L'Art au XIVe siècle
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siècle voit également se

l'l'J',llld1T l.1 d1tfusion de manuscrits 1Diz •i11e Cu111édie de Dante, poésie de l'l'tr.nqul', / l1·c",1111ào11 de Boccace, Cu11/es de C111terlm rv de (;coffrev ( h.1L1cn, "·conde partie du R,m1c111 de /,1 Ruse ), illustrés de mirn .1tures par ,k, pc,lltrc·s de· renom également mini ,1turistes, te ls Simone .\lartin i, Jean l'ucl'lk. ( l' prodigieux épanouissement artistique s' mterrompt dans la "·,011,k \llo1t1c· du \: !\·· siècle, nurqué·c par la tnrihlc épidémie de peste qui dc·c1\llc' k, artistes et la clientèle, particuliàe ment dans les régions les plus tr.1p1wc·s, comme l'Italie du Centre. l'.n l'org,1111S,1t ion de son contenu, c'est ,1 un 1·m ·agc dans le temps et dans 1·,.,p.1c,· qul' convie ce nou1Tau .. guide des arts " · !.a première partie I ,·, lllots , Ids " plante k Lit:-cor conCL"ptucl du siL·cle tr,1ité ; la second e \',lrtll'

! es lieux " définit l'csp,1cL· gé·og raph1que et renseign e sur les

,ph,n·, d'111tlu cncc ; la derniàc p.1rtic .. !.es a rtistes .. examine ,Lins le ,kr.111 k, prnugonistes de CL' si L·clc

L' I

1nsnit leur t r.1jcctoirc pnson nelle,

1.111t g,·ogr.1ph iquc qu'artistiquc, d ,1ns leur époque . Par le hi ,1is d e la ticlw sig11.1k tiquc " , de nombreux rrnn,is entre les différents articles du guide ,011t drn més, qui permettent une lecture t r,rnS\Trse de l'oun,1gc.

Guide des arts

Sandra Baragli

L' Art au x1ve siècle Traduit de l'italien par Claire Mulkai

1

Page 2 Niccolo di Pietro Gerini, La Remise des orphelins à leurs parents adoptifs (déta il), 1386 Florence, Museo del Bigallo

Sommaire

7

Les mots clefs

11 7

Les lieux

263

Les artistes

Annexes

I Secoli de/l'Arte Coll ection dirigée par Stefano Zuffi Coordination graphique Dario Tagliabue Projet graphique Anna Piccarrera

Mise en pages Paola Forini Coordination éditoriale Carerina Giavotto Rédaction Virginia Ponciroli Recherche iconographique Marta Alvarez Coordination technique Andrea Panozzo Contrôle de qualité Giancarlo Berri

www.electaweb.it

© 2005 Mondadori Electa spa, Milan Tous droits réservés

© 2005 Éd itions H aza n, Pa ris pour l'édition française !SB : 2 7541 0055 5 Dépôt léga l: novembre 2005

Suivi éditorial Béatrice Petit et Anne-Marike Linnebank Mise en pages Frédéric Célestin Couverture Jea n-M arc Barrier

378

Chronologie

383

Index des artistes

LES MOTS CLEFS Le gothique

I:artiste

La cité Le palais

Le commanditaire Les vêtements

Le château La seigneurie

Les tissus

La courtoisie La femme

La broderie La tapisserie

Les ordres mendiants

L'orfèvrerie L'ivoire

La peste

L'enluminure

Le monument funéraire Le portrait La chapelle

La céramique Le vitrail L'ameublement

Le chantier de construction

La sculpture sur bois

L'architecte

La pietà ou Vierge de pitié

.,. Tapis aux médaillons (détail), vers 1390 Ratisbonne, Museen der Stadt, Hist orisches Museum

Le gothique « Apparurent

alors de nouveaux architectes qui, venus de leurs nations

barbares, mirent à la mode le genre d'édifices que nous nommons aujourd'hui gothiques» (G. Vasari, Vies, XVI' siècle).

Le gothique

Entre le XII' et le XIV' siècle, les cathédrales deviennent plus vastes et plus hautes, la percée de grandes fenêtres permet un éclairage remarquable, grâce à la lumière filtrée par les vitres colorées qui expriment l'aspect mystique de l'architecture religieuse de l'époque; on pense, par exemple, au thème de la lumière assimilée à la grâce de Dieu.

La définition du style «gothique », qui fa it suite au sty le «roman », se réfère généra lement au mouvement

artistique qui , selon les th éories les plus récentes, débute en France Articles en relation Les ordres mendiants, Le chantier

vers 1140. En Angleterre et en Espagne, il s'affirm era entre 1150 et 11 75 environ, en Allemagne pas ava nt le x me siècle, et en Itali e

de constructio n,

encore plus tard. Ces définitions ne sont que des conventions desti-

L'architecte, Le commanditaire,

nées à différencier et ana lyser les monuments selon leur forme, sans

I.:orfèvreric, L'ivoire, Le vitrail.

révéler cependant leur significa tion historique et sp iritu elle. La divi-

Détail intéressant Le terme «gothique »

a été forgé par les théoriciens italiens de la Renaissance pour distinguer, avec une connotation péjorative, la « manière

sion de l'art médiéval en périodes, sur la base de caractéristiq ues formelles, vient de l'architecture, ma is fut ensuite étend ue à la peinture, à la sculpture et aux arts mineurs par les hi storiens de l'art, qui s'appuient sur la conviction qu'il existe une unité culturelle au sein des différentes époq ues. La détermination de formes particulières - piliers fasc iculés, pinacles, rosaces polylobées,

allemande » o u « manière des Goths »,

etc . - a conduit les historiens à distin-

de la tradition classique.

guer, en se fondant sur la variété de ces formes, les caractéristiques nationales et régionales de l'architecture gothique et à différenci er les stades de so n évolution. On parle a insi de gothique «rayonnant», « fl a mboya nt » ou, en Angleterre, de « sty le perpendiculaire ». Entre 1370-1380 et 1430, on utilise

L'une des caractéristiques du style gothique est l'emploi de l'arc en ogive. Les autres éléments sont la voûte qui repose sur des arcades et la présence d'arcs-boutants à l'extérieur des grandes églises.

l'expression « gothique international » pour désigner un style cosmopolite qui, né dans certains milieux aristocra~ Retable de fa Crucifixion (détail), 1325-1330

Tornham Parva (Angleterre], Santa Maria

tiques, se diffuse dans route l'Europe et se caractérise par une prédilection pour les lignes gracieuses, associées, en peinture, à un goût pour le luxe.

8 • LES MOTS CLEFS

J. Chœur de la cathédrale de Cologne, 1248 (consacré en 1322)

LES MOTS CLEFS • 9

Le gothique I.:ange qui sourit à la Vierge se caractérise par la verticalité de son corps, qui se tourne dans un mouvement vif et léger à la fois.

Élisabeth salue Marie; leurs corps sont enveloppés de drapés aux plis ondulés et abondants, qui rappellent la sculpture antique. Les deux femmes sont adossées aux colonnes d'ébrasement, qui n'ont presque plus fonction de support.

Les voûtes reposent sur une croisée d'ogives, les poussées sont reportées vers les quatre angles, et des arcsboutants viennent renforcer la structure.

L'emploi d'arcs-boutants reposant sur des contreforts permet d'éliminer la tribune et d'agrandir les fenêtres hautes du vaisseau central, laissant ainsi pénétrer davantage de lumière à l'intérieur de l'édifice.

La sculpture gothique met en évidence l'élégance des formes, la souplesse des drapés, l'expressivité des visages.

.t. L'Annonciation et La Visitation. entrée principale du portail occidental, piédroits de droite, 1252-1275 Reims. cathédrale

10 • LES MOTS CLEFS

La section de la nef met en évidence les caractéristiques de l'architecture gothique: arcs-boutants, piliers fasciculés, arc en ogive et voûte d'arêtes, grandes fenêtres bilobées ou trilobées se terminant en ogive.

Ces deux groupes offrent deux aspects de la sculpture de l'époque: classicisme du groupe formé par Marie et Élisabeth, et formes plus résolument «modernes » du groupe formé par la Vierge et l'archange.

.t. Section de la nef de la cathédrale d'Amiens. dans Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture, 1854

Grâce aux arêtes soutenues par les arcs-boutants, les voûtes deviennent de plus en plus hautes et légères .

L'architecte français Viollet-le-Duc (1814-1879), auteur de cette planche, est à l'origine d'un renouveau radical de l'étude de l'architecture médiévale. Son Dictionnaire raisonné de l'architecture connut une immense diffusion et fut utilisé par les architectes néogothiques.

LES MOTS CLEFS • 11

La cité

«On dit que l'homme est un animal social et grégaire[ ... / en raison de l'aide que l'un tire de l'autre {. .. } et telle est la raison pour laquelle ont été bâtis les châteaux et les cités» (Giordano da Pisa, Sermons, 1304).

La cité

La cité du xrve siècle se caractérise par la présence d'espaces publics

L:église, à laquelle on adjoignait souvent un campanile, était le symbole de la cité. Les fidèles s'y rassemblaient sous la protection du prêtre. Avec l'apparition des communes en Italie, l'aspect protecteur du pouvoir religieux s'atténua au profit d'une idéologie laïque.

La ville est ceinte de murs surmontés de tours, qui protègent l'homme médiéval de ses innombrables peurs. L'espace extérieur à la ville est un espace dangereux, habité par les démons et les forces du mal.

destinés a ux commerces, aux manifestations religieuses, aux rassemblements politiques et militaires. La vie s'organise autour de la place, lieu de rencontre et d'échange de marchandi ses, et le long des rues, où

Articles en relation Le palais,

se côtoient les boutiques, souvent regroupées en fonction des produits

La seign eurie, Les ordres mendiants,

qu'elles vendent et des corporations auxquelles elles appartiennent.

l:architecte.

