La mémoire des croquants : Chroniques de la France des campagnes, 1435-1652 9791021027664

C'est à une plongée dans l'univers quotidien des villageois qui ont bâti la France, dans toute sa diversité, q

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La mémoire des croquants : Chroniques de la France des campagnes, 1435-1652
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Table of contents :
Table......Page 593
Avant-propos......Page 9
Avertissement......Page 31
Sous la coupe des gens de guerre......Page 33
Des soldats démobilisés : les « écorcheurs »......Page 34
Au son des cloches : l’insurrection des paysans cauchois......Page 35
Premiers retours à la terre. Ici et là de premiers indices, fort ténus, signalent que la vie reprend son cours......Page 36
Ravages des routiers et des écorcheurs......Page 37
Grande famine......Page 38
Guerre des loups contre les hommes......Page 39
Limitation de la durée du travail pour les vignerons du Berry......Page 40
Grande mortalité, pestilence, famine......Page 41
Multiplication des écorcheurs......Page 42
Un fléau envoyé en Aquitaine : Rodrigue de Villandrando......Page 43
Les loups sont entrés dans Paris......Page 44
Dans le Midi : reconstruction des campagnes......Page 45
En Picardie : les horreurs de la guerre......Page 46
Un fléau supplémentaire : la Praguerie (février-août 1440)......Page 47
En Bourgogne : lutte contre les loups......Page 48
Le chaud et le froid......Page 49
Remise en valeur des terres en Sologne et en Quercy......Page 50
Migrants et marchands, agents de la restauration......Page 51
Une plaie non refermée : brigandage et exactions des bandes armées......Page 52
En Bretagne : des villageois rétablis dans leurs droits d’usage......Page 53
La Seine gèle en avril......Page 54
Remise en culture......Page 55
Le roi Charles VII autorise la restauration des censives......Page 56
Début de restauration agraire en Île-de-France…......Page 57
Alertes......Page 58
Un village lorrain déserté......Page 59
Remise en culture d’une grande ferme par trois laboureurs......Page 60
Fin des opérations militaires de la guerre de Cent Ans......Page 61
Un ambitieux programme qui préfigure l’avenir : codifier les coutumes......Page 62
Lutte contre les vagabonds en Languedoc......Page 63
Un symbole de la restauration : le relèvement du gibet d’Ablon......Page 64
En Valois, des fermes à reconstruire......Page 65
En Anjou : meurtre entre laboureurs associés......Page 66
La désolation des campagnes en Brie et en Hurepoix......Page 67
Guerre et paix depuis Jeanne d’Arc : un laboureur se souvient......Page 68
En Périgord : des paysans entre français et occitan......Page 69
Cadastration générale du Languedoc......Page 70
La guerre du « Bien public » (mars-octobre 1465)......Page 71
Dévastations en Pays de France et en Brie......Page 72
Dans le comté de Nice : prospérité pastorale......Page 73
Essai de panification au froment en Bourbonnais......Page 74
Peste, tempête, mal des ardents......Page 75
Menace de déguerpissement en Lorraine......Page 76
Dénombrement général en Artois et Boulonnais......Page 77
En Haute-Normandie : convertir en argent les charges en nature......Page 78
Affouagement général des communautés de la Provence......Page 79
En Dauphiné : un artisan au village......Page 80
Dévastation de la Picardie et du Pays de Caux par les Bourguignons......Page 81
La taille à Villepreux ou comment établir l’impôt au village ?......Page 82
En prévision du veuvage : la pension alimentaire d’une paysanne du Rouergue......Page 83
L’élevage spéculatif dans le comté de Beaufort en Anjou......Page 84
Fruits, légumes, agneaux et veaux : règlement de menues dîmes dans la campagne de Caen......Page 85
Des bras, une vache, une, deux ou trois paires de bœufs ? La hiérarchie agraire en Quercy......Page 86
La mort du Téméraire : événement funeste pour les campagnes ?......Page 87
« Enfants, vous en devez pas plaindre ! »......Page 88
La reconstruction agraire se poursuit......Page 90
Épizootie en Auvergne......Page 91
De la Lorraine à la Provence : reprise de la transhumance......Page 92
Le grand hiver : vue générale......Page 93
Le grand hiver : d’une région à l’autre......Page 94
La grande famine : tour de France......Page 95
La peste en embuscade......Page 96
La grande famine (suite)......Page 97
La vie reprend…......Page 99
La peste aux aguets......Page 100
Traces de peste......Page 101
Les États généraux de Tours : la détresse rurale en pleine lumière......Page 102
Année très humide......Page 103
La fortune d’une fermière......Page 104
Pisciculture et prairies semées en Limousin......Page 105
Accidents de la vie et honneur paysan......Page 106
Tempêtes en Lyonnais......Page 107
Disette en Forez......Page 108
En Normandie, révolution dans la métallurgie......Page 109
Rude hiver : l’année des grandes neiges......Page 110
Gel des vignes et des noyers......Page 111
7 novembre : une météorite en plein champ......Page 112
Une émotion paysanne antinobiliaire en Savoie : le soulèvement des « Robes rouges » en Faucigny (septembre-octobre)......Page 113
Sécheresse en Lyonnais......Page 114
Louer deux vaches en Lauragais (24 février)......Page 115
Vignes et grains victimes du froid......Page 116
Meurtres aux champs : le roi gracie......Page 117
Exactions des gens d’armes et revanche des paysans......Page 118
Inondations : les fleuves se mettent à leur aise......Page 119
Peu de froment mais beaucoup de seigle et d’avoine......Page 120
Partage de fruits entre maître et métayer en Limousin......Page 121
Froid et orages en Lyonnais......Page 122
Inondations en Lyonnais......Page 123
Pestes......Page 124
Violente poussée de peste en France......Page 125
Contrastes climatiques......Page 126
Attaques de loups en Anjou......Page 127
Famine autour de Lyon......Page 128
Fabriquer du fromage en plaine de France. Un « laboureur de bras » à Vémars en 1504......Page 129
Brigandage dans le Maine......Page 130
Vendanges tardives......Page 131
Peste dans le Forez......Page 132
Les moissons dans la campagne de Caen......Page 133
La petite délinquance féminine......Page 134
Surproduction dans le Maine......Page 135
Le pâturage en Auvergne......Page 136
Grand hiver......Page 137
Essartage en Basse-Provence......Page 138
Des serfs en Berry......Page 139
Réunion au cimetière......Page 140
Lies et passeries dans les Pyrénées......Page 141
Pestilence en Anjou......Page 142
Le compte des luminiers de Martres-sur-Morge......Page 143
Des villageois en armes. Revue de la milice de Champagnole (Jura)......Page 144
Affranchissement de serfs dans le Jura......Page 145
Ordonnance sur les eaux et forêts......Page 146
Du froid au chaud......Page 147
Invasion d’insectes ravageurs......Page 148
Vagues de peste......Page 149
L’année des grands vents......Page 150
Entrée en vigueur de la gabelle dans le Bas-Maine......Page 151
Ouragans......Page 152
Les potiers de Ger (Manche)......Page 153
Guerre en Picardie et Champagne entre François Ier et Charles Quint......Page 154
Insécurité dans les campagnes......Page 155
Les droits d’eau en Roussillon......Page 156
Grandes inondations......Page 157
De l’Artois à la Champagne : « l’année des grands feux »......Page 158
Tempêtes et grêles......Page 159
Retours de peste......Page 160
Un chef de bande diabolique : le capitaine Maclou ou roi Guillot......Page 161
Les campagnes du Nord sur le qui-vive......Page 163
Grande sécheresse, vendanges précoces......Page 164
Provence et Picardie en état d’alerte......Page 165
« La Beste saulvaige qui dévoroit les enfens »......Page 166
« La Guerre des Rustauds » en Alsace......Page 167
Les bordagers du Haut-Maine......Page 169
Année pourrie : inondations, grêles, crues de la Seine et de la Loire......Page 170
Grandes eaux......Page 172
Famine générale et misère Avril-septembre : famine puis peste en Quercy…......Page 173
Jean Calvin, curé de paroisse......Page 174
Offensive de la peste......Page 175
Querelles de pâturages en Franche-Comté......Page 176
Gel des vignes......Page 177
Famine générale et pain de fougères......Page 178
Fièvres, pestes et famine......Page 179
Ni taille ni gabelle en Bretagne......Page 180
Chasse interdite aux paysans......Page 181
La Seine deux fois gelée......Page 182
Un bordage dans le Toulousain......Page 183
… Vaches maigres......Page 184
Une métairie en Poitou......Page 185
L’essor de la luzerne......Page 186
Les Espagnols en Provence et en Picardie......Page 187
Une plaie incurable ? Le brigandage des déserteurs aux champs......Page 188
Une vache au labour, faute de bœuf......Page 189
Le droit de premières noces en Ossau......Page 190
Août 1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêts sur le fait de la justice......Page 191
Grande sécheresse : bons blés et vins cuits......Page 192
La paix aux frontières. « Il n’était en ce temps-là nouvelle de guerre »......Page 193
Temps et récoltes......Page 194
En pays de cocagne : l’apogée du pastel......Page 195
Grèves de dîmes......Page 196
« Le commencement des douleurs »......Page 197
Premiers conflits religieux autour de Metz......Page 198
Le cadastre arrive en Comminges......Page 199
Famine dans le Maine et en Comté......Page 200
L’année des « Bourguignons »......Page 201
Remembrement et repeuplement......Page 202
Grèves de dîmes en Beauce......Page 203
La revanche sur les bandits......Page 204
De la famine à l’abondance......Page 205
Un syndicat de villages......Page 206
Limiter le prix des vivres......Page 207
Révolte des Pitauds : descente des cloches des églises de l’Aquitaine......Page 208
En Corse : l’émergence de la châtaigneraie......Page 209
Le bétail à la ferme......Page 210
Les fermiers bourguignons : l’émergence d’une classe rurale......Page 212
Pression foncière à Saint-Martin-Vésubie......Page 213
Essartage en Cotentin......Page 214
Reprise de la guerre avec les Bourguignons : premiers pillages......Page 215
La peste au sein de la famille......Page 217
Les campagnes d’Artois incendiées par les Français......Page 218
En Cambrésis : un désastre agricole......Page 219
Sécheresse et incendies......Page 220
Le Nord dévasté, Paris menacé......Page 221
Été pourri nuisant aux blés......Page 222
Un fermier de dîmes en Vexin......Page 223
La grande sécheresse......Page 224
Vagues de pèlerinages......Page 226
Un évadé fiscal dans un manoir du bocage......Page 227
Prise de Saint-Quentin et exode des populations rurales......Page 228
Une mesure contre l’infanticide......Page 229
Les insolences des soldats......Page 231
Enfin la paix !......Page 232
14 octobre 1559 : l’arrivée du forgeron à Besse-en-Oisans (Isère)......Page 233
Au sud de Paris : une expropriation paysanne avancée ?......Page 234
Le refus de la dîme en Languedoc : grève sage ou grève sauvage ?......Page 235
Tempêtes d’automne......Page 236
Ordonnance d’Orléans de janvier 1561 (1560, ancien style)......Page 237
17 janvier 1561. Dénombrement de la gabelle du sel dans les États d’Emmanuel-Philibert de Savoie......Page 238
Étaupinage au Mesnil-au-Val......Page 239
Une pacification impossible......Page 240
L’iconoclasme protestant......Page 241
Psychose dans les campagnes parisiennes......Page 242
Les campagnes ravagées par les protestants......Page 243
Derrière les soldats : larrons, et « gens pille-hommes »......Page 244
L’industrie dans les campagnes......Page 245
Interruption de la guerre et retraite des reîtres......Page 246
Bernard Palissy critique le labour en Bigorre et en Béarn......Page 247
La terre tremble autour de Nice......Page 248
Le roi traverse les campagnes......Page 249
Du champart au nord de Paris......Page 250
Début du grand hiver......Page 251
« Moururent gens de froid par les chemins » : suite du grand hiver......Page 252
Pénurie ou abondance......Page 253
Suite du grand voyage de Charles IX......Page 254
Vagues de peste......Page 256
Fin du voyage de Charles IX......Page 257
Le Thillay au début des guerres de Religion : un pays de cocagne......Page 258
Les blés emportés par le vent......Page 259
Ravages en Île-de-France et en Bassigny......Page 260
Le trésor d’une église villageoise......Page 261
Pestilences......Page 263
Aliénations de biens ecclésiastiques......Page 264
Hiver très froid......Page 265
« Manger la poule sur le bonhomme »......Page 266
En Béthunois : 3 420 exploitations recensées en 1569......Page 267
Inondations et hiver anticipé......Page 268
Mai-septembre 1570 : des campagnes à feu et à sang......Page 269
Grand hiver......Page 270
L’« édit des laboureurs »......Page 271
Bêtes anthropophages en Champagne et en Franche-Comté......Page 272
Grande cherté en Limousin......Page 273
Après les soldats, de véritables loups en Beaujolais......Page 274
… et gelées tardives en avril......Page 275
Grande Famine......Page 276
Atrocités catholiques à Sancerre : vignerons et manœuvres acculés......Page 278
Un loup-garou en Franche-Comté......Page 279
L’oppression des gens de guerre......Page 280
À la merci des deux camps : le calvaire d’un village......Page 281
Il n’était question que de « briganderie »......Page 282
La peste décime le Beaujolais......Page 283
Passages des reîtres......Page 284
Inondations......Page 285
La trêve de Beaulieu et les exactions des reîtres......Page 286
Une plaie pour les paysans beaucerons : la « fureur » des gentilshommes......Page 287
Froidures printanières......Page 288
Année sèche......Page 289
Essor des ligues paysannes......Page 290
Mariages précoces à Athis-sur-Orge......Page 291
Année pourrie......Page 292
Les campagnes du Vivarais plongées dans l’Apocalypse......Page 293
Une prise en compte des désordres : l’ordonnance de Blois......Page 294
Un enjeu pastoral : les hautes-chaumes des Vosges......Page 295
En Dauphiné : destruction des ligues paysannes......Page 296
Droit de clôture en Bretagne......Page 297
Belles récoltes......Page 298
Que d’eau !......Page 299
Réforme du calendrier......Page 300
État des destructions agricoles à Saint-Paul-Trois-Châteaux......Page 301
Sécheresse ou humidité ?......Page 302
Des battues au loup dans tout le royaume......Page 303
Pendaison de sorciers en Sancerrois et Poitou......Page 304
Processions blanches......Page 305
Tremblement de terre, le 11 mars......Page 306
Recrudescence de la peste…......Page 307
Vague de sorcellerie en Lorraine......Page 308
Froid et pluie toujours......Page 309
De la Flandre au Poitou : consolidation des grands exploitants......Page 310
Sale temps......Page 311
Terrible famine......Page 312
En Forez : une pestiférée dicte son testament dans un pré......Page 313
« Sarrasin, fève de Calicut et sainfoin » : l’ouverture agronomique d’une ferme normande......Page 314
« L’an de grand cherté et famine »......Page 315
L’« année des reîtres », fléau complémentaire (septembre-novembre)......Page 317
Un conquérant terrien en Franche-Comté : Pierre Cécile......Page 318
Un parfumeur ou un sorcier ? Comment lutter contre la peste......Page 319
25 février 1588. Élection d’un capitaine au village d’Hérouville-en-Vexin......Page 320
Vague d’affranchissements de mainmortables en Bourgogne : Charolais, Autunois, Auxois et Chalonais......Page 321
D’Henri III à Henri IV : les soldats en Île-de-France et en Normandie......Page 322
Révolte des Gauthiers......Page 323
Ravages de la Ligue......Page 324
Été 1590 à Paris : mourir de faim devant un tas de blé......Page 325
La louve rouge de Belfort......Page 326
Des hannetons aux champs......Page 327
Procès pour sorcellerie......Page 328
Au son du tocsin ! Ligues campanères du Comminges (1591‑1592)......Page 329
En Comtat : les habitants de Gigondas réactualisent leurs statuts......Page 330
En Bretagne : renouveler le domaine congéable......Page 331
De l’Anjou à la Bourgogne : les derniers ravages ?......Page 332
De la nécrophagie à l’anthropophagie : l’arrivée des loups « carnassiers »......Page 333
Gelée et grêles dévastatrices......Page 334
Du pillage à la pacification......Page 335
Révolte des Tard Avisés......Page 336
À Paris, les fermiers cèdent la place aux jardiniers-maraîchers......Page 338
Traces de pestes......Page 339
La politique de la canonnière : Sully protège ses paysans à Saint-Mammès......Page 340
Famines, contagions et banditisme......Page 342
Une trêve relative......Page 343
Les campagnes en proie aux loups......Page 344
Point de sel ni de vin mais du grain en Saintonge......Page 345
Un seigneur pillard en Cotentin......Page 346
Rétablir la sécurité : chemins publics, chasse et forêts......Page 347
La Basse-Bretagne en proie aux loups......Page 348
Tempêtes, pluies et neiges......Page 350
Enfin, le retour à la paix !......Page 351
La guerre du loup contre l’homme : le paroxysme......Page 352
Poussées de peste......Page 355
Ravages de loups : la stupéfaction de Thomas Platter......Page 356
Sus au loup ! Une pluie de battues......Page 357
La peste se contracte......Page 358
Deux édits restaurateurs......Page 359
Orages, chenilles et vermine......Page 360
La « mauvaise bête » du Toulousain......Page 361
Terres cultivées et incultes : deux modes d’appréciation en Languedoc......Page 362
Une sorcière sur la sellette......Page 363
Blés foudrés en Beauce......Page 364
En Chartreuse : une carrière de meules......Page 365
« De long temps n’avait été telle sécheresse »......Page 366
Le peuple était à son aise......Page 367
Loups mangeurs d’hommes dans la Montagne bourguignonne......Page 368
Stigmates de sécheresse......Page 369
Prier pour vaincre les Turcs......Page 370
Un mystère joué par les jeunes au village......Page 371
Grain cher, vendange tardive......Page 372
En Provence, un souci résurgent : la déforestation......Page 373
Sécheresse et petites vendanges......Page 374
Un crime de bestialité......Page 375
Le Grand hiver du siècle (décembre 1607-mars 1608)......Page 376
Été torride : les moissonneurs succombent sous le soleil......Page 378
Naissance de Gaston, duc d’Anjou......Page 379
Vents et gelées......Page 380
Un petit office pour s’exempter de taille......Page 381
Grand bruit de sorciers et sorcières......Page 382
Mars 1610. « Bruit de guerre »......Page 383
Un paysan du Multien sollicité d’assassiner le maréchal de Bouillon ?......Page 384
Grande chaleur et sécheresse......Page 385
En labourant la terre : découverte d’un cimetière enfoui......Page 386
Poursuite de la sécheresse dans le Midi : « le bétail commençait fort à endurer »......Page 387
« Prodigieuse incursion des loups » en Queyras, Embrunais et Briançonnais......Page 388
18 septembre 1612. La belle époque du porc : un marché de paisson (1612)......Page 389
Pluies, grêles et orages......Page 390
Grand hiver 1613‑1614......Page 392
Tempête mémorable dans l’Est, le 30 juillet......Page 393
Une prise de conscience : les cahiers de doléances du bailliage de Troyes en 1614......Page 394
Grandes neiges et crues des fleuves......Page 395
Sécheresse générale......Page 396
Menaces de guerre et premières dévastations......Page 398
Le quotidien d’un village vosgien......Page 399
Froidures excessives......Page 400
Voleries et menaces de guerre......Page 401
Hiver doux, coup de froid en avril : « rien ne pouvait mûrir »......Page 402
Comète et tempête......Page 403
Feu de joie pour l’assassinat de Concini......Page 404
Année fraîche et humide......Page 405
L’opposition aux dessèchements en Auvergne......Page 406
Sécheresse générale : « peu de vendange ny de chastaines »......Page 407
Passage du roi en carrosse à six chevaux......Page 409
Gelées, grêles et petite vendange......Page 410
Les lendemains des Pont-de-Cé......Page 411
« Temps incommode pour les biens de la terre »......Page 412
Le Nord-Est à l’ombre de la guerre......Page 413
En Sologne : le nom des bêtes à cornes......Page 414
Neiges, « besches », inondations......Page 415
Du roi aux communautés : sus au loup !......Page 416
Bouchers et éleveurs : conflit de pâturage en Anjou......Page 417
Grand hiver......Page 418
Sécheresse fatale aux bestiaux......Page 419
4 mars : Fondation du village de Saint-François-Lacroix (Moselle) par ordonnance de Henri II de Lorraine (1608‑1624), à Nancy......Page 420
Point d’hiver......Page 421
Grande vague de peste bubonique en France depuis l’Allemagne......Page 422
Inondations : « jamais on n’a vu tant d’eau »......Page 423
Année de grande peste......Page 424
Refus de dîme en Pays de Caux......Page 425
Des manants au souverain : la peste désole le royaume......Page 426
Le curé de Ris fait ses annonces à la messe......Page 427
Encore du froid et de l’humidité : vendanges tardives......Page 428
Violente poussée de peste......Page 429
En Vivarais : des villageois à l’assaut des châteaux......Page 430
Violente poussée de peste en France......Page 431
Avoir la peste à ses trousses : la fuite des notables......Page 432
Dans un village du Montalbanais : la peste au ras du sol......Page 433
La portion congrue à 300 livres......Page 434
Famine « générale » et « peste presque partout »......Page 435
Une révolte de vignerons : les Lanturlus......Page 436
Au lendemain des guerres civiles : les loups du Gévaudan......Page 437
Cherté du blé et famine « extrême »......Page 438
De la Picardie au comté de Nice : peste générale......Page 439
En Lorraine : la peste au ras du sol......Page 441
Reprise des attaques de loups......Page 444
« Rubans » de grêle dévastateurs......Page 445
La Bête du Cinglais......Page 446
Réduction des portions congrues......Page 447
Protestation des pauvres manants de Rumilly (7 août)......Page 448
La réussite d’un laboureur......Page 449
La peste cantonnée......Page 450
Ravages de loups anthropophages en Gévaudan…......Page 451
La condition des taillables......Page 452
Chaleur, sécheresse et grêle......Page 453
Entrée de la France dans la guerre de Trente Ans......Page 454
En Ponthieu, guerre paysanne entre les deux camps......Page 455
En Pays de France, la gestion d’une ferme seigneuriale......Page 456
Rasement de châteaux......Page 458
La peste « suédoise » en Lorraine et sur ses marges......Page 459
Ravages des Espagnols en Picardie......Page 460
Exode des populations rurales (avril-octobre 1636)......Page 461
La Lorraine et la Champagne à feu et à sang......Page 462
Ottonville (Moselle) : l’apocalypse au village......Page 463
Hortes : village martyr......Page 465
Au départ des soldats : « la grand puanteur » du Dijonnais et du Bassigny......Page 467
Le grand soulèvement des Croquants......Page 468
« La famine fut si extrême que les hommes se mangeaient l’un l’autre »......Page 469
Persistance des pestes et contagions......Page 471
Les soldats semeurs de peste......Page 472
Le Valromey terrorisé par Canis lupus......Page 473
Famine monétaire en Velay......Page 474
Soulèvement populaire contre l’excès des impôts : les Croquants du Périgord......Page 475
De l’Auvergne au Poitou : encore des révoltes......Page 476
En Limousin : un élevage prospère......Page 477
Grands froids et sécheresse extrême......Page 478
Retours de pestes et contagions......Page 479
Ravages des Allemands en Champagne......Page 480
Un Dauphin royal sous le signe de la Vierge......Page 481
8 juin 1638. Statuts communaux de Vénasque (Vaucluse)......Page 482
Semaine sainte glaciale et sécheresse......Page 483
La peste fait place à la dysenterie......Page 484
Suite de la guerre : campagnes dévastées......Page 485
Molinges : un village du Jura au cœur de la tourmente......Page 486
Révolte des Nu-pieds en Normandie......Page 487
Tremblements de terre, débordements de rivière, calamités naturelles......Page 488
Victoire des Croquants sur les troupes du roi......Page 489
Une communauté familiale dans la Montagne bourbonnaise......Page 490
Long et terrible hiver......Page 491
Dessèchement des marais......Page 492
Un temps de chien : grêles et inondations......Page 493
Dans le Nord-Est : pillages et coups de main des soldats......Page 494
Villages résistants......Page 495
Grêles dévastatrices......Page 496
Pillages et incendies à répétition dans le Nord-Est (suite)......Page 497
Victoires paysannes......Page 498
Mort de Louis XIII : « la pauvreté a esté l’unique paix de ce règne »......Page 499
Les paysans contribuent à la victoire de Rocroi......Page 500
En Avesnois : mieux vaut lever les dîmes que gérer une ferme......Page 501
Jachère, blé et avoine : les trois saisons de l’assolement triennal......Page 502
Gelées et intempéries......Page 504
La mère du curé Aulanier : modèle de piété......Page 505
Explosion de la sorcellerie......Page 506
Contester la dîme en Pays de Bray......Page 507
Ouragan et raz-de-marée......Page 508
En armes contre les soldats......Page 509
Tremblements de terre et raz-de-marée......Page 510
Canicule estivale et grêles dévastatrices......Page 511
Le logement des gens de guerre : un fléau structurel en période de paix......Page 512
Chenilles et blés gâtés......Page 513
En Pays d’Othe : quand les champs changent de nom......Page 514
En Blésois : état des personnes mangées par les loups......Page 515
Mauvais été pour les biens de la terre......Page 516
1648‑1651 : Ravages de loups en Beauce......Page 517
Contrat de livraison d’une cabane de berger à deux essieux......Page 518
Inondations générales......Page 519
Printemps pourri, échaudure estivale......Page 520
Retour à la paix : moins de bétail de trait en Alsace......Page 521
Assurer le pain des Parisiens : les chariots de Gonesse (26 février)......Page 522
Un dernier espoir : le voyage à Saint-Hubert......Page 523
Orages, grêles et tempêtes......Page 524
Faire fortune dans la dentelle......Page 525
Grandes eaux à nouveau......Page 526
Vincent de Paul et ses missionnaires, placés sous sauvegarde royale......Page 527
1651. Processions au Brignon pour conjurer les calamités agricoles......Page 528
Grandes eaux et sécheresse......Page 529
… dans le Sud-Ouest : Quercy et Agenais (mars-décembre)......Page 530
… le Drouais et l’Orléanais (mars-mai)......Page 531
Au sud de Paris entre trois armées (fin avril-fin octobre)......Page 532
Dévastations en plaine de France et en vallée de Montmorency......Page 533
Saint-Leu-la-Forêt dans la tourmente (28 juin-novembre 1652)......Page 534
Une crise démographique séculaire......Page 535
Un spectacle apocalyptique......Page 536
Des profiteurs de la guerre ?......Page 537
Dans les bois de Chevreuse : la révolte de Sauvegrain......Page 538
Épilogue à la Fronde : l’arrivée de la Bête du Gâtinais......Page 539
Sources et bibliographie......Page 541
Anthologie des historiens......Page 555
Index des communes et localités......Page 559
Index des noms de personnes......Page 573
Index thématique......Page 587

