Le grand livre de la langue française 2020336278, 9782020336277

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French Pages 545 [580] Year 2003

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Le grand livre de la langue française
 2020336278, 9782020336277

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SOUS

LA

Marina

DIRECTION

DE

Yaguello

LE GRAND LIVRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

SEUIL

Digitized by the Internet Archive in 2019 with funding from Kahle/Austin Foundation

https://archive.org/details/legrandlivredelaOOOOunse

Le Grand Livre de la Langue française

Sous la direction de

Marina Yaguello

Le Grand Livre de la

Langue française Claire

Blanche-Benveniste,

Françoise Christiane

Gadet,

Émile

Jean-Paul

Genouvrier,

Marchello-Nizla,

Bernard

Tranel &

Thopias

J.

Colin,

Jean

Pruvost,

Marina Yaguello

Ubrôry

trent university P6TERBOROUGH, ONTARIO

OUVRAGE PUBLIÉ AVEC LE CONCOURS DU CENTRE NATIONAL DU LIVRE

Éditions du Seuil 27 rue Jacob, Paris VIe

Pc

.$75 1005

ISBN 2-O2-O33627-8

© ÉDITIONS DU SEUIL, AVRIL 2003

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

www.seuil.com

Sommaire

Introduction.

9

par Marina Yaguello

Le français dans l'histoire.

11

par Christiane Marchello-Nizia

La variation : le français dans l'espace social, régional et international.

91

par Françoise Gadet

La grammaire.

153

par Marina Yaguello

Les sons du français.

259

par Bernard Tranel

La langue parlée.

317

par Claire Blanche-Benveniste

L'orthographe.

345

par Claire Blanche-Benveniste

Le lexique.

391

par Jean-Paul Colin

Les dictionnaires français : histoire et méthodes.

457

par Jean Pruvost

Enseigner la langue française maternelle.

491

par Émile Genouvrier

Index.

543

Table générale.

547

Introduction Marina Yaguello

Ni

ni ouvrage de référence, ce Grand Livre de la Langue française est le résultat d’une collaboration entre universi¬ taires, tous habitués à s'adresser à un public de non-spécialistes. Il se donne pour objectif de faire le point sur l’état de notre langue en ce début du 21e siècle; il prend en compte les deux axes de la variation - variation dans le temps, variation dans l’espace géogra¬ phique et social — et tente de définir la place du français dans le monde d’aujourd’hui. Refusant toute allégeance à une théorie exclusive, l’ouvrage repose sur un socle commun à tous les linguistes : le rejet du point de vue prescriptif au bénéfice de l’approche descriptive. Mais la description ne constitue pas un but suffisant. Encore faut-il expliquer. C’est ce qu’on s’efforce de faire dans ce volume en utilisant les outils de la pragmatique et de l’analyse de discours. En effet, les structures d’une langue sont adaptées aux conditions de leur emploi par une communauté. Il existe une interaction constante entre forme, sens et fonction, qui régit la vie de la langue et en explique l’évolution et la diversification. ». Christiane Marchello-Nizia retrace ici l’histoire du fran¬ çais, avec le souci constant de montrer que tout changement de forme entraîne des compensations permettant de sauvegarder la fonctionnalité de la langue. m Françoise Gadet s’attache à montrer qu’il n’y a pas un mais des français. Marina Yaguello présente les grands traits de la langue à travers un ensemble de «microgrammaires», en s’appuyant sur l’interface entre syntaxe, sémantique et pragmatique. manuel,

9

LE GRAND LIVRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Claire Blanche-Benveniste analyse la langue parlée et décrit les principes et les problèmes de l’orthographe. Elle est éga¬ lement l’auteur d’une présentation synthétique de la morphologie du français. Bernard Tranel donne une vision d’ensemble de la phono¬ logie et éclaire certains traits saillants de notre langue tels que la structure de la syllabe, la liaison et l’élision. Jean-Paul Colin décrit la structure du lexique ainsi que les principes de formation des mots. Jean Pruvost fait l’historique des dictionnaires, dont la France fut dès l’origine le berceau. Enfin, Emile Genouvrier traite du français langue mater¬ nelle et de son acquisition dans le cadre scolaire. L’ouvrage permet une lecture à deux niveaux. Chaque partie comprend un texte principal, qui peut se lire en continu. S’y super¬ pose une série d’encadrés, qui apportent des « coups de projec¬ teur» sur tel ou tel problème d’un intérêt plus particulier, ou qui développent dans le détail un point abordé dans le texte principal.