C'est à cette époq ue, en effet, que prirent une importance politique croissante les

«

Ici, Giotto représente

seulement les édifices civils de la ville, avec, en face, une église aux dimensions gigantesques qui témoigne de la sainteté des deux personnages. Pour que la ville retrouve la concorde et la paix, elle doit être sanctifiée par les deux religieux.

associations de métiers », appelées arti ( « corpora-

tions ») en Italie et guildes en Europe du Nord, et dont le pouvoir se manifeste jusq ue dans les édifices qui abritent leur siège. La cathédrale et l' hôtel de ville, qui se dressent sur une vaste pl ace, contribuent à donn er une unité aux cités européennes de la fin du Moyen Âge. L'image que la ville veut donner d'elle-même, symbole de son importance et de son identité, se manifeste dans le souci du décor urbain et de la viabilité. En Italie, des architectes célèbres sont nommés par les T Mappemonde (déta il de La Prudence), 1360-1370 Ferrare, Casa Minerbi

communes pour donner un visage nouveau à l'espace citadin: on érige La porte délimite le passage de la ville à la campagne. Son aspect a une grande importance et des sculpteurs, des peintres, des maîtres verriers participent à sa construction. Elle est souvent décorée d'images augurales ou commémoratives.

des remparts et des palais neufs, on reconstruit des cathédrales, on voit surgir de monumentales fontaines publiques, des loges de marchands, des niches pour images sacrées. Cette époque voit aussi apparaître de nouvelles ha bitations, dans le but de repeupler et d'organiser les zones qui dépen dent de la cité - un moyen de défense contre les tentatives d'expansion des vill es riva les. En effet, la cité se nourrit des produits

fermi ers et, par

ailleurs, les nouvelles oligarchies dominantes, nobles, marchands et banquiers, possèdent de vastes propriétés à la campagne. 12 • LES MOTS CLEFS

Les remparts, reconstruits surtout au x111e siècle, deviennent le symbole de la puissance de la cité. La construction des remparts entraînait des coûts énormes, si bien qu'à Bruges, pour faire face aux dépenses, il fa llut emprunter de l'argent à des banquiers italiens.

Vie de saint François: Saint François chasse les démons d'A reuo.

..t. Giotto et son atel ier.

fin du XIII' siècle Assise, basilique San Francesco, église supérieure

LES MOTS CLEFS •

13

La cité Ces somptueux édifices et palais sont typiquement siennois. Sur un toit, des maçons au travail témoignent du souci permanent d'entretenir et d'améliorer l'aspect de la cité.

..t. Ambrogio Lorenzetti, Les Effets du bon gouvernement à la ville età la compagne, 1337-1339

Sienne, Palazzo Pubblico, sa lle des Neuf

14 • LES MOTS CLEFS

Dans cette fresque, la conception neuve d'une cité laïque apparaît: artisans et commerçants sont montrés absorbés par leur travail, pour souligner la nouvelle réalité sociale, dans laquelle toutes les professions sont nécessaires.

Les routes sont larges et bien entretenues, parcourues de caravanes et de marchands, qui y circulent en toute sécurité. Un pont en maçonnerie facilite les liaisons. La viabilité et le contrôle public des routes sont indispensables à la survie de la cité.

À Sienne, au début du XIV' siècle, s'ouvre un nouveau chapitre de l'histoire de la peinture de paysage, dont nous trouvons l'expression dans cette fresque d'Ambrogio Lorenzetti, où est représenté pour la première fois un milieu caractérisé par l'activité humaine et fondé essentiellement sur l'expérience visuelle de l'artiste, même avec un objectif évident de propagande politique.

Le mur d'enceinte sert uniquement à souligner le mouvement perpétuel des gens et des marchandises, de la ville à la campagne; les portes sont o,wertes, dans la mesure où la cité ne craint pas d'ennemis. La campagne nourrit la ville, et entre les deux se nouent des relations continuelles.

Dans cette représentation, selon le message de propagande du régime des Neuf, l'artiste dépeint une campagne fertile et une ville laborieuse, dont les habitants travaillent sereinement dans une atmosphère d'activité joyeuse et de bonne entente.

À la campagne, on sème, on laboure, on moissonne; sont présents l'olivier et la vigne, la réserve de bois et le cochon pour l'hiver. La synthèse des divers travaux relatifs aux différentes périodes de l'année évoque les images des mois, très répandues dans l'art médiéval.

LES MOTS CLEFS • 15

La cité R ome est l'une des cités les plus représentées au Moyen Âge, une ville mythique en raison de son rôle dans la chrétienté et de la présence de la papauté, en raison de son ancienneté et de ses monuments, ainsi que du lien qu'elle a su créer entre l'empire et l'autorité spirituelle.

A l'intérieur du mur d'enceinte muni de tours, sont représentés le Tibre, l'île Tibérine, les sept collines à droite et le Janicule à gauche. Les monuments principaux, le Panthéon et le Colisée, sont indiqués.

A partir de la première m oitié du X I II' siècle, l'insertion des couvents des nouveaux ordres mendiants dans le tissu urbain marqua "" tournant décisif dans l'histoire des cités européennes.

A Sienne, la structure de la cité se trouva modifiée par l'intégration des églises des ordres mendiants, édifiées à la périphérie mais bien visibles de toutes parts et, en même temps, reliées au centre.

Dans l'Italie des communes se développa un plan urbain triangulaire, avec aux angles les églises des franciscains, des dominicains et des augustins, et, au centre, la place communale et l'hôtel de ville, la loge des marchands ou le siège d 'une corporation. Mais, dans les cités où persistait le pouvoir épiscopal, la cathédrale occupait la position centrale.

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La ville s'enrichit de nouvelles églises et de nouveaux campaniles, de nouveaux quartiers et de nouveaux palais. Le mur d'enceinte romain continue d'entourer la cité.

À Fra Paolino da Venezia, Plan de Rome sous Innocent Ill, première moitié du xrve siècle Venise, Biblioteca Nazionale Marciana

16 • LES MOTS CLEFS

L'illustration des œuvres de Fra Paolino da Venezia constitue une étape importante dans le développement de la représentation cartographique, largement cultivée aussi par les artistes.

La cité de la fin du Moyen Âge se caractérisait par la cathédrale, l'hôtel de ville, la place et les remparts, mais son organisation fut conditionnée par les couvents des ordres mendiants, généralement situés à la périphérie.

I.:emplacement des nouveaux couvents fut réglementé par des bulles pontificales, car il dépendait de nécessités objectives, comme la collecte des aumônes. C'est pourquoi le nombre des couvents était proportionnel à l'importance économique et démographique de la cité.

À

Vue aéri enne de Sienne

LES MOTS CLEFS • 17

Le pa la is

Propriété de fami/les seigneuriales ou princières, mais aussi de riches bourgeois, ou siège des autorités ecclésiastiques ou politiques, le palais prit au x1ve siècle des formes de plus en plus monumentales.

Le palais

Les espaces intérieurs sont agencés autour d'une petite cour, que surplombent des galeries en bois. Certaines salles et la chambre nuptiale sont décorées à fresque, selon les règles de l'art de vivre courtois.

Le terme palatium, employé dans les premiers siècles du Moyen Âge pour désigner la demeure du roi ou de l'empereur, s'utilisait

Cinq grandes fenêtres éclairent les salles des différents étages (la loggia couverte du dernier étage est un ajout ultérieur). Le couronnement d'origine était sans doute crénelé à la guelfe.

au XIV siècle pour désigner des édifices de type résidentiel appartenant 0

Articles en relation

à des princes, des ecclésiastiques de haut rang, des autorités commu-

La seigneurie,

na les, des confréries ou de riches bourgeois. Au cours du processus de

La courtoisie, La céramique.

Paris, La Catalogne, Florence, Sienne. Détail intéressant Dans les habitations des seigneurs et des princes,

au xivc siècle, pour rendre les lieux plus confortables, surtout dans les périodes de froid, les sols étaient recouverts de tapis d'herbes ou

de branchages (dans le cas de carrelages en terre cuite colorée) ou d'étoffes (dans le cas de planchers en bois).

renouveau des édifices urbains, qui connut son apogée au

Sur les côtés des fenêtres supérieures se trouvaient les supports en fer pour les torches et les crochets qui supportaient les barres de bois utilisées pour étendre le linge ou fixer des stores extérieurs.

Xl!JC siècle

avec l'affirmation du pouvoir oligarchique des nouvelles classes bourgeoises, les habitations prirent de plus en plus d'importance sur le plan du statut social, gagnant en hauteur et adoptant l'aspect de

«

monu-

ments » en raison du soin apporté aux façades. Les palais de la nou velle aristocratie marchande étaient composés d'étages superposés: au rez-de-chaussée se trouvaient les pièces destinées aux activités de com-

Il était possible d'amener l'eau à la galerie de chaque étage, grâce à une petite ouverture qui donnait accès au puits: un luxe que seuls quelques privilégiés pouvaient se permettre.

merçant, de négociant ou d'entrepreneur, et aux étages supérieurs, les espaces d'habitation et de représentation. Le palazzo pubblico, siège des autorités communales ou corporatives, connut différentes formes; toutefois, le rezde-chaussée était souvent ouvert, tandis que le premier étage abritait les salles des consei ls et les bureaux, les étages supérieurs étant réservés aux appartements des dirigeants de la cité. Les hôtels de ville du centre de l'Italie sont particulièrement intéressants, avec leur plan compact, alors qu'au nord des Alpes, ils offrent des plans plus variés. Au

XIVe

siècle, le

palais princier, malgré son apparence de châ~ Giotto, Vie de saint François : Hommage de l'homme simple

(détail), fin du x111e siècle Assise, basilique San Francesco, èglise supérieure

teau fort, eut de plus en plus tendance à se transformer en maison, selon le modèle courtois: à côté de la salle où le prince rendait la justice, apparurent des pièces plus petites et accueillantes, dotées d'une cheminée et décorées de tapisseries.

18 • LES MOTS CLEFS

Ce palais sur cinq niveaux, édifié pour les Davizzi, est un bon exemple de la construction d'habitations à Florence. Au rez-de-chaussée, orné de bossages, s'ouvrent trois grands portails sur les côtés desquels sont fixés des anneaux pour attacher les chevaux.

4 Palais Davanzati, milieu du XIV' siècle Florence

LES MOTS CLEFS • 19

Le palais La tour, depuis toujours symbole du pouvoir, se dresse sur le palais des magistrats de la cité, qui assument aussi des fonctions militaires.

À la différence de la France et de l'Angleterre, ici la cathédrale n'est pas le centre de tout: la vie s'organise autour de la place et dans les rues, où les marchands peuvent vaquer à leurs affaires.

• Matteo Gattapone, Palazzo dei Consoli, XIV' siècle Gubbio (Ombrie)

20 • LES MOTS CLEFS

Dans l'Italie des communes, l'hôtel de ville est souvent muni de créneaux et possède une structure de forteresse permettant de soutenir les assauts des différentes factions, fréquemment en conflit.

