.-C.). Elle a montré des nucleus nombreux, petits, avec une majorité de formes aplaties, un débitage organisé de manière très variée. L’outillage2 est largement dominé par les têtes de flèche qui privilégient les formes pédonculées à ailerons très écartés et pédoncule très court. Les groupes secondaires, perçoirs et coches-denticulés, restent modestes, l’essentiel du groupe perçoir consistant en mèche de foret. Les denticulés sont nombreux, mais une seule scie a été retrouvée. Les autres groupes sont à peine 1 .- Les premières fouilles, qui ont dégagé six groupes de poteries, ont livré de même des rondelles d’enfilage, têtes de flèche et hache polie, sans autre précision. 2 .- Cf Annexes p. 565.

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Sahara préhistorique représentés. Les racloirs sont plutôt sur lame ou lamelle et présentent des aspects variés. Les quelques pièces à bord abattu portent volontiers une retouche Ouchtata. De très nombreux fragments de pierres à rainures suggèrent leur emploi pour préparer les hampes de flèche. Le matériel de broyage abonde et possède des molettes typées soit en forme de petit disque de 1 à 2 cm d’épaisseur, soit « en sabot » dont le plan de travail unique, est oblique par rapport au corps plus ou moins ovoïde de la pièce qui possède une gorge. L’œuf d’autruche, courant, est peu décoré, souvent transformé en rondelles d’enfilage. Une pièce originale, en étoile, a été obtenue par cinq perforations autour de la lumière centrale (fig. 45). La poterie se rapporte surtout à des bouteilles, formes coniques à goulot plus ou moins étroit. Elle n’est que partiellement décorée par un registre de ponctuations, de chevrons, de flammes ou par des cannelures.

Fig. 45 – Ouhada : perle en œuf d'autruche ; on remarquera sa préparation par aménagement de cinq perforations périphériques à partir de la face inférieure. (d'après Aumassip 2001).

Les grottes d’Oran Le massif du Murdjadjo qui domine Oran est creusé de nombreuses grottes fouillées pour la plupart à la fin du 19ème et au début du 20ème siècles par F. Doumergue et P. Pallary. Celle de Noiseux l’avait été dès 1888 par Tommasini. Dans les dunes, en bord de mer, plusieurs sites de plein air sont également connus. Tous offrent des traits semblables avec un outillage lithique façonné sur silex noir, riche en pièces à coches, denticulés, lamelles à bord abattu, où les microlithes géométriques et les têtes de flèche sont rares. Par leur style, les lamelles à bord abattu prolongent l’Ibéromaurusien. Des objets en pierre polie et du matériel de broyage accompagnent un outillage osseux de belle qualité et une poterie abondante. Une faucille aménagée dans une vertèbre dorsale d’antilope bubale, Alcelaphus buselaphus, provient de la grotte du Polygone, elle est incisée d’une rainure de 8,5 cm, dans laquelle restait insérée une lamelle à dos, tranchant vers l’extérieur. Un poignard a été retrouvé à Aïn Guedara, un autre aux Troglodytes, des pointes de sagaie dans diverses grottes. Une soixantaine d’individus, mal conservés pour la plupart, tous de type Mechta-Afalou, a été retirée de ces grottes. La céramique est montée aux colombins avec des pâtes naturellement dégraissées, les surfaces sont régularisées, parfois polies. Ce sont des vases à large fond conique bien que quelques pièces à fond plat existent. L’ouverture est resserrée ; les cols, exceptionnels, déterminent toujours des goulots. Les moyens de préhension sont courants, en particulier les mamelons et oreilles qui interviennent dans la disposition du décor. Celui-ci se limite à la partie supérieure du vase y formant un bandeau plus ou moins large qui souligne l’orifice, enveloppe les éléments de préhension. Il procède de cannelures et d’incisions, il n’accorde aucun intérêt aux motifs curvilignes, aux motifs au peigne ou à l’impression

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Un néolithique pastoral pivotante. Les motifs les plus courants sont des quadrillages, croisillons, chevrons et des poinçonnages produisant de fausses perforations de divers aspects. Les sites étaient riches en matières colorantes et en éléments de parure, surtout en pendeloques. Elles sont faites à l’aide de coquilles de mollusques marins, pétoncles le plus couramment, de plaques dermiques de tortues ou de pierres avec une préférence pour le schiste. Le test d’œuf d’autruche est utilisé pour produire des rondelles d’enfilage. La faune se rapporte à des bovins Bos opisthonomus1 et Bos ibericus2, du porc, Sus domesticus, qui serait l’espèce la plus fréquente, sanglier Sus scrofa, des antilopes Alcelaphus buselaphus, gazelles Gazella dorcas et Gazella cuvieri, mouflon, mouton. Le mouton très rare, serait un mouton domestique, Ovis aries v. africana3, qui aurait été introduit par le Néolithique cardial et trouverait son origine au Proche-Orient, de même la chèvre4. Les dépôts renfermaient aussi de nombreux mollusques, moules, patelles et hélicidés. Ces éléments qui contribuèrent à asseoir la Préhistoire du Nord de l’Afrique, ne peuvent être révisés à l’aide de techniques récentes, les gisements d’où ils proviennent ayant été détruits depuis longtemps par des carrières. La grotte de l’oued Guettara, la seule ayant fait l’objet de travaux relativement récents, renferme de nombreuses inhumations qui n’ont pas permis de saisir la phase de néolithisation en raison des remaniements qu’elles ont provoqués, si ce n’est montrer que le Néolithique repose sur un niveau kérémien. Safiet bou Rhenan Le gisement de Safiet bou Rhenan découvert et étudié par D. Grébénart en 1969, est installé dans un chaos rocheux de la région de Djelfa. Il est daté de 6970 ± 170 B.P. (Gif884) (6000-5710 av. J.-C.). Les lamelles à dos et mèches de foret sont les outils les plus courants, les têtes de flèche et pièces à retouches bifaciales sont fréquentes, les microlithes géométriques rares. L’œuf d’autruche est très abondant, les rondelles d’enfilage courantes. La céramique avec ses mamelons de préhension, un décor limité au bord de l’orifice, produit par une ligne ou deux, rarement plus, de ponctuations de formes diverses (lunules, triangles, parallélogrammes, disques), de flammes ou de galons, est dans la tradition tellienne. Le Néolithique cardial Le Néolithique cardial se caractérise par une céramique décorée à l’aide d’une valve de mollusque, Cardium5, Pecten, Pectunculus (fig. 46). Il fait partie d’un vaste ensemble qui couvre le nord-ouest de l’Italie, le sud de la France, le littoral oriental et méridional de l’Espagne et le sud du Portugal ; sur la face 1 .- Bos opisthonomus n’est pas reconnu comme espèce par tous les auteurs, bien qu’une tendance actuelle nomme les bovins africains Bos primigenius opisthonomus afin de marquer leur séparation des Bos eurasiatiques. 2 .- L’existence de cette espèce est un problème posé. Pour G. Camps, il serait l’ancêtre d’une race locale, celle de Guelma. Pour A. Muzzolini, ce serait une variété naine de Bos primigenius adaptée au milieu semi-aride. Une révision du matériel osseux reste à faire. 3 .- Il est à distinguer de Ovis longipes couramment figuré par l’art rupestre et à qui on attribue aussi une origine proche-orientale. 4 .- Soulignant la présence d’Ovis sp. dans le Capsien de Medjez II, A. Muzzolini considère ces animaux comme domestiques ou s’ils étaient sauvages, comme ancêtres du mouton domestique. 5 .- D’où son nom.

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Sahara préhistorique atlantique, il est connu de la Loire jusqu’au sud de Rabat. D’abord identifié dans des abris des régions de Tanger et Tétouan, le Néolithique cardial a été découvert en 1972 dans le site de plein air de l’oued Tahaddart et des travaux récents ont permis de l’étendre jusqu’aux environs de Rabat. Dans la grotte du Midi à Oran, la présence de tessons se rattachant à la poterie cardiale par leur décor, suppose son expansion ou des contacts vers l’ouest ; l’analyse des pâtes montre de telles similitudes avec la production locale que l’on doit proposer une fabrication locale à l’exception d’un tesson dont la pâte est très différente. Cette expansion qui pourrait se poursuivre jusqu’à Bejaïa, a été jalonnée par la découverte récente des sites de Guenfouda dans l’Oriental marocain, Ifri Oudadane, Ifri Armas, Hassi Ouenzga, dans le Rif, qui ont livré, chacun, quelques tessons de poterie cardiale. Contrairement à ce qui a été longtemps admis, le Néolithique cardial ne peut être retenu comme seul vecteur de la néolithisation et de l’introduction de la poterie dans le Nord maghrébin en rayonnant à partir d’un noyau tingitan aboutissement d’un courant venu du Proche Orient par le nord de la Méditerranée et ayant franchi le détroit de Gibraltar. Les remaniements identifiés lors de fouilles récentes remettent en cause les stratigraphies sur lesquelles s’appuyait cette proposition et certaines, qui le montrent au-dessus d’un dépôt néolithique autre, l’excluent. L’outillage lithique cardial est lamellaire, il comporte des lamelles à coches, lamelles à dos, quelques grattoirs, perçoirs, têtes de flèche, probablement des galets aménagés, de l’outillage poli avec des haches qui peuvent être plates ou en boudin. L’outillage osseux est riche, il consiste en poinçons, lissoirs, alènes, épingles, aiguilles dont plusieurs à chas, peut-être des hameçons. Les poteries ont un fond conique, une large ouverture, elles peuvent être légèrement étranglées ou avoir un col cylindrique ; une forme originale, ovale, est nommée « en grain de blé » par G. Camps. Le décor, caractéristique, s’organise en bandeaux impressionnés parallèles à l’ouverture ou en motifs complexes, auxquels s’ajoutent volontiers des motifs de cordons ou de pastilles. Le mode d’utilisation de la coquille a produit des motifs différents de flammes crénelées, de guirlandes ou d’empreintes de crochet qui sont parfois incrustés d’ocre rouge. Le Cardial proprement dit est subdivisé en deux phases : une phase ancienne, 5600-5300 av. J.-C., développée dans le nord, dite « cardial alborain » (phase B d’El Idrissi1) dans laquelle les premiers témoins d’un décor à la coquille apparaissent, ils sont marqués par des impressions courtes, s’accompagnent de motifs « plastiques » et de cannelures, une phase récente, 5000-4500 av. J.-C., dite « cardial lusitano-marocain », (phases C et D d’El Idrissi) qui s’exprime dans les sites de la bordure atlantique. La poterie est richement décorée, juxtaposant plusieurs motifs, associant volontiers flammes et cannelures, développant la technique pivotante, des motifs en résille ; des fonds plats apparaissent. Néanmoins, si ce décor et quelques formes de poterie rattachent le Cardial marocain au Cardial ibérique, il reste original. 1 .- A. El Idrissi reconnait quatre phases : les phases B et C se rapportent incontestablement au Néolithique moyen, la phase A, reconnue seulement dans la province de Tetouan à Kaf Boussaria et Kaf Taht el Ghar, par sa chronologie se placerait en fin de Néolithique ancien et la phase D au Néolithique récent.

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Un néolithique pastoral Les similitudes entre ces céramiques et celles du reste du bassin de la Méditerranée occidentale, en particulier de la péninsule ibérique, proposent des échanges entre les deux continents. Si la question du franchissement du détroit de Gibraltar, souvent controversé en raison de courants violents, paraît résolue, le sens de propagation de la néolithisation n’est encore pas assuré. La présence d’un Néolithique antérieur au Cardial redonne corps à la proposition de P. Bosch Gimpera qui, en 1932, alors que Capsien et Néolithique de tradition capsienne tels que présentés par R. Vaufrey, dominaient le paysage de la Préhistoire méditerranéenne, évoquait une influence sud-nord dans le processus de néolithisation de la péninsule ibérique et un Néolithique circum-méditerranéen. Combattu par Bernabo Brea à la suite de ses travaux sur le site des Arene candide, le « Néolithique méditerranéen » a repris corps avec l’ouvrage de G. Camps. Achakar Le Cap Achakar doit ses nombreuses grottes à un vaste réseau karstique dans lequel Ch. Tissot identifia des occupations préhistoriques dès la fin du 19ème siècle. La grotte des Idoles, la plus connue, est précédée d’un porche où G. Buchet mena les premiers travaux en 1906, l’intérieur de la grotte fut fouillé entre 1923 et 1928 par le R.P. H. Koehler. La couche archéologique épaisse de 1,20 m, fut subdivisée en trois niveaux par G. Buchet : le niveau inférieur, cardial, était surmonté d’un niveau à céramique rouge sur lequel repose un niveau de l’Age du Bronze. A l’intérieur, H. Koehler trouvait la même succession, avec un niveau cardial reposant sur une argile stérile d’où ont été retirés des restes humains. A l’entrée de la grotte, en position stratigraphique indéterminée, se trouvait une quarantaine de figurines en terre cuite auxquelles la grotte doit son nom. Mesu-

Fig. 46 – Néolithique cardial. Décors de poterie : 1, 2) flammes crénelées ; 3) cannelures ; 4) cannelures+hachures crénelées ; 5) hachures crénelées ; 6, 7, 12) flammes striées ; 8) dents striées ; 9) galons ; 10) incised wavy line ; 11) cercles+cannelures+cercles ; 13) galons+cordon écrasé ; 14) palmettes. (Origine : 1 à 3, 11) Mugharet el Khail ; 4 à 10, 12, 13) Mugharet el Aliya ;14) Mugharet es Saifiya. (d'après Gilman, 1975).

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Sahara préhistorique rant entre 3 et 5 cm, de forme grossièrement phallique, certains détails ont conduit G. Buchet, puis H. Koehler, à des interprétations anthropomorphes. H. Camps-Fabrer les rattache aux idoles méditerranéennes et à un culte de la fécondité. La céramique est abondante, les fouilles Koehler ont mis au jour plusieurs vases entiers et de nombreux tessons. Le décor parallèle ou perpendiculaire à l’orifice, est souvent fait d’impressions crénelées, traits, flammes, palmettes ; un pastillage ou des cordons rapportés qui peuvent être décorés, sont courants. Les vases ont une forme légèrement ovoïde, plus ou moins large, avec un léger rétrécissement séparant la panse de l’orifice sans créer véritablement un col. D’autres ont un fond quasiment conique et peuvent avoir un col droit ou un bord resserré. La pâte est grossière, à dégraissant minéral volumineux, les parois sont épaisses, plus de 10 mm. Un vase « grain de blé », à col, offre une décoration recherchée avec deux arcs de cercles concentriques à chaque extrémité de la panse, et entre elles, des incisions doubles limitant des bandes horizontales à motif crénelé vertical, motif qui se retrouve sur le col et le fond du vase. Parmi le matériel osseux, figure un fragment d’omoplate portant 14 entailles parallèles et un os long sectionné en tube. A. Gilman qui a repris l’étude du matériel, reconnaît des chèvres dans les niveaux datant du 5° millénaire. Des mesures de thermoluminescence effectuées sur un tesson du fonds Koehler venant de la base du remplissage, ont donné 6900 ± 600 B.P. (55504350 av. J.-C.) et des mesures sur charbons par AMS, 5630 ± 80 B.P. (45404360 av. J.-C.). La datation des restes humains leur accorde un âge très récent, 1505 ± 35 B.P. (540-620 ap. J.-C.). El Khril L’appellation grottes d’El Khril désigne plusieurs cavités1 à remplissage archéologique, voisines de la Grotte des Idoles. A Mugharet el Aliya, une fouille portant sur 75 m2 et atteignant 1,45 m de profondeur, fut menée de 1936 à 1938 par le Dr Nahon et H.A. Doolittle, auxquels s’adjoignit en 1939, une équipe américaine dirigée par C.S. Coon, une dernière campagne eut lieu en 1947 dirigée par H. Hencken. Les résultats furent publiés en 1947 par B. Howe et J. Movius et 1967 par B. Howe. Les travaux, repris en 2000 dans le cadre d’un programme de recherche maroco-belge, se sont intéressés plus particulièrement au niveau atérien reconnu par les équipes américaines à la base des dépôts2. Mugharet el Khail, au nord du cap Spartel, fut fouillé sous la direction de H. Hencken en 1947. Mugharet es Saifiya au sud du cap, fut également fouillé en 1947, sous la direction de C.S. Coon. Ces deux fouilles ne furent publiées qu’en 1975 par A. Gilman qui fait état de deux niveaux néolithiques ne différant guère que par leur poterie, à décor cardial typique dans le niveau inférieur, à motifs de dents ou de sillons pointillés parallèles et espacés évoquant la céramique tellienne pour le niveau supérieur qui renfermait également une céramique rouge polie. En 1958, A. Jodin avait repris les travaux dans les grottes qu’il nomme A (Mugharet el Aliya ?), B (Mugharet es Saifiya) et C (Mugharet el Khail ?) ; 1 .- Dites A, B, C ou Mugharet el Aliya, Mugharet es Saifiya, Mugharet el Khail. Pour certains, la Grotte A serait Mugharet el Aliya, pour d’autres ce serait Mugharet el Khail. 2 .- Cf T. I. p. 218.

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Un néolithique pastoral malgré quelques variations d’une grotte à l’autre, il retrouvait les séquences de la Grotte des Idoles : Cardial reposant sur le substratum, Néolithique récent, Age du Bronze. Dans la Grotte C où des encroûtements assurent un minimum de remaniements, la céramique cardiale est mêlée à une céramique décorée de cannelures puis, au-dessus d’un lit stalagmitique, intervient une céramique incisée et une céramique rouge lisse. En 1984, la mission archéologique franco-marocaine retrouvait une figurine identique à celles de la grotte d’Achakar et datait le niveau à céramique cardiale de 6400 ± 500 et 5950 ± 350 B.P. (Cle 118 et Cle 119) (4920-3920 et 4320-3620 av. J.-C.) par thermoluminescence. Une datation sur charbons 5720 ± 114 B.P. (Rabat119) (4810-4350 av. J.-C.) a confirmé cet âge. L’industrie lithique1, pauvre, comporte essentiellement des éclats et lames retouchés, 62 %, des coches et denticulés, 17 %, les lames ou lamelles à dos n’atteignent que 9 %, les perçoirs 4 %, les grattoirs 3,6 %. Il y avait quelques têtes de flèche à tranchant transversal, mais pas de microlithe géométrique. Des haches proviennent des grottes C et B. Gar Kahal Autre site en grotte proche de Tétouan, Gar Kahal fut découvert en 1953 par le Dr Apffel et fouillée par M. Tarradell en 1954. Celui-ci reconnaissait quatre niveaux au-dessus d’un dépôt de type ibéromaurusien ; il rapportait les deux niveaux inférieurs au Néolithique cardial, les niveaux sus-jacents au Campaniforme et à l’Age du Bronze, et accordait à cette séquence une valeur régionale. La céramique cardiale du niveau inférieur était associée à des tessons peints de lignes parallèles et de quadrillages qui posaient problème, même en étant rattachés à la céramique peinte de Serraferlicchio en Sicile, par J.D. Evans. Les travaux menés en 1987 par J.P. Daugas et J.P. Raynal ont remis en cause cette stratigraphie et montré que les niveaux sont totalement remaniés sur toute leur épaisseur. Les tessons peints ont fait l’objet d’une longue étude de J. Onrubia-Pintado qui y voit « l’un des précédents de la céramique modelée et peinte domestique du Maghreb occidental », tandis qu’ils sont attribués par J.P. Daugas à des poteries médiévales locales. Ifri Oudaden Abri côtier situé à l’ouest de Melila, parfois transcrit Oudadane, il comporte 2,5 m de dépôts archéologiques. Les fouilles faites de 2006 à 2011 par l’INSAP et la KAAK2, par niveaux arbitraires de 5 cm, portèrent sur une surface de 12 m2. A la base, un niveau épipaléolithique est daté de 6780 ± 40 B.P. (Beta316137) (5710-5650 av. J.-C.), il supporte un niveau néolithique dans lequel ont été identifiées trois phases. La phase ancienne datée de 6740 ± 50 B.P. (Beta295779) (5700-5625 av. J.-C.) comporte une industrie lithique pauvre avec lames à coches, une poterie à vases ovoïdes, décor de cardium d’abord de l’ordre de 70 %, diminuant jusqu’à n’atteindre que 13 % ; une pratique de l’élevage est 1 .- Cf Annexes p. 569. 2 .- Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine, Rabat et Kommission für Archäologie Außereuropäischer Kulturen des Deutschen Archäologischen Instituts, Allemagne.

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Sahara préhistorique attestée. La phase moyenne possède des vases à fond rond qui n’existent pas dans les autres phases, elle atteste la culture de céréales, légumes, ainsi que la pêche en mer. La phase récente est datée de 5000 ± 30 B.P. (KIA39296) (39003730 av. J.-C.). La poterie est dégraissée naturellement par de l’andésite venant du gebel Amar voisin. Elle présente souvent un col droit ou éversé, quelques pièces sans col sont assimilables à des jattes. Elle peut porter des éléments de préhension, volontiers des boutons qui peuvent se grouper par deux placés l’un au-dessus de l’autre ou présenter près du bord une perforation susceptible de recevoir un lien. Un décor au cardium produit des lignes, des bâtons ponctués, parallèles, groupés en registres ou en damier, des cordons peuvent eux-mêmes être décorés. Ce décor évolue par réduction. Kaf Taht el Ghar La grotte de Kaf Taht el Ghar, grotte karstique du massif calcaire des BéniHosmar, proche de Tétouan, fut fouillée par M. Tarradell peu après Gar Kahal. Sur 2 m d’épaisseur, il dégageait une stratigraphie quelque peu différente de Gar Kahal, avec une céramique cardiale à la base. Entre 1989 et 1994, les fouilles étaient reprises par J.P. Daugas et A. Mikdad. Elles ont porté sur 75 m2 et montré de nombreuses perturbations affectant le remplissage, néanmoins, diverses phases ont été reconnues dans le niveau cardial et un mince niveau sans céramique, ayant des affinités avec le Kérémien, identifié au-dessous. Il est daté de 9910 ± 50 et 9868 ± 75 B.P. (Ly7287 et Ly7695) (9620-9030 et 9520-9000 av. J.-C.) ; un grain d’orge cultivé y a été identifié, mais tout porte à croire qu’il s’agit d’une intrusion. Le Néolithique ancien a livré deux niveaux cardial. Une phase initiale qui se placerait entre 8765 ± 176 et 7136 ± 156 B.P. (Rabat 66 et 65) (8160-7600 et 6200-5820 av. J.-C.), se traduit par quelques tessons de poterie décorée de motifs au cardium et de motifs incisés, elle traduirait une fréquentation sporadique. Puis apparaît une autre phase d’occupation sporadique qui comporte une céramique lisse, accompagnée de quelques tessons à motifs cannelés ou d’impressions à la coquille. Elle utilise des nucléus en plaquette et un débitage au percuteur dur, un outillage à base de lamelles à dos et de pièces à coches. Une troisième période, saisie à 6050 ± 120 B.P. (Ly3821) (5200-4790 av. J.-C.), est une occupation généralisée qui présente deux phases. Dans la première, des aires d’activités sont bien individualisées, la céramique à motifs coquilliers prédomine, elle est associée à des motifs de cordons et pastillages et à des motifs de cannelures, ces dernières devenant de plus en plus fréquentes. Un débitage pression coexiste avec le précédent. Les coches prédominent, accompagnées de microlithes géométriques, trapèzes et triangles. Dans la seconde, l’espace est beaucoup moins structuré, la poterie offre de nettes différences. Les cordons et les pastillages ont presque disparu, le décor cardial se raréfie, les cannelures augmentent, atteignant près du quart des effectifs, la céramique lisse est plus fréquente. Les lames et lamelles à dos deviennent plus nombreuses, les trapèzes rectangles dominent le groupe des microlithes géométriques.

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Un néolithique pastoral La flore rapporte un paysage ouvert à Graminées et Composées. A. Ballouche y voit « une clairière défrichée dans un environnement forestier méditerranéen à base de chêne vert ». Trois espèces de blé, blé amidonnier Triticum dicoccum qui domine, blé dur Triticum aestivum/durum, peut-être engrain Triticum monococcum, une espèce d’orge Hordeum vulgare var. nudum, des Légumineuses, gesse ocre Lathyrus cf ochrus, fèves Vicia cf faba viennent des niveaux de Cardial ancien. Un carpe calciné daté de 6350 ± 85 B.P. (Ly-971 0XA) (54805320 av. J.-C.) par AMS, rapporte la pratique d’une céréaliculture dès la première moitié du 6ème millénaire, ce qui est conforme aux données espagnoles. Dans les niveaux récents, l’abondance de Valerianella paraît indiquer une consommation de mâche, consommation bien connue ailleurs en Méditerranée. La faune comporte Sus scrofa, Cervus elaphus, Bos primigenius, Gazella cuvieri, Redunca redunca, Oryx v. dammah, quelques carnivores avec Felis, Oryctolagus cuniculus. On retrouve Hystrix cristata, Testudo. L’élevage est bien attesté dès le début de la troisième période avec des restes attribués à Bos taurus, Sus domesticus, Canis domesticus, Capra hircus, Ovis aries et prédominance de ces derniers. Antérieurement, dès la fin de la Première période, interviennent quelques restes de chèvres dont le nombre croit fortement, de même que celui de petits ruminants et de Suidés dès le début de la Deuxième période. Kaf Boussaria Découverte en 1994 par A. El Idrissi, cette grotte est distante de deux kilomètres de Kaf Taht el Ghar. Le remplissage archéologique, épais de 1,20 m, dont 9 m2 ont été fouillés, a montré la succession suivante : argile rouge stérile, niveau charbonneux à poterie incisée et impressionnée, niveau brun à poterie cardiale, niveau brun « néolithique moyen récent », puis Campaniforme, le tout scellé par une bergerie moderne. Le niveau inférieur qui est daté de 7589 ± 166 B.P. (Rabat 57) (6755-6045 av. J.-C.), renferme une poterie à fond arrondi, col très court, plus ou moins évasé, un décor imprimé ou incisé couvre l’essentiel de la surface de quadrillages, chevrons, ponctuations. Il n’y a aucun motif coquillier. Le niveau cardial renferme de l’orge Hordeum vulgare var. nudum, du blé Triticum sp., des fèves Vicia faba auprès de Graminées et autres Papilionacées. Il dispose d’une faune dans laquelle le mouton est mieux représenté que la chèvre, les Suidés sont présents sous forme sauvage et domestique et où il y a peu de grands ruminants. La présence d’ours notée dans les niveaux inférieurs fait valoir une occupation seulement intermittente par les hommes. Oued Tahaddart Habitat de plein air, le site occupe 500 x 200 m à une trentaine de kilomètres au sud de Tanger. Découvert en 1970 par G. Hadacek, il a donné lieu à diverses récoltes qui apportent une connaissance précise de la poterie avec des vases à fond rond ou conique, pouvant présenter un léger rétrécissement d’où émerge un col. Les motifs de cannelures, souvent très élaborés, qui prédominent, font l’originalité du site. Diverses datations permettent de le rapporter au milieu du 5ème millénaire. De nombreuses vertèbres de thon, parfois aménagées en grains d’enfilage, ont permis d’évoquer « une aire de pêche spécialisée ».

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Sahara préhistorique

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Dans l’est et l’ouest du Sahara septentrional et du Tell, le Néolithique n’offre pas les mêmes traits malgré un fond d’outillage comparable et qui évolue de manière parallèle. La céramique est l’un des témoins les plus marquants de cette différence. Le Tell occidental a connu deux cultures néolithiques, l’une, allochtone, le Néolithique cardial, est venue d’Europe, l’autre, autochtone, le Néolithique tellien, du Sahara. Le Néolithique cardial aurait franchit le détroit de Gibraltar au 8ème millénaire, se développant le long du littoral atlantique au moins jusqu’à Rabat et assurant au moins des contacts le long du littoral sud méditerranéen, peut-être jusqu’à Bejaïa. Il se caractérise par sa céramique à décor coquillier. Longtemps, il a été supposé l’un des vecteurs de néolithisation du Maghreb car il s’y place à la base des dépôts à céramique de la région tingitane ; ce rôle est remis en cause à la suite de nouveaux travaux menés dans la région qui ont identifié, au-dessous du niveau cardial, un niveau à céramique différente. Le Néolithique tellien qui le surmonte dans divers gisements, le supporterait parfois ; il connaît une extension beaucoup plus vaste. Son outillage reste lamellaire évoquant l’Ibéromaurusien dont il occupe les territoires occidentaux. Il se caractérise par une poterie à fond ovoïde large, nantie d’éléments de préhension autour desquels s’organise le décor. La pâte est faite de terre franche. Longtemps, on a cru à une expansion nord-sud, aujourd’hui, certains la revoient au profit d’un courant inverse qui serait le véhicule de la néolithisation du Tell occidental.

Environs de Rabat Le Cardial a été retrouvé dans diverses grottes des environs de Rabat où il coiffe l’occupation ibéromaurusienne. Les motifs utilisés sur la face atlantique le distinguent de ceux de la péninsule tingitane. A El Harhoura 2, la couche 1 qui est perturbée, contient de la céramique appartenant à diverses cultures dont de la céramique cardiale ; c’est un dépôt cendreux noir, pouvant atteindre plus d’1 m d’épaisseur, il est très riche en coquilles de mollusques terrestres et marins, a livré six sépultures humaines sans mobilier funéraire. Le matériel lithique est assez fruste, surtout composée d’éclats accompagnés de rares lames et lamelles. Elle est datée de 6978 ± 167 B.P. à 5 800 ± 150 B.P. (Uq1601) (6010-5720 à 5070-4415 av. J.-C.). A El Mnasra 2 (Grotte du Casino), le cardial est présent au sommet des dépôts. La partie fouillée qui renfermait 18 squelettes, a livré de nombreux tessons, deux micro-vases évoquant la poterie d’Achakar, dont un associé à des restes humains incomplets et perturbés et une céramique lisse dont un vase de forme cardiale qui a pu être en partie reconstitué. Aux Contrebandiers (El Mnasra 1), la poterie récoltée par J. Roche dans le niveau néolithique renferme des tessons typiques du cardial.

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Un néolithique pastoral Le Néolithique de tradition capsienne En 1933, s’appuyant sur les gisements de Jaatcha et Redeyef, R. Vaufrey nommait Néolithique de tradition capsienne1 des ensembles industriels à poterie, marqués par l’abondance des microlithes géométriques. Pour cet auteur, il s’agissait de l’ultime développement du Capsien supérieur, lui-même issu du Capsien typique. En 1939, il lui accordait un territoire immense, l’étendant jusqu’au Congo ! Autant l’expression Néolithique de tradition capsienne avait rencontré de succès, autant cette extension allait être battue en brèche. Les travaux de Ch. Goetz, L. Balout et E.G. Gobert s’inscrivaient dans une optique différente. En 1955, L. Balout nommait Néolithique I, les industries dans lesquelles les rectangles, têtes de flèche, pierre polie apparaissaient discrètement et dont les plus anciens témoins allaient se placer vers 6500 B.P. (5500 av. J.C.). Il occupait le Maghreb à l’est du méridien de Constantine, existait en voile à la surface de nombreuses escargotières, intervenait peut-être dans certaines grottes. Celles de Constantine -Grottes des Ours (=Ghar Zahar), du Mouflon, des Pigeons-, fouillées par A. Debruge en 1909 et 1916, ont fourni un outillage lithique mal connu, probablement sans tête de flèche, à céramique rare, pauvrement décorée, mais où l’outillage poli serait courant et l’outillage osseux abondant. Sa pauvreté en poterie opposait ce faciès au Néolithique II, à poterie abondante, pauvre en art mobilier, qui couvrait les régions occidentales. En 1963, en reconnaissant en Ahaggar, un Néolithique n’ayant aucun des traits qui font le Néolithique de tradition capsienne, H.J. Hugot portait le coup de grâce à l’extension prônée par R. Vaufrey. Divers travaux, divers auteurs, en particulier H. Camps-Fabrer, C. Roubet allaient contribuer à préciser ses caractères. En 1979, s’appuyant sur une reprise de l’étude du gisement du Khanguet Si Mohamed Tahar, C. Roubet en donnait une définition très restrictive qui pourrait remettre en cause des dénominations paraissant trouver l’accord des auteurs et devenues traditionnelles. Le Néolithique de tradition capsienne dispose d’un ensemble industriel microlithique dans lequel les pièces à coches et denticulés, les microlithes géométriques jouent un rôle essentiel, ces derniers l’individualisant et le distinguant du Néolithique tellien. L’autruche est omniprésente par ses œufs utilisés comme bouteilles, dont les débris deviennent des coupes, disques, pendeloques, rondelles d’enfilage. Ces récipients pouvaient être décorés. Ils pouvaient aller au feu ainsi que le montrent parfois des traces de calcination. Est-ce en raison de leur disponibilité que l’attitude vis à vis de la poterie est des plus réservée ? Partout, elle est peu abondante, certains sites tel Botma Si-Mammar2, divers gisements de la région de Ouargla, n’en possèdent même pas. De forme conique, peu décorée, la poterie du Néolithique de tradition capsienne privilégie un dégraissant calcaire, volontiers fait de coquilles écrasées, accorde peu d’intérêt au décor et conservera les mêmes caractères durant deux millénaires. 1 .- L’expression est souvent abrégée en NTC. Tradition capsienne ne doit pas être compris comme issu du Capsien, mais comme offrant des traits qui existent antérieurement dans le Capsien. 2 .- Petit gisement de la région d’Ouled Djellal, découvert en 1967 par D. Grébénart, daté de 6880 ± 100 B.P. (Mc328) (5840-5640 av. J.-C.), il se placerait dans les débuts du Néolithique de ces régions.