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LA MÉMOIRE DES CROQUANTS

du même auteur Athis-Mons (1890-1939). Naissance d’une vie de banlieue [avec Danièle Treuil], Miribel, AREM, 1983. Ferme, firme, famille. Grande exploitation et changements agricoles  : les Chartier (XVIIee e XIX   siècles), Paris, Éditions de l’EHESS, 1992 (avec Gilles Postel-Vinay) ; 2   édition  : 1995. La Terre et les Paysans aux XVIIe et XVIIIe siècles (France et Grande-Bretagne). Guide d’histoire agraire, Caen, Association d’histoire des sociétés rurales, 1999. L’Élevage sous l’Ancien Régime (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, SEDES-Nathan, 1999. Terres mouvantes. Les campagnes françaises du féodalisme à la mondialisation (1150-1850), Paris, Fayard, 2002. Histoire et géographie de l’élevage français. Du Moyen Âge à la Révolution (XVe-XVIIIe siècles), Paris, Fayard, 2005. Histoire du méchant loup. 3  000 attaques sur l’homme (XVe-XXe  siècle), Fayard, 2007 ; rééd. complétée : « Pluriel », 2016. La Bête du Gévaudan (1764-1767), Paris, Larousse, 2008. Un paysan et son univers de la Guerre au marché commun. Les agendas de Pierre Lebugle, cultivateur en Pays d’Auge (1941-1971) [avec Philippe Madeline], Paris, Belin, 2010. Repenser le sauvage grâce au retour du loup. Les sciences humaines interpellées [avec Philippe Madeline], Caen, PUC, « BPR, 2 », 2010 (dir.). Chroniques paysannes, du Moyen Âge au XXe  siècle [avec Philippe Madeline et Jean-Paul Bourdon], Paris, France Agricole Éditions, 2010. L’Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Paris, Fayard, 2011 ; rééd. complétée : « Pluriel », 2013. Les Paysans : récits, témoignages et archives de la France agricole (1870-1970) [avec Philippe Madeline], Paris, Les Arènes, 2012. Sur les pas du loup. Tour de France et atlas historique et culturel du loup du Moyen Âge à nos jours, Paris, Montbel, 2013. (dir.) Vivre avec le loup ? Trois mille ans de conflit, Paris, Tallandier, 2014. Secrets de campagnes. Figures et familles paysannes du XXe siècle, Paris, Perrin, 2014. Le Loup en questions. Fantasme et réalité, Paris, Buchet-Chastel, 2015. La Bête du Gévaudan. La fin de l’énigme ?, Rennes, Ouest-France, 2015. (dir.) Les Petites gens de la terre : Paysans, ouvriers et domestiques du Moyen Âge à aujourd’hui [avec Philippe Madeline], Caen, PUC, « BPR, 4 », 2017. Les Grands fermiers. Les laboureurs de l’Île-de-France (XVe-XVIIIe  siècle), Fayard, « Pluriel », 2017.

Jean-Marc Moriceau

LA MÉMOIRE DES CROQUANTS Chroniques de la France des campagnes 1435-1652

Tallandier

Cet ouvrage est publié sous la direction de Denis Maraval.

© Éditions Tallandier, 2018 48, rue du Faubourg-Montmartre – 75009 Paris www.tallandier.com ISBN : 979-10-210-2766-4

À Jean Le Coullon (1525-1587), laboureur et vigneron à Ancy-sur-Moselle. À Emmanuel Le Roy Ladurie, Jean Jacquart et Marcel Lachiver. À mes disciples du Pôle rural de Caen, docteurs, doctorants et diplômés de master.

Avant-propos « Les campagnes françaises ont peut-être été longtemps le “livre de raison” de notre pays, auquel il convient de se reporter pour le bien comprendre. » Fernand Braudel, L’Identité de la France. Les Hommes et les choses, 1986.

L

ongtemps, les campagnes ont retenu les hommes. Aujourd’hui éclaircies, sillonnées par les machines des quelques agriculteurs restés sur place, réduites à servir de villégiature aux gens de la ville qui s’y ressourcent, elles se sont tues. Les cloches ne rythment plus les travaux et les jours. Le cliquetis des éoliennes ou le vrombissement des tracteurs ont remplacé les chants au labour, les gestes collectifs et les processions. La cohabitation entre néo-ruraux et agriculteurs ne saurait rappeler les échanges et les conflits têtus qui ont marqué, des siècles durant, l’opposition des paysans et des bergers, le voisinage des artisans et des notables, les mouvements des « manants » et des « errants ». Le destin des anonymes du passé

Le nom des « gens de la terre » n’est point inscrit au fronton des célébrités nationales. Loin des figures de proue de l’histoire politique ou militaire, les personnages que nous recherchons forment la majorité des anonymes. Ils sont censés ne pas avoir « fait » l’histoire mais l’avoir subie. Or c’est aussi bien comme acteurs que comme sujets que nous entendons les observer. Ces « Croquants » à qui l’on doit nos paysages, notre sécurité alimentaire et nos racines, qui étaient-ils vraiment ? Au-delà des clichés qui en sont restés – largement revus et corrigés par le xxe siècle –, qu’ont-ils dit, écrit ou éprouvé depuis les époques les plus anciennes où nous disposons d’informations précises et parfois de première main ? Comment ont-ils réagi aux décisions prises par ceux qui les commandaient et aux éléments natu9

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rels, qui les frappaient au premier chef ? Dans la diversité des situations régionales – et même locales – beaucoup ont survécu ou résisté, d’autres ont sombré, quelques-uns ont même progressé. À quoi tiennent ces divergences ? Alors que la moitié de la population avait moins de 20 ans, qu’il fallait deux enfants pour faire un adulte, et que les « drôles » s’activaient comme aides familiaux dès l’âge de 7  ans, comment hommes, femmes et enfants des champs vivaient-ils, peinaient-ils et mouraient-ils ? Questions simples, mais fondamentales. Les témoignages dont nous disposons éclairent aussi leurs sensibilités. Que pensaient-ils ? À quoi rêvaient-ils ? Comment se représentaient-ils le monde dans lequel ils évoluaient ? Comprendre ce peuple majoritaire du passé au fil du temps, dans toutes les dimensions de l’approche historique, tel est l’enjeu premier de ces Chroniques de la France des campagnes. Masse anonyme de petites gens, accrochés à la terre ou vivant au plat pays, hommes des montagnes, des plaines et des plateaux, des champs ouverts (openfields) et des pays « coupés » (bouchures), les « laboureurs et gens de village » –  pour reprendre la vieille expression sortie du Moyen Âge  – ont assuré l’essentiel du patrimoine de notre humanité. De leur présence les traces se retrouvent sans cesse dans nos paysages, nos généalogies et nos cultures. Ces « païsants » pris au sens large – « villageois du païs » (comme à Rocroi, en 1643) ou plutôt des « petits païs » – ont été les mulets de l’histoire, en France comme ailleurs. Producteurs des richesses sur lesquelles les classes privilégiées ont édifié leur puissance et les pouvoirs publics leurs finances, les habitants des campagnes ont façonné, de génération en génération, la matrice environnementale dans laquelle les citadins se sont répandus depuis moins de deux siècles. Ils sont aussi à l’origine des spécificités qui fondent l’identité de l’Europe. L’Hexagone, si l’on consent à rendre compte de sa diversité, en fournit un concentré étonnant. Modes historiques : d’un angle à un autre D’abord considérés comme « classes agricoles » sous l’œil particulier des historiens du droit, dans leurs rapports juridiques avec le sol qu’ils mettaient en valeur et les maîtres qu’ils servaient, puis examinés par les géographes comme agents de transformation des milieux et des paysages, les ruraux ont connu leur heure de gloire sous la bannière de l’histoire économique et sociale chère aux disciples de Marc Bloch et de Lucien Febvre, entre 1950 et  1980. En son temps, l’Histoire de la France rurale (1974-1975) est venue assurer, dans les bonnes bibliothèques, un panorama suggestif des grandes étapes de la vie des campagnes. 10