Dans les villes de Toscane ou d'Ombrie, gouvernées par des oligarchies de marchands, l'hôtel de ville devient le point le plus important dans la topographie de la cité.

La moitié supérieure du mur de cette salle s'articule sur différents niveaux de maçonnerie.

Le palais de Poitiers fut restauré dans les années 1380 par l'architecte Guy Dammartin, à l'initiative de jean de Valois.

La grande salle de réception, avec son plafond à chevrons apparents, était chauffée par une cheminée monumentale, ornée des statues de Charles V, de la reine Isabelle, de Jean de Berry, de Jean de Valois et de son épouse j eanne de Boulogne.

La cheminée faisait

fonction de scène: la galerie située au-dessus était destinée aux musiciens.

• Mur de la cheminée de la grande salle (salle des Pas perd us), fin des années 1380 Poitiers, palais ducal

LES MOTS CLEFS • 21

Le palais Chipping Campden était le centre de la production lainière d'Angleterre. William Greve/, le plus grand marchand de laine de son temps, se fit construire une maison de ville, symbole de sa richesse.

Au x1ve siècle, commence à se répandre, dans les demeures des gens plutôt aisés, l'usage des cheminées en maçonnerie.

l~difice fortifié, muni de structures défensives, au x1ve siècle, le château devient de plus en plus la résidence des seigneurs et renferme le palais, doté de chambres chauffées et autres commodités.

Si le châtea u fa it partie de l' imaginaire lié au Moyen Âge,

Le château

rn réa lité la naissa nce, la fonction et le développement de cc type d'architecture se présentent sous différentes formes selon les ;poques et les régions d'Europe. Au cours des siècl es, l'aspect du châ1ca u finit par se baser sur trois éléments fondamentaux: le mur d'en·cinte (simple, double ou triple, selon le cas); le donjon qui, toujours en position prééminente, constitue l'ultime réduit défensif; et le pal ais du seign eur, intégré ou non dans le donj on. À partir des années 1240-

1260, en Itali e du Nord, avec l'expansion du régime seigneuri al, se développa un système de châteaux construits comme des nœuds stra-

Détail intéressant Le mot castrum ou castellum, dans les sources

latines médiévales, désigne généralement une structure fortifiée, avec une fonction de défense et parfois aussi d'ha bitation.

1égiques, pour la défense et le contrôle du territoi re. En France, les so uverains utilisèrent la construction des châteaux pour affirmer leur pouvoir ; le règne de Philippe Auguste, entre la fin du xnc siècle et le début du XI IIC, vit se répandre les encei ntes géométriq ues fl an quées de t0urs rondes. Le modèle des édifices royaux fut adopté par les seigneurs féodaux et, au fil des années, se perfectionna jusq u'à devenir une référence en la matière, pour abou tir, au seuil du x1vc siècle, à une déba uche de hautes tourelles et de donj ons aux toitures en cône. Au

x1vc siècle, dans toute l'Europe, les châteaux deva ient non seulement gara ntir la sécurité, mais éga lement être confortables: demeures éléga ntes, splendides, richement décorées, avec d' importantes fonctions

La fenêtre du rez-de-chaussée est divisée par un mur en pierre qui indique la séparation des pièces à l'intérieur.

• Maison de William Grevel, fin du XI\/' siècle Chipping Campden (environs de Stratford-upon-Avon)

22 • LES MOTS CLEFS

Nous avons ici un cas rare d'architecture en pierre de la riche bourgeoisie du x1ve siècle. Cette maison constitue une exception pour l'époque, en ce qu'elle est particulièrement grande et richement décorée.

militai res défensives, souvent dissimulées derrière les fo nctions civiles.

T Château de Fénis

(Val-d'Aoste), déjà existant au xrne siècle, remanié et ag randi entre le XIV' et le XII' siècle.

Le châtea u Ce château est appelé gran buque («grand vaisseau») à cause de son aspect particulier, dû au mélange du style gothique français et du style arabo-islamique qui caractérise les constructions espagnoles après la Reconquista.

D 'importantes transformations furent apportées à l'ensemble dans la première moitié du XIV' siècle. C'est à cette époque que la tour Homenaie fut reliée au noyau central du palais.

La forteresse était entourée de tous côtés par des remparts, elle possédait des gradins crénelés couverts, des tourelles de guet, des mâchicoulis et de petites bastides.

Dans la partie haute du château se trouvaient le palais, la tour médiane et le don;on quadrangulaire massif.

L'ensemble, bien conservé, bâti sur un promontoire rocheux, était constitué d'une enceinte fortifiée et du château-résidence, eux-mêmes organisés en plusieurs parties distinctes.

Le palais impérial abritait la chambre du souverain, la salle de réception, les espaces de travail, des salons, la chapelle Saint-Nicolas et un étage réservé à l'impératrice.

.t. Alcâzar, 1364 Ségovie

24 • LES MOTS CLEFS

Le règne d'Alphonse Vl!I (1158-1214), au cours duquel la forteresse commence à acquérir la fonction de résidence royale, voit les débuts du processus de transformation qui, dans les siècles suivants, conduisit à la réalisation de /'A lcazar.

.t. Attribué â Mathieu d'Arras, le château de Karlstejn, à Prague, fo ndé par l'empereur Charles IV le 10 ju in 1348, fut achevé en 1357.

LES MOTS CLEFS • 25

La seigneurie « Certains

envieux ont une caractéristique ignoble, celle d'utiliser les astuces et toute leur puissance contre leurs concitoyens» (Bonvesin de la Riva, Les Merveilles de Milan, début du XIV' siècle).

La seigneurie

011

Le commanditaire de ces fresques fut sans doute Matteo Visconti qui, début du XIV• siècle, voulut marquer l'ascension au pouvoir de sa famille.

Napo della Torre, seigneur de Milan et ennemi des Visconti, s'agenouille devant l'évêque Othon, qui fait son entrée solennelle dans la ville et adresse au vaincu un geste de clémence.

Alors qu'en France, en Angleterre et en Espagne, vers le milieu du Moyen Âge, un processus de

structure monarchique voyait le jour et devait conduire à la formation Articles en relation Le palais, La courtoisie, Le monument funéraire, Le commanditaire.

d'États-nations, en Italie la réalité politique prit des formes différentes. Entre le

Xlff

et le xrve siècle, dans un grand nombre de cités italiennes

s'affirma la «seigneurie», prise de pouvoir par un homme fort qui, soutenu par une large partie des couches sociales, mettait fin à une organisation de type démocratique (la commune) et instaurait une sorte de

M ilan, Vérone,

Padoue. Fait marquant Celui qui s'emparait d'une ville élevait aussitôt un château. C'était une forteresse, à l'occasion la demeure

du seigneur, le siège de son représentant et d'une garnison, à l'aspect imposant, situé en hauteur, pour pouvoir surveiller l'enceinte de la cité et, en même temps, garantir une issue au seigneur.

dictature, troublée par des luttes incessantes entre factions. Semblable à un principat dynastique, la seigneurie se transmettait ensuite, généra-

lement, de père en fils. En réalité, la situation était très complexe et, dans certains cas, comme à Mantoue avec les Bonacolsi, il ne se produisit pas de rupture radicale avec les institutions communales. La seigneurie favorisa aussi le passage d'un État citadin à un État régional, avec l'acquisition de vastes territoires, de seigneuries rurales et de cités. Les seigneurs instaurèrent, parallèlement à ce qui restait des institutions communales, des formes de gouvernement et un style de vie calqués sur le modèle monarchico-chevaleresque, en instituant - comme, par exemple, les Visconti en Lombardie - une politique d'investitures féodales qui permettait aux seigneurs locaux de consolider leur pouvoir. Dans le domaine de l'architecture également, on se tourna vers les modèles féodaux chevaleresques. Seigneurs et princes furent aussi des

~ Monument équestre (détail de L'Arche de Cangrande della Scala), vers 1329 Vérone, Museo di Castelvecchio

commanditaires

exigeants

d'œuvres d'art et les cours des seigneurs, avec les couvents et les grandes

communes

urbaines,

furent des centres de création artistique d'un très haut niveau.

26 • LES MOTS CLEFS

' Les fresques d' Angera illustrent les prétentions des Visconti sur Milan et, en même temps, cherchent à légitimer le pouvoir conquis par les armes, en recourant à l'iconographie impériale. • Reddition de Napo della Torre, début du XIV' siècle Angera, forteresse Borromée, salle de la Justice, mur sud

LES MOTS CLEFS • 27

La seigneuri e Le noyau occidental, destiné à la résidence du seigneur, était construit au-delà de l'enceinte de la cité.

Avec la diffusion des armes à feu, à partir de la seconde moitié du x1ve siècle, les sommets des tours furent munis de plates-formes pour supporter l'artillerie lourde.

à l'homme le plus noble, fut assigné l'animal le plus noble, les les plus nobles et les plus appropriées au combat furent attribuées r l,evalier » (R. Lulle, Livre de l'ordre de la chevalerie, X/li' siècle).

)111111d, 11111w · 1111

1 ),1 11 ~

l'Europe d u x 1ve siècle, déchirée par la guerre,

l.i l,1 111 ine et les épidémies, le roman de chevalerie, 111'

l'll

,1111

La courtoisie

France avant 1200, connut son apogée, fa i-

de la cheva lerie un modèle de comportement pour l'aristocra tie,

q11 1s'obligea à adopter des rites de p lus en plus figés. Au moment où, d

l.1 suite de bouleversements politico-économiques, une nouvelle

, l.1 ~se de riches bourgeois apparut, le vieux code cheva leresque devint 1111 po int de référence, un moyen po ur les hommes nouveaux de se

Articles en relation La femme, La peste, L'orfèvrerie, L'enluminure.

Paris, Av igno n, Prague.

l.1irc accepter dans les mili eux les p lus élevés. Évidemment, les devoi rs

Fait marquant

du pa rfa it chevalier, issus du système féodal, prirent des nuances no u-

!;idéal du parfa it chevalier, fort, valeureux et loyal ,

Vl' ll es a u sein de la société du xNc siècle, surtout dans l'Italie des com111 unes. Certains textes, par exemple, évoquent la loya uté envers la nmmune, ou alors le concept de «courtoisie» est lié à la profusion des dépenses: en généra l, «courtoisie» et «cheva lerie» ne sont plus

prit naissance

da ns la société féodale fra nçaise du x 1e siècle. À ces valeurs masculines s'ajoutèrent

Au x1ve siècle, le château, en tant qu'habitation du seigneur, est doté d'espaces plus confortables et de fenêtres plus grandes, pour accueillir le seigneur et son entourage.