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Sahara préhistorique En zone saharienne, assez de différences interviennent dans les sites pour que plusieurs ensembles aux structures industrielles bâties autour des microlithes géométriques, aient pu être définis. Néanmoins certains sites restent singuliers, ainsi Khellal II quelques centaines de km au sud de Ouargla, où les lamelles à dos prédominent, pourrait appartenir à un faciès encore non précisé. Faible surface couverte de matériel peu dense, sans limites sensibles, il est daté de 7750 ± 100 B.P. (Mc401) (6680-6460 av. J.-C.). De nombreuses pierres noircies par le feu, regroupées, évoquent des foyers distants de quelques mètres les uns des autres. Outre les lamelles à dos, l’industrie lithique1 comprend des grattoirs, des pièces à coches et denticulés. Les pièces esquillées sont particulièrement nombreuses. La parure limitée à une rondelle d’enfilage en test d’œuf d’autruche, témoigne d’une grande indigence bien que l’œuf d’autruche abonde. La poterie, en quantité sensible mais petits fragments, se singularise par l’emploi d’un dégraissant de sable très ferrugineux et l’absence de décor. En territoire capsien, G. Camps reconnaît divers faciès géographiques ; ils offrent une évolution semblable dans laquelle il identifie trois stades : - La phase initiale est dite Capsien néolithisé. Comme les niveaux capsiens précédents, elle comporte de nombreuses pièces à coches, denticulés et microlithes géométriques. La présence néolithique est toujours discrète, ne se distinguant du Capsien que par la manière dont sont façonnées les rondelles d’enfilage et par la présence de rares têtes de flèche, à tranchant transversal pour la plupart. Parmi les microlithes géométriques apparaît la forme rectangle. La poterie manque. C’est ce faciès qui est présent à la surface des escargotières, qui se trouve à l’Abri 402, Redeyef, dans les niveaux profonds du Khanguet Si Mohamed Tahar, Aïn Naga, Djebel Fartas2, El Marhsel (= Daklet el Youndi)3, Mechta el Azla4, Harmelia5. Il a été d’abord reconnu dans le niveau supérieur de l’Aïn Kouka par G. Laplace qui le dénomma. Dans ce niveau, la néolithisation est traduite par la prédominance des trapèzes, et non plus des triangles, et par la présence de pièces foliacées. - La phase suivante, Néolithique Capsien ou faciès Damous el Ahmar, conserve les trois quarts du fond industriel capsien. Mais les pièces à coches et denticulés, les microlithes géométriques sont moins nombreux, les grattoirs plus fréquents, des racloirs, lames à dos, têtes de flèche interviennent en nombre plus ou moins sensible. Il est connu, outre le gisement princeps, dans les couches moyennes du Khanguet Si Mohamed Tahar, à Ouled Zouaï, Ksar Tebinet. - La troisième phase, faciès Bou Zabaouine, est connue à Bou Zabaouine, dans les niveaux supérieurs du Khanguet Si Mohamed Tahar, au Djebel Marhsel6. Les lamelles à dos n’ont qu’un rôle insignifiant, pouvant tomber à moins de 3 %, les racloirs abondent, les têtes de flèche sont fréquentes, le matériel de broyage foisonne, la poterie quoique un peu plus courante, reste modeste. L’outillage osseux est remarquable. La parure se multiplie en particulier avec des perles de pierre. 1 .- Cf Annexes p. 567. 2 .- Cf Annexes p. 571. 3 .- Cf Annexes p. 573. 4 .- Id. 5 .- Cf Annexes p. 570. 6.- Cf détail de l’industrie p. 573.

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Un néolithique pastoral Le Faciès El Bayed Le faciès El Bayed occupe le sud du Grand Erg Oriental, tout particulièrement la région de Temassinine où il paraît très homogène. C’est une partie de ce que R. Vaufrey nommait faciès de l’Igharghar et qu’il étendait de Biskra aux abords du Tassili n’Ajjer-Ahaggar en englobant le Tidikelt et le Gourara. S’appuyant sur la forme des têtes de flèche, H.J. Hugot en faisait un faciès particulier de la province de Ouargla. Pour G. Camps, ce serait un des types du Néolithique de tradition capsienne. Il est défini par la coexistence, tout ou partie, d’une mèche de foret, la pointe de Labied (fig. 89), d’une lamelle à dos, la pointe de Temassinine (fig. 89), d’une tête de flèche à base profondément échancrée et angles arrondis (type a25 de Hugot) qui lui donne une forme de cœur. Il dispose d’un triangle dit pointe d’Izimane dont l’un des côtés est retouché en grattoir (fig. 89), d’un racloir limace de forme caractéristique, d’une scie sur lame épaisse aux dents obtenues par retouche pression. Les microlithes géométriques sont peu nombreux. Les lamelles peuvent occuper une place notable, ce sont de fines lamelles rectilignes, souvent des aiguillons droits. Le style des racloirs, à retouches parallèles, est remarquable (fig. 47). Le faciès semble perdurer quelque 3000 ans sans changement majeur. Une lente évolution s’est produite par simple diminution du nombre de lamelles à dos et augmentation de celui des têtes de flèche. Izimane pourrait apparaître comme son expression récente et son évolution pourrait être jalonnée par une industrie comme celle connue à Oued Labied1. El Bayed El Bayed a été identifié en 1966 par une mission du CRAPE dirigée par G. Camps, au nord-ouest de Temassinine, dans l’extrémité occidentale du Grand Erg Oriental. Un matériel très dense, provenant en majorité de plaquettes ou petits rognons de silex brun, couvre une surface de 1000 à 1200 m de long, 700 à 800 m de large, et protège des lambeaux de couche archéologique. L’indice de débitage n’atteint que 72, celui de transformation 12. Une retouche abrupte est courante, la retouche Ouchtata est employée. Le site est daté de 7300 ± 200 (Mc152) et 7250 ± 100 B.P. (Gif1931) (6360-5990 av. J.-C. et 6220-6230 av. J.C.). L’outillage2, lamellaire, est riche en armatures et perçoirs, avec néanmoins un éventail ouvert où les racloirs viennent en troisième position. Le groupe perçoir consiste essentiellement en mèches de foret dont le dixième est une pointe de Labied. Les lamelles à dos sont effilées, souvent obtenues sur enclume, le bord opposé peut porter des retouches et passer à des pointes de Temassinine. Les scies sont particulièrement nombreuses, certaines méritent l’appellation de limaces. Les têtes de flèche donnent la prédominance à de grandes formes pédonculées et au type a25, à base concave et ailerons arrondis. Les microlithes géométriques, peu nombreux, se répartissent entre trapèzes et triangles, les segments sont rares et il a été trouvé un rectangle. Le matériel de broyage abonde. La poterie, très rare et en menus fragments, n’a pas permis d’identifier de forme, 1 .- Etudiée d’abord comme une collection d’origine imprécise, il s’est ensuite avéré que cet ensemble provenait d’un seul site qui a pu être identifié. Cf détail de l’industrie lithique Annexes p. 567. 2 .- Cf Annexes p. 567.

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Sahara préhistorique

Fig. 47 – Néolithique de tradition capsienne Facies El Bayed. Industrie lithique : 1) grattoir ; 2) mèche de foret ; 3, 4) perçoirs ; 5, 6) pointes de Labied ; 7) lamelle à dos rectiligne et base arrondie ; 8, 15) pointes de Temassinine ; 9) lamelle à dos rectiligne et base retouchée ; 10) burin ; 11) lame à dos gibbeux ; 12) lame à dos partiel et base tronquée; 13, 22) scies sur lame ; 14, 24) triangles ; 16) tête de flèche à base concave ; 17) trapèze ; 18) coche sur éclat à bord abattu ; 19) tête de flèche à base concave et ailerons arrondis ; 20) tête de flèche à base convexe ; 21) segment ; 23) tête de flèche losangique ; 25) scie sur éclat ; 26) racloir sur éclat à base rétrécie ; 27) racloir circulaire ; 28) racloir convexe à retouche bifaciale ; 29) racloir double sur lame. (Origine : 1, 3, 16, 20, 23, 27) Izimane, d'après Roubet, Libyca, 1970 ; 2, 4, 5, 6, 8, 11, 12 à 14, 17, 21, 24, 26, 28, 29) Oued Labied, d'après Aumassip, Libyca, 1967 ; 7, 9, 10, 15, 18, 19, 22) El Bayed. (d'après Aumassip, Libyca, 1968) ; 25) scie. Chabet Rechada. (d'après de Morgan, 1925).

ni de mode de façonnage. Le décor reconnu utilise le motif pseudo-cordé courant dans la région de Ouargla et des ponctuations au peigne ; un tesson était orné de dotted wavy line. L’essentiel des récipients allant au feu consiste en œufs d’autruche dont les restes, nombreux sur le site, peuvent présenter des traces de calcination. Il n’a pas été retrouvé de restes osseux. La parure a été aménagée dans des coquilles d’œuf d’autruche transformées en rondelles d’enfilage, dans des oursins fossiles venant de terrains voisins et qui ont été perforés. Des pierres ont été polies ou gravées comme un éclat cortical qui supporte les restes d’un quadrillage ornant la pierre dont il est issu.

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Un néolithique pastoral Izimane Izimane est un site de surface reconnu par J. Mateu à l’est de Temassinine, pour lequel il a obtenu la date de 3600 ± 100 B.P. (Gif1655) (2130-1780 av. J.-C.). En 1971, à l’instar des autres sites sahariens, C. Roubet l’exclut du Néolithique de tradition capsienne. Le site couvre une centaine d’hectares non loin de formations marécageuses. Toutefois, A. Bonnet y aurait retrouvé une butte de 3 m de haut, datée de 8060 ± 140 B.P. (7290-6710 av. J.-C.) à la base, 6780 ± 140 B.P. (5790- 5560 av. J.-C.) au sommet, qui renferme de l’industrie en place dans un niveau noirâtre. Elle est coiffée d’une couche calcaro-argileuse que scelle une croûte calcaire dont le sommet est daté de 4200 ± 180 B.P. (3010-2500 av. J.-C.). On ne connaît pas l’industrie de ces divers niveaux et on ignore les relations pouvant exister entre les données de ces deux témoignages. Le matériel récolté par J. Mateu, étudié par C. Roubet, montre les mêmes outils, le même style qu’à El Bayed, mais, sauf échantillonnage non représentatif, les proportions ont changé1. Possible terme ultime du faciès El Bayed, les lamelles à dos y ont fortement régressé au profit des têtes de flèche et pièces foliacées. Les nucleus en mitre, pièces qui supposent un artisanat, sont nombreux. La poterie, en fragments plus grands et plus nombreux qu’à El Bayed, a permis d’identifier des vases sphériques qui peuvent être munis d’un col court, ils portent un motif pseudo-cordé, des dents ou des flammes. La parure est fréquente, grains d’enfilage à grande lumière centrale, oursins fossiles, perles, labret en agate. Une coquille de Nassa gibbosula usée jusqu’à la columelle traduit des relations avec le golfe de Gabès. L’Hadjarien L’Hadjarien, faciès daté de 6900 ± 110 (Mc530)2 à Dmirat Sbah II à 5125 ± 140 B.P. (ALG55) à Ashech G2 (5890-5670 à 4220-3710 av. J.-C.), a été identifié entre 1967 et 1970, par des missions du CRAPE3. Il n’utilise pas la poterie. Il a été défini par la présence conjointe de trapèzes à côté(s) convexe(s), scalènes perçoirs à angle arrondi, armatures en écusson4 (fig. 48). Il est connu au sud de Ouargla, sur une aire restreinte liée à des sebkhas surcreusées par le vent5. Ces points bas du paysage servirent alors de bassin de réception aux écoulements, les argiles véhiculées par les eaux imperméabilisant leur fond en se déposant. Au cours d’une occupation des sites qui ne montre aucune discontinuité, le débitage lamellaire régresse légèrement au profit des éclats. Les indices de transformation sont toujours très bas, inférieurs à 5, alors que les indices de débi1 .- Cf Annexes p. 567. 2 .- Le gisement Le Signal ayant donné une date plus ancienne 8050 ± 110 B.P. (7180-6770 av. J.-C) (Mc400) pose problème, par ses caractères qui, à ce jour, ne sont pas connus dans d’autres sites, et qui pourraient traduire le télescopage de deux occupations, l’une hadjarienne, l’autre mellalienne, qui n’ont pu être démêlées. 3 .- Les gisements hadjariens ont eu un rôle essentiel dans le développement de l’archéologie du Sahara. Certains qui présentaient des restes de couche archéologique sous une nappe de pierres taillées, ont permis en comparant surface et couche, d’apprécier la fiabilité des études portant sur les sites de surface jusqu’alors relégués en raison des possibilités de mélanges, vues souvent et sans argument, comme certitudes. 4 .- Ce type de tête de flèche pourrait marquer le Néolithique le plus ancien du Bas-Sahara. 5 .- L’alignement de ces sebkhas a parfois conduit à les interpréter comme vestiges du lit de l’oued Mya. Il n’en est rien, le lit de l’oued Mya est plus oriental. Elles-mêmes résultent d’un accident qu’il y a sans doute lieu de relier à la surrection de la Dorsale saharienne et situer fin Villafranchien.

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Sahara préhistorique tage sont supérieurs à 70. Des nucleus cannelés traduisent l’emploi d’un débitage pression, ils proviennent de nucleus en mitre dont la fréquence dans certains sites suggère un colportage. Des formes à deux plans de frappe opposés non parallèles, montrent des relations avec le Mellalien qui occupait antérieurement le même territoire. L’éventail des outils est très ouvert, mais assez nuancé d’un site à l’autre. Les microlithes géométriques constituent près du quart des outils avec suprématie des formes allongées, primauté des trapèzes à côté convexe qui peuvent atteindre de grandes dimensions1 et des scalènes perçoirs à angle arrondi qui présentent des valeurs comparables. De nombreuses lamelles à dos appartiennent aux types à bord abattu partiel ou rectiligne. Les microburins, les pièces à coches sont fréquents, dans ce dernier groupe, les scies sont nombreuses et une forme à front convexe, dents arrondies est remarquable. Les burins connaissent une forme typique, un burin double ayant un enlèvement de coup de burin latéral, outrepassé, servant d’appui à un enlèvement de direction opposée. Les têtes de flèche ont une représentation intéressante avec des formes pédonculées, à pédoncule court, voire très court, et des formes à écusson. Les grattoirs sont façonnés avec soin, leur front est régulier, bien arrondi, ils sont souvent faits sur lame ; le type rabot à front haut et oblique est caractéristique. L’œuf d’autruche abonde, généralement peu décoré et toujours à l’aide de motifs rectilignes. Le matériel de broyage est présent ainsi que, parfois, des haches taillées. Des fragments de pierre polie ont montré l’utilisation de cette technique. Ashech III, El Hadjar-sebkha, Bonh Behl sont les plus riches témoins du faciès et traduisent très peu de différences d’avec des sites de moindre importance comme Chaambi III2. Ashech III (=Site 6910) Petit gisement de 30 x 20 m, il se situe à une dizaine de kilomètres d’Hassi Berkane et présente une couche archéologique épaisse de 0,15 à 0,65 m, protégée par une nappe de pierres taillées due à la destruction de sa partie supérieure par la déflation. Il est daté de 5300 ± 230 B.P. (Alg32) (4350-3810 av. J.-C.). Deux structures circulaires de 3 m de diamètre, limitées par un bourrelet de nodules gréseux qui ont été interprétées comme des fonds de huttes, renfermaient la quasi-totalité du matériel ; il était pris dans un sédiment noirâtre qui tranchait avec le ton fauve du reg encaissant, et se prolongeait en une bande partant de l’ouverture, s’éclaircissant en s’éloignant pour disparaître à 2 ou 3 m. L’outillage3 utilise le même silex qu’El Hadjar et, pour le tiers, de la calcédoine. L’indice de débitage atteint 83, celui de transformation est bas, 3,1. La retouche sur enclume est moins utilisée que dans les autres sites hadjariens, une retouche oblique, envahissante s’y substitue, augmentant la fréquence des racloirs et des têtes de flèche. Un grignotage ou un émoussé est nettement marqué sur plusieurs pièces. Le décor de l’œuf d’autruche est plus volontiers complexe que dans les autres sites. Bonh Behl Situé en berge sud de la sebkha de Ouargla, le gisement Bonh Behl (=Site 6601) formait une petite butte de 200 x 60 m avant d’être écrasé par le passage 1 .- Ils évoquent certains trapèzes retrouvés dans le Capsien d’El Mekta ou d’El Mermouta. 2 .- Cf détail de l’industrie lithique Annexes p. 568. 3 .- Id.

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Un néolithique pastoral de véhicules. Il est daté de 6290 ± 120 B.P. (Mc399) (5460-4850 av. J.-C.). Une couche archéologique, cendreuse, atteignait jusqu’à 40 cm par endroits, manquait à d’autres, ce qui, à la suite des identifications faites à Ashech III, peut être interprété comme traces de fonds de cabanes. L’ensemble des fouilles faites par le CRAPE ou sous son égide par J.P. et M. Jacob, ont porté sur cinq points et un total de 2,50 m3. La densité de l’outillage en couche est très élevée, 950/m3 et comporte outre le matériel taillé, quelques percuteurs et de nombreux fragments de matériel de broyage qui suggère son abondance. L’indice de transformation est de 3,4 alors que l’indice de débitage atteint 84.

Fig. 48– Néolithique de tradition capsienne. Hadjarien. Industrie lithique : 1) grattoir ; 2) perçoir ; 3) mèche de foret ; 4, 5) burins sur troncature ; 6, 26) têtes de flèche pédonculées ; 7) scalène perçoir ; 8) scalène perçoir à angle arrondi ; 9, 10) lamelles à dos rectiligne et base tronquée ; 11) pointe de La Mouillah ; 12) lamelle à retouche Ouchtata ; 13, 14) trapèzes ; 15) lamelle à cran ; 16) éclat à bord abattu ; 17) pointe de Labied ; 18) pièce foliacée ; 19) lamelle à dos rectiligne et base retouchée ; 20, 22) perçoirs sur lamelle à dos ; 21) grand segment ; 23) scie ; 24, 25) armatures en écusson ; 27, 28) trapèzes à côtés convexes ; 29) troncature. (Origine : 1, 2, 24) Site 6710, 6, 7, 21, 25, 28) Site 6601, 3) Site 6709, 4, 10, 12, 14, 16, 18, 23, 29) Site 6910, 5) Site 6915, 8, 11, 15, 26) Site 6701, d'après Aumassip, 1972).

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Sahara préhistorique L’outillage1 a été taillé sur place, essentiellement dans une calcédoine locale, fréquente dans les formations du Quaternaire ancien. Les lamelles à dos privilégient les dos partiels, avec de préférence une retouche proximale, elles comportent quelques pièces à retouche Ouchtata. Les racloirs montrent un vaste éventail de formes. L’émoussé que présentent divers outils et des lames brutes va de pair avec l’abondance du matériel de broyage pour suggérer la récolte de Graminées. Avec un orifice apical, l’œuf d’autruche servait de récipient. Il a aussi été transformé en rondelles d’enfilage, plutôt grandes, faites en série avec une prédilection pour un diamètre de 10 mm et une lumière de 4 mm. La faune se réduit à des fragments indéterminables, à l’exception d’une dent reconstituée qui appartient au genre Bos. El Hadjar-sebkha (=Site 6710) Sur un îlot de sable non enraciné de la sebkha d’El Hadjar, le gisement couvre une surface de 100 x 50 m. Il est daté de 6160 ± 150 B.P. (Alg42) (53004860 av. J.-C.). Les fouilles menées en quatre points affectèrent un volume de 3,2 m3 montrant une couche plus ou moins cendreuse, discontinue, préservée de la déflation par le télescopage du matériel archéologique en surface. Ce matériel consiste en pierres taillées et tests d’œuf d’autruche ; en un point de la surface gisaient quelques tessons de poterie vus comme intrusifs. L’indice de transformation est très bas, 1,7, l’indice de débitage 71,5. Les outils2 sont façonnés dans un silex fréquent dans les calcaires crétacés des environs, ils sont souvent débités à partir de nucleus en mitre dont aucune trace de préparation ne se trouvait sur le site. Quelques pièces sont remarquables, des rectangles aux angles obtus, quelques éclats, lames ou lamelles avec traces d’utilisation sous forme de lustre ou de grignotage. Les meules, molettes et percuteurs sont nombreux. Les fragments d’œuf d’autruche abondent, portant un décor de traits simples ou opposés, ils proviennent de bouteilles ayant un orifice compris entre 1,5 et 2 cm. Des éléments de parure consistent en rondelles d’enfilage, Columbella rustica et Cyclonassa neritea usées jusqu’à la columelle et un cylindre de limonite de 1 x 0,45 cm, perforé. Une évolution de l’outillage se traduit par l’augmentation du groupe pièces à coches, en particulier des scies et des denticulés à coches retouchées, de celui des perçoirs par accroissement du nombre de mèches de foret, des racloirs, lames à dos, grattoirs dont aucun n’a été retrouvé en couche. Corrélativement, les microlithes géométriques et les lamelles à dos décroissent. Les techniques de travail témoignent d’un développement du débitage pression, aucun nucleus cannelé n’a été retrouvé dans la couche archéologique alors qu’ils sont nombreux en surface. Le faciès Aïn Guettara Il est connu dans la région de Ouargla et sur les franges du Tademaït. Il ne dispose d’aucun outil particulier susceptible de l’individualiser en dehors de la composition du sac à outils. Pauvre en têtes de flèche, il se caractérise par un 1 .- Cf Annexes p. 568. 2 .- Id.

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Un néolithique pastoral nombre très important de microburins et de pièces à coches ou denticulés. Les lamelles à dos, les pièces à retouche continue, microlithes géométriques restent des groupes étoffés. Les têtes de flèche appartiennent aux formes pédonculées ou triangulaires à base concave. L’œuf d’autruche abonde et peut être décoré. La poterie peut être, ou non, décorée. Aïn Guettara Gisement éponyme du faciès, Aïn Guettara fut identifié en bordure du Tademaït, dans les années vingt par L. Chapuis. Il occupe le fond d’un défilé encombré de rochers dus à l’effondrement d’abris. Fouillé en 1936 par une mission du Logan Museum dirigée par A.W. Pond, il fut visité par L. Balout en 1950. Face à l’importance des questions soulevées, telle l’extension méridionale du peuplement capsien, des fouilles furent reprises sous la conduite de G. Camps en 1968. Malgré les remblaiements liés à la construction de la piste qui avait permis de le percevoir, il est peu probable que le gisement qui donna lieu aux fouilles Pond et à l’identification d’un épipaléolithique soit autre que celui fouillé en 1968. G. Camps y reconnut trois niveaux ; les niveaux inférieur et moyen n’ont fourni chacun qu’une cinquantaine de pièces mais sans caractères différents de ceux du niveau supérieur1. Celui-ci, daté de 5950 ± 100 B.P. (Mc279) et 5935 ± 140 B.P. (Gif1223) (4990-4620 et 5000-4620 av. J.-C.), dispose d’un indice de débitage de 80 et d’un indice de transformation de 12,42. Il a livré un nombre considérable de microburins qui sont souvent doubles et étaient dispersés dans le secteur fouillé, sans regroupement. Beaucoup sont de minuscules pièces n’atteignant que 5 mm de long. Les têtes de flèche sont peu nombreuses et évoquent celles de la région de Ouargla par leurs formes pédonculées, celles de Temassinine par les bases concaves et ailerons arrondis, mais, assez mal venus, ils ne peuvent cependant leur être assimilés. Les grattoirs privilégient les formes denticulées, les lamelles à dos disposent d’un vaste éventail de types. Les coches sont volontiers retouchées, faites sur pièces corticales. Les microlithes géométriques sont surtout des trapèzes et privilégient les formes symétriques. L’œuf d’autruche abonde, il est décoré de motifs simples, ponctuations, lignes brisées, quadrillages. Au cours des dernières fouilles, de grands fragments ont été trouvés soigneusement empilés entre deux blocs. L’outillage osseux comprend un fragment d’épingle ornée d’un croisillon. La poterie est rare, partiellement décorée, quelques tessons présentent un décor sur les deux faces. La parure consiste en rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche et perles en pierre. Les restes fauniques se réduisent à des esquilles. Bordj Mellala I Le campement préhistorique de Bordj Mellala I fut reconnu en 1965 par G. Trécolle et J. Tixier sur le plateau qui borde la sebkha de Ouargla, à proximité du bordj et a donné lieu à une étude par G. Trécolle et F. Marmier3. Il est daté de 7125 ± 120 B.P. (Mc810) et 6950 ± 120 B.P. (Mc809 et Mc811) (6160-5840 et 1 .- Cf Annexes p. 567. 2.- Les deux autres niveaux, peu fournis en objets, ont des indices semblables. 3.- C’est le seul site saharien dont le matériel a été recueilli en totalité ; il a été relevé en coordonnées cartésiennes et déposé à Alger au CRAPE (CNRPAH).

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Sahara préhistorique 5980-5730 av. J.-C.) ; J. Tixier l’attribue avec réticence à un « Capsien de type Aachena néolithisé ». Plus que par son ensemble industriel, il tient son intérêt de la distribution du matériel. Les pierres taillées étaient irrégulièrement dispersées, des surfaces étant vides d’objets ou extrêmement pauvres. Huit foyers aux contours subcirculaires, de 0,40 à 2 m de diamètre, tapissés de petites pierres, étaient concentrés en deux secteurs éloignés d’une quarantaine de mètres. Grâce à des raccords dont la recherche a été facilitée par l’emploi de matériaux variés, les auteurs ont proposé son agencement : trois espaces d’habitat dont deux ouverts, un partiellement clos par une palissade qui a laissé un effet de paroi, et trois aires d’activités spécialisées. Il s’agit de deux ateliers de fabrication de microlithes géométriques d’une cinquantaine de m2 chacun, où gisaient en nombre des trapèzes, triangles, microburins, diverses autres pièces ne se comptant que par unité. Un atelier plus vaste, de 150 m2 où étaient produits des rectangles, diffère des précédents par la présence de pierres brûlées, matériel de broyage, test d’œuf d’autruche et tessons de poterie qui laissent supposer qu’il servait également d’habitat. Couvrant deux hectares, ce site pose un intéressant problème par la surface qu’il occupe et qui appellerait un groupe humain important comme il n’en a jamais été identifié par ailleurs dans cette région. Auprès d’un matériau local, une calcédoine qui fut employée à tout moment de la préhistoire, deux qualités de silex ont été utilisées, leur origine n’a pas été précisée. Un débitage pression a été couramment pratiqué. L’outillage1 est globalement dominé par les microlithes géométriques et les microburins. Ces derniers peuvent atteindre une grande taille, jusqu’à 5,5 cm pour certains. Les scalènes perçoirs abondent. Les lamelles à dos présentent un bord abattu abrupt et rectiligne, une extrémité apicale aiguë. Il existe des pièces à troncature et base retouchée qui sont des pièces caractéristiques des industries capsiennes. Les têtes de flèche les plus fréquentes sont de types pédonculés, certaines sont à écusson, forme que l’on trouve dans les premières industries néolithiques de la région. Plusieurs œufs d’autruche transformés en bouteilles ont été retrouvés. Des fragments d’ouverture à décor gravé proviennent de divers points et près de la clôture de l’habitat principal existait un véritable « cellier » regroupant 7 œufs ; ils ne portaient aucun décor, mais intérieurement, autour de l’orifice, ils conservaient des traces d’ocre. L’œuf d’autruche a également servi à la confection de petits disques de 1,5 à 2 cm de diamètre et de rondelles d’enfilage à large lumière, faites en série. La parure comporte aussi des coquillages percés, colombelles, nasses, deux cardium, de l’ocre. Le matériel comporte en outre une vingtaine de billes en grès de 2 cm de diamètre, des fragments de matériel de broyage, de meules et molettes, d’une herminette et de récipients en pierre. Les quelques tessons de poterie sont typiques de la région de Ouargla par leur couleur sombre et leur décor pseudo-cordé. Hassi Mouillah inférieur L’occupation néolithique d’Hassi Mouillah repose sur une couche de sable stérile qui la sépare du niveau épipaléolithique2. Sur une épaisseur de 1 m, elle 1 .- Cf Annexes p. 567. 2 .- Cf p. 62.

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Un néolithique pastoral n’offre comme seule discontinuité qu’une différence de teinte de la matrice, jaune pour la partie inférieure, grise pour la partie supérieure en raison de sa richesse en cendres, avec un passage insensible de l’une à l’autre. En y reconnaissant deux niveaux archéologiques, les travaux menés par G. Trécolle et F. Marmier ont permis de mettre fin à une polémique quant à l’abondance des têtes de flèche dans cette partie du Sahara, question qui a longtemps opposé les auteurs. Pour les uns, en effet, ces objets foisonnaient, pour les autres, les stations en étaient pauvres. En montrant ces deux aspects superposés, Hassi Mouillah apportait la preuve incontestable qu’il existe dans cette région deux faciès dont l’un, pauvre en têtes de flèche, serait plus ancien1. Le niveau inférieur2 jaune, est épais de 0,60 m. La datation par thermoluminescence d’un même tesson provenant de sa limite supérieure, a donné 6330 ± 445 et 5970 ± 420 B.P. (BDX112a et BDX112b) (4825-3945 et 4540-3600 av. J.-C.). Ce niveau est particulièrement riche en microburins. Les microlithes géométriques, troncatures, pièces à coches et denticulés sont, après eux, les groupes les plus étoffés, ce dernier est essentiellement composé de lamelles à coches. Les microlithes géométriques sont, pour la plupart, des trapèzes à tendance dissymétrique, montrant une étroite relation entre leur largeur et leur longueur. Il n’y a quasiment pas de lamelles à dos, ni de racloirs. Les têtes de flèche sont foliacées ou pédonculées. Le débitage a été pratiqué par pression à partir de nucleus pyramidaux ; au cours de leur exploitation, ils étaient tronqués par un second plan de frappe faisant un angle de 60° avec le premier. Le matériel de broyage est abondant, l’œuf d’autruche, fréquent, est parfois transformé en rondelles d’enfilage faites en série. La poterie appartient à deux types. Plus de la moitié est faite avec une pâte à dégraissant calcaire, cuite en atmosphère à tendance oxydante. De tels tessons ne sont guère décorés et l’exiguïté des ouvertures de certains, 3 à 4 cm de diamètre, les rapporte à des bouteilles. Leurs fonds sont coniques. L’autre type intervient plus tardivement, il est de ton sombre, à dégraissant végétal, provient de vases à fond conique plus évasé, à large ouverture, qui sont entièrement couverts de motifs pseudo-cordés. Le faciès Hassi Mouillah Le faciès Hassi Mouillah occupe à peu près la même aire que le faciès Aïn Guettara, mais il est plus récent, ses gisements sont plus fréquents. Il comporte un nombre important de têtes de flèche, abondance qui avait été notée pour la première fois en 1872 par Ch.L. Féraud dans un gisement de Bamendil. Les microburins sont nombreux, le groupe des pièces à coches et denticulés, celui des microlithes géométriques très étoffés. L’œuf d’autruche abonde, porte des décors à motifs rectilignes. La poterie, toujours de ton sombre, de forme ovoïde très standardisée tant dans sa forme que ses dimensions, paraît une production artisanale qui est rapportée à une tribu spécialisée itinérante, si sa technologie 1 .- Ce problème de la richesse du Bas-Sahara en têtes de flèche est donc un faux problème. C’est au Sahara septentrional, le deuxième désaccord de ce genre que l’on rencontre. L’autre controverse mettait en jeu les partisans d’un Sahara « vert » et ceux d’un Sahara « sec ». Or, les premiers travaillaient à l’ouest de la Dorsale saharienne qui bloque les eaux venant de l’Atlas ; les autres à l’est où, de ce fait, l’alimentation est en grande partie fossile. Ils n’avaient donc pas eu accès aux mêmes données. C’est en établissant l’âge de la Dorsale saharienne que P. Estorges a mis fin à la polémique. 2 .- Cf Annexes p. 567.

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Sahara préhistorique est la même, les terres qui servirent à sa fabrication diffèrent, en effet, selon les secteurs. Ce faciès se rencontre dans le niveau supérieur d’Hassi Mouillah, à Bamendil-Gara Driss, Les Deux Œufs, XO La Touffe… Hassi Mouillah supérieur Le niveau supérieur d’Hassi Mouillah1 est noirâtre, épais d’une trentaine de centimètres. La matrice, sableuse, doit sa teinte à la présence de cendres et de menues particules charbonneuses. Au cours des fouilles, un foyer non empierré a laissé échapper une forte odeur de cendres lorsque le dépôt qui le recouvrait a été perforé, ceci implique un recouvrement très rapide du foyer alors qu’il n’était pas totalement éteint, soit sous l’effet d’un vent violent, soit plutôt par action humaine, aucune trace de sable propre qu’aurait déposé le vent n’ayant été perçue. La base du niveau est datée de 5280 ± 150 B.P. (Gif438) (43203960 av. J.-C.) par radiocarbone sur charbons, de 5830 ± 410 et 5700 ± 400 B.P. (BDX114b et BDX114a) (4260-3440 et 4120-3320 av. J.-C.) par thermoluminescence. Les têtes de flèche et les microlithes géométriques prédominent, représentant chacun le quart des outils. La grande majorité des têtes de flèche est pédonculée ; on ne trouve pas les pièces assez vastes des régions plus méridionales, mais des objets qui ne dépassent guère 2 cm de long. Les microburins, toujours nombreux, restent moins fréquents que dans le niveau inférieur, ils conservent le même aspect et la même préférence pour les pièces distales. Il n’y a quasiment pas de lamelles à dos, le reste de l’outillage est essentiellement fait de pièces à coches, denticulés et microlithes géométriques. Le matériel de broyage abonde avec des molettes banales à deux surfaces actives opposées, planes ou légèrement convexes, qui ne sont jamais parallèles. L’œuf d’autruche est d’usage courant et un amas de 11 bouteilles empilées a été mis au jour. La poterie surprend par son uniformité, elle ne dispose quasiment que d’une seule forme, un petit vase conique haut de 15 à 22 cm, largement ouvert, de teinte toujours noirâtre, toujours décoré entièrement du motif pseudo-cordé déjà rencontré dans le niveau inférieur. Divers autres sites offrent les mêmes caractères. Les Deux Œufs2 également en bordure de la sebkha Mellala, est un site à stratigraphie Mellalien-sable stérile-Néolithique faciès Hassi Mouillah. Le niveau néolithique est daté de 5500 ± 125 B.P. (Alg34) (4490-4120 av. J.-C.). Les têtes de flèche moins nombreuses que dans les sites voisins, peuvent être victimes de pillage, le gisement étant très connu depuis longtemps par les « ramasseurs de fléchettes ». L’œuf d’autruche foisonne. Deux petits dépôts, l’un de deux œufs, l’autre de trois, font songer à des récipients placés dans des filets pour transporter l’eau. La poterie, fréquente, est identique à la poterie sombre d’Hassi Mouillah. Bamendil-Gara Driss3 non loin de Ouargla, est daté de 5190 ± 70 B.P. (UW388) (4220-3820 av. J.-C.). Les 1 .- Cf Annexes p. 567. 2 .- Connu depuis longtemps, il fut signalé par G. Trécolle vers 1965 à une équipe du CRAPE qui en fit la fouille en 1967. 3 .- Gisement découvert lors d’une extension des jardins de Bamendil et fouillé en 1967 par F. Marmier qui ne put y recueillir que peu d’objets ; l’ensemble industriel n’atteint pas une centaine de pièces.