Le français dans l'histoire Christiane Marchello-Nizia

Chacun de nous aime savoir d’où vient la langue qu’il parle, quelle est son histoire, quelle est l’origine de tel nom de famille ou de lieu. Cette curiosité quant à nos racines contribue à la connais¬ sance et à la compréhension de notre histoire et de notre culture. Ce sont les différents aspects de l’histoire du français que nous examinerons tout d’abord : les origines de cette langue, l’évolution de son statut et de ses emplois, les changements qu’elle a subis au cours des siècles. Les différentes étapes seront jalonnées de textes illustrant les caractères spécifiques de chaque période et la diver¬ sité des emplois. Cette présentation sera illustrée de cartes, de tableaux et de documents qui permettront de visualiser des témoi¬ gnages du passé. On fixe les débuts de la langue française aux premières années du 9e siècle, à la fin du règne de Charlemagne. C’est de cette période que datent les deux premiers témoignages certains de l’existence d’une langue orale reconnue comme différente du latin, et très vite de sa mise par écrit. Sans doute parlait-on depuis des siècles déjà dans ces régions que l’on nomme à présent la France des formes de latin assez dif¬ férentes de la langue que les Romains utilisaient au début de notre ère, il y a plus de vingt siècles. Mais ce n’est que vers le 9e siècle que les locuteurs eux-mêmes ont pris conscience qu’ils parlaient une langue qui n’était plus le latin. Cette nouvelle langue, ils lui inventèrent un nom, mais un nom latin encore : lingua romana rustica, « langue romaine rustique, campagnarde, non cultivée ». Il faudra attendre quelques siècles encore pour que cette nouvelle langue acquière un nom en français : ce sera romanz tout d’abord,

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Ibéro-roman

Carte des langues romanes actuelles

LE FRANÇAIS DANS L'HISTOIRE

puis françois, et français, du nom du pays où elle était parlée. En effet, depuis le 8 siècle, on nommait ces régions Francia, d’après le nom des Francs, les conquérants germaniques qui avaient consti¬ tué cette partie de la France actuelle en entité politique autonome. Et le premier texte qui nous soit parvenu en cette nouvelle langue est celui des Serments de Strasbourg, traité de paix rédigé en 842, qui a été constitutif tout à la fois de la nation française et de la nation allemande. Le français que nous utilisons aujourd’hui ne s’est pas fait en un jour : il est le résultat d’une histoire de plus d’un millénaire. Pen¬ dant ces douze siècles avant le temps présent, notre langue a beau¬ coup changé, comme on le constate lorsqu’on veut lire un texte du Moyen Âge, ou même des 18e ou 19e siècles. À la Renaissance, il aurait été encore impensable d’écrire un ouvrage de philosophie ou de mathématiques en français, seul le latin était utilisé pour cela. Grâce à Descartes et à d’autres, la situa¬ tion a changé. Ces diverses mutations, dans la forme de la langue et dans sa situation institutionnelle, dans ses usages, se sont faites peu à peu, par étapes. Ce sont ces étapes que nous examinerons tout d’abord. Ensuite, nous présenterons un panorama synthétique des changements qu’a connus le français, afin de mieux faire comprendre selon quels grands mouvements il s’est développé. Toutes les langues évoluent, car ce sont des systèmes dyna¬ miques. Découvrir des régularités dans ces changements, c’est comprendre une partie des mystères de cette faculté prodigieuse qu’est le langage, et spécialement le langage humain.

Naissance du français Le français est issu du latin, comme les autres langues romanes, qui sont : le portugais, l’espagnol, le catalan, l’occitan, l’italien (et le sarde, très différent de l’italien standard), le rhéto-roman et le roumain. Le régions où étaient et sont parlées ces langues ont toutes été sous la domination de Rome dans l’Antiquité, et, bien que les populations antérieures aient parlé d’autres langues avant la colonisation par les Romains, le latin oral s’y est implanté et y a évolué : c’est le résultat de cette évolution qui constitue chacune des langues romanes qui sont parlées en Europe aujourd’hui.

