La méthode Feldenkrais: Outil fondamental de la Connaissance de Soi par le Mouvement 9783639469592

Delphine Hélix propose une méthode d'accompagnement psycho-corporelle basée sur les principes fondamentaux de la mé

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La méthode Feldenkrais: Outil fondamental de la Connaissance de Soi par le Mouvement
 9783639469592

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Delphine Hélix

La méthode Feldenkrais Outil fondamental de la Connaissance de Soi par le Mouvement®

Éditions Vie~

Votre édition pour la remise en forme, le bien-être et la santé

Delphine Hélix La méthode Feldenkrais

Delphine Hélix

La méthode Feldenkrais Outil fondamental de la Connaissance de Soi par le Mouvement®

Éditions Vie

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La méthode Feldenkrais Outil fondamentalde la Connaissancede Soi par le Mouvement®

Delphine Hélix

Dans son livre "Making Connections" David Kaetz écrit : "Moshé a enseigné une façon de réparer notre être disloqué en passant par la consciencedu corps, et c'est ça notre travail. Nul besoin de le qualifier de spirituel, ou d'user de mots qui ne feront qu'embrouiller notre pensée. Appelez-le comme vous voudrez; il n'y a pas d'appellation plus noble que servir la naissance d'une conscience unifiée. Des changements étonnants se produisent lorsqu'on établit les connexions.Nul besoin de les appeler miracles ; car nous en sommes témoins tous lesjours".

3

Sommaire 1ntroduction

7

Première Partie: Présentationde la méthode Feldenkrais 1. Biographie de Moshé Feldenkrais

15

2. Trouver une efficacité maximale avec un effort minimal

19

3. Atteindre la maturité adulte

27

4. Etre en bonne santé

33

Deuxième Partie : Connaissancede Soi par le Mouvement® 5. Soin et Prévention Santé

43

Mal de dos et manquede souplesse

50

Douleursarticulaireset pertede tonus

54

Douleurschroniqueset pertesd'équilibre

56 61

6. Stage de DéveloppementPersonnel Se reconnecteravec son ressenti

64

Valoriserl'image de soi

70

Créerdu lien

77

Optimiserses capacités

87

TroisièmePartie : Application dans le domaine de la sexualité 7. Méthode Feldenkrais et Sexualité

97

Conclusion

105

Remerciements

113

Bibliographie

117

5

Introduction

Qu'est-ce que la méthode Feldenkrais? Par qui a-t-elle été inventée? Et comment la pratique-t-on ? Peut-être en avez-vous déjà entendu parler ? Et sûrement êtes-vous restés avec un certain nombre de questions à son sujet? La première partie de ce texte a pour but de présenter la méthode Feldenkrais. Les informations livrées ici sont issues à la fois de ma formation, de mon expérience professionnelle et de mes recherches auprès de la Fédération Internationale de Feldenkrais, de centres de formations en France et au Canada, et de quelques collègues auteurs d'articles et de livres. Les principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais ainsi que ses applications sont tellement nombreux que chaque praticien certifié a la liberté d'explorer pour lui-même ou elle-même les champs de réflexion et de mise en pratique qui lui correspondent sans que cela réduise les bénéfices ressentis. La manière de répondre aux questions de ce début d'introduction dépend tout à la fois du praticien - personnalité, centres d'intérêts, publics ciblés, précédentes formations et/ou métiers, sujets de recherche - et de la personne qui pose les questions - difficultés rencontrées, âge, activité, personnalité, croyances, intérêts, recherche personnelle. Il n'y a donc pas une réponse mais de multiples réponses adaptées à chaque rencontre. Pour Moshé Feldenkrais la question était plus importante que la réponse ou du moins qu'une réponse complète, définitive, figée. Si une réponse est arrêtée dans le temps et toujours maintenue alors que le contexte change, le processus d'apprentissage l'est aussi. Nous nous contentons dans ce cas de reproduire un mode de fonctionnement connu et basé sur nos expériences antérieures sans vraiment nous ajuster à la situation présente. Moshé Feldenkrais a remis en question ses idées jusqu'à la fin de sa vie.

7

Tout le long de ce texte il s'agit pour moi d'écrire et de décrire avec des mots ce qui se vit avant tout dans le ressenti. C'est pourquoi plusieurs lectures sont possibles : une prise de connaissance purement théorique des informations données, une réflexion initiée par des informations nouvelles ou inhabituelles, une plongée dans le ressenti par le jeu de questionnement proposé. Ce sont trois manières différentes d'aborder cette lecture, et certainement en avez-vous d'autres à disposition. Tout est valable et il est très probable que chacun fasse appel à des modes de lecture très différents selon les sujets, les chapitres, les moments, les envies. Je vous invite, si vous le souhaitez, à faire le choix conscient de votre posture intérieure tout le long de cette aventure. II est aussi tout à fait possible de lire les trois parties dans un ordre différent que celui proposé. Le premier chapitre est consacré à la biographie de Moshé Feldenkrais qui, selon un de mes formateurs, ne racontait pas lui-même deux fois la même chose sur une même période de sa vie. C'est pourquoi j'ai choisi de m'appuyer à la fois sur les données qui se recoupent le plus parmi toutes les biographies que j'ai pu lire et sur les anecdotes racontées par les personnes qui l'ont côtoyé. L'idée étant d'arriver à transmettre l'état d'esprit d'un homme rencontré seulement à travers ses textes, sa méthode et quelques vidéos. Dans les chapitres suivants je développe les trois objectifs principaux de la méthode Feldenkrais. Je les ai identifiés en résonance avec notre société actuelle : trouver une efficacité maximale avec un effort minimal, atteindre la maturité adulte et être en bonne santé. Avec cette pa11ieplus théorique nous voyons que si les mots employés dans ses textes sont pour la grande majorité connus et accessibles, certains concepts exposés par Moshé Feldenkrais peuvent être pour le lecteur pour le moins étranges, complexes, inhabituels, inédits ou insolites. Qu'il s'agisse de lire ses textes ou de pratiquer sa méthode, il est intéressant d'observer notre réaction face à la nouveauté, l'inconnu, le non immédiatement accessible. Et de se souvenir que le processus d'apprentissage est - comme cela est naturellement le cas pour les enfants - très lié au jeu, à la curiosité et au plaisir d'explorer. 8

Dans la deuxième partie j'expose la méthode que j'ai développée durant ces quinze dernières années : la Connaissance de Soi par le Mouvement®, qui est basée sur les principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais. Si certains de ces principes ont été compris et largement transmis à travers le monde, d'autres sont restés plus difficiles d'accès, ou tout simplement moins étudiés. La recherche n'est jamais terminée, nous pouvons sans cesse la compléter avec les avancées actuelles, notamment dans les domaines scientifiques, pédagogiques et de développement personnel, selon les intérêts et compétences de chacun. L'idée directrice de mon travail est que notre vie sociale, professionnel le et personnelle est le reflet de notre état intérieur. Le mouvement, que je complète par la parole et la connaissance théorique indipensables pour nommer le vécu sensoriel et qui est fondé sur une capacité développée de ressentir ce qui nous habite, permet d'approfondir

la

Connaissance de Soi. Il fait appel à notre mémoire la plus profonde, celle qui précède

!'apprentissage du langage. Mes domaines d'application sont le soin et la prévention santé en séances individuelles et le développement personnel en séances collectives. Je reçois les adultes et seniors, femmes et hommes, les enfants à partir de huit ans et les personnes en situation de handicap moteur. En séances individuelles, chapitre 5,je développe trois axes: le mal de dos, les douleurs articulaires et les douleurs chroniques, qui sont les trois raisons principales pour lesquelles les personnes me contactent. Mes séances collectives sont basées sur quatre modules : se reconnecter avec son ressenti, valoriser l'image de soi, créer du lien et optimiser ses capacités (chapitre 6). Tous les thèmes ci-dessus s'appliquent en paiticulier au domaine de la sexualité, auquel je consacre la troisième partie. Le choix de ce thème est motivé d'une part par les témoignages que je reçois des participants (bien que le sujet n'ait pas été abordé directement),

et d'autre

part pai· ma croyance que la sexualité est une source

incontournable de bien-être pour l'individu, le couple, la famille, et au-delà. Mes recherches sont portées par un jeu de questionnement : Sommes-nous satisfaits de notre 9

sexualité? Osons-nous dire ce dont nous avons besoin ou ce qui nous déplait? Sommesnous totalement présents pendant l'acte charnel ? Aimons-nous faire l'amour ? Qu'attendons-nous de l'autre ? Comment lions-nous amour et sexualité ? Comment vivons-nous physiquement nos relations intimes? Pour terminer cette introductionje vous propose quelques points de repères concernant mon parcours. Je suis danseuse contemporaine et pédagogue de premiers métiers, praticienne certifiée de la méthode Feldenkrais et toujours en recherche concernant les moyens dont l'être humain dispose pour accepter de se séparer de ce qui le retient de vivre pleinement. Depuis mon premier solo à l'école maternelle jusqu'à la création de la méthode que je propose aujourd'hui, la danse et donc le mouvement a toujours fait partie de ma vie. Face à un système qui impose la position assise, le mouvement a d'abord été un moyen privilégié d'expression, une source d'équilibre, avant de devenir un outil d'enseignement, de professionnalisation et de connaissance de moi très précieux. Dès le lycée, j'ai donné des cours de danse en école primaire et au collège, et mon attirance profonde pour la pédagogie n'a depuis cessé de grandir. J'ai donc passé mon Diplôme d'Etat en danse contemporaine, qui m'a conduite vers le métier de danseuse professionnelle. Formée à la technique Merce Cunningham à New York, ma pratique de la scène vient enrichir mon enseignement, et mon enseignement me permet d'intégrer ma danse. Conjointement aux tournéesj'enseigne aux danseurs et comédiens professionnels aussi bien qu'aux semi-professionnels et amateurs, dès la maternelle. Tout au long de mon parcours je continue de me former : "La danse de l'enfant : éducation et liberté", "L'atelier de pratique artistique en milieu scolaire - danse à l'école" et je poursuis mes recherches concernant le rôle du mouvement sur les plans éducatif, artistique et d'épanouissement personnel: "Approches psycho-corporelle des victimes de traumatismes", "Life Ar1",etc.

La rencontre avec la méthode Feldenkrais vient enrichir ma pédagogie, transformer mon rapport à la danse et, plus fondamentalement, l'image que j'ai de moi. Je crée alors la Compagnie Hélix Moveri, avec laquelle je produis un solo dansé et conté: "Le Voyage de Lilly Cocon", ou comment trouver sa place, se réaliser, donner un sens à sa vie. Parallèlement, je décide d'élargir le public auquel je m'adresse en intervenant également dans les maisons de retraite, les centres sociaux, les écoles de formation et les centres qui accueillent les personnes en situation de handicap. Avec la méthode Feldenkrais que je complète par l'expérimentation d'autres techniques holistiques (Qi Gong, Ayurveda, TaoChant, KiSong, méthode Alexander, sophrologie, osthéopathie, ...),je théorise mon expérience et en tire des outils pour aller plus loin dans mon enseignement. Mon questionnement sous-jacent est celui de la connaissance de soi, et des moyens qui le pennettent. Mon regard accompagne l'émergence des richesses intérieures de chacun. Mes outils sont la parole employée pour questionner, proposer un autre point de vue, accompagner une prise de conscience, et le mouvement utilisé comme révélateur de ce que nous sommes vraiment. Mon attention se porte notamment sur les besoins de repères, de rituels, de ré-assurance, d'appa1ienance, et de compréhension de la notion de libe1ié. Riche de mes formations et de mes expériences auprès d'un public très large, je crée la Connaissance de Soi par le Mouvement®,méthode de développement personnel.

li

Première Partie

Présentation de la méthode Feldenkrais

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1. Biographiede Moshe Feldenkrais(1904-1984)

"Le 'vieil homme', un homme israélien de 72 ans petit, replet et rayonnant du nom de Moshé Feldenkrais, est probablement le plus sage, le plus drôle et le plus fascinant des hommes que j'ai jamais connu. Il est le créateur d'une thérapie unique basée sur la capacité énorme d'apprentissage qui rend notre espèce si rare, mais qui nous amène aussi à apprendre de manière enonée. Nous pouvons devenir des créatures pleines d'habitudes, avec un mauvais usage de nous-même, réagissant aux nouvelles demandes avec des réponses précâblées qui sont souvent inefficaces et parfois nuisibles. La méthode Feldenkrais a eu un énorme effet sur ma manière de courir et sur ma manière de vivre ma vie. Pour quiconque essayant d'utiliser son corps intelligemment, c'est un système de pensée d'une grande valeur."

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Moshe Feldenkrais (Docteur en Sciences, la Sorbonne) était ingénieur, physicien, inventeur, artiste martial et étudiant dans le développement humain. Né en Europe de l'Est, il a émigré en Palestine lorsqu'il était un jeune homme. Plus tard il a étudié à la Sorbonne et a obtenu un diplôme en génie mécanique et électrique et un Doctorat en physique. Il a travaillé dans le laboratoire

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Bruce Holmcs, Moshe ·s /-fealing Touch, Runncr's World, 1978. Tous les extraits de cc chapitre sont issus du même texte.

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de Joliot-Curie à Paris pendant les années 1930, et auprès du Pr. Langevin sur les ultrasons et la force magnétique. Son intérêt pour le Jujitsu - qui l'avait précédemment conduit à développer ses propres techniques de self défense - l'a mis en contact avec le Professeur Kano, fondateur du Judo. Il devint l'une des premières ceintures noires de Judo en France, et l'un des membres fondateurs du Jujitsu Club de France en 1936, devenu finalement la Fédération Française de Judo et Jujitsu en 1946. Une blessure au genou et un pronostic médical d'intervention peu prometteur ont marquées le début pour M.Feldenkrais de ce qui devait devenir une longue vie d'exploration sur la relation entre le mouvement et la conscience (awareness). Échappant à l'invasion allemande, il est pa1ii en Grande-Bretagne et a travaillé sur la recherche anti-sous-marine pour !'Amirauté. C'est là dans les années 1940 qu'il a commencé à développer sa Méthode et a écrit son premier livre sur le sujet : "Body and Mature Behaviour. A study of anxiety, sex, gravitation and learning", une de ses œuvres majeures. "Aujourd'hui, plus de 25 ans plus tard, ce livre est mentionné comme un travail pionnier, mais à l'époque il a été largement ignoré. Donc Feldenkrais a laissé tout ça derrière lui et est revenu à la physique. Sauf que ça ne s'est pas terminé là. Des amis qui avaient besoin de lui sont venus le trouver, par le bouche à oreille. Finalement, Moshé a renoncé au travail de sa vie, et est devenu "un charlatan" à 50 ans. Pouvez-vous imaginer la pauvre mère juive dont le merveilleux fils physicien a soudainement renoncé à tout pour un procédé mystérieux clairement non approuvé par le monde médical? Et alors que Feldenkrais utilise maintenant le mot "charlatan" avec un malin plaisir, on peut sentir que ça n'a pas toujours été le cas. C'est un homme fier, le chemin a été long et difficile avant que son travail ne commence à être reconnu par les communautés universitaires et médicales." En développant son travail, Moshe Feldenkrais a étudié, entre autres, l'anatomie, la physiologie, le développement de l'enfant, la science du mouvement, ·l'évolution, la psychologie, un certain nombre de pratiques de conscience orientales (yoga, zen, acupuncture) et d'autres approches somatiques. Dr. Feldenkrais a écrit plusieurs livres 16

phares sur le mouvement, l'apprentissage, la conscience humaine et l'expérience somatique. li a enseigné en Israël et dans beaucoup de pays en Europe pendant les années 1960 et 1970 et en Amérique du Nord pendant les années 1970 et 1980. 11a formé son premier groupe de professeurs à Tel-Aviv en Israël ( 1969-1971), suivi par deux groupes aux USA - un à San Francisco, Californie ( 1974-1977) et un autre à Amherst, Massachusetts ( 1979-1981). "Avant, pendant et après les exercices Moshé racontait des histoires et des blagues, en insistant sur le fait que la meilleure façon d'apprendre est en nous amusant. Pendant la formation je me suis assis à côté du Dr. Feldenkrais, me présentant, lui demandant de me pardonner mon intrusion, et me lançant dans un récit détaillé sur mes problèmes de genoux et mon odyssée à travers le système médical. Au fur et à mesure que je parlais l'expression de son visage est devenue de plus en plus dédaigneuse et montrant de l'impatience et il m'a finalement coupé la parole. "Absurdités, absurdités. Tes genoux te font mal parce que tu ne sais pas comment courir. Tes pieds sont dans l'erreur. Tu bouges tes genoux de manière incorrecte. Tes adducteurs sont tendus. Ton bassin ne tourne pas. Ton dos est raide. En fait, tu n'as pas du tout de mouvement entre ta première et ta deuxième vertèbres lombaires." J'entrais rapidement en état de choc. Mes erreurs semblaient infinies. Et comment diable pouvait-il savoir tout cela? Il m'a donné l'impression que ça relevait d'un miracle que je ne sois pas dans un fauteui I roulant. li a terminé son catalogage avec un triste, ''tes quadriceps sont faibles", en jetant un coup d'oeil au ciel. Parfois il semblait que la stupidité du monde était trop dure à porter pour le pauvre homme." Bruce Holmes a reçu plusieurs séances individuelles au cours desquelles il a appris à porter son attention sur la manière dont il courrait. "Les résultats de tout ceci ont été impressionnants. Mon problème de genou a disparu. J'ai considérablement augmenté mon kilométrage sans aucune trace de difficulté. Je cours plus rapidement, comme jamais auparavant. L'été 75 a été une expérience incroyable pour moi. Courir me semblait facile. 17

J'étais entouré des 65 personnes les plus sympas que je connaisse. Et il y avait toujours Moshé qui nous faisait rire, nous faisait faire des exercices, fronçant les sourcils devant notre manque d'habileté, nous racontant des histoires, réalisant de petits miracles avec ses mains. J'en suis venu à aimer le vieil homme, sa bonté et ses défauts. Je suis reparti avec une philosophie de la vie et une lueur de compréhension. Et un travail considérable à faire." Durant sa vie Moshé Feldenkrais a travaillé avec toutes sortes de personnes présentant une variété énorme en besoins d'apprentissage - depuis un certain nombre d'enfants en bas âge atteints de paralysie cérébrale jusqu'aux interprètes solistes comme le violoniste Yehudi Menuhin. li a enseigné plusieurs années pour le dramaturge Peter Brook et son Théâtre des Bouffes du Nord à Paris. Il a collaboré avec des penseurs comme l'anthropologue Margaret Mead, le neuroscientifique Karl Pribram et les chercheurs en psychophysique comme Jean Houston et Robert Masters. Dans les années 1950, Dr. Feldenkrais est retourné en Israël où il a vécu et travaillé jusqu'à ce qu'il décède en 1984 à Tel Aviv. La méthode Feldenkrais trouve une résonance dans les compréhensions actuelles en sciences cognitives, en biologie, en médecine et en psychologie. L'ampleur, la vitalité et la précision du travail du Dr. Feldenkrais s'appliquent dans des domaines divers incluant la neurologie, la psychologie, l'art du spectacle, le sport et la rééducation. Nous allons voir maintenant comment elle nous permet de trouver une efficacité maximale avec un effort minimal, ce que Moshé entendait par "atteindre la maturité adulte" et ce que signifiait pour lui "être en bonne santé".

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2.

Trouverune efficacitémaximale avec un effort minimal Afin d'atteindre une efficacité maximale avec un effort minimal, la méthode Feldenkrais propose de réduire les tensions habituelles non nécessaires. Pour se faire, les séances individuelles et collectives se pratiquent allongés sur le sol la plus grande majorité du temps. Nous sommes ainsi libérés autant que possible de tous les stimuli évoquant notre réponse habituelle à la gravité, nous pouvons petit à petit nous reconnecter à notre ressenti, prendre conscience des schémas qui induisent inconfort et fatigue, et nous rendre disponible à la nouveauté, à l'inhabituel. Un des principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais est donc de changer notre relation à la gravité pour nous permettre d'améliorer la qualité et l'efficacité de notre fonctionnement. Lorsque nous sommes enfants nous avons un large potentiel de mouvements. Selon le pays dans lequel nous grandissons et l'éducation que nous recevons, ce potentiel se réduit plus ou moins rapidement. Dans son livre "Awareness Through Movement, Health exercices for persona! growth" 2 , Moshé commence par écrire que nous agissons en accord avec l'image de nous-même. Cette image, qui gouverne notre façon d'agir au quotidien, est directement influencée par notre éducation, notre héritage, notre métier, nos relations, le pays dans lequel nous vivons et même les langues que nous parlons (qui font appel à des imaginaires différents). En grandissant nous devons répondre aux conventions qui définissent le comportement convenable pour notre âge, pour !'apprentissage, pour notre statut social, pour notre genre, pow· notre métier. Petit à petit et sans que nous en soyons conscients, nous adoptons une posture induisant une

façon incommode et fatigante d'être en mouvement. 2

Moshé Feldenkrais, Penguin Books, 1980

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Devenus adultes nous sommes tellement habitués à ce fonctionnement que les tensions ou la fatigue induites nous semblent tout à fait banales, voire passent totalement inaperçues. Sans nous en rendre compte, la contraction musculaire inutile établie en réponse aux stimuli extérieurs et maintenue par habitude engendre une sensitivité réduite, et une situation en perpétuelle détérioration s'établit. A contrario, "Les gens qui préfèrent, apparemment de façon spontanée, la meilleure façon de faire, sont ceux qui sont capables de détecter de petites différences sensorielles. Toutes les sensations, dans lesquelles l'activité musculaire est impliquée, sont dépendantes, dans une large mesure, de la plus petite quantité d'activité tonique qui persiste dans la musculature. Lorsque le tonus est au plus bas possible, vous pouvez sentir une augmentation infime de l'effort. La présence d'un tonus minimal permet d'atteindre le but avec le moindre effort et il en résulte des actions faciles et sans heurts."