AVANT-PROPOS

Ensuite, les modes sont passées ailleurs, délaissant pour une part les territoires ruraux et les sociétés qui les animaient pour des orientations thématiques valorisant les élites cultivées et les cités, puis les concepts et les problèmes du moment. Plus récemment encore, les curiosités ont favorisé de nouveaux regards autour de l’histoire du genre, de l’histoire globale, de l’histoire « mondiale », décentrant sans cesse les repères et les inscriptions spatiales pour repenser autrement l’évolution des sociétés humaines. Ces fluctuations ont d’incontestables avantages : elles posent un esprit critique permanent sur les travaux qui les précèdent, modifient les contextualisations et pointent des sujets d’observation inédits par leurs décentrages successifs. Tout cela est très bien, à condition de ne pas occulter les repères essentiels des acteurs les plus nombreux de notre histoire ni de tourner le dos aux apports constants des cohortes d’historiens qui ont travaillé avant nous. Retrouver ces repères, réintégrer les différentes perspectives ouvertes par les artisans de Clio depuis deux siècles, restituer l’ancrage spatio-temporel des générations successives des paysans français et de leur entourage, tout en laissant entrer les vents de la recherche actuelle, telles sont les perspectives qui m’ont guidé dans cette vaste fresque. Une histoire vue d’en bas L’intérêt pour les masses anonymes ne date pas d’aujourd’hui : qu’il s’agisse du petit peuple de Paris, des classes ouvrières, des couches bourgeoises des villes ou des galériens des ports, l’écriture des historiens ne dédaigne pas de s’attacher à des « sans-nom ». En France, le courant historiographique initié d’Angleterre dans les années 1970 par Edward Thompson, et relancé ensuite, depuis l’Italie, avec la microstoria, n’a pas privilégié les campagnes. Hormis quelques exceptions, les ruraux – et surtout les agriculteurs – ont beau l’emporter dans les statistiques, ils n’apparaissent que fugitivement. On les cite souvent, mais on les laisse volontiers sans papiers. Sans prétendre renverser à l’extrême le balancier, ce sont justement ces villageois dont on entend restituer l’identité, l’impact et la sensibilité. Dans cette perspective, plaçons-nous, autant que possible, au ras du sol pour contribuer à une histoire concrète –  « vivante » – des sujets et des acteurs majoritaires de l’évolution sociale. Tout en laissant grand ouverts les registres thématiques de l’histoire rurale, cherchons à rendre compte des réalités sur le terrain, de la matérialité des événements et des conséquences des choix politiques ou religieux pour les populations, qu’il s’agisse d’un incendie de village (comme à Hortes en 1637), d’un pillage d’église (comme à Marmoutiers en 1562), de la guérilla des paysans contre les « écorcheurs » 11

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(comme la bande des « Robes rouges », autour de Jehan Gay, en Faucigny en 1492), des processions pour faire cesser les calamités agricoles, voire des mulots dans les champs, qui obligent à semer une seconde fois en 1617. Ces réalités sont aussi celles portées par les personnages qui côtoyaient les populations « rustiques ». Le discours d’un seigneur anti-paysan aux États généraux de Tours en 1484, le point de vue d’un curé du Velay, fils et frère de laboureurs, consigné dans son Journal à partir de 1638, le regard quotidien d’un charpentier de Reims sur les paysans et vignerons de la « Montagne » qu’il avait sous les yeux de 1568 à 1626 fournissent des éclairages directs sur le monde rural. Placer les populations majoritaires du passé – les ruraux, et en particulier les paysans  – au centre d’une démarche et d’une construction historique impose de bien se reconnaître dans l’océan des « états et conditions » qui étaient les leurs. Quels sont donc nos personnages ? Des hommes dans leurs repères : « Jean qui pleure »… Les hommes d’abord, à commencer par les paysans dans leur mille-feuille géographique, ce qui impose un tour de France relativement équitable pour rencontrer « laboureurs à charrue », fermiers, « censiers », « ménagers », « caps d’ostau » ou « casalers », mais aussi métayers, « grangers », « closiers », « bordiers » ou « bordagers », « locatiers », « tenuyers », « colons », « demi-laboureurs », « suitiers », « saussons » ou « soitons », « haricotiers » et « haricandiers », « manœuvres », vignerons, journaliers, brassiers, manouvriers, « laboureurs à bras », hommes de peine, sans négliger, au sommet, les « amodiateurs » ou receveurs de dîmes et de droits seigneuriaux et, à la base, la masse considérable des domestiques agricoles, charretiers, bouviers, bergers, « bayles », vachers, chevriers, porchers, dindonniers, valets de cour, « chambrières », servantes de ferme qui s’activaient, durement, dans les exploitations rurales. Chez ces « pagès » de tout acabit, « vassaux », « rentiers » ou « tenanciers, « pariers » et « comparsonniers », ouvriers agricoles, un véritable kaléidoscope se révèle, jouant bien plus subtilement que les oppositions binaires qui privilégient, dans les manuels, les mêmes types de paysans. Pour autant, la séparation avec les autres catégories du monde rural reste ténue. Chemin faisant, nous rencontrons partout artisans liés à l’agriculture comme à l’industrie, marchands, meuniers, ecclésiastiques, sergents et garde-messiers (ou « bangards »), agents administratifs, bourgeois, gentilshommes. Ces hommes sont saisis à la lumière des événements qui ont marqué leur existence. Intempéries (grêles, coups de froid, sécheresses) survenues au mauvais moment (notamment entre les « Saints de glace » et les 12

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récoltes), décalages ou inversions des saisons, redoutés ; calamités naturelles – « orvales » ou « vimères » –, inscrites jusque dans les baux d’exploitation ; passage de gens de guerre ou, plus sérieusement, logement voire théâtre d’opérations militaires, qui introduisent des cicatrices, parfois récurrentes ; arrivée de commis et d’agents du fisc ; poussées contagieuses qui font circuler les virus, et d’abord celui de la peste, d’un village à l’autre, et souvent à partir des villes et des axes commerciaux ; retentissement d’événements politiques nationaux comme les traités de paix, le passage ou la mort d’un roi ou d’un prince ; querelles intestines ou inter-communautaires qui séquencent l’histoire agro-pastorale de bien des régions. À propos des événements climatiques, certes les accidents –  voire les catastrophes  – restent privilégiés dans cette trame  car ils assuraient des repères durables fichés dans la mémoire des hommes. Pour la peste, qui s’ancre de génération en génération, sans laisser quasiment de répit jusqu’au milieu du xviie siècle, l’intégration dans l’imaginaire collectif est générale. Chaque année ou presque, l’expérience du fléau épidémique se reproduit, frappant tantôt une province et tantôt une autre, et enracinant sa marque à toutes les échelles, de la ville à la campagne, à l’intérieur du petit pays, du village même et du ménage. Ce « mal qui répand la terreur » plane sur l’horizon biologique et mental de notre époque, étalonnant la chronologie selon l’indice de gravité ou de récurrence de Yersinia pestis, jusqu’à confondre avec lui d’autres agents mortifères. Incontestablement il y a là un marqueur universel qui prolonge très loin le Moyen Âge et hante la vie quotidienne. Mais il y a d’autres signes funestes. Pour les transmettre à la postérité, les témoins les couchaient par écrit, en s’en rapportant à leur propre expérience et à celles des anciens qu’ils interrogeaient. S’agit-il d’un froid rigoureux ? Il apparaissait « tel qu’il n’était point de mémoire du contraire que jamais hommes ne femmes l’eussent vu » (1481 ou 1537) ou « qu’il ne s’en est vu de pareil de mémoire d’homme » (1608). D’un excès de pluie ? Il « n’y avoit sy ancien qui vist oncques faire yver sy pluvieux » (1485). De chutes de neige inusitées ? Elles survenaient « en telle abondance qu’il n’est homme vivant qui en vit jamais autant » (1613) ou telles « qu’il s’en soit jamais veu au païs » (1615). D’une tempête ? C’était « si gros vent, si grande pluie que fut jamais vu » (1538), « tempête qu’on ne vit jamais la pareille » (1568) ou encore « grand orage qu’homme heusse jamais veu » (1626). Toujours circonstanciées dans le temps et dans l’espace, les grêles faisaient figure, dans tous les cantons, de repère collectif, et l’on retenait la dimension des grêlons : aussi gros qu’un œuf en 1527, qu’une balle de laine en 1623 ou qu’une noix en 1613, mais certains auraient pesé jusqu’à une livre, « tuant beaucoup de gibier » en 13

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1598, voire davantage, quand on les comparait à des « balles d’artillerie » si bien qu’on trouvait des loups morts dans les champs en 1593 ! Que le temps ne soit pas de saison et les commentaires fusent : « Il y a longtemps hors de mémoire qu’il ne s’estoit veu un sy chaulx et tel printemps et de sy longue durée » (1611) ! Dans ce contexte fragile, les conséquences sur la production agricole marquaient les esprits : les « vendanges furent aultant petites que jamais vivant eut veu » (1598) ; « de mémoire d’homme ne s’est vu si pauvre ni si misérable vinée » (1612). Encore plus mémorables, et d’ampleur plus large, les catastrophes céréalières qui déclenchaient ces famines dont le retour était redouté : « famine si grande que comme jamais ne l’avait vue telle » (1531) ; « disette et stérilité de blés si grande que jamais homme vivant n’ouït parler audit pays d’une semblable » (1585) ; un « bled a esté tellement cher que le pauvre peuple estoit fort estonné » (1631). Chez les « pauvres gens de villages », ces cicatrices font date. Elles structurent la mémoire collective. Pour autant, on ne recherche pas ici une reconstruction climatique conforme aux attentes des clio-climatologues d’aujourd’hui et de demain, en étalonnant les données dans l’espace et en fournissant des calculs d’intensité ou de corrélations. Le rassemblement annuel des indications « agro-météorologiques » vise à reconstituer le tempo et à souligner l’éventail des facteurs de dépendance des ruraux à l’égard des aléas du ciel. Il offre commodément une contextualisation au lecteur. Autant que possible, ces éclairages sont associés à leurs conséquences agricoles, ces « fruits » de la terre » qui préoccupent tant ruraux et citadins – et, plus généralement, à leur impact sur les activités économiques, si bien que les observations retenues, diversifiées mais nullement exhaustives, échappent à l’excès de la subjectivité. Dans le même ordre de repères sur la longue durée, bien des événements mémorisés interviennent, en général négativement, derrière l’adverbe « jamais », qui vient instaurer une césure événementielle. Il en va ainsi des malheurs causés par la croissance de l’État et les divisions des hommes  : « jamais n’avaient accoutumé les paysans de ces lieux payer aucunes tailles au roi » (1543) ; « ce mot de reistres n’avoit oncques, du vivant des plus anciens n’été en usage en France » (1562) ; « jamais Attila ne fut plus cruel que ces tyrans Cravates » (1636) ! Mais nos témoins perçoivent aussi les moments heureux de leur existence. Leurs écrits signalent, au moins a posteriori, les « bonnes » années. Même si les discours sont moins enclins à les mettre en avant, ces Chroniques les ont traquées, autant que possible. Regardons l’an 1441 (il est « très plantureux de grains » même si les vins font défaut) 14

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mais aussi 1509 (« à l’aoust, jamais à vie d’homme ne fust vu tant de bled ») ou 1525 (« le plus bel aoust que on eust sceu estimer »). En 1540, « les anciens disoient n’avoir jamais veu année sy chaude ne sy bons bleids et vin » ! En 1576, « les ouvriers gaignèrent 10  gr. et 1  fr, chose non jamais veue » et, deux ans plus tard, « les vins estimez aultant bon qu’ilz ont jamais estez » (1578). En 1614, on trouve la récolte de blé « si grande et si abondante que de cinquante années auparavant aucun ne l’avait vu semblable ». Quand bien même certains de ces propos ne valent que régionalement, d’autres ont une portée générale. À propos d’Henri II, disparu tragiquement en 1559, Claude Haton, un curé de la Brie provinoise, n’écrit-il pas qu’on le considérait comme « le père des laboureurs » ? Dans les événements collectés par la mémoire, ce sont les intensités négatives qui l’emportent  néanmoins  : « si grandes neiges » (1443, 1511, 1548, 1570, 1598, 1615) ; « si grand froid » ou « si grande froidure » (1523, 1572, 1573, 1595, 1603, 1607-1608, 1630) ; « si grand hiver » (1613) ; « si grande bise » (1614) ; « si grande gelée » (1538, 1564, 1639) ; si grand chaud » (1638) ; « si grande sécheresse » (1536, 1556, 1619, 1623, 1624) ; « si grande foudre » (1640) ou « si grand tonnerre » (1650) ; « si grand débordement » ou « si grandes eaux » (1586, 1615, 1625, 1626, 1640) ; « si grande inondation » (1522, 1567) ou « si grande pluie » (1538, 1623) ; « si grande tempête » (1643) ou « si grand vent » (1562, 1606) ; « si grand ébranlement et tremblement des terre » (1646) ; « si grande famine » (1437, 1481, 1587, 1630, 1637) ; « si grande cherté » (1573, 1597, 1631) ; « si grande disette » (1586, 1631) ; « si grande misère » (1586, 1595-1598) ; « si grande peste » (1637) ; « si grande quantité de vermine » (1532) ; « si grande cruauté » (1593) ; « si grande quantité de loups » (1596, 1598) ; « si grand ravage de loups » (1634) ; « si grande mortalité de bétail » (1614) ; « si grande émotion » (1637). L’inventaire est extensible à l’envi : à l’aune d’une génération et de l’expérience toujours circonstanciée des rédacteurs, le sentiment d’anormalité trouvait toujours à s’exercer. Selon le contexte géographique, c’est ici la face « noire » de l’histoire rurale qui met en avant Jean qui pleure mais l’ampleur des désastres est longtemps telle que l’observateur ne saurait rester impassible. Les « malheurs des temps » détruisent le mythe du « bon vieux temps ». Les infortunes irrémédiables que les rustres ont subies avec récurrence ont scandé leur destin. Pourquoi enterrer les morts dans les jardins, les vignes et les clos, jusqu’au sommet des puys, si la peste n’avait pas figé chacun chez soi ? Longtemps les cabanes des pestiférés ont marqué le paysage et bon nombre de nos villages, sans en avoir la moindre idée, conservent les ossements 15

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des victimes aux quatre coins du finage. Mourir de faim, de famine et de misère et manger du pain de gland ou de racine de fougère, autre risque collectif qui jalonne ce long martyrologe. Même les enfants et les femmes dévorés par les loups « et autres bêtes féroces » scandent l’histoire rurale du début du xve  siècle à celui du xixe. Tous ces repères font sens quand ils sont rassemblés et il importe d’en saisir l’impact inégal, mais souvent large, sur les différentes conditions. Marqueurs des temps, et souvent de leur dureté, ces événements fournissent par ailleurs un miroir grossissant des réalités ordinaires de ce « pauvre bonhomme », dont l’avocat Grimaudet prenait la défense en 1561. Leur mise en place dans l’espace et la chronologie révèle en négatif les phases, même rares, et les zones, plus nombreuses, qui ont échappé à la sinistrose ambiante, qui s’atténue avec le temps. Comme le marquait justement Fernand Braudel, en parcourant l’« économie paysanne » dans son Identité de la France (iii, 26) : « Si l’on ne replaçait pas ces nouvelles calamiteuses à leurs dates, au long de la durée, pour qu’apparaissent entre elles les bonnes récoltes et les intervalles presque tranquilles qui ont tout de même existé, elles constitueraient, rapprochées comme autant de pierres noires, un mur d’éternelles lamentations. » Des hommes dans leurs structures : « Jean qui rit » ? Car, au-delà des aléas, ces hommes ont survécu. Quand bien même l’optimisme ne saurait être de rigueur dans ces siècles de fer, le challenge entre « gens qui grognent », mis en lumière par Pierre Goubert, et « gens qui rient », sensibles à Emmanuel Le Roy Ladurie (Une Vie avec l’histoire, 2014), est indéniable. Pour les mêmes individus, l’alternance rebat les cartes et évite de sombrer toujours dans le misérabilisme. Ces chroniques entendent faire resurgir leur quotidien dans toutes ses dimensions. Leur vie matérielle, leur organisation familiale, leurs productions, leur rôle social mais aussi leurs rapports avec le mas, le village, les villes, avec les privilégiés, avec les pouvoirs constitués. Par ailleurs, on a scruté aussi les réactions du monde rural à l’égard de la montée de l’État en tant que premiers contribuables, endettés et révoltés. Agents du pouvoir administratif (royal, seigneurial et ecclésiastique), juges et propriétaires, sergents et percepteurs, soldats et bandits interviennent d’une année à l’autre. Leur passage, souvent redouté, marque les mémoires. La présence de Dieu imprègne nos personnages. Catholiques pour la plupart, ils sont sous la coupe du curé – ou du recteur dans le Sud-Ouest comme en Bretagne – mais ils ont affaire le plus souvent aux vicaires, qui témoignent, au premier chef, dans les « notas » de leurs registres parois16