13

LE GRAND LIVRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Ainsi, un même mot latin aboutit, dans les diverses langues romanes, à des mots toujours différents, mais qui ont tout de même quelques traits de ressemblance, comme le montre le tableau cidessous :

Les mêmes mots dans les différentes langues romanes Latin

Français

Italien

Espagnol

Catalan

Occitan

Portugais Roumain

claue-



chiave

llave

cl a u

cl a u

chave

cheie

nocte-

nuit

notte

noche

nit

noch

noite

noapte

petra

pierre

pietra

pledra

pedra

peira

pedra

piatra

schola

école

sco la

escuela

escola

escola

eschola

scoal a

uidere

voir

vedere

ver

veer

vezer

ver

(a)vedea

Le latin de Rome était devenu la langue officielle, administra¬ tive et culturelle de la plupart des pays conquis par les Romains il y a environ deux mille ans, entre le 2e siècle avant et le 2e siècle après J.-C. Dans ces provinces occupées et colonisées par les armées romaines, le latin a été peu à peu utilisé dans toutes les circonstances de la vie en concurrence avec les langues parlées alors par les popu¬ lations. Il ne s’agissait plus du latin écrit classique. Transformé par son usage oral et aussi sous l’influence des langues qui étaient uti¬ lisées jusque-là dans les régions nouvellement colonisées, le latin a donné ce que l’on nomme le roman commun. Puis ce roman com¬ mun à son tour s’est différencié fortement selon les pays, donnant naissance aux diverses langues romanes. Il y a trois causes essentielles à ces processus de différencia¬ tion : l’emploi oral dans la vie de tous les jours, qui facilite les changements ; le fait que les diverses provinces conquises par les Romains sont devenues indépendantes politiquement, ce qui a favorisé le développement de particularités ; enfin, dans ces pro¬ vinces, les populations avaient à l’origine pour langue maternelle des langues autres que le latin, telles que le gaulois en Gaule, le ligure sur les côtes méditerranéennes, l’ibérique en Espagne, etc. ; bien qu’ayant disparu plus tard sous l’influence du latin dominant, 14

LE FRANÇAIS DANS L'HISTOIRE

ces langues ont fortement influencé celui-ci. En quelques siècles, tous ces facteurs ont abouti à des langues profondément différentes du latin de Rome, et très différentes entre elles. Ainsi, pour le français, deux langues ont dès l’origine contribué à lui donner sa physionomie particulière : le gaulois, qui a été parlé, mais très peu écrit, sur le territoire de la Gaule pendant sept ou huit siècles, entre le 5e siècle avant et le 4e siècle après J.-C. ; puis le germanique, langue des nouveaux conquérants qui, cinq siècles après les Romains, se sont installés par vagues successives dans tous les pays de Factuelle Europe occidentale. Ces deux langues ont influencé la prononciation, le lexique et la grammaire du latin qui était parlé alors sur le territoire de la future France du Nord. Plus tard, bien d’autres influences se sont fait sentir, comme nous le verrons. Car les langues évoluent par leur dynamique propre, mais elles se modifient aussi et s’enrichissent également par le contact avec les autres langues.

Mots d'origine gauloise : il en reste une centaine en français Animaux: alose, alouette, bièvre («castor»), blaireau, bouc,

limande, lotte, mouton, palefroi, tanche, truie, vautre («chien de chasse »). Arbres : bouleau, chêne, coudrier, if. Autres: ardoise, arpent, auvent, banne («corbeille»)/bannette/ benne, bec, bercer, bief, bille (de bois: billot), borne, boue, bourbe/ bourbier, braie, briser, bruyère, caillou, cervoise, char, charrue, che¬ min, claie, combe, drap, dru, étain, glaise, glaner, gober, gosier, jar¬ ret, javelle, lande, lauze, lieue, ruche, sillon, soc, souche, talus, truand, vanne, vassal, verne/vergne. (D'après Pierre-Yves Lambert. 1997. La Langue gauloise. Paris : Errance, p. 186-200.)