3

Plus notre sensitivité s'affine, plus nous pouvons retrouver une posture à partir de laquelle nous agissons sans effort inutile ni réajustement préalable. Afin de mieux sentir ce que nous faisons et la manière dont nous agissons, dans les séances de la méthode Feldenkrais nous réduisons le tonus musculaire, l'amplitude et la vitesse de nos mouvements. Nous acceptons petit à petit de rester en-dessous de nos limites. Tout en explorant une séquence de mouvements, nous savons et sentons ainsi que si nous le voulions nous pourrions aller plus loin. Non seulement cette façon d'être en mouvement est plus confortable physiquement et plus satisfaisante moralement, mais aussi cela permet aux limites de se repousser d'elles-mêmes, sans que nous ayons besoin de forcer (et justement parce que nous ne forçons pas). Bien que très attrayant et très efficace, ce principe est cependant souvent difficile à mettre en pratique tant il peut être à l'opposé de notre éducation ou de nos habitudes. Transposé aux activités quotidiennes, cela reviendrait à ralentir pour mieux voir, mieux entendre, mieux sentir et nous ajuster plus adéquatement aux situations données. L'éventail de nos choix d'action s'élargissant au fur et à mesure de la pratique.

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Moshé Feldenkrais. Body and ma1ure behavio1: A swdy ofanxiety. sex. gravitation and learning. 1949. Les extraits suivants dans ce chapitre sont issus du même livre.

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"J'apprends à ne pas aller au-delà de ce que le co1ps accepte. Pour éviter d'être ankylosée, par exemple, je ne plie pas les jambes. Cependant, certains mouvements me permettent de me dépasse,: Cette méthode.fait voler en éclats les idées que j'ai sur moi-même. Depuis quelques temps, à la.fin des cours, j'ai la sensation d'être en trois dimensions, de gagner en volume, d'occuper davantage de place dans l'espace, de développer mon acuité." Armelle.

Physiquement, la posture dans laquelle nous utilisons le tonus musculaire minimal est caractérisée par un alignement aussi vertical que possible de la tête, du bassin et du tronc. Le centre de gravité est alors situé au niveau le plus élevé possible, ce qui permet de bouger dans n'importe quelle direction pratiquement sans dépense d'énergie. La contraction musculaire suffisante pour maintenir le corps et lui éviter de tomber est alors la plus faible possible. Engager la fonction de la marche à pa1iir de cette posture est "facile et gracieux, parce que cela n'engage que très peu d'effo1i et de travail. La grâce d'une telle marche résulte de l'unité de l'action. Quand un acte est efficace, aucune énergie n'est gaspillée. Cela signifie aussi qu'aucun mouvement superflu pour

!'action n'est réalisé. C'est pourquoi le corps bouge en douceur et il décrit des courbes ou des lignes nettes. La quête esthétique de fonctionnalité

et de pureté dans le

mouvement est ainsi également satisfaite." Lorsque les douleurs ou la fatigue finissent par se faire sentir, nous réalisons que la "mauvaise posture" habituelle est malgré tout systématiquement préférée à une posture plus adéquate mais inconnue. "Lorsque la tête et le bassin sont tenus correctement, toute la gamme de leurs mouvements, et ceux du reste du corps, sont employés, explorés ou essayés normalement, sans attention particulière. Lorsqu'ils ne sont pas tenus ainsi, l'attitude ou la posture peut être comparée à un sillon dans lequel la personne est enfoncée et qu'elle ne peut quitter, à moins qu'une force spéciale le lui fasse faire. Avec le temps, le sillon s'enfonce et les forces nécessaires pour l'en sortir s'intensifient. Ainsi, une fois acquise la posture enfoncée de la tête, une personne va retourner à la façon incommode et fatigante (pour les personnes normales) de tourner 21

la tête, mais elle évitera obstinément de la lever dans la position à partir de laquelle la touner est normalement facile." Il peut alors paraître bien difficile de s01tir de ce schéma pourtant inconfortable. D'autant plus lorsque nous vivons dans une société qui nous pousse sans cesse à nous dépasser, aller plus vite, faire plus d'effort... Un autre principe évoqué plus haut est que la "bonne posture" nous permet d'être prêt à agir dans toutes les directions sans avoir à faire de réajustement préalable. Il ne s'agit donc plus ici de ralentir mais, quoiqu'il arrive, d'être immédiatement disponible à l'action la plus appropriée. Notre posture habituelle étant formée de schémas musculaires qui sont à l'origine de nos préférences : flexion plutôt qu'extension, rotations d'un côté plutôt que de l'autre, etc., nous n'avons en effet pas toujours la possibilité de réagir adéquatement à une situation donnée. Ce qui nous amène au principe de répartition proportionnelle du tonus musculaire. Pour illustrer ce point je me réfère au balayage sensoriel qui a lieu au début d'une séance de la méthode Feldenkrais. Lorsque les participants s'allongent sur le dos, je commence par leur demander de sentir leur contact avec le sol. Quelles sont les parties d'euxmêmes qui s'enfoncent le plus dans le sol? Est-ce qu'elles se situent plutôt dans le haut ou le bas du corps, à droite ou à gauche ? Les questions posées ensuite invitent à un état des lieux sensoriel plus précis pour chacun des points d'appui. Elles permettent de repérer le schéma habituel d'un engagement musculaire très ou trop prononcé à certains endroits et par un jeu d'équilibre pas ou pas assez prononcé à d'autres. Par exemple, si les ischios-jambiers (muscles à l'arrière de la cuisse) sont très contractés, en position al longé sur le dos, l'arrière des genoux n'est pas en contact avec le sol. Pour compenser, les appuis seront plus marqués au niveau des talons et du bassin, qui devront porter plus de poids que nécessaire. L'attention portée par ce jeu de questionnement permet en elle-même un réajustement de la répartition du poids du corps sur le sol. Lorsqu'à la fin du processus j'invite à sentir la nouvelle image sensorielle, je vois à quel point les appuis se sont modifiés. Pour les personnes allongées, la sensation du contact avec le sol est bien plus agréable,

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les appuis étant désormais plus larges et répartis proportionnellement à leur taille, leur force et leur fonction. Debout dans la situation de porter une charge lourde, cela reviendrait à utiliser naturellement en plus grande partie les plus gros muscles situés autour du bassin, qui sont faits pour ça, et en moindre proportion les muscles plus fins périphériques des bras. Libéré d'un carcan musculaire contraignant, le mouvement de la respiration devient plus fluide, plus harmonieux, plus ample. Durant les séances Feldenkrais les moments de pause, qui sont des moments d'intégration de l'expérience vécue, sont aussi importants que les séquences de mouvements. Je vous propose, si vous le souhaitez, de faire une pause en plongeant dans votre ressenti. Ne changez rien, restez comme vous êtes, et simplement amusezvous à répondre pour vous-même aux questions posées ci-dessous en les lisant au rythme qui vous convient. Sentez-vous libres d'en ajouter, d'en éviter, de n'en lire aucune, d'y revenir quand vous en aurez envie ou pas du tout, etc.

23

Commençons. Lorsque vous lisez. quelle est la qualité du mouvement de vos yeux ? Est-cc que vous tracez une ligne continue ou hicn des pointillés '? Comment passezvous d'une ligne à l'autre ? Sentez-vous davantage le mouvement dans vos yeux ou dans votre nuque '1 Je vous propose de fixer l'étoile ci-dessous et de tourner votre tête \'CrS la droite et vers la gauche quelques fois. Les yeux restent :,ur l'étoile.

Amusez-vous maintenant à foire des essai~ sur plusieurs lignes, parfois en ne mobilisant que les yeux pour passer à la ligne suivante, parfois en tournant volontairement votre tête. Sentez ce qui rend le mouvement plus confo1table. Voici quelques phrases qui vous permettent de sentir les mouvements de vos yeux lorsque vous lisez en immobilisant votre tête volontairement. Sentez si vous avez tendance à aller plus facilement vers la droite ou vers la gauche. Et si maintcmmt vous lisez en tournant légèrement votre tête. est-cc pour vous plus confortahle. plus hahituel '! Si c'est lù votre tendance, en étiez-vous conscient '1 Vous vcm:z ensuite si votre lecture est devenue encore plus fluide. si vous avez la sensation que les mouvement!->de vos yeux et/ou de votre nuque sont plus "huilés". Est-cc que le texte est placé c:lroitdevant vou:, ou plutôt vers le bas. vers le haut, v1.:rsla droite ou vers la gauche '1 En écrivant ces questions je remarque que le texte est situé à droite de ma ligne médiane. cc qui va dans le sen$ de ma préférence nregarder vers la droite plutôt que vers la gauche. Ccriaincs habitudes ont la vie dure! Si ce n'est déjù fait, je vous invite à ralentir pour mieux écouter vos propres réponses. Quclks sont les différences si le texte est placé en face. sur un côté, vers le haut ou vers le has '! Comment est-cc que cela induit un positionnement et donc un jeu musculaire différenr entre vos yeux, votre tête et 24

votre nuque ? Je vous invite à ne pas réfléchir pour répondre à cette question mais plutôt à sentir les différences en plaçant ce texte un peu plus vers la droite, vers la gauche, vers le haut, vers le bas, quelque part en diagonale. Jouez. Rappelez-vous que selon Moshé Feldenkrais "Les gens qui préfèrent, apparemment de façon spontanée, la meilleure façon de faire, sont ceux qui sont capables de détecter de petites différences sensorielles." Les sentez-vous? Quel est le placement du texte qui vous a demandé le plus de réajustement, et qui est donc le plus éloigné de votre schéma de lecture habituel ? Laissez ça et venez maintenant placer votre attention sur votre respiration. Où respirez-vous ? Est-ce dans votre ventre ? Dans votre poitrine ? Sur les côtés ? Dans votre dos ? Est-ce que le mouvement de votre respiration est identique à celui d'un ballon qui se gonfle et se dégonfle uniformément dans toutes les directions ? Peut-être avez-vous observé un changement au fur et à mesure que votre attention se déplaçait dans les endroits de vous-même à l'instant cités ? Les réponses peuvent être également très différentes selon la position dans laquelle vous êtes. Quelle est votre position ? Etes-vous assis ? Etes-vous allongé ? Ou quelque part entre les deux? Quelle est la forme de votre dos ? Plutôt atTOndie? Plutôt droite ? Où se situe votre tête par rapport à votre tronc et à votre bassin ? Avez-vous envie de rester dans cette position, ou bien de faire quelques réajustements pour être plus confottable, ou bien simplement pour changer? Je vous suggère de tester différents alignements entre la tête, le tronc et le bassin. Sentez la différence entre le tronc placé en avant de la tête et du bassin, la tête et le bassin placés en avant du tronc, la tête placée en arrière du tronc, etc. Peut-être que ce1taines de ces positions vous rappellent quelqu'un ? Ou vous donnent envie de sourire ? Une question inhabituelle : quelle est la sensation de l'expression de votre visage maintenant?

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Pendant ma formation nous avons appris à nous tenir sur la tête. Lorsque j'y suis enfin arrivée, la sensation d'alignement de mon squelette était si agréable et si évidente que je ne voulais plus redescendre. Je reprenais alors toute la mesure de ma hauteur, de ma largeur, de mon volume. Revenue les pieds au sol et la tête vers le plafond, je me souviens encore de la perception nouvelle de ma place dans l'espace, de ma démarche fluide, chaloupée, agréable, libre et facile. J'ai pu expérimenter à quel point l'inhabituel permet de rendre l'habituel encore plus confo1table, ce qui est un autre principe de la méthode Feldenkrais. Pour terminer cette liste non exhaustive des principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais, je précise que les effets ressentis après m'être mise debout sur la tête étaient dus à un alignement optimum retrouvé du squelette, qui permet une transmission de force elle aussi optimum. L'idée, que je schématise volontairement, est que nous tenons debout grâce à notre structure porteuse qu'est le squelette et que nous pouvons nous déplacer grâce à la mise en tension de nos muscles. Si notre squelette n'est pas dans son alignement optimum, après une blessure, par habitude, ou autre, les muscles sont obligés de compenser pour que nous puissions rester debout sans tomber. Déjà engagés dans une action, ils perdent alors de leur élasticité et ne sont plus disponibles spontanément pour répondre à une situation donnée. Nous avons quitté la "bonne posture" qui permet d'être prêt à agir sans réajustement préalable. Afin que la transmission de la force puisse se faire à travers le squelette nous utilisons en séances individuelles un toucher qui induit un jeu de questions/réponses non verbales. Nous interrogeons les possibilités de mouvements à chaque étage, indiquons aux tensions que nous prenons le relais, évaluons les connections établies entre les différentes parties, recréons du lien là où c'est nécessaire, et permettons ainsi de retrouver le chemin d'un engagement global dans une fonction donnée (marcher, s'asseoir, se relever, etc.).

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3. Atteindre la maturité adulte

Ce concept est plus facile à comprendre si l'on sait ce que Moshé entendait par "maturité". D'après le dictionnaire, la maturité est une période de la vie caractérisée par le plein développement physique, intellectuel et affectif; un état de !'esprit, d'un talent qui est parvenu à la plénitude de son développement; une sûreté dans le domaine du jugement, de la réflexion ; la caractéristique d'un écosystème ayant atteint un état d'équilibre. Selon Moshé Feldenkrais, la maturité n'est pas un état stationnaire. Je cite: "En parlant de maturation, on croit souvent qu'il s'agit d'atteindre un état stationnaire où aucun changement ne se produit plus. Cela induit un élément de fixité contraire à la dynamique de la vie. Ce que j'entends par maturité, c'est la capacité de l'individu à séparer des situations globales d'expérience antérieure en leurs paities et de les reformer en un schéma plus adapté aux circonstances présentes, c'est-à-dire de faire en sorte que le contrôle conscient devienne réellement le servo-mécanisme 4 prédominant du système nerveux. Dans ce sens, la maturité est un état idéal où l'unicité de l'homme, sa capacité à former des réponses nouvelles ou d'apprendre a atteint sa perfection ultime." 5

4

Note de l'auteur : Dispositif intercalé entre une commande el des opérateurs pour réaliser la concordance entre une intention et ses réalisations. Ce dispositif est conçu de façon qu'un faible effort suffise pour commander et contrôler un mouvement nécessitant un travail plus important, sans que l'opérateur ail à fournir l'énergie nécessaire. 5 Moshé Feldenkrais. Body and mature behavio1: A study of anxiety. sex. gravitation and learning. 1949

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L'idée est que nous pouvons utiliser la finesse de perception de nous-même pour trouver des solutions adaptées aux situations de vie présentes et ainsi acquérir un fonctionnement différent de nos habitudes automatiques, simplistes et répétitives de pensée, d'émotion, de perception et de mouvement. Ce qui m'amène à développer quelques notions sur le système nerveux. En 1949 Moshé précisait que le fonctionnement du système nerveux en tant qu 'unité complète était si peu connu qu'aucune théorie ne pouvait vraiment être proche de la vérité. D'après lui, la croissance du système nerveux n'est pas uniforme. La partie en charge des processus physiologiques et de ce,taines réponses réflexes est à la naissance à peu près aussi complète que chez les animaux. Alors que la partie en charge de l'activité intellectuelle et musculaire volontaire d'un être humain continue de se développer en relation avec les stimuli reçus du monde extérieur. C'est pourquoi ce qui arrive pendant la petite enfance aura l'effet le plus profond sur le comportement de la personne. "Les habitudes musculaires et les connexions nerveuses formées alors que le bébé apprend à s'asseoir, à marcher et à parler seront les plus difficiles à modifier, parce qu'elles

influencent la croissance et la formation des schémas nerveux et des voies d'analyse. Elles formeront le schéma que la personne associera avec son moi."

6

Les séances de Feldenkrais nous invitent à revivre consciemment les différentes étapes du développement moteur du bébé. En développant une capacité accrue à nous ressentir, nous sommes en mesure dans un premier temps de repérer nos blocages. Avec l'expérience et en retrouvant le plaisir de jouer, ces modes de fonctionnement devenus limitants se transforment en guides nous indiquant les autres voies d'action possibles, celles qui nous correspondent aujourd'hui. Développer une liberté d'action était pour Moshé un droit humain imprescriptible.

6

Moshé Feldenkrais. Body and mature behavio1: A study of a11xiety.sex. gravita/ion and /earning. 1949

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En tant que danseuse j'ai pu apprécier très rapidement les bienfaits de la méthode Feldenkrais: temps d'échauffement et de récupération plus courts, mouvements mieux organisés, tonus mieux adapté. Une des clefs majeures pour moi ayant été d'accepter de rester en-dessous de mes limites. En tant que praticienne certifiée je témoigne également des changements importants qui ont lieu lorsque cette idée est acceptée. Ralentir pour mieux sentir. J'ai lu avec beaucoup d'attention et d'intérêt l'entretien avec Hugues Duffau : "Le cerveau se répare lui-même" 7 • Selon ce neurochirurgien, spécialiste des opérations sur les tumeurs cérébrales sur des patients éveillés, la zone de la parole se situe à des endroits différents selon les personnes. Voilà deux informations de taille! Le patient d'abord endormi pour l'ouverture de la boîte cranienne est ensuite réveillé afin de pouvoir répondre aux questions de l'orthophoniste pendant toute la durée de l'intervention sur le cerveau. Lequel a la particularité de ne pas ressentir la douleur. Selon les réponses obtenues, le Pr. Duffau sait avec précision où il peut intervenir sans endommager les fonctions de la marche ou de la parole, qui empruntent des chemiJ1s différents chez chacun. Les derniers tests qu'il a mis au point avec le neuropsychologue Guillaume Herbet permettent également de préserver après l'opération les fonctions complexes comme l'empathie ou la capacité à percevoir l'état d'esprit d'autrui, donc ses intentions. La cartographie connue du cerveau, qui détermine les zones géographiques du langage, de l'intelligence, de la logique et des émotions est complètement balayée par les dernières découvertes en neurosciences. Le Pr. Duffau écrit : "J'ai constaté qu'il n'existait pas deux cerveaux semblables. Selon la localisation et la taille de la ttm1eur, des fonctions peuvent se déplacer ailleurs dans le même hémisphère, ou bien passer d'un hémisphère à l'autre. La plasticité du cerveau, c'est-à-dire sa capacité à réorganiser les connexions entre les neurones, est plus phénoménale encore qu'on ne l'imaginait." Ce que Moshé avançait de son vivant et ce avec quoi il a travaillé pendant plus de cinquante ans est donc maintenant scientifiquement prouvé. 7

Propos recueillis par Estelle Saget pour !"Express, publié le 02/10/2014

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Avant la création de sa méthode et alors qu'il enseignait encore le Judo, il écrit: "Le but essentiel du Judo est d'enseigner, aider et faire parvenir à la maturité adulte, qui est un état idéal rarement atteint, où une personne est capable de traiter la tâche présente immédiate sans être entravé par des habitudes de pensée ou des attitudes plus tôt formées." 8

On le voit ici avec son professeur Mikonosuke Kawaishi, avec lequel il a fondé le Jujitsu Club de France en 1936, transformé en Fédération Française de Judo et Jujitsu en 1946.

8

Moshé Feldenkrais. liigher Judo - Grow11dll'ork

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Plus tard, le Judo s'est effacé de son travail pour devenir petit à petit la méthode Feldenkrais, étendant ainsi les principes de "l'efficacité maximale avec l'effo1t minimal" à tous.

Ce qu'il voulait c'était "des esprits (minds) souples, pas des corps souples".

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4. ,..

Etre en bonne santé

De façon évidente la santé signifie avant tout que nos fonctions vitales (conscience, système nerveux, circulation sanguine, respiration, ...) sont capables de fonctionner uniformément. Nous savons qu'un arrêt prolongé de ces fonctions entraîne le décès. Afin de pousser notre réflexion un peu plus loin, partons du principe que les fonctions essentielles sont capables de continuer sans arrêt prolongé. D'après !'O.M.S., la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. Moshé Feldenkrais écrit : "Si un être humain n'a pas besoin de services médicaux pendant des années et ne se plaint pas de douleurs ou de courbatures, est-il en bonne santé? Si, d'un autre côté, cette même personne vit une vie morne, inintéressante avec des difficultés maritales qui la conduisent au suicide, est-ce que c'est une personne en bonne santé ? Et si une personne ne termine jamais son travail d'une façon ou d'une autre, et continue de changer d'emploi uniquement pour éviter ses obligations encore et encore, est-elle en bonne santé ?" 9 J'ai identifié deux critères principaux sur lesquels nous nous basons aujourd'hui pour nous dire en bonne santé : l'absence de douleur et la capacité de continuer à faire ce que nous voulons (pour satisfaire nos besoins, nos envies, nos désirs). La majorité des personnes qui font appel à moi pour des séances individuelles ressentent des douleurs physiques ponctuelles ou chroniques. Elles ont souvent essayé différents traitements ou méthodes, pour des résultats parfois satisfaisants, mais non

9

Moshé Feldenkrais,

011

1/ea/rh. Dromenon. 1979

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durables. La plus grande résistance est à mon sens une fausse idée concernant le mécanisme de la douleur, et qui les maintient justement dans la douleur. Todd I--largrove,praticien Feldenkrais américain basé à Seattle, oriente ses recherches notamment sur les mouvements et la douleur. Il nous explique simplement ce que la science de la douleur nous enseigne depuis une cinquantaine d'année. J'en résume les idées principales 10 : Tout d'abord, la douleur est un mécanisme de survie dont le but est de protéger le corps. Si nous ressentons de la douleur, c'est que le système nerveux estime que nous sommes en danger, et qu'il a besoin de nous envoyer des signaux afin que nous agissions en conséquence. Ensuite, et c'est très important, la douleur est créée par le cerveau, elle n'est pas perçue de manière passive par le cerveau comme une sensation préformée qui arrive du corps. "Beaucoup de parties différentes du cerveau aident à établir le processus de douleur, y compris les zones qui gouvernent les émotions, les souvenirs passés, et les intentions futures. Ainsi, la douleur n'est pas une mesure précise de la quantité de tissus endommagés dans une zone donnée, c'est un signal qui encourage l'action." Nous pouvons ressentir de la douleur sans être blessé, et être blessé sans ressentir de la douleur. Beaucoup d'études ont mis en évidence que chez des personnes ne ressentant aucune douleur, les IRM montrent des blessures significatives comme les hernies discales, les déchirements musculaires, etc. Une des explications possible est que la blessure est apparue lentement et qu'ainsi le cerveau n'a pas senti la situation comme menaçante. A l'inverse, des personnes peuvent ressentir de la douleur sans être blessées. Dans ce cas le cerveau interprète mal des informations sensorielles inoffensives. Le cerveau pense souvent que le corps est en danger même quand il ne l'est pas. C'est le cas de la douleur dite du membre fantôme, lorsque la personne ressent de la douleur dans une partie du corps manquante. 10

Todd Hargrove, http://www.bcttermovcmcnt.org/blog/2010/scven-things-vou-should-know-about-painscien~c

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"Je souffre de la douleur dite du "membre fantôme". Malgré la pose d'un neuro-stimulatew; mon cerveau continue à envoyer des petites décharges électriques dans la jambe inexistante. Si je ressens des douleurs, malgré la prise de comprimés codéinés, je garde ! 'esprit focalisé sur elles. Pourtant, pendant les séances, en me concentrant sur la respiration et les exercices,je ne le ressens plus, j'ai la sensation de baigner dans un cocon. " Marine.