Castelvecchio, construit sur l'ordre de Cangrande 11 della Scala (ou Scaligeri), chevauche le mur d'enceinte, à la fois pour dominer et contrôler la ville, et pour protéger le seigneur d'éventuelles révoltes. Un fossé profond, rempli par l'eau du fleuve, entourait le système de défense, qui reposait sur sept tours.

onsidérées comme la sublimation des instincts et le perfectionnement

des règles nouvelles de

111t ~rieur, mais comme l'assouvissement des dés irs et la recherche d u

comportement enve rs

plaisir dans l'abond ance des biens. Au nom de la« bravo ure» et de la

et l'a mour devinrent

«co urtoisie», no bles et souvera ins orga nisa ient des fêtes, des parades,

les bases des normes du monde courtois.

la femme. La guerre

d ·s to urnois et des bals nocturn es. En

1344, en Angleterre, Édo uard III insti tua une «table ronde» à W indsor pour

nolltr antt-. nuou. }':li• ni;= otfi ncwuc:1.,11au;,fque t*t'1â n.-1"'tc:-ptugcncy,ur. · 1. •µi°t""'11f< 1/ÛSIÎt"f01lt•MT1>9(\.-&llltC". l>cf1n:,9 l\'."rofi>nlltt tc-nur QclOl.11\tfllUt.

tltfl:-:

·1,1,f

fttfonl>t'Îr-ntlor.nr

recréer la cour légendaire du roi Arthu r.

1:ars magna du

xNc

siècl e pui sa dans

ces valeurs et contri bua à leur codificati on et à leur succès: les thèmes p rofa nes et chevaleresq ues se propagèrent et, même dans l'art, émergea cette aspiration au bonheur terrestre do nt la culture chevaleresque et courtoise était le meill eur vecteur.

~ Â Castelvecchio et le pont Scal igero, 1354- 1356 Vérone

28 • LES MOTS CLEFS

Scène de duel, première moitié du XIV' siècle, page enlu minée de l'fntrée d'Espagne Ven ise, Biblioteca Nazionale Ma rciana

l:nJIIÏg~ 1 l < IU. ."-"''",i"'n 1.

·

des psautiers, destinés à l'usage des souverains ou des seigneurs et de leurs épouses. Ces riches commanditaires laïques aimaient enrichir leurs

cJm,t ,

·-.1. oio.

Eusqtirnrobri gc ingt! m.1nrrisuu mmcts nn ra«ff1-

c.1s:"cir~;

bibliothèques de somptueux manuscrits enlwninés: textes sacrés ou de dévotion, mais aussi livres d'histoire,

autant d'œuvres déjà très appréciées

Tacuina sanitatis (voir p. 218), romans

à l'époque et diffusées sous forme

de chevalerie, contes ou poèmes. Cette

de manuscrits.

grande variété des textes s'accompagna d'une richesse exceptionnelle des illustrations. En France, en Italie, en Espagne, en Angleterre et dans les territoires de l'Empire germanique, des œuvres d'une qualité remarquable virent le jour. Des peintres de renom

~

Page en luminée de la Cr6nica de los reyes de Judea, XIII' siècle Madrid, Biblioteca Naciona

furent aussi miniaturistes, notamment Simone Martiru. Les manuscrits étant aisément transportables, c'étaient aussi d'importants vecteurs de style.

92 • LES MOTS CLEFS

Dans toute l'Europe, la miniature et l'illustration furent fortement influencées par ce qui se faisait à Avignon, dans la mesure où un très grand nombre d' œuvres de toute sorte, destinées à une large diffusion, furent produites dans cette cité.

Le thème de saint Georges tuant le dragon et libérant la princesse avait été traité par Simone Martini dans l'entrée de la cathédrale d'Avignon.

.t. Maître du Manuscrit de saint Georges, Saint Georges tue le dragon et libère fa princesse, page enluminée du Manuscrit de saint Georges, première moitié du XIII' siècle Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana

LES MOTS CLEFS • 93

L' enluminu re Dans les territoires de l'Empire germanique, l'enluminure resta longtemps confinée aux m onastères et rattachée à un style d'inspiration byzantine. La rupture se produisit au début du x1ve siècle, avec la pénétration de l'art fran çais.

l ci, le goût pour l'ornementation est particulièrement marqué et l'exécution est très raffinée.

L'Est de l'Angleterre, dans la première m oitié du x1ve siècle, /Jroduisit des manuscrits qui se distinguent par leur style et leur mise en page: les bordures prennent de plus en plus d'importance et sont envahies de personnages, d 'animaux,

de figures grotesques. L:initiale est enluminée.

La miniature anglaise, jusqu'à la peste de 1348-1350, fut la forme artistique la plus originale de ce pays. Elle déclina vers le milieu du siècle, sans doute à cause du nombre élevé de décès qui décimèrent les ateliers. • Initiale enluminée, B de ,Beatus Vir,, page enlumi née du Psautier de Saint-Omer, vers 1330 Londres, British Museum

94 • LES MOTS CLEFS

Au milieu du XIV' siècle, les demandes émanant d'une clientèle bourgeoise toujours plus nombreuse eurent pour conséquence la création d'ateliers laïques. Ce missel est typique du style nouveau, avec des personnages très 1ninces qui semblent dispara ître sous les drapés et se détachent sur un fond coloré.

Pour enrichir les manuscrits enlu,ninés, on faisait souvent appel à des orfè vres, à qui était confié le soin de réaliser la couverture. La valeur matérielle et symbolique du ,nanuscrit s'en trouvait accrue, du fait qu'il resplendissait d'or et d'argent, comme un reliquaire.

• Crucifixion, miniature du Missel de Conrad de Renneberg, avant 1357 Cologne, Erzbisch6fl iche Oiozesan-und Dombibliothek

LES MOTS CLEFS • 95

La céramiqu e

Utilisée pour fabriquer des récipients destinés à contenir de la nourriture, des boissons, des médicaments, la céramique était produite en série ou sous fo rme de pièces uniques au décor élaboré, véritables objets d'art pour de riches clients.

La céramique L'a rt de la céra mique fait pa rtie des activités artisanales qui préArticles en relation Le palais, Le châtea u, !.:ameublement. Détail intéressant Les potiers italiens no mmaient maioliche («majoliques », ou «de Majorque ») les céramiques enrichies

de reflets métalliques obtenus en appliquant, sur l'émail déjà cuit, une pâte composée

de sels de cui vre et d'a rgent mélangés à de la terre d'ocre et dilués dans du vinaigre. La poterie était e nsuite c uite une nouvelle foi s

à température plus basse, dans une pièce

remplie de fumée. Le terme ace unique.

[;église Santa Maria del Mar remplaça l'église paroissiale des armateurs et des marchands, qui voulaient un édifice capable de rivaliser avec les plus grandes églises de la ville.

.t. Guillem Carbonell, salle du Tinell, 1359-1362 Barcelone, Palacio Real Mayor

198 • LES LIEUX

.t. Intérieur de l'église Santa Maria del Mar, 1328- 1383 Barcelone

LES ROYAUMES IBÉRIQUES • 199

La Cata logne Des scènes de la vie et de la Passion du Christ sont représentées en bas-relief, et l'on trouve des éléments plus anciens, entièrement décorés d'émaux, selon une coutume typique de la tradition siennoise.

La Catalogne et /'Aragon furent le berceau d'une abondante production d'ouvrages d'orfèvrerie, domaine lui aussi étroitement lié aux autres régions d'Europe.

!.:infante Joana, fille aînée de Pierre le Cérémonieux, est représentée sur le cou vercle en forme de toit; sur le sarcophage sont figurées des scènes de la cérém onie funèbre.

Le retable de Gérone, commencé par Bartomeu et continué par Pedro Bernec de Valence et Maître Andreu, est l'une des œuvres majeures réalisées à l'époque en Catalogne.

Jordi de Deû travailla aux côtés de Jaume Cascalls aux tombeaux royaux du monastère cistercien de Santa Maria de Poblet. Là, il compléta sa formation et poursuivit l'œuvre entreprise par Jaume, après la mort de ce dernier.

On perçoit dans l'œuvre de } ordi de D eii l'influence de l'art italien, qui était très présente dans la sculpture catalane de l'époque.

.6. Jordi de Deù, Gisant de l'infante .6. Retable du maitre-autel, 1325- 1380

Gérone, cathéd rale

200 • LES LIEUX

Jaana de Empuries, 1386 Poblet, Musée du monastère

LES ROYAUMES IBÉRIQUES • 201

La Cata logne Ce retable, réalisé pour la confrérie de /'Esprit saint de Manresa, offre des dimensions tout à fait remarquables. Des scènes de la vie et de la mort du Christ y sont représentées.

I 11 / , ,, tillan du XtV• siècle connut une certaine stagnation, à cause des '" ,11d111•11x confiits internes de la région, mais vit toutefois se dévelop,, 1 /,1 fm1d11ction d'images sacrées et l'intéressant art mudéjar.

11

1v•·

siècle, le royaume de Casti ll e fut perturbé par un

La Castille

11111111 •ntre monarchie et nobl esse, qui débuta après la 111,111 d ' Alphonse X dit le Sage (1252-1284), sous le règne duquel la 111•,1, 111 nvait connu une activité culturelle remarquable . Ainsi, pen-

ol 1111 q11c la monarchie se renforçait, en mettant en place un système 11l1111ni~tratif et fisca l, et que la noblesse prenait de plus en plus de

Articles en relation Le château, La peste, La sculpture sur bois.