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siaux. C’est dans le cadre religieux que s’affirme une bonne part de la sociabilité campagnarde sous l’Ancien Régime : fêtes patronales, confréries et processions mais aussi « reinages » ou « royaumes » quand il fallait assurer les dépenses de luminaire pour l’église. Enfin ces croyants sont parfois des Réformés et, dès le xvie siècle, un certain nombre de nos témoins affirment cette sensibilité, dont on peut voir la gestation chez Jean Le Coullon, aux portes de Metz. Les hommes ne sont pas seuls. Les bêtes ont également une place à côté d’eux. Même si nous n’entrons pas dans une « histoire de l’animal » pour elle-même, le rapport de l’homme avec les autres espèces reste bien présent ici. Les animaux domestiques ont accompagné les ruraux, comme acteurs pour le trait et comme source de rente, dans toute leur diversité (des « bêtes à cornes » aux « mouches à miel », des chevaux et mulets aux poulets « d’Inde », du « brébial » lanu des moutons et des chèvres aux « coches » du troupeau porcin). Eux aussi sont soumis à la vulnérabilité environnementale. Les épizooties surgissent, comme celle qui frappe les porcs du Lyonnais et du Forez en 1501 ou les vaches en Auvergne et en Velay en 1614. Les animaux sauvages les ont menacés, à commencer par les « bêtes rousses » dévastant les cultures mais aussi le redoutable loup à quatre pattes, qui a assombri les époques troubles, en tant que prédateur ou que bête enragée. L’irruption chronique de Canis lupus dans les campagnes révèle les fragilités de l’homme dans son organisation sociale et le contrôle de l’espace. La chasse –  légale ou non  – a donc été la riposte nécessaire, mais non suffisante, des producteurs. Car les conditions de l’environnement soulignent la fragilité des populations rurales : les invasions du bacille de la peste, récurrentes, mais aussi celles des chenilles (1549, 1625, 1647, 1651), des hannetons (1517, 1591, 1605), des sauterelles (1479, 1504, 1517, 1553, 1615). Enfin, on ne saurait oublier les paysages, les arbres, les champs et les vignes, les friches, les pâtures et les estives que l’homme sans cesse a façonnés et souvent modifiés. Le bocage en contruction, les marais en cours de dessèchement, les montagnes en lente déforestation : ces processus, qui échappent au temps court, sont justiciables d’une approche lente dont ces Chroniques livrent des jalons. Chaîne et trame entrecroisées Onze cent soixante-six rubriques ont été ouvertes. Dans ce florilège, deux niveaux de lecture s’offrent au public  : la trame événementielle et les aperçus structurels, qui se font écho. Au cours du long métrage que nous nous efforçons de reconstituer, sur différents registres, des arrêts sur image 17

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fournissent des coups de projecteur sur des réalités ou des processus dont l’évolution s’opère à une autre cadence. • Au jour le jour : la chronologie dévoile le rythme de l’histoire rurale, avec une série continue de repères depuis la fin du Moyen Âge (réglementation étatique et ecclésiastique, agro-météorologie, environnement, guerres et paix, révoltes populaires). Le rassemblement de ces données vient confirmer – ou nuancer – les témoignages isolés. Il révèle, à grande échelle, des concordances et des cohérences, qui singularisent la texture de la trame générale. • Les longues permanences de l’histoire « immobile »  : des extraits de documents ouvrent sur les aspects divers de l’histoire des campagnes, dont l’évolution est plus insidieuse (structures économiques, aspects démographiques, vie quotidienne, relations sociales, contrôle de l’espace, comportements culturels) et sur les apports spécifiques des historiens qui se sont intéressés aux campagnes, directement ou transversalement, depuis 1850. Dans cette vaste fresque, quels ont été les choix ? Essentiellement celui de la diversité pour éclairer la multiplicité des aspects de la vie rurale et des champs d’intérêt qui s’offrent aujourd’hui : modes et outils de production, types d’exploitation, vie quotidienne, préoccupations, activités domestiques et communautaires, liens familiaux et fonctionnement des exploitations, rapports avec les seigneurs et les autorités, sensibilités religieuses. Entrons dans les villages, arpentons les terres, les bois et les vignes, pénétrons à l’intérieur des fermes : c’est à une vision immersive de l’histoire des campagnes que l’on convie le lecteur. L’observatoire retenu : le futur Hexagone, du Moyen Âge à Louis XIV Tandis que les frontières de la France s’étendent singulièrement de la fin de la guerre de Cent Ans à la Fronde –  mais sans atteindre l’Hexagone avant 1860 –, il était difficile de ne pas privilégier les provinces du vieux royaume. Par ailleurs, l’accessibilité documentaire et la familiarité de l’auteur avec le Bassin parisien interdisaient de représenter à parts égales les régions méridionales et occitanes, la Bretagne bretonnante ou l’Alsace germanophone. Un effort a été tenté néanmoins pour éviter des injustices criantes et intégrer des informations venues de toutes les anciennes provinces françaises et de la totalité des départements actuels. Historiquement, ces Chroniques prétendent embrasser non seulement le royaume de France mais aussi ses « parties adjacentes » (1484)  : on y rencontrera les plaines et les montagnes, l’intérieur et les côtes, les campagnes « profondes » et le « péri-urbain », l’habitat groupé et l’habitat 18

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dispersé, les fleuves et les marais, l’inculte et la forêt, la terre ferme et les îles. Du cap Sizun à Villersexel, de Coudekerque à Saint-Martin-Vésubie ou de Thionville à Artigat, pour reprendre des localités citées dans ces pages, et sans négliger la Corse, on s’est efforcé de voir large. Vaste programme, dont le lecteur débusquera sans peine les imperfections. L’index des lieux (plus de 2  100  communes anciennes et actuelles, réparties sur tous les départements), qui figure à la fin de l’ouvrage, en donne la mesure. La dimension hexagonale n’a rien de réducteur  : la multiplicité des identités régionales et des cloisonnements culturels crée pour l’historien du monde rural un véritable challenge s’il ne veut pas se contenter d’une esquisse trop impressionniste ; la construction progressive de l’espace « national » fait regarder comme étrangers, aux yeux des « régnicoles », les populations alors frontalières des États de Bourgogne dans lesquels les « Franchois » ont un statut identique ; enfin les échanges multiformes auxquels tous ces territoires se prêtent, depuis l’ouverture au monde à la fin du xve siècle, sont tels qu’on est loin d’un repli. Considérer ensemble des provinces, des pays et des « petites patries » que le nom du roi de France ne réunit même pas encore est en soi un exercice de comparaison fructueux, qui est loin d’épuiser l’ingéniosité de Clio. Quelle temporalité retenir ? L’objectif est de couvrir une enveloppe chronologique large pour saisir changement et continuité, en traquant l’écho dans les campagnes des faits majeurs et en multipliant les séquences fixes. Dans cette perspective, adopter une tranche de deux siècles nous paraît être une bonne mesure  : sept à huit générations, un pas de temps suffisamment large pour saisir les mouvements de longue durée mais suffisamment étroit pour enregistrer le conjoncturel. Dans cette association, on égrènera toutes les années même si leur traitement spécifique restera inégal, en fonction de l’épaisseur de la documentation et de la subjectivité de l’historien. De 1435 à 1652, sur 218 années, un long Moyen Âge est entré dans la modernité, sans abandonner les marqueurs qui en ont fait l’identité : les poussées endémiques de peste, l’évolution homéostatique des récoltes et des hommes, la prédominance des logiques territoriales locales ou régionales, la menace quasi permanente des guerres intestines. De la paix d’Arras, qui annonce la fin des dévastations (1435), à l’achèvement de la Fronde (1652), qui marque la dernière opposition féodale à l’émergence d’un État national, les gens de village ont vécu dans un climat d’insécurité chronique  : les figures qui hantent alors la mémoire des Croquants sont des hommes de guerre ou des chefs de bandes. Entre-temps, dans le sang et dans la fureur, les campagnes ont été à la merci de la soldatesque. 19

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À feu et à sang : « gens d’armes » et « mauvais garçons » Jamais ensuite on ne retrouvera pareilles fumées. En dehors des rares périodes de trêve où le plat pays s’inquiète au moindre « bruit de guerre », les paysans ont été pris entre deux feux  : à l’avant, celui des ennemis, mercenaires des Habsbourg, « Bourguignons », « Impériaux », « Espagnols », « Flamands », « Allemands », « Croates », « Hongrois » ; à l’arrière, celui des « gens d’armes », « Français » eux-mêmes, mercenaires également, souvent étrangers ou « suivants d’armée », « Italiens » dans les années 1520 et 1540, « Suédois » dans les années 1630, sans compter les incursions intérieures de troupes « alliées » tels les « Reîtres » en 1587, ou les « Lorrains » en 1652. Comme le dénoncent fort bien les chroniqueurs du temps, « sur le plat pays, ceulx de l’Empereur pilloient et faisoient tous actes d’ennemis sauf qu’ilz ne brusloient les villages » (1554), tâche réservée en principe aux Français. Mais parfois la distinction est malaisée  : « nous étions égorgés par les « Suédois », les « Lorrains » pillaient tout, les Impériaux nous traitaient en ennemis, les Messins ne nous portaient aucun secours » (1635). La vision de villages incendiés est certainement l’une de celles qui a marqué le plus la mémoire des rustres. En 1637, depuis la montagne de Saint-Quentin, Jean Bauchez, le greffier de Plappeville, s’écrie : « au long et large tant qu’on peut regarder, c’estoit tout fumée et feu, et n’y avoit pas un lieu ni villaige qu’ils n’y brûlèrent quelque grange ou maison » ! Deux ans plus tard, en Picardie cette fois, du village de Domart, un autre observateur lui répond : « du château, on voyait plus de cent feux allumés en plein air par les fantassins » ! En dehors des soldats réguliers –  et souvent issues de leurs rangs  –, des troupes de bandits rackettent les campagnes, tenant les bois le jour, et pillant la nuit. En 1441, Charles VII dut « chevaucher ses pays de Brie, de Champagne, de Laonnois, de Picardie et de France, et les mit en grant paix et seureté en ostant les larrons ». En 1521, dans le duché de Bar et Lorraine « un tas de mauvais garçons » écument le Pays messin. En 1523, d’autres « mauvais garçons aventuriers » sèment la terreur dans les provinces du centre du royaume, avec à leur tête de redoutables chefs de bande comme ce « roy Guillot », qui défie, le temps d’un été, l’autorité de François  Ier ! L’année suivante, malgré la décapitation du brigand, la menace gagne les environs de la capitale. En août  1544, dans les campagnes poitevines, les « mauvais garçons » raflent les bestiaux des paysans pour les « faire racheter par eux ou autres », aux environs de Niort. Les mêmes scènes se répètent, inlassablement. En 1635 et  1636, au marché de Thionville, les pillards Bourguignons revendent les chevaux ou les « hardes » de bêtes à 20

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cornes des « pauvres laboureurs » lorrains ; en 1643, on y adjuge encore au son du tambour le bétail qui vient d’être ravi aux paysans. La colère de Jacques Bonhomme Devant cette menace structurelle, les campagnes s’efforcent de sauver ce qui peut l’être. C’est alors que les villages, par centaines, se fortifient et élisent leur capitaine, s’imposent pour financer la construction des murailles et l’équipement en armes, allant jusqu’à établir des amendes à l’égard des récalcitrants comme Hérouville-en-Vexin qui, en février 1588, impose six fois plus les laboureurs, tous signataires de la décision, que les manouvriers, qui apposent de simples marques. Pour autant, la précaution ne vaut qu’à l’égard de bandes isolées. Lorsque survient une armée, c’est en ville –  ou en forêt  – que les villageois se réfugient avec leur bétail et leurs meubles les plus précieux. Ce n’est qu’un pis-aller. Dans ce climat sombre, la révolte gronde  : outragés et rançonnés, les « gens de labeur » se font justice eux-mêmes. En 1496, parmi les gens d’armes de pied qui « faisoient beaucoup de mal » au plat pays « en dissipant et en mangeant les biens des laboureurs », 300 fantassins allemands sont délogés de Saint-Clément-sur-Valsonne, en Lyonnais, par « les gens dudit lieu et d’autres environnants gens », réunis en « grand nombre ». Des villageois des environs viennent secourir Villeneuve-Saint-Georges, accablé par les « mauvais garçons », en juin 1524. En 1545, les « gens des champs » capturent, en Poitou, les aventuriers en fuite pour les dépouiller. Ceux du Dijonnais s’empressent de faire payer un « péage » aux reîtres de l’électeur Casimir en 1576. En 1652, les paysans du Hurepoix massacrent les « Allemands » partis fourrager pour ravitailler l’armée des Princes à Étampes tandis qu’en vallée de Chevreuse, un laboureur au surnom emblématique – Sauvegrain ! – arme une « compagnie de paysans » pour protéger leurs biens. La mise à sac des campagnes entraîne la vendetta. On comprend mieux l’insistance mise pour souligner, à chaque accalmie, tout « bruit de paix », comme le fait le curé de Vitray-en-Beauce en 1620. Les traités qui interrompent les guerres, celui de 1559 (Le CateauCambrésis), ou celui de 1598 (Vervins) sont célébrés dans les campagnes par des Te Deum laudamus et des feux de joie. « Enfin le bon Dieu permist que la paix fuist faicte au commencement du moys d’apvril 1559 », reconnaît Jean Le Coullon, désormais soulagé ! Au cours de cette même séquence, Jacques Bonhomme s’insurge aussi contre le financement des guerres à travers la poussée fiscale et, à cet égard, les incendies qui s’allument scandent la résistance à la croissance étatique. 21

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Paroles villageoises et « discours » paysan : un idéal évanescent ? Pour aller à la rencontre des gens de la terre, et bâtir une histoire respectueuse des traces qu’ils ont laissées, il importe de souligner le substrat documentaire et d’en croiser les principales couches. La première tient aux écrits émanant au plus près des acteurs qui nous intéressent. Rien ne remplace les témoignages au ras du sol dont la saveur d’origine a été restituée dans une mosaïque d’extraits d’archives qui éclairent des pans entiers de l’histoire des campagnes. Certes, la grande majorité du monde rural est restée longtemps à l’écart de l’alphabétisation et de la culture écrite. Pourtant, même déformée et médiatisée, la parole des rustres n’est pas étouffée entièrement : les déclarations retranscrites dans les actes administratifs, et en particulier les dossiers judiciaires (comme les lettres de rémission, les informations aux procès, les cahiers de doléances) ou dans les correspondances et les mémoires de tous ceux qui ont côtoyé les humbles (notaires, curés de campagne, administrateurs) offrent un écho saisissant. Par ailleurs, dans les campagnes mêmes, une couche diversifiée de « lisants-écrivants » (propriétaires fonciers, marchands ruraux, fermiers et laboureurs, mais aussi artisans, ecclésiastiques, officiers seigneuriaux, etc.) fournit, pour toutes les régions, une documentation sans fin. On y décèle même des fragments de paroles ou de dialogues, qui émanent de certains villageois, fossilisés dans les circonstances ou les faits divers qui émaillent les témoignages écrits. Certes des filtres subsistent dans le passage à l’écrit – et notamment au français – mais ils ne sauraient anéantir la saveur d’origine des locuteurs ni la gravité des situations, qui transparaissent parfois au style direct : « Ma commère, j’ay esté mors d’un chien enragé. Je suis mort ! » (1446) ; « Villain, en parles-tu ? » (1468) ; « Enfants, vous en devez pas plaindre ! » (1477) ; « Ysabeau, tu ne chantes plus ? » (1482) ; « Areste-toi, vilain ! » (1492) ; « Mourons-nous de faim et ne trouverons-nous blé pour nostre argent ? » (1522) ; « Tu n’as ici que faire, va-t’en hors de ce camp ! » (1550) ; « Hâtez-vous, les gens-ci tardent trop d’aller dormir ! » (1615) ; « Quand je seron a la guerre o nous feret note chuesine » (1652). Et, bien entendu, les mots d’ordre qui cimentent l’imploration « Santa Maria, d’ayguy, d’ayguy, d’ayguy ! » (1534) ou la contestation – en particulier antifiscale – se retrouvent d’un pays à l’autre : « Vive le roi ! fuore élus et traîtres au pays » (1630) ; « Vive le Roi sans la gabelle ! Vive le Roi sans la taille ! » (1637). Si l’on ajoute les désignations locales de termes spécifiques, selon les régions et les professions, on 22