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Un néolithique pastoral têtes de flèche, toutes pédonculées, représentent la moitié du matériel. XO La Touffe qui se situe dans les environs d’Hassi Messaoud, en bordure de l’oued Sioudi où il constituait une butte de quelques centaines de m2, est daté de 5930 ± 150 B.P. (Gif731) (5000-4610 av. J.-C.). Découvert par M. Ruche, il fut fouillé en 1964 sous la direction d’A. Leroi-Gourhan par M. Brézillon et N. Chavaillon. L’outillage lithique1 montre une assez haute fréquence d’outils doubles, des têtes de flèche plutôt pédonculées, l’utilisation de retouche alterne pour façonner les denticulés. La base du niveau archéologique est rapprochée d’Hassi Mouillah supérieur. Le sommet qui affleure s’enrichit en mèches de foret, trapèzes et lamelles à dos rectiligne. Le NTC s.s. ou le Néolithique en territoire capsien Sous la dénomination Néolithique de tradition capsienne s.s. (fig. 49), C. Roubet regroupe ce que G. Camps nomme Néolithique Capsien (= faciès Damous el Ahmar) et faciès Bou Zabaouine. En 1979, elle en donne une définition qui accorde une place importante au mode de vie. « Faciès montagnard du Maghreb oriental », elle le caractérise par un habitat au moins saisonnier en grotte ou sous abri, une vie pastorale reposant sur l’élevage de petit bétail, moutons et chèvres, avec transhumance : l’été, séjour en altitude, l’hiver vers la plaine, sans d’ailleurs l’atteindre. La cueillette de végétaux divers, le ramassage de mollusques terrestres se maintiennent. Le matériel archéologique consiste en nombreux instruments en pierre ou en os qui peuvent être agrémentés de gravures par incisions parmi lesquels les têtes de flèche sont toujours rares, en poteries à fond conique, bouteilles en œuf d’autruche, coupes aménagées dans des boucliers de tortue, objets de parure parfois rehaussés de colorants. Abri 402 Alors que les Capsiens ont occupé une plateforme en avant du léger auvent produit par la roche, les Néolithiques ont choisi de s’installer entre l’occupation capsienne et la falaise. Le niveau néolithique a fait l’objet de fouilles de R. Vaufrey ; elles portèrent sur 5 m3, montrèrent une grande variété dans l’outillage lithique, la présence d’une grosse lame étranglée semblable à celles du Capsien typique. Les têtes de flèche sont représentées par des formes à tranchant transversal et des pièces à base concave. Des outils en os -fragments de poinçons et d’alènes-, un dentale et quelques grains d’enfilage en test d’œuf d’autruche en ont été retirés. Contrairement au Capsien, le niveau néolithique est pauvre en pierres brûlées, en coquilles et même en industrie. Il tire son intérêt particulier de sa stratigraphie qui montre le passage sans discontinuité du Capsien typique au Néolithique. L’absence de Capsien supérieur fut entendue par certains auteurs comme résultant d’un déblayage. G. Camps y voit une continuité, ce qu’appuie la structure de l’industrie de la couche supérieure du Capsien typique et son aspect évolué marqué par la présence de trapèzes. 1 .- Cf Annexes p. 568.

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Sahara préhistorique Adrar Gueldaman Reconnu près d’Akbou par P. Royer, le gisement de l’Adrar Gueldaman a d’abord fait l’objet de fouilles menées par A. de Beaumais et P. Royer dans les années 20. En reprenant ces fouilles en 2010-2012, F. Kherbouche a reconnu par ailleurs deux autres grottes à dépôt anthropique GLD2 et GLD3. Il a daté le dépôt GLD1 de 6120±35 (SacA36981) à 3945 ± 30 B.P. (SacA39409) (5180-5010 à 2500-2380 av. J.-C.), moment d’abandon qui coïncide avec la crise d’aridité reconnue sur le pourtour méditerranéen. Le dépôt est subdivisé en quatre unités archéologiques UA1 : 7200-6500 B.P. (6050-5480 av. J.-C.), UA2 : 6500-5300 B.P. (5480-4150 av. J.-C.), UA3 : 5000-4600 B.P. (3765-3220 av. J.-C.), UA4 : 4500-4200 B.P. (3225-2830 av. J.-C.). Le matériel lithique montre un débitage d’éclats vastes, de lames, de lamelles, alors que les outils sont essentiellement sur éclat. Ils sont dus à des retouches abruptes ou marginales scalariformes, certains à des retouches bifaces envahissantes. Les racloirs sont courants, les coches denticulés, microlithes géométriques, peu fréquents, ces derniers étant plutôt des segments. Les têtes de flèche sont rares, les pièces esquillées présentes. Le débitage est fait sur des silex locaux à l’exception d’un silex jaune pâle d’origine indéterminée et dont aucun nucleus n’a été trouvé. Le matériel de broyage, de même que de nombreuses pièces, conserve souvent des traces de pigments colorés ; la marque de traitement thermique est également fréquente sur le matériel lithique. Le matériel osseux abonde avec une majorité d’outils perforants, dispose de pièces allongées perforées d’un trou de suspension. La poterie, à fond conique, porte un décor de points, tirets, lunules, peigne, incisions de lignes croisées..., en bordure de l’ouverture. Elle a livré des résidus de lait et de miel, et montré la consommation de plantes en C31, ce qui est traduit en une vie stable. Les rondelles d’enfilage sont nombreuses et ont été façonnées en série à l’aide de pierres à rainure. Des objets de parure, pendeloques en os, coquilles de gastéropodes marins, carapaces de tortues, os d’oiseaux, impliquent pour certains des contacts ou déplacements de l’ordre de 70 km. Des restes humains, un fragment de mandibule d’enfant de huit mois, des dents d’adultes viennent de l’unité inférieure. Orge, blé et fèves sont présents dans l’unité supérieure UA4. Le quart de la faune consiste en chèvres et moutons domestiques présents dès la base du dépôt, les bovins n’interviennent qu’en UA2. La faune sauvage2 est dominée par Bos primigenius, elle comporte mouflon, alcélaphe, gazelle, probablement éléphant et rhinocéros, porcs-épics, lapins, oiseaux et, en abondance, tortues. Le statut domestique ou sauvage du sanglier peut être posé. Une microfaune abondante -22 taxons dominés par les musaraignes Crocidura ont été identifiés- est inégalement répartie, elle est rare en UA3, manque même à la partie supérieure. 1 .- Pour rappel, selon que la plante, dans la première étape de la photosynthèse, fixe trois ou quatre atomes de carbone, elle est dite en C3 ou en C4. Ce dernier mode, plus récent, traduit une adaptation à la sècheresse. 2 .- La présence de marques de Carnivores sur une partie de la faune montre que les lieux ont aussi servi de tanière.

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Un néolithique pastoral Bou Zabaouine Dans le massif calcaire du Djebel Zabaouine près d’Aïn M’lila, deux grottes distantes d’une cinquantaine de mètres renfermaient chacune une occupation néolithique caractéristique de la phase finale du Néolithique de tradition capsienne. Les premières fouilles furent faites au début du siècle dans la grotte des Pigeons, la plus importante, par A. Robert puis A. Debruge, elles furent reprises en 1963 par M. Boukhanafa et B. Dedieu. La seconde, Bou Zabaouine II, fut fouillée par ces derniers en 1966-67. Le dépôt archéologique de Bou Zabaouine II atteint 1,40 m d’épaisseur. Les fouilleurs reconnurent quatre niveaux homogènes superposés passant insensiblement l’un à l’autre, appartenant tous au Néolithique. La partie supérieure du niveau moyen a été datée de 4375 ± 145 B.P. (Alg39) (3330-2880 av. J.-C.). L’outillage lithique1 est bien fourni en éclats et lames à dos, pièces à coches et denticulés. La proportion de microlithes géométriques, quasiment tous des segments, augmente de la base au sommet alors que celle des racloirs diminue. Les armatures n’étaient fréquentes que dans la Grotte des Pigeons ; elles sont de formes pédonculées à pédoncule très court, plus rarement à base légèrement excavée ou de forme foliacée. Ici comme en bien des abris, diverses activités étaient pratiquées devant l’entrée et les têtes de flèche y sont plus fréquentes. L’outillage osseux est mal conservé, il comporte des poinçons, des fragments d’outils plats pouvant provenir de couteaux, les éléments les plus pertinents étant deux hameçons et une sagaie. La poterie est rare, peu décorée, montée aux colombins, elle aurait eu une ouverture large. L’œuf d’autruche peut être décoré. La parure se réduit à des rondelles d’enfilage auxquelles peuvent s’ajouter des plaques dermiques de tortue non encore perforées. Le niveau supérieur renfermait les restes d’un enfant. La Grotte des Pigeons a livré aux derniers fouilleurs un outillage essentiellement fait sur éclat, malgré la présence de nucleus pyramidaux. Il est à peine dominé par les pièces à coches ou denticulés. Les grattoirs, racloirs et armatures occupent des positions comparables, les autres outils sont rares. Les outils en os abondent, à l’inverse de ceux de Bou Zabaouine II, ils sont bien conservés, montrent une forte prédominance des poinçons. Divers objets prennent un intérêt particulier, une aiguille à chas en ivoire, objet très rare en Afrique du Nord, une épingle à tête, une défense de sanglier retaillée et percée d’un trou à chaque extrémité. La carapace de tortue a été utilisée comme matériau pour la parure. L’œuf d’autruche, pourtant abondant, est peu travaillé, mais sur un fragment figure la gravure d’une tête d’autruche. Quoique rare, la poterie a permis de remonter la plus grande partie de deux vases. La faune comporte Bos primigenius, Bos ibericus, Equus mauritanicus, Gazella dorcas, Ovis, Tragelaphus. Il y aurait eu des restes de mouton, sanglier, antilope, genette, lièvre, gerboise, tortue, hyène, chacal... Les coquilles d’Hélicidés abondent. Damous el Ahmar Le gisement du Damous el Ahmar est vu par C. Roubet comme type des industries de la phase moyenne du Néolithique de tradition capsienne. Le gisement, deux vastes abris sous roche et un étroit boyau s’ouvrant sur les pentes 1 .- Cf Annexes p. 570.

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Sahara préhistorique nord du Djebel Anoual, fut fouillé par M. Latapie et M. Reygasse en 1912, puis en 1964 par C. Roubet. Quelques pièces furent ramassées par R. Vaufrey et L. Balout, et, en 1973, E. Poty devait retirer des restes humains d’un éboulement. Deux squelettes complets avaient déjà été mis au jour par M. Latapie, ainsi qu’un crâne isolé enduit d’ocre près duquel se trouvait une poterie. La couche archéologique est une véritable escargotière avec des lits d’Hélicidés tantôt écrasés, tantôt bien conservés. Elle a été datée de 5720 ± 195 et 5400 ± 190 B.P. (4780-4360 et 4450-4000 av. J.-C.). Elle a montré la suprématie des pièces à coches et denticulés, une quasi absence de microlithes géométriques1. Les nucleus sont petits, sans forme définie. Les grattoirs sont plus volontiers

Fig. 49 - Néolithique de tradition capsienne s.s. Industrie lithique :1, 2) têtes de flèche à tranchant transversal en éventail ; 3 à 6) têtes de flèche à tranchant transversal ; 7, 8) trapèzes ; 9) grattoir ; 10) burin sur troncature ; 11, 24) mèches de foret ; 12) grattoir circulaire ; 13) pièce esquillée ; 14, 15) lamelles à dos arqué ; 16) triangle scalène ; 17) lame à dos arqué ; 18) racloir double sur lame ; 19) grattoir ; 20) racloir convergent sur pièce polie ; 21) lame étranglée ; 22) segment ; 23) tête de flèche à tranchant transversal atypique ; 25) lamelles à coche et bords abattus ; 26) lamelle scalène; 27) lamelle denticulée ; 28, 30) perçoir ; 29) nucleus pyramidal cannelé. Décors de poterie : 31, 32, 34, 36) guillochés ; 33) lunules ; 35) bâtons. (Origine : 1 à 30) Djebel Marhsel. d'après Vaufrey, 1955 ; 31 à 36) Bou Zabaouine. d'après Dedieu,1965). 1 .- Cf Annexes p. 570..

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Un néolithique pastoral aménagés sur éclat, trois pièces remarquables sont faites sur très grandes lames. Les perçoirs favorisent les mèches de foret, les burins, ceux d’angle sur cassure. Les lames à bord abattu sont de préférence arquées ou à tête arquée. Dans le groupe coches denticulés, les lames et lamelles à coches prédominent, les scies sont rares. Les racloirs sont plutôt simples, rectilignes ou convexes. Les têtes de flèche sont pour moitié des pièces à tranchant transversal, les autres sont foliacées ou à court pédoncule. L’originalité de l’outillage de ce site réside en la présence de 30 très grandes lames dont la longueur se situe entre 213 et 126 mm. Dix d’entre elles et un retouchoir avaient été trouvés par M. Latapie dans une sorte de niche. Leur faible épaisseur, leurs bords parfaitement parallèles soulignent la grande dextérité des tailleurs, mais aussi la qualité de la matière première qui est un silex de la région. Les fouilles ont permis de retrouver plusieurs meules, des molettes, un pilon et une dizaine de haches ou herminettes polies de longueur variable, mais toujours étroites avec un tranchant n’atteignant guère 6 cm. Les outils en os sont nombreux et variés, les uns tranchants, les autres mousses, le plus grand nombre perforant ; une faucille inachevée est une côte de bovin pourvue longitudinalement d’une rainure assez profonde, évoquant celles qui ont été trouvées dans la Grotte du Polygone à Oran ou dans des dépôts capsiens à Columnata, Aïn Kéda, Relilaï ou Mechta el Arbi. Un dépôt d’œufs d’autruche découvert par M. Latapie consistait en 6 ou 7 pièces disposées dans une fosse. C. Roubet a estimé que cette sorte de cellier permettait d’avoir une réserve d’une dizaine de litres d’eau. Les bouteilles sont ouvertes au pôle et l’une présente autour de l’orifice un décor sommaire. Deux récipients en terre cuite, entiers, ont également été retrouvés dans des anfractuosités de la roche ainsi que des tessons diversement mais toujours modestement décorés de ponctuations. Dans cet ensemble homogène, un petit tesson fait figure d’intrus par sa pâte et son décor complexe, en registres de bâtons parallèles relevés d’un bandeau de courtes cannelures parallèles à l’ouverture, entrecoupées de triangles en réserve, incrusté de pâte blanche ; il se rattache au style de Stentinello développé en Sicile au 4ème millénaire. La parure consiste en rondelles d’enfilage dont une partie était en cours de fabrication - fabrication sur place confortée par la présence de calibreurs-, pendentifs en test d’œuf d’autruche, pétoncle, incisive d’herbivore perforée près de la racine, plaques dermiques de tortue et un tube en os poli. Deux pierres gravées ont été retrouvées par les premiers fouilleurs, l’une qui fut employée comme molette présente sur les deux faces, des incisions de lecture difficile, l’autre porte sur une face deux quadrupèdes superposés que H. Camps-Fabrer a identifié comme renards. Les restes de faune indiquent la présence de moutons et de chèvres, d’un bovin de petite taille et de faune sauvage avec équidé, antilope bubale, gazelle, rhinocéros, porc-épic, mouflon, des carnivores, lion, panthère, hyène, chacal et de l’ours. Djebel Fartas La grotte du Djebel Fartas fut découverte par A. Debruge qui la fouilla en 1922 et en retira les restes incomplets de plusieurs individus. Sur un niveau de sable blanc stérile, il reconnaissait un niveau jaune argileux renfermant quelques outils atypiques en silex, puis quatre niveaux noirâtres plus ou moins riches en

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Sahara préhistorique foyers et en matériel archéologique. Il n’attribuait que les deux niveaux supérieurs au Néolithique. Le tout était recouvert d’un sédiment rougeâtre stérile. R. Vaufrey devait faire diverses récoltes montrant une industrie1 riche en lames et lamelles à coches, comportant des lamelles à dos, des grattoirs, peu de perçoirs, de rares têtes de flèche toutes à tranchant transversal. Il n’y a pas de pièce à retouche bifaciale. Le polissage est attesté par des haches et des herminettes. Un outillage osseux abondant consiste en tranchets, couteaux, poinçons, un lissoir, une sagaie et une épingle. L’ocre rouge est fréquente, des pendeloques ont été réalisées dans des plastrons de tortue et des valves de pétoncle. L’œuf d’autruche abonde, la poterie est modestement représentée. La faune comprend des restes d’Equus et de Bos attribué à l’espèce opisthonomus. C. Roubet rapproche ces dépôts du niveau inférieur du Khanguet Si Mohamed Tahar et des gisements de plein air d’El Marhsel ou Harmelia. Hergla SHM-1 Les travaux menés à SHM-1, par le Projet italo-tunisien de recherches archéologiques sous la direction de S. Mulazzani et L. Belhouchet, permettent de voir dans les niveaux 5 à 7 du gisement2, des témoins d’une culture néolithique, rejoignant ainsi les propositions faites par M. Harbi-Riahi et J. Zoughlami, lors des premiers travaux. Outre des restes épars, trois individus adultes et deux enfants qu’il est difficile de rapporter à l’un des niveaux, ont été retrouvés dispersés dans le gisement. Comme dans les niveaux capsiens sous-jacents, l’industrie lithique est tirée de matériaux locaux, calcaire à gros grains, mais aussi de silex, calcaire beige à grains fins qui traduisent des déplacements ou contacts pouvant atteindre une centaine de kilomètres, tandis que quelques pièces en obsidienne provenant de Pantelleria évoquent des déplacements maritimes. Un important changement dans le mode de débitage des lamelles est noté par les auteurs ; il devient plus sophistiqué, le débitage pression reconnu dès la base des dépôts s’enrichissant de plans de frappe dièdres, de l’emploi d’un instrument dur et pointu qui évoquerait un matériau métallique. Le groupe cochesdenticulés augmente fortement jusqu’à représenter la moitié de l’outillage, et ce dès le niveau 5, les lamelles à dos régressent de manière plus régulière, les retouches continues de façon abrupte, le rapport lamelles à dos rectiligne et à dos arqué s’inverse ; à partir du niveau 6, les segments diminuent, le rectangle apparaît. Des boules de pierre perforées figurent dans le niveau 7. Les premières fouilles ont également livré des têtes de flèche, haches et herminettes, du matériel de broyage. L’outillage osseux qui comporte essentiellement des outils perforants, porte des traces d’ocre, il comorte un probable manche de cuiller. La parure se traduit par des rondelles d’enfilage, des coquillages perforés naturellement ou non (divers Hélicidés, Hexaplex, Cerithium, Nassarius, Columbella, Glycymeris...). Les quelques rondelles d’enfilage figurées montrent un diamètre d’anneau légèrement plus grand, des bords plus abrupts que dans les niveaux 1 à 4, suggérant des techniques différentes. Des tessons de poterie sont présents. 1 .- Cf Annexes p. 571. 2 .- Rappelons que ces niveaux sont attribués au Capsien supérieur par L. Belhouchet et S. Mulazzani. Cf p. 97.

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Un néolithique pastoral Faite à l’aide d’un dégraissant calcaire, la poterie présente un décor réduit, banal dans cette région, bien que celui de certains tessons puisse évoquer des contacts avec la Sicile. L’ocre est omniprésente. Une coquille cassée de Charonia à perforation latérale retient l’attention quand on sait que ce coquillage est encore utilisé comme instrument de musique. La faune, assez mal conservée, ne présente pas de changements sensibles. Elle renferme Bos primigenius, Syncerus caffer, Alcelaphus buselaphus, des gazelles, Canidés, Léporidés, des oiseaux, des poissons (essentiellement des dorades) et des mollusques. Les restes de bovins sont cependant bien plus fréquents à la partie supérieure. Un comportement particulier concerne les gazelles, toutes abattues jeunes alors que les autres espèces sont adultes. Le milieu aurait été une savane peu boisée, avec points d’eau, évoluant vers une steppe à graminées et armoise. Diverses structures ont été identifiées dont, à la base du niveau 5, un fond de hutte de 4 m de côté, avec dallage de pierres, murets de soutènement à deux angles et, à proximité, deux foyers empierrés de 30-40 cm, paraissant protégés par deux alignements arqués de petites pierres, placés à 60-80 cm. Des foyers, sols empierrés, trous de poteau avaient également été mis en évidence par les premières fouilles. La base a été datée de 7920 ± 40 B.P. (ENEA-837) et 8170 ± 133 B.P. (SS663) (6585-6186 et 7450-7050 av. J.-C.) lors des premières fouilles, le sommet de 4320 ± 30 B.P. (P1071) (3015-2890 av. J.-C.) lors des plus récentes. Kef el Agab Situé à l’extrémité orientale du massif de l’Haïrech non loin de Jendouba (Souk el Arba), la grotte de Kef el Agab a livré à P. Bardin en 1947-48, un matériel archéologique important mêlé à une formation cendreuse truffée de gros blocs calcaires qui impliquent des effondrements au cours de l’occupation. Les fouilles eurent lieu à l’avant de la grotte et dans un imposant talus d’avant grotte. N. Aouadi a récemment effectué des sondages dans le talus d’avant-grotte qui lui ont permis d’identifier plusieurs niveaux d’occupation et l’utilisation de coquilles d’Unio parallèlement au silex et au calcaire pour produire l’industrie lithique. Le matériel recueilli par P. Bardin réunit près de 30 % de lamelles à coche et à peu près autant de lamelles à dos, 25 % de microlithes géométriques essentiellement des segments, quelques grattoirs, perçoirs, microburins, têtes de flèche, une seule à pédoncule et taille bifaciale, la plupart à tranchant transversal. Les nucleus sont particulièrement nombreux, soulignant un débitage sur place, globuleux pour la plupart, quelques uns ont un seul ou deux plans de frappe ou sont pyramidaux. A ce matériel léger s’ajoutent des haches en ophite à tranchant poli, herminettes, galets aménagés, en nombre des meules, molettes et pilons, deux anneaux en calcaire et deux pierres à rainures en strontianite évoquant la fabrication sur place de rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche. L’outillage osseux est abondant, essentiellement sous forme de poinçons, parmi lesquels se trouve une aiguille à chas. L’œuf d’autruche abonde, quelques fragments portent un décor, un œuf à peu près entier est orné de quadrillés (IIC3 de la classification Camps-Fabrer) convergeant vers l’orifice et de pointillés en

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Sahara préhistorique lignes parallèles (IXB1). La poterie est rare, typique en cela du Néolithique de tradition capsienne, mais elle est plus décorée qu’à l’accoutumée dans cette culture avec des registres plus ou moins proches ornés de guillochés, lunules volontiers ponctuées, bâtons, cordon en relief, lui-même agrémenté de guillochés, larges bandes de croisillons. Inversement la pâte est peu élaborée, l’ajout d’un dégraissant calcaire n’est pas régulier, un dégraissant naturel de quartz et particules ferrugineuses y est plus fréquent ; les parois sont épaisses, la cuisson médiocre. Les éléments de parure consistent en nombreuses rondelles d’enfilage qui sont de très petites dimensions, pendeloques dont plusieurs sont aménagées dans des canines de sanglier, plaques dermiques de tortue, voire galets ; les coquillages perforés naturellement ou non sont nombreux. Les rejets alimentaires comprennent Bos primigenius, Pelorovis antiquus, des antilopes et des gazelles, des sanglier, renard, chacal, lapin, chat, mangouste, hérisson, tortue, barbeaux, oiseaux auxquels s’ajoutent quelques éléments de moutons et chèvres domestiques, de nombreuses coquilles d’escargots et d’Unio, mais aussi du renard et porc-épic qui y ont peut-être gîté comme ils le font actuellement. Les restes de cinq individus gisant pêle-mêle (?) dans des cavités naturelles des parois, en ont été retirés et les derniers travaux ont mis au jour un individu en décubitus latéral fléchi. Alors que H.V. Vallois fait état de méditerranéen primitif, M.C. Chamla reconnaît deux types, mechtoïde et proto-méditerranéen. Kef el Hamda Situé sur une terrasse de la Dorsale tunisienne, le site a été reconnu en 1973 par J. Zoughlami et les fouilles reprises en 2014. Une épaisseur de dépôt de l’ordre de 1 m est datée de 7975 ± 40 vers la base ( SacA42329) à 7010 ± 35 B.P. (SacA42328) (9000-8650 à 7950-7750 av. J.-C.) aux deux tiers de la hauteur. L’industrie faite pour une grande part sur petits nodules de silex gris local, montre la prédominance des pièces à coches sur les lamelles à dos, peu de microlithes géométriques. L’emploi d’un débitage pression est attesté dès les premières occupations. Un éclat d’obsidienne venant de Pantelleria a été trouvé à 90 cm de profondeur. Le site se singularise par des fragments d’une poterie assez mal finie, dont un seul fragment porte une décoration, un paquet de quatre lignes de ponctuations carrées en haut du vase qui évoque les motifs vus dans le site SHM-1; cette poterie pouvait être réemployée comme le montre un jeton, tesson transformé en disque de 20 mm. Elle pose diverses questions, son origine, les motivations qui ont présidé à son utilisation et aussi le statut du Capsien. Les fouilles récentes ont mis au jour divers ossements provenant de petits bovins, alcelaphidés, gazelles, léporidés, montré que Helix melanostoma, Eobania vermiculata ont été consommés durant toute l’occupation et, par les restes végétaux, identifié une occupation en toute saison. Les plantes les plus communes sont Pinus halepensis, Quercus sp, Lathyrus/Vicia sp, des rhizomes de Stipa tenacissima. Khanguet Si Mohamed Tahar Khanguet Si Mohamed Tahar fut découvert en 1909 par J.B. Capéleti dans le massif des Aurès ; après un sondage fait par R. Laffitte en 1935, il fut fouillé

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Un néolithique pastoral par T. Rivière en 1936 puis par C. Roubet en 1968. Une partie du matériel mis au jour par T. Rivière donna lieu à des travaux de A. Bachir-Bacha. Couloir qui s’étire sur une vingtaine de mètres de long, 4 m de large, son remplissage d’une épaisseur de 3,30 m, à peu près homogène, est daté entre 6530 ± 250 B.P. (Alg37) et 4340 ± 200 (Alg30) (5720-5220 et 3340-2700 av. J.-C.). T. Rivière y reconnaît trois niveaux, C. Roubet quatre séries d’occupations1, le niveau médian défini par T. Rivière en comportant deux. Les hommes se seraient installés au fond et à l’entrée de l’abri, accumulant leurs déchets entre les deux, c’est ce qu’il ressort des fouilles qui ont mis au jour des structures pour celles de T. Rivière, des déblais pour celles de C. Roubet qui a trouvé un matériel souvent brisé. La quasi-totalité du matériel lithique est tirée de silex, les nucleus sont petits et ont été débités au percuteur dur. Les deux séries d’outillage sont semblables, le matériel Rivière, moins abondant, étant un peu plus varié par les pièces polies et le décor céramique au registre plus large. Dans chaque série d’occupation, les pièces à coches-denticulés constituent au moins le quart de l’outillage, les racloirs et pièces à retouche continue sont courants. Les haches et herminettes sont plus nombreuses à la partie supérieure, celles tirées de serpentine, diorite, traduiraient des contacts ou déplacements de l’ordre de 200 km. Le matériel de meunerie est en grès et quartzites, matériaux locaux ; il est riche en molettes, comporte des pilons. Trois pierres à rainure en strontianite, roche que l’on trouve à une cinquantaine de km, ont servi à la fabrication de rondelles d’enfilage. A ceux-ci, la parure ajoute des pendeloques en derme ossifié de tortue, des perles en os, en pierre polie, un fragment de bracelet en ivoire. L’industrie osseuse abonde avec des poinçons, couteaux, lissoirs... L’œuf d’autruche est courant, il a été transformé en rondelles d’enfilage et divers tests portent des incisions de traits parallèles ou séquents. Une coupe de 15 x 12 cm est faite d’une dossière de tortue. La céramique est présente dès la première occupation avec des vases à fond conique, montés au colombin, pauvrement décorés par impressions localisées autour de l’orifice. Une évolution mineure se perçoit au travers d’une augmentation des grattoirs et des retouches continues, d’une diminution des microlithes géométriques. Les burins montrent plus d’instabilité, manquant à la base, puis se réduisant à nouveau dans la dernière occupation. Les techniques de fabrication des outils font une large part à la retouche plane qui tend à se développer sur les deux faces. Du matériel poli apparaît sous l’aspect de hache avec la deuxième série d’occupation, au début du 4ème millénaire ; les têtes de flèche interviennent encore plus tardivement au milieu de ce même millénaire. La faune traduit un faible intérêt pour la faune sauvage, elle consiste en quelques antilopidés, oiseaux, léporidés, des hérissons, tortues, lièvres ; le ramassage de Gastéropodes s’exprime dans des coquilles d’Hélicidés, essentiellement Otala punica, Helix melanostoma, Helicella sitifensis, à un degré moindre Rumina decollata, Leucochroa candidissima, Helix aspersa. Les espèces domestiques constituent l’essentiel des restes osseux avec un grand nombre d’ovicapridés, 80 à 90 %. Ils sont particulièrement fréquents dans les niveaux 2 et 3 1 .- Toutefois le petit nombre d’outils récolté dans certains niveaux, en particulier le niveau 01, fait problème pour différencier les trousses à outils. Cf détail Annexes p. 570.

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Sahara préhistorique où plusieurs milliers d’ossements proviennent d’individus âgés de 10 à 42 mois. Les bovinés sont beaucoup plus rares, ils représentent autour de 10 % dans les niveaux inférieurs, mais atteignent près du quart dans le niveau supérieur avec des animaux âgés de 24 à 42 mois. Des canidés ont été retrouvés dans les deux niveaux supérieurs, ils ressembleraient à un chien de berger égyptien, le chien d’Hawara. Pour C. Roubet, on trouve là, sous son faciès montagnard d’été, un témoin de la vie semi-nomade de petits éleveurs de moutons et de chèvres. Ksar Tebinet Reconnue dans les années soixante, à une quinzaine de kilomètres de Tébessa par J. Planchet, l’occupation néolithique se situe sur une plateforme en avant d’une grotte complètement obturée. Un sondage de 4,8 m3 a montré un niveau de 1 m d’épaisseur, homogène, reposant sur la roche, recouvert de 0,20 m de couche végétale riche en plaquettes rocheuses. L’industrie1 dominée par les coches-denticulés, dispose de lamelles à dos qui utilisent la retouche Ouchtata. Elle ne comporte aucune pièce bifaciale. La céramique est peu abondante, à pâte dégraissée à l’aide de coquilles pilées ou, pour deux tessons de la base, par des particules calcaires. La plupart des tessons est décorée et un porte un mamelon. L’œuf d’autruche se réduit à quelques tests pouvant être décorés et quelques rondelles d’enfilage. L’outillage osseux comprend des poinçons. Une molette ocrée était associée à une plaque rocheuse portant elle aussi des traces d’ocre. Une partie de calotte crânienne se trouvait à la base du dépôt. La faune recueillie n’a pas été identifiée. Redeyef Les deux gisements de Redeyef offrent une disposition comparable à celle de l’abri 402, avec une occupation néolithique surmontant l’installation capsienne et s’insérant aussi entre elle et le fond de l’abri, qu’il s’agisse du niveau capsien typique de la Table sud ou de la phase finale du Capsien supérieur de la Table Hamda que E.G. Gobert nommait Intergétulonéolithique. Les gravures récemment découvertes à Doukene qui représentent des personnages, des animaux, des signes de divers styles, se trouvent à proximité. La Table Hamda dite souvent Table de Redeyef fut signalée par Boudy et Capitan en 1906, les premiers travaux menés par Boudy furent suivis d’une fouille de E.G. Gobert publiée en 1912. En 1933, Redeyef servit, avec Jaatcha, à R. Vaufrey pour définir le « Néolithique de tradition capsienne ». Les fouilles ont été reprises récemment par Y. Dridi et N. Aouadi. Une énorme dalle calcaire couvrait une partie de la couche archéologique, ne laissant entre elle et le fond de l’abri qu’un couloir large de 2 m et long d’une quinzaine. La couche archéologique2, épaisse de 1,50 m, passait insensiblement du Capsien supérieur au Néolithique par intervention de têtes de flèche à tranchant transversal, foliacées ou pédonculées, haches polies, fragments de boules percées, poteries. L’outillage néolithique taillé est fait, en outre, de perçoirs, 1 .- Cf détail Annexes p. 571. 2 .- Pour R. Vaufrey, il y aurait un seul niveau, évolutif, en raison de la forme des trapèzes dont les côtés sont excavés dans la partie supérieure alors qu’ils sont rectilignes dans la partie inférieure.