1•11111, ~ur le plan politique et soc ial, la création artistique traversa 11111 pcriode de relative stagnation: poursuite des grands chantiers , 11111mcncés au xme siècle mais peu de nouvelles constructions 1, 1il1l'drale de Palencia, par exemple). En sculpture, les images 11 r 1·cs

de dévotion se multiplièrent et un sty le plus narratif se déve-

l11pp.1, tandis que l' im age du Cruàfixus dolorosus connaissa it un , , 11,1in succès, conséquence de la diffusion de la littérature mystique "111 m1ant la Passion du Christ. Il subsiste peu d'exemples de la 1111111ure de l'époque; les peintures de style « gothique linéaire » du , pulcre de Sancho Saiz de Carri ll o remontent au début du siècle. l l'.111rres

œ uvres

'f

Le Christ en croix

(détail), vers 1300 Palencia, cathédrale

indiquent

l 1 1,tence d'une école vers le 111d1cu du siècle. Deux pein11111·s murales de Peiiafel sont p,111 icu Iièremen t intéressa mes: , lks traitent du thème, très , 1111 rant dans l'Europe médié-

1',il ·, de la rencontre entre trois I' 1va ms

ive

J. Pere Serra,

Retable de /'Esprit saint, 1394 Manresa, cathédra le, chapelle de l'Esprit saint

202 • LES LIEUX

Avec les frères Serra, actifs en Catalogne dans la seconde moitié du x1ve siècle, le retable prend des dimensions qu'il n'avait jamais eues auparavant et présente une organisation nouvelle dans la composition des images.

Pere Serra créa de nombreux retables, aux couleurs fJâles, pour des confréries, des corporations, des monastères, mais pas pour la cour.

et

trois

morts . Le

siècle vit aussi se dévelop-

pn l'art mudéja r, terme créé au 1xc siècle pour désigner une

lnrme d'art influencée, pendant ,ks siècles,

par

la

culture

1'iamique.

LES ROYAUMES IBÉRIQUES • 203

La Castille Sur les trois portails de la façade ouest sont représentés l' Enfer (à gauche), le Jugement dernier (à droite) et le Pardon (au centre).

La sculpture castillane de l'époque s'avère peu

La cérémonie funèbre dite correr las armas consistait à faire passer le cercueil, suivi par le cheval du défunt avec ses armoiries, au milieu d'un cortège de parents, d'amis et de serviteurs qui affichaient leur chagrin.

ouverte aux influences

extérieures.

1 l'//1 • scène fait

d'une série ,/,. 1w111tures ·/111 rli coraient /, /w11beau ,l,• S,//l cho Saiz .l,• c:arrillo, ., l'1•r111itage , /, St111 Andrés ,/,• /Vlahamud .1 /111rgos.

J•ittlll'

-'----------~

Les statues se détachent sur un fond plat entouré

d'une arcade.

4 Portail du Pardon, avant 1337 Tolède, cathédrale, façade ouest

204 • LES LI EUX

Les figures du portail du Pardon sont élancées, le mouvement des corps se devine sous les drapés, les visages sont expressifs.

Les figures sont délimitées par un tracé rigide, l'expression et la gestuelle sont traditionnelles, et l'on perçoit des accents gothiques dans la composition des figures et dans le dessin. Il s'agit là de l'une des premières manifestations du gothique dit linéaire en Castille.

;1,,.-~

La scène représente le moment du planctus, c'est-à-dire celui où parents et amis manifestent leur douleur.

4 École espagnole, Pleureuses (détail du Sépulcre de Sancho Saiz de Carrillo), vers 1300 Barcelone, Museo Naciona l de Arte de Catalunya

LES ROYAUMES IBÉR IQUES • 205

Le royaume de Maj orqu e Né par la volonté de Jacques le Conquérant en 1276, le royaume perdit son indépendance en 1349. Durant ses soixante-dix années de vie, il se caractérisa par une activité artistique intense.

La partie supérieure est articulée

,c/011 un système de contreforts massifs et d'arcs-boutants assez rapprochés, qui donnent à l'ensemble un aspect linéaire et imposant à la fois .

L'intérieur, à trois nefs, est éclairé par une grande rosace. Le peu de différence de hauteur entre le vaisseau central (42 m) et les bas-côtés (30 m), ainsi que la largeur du vaisseau central (20 m}, créent un sentiment d'unité spatiale et de simplicité.

Le royaume de Majorque li naquit des dispositions testamentaires du roi d'Aragon Jacques le Détail intéressant

Conquérant, qui divisa la couronne en deux royaumes (1276), afin

Le royaume de Majorque était

d'en réserver un pour son fils cadet Jacques Jer de Majorque. Cette

constitué des Baléares, des comtés

séparation provoqua discordes et conflits armés entre les deux

du Roussillon et de Cerdagne, et de la seigneurie de Montpell ier.

royaumes, dont la riva lité politique et commerciale prit fin en 1349, avec la défaite et la mort de Jacques II, neveu de Jacques Ier, et le retour des Baléares dans le royaume d'Aragon. Les quelque soixantedix ans d'existence du royaume de Majorque furent marqués par une intense activité artistique, avec des caractéristiques propres à chaque région et, en même temps, un art de cour intéressant qui marqua toute cette période, au-delà des particularismes locaux. Les souverains promurent une politique artistique de grand prestige : construction des châteaux de Perpignan et de Palma, de la cathédrale de Palma, et réalisation de deux précieux manuscrits, dans un style d' influence siennoise, le Livre des privilèges et des franchises du royaume et les Lois

't' Siège de Palma de Majorque et campement du roi Jacques '" · 1285- 1290 Barcelone, Museo Nacional de Arte de Cata lu nya

palatines; à cela s'ajoute le développement notable de l'orfèvreri e:

production d'émaux translucides, en particu lier à Montpell ier. Comme dans le reste de l'Europe du x1ve siècle, les autres promoteurs de l'activité artistique furent les ordres mendiants, qui construisirent ou reconstruisirent leurs couvents à plus vaste échelle. L'ensemble, élégant et grandiose, rappelle l'art français, mais porte aussi une empreinte résolument locale.

L'édifice a été conçu comme un panthéon divin original.

La cathédrale, érigée sur l'emplacement d'une mosquée arabe, ressemble presque, de l'extérieur, à une forteresse.

• Berenguer de Montagut (?] et autres, cathédrale Santa Maria, vers 1300-1369 Palma de Majorque

206 • LES LI EUX

LES ROYAUMES IBÉRIQUES • 207

Le royaume de Majo rqu e Le château Bel/ver, résidence d'été des rois majorquins, conçu selon un plan circulaire, est fortifié et flanqué de quatre tours massives.

Les souverains de Majorque, placés à la tête d'une entité politique nouvelle, favorisèrent la construction de résidences adaptées à leur rôle.

208 • LES LI EUX

Cette miniature célèbre, où l'on décèle un certain manque de perspective, représente Jacques /e, trônant, dans une composition qui évoque la Maestà de Simone Martini à Sienne.

La cour intérieure du palais est entourée d'arcades gothiques qui créent un effet spectaculaire.

Pedro Salvd imagina un édifice d'une régularité parfaite, qui n'est pas sans rappeler le palais de Frédéric Il à Castel del Monte dans les Pouilles. .l. Pedro Salvà, château Bellver, 1309-1314 Palma de Majorque

Le roi est représenté au centre, entouré d'anges qui lui posent la couronne sur la tête, pendant que d'autres jouent de la musique.

/_;artiste, nommé le Maître des Privilèges, bien que n'étant pas, selon la critique, d'origine italienne, fut influencé par l'art siennois.

En bas, de chaque côté du roi, figurent un représentant de l'Église et un autre de la noblesse, les deux piliers du pouvoir.

.l. Maître des Privi lèges, Le Roi Jacques'"· miniature du Livre des privilèges et des franchises du royaume de Majorque, 1334-1339 Palma de Majorque, Archiva del Reina de Mal lorca

LES ROYAUMES IBÉRIQUES • 209

/ 11

comptant les citadins et les gens de l'extérieur, de toutes condi-

1,,,11,, ou arrive, au total, à plus de deux cent mille personnes » (Bonve111 , /, ·

XIV'

siècle).

I'"'' 1, retour au pouvoir de la famille Della Torre entre 1302 et 1311,

L'Italie Milan Vérone Padoue Venise Bologne Florence Sienne Pise Assise Rome Naples

la Riva, Les Merveilles de Milan, début du

Milan

1, 1•,1111vcrnement seigneurial de Mil an fut conqui s par les Visconti, qui

À partir de la seconde moitié du XIII' siècle, on assista en Italie à la crzs,• de la politique des communes au Centre et au Nord, tandis qu'au Sud se poursuivait la tradition monarchique. Le rôle de l'empereur germa nique devint de plus en plus formel, même s'il était amené parfois à cal mer les luttes entre factions ou à nommer vicaires impériaux les différents «seigneurs », leur donnant ainsi un semblant d'officialité. Ll' transfert de la papauté en Avignon et la crise qui frappa l'Église rendi rent encore plus lointaine la réalité d'un pouvoir unitaire. Le début du XIV' siècle fut marqué par une croissance démographique importante et une économie florissante, grâce à l'industrie textile et au commerœ international. Dans le même temps, les tensions sociales devenaient d1• plus en plus vives, tout comme les luttes entre factions qui, dans bien des cas, aboutissaient à la tyrannie. Puis, vers le milieu du siècle, la peste noire s'abattit sur l'Italie comme sur le reste de l'Europe et décima la population. Au cours de ce siècle pourtant, communes et seigneuries utilisèrent l'art pour transmettre leurs messages politiques et pour montrer aux autres leur propre grandeur. Les centres artistiques se multiplièrent et les cités rivalisèrent pour attirer les meilleurs artistes : peintres, comme Giotto, Simone Martini, Duccio, les frères Lorenzetti ; sculpteurs célèbres, tel Nicola Pisano; architectes, miniaturistes, orfèvres. L'art de cette période atteignit des sommets auxquels même la peste ne parvint pas tout à fait à donner un coup d'arrêt, et les artistes et leurs réalisations se déplacèrent d'une cité à l'autre, se confrontant et inventant des solutions nouvelles. li suffit de penser à Florence, alors puissance économique internationale et centre incontesté dans le domaine culturel, où œuvraient Dante, Arnolfo di Cambio et Giotto, véritables génies novateurs.

, 1 11r nl déjà imposés à la fin du xme siècle et détenaient des charges 111 ,1111c celles d' « ancien » et de « capitaine » du peuple. Dès les pre11111 11·, décennies du x1ve siècle, la dominatio n des Visconti couvra it la ,111 is1 totalité de l'actuelle Lombardie; Gian Galeazzo, seigneur à par111 ,k 1385, entreprit d 'étendre ses doma ines éga lemen t aux régions

Articles en relation La seigneurie, La courtoisie, Le monument hméraire, Le chantier de construction, L'enluminure.