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comprend que la linguistique trouve dans ce corpus du grain à moudre comme les enquêtes d’histoire orale. Le lecteur découvrira aussi une sélection d’actes « de la pratique » et d’ego-histoire (chroniques, mémoires, journaux et livres de raison) qui émanent des acteurs de terrain. Dans ce filon, bon nombre de sources ont fait l’objet de publications scientifiques auxquelles il est bon de se reporter directement car, après deux ou trois strates d’utilisation et de réemploi, bien des précisions se sont érodées : la paternité même de leurs éditeurs voire de leurs auteurs est parfois oubliée ! En définitive, une partie de ces Chroniques offre une anthologie des écrits des témoins, parfois cultivateurs. Avant la seconde moitié du xviie siècle, les simples villageois à avoir tenu la plume régulièrement se comptent sur les doigts des mains. Leur apport est d’autant plus précieux : lisons Louis Bonnard, laboureur à Larajasse dans le Lyonnais des années 1640, François Robert, arpenteur à Couchey, sur la Côte bourguignonne, sous Louis XIII, et cet étonnant Jean Le Coullon, à la fois laboureur et vigneron aux portes de Metz, à Ancy-sur-Moselle, sous François Ier et Henri II. En dehors de ces exceptions – qui pourraient s’accroître à la faveur de la découverte de fonds insoupçonnés et de sources privées  –, le discours agricole émane des quelques familles de propriétaires ruraux adonnés au « ménage des champs » (Olivier de Serres), comme ces Perrote de Cairon qu’avait entrevus Marc Bloch à Bretteville-l’Orgueilleuse, et surtout, pour rester dans la Normandie du xvie siècle, Gilles de Gouberville, ce « quasipaysan » cher à Madeleine Foisil comme à Emmanuel Le Roy Ladurie. Le substrat fondamental : les « écrits du temps » Pour l’essentiel, nous dépendons de la plume d’intermédiaires culturels qui s’interposent comme relais. Pour autant, ceux que nous mobilisons restent très proches des paysans. Certains ne se privent pas de s’en faire l’écho. Depuis la seconde moitié du xve  siècle, la tenue de registres paroissiaux par les curés assure une manne d’informations. En marge ou en commentaire des actes de baptêmes, puis de mariages et de sépultures, les desservants enregistrent certains événements qui touchent leur communauté. Dès 1471, on suit ainsi l’irruption de la peste à Montarcher (Loire). En 1580, le prieur-curé d’Athis mesure la durée de la contagion et, dans les années 1620 et 1630, c’est par légions que les registres en font foi : la crise de 1631 trouverait avec eux des centaines d’informateurs placés au premier rang. En dehors des épidémies, les « notas » de curés s’ouvrent à une multiplicité d’attestations sur le climat et les calamités naturelles, le passage 23

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de troupes ou de personnages importants, les récoltes, la pauvreté, les processions, les luttes religieuses, les attaques de loups, les épizooties, etc. À cet égard, les notations avec lesquelles messire Jehan Perrault, curé de Vitray-en-Beauce, émaille son registre, n’hésitant pas à les reprendre en les complétant lorsqu’il passe des baptêmes aux mariages puis aux sépultures, constituent un cas extrême : de 1601 à 1625, les actes paroissiaux sont interrompus, à longueur de pages, par ses commentaires. En dehors des échos des événements de la Cour, c’est grâce à lui que nous disposons du livret du Mystère de sainte Suzanne joué au village le dimanche 10 juillet 1605. Curés, recteurs et vicaires ont été les premiers chroniqueurs aux champs. Dès la fin du xixe siècle, les notations des curés d’Ancien Régime, retranscrites par les anciens archivistes départementaux dans la sous-série « E supplément » de leurs inventaires, jettent une lueur sur une grande partie du territoire ; depuis quelques décennies, la numérisation des registres paroissiaux vient les compléter, à grande vitesse. Installés à la campagne, immergés de longues années dans l’environnement rural, bons connaisseurs de la situation morale et matérielle de leurs ouailles, ces prêtres sont des contributeurs hors de pair. Au demeurant, la plupart de nos informateurs sont des gens des villes. Serait-ce rédhibitoire pour reconstituer notre trame ? Absolument pas pour au moins deux raisons. Bon nombre de décisions qui commandaient la vie des campagnes se prenaient dans les petites cités si proches où se fixaient les prix agricoles et le montant des fermages. Mais, surtout, les bourgeois et les notables urbains, de tout acabit, avaient un pied en ville et un autre à la campagne : ils étaient témoins oculaires des réalités qu’ils observaient. L’interpénétration de l’urbain avec le rural est une réalité fondamentale du Moyen Âge au xixe  siècle, comme Lucien Febvre l’avait bien marqué pour Besançon sous Philippe  II, dès sa thèse en 1912. Chaque jour, les portes des villes s’ouvraient pour laisser passer, dans un sens, vignerons et journaliers partant travailler aux champs et, dans un autre, laboureurs, maraîchers et métayers venus apporter les produits de leur ferme et le bétail aux bouchers. Même Paris avait ses paysans et jusqu’au règne d’Henri IV quelques fermes dans son enceinte. Combien de citadins conservaient des parents au plat pays et des biens au soleil, dont les revenus assuraient l’épargne et le bien-être de la famille ? Le moindre incident météorologique, la maraude des gens de guerre, les attaques de loups sur le bétail entretenaient l’inquiétude du citadin dont les murailles n’enfermaient pas toutes les richesses. En temps de crise, des bourgeois comme Jarrige, le viguier de Saint-Yrieix, collectaient les informations jusqu’à déclarer, lors de la famine de 1573 : « comme je sais pour avoir parlé à une infinité de 24

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paysans du dict pays ». En temps ordinaire, dans les villes, les « bailleurs » étaient nombreux à guetter leurs fermages, à attendre leurs métayers, à surveiller moissons et vendanges. Certains prenaient même plaisir à aller voir leurs vignes, comme Jean Pussot, ce charpentier de Reims qui lorgne du printemps à l’automne ses rangées de ceps sur la Montagne. L’intérêt bien compris du propriétaire l’invitait à conserver un contact étroit avec les campagnes. Ses affinités aussi, d’autant qu’au village s’entretenaient autant les fruits de la table que les relations sociales au pays. Enfin, si l’on conserve à l’esprit que c’est à la ville que le besoin d’écriture était le plus grand, ne serait-ce qu’en raison de l’éducation et de l’ouverture des réseaux d’information, on comprendra que les auteurs qui ont tenu leurs « livres de raison » constituent, en règle générale, de bons informateurs. Journaux et livres de raison s’ajoutent naturellement, comme témoignages directs ou indirects ordonnés sous forme d’annales, aux chroniques et aux mémoires, déjà bien connus, et souvent réutilisés depuis leurs premières éditions au xixe siècle souvent, voire dès l’Ancien Régime. Exploités par les historiens en seconde ou troisième main, parfois oubliés ou travestis, il importait de leur rendre justice en assurant les références précises, d’autant plus utiles que le travail de numérisation assuré depuis quelques décennies en a accru l’accessibilité. L’ensemble de cette documentation forme le socle de nos Chroniques. Les strates supérieures : le travail des historiens Une deuxième strate documentaire nourrit ce tour de France. Des années 1850 aux années 1980, un filon exceptionnel a fait progresser nos connaissances sur l’histoire des campagnes : les monographies régionales, souvent liées à des thèses de doctorat d’histoire (mais parfois d’histoire du droit, de géographie voire d’ethnologie) qui ont scruté, patiemment, de longues années durant, les réalités rurales dans le cadre d’une province, d’un département ou d’un canton. Pour la fin du Moyen Âge, l’époque dite moderne (xvie-xviiie  siècle) et le xixe  siècle, ces travaux, publiés pour la plupart, assurent la solidité de l’historiographie française. Ils constituent toujours les murs porteurs de la connaissance du passé rural. Ils multiplient les pistes d’analyse et les chemins de traverse. Ils décryptent les structures. Ils scandent les changements. Ils offrent accès directement aux sources primaires (comme celles de notre premier tiroir) à la faveur des citations, des appels de notes et de l’inventaire des archives dépouillées. Maltraité par l’homogénéisation européenne et interdisciplinaire, ce filon s’est amenuisé. Il a réduit souvent son épaisseur géologique mais sans pour autant interdire, dans des cadres souvent plus restreints, des explorations de la même veine. 25

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Troisième couche dans cette coupe géologique, les analyses spécifiques portant sur les innombrables composantes de l’histoire rurale, dans ses dimensions traditionnelles (l’histoire économique et sociale, l’histoire des paysages et des structures agraires) ou ses angles nouveaux (l’histoire de l’environnement, l’histoire des sensibilités). En la matière, la documentation est inépuisable, placée à la fois dans les débats scientifiques (et leurs relais nationaux ou internationaux) et les apports régionaux et locaux, qui fournissent souvent des démonstrations plus aisément vérifiables et des matériaux plus facilement réutilisables (publication des « sociétés savantes » aujourd’hui « scientifiques »), immédiatement accessibles. La production d’articles de recherche et les actes des rencontres entre spécialistes assurent incontestablement les jalons du progrès de nos connaissances, mais leur étendue-même, dont la Bibliographie annuelle de l’Histoire de France a donné une bonne idée un demi-siècle durant, défie la synthèse. Certains travaux ont donc été privilégiés pour diversifier les apports de ces Chroniques. Depuis 1994, une revue les a promus dans son propre champ de vision. Elle en a ouvert les perspectives tout en produisant elle-même des éditions de sources. On ne pouvait l’ignorer : le dépouillement systématique d’Histoire et Sociétés Rurales assure à ce livre un complément fructueux. Enfin au-dessus du tout, assurant les grandes orientations, les synthèses et les essais généraux offerts par les devanciers sont restés bien en vue. Des Caractères originaux de Marc Bloch (1931, avec le supplément de Robert Dauvergne de 1952) à l’Histoire de la France rurale (1975-1976), des guides ont été posés. D’autres ont été oubliés, injustement. Depuis l’« Histoire des classes agricoles » mise au concours par l’Académie des sciences morales et politiques en 1850 (inspirant Léopold Delisle en 1851 ou Dareste de la Chavanne en 1854) et les premières fresques engagées comme celle d’Eugène Bonnemère, en 1856 (!), sur L’Histoire des paysans depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à nos jours – si sensible aux témoignages des vieux chroniqueurs  – jusqu’à la « Terre et aux Paysans aux xviie et e xviii  siècles », sujet mis au programme pour les recrutements dans l’enseignement secondaire en 1999-2000, les recherches n’ont pas cessé. Il en va de même pour certains aspects fondamentaux du sujet comme la pauvreté, qui trouve dans l’ouvrage d’Alphonse Feillet sur La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul une mine d’informations disponible dès le Second Empire ! En revanche il faut attendre les dernières décennies du xxe siècle pour disposer, avec l’histoire du climat et celle de l’environnement, des éclairages importants qui renouvellent notre vision du passé. Ces travaux restent précieux  : ils n’occultent pas pour autant les trois strates de notre corpus auxquelles les emprunts font sans cesse référence. 26

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Des études locales aux essais généraux, la sédimentation historique sur l’histoire des campagnes est considérable : depuis la Deuxième République, les historiens ont labouré les archives et exhumé des sources impressionnantes. Bon nombre de leurs travaux ont été repris voire pillés, tout au long du xxe siècle, par les universitaires. On en occulte souvent la paternité. Chez les historiens, on n’aime pas toujours la longue durée et la mémoire fonctionne, elle aussi, sur quelques demi-dieux qui éclipsent les « inventeurs » du départ. Qui se rappelle de Joseph Roman, l’inventeur – en 1877  – de « La guerre des paysans en Vivarais », qui a inspiré, un siècle plus tard, Emmanuel Le Roy Ladurie ? Notre historiographie est souvent téléguidée. Une relecture s’imposait. Un enjeu revendiqué : baliser l’histoire des campagnes De ce substrat documentaire jaillit un foisonnement de témoignages au plus près des manants. Ni travail collectif – une perspective possible mais souvent handicapée par son éclatement et son inégalité de traitement  – ni synthèse sélective –  une étape ultérieure, mais qui accroît la part de subjectivité et les raccourcis dommageables – cette entreprise tient un peu de la fresque où fourmillent les personnages sur les scènes successives. Chronologie, choix de sources, guide perpétuel, cet ouvrage balise le temps et l’espace, repère les événements et les inflexions, éclaire les grandes structures tout en articulant les échelles (individuelle, locale, régionale, nationale, internationale), en ménageant un va-et-vient incessant entre les décisions d’en haut et les répercussions d’en bas, une confrontation entre les pouvoirs publics et les attentes des sociétés, le tout dans un cadre localisé avec le plus de précisions à la fois dans le temps et dans l’espace. C’est au lecteur qu’il incombe de prendre ses arguments pour orienter un discours. Les repères qui suivent suffisent à eux seuls pour baliser quelques grands traits de l’évolution  : les longs siècles d’insécurité intérieure où les destructions des hommes allaient de pair avec leur vulnérabilité à l’égard de l’environnement ; la proximité à l’égard de la nature et l’irruption permanente du sauvage, illustrée ici par la lutte entre l’homme et le loup ; l’inflexion lente du poids direct des guerres vers la pesée croissante de la fiscalité ; le contrôle progressif des autonomies régionales et locales au bénéfice des instances supérieures, à commencer par l’État ; le développement discontinu mais irréversible de l’économie marchande et du capitalisme dans les campagnes ; l’ouverture par paliers du monde rural sur l’extérieur et l’arrivée, par saccades, de la mondialisation ; la spécialisation progressive de l’économie rurale et l’affirmation concomitante de spécificités paysagères ; l’augmentation des contrastes sociaux 27

LA MÉMOIRE DES CROQUANTS

et le laminage des couches moyennes ; la montée de l’alphabétisation et la progression de l’urbanisation ; la réduction lente des diversités socioprofessionnelles et des particularismes régionaux… tout cela transparaît, au fil des pages. Mais au-delà de ces tendances générales ou simplement régionales, le vécu nous importe. Derrière les notations qui colorent ces éphémérides, des figures resurgissent. En 1977, dans sa contribution à l’Histoire économique et sociale de la France (1450-1660), Michel Morineau le déclarait sans ambages (p. 877) : « La conjoncture n’est pas impersonnelle mais s’incarne dans des réactions et des destinées individuelles […]. Elle s’oppose à l’abstraction conjoncturelle. Aussi nécessaire, aussi lumineuse que puisse être celle-ci, au moment d’être réintroduite dans l’histoire, la vie concrète la subsume et la métamorphose en conditions et conduites humaines, faisant réapparaître des visages. » Ce sont ces visages que nous avons voulu mettre en lumière. Loin des abstractions de l’histoire globale ou des séries froides de l’histoire quantitative, notre appel à témoins se veut immersion dans l’histoire vivante. Pour autant le guide précède ici le manuel ou l’essai. Les jalons se dessinent, variés. Les indices foisonnent. Le rassemblement des données au fil des ans fait ressortir régularités et disparités. C’est là une étape d’une histoire en train de se faire, collectivement. Les perspectives restent ouvertes. Ouvertures et chantiers à venir On reste interloqué par cette multiplicité des points de vue, certains partisans, et toujours partiels, mais qui interpellent et offrent des repères. À cet égard, on n’a pas ménagé les citations et les notations référencées, y compris à partir des archives. Il importe de permettre à chacun de remonter directement à la source de l’information. Le lecteur prendra conscience de la complémentarité de multiples sources de première et de seconde main, de centaines de recherches ruralistes et même de l’intérêt pour les campagnes de travaux qui ne les affichent guère dans leurs préoccupations. C’est l’occasion de mesurer la richesse des acquis, la diversité des apports, l’étonnante parenté des œuvres des historiens, anciens et modernes. Ici aussi l’anthologie s’impose tant les oublis abondent dans la mémoire. Regardez ce tableau saisissant de l’émergence d’une « classe rurale nouvelle » au cours du premier xvie  siècle. Ce n’est point en Île-de-France, ni en Languedoc… mais en Bourgogne, et sous la plume d’Henri Drouot, qu’il faut aller le trouver, dès 1937 (infra, pour l’année « 1550 ») ! 28