Les étapes essentielles de l'histoire du français On distingue plusieurs périodes dans l’histoire du français. Ces différentes étapes se caractérisent par des changements importants aux divers niveaux de la langue : prononciation, grammaire, construction des phrases et des groupes de mots, nature du vocabu¬ laire. Et si pendant la période du Moyen Âge (8e-15e siècle) le « fran15

LE GRAND LIVRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

çais » n’est utilisé qu’au nord de la Loire (car, au sud, c’est Y ancien provençal qui est alors parlé et écrit), dès la Renaissance il s’est étendu à toutes les provinces, au moins pour les usages officiels. Les étapes de l’histoire du français sont les suivantes :

L'ancien français : 9e-13e siècle De la période la plus ancienne (9e-11e siècle), il nous est resté moins d’une dizaine de textes. Ce sont les Serments de Strasbourg écrits en 842, la Cantilène de sainte Eulalie qui est un bref texte de 28 vers écrit en 881, La Vie de saint Léger et La Passion du Christ qui ont été composés autour de l’an mil, La Vie de saint Alexis qui date de 1040 environ. À l’exception du premier, tous sont écrits en vers, ce qui montre qu’il s’agit de textes littéraires. Ces textes révèlent de grands changements par rapport au latin : le français a réduit la déclinaison latine à deux cas seulement (le « cas sujet » qui indique la fonction sujet : li rois, et le « cas régime » pour tout ce qui n’a pas la fonction sujet : le roi), il utilise beaucoup plus que le latin les prépositions, et surtout l’ordre des mots dans la phrase est différent. Le vocabulaire a également beaucoup changé, en particulier grâce à l’apport des locuteurs germaniques. La période suivante, celle de l’ancien français « classique » (12e siècle-fin du 13e), est fort différente. C’est une période d’ex¬ pansion politique, économique et culturelle, où ont été écrits de très nombreux textes littéraires, d’abord en vers (chansons de geste, poésie lyrique des trouvères, puis romans) ; ensuite en prose (romans comme La Quête du saint Graal, textes historiques, etc.). C’est également à cette époque que furent commencées ou construites la plupart des cathédrales gothiques, que se développè¬ rent beaucoup des grandes villes actuelles, que les ordres religieux et les échanges commerciaux se sont multipliés. La conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie (1066, bataille d’Hastings) y a implanté pour quelques siècles le français comme langue «officielle». Les croisades successives du 11e au 13e siècle ont répandu le français en Orient : la lingua franca, qui mêlait des formes de divers dialectes français et d’autres langues romanes, a servi de langue véhiculaire en Méditerranée orientale pendant quelques siècles.

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LE FRANÇAIS DANS L'HISTOIRE

Le français en Angleterre À la fin du 11e siècle, Guillaume de Normandie, l'un des héritiers possibles du trône d Angleterre, devient roi. Dès lors, le français va devenir la langue de la cour, des institutions, de la littérature. Cette cour va favoriser les écrivains; ainsi, au début du 12e siècle, la plu¬ part des textes écrits en français l'ont été en Angleterre, dans le dialecte anglo-normand : entre autres, la plus ancienne version de La Chanson de Roland, ainsi que des textes scientifiques de Philippe de Thaon. Cette politique culturelle sera amplifiée encore sous le règne d Henri II Plantagenêt qui avait épousé la brillante et énergique Aliénor d'Aquitaine, petite-fille du premier troubadour, Guil¬ laume IX d'Aquitaine : de cette période datent sans doute les plus anciennes versions de l'histoire de Tristan et Yseut, les Lais de Marie de France, et bien d'autres textes. L'un des fils d'Henri II et Aliénor, Richard Cœur de Lion, était lui-même poète et musicien. Cette primauté du français pendant plus de deux siècles avait occulté l'ancien anglais qui, dès les 8e-9e siècles, avait donné quel¬ ques œuvres importantes tel Beowulf. Mais la situation change peu à peu au 13e siècle; la langue du pays reprend le dessus, et la guerre de Cent Ans, qui d'abord ranima l'importance du français en Angle¬ terre, aboutit à couper assez radicalement les racines du français. Seule la langue juridique conservera pendant longtemps bien des formules en français. Une conséquence importante de cette situation : la coexistence, pendant deux siècles au moins, d'une langue vernaculaire anglosaxonne et d'une langue étrangère implantée politiquement et cul¬ turellement, a fait que l'anglais a emprunté une grande partie de son lexique au français - d'où la coloration fortement «latinisée» de l'anglais par rapport aux autres langues germaniques, qui facilite sans doute aujourd'hui son statut de langue véhiculaire internatio¬ nale, en particulier pour les locuteurs de langues romanes.