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Un néolithique pastoral pièces à coches, microlithes géométriques qui sont essentiellement des trapèzes, de quelques lamelles à dos. Divers tests d’œuf d’autruche qui portent un décor animalier dans lequel E.G. Gobert, puis H. Camps-Fabrer ont pu voir une représentation de hyène et de grand oiseau, proviennent probablement de ce niveau. Un crâne, des maxillaires d’adulte et les restes de huit enfants ont été retirés d’une sorte de fosse située près de la paroi. La Table sud fut fouillée en 1931-32 par R. Vaufrey. Tout comme à Table Hamda, entre la paroi et les dalles existe une occupation néolithique qui est un niveau pulvérulent, pauvre en industrie. Ici, l’auvent éboulé scelle une couche à stratigraphie Capsien typique-Néolithique, stratigraphie qui se retrouve Abri 402. Roknia La grotte de Roknia, dite Grotte des Hyènes, est ouverte au sud, assez haut sur la montagne de même nom. Elle fut reconnue et fouillée par A. Debruge en 1925-26. Dans la couche archéologique, épaisse de 1,65 m, atteignant 3,25 m par endroits, il distingue plusieurs niveaux laissant supposer la présence de Capsien au-dessous du Néolithique. Entre les deux, il voit une longue période sans occupation. L’outillage néolithique en silex, comporte des grattoirs, des lames et lamelles à coches et à bord abattu, quelques microlithes géométriques, triangles et trapèzes, ainsi que probablement des microburins car s’ils ne sont pas mentionnés, l’un est figuré. D’après R. Vaufrey, il y aurait eu des têtes de flèche à tranchant transversal, pour L. Balout, elles manquaient. Les haches et herminettes polies sont nombreuses, ainsi que des meules, molettes, pierres à rainures. L’outillage osseux est riche avec des épingles, alènes, poinçons, couteaux, lissoirs. Des diaphyses d’os d’oiseaux dont une extrémité est soigneusement polie forment des tubes, l’un façonné dans un os plus robuste est percé de trois trous alignés et une face est ornée de ponctuations irrégulières ; il fait songer à une sorte de pipeau. La parure est faite en os dermique de tortue, test d’œuf d’autruche aménagé en rondelles d’enfilage, une incisive de bovidé a été échancrée au collet. Aucun décor n’est mentionné sur l’œuf d’autruche. La poterie est rare, le décor réduit à un rang de ponctuations ou autres impressions de formes diverses. Les restes de plusieurs individus, adultes et enfants, ont été exhumés et sont rattachés au type mechtoïde. La faune aurait livré Pelorovis, Bos, Gazella dorcas, différentes espèces d’Equus, du porc-épic, du sanglier, des lapins et des oiseaux ainsi que des félins dont la hyène, et du dromadaire. Table de Jaatcha L’abri dit Table de Jaatcha, proche de Metlaoui, renferme une escargotière découverte par M. Teste en 1933. C’est en s’appuyant sur cette découverte que R. Vaufrey créa le concept de Néolithique de tradition capsienne. Le gisement donna lieu à la première datation de Néolithique au Maghreb, les résultats, 5000 ± 150 B.P. (L) (3950-3660 av. J.-C.), contribuèrent fortement à asseoir l’idée d’une présence néolithique tardive dans cette partie de l’Afrique. Le peu de matériel récolté se rapporterait à un Néolithique capsien. Il montre en effet une structure industrielle ayant des valeurs voisines pour les pièces à

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Sahara préhistorique coches et les lamelles à dos, avec la présence de microlithes géométriques, de grattoirs, de quelques têtes de flèche dont certaines pédonculées. Les perçoirs sont rares. Il y a peu d’outillage en os, quelques éléments de parure, rondelles d’enfilage, dentale. La poterie est très rare, la pierre polie manque. Un faciès libyen ? Traditionnellement rattachés au Néolithique de tradition capsienne, les quelques sites étudiés en Libye, s’en distinguent pourtant par la grande rareté des microlithes géométriques, microburins, la place irrégulière des pièces à coches. Pour M.C.B. Mc Burney, il s’agissait d’une variante libyenne. G. Camps voyait l’appartenance au Néolithique de tradition capsienne surtout au travers du style de l’outillage, de la poterie par sa technique à dégraissant calcaire, mais s’en détachait par ses formes sphériques. En Cyrénaïque, des fouilles ont concerné trois sites importants et, en Tripolitaine, la région Jefara-jebel Gharbi a livré aux travaux de la mission italo-libyenne une importante occupation humaine développée entre 6700 et 5400 B.P. (5600 et 4300 av. J.-C.) à la faveur de marais et de grands étangs, dans laquelle B. Barich reconnaît trois phases. L’importance de l’occupation est soulignée par la palynologie avec la présence de Plantago et Urtica. Abbiar Miggi Les abris d’Abbiar Miggi, en Tripolitaine, ont été signalés par P. Graziosi en 1933. Il fit un sondage dans l’un d’eux. En 1955, P. Neuville fouilla deux abris superposés et un puits qui les reliait, l’abri inférieur ayant été produit par l’effondrement d’une partie de la voûte. L’abri supérieur renfermait une couche archéologique de 2,50 m de puissance où furent reconnus trois niveaux archéologiques renfermant de nombreux foyers. Ils sont rapportés au Néolithique malgré l’absence d’éléments significatifs en particulier dans la phase I dont on ne peut éliminer formellement l’appartenance à la culture capsienne. A la base, dans une argile jaunâtre, ont été retrouvés quatre petits bifaces évoquant un Paléolithique moyen. Puis vient le niveau inférieur, dit phase I, séparé de l’occupation suivante, phase II, par un niveau de sable stérile. Ce niveau stérile qui se termine par une couche de terre avec ossements de hyène, renferme des écailles tombées de la voûte, supportant des gravures schématiques et celle d’un quadrupède. Les parois du puits portent des représentations incisées de gazelles, antilopes, autruches, personnages… qui sont oblitérées par des dépôts de la phase II. En outre, d’après G. Camps, deux figurations de bœufs domestiques et une d’éléphant seraient en rapport avec la phase III. L’industrie1 est essentiellement tirée d’un silex des environs ; un silex autre, du quartz utilisés pour quelques pièces, des grès et basalte pour les meules et molettes, sont d’origines diverses. Les nucleus sont petits, peu nombreux, plus ou moins prismatiques. L’industrie lithique est dominée par les pièces denticulées et retouches continues. Les burins et les racloirs sont courants. La retouche bifaciale n’est utilisée qu’à partir de la phase II, lors de la reprise de l’occupation après l’effondrement de la voûte. Comme dans la phase I, les têtes de flèche 1.- Cf Annexes p. 572.

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Un néolithique pastoral manquent, elles apparaissent en nombre en phase III, la plupart est pédonculée avec des formes variées. Il n’y a pas de pierre polie. Les meules et molettes sont nombreuses. L’industrie osseuse est de belle venue ; elle manque dans la phase III quand interviennent les têtes de flèche. Elle est fournie en sagaies ; la phase I renferme deux aiguilles à chas et un fragment de pariétal humain qui a été perforé, aminci et était enduit d’ocre. Des traces d’ocre rouge ou jaune se trouvent sur toutes les meules et molettes. Tout comme les têtes de flèche, la poterie n’a été trouvée que dans la phase III et elle y est rare. A l’inverse, l’œuf d’autruche abonde, des fragments noircis sur leur face externe montrent des récipients ayant été au feu ; certains fragments sont gravés, d’autres aménagés en disques. La parure est fréquente : rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, coquilles de Pectunculus, Nassa, Columbella, Cardium usées ou perforées. Abou Tamsa Situé à proximité d’Haua Fteah, environ à 600 m de la mer, Abou Tamsa est un petit abri du djebel Akhtar ouvert plein est. Dans le cadre des travaux menés par la Mission archéologique française en Libye, un sondage qui a atteint 1,20 m de profondeur sans atteindre le bed-rock, a conduit à une fouille développée sur 10 m2. Ces travaux ont permis à E. de Faucamberge d’identifier quatre niveaux à matrice sablonneuse, sans foyer, renfermant simplement quelques taches cendreuses et de menus charbons dispersés. Le niveau III, (4050 cm), se particularise par sa richesse en coquilles de Gastéropodes qui forment un niveau coquillier très dur. Il a pu être lié à une période plus humide datée de 6605 ± 40 B.P. (Pa2468) (5314-4874 av. J.-C.). Le niveau inférieur IV (50-120 cm) est daté de 7695 ± 60 (Pa2472) et 7275 ± 40 B.P. (6380–5960 et 5930-5560 av. J.-C.), le niveau II (10-40 cm) de 6 085 ± 30 B.P. (4 662 – 4 469 av. J.-C.). Le niveau I (0-10 cm) a livré un mélange d’industries préhistoriques et de matériel historique. L’industrie lithique des autres niveaux n’offre pas de différences sensibles. La plus grande part est en silex qui provient des environs, un indice de débitage bas suggère que l’essentiel de cette production n’ait pas été faite dans le site ou qu’un secteur lui ait été réservé. Les nucléus ont livré essentiellement des éclats, ils sont multidirectionnels pour le plus grand nombre, quelques uns sont uni ou bipolaires. L’outillage1 est largement dominé par les groupes coches-denticulés qui constituent 20 à 25 % des outils, et pièces retouchées (essentiellement des éclats) 50 %, les burins venant en groupe secondaire sans toutefois atteindre 10 %. Les racloirs sont rares, les microlithes géométriques et microburins quasiment absents, les lames et lamelles à bord abattu, têtes de flèche manquent. L’industrie osseuse bien représentée dans le niveau inférieur, manque dans le niveau supérieur. Elle privilégie les outils perforants, ne dispose que de rares microlithes géométriques. La poterie est rare, réduite à de menus morceaux de qualité médiocre, sa surface peut être polie, engobée, décorée, sa pâte est dégraissée par des coquilles d’escargots brisées, caractère traditionnellement lié au Néolithique de tradition capsienne. Le niveau III a livré une pièce en Y, le niveau II un fragment de hache. Le matériel de broyage comporte des 1 - Cf Annexes p. 573.

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Sahara préhistorique meules, molettes, pilons et de petits galets qui ont été utilisés comme polissoirs. La parure est traduite par une rondelle en test d’œuf d’autruche, des pendeloques en coquillages terrestres et marins percés. Les restes osseux concernent des ovi-caprinés domestiques, bovidés sauvages et lagomorphes. Des coquilles de gastéropodes renvoient le plus fréquemment à Helix et Rumina pour les espèces terrestres, Patella et Trochus pour les espèces marines. S’appuyant sur les techniques de débitage, E. de Faucamberge voit des affinités avec les sites du désert occidental égyptien mais conclut à un faciès culturel propre à la région. Haua Fteah En Cyrénaïque, l’imposante série d’Haua Fteah se termine par un niveau néolithique1, couches VIII à VI, qui repose sur le niveau « libyco-capsien ». Il a été daté de 6800 ± 350 (W98) à 4870 ± 97 B.P. (NPL41) (6050-5370 à 37703530 av. J.-C.) par M.C.B. Mc Burney lors des premiers travaux ; les travaux récents menés par G. Baker dans le cadre du Cyrenaican Prehistory Project, conduisent à deux groupes de dates 9740 ± 45 à 9425 ± 40 B.P. (OxA19158 et 19184) et 6917 ± 31 à 5462 ± 32 B.P. (OxA18673 et 18676) (9265-9200 à 8755-8655 av. J.-C. et 5835-5760 à 4345-4280 av. J.-C.), qui suggèrent une discontinuité de l’occupation. Les lames à dos, moins nombreuses que dans le niveau « libyco-capsien », conservent néanmoins un rôle important, de l’ordre du tiers. Parmi les racloirs figurent des disques de calcaire de 8 à 10 cm de diamètre, 1,5 à 2 cm d’épaisseur, à retouche semi-abrupte ou plane pouvant envahir la totalité du pourtour et couvrant généralement une face. Une quarantaine de lames à dos offre une extrémité aigüe qui résulte d’un bord abattu très abrupt, recoupé par une ligne de retouches semi-abruptes, ce pourrait être des projectiles. Une évolution est perceptible parmi les grattoirs : fréquents à la base, ils voient leur importance en régulière décroissance. Dans les niveaux les plus récents, interviennent des pièces foliacées et les têtes de flèche deviennent plus nombreuses, elles appartiennent aux formes foliacées ou pédonculées. Du matériel de broyage, 14 houes, fragments de hache et herminette, complètent le matériel lithique. Une industrie osseuse assez variée, privilégie cependant les poinçons. La céramique est rare, à dégraissant calcaire, voire coquilles pilées, elle provient de récipients à large ouverture qui pouvaient porter des mamelons. Le décor est un motif de ponctuations bordant l’ouverture ou placé sur un léger bourrelet circulaire ; quelques tessons minces, rougeâtres, évoqueraient le Badarien ou le Tasien. Des coquilles marines peuvent être travaillées, l’œuf d’autruche décoré de points ou de traits, transformé en rondelles dont deux ont une forme carrée. La parure est réduite à une coquille de cyprée et un fragment de coquille travaillée, qui pourrait être partie de bracelet de type prédynastique. La faune consiste en mollusques marins, surtout patelles et troques, en restes, nombreux et très fragmentés, de chèvres et peut-être en moutons domestiques qui auraient été introduits depuis le Proche-Orient par le delta du Nil. Elle renferme du mouflon en nombre, de l’alcélaphe, de rares restes de gazelles parmi lesquels dorcas n’a pas été identifiée, du porc-épic et du chacal. Les bovinés sont moins nombreux que dans le niveau dit libyco-capsien, et il n’y a été retrouvé aucun lièvre ou lapin. 1 - Cf Annexes p. 573.

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Un néolithique pastoral D’autres faciès D’autres faciès sont soupçonnés mais mal définis, non datés. Certains supposent des cultures complexes ou instables qui pourraient s’interpréter comme des carrefours d’influence. On doit à M. Antoine, l’appellation « Mogadorien » à propos d’une industrie recueillie dans les dunes du Cap Sim et qu’il ne put publier. G. Souville fait état de pièces à coches et à bord abattu où la retouche Ouchtata est utilisée, d’un grattoir, de rectangles, têtes de flèche à tranchant transversal fréquentes et d’une pièce typique, dite par M. Antoine « pointe mogadorienne », pièce très plate, triangulaire ou trapézoïdale, avec un côté très oblique obtenu par une retouche abrupte qui affecte également les deux côtés adjacents (fig. 89). Sidi Aïch Le gisement de surface de Sidi Aïch se trouve dans la trouée de Gafsa où il occupe une surface de 500 hectares à la confluence des oueds el Kebir et Sidi Aïch. Il fut découvert en 1888 par le Dr Couillault, puis étudié en 1949 par M. Gruet et en 1951 par A. Diard. Dit « Néolithique C » par E.G. Gobert, il est volontiers rapproché de ce que M. Reygasse nommait « S’baïkien » et qu’il caractérisait par l’abondance de pièces foliacées à gros enlèvements. Comme tous les gisements de surface, il ne comporte que du matériel lithique1. Celui-ci consiste en fragments de nucleus irréguliers, parfois à tendance pyramidale, accompagnant un nombre considérable d’éclats bruts et de l’outillage taillé. Plus du quart consiste en pièces foliacées façonnées par gros enlèvements qui ont produit des pièces épaisses, atteignant volontiers 1 cm, leur longueur va de 2 à 9 cm, une forte majorité se plaçant entre 3 et 6 cm. Les formes sont variées, avec une préférence pour les ovoïdes ; certaines sont nanties de coches, d’autres d’ébauche de pédoncule. Elles s’accompagnent de grattoirs plutôt courts, à front arrondi voire circulaire, de burins d’angle. Les racloirs sont fréquents, généralement simples, convexes pour la plupart. Les perçoirs comportent des pièces épaisses et étroites à retouche alterne et de petites pièces d’aspect classique. Les microlithes géométriques sont pour la quasitotalité des rectangles, les têtes de flèche à tranchant transversal prédominent, alors que les formes pédonculées, foliacées ou à base concave sont rares.

Les hommes et les modes de vie Au Néolithique moyen, le développement de systèmes de production affranchit de plus en plus les hommes du milieu naturel. Ils lui restent néanmoins fortement inféodés, la pêche, la chasse, la cueillette conservant une position dominante qui fluctue selon l’importance de la production. Au sein des campements, celle-ci conduit à l’aménagement de lieux de stockage de plus en plus nombreux, de plus en plus vastes et à une répartition des activités qui se traduisent par des aires spécialisées. Pour certains auteurs, un culte de la fécondité aurait accompagné le développement des systèmes de production. Même si les éléments sont infimes pour aborder cet aspect, on a pu supposer qu’il se serait ajouté, aurait peut-être submergé, les cultes antérieurs rendus par les populations de Chasseurs. 1 .- Cf Annexes p. 572.

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Sahara préhistorique L’art rupestre apporte sa contribution à cette connaissance en montrant des soucis différents de ceux des Chasseurs et l’importance accordée aux astres qui se lit à Nabta Playa dans un monument vu comme cercle-calendrier. Pourtant, comparés à ceux du Néolithique ancien, les paysages du Néolithique moyen sont souvent dégradés. La détérioration est issue de la phase aride qui, à la mi-Holocène, sévit durant un demi millénaire ou davantage, entraînant de notables modifications des milieux. Même avec le retour des pluies, la dégradation reste marquée ; au Sahara central, la steppe herbacée se substitue à la steppe arborée et fut sans doute bénéfique à de nombreuses régions en permettant un ample développement du pastoralisme. Dans la vallée du Nil, les répercussions furent profondes, durant les siècles d’aridité, ce fut un milieu pri vilégié qui, attirant les populations, draina des éléments culturels des régions voisines, en particulier de l’Ouest1. L’ancien parler égyptien se serait individualisé

A l’ouest, s’est développé le Néolithique de tradition capsienne dit souvent NTC. Culture la plus notoire, sa présence en zone saharienne est une question posée car si aucun auteur ne retient plus le vaste territoire que lui octroyait R. Vaufrey, l’accord n’est pas fait sur son extension. Faut-il lui rattacher le Néolithique du Bas-Sahara ? celui du Sahara occidental ? Dans le Bas-Sahara, divers faciès ont été reconnus. Au sudest, le faciès El Bayed se caractérise par une association de pièces typiques : pointe de Labied, pointe de Temassinine, pointe d’Izimane, tête de flèche type a25 de Hugot, racloir ou scie limace ; au nord-est, l’Hadjarien par la présence conjointe de trapèzes à côté(s) convexe(s), scalènes perçoirs à angle arrondi, armatures en écusson et absence de poterie. Le faciès Aïn Guettara et le faciès Hassi Mouillah qui en est issu par augmentation du nombre de têtes de flèche, sont plutôt définis par leur structure industrielle et pour le faciès Hassi Mouillah par sa poterie, de petits vases simples, sombres, à décor pseudo-cordé. Le NTC est riche en microlithes géométriques, il dispose d’une poterie de forme conique, jamais abondante, à dégraissant calcaire, volontiers des coquilles pilées, décor succinct ou absent. Sa rareté est compensée par l’abondance de l’œuf d’autruche, lui, richement décoré. Des pierres sont volontiers gravées ou sculptées. Le NTC a été subdivisé en plusieurs faciès évolutifs dits Capsien néolithisé, Néolithique Capsien ou faciès Damous el Ahmar, faciès Bou Zabaouine, ces deux derniers formant le Néolithique de tradition capsienne s.s. de certains auteurs. 1 .- Les travaux de J. Leclant, puis de J. Leclant et P. Huard ont été pionniers en ce domaine, en identifiant un apport africain bien plus important que l’apport asiatique seul reconnu jusqu’alors dans les fondements de la civilisation égyptienne.

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Un néolithique pastoral vers 6000-5500 av. J.-C., se séparant des autres langues afro-asiatiques (sémitique, couchitique, libyco-berbère, tchadique, omotique) ; il aurait été utilisé jusqu’à la Première Période Intermédiaire. Ceci pourrait marquer un isolement de la région -incidence de l’aride mi-holocène ?- ou la forte suprématie d’un groupe. Une vie paisible, à faibles déplacements et le plus souvent sédentaire, transparaît aux travers des données, tel l’absence de site défensif et quelques indices comme la prise en charge d’impotents à Hassi el Abiod, laissent soupçonner une grande solidarité. Néanmoins on ne peut éliminer totalement quelques heurts possibles entre les populations sahariennes. Au 5ème millénaire, les têtes de flèche s’y multiplient et l’art rupestre bovidien fait état d’affrontements entre les hommes avec des combats d’archers, cependant, l’absence d’hommes au sol ou touché par une flèche dans ces figurations suggère qu’il s’agit alors plus d’un aspect ludique que guerrier. Dans les peintures plus tardives, de vrais affrontements s’exprimeront en effet par une mise en situation, comme le contrôle d’un puits ou la représentation explicite d’homme au sol. Le campement, tel qu’il est présenté à Iheren, offre un spectacle serein d’enfants qui jouent, de personnages qui causent ou s’affairent auprès d’une poterie alors que d’autres consomment un breuvage à l’aide d’une paille ; nulle représentation ne traduit la violence.

La population La complexité du peuplement est saisie par le biais de plusieurs centaines d’individus retrouvés pour cette époque. Kadero, site qui en a livré 39, a apporté des indications sur la mortalité avec un âge moyen de la mort estimé à 42,6 ans pour les hommes, 33,4 pour les femmes, ce qui serait un âge relativement élevé pour cette époque1. La population mechtoïde connaît alors une nouvelle extension. En zone saharienne, elle a été retrouvée dans le Nord Mali, où les restes de 130 individus mechtoïdes dont les deux tiers totalement conservés, ont été mis au jour. A Ine Sakane, ils sont datés de 7000 B.P. (5900 av. J.-C.). Leurs os crâniens sont particulièrement épais, caractère qui pourrait être une mutation en relation avec une protection contre la malaria. O. Dutour émet trois hypothèses quant à leur origine. Ils viendraient de l’Est, ayant migré de la vallée du Nil par les plateaux au nord du lac Tchad. Ils seraient issus de populations atériennes locales réfugiées dans les secteurs ayant conservé de l’humidité. Ils viendraient du Maghreb à la faveur de l’amélioration climatique et sous la pression des protoméditerranéens. Dans le Tell, l’homme de Mechta el Arbi occupe toujours les régions occidentales y gardant volontiers ses caractères archaïques ; il est bien connu en Oranie où Oued Guettara et les grottes d’Oran ont livré plus d’une soixantaine d’individus. Quelques restes mechtoïdes proviennent aussi du Tell oriental, deux, peut-être trois, sont connus dans le Néolithique de tradition capsienne, au Damous el Ahmar, au Djebel Fartas, celui trouvé à Roknia pouvant être soit néolithique, soit capsien. Cette population n’a pas été identifiée dans la vallée du Nil à l’Holocène, alors qu’elle l’occupait au Pléistocène final. 1 .- Il sera de 29,4 pour les hommes, 26,1 pour les femmes dans le Méroïtique final.

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Sahara préhistorique Des individus négroïdes ont été mis au jour dans le Massif central saharien et les oasis du Sahara oriental : Tin Hanakaten, Uan Muhuggiag, Nabta Playa, malgré le mauvais état de conservation de certains restes. Le Dr Bertholon mentionnait des caractères négroïdes atténués sur les restes humains retrouvés à Redeyef par E.G. Gobert, caractères confirmés par J.L. Heim. Ils seraient présents au Tibesti1 où D. Jäkel fait état d’une population mixte vivant en petits groupes isolés vers 7000 B.P. (5900 av. J.-C.) ; à Arlit, ils présentent un prognatisme assez marqué. A Gobero, les hommes qui s’installent après l’aride mi-holocène sont moins grands que leurs prédécesseurs, plus graciles ; leur crâne est long, haut et étroit, leur face fortement prognathe. Auprès d’éléments négroïdes, des populations à caractères « éthiopiens », face allongée, sans prognathisme, nez droit, cheveux droits ou ondulés ont été identifiés dans la vallée du Nil. Le Tell oriental serait le domaine de protoméditerranéens : les restes retrouvés à Bekkaria, Henchir Hamida, appartiennent à des individus identiques à ceux qui y vécurent durant le Capsien. L’art rupestre saharien n’infirme pas ces données. Les auteurs sont d’accord pour y reconnaître un type négroïde au corps souple, fesses rebondies, face prognathe, lèvres épaisses, menton effacé qui prédomine dans la plupart des régions. Un type, dit pulloïde par H. Lhote, qui paraît dominant dans l’art du Tassili n’Ajjer-Akakus, s’en éloigne par un profil moins prognathe, un système pileux développé, des cheveux lisses, il rappelle les Peuls à nez droit et est conforté par divers traits culturels que l’on retrouve identiques dans l’art rupestre et la tradition bororo. Une phase plus tardive voit des personnages au visage en angle droit, nez droit et pointu, de type europoïde. Certaines fresques en figurent aussi à silhouette élancée, profil caucasien. Dans ces pasteurs aux longs membres, F. Mori voit les « gardiens des derniers grands troupeaux » ; une lente évolution conduirait aux Libyens de fin de période pastorale, c’est parmi eux que seraient à rechercher des éléments éthiopiens et un lien éventuel avec les groupes Tutsi2. La population d’Hassi el Abiod s’individualise par une musculature développée, la robustesse des os et les lésions des insertions musculaires qui appellent une importante activité physique et des mouvements forcés et répétés. En mettant cette activité en relation avec la chasse et la pêche, O. Dutour pose aussi la question de l’origine de particularités jamais notées chez les autres populations exerçant ces mêmes activités.

Des mouvements de population Des facilités de déplacements se perçoivent dans l’art du Sahara central avec l’existence d’animal porteur. Les populations bovidiennes se servaient ainsi du bœuf ; les représentations de bovins montés par des femmes sont bien connues par les peintures du Tassili n’Ajjer, certaines montrent même des harnachements de luxe. L’usage du bœuf monté se conservera longtemps : au 4ème 1 .- Ils y sont attribués à un « afro-méditerranéen ». 2 .- Il n’est peut-être pas sans intérêt de noter une structuration sociale identique chez les Tutsi et les Touaregs. Cf à ce sujet : Bellil R., Darnaud M., 1978-79 – Etude comparative de deux sociétés pastorales africaines : les Kel Ahaggar et les Tutsis. Libyca, XXVI-XXVII : 235-277.

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Un néolithique pastoral siècle, l’évêque d’Hippone qui allait devenir Saint Augustin, rapporte que le roi des Garamantes se déplaçait ainsi. Divers mouvements majeurs de populations sont soupçonnés à travers le Sahara depuis longtemps. Même si les données actuelles amènent certaines réserves quant aux propositions émises dès 1958 par A.C. Blanc, elles confortent l’une de ses hypothèses, en germe dans les travaux de H. Breuil, C. Galassi, un mouvement ouest-est se substituant à l’axe nord-sud antérieur. Le Sahara oriental semble l’avoir privilégié alors. Cette influence est bien marquée dans la vallée du Nil par la présence du motif dotted wavy line décorant les poteries. Il est probable qu’un ample mouvement se soit produit à l’articulation Néolithique ancien-Néolithique moyen, lors de la détérioration climatique. Il est probablement ressenti à Dakhla dans la séquence Bashendi B, vers 6100-5900 B.P. (5020-4880 av. J.-C.) ; le Gilf Kebir l’aurait favorisé en servant de relai. Un autre mouvement qui serait de moindre amplitude a été reconnu vers 4800 av. J.-C., par F. Hassan. L’absence ou la rareté de no man’s land transparaît dans la circulation des objets ou des matériaux au cours du Néolithique moyen ; une augmentation de la population explique peut-être qu’aux 5ème-4ème millénaires, l’occupation du Sahara ait été généralisée. La présence d’obsidienne, de perles en amazonite, de coquilles marines loin de leurs lieux d’origine possible ou avérée, proposent des relations entre les populations, parfois même des relations lointaines. Il en est de même de la présence d’objets en argilite verte, matériau spécifique à certaines régions, en particulier l’Adrar Bous ou d’outils originaux tels les disques ténéréens, haches à gorge ou rondins de pierre1. Les circuits que ces éléments supposent, qui atteignent des centaines de kilomètres, pourraient préfigurer les circuits caravaniers d’antan, ce qui reste à vérifier. L’amazonite connaît une large distribution, des perles ont été retrouvées dans de nombreuses régions et dans la plupart des cultures. Elles sont présentes en Ahaggar, dans l’erg d’Admer, à l’Adrar Bous, Arlit, dans le Djouf, le BasSahara, à Hassi el Abiod, au Fayum, dans la vallée du Nil blanc. Une a été notée récemment dans la Majâbat el Koubrâ. Souvent uniques dans les habitats où elles ont été trouvées, ces perles devaient avoir une grande valeur symbolique2. Leur origine reste imprécise ; on sait que des filons existent au Tibesti (Djebel Eghei Zouma), probablement dans l’Adrar des Ifoghas et B. Gabriel a pu en identifier au Djebel Ouenat. On ne peut donc plus retenir sans réserve une origine proche-orientale même pour celles de la vallée du Nil. L’obsidienne est un autre matériau à présence significative. En zone saharienne, elle pourrait provenir du Tibesti, elle est en effet présente dans le Trou au natron et à Tarso Yega. Celle retrouvée sporadiquement dans l’est du Tell maghrébin, dans des gisements tunisiens ou d’Algérie orientale, viendrait de Pantelleria ou des Iles Lipari. Au Kef Hamda3, elle a servi à produire des outils qui sont datés de 7445 ± 125 B.P. et 7510 ± 125 B.P. (6430-6120 et 6450-6240 av. J.-C.). A Hergla, elle provient du Balata dei Turchi au sud de l’île de Pantelleria et un des outils a été daté de 5320 ± 150 B.P. (Alg45) (4220-4050 av. J.-C.). 1 . - Cf p. 469. 2 .- Au Proche Orient, elles ont été mises en relation avec l’agriculture. 3.- Cf détail de l’industrie p. 573.

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Sahara préhistorique Cette présence d’obsidienne, celle de poterie cardiale affirment avec force l’existence d’une navigation transméditerranéenne ; elle est bien attestée au 7ème millénaire à l’est du Maghreb, au 8ème millénaire à l’ouest. A. Ballouche souligne également la présence conjointe d’amidonnier et de blé nu dans la péninsule tingitane et la région de Valencienne qui implique des contacts ou des échanges. D’autres indices de navigation viennent du décor de poteries présentes à Hergla, au Damous el Ahmar, qui appellent des relations avec la Sicile. Un autre pourrait venir des têtes de flèche. A leur abondance dans le Sahara, s’oppose leur rareté dans le Tell ; G. Camps a fait justement remarquer leur bien plus grand nombre dans les secteurs les plus proches des terres européennes et proposé de voir outre-Méditerranée, l’origine de l’arc du Maghreb méditerranéen

L’habitat Des trous de poteaux ou des fonds de huttes ont été identifiés dans divers sites et diverses régions : dans le Sahara oriental à Farafra, Abu Ballas (site 85/50), Dakhla (sites 269, 385), Nabta Playa où une grande hutte a été restituée (fig. 50), dans le Sahara septentrional à Ashech III, dans le Sahara méridional avec les pavages des sites de la région de Trhaza, dans le Tell à Hergla.... Ces habitats présentent à peu près tous les mêmes caractères : de forme généralement arrondie, la hutte avait un diamètre de l’ordre de 3 à 5 m ; à Iheren, où des huttes en dôme sont représentées, leur couverture est marquée de lignes en zigzags indiquant nettement des coutures de peaux. La cabane identifiée à Hergla était plus originale : légèrement rectangulaire elle mesurait 4 m de long. A Dakhla Site 385, le sol était dallé de pierres et un rang de dalles verticales formait la base des murs. A Nabta Playa, E-77-5 possédait trois structures sub-circulaires de 3 m de diamètre, celle qui a été fouillée montre une limite en pierres plantées de chant et, au sud-ouest, contre la limite, un foyer de 0,50 m de diamètre qui a été daté de 7230 ± 100 B.P. (SMU470) (6210–6000 av. J.-C.). Au Tassili n’Ajjer, diverses peintures complètent ces données. Dans le Sahara septentrional, Ashech III a permis de préciser une organisation intérieure. Au centre de l’un des cercles matérialisé par un bourrelet gréseux, se trouvait un foyer d’une cinquantaine de centimètres de diamètre et près de lui, d’un côté une pierre plate, de l’autre une meule et une molette ; de part et d’autre de l’ouverture marquée par une absence de bourrelet sur quelque 60 cm, était placé un foyer d’une trentaine de centimètres de diamètre et une petite pierre plate reposait près de chacun, à l’opposé de l’ouverture. Le matériel, exclusivement lithique, se concentrait à l’intérieur et s’échappait par l’ouverture sur une distance de 2 à 3 m tout en s’éclaircissant. Une organisation complexe des sites a été reconnue dans certaines cultures. Les cas les plus typiques se voient dans le delta du Nil et l’oasis du Fayum avec une zone de greniers aux côtés de l’habitat. Des silos susceptibles d’engranger plusieurs centaines de kilogrammes de graines ont été trouvés dans divers gisements, Nabta, Mérimdé Beni-Salamé, Kôm W et Kôm K du Fayum. A Nabta Playa, un habitat construit de grande taille, avec deux rangées de huttes circulaires munies de silos et un puits, a été dégagé par l’équipe Wendorf -Schild.

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Un néolithique pastoral A Takédétoumatine, une peinture rapporte l’organisation du campement bovidien : entre un alignement de huttes et un troupeau de bovins, les veaux sont attachés à une corde ; de nombreux personnages en aplat ocre vaquent à leurs activités, les uns se déplaçant, les autres assis devant les huttes. A Iheren, un autre campement est certainement plus tardif, si les huttes sont comparables, le troupeau n’a que quelques têtes de bovins, les moutons et les chèvres en constituent l’essentiel.

Fig. 50 – Nabta Playa. Reconstitution d'une grande hutte par M. Puszkarski (d'après Schild et al in Krzyzaniak et al.,1996).

L’habillement Le développement de l’élevage d’ovi-capridés a probablement permis la fabrication de vêtements en tissus, remplaçant voire supplantant ceux en cuir. Au Fayum, une production de lin oriente vers des activités de filage et tissage. De même à Mérimdé Beni-Salamé, où elles sont traduites par des fusaïoles qui montrent la pratique du filage. A Tin Hanakaten, un fragment tissé qui n’a pu résister au premier contact de l’air, a été retrouvé dans un niveau de 6500-6200 B.P. (5500-5140 av. J.-C.). Mais seul l’art rupestre, en particulier les peintures, donnent accès à l’aspect des vêtements bien que des peintures corporelles et tatouages puissent être confondus avec eux. Nonobstant le peu d’indications disponibles en raison d’une connaissance très parcellaire de l’art rupestre, des différences se perçoivent entre les principales régions à peintures, Téfédest, Immidir, Tassilis, Tadrart, qui peuvent suggérer des « modes » régionales, ainsi dans le Tassili n’Ahaggar, à Tan Tefeltasin en Téfédest, In Aglim dans l’Immidir, des franges, caractère des objets touaregs actuels, sont présentes, ce genre d’ornement n’est pas signalé dans le Tassili n’Ajjer, l’Akakus ou la Tadrart. Le pagne est longtemps resté un vêtement courant. Il apparaît sur de nombreuses peintures bovidiennes, même de période

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Sahara préhistorique récente. Il en existe plusieurs modèles indifféremment portés par les hommes ou les femmes et qui conservent l’aspect qu’ils avaient à la période têtes rondes, moulant les fesses, laissant flotter un pan. A l’inverse, les autres vêtements ne paraissent pas identiques pour les hommes et les femmes. Les femmes revêtent volontiers une jupe qui montre comme aujourd’hui des longueurs diverses : longues, elles peuvent descendre jusqu’aux pieds ou s’arrêter au-dessus de la cheville ou au-dessous du genou ; courtes, elles n’atteignent pas le genou, certaines, véritables mini-jupes, ne couvrent que le haut des cuisses. Elles peuvent être fendues plus ou moins haut, toujours devant. La diversité existe aussi dans les finitions avec des bas de jupe soulignés d’un « biais » de couleur différente, de franges, la position de la taille qui peut être normale ou basse. Le buste peut être recouvert d’une longue chasuble droite, sans manche, qui ne laisse voir que le bas de la jupe. Il peut être moulé dans un corsage. Les encolures sont d’une grande diversité, ronde, en pointe, ras du cou, col montant ou inversement large décolleté découvrant la naissance de l’épaule. Les manches longues sont larges, trois quarts elles sont toujours étroites, courtes elles peuvent être bouffantes et sont alors de véritables manches ballon, elles peuvent aussi manquer. Par-dessus les longues jupes ou longues robes, une peau de bête peut ceindre les reins à la manière des « futa » kabyles. Le port de pèlerine semble devenir courant au cours de la période bovidienne, elles sont toujours faites de l’assemblage de bandes qui peuvent être semblables ou intercaler des couleurs ou des motifs différents. Chez les hommes, shorts et pantalons rapportent aussi leur variété. Quand il atteint la cheville, le pantalon moule la jambe et le bassin à la manière d’un jean ou d’un pantalon de cuir, certains modèles peuvent être lacés sur le côté, d’autres sont ornés de motifs. Le pantalon peut s’arrêter à mi-mollet, au-dessous ou au ras du genou, être bouffant. Le short est porté court ou long, ce dernier étant lui aussi, parfois, bouffant. Le buste semble souvent couvert d’un justeau-corps à encolure plutôt dégagée. A Iheren, ce qui paraît une peau de bête est retenu à la taille ou sur l’épaule et couvre le bas du dos jusqu’à hauteur des genoux. En fin de période bovidienne, la cape apparaît, se généralisant chez les hommes. Ces hommes et ces femmes ne marchaient pas forcément pieds nus. A diverses reprises, on voit des chaussures dont les modèles diffèrent. A Tin Aressu, des chaussons sont lacés et les nœuds bien discernables. Partout, l’importance prise par la coiffure est sensible. Jamais un personnage n’a un aspect hirsute, tous sont soigneusement coiffés ou ont la tête couverte. Il existe même dans l’Akakus, à Uan Amil, une scène de coiffure qui donnerait à penser, déjà, à l’existence de salon de coiffure. Il est vrai que les coiffures peuvent être très sophistiquées comme les hautes coiffures en cimier des danseuses de Sefar. Néanmoins, sauf à les confondre avec un bonnet, une coiffure fréquente chez les femmes bovidiennes est cheveux mi-longs avec frange couvrant le front ; sauf à y voir une coiffe, les hommes du Bovidien final ont des cheveux raides, mi-courts, revenant sur le front. Le couvre-chef le plus courant qui se retrouve à toutes les époques est un bonnet couvrant la nuque, dégageant largement le front, et qui est, le plus sou-

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Un néolithique pastoral vent, attaché sous le menton. A Tin Tazarift, à Jabbaren, il est porté avec un simple pagne. A Medaforh wan Adefla, en Téfédest, un archer peint a la tête couverte d’un haut chapeau conique ; sans devoir supposer une contemporanéité des images, on retrouve cette forme de coiffure gravée sur la dalle du Python dans l’oued Djerat où elle est portée par une femme tenant un enfant par la main. En Immidir, dans l’abri que J.L. Bernezat nomme Ekaham wan Taliwin, figure aussi un haut chapeau conique à large bord semblable à la « télé » touarègue. Le Bovidien final voit la mise en place au-dessus de la tête, d’excroissances évoquant des plumes. Elles peuvent orner un bonnet qui couvre toute la tête sans laisser les oreilles libres. A Iheren, un bonnet, à Tissalatin, un casque, supportent un cimier qui se dresse tel une crête au-dessus du crâne. Plus simple et moins courante que dans l’art des Têtes rondes, la parure conserve une prédilection pour le bracelet, en général un simple anneau au poignet et/ou à la cheville. On ne retrouve pas dans l’iconographie les anneaux de bras, ni les vastes pectoraux antérieurs. Les colliers, eux aussi plus sobres, apparaissent comme des chaînes retenant un pendentif ou des amulettes et sont portés par des hommes ou des femmes.