111111 11 ophes. À Mil an, les Visconti lancèrent un vaste programme de , 1111,11 uction, renforcèrent les défen ses extériemes, o uvrirent un nou-

Bonino da Campione, Giotto, Giovannino

' 111 fossé, le Redefossi, protégé par des ouvrages fortifiés, et bâtirent

de' Grassi.

,J, 111 ll1velles demeures seigneuriales. En 1386, Gian Ga leazzo décida la

Faits marquants

, 111is1ruction de la cathédrale, projet ambitieux do nt la réalisation se

par le jeu des alliances

1•11111,uivit pendant plusieurs siècles. De nombreux a rtistes travaillèrent

matrimoniales avec les

La cour des Visconti,

I' 11 I •r de Gmünd joua un rô le

familles régnantes d'Europe, contribua à la formation du gothique international. La présence de Giotto à Milan en 1335-1337 est attestée par les documents: il peignit une Gloire mondaine au palais des Visconti et une Crucifixion à l'église San Gottardo (toutes deux perdues). Gian Ga leazzo conquit Padoue, Vérone et Vicence en 1387. Pise fut cédée au duc en 1399, Sienne et

1111 po rtant dans le chantier de

Pérouse se soumirent

1 l.1 m ur des Visconti ; l'arrivée de Giotto, appelé par Azzone Visconti , 11 1 B5, fut un moment essentiel po ur la vie a rtistique lombarde. 111 1l' présence importante po ur l'architecture lo mbarde: celle de Gio111111 di Balduccio, pi sa n, qui 11

il "a en 134 7 le porta il de

', 1111,1 Maria du palais Brera. ',1111 œ uvre influença cell e des 111.111 rcs originaires de Ca m1•11 111c, parmi lesq uels Bonino 111111· ci-contre). Pa r a illeu rs, un

l I cithédrale à partir de 1392.

en 1399 et Bologne acquise en 1400.

l 1• raffinement de la cou r des

..,. Bonino da Campione,

Visconti et l'apport des nou-

Monument funéraire de Bernabô Visconti

11·.1utés de Giotto s'exprimè-

,,.,11 avec bea ucoup de bon heur

(détai l), vers 1363 Milan, Castello Sforzesco, Museo d'Arte Antica

,l.1115 la miniature. l'ITALIE • 211

Milan On pense que le projet de la cathédrale est le fruit de la collaboration entre architectes locaux et étrangers. À la fin du x Ive siècle, le chantier fut dirigé par Giovannino de' Grassi, qui intensifia le programme de sculptures.

Ce monument comporte un sarcophage soutenu par des piliers et des cariatides qui reposent sur un piédestal, et il est surmonté d'un tabernacle au sommet triangulaire et à l'ornementation très chargée.

Le chantier de la cathédrale, lancé et financé par Gian Galeazzo Visconti, devint pour une trentaine d'années le centre moteur de l'activité économique et sociale de la région.

,111 !, • couvercle , /11 11·,·cueil , ,nt , e/)résentés ,/, /!l'rsonnages , , 111/m1/Jorains ,/11 ,/1{1111/: , 1 ,,11111anditaires ,/, f'll'ltvre, /,,11/l,·11rs de fonds . 111

L'arche fut commandée par les dominicains et financée, entre autres, par Azzone et Giovanni Visconti et des nobles milanais. Les scènes re/)résentées suivent un programme religieux et politique précis.

lncn{aiteurs.

I ,•, l'rcueil , I

tH'llé

,/'11111' quantité de , 11//1/ures, parmi /, ,,111 ,/les certaines /1~111·es sont /'•'' t,mlièrement

,,•,1/,stes , 1 1'\:/)ressives. 11,•, ouvriers de / ,,,cane et de la 1•11/1· de Campione l1,111aillèrent ., l1•11r exécution.

L'édifice, aux dimensions exceptionnelles, répondait à la volonté de la cité d'affirmer son rôle par la taille du monument qui en était le symbole.

.t. Abside et transept sud, commencés en 1386 Milan, cathédrale

212 • LES LIEUX

L'intérieur comporte cinq nefs et un déambulatoire en saillie, bordé par les nefs latérales et un chœur peu profond. Les travées transversales, très larges, ont nécessité l'emploi de nombreux supports.

I.:extérieur se caractérise par un décor exubérant et un effet d'ensemble extrêmement original.

Le cercueil est décoré de huit /Janneaux sculptés retraçant des épisodes de la vie du saint martyr ainsi que ses miracles. Les Vertus avec leurs symboles soutiennent le sarcophage où re/)ose saint Pierre martyr, qui est re/)résenté sur le tabernacle à côté de la Vierge à L'Enfant.

.t. Giovanni di Balduccio, Arche de saint Pierre martyr, 1339

Milan, basilique Sant'Eustorgio

L'ITALIE• 213

Milan L'utilisation de la couleur, étalée en glacis d'une grande délicatesse, rend les scènes particulièrement évocatrices; l'artiste est attentif à la description des lieux et des costumes.

Le style de ces miniatures se distingue par la fusion parfaite entre réalism e et élégance form elle, typique du monde aristocratique et courtois.

/l,11w1s et Marquis de tous les pays, / gentils et courtois ici l'on vit arri',, / Ici, d'astrologie, de philosophie/ et de théologie l'on entendit dis11/,·1 • (Bisbidis di Manuello Giudeo, x1ve siècle).

11 111,licu du x 111e siècle, à Vérone, s' imposa l'hégémonie de la famille • -

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J 1,

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\t1.>1t1i\\.l1i,11 1 11 , , :

Vérone

Il., Scala, qui contrôlait la principale institution corporative de la

dl,·, ln domus m ercatorum. Ce furent cette domus et le parti popu-

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l 1111· qui y était lié qui favorisèrent l' ascension de Mastino della Scala

1

T:exceptionnelle qualité des enluminures milanaises est attestée par des œuvres telles que le Missel de Roberto Visconti (vers 1327), le Liber Pantheon de Godefroy de Viterbe (écrit à Milan en 133 1 et dédicacé à Azzone Visconti), la Chronica Mediolani (vers 1378), les Tacuina sanitatis (création typiquement lombarde) et les romans de chevalerie, comme Lancelot du Lac.

, 1 ,1 nominati on, entre 1259 et 1262, d'a bord comme podestat, puis

Articles en relation La seigneurie, Le monument

, ,1111111c capita ine du peupl e. En 1311, Cangrande dell a Sca la obtint le

funéraire.

11.>$m;,1,r,,ftt,o cfr:.oue1 lh"l"tno1.111• 1

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11

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1379.

LES ARTISTES • 277

Tommaso da Modena Les quarante personnages éminents de l'ordre sont représentés chacuns dans leur cellule, saisis pendant leur étude quotidienne, lecture ou méditation des textes sacrés.

Chaque dominicain est caractérisé par un geste ou une attitude; tous sont entourés des attributs des intellectuels de l'époque: lunettes (inventées depuis peu}, pupitre, ciseaux, clepsydre.

Ici, le peintre fait des emprunts au style de cour précieux de l'art siennois, peut-être pour répondre au désir du commanditaire, l'empereur Cha rles IV, qui appréciait beaucoup le style de Simone Martini.

Cette œuvre est «enchâssée » dans une structure dans laquelle furent insérées les figures peintes par Tommaso, redécoupées à partir du polyptyque d'origine.

Au lieu de recourir aux habituels choix symbolico-allégoriques, Tommaso représente l'histoire et la grandeur des dominicains à travers une galerie des membres les plus célèbres de l'ordre. .t. Tommaso da Modena, Les Cardinaux Gautier d'Angleterre et Nicolas de Rouen, deux des Portraits de dominicains illustres, vers 1352 Trévise, San Niccolà, salle capitu lai re

278 • LES ARTISTES

Ce triptyque, placé au-dessus de l'autel de la chapelle, représente la Vierge avec L'Enfant dans ses bras, flanquée de saint Wenceslas et de saint Palmazio.

Sous la Madone, la citation « Quis opus hoc finxit. Thomas de Mutina pinxit. Quale vides lector Barisini filius autor>> rappelle les vers inscrits par Pétrarque sur le frontispice de son manuscrit de Virgile.

Même s'il ne s'agit pas de vrais portraits, Tommaso porte une grande attention aux caractéristiques psychologiques, à l'aspect visuel et aux détails i11dividuels, mêlant art de cour et style naturaliste. .t. Tommaso da Modena, Triptyque de la Vierge à /'Enfant, 1356-1365 Prague, châtea u de Karlstejn, chapelle de la Sainte-Croix

LES ARTISTES • 279

Ferrer Bassa

Peintre préféré de Pierre le Cérémonieux et de Marie de Navarre, il (11 1 l'un des principaux artisans de l'introduction du goût italianisant e11 Catalogne.

Ferrer Bassa

Dans les fresques du monastère des clarisses de Pedralbes, la profonde connaissance qu'avait Ferrer de la peinture toscane de son époque, en particulier l'art des Lorenzetti, est évidente.

Le programme iconographique de la chapelle Saint-Michel fut défini par contrat et comprend les Scènes de la Passion, les Sept joies de la Vierge, ainsi que des représentations du Christ et des saints.

Ferrer Bassa fut actif en Catalogne entre 1321 et 1348. Les documents qui attestent son activité et l'importanc1•

de sa production, liée aux commandes de la famille royale et de, Actif en Catalogne entre 1321 et 1348. Résidences principales Barcelone, Saragosse, Perpignan, Palma de Majorque, Tarragone,

Lérida; on suppose qu'il voyagea en Italie entre 1324 et 1333.

grandes personnalités proches de celle-ci, sont nombreux. Les prc miers témoignages signalent la présence du peintre dans la région d1· Barcelone entre 1321 et 1324, puis on perd sa trace jusqu'en 1333, après quoi les documents le mentionnent de façon ininterrompue jus qu'en 1348, année probable de sa mort à cause de la peste. L'hypo thèse a donc été avancée que Ferrer Bassa, entre 1324 et 1333, sr sera it rendu en Italie, où il serait entré en contact avec la peinture dl'

Œuvres principales Fresques du monastère Santa Maria de Pedralbes (Barcelone, 1346); Heures de

Toscane, de l'Italie du centre et de Naples, dont on retrouve nettemenl

Marie de Navarre

goût italien. À partir de 1339, il se fixa à Barcelone et entra au servic1·

(Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, première moitié

du

XIV'

siècle).

l'influence dans son art. Ferrer Bassa est considéré, en effet, comme k plus important parmi les artistes qui introduisirent en Catalogne il'

de Pierre le Cérémonieux, pour qui il exécuta des retables destinés aux chapelles royales de Saragosse, Perpignan, Barcelone. Autour de Fer rer se constitua un atelier bien organisé, où entra également son fil,, Arnau, dont le style fut très proche de celui de son père (auquel il nt• survécut que quelques mois). Ma lgré l'abondante producti on citée par les documents, le, œuvres qui subsistent sont peu nombreuses: citons les peintures de la chapelle Saint-Michel dans le cloître du

.,.. Ferrer Bassa, Adora tian des mages, page enluminée des Heures de Marie de Navarre, première moitié du XIV' siècle Venise, Biblioteca Nazionale Marciana

de Navarre, épouse de Pierre Il' Cérémonieux, morte très jeune. Cette œuvre de grande qualité a été attribuée à trois maîtres, don1 Ferrer et son fils.