En ancien français, les dialectes sont nombreux et assez nette¬ ment différenciés à l’oral ; la langue écrite en révèle des traces, comme le montrent ci-après (p. 32) les différentes versions du début d’un lai de Marie de France, données par des manuscrits écrits dans des régions différentes. Le moyen français: 14e-15e siècle L’emploi du français s’étend aussi bien géographiquement vers le Sud que culturellement, comme langue de l’histoire, du droit, de

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LE GRAND LIVRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

la politique, etc. C’est à cette période que se fixent bien des traits du français moderne : la déclinaison disparaît pour les noms et les adjectifs (// granz rois —> le grand roi), l’ordre des mots dans la phrase devient très proche de celui que nous connaissons. Le français de la Renaissance : 16e siècle Cette période est marquée par un mouvement d’emprunts à l’italien. C’est aussi à ce moment-là qu’ont paru les premières grammaires du français. Et, à partir de cette époque, au rythme des conquêtes coloniales, le français va connaître une expansion plus ou moins durable, qui aboutira à une implantation solide au Québec ou en Louisiane, et à la création de créoles, qui deviendront à leur tour des langues à part entière. Le français classique: 17e- 18e siècle C’est la période où fut créée l’Académie française, où ont paru les premiers dictionnaires du français (auparavant, il n’existait que des dictionnaires bilingues, latin-français en particulier), puis VEncyclopédie. La production littéraire, philosophique, scienti¬ fique en français connaît une très grande progression, et le français acquiert le statut de langue véhiculaire internationale (comme le latin jadis, comme l’anglo-américain de nos jours). Le français moderne : 19e-20e siècle Sous l’influence d’auteurs tels que Victor Hugo, le vocabulaire écrit s’enrichit de nombreux termes et expressions de la langue parlée. Par ailleurs, depuis la fin du 19e siècle, il est possible d’en¬ registrer la parole. Cela a permis de mieux mesurer la différence entre la langue écrite et « normée », respectant les règles des gram¬ maires et du « bon usage », et le français oral dans toutes ses varié¬ tés : régionales, sociales, techniques, etc. Le français contemporain Il comporte un grand nombre de variétés : français écrit, fran¬ çais oral standard, français oral non formel ou non standard, dia¬ lectes régionaux, langues de spécialités. Ces diverses variétés, que nous manions en alternance, répondent à des situations de com-

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LE FRANÇAIS DANS L'HISTOIRE

munication particulières, ou à la personnalité des interlocuteurs auxquels nous nous adressons.

Les origines de la France et du français Nombreuses furent les populations qui se sont succédé ou se sont mélangées dans ce pays que l’on nomme actuellement la France . le « fiançais » est ainsi le résultat non du latin seul, mais d'influences et d’emprunts divers. V

A l’époque préhistorique, on suppose que la partie occidentale de la péninsule européenne où est située la France actuelle aurait été occupée par des peuples « indo-européens » dont on ignore tout. Les Gaulois, peuple celte (indo-européen), s’y seraient instal¬ lés à leur tour vers 500 avant J.-C., donc environ 2500 ans avant le temps présent. Les Celtes sont originaires de la haute vallée du Danube, où leur présence est attestée dès le IIP millénaire avant notre ère. Ils occupaient dans l'Antiquité un immense territoire : Centre de 1 Anatolie, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Bohême, Allemagne jus¬ qu’au Jutland, Italie du Nord, Suisse, France, Belgique, Hollande, Grande-Bretagne, péninsule Ibérique. La fondation de Marseille par des marchands grecs de Phocée (Factuelle Turquie occidentale) en 600 avant J.-C. marque le début d'une implantation, sur les côtes méditerranéennes, de cultures et de langues plus méridionales telles que le ligure, puis le grec et le latin. Largement latinisé après sa conquête par les armées romaines de Jules César (58-51 avant J.-C.), ce territoire celtique a donc subi une acculturation radicale.

AU FIL DES TEXTES On peut mettre en évidence les changements, siècle par siècle, tels qu’ils apparaissent dans les documents qui nous sont restés : des textes littéraires bien sûr, mais pas seulement. Ainsi, par exemple, le premier texte écrit en français qui nous soit parvenu est un document diplomatique : un traité de paix. Et les chartes, les textes religieux, scientifiques, etc., ou simplement les lettres pri¬ vées échangées entre deux personnes, les témoignages des gram19

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