Plus longtemps nous ressentons de la douleur, et moins nous avons besoin de stimulus pour la ressentir à nouveau. C'est comme tracer des sillons dans un champ. A force de passer et repasser par le même chemin neural de réponse à un danger potentiel, chaque nouveau stimulus aura de plus en plus de facilité à emprunter ce même sillon de plus en plus profond, et de plus en plus de difficulté à emprunter une autre voie. La douleur est ainsi ressentie alors que nous ne sommes pas en danger réel. La douleur peut être déclenchée par des facteurs sans rapport avec le mal physique : "( ...) il a aussi été démontré que les états émotionnels comme la colère, la dépression et l'anxiété vont réduire la tolérance à la douleur. Bien que ce soit difficile à croire, les recherches fournissent la preuve évidente qu'une partie importante des douleurs chroniques du dos est plus causée par des facteurs émotionnels et sociaux que par les blessures physiques." Le système nerveux central peut changer son niveau de sensibilité à la douleur. L'exemple le plus fort de désensibilisation est dans un cas de grave danger comme une blessure de guerre, une attaque de requin ou une blessure importante en pleine montagne. La sensation de douleur disparait le temps dont la personne a besoin pour continuer à agir et ainsi assurer sa survie. A l'inverse, la plupart du temps le niveau de sensibilité augmente en cas de blessure moins grave que celles que je viens de citer. Ceci permet au cerveau de protéger plus facilement cette zone en envoyant le signal : attention, danger, besoin de protection et d'action. "Quand la douleur continue sur de longues périodes de temps sans qu'il y ait une source réelle de mal continu ou de blessure, il peut y avoir un problème avec le système de traitement de douleur, mais pas du corps. Dit d'une autre façon, si vous avez des 35

douleurs chroniques, il y a au moins une certaine chance que vous ne soyez pas vraiment blessé. Les recherches montrent que pour certaines personnes c'est une idée consolante qui sert à réduire l'anxiété, le stress et la menace qui rend la douleur plus importante." Sachant ce qui vient d'être écrit, est-ce que la méthode Feldenkrais aide à soulager la douleur ? Ma réponse est oui, principalement parce que nous apprenons à agir de manière globale et en restant sous le radar. En effet, les mouvements exécutés pendant les séances sont de faible amplitude, lents et sans effo1t superficiel. Nous créons ainsi les possibilités de sortir des schémas d'action menant à l'inconfort, au blocage ou à la douleur. Sortir des sillons tout tracés demande parfois beaucoup de ruse et d'habileté. Sans une fine écoute, le risque est de retomber très facilement dans les schémas d'action habituels qui ont justement menés le système nerveux de la personne à tirer le système d'alarme de la douleur. Nous tournerions en rond. Todd Hargrove précise

11

:

"Pour une personne sensible, quand il y a un stimulus

menaçant - la blessure, le stress au travail, la maladie, l'insomnie, une mauvaise nourriture - il y a une réponse défensive forte. La personne peut se sentir fatiguée, faible, endolorie, ou pas dans son assiette après une exposition aux facteurs de stress même mineurs. Beaucoup de ces personnes ont subi une certaine forn1e de trauma sérieux dans leurs vies. D'un autre côté, certaines personnes ont un système défensif qui reste très stable même face à une menace significative. Ce sont les gens qui peuvent exécuter un marathon, avoir un accident de voiture, travailler 80 heures par semaine, donner naissance à des jumeaux, et toujours continuer à vivre sans baisse d'énergie, de vitalité et de bienêtre. Comme si rien n'était arrivé du tout !" Dans un aiticle écrit en 1979, Moshé Feldenkrais écrit que"( ...) la santé est mesurée par le choc qu'une personne peut recevoir sans que sa façon habituelle de vivre en soit compromise. La façon habituelle de vivre devient alors un critère de santé. Le sommeil, la nourriture, la respiration, les changements de temps, le froid, le chaud, le travail 11

Todd Hargrove, lntp://ww\\ .bettermove111cn1.org/blog/2014/a-s1 stc111s-pcrspcctive-on-chronic-pain

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doivent être à même de varier, de suppo1terdes chocs soudains. Plus la personne est en bonne santé, plus il lui sera facile de retrouver le fil de sa vie après d'importants chocs soudains en opérant des changements dans tout ce qui est nécessaire pour vivre." 12 Nous avons vu que le système nerveux central peut être prêt à augmenter ou diminuer les niveaux de sensibilité. "Il est évident qu'ils peuvent facilement empirer- un trauma extrême peut causer un changement de phase dans le comportement des systèmes défensifs, les rendant hyper vigilants et hyper réactifs. Mais les systèmes hyper vigilants peuvent lentement revenir à un point de contrôle plus fonctionnel par le repos, la gestion du stress et des améliorations de l'état de santé généra). Malheureusement, ceci ne se fait en général pas du jour au lendemain." 13 "Laissez-moi dire, toutefois, qu'une personne en bonne santé est une personne qui peut vivre pleinement ses rêves inavoués. Il y a des gens en bonne santé parmi nous, mais pas beaucoup. Il arrive un moment où notre éducation telle qu'elle s'est développée ne nous aide pas, mais plutôt elle nous limite souvent et nous dirige dans des voies qui ne sont pas favorables à la santé. Nous devenons tellement en mauvaise santé que nous devons prendre notre retraite avant que nous soyons biologiquement âgé, nous sommes simplement en mauvaise santé. Certaines paities de nous-même, celles qui sont impliquées dans la formation pointue de notre activité, sont usées. Le processus de la vie est rétréci." "La remarquable différence entre les personnes en bonne santé et les autres c'est qu'elles ont trouvé par intuition, génie, ou qu'elles ont eu la chance d'apprendre avec un professeur en bonne santé, que l'apprentissage est le cadeau de la vie. Une sorte spéciale d'apprentissage : celui de se connaitre soi-même. lis apprennent à connaitre comment ("how") ils agissent et sont ainsi capables de faire ("what") ce qu'ils veulent -- la vie intense de leurs rêves inavoués, et parfois vécus."

12 13 14

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Moshé Feldenkrais, On /-fealth. Dromcnon, 1979 Todd 1-largrove, http://www.bcnermovement.org/blog/2014/a-svstcms-pcrspectivc-011-chronic-pai11

Moshé Feldenkrais, On Health. Dromenon, 1979

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En résumé La méthode Feldenkrais est une méthode d'éducation somatique inventée par Moshé Feldenkrais ( 1904-1984) qui utilise le mouvement pour améliorer la qualité et l'efficacité du fonctionnement de la personne.

Quels sont les buts de la méthode Feldenkrais ? Une efficacité maximale avec un effort minimal. Atteindre la maturité adulte. Etre en bonne santé.

A qui s'adresse cette méthode ? Aux enfants, adultes et personnes âgées, athlètes, artistes, gens ordinaires et personnes handicapées. Donc à tous, du plus jeune au plus âgé, sans condition préalable.

Comment pratiquer? La méthode se pratique en séances collectives et/ou individuelles.

Pour quels effets ressentis ? Les participants témoignent de changements clairs de posture (tant physique que mentale), d'équilibre, de mobilité, de souplesse, de stabilité, de coordination aussi bien qu'une plus grande énergie, une capacité améliorée de penser, d'apprendre et d'être créatif et d'une diminution significative des douleurs physiques tant ponctuelles que chroniques.

Comment ça marche ? Les séquences de mouvements pratiquées avec une attention minutieuse permettent de prendre conscience de ce que nous faisons, d'élargir nos possibilités d'action et ainsi de faire exactement ce que nous pensons que nous faisons. li s'agit d'un processus d'apprentissage qui permet d'affiner notre perception de nous-mêmes, et des feedbacks sensoriels dont nous avons besoin afin de nous ajuster et nous améliorer. 38

Deuxième Partie

Connaissance de Soi par le Mouvement®

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Les applications de la méthode Feldenkrais sont valables dans de nombreux domaines. C'est en dansant que j'ai découvert cette méthode et c'est pour acquérir des outils d'accompagnement en tant que pédagogue que je me suis plus tard inscrite à la formation. Si je voyais très facilement les blocages s'exprimer chez les élèves, je manquais de moyens réellement efficaces pour les aider à trouver d'autres chemins. Les principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais sont venus valider mon intuition d'une capacité d'apprentissage à tout âge, comme le confirment les récentes découve1tes en neurosciences. lis constituent la base de mon travail et aussi de ma façon d'agir et de penser. Depuis très jeune j'ai toujours pensé et senti que nous avons la possibilité (sinon le devoir eu égard à notre entourage et aussi à la société) de créer les conditions favorables à notre épanouissement. Petit à petit j'ai compris qu'il s'agit non pas d'importer des qualités ou recettes extérieures à nous, mais plutôt de prendre conscience de ce qui nous entrave, puisque nous sommes déjà ce que nous sommes. Les contractures musculaires inconscientes, à l'origine de certaines douleurs, constituent un frein certain à la possibilité de revenir vers nous-mêmes. Elles nous empêchent de nous ressentir. Plutôt que d'appuyer dessus pour les faire paitir ou de faire des exercices pour nous muscler, j'ai constaté qu'il est plus efficace d'aller avec, de les écouter, de les accueillir. Ce qui les fait généralement disparaitre. C'est finalement la même chose dans une conversation. Lorsque nous exposons un problème que nous sommes en train de vivre, nous n'attendons pas que l'interlocuteur nous enfonce encore plus ("c'est ton problème!") ou nous impose plus ou moins sa manière de le résoudre ("tu dois prendre ça, faire ça, dire ça, ..."). Nous avons besoin d'être entendu ("racontes-moi, qu'est-ce que tu ressens?"). Si nous sommes bien accompagnés, nous pouvons nous détendre et accueillir ce qu'exprime la difficulté vécue. L'attention est déplacée. Poussés par le besoin de nous retrouver, nous apprenons à sortir du mode de fonctionnement habituel de recherche de solutions miracles et à accueillir ce que nous sommes.

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Dans ce cheminement, l'humour par rapport à nous-mêmes et la bienveillance envers nous-mêmes sont essentiels. Je vais maintenant développer la manière dont je pratique au quotidien les séances individuelles dans les domaines du soin et de la prévention santé, et les séances collectives lors de mes stages de développement personnel. Rien n'est imposé ou obligatoire. Rien n'est montré, ou très peu. Aucune condition physique particulière n'est demandée, si ce n'est celle d'avoir la capacité de bouger un minimum U'accueille les personnes en fauteuil roulant qui ont la capacité de descendre et remonter seules sur leur fauteuil).

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5.

Soin et PréventionSanté Trois raisons majeures incitent les personnes à prendre rendez-vous pour une séance individuelle avec moi: le mal de dos, les douleurs articulaires et les douleurs chroniques. Lors d'une séance je commence par écouter ce qui a motivé la personne à prendre rendez-vous. Sa posture physique, son regard, les intonations de sa voix me donnent des renseignements très utiles sur les origines possibles des blocages exprimés par le corps. Si je sens que c'est le bon moment, je lui propose des pistes de réflexion qui l'aident à regarder la situation depuis un autre angle ou avec un peu plus de distance.

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Je l'invite ensuite à s'allonger dans la position que je trouve la plus adéquate à sa demande et ses possibilités (sur le dos, le ventre ou le côté). Après avoir observé la manière dont le poids du corps se répartit, je place des rouleaux ou des coussins sous les articulations qui ne sont pas en contact avec le sol. Ces supports prenant en charge une partie des tensions, la personne peut déjà un peu mieux respirer. J'utilise alors un toucher qui induit un jeu de questions/réponses non verbales. En mobilisant une articulation, j'interroge les possibiIités de mouvements dans toutes les directions qui lui sont anatomiquement possibles. En cas d'empêchement à bouger dans une direction ou une autre, je me sers d'une des stratégies de la méthode Feldenkrais pour redonner à l'articulation toute sa mobilité: • j'attire l'attention de la personne sur la différence de sensation entre le mouvement exécuté dans la direction facile et celui exécuté dans la direction non encore disponible, • je commence par remettre du mouvement là où il y en a déjà afin de renforcer la sensation de confort, • je prends le relais de la contraction musculaire en accentuant le rapprochement des deux extrémités du muscle : je vais dans le sens de la contraction. Et ensuite je relâche très lentement la pression, ce qui permet au muscle de se détendre, • j'évalue les possibilités de connections avec les articulations voisines, • je recrée du lien là où c'est nécessaire. Petit à petit nous redécouvrons le plaisir d'expérimenter, de chercher, d'explorer. Nous défaisons ce qui nous retient de jouer : trop de sérieux, la peur de mal faire, l'attachement à des schémas connus, ... Jusqu'à ce que nous ayons retrouvé la possibilité de choisir parmi un éventail plus large de modes de fonctionnement. La personne affine sa sensibilité et peut ressentir les répercussions de mes actions à d'autres endroits du corps. Cette sensation, bien étrange pour certains, nous rappelle que nous ne sommes pas composés de partie isolées les unes des autres. En réapprenant à nous engager globalement dans une fonction donnée (marcher, s'asseoir, se relever, etc.), nous constatons que nous sommes plus légers, nous utilisons moins de force et la 44

sensation du mouvement est bien plus agréable. C'était en effet bien fatiguant de se contracter, de résister ou de lutter contre nous-mêmes. Nous n'en étions pas toujours conscients. A ce stade de l'accompagnement, nous passons du domaine du soin à celui de la prévention. Les nouveaux schémas de fonctionnement sont désormais préférés à ceux qui entrainaient la douleur. Les personnes me demandent alors des séances mensuelles afin de prévenir le creusage d'un nouveau sillon unique d'action. Le nombre requis de séances est très variable d'une personne à une autre. Cela dépend de son histoire, des mécanismes en jeu et du temps dont elle a besoin pour intégrer le changement. Si nous allons trop vite le changement est trop brutal et nous faisons naître la peur de l'inconnu et/ou l'inconfort. Si nous donnons trop d'informations d'un coup nous provoquons le rejet de la séance en son entier. Dans les deux cas la personne repart dans ses schémas habituels, ce que nous voulons éviter. Mon expérience m'a montrée qu'une série de trois séances est nécessaire pour "installer" les bases du travail. Ensuite la fréquence des séances est décidée conjointement. li est bien utile dès le départ et tout au long de l'accompagnement de se souvenir que le progrès n'est pas linéaire. Comme l'écrit Todd Hargrove

15 :

"Parce que les systèmes complexes changent souvent d'une

façon non-linéaire, nous pouvons nous attendre à ce que le progrès soit également nonlinéaire. Cela signifie que s'améliorer est souvent une question de faire deux pas en avant et un pas en atTière. À court terme, ceci rend difficile le discernement d'un changement positif. Mais sur une plus grande période, le constat de progrès peut émerger. 11est bon de garder ces modèles en perspective pour que des rechutes à court terme ne causent pas l'abandon d'une stratégie gagnante." Nous parlons ici de mal de dos, de douleursarticulaireset de douleurschroniques- les trois raisonsprincipalespour lesquellesles personnesviennentme voir.Quel est le point commun de ces douleurs? Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné notre système nerveuxa besoin de nous signalerqu'il faut agir parce qu'il se sent menacé?

15

Todd 1-largrove, hltp://www.bettem1ove111ent.org/blog/2014/a-systems-perspective-on-chronic-pain

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Le tronc commun est pour moi un manque de mouvement,qui n'est pas forcémenten lien avec un manqued'activité physique. Prenons l'exemple de l'aiticulation de l'épaule. Cette articulationest mobile dans tous les plans de l'espace (nous pouvons décrire un cercle avec l'épaule). Anatomiquementles mouvementsde l'épaule sont les suivants : élévation (épaule vers l'oreille), abaissement (épaule vers le bassin), abduction (épaule vers l'avant), adduction (épaule vers l'aiTière), sonnetteinterne(omoplatevers la colonnevertébrale),sonnetteexterne(omoplateloin de la colonne ve1tébrale),ai1tépulsion(bras vers l'avant), rétropulsion (bras vers l'arrière), abduction(bras levé sur le côté),adduction(bras levévers le côté opposé),rotationexterneet rotation interne.Si l'un de ces mouvementsn'est plus disponible,nous devons compenser ailleurs(coude,poignet,cage thoraciqueou autre).Au quotidiencette compensationn'est pas nécessairementgênante.Simplementsi elle dure un certaintemps, les tensionss'installentet nous commençonsà ressentirune douleurà l'endroit qui compense(disons le poignet).En nous envoyant le signal de la douleur, notre système nerveux nous demande d'agir pour retrouvertoutes les possibilitésde mouvementà l'endroit concerné (l'épaule et non pas le poignet).C'est pourquoisouvent nous ne nous adressonspas directementà l'endroit où la douleurest ressentie,parceque ce n'est pas l'origine du problème. Dans le cas d'une blessure,d'un accidentou d'une opération,l'endroit blessé doit dans un premiertemps être guéri et protégé,il est alors généralementimmobilisé.Ensuitependant la phase de récupérationl'instinct de protectiondiminue petit à petit. Nous cherchons alors souventà retrouvernotrepotentielde mouvementcommesi rien ne s'était passé.C'est à dire sans prendrele tempsde sentirou sans tenir comptede la nouveauté.Nous voulonsretrouver une imagede nous-mêmeque nous connaissons.Plutôtque de chercherun nouveaumode de fonctionnementadaptéà la situationprésenteet qui prenden compte la blessure,nous faisons commeavant,ce qui n'est pas possible,et donc nouscommençonsà compenser.En reprenant parfoisbeaucouptrop rapidementles activitéshabituelles,et le corps n'étant pas encoreprêt, la douleurdevientplus fo1tepour aITêterl'action et protégerla blessure. Pour d'autres personnesl'instinct de protectionperdureavec une intensitéqui n'est plus en relationavec la situationréelle.Ellesont la sensationde devoir protégerla paitie du corpsqui 46

poLUtantn'est plus blessée.La qualitédu toucher utiliséen méthode Feldenkraisleur pennet alors d'amortir les effetsdu choc. En se ressentantde manièreplus précise,elles peuventellesmêmes évaluer plus finement la situation réelle de danger ou de non-dangerde la partie concernée.Petità petitje les vois reprendreconfianceen elles et trouverune nouvellemanière de se mettreen mouvement,en adéquationavec la nouvellesituation(le corps a été blessé et en garde la mémoire)et sans tensionou peur inutiles. Après une chute assez violentealors que je courais après un bus,je me suis retrouvéeavec une épaule en écharpe et le genou opposé dans une attelle. Le diagnotic était : opération possibledu genou et de la coiffe des rotateurs(ensemblede musclesqui maintientl'épaule). Sachant qu'après une telle opération les possibilitésde récupérationde l'épaule sont très faibles, j'ai demandé dans un premier temps à des collègues de me donner des séances individuellesde Feldenkrais.L'effet le plus notable lors de la premièreséance est quej'ai été remiseen contactavec mon ressenti.Après le choc et sans en avoir conscience,j'avais perdu ma finesse de perceptionde moi. Mon rapport aux douleurs était assez diffus. Je n'atTivais pas à évaluersensoriellementmon état. J'étais submergéepar mon instinctde protection,qui, je le ve1raiplus tard, n'était pas en adéquationavec la situation réelle.Au fur et à mesure de la séance,j'ai retrouvéet même réintégréma capacitéà me ressentir.Je pouvais alors sentir plus finementma douleLU·: mon épaulesoufrraitdu choc, mais elle n'était pas endommagée. Je me suis alors détendue,les tensionsmusculairesliées au besoin de protectionn'étant plus nécessaires.Grâce aux autres séancesj'ai vite récupéré. Pour le genou j'ai eu besoin de plus de temps. L'impressionqu'il me fallait l'immobiliser pour ne pas l'endommager davantage m'a conduite à le bloquer en extension.J'ai depuis appris qu'une impressionest toujours fausse. Ce que je peux vérifier dans mon expérience vécue. Chaque phrase commençantpar 'j'ai l'impressionque" est suivie par quelque chose qui n'est pas vrai. J'ai refuséde pliermon genou lorsdes examensmédicauxparcequej'avais l'impressionde me mettre en danger,ce qui n'était pas le cas. Je suis restée plusieursjours avec la jambe allongée, maintenue dans l'attelle. Attelle que le chimrgien orthopédique spécialistedu genou m'a fait enlever immédiatement.Je n'avais aucunechance de récupérer en empêchat1t111011genou de bouger.Et ce n'est pas faute de le savoir.La peur de devoir être 47

opérée m'a empêchée d'appréhender la situation telle qu'elle était. Après quelquesjours d'immobilité,je n'arrivais plus à plier mon genou et donc à marcher. Là encore j'avais l'impression(fausse)que sije pliaismon genouj'allais faire un mouvementqui allaitempirer la situation.J'ai récupéréau bout d'un mois grâce aux séances quotidiennesde kiné. Je dois à mon kinéde m'avoir aidé à dépassermes impressionset appréhensions.Grâce aux séances

de Feldenkrais,qui m'ont pem1isde me reconnecterà mon ressenti.Et grâce à un séjour programméde longuedate dans le sud de la France.Bien que je boitaisencore, le plaisirde découvrirla villeau soleilet à mon 1ythme,m'a beaucoupaidé à franchirles dernièresétapes du travail. Le bonheur du changementd'air a pris le pas, si j'ose dire, sur la volonté de remarcher normalement. La notion de plaisir et le déplacement de notre attention sont essentielsà la récupération.J'ai remarchéavec aisancequelquesjours aprèsmon retour.Plus tard j'aurai une confirmationthéoriquede mon vécu ressenti : "la cw·iositéludiqueest l'un des principaux"antidotes" au trnumatisme.Une explorationcurieuse et un sentiment de plaisirne peuventpas coexisteravec un traumatismedans le systèmenerveux; d'un point de vue neurologique,ils se contredisentl'un l'autre." 16 Pour les sportifsde haut niveau,souventnous continuonsà pratiquernotre métier malgré la douleur.L'être hwnain est capable de faire ça. J'ai dansé plusieursspectaclesalors que la blessure m'empêchait presque de poser le pied au sol. Mon instinct de préservationm'a cependantconduite à chercherdes solutionset à faire attention à récupéreret accepter de m'an-êterquand c'était possible. Pam1iles méthodesque je connais, le Feldenkraisa été le plus efficaceet durabledans le temps. Remettre du mouvement pour soulager la douleur. Est-ce que tous les mouvementssont appropriés? Je dirai oui et non. Parce que ce n'est pas une question de mouvementen soi, mais de la manière dont nous les faisons.Si nous continuonsà bougercomme d'habitude, rien ne se passe. Si nous faisonsune activitéphysiquequinous fait faire plus de mouvements qu'au quotidien,c'est très bien. Mais comment faisons-nousces mouvements? A partir de quels schémas ? Ceux qui induisent la douleur, probablement.Tous les mouvementssont 16