280 • LES ARTISTES

monastère ck

Pedralbes et les Heures de Marit• La qualité picturale de cette œuvre n'est pas à la hauteur des modèles et, malgré la veine créatrice puissante, il est probable qu'elle fut exécutée par l'atelier de Bassa, sous sa supervision.

Cette scène illustre /'Adoration des mages: les trois rois sont agenouillés devant la Vierge qui tient l' Enfant dans ses bras, dans un décor de paysage qui rappelle beaucoup la peinture siennoise.

.t. Ferrer Bassa, Adoration des mages, 1346 Pedralbes, Santa Maria, chapelle Saint-Michel

LES ARTISTES • 281

Bertram von Minden

Son existence est attestée par les documents et il fut sûrement un peintrt• estimé et connu à Hambourg au x1ve siècle. Tl ne reste de lui qu'un!' seule œuvre certaine, qui témoigne de son originalité et de sa grandet// poétique.

Ce polyptyque en bois de chêne a été plusieurs fois restauré et repeint. L'intérieur des volets est décoré de soixante-dix sculptures : saints, prophètes, vierges sages et vierges folles, et une Crucifixion {ajoutée dans un second temps).

Les figures peintes par Bertram se distinguent par leur aspect sculptural qui les fait ressortir sur le fond d'or, et par une sorte de poésie burlesque.

Bertram von Minden Maître Bertram, né à Minden (ou dans les environs) en Westphalil', Minden (o u environs},

fut actif à Hambourg entre 1367 et 1387. À partir de 1387, en effet,

vers 1340 - vers 1415.

il est cité presque tous les ans dan s les registres de la cité et dans le,

Résidences principales Hambourg; un voyage à Lübeck est attesté en 1375, et un pèlerinage à Rome en 1390.

chroniques, car il recevait des commandes officielles. En 138 3, l.1

Πuvres principales

certitud e à Bertram, dont le style très original n'a pas d'équivalen t

Polyptyque du maîtreautel de Saint-Pierre (Hambourg, Kunsthalle, vers 1379-1383).

dans d'a utres œuvres d'Europe du Nord et de Bohême, ma lgré de~

chronique de H ambourg parle de Bertram comm e de l'auteur du maître-a utel de l'église Saint-Pierre, un gra nd polyptyque avec de, parties sculptées et peintes. Il s'agit de la seu le œ uvre attribuée avel

éléments qui rappellent la peinture de ces régions à l'époque. Sur b volets, peints des deux côtés, un programme figuratif complexe,

Sur la prédelle sont représentées une Annonciation et des images des Pères de l'Église et des fondateurs des ordres mendiants.

La signifi cation du programme iconographique, probablement dicté par le chanoine de Hambourg, Wilhelm Horboch, théologien et juriste, était basée sur le thème de la rédemption de l'humanité dans le Christ, grâce à la médiation de l'Église.

sûrement inspiré par un ecclés iastique, illustre de, scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le, sculptures sur deux registres, visibles qu and le, volets sont ouverts, furent probablement exécu tée, par un a utre artiste. La critique attribu e d'a utre, œuvres à Maître Bertram. Parmi celles-ci, le Polyp

tyque de la Passion de H anovre, de provenanCl" incertaine, dont le premier panneau figure l' Entrfr du Christ à Jérusa lem - le Christ, juché sur un âne, est accueilli par une foule joyeuse qui gesticule - ; trois miniatures du Missel de Johannes Wusth orpe; et un polyptyque avec des Scènes de la vie de la

Vierge, pour le monastère de Harvesteh udc. D'après les documen ts, nous savons éga lement qul" le maître se rend it en pèlerinage à Rome en 1390 Cl qu 'il rédigea son testa ment en 1410. Le 13 ma, 1415, il était déjà mort, puisque c'est la date qul' porte une lettre de sa fa mille réclamant l'héritage.

282 • LES ARTISTES

" Bertram von Minden, ln Création des animaux, panneau tlu polyptyque du maître-a utel lie Saint-Pierre, vers 1379-1383 Hambourg, Kunsth alle

Sur les vingt-quatre panneaux du retable, Bertram von Minden a peint des scènes tirées de la Genèse et du Nouveau Testament, depuis /'Annonciation jusqu'au Repos pendant la fuite en Égypte.

J. Bertram von Minden, polyptyque du maître-autel de Saint-Pierre, vers 1379- 1383 Hambourg, Kunsthalle

LES ARTISTES • 283

Bertram von Minden Sculpteur lié à la tradition plastique lombarde, Bonino réalisa ses chefs-

Dans la partie supérieure, des deux côtés de la scène, deux anges musiciens sur fond doré accompagnent l'événement.

d'œuvre grâce aux commandes de Bernabà Visconti et de Cansignorio della Scala, pour lesquels il exécuta des tombeaux monumentaux.

Originaire de Campione ,u r le lac de Lugano, actif

Bonino da Campione

dans la seconde moitié du

,ive siècle à Mi lan et dans d'autres cités voisines (Brescia, Crémone, Vérone), il peut être considéré comme le représentant majeur de l'époque des « maîtres de Campione », architectes, sculpteurs et 1.1illeurs de pierre actifs dans la région de Padoue depuis le haut Moyen Com1111• le raconte /11 Genèse, Dieit ,1 à peine extrml u ne cÔ/1• d'A dam que celui, , s'endort. l111• ém erge ci,• la côte, ,1 mi-bus/1•, les mains levée', C011 ll llt '

Age. Son nom apparaît pour la première fois sur l'inscription du sar,ophage de Folchino degli Schizzi (mort en 1357), à la cathédrale de Crémone, ville où Bonino avait réalisé un autre tombeau, aujourd'hui disparu, à Sant'Omobono. Par la suite, Bernabo Visconti, seigneur de Milan, lui commanda son propre monument funéraire, qui occupa l'ar-

Campione (lac de Lugano); actif dans la seconde moitié du XIV' siècle. Résidences principales Milan, Vérone, Brescia, Crémone. Œuvres principales

Monument funéraire de l'évêque Lambertini

1iste pendant une période assez longue: il y travailla à plusieurs

(Brescia, cathédrale ancienne, avant 1349);

reprises, de 1360 environ à 1385, année de la mort du commanditaire.

Monument funéraire de Folchino degli Schizzi

Ca mpione, avec un revêtement polychrome, au point d'être défini par

(Crémone, cathédrale, avant 1357); Monument funéraire

l.unghi «chef-d'œuvre d'humour ataviquement lombard », en raison

de Rernabà Visconti

I.e groupe équestre fut réa li sé selon les préceptes de la statuaire de

une oranlt•,

de l'aspect autoritaire, presque fruste, du seigneur milanais représenté ,1 cheval. Vers 1370, Bonino fut appelé à Vérone par Cansignorio della Scala, pour 1·xécuter son tombeau (à la sépulture des Sca ligeri) où dom inent les éléments architec-

(Milan, Castello Sforzesco, Museo d' Arte Antica, 1360-

1385); Arche de Cansignorio della Scala (Vérone, Santa Maria Antica, sépu lture des Scaligeri, 1370-1375).

turaux p lus nettement gothiques, enrichis .1ux angles de tabernacles pointus. De retour .1 M ilan, vers 1376, et Bernabo une fois mort, Bonino semble avoir reçu moins de rommandes et mourut sans doute en

.l Bertram von Minden, La Création d'Ève, panneau du polyptyque de Saint-Pierre, vers 1379-1383 Hambourg, Kunsthalle

284 • LES ARTISTES

Bertram narre les événements avec une simplicité poétique; les figures paraissent taillées sur le fond doré et les formes, marquées, sont un peu disproportionnées, avec une grosse tête et de grosses mains, pour faciliter une vision de loin.

mars 1397. Parmi les autres œuvres qui lui ,ont attribuées, citons le Monument funéraire de l'évêque Lambertini (mort en 1349),

,1 la cathédra le ancienne de Brescia, exécuté

... Bon ino da Ca mpione, Arche de Cansignorio della Scola, 1370-1375 Vérone, Santa Ma ria Antica

dans sa jeunesse.

LES ARTISTES • 285

Melch ior Broederlam

Peintre fiamand au service du comte de Flandre Philippe le Hardi, il SI' distingua par un art raffiné qui fait de lui l'un des représentants mar quants du gothique international de la région.

Melchior Broederlam

Melchior Broederlam

La Présentation au temple est encadrée par une structure architecturale, de manière à créer une séparation avec la scène voisine, qui se déroule dans un paysage rocheux naturel. Melchior Broederlam utilise certains éléments symboliques pour souligner le sens des épisodes illustrés: sur le fond, une idole tombe d'un piédestal, allusion aux pouvoirs salvateurs du Rédempteur.