AVANT-PROPOS

Les témoignages sont aussi l’aiguillon de l’historien. Ils soulignent la richesse de nos acquis, souvent négligée. Ils conduisent à prendre la mesure des facteurs personnels dans les mouvements d’ensemble et la complémentarité des échelles d’analyse, de l’individu aux agrégats collectifs. Ils nous convient inlassablement à articuler les échelles d’observation dans le temps comme dans l’espace. Pour comprendre le fonctionnement des rapports sociaux, une lecture plurielle s’impose, qui considère les facteurs psychologiques et culturels autant que ceux qui relèvent de la démographie et de l’économie, du politique et de l’environnement. Le qualitatif s’entrecroise avec le quantitatif. Le rassemblement et la mise en perspective de toutes ces informations assurent la substance de cet ouvrage. La trame qui en ressort offre une grille de lecture qui nourrit enfin, de l’intérieur, de multiples voies de recherche : les liens multiformes entre les campagnes et la guerre ; la gestion des risques naturels et anthropiques ; la domestication du sauvage et l’emprise croissante sur les espaces « naturels » ; la diversité des mobilités sociales et géographiques ; la perception de la paysannerie et les sensibilités culturelles propres au monde rural ; l’empreinte des ruraux dans le patrimoine immatériel parvenu jusqu’à nous ; la dynamique des « petites gens » autant que celle des « élites » ; la place des femmes et le sort des enfants « de la terre » ; la culture matérielle au « pays » et au village ; les transformations de l’habitat et du cadre de vie ; les voies du changement agricole et les mutations commerciales ; la gestion de l’environnement et la construction des paysages ; l’évolution de la consommation et l’apport des produits exotiques ; l’exploitation des ressources naturelles et l’impact des activités non agricoles, en particulier industrielles… la boîte de Pandore des réinterrogations reste inépuisable. Enfin, les données rassemblées invitent à une lecture géographique des rapports entre l’homme et son environnement. La répartition des événements qui émaillent cette fresque se prête à une cartographie multiscalaire, depuis l’exploitation agricole jusqu’à l’Hexagone, voire au-delà. Ainsi en va-t-il de l’emprise de l’homme sur le territoire, à titre individuel, des conquêtes terriennes de bourgeois comtois comme Fernand Séguin en 1569 ou Pierre Cécile en 1587, à l’organisation des cultures d’un Nicolas Delacourt à Maffliers en 1643. Les mouvements collectifs appellent tout autant une mise en cartes qui sorte de la simple esquisse, des vagues de sorcellerie aux processions « blanches », des « grèves » de dîmes aux « ligues » paysannes, sans compter le cortège des révoltes populaires, qui ne furent pas qu’antifiscales. Mais il en est de même pour les dévastations humaines – incendies de village (comme en 1553), banditisme rural 29

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(comme en 1521-1524), traversée de troupes organisées (des reîtres de 1587 aux Frondeurs de 1652), ou courses de soldats débandés (récurrentes dans les campagnes, des guerres d’Italie à la guerre de Trente  Ans), qui redonnent à l’histoire militaire une dimension sociale plus large. En dehors de l’action des hommes, les cicatrices environnementales comme les calamités requièrent des cartes de localisation précises : poussées de peste ou d’autres maladies contagieuses, circuits d’épizooties de toute nature, attaques de loups prédateurs et ravages de « bêtes » anthropophages, disettes régionales et grandes famines (et ce, dès 1481-1482). Dans cet ordre d’idées, il est temps d’inscrire spatialement l’éventail des catastrophes naturelles et de les corréler : inondations et sécheresses ; grands hivers et canicules ; tremblements de terre et raz-de-marée (comme celui de 1645 sur la côte Atlantique) ; tempêtes et « grands vents », qui emportent arbres, maisons et moulins ; « nuées » ou « rubans » de grêle (comme celui de 1545 autour de Saint-Maixent, de 1577 entre Sens et Troyes, de 1634 au sud d’Agen) mais aussi épisodes de plus grand ampleur, comme en 1598 ou en 1613. Il y a déjà longtemps qu’Emmanuel Le Roy Ladurie a souligné l’importance de l’histoire du climat dans le « territoire de l’historien ». Aujourd’hui l’histoire des fléaux naturels et anthropiques ouvre la voie à un atlas numérique des risques et des régions éprouvées, dont la sortie serait fort éclairante, au-delà même des historiens. En complément des ressources textuelles, cet outil –  appuyé sur des Systèmes d’information géographique  – serait luimême moteur de la progression de la recherche en relançant la réflexion à partir des questionnements nés de l’observation spatialisée. Sismologues, biologistes, ethnologues, médecins, géographes, acteurs du patrimoine et de l’environnement y trouveraient des références opportunes. Les marques de l’histoire et de la nature requièrent une mise à plat de notre mémoire : puisse cet ouvrage y encourager. Des jalons sont posés. Au-delà des théories générales ou des modes de pensée du moment, le terreau de Clio reste la parole, médiatisée par l’écrit ou l’objet, des générations qui nous ont précédés. De la confrontation des sources d’archives, du surgissement même des témoignages, des éclairages portés sur des réalités parfois insoupçonnées naissent des hypothèses, des angles de recherche ou des ouvertures pour l’avenir. Ouvrir à la curiosité du public les traces des sociétés dont nous sommes issus invite à des approfondissements et à des inflexions. Notre compréhension du passé est à ce prix. À une époque où les vents de l’histoire conduisent à une vision hors sol, il n’est pas inutile de restituer aux campagnes toute la place qu’elles ont tenue. Caen, au Pôle rural, mars 2017-août 2018.

Avertissement Sauf exceptions, l’orthographe a été respectée, avec quelques ajustements pour faciliter la lecture (rétablissement des accents, des apostrophes et des majuscules, transcriptions des i consonnes en j, modernisation de noms propres). En dehors de quelques rares textes en latin ou en occitan, ou d’extraits de documents patoisants, la quasi-totalité du corpus émane de témoins s’exprimant en « naturel langage français », pour reprendre les termes de l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539. Pour assurer un ordonnancement régulier de la masse sélectionnée (1 166  onglets), le classement adopté répond, autant que possible, aux rubriques suivantes  : –  Temps et récoltes  – Maladies et environnement – Événements politiques – Autres événements – Ouvertures thématiques. Pour faciliter le repérage géographique des événements rapportés, on a fait figurer la localisation départementale actuelle des communes qui correspondent aux paroisses rurales de l’Ancien Régime. Dans un souci de lisibilité, à l’intérieur des rubriques thématiques ouvertes pour chaque année, quelques symboles ont été utilisés : Peste ou épidémies ~ Calamités naturelles ” Conflits armés, ravages de soldats ✷ Autre type d’événements n

Lorsqu’un type d’événement a eu un large impact dans le royaume, des intertitres en déclinent les aspects géographiques, portés en général par provinces ou petits pays. En dehors des événements ponctuels, un certain nombre d’extraits se rapportent à des faits structurels qui éclairent la vie quotidienne des campagnes, le fonctionnement des sociétés rurales ou l’évolution des rapports entre l’homme et l’environnement. Ils fournissent des aperçus thématiques significatifs. Pour mettre en valeur certains d’entre eux, leurs titres ont été mis en évidence dans la table. Pour permettre au lecteur de retrouver les sources utilisées, on a indiqué, à la suite des documents, les références qui, en dehors de quelques titres spécifiques, renvoient à la bibliographie présentée à la fin de l’ouvrage. Elles se limitent au nom de l’auteur et à l’indication des pages 31

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concernées. Quand il s’agit de références d’archives, on a recouru aux abréviations usuelles  : AN (Archives nationales) –  AD (Archives départementales, suivi de l’indicatif départemental) – BMS (Baptêmes, mariages et sépultures). La revue Histoire et Sociétés rurales, souvent citée, a été abrégée HSR et la collection « Bibliothèque d’Histoire rurale », BHR. La numérisation des sources étant très avancée pour l’état civil ancien, nous avons renvoyé autant que possible aux références des sites des archives départementales directement concernés. Dans un souci d’harmonisation, pour les références antérieures à 1565, on a converti l’ancien style de Pâques au nouveau style, suivant lequel l’année commence au premier janvier. On prendra donc garde que, pour les trois premiers mois de l’année, les documents originaux sont millésimés de l’année antérieure (avant Pâques) jusqu’en 1564 (édit de Roussillon). Enfin, la réforme du calendrier grégorien, intervenue en 1583, fait passer directement du 10 au 20 décembre. Pour éviter toute complication inutile, nous n’avons pas rectifié les dates antérieures et nous avons donc respecté les jours et les mois des contemporains. Cependant, dans le cadre d’analyses sur la longue durée, les comparaisons à mener pour des événements environnementaux ou économiques (comme les dates de moissons et de vendanges), il faut rajouter 9  jours aux dates du xve  siècle et 10  jours à celles du xvie siècle jusqu’en 1582.

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1435 Pâques : le 17 avril Grand hiver « Gelée et froid de l’hiver, plus fort que de mémoire d’homme » (Le Roy Ladurie, 1966, 47). Autour de Paris, la durée du gel et sa répétition détruisent vignes, fruits et légumes. « À la Sainct-Andry [29  novembre  1434], et cellui jour commença à geller si fort que merveilles, et dura ung quart d’an IX jours mains sans point desgeller ; et si nega bien xl jours sans cesser ou de jour ou de nuyt […]. Il recommença à geller en la fin de mars, et ne fut jour qu’il ne gelast jusques après Pasques, qui furent le xviie jour d’avril, et furent les vignes qui estoient en vallées et les marés tous gelez […] et la plus grant partie des serisiers aussi moururent cette année pour la grand froidure qui dure sans pluvoir ne sans desgeler que trop pou plus d’un quart d’an » (Bourgeois de Paris, 656 et 661). Du 25  novembre  1434 au 19  février  1435, dans le Pays messin, les chariots passent au-dessus de la Seille et de la Moselle, prises par les glaces (Chronique de Saint-Eucaire, d’après Litzenburger, 54). … mais belle moisson de grains « Cette année, fist le plus bel aoust, et bon blé et foison » (Bourgeois de Paris, 672). Crue de la Garonne À Agen, en octobre 1435, la Garonne atteint la cote de 12,5 m. C’est « Lou grand aygat » « Les bateaux naviguaient par-dessus les murs de la ville ». Les champs de la vallée sont submergés (Darnalt, 1606). Sous la coupe des gens de guerre Trente ans durant, les campagnes de l’Île-de-France servent de champ de bataille. Dans cette guerre de Cent Ans qui peine à se terminer, les environs de Paris sont le théâtre d’un cortège de pillages quand il s’agit de reprendre la capitale au parti adverse, alors bourguignon. Malgré le contrôle des Anglais depuis la prise de Pontoise, en juillet 1419, et le traité de Troyes, en 1420, jamais la région n’est passée tout entière sous le contrôle anglo-bourguignon. Pour le régent Bedford comme pour le « dauphin » Charles, le sort du conflit s’y décide. ” 1er  juin  : reprise de Saint-Denis par les Armagnacs. Les raids sur les villages voisins de la plaine de France redoublent. D’après le Bourgeois de Paris, tous les « laboureux » ou bourgeois rencontrés dans les environs de Paris auraient eu la gorge coupée ! L’arrivée des Anglais, fin août, met en coupe réglée la plaine de France : « Brief, de tous les villaiges d’entour, il n’y demoura ne huys ne fesnestres, ne traillis de fer, ne quelque chose que on peust emporter ; ne n’y demoura aux champs, despuis qu’ilz furent logés, fèves ne pois, en quelque autre chose, et si y avoit encore des biens sur terre, mais quelque chose n’y demoura, et coppoient les vignes et tout le grain et en couvroient leurs logeys, et quant ilz estoient ung 33

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pou à séjour, ilz alloient piller tous les villaiges d’entour Sainct-Denis » (Bourgeois de Paris, 669). ” 4 septembre : reprise de Saint-Denis par les Anglais qui inondent la campagne en édifiant des bâtardeaux dans le lit de la Seine. Mais, le même jour, prise du pont de Meulan par les Français  : les communications fluviales entre Paris et la Normandie, encore occupée, sont coupées (Fourquin, 324). La paix d’Arras (21 septembre) : vers une sortie de guerre ? Après sept semaines de pourparlers et passant outre aux revendications anglaises, le duc de Bourgogne Philippe le Bon signe la paix avec Charles VII. Le roi se repend de l’assassinat de Jean Sans Peur à Montereau en 1417. Moyennant cession au duc des comtés d’Auxerre et de Mâcon, et des places fortes de part et d’autre de la Somme, « la guerre étant assoupie entre Français et Bourguignons, il ne restait plus aux Français qu’à tourner leurs armes contre les Anglais » (Basin, I, 184-195 ; Chartier, 197-204). L’évêque de Lisieux, qui écrit une Histoire de Charles VII en 1471-1472, dresse un tableau flatteur des effets de la paix. Plusieurs décennies seront nécessaires pour assurer cette « résurrection » des campagnes. « Le roi et aussi le royaume de France, réduits à la misère, avaient grand besoin de souffler grâce à une trêve ou à la paix. La France se fortifiait peu à peu et retrouvait une situation plus favorable au sortir des ravages que la sauvagerie des guerres lui avait infligés  : elle ressuscitait pour ainsi dire. Presque partout les terres étaient remises en culture et de nouvelles récoltes apparaissaient là où, pendant trente ans et plus, les champs étaient restés incultes et embroussaillés de taillis et de ronces » (Basin, I, 188). Des soldats démobilisés : les « écorcheurs » Plus de dix ans durant, de la paix d’Arras à la création d’une armée organisée (1445), les routiers mettent les campagnes en coupe réglée. Faute de solde régulière, « des groupes (turmas), sous la conduite de chefs qu’ils désignent eux-même, parcourent presque toutes les régions, faisant main basse sur tout ce qui les attire, mettant à sac les villages et les places fortes qui ne peuvent se garantir. « Il s’ensuivit que le royaume fut grandement dévasté et désolé en beaucoup de ses parties » (Basin, I, 197). Ramassis de troupes françaises ou bourguignonnes et d’aventuriers démobilisés, ils sont désignés sous le nom d’« Écorcheurs » parce qu’ils dépouillent leurs victimes jusqu’à la chemise. Rassemblés par des capitaines comme Antoine de Chabannes ou le bâtard de Bourbon, qui les mobilisent à leur service, ils sévissent d’abord en Champagne. Particulièrement violents en Normandie et sur les terres contrôlées encore par les Anglais au nom du principe  : « Mieux vaut terre gâtée que terre perdue » (Melius terram valere vastatam, quam perditam), ils sévissent aussi en Bourgogne, en Lorraine, en Alsace, sans épargner le sud de la Loire, notamment le Limousin et le Languedoc.