PeterA. Levine: (iuénr par-delà les mols, ( 'ommentsle c:vrps dissipe le trauma11smcet restaure le lncn-être.2014

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valables si nous avons identifiénos modes de fonctionnementet si nous savons porter notre attentionsur la manière dont nous bougeons.Autrement, il est très difficile,voire impossible, de nous réajuster. Nous avons besoin de développernotre ressentiafin d'entendre les signauxenvoyéspar notre organisme. Plus notre sensibilitégrandit, moins le corps a besoin de se mettre à hurler pour se faire entendre. Grâce à la finesse de notre perception de nous-mêmes, nous pouvons ressentir comment nous sommes réellementen mouvement.C'est à dire que nous clarifions l'image de nous-mêmes et de la manière dont nous nous engageons dans une action. En oppositionavec notre façon habituellede bouger qui est influencéepar une image erronée ou partielle de nous-mêmes. Ou avec une impression de bouger con·ectementalors que nous bloquons tout un panel de mouvements. La clef est de nous réappropriernotre plein potentield'action.

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_ _____ Ma! de dos et manq~e _d_e_so_u-'p'--l_es_s_e Considérons dans un premier temps que le mal de dos est dû à une mauvaise habitude de mouvement. La solution simple, mais pas toujours facile, serait de changer les habitudes de mouvement. Comment mobilisons-nous notre dos ? Quelle est notre représentation des mouvements de notre colonne vertébrale? Quelle image avons-nous de notre dos en mouvement ? Explorons. Anatomiquement, la colonne vertébrale repose sur le bassin, est entourée par la cage thoracique et soutient la tête. Pouvez-vous imaginer la façon dont ces quatre parties s'organisent les unes par rapport aux autres? En avez-vous une représentation schématique ou précise ? Faites-vous appel plutôt à vos connaissances théoriques ou à vos sensations ? Je vous propose, si vous le souhaitez, de clarifier ces points d'anatomie par le toucher. Un toucher à la fois franc pour sentir l'os et délicat pour recevoir les informations sensorielles. L'écriture ne me permettant pas de marquer les temps de pause, prenez le temps entre chaque question. Venez s'il vous plait placer vos mains sur votre bassin, de chaque côté, à l'endroit où l'os est le plus facile à sentir (se sont les ailes iliaques). Vous avez votre bassin entre vos mains. Le ressentez-vous en trois dimensions ? Quelle est la fonne de votre bassin ? A quels endroits pouvez-vous sentir vos os du bassin? Vers l'avant? Au niveau du pubis? Si vous vous asseyez sur vos mains, vous sentirez vos ischions. Quelle forme ont-ils? Si vous remontez à l'arrière vous pouvez sentir votre coccyx, et votre sacrum. Sur le sacrum repose votre 5° vertèbre lombaire. Je vous invite à tâtonner jusqu'à trouver la première bosse (l'apophyse épineuse de la 5c lombaire). Faites des essais, arrondissez le dos si cela vous aide à sentir. Pouvez-vous identifier vos cinq vertèbres lombaires? Quelle est la distance entre la 5° et la 1ère lombaire? Prenez un moment pour sentir cette zone de votre dos que vous 50

venez de réveiller par le toucher. La forme des articulations entre chaque vertèbre lombaire (les apophyses articulaires) permettent plus facilement les mouvements

de flexion et d'extension

(arrondir

le dos et cambrer), et

d'inclinaison

latérale (en position assise : rapprocher le côté du bassin de

l'épaule). Pouvez-vous faire ces mouvements spécifiquement au niveau des lombaires? Souvenez-nous qu'il est plus facile de sentir en allant lentement et en réduisant vraiment l'amplitude des mouvements. Encore plus petit. Revenez à l'endroit que vous avez identifié comme étant la première vertèbre lombaire et remontez le long de vos 12 vertèbres dorsales. Ce sont sur ces vertèbres que viennent s'articuler vos côtes de chaque côté. La première dorsale se situe à la base de votre nuque. Peut-être n'arrivez-vous

pas à atteindre

certaines vertèbres, notamment celles qui se trouvent entre les omoplates. Si vous souhaitez les sentir, vous pouvez vous appuyer contre un mur et arrondir le dos pour "masser" vos vertèbres. Ou alors vous allonger au sol et placer une petite balle sous votre colonne dorsale. Ou encore demander à quelqu'un de toucher chaque bosse (apophyse épineuse). Là encore prenez le temps de sentir la partie de votre colonne qui vient d'être touchée. Quels mouvements pouvezvous faire dans cette région ? La flexion (dos arrondi), l'extension (côtes en avant), l'inclinaison latérale (épaule vers le côté du bassin) et les rotations sont possibles, dans la limite imposée par la cage thoracique. Voyez si vous pouvez faire ces mouvements uniquement dans la région dorsale, en immobilisant volontairement les lombaires et la nuque. Revenez à la base de votre nuque et sentez maintenant vos 7 vertèbres cervicales

(la 1ère dorsale

ou la 7" cervicale

est généralement

plus

proéminente). Les mobilités de la colonne cervicale basse sont importantes en flexion, extension et rotations, moins en inclinaison latérale, de par la forme des articulations. Pouvez-vous faire ces mouvements uniquement avec les cervicales ? Les mouvements principaux entre axis, la 2e cervicale et atlas, la 1ère cervicale sont les mouvements de rotation (non-non). Les surfaces ovales concaves sur la partie supérieure

d'atlas 51

accueillent

les surfaces ovales

convexes de la base du crâne. A cet étage, les mouvements principaux sont la flexion et l'extension (oui-oui). Je vous invite à sentir la base de votre crâne, puis à venir vers l'avant sentir votre mâchoire inférieure, vos pommettes, le contour de vos yeux, et le reste de votre crâne (toutes les parties osseuses). Quelle est la sensation de votre tête ? Sentez-vous maintenant comment votre colonne repose sur votre bassin, est entourée par votre cage thoracique et soutient votre tête ? Avez-vous une représentation plus claire ou plus différenciée (moins globale, plus détaillée) de la manière dont ces quatre parties s'organisent les unes par rappo1i aux autres? Le toucher vous a t'il permis de clarifier quelque chose? Avec cette sensation plus fine de vous-même, qu'arriverait-il aux mouvements de la colonne vertébrale si le bassin, la cage thoracique ou la tête étaient complètement immobiles ? Faites-en l'expérience dans le mouvement de flexion de toute la colonne ve1iébrale (dos arrondi). Empêchez la tête de bouger pour faire ce mouvement, vous sentirez peut-être que vous mobilisez davantage les dorsales et les lombaires. Empêchez la cage thoracique de bouger, et arrondissez votre clos. C'est peut-être moins commode. Et empêchez le bassin de bouger, sentez les différences. Puis de nouveau arrondissez toute la colonne et voyez si le mouvement est plus fluide. Lorsque vous avez exploré votre colonne ve11ébralepeut-être certaines régions de votre dos étaient plus difficiles à sentir que d'autres. Ce sont les endroits qui sont d'une part les plus enserrés dans un jeu de tensions musculaires (au niveau de la nuque ou entre les omoplates par exemple), et d'autre part les moins clairs dans votre perception de vous-même. Notre représentation mentale et sensorielle de nous-même - influencée par notre histoire, nos blessures, nos tensions - influence la manière dont nous bougeons. Comment mobiliser notre dos sans douleur si nous imaginons ou sentons n'avoir que trois vertèbres par exemple (une en bas, une au milieu, une en haut)? Ma question est un peu schématique, mais réelle pour certains,je l'ai entendue. Pour une raison ou une 52

autre nous avons mis de côté un certain panel de mouvements dont nous aurions pourtant besoin au quotidien. Nous avons appris à nous contenter de mouvements qui se font sans que nous ayons besoin d'y penser, sauf quand ils deviennent douloureux. Et la recherche d'une certaine agilité ne nous a peut-être jamais effleuré l'esprit, du moment que ça fonctionne ... Nous admirons peut-être les personnes qui bougent avec fluidité, et mettons cette capacité hors de notre portée en pensant qu'elle est réservée à une certaine élite de danseurs, acrobates, gymnastes ou autre qui s'entraînent très durement pour en arriver là. Ce n'est pas tout à fait exact. Plus nous clarifions l'image sensorielle de notre colonne vertébrale et de sa relation à l'ensemble du squelette, et plus nous retrouvons notre réelle capacité de mouvements à chaque étage, ce que nous appelons souplesse.

La fluidité de nos mouvements vient de la conscience et de la connaissance sensorielle de comment nous sommes en mouvement. C'est notre capacité à nous ressentir qui fait la différence. En séance individuelle, il s'agira d'identifier les zones dans lesquelles certains mouvements sont empêchés (très souvent les articulations sont mobiles dans une direction, et pas du tout dans d'autres), d'y remettre du mouvement en douceur (par des mouvements petits et lents), et de rétablir la connexion entre la partie nouvellement débloquée et le point de douleur ressenti. Imaginons que le point de douleur se situe au niveau des lombaires, et que le manque de mobilité du bassin en est la cause. Je peux dans ce cas placer une main sur le bassin et une main sur la zone douloureuse. J'invite le bassin à bouger délicatement dans toutes les directions possibles tout en cherchant à sentir les répercussions de ces mouvements dans les vertèbres. Après tout un jeu de questions/réponses non verbales, d'accompagnement dans ce qui est déjà facile, d'invitations délicates à explorer des chemins oubliés, et lorsque la connexion est rétablie, les tensions se relâchent d'ellesmêmes.

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Douleursarticulaireset perte de tonus

~--------------------

L'origine d'une douleur articulaire peut être un choc, une tension musculaire, un manque de mouvement ou une utilisation erronée de cette articulation. L'utilisation erronée d'une articulation a comme origine une image faussée de soi, de la représentation sensorielle que nous avons de cette partie du corps ou de la manière dont nous pensons devoir la bouger. Le manque de mouvement dans certaines articulations entraîne en compensation une utilisation plus grande des articulations voisines qui, surmenées, se fatiguent. Avec le temps et alors que les douleurs articulaires ne sont pas encore assez fortes pour que nous cherchions à les soulager, nous nous convainquons que toute une gamme de mouvements n'est plus à notre portée. Notre répertoire d'activités se réduit. Nous créons des schémas de compensation qui deviennent nos habitudes et notre zone de confort, desquelles il n'est pas si évident de sortir. Avec le temps les douleurs commencent à être gênantes. Nous cherchons à nous protéger de ces douleurs en diminuant encore notre gamme de mouvements. La douleur et la fatigue provoquées par un manque de mouvements induisent l'immobilité. Nous tournons en rond. Dans le cas de douleurs provoquées par une utilisation erronée d'une articulation, nous cherchons à nous protéger de ce que finalement nous générons nousmêmes, c'est épuisant! Moshé Feldenkrais écrit

17

:

"A la longue, la déformation commence. Dans les

a1ticulations, les zones où existe un vide se remplissent de tisssus fibreux, paiticulièrement entre les ve,tèbres où il se produit en général très peu de mouvement. Les ligaments se raccourcissent. Ce1tains muscles deviennent trop forts et d'autres s'atrophient. ( ...) Ces déformations montrent que la mauvaise position est maintenue constamment, avec des interruptions très rares, jour et nuit. Une déformation permanente par usage erroné commence ainsi." Notre posture, bien qu'étant assurée par des tensions nettes et fortes, est préférée à la position qui permettrait de bouger plus

17

Moshé Feldenkrais.Body and mature behavio1: A study of anxiety. sex. gravitation and leaming. 1949

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facilement. A cause des déformations et des habitudes. Faire des efforts intenses pour agir avec moins d'effort nous fait entrer dans un cercle vicieux. Nous utilisons les schémas habituels pour essayer d'en sOJtir.Cela peut durer quelques années avant qu' éventuellement nous décidions de jeter l'éponge. Pour sortir de cette situation, ce qui doit être changé c'est la manière de faire. En méthode Feldenkrais nous apprenons à mobiliser une aiticulation de manière inhabituelle. Par exemple, dans la marche nous mobilisons les jambes (mobiles) par rapport au bassin (schématiquement immobile, pour rendre l'exemple plus parlant). L'habitude de mobiliser les articulations des hanches toujours de la même manière, la nôtre, caractérise notre démarche et rend certaines actions plus faciles que d'autres. Dans une séance de Feldenkrais, nous explorons comment mobiliser le bassin (mobile) par rapport aux jambes (que nous immobilisons volontairement). Nous changeons l'angle de perception des articulations des hanches, ce qui nous permet de sortir des schémas habituels. Nous créons un espace d'observation par le ressenti qui nous permet d'identifier nos blocages, d'explorer d'autres voies et de choisir celle qui nous convient le mieux aujourd'hui. Dans un accompagnement en séances individuelles, il s'agit de faire ressentir à la personne le schéma nouvellement adapté par l'organisme comme plus satisfaisant que celui qui induisait douleurs et perte de tonus. Lorsque nous avons atteint ce moment, la personne ne veut pas revenir en arrière. Le nouveau schéma est intégré, ressenti et reconnu comme bon. Le temps dont chacun a besoin pour intégrerun nouveau fonctionnementest très variable. Cela dépendd'un ensemblede facteurspaimi lesquels: •

l'histoire de la personne,



les raisons pour lesquellesla ou les articulationsont été trop sollicitées(image de soi, accident,blessure,opération,chute, croyance,imitation,...),



la capacitéde changement,



les conséquences d'une amélioration pour la personne, son entourage et les aides financièressi elle en perçoit(ce1tainspréfèrentrestermoins mobilespour continuerà être le centre d'attentionde la famille,ne pas reprendrele travail,continuerà se plaindre,etc. D'autres ont une sensationde vide lorsquela douleurdisparait,...). 55

Douleurs chroniqueset pertes d'équilibre La douleur chronique est un problème complexe et déroutant, trouvant cependant quelques solutions si on le regarde d'un point de vue systémique. Encore une fois, Todd Hargrove a écrit un très bon article à ce sujet. Je le cite : "L'idée de base est que la douleur chronique est souvent conduite par le dérèglement d'un "super-système" qui coordonne des réponses défensives à la blessure. Le super-système résulte de l'interaction dynamique entre différents sous-systèmes, plus particulièrement le système nerveux, le système immunitaire et le système endocrinien." 18 Dans cet article il livre une description détaillée et simple de ce que nous pouvons apprendre sur la douleur chronique depuis la perspective des systèmes, pour les personnes qui souhaitent en savoir plus. Quelles stratégies pouvons-nous utiliser pour réduire la douleur chronique? D'après la citation ci-dessus, l'une des stratégies pour réduire la douleur chronique est de nous adresser à la personne dans sa globalité, en opposition à nous concentrer uniquement sur la zone douloureuse. Nous verrons que la douleur est plus forte dans ce1iaines situations professionnelles, familiales ou personnelles, ou certaines situations de stress, par exemple. Une autre stratégie consiste à ne pas ignorer la douleur. La douleur est un indicateur qui nous invite à agir, et nous sommes les seuls à savoir ce qu'il convient de faire pour remédier à ce qui l'a déclenchée (bien que nous n'en soyons pas toujours convaincus). Nous pouvons nous masser, prendre un bain chaud, respirer plus profondément, identifier les endroits contractés et les détendre (comme les mâchoires par exemple), nous reposer, manger du chocolat, prendre un placebo (efficace pour les douleurs chroniques), accueillir la douleur, accepter qu'elle soit là plutôt que lutter contre, etc. Suite à une blessure (cheville tordue, claquage, élongation, ...), la douleur provisoire peut se transformer en douleur chronique si nous n'arrêtons pas l'activité. La récupération et la disparition de la douleur seront favorisées par un temps de repos 18

Todd Hargrove, lu Jp://www.beJtennovement.ondblog/2014/a-svste111s-pcrspec1ive-011-chronic-pain

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suffisant. Ce que nous ne nous accordons pas toujours. Todd Hargrove écrit

19 :

"J'avais un client une fois qui connaissait beaucoup d'anciens

joueurs de basket et de football. Beaucoup de ces types vivaient dans une douleur extrême et ne pouvaient pas faire des choses simples comme monter ou descendre un escalier. Je pense qu'une des raisons majeures n'était pas l'usure physique de leurs corps, mais la reprogrammation de leurs systèmes de douleur qui est survenue au fil du temps. Quand vous êtes un pro, vous ne pouvez pas prendre de repos jusqu'à l'arrêt de la douleur, vous jouez avec, parfois pendant des années. Ceci est une recette parfaite pour reprogrammer votre système nerveux à causer la douleur. Bill Walton a récemment admis que le mal de dos chronique le rendait littéralement suicidaire. Sa douleur a commencé à l'université quand il s'est blessé le dos lors d'un match et qu'il en a ensuite joué un autre trois jours plus tard. Vingt-cinq ans plus tard, Walton a dit que la douleur était si mauvaise que le fait d'être plongé dans de l'acide bouillant serait loin de décrire ce qu'il ressent. Peut-être que c'est un peu exagéré ici, mais c'est néanmoins un avettissement qui donne le frisson. Jouer avec la douleur est souvent nécessaire pour atteindre les niveaux les plus hauts en spo1t, mais c'est aussi une bonne façon de développer quelques problèmes de douleur durables et méchants. Rappelezvous que la douleur engendre la douleur, donc ne transformez pas de petits problèmes en de grands problèmes en jouant avec la douleur." Une des stratégies utilisées en méthode Feldenkrais est ce qu'on appelle le "sensory gating" ou filtrage sensoriel. Le principe est que le traitement et la perception des informations sensorielles de la douleur sont réduits par la présence d'autres informations sensoriel les en compétition. Si nous portons notre attention sur les mouvements que nous sommes en train de faire ou sur le toucher du praticien pendant une séance individuelle, notre système nerveux a moins la capacité de percevoir et de traiter les signaux de la douleur. C'est ce que nous faisons instinctivement lorsque nous frottons la zone qui vient d'être blessée. Plus le stimulus rivalisant est intéressant, nouveau et proche de la zone douloureuse, et plus la stratégie fonctionne. D'où l'intérêt 19

Todd Hargrove, http://www.bettermovement.org/blog/2010/strategies-to-reduce-chronic-pain-part-one

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par exemple de mobiliser lentement, de manière inhabituelle et avec une attention portée à nos sensations la cheville et la hanche en cas de douleur chronique du genou. Ce que nous faisons dans les séances de Feldenkrais. Une autre stratégie est d'affiner notre perception de nous-même et ainsi de sentir plus précisément les messages du corps, dont ceux de la douleur. D'après mon expérience, cet affinement est sans limite. Les années passant je différencie de plus en plus facilement la sensation de douleur de la sensation de la zone physique où se situe la douleur. Un peu de la même manière que je distingue plus précisément ma réaction émotionnelle à un évènement, conditionnée par mes expériences passées, de l'évènement présent. Ce qui permet une bien plus grande libe1téde choix d'action. Pour illustrer ce point je vous propose une nouvelle exploration sensorielle. Quelle que soit votre position, choisissez de porter votre attention vers l'un de vos pieds. Sentez la peau qui recouvre votre pied dessus, dessous, sur les côtés. Voyezce qu'est pour vous votre pied. Est-ce que la cheville en fait partie? Puis sentez tous les muscles de votre pied, il y en a 20. Et les os qui composent votre pied, il y en a 26, de tailles et de structures très différentes. Prenez votre temps, peu impo1te si vous les sentez en détail ou non. Puis faites une pause et comparez la sensation du pied que vous avez choisi à l'autre pied. Quelles sont les différences de perceptions ? Nous pouvons encore affiner notre ressenti en po1tantnotre attention à nouveau sur le même pied, et cette fois-ci sur le gros 01teil. Mobilisez votre gros 01teil en flexion et extension (si votre pied est posé au sol, vous soulevez l'o1teil vers le plafond et ensuite appuyez-le dans le sol). Faites-le plusieurs fois, lentement et avec de petits mouvements qui vous permettent de ne pas mobiliser les autres 01teils. Est-ce que vous continuez à respirer facilement ? Est-ce que vos mâchoires ne sont pas serrées ? Est-ce un mouvement facile à faire ? Comment pouvez-vous réduire l'effort? Faites une pause et cueillez les sensations présentes maintenant.