C'1

né à Ypres, où les docu ments le mention ne11 1

de 1381 à 1409 en qualité de peintre au service de Philippe le H ard ,, Actif à Ypres entre 1381 et 1409.

dont il fut le

«

valet de chambre» lorsque ce dernier devint comte dl'

Flandre, en 1384. Durant cette période, l'artiste, qui se caractérist•

Résidences principales Ypres, Dijon, Paris, Hesdin.

par la finesse et l'élégance de son dessin et par la spécificité de ,.1

Œuvres principales

scéniques pour le château de Hesdin (1386-1392) à la décoration dt•

Retable de la Crucifixion (Dijon,

bateaux (quand, en 1386, les barons de France se réunirent c11

musée des Beaux-Arts,

Flandre avec l'intention d'envahir l'Angleterre, et voulurent peindrt•

1392-1399).

technique picturale, réalisa des œuvres de genres divers, des décor,

leurs armoiries sur leurs navires). li fut également appelé à Dij on

Dans la Fuite en Égypte, le peintre s'attarde sur des détails de la vie courante: Joseph, figuré comme un paysan flamand, est saisi au moment où il boit à la régalade. L'épisode se réfère, semble-t-il, à un récit apocryphe selon lequel une source aurait surgi aux pieds de Marie, permettant à tous de se désaltérer.

l' i

à Paris pour participer à la préparation des fêtes grandioses donnée, par la cour. Malgré son rôle de peintre de cour, Melchior Broedc, 1am conserva sa maison et son atelier à Ypres, où il travaillait avn ses élèves et ses collaborateurs et d'où il se dépl,1 çait en cas de nécessité. C'est à Ypres qu'il réalis,1 la dorure et le décor polychrome de la seule œuvrt• qui lui soit attribuée avec certitude: le Retable d,•

Le fond d'or et le clair-obscur créent une atmosphère poétique et irréelle, bien que les scènes se caractérisent par un naturalisme puissant, par exemple Marie qui serre /'Enfant contre sa poitrine pour le protéger.

la Crucifixion pour la chartreuse de Champmol,

dont les sculptures sur bois avaient été exécu tfr, par Jacques de Baerze. Une fois terminé le travai l de ce dernier, en 1399, l'œuvre fut apportée c11 France, à la chartreuse, par le peintre lui-mêm,•, Là, Melchior Broederlam peignit quatre scènes, deux par panneau: l' Annonciation et la Visitati on, la Présentation au temple et la Fuite en Égyptl' , Dans ce retable, le naturalisme flamand semble St' fondre avec l'art courtois, ainsi qu'avec des éi(, ments siennois, ce qui en fait un témoignage pré

286 • LES ARTISTES

.. Melchior Broederlam, Jacques de Baerze,

cieux du gothique international en Flandre à la fi n

/ 'Annonciation et la Visitation, volet extérieur gauche du Retable de la Crucifixion, 1392-1399

du x1ve siècle.

Dijon, musée des Beaux-Arts

4 Melchior Broederlam, Jacques de Baerze,

La Présentation au temple et la Fuite en Égypte, volet extérieur droit du Retable de la Crucifixion, 1392-1399 Dijon, musée des Beaux-Arts

LES ARTISTES • 287

Puccio Capann a Co nsidéré aujourd'hui comme l'un des artistes majeurs du XI V' siècle, ,/ fut le plus moderne des discip les de G iotto et se distingua par un art rc1f fi né, d'un naturel incomparable.

Puccio Capanna

Puccio Capa nna fu t acti f à Assise et

t.:espace est défini par l'architecture d'une église, tandis que les volum es des corps sont rendus par des empâtem ents denses de couleur, qui réussissent à créer un naturalism e puissant.

Dans les années 1330, Puccio Capanna s'affi rm a com me le plus moderne des disciples de Giotto et son art fu t très adm iré, y compris par Vasari, pour son naturel raffiné.

,1

Flo rence dans la pre mière moitié d11

x1ve siècle. Il est cité par Vasari dans il', Vies (1550) comme l' un des disciples les plus importants de Giotto r i Actif à Assise dans la première moitié du x1ve siècle.

pa r Ludovico da Pietralunga da ns sa D escription de la basilique Sa11 Francesco (1570), q ui donne Assise comme ville d'origin e du peinn,·

et fo urnit une liste de ses œ uvres. On attribue a uj ou rd 'h ui à Puccm

Résidences principales Assise, Florence.

Capa nna un ensem ble de peintures de très ha ut ni vea u, comme k,

Œuvres principales

fresques de la tribune des cha nteurs da ns l'église inférieure de la bas1

Couronneme11t de la Vierge et Vie de saint Stanislas (Assise,

liq ue d'Ass ise (comma ndées par un mem bre de la fam ill e Soldani ver,

église inférieure de la basilique San Francesco, tribune des chanteurs, vers 1330 ); Annonciation et Crucifixion (Assise, monastère Sa n Giuseppe, vers 1334 ); Vierge à I' Enfan t e11tre

la Vie d e saint Stanislas, a insi que la Cruàfixion et saints, peinte su i

des anges et des sai11ts (Cité du Va tican, Pinacoteca Vaticana, vers 1335 ); Crucifixion (Raleigh, North Carolina Museum of Art, vers 1335) ;

Crucifixion et saints (Assise, Sacro Covento des francisca ins, sa lle capitulaire, vers 1335);

Vierge à /' Enfant entre quatre saints (Assise, basilique Sa nta Chiara, chapelle Sa n Gio rgio, vers 1335) ; Crucifixion et Déposition (Assise, Museo e Archivio Capitolare, ve rs 1341 ). Autre artiste en relation Giotto.

1330), représenta nt le Couronnem ent de la Vierge et deux épisodes dr

la lunette de la sa ll e ca pitulaire du Sacra Covento des fra nciscaim. Da ns le Cou ronnement de la Vierge, la dette de l'artiste envers la cu l cure gothique est évidente. Son art est une sorte de développement dt• la peinture giottesque d'Assise, da ns le sens d' un sty le na tura liste

gothique. L'œ uvre de Puccio est empreinte d' une sensi bilité raffi ne(' dans les fo rmes souples et les couleurs cha udes, et d'un na turalismr qui to uche à la psycho logie huma ine profonde. O n a ttri bue éga lemcn1

à Puccio le po lyptyque mural de la Vierge à !'Enfant entre quatre sain ts, à la cha pelle San Giorgio

de la basilique Sa nta Chi ara , J,1 Crucifi xion et la D ép osition,

a uj o urd' hui a u Museo Capito la re, le d iptyque dont subsiscen1 la petite Crucifixion de Ra leigh

Cl

la Vierge à !'Enfant entre des anges et des saints, à la Pinaco

Dans les petites scènes de la vie de saint Stanislas, le peintre atteint des sommets dans la représentation naturaliste de la figure humaine.

lei, saint Stanislas accomplit le m iracle de ressusciter un m ort.

thèque du Va tica n. Il semble qul' Puccio Ca pa nn a a it t ravai lk a ussi à Flo rence, o ù sa renommfao lui survécut lo ngtemps.

288 • LES ARTISTES

l' i

.. Puccio Ca panna, Le Couronnement de la Vierge, vers 1330 Assise, basil iqu e San Francesco, église inférieure, tribune des chanteurs

.t. Puccio Ca panna, Miracle de saint Stanislas, vers 1330 Assise, basilique Sa n Fra ncesco, église inférieure, tribune des chante urs

LES ARTISTES • 289

Jaume Casca ll s Artiste éclectique, il ;oua un rôle de premier plan en Catalogne dam; l,1 seconde moitié du XIV' siècle, grâce, notamment,

à la commande

i/11

tombeau royal de Pierre le Cérémonieux à Poblet.

Jaume Cascalls

Ce retable en albâtre est l'unique œuvre signée de Jaume Cascalls qui ait été conservée; il l'exécuta avant d'être appelé par le roi Pierre le Cérémonieux pour réaliser les tombeaux royaux à Poblet.

Jaume Cascalls est né à Berga en Catalog1w, où, d'après de nombreuses sources, il fut am i

dans les années 1350-1375. Dans sa jeunesse, il semble avoir al tern1 Berga, vers 1340- (?); actif en Catalogne dans le troisième quart

du xrve siècle. Résidences principales Saragosse, Poblet, Lérida, Tarragone, Cornelia-de-Conflent, Gérone, Barcelone.

Œ uvre principale Retable de la Vierge (Gérone, Museo Diocesano, 1345). Fait marquant Jaume Cascalls eut une influence notable sur les sculpteurs

les travaux de sculpture et de peinture, grâce, en particulier, à la co l laboration avec son beau-père, le peintre Ferrer Bassa . En 134 11, Pierre IV le Cérémonieux le chargea, avec Maître Aloy de Montbray, de réaliser un monument funéraire pour lui et ses trois épouses, da 11 le panthéon royal près de l'abbaye de Poblet. En 1360, Aloy s'éta 111 retiré, Cascalls prit la direction des travaux. Sous le patronage dt·, souverains, il réalisa aussi des peintures et des retables avec ses co l laborateurs, Jordi de Deu, Pere de Lena et Joan Mateu. D'après il', documents, Cascalls aurait été nommé, en 1361, magister operis d1• la cathédrale de Lérida. On le retrouve en 1375 à Tarragone, où il réorganisa le portail occidental de la cathédrale. Malgré l'abondam,· documentation parvenue jusqu'à nous, la seule œuvre signée qui

de son temps, parmi

subsiste est le retable en albâtre dédié à la Vierge, à l'église de Co r

lesquels Jordi de Deu,

nella-de-Conflent. La critique a attribué d'a utres œuvres à cc1

son esclave ensuite affranchi,

artiste, sur la base des quelques données stylistiques disponi bl e;,

Bartolomé Rubia et Pedro Aquilas.

parmi lesquelles la statue de Sant Carlemany, dans la chapelle homo nyme de la cathédrale de Gérone, et la figure du Christ dans le groupe du Saint Sépulcre de la col légiale Sant Feliu, toujours à Gérone. À parti 1 de ces comparaisons, on a attribué aussi :1

Dans un style posé, le sculpteur retrace, à l'intérieur de cadres entourés d'éléments architecturaux gothiques, des scènes de la Passion et de la Résurrection du Christ dans le registre supérieur, et de la Vie de la Vierge dans le registre inférieur.

À l'intérieur des cadres, dans certains épisodes comme la Dormicio Virginis ou la Descente du Saint-Esprit, Cascalls réussit à créer des scènes à personnages multiples qui évoquent l'art français.

Cascalls la très belle tête de Christ, appartc nant à un groupe du Saint Sépulcre, conservfr au Museo Nacional de Arte de Catalu nya, .. Attribué à Jaume Cascalls, Tête de Christ, vers 1352 Barcelone, Museo Nacional de Arte de Catalunya

autrefois peinte. Cascalls marqua assurémen l un moment important de la sculpturt gothique catalane et se distingua par un lan gage personnel, synthèse des influences fran çaise et italienne.

290 • LES ARTISTES

.l Jaume Cascalls, Retable de la Vierge, 1345 Gérone, Museo Diocesano

LES ARTISTES • 291

Giovannino de' Grassi

Peintre, enlumineur, sculpteur, architecte, orfèvre, il est connu pour .1