La stratégie alimentaire Malgré l’élevage et, à un degré moindre et plus localisé, l’agriculture, un apport notable à l’alimentation provient toujours de la chasse, la capture de petits animaux, la collecte, la cueillette et, partout où elle est possible, la pêche qui joue un rôle important durant le Néolithique moyen. A Tin Hanakaten, la présence de têtes, pattes et ailes de criquets pèlerins a été notée dans plusieurs niveaux et une sole de cuisson démontrant l’utilisation de la chaleur diffuse a été mise en évidence. Datée de 6200 ± 120 B.P. (Gif5418) (5370-4847 av. J.-C.) de forme ellipsoïdale, légèrement affaissée au centre, la sole mesurait 65 x 50 cm avec une épaisseur de 18 cm. Une épaisse couche de charbons de bois, 3 à 4 cm, très dense, était surmontée d’une nappe de plaquettes de grès de 5 à 10 cm de long, 2 à 4 cm d’épaisseur placées cote à côte ; quand elles n’étaient pas jointives, des tessons de poterie, des éclats de microdiorite, de petits cailloux comblaient les interstices. Un tapis de branchettes, brindilles, tiges de graminées reposait sur cette surface et parmi elles se trouvaient des restes de criquets dont subsistaient des têtes et des pattes ou, parfois, des insectes entiers collés aux plaquettes de grès. Sur les branches, des bourgeons, de petites feuilles encore verdâtres, évoquaient le printemps. Une forte consommation de gastéropodes a été notée dans de nombreux sites. Dans la région de Nador (Ifri Oudadane, Ifri n’Ammar, Hassi Ouenzga...) au nord-est du Maroc, diverses espèces, Sphincterochila maroccana, Cernuelle globuloïdea, Alasbatrina, Otala, présentent systématiquement une perforation étroite et allongée toujours placée entre les 2ème et 3ème spires, cette fenêtre n’existe pas chez les autres espèces provenant des mêmes sites et n’a été signalée nulle part ailleurs. L’expérience a montré aux auteurs1 qu’il s’agissait d’un 1 .- Hutterer R., Linstädter J., Eiwanger J., Mikdad A., 2014 – Human manipulation of terrestrial gastropods in Neolithic culture groups of NE Morocco. Quaternary International, 320 : 83-91.

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Sahara préhistorique procédé ingénieux pour extraire le corps de sa coquille, l’extraction étant fort difficile pour ces espèces sans cet artifice. La pêche, y compris en eaux profondes, est bien attestée en de nombreuses régions dont des zones aujourd’hui hyperarides comme la région de Trhaza. Dufuna, sur un ancien rivage du lac Tchad, a été rendue célèbre par la découverte d’une pirogue, à 5 m de profondeur, lors du creusement d’un puits. Elle est datée de 7670 ± 110 (KN4683) et 7264 ± 55 B.P. (KI3587) (6640-6430 et 62106040 av. J.-C.). Dans la vallée du Nil, les gouges sont mises en relation avec la fabrication de canots utilisés pour la pêche. A Tintan-pêcheurs, des barrages à poissons, longs murets destinés à retenir les poissons à marée descendante, supposent l’emploi de pièges en fibre végétale, sans doute en forme d’entonnoirs. R. Vernet a pu envisager une pêche à l’arc en raison de l’abondance des têtes de flèche dans certains sites spécialisés dans la pêche. A Cansado, daté de 7550 B.P. (5600 av. J.-C.), les innombrables otolithes qui parsèment le site, ensemble d’amas coquilliers et de concentrations d’arêtes de poissons de faible épaisseur, appellent une exploitation intensive de courbines, moindre d’ombrines, sares, daurades... L’analyse de la dernière strie de croissance des otolithes montre une pêche en saison froide, comme elle se pratique aujourd’hui. Sur la côte marocaine, les restes de thon qui parsèment le site de Tahaddart impliquent une pêche éloignée des rivages. Dans le Sahara central, vers la fin du 7ème millénaire, des populations d’éleveurs se pressent quand, après l’aride mi-Holocène, le retour des pluies permet à une steppe herbacée de se développer en de nombreuses régions. Cette activité qui se traduit dans des milliers de représentations gravées et surtout peintes sur les rochers du Sahara central, n’est pas toujours sensible dans les vestiges matériels où les restes d’animaux domestiques sont rares ou peuvent manquer ; ceci appelle un élevage orienté vers la production de lait et de sang, et fait peut-être apparaître la notion de troupeau-capital. L’utilisation du lait que diverses représentations rupestres évoquaient, a été confirmée par l’analyse de résidus dans des tessons datant du 6ème millénaire, ils ont été retrouvés à Ka dero, sans doute avant 5200 av. J.-C. à Takarkori, vers 5000 av. J.-C., à Gueldaman. A Agorass in Tast, un petit Bos entendu comme domestique daté de 7710 ± 500 B.P. (UCLA1658) (8210-7210 av. J.-C.), est accompagné d’hippopotame, rhinocéros, gazelle, antilope, de poissons (Clarias et Lates), de crocodile, de lézard. Limicolaria abonde, Hydrobia et Succinea indiquent des conditions marécageuses. Dans la vallée du Nil ou le Nord-est soudanais, l’élevage est resté-très accessoire longtemps ; dans l’Atbaï, le Kassala, le delta de la Gash, il n’a été identifié qu’à partir de 4000 B.P. (2500 av. J.-C.). Dans la province de Khartoum, il connaîtra sans doute un important développement, c’est à lui en effet, qu’aux 3ème-2ème millénaires, on attribue la détérioration du milieu que l’altération du climat à ces latitudes ne permet nullement de justifier. Dans l’Ouest du Maghreb, par l’association de céréaliculture à un début de domestication de moutons et chèvres d’abord, de bœuf et porc ensuite, A. Ballouche voit dans le Néolithique cardial l’une des premières civilisations à « manipuler le paysage en organisant dès la seconde moitié du 6ème millénaire av. J.-C., de

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Un néolithique pastoral véritables systèmes agro-pastoraux »1.- Dans la basse vallée du Nil, les oasis du désert libyque, Fayum, Nabta Playa, la culture de céréales joue un rôle important. L’orge est la plus courante, elle a été retrouvée dans de nombreux sites. Le millet, Brachiaria deflexa, le sorgho, Sorghum vulgare, interviendraient peutêtre moins précocement. Leurs traces figurent dans des poteries venant de Agorass in Tast où la végétation est riche en Celtis et Cenchrus. Entre le milieu des 6ème et 5ème millénaires, l’oasis du Fayum montre une production variée avec plusieurs espèces d’orge, du blé, peut-être du sarrasin. Un Phœnix qui pourrait être la souche des dattiers actuels2 a laissé des endocarpes à Uan Muhuggiag et Phœnix reclitana est présent à Nabta Playa. A l’autre extrémité du Maghreb, diverses espèces de blé, l’engrain, Triticum monococcum, l’amidonnier, T. dicoccum,

Le peuplement du Sahara et de ses abords paraît aussi varié au Néolithique moyen qu’au Néolithique ancien. Un type mechtoïde occupe le Sahara occidental et au moins une partie du Sahara méridional ; il se retrouve dans le Tell occidental, mais il a disparu de la vallée du Nil. Ailleurs, une population négroïde ou éthiopienne est installée, à laquelle se mêlent peut-être des éléments méditerranéens. Dans le Tell oriental, quelques éléments négroïdes s’ajoutent parfois à la population proto-méditerranéenne mise en place durant le Capsien. Un habitat de huttes rondes de 3 à 5 m de diamètre paraît courant, il se rencontre dans diverses cultures. Parfois une organisation complexe a été retrouvée : c’est probablement le cas à Hergla. A Nabta Playa ou dans le delta du Nil, les huttes sont placées de part et d’autre d’un espace vide et des zones de greniers sont souvent aménagées au voisinage. Des peintures du Sahara central montrent des organisations comparables aux campements peuls subactuels avec la corde à veaux et la rangée de huttes occupées par les femmes ou la disposition particulière des pots à l’intérieur de la hutte. L’élevage joue un rôle essentiel dans la zone saharienne, mais il n’est pas toujours sensible dans les gisements, certains ne gardant que des traces infimes des bœufs figurés en nombre sur les roches ; on est donc tenté de voir le troupeau comme signe de richesse et son apport à la nourriture lié au lait et au sang plutôt qu’à la chair. A l’inverse de l’élevage qui se développe, les traces d’agriculture restent modestes. Elles ne sont sensibles que dans la vallée du Nil et le Maroc septentrional. On cultive des céréales, orge, blé, mil, sorgho, du sarrasin, des fèves et, peut-être, un petit palmier dattier. 1 .- Encyclopédie berbère, XXXIV : 5464. 2 .- Ceci renforce l’intérêt des Tassili n’Ajjer-Akakus dans la recherche de l’origine de la domestication de cette espèce, on sait en effet qu’à Djanet, un grand nombre de mots est utilisé pour la désigner (dont 5 précisant son état de croissance), élément souvent entendu comme particulier aux lieux d’origine.

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Sahara préhistorique l’épeautre, T. aestivum, le blé dur, T. durum sont connues dans la province tingitane du Ma roc dès le 6ème millénaire, peut-être plus tôt ; il s’agit d’un apport extérieur. Dans la région de l’oued Mya, certains auteurs ont supposé que la prolifération de Cornulaca monacanta au 5ème millénaire pourrait être liée à une intervention de l’homme sur le milieu. Dans les autres régions, les indices sont infimes, mais les données concernant la végétation sont restreintes.

Un artisanat Dans diverses régions, les données archéologiques traduisent une spécialisation des taches. C’est le cas dans la région de Ouargla avec une céramique qui présente une homogénéité de formes, de décors et de techniques de fabrication telle qu’elle implique une fabrication en série. Ayant utilisé des terres différentes, elle a été interprétée comme produite par une tribu spécialisée itinérante. A Ashech III, plusieurs petites stations proches du locus majeur présentent assez de ressemblances avec lui pour permettre d’envisager d’étroites relations et être interprétées comme secteurs spécialisés. Bordj Mellala fournit un schéma significatif avec des aires d’activités nettement spécialisées dans le façonnage de microlithes géométriques. Une distribution des outils par catégorie existe par ailleurs dans le Sahara septentrional, sans que l’on puisse toutefois la dater. Elle fut notée dès 1880 par L. Rabourdin dans le site de Retmaïa dont il dit : « chaque type d’instrument occupe une position particulière ». La fabrication en grand nombre d’un type d’outil ou d’arme, se rencontre aussi au Djado ; un des sites du secteur d’Ehi Woro est un atelier de taille spécialisé en pointes de flèche foliacées, il utilisait comme matériau des bifaces acheuléens en quartzite blonde, la quantité de déchets et de pièces cassées suppose une activité intensive et en objectif un négoce.

Les pratiques culturelles On ne sait toujours pas quel sens donner à une mutilation comme l’avulsion dentaire dont subsistent de derniers témoins. Mais la zone saharienne atteste d’autres pratiques déformantes. Au Sahara central, une déformation crânienne a été observée sur H5 de Tin Hanakaten et l’enfant mis au jour à Uan Muhuggiag par F. Mori. En vue postérieure, H5 présente un contour de crâne franchement pentagonal, les bosses pariétales font saillie, la base du crâne est très étroite ce qui semble dû à une compression transversale en arrière des mastoïdes. Elle aurait été obtenue par des bandelettes ou un appareillage compressif de l’arrièrecrâne provoquant un rétrécissement de la base du crâne et l’aplatissement des parois pariéto-temporales. Elle pourrait également s’être exercée à Gobero ainsi qu’au wadi Shaw. D. Hadjouis propose d’y voir une déformation intentionnelle d’origine ethnique. Plutôt qu’à des délassements, c’est probablement à des rites que sont associées des pratiques musicales. Affirmées dans l’art du Néolithique ancien, au Néolithique moyen, elles sont suggérées par un pipeau (?), os d’oiseaux percé

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Un néolithique pastoral de trous à espaces réguliers à Roknia, une coquille de Charonia à Hergla qui, perforée latéralement, évoque les conques encore utilisées comme instrument de musique et dont un exemplaire retrouvé en France dans le Magdalénien de Mar soulas rapporte l’usage très ancien. Sans que l’on connaisse leur âge, H. Lhote accorde la valeur de lithophone à des pierres retrouvées dans des sites du plateau des Meddak et E. Gonthier a démontré que ces objets mystérieux qu’étaient les rondins de pierre, sont des lithophones assez élaborés pour lui avoir permis avec l’aide d’un compositeur et de percussionnistes de réaliser un concert. Des rites stellaires ? A Nabta Playa, l’équipe Wendorf a identifié diverses structures qui permettent de supposer des cérémonies liées à des éléments astronomiques. Un cercle de pierres de 4 m de diamètre est percé de quatre ouvertures limitées chacune par un couple de pierres plus volumineuses laissant entre elles un espace étroit, l’une de ces ouvertures marque le nord, l’autre le sud. Les deux autres sont alignées 70° E. Des charbons retrouvés à l’intérieur du cercle ont livré la date de 6000 ± 60 B.P. (CAMS1787) (4975-4825 av. J.-C.), ce qui a permis de calculer qu’elles marquaient la position du soleil levant au solstice d’été. A l’intérieur se trouvent trois couples de pierres dressées alignées1, l’astrophysicien T.G. Brophy suggère qu’elles représentent les six étoiles de la constellation d’Orion qui apparaissait ainsi à cette date ; cette position se retrouve en effet tous les 25 000 ans et la plus récente a été réalisée entre 6400 et 4900 av. J.-C. A 300 m au nord, un tumulus recouvrait une fosse contenant les restes d’un jeune bovin ; il était surmonté de branches de tamaris. Le toit a été daté de 6470 ± 270 B.P. (CAMS 17289) (5635-5090 av. J.-C.). Sept autres tumulus qui se trouvaient à proximité, renfermaient également des restes de bovins, mais aucun d’eux n’était en fosse. Dans un rayon de 500 x 200 m, F. Wendorf signale également un groupe de trente structures comportant chacune des blocs de grès dressés encadrant une zone ovale de 5 x 4 m, au centre existe une ou deux grandes dalles placées horizontalement, ces structures qui ne renfermaient aucun matériel, ont été construites sur des « tables » naturelles (?) en forme de champignon dont les sommets sont à 2 ou 3 m de la surface. Plusieurs alignements de pierres, pouvant être sculptées d’un anthropomorphe qui leur accorde valeur de stèle, ont été identifiés dans le nord de la playa : trois lignes parallèles de 600 m de long, sont faites de pierres taillées rectangulaires ou ovales, hautes de plus de 2 m, face dirigée vers le nord ; 500 m au nord de l’alignement, se trouve un cercle de dalles dressées, de 4 m de diamètre et sur le même alignement, à 300 m, une troisième partie consiste en tumulus avec dalles ayant plus d’une trentaine de foyers de pierres autour d’eux. Cet alignement serait dirigé vers le lieu où Arctoris, l’étoile la plus brillante de la Grande ourse se levait entre 4700 et 4000 av. J.-C. Un double alignement long de 250 m serait dirigé vers le lever d’Orion, un autre vers le lever de Sirius. 1.- Le développement du tourisme mettant en danger cette structure, elle a été démontée et remplacée par une réplique. Le monument lui-même a été remonté dans les jardins du musée d’Assouan.

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Sahara préhistorique Les pratiques funéraires Les pratiques funéraires restent le mode d’appréhension privilégié des rites. Dans la vallée du Nil, en Haute Nubie, elles ont permis à I. Caneva d’individualiser, au sein de vastes ensembles, de petits groupes ayant leurs propres traditions. A Kadero, la distribution par sexe montre une forte majorité d’hommes, situation qui peut supposer un traitement différent des défunts selon leur sexe. Si la découverte de fragments de peau sur la tête et les membres de l’enfant H5 de Tin Hanakaten laissent penser à une momification naturelle, la question d’une pratique funéraire peut être posée avec deux momies, dont une jeune femme, découvertes à Takarkori, où elles sont datées entre 6100 et 5000 B.P. (5020 et 3765 av. J.-C.), et l’enfant d’Uan Muhuggiag daté de 5405 ± 180 B.P. (Pi) (4420-4040 av. J.-C.) dont on sait qu’il a été éviscéré. D’une manière générale, l’inhumation est faite en pleine terre dans des fosses habituellement ovoïdes, rondes à Kadruka. Elles peuvent ou non porter une marque extérieure ; sans marques, elles ne sont guère connues que grâce à la déflation qui les met au jour, c’est ainsi qu’ont été découvertes les vastes nécropoles du Sahara méridional ou atlantique. Les tombes sont creusées dans l’habitat lui-même, parfois placées en bordure comme l’enfant retrouvé à Anou Oua Lelioua ou à El Ghorab, site E-79-4. Toutefois, au cours du Néolithique moyen, une tendance à placer les défunts en dehors de l’habitat et à les regrouper s’installe. A Hassi el Abiod, des groupes de 10 à 50 tombes constituent de véritables cimetières alors que d’autres restes humains simplement mêlés aux restes animaux, évoquent Tamaya Mellet. Les fouilles ont permis, en effet, de retrouver dans ces amas coquilliers, non seulement des ossements épars, mais aussi des squelettes en connections anatomiques dont les positions appelaient des soins post-mortem1. A Gobero, où 35 individus ont été mis au jour, les morts étaient placés vers le sommet des dunes, l’habitat au pied. A Kadero existaient deux zones de sépultures, l’une entre les deux secteurs d’habitat, l’autre jouxtant l’habitat nord. A Rouazi, une nécropole se trouvait à proximité d’un habitat de pêcheurs. A El Barga, vers le début du 6ème millénaire, M. Honegger a mis en évidence le passage d’inhumations dispersées à un regroupement en cimetière, ce qu’il voit comme une réponse à la dispersion de l’habitat qu’entraîne le développement du pastoralisme. Parfois, des monuments marquent les tombes, les plus courants sont des tumulus qui peuvent procéder de divers types. Les plus simples sont de petits amas de pierres dominant la tombe, il en a été signalé au Sahara méridional, exceptionnellement ailleurs. Les monuments les plus complexes sont les monuments en trou de serrure qui, par leur distribution et leur âge, sont associés au Bovidien moyen. Au Kheneg Kenadsa existait un agencement de pierres évoquant un ciste. Les inhumations sont presque toujours individuelles ; quelques inhumations multiples ont été pratiquées à Kadero, Gobero... Les orientations, relevées systématiquement dans les sites du secteur Hassi el Abiod, s’y montrent globalement est-ouest. Inversement, dans l’oasis d’El Ghorab, dans la région de Khartoum, à Geili, Shaheinab, Kadero, Areschima, les corps sont orientés ouest-est, orien1 .- L’étude des diverses altérations, raclage, rayures… qui avaient posé problème, a montré qu’elles étaient dues à des agents naturels et non à une intervention humaine.

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Un néolithique pastoral tation qui sera, plus tard, systématique dans le Méroïtique. A E-79-4, un enfant était inhumé en chien de fusil, tête à l’ouest, face vers le sud. Une orientation nord-sud existait dans le wadi Howar pour les restes d’une jeune femme, seuls restes relativement bien conservés venant d’Abu Tabari (S95/2-3). Les positions varient. Une position contractée est rare, elle se trouvait à Geili, El Ghaba, dans le wadi Howar, à Abu Tabari. A Oued Guettara, les individus se trouvaient dans une position non pas fléchie mais repliée, talons au niveau du bassin, bras remontés vers le visage, toutefois la colonne vertébrale restée rectiligne, l’écartement entre elle et les genoux montraient qu’il n’y avait aucun forçage. A Gobero, l’inhumation hypercontractée des défunts de culture kiffianne fait place à un décubitus latéral fléchi. Très répandu, le décubitus latéral fléchi est pratiqué au Tassili n Ajer à Anou Oua Lelioua, au Soudan à El Ghaba, au Niger à Arlit, en Tunisie à Doukanet el Khoutifa, Kef el Agab. A Areschima, dans le nord du Mali, il a été identifié dans des tombes surmontées d’un tumulus. Le décubitus dorsal est rare, à Bekkaria, H6, individu rapporté au Néolithique, était allongé sur le dos, jambes repliées sous les cuisses, semblables en cela à d’autres inhumations plus anciennes venant du même site. L’enfant H3 de Tin Hanakaten reposait sur le dos, jambes en tailleur, position qui pourrait résulter de l’exiguïté de la fosse. Il est possible que H2 de Uan Muhuggiag se soit trouvé dans la même position, ses bras et jambes étaient repliés sur eux-mêmes, ses mains appliquées contre les joues. Cette position est aussi mentionnée à El Ghaba, pour quelques individus et dans la vallée du Nil, pour un enfant de culture abkienne, retrouvé dans le Site 629, tête à l’ouest. Un des défunts de Tamaya Mellet, daté de 5230 ± 100 B.P. (Pa1078) (4220-3960 av. J.-C.), était assis face au sud. Le côté de repos n’est pas toujours indiqué, il semble qu’il ait été indifférent à Gobero. Ce détail est peut-être d’importance car à Hassi el Abiod, dans des temps plus récents, O. Dutour notera que les restes masculins reposent sur le côté droit, les restes féminins sur le côté gauche. Une distinction d’ordre sexuel a également été notée par F. Paris à Iwelen. Ce n’était pas partout la règle, à Areschima, tous les défunts reposaient sur le côté droit, dans des fosses sans marque extérieure. Dans la région de Khartoum, le défunt était également placé sur le côté droit. C’était aussi la position de la jeune femme d’Abu Tabari. Il est possible que le défunt ait été placé sur une litière1, c’est ce que suppose la haute fréquence de graminées dans la tombe de H5 à Tin Hanakaten, dans l’une des tombes d’Hergla, que l’on ne peut cependant attribuer formellement au Néolithique. Comme au Paléolithique supérieur et à l’Epipaléolithique, l’ocre joue un rôle important, probablement majeur dans diverses cultures, en particulier dans le Bovidien et le Néolithique de tradition capsienne. Des auteurs comme E.G. Gobert, H. Camps-Fabrer ont souligné sa valeur symbolique qui donne force et vie. A Tin Hanakaten, une pierre ocrée était placée au-dessus de la tête de l’inhumations H3 face ocrée vers le bas, reproduisant ainsi une pratique du Néolithique ancien. Le sédiment qui entourait le défunt était fortement ocré, de même pour H6 de Bekkaria ; à Henchir Hamida, à Rouazi, des corps 1.- D’après les Touaregs qui accompagnèrent les fouilles de Tin Hanakaten, ce serait une pratique encore utilisée.

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Sahara préhistorique reposaient sur un véritable lit d’ocre. Un crâne isolé enduit d’ocre provient du Damous el Ahmar et le pariétal percé d’Abbiar Miggi était également ocré. A l’abondance de l’emploi de l’ocre s’oppose généralement la pauvreté de la parure et du mobilier funéraire. De riches parures et offrandes n’ont été observées que dans quelques sites de la vallée du Nil et, à un degré moindre, dans deux tombes du Néolithique de tradition capsienne. Dans l’escargotière d’Henchir Hamida, l’enfant de 6 ou 7 ans qui reposait sur un lit d’ocre portait un collier fait de 5000 rondelles d’enfilage, perles, os d’oiseau, lames tirées de canines de sanglier et percées de trous à chaque extrémité. Au bas de la colonne vertébrale de H6 de Bekkaria se trouvaient deux amas comportant l’un 8 coquilles (dont 4 fragmentaires) de Trochocochlea turbinata, une de Pectunculus violacescens, de l’œuf d’autruche (3 fragments gravés, 3 rondelles, 1 plaquette perforée), une plaquette triangulaire en calcaire, perforée ; l’autre amas était fait de 10 coquilles de Columbella rustica, 1 plaquette de nacre perforée, 3 pendeloques en os, 6 perles polies dans une pierre rougeâtre et un collier de 1635

Au néolithique moyen, l’habillement est varié et des modes régionales possibles. Dans la vallée du Nil au 5ème, peut-être 6ème millénaire, la culture du lin permet le tissage ; il sera réservé aux temples et aux tombeaux et sa production deviendra très règlementée en passant sous le contrôle des scribes. Les motifs de certains vêtements s’expliqueraient aisément par l’usage de métiers à tisser semblables à ceux retrouvés au Proche-Orient au 4ème millénaire et qui produisaient d’étroites bandes. Dans les Tassili n Ahaggar, en Téfédest, dans l’Immidir des franges qui bordent les vêtements peints sur les rochers évoquent l’une des particularités actuelles des objets touaregs. La coiffure connaît un soin particulier et son importance paraît bien marquée par une scène peinte à Uan Amil. Les inhumations en dehors de l’habitat deviennent courantes à cette époque dans la vallée du Nil. Le décubitus latéral fléchi se retrouve fréquemment et dans certains sites le côté de repos dépend du sexe. L’abondance et la richesse du mobilier et de la parure témoignent d’une différentiation sociale particulièrement marquée en Nubie où Kadero, El Ghaba, Kadruka sont significatifs. Chez les pasteurs du Sahara central, des animaux, essentiellement des bovins, ont été mis en terre avec les mêmes soins que les hommes ; plus tard, dans la vallée du Nil, s’ajoutent des chiens, chats, ovins ou caprins, oiseaux... L’intérêt porté aux astres par les populations sahariennes se traduit à Nabta Paya dans un ensemble mégalithique complexe dont les composants multiples et diachrones sont orientés vers Sirius et les étoiles les plus brillantes de la Grande ourse ou d’Orion. 294

Un néolithique pastoral rondelles d’enfilage. A Gobero, la parure serait courante, il est possible qu’il y ait eu des dépôts funéraires, une défense de phacochère se trouvant sur l’une des tombes. Dans le nord du Mali, quelques éléments de parure, perles, labret, ainsi qu’un dépôt funéraire fait de graines, peuvent accompagner le mort. El Gharba a montré une pratique singulière avec un morceau de malachite placé dans la bouche. A Tin Hanakaten, seul H4, un bébé, semblait accompagné de parure : sans trace de fosse, limités à un fragment de tibia et de péroné et à quelques métatarsiens, ses restes gisaient près d’une enfilade de rondelles en test d’œuf d’autruche. La poterie, vases entiers ou souvent brisés, est le mobilier le plus habituel. A Abu Tabari, deux vases sphériques à motif herringbone, placés l’un dans l’autre, étaient à hauteur du pelvis de la jeune femme ; un coquillage, quelques pierres taillées, de l’ocre, des restes de poissons et de bovins calcinés se trouvaient autour et sur le squelette. Cette inhumation offre des similitudes avec les inhumations du groupe A et du Pré-Kerma. A Rouazi, au Maroc, se trouvaient des haches polies, de nombreux objets en os, en ivoire d’éléphant, des gobelets et des vases en pierre. Dans la vallée du Nil, l’archéologie funéraire rapporte des pratiques qui diffèrent sensiblement selon les individus. A Kadero, la quinzaine de tombes regroupée près de l’habitat nord était accompagnée de riches parures et offrandes, colliers et pendentifs en cornaline, coquillages, labrets en zéolithe, poteries fines, têtes de massues, alors que dans les autres inhumations les offrandes étaient rares. A El Ghaba, deux groupes d’inhumations ont été distingués. Dans l’un se trouvaient des bucranes et des vases rouge à frise de festons noirs sous la lèvre qui évoquent le Shaheinabien, dans l’autre, des vases caliciformes dont on ne trouve pas trace dans l’habitat et qui pourraient être associés à un rituel funéraire de libation. A El Barga, les tombes du cimetière étaient riches en parure -colliers, bracelets, labrets, boucles d’oreille, pendentifs, perles- ; le mobilier pouvait comporter des vases, des coquillages diversement utilisés -transformés en cuillère pour l’un, en boite pour d’autres qui étaient liés par paire-, palettes, quelques poteries et objets divers. Dans l’une des tombes, datée d’environ 5750 av. J.-C., où se trouvaient un homme et un enfant, avait été placé un bovin domestique. A Kadruka, des figurines en terre cuite, souvent des bucranes de bovidés accompagnaient le mort. Une tombe autour de laquelle étaient disposées les autres sépultures présentait un mobilier beaucoup plus riche ; cette disposition et cette distinction supposent une hiérarchie, la tombe centrale serait celle d’un chef. Les cultures du Néolithique moyen, en particulier la culture bovidienne, n’ont pas réservé des soins aux seuls morts humains, divers animaux, chiens, ovins ou caprins, bovins ont été ensevelis. Une telle pratique qui connaîtra son apogée dans la vallée du Nil, a été retrouvée à Chin Tafidet, In Tuduf, dans la région d’Arlit, à Rouazi1, à l’Adrar Bous2. Le site le plus important, celui de Mankhor3 dans la Tadrart, est une véritable nécropole indépendante de tout 1 .- Cf p. 509. 2 - L’une d’elles qui conservait toutes ses connexions anatomiques pourrait être liée à un rapide recouvrement naturel. 3 .- Cf p. 513.

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Sahara préhistorique habitat et de toute inhumation humaine ; étalée sur une cinquantaine d’hectares, elle s’échelonne entre 5650 et 4775 B.P. (4650 à 3375 av. J.-C.). Les manifestations artistiques L’art mobilier se développe au cours du Néolithique moyen et atteint un haut niveau esthétique au Sahara central, dans le Bovidien, avec la sculpture en ronde-bosse (fig. 51). Une cinquantaine de pièces est actuellement connue mais leur contexte reste ignoré dans la plupart des cas. Il s’agit pour la quasi-totalité de formes animales parmi lesquelles prédominent les bovins. D’une extrême sobriété, ces sculptures sont façonnées et polies dans des roches dures variées, grenues ou microgrenues le plus souvent. Seuls les traits essentiels à même de rendre l’animal sont esquissés d’où les variantes qui peuvent advenir dans

Fig. 51 - Rondes bosses : 1) tête de bélier de Tamentit ; 2) pierre sculptée de l'oued Heffek ; 3) tête de bovin de Tadjentourt (d'après Camps-Fabrer, 1966).