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Puis faites la même chose avec les 4 autres orteils du même pied. Prenez votre temps. Amusez-vous à ressentir quels sont les orteils les plus faciles à mobiliser, les plus difficiles (anatomiquement le 2° et le 3e orteils sont très proches et moins faciles à différencier). Faites une pause entre chaque orteil. Puis prenez le temps de sentir ce pied par rapport à l'autre. Est-ce plus facile de sentir chacun de vos orteils? Si vous vous mettez debout ou si vous marchez, quelle est la différence ? Est-ce qu'un pied vous parait plus agile, plus habile que l'autre ? Cette exploration peut encore être affinée. Nous pouvons faire la même chose avec le mouvement d'éca1ter chacun des orteils par rapport aux autres. Nous pouvons différencier chaque os, chaque articulation, jusqu'à préciser les mouvements de la cheville. En cas de blessure ou de choc, il sera alors beaucoup plus facile de ressentir ce qui est vraiment touché, et de faire la part des sensations entre douleur et endommagement. Le temps de récupération en sera d'autant réduit. En séance individuelle c'est le toucher du praticien qui permet de mieux se ressentir, de préciser et de retrouver tous les mouvements possibles dans chacune des articulations, et ensuite de mieux coordonner chacune des parties en jeu pour exécuter une fonction donnée sans effort inutile (marcher, s'asseoir, se tourner, se baisser, ...). Je prends ici l'exemple de deux personnes se plaignant de douleurs chroniques du dos. Ces deux personnes ne se connaissent pas, lems histoires, leurs origines, leurs métiers, leurs situations personnelles sont très différentes. Leurs points communs attirent mon attention : la même tranche d'âge, des relations sociales un peu mises de côté, une tendance à manger plus que nécessaire en ne se sentant pas bien ensuite, une perte de mobilité, d'équilibre et parfois aussi de motivation, un fort sentiment d'incompréhension de la part de l'entourage familial. Ce qui a changé au fur et à mesure des séances individuelles : une sensation physique et aussi psychique de se tenir plus droit en soi et face aux autres (aussi dans le sens plus en adéquation avec soi-même). 59

Au niveau fonctionnel, les pe1tes d'équilibre gênantes étaient soit franchement existantes (une personne tombait régulièrement), soit faisaient partie du tableau depuis longtemps, et l'organisme s'était habitué à fonctionner avec. C'est donc le travail sur la fonction de la marche qui a permis à ces personnes de se remettre en mouvement. Bien sûr, il s'agit d'un travail qui se fait dans la durée et de façon non linéaire. A la tin d'un trimestre nous avons observé : une meilleure mobilité et stabilité, moins de douleurs, une vie sociale plus active, une plus grande capacité à gérer les problèmes, un plus grand dynamisme.

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6.

Stagesde DéveloppementPersonnel

Développés au fil de ma pratique auprès d'un large public (enfants, adultes, seniors, personnes handicapées, parents-enfants), et aussi de mes recherches concernant l'implication du mouvement dans le domaine de la Connaissance de Soi, ces stages réunissent à la fois les principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais, mon expérience de danseuse professionnelle et de pédagogue, et mon désir sincère d'accompagnement vers ce que nous sommes. Avec les stages de Connaissance de Soi par le Mouvement®j'invite chacun à entrer personnellement en contact direct avec l'essence de la capacité innée du corps à sentir, s'autoréguler et connaître. J'ai observé chez moi-même et chez les personnes que j'accompagne que nous souhaitons tellement comprendre, expliquer, analyser ce que nous vivons que nous n'écoutons pas, pas bien ou pas complètement nos sensations. En nous laissant guider par notre besoin de saisir les choses avant d'accueillir vraiment ce qui vit en nous, nous inventons souvent une ou des histoires sur nous-mêmes grâce auxquelles nous entretenons finalement ce qui nous retient de vivre pleinement. Sentir ce qui se vit maintenant à l'intérieur, laisser faire le mouvement qui a envie de s'exprimer, laisser passer les images et souvenirs qui y sont associés, ne pas chercher à théoriser, à comprendre, à analyser, à juger ou à se réfugier dans une explication de cause à effet permet d'apprendre à se connaître par l'expérience vécue. Alors nous pouvons nommer avec précision ce que nous ressentons. Comme dans de nombreuses méthodes d'accompagnement proposées aujourd'hui, je constate que le groupe est un soutien et un accélérateur de prise de conscience important.

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Nous apprenons à porter une attention bienveillante à nous-mêmes et à déceler ce qui nous entrave. Nous retrouvons le plaisir d'explorer notre paysage intérieur avec une gamme de mouvements qui s'élargit au fur et à mesure du stage. "'Quel bonheur que de se laisser ainsi emmene,; en toute confiance, sur des sensations. des dynamiques et des espaces nouveaux. Et quelle découverte que celle aisance et cette assise qui est là en nous. Delphine est un guide bienveillant qui nous accompagne dans ce voyage autant tourné vers soi que vers les autres. " Yannick

Nous pratiquons la méthode Feldenkrais en séances collectives de Prise de Conscience par le Mouvement pour revenir à nous, à nos sensations, pour délier nos tensions et pour élargir notre potentiel d'action. Nous pratiquons la méthode Feldenkrais à deux, par le toucher, pour clarifier et compléter l'image de nous-mêmes. Nous explorons nos modes de fonctionnement dans des situations où seuls, à deux ou avec le groupe nous avons comme intention de laisser être le mouvement qui vit en nous à ce moment précis. Et nous intégrons notre vécu à l'aide de différents supports: la communication verbale et non verbale, le dessin, l'écriture, ... La musique joue un rôle important dans ces stages. Elle est choisie en accord avec ce qui se passe dans notre vécu intérieur, et vient ainsi soutenir ou provoquer l'émergence de nouveaux possibles. "Je suis arrivée fatiguée, découragée de ces douleurs, peur de ne pas pouvoir bouger ... le vendredi, la veille, je n'avais même plus envie de venir ... Je suis repartie avec un dos bien plus détendu et presque plus douloureux (3110 max douleur) et surtout la grande découverte que j'étais capable de bouger et d'avoir del 'imagination et même de supporter quelques douleurs en dansant. C'est pour ça que j'ai eu de plus en plus de plaisir et me suis.faite confiance face à ce que tu allais proposer. Donc un grand merci pour ton attitude, ta compréhension el toutes tes bonnes idées ! " Marie-Claire

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La pédagogie que je propose est centrée sur l'individu au moment présent. Le fil rouge de chacun des stages est proposé en accord avec ce que je ressens du groupe. La qualité de mon accompagnement repose sur ma capacité à ressentir, mon regard sans jugement et mon écoute bienveillante. "Prendre conscience de son corps - des mouvements - l'écoute - avoir des émotions est un vrai cadeau que vous pouvez vous faire grâce au talent de Delphine - une pédagogue hors pair- Merci à elle. " Marc

Quatre modules sous-tendent mon enseignement : se reconnecter avec son ressenti, valoriser l'image de soi, créer du lien et optimiser ses capacités.

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Se reconnecteravec son ressenti Je l'ai déjà mentionné à plusieurs reprises dans les pages précédentes. C'est la base incontournable de notre travail. Si nous ne ressentons pas ce qui nous entrave, comment y remédier? En apprenant à prendre conscience de et à accueillir ce qui nous habite, et à déjouer les obstacles qui nous empêchent d'agir librement, en douceur, nous développons notre capacité à nous auto-réajuster et nous auto-corriger. Dans notre société qui valorise énormément notre faculté de penser en restant assis et concentré sur un support très proche de nos yeux, beaucoup de personnes ont désappris à ressentir leur corps. Nous ne ressentons pas les signaux que le corps nous envoie. Nous cumulons d'années en années des habitudes de posture et de mouvements qui sont dysfonctionnelles et nous nous plaignons ensuite de douleurs dont nous ne comprenons pas l'origine.

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Ainsi nous sommes souvent surpris de ce que nous ressentons de nous-mêmes pendant les séances de Feldenkrais. C'est pour certains un espace à la fois nouveau et connu, parfois troublant ou intriguant lorsque nous avons tendance à nous couper de nos sensations, et toujours rassurant et apaisant lorsque petit à petit nous nous reconnectons avec nous-mêmes. Un espace d'écoute et de bienveillance vis-à-vis de nous-mêmes se créé et s'élargit avec la pratique. Et s'il est facile de s'en éloigner, il devient aussi de plus en plus facile d'y revenir, à la manière dont nous aimons retourner dans un lieu qui nous est agréable. Concrètement, allongés au sol, nous explorons les différentes phases du développement moteur de l'enfant : rouler, ramper, s'asseoir, se tourner, marcher à quatre pattes, se mettre debout et revenir au sol, etc. Adultes, nous revisitons ces mouvements de façon consciente et attentive, en regardant et sentant ce qui se passe en nous, et comment nous agissons : •

en nous impliquant totalement, ou en actionnant certaines parties de nous-mêmes au détriment des autres, et en général toujours les mêmes ?

• en arrêtant de respirer, en serrant les mâchoires comme lorsque nous sommes en colère, ou en souriant devant la nouveauté des sensations?

• en étant persuadés de déjà tout savoir-faire et donc en agissant toujours de la même manière, ou en écoutant toutes les possibilités qui se présentent à nous à cet instant précis? En dirigeant notre attention vers le mouvement que nous sommes en train de faire et aussi à la qualité de ce mouvement, nous sentons souvent que nous faisons trop d'effort, que notre respiration se coupe, que nous sollicitons des muscles qui n'ont pas besoin d'être actifs dans ce cas précis. Nous sentons aussi que certaines parties ne bougent pas parce qu'elles sont prises dans un carcan de contractions musculaires inutiles et limitantes, alors que d'autres parties sont très sollicitées. Alors nous mesurons l'intérêt de faire moins, plus petit et plus lentement. Parce que c'est la seule manière efficace pour sentir comment nous agissons vraiment, en opposition avec comment nous croyons que nous agissons. 65

Nous pouvons alors apprendre à :

Gérer notre stress en écoutant les messages de notre corps Nous reconnecter avec notre ressenti permet d'écouter les messages de notre corps alors qu'ils sont encore des murmures, et qu'il est encore temps d'agir en prévention plutôt que de réagir en traitement. Nous allonger au sol et sentir nos points d'appui, ce qui est très rassurant pour l'organisme toujours en perte d'équilibre dans la marche et la station debout, permet déjà de prendre conscience et aussi d'enlever une bonne partie des tensions jusque-là ignorées.

Gérer notre fatigue en apprenant à prendre soin de nous-même Mises à part quelques exceptions, la plupart d'entre nous utilisons au quotidien un tonus musculairesupérieur à ce qui est nécessaire.Nous faisons tout avec trop de force, trop de tension. Toujours avec cette idée bien répandue que nous sommes plus efficaces en nous surpassant,voire même en ignorant notre fatigue. Or, c'est tout le contraire. En revisitant des mouvementssimples nous apprenonsà utiliser lejuste tonus musculaire,à faire moins d'effo1ts inutiles et à rester dans une amplitude de mouvement vraiment confo1table.Ce qui pennet à nos limitesde se repousserd'elles-mêmes.

Délier nos tensions physiques et apaiser nos pensées Alors qu'au début de la séance nos pensées peuvent être tournées vers ce que nous avons fait avant ou ce que nous allons faire après, ou que nous sommes pris dans un questionnement relatif à la pratique, au fur et à mesure nous observons que nous nous accordons de plus en plus d'attention ainsi qu'à nos sensations. Nous sommes alors totalement disponibles à l'exploration en cours, centrés en nous-mêmes et à l'écoute de ce que nous vivons maintenant, sans préoccupation inutile à ce moment précis. En d'autre terme, nous sommes plus efficaces parce que moins dispersés. Nous gagnons en qualité d'attention et de présence. Les muscles se relâchent.

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"J'ai beaucoup apprécié fa détente et fa prise en compte de soi que j'ai trouvé dans votre cours. Toujours assez stressée dans la vie de tous les jours et en vieillissant, je sens le besoin pa,fois de me poser et de me décontracte,: Les exercicesfaits pendant ce temps m 'ontpermis de me recentrer totalement sur moi et de me vide,; alors que je suis toujours en train de penser". Astrid

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Valoriserl'image de SO!__ _ ______________

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Notre façon de bouger est directement influencée par l'image que nous avons de nousmêmes. Cette image se construit par notre éducation, notre métier, nos relations, le pays dans lequel nous vivons et même les langues que nous parlons (qui font appel à des imaginaires différents). C'est l'une des premières informations donnée par Moshé Feldenkrais dans son livre "Awareness Through Movement, Health exercices for persona! growth " 20 . li s'agit ici non pas de changer l'image de nous-mêmes pour bouger plus aisément, mais de bouger plus aisément en sentant ce que nous faisons vraiment pour valoriser l'image de nous-mêmes, et par extension, de l'autre.

20

Moshé Feldenkrais, Pcnguin Books, 1980

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L'image de nous-mêmes est également influencée par nos expériences de vie, par ce que notre entourage nous a transmis par la parole et par les non-dits. Nous découvrons que nous avons importé des schémas de mouvement et de pensée, par imitation, par loyauté, qui ne nous correspondent pas vraiment. Nous comprenons que beaucoup de nos réactions et de nos ajustements faits pour convenir à l'entourage familial ont été dictés aussi par ce que nous avons ressenti (et pas seulement par ce que nous avons entendu ou appris). Nous prenons la mesure de l'impo1tance du langage non-verbal, autant dans ce que nous émettons que dans ce que nous recevons. Les coachs et formateurs qui accompagnent les personnes en recherche d'emploi ou en reconversion professionnelle disent que la communication passe à 10% par les mots (ce que nous disons), à 30% par le para-verbal (la voix: intonation, volume, etc ..) et à 60% par le non-verbal (gestuelle, image, odeur, regard, expressions du visage). Plus nous identifions en nous ce qui sous-tend nos actions et ce qui les empêche, plus nous sommes en mesure de nous positionner consciemment en nous-mêmes et en relation avec les autres. L'idée directrice de mon travail est que notre vie sociale, professionnelle et personnelle est le reflet de notre état intérieur, en relation avec l'image de nous-mêmes.

Respirer pour valoriser l'image de nous-même, et de l'Autre Comment respirez-vous? A pleins poumons,juste ce qu'il faut pour vivre? Y pensezvous? En général, nous n'y pensons pas, et tant mieux, il est essentiel que la respiration se fasse sans notre volonté. Cependant, si nous avons une image un peu négative de nous-mêmes, sans que nous en ayons conscience le mouvement de notre respiration est resserré, contenu. Cela signifie que notre diaphragme n'est pas à son plein potentiel, que les muscles intercostaux sont un peu figés, et que les scalènes (muscles reliant la cage thoracique à la tête) sont probablement contractés. Ce qui peut avoir comme effet : des douleurs dans les lombaires, la sensation d'être un peu étriqué et une tête un peu rentrée dans les 71

épaules. L'image de soi en prend un coup ... Nous sommes dans un cercle vicieux. Une mauvaise image de nous-mêmes réduit la capacité respiratoire qui induit une dévalorisation de l'image de nous-mêmes. Libérer les mouvements respiratoires permet de libérer certaines tensions, de dégager la tête des épaules (on le voit à la fin d'une séance) et d'être à la fois plus recentré et plus disponible. A partir de ce schéma, notre regard sur nous-mêmes et sur l'Autre se modifie, il gagne en accueil et bienveillance.

Libérer les tensions de nos mâchoires pour gagner en souplesse et en dynamique corporelles Comment sont vos mâchoires lorsque vous lisez ce texte? Qu'est-ce pour vous que les mâchoires, qu'est-ce qui en fait partie? Y a-t-il de l'espace entre vos dents du haut et vos dents du bas ? Ou au contraire aucun espace voire une pression des unes sur les autres ? Savez-vous où se situent les a1ticulations de vos mâchoires? Proche des oreilles, dans les oreilles? Dans les leçons de Feldenkrais nous prenons conscience de la façon dont les tensions contenues dans nos mâchoires sont liées à d'autres tensions musculaires pouvant être situées dans les épaules, le ventre, le dos, les cuisses et même les pieds. Ces contractions musculaires sont généralement présentes tout au long de la journée, et peut-être même la nuit, ce qui nous prend beaucoup d'énergie. Elles empêchent également un certain nombre de mouvements. Lorsqu'elles sont liées aux contractions musculaires au niveau des pieds, elles peuvent être à l'origine ou du moins faire partie des facteurs qui rendent notre équilibre précaire. Libérer les tensions de nos mâchoires permet à l'inverse de libérer les autres tensions. Nous gagnons à la fois en souplesse et en dynamisme corporels. J'ai récemment fait l'expérience de porter très régulièrement mon attention sur mes mâchoires et j'ai constaté qu'elles étaient tout le temps contractées, y compris dans les moments de repos. Je me suis alors amusée à relâcher ces tensions à chaque fois que je 72

les ressentais, tout en po11antmon attention sur les répercussions de cette détente dans les muscles de mon visage, ma langue, mon diaphragme, mon périnée, ma nuque. Après l'avoir fait un certain nombre de fois, le relâchement se fait parfois tout seul, un peu comme un nouveau réflexe. Je vous invite à en faire l'expérience pour vous-même.

Choisir l'aisance et l'adaptabilité physique pour nous réapproprier notre posture li est courant que le mot "posture" soit associé à une position figée qui serait parfaite,

et en général cette perfection signifie se tenir bien droit. Dans nos formations Feldenkrais nous apprenons qu'une bonne posture permet de bouger dans toutes les directions sans avoir à faire de réajustement préalable. Ce qui signifie que nous serions à tout moment prêts à nous ajuster avec aisance et efficacité à une situation donnée. En lisant la biographie de Moshé Feldenkrais nous comprenons combien était importante la notion de préservation de soi en évitant le danger. Elle le reste toujours aujourd'hui, bien que le contexte soit différent. Combien de personnes témoignent en effet s'être blessées "bêtement" ? Souvent un tout petit changement comme un trou dans le sol ou une différence de hauteur de trottoir peut être à l'origine d'un gros dégât. Ou dans mon cas une course après un bus. Nous n'avons dans ce cas pas su adapter nos appuis pour garder notre équilibre, ni ajuster notre mouvement pour retomber avec aisance sur nos pieds. Je cite ici de nouveau Todd Hargrove, à propos de la posture21 : "D'abord, elle devrait être efficace, c'est-à-dire vous laisser donner du repos à la douleur dans une position particulière avec un minimum de dépenses énergétiques. Deuxièmement, la posture ne devrait pas interdire d'activités en cours. Troisièmement, la posture doit permettre une transition rapide et facile vers le mouvement approprié suivant."

21

Todd l-largrove, http://www.bellermovement.org/blog/2010/three-cssential-elements-oJ~good-posture

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Concernant l'efficacité, nous avons vu que, contrairement aux idées reçues, elle s'obtient en faisant moins d'efforts, en allant plus lentement et aussi en portant notre attention à ce que nous faisons. Dans les cours de Feldenkrais nous utilisons également la visualisation kinesthésique et proprioceptive, c'est-à-dire que nous visualisons un mouvement tout en le ressentant dans l'ensemble de nous-mêmes. Nous restons dans notre espace intérieur. Il a été prouvé que visualiser un mouvement active les mêmes neurones responsables de l'exécution du mouvement, et c'est une façon étonnamment efficace pour améliorer le mouvement. Les sportifs de haut niveau s'en servent dans leur entrainement. Je m'en suis moi-même beaucoup servi lorsque je dansais. Cela me permettait de me rendre compte de ce qui était vraiment intégré ou pas. Je travaillais alors plus spécifiquement les parties de chorégraphie que j'avais du mal à ressentir en les imaginant jusqu'à ce que je puisse visualiser le spectacle en son entier sans aucune difficulté. Mes mouvements étaient alors encore plus fluides et me demandaient moins de temps de préparation, moins d'efforts d'exécution et moins de temps de récupération. Sur scène, je pouvais me reposer sur ma mémoire sensorielle afin d'habiter pleinement le mouvement. Une bonne posture permet le mouvement. Si nous sommes assis devant notre ordinateur d'une manière qui nous empêche de bien respirer, d'adapter notre regard ou d'attraper un objet, c'est probablement que notre tête, nos côtes et nos bras ne sont pas libres de bouger. li y aura alors tension, gaspillage d'énergie et conflit lorsqu'il s'agira de nous mettre en mouvement, ce qui est presque tout le temps puisque nous ne restons jamais complètement immobiles. Ceci peut passer inaperçu si nous ne sommes pas connectés à notre ressenti, ce qui nous empêche de comprendre l'origine d'une douleur de dos par exemple. Une bonne posture doit permettre une transition facile et rapide vers le mouvement potentiel suivant. Bien entendu le mouvement potentiel suivant peut être très différent selon notre activité.