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L’arrivée des écorcheurs en Berry et en Champagne ” Juin-août : insécurité en Bas Berry, en raison de l’arrivée des « gens d’armes » de la compagnie du capitaine espagnol Rodrigue de Villandrando, comte de Ribadeo, autour d’Issoudun. Le 14  juin, les habitants d’Issoudun réclament des mesures urgentes contre les « gens d’armes et de trait de la compagnie de Rodrigo, et autres capitaines, estant en ce païs de Berry ». ” Le 14 août, un chanoine de Saint-Étienne de Bourges, Jean Gelmon, n’accepte d’aller à Issoudun que si on l’indemnise dans le cas où il serait détroussé ou pris par les gens de guerre (Raynal, 31-32). ” En novembre : « Environ quinze jours après audit an [vers le 13 novembre 1435], vindrent en pays de Champagne de trois à quatre mille hommes de guerre, dont les aucuns estoient yssus des forteresses que ledit connestable avoit fait rendre, lesquelz dommagèrent grandement le pays, et n’y avoit homme, femme ne enffans qu’ilz ne despouillassent, pourvu qu’ils les peussent rencontrer à leur advantaige, jusqu’à la chemise ; et quant ilz avoient tout pillyé, ranchonnoient les villages. Et estoient leurs capitaines ung nommé de Chabannes et deux bastards de Bourbon, et les nommoient le peuple vulgairement et communément les Escorcheurs » (Chartier, 216). Au son des cloches : l’insurrection des paysans cauchois Depuis 1434, les paysans normands se révoltent, au son des cloches (ad sonitum campanarum), contre les troupes irrégulières anglaises au nom de leur « liberté ». Avant la paix d’Arras, plusieurs milliers d’entre-eux ont péri les armes à la main, en Pays d’Auge et aux portes de Caen (Basin, I, 199-207). En novembre  1435, après la reprise de Dieppe par les Français, les paysans de la pointe du Caux se soulèvent en masse contre les Anglais, reprennent Montivilliers, Harfleur et les environs mais échouent devant Caudebec. « Certains habitants du pays, dont le principal s’appelait Charuyer [ou Le Caruyer], firent tant que tous prirent les armes et les tournèrent contre les Anglais pour lesquels, d’ailleurs, ils professaient une haine naturelle. En peu de jours, de tous les bourgs et villages, ils se réunirent aux environs de la Noël » (Basin, I, 217). L’expédition punitive anglaise survient alors, détruit les villages et massacre la population de la zone rebelle. Mal armés et mal organisés, les paysans cauchois sont massacrés devant Caudebec-en-Caux (Seine-Maritime). « Cette grande foule de paysans se répandit en désordre près de la porte et du fossé. Alors 2 ou 300 cavaliers anglais se jetèrent sur eux et en firent grand carnage » (Basin, I, 219). La défaite paysanne est due en partie au retrait de la noblesse  : les « capitaines français » et les « seigneurs du pays  jalousaient le peuple d’avoir si bien amorcé l’entreprise ». La défaite paysanne est le signal d’une terrible répression (Basin, I, 219-227). Selon la Chronique normande, « la malédiction fut si grande en Caux que le pays demeura presque entièrement inhabité. Hommes et femmes fuyaient, par terre et par mer, comme en péril de feu ». Certains villages sont rayés de la carte en 1436. Le trésorier de l’archevêque de Rouen note encore en 1447 qu’à Saint35

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Martin-aux-Buneaux (Seine-Maritime) « il ne demeure personne et il n’y a point de labour ». Le Pays de Caux désertifié Au lendemain de l’insurrection de 1435, et pour plusieurs années, c’est « Hiroshima en Normandie » (Bois, 1976, 299-302). « Le peuple du pays de Caux […] gémissait sous le joug insupportable de la domination anglaise. Après lui avoir continuellement résisté autant qu’il pouvait, il conçut une entreprise glorieuse et tenta, en prenant les armes, de redevenir sujet du roi de France. Malheureusement, les chefs qui les premiers avaient excité son courage l’abandonnèrent. Ce peuple resta donc à la merci de ses ennemis. […] Les fugitifs qui s’étaient mis à couvert dans les villes ou dans les campagnes, le sexe et l’âge le plus faible, n’échappèrent pas au glaive du vainqueur ou moururent de faim. Cette famine fut si cruelle et si meurtrière, que les riches comme les pauvres y succombaient. […] Lorsque toute la population eut été ainsi anéantie par la mort ou par la fuite, la terre demeura improductive et inculte. Où jadis vous eussiez admiré de brillantes moissons et des champs fertiles, s’offraient à la vue des buissons d’épines, des arbres qui avaient pris une croissance inutile ou démesurée. […] Une solitude profonde régnait au loin et partout un silence effrayant. Non seulement on n’entendait plus une voix d’homme, mais les oiseaux des bois même se turent. […] Ces malheurs, ils sont grands, ils étonnent, et ils sembleraient incroyables et presque fabuleux, s’il n’était pas resté de nombreux témoins de ce que j’ai dit, qui pourraient raconter d’autres circonstances innombrables de ce désastre, dont le récit, certes, remplirait des volumes […]. Dans le pays de Caux, on rencontre une infinité de villages qui renfermaient autrefois 100 feux ou familles, et qui ont aujourd’hui [en 1483-1484] n’en ont que 40 ; et sur cinq de ces familles vous en trouverez à peine deux qui soient rétablies » (Masselin, 561-573). Premiers retours à la terre. Ici et là de premiers indices, fort ténus, signalent que la vie reprend son cours ✷ En Lorraine. Un fugitif, originaire de France, vient habiter Thillot, localité désertée voisine de Dommartin-la-Montagne (Meuse) (Girardot, 520). ✷ En Quercy. De premiers « accensements collectifs » s’opèrent : quatre lieux sont repeuplés de 1435 à 1439. La recolonisation agraire s’accèlère ensuite, de 1440 à 1449 (35 lieux) et de 1450 à 1459 (30 lieux), (Lartigaut, 1978, 73). ✷ En Poitou. S’ouvre alors une période de nouveaux accensements. Entre 1434 et  1438, les religieux d’Orbestier (Château-d’Olonne, Vendée) concèdent noé, salines, maisons, logis avec obligations de réparations (Cartulaire de l’abbaye d’Orbestier, d’après Sarrazin, 347).

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1436 Pâques : le 8 avril Minimum démographique Dans plusieurs régions, on constate alors l’étiage des populations rurales. ✷ En Berry, à Graçay (Cher, au sud-ouest de Vierzon) : la population est passée d’un indice 100 en 1410 à 33 en 1436, d’après le relevé des droits seigneuriaux effectivement perçus (Michaud-Fréjaville, 474-475). ✷ En Forez  : dans l’aide octroyée au duc de Bourbon par les représentants des Trois-États le 31  janvier  1436 (n.  st.), les habitants de Nouailly en Roannais obtiennent un rabais de 34  livres  13  s. à 16  livres 9  s « pour pitié et aumosne qu’ilz ont esté et sont détruitz par les Bourguignons et autres gens de guerre ». Au même moment, le village de Messillieu (com. Précieux, Loire) n’a versé que 6 sous t. au lieu de 40 « pour ce qu’il ny demeure à present que ung habitant tenant feu et lieu et les autres s’en sont absentez » (AD 42, B1915, f°1, et B1952, f°4, d’après Colombet-Lasseigne, 229). L’Île-de-France libérée mais ravagée ✷ Février-mars : reprise de Pontoise, Saint-Germain-en-Laye, Corbeil et Charenton. Les garnisons anglaises sont chassées de l’Île-de-France (Fourquin, 326-327). ✷ Mars : Les campagnes du Vexin français incendiées par les Anglais. « Le vendredy de la iiie sepmaine de karesme, furent envoiez les Anglois en tous les villaiges d’entour Pontoise pour bouter le feu partout, et en blez et en advoynes, et en poys et en fèves qui dedens les maisons estoient. […] « Le mardy des festes de Pasques, les gouverneurs de Paris firent partir de Paris, environ minuyt, bien vi ou viiic Anglois pour aller bouter le feu en tous les petiz villaiges et grans qui sont entre Paris et Pontoise sur la rivière de Seine » (Bourgeois de Paris, 686 et 691). ✷ Vendredi 13 avril : reprise de Paris après la victoire du connétable de Richemont et de Dunois sur les Anglais en rase campagne. Les bourgeois conjurés ouvrent aux Français la porte Saint-Jacques (Fourquin, 327). La menace anglaise est écartée mais les troupes françaises ne bougent pas, en attendant leur solde, et celles d’Henri VI tiennent toujours Meaux, Creil, Montargis et la Basse-Seine d’où ils interceptent les communications avec Paris. En juillet 1436, leurs troupes ravagent les campagnes jusqu’à une lieue de la capitale et en septembre ils font une incursion jusqu’à Saint-Germain-des-Prés. ✷ 1436-1437. Reprise des versements en nature dans les demaines du chapitre de Notre-Dame de Paris à Mitry et à Mory (AN, S 329). Ravages des routiers et des écorcheurs ✷ En Île-de-France : l’insécurité s’aggrave dans les campagnes de l’Île-de-France. Les armées régulières sont renforcées, dans leurs opérations de pillage, par des « écorcheurs », gens d’armes irréguliers et paysans ne rupture de ban (Basin, I, 234-235 ; et Tuetey, 1874). 37

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✷ En Auvergne  : en 1436 et 1437, les ravages des routiers de Rodrigue de

Villandrando contraignent les habitants de Murol à se « retraire » dans les fortifications du château. Certains villageois sont capturés par les gens d’armes et doivent payer rançon (Charbonnier, 505). ✷ En Forez : les gens d’armes du bâtard de Bourbon sont signalés dans le mandement de La Tour-en-Jarez. Au nord du comté, les habitants de Noaillly en Roannais (Loire) « sont destournez par les Bourguignons et autres gens de guerre » (AD 42, B 1952, f° 4, d’après Colombet-Lasseigne, 119). ✷ En Poitou : courses de routiers et excès de gens de guerre, notamment de la part des hommes de La Trémoille et de son fils bâtard Jean qui font des ravages autour de Luçon et de Moutiers-sur-le-Lay (Vendée) (AN X2a 23, f° 19 d’après Sarrazin, 331). Invasion de loups autour de Paris… Vendredi après Pâques, édit pour la destruction des loups. Prime de 20  sols par loup détruit venant s’ajouter à la contribution volontaire et spontanée des paysans voisins (Delamare, II, 756). D’après Robert Gaguin, plus de 80 personnes auraient été mangées par les loups aux environs de la capitale (Compendium de origine et gestis Francorum, livre X, cité par Sainctyon, Les Edicts et ordonnances des rois, coutumes des provinces, règlements, arrêts et jugements notables des eaux et forêts, Paris, 1610, 290). …et à Tours Le louvetier de Tours Jean Renier est récompensé pour avoir tué 13 loups et louves dans les bois de Chatenay et de Plante (Arch. com. Tours, CC, R 25, f°  46v° ; R26, f° 114). Une hantise en Haute-Provence : la protection des bois Préoccupation émergente – Thérèse Sclaffert en cite un pemier exemple en 1405 –, la gestion des ressources ligneuses oppose seigneurs et communautés rurales dans certains secteurs méditerranéens. Annonçant les règlements seigneuriaux du xvie siècle, des mesures révèlent une prise de conscience des exactions opérées sur les arbres et la végétation forestière. En 1436, des « capitulations » interdisent aux habitans de Meyronnes et de Larche, de quelque condition qu’ils soient, de couper ou s’approprier aucune sorte d’arbre : mélèze, pin, elve (pin cimbro), sous peine de parjure et d’un florin pour chaque plante le jour et le double la nuit (Sclafert, 1959, 184).

1437 Pâques : le 31 mars Grande famine ~ « En cet an 1437, furent les blés et autres grains si chers par toutes les parties du royaume de France, et en autres et divers lieux et pays de chrétienté, que ce qu’on avoit aucune fois donné pour 4 sous, monnaie de France, on le vendait 40, 38

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ou au-dessus. À laquelle cherté fut si grande famine universelle que grande multitude de pauvres gens moururent par indigence » (Monstrelet, 6, 375). ~ En Cambrésis, Hainaut et Brabant : 1437, la plus mauvaise moisson sur deux siècles et demi. Récolte catastrophique de froment pour la dîmerie de l’hôpital SaintJulien : chute de 81 % des fermages. Gelées rigoureuses de la mi-décembre 1436 à la mi-janvier 1437, en Cambrésis, Hainaut et en Brabant (Neveux, 107 et 123). ~ En Artois : famine catastrophique en 1437-1438 (Bocquet, 1969). ~ En Valois : mortalité générale en 1437-1438. « À cette fureur de se piller réciproquement et de s’entretuer, à l’abandon de l’agriculture, qui causait dans le pays une disette affreuse, se joignirent des pluies continuelles [qui] enlevèrent une grande partie des ressources. Ce nouvel accident causa une mortalité générale » (Carlier, 477). Guerre des loups contre les hommes Comme ce sera souvent le cas plus tard, au moment des grandes famines, des loups profitent des traumatismes qui bouleversent l’organisation sociale. L’agressivité de certains d’entre eux à l’égard de l’homme suscite des vagues d’anthropophagie qui font dire aux contemporains que ces animaux carnassiers leur avaient déclaré « la guerre ». « Par surcroît de malheur, il arriva dans presque tous les lieux du Valois voisins des forêts, un fléau extraordinaire qu’on a quelquefois remarqué à la suite de famines. Des troupes de loups sortirent subitement des forêts et coururent les campagnes pendant plusieurs mois. Ils dévoraient les hommes qu’ils rencontroient, entroient dans les villages et dans les fermes, malgré la vigilance des chiens, et pénétraient dans les maisons ; ils se jetaient sur les enfans et sur les animaux domestiques. Le dommage causé par ces animaux fait frémir. « Ils sembloit que ces bêtes reprochoient aux hommes leur cruauté et cette vie de sang qui est naturelle à leur espèce, ou qu’elles les excitaient à de nouveaux excès, en leur faisant voir qu’après avoir pillé, maltraité ou tué leurs semblables, ils pouvoient encore porter leurs mains ensanglantées sur leurs enfans ou sur leurs animaux domestiques. Cette multitude de loups parut pendant une partie des années  1437 et  1438. Dès que l’on s’apperçut que cette guerre des loups contre les hommes devenoit générale, le bailli-gouverneur de Valois envoya des ordres aux juges des châtellenies de prendre des mesures promptes et efficaces selon les lieux, pour détruire la race de ces bêtes autant qu’il seroit possible. On ordonna des chasses générales ; et comme le plus grand nombre de particuliers ne vouloient courir aucun risque, on impose une taxe sur les maisons des villages et sur les fermes. Cette taxe était perçue deux fois l’année. Le produit se distribuait aux chasseurs, qui avaient travaillé avec succès à la destruction des loups. J’ai vu à Neuilly-Saint-Front, un acte de l’an 1470, par lequel les habitans renouvellent en cette année l’obligation qu’ils avaient ci-devant contractée de lever tous les ans une somme qui devait servir à payer ceux qu’on employait à la chasse des loups. L’imposition était de deux deniers parisis par ménage, dans toute l’étendue de la châtellenie. Apparemment qu’en cette année, le nombre des loups s’augmenta dans le canton » (Carlier, 477-478). 39

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Des campagnes à feu et à sang ” Au sud de Paris : exactions des « larrons » de Chevreuse. « En ce temps avoit à Paris foison gens d’armes, et environ xl ou l larrons qui s’estoient boutez dedens Chevreuse, couroient tous les jours jusques aux portes de Paris et prenoient hommes, bestes, voitures. Et devers la porte Sainct-Denis ne sçay quels larrons qui estoient à Ourville venoient prendre les hommes et les proyes jusques emprès les portes de Paris […]. Et pour ce enchéry tout grains, car blé valloit v francs et demy, qui n’estoit que mesteil, orge lx solz, fèves menues v solz parisis le boessel » (Bourgeois de Paris, n° 728). Au début de l’année 1437, les habitants du village d’Orly sont faits prisonniers par les Anglais (AN, LL 114, d’après Fourquin, 329). ” En Berry  : en avril, retour de la compagnie de Villandrando en Berry, à La Châtre, puis à Châtillon-sur-Indre. Il se retire en Bourbonnais, sous la protection du duc de Bourbon, par Déols, Saint-Amand et Montmarault, en rançonnant sur son passage villes et hameaux. Pressé par l’armée royale de Charles VII qui remontait de Montpellier, il passe l’Allier à Varennes et la Loire à Roanne pour gagner le Pays de Dombes, fief de l’Empire, qui relève du duc de Bourbon (Raynal, 32-34). ” En Auvergne : près de Murol (Puy-de-Dôme), un homme d’armes de la compagnie de Rodrigue de Villandrando est mené de « vie à trespassement » par des paysans qui le détroussent (Charbonnier, 508). ” En Ponthieu  : des villages incendiés par les Anglais. « Les Anglois, qui en rien n’avoient été empêchés audit passage, s’en allèrent loger tous ensemble au monastère de Forêt-Moustier, à deux lieues de là ; et le second jour se mirent aux champs et s’en allèrent loger à un gros village sur l’eau d’Authie, nommé La Broie, lequel étoit fourni de vivres très abondamment, et y furent quatre ou cinq jours ; et alloient très souvent battre, vanner et recueillir des vivres, cent ou six vingts au coup, en aucuns villages à demi-lieue de leurs logis. « Et mêmement, en ce temps qu’ils furent en icelui logis, allèrent quatre ou cinq ardoir un gros village nommé Enghien, auprès de Hesdin […]. Et après que les Anglois eurent été audit lieu de la Broye, quatre ou cinq jours, ils l’embrasèrent en feu et flammes, et s’en allèrent loger à Auxy, où ils furent par l’espace de trois jours ; et coururent par petites compagnies en plusieurs et divers lieux pour fourrager le pays » (Monstrelet, VI, 367-368). ” En Picardie : en avril, ravage des écorcheurs au sud de Saint-Quentin. Certains « compagnons de guerre nommés au pays les écorcheurs » mettent le feu à la maison d’un villageois de Fargniers (Aisne). Deux d’entre eux, originaires d’Écosse, sont mis à mort par les paysans (AN JJ176, 85, d’après Tuetey, 1874, II, 463-465). Limitation de la durée du travail pour les vignerons du Berry L’ordonnance de police de Bourges de 1437 fixe la durée de la journée de travail de 5  heures à 18  heures du soir du 1er  mars au 1er  octobre, et du lever du jour à 16  heures d’octobre à février. « Que tous les vignerons qui voudront besogner ès vignes, et gagner leurs journées, en la septaine, prévôté et ressort de Bourges, iront en besogne à soleil levant, ou à l’heure que le soleil de soit lever, selon la saison que ce sera, et ne partiront de ladite besogne jusques à six heures, depuis 40

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le premier jour de mars jusques à la Toussaint, et depuis ladite fête de Toussaint, jusques audit premier jour de mars jusque a quatre heures après midi, sur peine de perdre leurs journées, et de l’amende arbitrairement au roi notre sire » (La Thaumassière, 503). Un village abandonné en Provence Mimet, village perché sur le flanc sud de la chaîne de l’Étoile, n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, des désertions. Le 4  février  1437, six propriétaires dont les familles sont implantées depuis au moins 1341 pour cinq d’entre eux, « désemparent » leurs biens, refusant de demeurer et de posséder quoi que ce soit dans ce lieu entièrement détruit « dirruto et destructo ». Peu après, les commissaires chargés de la révision des feux dans le comté de Provence constatent que le village est déserté (AD 13, B 309e 103, f° 248V et B 199, d’après Coulet, 401 et 411).