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Un néolithique pastoral l’identification. Les figurines en argile qui connaîtront une grande vogue dans les sites médiévaux, sont connues dans le Néolithique pastoral. Au Fezzan, B. E. Barich et F. Mori mentionnent une représentation de chien et une de gazelle retrouvées dans les fouilles de l’oued Athal. Les niveaux bovidiens de Tin Hanakaten en ont livré plusieurs figurant des bovins (fig. 80) ou des humains. Dans le Néolithique de tradition capsienne, le test d’œuf d’autruche est un support privilégié de tracés géométriques auxquels Redeyef ajoute des tracés animaliers. Le Bovidien fut d’abord connu par d’innombrables gravures et peintures du Tassili n’Ajjer et de Téfédest, traduisant le développement du pastoralisme : elles renvoient les images de la société et de ses artisans et permettent d’y suivre le remplacement des bovidés par des ovi-capridés, vers le 4ème millénaire, lors des débuts de la détérioration climatique. Des peintures rattachées à cette période abondent au Djebel Ouenat, en Ennedi. Beaucoup figurent des troupeaux de bovins et de chèvres. Au Djebel Ouenat, les girafes et les oryx sont nombreux, les autruches fréquentes. Des personnages interviennent dans des scènes pastorales ou de chasse. L’Ennedi conserve une profusion de personnages de styles divers, du bétail, peu de faune sauvage. Art peint surtout connu dans la région de Fada, la période bovidienne y serait plus récente qu’au Tassili, elle aurait été précédée d’une période dite archaïque dont les peintures sont souvent rapprochées de l’art des Têtes rondes. Plusieurs cultures montrent des expressions artistiques d’une haute qualité. Au Djado, l’art peint se développe dans les zones à abris ; il com porte deux groupes qui se rapprochent du Bovidien, présent plus au nord durant cette période. Un art gravé d’une diversité stylistique exceptionnelle est omniprésent, mais avec une densité extrêmement variable, allant des figures isolées éparses dans certaines zones jusqu’aux sites à forte concentration présentant plusieurs centaines de gravures de différents styles (Arkana, butte de Kolokoro, .rocher de Kolokaya). Le Sahara méridional paraît moins riche en manifestations rupestres. Dans le nord du Mali, l’art bovidien, peu présent, est seulement gravé. Des gravures sur dalles ont été identifiées à l’oued Haïjad. Elles figurent de grands mammifères (antilopes, girafes, rhinocéros) en traits polis, dont le style évoque les gravures du Sahara atlantique. N. Petit-Maire les associe aux restes d’un lac holocène daté de 8300-4400 B.P. (7320-3080 av. J.-C.). Les gravures reconnues par O.H. Myers à Abka et à Gorgon, à hauteur de la Deuxième Cataracte, figurent une profusion d’animaux et de signes que P. Huard et J. Leclant attribuent pour partie à des Chasseurs. Un recouvrement par des niveaux archéologiques et diverses associations ont conduit W. Davis à les rapporter à l’Abkien et au Khartoum variant. Dans l’Atlas saharien, les gravures représentent des animaux Pelorovis, éléphants, bovins, antilopes, gazelles, rhinocéros... et comportent des motifs spiralés originaux, des signes vulvaires particulièrement délicats à associer aux autres gravures. S’appuyant sur le matériel archéologique qu’il avait récolté au pied de parois gravées, R. Vaufrey les a attribuées au Néolithique de tradition capsienne, attribution qui, longtemps, est restée exclusive. Il n’est plus possible de la maintenir, d’autant que divers faciès culturels sont connus dans la région. L’industrie lithique identifiée par F.E. Roubet dans un dépôt cendreux au pied

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Sahara préhistorique de la Station du Méandre dans le piedmont sud n’est pas significative, ni sa date, 5850 ± 150 B.P. (Gif883) (4900-4510 av. J.-C.). Les outillages retrouvés dans les stations de Marat et Garet et Taleb, Mahisserat qui disposent du même éventail d’outils (les proportions différentes de perçoirs et microlithes géométriques ne suffisant pas à masquer la même représentation des lamelles à dos et cochesdenticulés) suggèrent un faciès (non daté) bien différent du Néolithique de tradition capsienne et qui aurait des liens avec le Néolithique tellien. Au Sahara atlantique, on ne sait, non plus, situer les nombreuses gravures. L’apport du langage Quelques informations proviennent de la vallée du Nil, où un changement marquant interviendrait dans le langage vers 6000-5500 av. J.-C., avec l’individualisation de l’ancien parler égyptien qui aurait été utilisé jusqu’à la Première Période Intermédiaire. Sa séparation des autres langues afro-asiatiques marquerait soit un isolement de la région -incidence de l’aride mi-holocène ?soit la forte suprématie d’un groupe.

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Chapitre VI LE NEOLITHIQUE RECENT ET L’APPARITION DE LA METALLURGIE A partir du 4ème millénaire, une dégradation du climat entraîne de profonds changements dans les paysages sahariens. Les réseaux hydrographiques se désorganisent totalement à l’exception de ceux des fleuves allochtones, Nil et Niger, qui prennent une dimension nouvelle, tout particulièrement le Nil par sa crue. Le troisième fleuve allochtone, la Saoura, seulement alimenté par la montagne méditerranéenne, ne pourra, au mieux, qu’entretenir un ruban verdoyant le long de son parcours. Ce changement se fait par à coups, il engendre le dépeuplement de nombreuses régions et contribue à augmenter la densité ailleurs. Dans le Sahara, parallèlement à la raréfaction du peuplement, bien qu’aucune zone de concentration ne soit connue, on ne saurait exclure que se créent alors les oasis, secteurs pour lesquels on ne dispose quasiment d’aucune donnée. A l’est, les sites Pt 22 daté de 3510 ± 35 B.P. (GrN6949) (1890-1770 av. J.-C.), Pt 43 de 3320 ± 35 B.P. (GrN6018) (1680-1530 av. J.-C.) marquent une des dernières phases ayant favorisé l’occupation du Djebel Ouenat. Dans le Sahara méridional, des périodes de rémission amènent un balancement du peuplement. Partout l’activité dominante reste l’élevage, mais la constitution du troupeau change. Au 3ème millénaire, l’intervention de la métallurgie n’introduit pas de transformations sensibles dans les cultures matérielles sahariennes alors que, tout comme l’intervention du char et du cheval, elle modifie les structures sociales et met en place les bases des sociétés actuelles. L’art rupestre traduit bien ces changements et, pour la première fois, l’importance accordée aux armes. Mais à comparer les dates des sites où se perçoivent les premières traces de métallurgie et celles de sites qui n’en portent aucune, il est probable que cette nouvelle technologie mit longtemps à se généraliser ; elle apparaît parfois par des marques si ténues, qu’il est délicat de distinguer un vrai Néolithique final d’un « Age des métaux ». Au 3ème millénaire, avec la forte augmentation de la population en périphérie du Sahara, une organisation en villages, parfois en villages défensifs, en cités-états, chefferies, puis en royaumes se met en place. Dans la vallée du Nil, la société s’organise très tôt et le contrôle des matières premières, abondantes dans le désert arabique, supplantant la production, engendrera une nouvelle classe. Dès 3200 av. J.-C., avec l’écriture, l’Egypte entrera dans l’Histoire. Les populations vivant à l’ouest du Nil tenteront en permanence de s’installer dans la vallée et le Désert libyque peu à peu vidé de ses populations deviendra un lieu de bannissement.

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Fig. 52 - Gisements et secteurs du néolithique récent et des premières métallurgies cités

Sahara préhistorique

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie Fig. 52 – Sites et secteurs du Néolithique récent et de l'Age des métaux (en italique) cités : 1) Tamanrasset II (=Tam II), Tahabort (= AK-HG 076-10), Amekni, Abalessa ; 2) Tin Hanakaten ; 3) Oued el Agial ; 4) Adrar Bous ; 5) Iwelen ; 6) Eghei Zouma ; 7) Borkou, Taïmanga, Oum el Adam; 8) Ennedi ; 9) Wadi Howar (Djabarona, Conical Hill (=84/24), Site S95/2) ; 10) djebel Moya ; 11) Geili ; 12) Khartoum ; 13) Butana ; 14) Hagiz ; 15) Shaqadud ; 16) Shendi ; 17) El Kadada ; 18) Atbaï, Delta du Gash ; 19) Kerma ; 20) Wadi Shaw ; 21) Saï ; 22) Nabta (site E-75-8), Kiseiba (sites E-79-4, E-79-5, E-79-9) ; 23) Wadi Bakht ; 24) Wadi el Akhdar ; 25) Oueddane ; 26) Dakhla ; 27) Kharga Site E-76-7 ; 28) Sayala ; 29) Khor Daoud ; 30) Khor Bahan ; 31) Adaïma ; 32) Hierakonpolis ; 33) Héliopolis ; 34) Armant ; 35) Laqeita ; 36) Hammamat ; 37) Hémamieh ; 38) Badari ; 39) Pt 22, Pt 43 ; 40) Mostagedda ; 41) Farafra ; 42) Baharia ; 43) El Omari ; 44) Maadi ; 45) Mérimdé Beni-Salamé ; 46) Buto ; 47) Izimane ; 48) Sidi Menaa ; 49) Les Dunes ; 50) Les Perles, Site 731, M'Raneb ; 51) Tilrempt ; 52) Doucen ; 53) Bou Zabaouine, Ouled Zouaï ; 54) Ali Bacha, Pic des Singes ; 55) Bolloghine (=St Eugène) ; 56) Chenoua, Cherchell ; 57) Columnata, Vigne Serrero, Ain Torrich 5 ; 58) Brézina (El Arrouya (=Rhar Msakna), Grotte de la Piste, station du Méandre) ; 59) Aïn Sefra, Rhar oum el Fernam ; 60) Oued Saïda ; 61) Karrouba ; 62) El Ghot ; 63) Beni Snassen ; 64) Fontaine Rahal ; 65) El Heriga, Kef el Baroud, Aïn Smene ; 66) Rhirane, Bou Guennouna, Jorf el Anngra ; 67) Bab Merzouka ; 68) Kaf Taht el Ghar ; 69) Gar Kahal ; 70) El Khril ; 71) Mers, El Mries ; 72) Sidi Slimane ; 73) Oued Beth, Dchira, Halabadu ; 74) Oued el Akrech ; 75) Dar es Soltan, Mehdia, Rouazi (=Skhirat), El Kiffen ; 76) Oued Zeggag ; 77) Mazagan ; 78) Marrakech, Oukaimeden, Ifri Oberrid ; 79) Taouz ; 80) Tazarine ; 81) Yagour ; 82) Rat ; 83) Amzri ; 84) N'Metgourine ; 85) Tarentule ; 86) erg Er Raoui ; 87) erg Chech ; 88) Izriten ; 89) Site Letan ; 90) Lanzarote ; 91) Fuerteventura (Cueva de los Idolos, Tindaya) ; 92) Grande Canarie (Cueva Pintada de Galdar) ; 93) Ténérife (La Arena) ; 94) La Gomera ; 95) El Hierro ; 96) La Palma (La Guancha) ; 97) Zemmour, Ifri n’Amr ou Moussa ; 98) Zouerate ; 99) Adrar, Oum Arouaba ; 100) Cap Blanc ; 101) Tintan ; 102) Arguin ; 103) Chami (B15) ; 104) Nouaferd (=Lemdena 8), Acheïl AC1 ; 105) Tijirit (Site 11, 13, 24, 36, 37, 71, 73, 74) ; 106) Akjoujt (grotte des Chauves Souris), Guelb Moghrein ; 107) Amatlich, Khatt Leimaïteg, Touizigt, Damane, Lemdena ; 108) Dkhraïna, NKT Km 130, Aïn es Salama, Imbich-est, Nouakchott KN2, Tenneswillim ; 109) Khant ; 110) Tagant ; 111) Akreijit, Dakhlet el Atrouss, Tichitt ; 112) Aouker ; 113) Djonaba ; 114) Nioro ; 115) Tejalet oum Ekedjar ; 116) Chegga ; 117) Kobadi ; 118) Ounjougou, Fanfanniékéné ; 119) Jenné ; 120) MK13, MK36 ; 121) Taoudeni (MT4, MT29, MT32, MT10A, Aïn Guettara) ; 122) Bordj Mokhtar ; 123) Ine Sakane (MK6, Tagnout Chaggeret, MK42, AZ41, AZ21, AZ56, AZ15) ; 124) Adrar des Ifoghas ; 125) Tin Lalou ; 126) Anezrouft, In Silouf, Tin Astel, Oued Oukechert ; 127) Asselar, Aguendemen ; 128) Hamoud Nechek ; 129) Km 110, Eblelit, Nilkit Mich ; 130) Taguelalt ; 131) Karkarichinkat-sud, Karkarichinkat-nord, Nilkit Aoudache, Smar Smarren, In Arabou, In Begouen ; 132) Lagreich, Ilouk ; 133) Taouardeï ; 134) In Aoukert, Gao-hydrocarbure, Gadaoui ; 135) Télataye ; 136) Zarmaganda (B.14.04) ; 137) Aroyo ; 138) Kirkissoy ; 139) Sirba (Tondikwaré) ; 140) In Tékébrin ; 141) Asanamas, Ikawaten ; 142) In Tuduf ; 143) Chin Tafidet ; 144) Mentes ; 145) Taferjit ; 146) Termit Gara Tchia Bo (Site 20, 55, 48, 75) ; 147) Do Dimmi ; 148) Djourab, Koro-Toro ; 149) Egaro ; 150) Daïma ; 151) Konduga ; 152) Gajiganna ; 153) Ehi Woro Marigot ; 154) Tardjié ; 155) Dao Timmi ; 156) Arlit ; 157) Takéné-Bawat TB4 ; 158) Gossolorom ; 159) Mahroughet, Tazbent ; 160) Atbara KG28 ; 161) Nagada ; 162) MN14, MN 36 ; 163) Cap Manuel, Bel Air, Diak, Pointe de Fann, N’gor. Cartouche : A -1) Sekiret ; 2) Azelik site 210 : 3) Tuluk site 211 ; 4) Anyokan site 201 ; 5) In Gall (In Taylalen I) ; 6) Shin Ajeyn ; 7) Marandet ; 8) Orub ; 9) Tamat 155 ; 10) Eres n'Enadan ; 11) Chin Oraghen site 105 ; 12) Afunfun 175, 162, 176, 179 ; 13) Mio 169 ; 14) Chin Wasararan 117 ; 15) Efey Washaran 149 ; 16) Site 119.

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Sahara préhistorique LE NéOLITHIQUE RéCENT Le passage Néolithique moyen-Néolithique récent est encore moins net que le passage Néolithique ancien-Néolithique moyen. Au Sahara, l’aridité qui croît sans cesse étiole certaines cultures, chasse les hommes vers la périphérie, en piège dans les lieux privilégiés où l’eau est accessible. Ceux qui restent doivent utiliser de plus grandes superficies pour nourrir les troupeaux ; le nomadisme se développe. Les bovins cessent d’être l’essentiel du bétail, des moutons et des chèvres les remplacent, puis, à l’aube de l’ère chrétienne ne resteront que les chèvres, les moutons ayant laissé place aux chameaux1. Les difficultés à dissocier les dernières manifestations néolithiques des premières métallurgies, entraînent certaines ambiguïtés, la présence de métal seule, n’étant pas jugée significative. Ainsi des sites dans lesquels cette présence n’est pas avérée, mais où il paraît peu probable qu’il n’ait pas été connu, peuvent être rattachés à l’Age des métaux. La phase récente du Ténéréen a certainement perduré longuement : elle se développe jusqu’à 3810 ± 60 B.P. (2380-2168 av. J.-C.) à Rocher Toubeau 7 où elle est associée à un petit cimetière dont une des tombes est datée de 3860 ± 200 (Pa840) (2612-2054 av. J.-C.) ; la découverte d’objets métalliques sur un site d’artisan fabricant de petits grattoirs pose la question de son maintien à l’Age des métaux. Par ailleurs des pierres taillées que les datations permettent de situer jusqu’au 11ème siècle ap. J.-C. (!)2 montrent la longue durée d’un outillage typiquement néolithique.

Les cultures du Massif central Au cœur du massif, la culture de Tamanrasset, évolution probable de la culture d’Amekni, se met en place marquée par une lente transformation du décor des poteries. Les sillons restent fréquents, les poinçonnages et les dents connaissent une plus grande faveur alors que l’usage du peigne perd sa place privilégiée. L’outillage lithique développe les pièces à retouche continue et les têtes de flèche. En Téfédest, la culture de Timidouin voit la surface décorée des poteries se réduire jusqu’à disparaître, les dents deviennent moins fréquentes, un penchant pour les motifs au peigne est cependant conservé. L’outillage lourd régresse, les pièces à retouche continue se multiplient, le nombre de grattoirs, microlithes géométriques augmente légèrement, celui des têtes de flèche se multiplie. J.P. Maître a nommé Idélesien et faciès de Tan Ainesnis, ces nouveaux aspects. Il leur attribue une partie des gravures et des peintures de Téfédest. Sur les marges du massif central, quelques changements interviennent dans les outillages lithiques bovidiens. Les palets et les disques ne figurent pas dans les plus tardifs et de minuscules haches, inconnues antérieurement, s’y trouvent. La poterie paraît mieux cuite, le décor s’organise souvent en registres, peut se limiter au pourtour de l’orifice, voire manquer. L’art rupestre permet de suivre 1 .- Souvent, le terme chameau est utilisé en place de dromadaire  ; se rapportant à Camelus dromedarius, l’appellation n’est pas erronée. 2 .- En 1970, les vieux du Souf savaient encore tailler le silex et façonner les pierres à fusil.

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie les modifications de la vie par la transformation des troupeaux, l’intervention du cheval dont on n’a aucune trace autre. Bien que l’on soit encore loin d’appréhender toutes les images de cette période, leur répartition semble différente, elles seraient moins fréquentes et moins dispersées. A Takarkori, une instabilité climatique évoluant vers une savane sèche a été identifiée entre 5700 et 4650 B.P. (4530 et 3465 av. J.-C.), période nommée Pastoral récent. Elle conduit à l’abandon de l’abri. La découverte de 5 squelettes d’hommes ou d’adolescents dans un tumulus à proximité de l’abri, datés à partir de 4500 B.P. (3225 av. J.C.), moment où la région devient aride, confirment une ségrégation sexuelle qui se dessinait avec les inhumations féminines retrouvées dans l’abri. Une étude de l’émail des dents rend compte de la sédentarité de la population en montrant des inhumations près des lieux de vie et de naissance. Au Djado, dans la région de Dao Timmi et, plus au nord, dans l’oued Tardjié, des changements se traduisent également dans la céramique. A Ehi Woro Marigot, où elle est datée de 4195 ± 75 B.P. (Ny55) et 4000 ± 130 B.P. (Alg0108) (2880-2640 et 2850-2310 av. J.-C.), un décor fait de dents, flammes, sillons pointillés, n’atteint qu’exceptionnellement les bords. Les rares monuments funéraires qui ont été étudiés, non datés, sont délicats à situer ; tout au plus peut-on remarquer une orientation ouest-est et une position en décubitus latéral fléchi dans un tumulus, en décubitus dorsal, jambes repliées dans une bazina. Arlit Dans le nord du Niger, le niveau supérieur du gisement principal d’Arlit, sableux et limoneux, correspond à une phase où des moments de sécheresse et d’humidité se seraient succédés. Il est daté de 4530 ± 110 B.P. (Gif2289) (34903030 av. J.-C.). Il renfermait de nombreux restes humains qui, contrairement à ceux du niveau inférieur, n’étaient pas protégés par des pierres. Une inhumation avait été faite en jarre. Les éléments archéologiques y étaient beaucoup plus nombreux, mais restés semblables à ceux du niveau inférieur, F. Paris les interprète comme des tas de refus postérieurs aux inhumations. Divers sites de la région procèdent probablement de cette phase. Ils offrent diverses singularités, four de potier dans l’un d’eux, appuis-têtes en argile dans d’autres ; dans l’un, une inhumation de femme était encore recouverte par endroits d’une robe ou d’un linceul de cuir descendant à mi-jambe. Tahabort (= AK-HG 076-10) Parmi les éboulis granitiques de l’extrémité orientale du plateau des Telbosetîn, en Taessa, un niveau cendreux discontinu associé à de nombreuses auges fut découvert en 1971. Ce gisement qui fut fouillé en 1972 et 1973 par J.P. Maitre et C.A. Vaucher, est daté entre 2650 ± 100 (GSY2900) et 930 ± 100 B.P. (GSY3325) (900-790 av. J.-C. et 1000-1220 ap. J.-C.). L’industrie lithique de faible densité, est faite d’éclats et lames retouchés, de pièces à coches, de quelques grattoirs, elle renferme des têtes de flèche qui sont pédonculées et des cristaux de quartz à sommet écrasé. Les pièces de fortune sont nombreuses. La céramique, en général fine, porte souvent un engobe rouge, elle n’est que rarement décorée dans la masse, généralement d’un motif poinçonné. Tel qu’il est

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Sahara préhistorique existe des galets aménagés, des fragments de meules, des molettes. Des meules plates, légères, auraient pu servir de plat. Les molettes ont des formes diverses, une en lave présente une gorge équatoriale1, certains fragments sont ocrés. Le matériel est proche de celui d’Amekni niveau supérieur2, mais il manque de pièces à coches et ici, sa répartition n’était pas homogène : dans un secteur se concentraient les têtes de flèche, dans un autre des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, ce qui pourrait traduire une organisation de la surface occupée par les hommes. Le gisement a livré deux inhumations. Les corps étaient étendus l’un près de l’autre, parallèlement. En position fléchie, ils reposaient sur le côté droit, orientés est-ouest. Trois tessons de poterie se trouvaient en contact avec eux. Tin Hanakaten A Tin Hanakaten, dans le Tassili n’Ajjer, seul un changement dans le mode d’occupation de l’habitat particularise un Néolithique récent. Sur 1 m d’épaisseur, en effet, la sédimentation S3 (niveaux N4 et N3) est homogène, massive, grise, cendreuse, ne se modifiant que par un enrichissement en sable éolien de plus en plus important. La base de la séquence S3 se placerait vers 5435±45 B.P. (Hela1470) (4335-4260 av. J.-C.), sa fin vers 3100±240 B.P. (BDX 480) (1360880 av. J.-C.). La distribution du matériel au sol consiste en lentilles constituées de foyers auprès desquels gisent des pierres taillées qui se télescopent, ce qui permet d’identifier un habitat discontinu, de faible durée. Sans que l’on puisse percevoir de changement dans le matériel ou les modalités d’occupation, ces campements se poursuivent dans la partie inférieure du niveau de fumier N2 (=S2) qui coiffe les dépôts anthropiques, où les plus récents sont datés de 2520 ± 35 (Hela1150) (790-540 av. J.-C.). Avec quelques éléments de Bos taurus, Ammotragus lervia, de gazelles, la faune recueillie est comparable à celle de la séquence inférieure S4, mais l’enrichissement de la végétation en Ziziphus souligne sa dégradation. Le matériel3 étudié par M. Alliche montre une grande stabilité tout au long de cette occupation, avec seulement quelques nuances lors du passage à S2 où la poterie et le matériel lithique sont peu fournis, les éclats plus irréguliers, globalement plus petits, les outils de facture plus médiocre. Le matériel de S3 consiste surtout en têtes de flèche, pièces à coches-denticulés et burins. Il marque une évolution par rapport à celui de S4 par l’augmentation sensible de ces derniers et la diminution des retouches continues qui étaient particulièrement abondantes en S4. En S3, les bords d’éclats, de lames, lamelles, sont parfois polis. Des haches polies de 4 à 8 cm de longueur, quelques outils en os ou bois durcis au feu, des débris de matériel de broyage, des tessons de poterie interviennent. Bien que leur décor soit toujours dominé par les ponctuations, leur distribution change, les woven mat diminuent au profit des semis, les filetés régressent alors que les dents connaissent une forte progression ; deux tessons portent un motif 1 .- Dans les proches environs, deux molettes en lave présentant une gorge équatoriale gisaient sur le sol. De telles pièces seraient encore utilisées pour façonner les plats en bois. 2 .- Cf Annexes p. 575. 3 .- Id.

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie décrit et daté, ce site montre l’emploi extrêmement tardif d’un outillage de pierre dans le Massif central saharien. J.P. Maître y verrait volontiers une extension de la culture de Timidouin. Tamanrasset II Le gisement Tamanrasset II, le plus souvent nommé Tam II, fut découvert fortuitement en 1964 par J.P. Maître lors d’une mission menée avec le concours du CRAPE et de l’IRS. Il est daté de 3900 ± 100 (Mc487) et 3330 ± 250 B.P. (Gif357) (2550-2200 et 1950-1300 av. J.-C.). Comme Amekni, il est fait de divers foyers installés parmi les boules granitiques et celles-ci sont creusées de cuvettes dont certaines ont des dimensions importantes. L’outillage1 (fig. 53) est peu diversifié, dominé par les pièces à retouche continue ; les grattoirs, puis les têtes de flèche forment des groupes secondaires étoffés. Les têtes de flèche sont en majorité triangulaires à base excavée (type a18 de Hugot), certaines sont pédonculées ou foliacées et quelques fragments évoquent les formes tour Eiffel. Les grattoirs sont variés, certains, très petits, ne dépassent guère 1 cm et peuvent être circulaires. Les rares microlithes géométriques sont plutôt des segments. Il

Fig. 53 – Néolithique récent du Sahara central. Industrie lithique : 1, 11) racloirs ; 2) grattoir circulaire ; 3, 4) têtes de flèche à base concave ; 5) tête de flèche tour Eiffel ; 6) segment ; 7) grattoir sur éclat à bord abattu ; 8) triangle scalène ; 9) fragment de lame retouchée ; 10) rabot ; 12) tête de lance. Décors de poterie : 13) croquet+cannelures+hachures ; 14, 15) dents+croquet (Origine : 1 à 12) Tamanrasset II. (d'après Maître, 1965) ; 13) In Djeran, 14- 15) Iberdjen. (inédit). 1 .- Cf Annexes p. 575.

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Fig. 54 – Les séquences culturelles récentes d'Egypte et du Soudan (d'après Manzo in Krzyzaniak et al., 1996).

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie de dotted wavy line et quelques exemplaires un motif pieds de poule. Nombre de fragments de vanneries et de liens montrent une qualité moindre que précédemment. Cette séquence a livré des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, quelques tests décorés, de l’ocre, des figurines en terre cuite représentant des bovins et des personnages stylisés, toutes de plus grandes dimensions que celles de la séquence S4 sous-jacente. Les quelques éléments de faune rapportent la présence de Bos taurus, de gazelles, mouflons, damans . Il n’est pas exclu que l’enfant H3 retrouvé dans la partie sommitale de la séquence précédente appartienne au niveau inférieur, N4. Un changement dans la structuration générale de l’espace transparaît avec des fonds de piquets qui disparaissent de la zone qu’ils occupaient depuis les toutes premières installations pour se localiser le long de la paroi, non loin d’elle. De même les vanneries et les liens se regroupent eux aussi près de la paroi, un amas placé vers l’entrée de l’abri durant N4, fait place à un similaire vers le fond durant N3, soit à partir de 2500 av. J.-C. On ne sait à quoi associer cette dernière réorganisation de l’espace, sauf à réviser les temps caballins. Si la date paraît haute pour y voir le passage bovidien caballin, l’abondance des traces picturales de période caballine, y compris la présence d’une figure majeure -un char au galop volant-, implique une présence caballine ; la seule autre rupture sensible étant l’abandon des lieux aux animaux, la question se pose. Cette hypothèse rapporterait l’intervention du cheval au Tassili n’Ajjer à une date bien plus haute qu’il n’est actuellement admis.

Dans le Sahara oriental, les horizons Leiterband et Handessi Dans le Désert libyque, à l’ouest du Nil, le Néolithique récent se rencontre dans les grands oueds, wadi el Akhdar, wadi Shaw, wadi Bakht où il est nommé « Gilf C » et daté de 4350 à 3500 av. J.-C. Les dunes qui barrent leurs cours, favorisent la formation de petites mares et facilitent l’implantation des habitats. Le Néolithique forme aussi un voile à la surface de sites oasiens. Il est connu à Kharga Site E-76-7, Nabta Site E-75-8, Kiseiba Sites E-79-4 sup1, E-79-52, E-79-9. Il possède une poterie de belle qualité, dont le décor se limite généralement à un bandeau autour de l’ouverture. L’industrie lithique est dominée par les coches et denticulés, les grattoirs et les segments sont courants alors que les triangles ou trapèzes, plus encore les têtes de flèche, restent rares. Le matériel de broyage est commun, tout comme les haches polies ou les palets. C’est au Néolithique récent que se rattacherait le « Peasant Neolithic », ensembles industriels dominés par les pièces à coches et denticulés, riches en racloirs, grattoirs et perçoirs, où les pièces foliacées bifaciales à retouche couvrante sont nombreuses, dont la poterie peut porter un motif incised wavy line à très larges vagues, qui a été reconnu par G. Caton-Thomson dans l’oasis de Kharga. Les horizons Leiterband et Handessi Reconnus dans le sud du désert libyque par les travaux de la mission interdisciplinaire (BOS) de l’Université de Cologne sous la direction de R. Kuper, 1 .- Cf Annexes p. 576. 2 .- Id.

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Sahara préhistorique les horizons nommés Leiterband et Halbmond Leiterband se caractérisent par leur décor céramique. D’étroits registres d’impressions parallèles à l’ouverture couvrent entièrement la poterie, formant autour d’elle une guirlande festonnée et portant successivement une impression en V renversé, puis des lignes de points. Ces registres résultent d’une impression de type boulier, faite avec un peigne dont la première dent est large et bien dégagée ; cette dent est droite dans le type Leiterband que diverses dates placent entre 5200 et 4000 B.P. (4000 et 2500 av. J.-C.), elle est ondulée dans le type Halbmond Leiterband connu dans la moyenne vallée à 4000 B.P. (2500 av. J.-C.). Les horizons Handessi A et B qui leur font suite, se distinguent par leur poterie ; ils sont rapportés vers 3800 B.P. (2200 av. J.-C.) pour l’un et 3500 B.P (1800 av. J.-C.) pour l’autre. La phase Handessi A possède une poterie dont le décor se développe seulement autour de l’ouverture en un ou plusieurs rangs de zigzags pseudo-excisés et dont la lèvre est volontiers décorée. Dans la phase Handessi B, la poterie est entièrement décorée de motifs géométriques, en particulier de triangles et le décor peut se développer à l’intérieur, mais la lèvre n’est pas décorée. Wadi Howar Tributaire du Nil à l’Holocène inférieur, le wadi Howar, au nord du Soudan, s’encombre de dunes jusqu’à devenir une succession de plans d’eau à l’Holocène supérieur. L’augmentation de l’aridité se traduit par la présence d’un plus grand nombre de moutons et de chèvres, le présence d’ânes domestiques. La poterie présente une plus grande variété de formes et de nouveaux motifs de décoration qui caractérisent les horizons Leiterband et Halbmond Leiterband. Dans les horizons supérieurs, dits horizons Handessi, sus-jacents, deux phases sont discernées : « fine geometric » ou « Handessi A » et « coarse geometric » ou « Handessi B », qui semblent avoir une signification chronologique. L’un des sites les plus importants du wadi Howar, Djabarona, s’étend sur 1 km2 au sommet d’une dune. Il est daté de 3360 ± 110 B.P. (KN3416) (18601520 av. J.-C.). L’étude de B. Keding fait état d’un outillage microlithique tiré de quartz, quartzite et calcédoine. De nombreux restes de matériel de broyage parsèment la surface, alors que la poterie et les restes osseux se concentrent dans des cuvettes. La poterie a une forme globuleuse ou en goutte, un motif typique d’écailles successives entoure le bord alors que la panse est entièrement couverte de dents ou de flammes, pointillés ou non, qui peuvent former des rangs parallèles à l’ouverture, jointifs ou séparés par un registre vierge. Conical Hill (=84/24) qui a été occupé jusqu’au 2ème millénaire montre l’évolution du décor avec à la base une céramique type Halbmond-Leiterband, au-dessus, vers 3800 B.P. (2200 av. J.-C.), vient une poterie à motifs géométriques « fine geometric », puis, vers 3500 B.P (1800 av. J.-C.), des motifs « coarse geometric ». Dans le Site S95/2, une poterie décorée de motifs dotted wavy line, herringbone, Leiterband, se trouve dans le niveau inférieur ; dans le niveau supérieur, de nombreux tessons ne sont pas décorés, les motifs herringbone, Leiterband perdurent, les motifs dotted wavy line disparaissent, des dents apparaissent. Cette poterie évoquerait celle du Pré-Kerma et du Groupe A de Nubie, similitudes appuyées par une inhumation présentant les mêmes position contractée et orientation

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie sud-nord, regard à l’ouest. La faune comprend de l’hippopotame, des bovins et diverses autres espèces ; les poissons, en particulier Clarias, et les coquillages d’eau douce indiquent la présence d’une activité de l’oued. A proximité, des gravures représentent divers animaux, mouflons, éléphants, girafes, bœufs aux cornages variés. Wadi Shaw Plus au nord, la basse vallée du wadi Shaw est restée peuplée jusqu’au 3ème millénaire, son occupation cesse au cours de celui-ci. Dans la moyenne vallée, divers faciès, qui procèdent probablement les uns des autres, se distinguent par leur poterie et son décor. On y retrouve la même évolution que dans le wadi Howar. Au 4ème millénaire, les motifs herringbone et dotted wavy line sont privilégiés, puis les décors Leiterband. Le décor évolue ensuite vers le type Halbmond Leiterband qui passera à des motifs géométriques de triangles impressionnés d’abord emboîtés, puis juxtaposés. Divers sites attestent de cette succession. L’importance des motifs dotted wavy line au 4ème millénaire est interprétée par W. Schuck comme l’installation d’une nouvelle population. Des cercles de pierres matérialisent des fonds de huttes de 3-4 m de diamètre, ouverts au sud ou au sud-ouest, dont des foyers sont datés de 4850 ± 55 (KN3138) à 4010 ± 60 B.P. (KN3188) (3660-3540 à 2620-2460 av. J.-C.). Ils renfermaient quelques tessons de poterie décorée de lignes rouge brun peintes ou portant un motif impressionné de lignes brisées verticales ; un rang de triangles hachurés (dotted chevrons de Banks) borde volontiers la lèvre, ce motif est également présent dans la poterie du Gilf Kebir. Une poterie plus récente, dont l’orifice est bordé de pastilles puis d’un motif au peigne et enfin de dents pseudo-excisées, traduirait des relations avec le Groupe C et Kerma.