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Je vous invite à observer la manière dont vous êtes assis à table lorsque vous savez que vous avez le temps de manger tranquillement ou bien lorsque vous savez qu'à tout moment vous auriez besoin de quitter rapidement la table pour une raison ou une autre. Probablement dans le deuxième cas vous serez assis plus au bord de votre chaise sans vous appuyer au dos du siège et vos pieds seront solidement posés au sol. Votre bassin sera activement engagé avec la base de support sur la chaise et servant lui-même de support à votre colonne vertébrale prête à bouger dans toutes les directions, votre tête et vos bras seront libres de bouger. Donc peut-être aurez-vous procédé à quelques améliorations dans votre posture - plus sportive, prête, stable. "Dit autrement, si vous êtes conscients de votre environnement et reliés à votre base de support d'une façon qui permettra un mouvement facile et puissant dans n'importe quelle direction avec un minimum de préparation, alors vous aurez probablement la bonne posture." 22 Todd Hargrove D'après Moshé Feldenkrais, une bonne posture est une nécessité biologique. Je le cite : "Biologiquement une posture est nécessaire pour être capable de bouger. Et de bouger comment? Pour quoi faire ? Pour bouger pour les nécessités biologiques. L'une d'entre elles est la reproduction. Si vous ne bougez pas vous ne pouvez pas vous reproduire. Vous ne pouvez pas trouver votre partenaire si vous ne marchez pas. Et si vous avez votre partenaire mais ne bougez pas, rien ne va arriver. Vous devez bouger. C'est la première chose. La prochaine chose est d'assurer "sa propre maintenance" (auto-entretien). Vous avez besoin d'eau, d'air, de nourriture, et vous devez expulser les choses qui ne sont pas nécessaires. Pour obtenir de la nourriture, de l'eau, de l'air, vous devez vous rendre où ils se trouvent. Tous les animaux doivent bouger pour se reproduire et se maintenir en vie.

22

Todd Hargrove, http://www.bettermovemcnt.org/blog/2010/three-cssential-elcments-ol~good-posture

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La troisième chose est la préservation de soi. Ça veut dire pouvoir se déplacer sans rentrer dans une chaise et se casser le genou, ou se cogner la tête contre un mur, ou tomber dans un précipice. Vous devez avoir un sens de tout cela. Et pour ça vous devez O'

bouger." -" "les mouvements doux-voire les micro-mouvements - me permettent de prendre en charge l'ensemble de mon corps. A la.fin du cours,je me sens plus grande, plus droite dans mon fauteuil, mieux positionnée sur mes appuis fessiers. l'énergie circule. Mes épaules, très sollicitées par le maniement dujàuteuil, se relâchent el je grimpe plus aisément dans ma voiture." Martine (personne enjàuteuil roulant)

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Extrait de la vidéo South Bend, Indiana, disponible sur vimeo: htlps://vimeo.com/47187674

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Créer du lien Notre relation avec les autres est le reflet de notre relation avec nous-mêmes. Sommesnous tendus, stressés, et nos curseurs relatifs à notre écoute, bienveillance, patience et capacité d'accueil de la différence se trouvent réduits. Comment créer du lien avec notre entourage si nous ne sommes pas en lien avec nous-mêmes; ignorant ou refusant d'écouter les messages de notre corps, notre intuition ou nos besoins fondamentaux? Créer du lien, établir les connexions entre les différentes parties de nous-mêmes, est un des principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais. C'est la mise en relation consciente d'une a,ticulation avec l'ensemble du squelette qui permet aux tensions de se relâcher et donc de retrouver un état d'apaisement intérieur, tant physique que mental. Repérer ce qui nous lie est aussi un état d'esprit - assez différent de celui basé sur la concurrence, la comparaison et le chacun pour soi appris très tôt- qui ne connait pas d'âge limite pour s'épanouir. Le groupe aide assurément à retrouver cette capacité de mise en relation. Nous recréons du lien en nous-mêmes, pour des relations plus épanouissantes.

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Repositionner notre assise pour repérer et gérer nos schémas d'interaction A partir de quels schémas ou habitudes d'action et de pensée agissons-nous au quotidien ? Qu'est-ce qui nous met en mouvement ? Qu'est-ce qui nous retient ? Cheminons-nous sur un seul et même sillon, tout droit, tête baissée, tantôt dans un sens et tantôt dans l'autre (emprunter le même chemin dans l'autre sens peut nous donner l'impression d'un grand changement dans notre vie)? Avons-nous vraiment le choix parmi plusieurs chemins possibles ? Pouvons-nous encore créer, quel que soit notre âge, de nouveaux schémas qui seraient adaptés à chaque situation ? Si on se réfère aux écrits de Moshé, avons-nous atteint la maturité adulte? (Cf. chapitre 3) A partir d'où en nous-mêmes pouvons-nous repérer et gérer ce qui sous-tend nos schémas d'interactions ? Nos pensées, notre intelligence, notre conscience, notre ressenti, notre organisation du mouvement ? Se reconnecter avec notre ressenti, valoriser l'image de nous-mêmes, porter une attention consciente à ce que nous faisons et comment nous le faisons sont selon moi les outils de base permettant d'identifier nos modes de fonctionnements internes. Nous allons voir ici comment l'organisation du mouvement, et plus particulièrement l'organisation du mouvement du bassin, joue un rôle important dans notre capacité à repérer et gérer nos schémas d'interactions. Pourquoi le bassin ? Parce que anatomiquement parlant il représente le carrefour entre le haut et le bas, le lieu d'échange entre la force de gravité et la poussée venant du sol. Selon la façon dont nous! 'utilisons dans les mouvements ou positions de tous lesjours, nous pouvons nous sentir écrasés, portés, alignés, lourds ou légers, disponibles pour l'action, ou pas. C'est à partir du bassin, lieu où se trouvent les plus gros muscles du corps, que nous

organisons naturellement nos mouvements. En tant que Judoka, Moshé avait une très bonne connaissance quant à l'importance du bassin dans l'organisation de nos mouvements. Selon lui, "Les yogi, ceux qui pratiquent les arts martiaux japonais et, en fait, tous les Orientaux, ont toujours localisé la puissance et la force à la région sacro-

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lombaire."

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Dans notre société judéo-chrétienne, c'est précisément le lieu du corps

qui est rejeté, jugé, ignoré. Une notion importante dans la méthode Feldenkrais est celle d'état neutre à partir duquel nous pouvons agir dans toutes les directions sans réajustement préalable. Feldenkrais écrit : "De l'extérieur l'état neutre se repère à ce1taines caractéristiques communes à toutes les actions que la personne exécute. Elles sont simples et directes. Quelle que soit la difficulté de! 'exécution ou I' impo1tance du travail, aucun effort n'est apparent. L'expérience antérieure et toutes les facultés sont coordonnées sans heurts pour être portées sur ce qui se déroule maintenant, quels que soient la violence et l'inattendu de la demande." Avant d'arriver à un tel compo1tement idéal, regardons quelle place occupe notre bassin dans notre ressenti et dans l'image de nous-même. Quelles sont les réelles capacités de mouvements de notre bassin? Moshé a inventé une leçon qui s'intitule "l'horloge". Nous imaginons une horloge posée sous notre bassin, quelle que soit notre position dans l'espace, et nous mobilisons notre bassin vers chaque heure de l'horloge. Le centre de l'horloge est situé au centre du bassin. 12h est généralement le haut de notre bassin, 6h le bas, la pointe du coccyx. 3h et 9h sont situés sur les deux côtés.

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Moshé Feldenkrais. Body and 111a111re behavio1:A srudy of anxiely. sex. gravi1a1io11 and /eaming. 1949

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Vouspouvez si vous le souhaitez imaginer une horloge et vous amuser à toucher chaque heure en déplaçant les appuis de votre bassin. Que vous soyez assis ou allongés, lorsque vous allez vers 6h vous devez cambrer votre bas du dos, et lorsque vous allez vers 12h votre bas du dos s'arrondit. A partir de ces repères, voyez comment vous appuyez sur chacune des heures de l'horloge située en imagination sous votre bassin. Tous, autant que nous sommes, avons une capacité à bouger facilement notre bassin vers certaines heures du cadran mais peu ou pas du tout vers d'autres heures. Nous ne sommes donc pas prêts à bouger dans toutes les directions sans réajustement préalable. Les mouvements que nous exécutons spontanément sont ceux qui sont les plus faciles et accessibles pour nous et non pas forcément ceux qui seraient les plus adéquats dans un cas précis. Nous constatons grâce à cette leçon quelles sont les trajectoires de mouvements qui nous sont habituelles, inhabituelles et inaccessibles. Les avez-vous identifiées pour vousmême ? Quelles sont les heures les plus faciles à atteindre ? Dans quelles trajectoires la qualité de vos mouvements est la plus satisfaisante ? A quels endroits vous sentez-vous confus? Comment sentez-vous qu'une zone est plus ou moins claire dans votre perception de vous-même ? Quels sont vos repères sensoriels ? Les blocages de certains mouvements de notre bassin influencent les possibilités de mouvements de notre colonne vertébrale, elle-même influençant les mouvements de notre cage thoracique et de notre tête, lieu où se situent tous nos sens (qui nous servent à interagir avec l'extérieur). Vers le bas, les blocages ou manques de disponibilité de certains mouvements de notre bassin affectent notre démarche et la qualité de nos appuis au sol, qui peuvent nous paraître moins stables. C'est dire l'importance de l'organisation des mouvements de notre bassin. Avec cette leçon nous remettons progressivement du mouvement dans toutes les directions. Voici quelques astuces à tester pour vous-même : aller d'abord plusieurs fois vers les heures les plus faciles et de retour au centre de l'horloge 80

avant d'aller vers les heures moins faciles à atteindre; réduire la taille de votre horloge imaginaire ; toucher chaque heure en décrivant un cercle dans un sens puis dans l'autre sens ; imaginer précisément que vous pouvez bouger facilement dans toutes les directions, puis le faire. Nous pourrions à mon avis faire cette leçon tous les jours de notre vie sans jamais nous lasser des découvertes qu'elle nous permet de faire sur nous-mêmes. D'autant plus si nous nous amusons à changer notre position dans l'espace: assis sur une chaise, sur un ballon, au sol, allongés sur le dos ou sur le côté avec les jambes pliées, positionnés à quatre pattes. En retrouvant l'état neutre à partir duquel nous avons la capacité de nous mouvoir dans toutes les directions sans réajustement préalable et sans que nous ayons besoin de penser à la meilleure manière de faire, notre corps a alors réellement le choix parmi tous les possibles. En cas d'urgence ou pour entrer en résonnance avec les mouvements d'une autre personne, il sait alors adopter rapidement l'organisation de mouvements qui sera la plus adéquate. Lorsque le bassin reprend la place centrale qui est la sienne, nous repositionnons notre assise, tant physique que mentale. Et nous développons une plus grande possibilité d'interaction.

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Retrouver la souplesse de notre colonne vertébrale pour prendre conscience de notre corps dans le groupe De manière générale, nous ressentons plus facilement ce qui se trouve devant nous que ce qui se trouve derrière nous. Dans des situations de proximité forcée avec d'autres personnes, telle que le métro aux heures de pointe, j'observe comment chacun maintient un minimum d'espace vital devant soi, mais est complètement inconscient d'être en train de s'appuyer sans retenue sur la personne située derrière. C'est la même chose quand une personne porte un long parapluie fermé tenu dans une position à peu près parallèle au sol. A l'avant le parapluie est maintenu de manière à ne gêner personne, mais à l'arrière si l'entourage ne faisait pas attention tout le monde se prendrait des coups dans les jambes. La personne qui tient le parapluie n'a visiblement pas du tout conscience de ce qui se passe dans son dos. Comment alors pourrait-elle s'ajuster à son environnement? A l'inverse, dans beaucoup de pratiques sportives et artistiques, il nous est demandé de sentir ce qui se passe derrière nous. Dans une compagnie de danse dans laquelle j'ai travaillé un de nos exercices d'entrainement consistait, sans miroir, à reproduire les mouvements que notre partenaire était en train de faire dans notre dos. Après quelques minutes nécessaires pour passer d'une attention vers l'avant à une attention plus globale, par le regard, l'ouïe et les sensations (que nous cherchons à diriger vers l'arrière), ça fonctionnait à chaque fois. Pour les personnes témoins, il était à la fois un peu étonnant, un peu magique et assez fascinant de voir comment la personne située devant arrivait à un moment donné à prendre, imiter, sentir, reproduire exactement les mouvements de la personne située derrière elle. Si vous le souhaitez je vous invite à prendre quelques instants pour sentir la distance entre vous et le mur le plus proche devant vous. Entre vous et le mur le plus proche derrière vous. Est-ce facile de déplacer votre attention vers l'arrière? Comment respirez-vous? Sentez ensuite la distance entre vous et le mur qui se situe à votre droite, puis entre vous et le mur qui se situe à votre

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gauche. Quel a été votre point de référence pour sentir ces distances? A l'avant, avez-vous mesuré la distance entre votre ventre et le mur devant, ou entre votre dos et le mur devant? Peut-être que lorsque vous cherchiez à évaluer la distance qui vous sépare du mur situé à votre droite vous avez pris votre épaule droite comme point de référence. Même chose à gauche. Voyez si vous pouvez maintenant sentir votre distance à la fois avec les murs de devant, derrière et sur les deux côtés à pa1tir d'un endroit situé au centre de vous-même. Où se situe ce point en vous ? Au niveau de la tête, de la cage thoracique, du ventre, du bassin ? Pouvez-vous porter votre attention vers les quatre directions en même temps ? Comment est alors le mouvement de votre respiration ? Vous pouvez maintenant ajouter les directions du haut et du bas. Sentez votre position dans l'espace. Quel est votre volume ? Quelle place occupez-vous dans la pièce ? Vous sentez-vous petit ou immense ou quelque part entre les deux ? La colonne vertébrale soutient la tête, lieu d'échange avec le monde à travers les organes des cinq sens qui y sont localisés. Selon ce que les sens perçoivent comme informations de l'environnement, ils nous envoient des instructions de mouvements. Ceci nous permet d'éviter de rentrer dans un obstacle, d'ajuster nos pas à la hauteur des marches, etc. Nous nous préservons. J'ai observé que lorsque l'un de nos sens est déjà sollicité, nous perdons un peu de notre faculté à nous ajuster à l'environnement. C'est le cas par exemple des personnes qui marchent dans les couloirs du métro avec des écouteurs dans les oreilles. Alors que le flux des usagers est assez homogène, les personnes plus lentes laissant passer les personnes plus pressées, les gens qui écoutent de la musique ne s'adaptent pas du tout aux rythmes environnants. Il semble qu'il soit impossible de sentir ou de percevoir.ce qui se passe derrière eux. Au niveau anatomique, et parce que la partie des ve1tèbres accessibles par le toucher se situe à l'arrière, il n'est pas si évident que ça de sentir ou nous représenter précisément notre colonne ve1tébrale. Quant à sentir nos 24 vertèbres de manière différenciée, sans les toucher, c'est encore une autre affaire. Pour les personnes qui

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souffrent de maux de dos ou qui ont une colonne vertébrale assez figée dans une posture adoptée depuis un certain temps, c'est encore un plus grand défi. Dans ma pratique j'ai pu observer que plus nous ressentons notre colonne en mouvement, et plus il est facile d'interagir avec notre environnement. Je prends ici l'exemple d'un participant qui avait une cyphose dorsale très prononcée et qui était limité dans les mouvements de sa nuque. Dans le groupe, les personnes devaient s'adapter à son positionnement, parce que lui n'était pas en mesure d'ouvrir son attention aux autres, ni de se situer précisément dans l'espace. Les mouvements de coordination entre le haut et le bas du corps généraient également chez lui une ce11aine anxiété. Sentir sa colonne vertébrale a été pour lui comme une redécouve11ede cette partie de lui-même oubliée. Je l'ai vu se détendre à la manière d'un enfant qui s'assoupit dans un environnement sécurisé. Sa respiration est devenue plus ample. Son attention pot1ée à lui-même s'est adoucie. Durant la semaine de stage il a significativement gagné en ouverture et en conscience de son corps dans le groupe.

Ré-harmoniser les mouvements de notre cage thoracique et de nos bras pour travailler notre rapport à l'environnement Commençons par quelques repères anatomiques sensoriels (cet exercice peut aussi facilement se faire à deux, l'un s'allonge sur un côté et l'autre explore par le toucher). Choisissez un côté de votre cage thoracique, et en restant toujours de ce côté-là venez toucher vos côtes. Cherchez vraiment à toucher vos os. Sentez la largeur de vos côtes, sentez leur forme (vous pouvez poser vos doigts sur une côte à l'avant et suivre son trajet jusqu'à son attache sur une vertèbre). Repérez également les côtes se situant sous votre aisselle, au-dessus de votre poitrine, sous les clavicules, entre votre omoplate et la colonne vertébrale. Peutêtre sentirez-vous des points douloureux ou des endroits chatouilleux, ce sont des zones de tensions.

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Explorer dans ce cas différentes qualités de toucher jusqu'à trouver celle qui vous permet de sentir vos côtes sans réveiller les douleurs ou les chatouilles. Pour certains le plus efficace sera d'appuyer plus franchement sur l'os, pour d'autres, il s'agira d'alléger la pression, ou encore d'utiliser l'autre main. Explorez maintenant l'espace entre vos côtes, toujours du même côté. Lentement. Puis laissez ça et sentez la différence entre ce côté et !'autre. Est-ce qu'un côté de votre cage thoracique vous parait plus large, plus en volume ? Vous pouvez compléter l'exploration en sentant, du même côté, la forme de votre omoplate, de votre clavicule, de votre humérus (le bras), de votre radius et de votre cubitus (les deux os de l'avant-bras), et enfin tous les os de votre main. Prenez votre temps. Imaginez que vous auriez à dessiner la forme de chacun de vos os, portez votre attention sur les détails. Puis sentez de nouveau les différences entre un côté et l'autre. De quel côté vous sentez-vous le plus disponible pour accueillir quelqu'un dans vos bras? Tendre la main pour attraper quelque chose, se prendre dans les bras, porter, pousser, se coiffer, mettre ses chaussures,jouer au tennis, au volley, au basket, peindre, sculpter, écrire, conduire, etc., sont toutes des actions qui nécessitent une bonne organisation entre la cage thoracique, la ceinture scapulaire (omoplates, clavicules, sternum) et les bras. Si ces mouvements sont difficiles ou douloureux c'est probablement parce qu'en faisant une action avec nos bras nous oublions de mobiliser notre cage thoracique ou nos omoplates, bloquant par là également les mouvements de notre sternum et de nos clavicules. Dans notre image de nous-mêmes nous séparons complètement les bras du reste du corps. Nous laissons sur un banc de touche les joueurs grâce auxquels nous pourrions bouger facilement et sans douleur. Nous voulons atteindre quelque chose ou quelqu'un, mais l'organisation de notre mouvement nous en empêche. Sentir que notre cage thoracique est en fait assez mobile, prendre conscience de sa relation à nos bras via nos omoplates, nos clavicules et notre sternum, nous permet de retrouver une plus grande aisance dans nos actions en rapport avec l'environnement (prendre, donner, recevoir). 85

"C'était une première pour moi ... Je n'avais jamais fait

de stage où

l'improvisation était aussi importante, je ne connaissais pas la pratique du Feldenkrais. Cette semaines 'est très bien passée (. ..). Je suis revenue avec un sentiment de véritable bien être à l'issue de ce stage. Delphine a su emmener le groupe dans son univers musical et dansé avec beaucoup de délicatesse, développer notre bienveillance et notre ouverture aux autres. Elle nous a aidés à "être nous-même ", ce qui est tellement rare dans la vie de tous les jours où l'on nous demande le contraire. Encore maintenant,je repense à des choses auxquelles Delphine nous a amené. Merci Delphine et au groupe

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1"

Christine

Optimiserses capacités Par "capacités" j'entends nos aptitudes à sortir de nos réponses habituelles et parfois non congruentes à la situation présente pour laisser place à l'action la plus appropriée. Cela inclut notre capacité à nous ressentir, à créer, à rester curieux, à continuer à apprendre, à nous auto-corriger, à nous auto-réguler et à nous laisser guider par notre envie d'être en vie. Peter A. Levine écrit 25 : "Dans notre société, on a largement abandonné le corps vécu ou vivant, celui qui ressent et qui sait, à la recherche de rationalité et de nous raconter des histoires sur nous-même. Une grande partie de ce que nous faisons est basée sur cette préoccupation."

25

le corps dissipe le traumatisme et restaure le bienPeter A. Levine: Guérir par-delà les mots. Co111111ents

être. 2014.

87

Et plus loin : "En "vous accrochant" prématurément à une signification, vous allez presque certainement faire avorter le processus interne qui est en train de se développer. ( ...) quand nous accédons à nos ressentis à travers l'état de conscience du corps, (..), nous obtenons le genre de changement durable auquel nous aspirons tant."

Repérer nos freins/ nos résistances pour travailler notre rapport à l'espace du quotidien La première étape, essentielle et indispensable, est de prendre conscience de ce qui nous entrave. Sans cette prise de conscience nous continuons à agir au quotidien à partir de nos limitations, de nos freins, de nos résistances ou de nos croyances limitantes. Bien souvent lorsque les participants ressentent un frein dans les séquences de mouvements qu'ils sont en train de faire, la première réaction est d'être découragés, déçus, fatalistes ou inquiets. Rares sont les personnes qui se disent : chouette, j'ai démasqué quelque chose qui m'entrave, je vais maintenant pouvoir m'en débarrasser ! Ou bien : d'accord, je ressens ici une douleur, voyons comment je peux la contourner, l'accueillir, m'en servir pour développer une autre façon de faire, plus satisfaisante. Il est intéressant d'observer ce mécanisme en nous. En effet, le premier frein à l'optimisation de nos capacités, est un manque de disponibilité à l'apprentissage. Lequel implique le fait de se tromper, de recommencer, de chercher, d'expérimenter, de se tromper encore, de recommencer à nouveau, tout en y prenant du plaisir. Moshé Feldenkrais disait: "What l'm after isn't flexible bodies but flexible brains. What l'm after is to restore each person to their human dignity." (Ce que je recherche ce ne sont pas des corps souples, mais des cerveaux flexibles. Ce que je recherche c'est d'aider chaque personne à restaurer sa dignité humaine.) Réapprendre à apprendre comme le fait un enfant est à mon sens l'une des bases fondamentales pour vivre pleinement sa vie, base que la méthode Feldenkrais nous permet d'incorporer, petit à petit.

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Comment repérer nos freins ? Je prends ici l'exemple d'une leçon de Feldenkrais qui consiste à se relever depuis la position assise au sol et inversement de revenir s'asseoir à partir de la position debout. Lors d'un stage, l'une des personne pouvait avec une grande aisance faire la séquence de mouvements en passant par un côté, mais se retrouvait complètement bloquée si elle voulait passer par l'autre côté. Dans la vie courante, elle avait une organisation et un rapport à l'environnement

orientés très

spontanément du côté facile. Elle s'arrangeait inconsciemment pour ne pas avoir à se tourner vers le côté "bloqué", y compris dans l'organisation de son espace de travail ou l'agencement de son habitation. Elle n'avait pas vraiment la possibilité de faire autrement, ce qui dans certaines situations inhabituelles ou inattendues aurait pu être source de conflits intérieurs et de douleurs. C'est sûrement une douleur ou un évènement

antérieur

qui

l'avaient

d'ailleurs

conduite

à

cette

préférence

organisationnelle. Pour l'aider à sortir de ce schéma, je l'ai mise dans une situation d'exploration

et

d'apprentissage avec un binôme qui jouait le rôle de miroir. li s'agissait, en trois étapes, de (1) faire le mouvement du côté facile en prenant conscience de comment c'est facile. Qu'est-ce qui est fluide? (2) Faire le mouvement de l'autre côté en repérant les étapes bloquantes pour identifier ses freins. (3) Se servir de la façon de faire du côté facile, pour l'enseigner à l'autre côté. Au fur et à mesure de ce jeu à deux elle a pu repérer que l'organisation de ses yeux et de son bassin était très différente d'un côté à l'autre. L'aspect ludique et léger de l'exercice et la présence bienveillante du partenaire lui ont permis de trouver comment appliquer la façon de faire efficace au côté qui résistait jusque-là. Je laisse dans ce cas tout le temps nécessaire à l'exploration et me permet d'intervenir si je sens que les sentiments négatifs de peur de ne pas y arriver, de découragement, de jugement, de rage ou autre commencent à pointer leur nez. En retrouvant sa capacité à s'orienter

des deux

côtés,

elle a considérablement

!'environnement.

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amélioré

son rapport

à

Identifier nos blocages pour élargir notre zone de confiance Je prends ici l'exemple d'une personne qui avait deux prothèses de hanche et qui était persuadée que son amplitude de mouvement était très limitée depuis ses opérations. Au fur et à mesure du stage, elle a senti que son champ d'action était bien plus large que ce qu'elle pensait, et que bouger était en fait libérateur. C'est alors seulement qu'elle a mentionné l'existence de ses prothèses. Plus sa zone de confiance s'élargissait, plus elle ressentait le plaisir de bouger et plus elle s'autorisait à explorer d'autres mouvements (aussi en relation avec les autres). Avant le stage, elle n'avait pas identifié son besoin de limiter ses mouvements au quotidien. Après le stage, elle s'autorisait à explorer en douceur de nouvelles capacités.

Gérer notre anxiété pour travailler notre assurance Lorsque nous sommes stressés ou avons subi un traumatisme (accident, opération, deuil, abus...), nous devenons ou bien submergés par nos sensations corporelles, ou bien complètement coupés d'elles. Dans les deux cas nous ne sommes plus capables de différencier nos sensations ni d'en déduire une action appropriée. Notre perception erronée de nos sensations internes peut nous conduire à une perception faussée de notre environnement. Nous pouvons alors ne pas repérer un danger ou au contraire évaluer un danger qui n'existe pas. Dans notre société cela reviendrait par exemple à ne pas réajuster nos mouvements à temps alors que nous marchons droit vers un obstacle, ou nous rendre anxieux aux urgences alors que nous n'avons rien. Peter A. Levine est docteur en sciences médicales et biologiques et docteur en psychologie. Dans son dernier livre 26 duquel je tire tous les extraits de ce paragraphe, il écrit: "Un autre exemple perturbant caractéristique de l'égarement de notre "système sensoriel" est l'existence de toutes sortes de stress, de maladies auto-immunes et de troubles "psychosomatiques", qui sont devenus le fléau de la médecine moderne. On

26

Peter A. Levine : Guérir par-delà les mols. Commenls le corps dissipe le 1ra1111,a1is111e el reslaure le bienêlre.2014. Pour chacun des extraits cités, j'ai conservé les parties du texte que l'auteur à choisit de mcllrc en italique.

90

estime par exemple que 75 à 90% ou plus des visites médicales sont dues au stress. Heureusement, le fait de prendre conscience de nos états émotionnels et affectifs fournit par lui-même, une solution remarquable, si et seulement si nous apprenons à enregistrer et à répondre aux impulsions internes de notre corps." Lorsque nous nous reconnectons avec notre ressenti, comme nous l'avons vu au début de ce chapitre, nous pouvons entendre plus clairement les signaux donnés par le corps et adopter une action appropriée. "Si nous allons en-dessous des émotions accablantes et entrons en contact avec nos sensations physiques, quelque chose de très profond se produit dans notre organisme : une impression de fluidité et de "retour à la maison". Nous remplaçons une réponse conditionnée par une réponse plus souhaitable. "Vous allez découvrir que continuer à pratiquer la prise de conscience corporelle est justement ce qui va vous donner accès à des "expériences correctrices" - non pas tant en faisant quelque chose qu'en cessant de vous opposer à la capacité innée d'autorégulation de votre organisme." Dans les exemples cités plus haut, nous pourrons alors anticiper l'obstacle pour ne pas nous cogner dedans, ou nous fier à la connaissance de notre corps pour ne pas aller chercher de l'aide alors que nous n'en avons pas besoin. Je précise ici, pour l'avoir vécu, que l'anxiété n'est pas liée à la situation présente mais à la non différenciation des sensations actuelles d'avec des sensations passées qui nous ont conduites à aller consulter. Quand le corps est vraiment en danger, aucune place n'est possible pour l'anxiété. Nous gardons instinctivement toute notre énergie pour l'action nécessaire à la préservation de nous-même. Aucune émotion ni aucun questionnement, hésitation ou tergiversation ne peuvent prendre place. "( ...) quand nous sommes renseignés par des sensations et des sentiments clairs venant du corps, l'inquiétude diminue tandis que grandissent la créativité et la détermination."

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D'après Moshé Feldenkrais, c'est l'absence de choix qui génère l'anxiété. C'est pourquoi dans les séquences de mouvements nous invitons les participants à prendre conscience de leur choix. Nous questionnons le choix qui a été fait par habitude. Nous explorons plusieurs façons de faire le même mouvement. Puis nous revenons à notre premier choix, qui en général est devenu encore plus fluide.D'une part, parce que nous avons pris conscience de ce qui nous convient le mieux. D'autre part, parce qu'ayant exploré un panel de choix plus large, l'anxiété n'a plus lieu d'être. "Feldenkrais est une méthode qui nous rapproche considérablement de nousmême et offre une approche des plus délicates auprès des autres. Je serai très heureuse de continuer, un véritable moment d'intimité pour soi, un réel partage dans le respect. Merci Delphine

1"

Michèle

92

Troisième Partie

Application dans le domaine de la sexualité

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"De retour de mon premier stage de "Frankenstein ",je n'avais plus peur ni honte de mon corps. J'avais, en quelques jours, réalisé que je possédais un squelette, une colonne vertébrale et un bassin. J'avais osé, pour la première.fois, danser en solo devant une dizaine de personnes et exprimer par le geste et le mouvement qui j'étais et où j'en étais dans ma vie, à ce moment-là. Ces révélations ont eu des incidences sur ma vie sexuelle, à mon retour, chez moi. Mon compagnon m'a trouvée plus détendue, le visage plus ouvert, un dos plus droit, la tête haute et la poitrine en avant. Dans nos ébats amoureux, je pris d'avantage d'initiatives, il fia d'abord surpris, puis rentra dans mon.Jeu. Je me roulais sur lui, en partant de sa poitrine jusqu'à ses pieds, cela le.faisait beaucoup rire ! On .faisait des "roulés-boulés", chacun son tour. Quelle détente : un véritable lâcher-prise ! Mon bassin étant déverrouillé par les exercices ·'midi-six heures, trois heuresneuf heures", j'étais plus réceptive à ses avances, j'oscillais de droite à gauche sans problème. Il crut que j'effectuais une danse, mes bras libérés /'enlaçaient, l'encerclaient en concert avec mes jambes, mes articulations étant débloquées! Mes épaules .frôlaient ma joue, c'était pour lui, une véritable invitation de nos êtres à .fusionner. Finie la rigidité de nos deux corps parallèles, nous évoluions dans tous les sens, une musique de.Joie et de douceur dans la tête, en osmose pour la première fois. Dire que ce sont les séances de Feldenkrais qui m'ont débloquée en si peu de temps,j 'en suis sûre, car celle prise de conscience de mon corps, m'a.fait grandir. Je voulais partager cette expérience avec l'homme que.J'aime. Je tiens à remercier mon professeur, pour ce changement de vie si rapide et tellement important ; pour son enseignement de qualité, son écoute et sa bienveillance. Puisse chacun d'entre nous, refaire ces micro mouvements et pratiquer cette méthode, pour redynamiser sa vie!" MCG

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7. MéthodeFeldenkraiset Sexualité Un de mes axes de recherche porte sur l'influence des habitudes musculaires dans l'acte sexuel, et plus largement sur la manière dont la sexualité se vit dans notre société contemporaine. Bien que ce sujet ne soit pas encore donné comme thème principal ni parfois même abordé, les participantes (les hommes n'ayant pas témoigné pour l'instant) me font de temps un temps un retour très joyeux de l'incidence des stages sur leur vie sexuelle. Dans son livre publié en 194927 Moshé Feldenkrais écrit au sujet de l'habitude musculaire et l'acte sexuel. Voici quelques points clefs expliquant la difficulté à vivre ce qu'il nomme "le point culminant de l'acte sexuel" (orgasme): •

confondre excitation et plaisir: chez certains l'excitation passionnée commence à s'éteindre au point culminant au lieu de s'amplifier. Pour d'autres l'acte sexuel est le seul moyen de lâcher les tensions physiques et mentales. Le plaisir n'y est pas toujours associé.



lâcher le contrôle (laisser faire le corps en ne faisant plus appel à la contraction musculaire volontaire) semble impossible, indécent, honteux et bestial. Si cela tente de se faire, il y a une impression d'inquiétude devant l'inconnu. Le retrait incomplet du contrôle conscient pendant l'orgasme induit ensuite une fatigue et une raideur dans le bas du dos.



vouloir que l'action réflexe instinctive se produise la perturbe et l'inte1Tompt.



les troubles émotionnels entravent le plaisir adéquat dans l'étape finale de l'acte sexuel. lis conduisent la personne à considérer le coït comme une nécessité ou un

27 Moshé Feldcnkrais, Body and mature behavio1:A study of anxie1y. sex, gravi1a1io11 and lear11i11g. Tous les extraits de ce chapitre sont tirés de cc livre.

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devoir, ou à chercher indéfiniment le ou la pa11enaire adéquat, croyant que la difficulté n'est pas la leur. •

une ha1monie incomplète entre les partenaires, de la honte ou de la culpabilité peuvent être présentes et interférer avec un abandon complet de soi. "L'élément social d'immaturité consiste probablement dans la prise de conscience qu'il y a une malhonnêteté personnelle vis-à-vis du ou de la partenaire."

• une image erronée des mouvements d'oscillation du bassin peut empêcher de tirer une satisfaction adéquate et complète de l'acte sexuel.

Retrouver la mobilité et la souplesse de notre bassin Nous avons vu dans le chapitre précédent, dans le paragraphe 'Créer du lien', que la méthode Feldenkrais permet de retrouver ou d'améliorer la souplesse et la mobilité de notre bassin. Lorsque le bassin reste figé, c'est l'ensemble du corps qui doit bouger dans les mouvements de va-et-vient. Le partenaire se mettra ainsi de préférence dans une position où le corps reste droit (debout ou dans la position pour faire des pompes) et il se servira de ses jambes et de ses bras pour assurer les mouvements de pénétration. Si ces mouvements peuvent être joliment exécutés, ils demandent bien évidemment beaucoup plus d'effort que les mouvements plus délicats et subtils d'un bassin libre de bouger dans toutes les directions ; et créent par là-même plus de fatigue et de tensions musculaires. Lors des séances individuelles et des stages j'observe les tendances suivantes :

• chez les hommes: les mouvements du bassin sont souvent réduits, voire empêchés par un manque de mobilité de la colonne vertébrale qui se trouve prise dans un carcan musculaire, notamment abdominal, et/ou par une grande contraction des muscles des cuisses qui retiennent le bassin dans une position de rétroversion ; chez les femmes : les tensions au niveau des articulations sacra-iliaques et des tenseurs du fascia-lata sont très courantes ; chez tous : les fessiers sont souvent beaucoup trop contractés.

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"Le problème le plus courant, mais peut-être le moins important, est la fatigue et la raideur dans la région lombaire après le coït. Ce n'est pas seulement dû aux 'excès', comme certains auteurs 1'affirment, car cela accompagne souvent chaque coït, quelle qu'en soit la fréquence. Cette raideur est musculaire et elle est due à un retrait incomplet du contrôle conscient durant l'orgasme. Le bassin est tiré fortement par la violente contraction réflexe des fléchisseurs abdominaux, alors que les faisceaux inférieurs des érecteurs du rachis sont encore tenus dans l'état habituel de contraction. lis sont raccourcis et sont donc étirés quand le pubis est propulsé en avant et en haut. L'orgasme ne peut pas être complet, puisque la décharge réflexe est gênée par une contraction habituelle du pyramidal du bassin, des jumeaux et des fessiers. Les oscillations pelviennes ne peuvent avoir leur amplitude complète. Sur le plan mécanique, il y a une composante musculaire qui rend l'introduction du pénis incomplète." Je continue de m'interroger sur les schémas qui soutiennent ces tendances musculaires. Est-ce le fait de rester trop longtemps en position assise ? Est-ce le fait de marcher sur du béton, rapidement, en pensant à mille choses? Est-ce parce que nous vivons dans une société qui nous inculque inconsciemment que le sexe est tabou, sale, uniquement fonctionnel, sans plaisir ? Est-ce parce que les hommes doivent se comporter et s'habiller comme des hommes et les femmes comme des femmes ? Est-ce que le nombre de personnes qui auraient été abusées (et donc se contractent pour ne pas ressentir) est si important? Ou est-ce que ce sont nos modes d'éducation ou l'étalage d'une sexualité violente qui nous fait nous contracter? Est-ce parce que nous avons une image négative ou erronée de la sexualité? Je reviens sur cette dernière question dans le point suivant. En retrouvant la mobilité et la fluidité du mouvement de notre bassin, tout notre corps se délie et reste disponible aussi bien pour nos mouvements réflexes que pour danser avec notre paitenaire.

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"Les mouvements pelviens font partie de la décharge réflexe d'impulsions motrices et sont aussi involontaires que les contractions rythmiques des muscles éjaculateurs, de l'érecteur du clitoris ou du sphincter vaginal. Le mouvement volontaire qui provoque le frottement du pénis contre les parois vaginales est d'abord semblable à tous les mouvements volontaires. Assez vite cependant, comme l'excitation monte plus rapidement, ils se coordonnent exactement chez les deux partenaires, de sorte que, lorsque commence la décharge réflexe, les oscillations pelviennes se contentent de continuer à s'amplifier et qu'elles ne diffèrent en rien des mouvements volontaires; si ce n'est par l'origine et les voies des impulsions nerveuses."

Prendre conscience de notre image en tant que partenaire sexuel Quelle(s) image(s) avons-nous du bon amant, de la bonne partenaire? Quels modèles essayons-nous de reproduire ou de fuir ? Quel partenaire, homme ou femme, allonsnous choisir si nous pensons que nous ne sommes pas assez beaux, assez aimables, assez performants, assez "libérés" dans notre sexualité? Une partie de ces questions nous interpelle sur les conséquences des films pornographiques d'aujourd'hui. Les catégories les plus visionnées sont les plus inventives en terme de violences sexuelles faites majoritairement aux femmes et aussi aux hommes (d'avantage dans les films gay) : gang bang, vieux/jeunes, teen, gorges profondes, éjaculations faciales, scènes sadomasochistes, jeux cruels, entre autre. En interrogeant des hommes et des femmes d'âges et de milieux très différents, je constate que beaucoup de personnes ont été "éduquées" par ces vidéos, prennent un grand plaisir à les regarder, et un plus grand plaisir encore à les imiter. Je suis consciente que, heureusement, ce n'est pas le cas de tout le monde. La situation est cependant suffisamment alarmante lorsque je recueille les témoignages des thérapeutes et associations spécialisées dans l'éducation sexuelle en collèges et lycées. Choisir d'essayer des jeux érotiques en tant qu'adultes consentants est très différent de subir un modèle violent largement répandu pour rester dans le coup, garder la face, faire plaisir à un(e) partenaire qui menace de nous quitter si nous refusons de nous 100

"décoincer". Sans oublier l'aspect des jeux violents pratiqués comme seul exutoir possible au stress intense. Vaste sujet. Pour les hommes, les éjaculations précoces sont associées à des tensions musculaires inutiles et aussi à une tendance à s'engager dans un acte sexuel non pas par réel désir, mais plutôt par besoin de tester sa valeur. Ce comportement est peut-être induit par l'image des hommes très performants montrée dans les films précités. Quoiqu'il en soit, "L'image de soi qui perd la face ou le souhait exagéré de se faire valoir sont des idées déplacées, tout à fait étrangères à la circonstance présente. Elles sont réinstallées comme des paities d'un schéma habituel d'action. Tous les fléchisseurs sont sous tension, la respiration est suspendue comme dans tous les états d'anxiété, le système sympathique est hyperactif. D'où l'érection incomplète et défaillante. Le visage est tendu, les mâchoires serrées; la contraction générale des fléchisseurs se retrouve aussi dans les mains. Le sujet doit faire un effort conscient pour caresser la partenaire. S'il le fait, c'est avec l'intention délibérée d'exciter la partenaire, au lieu de la tendresse spontanée ressentie dans les cas normaux et mêlée au plaisir de le faire. Ses caresses sont de ce fait gauches et sans inspiration, elles sont forcées, brèves et absolument inadéquates."

Développer une plus grande écoute de nous-même et de l'autre Ce point est Iié au chapitre précédent, au paragraphe "Se reconnecter avec son ressenti". Grâce à l'extrait tout juste cité, nous mesurons l'importance d'écouter et d'entendre, par notre ressenti, quels sont nos réels désirs et par quoi ils sont motivés. En développant une plus grande qualité d'écoute et d'attention à nous-mêmes et à nos sensations nous pouvons identifier ce qui nous met en mouvement (le désir orienté vers l'autre dans le cas présent) tout en ayant la capacité de nous arrêter avant d'agir. Nous prenons le temps d'écouter l'espace entre le désir et la réalisation de ce désir. Nous acquérons de ce fait une plus grande capacité d'écoute et d'attention portées à nousmêmes et à l'autre. Nous prenons le temps de sentir ce qui vit en nous, nos besoins, nos envies, nous sentons plus précisément comment se crée la relation, ou ce qui l'entrave, et comment les corps entrent en interaction. 101

Pour certaines femmes ceci peut représenter un grand défi. L'idée qu'une femme se doit de satisfaire son partenaire est en effet encore très présente dans l'inconscient collectif. Il est souvent très difficile pour elles d'écouter leurs besoins, et si elles y parviennent, d'avoir l'audace de les exprimer. Face à un partenaire contracté, le plaisir sera difficilement au rendez-vous. Le partenaire à l'écoute, quant à lui, serait censé deviner tout ce qui convient ou déplait, ce qui est impossible. Faute de communication, il est difficile de trouver les gestes, le rythme, l'intensité, la qualité de toucher dont la femme a besoin à ce moment précis et pour s'ouvrir à l'autre. En développant la capacité à ressentir et entendre les messages du corps, ce schéma se modifie petit à petit et d'autant mieux que le partenaire bienveillant accompagne la démarche. Pour certains hommes la difficulté peut être de trouver l'équilibre entre l'attention portée à soi et l'attention pottée à l'autre. Une attention exclusive portée à l'autre peut créer une insatisfaction, un manque et parfois une perte de libido, et ne pas forcément combler sa partenaire. Une attention portée uniquement sur soi nie complètement les besoins de la femme qui reçoit, ce qui la rend plus émotionnelle. Les partenaires ne dansent pas ensemble. En développant notre capacité d'attention et aussi notre sens du toucher si particulier à la méthode Feldenkrais, nous restons attentifs à nos sensations à chaque instant, continuant sans cesse de nous découvrir et de découvrir l'autre, entrant progressivement dans notre intimité, en douceur et avec respect pour nous-même comme pour l'autre. Pour revenir aux hommes qui rencontrent des difficultés d'éjaculation précoce, "Une fois la manière impropre de faire - qui avait été acquise par ignorance et par une appréciation émotionnelle déformée de la réalité - remplacée par une autre qui permette une maturation complète de soi, les mêmes personnes s'avèrent être au-dessus de la moyenne sur tous les plans."

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Elargir le champ des possibles C'est une phrase que nous lisons ou entendons souvent dans la pratique de la méthode Feldenkrais. Physiquement, élargir le champ des possibles c'est acquérir une plus grande aisance et fluidité de mouvement. Lorsque nos corps sont déliés, nos mouvements deviennent plus fluides, nous sommes plus adaptables aux mouvements de l'autre, une plus grande variété d'explorations à deux s'offre à nous. Et comme le souligne mon collègue Pascal Leloup, "Si vous êtes bien dans votre corps, vous faites envie, vous dégagez une beauté intérieure, la seule qui compte vraiment..." Émotionnellement, élargir le champ des possibles c'est acquérir une plus grande liberté quant au choix du ou de la paiienaire. En valorisant l'image de soi, en stoppant les pensées négatives sur nous-même, en prenant conscience de ce qui nous met en action et de comment nous le faisons, nous apprenons petit à petit à agir à partir de ce que nous sommes, et moins à partir de ce que l'extérieur attend de nous. Nous attirons et allons vers la personne qui nous correspond vraiment, ce qui n'est pas toujours le cas...