En Basse Egypte et Haute Nubie, le Néolithique récent Dans la vallée du Nil, le Néolithique récent n’est guère connu qu’en Basse Egypte où se développent l’Omarien et le Mérimdéen, et en Haute Nubie où le Kadadien s’installe. Ailleurs, le métal est déjà utilisé antérieurement à la première dynastie dont la date, imprécise, est placée vers 3100 av. J.-C. A l’est de Khartoum, divers groupes d’importance variable, se succèdent. On peut rapporter au Néolithique récent le groupe Gash du sud de l’Atbaï ; il serait contemporain de la séquence Shaqadud qui se développe dans le Butana. Le Mérimdéen Dans le delta du Nil, au-dessus des niveaux urschicht de Mérimdé Beni-Salamé, les travaux menés sous la direction de J. Eiwanger ont dégagé une occupation humaine qui constitue le type de la culture mérimdéenne. Mérimdé Beni-Salâmé supérieur Représenté par les niveaux III-V, le Mérimdéen y repose sur un niveau de tradition saharo-soudanaise. Le niveau V est daté de 5760 ± 60 (KN3279) et 5260 ± 90 B.P. (WSU1846) (4690-4540 et 4220-3980 av. J.-C.). Surmontant le niveau urschicht dont il est séparé par des plages de sable stérile, vient le niveau II, couche sombre en raison de sa richesse en cendres. Il annonce les niveaux

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Sahara préhistorique mérimdéens par une poterie de ton rouge ou gris, polie ou lissée, sans décor, par sa technique de travail du silex, ses figurines en terre cuite. A partir de ce niveau, l’industrie lithique affectionne en effet la retouche bifaciale et préfère le silex des formations calcaires proches, aux galets de la terrasse. Des pièces bifaciales prennent de grandes dimensions. Des têtes de flèche à ailerons avec parfois un pré-polissage visant à faciliter la retouche, des haches à tranchant poli, des éléments de faucille qui sont parfois lustrés, des fragments de vases en albâtre apparaissent. Deux têtes de massues piriformes semblables à un type connu en Palestine et de même âge, qui ont été fabriquées sur place, posent le problème de l’origine de cette forme. L’outillage osseux comprend un grand nombre de poinçons, des aiguilles, des harpons, de petites haches taillées dans des côtes d’hippopotame. Des hameçons ont été façonnés dans des coquilles de moules. La céramique qui comporte toujours une série miniaturisée, est dégraissée à l’aide de végétaux hachés. Les récipients prennent une teinte noire, la surface, lustrée, ne supporte aucun décor. Une forme ovale qui n’existait qu’en miniature antérieurement s’y développe. De nombreux objets de parure sont confectionnés en os, coquille, ivoire ; des dents de canidés sont transformées en pendentifs. On trouve aussi des perles en terre cuite, des rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche, des fragments de modelage figurant des bovidés. La faune est riche en bovins, poissons et porcs, l’hippopotame demeure courant. Des trous de poteaux, fosses et foyers sont plus nombreux que dans les niveaux précédents. Des huttes disposées de part et d’autre d’un espace vide sinueux, montreraient l’amorce d’une urbanisation. Le niveau supérieur possède une organisation complexe avec des maisons ovales creusées légèrement dans le sol, des enclos à bétail en roseaux, des greniers dispersés qui devaient être individuels et une aire de battage des céréales. Les restes de plus d’une centaine d’individus ont été retrouvés dans des fosses ovales, souvent tapissées de fibres végétales, qui ont été creusées à l’intérieur et autour de huttes. Les défunts, enveloppés de nattes ou de peaux, reposaient sur le côté droit, regard au nord ou au nord-est. Presque tous ont été rapportés à des femmes et des enfants.` L’Omarien Un ensemble de sites de Basse Egypte, un peu à l’écart de la vallée, a été identifié à quelques kilomètres au nord d’Helouan par P. Bovier-Lapierre en 1918 ; le site principal a reçu le nom d’El Omari en hommage au minéralogiste qui le découvrit en 1924 et décéda peu après. El Omari fut fouillé en 1925 par P. Bovier-Lapierre et entre 1943 et 1951 par F. Debono qui le publia en 1990. Daté entre 5700 et 5300 B.P. (5800 et 4100 av. J.-C.), ce faciès est contemporain des derniers niveaux de Mérimdé Beni-Salamé, implanté un peu plus au sud, mais il représente un groupe original, peut-être descendant d’épipaléolithiques locaux. El Omari Le site couvre une superficie de 750 x 500 m. Des bases de poteaux parfois consolidés par des pierres, parfois réunis par des sillons de 20 à 40 cm de large, laissent penser à des fondations de clôtures. La surface est creusée de fosses de

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie 0,50 à 2,50 m de diamètre, d’une profondeur de 0,50 à 1,10 m, dont les parois et le fond peuvent être tapissés de nattes ou de terre, voire de tissu. F. Debono et B. Mortensen proposent une évolution du site avec glissement : il débuterait par des fosses de faible profondeur servant probablement au stockage, progresserait vers un secteur de fosses plus vastes renfermant parfois un panier, avant d’être en totalité occupé par l’habitat dont restent les trous de poteaux et des foyers. L’outillage lithique provient de galets issus des terrasses voisines et d’un silex gris allochtone, introduit sous forme de grandes lames. Il comporte des mèches de foret, des lames à dos, des racloirs. Les outils composites sont courants, combinant grattoirs, perçoirs, burins, denticulés. Il existe des triangles à bord épais, des pointes de flèches triangulaires à base concave. De petites haches ogivales ont le tranchant partiellement poli. Des lames à dos nanties d’un pédoncule dont les plus grandes sont en silex gris, caractérisent la phase finale. Elle est marquée par le développement des pièces bifaciales, renferme des vases en pierre, des aiguisoirs (?), des disques de calcaire qui évoquent des poids de filet ou pouvaient être adjoints à des fuseaux, des palettes en calcite, meules en grès, molettes en matériaux divers. L’os a été poli pour faire des épingles, poinçons, sans doute des hameçons. La poterie constitue un groupe original. De forme simple, à fond plat parfois légèrement concave, elle est de ton brun ou rouge, polie ou lissée, parfois engobée à l’ocre. Elle est produite à l’aide de deux terres calcaires qui peuvent ou non être mélangées, procédé connu dans le Néolithique A et B de Palestine. Une quarantaine de sépultures a été mise au jour. Les morts, en position contractée, étaient souvent enveloppés dans une natte. Parés de colliers et bracelets, ils étaient accompagnés d’un vase funéraire. Des graines carbonisées montrent non seulement la pratique de l’agriculture, mais la connaissance de divers blés Triticum dicoccum, T. monococcum, T. compactum, de l’orge, du seigle, des fèves, des vesces, des pois, du lin. Malgré la présence de chèvres, moutons, bœufs, porcs, chiens, la population restait une population de pêcheurs qui prenaient en eaux profondes les perches et poissons chats (Synodontis). Elle collectait les escargots qui tenaient une place importante, les tortues, elle chassait crocodiles et hippopotames, mais peu les animaux de la steppe. Le Tasien Développé près de Badari en Moyenne Egypte, le Tasien marquerait la fin du Néolithique. Il est daté autour de 5500-4500 av. J.-C. Il dispose de poteries brunes ou rouges à bords noirs, de vases caliciformes, de vases évasés à motifs incisés incrustés de pâte blanche qui portent des trous de suspension, de vases à ouverture resserrée et panse anguleuse supportant un décor ridé. La prédominance de l’albâtre pour le façonnage des palettes à broyer la malachite est elle aussi caractéristique, comme les haches polies en calcaire. L’outillage, assez volumineux, est tiré de silex. La parure est sobre, n’utilise pas la pierre, elle est faite d’anneaux, de perles en os ou ivoire, de coquilles percées et elle serait plutôt portée par les enfants. La culture de céréales, le tissage y sont bien affirmés.

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Sahara préhistorique Les pratiques funéraires révèlent des tombes ovales, peu profondes, des morts reposant sur le côté gauche, en position contractée, mains touchant le visage tourné vers l’ouest. La séquence Shaqadud En Haute Nubie, à l’est du Nil, Shaqadud cave qui renferme 3,5 m de dépôts, possède à sa partie supérieure, les témoins d’une culture du 3ème millénaire. L’industrie lithique ne dispose que de peu de types. Elle reste dominée par les segments, suivis par les coches-denticulés et les retouches continues, et non les perçoirs comme dans le niveau précédent. Les poteries portent un décor impressionné de chevrons ou de hachures sur la lèvre, leur panse étant souvent couverte d’un poli noir. Il y a peu d’animaux domestiques, mais on trouve du chien et du singe ; à l’inverse, la faune sauvage est courante avec des girafes, des antilopes. La végétation renferme Ziziphus et un millet probablement cultivé. Le Kadadien Le Kadadien, reconnu par F. Geus et J. Reinold, est une culture pastorale du Néolithique final soudanais, fortement hiérarchisée, qui se développe le long des oueds de la région de Shendi, une trentaine de kilomètres au sud de Méroé. Il est daté de 5170 ± 110 (Gif5509) et 4790 ± 110 B.P. (Gif 5508) (4220-3800 et 3660-3380 av. J.-C) à El Kadada. Il est connu à Geili et existerait à Khartoum. Il montre des relations avec la Mer rouge, en particulier par ses bracelets en coquillages. Sa structure industrielle, en continuité avec celle d’El Ghaba, permet d’y voir une évolution du Shaheinabien. El Kadada Le site éponyme, El Kadada, couvre plusieurs hectares d’une terrasse fluviatile de rive droite du Nil. L’industrie lithique, essentiellement sur galets de quartzite, est peu typée sauf les microlithes et lamelles qui sont de grande qualité. Elle dispose de matériel de broyage en grès, de haches, herminettes, mais à l’inverse du Shaheinabien, ne possède pas de gouge. L’industrie osseuse comporte des harpons, des poinçons. Des hameçons sont faits dans des valves de mollusques d’eau douce. Des palettes à fard s’ajoutent à une riche parure de pendeloques, bracelets, labrets, perles, colliers en pierres, os, tests d’œuf d’autruche. La présence de perles en amazonite, celle de coquillages marins indiquent des contacts lointains. Des figurines en terre cuite représentant des formes féminines pouvaient être percées pour devenir des éléments de colliers. La poterie abonde, généralement noire, son décor incisé ou impressionné est souvent incrusté de blanc. Ses formes sont variées, ouvertes comme des assiettes ou des plats, fermées comme des bouteilles, l’essentiel étant des vases globuleux à décor d’écailles et des vases ovoïdes. Le vase caliciforme, à fond arrondi et large ouverture (fig. 55), qui existe également dans le Tasien et le Badarien, prend son essor ; il est strictement lié aux tombes. La faune comprend 80 % d’espèces domestiques, moutons, chèvres, bovins, du chien dont des squelettes complets ont été retrouvés dans des tombes. Elle évolue par augmentation des moutons et des chèvres dans les niveaux supérieurs.

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie La faune sauvage traduit une savane sèche avec antilopes, éléphants, phacochères, hippopotames, rhinocéros, girafes, elle renferme aussi des singes, lièvres, porc épics, mangoustes, crocodiles, pythons, tortues, varans, divers autres lézards, des félins, chiens, chats, caracals, panthères, divers rongeurs, des oiseaux surtout des Gallinacés. La consommation d’espèces aquatiques s’affirme dans des Gastéropodes marins et d’eau douce dont Aspatharia et des poissons à prédominance de Synodontis. Des tombes, sépultures individuelles renfermant un mobilier abondant, sont regroupées en plusieurs cimetières près de l’habitat. Les sépultures d’enfants de moins de six ans se retrouvent autour de l’habitat, ce sont de grands vases usagés dans lesquels étaient enfermés les cadavres. Celles d’adultes, regroupées dans plusieurs cimetières, sont des fosses circulaires. Dans les uns et les autres, le défunt est en position contractée, les mains ramenées sur le visage, sans côté de repos ou orientation privilégiés. Une sépulture a été datée de 4630 ± 80 B.P. (Gif4675) (3515-3220 av. J.-C.). Les coutumes funéraires évoluent. Outre des figurines anthropomorphes en terre cuite (fig. 70), le mobilier funéraire de la phase ancienne comprend des bucranes de bovidés, des animaux : chiens, chèvres, moutons. Dans la phase récente, les vases caliciformes deviennent courants, l’œuf d’autruche est utilisé comme bouteille et il n’y a plus de bucranes ou d’animaux. Quelques cas d’inhumations multiples, la disposition des restes montre que la fosse pouvait être réouverte pour introduire un nouveau cadavre, mais aussi que des sacrifices humains devaient être pratiqués lors de l’inhumation de personnages importants. Dans l’un des cimetières, les tombes réunies en plusieurs groupes denses où les recoupements sont nombreux, sont vus comme des regroupements familiaux. Le groupe Gash Le groupe Gash se développe de 3000 à 1500 av. J.-C. dans le delta du Gash et la plaine alluviale qui s’étend au sud, probablement dans un milieu de savane boisée. Il pratiquait l’agriculture et l’élevage de bovins et d’ovi-caprinés. Il se caractérise par sa poterie peu décorée, utilisant surtout des ponctuations, dents ou des motifs à la roulette. Il dispose d’une vaisselle miniature et de figurines animales ou anthropomorphes. L’industrie consiste en grattoirs, racloirs, denticulés, pièces à coches ; les burins, troncatures, perçoirs, bords abattus et géométriques sont rares. Des haches polies et du matériel de broyage sont courants. Sa phase moyenne a livré des restes humains dont les tombes étaient marquées par des stèles.

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Fig. 55 – El Kadada. Vase caliciforme (d'après Reinold 2000).

Sahara préhistorique Ce groupe présente un système social complexe et des affinités avec le Groupe C et Kerma. Tout donne à penser qu’il occupait une position importante dans les échanges qui se faisaient entre la vallée du Nil, la corne de l’Afrique voire le sud de l’Arabie, contacts qui paraissent particulièrement fréquents au début du 2ème millénaire. Ensuite, la domination de l’Egypte sur la Nubie aurait entraîné son isolement.

Les cultures du Sahara méridional Les franges méridionales du Sahara, tout comme la côte atlantique, se sont peuplées intensément au fur et à mesure que l’aridité chassait les populations sahariennes vers des lieux moins défavorisés. A partir de 4000-3500 B.P. (2500-1800 av. J.-C), la densité des sites est forte à la limite Sahara-Sahel. R. Vernet constate qu’au Zarmaganda, cette occupation humaine diminue au 1er millénaire, se ramenant à un voile léger alors que le long du Niger, tout particulièrement au niveau du delta intérieur, les sites devenaient plus nombreux. M. Raimbault fait une observation comparable au Mali. Au Tchad, une forte régression du lac abaisse les lignes de rivage d’une vingtaine de mètres, laissant de vastes plans d’eau entre les dunes. Une prospection aérienne montre un grand nombre de sites installés dans la région de Gajiganna. Les travaux menés dans deux gisements datent l’occupation de 3150 ± 70 (UtC2330) à 2730 ± 50 B.P. (UtC2796) (1510-1320 à 910-830 av. J.-C). La pauvreté de leur industrie lithique est compensée par la richesse de l’industrie osseuse, ce qui peut s’expliquer par l’éloignement des sources de matériaux dont les plus proches se trouvent à une centaine de kilomètres. L’os a également servi à la fabrication de perles. La poterie abonde, les formes sont variées avec prédominance de pièces globuleuses à col très court, au décor se limitant à la partie supérieure. Un dégraissant végétal n’est employé que dans le niveau supérieur. Les mêmes caractères se retrouvent à Konduga et Daïma. Les restes osseux renferment une forte représentation de bovins, des ovi-capridés, peu d’animaux sauvages (Phacochœrus, Redunca redunca). Des oiseaux, poissons, mollusques (Aspatharia, Pila) ont aussi été consommés. Les restes de quatre individus ont été retrouvés en décubitus latéral, mains ramenées sur la face, sans orientation privilégiée. Dans le Sahara méridional, quelques secteurs moins touchés par la désertification subsistent. A l’Adrar Bous, le Ténéréen développe son faciès final, le faciès de Gossolorom dans lequel apparaissent de nouvelles formes ; de nouveaux décors (pot à encolure soulignée d’une impression pivotante, bord épaissi et composition en motif géométrique) ; une céramique à fond conique datée de 4445 B.P. (3200 av. J.-C), originale pour ce secteur, pose problème. En Aïr, les travaux de F. Paris et J.P. Roset font ressortir une rupture culturelle vers 3600 B.P. (1950 av. J.-C) et l’arrivée d’une nouvelle population bien cernée à Iwelen. Au Mali, dans le nord-ouest de l’Adrar des Ifoghas, une population d’éleveurs se serait installée au cours du 2ème millénaire. Au Niger, les premières métallurgies s’implantent alors au pied de la falaise de Tiguidit. A ces latitudes devaient encore exister des lacs, en particulier dans l’Azawagh. Taferjit est un amas de coquilles de moules tassées, parfois presque pulvérisées,

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie d’arêtes et vertèbres de poissons de grande taille, de restes de crocodiles, hippopotames, mêlés à des ossements de bovidés et des cendres. D’une cinquantaine de centimètres d’épaisseur, le gisement s’étend sur 60 x 40 m. Parmi l’outillage figurent des pierres ovoïdes à sillon médian ayant pu servir de poids de filets de pêche, des harpons. Il fut identifié en 1931 par le capitaine Le Rumeur, puis par H. Lhote. Il a livré les restes de trois enfants de 3 à 6 ans. Il est daté de 4080 ± 110 (Gif1727) et 2130 B.P. (2860-2470 et 200-120 av. J.-C). Mentes, proche de la frontière malienne, est une dépression bordée au sud par une falaise, au nord par des dunes sur lesquelles sont établis de petits sites d’habitat qui ont livré une industrie en silexoïde où prédominent les segments et les armatures, où existe un peu de matériel poli dont des harpons. Trois inhumations ont été mises au jour ; deux individus en décubitus fléchi gauche étaient orientés est-ouest, regard au sud, le troisième en décubitus droit était placé ouest-est. Deux tombes sont datées de 4590 ± 130 (Pa415) et 4080 ± 250 B.P. (Pa) (3510-3100 et 29202210 av. J.-C.). Takéné-Bawat TB4, daté de 4965 ± 80 B.P. (Pa437) (3910-3660 av. J.-C.), se distingue des sites antérieurs par sa céramique. Au Sahara malien, l’Ounanien perdure et glisse vers le sud. Le faciès Hassi el Abiod, au nord-ouest d’Araouane, subsiste durant la seconde phase humide reconnue dans cette région par les missions Petit-Maire et datée entre 5000 et 4000 B.P. (3800 et 2500 av. J.-C.)1. La poterie change. Les vases sont moins grands, leurs parois plus minces, ils sont le plus souvent décorés d’un motif fileté. Au Djourab, c’est probablement à un Néolithique tardif que l’on doit rattacher la céramique cannelée associée à des harpons et hameçons. La monotonie des cannelures est relevée par un rang de dents pseudo-excisées le long du petit ourlet qui renforce le bord ou à la naissance de la panse. Pour Y. Coppens, elle serait dans la tradition des céramiques précédentes, à motifs pointillés. Des détails lui ont permis d’identifier diverses phases dont la distribution suit la baisse des eaux, ce qui a permis de retracer les lignes de rivages. Au Borkou, hormis le style de Taïmanga, le décor céramique se réduit à une bande autour de l’orifice. Reconnu et nommé par J. Courtin, le style de Taïmanga est un décor de triangles et damiers hachurés au peigne, laissant entre eux des plages réservées qui sont des silhouettes d’antilopes, autruches ou autres oiseaux (fig. 56). Une ligne de dents pseudo-excisées s’y ajoute souvent. Ce décor zoomorphe rappellerait celui du Groupe C. En Ennedi, le Néolithique final serait marqué par une rupture à la fois dans l’outillage lithique qui s’enrichit en haches polies, où apparaissent des haches à gorge, dans la céramique généralement rouge, fine et bien cuite, et dans l’art rupestre qui devient beaucoup plus fréquent. L’habitat en grotte est abandonné au profit de la construction de huttes rondes à armatures de bois, elles sont représentées dans les peintures, ce qui pourrait permettre des corrélations. Le décor des céramiques (fig. 56) est surtout organisé en bandes, parfois en triangles remplis d’un pointillé très fin ou d’un fileté, soulignés d’une cannelure ; ces plages décorées peuvent alterner avec des plages lisses qui peuvent être enduites d’un colorant noir, décor également connu en Nubie, dans le Groupe C. On trouve 1 .- Cf chap. 1.

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie aussi des poteries dont la lèvre seule est décorée. Des vases analogues aux poteries de Nubie, à bord fortement épaissi, noirci à la cuisson alors que l’extérieur de la paroi est rouge, seraient des apports extérieurs. Le faciès de Gossolorom Identifié par J.H. Hugot lors de la mission Berliet-Ténéré de 1959, le faciès de Gossolorom doit son nom à la déformation de Gossololom, nom d’un volcan éteint qui se trouve à 5 km du gisement. Certains auteurs lui conservent d’ailleurs ce dernier nom. Les sites découverts par la mission Berliet ont été revisités par G. de Beauchêne en 1960, M. Servant en 1970 et, en 1972-1974, par G. Quéchon et J .P. Roset qui en ont reconnu de nouveaux. L’outillage est taillé dans un quartzite à grains fins qui pourrait venir d’un filon connu à une trentaine de kilomètres. Du matériel de broyage est fait dans des laves noires. La poterie est rare, identique à celle d’Adrar Bous III. Le faciès est riche en haches à gorge. Un cachet particulier provient d’un débitage presqu’exclusif de lames d’aspects et dimensions très réguliers, travaillées sur une seule face pour devenir grattoirs, perçoirs, couteaux ou scies, la retouche n’affectant jamais la face inférieure, traits qui sont devenus des marqueurs de ce faciès. La retouche bifaciale a néanmoins été utilisée pour la confection de disques, d’armes en particulier de têtes de flèche. Autre particularité, les outils sont groupés par catégories : disques, unifaces, grattoirs, armatures… Gara Tchia Bo Au nord du massif de Termit, le site de la Gara Tchia Bo a été découvert en 1959 par la mission Berliet, revisité par G. Quéchon et J.P. Roset en 1972. Le gisement comporte divers locus. Le Site 20 est daté de 4100 ± 90 B.P. (UPS2584) et 3695 ± 80 B.P. (Orsay) (2860-2500 et 2200-1960 av. J.-C.). G. Quéchon y reconnaît un outillage fait de lames uni- ou bifaciales, disques, couteaux, haches et herminettes taillées. Il offre une organisation originale avec des groupements d’objets neufs appartenant à un même type : disques, armatures et surtout lames et grattoirs. Ces amas nappent des surfaces notables ou forment de petits tas qui ne peuvent que provenir de la destruction d’un récipient. Fig. 56 - Néolithique récent du Sahara méridional (Niger et Borkou). Décors de poterie : 1) triangle hachurés+croquet+pied de poule ; 2) hachures en triangles+croquet ; 3) pointillé+chevrons+croquet+pied de poule ; 4) pointillé+hachures+croquet+vannerie; 5) pointil lé+hachures+pastilles+vannerie ; 6) fileté+cannelures en motif complexe ; 7) fileté+cannelures ; 8) dotted wavy line ; 9, 13) boulier ; 10) herringbone ; 11) pieds de poule ; 12) registres de dents verticales : 14) pseudo-cordé+croquet ; 15) peudo-cordé ; 16) fileté en motif+croquet ; 17; 18) fileté dessinant des formes animales en réserves pouvant être agrémenté de croquet ; 19) fileté en registres ; 20) fileté+dents ; 21) pastilles en lignes+ridé(?) ; 22, 25) fileté en registre+lignes ponctuées ; 23) cannelure+fileté+coins en ligne ; 24) pied de poule en motif ; 26) flammes ponctuées. (Origine : 1-5) Orub (Néolithique saharien) ; 6, 7) Chin Wasararan ( Néolithique sahélien) (d’après Grébénart, 1985) ; 8 à 11) Soro Kézénanga (style Orogowdé) ; 12 à 14) Délébo (style Hohou) ; 15) Délébo (style Arsa-Ténébyéla) (d’après Bailloud, 1969) ; 16, 18, 19) Taïmanga ; 17) Oum el Adam (Style Taïmanga) d’après Courtin, 1969) ; 20 à 26) Kirkissoy, (d’après Vernet, 1996).

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Sahara préhistorique Le Site 55, d’une surface de 750 x 500 m, est un site de débitage. Il supporte des monticules d’une centaine de m2 et de 1 à 2 m de haut, formés de restes de débitage et de nucleus, placés à quelques mètres d’affleurements ayant fourni le matériau. De gros éclats étaient enlevés à la roche en place, puis débités, générant une matière première très homogène dans chaque monticule. Le Site 48, à 2 km du Site 55, s’étend sur 1,5 km et 150 m de large de part et d’autre d’une petite barre rocheuse. Il est daté de 3265 ± 100 (Pa811) et 3260 ± 100 B.P. (Pa810) (1680-1430 et 1680-1430 av. J.-C.). D’un côté de la barre rocheuse, le matériel est mêlé, des outils paraissent usés, on trouve des cendres et des os brûlés, ainsi que des fragments de métal. De l’autre côté de la barre, de gros blocs de grès disposés en cercle ont fait songer à des emplacements de tentes. Des amas plus ou moins importants de matériel lithique comportent les uns exclusivement des outils, les autres des restes de taille, nucleus et débitage. Deux zones étaient spécialisées dans la fabrication ou le stockage des grattoirs ; dans l’une, amas de 1 m de diamètre, L. Bonabel a identifié uniquement des grattoirs souvent posés sur l’avers, dans l’autre, ils avaient tous une forme de goutte, les fronts étaient variés, tous étaient façonnés dans un quartzite très fragile, ne pardonnant pas la moindre erreur de taille. Le Site 75, distant de quelques kilomètres, est daté de 4445 ± 80 B.P. (33402930 av. J.-C.) (Pa 290) ; plusieurs amas ou nappes de 1 m de diamètre renferment chacun de 20 à 150 grattoirs. Ce sont généralement des pièces courtes, à front développé jusqu’à être circulaire, beaucoup ont une forme sub-triangulaire. La céramique abonde et des structures circulaires identiques à celles du site 48, s’y retrouvent. Le « Néolithique saharien » de Grébénart D. Grébénart a nommé « Néolithique saharien » une culture qu’il a identifiée dans les plaines de la région d’Agadez, autour de la falaise de Tiguidit. Les habitats sont souvent très étendus, toujours peu fournis en matériel, un peu plus riches au nord sur la bordure occidentale de l’Aïr. L’industrie lithique dispose toujours de grattoirs, de grosses pièces polies ou à retouche bifaciale. Les haches sont nombreuses ; à In Tuduf, site qui a livré un bovin qui pourrait être un zébu, Bos taurus indicus, un dépôt de haches taillées comportait 25 pièces entières. La céramique (fig. 56) est particulièrement abondante, souvent retrouvée entière ; Orub a ainsi livré 49 vases reconstituables ou restituables1. Chin Tafidet Reconnu en 1976 dans l’Ighazer wan Agadez, le site de Chin Tafidet a été fouillé en 1977 et 1981 par F. Paris. Il couvre 220 x 100 m et a été daté de 4555 ± 130 à 3325 ± 260 B.P. (3500-3080 à 1940-1320 av. J.-C.). Le matériel lithique comprend, en petit nombre, des grattoirs museau ou caréné, racloirs, quelques têtes de flèche et pièces foliacées de médiocre facture, de nombreux broyeurs 1 .- Il y a lieu de distinguer les récipients retrouvés brisés et qui peuvent être tout ou partiellement remontés, dans ce cas, quand il est possible de restaurer la partie manquante, ils sont assimilés à des vases entiers et on parlera de « reconstitution ». Dans le cas, fréquent, où les tessons ne sont pas jointifs mais permettent de dessiner la forme du vase, on parlera de « restitution ».

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie et percuteurs de dimensions variées, mais pas d’outillage osseux. La poterie, sphérique ou ovoïde, à ouverture resserrée, est faite par martelage, ce qui peut expliquer le grand nombre de percuteurs présents ; de forme sphérique, elle est entièrement décorée, le plus souvent de ponctuations au peigne. Elle dispose de quelques pièces de forme ovale à ouverture concave. Aux deux extrémités, se trouve une zone d’inhumations humaines et la partie centrale est occupée par deux secteurs d’inhumations animales. Les inhumations humaines et animales paraissent contemporaines, les premières sont datées entre 3910 ± 150 B.P. (Pa1054) et 3375 ± 150 B.P. (Pa1043) (2620-2140 et 1880-1520 av. J.-C.). La plupart des morts repose en décubitus latéral demifléchi, avec une tendance à l’orientation est-ouest pour ceux qui reposent sur le côté droit, ouest-est pour ceux qui reposent sur le côté gauche. Des éléments de parure, de poterie sont exceptionnels. Le site a été occupé par une population négroïde qui vivait essentiellement de pêche, élevait des bovins et des chèvres mais pas de moutons. La présence d’ossements de chat pose la question de leur consommation. In Taylalen I Quelques kilomètres à l’est d’In Gall, le site d’In Taylalen I s’étend sur 40 x 30 m. Non daté, pour D. Grébénart, il pourrait être contemporain de la fin de ce qu’il nomme Cuivre I ou des débuts du Cuivre II. Une fouille a porté sur 120 m2 et livré de nombreux nucleus, globuleux et très irréguliers pour la plupart, des éclats de débitage, peu d’outillage1, peu de matériel de broyage. Il comporte des grattoirs en forte majorité simples sur éclat, tous de taille réduite (14 à 40 mm), des éclats à coches ou denticulés. Les quelques lamelles à dos portent une retouche Ouchtata, les pièces esquillées sont toutes en bois fossilisé qui se trouve dans la falaise de Tiguidit. Les haches ou herminettes sont taillées ou polies, le type boudin est courant. Une tête de flèche est foliacée, quatre sont pédonculées ; les pièces foliacées sont toutes fragmentées. La céramique abonde et quelques vases étaient encore entiers. Dans les parois de l’un ont été retrouvés des caryopses de cram-cram, Cenchrus biflorus. Les formes sont globuleuses, largement ouvertes, peu profondes, sans élément de préhension. Les ouvertures ont un bord droit, le plus souvent à lèvre arrondie, le décor peut alors se limiter à un rang de fausses perforations. Quand le vase est entièrement décoré, le bord est ourlé et, souvent, un registre de hachures au peigne qui peut ou non être souligné de dents pseudo-excisées, entoure l’ouverture. Les ponctuations au peigne sont fréquentes et d’une grande diversité -registres de courbes parallèles, woven mat, semis-, et des groupes d’impressions semblables conduisent à des décors complexes par leur différence d’orientation. Orub Gisement de 180 x 120 m, placé dans un affaissement de la falaise, non loin de Marandet, il fut étudié par D. Grébénart et daté de 3390 ± 100 B.P. (Gif 4173) (1860-1530 av. J.-C.). Il conserve des fragments de couche archéologique à industrie lithique rare, avec meules dormantes et broyeurs. Un sondage a livré 1 .- Cf Annexes p. 576.

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Sahara préhistorique quelques grattoirs, perçoirs, lamelles à bord abattu, pièces à coches, racloirs, microlithes géométriques, une pièce foliacée, une petite hache polie et trois fragments de figurines en terre cuite dont un nettement anthropomorphe. A la surface du site, gisaient plusieurs haches de grande taille, taillées ou partiellement polies. De nombreuses poteries étaient enterrées en bordure ; ce sont des vases de forme simple, généralement sphérique, parfois à tendance ovoïde, sans élément de préhension hormis des anses en bobine. L’ouverture est plus ou moins large, son profil est parfois concave et certains vases peuvent avoir un ergot. Une série porte un col très court, droit ou conique. De ton rouge brique régulier, cette poterie est faite d’une pâte fine, homogène, à rares végétaux. L’ouverture est volontiers entourée d’un registre de croisillons que souligne une ligne de dents pseudo-excisées ; le corps du vase est décoré de motifs en arcs de cercle ou en triangles garnis de ponctuations ou de hachures parallèles se succédant tête-bêche et qui sont souvent agrémentés de pastilles. D’une manière générale, les impressions sont profondes. Des poteries aux mêmes motifs profonds se retrouvent à Anyokan Site 201. Le « Néolithique sahélien » de Grébénart Parallèlement à Néolithique saharien, D. Grébénart a utilisé le terme Néolithique sahélien pour désigner un ensemble de sites datés du 2ème millénaire qu’il a reconnu dans la partie orientale de la falaise de Tiguidit. Leurs emplacements qui ne dépassent pas la falaise, ont développé l’idée d’un déploiement vers le sud. Ils disposent d’une poterie originale : des récipients à col évasé, parois épaisses, de formes simples à tendance ovoïde plutôt que sphérique, certains à fond plat. Une pièce insolite, allongée et étroite, en forme de flacon à fond plat, n’a pas d’ouverture. La décoration est caractéristique avec des croisillons, des registres de hachures pointillées qui peuvent se succéder en étant, ou non, jointifs. Quelques vases ont reçu un engobe rouge, soigneusement lissé, qui peut les recouvrir partiellement ou totalement, être disposé en registres ; l’engobe peut être associé à un décor dans la masse, voire s’y surimposer. Il est possible que ces populations aient entretenu des relations avec celles de l’Age du fer que les dates montrent contemporaines. Chin Wasararan 117 Chin Wasararan site 117 occupe un rayon de 300 m sur le sommet et les flancs d’une dune ancienne. La poterie abonde : des tessons couvraient le site, des vases étaient partiellement enterrés, des fosses contenaient des tessons et souvent du charbon, ce qui a permis de les dater entre 3160 ± 95 et 2795 ± 105 B.P. (Mc1700 et Mc 1701) (1520-1270 et 1110-830 av. J.-C.). Une pâte riche en végétaux a été utilisée pour monter des parois épaisses ; divers tessons rapportent l’existence d’anses, peut-être de faisselles et de formes flacons. D. Grébénart a distingué deux formes privilégiées de récipients, les unes avec col, les autres sans. Ceux à col ont des dimensions variables, leur surface peut être mal lissée, souvent sans décor ou porter simplement un rang de poinçonnage ; ils peuvent être entièrement ou partiellement engobés et leur surface est alors lissée. Ceux sans col sont des bols dont le décor entoure seulement l’ouverture

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie ou qui ont été totalement ou partiellement engobés. L’industrie lithique, très rare, comporte quelques grattoirs, pièces esquillées, denticulés et une tête de flèche. Le matériel de broyage abonde. Aucune trace de métal n’a été observée. Divers sites, dont Efey Washaran 149, Tamat 155, Mio 169, Afunfun 176 et 179 présentent des traits identiques. Mio 169 est daté de 3170 ± 90 B.P. (Mc 2395) (1600-1320 av. J.-C.), Afunfun 179 de 3030 ± 100 (Gif 5178) (1410-1130 av. J.-C.), Efey Washaran 149 de 2875 ± 105 B.P. (Mc1703) (1210-920 av. J.-C.). Le faciès A du Haut Tilemsi J. et M. Gaussen signalent ce faciès (fig. 57) dans divers sites à l’ouest de l’Adrar des Ifoghas, dont Hamoud Nechek1, Asselar, Aguendemen, et le rapporte au 4ème millénaire. Il est riche en grattoirs dont presque tous les types existent, en microlithes géométriques, 20 à 30 %, qui sont fréquemment des segments et peuvent atteindre de grandes dimensions. Les lamelles à dos, les mèches de foret sont courantes. Les têtes de flèche montrent une préférence pour les formes triangulaires à base concave ou les formes foliacées ; leurs bords peuvent être encochés, denticulés. Il y a peu de pièces à pédoncule et un nombre non négligeable d’ankyroïdes. Malgré l’abondance des microlithes géométriques, il n’y a pas de microburin. Des pointes d’Ounan sont présentes, mais jamais en nombre. Le matériel poli, en particulier les gouges, les herminettes, et le matériel de broyage abondent, façonnés dans des roches métamorphiques ou éruptives. Les outils à gorge sont courants, de formes et dimensions très variées. Les restes osseux sont très réduits, un fragment de harpon provient de Aguendemen. Malgré son abondance, l’œuf d’autruche ne semble pas avoir été utilisé à la fabrication de rondelles d’enfilage, aucune n’ayant été notée. La parure consiste en grains de collier en stéatite, labrets en quartz, anneaux de bras en roche tendre. La forme des vases est peu variée, globuleuse, sans brusque variation de courbure, sans élément de préhension, les bords sont volontiers renforcés par un bourrelet et il existe des couvercles. La pâte est faite à l’aide de dégraissant sableux, de végétaux et de chamotte. Le décor, riche, peut associer plusieurs motifs d’impressions ou incisions dans la masse, souvent après engobe ; il peut se développer sur les deux faces avec, toujours, des impressions pivotantes à l’intérieur. Un décor complexe peut s’organiser en registres. Le motif dominant est la dent, on trouve aussi des cannelures, des incisions verticales, des impressions de peigne fileté souple, peut-être un moulage sur vannerie ou un décor à la roulette. A proximité du bord, un rang de dents pseudo-excisées s’associe aux autres motifs. Chaque site offre quelques traits particuliers. A Asselar, la poterie porte un décor de damiers qui paraît provenir d’un croisillon fait sur pâte molle dont les cases se sont rétrécies lors du retrait dû à la dessication. A Aguendemen, de nombreux fragments de vases en stéatite ont fait songer à un atelier. La faune renferme des silures, Lates niloticus, crocodiles, phacochères, rhinocéros, antilopes. Asselar Asselar est une cuvette en bordure ouest de l’oued Tilemsi, très connue par la qualité des eaux que fournissent les puits creusés au centre. Les rives 1 .- Cf Annexes p. 577.

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Sahara préhistorique

Fig. 57 - Néolithique récent du Tilemsi. En haut. Faciès A : 1) grattoir ; 2) grattoir circulaire ; 3) trapèze à sommet retouché ; 4, 6, 7, 18) têtes de flèche à tranchant transversal ; 5, 9) trapèzes ; 8, 19) armatures ankyroïdes ; 10, 24) mèches de foret ; 11, 22) perçoirs ; 12, 29) grands segments ; 13) lame à dos arqué ; 14, 26) segments ; 15) lamelle à retouche Ouchtata ; 16) triangle scalène ; 17, 20) têtes de flèche à base concave type tour Eiffel ; 21, 32) têtes de flèche à base concave ; 23) pointe de Foum Seïada ; 25) lamelle à dos et base tronquée ; 27) lame à dos partiel ; 28) pointe d'Ounan ; 30) tête de flèche pédonculée ; 31) tête de flèche foliacée. En bas. Faciès T : 1) perle en début de perforation ; 2, 3, 7, 10) perles type Telataye ; 4, 14) têtes de flèche pédonculées ; 5, 6) têtes de flèche foliacées ; 8, 9) perles en pierre ; 11) labret ; 12, 13) têtes de flèche à base concave ; 15) pointe de Tin Bordal ; 16) bec multiple ; 17) bec simple. (d'après Gaussen, 1988).

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie

Fig. 58 – Néolithique récent du Tilemsi. En haut. Faciès K : 1) lamelle à dos rectiligne et base retouchée ; 2, 9, 10, 13) perçoirs ; 3 à 5) flèches-oiseaux ; 6, 7) grattoirs à pédoncule ; 8, 17) pointes du Tilemsi ; 11, 15) mèches de foret ; 12) hache-spatule ; 14, 16) tamponnoirs ; 18, 19) figurines ; 20) cylindre en céramique. En bas, Faciès B : 1, 2) pièces en T ; 3, 4) têtes de flèche à bords denticulés; 5, 6) grattoirs ; 7) pilon à extrémité piriforme. (d'après Gaussen, 1988).

abondent en sites renfermant souvent des restes humains dont l’un fut ramené en 1927 par la mission Draper-Augieras et étudié par M. Boule et H.V. Vallois. La connaissance d’un des sites les plus importants est due à J. et M. Gaussen. Sur 3 ou 4 hectares, le sol était jonché de coquilles de mollusques essentiellement de Melania, de restes de poissons -surtout des silures pouvant atteindre une grande taille-, de phacochères, gazelles, antilopes, rhinocéros. L’industrie lithique1, abondante, a livré plus de 2000 pièces ne comportant que des grattoirs 21,2 %, microlithes géométriques 49,5 %, armatures 25,1 % et du matériel poli 1 .- Id.

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Sahara préhistorique 4,2 %. Les grattoirs bien que d’une grande variété de formes, privilégient nettement le type simple sur éclat et les têtes de flèche, les types triangulaires à base concave. Le matériel poli comprend de nombreuses haches souvent à gorge, des herminettes, des fragments d’anneaux, des pierres à rainures. Quoique pauvre, le matériel osseux a livré trois fragments de hameçons. La céramique est très fragmentée en raison du passage fréquent des troupeaux pour rejoindre les puits ce qui rend son examen délicat. Elle est souvent décorée de damiers, un décor particulier à ce site, est un motif pastillé fait de micro-pastilles de 2 à 3 mm, serrées les unes contre les autres. Le faciès K Tout comme les faciès T, B, le faciès K (fig. 58) a été dénommé par J. et M. Gaussen. Il se développe en bordure du Tilemsi, de Aguelock à Gao. Il se caractérise par une armature dite « pointe du Tilemsi » (fig. 89) qui constitue une part importante de l’industrie (15 à 25 %). Les armatures pédonculées sont par ailleurs nombreuses, ce sont des pièces étroites à arêtes convexes ou convexo-concaves et pédoncule court. Elles ont été façonnées après chauffage de l’ébauche, ce qui n’est pas le cas des autres armatures. La forme dite « flècheoiseau » (=d13), à ailerons en forme d’ailes (fig. 89), est fréquente. Les grattoirs, rares et atypiques, comprennent parfois une pièce originale, caractéristique, à front arrondi et qui est pourvue d’un pédoncule (fig. 89). Les perçoirs, les lamelles à dos ainsi que des pièces foliacées bifaciales qui peuvent être asymétriques, sont courants. Il n’y a pas de microlithes géométriques. Le matériel osseux est bien conservé, dominé par les poinçons. Le matériel poli abonde, y figurent une petite hache dite hache-amulette dont la taille peut ne pas dépasser celle d’un ongle et une hache spatule au corps cylindrique et tranchant évasé (fig. 59) qui paraît propre à ce faciès. Les polissoirs sont nombreux. Les objets de parure abondent, grains de collier en pierre dure, pendeloques ; il n’est pas certain que les anneaux en calcaire, en schiste, voire en céramique, soient des bracelets, leur lumière allant de 3,5 à 7,5 cm. Les poteries ont des formes globuleuses, à ouverture plus ou moins large, certaines sont munies de col. De rares fonds plats sont obtenus par apport secondaire de pâte sur un fond arrondi. Les éléments de préhension sont exceptionnels, mais il existe des becs verseurs. La pâte céramique a été dégraissée à l’aide de quartz, chamotte ou accessoirement de végétaux. Le façonnage pourrait être fait par martelage. La surface est généralement polie, peut avoir des ajouts de cordons et de pastilles. Le motif le plus fréquent est l’impression au peigne fileté souple ; il s’organise en registres symétriques juxtaposés ou séparés par une bande réservée. Les décors composés sont courants, un pastillage pouvant intervenir dans les compositions ; les plus fréquents sont des motifs en demi-cercles concentriques associés à d’autres éléments, des V emboîtés dont l’ouverture s’appuie sur l’orifice du vase. Un objet propre au faciès K est un cylindre (fig. 58), souvent couvert d’un enduit ou d’une peinture monochrome qui respecte des motifs dans la masse. Plusieurs figurines représentent des animaux d’identification difficile et des hommes toujours acéphales.

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie Le faciès K se développe le long des vallées du Tilemsi et de l’Anchaoudj où une vingtaine de sites semblables ont été inventoriés. Il est bien connu par les sites de Karkarichinkat-sud, Karkarichinkat-nord, Nilkit Aoudache, Smar Smarren, Km 110, In Arabou, Eblelit, Nilkit Mich. A In Arabou, de très nombreuses pierres à rainures ont été retrouvées ; en grès pour la plupart, elles n’excédent pas 8 cm de long, portent de multiples rainures en U ayant 6 à 10 mm de large qui se recoupent sous les angles les plus variés. A Eblelit, le matériel est disposé par plages de 10 à 20 ares séparées de 20 à 100 m, qui correspondent probablement à des enclos. Station très riche, elle renferme en nombre des grattoirs et rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche. Elle a livré deux perles en pâte de verre dont une de type Zanaga, type dont la fabrication qui a perduré en Tchécoslovaquie, a commencé en Egypte avant l’ère. Certains sites, Ilouk, Gadaoui, Lagreich, paraissent des regroupements d’artisans fabricants de perles. Ilouk A Ilouk, une dizaine de plages d’occupation, de dimensions variables, repose sur une dune. Chacune dispose d’un outillage typique du faciès K et de rares éléments d’outillage osseux, céramique, faune ; à 200 m se trouvent cinq plages jonchées de restes de fabrication de haches, ciseaux et pics, et un atelier de fabrication de perles en cornaline. Celui-ci est une surface de 100 x 20 m, flanquée de quatre plages circulaires de 6 m chacune, couvertes de fragments de perles. La fabrication des perles utilise une technique particulière : débitage par percussion directe, peut-être après chauffage, dégrossissage des éclats par enlèvements centripètes, puis choc latéral pour détacher un éclat plus ou moins circulaire et créer une surface plane. La perle était alors régularisée pour obtenir un cylindre de 6 à 12 mm de diamètre et 4 à 10 mm de hauteur, aux flancs plus ou moins concaves. La dernière opération, très traumatisante, permettait la perforation par piquetage au tamponnoir. Ce dernier objet, très fréquent sur le site, est une épaisse lamelle à section triangulaire ou polygonale, portant à une extrémité d’innombrables écaillures, à l’autre des micro-enlèvements parallèles à l’axe de la pièce. Les ateliers de perles sont fréquents dans ce secteur et chacun présente des traits particuliers. H. Lhote en a découvert un à Gadaoui, en 1939, où seul le quartz et un probable quartzite ont été utilisés comme matière première. G. Calegari en a retrouvé un à Taouardeï où les perles sont faites dans une calcédoine colorée allant du jaune au rouge brun dont un affleurement a été identifié à 5 km. Elles ont été fabriquées par percussion à l’aide d’un objet pointu. A Taguelalt, J. et M. Gaussen ont reconnu une autre technique de perforation produisant une lumière parfaitement cylindrique à l’aide d’un abrasif entraîné par une tige de bois qui, pensent-ils, pourrait être une épine d’acacia montée sur un mandrin animé d’un mouvement de rotation. Karkarichinkat Les gisements de Karkarichinkat, 80 km au nord de Gao, ont été identifiés dans les années cinquante et ont fait l’objet de nombreuses récoltes et de diverses études. Il est difficile d’apprécier leur appartenance au Néolithique ou

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Sahara préhistorique à l’Age des métaux, A.B. Smith ayant décelé par examen microscopique des traces de cuivre sur les parties usées de certains outils.

Fig. 59 - Haches spatules. (Origine : Tilemsi. d'après Gaussen, 1988).

Les gisements forment deux buttes, Karkarichinkat-nord et Karkarichinkat-sud, distantes de 6 km, qui dominent de 5 à 6 m, une vaste zone plane ; à l’époque néolithique, durant l’hivernage, elles devaient être transformées en îles. Karkarichinkat-nord est daté de 3950 ± 90 à 3620 ± 80 B.P. (N1396 et N1398) (2570-2300 à 2130-1830 av. J.-C.), Karkarichinkat-sud de 3960 ± 180 à 3310 ± 110 B.P. (N1395 et Gif851) (2860-2200 à 1740-1450 av. J.-C.). Ce dernier occupe une surface de l’ordre de 3 hectares. La couche archéologique qui dépasse 2 m en divers endroits est un niveau sableux chargé de cendres, riche en coquilles, restes de poissons, ossements de mammifères, phacochères, girafes, hippopotames, antilopes hippotragues et tragelaphes, gazelles dorcas et rufifrons, petits carnassiers. On y trouve du bœuf domestique. L’industrie lithique comporte des têtes de flèche, lames retouchées, mèches de foret, burins, racloirs ; J. et M. Gaussen remarquent la fréquence du matériel brut et des esquilles de silex caractérisant un débitage sur place alors que les nucleus sont presque totalement absents. Les broyeurs, les bolas abondent, le reste du matériel lourd a dû être emporté par les populations récentes qui le réutilisent volontiers. Les objets de parure sont rares, peut-être pour la même raison ; ils comportent surtout des grains de collier. L’industrie osseuse comprend un hameçon. Divers fragments de crânes humains ont été recueillis par R. Mauny et un squelette par J. et M. Gaussen. Lagreich Lagreich est un ensemble de stations des bords de l’oued Ichaouan, à peu près de même configuration. Lagreich 1 occupe divers monticules pouvant être

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie élevés de 7 à 8 m, il est vu comme une véritable zone artisanale à proximité d’affleurements de silex, devenus quasiment des champs, sur lesquels étaient taillées des ébauches ovoïdes longues de 25 à 30 cm ; l’absence de percuteur pourrait s’expliquer par une première attaque thermique. Des buttes de silex sont dues aux déchets de confection de haches et de pics. Auprès d’elles, se trouve un atelier de fabrication de burins où presque tous les types sont présents, certains faits aux dépens de pièces polies ; la proximité d’un atelier de perles permet de supposer qu’ils servaient au débitage de lamelles robustes et étroites, base de tamponnoirs utilisés pour percer. Lagreich 2 à quelques kilomètres du précédent, spécialisé dans les mêmes objets, y ajoute une production de pièces foliacées. Bien que l’on ne dispose que de fragments, leur forme asymétrique paraît appartenir à deux types, l’un à ergot, l’autre en virgule. Singularité de la station ou aménagement secondaire ?, lors de sa découverte, deux groupes de haches taillées alignées, distants de 25 cm, comportaient l’un uniquement de grandes pièces, l’autre uniquement des petites. Le faciès B Il occupe le même espace que le faciès K, le débordant quelque peu vers le sud jusqu’à Gao. La station type est In Begouen et il est connu à In Aoukert, Gao-hydrocarbure. J. et M. Gaussen le rapprochent du faciès K, il en diffère par l’absence totale de pointe du Tilemsi. Les grattoirs constituent l’autre particularité, rares dans le faciès K (0,5 %), ils peuvent ici représenter le quart de l’industrie lithique, voire davantage ; les plus courants sont les types simples sur éclat puis sur lame retouchée ou non. Les armatures possèdent souvent des bords denticulés. Les formes privilégiées sont pédonculées, le pédoncule est souvent spatulé, plutôt court, à peine dégagé d’ailerons en crochet. Des formes triangulaires à base rectiligne ou concave sont également fréquentes ; certaines à base concave très prononcée rappellent les formes du Fayum. Le gros outillage est moins fréquent que dans le faciès K, les grandes haches et les haches spatules manquent, le matériel de broyage est assez rare. Il existe une pièce particulière, un pilon à extrémité piriforme (fig. 58) en grès fin. La parure, abondante, comporte de nombreuses pendeloques, des perles en amazonite, des labrets pour la plupart en quartz. La céramique dispose de grands vases globuleux, de 50 cm de haut, 40 cm de diamètre maximum, aux parois épaisses, jusqu’à 4 cm, dont l’ouverture est légèrement éversée, qui sont entièrement couverts d’un décor fileté. Les pastilles et les compositions n’existent pas, mais les cordons crénelés sont courants. In Begouen présente quelques originalités avec des plages d’occupation de 10 à 40 ares et un assez grand nombre de pièces en T qui ne se trouvent pas dans les autres sites. Le faciès T Développé dans le secteur de Télataye, le faciès T utilise des roches siliceuses variées, dispose d’un faible pourcentage d’armatures 1 %, qui ont des formes pédonculées, foliacées ou à base concave ; J. et M. Gaussen ont noté une forme particulière élancée, à retouches non couvrantes qu’ils nomment pointe de Tin Bordal (fig. 89). Les grattoirs abondent, 18 à 25 %, les instruments à bord

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Sahara préhistorique abattu, en particulier les mèches de foret, sont nombreux. Une pièce caractéristique est un bec sur éclat massif qui peut être multiple. Les pièces à coches et denticulés, les pièces à retouche continue sont courantes et il n’y a pas de microlithe géométrique. Le matériel poli est rare. L’industrie osseuse est peu abondante, dominée par les poinçons. La céramique est caractéristique, la pâte était dégraissée avec du mica sauf pour les récipients à paroi épaisse qui ont employé la chamotte. Les formes sont globuleuses et peuvent être nanties de pied, les bords ont des formes très variées. Le décor reste le plus souvent limité autour de l’ouverture. Les motifs courants sont des dents, chevrons, lignes ondulées type wavy line, demi-cercles, lignes brisées, il n’y a ni motif en relief, ni décor composé. Les objets de parure abondent. Les cinq stations de Télataye possèdent chacune un atelier de fabrication de perles. Les perles de Télataye sont des disques de cornaline aplatis, de 20 mm de diamètre et 6 mm d’épaisseur, elles peuvent être brutes de taille ou polies totalement ou partiellement. J. et M. Gaussen ont pu préciser les modalités de fabrication : les sommets de l’ébauche obtenue de diverses manières étaient arasés par frottement, puis un piquetage bipolaire et alterne permettait la perforation qui était probablement obtenue à l’aide des becs. Le faciès Ine Sakane Le faciès Ine Sakane (fig. 60) a été défini par M. Raimbault à partir des travaux menés en 1980 par les missions du Laboratoire du Géologie du Quaternaire (Marseille) dirigées par N. Petit-Maire. La fréquentation humaine de la bordure sud-est de l’erg Ine Sakane est liée à un paléolac alimenté par des sources ou à une paléovallée entrecoupée de petits barrages naturels. Les gisements du faciès Ine Sakane peuvent être vastes, occupant plusieurs hectares, ou réduits à de petites stations de quelques mètres carrés. L’industrie lithique est en quartz, en roche siliceuse noire, silex et quartzite. Elle a produit des pièces courtes, mal définies typologiquement. Le quartz a servi à la production de petits galets aménagés, de petits grattoirs, de petites lamelles et de microlithes géométriques. Il a également servi à la production d’un fort pourcentage de pièces brutes de taille qui, toutes, ont la forme d’un segment à dos cortical, rappelant ainsi que les aménagements par retouche ne sont pas seuls à faire l’outil. La partie lamellaire de l’outillage est faite dans les autres roches. Les têtes de flèche sont fréquemment pédonculées et portent volontiers un seul aileron. En MK42, se trouvaient des pendeloques en forme de hameçon, modèle connu aux confins du Tanezrouft, à Bordj Mokhtar, Akreijit... Le matériel poli est abondant avec des haches, herminettes, gouges, le matériel de broyage est courant. La poterie est de bonne dimension, d’un diamètre supérieur à 30 cm, ses parois sont épaisses, les cols sont rares, les bords souvent ourlés ou roulottés. Un décor couvrant utilise des motifs incised wavy line à ondes courtes, beaucoup de dents ou de flammes, de ponctuations. Des tombes sont situées dans l’habitat ou à proximité. Des restes humains reposant en décubitus latéral droit plus ou moins fortement fléchi, retrouvés dans divers sites, ont donné des dates qui s’échelonnent entre 4710 ± 120 B.P. (Gif5818) et 2850 ± 100 B.P. (Gif5440)

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie (3640-3370 et 1210-900 av. J.-C.), ce qui correspond au second épisode lacustre de ces régions. AZ21 est un des plus vastes gisements de la région avec une surface de 500 x 150 m. L’outillage est riche en haches polies, comporte du matériel de

Fig. 60 – Néolithique récent du Sahara méridional. Industrie lithique : 1) grattoir sur éclat retouché ; 2) grattoir ; 3) scie ; 4) éclat denticulé ; 5) pointe d'Ounan ; 6, 13) pièces foliacées ; 7) tête de flèche triangulaire ; 8, 9) têtes de flèche foliacées ; 10) tête de flèche à base concave ; 11) racloir sur lame ; 12) racloir convergent ; Industrie osseuse :14, 15) fragments d'outils à décor de croisillons. Poterie : 16) pied de poule ; 17) damier+croisillons ; 18, 20) croisillons+flammes ; 19) fileté+pied de poule+lignes pointillées ; 21) dents ; 22) boulier type Leiterband ; 23) pseudocordé ; 24) festons. (Origine : 1, 2, 5, 11,13) MK13, 3, 4, 6 à 10,12) MN14, 14, 15) MN36, 17) In Silouf, 18) Tin Astel 2, 20) Anezrouft, 21) Oued Oukechert, 22, 23) MK36, 24) AZ21 (d'après Raimbault,1994) ; 16, 19) Tagnout Chaggeret. (d'après Petit Maire, Riser 1983).

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Sahara préhistorique broyage et une industrie taillée banale, de nombreux restes osseux, éléments de parure -rondelles en test d’œuf d’autruche que la mise au jour d’une pierre à rainure suppose fabriquées sur place, perle en cornaline-, poteries où les motifs woven mat sont bien représentés. Il renfermait de nombreux ossements animaux, essentiellement de bovins. Les restes de six individus en ont été retirés. Le gisement est daté entre 3990 ± 130 et 3600 ± 180 B.P. (Gif5442 et Gif5441) (2840-2290 et 2200-1690 av. J.-C.). Des sites comparables sont plus anciens. AZ41 dispose d’une poterie provenant de grands pots de 30 cm de diamètre, fréquemment décorés de dents, faits avec une pâte à dégraissant minéral. Il a livré des restes humains et est daté de 6760 ± 130 B.P. (UQ) (5770-5530 av. J.-C.). MK6, dans lequel la poterie porte des motifs de dotted wavy line et incised wavy line, serait l’occupation la plus ancienne ; l’incised wavy line y résulterait d’une impression roulée et non d’une incision comme dans la vallée du Nil. Des tumulus sont fréquents au voisinage des sites, mais n’ont pas été datés. Ce sont de petits monticules de 0,5 à 1 m de haut, 1 à 2 m de diamètre recouvrant quelques grosses dalles qui ferment la fosse funéraire ; ils sont parfois isolés, généralement regroupés en nécropole d’une trentaine de monuments. Les fouilles ont surtout livré des restes d’enfants, ils reposaient en décubitus contracté ou fléchi, portaient parfois de la parure, des perles, l’un avait un labret. Ils appartiennent à un peuplement de type proto-méditerranéen. Le faciès du Pays rouge Au nord du Mali, à la suite de Th. Monod, M. Raimbault nomme faciès du Pays rouge, un ensemble1 qui, vers 4500 B.P. (3200 av. J.-C.), se développe au sud-est du faciès Oum el Assel, dans la cuvette de Taoudeni, jusqu’à El Guettara. Les sites sont souvent installés sur les dépôts lacustres. MT29 est daté de 5610 ± 150 B.P. (Pa1116) (4670-4260 av. J.-C.). MT32 de 4525 ± 120 B.P. (Pa1070) (3490-3020 av. J.-C.), MT4 de 3910 ± 130 B.P. (Pa 1145) (2570-2150 av. J.-C.). Ce faciès se distingue du faciès Oum el Assel par l’augmentation substantielle des grattoirs, le peu de lames ou lamelles à dos, de microlithes et d’armatures, une poterie peu décorée. L’industrie fait un ample usage du quartz et d’une roche siliceuse noire qui privilégie le débitage de lamelles. Elle est dominée par les grattoirs qui peuvent atteindre jusqu’à 40 % de l’industrie taillée, suivis des pièces à coches, racloirs, perçoirs en majorité des mèches de foret. L’outillage poli et le matériel de broyage sont inégalement représentés. La poterie porte souvent un col, des lèvres plates ou arrondies. La pâte est préparée à l’aide de dégraissant végétal. A proximité de MT32 se trouve une petite nécropole réunissant des tumulus dont deux à antennes. La fouille de l’un a montré un individu non mechtoïde, reposant en décubitus latéral droit fléchi. Les deux squelettes découverts en 1959 par J. Fabre à Aïn Guettara, dont l’un est rapporté à un type méditerranéen, proviennent de la limite sud de cette zone. Les deux sujets, masculins, reposaient 1.- Cf l’industrie des sites MT29, MT32, MT10A p. 576.

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie sur le côté droit en position repliée, orientés est-ouest, quelques perles en test d’œuf d’autruche paraient l’un d’eux. Les villages à enceinte A l’ouest de l’Adrar des Ifoghas, passée la vallée du Tilemsi, des sites originaux, de dimensions variables, entourés d’une enceinte sont établis dans les zones basses, position mise en relation avec la proximité de l’eau par M. Raimbault. L’enceinte de forme sommairement sub-circulaire à ovalaire est sinueuse, coupée d’interruptions qui peuvent être importantes. Ce sont des murs bas à double parement dont l’épaisseur va de 0,40 à 0,70 m, qui étaient probablement surmontés d’épineux. On est tenté d’y voir des systèmes de protection. A l’intérieur se rencontrent des vestiges d’activités domestiques -outillage taillé, poli, meules et molettes, ossements animaux, charbons- et des tombes. Les tombes peuvent également se trouver à l’extérieur de l’enceinte. La culture matérielle n’est guère connue qu’à Anezrouft1. L’industrie est taillée dans des matériaux très divers, provenant vraisemblablement des épandages. Elle comporte de nombreux grattoirs, jusqu’à 40 %, des coches et denticulés, racloirs, perçoirs, retouches continues. Les têtes de flèche et microlithes géométriques sont fort rares. Le matériel poli abonde sous forme de haches de formes diverses, toujours entièrement polies. Le matériel de broyage est courant, ainsi que des bolas, des percuteurs, pierres à rainures, disques et anneaux de pierre. Il y a peu d’industrie osseuse ou de test d’œuf d’autruche. La poterie, de forme sphérique, est diversement décorée, croisillons, dents, flammes, ponctuations. La lèvre peut être large et porter des ponctuations, des hachures. Les restes osseux appartiennent à des bovins pour le plus grand nombre ; ils sont associés à de grandes antilopes, à des girafes. Anezrouft est daté de 3920 ± 100 B.P. (Pa172) (2560-2210 av. J.-C.). Des sites de même culture, également en terrain plat mais sans enceinte, pourraient être plus anciens. La question des relations de cette population avec les gravures de l’Adrar des Ifoghas a été posée.

Un repli vers le fleuve Au Niger, R. Vernet a particulièrement bien souligné la fréquentation élevée des régions voisines du fleuve au cours du 2ème millénaire. A la suite de R. Mauny, il voit l’assèchement des lacs engendrant la mise en pâturages d’une bande sommairement située entre 18° et 16° de latitude N. Des remarques similaires ont été faites au Mali où M. Raimbault voit un exemple de ce repli à Kobadi, E. Huysecom et al. à Ounjougou. Kobadi Gisement installé à une dizaine de kilomètres de Nampala, sur les bords du delta intérieur du Niger, Kobadi occupe la pente d’un léger talus en bordure d’un paléolac. Il s’étend sur 360 x 15 m, avec une épaisseur qui peut atteindre plus de 1,50 m. Découvert en 1954 par R. Mauny et M. Giengier, il fut signalé 1 .- Id.

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Sahara préhistorique en 1955 par Th. Monod et a fait l’objet de fouilles en 1984, puis 1989 et 1995 par T. Togolo et M. Raimbault. Il est daté entre 3335 ± 100 B.P. (Pa221) et 2415 ± 120 B.P. (Pa223) (1740-1520 et 760-400 av. J.-C). Le matériel archéologique est pauvre en pierres taillées, riche en outillage osseux et en poteries. L’outillage lithique provient de grès, argilite, dolérite ; la présence de phtanite est interprétée par R et S. Mc Intosh comme un signe d’échanges avec les villages du Hodh. Il ne comporte que quelques grattoirs, des pièces à retouche bifaciale ; presque la moitié des outils est polie, ce sont des haches et des têtes de flèche dites pointe d’Enji (fig. 89) dont une variante à base échancrée. Des pierres à rainures qui auraient pu servir à la fabrication de cordages, anneaux en grès, de curieuses pierres à cupules de forme pyramidale sont courants. Les harpons en os abondent. La poterie consiste en vases sphériques sans col, à bord simple arrondi pour les plus courants, qui peuvent se ramener à deux séries selon leur taille, les uns de l’ordre de 20-25 cm, les autres 35-40 cm, voire davantage. L’étude menée par A. Gallin montre des pâtes différentes, à dégraissant de spicules pour les grands qui auraient été orientés vers le stockage, à os broyé pour les petits. La poterie la plus récente aurait utilisé un dégraissant végétal. Les vases sont montés par moulage du fond, puis bandeaux. Ils sont décorés d’impressions diverses souvent filetées, produites à la cordelette roulée, des impressions pivotantes ont créé des dents disposées en éventails emboîtés qui couvrent la moitié du vase. Une faune abondante comporte de nombreux poissons, des tortues, des lamantins, Trichechus senegalensis, animal jamais retrouvé ailleurs, des crocodiles, hippopotames, buffles, antilopes, phacochères, kobs, guibs d’eau Tragelaphus spekei, ainsi qu’un bovin domestique de petite taille à cornes courtes identique à celui que A.E. Smith mentionne à Karkarichinkat. Le site renfermait près d’une centaine de sépultures1 affleurant, la plupart en décubitus latéral contracté. Les défunts présentent des identités avec les populations d’Hassi el Abiod, ce qui a permis de proposer l’hypothèse d’une migration de l’ordre de 600 km. Dans la même région, les fouilles de R. et S. Mc Intosh à Jenné2 ont livré des dépôts plus récents, dans la continuité de ceux de Kobadi. Oungoujou Vers le troisième millénaire, alors que la période montre une aridification graduelle, l’occupation semble s’y intensifier. Elle est connue dans deux sites bien datés entre 4105 ± 55 et 3697 ± 51 B.P. (Ly-1282 et 9441) soit 2860-2595 et 2170-2020 av. J.-C., Ravin sud et 4085 ± 60 B.P. et 3905 ± 45 B.P. (Ly-6540 et 6806) soit 2820-2565 et 2455-2325 av. J.-C. Ravin du hibou. Avec un décor de dotted wavy line, la céramique traduit des migrations venant du Sahara. La pâte renferme un dégraissant de quartz, moins fréquemment de la chamotte et des spicules d’éponges indiquant une fabrication locale pour deux vases retrouvés dans cette formation. Hémisphériques, à ouverture droite, ils sont entièrement décorés à la roulette, l’ouverture de l’un est bordée de quatre rangs de dotted wavy line, celle de l’autre d’un double rang de ponctuations. 1 .- Cf p. 508. 2 .- Cf p. 519.

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Néolithique récent et apparition de la métallurgie Au deuxième millénaire, avec la présence de millet, Pennisetum glaucum, une nouvelle migration est perceptible ; elle est attribuée à des populations venant du nord-ouest. Les sites nombreux, Confluence, Varves..., avec structures d’habitat en pierre, matériel de broyage abondant volontiers réutilisé, débité, transformé en enclume, en percuteur, ne disposent guère de matériel lithique autre. Il est limité à un grattoir, un possible perçoir, des denticulés et des fragments de haches polies. Les armatures manquent alors qu’elles sont nombreuses en surface. Vers 1800 av. J.-C., avec des récipients à col et décors à la roulette, la poterie marque cette arrivée. Jusqu’à 900 av. J.-C., la culture du mil et l’élevage deviennent dominants dans un paysage soumis à des crues saisonnières. L’occupation disparaît vers 400 av. J.C., lors d’un épisode climatique très aride. Les phases A, B, C, D du Zarmaganda Laa partie nord-orientale du Zarmaganda est une région de plaines et collines sableuses où R. Vernet reconnaît plusieurs phases néolithiques successives qu’il nomme A, B, C, D. Il situe la phase A entre 3900 et 3700 B.P. (3100 et 2300 av. J.-C.), B de 3600 à 3400 B.P. (1950 à 1650 av. J.-C.), C de 3400 à 3200 B.P. (1650 à 1450 av. J.-C) et D de 3200 à 2900 B.P. (1450 à 1050 av. J.-C.). Les changements s’opèrent au niveau de la céramique et non de l’industrie lithique qui reste la même. Cette dernière utilise des silex importés de la vallée du Tilemsi et du sud des Ifoghas, du quartz probablement local ainsi que des objets plus anciens ou hors d’usage comme des haches polies. Les outils sont de petite taille, peu nombreux et peu variés. Le site B.14.04, l’un des mieux fournis1, dispose de moins de 150 outils essentiellement des microlithes géométriques -surtout des segments- et des lamelles à dos ; hormis les armatures et retouches continues, les autres outils sont quasi inexistants, mais le matériel de broyage abonde. Il y a peu d’éléments de parure - perles en cornaline et amazonite qui pourraient être importées des Ifoghas, labrets en quartz, bracelets-, ce qui est peut-être lié à des récupérations ultérieures. Les têtes de flèche ont souvent un tranchant transversal ; un type lauriforme fait sur lamelles dont les bords sont plus ou moins abattus prédomine ensuite dans les phases A et B, alors qu’il est supplanté par les types pédonculés en C et des pièces lauriformes à bords dentés en D. Les formes triangulaires, peu fréquentes, manquent en D. La pâte céramique contient un dégraissant sableux fin. Les vases, à base arrondie, sont largement ouverts et peu profonds. Dans la phase A, la lèvre présente le plus souvent un biseau interne. Les vases sont enduits d’engobe rouge assez épais qui peut les couvrir entièrement ou n’affecter qu’une bande impressionnée. Les motifs impressionnés peuvent être couvrants ou non. La plupart est obtenue au peigne, ils consistent en woven mat droits ou courbes, en damiers ; un large registre de flammes peut souligner le bord. Dans la phase B, les formes restent à peu près semblables, mais les lèvres sont volontiers arrondies, l’engobe est plutôt brun que rouge, le décor moins soigné est presque toujours complexe, il peut aussi se limiter à un bandeau de hachures pointillées obliques qui paraissent faites à l’aiguillon de silure. Dans la phase C, les flammes dominent, 1.- Cf p. 577.

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Sahara préhistorique le peigne fileté souple est utilisé ainsi que le poinçonnage, la forme des lèvres est variée mais jamais biseautée. Dans la phase D, les bords sont épais souvent plats, les motifs de dents ou de flammes sont nombreux ainsi que des sillons pointillés parallèles. Le faciès Tin Farad A l’est du fleuve, au nord d’Aroyo, R. Vernet reconnaît un ensemble de sites présentant des traits similaires qu’il rapporte au 2ème millénaire en raison de ressemblances avec ceux du Zarmaganda. Il est possible que ce faciès s’étende au sud d’Aroyo et à l’ouest du fleuve. Les sites sont de grandes dimensions, plus d’un hectare. Une céramique abondante provient de vases sans col pouvant avoir un diamètre à l’ouverture de 15 et 30 cm. Elle est souvent engobée et porte des motifs réalisés au peigne fileté ou à l’estèque qui peuvent couvrir toute la panse ou se limiter à des registres. L’industrie lithique abonde. Riche en microlithes géométriques et têtes de flèche à tranchant transversal, elle renferme