Clarifier nos idées relatives à notre sexualité "Nous nous formons une idée fausse à la fois de la fonction et de l'acte, au travers d'une éducation erronée dans son ensemble du fait de notre ignorance et qui entrave le développement. Il n'y a rien de correct dans cette attitude ni mentalement, ni émotionnellement ou physiquement. A l'examen attentif, on trouve souvent que l'acte dans son entier n'est pas amené par une quelconque attraction mutuelle particulière mais qu'il est dû à des circonstances artificielles, à un forçage intellectuel, davantage comme le résultat d'une décision d'agir que par désir sexuel. Dans les mêmes circonstances, une personne pleinement mature serait restée complètement insensible et calme. La personne immature pense tout de suite qu'elle devrait être sexuellement excitée et se force dans une situation pour laquelle elle n'a pas de désir sincère. D'une certaine façon il est plus surprenant qu'elle réussisse presque que de voir son succès incomplet, laborieux et insipide.

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Chacune des méthodes employées pour remédier à de telles situations peut à l'évidence permettre une amélioration et elle le fait; s'il reste de la vitalité chez le sujet, il peut se rétablir et récupérer au-delà de ce qui était garanti par l'action directe spécifique de la méthode utilisée. li est tout aussi clair que l'action directe sur la personnalité totale a de meilleures chances de produire le résultat désiré. En atteignant les couches motrices basses et fondamentales de soi, nous facilitons une réorganisation plus profonde de la personnalité." A ma connaissance, le seul moyen de se sortir d'un schéma répétitif est d'apprendre à se connaître soi-même. De multiples méthodes y contribuent, dont la méthode Feldenkrais. "Le dernier mouvement est tel qu'il réunit l'homme et la femme, position dans laquelle ils restent quelque temps avant de se séparer. Chez les personnes sans troubles émotionnels, chez lesquelles l'acte prend la forme décrite, un profond sentiment de tendresse et de plaisir suit une expiration puissante qui termine la phase réflexe de l'acte. Tous les muscles du corps, et particulièrement le visage, se relâchent et expriment tranquillité et bien-être. Lorsque les mouvements pelviens commencent à devenir rythmiques, juste avant que la décharge réflexe prenne le pas sur le contrôle volontaire, des paroles inintelligibles, affectueuses, se frayent un chemin chez les deux partenaires. Un tel acte normal n'est évidemment possible qu'entre des personnes qui éprouvent une attirance et une compréhension mutuelles et qui entretiennent par ailleurs des relations harmonieuses." Sortons de nos schémas inconscients, osons, explorons, ouvrons-nous à ce qui vit en nous!

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Conclusion

Près de 70 ans après la publication de son livre majeur, les idées et principes fondamentaux présentés et mis en pratique par Moshé Feldenkrais sont toujours d'actualité. Certains ont depuis été prouvés scientifiquement, d'autres restent encore à découvrir. Je suis toujours émerveillée de la rapidité avec laquelle les participants retrouvent le chemin vers eux-mêmes grâce à cette méthode. Voici ce qu'ils en disent eux-mêmes. ''Je pratique depuis longtemps la prise de conscience des sensations corporelles à travers la relaxation dynamique. J'aime danser, dans la spontanéité. Ces stages

réunissent les deux, dans la joie du corps. Mais plus encore : retrouver le mouvement naturel, sans tensions ni efforts inutiles, devenir plus sensible à son intuition. ..ouvrent à une perspective neuve de la vie... Je me sens plus heureux, mieux habiter mon corps, ressenlir plus finement ce que je vis ... le« bon» en moi, à chaque instant, comme les chats ? L'accompagnement de Delphine est tout en

attention à l'autre, à un regard, une atmosphère, une émotion, tout en sensibilité, tout en inventivité dans les expériences qu'elle nous propose ... C'est un vrai partage profond, entre nous, qui, parfois, ne nous connaissions pas quelques heures auparavant et avec Delphine ... Un vrai bon moment, d'une qualité rare ... Merci à toi." François "Pour avoir un vrai espace de liberté et mieux me recentrer. Merci" Isabelle "Découvrir d'autres gestuelles, explorer le mouvement dans la rencontre et enrichit; au passage, ma pratique pr~fèssionnelle. Merci pour ce moment." Ariane

105

"C'est unefèmme très compétente qui nous a proposé ce stage de Feldenkrais el danse à Nyons. Tu peux avoir une idée en allant sur son site: Delphine HELIX Posée autrement au sol, avec une conscience accrue de toutes les parties de notre co1ps (vertèbres, muscles, bassin, épaules ...), quand tout cela retrouve sa place, l'énergie circule et les mouvements deviennent de plus en plus fluides dans la danse. C'est à vivre et c 'es/ bluffant ! Encore merci, Delphine, pour ta finesse dans l'écoute ... et les pas de géants accomplis." Agnès ''Delphine très attentive, suivant une intuition très juste selon moi ... J'ai senti une élasticité naturelle de mon corps revenir rien qu'en une semaine de pratique, de meilleurs appuis, une nouvelle gestuelle qui pointait le bout de son nez. Et puis un regard sur soi, sur les autres, sur une certaine vie, qui changent. C'est toute co11fîanteel un peu émerveillée que je suis ressortie du stage. Alors donc ... Merci à ceux qui ont permis cela ... !!" Alienor

"Première expérience de la méthode Feldenkrais, et de la danse mêlée à cette méthode donc. Une découverte bouleversante, qui m'a projàndément touchée. Delphine nous amène peu à peu à redécouvrir notre être intérieur en mouvement, à prendre conscience de comment chacun de nous se meut, notre rapport à cela et aux autres. On danse en impro, seul à deux ou en groupe, et cela est rendu possible par le climat de confiance el d'authenticité que Delphine sait instaurer très tôt dans le travail, au sein du groupe et avec elle. J'ai réussi pour ma part à danser comme je ne l'avais jamais fait avant je pense, à me confi'onter à mafragilité personnelle en me sentant Sl(!fisamment portée pour la danse1; et danser avec elle, sije peux l'exprimer ainsi ... Depuis je me sens plus forte et en confiance, et.Je me remets à danser. Une expérience unique, à vivre absolument je pense, qu'on soit danseur ou pas." Marie "Je suis venue "par hasard", accompagnant une amie à un stage d'expression par le mouvement mganisé par Delphine Hélix. Je traversais une période de tourmente puisque je me séparais après un mariage de trente ans ... J'étais déjà 106

intimement convaincue que pour me retrouver, je devais reprendre contact avec mon corps que j'avais trop longtemps oublié. Au cours de cette initiation, je découvrais la méthode Feldenkrais qui provoqua un déblocage au niveau de mon bassin et une reconnection entre mes membres inférieurs et mon tronc ... Je ressentais des sensations physiques enfouies, plus de .fluidité ... Mais lorsque Delphine proposa d'e.,yprimer ses émotions par le mouvement, je restais sur la d~fensive ... trop risqué, trop nouveau pour moi! A la fin de ce premier stage, Delphine évoqua la possibilité d'un voyage en lnde ... Cefi1t pour moi, un vieux rêve, qui pouvait peut-être prendre/orme et que je pouvais réaliser pour moi-même. Je garde du séjour au centre Saaram chez Muriel Jkareth, des images magnifiques. les séances de développement personnel associées aux massages ayurvédiques ; les relations amicales et le soutien bienveillant de Delphine m'ont permis de me reconnecter à mon être profond et à mes besoins vitaux. J'ai pu lors d'une séance intense entendre el exprimer les douleurs de mon enfance, el les dépasser ... Je suis rentrée en France avec le sentiment que je ne m'oublierai plus jamais ... Et une énergie, un enthousiasme que je ne pensais plus connaitre ... El j'ai concrétiser cet élan, en achetant dans la foulée un appartement, qui représente aujourd'hui ma renaissance et ma liberté. "Roxane ·' Une semaine merveilleuse de stage dans la Drôme à Nyons, en avril - mai 2015. Delphine nous a/ait partager son art, ses compétences et son immense talent. Elle a/ait évoluer chacun vers son chemin qui est celui de la créativité et de la danse. C'est aussi un positionnement par rapport aux autres dans la danse et dans le groupe que nous avons vécu. les ateliers de Feldenkrais ont été une grande découverte pour moi. Une semaine après le stage,je me sens me tenir bien droite, bien positionnée sur le sol, je marche autrement avec plus de conscience. J'ai envie de continuer le chemin avec Delphine en participant à d'autres stages parce qu'il m'a ouvert de nouveaux horizons. Merci Delphine pour ta générosité et ton attention." Hélène 107

"Je tenais vraiment à te dire quelques mots sur le stage, qui a été pour moi une découverte intéressante quant au "Feldenkrais ". Tu as su mener Feldenkrais et danse avec beaucoup de soins et de compétences, nous étions toutes tellement différentes, de par nos motivations,

nos vécus en danse, nos

personnalités, nos corps, nos douleurs. L'organisation des "ateliers" a été remarquable. Tu as su prendre en compte ces diffërences, nos états de fatigue et être à l'écoute de nos corps el du moindre détail. Bravo I" Agnès "Ce n'est pas compliqué, à la fin d'un cours de Feldenkrais, je ne suis plus le même homme. Je redécouvre mon corps, je me le réapproprie, j'en ai une perception nouvelle, etj'ai un peu moins de difficulté à parler." Eric (!MC) "Celle semaine de stage a été pleine de découvertes et d'émotions, dans lajoie et la bonne humew: Merci à Moshé pour avoir transmis à Delphine sa technique de prise de conscience des potentiels de mon corps, et merci à elle de l'avoir si bien appliquée. Grâce à cette mise en forme, la danse est devenue toute naturelle, avec des moments de véritable extase." Gilles "J'ai/ail connaissance de la méthode Feldenkrais en participant à un stage d'une semaine en Normandie "Feldekrais et mouvements dansés", animé par Delphine. Cette méthode douce du mouvement m'a fait prendre conscience d'une partie silencieuse et invisible de mon corps dont je ne prenais conscience que lorsque celle-ci se manifestait par des douleurs. J'ai tout au long de cette année participé à des séances collectives de Feldenkrais. Une séance de Jh sur la respiration ! Et sans un moment d'ennui! Qui l'eut cru ? La mobilité du bassin, la souplesse de la colonne vertébrale ... tout cela en douceur, en subtilité, un travail d'o,jèvre, qui respecte le tythme de chacun, toujours sous le regard bienveillant et professionnel de Delphine. Que dire des stages qui conjuguent mouvements dansés et Feldenkrais ? J'ai, en Normandie.franchi le pas d'oser bouger mon corps; Danser

?

Oui à ma.façon!

En toute liberté d'improvisation, toi!jours dans une ambiance bienveillante, et 108

respectueuse de là oùj'en étais avec moi-même. Aujourd'hui, dans mon quotidien, je peux dire que j'apprends à être plus attentive à ce monde invisible qui m'habite, qui ne demande qu'à rester silencieux si de mon côté j'en prends soin et sije le respecte dans sa.force et sa fi-agilité. A l'heure où l'on parle beaucoup de relations multigénérationnelles, les séances collectives de Feldenkrais permettent de rassembler dans un même espace, pour une même activité et dans la convivialité et la joie, des jeunes, des moins jeunes, des séniors, des valides, des personnes en situation de handicap. "Jacqueline ;,C'est en décembre 2015 que j'ai connu Delphine Hélix pour la première fois. Elle venait chez moi pour une séance individuelle offert par ma cousine. Cette séance, m'a révélé une nouvelle thérapie (replacement du corps dans une position juste), ainsi je le comprenais. J'ai ez! la conviction que Delphine a une très bonne connaissance du corps humain mais pas seulement cela. Elle sent la connection mentale que nous avons avec notre propre corps et c'est dans ce contexte qu'elle excelle à nous rétablit: Ainsi je partais avec elle 15jours dans le Kerala en Inde. Et j'en revenais transformée. Bien sûr il y a la méthode Moshé Feldenkrais qui honnêtement vaut de l'or et si ce dernier était vivant,je crois bien qu'il aurait bien des raisons de jubiler en se voyant si bien représenté. Depuis mon corps et mon esprit vont mieux carj 'ai découvert avec Delphine que je pouvais être bien dans ma peau et bien dans ma tête. " Elizabeth '·J'ai toujours été particulièrement attentive à ce que me "disait" mon corps et la danse, le mouvement de manière générale, est un moyen d'expression qui me fascine, me rend heureuse et qui, je pense, me correspond pleinement. La pratique du Feldenkrais me permet de porter un regard nouveau sur ma pratique de la danse mais aussi un regard plus précis sur ma manière de me mouvoir et de vivre, que ce soit seule ou avec les autres. J'apprécie justement le regard subtil, intuitif- sans être intrus{/-, respectueux et bienveillant de Delphine Hélix, lors des différents stages que j'ai pu.faire. Ce sont, pour moi, des moments privilégiés, des parenthèses de jeu, de recherches et de rencontres qui jalonnent mon parcours de vie." Audrey

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"Merci pour tout, ces séances provoquent beaucoup de choses chez moi : une écoute accrue de 111011corps, une profonde détente, une réflexion sur notre façon de penser les différentes parties de nous-même (eh eh). C'est passionnant. A bientôt." Pauline "Je me suis sentie guidée tout au long de la semaine grâce à la présence délicate de Delphine. le plaisir de la surprise d'envisager une autre manière de dan.set; une découverte du Feldenkrais tout en précision et subtilité. Un lieu à soutenù; merci à tous ! ... " Virginie "C'était très dynamisant. Je me suis miew: ressentie. Il y avait un très bon tythme. J'aimais bien aussi le côté ludique!" Céline "J'ai découvert le Feldenkrais récemment. Peu attiré par cette discipline, c'est en traînant des pieds que j'y suis allé. C'est un tors de juger sans connaître et pire encore sans essayer. Pourtant, je me suis juré de ne jamais juger avant d'avoir essayé. Bref les premiers instants ont été très agréable car tout de suite on est mis en contact avec son corps, ses avantages et contraintes musculaires et/ou articulaires. le corps nous parle sans cesse mais on l'écoule très peujusqu 'aujour où il crie de doulew: Du moins c'est l'interprétation que j'en fais Gi!/ourd'hui. Je suis non-voyant et donc sensible au touché et très tactile. A travers les séances du Feldenkrais, on réapprend àfàire connaissance avec chaque partie de son corps en travaillant tour à tour sur une zone spécifique. Pour ma part, je fais une séance de deux heures par semaine qui passe à une allure folle. Quand j'en ressors,je suis très détendu, avec le poids de la.fatigue en moins, plus dispo et avec plus d'énergie pour attaquer sur l'instant une tâche difficile. Si on est sensible à son environnement, qu'on écoute ce qui nous entoure, apprécions ce qui nous porte c'est déjàfaire un pas vers la pratique du Feldenkrais. Car le premier mot qui vient à l'esprit c'est l'écoute de soi et de ce qui nous entoure. Un autre mot qui me vient souvent : plénitude. Se sentir léger à la fin du cours c'est maintenant un rendezvous hebdomadaire. Un rendez-vous que j'aime honorer ! "Aziz (non-voyant) 110

"Quelle joie intense, inattendue, déferlante, lorsque) 'ai ressenti mon corps bouger en toute liberté dans le cadre bienveillant proposé par Delphine! Cette expérience faisait suite à quelques séances individuelles où Delphine s'est adressée à mon corps en lui rendant le droit à exister : bassin redevenu vivant, squelette redressé, pieds décrispés, corps vivant enfin. Bouger en lien avec mon intimité, en lien avec les autres, en confiance, cette expérience accompagne les bouleversements de ma vie actuellement, les précède peut-être, me fortifie sûrement. Je sens ma colonne d'air qui circule naturellement et qui

111'alimente,

la joie

111'ha-

bite. De quoi me suis-je débarrassée ? Peu importe, je poursuis mon chemin avec un corps plus habité et des projets. Et quand je.flanche, quand mon corps redevient si douloureux, je me souviens etje reviens vers ces expériences de mouvements, Merci Delphine ! " Christine

"le Feldenkrais m'a apporté beaucoup de soulagement dans mon corps et m'a aidé à me sentir mieux et à voir les choses d'une autre.façon. " Noureen 12 ans et demi atteinte de diplégie spastique

"J'ai découvert le Feldenkrais suite à ma recherche pour trouver une autre approche corporelle pour ma.fille handicapée moteur qui commençait à arriver à saturation de ses séances de kinésithérapie trop répétitive et trop rigide. Ma fille a tout de suite accroché à cette nouvelle manière de voir et d'appréhender son corps. la plus grande victoire est que, grâce à sa séance quotidienne de Feldenkrais, elle a pu découvrir une autre manière de concevoir son corps, qui n'était plus la prison physique dans laquelle l'enfermait le corps médical qui la suivit pendant plusieurs années. Bien que ne bénéficiant pas de séances moimême, le.fait que ma fille fasse ce travail m'a permis de voir certains besoins de ma.fille: principalement, avoir un "soignant" qui la reconnaisse comme une personne capable et qui lui fait confiance, au-delà de ses di.fjîcultés. Depuis, ma priorité est trouvé d'autres soignants (médecin, kinésithérapie, psychologue ...) qui ont ces mêmes qualités. Ill

Ses séances.font à la.fois partie de sa prise en charge globale mais interagissent également avec les autres rééducations mises en place en parallèle. Celles-ci.font parties des séances de rééducation qui apportent beaucoup de bonheur et de joie à ma fille, et, certainement les seules séances qui lui apprennent que son corps, handicapé, est parfait tel qu'il est, au-delà de ses difficultés. " Linda, maman de Nouren

"Moshé a enseigné une façon de réparer notre être disloqué en passant par la conscience du corps, et c'est ça notre travail. Nul besoin de le qualifier de spirituel, ou d'user de mots qui ne feront qu'embrouiller notre pensée. Appelez-le comme vous voudrez ; il n'y a pas d'appellation plus noble que servir la naissance d'une conscience unifiée. Des changements étonnants se produisent lorsqu'on établit les connexions. Nul besoin de les appeler miracles; car nous en sommes témoins tous les jours". David Kaetz, Making Connections, 2014

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Remerciements

Je remercie toutes les participantes et tous les participants de mes cours, stages, ateliers et séances individuelles grâce auxquels j'ai la joie de continuer à grandir, à chercher, accompagner, soutenir, et m'épanouir. Dans ce projet d'écriture je remercie en particulier Fred, François, Elizabeth, Laurence et Murielle qui par leurs commentaires écrits, verbaux ou formulés par le langage nonverbal m'ont invitée à me dépasser. Jenni, de l'Institut International Feldenkrais, m'a autorisé à utiliser quelques photos de Moshé Feldenkrais et a fait son maximum pour trouver les meilleurs clichés disponibles. Merci. Je dois la structure de la deuxième partie à Albert Pigot que je remercie pour ses bons conseils, son esprit de synthèse, sa générosité, son aide à la mise en place de la structure théorique de ma pratique. Merci à Pascal Leloup pour son soutien et pour m'avoir montré l'exemple, ouvert la voie et accompagné par ses conseils légers et bienveillants. Correctrice et lectrice : Christine Jacomin. Merci pour le soutien, l'accompagnement bienveillant et les modes de corrections dignes des principes de la méthode Feldenkrais. Travail graphique et mise en pages: Nathalie Giraudeau. Merci pour l'écoute, les bons conseils, la légèreté, la vigilance, la patience et les fous rires.

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Photos première partie © International

Feldenkrais Federation Archive.

Photos deuxième partie © Geraldine Bruneel 2012 (http://W\\V\.geraldinebruneel.com)

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Bibliographie

Moshe Feldenkrais •

Body and Mature Behavior, A Study o/Anxiety, Sex, Gravitation & learning, Frog Books, 1949



Awareness Through Movement, Health exercices for persona! growth, Penguin Books, 1980



Body Awareness as Healing Therapy, The Case of Nora, Frog, Ltd. and Somatic Ressources, 1977

David Kaetz •

Making Connections, Hasidic Roots and Resonance in the Teachings of Moshe Feldenkrais, River Centre, 2014

Todd Hargrove •

Les articles disponibles sur son site : http://www.bettermovement.org/

Pascal Leloup •

les aventures sensorielles de Guste, KiKeKoiDonOu, 2014



Les articles disponibles sur son site : http://www.feldenkrais-antony.com

Peter A. Levine •

Guérir par-delà les mots, Comment le corps dissipe le traumatisme et restaure le bien-être, lnterEditions, 2014

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Pour aller plus loin... Un grand nombre d'articles et de vidéos ainsi que la programmation de mes stages et les renseignements sur les séances individuelles et les formations sont disponibles sur mon site: www.delphinehelix.com

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08 December2020

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Delphine Hélix propose une méthode d'accompagnement psychocorporelle basée sur les principes fondamentaux de la méthode Feldenkrais : "trouver une efficacité maximale avec un effort minimal et être en bonne. santé." En séances individuelles ou collectives elle nous invite à redécouvrir la capacité de notre organisme à s'auto-réguler, gérer le stress, la fatigue, les tensions, à ièlentifier nos freins, élargir notre zone de confiance et notre assurance dans tous les domaines de notre vie, y compris en notre sexualité. Ce livre s'adresse à toute personne souhaitant comprendre ce que le corps communique.

Delphine Hélix est praticienne certifiée de la méthode Feldenkrais, danseuse professionnelle et pédagogue de premier métier. Créatrice de la Connaissance de Soi par le Mouvement®, elle intervient dans les domaines du soin et de la santé via une pratique psycho-corporelle qui contribue également à un épanouissement personnel. www.del phi nehel ix.com

978-3-639-46959-2