1438 Pâques : le 13 avril Grande mortalité, pestilence, famine n « Au commencement de cet an [1438], en continuant de mal en pis, la famine universelle […] commença derechef être si très grande et si détroite, que c’était piteuse chose à voir les pauvres gens mourir en grand multitude par le moyen d’icelle famine. Et avecque ce fut très grande mortalité en diverses parties du royaume de France, et par espécial en la comté de Flandres, et pareillement dedans la cité de Paris. Et d’autre part la guerre était très âpre et dure merveilleusement en plusieurs divers lieux et pays » (Monstrelet, VII, 1-2). n « En icellui an, ou temps d’esté, fut si grant mortalité et famine à Paris que on disoit que il y estoit bien mort cinquante mille personnes, et y valloit ung septier de blé neuf frans de bonne monnoye, et s’enfuyoient les gens du plat pays à Paris, tant pour la famine que pour les oppressions que leur faisoient les Angloiz, et aussi les garnisons des François, qui les traitoient très durement […]. Et tant que presque tout le plat pays estoit inhabité et destruit, et les gens de ladite ville de Paris presque tous désespérés » (Jean Chartier, 246). n « Il est vrai qu’en l’an m  cccc  xxxviii furent très aspres pestilences de épidémie et famine […]. Celle année, depuis la mi-aoust jusqu’à la Toussaincts, le sextier de froment valut et estoit vendu quattre livres huict sols parisis, le sextier de seigle lxvi s. par., le sextier d’orge xlii s. p., le sextier d’avoine xl s. p. et ainsi des aultres grains. Vins estoient très chers, et enchérissoient et grains et vins. Et néantmoins, durant ledit temps, les François et Anglois, tout parmi ce royaume, se entrefaisoient très fortes et mortelles guerres pour quoy les labours et marchandises cessèrent en plusieurs lieux. Toutefois François furent toujours victorieus » (Maupoint, 25). n Attestations de peste en Alsace, Anjou, Artois, Bourgogne, Champagne, Dauphiné, Île-de-France et Nivernais (Biraben, 379).

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L’anthropophagie, suprême recours L’anthropophagie n’est pas l’apanage des loups. Depuis longtemps, les grandes famines ont suscité ces cas extrêmes, qu’il faut bien reconnaître même s’il ne faut pas les majorer. « En ce même temps [1438], advint une très grande, cruelle et merveilleuse chose en un village près d’Abbeville, car une femme y fut prise et accusée d’avoir meurtri plusieurs petits enfants, lesquels avaient été démembrés et salés secrètement en sa maison [sic]. » Dénoncée par des brigands, elle avoue sa « malice » avant d’être condamnée à être brûlée vive (Monstrelet). Les loups assiègent Paris 1438. Les loups se multiplient dans les environs de Paris. La chambre des Comptes alloue pour chaque loup capturé une prime de 20 sols parisis « outre ce qu’on en pouvait recevoir parmi la ville de Paris, où on les portait exposés en vue ». Ces carnassiers auraient étranglé dans le plat pays 60 à 80 personnes autour de la capitale. « Et pour lors avoit ès environs de Paris tant de loups que c’estoit merveilles, lesquelz mengeoient les gens, et plusieurs foiz en vint jucques dedens ladite ville de Paris, qui estranglèrent et mangèrent plusieurs personnes, et que on doubtoit fort à aller de nuyt ès rue foraines et estranglèrent au plat pays en icellui temps de soixante à quatre-vingts personnes. Et pour ovier aux inconvénients et meurdres que faisoient lesdits loups, fut ordonné que on s’asembleroit pour chasser et prendre iceulx loups. Et desquelz on print plusieurs, et avoit-on pour chacun loup, en la chambre des comptes du roy, vingt s.  parisis, par la main de ung nommé sire Michel Laillier, avecques ce que on en povoit avoir parmy ladite ville de Paris, parmy laquelle on les portoit » (Jean Chartier, I, 247-248). « Item, en ce temps, venoient les loups dedens Paris par la rivière et prenoient les chiens, et si mangèrent ung enffant de nuyt en la place aux Chats, derrière les Innocens » (Bourgeois de Paris, 756). Multiplication des écorcheurs Les compagnies de « capitaines du roi Charles VII, La Hire, Blanchefort, Boussac, Antoine de Chabannes, Chapelle, Pierre Regnault et autres », sévissent en Bourgogne, en Nivernais puis en Auvergne. ” Un nom qui se répand… « Et entre temps, les François, qu’on nommoit en commun langage les écorcheurs, se tenoient en grand nombre sur les marches de Bourgogne, où ils faisoient de très grans et innumérables dommages […]. « Si multiplioient chacun jour la compagnie des mauvais, car tous méchants gens se boutoient avec eux, qui n’avoient point de conscience, et tant qu’ils se trouvèrent bien telle fois en nombre de dix mille […]. Par tout pays où ils alloient, on les appeloit les écorcheurs » (Monstrelet, VII, 2 et 13). ” Les premiers écorcheurs. « Et se commencèrent ès autres pays obéissans au roy de France à eulx eslever et mettre sus plusieurs capitaines natifz de Poitou, de Berry, d’Auvergne et de plussieurs autres pays du royaulme de France où il n’avoit aucune guerre. Et s’asemblèrent plusieurs autres compaignies de gens d’armes qui vivoient sur les champs et qui pilloient et robboient le pais sans approuchier de la frontière des Angloiz. Et tant se creurent et multiplièrent icelles compaignies, 42

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tellement que qui povoit avoir plus de gens sur les champs et que plus povoit pillier et rober les povres gens, estoit le plus craint et le plus doubté et qui plus tost eust du roy de France quelque chose que nul autre, pource que quant ilz se trouvoient ainsi acompaigniez, pour le roy ne pour autre ne volloient faire sinon à leur voulenté. « Et y avoit ung capitaine espagnol nommé Rodrigues de Villandras, lequel se trouva sur les champs à plus de huit mille chevaulx, qui fut destroussé au Pontde-Sé, près d’Angiers, par le sire du Bueil, du commandement de Messire Charles d’Anjou. Et tousjours advouoit iceulx capitaines quelque adveu de ung des seigneurs de France qui estoit cause du mal qu’ilz faisoient. Et destruisirent iceulx capitaines presque tout le royaulme » (Jean Chartier, 241). ” Exactions en Bassigny  : des compagnies de gens d’armes s’installent à FaylBillot (Haute-Marne) « faisant et accomplissant tous les maux qu’ils pouvaient » et brûlant plusieurs maisons, ravissant quantité de bétail (AN JJ 176, 642, lettre de rémission de mars 1448, d’après Tuetey, 1874, II, 487-489). La vengeance du paysan En octobre 1438, la compagnie du capitaine Bourc de Pannesac établit son « logement » à Prémery (Nièvre). Douze jours durant il est fait « de très grands et excessifs dommages ». Pour se venger, quatre paysans tuent Jeannot de Vuique, valet d’un homme d’armes, originaire du comté de Comminges, et jettent son corps dans un puits près de Nolay (AN, JJ 176, 485, lettre de rémission d’avril  1447, d’après Tuetey, 184, II, 478-480). Remises de tailles Remises de tailles pour les villages des Monts Dômes, de Murol à Riom (Puyde-Dôme). Une collecte sur deux obtient un dégrèvement « pour les dommages qu’ils ont eus par les logements et rançons des gendarmes » : 29 collectes sur 46 de la prévôté de Riom et 13 sur 35 de celle de Sanadoire (BnF, Fr 23898, d’après Charbonnier, 506).

1439 Pâques : le 5 avril Violente poussée de peste n Peste signalée autour d’Aix, Angers, Arras, Aurillac, Auxerre, Besançon, Bourgen-Bresse, Dijon, Draguignan, Nevers, Poitiers, Saint-Flour, Saint-Omer, Troyes et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 381). Un fléau envoyé en Aquitaine : Rodrigue de Villandrando Sous la menace du roi lui-même, l’un des plus redoutables capitaines d’écorcheurs quitte le Centre de la France vers la Guyenne, qui subit désormais les ravages de soldats. « En cet an [1439], vint à la connoissance de Charles, roi de France, com43

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ment ses pays, en divers lieux, étaient dégâtés et oppressés par aucuns capitaines tenant son parti, lesquels avoient grand nombre de gens d’armes sur les champs ; entre lesquels étoit un des principaux, Rodrigue de Villandras (sic), lequel avait en sa compagnie mieux de six cents chevaux. Si lui furent envoyés, de par le roi, certains messages, lesquels lui dirent et commandèrent de par lui, qu’il vidât ses pays, ou allât en frontière contre les Anglais, à quoi ne voulut obéir. Et pour tant le roi, qui était à Bourges en Berry, assembla gens et alla en personne pour le ruer sus ; mais ledit Rodrigue en fut averti. « Si se tira vers Toulouse et alla au pays de Guyenne. Auquel lieu, avec aucuns du pays, il assembla derechef très grand nombre de gens d’armes. Si commença à faire très forte guerre aux Anglais ; et tant en ce continua, qu’il leur fit grand dommage et prit plusieurs villes et forteresses, où il mit de ses gens. Si entra en l’île de Médoc jusques à Soulac, lequel pays ils détruisirent, et y trouvèrent des biens très largement et en très grande abondance ; et pareillement conquirent le pays de Blanquefort » (Monstrelet, VII, 19). Dans le vignoble de Bordeaux, combats entre Anglais et armées françaises du seigneur d’Albret et de Rodrigue de Villandrando. Lors d’un guet-apens, les Anglais laissent plusieurs centaines de morts dans les vignes « hautes comme treilles ». « Adonc furent mises grosses et puissantes garnisons de gens d’armes autour de la ville de Bordeaux en plusieurs lieux, lesquels contraignirent et détruisirent moult le pays, qui était moult grand et plantureux, et avoit été longtemps sans être si fort approché de gens de guerre qu’il fut pour lors » (Monstrelet, II, 20). Les Anglais chassés du nord-est de l’Île-de-France Août-septembre : siège de Meaux par Arthur de Bretagne, connétable de Richemont, aboutissant à la prise de la ville le mercredi 12 août puis du « Marché » le 15 septembre, malgré l’arrivée de secours de 4 000 combattants anglais sous les ordres de Cambridge, de Talbot et de Woodville, qui multiplient les escamouches (Monstrelet, VII, 53, et Maupoint, 26). Les loups sont entrés dans Paris Suite logique à l’expansion des loups en Île-de-France les années précédentes, certains d’entre eux pénètrent dans Paris. Ils sont peu nombreux à le faire et l’essentiel de leurs ravages porte sur la ceinture maraîchère et viticole de la capitale, hors les murs, non loin du gibet de Montfaucon dont les cadavres en attirent plus d’un. Ces loups tirent parti de la vulnérabilité des travailleurs agricoles qui s’activent notamment entre Montmartre et la porte Saint-Martin. Les Parisiens font à leur tour l’expérience de leur dangerosité et ancrent désormais dans leur mémoire le nom de Courtaut, le plus terrible de ces carnassiers. ~ Septembre : « Item, en celui temps, espécialement tant comme roi fut à Paris, furent les loups si enragés de manger chair d’homme, de femme ou d’enfants que en la dernière semaine de septembre étranglèrent et mangèrent 14  personnes, que grands que petits, entre Montmartre et la porte Saint-Antoine, que dedans les vignes que dedans les marais ; et s’ils trouvaient un troupeau de bêtes, ils assaillaient le berger et laissaient les bêtes. » 44

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~ Novembre : « La vigile Saint-Martin fut tant chassé un loup terrible et horrible

que on disait que lui tout seul avait fait plus des douleurs devant dites que les autres ; celui jour fut pris et n’avait point de queue, et pour ce fut nommé Courtaut, et parlait autant de lui comme d’un larron de bois ou d’un cruel capitaine, et disait-on aux gens qui allaient aux champs  : “Gardez-vous de Courtaut !”. Icelui jour fut mis en une brouette, la gueule ouverte, et mené parmi Paris, et laissaient les gens toutes choses à faire, fut boire, fut manger, ou autre chose nécessaire que ce fut, pour aller voir Courtaut, et pour vrai, il leur valu plus de 10  francs la cueillette. ~ Item, le xvie jour de décembre, vinrent les loups soudainement et étranglèrent quatre femmes ménagères, et le vendredi ensuivant ils en affolèrent 17 entour Paris, dont il en mourut les 11 de leur morsure » (Bourgeois de Paris, 348-349). La taille devient permanente À Orléans, le 2 novembre 1439, les États généraux accordent à Charles VII la permission de renouveler la « taille » d’année en année. La taille devient permanente et sa recette est affectée au financement de l’armée royale. Le roi publie donc une ordonnance pour prélever annuellement la taille. « Pour obvier aux pilleries et vexations des gens de guerre », Charles VII réussit à venir à bout du délicat problème de la démobilisation des soldats. L’ordonnance qui suit la réunion des États (47 articles) fait dépendre du roi seul le recrutement des « gens d’armes » dont le financement repose sur l’impôt. La protection du train de labour est consacrée, sur le principe : Art. 7. « Défend le roy, sur lesdictes peines, à tous capitaines et gens de guerre, qu’ils ne prennent marchans, laboureurs, bœufs ne cheveaux, ne autres bestes de harnois, soit de labour ou de voiture ou de charroy ». Le monopole de l’impôt est réservé au roi (Ordonnances des rois de France, 306). Dans le Midi : reconstruction des campagnes ✷ En Quercy : dans la seigneurie de Béduer, en Quercy, Déodat Barasc accorde aux habitants du mas de Stip l’autorisation de construire un four pour leur usage exclusif (Lartigaut, 1978, 184). ✷ En Lauragais  : le 16  mai  1439, à Montlaur (Aude), la borde de Pezenx est inféodée à un ménage de laboureurs pour bâtir une maison « domum sive bordam » dans les deux ans. Le seigneur donnera 5 écus d’or pour acheter 2 000 tuiles pour la couvrir, la moitié à la prochaine Toussaint, et l’autre à la Toussaint suivante. Cet acte est le premier dans lequel on remarque une reconstruction de ferme en Lauragais (AD 31, 3E 10166, 56v°, d’après Marandet, 394).

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1440 Pâques : le 27 mars Jouvenel des Ursins avocat des « pauvres laboureux » En 1440, Jean  II Jouvenel des Ursins (1388-1473), évêque-comte de Beauvais, adresse une lettre à Charles  VII après l’assemblée des Trois États à Orléans. « Considérant la grant, énorme, terrible et merveilleuse tribulacion, esquelles sont de present vos povres subgetz de tout vostre royaume, ay délibéré de aucunement vous advertir en acquittant ma loyaulté et le serement de pair de France que vous ay fait […]. « Au regart des povres prêtres, gens d’Église, religieux et autres povres laboureux tenans vostre partie, on les prend et emprisonne et les met-on en fers, en seps volant, en fosses, en lieux ors, plains de vermine, et les laisse-t-on mourir de faim, dont plusieurs meurent. Et Dieu scet les tirannies que on leur fait : on rostit les uns, aux aultres on arrache les dents, les aultres sont batuz de gros bastons ; ne jamais ne seront délivrés jusques à ce que ils aient payé argent plus que leur chevanche se monte. Et encores quant on les délivre, ilz sont communément débilités de leurs membres que jamais ne feront bien. Et ne prennent pas seulement hommes, mais femmes et filles, et les emprisonnent et aucunes fois en font par force leur plaisir en la présence des maris, pères ou frères, et se ils en parlent, ils sont bastus et navrez et aucunes fois tuez. Et à l’en vu femme grosse mettre en seps qui y avortoit et mouroit, et après jetoit-on elle et son enffant dans la rivière. Et Dieu scet quans enffans sont morts sans baptesme. Et quant les mères ont esté prinses et admenées, les loups venoient, qui les dévouraient. […] « Esquelles choses, le povre peuple de tous estas, cuidant y mettre remesde, délibéra de soy appaticher à la garnison plus prochaine mais tantost toutes les aultres garnisons commencèrent à courir les villages voulans aussi avoir pâtis, lesquelles povres gens non puissans de fournir se sont absentés tellement, que le païs est demouré tout inhabité et n’y est pas demouré de cent personnes une, qui est chose très piteuse » (Denifle, I, n° 997, 503-507). En Picardie : les horreurs de la guerre Février : Massacre et brûlement de 300 villageois à Lihons en Santerre (Somme). Depuis le nord de la Normandie, 2  000 soldats anglais, sous le commandement du comte de Somerset et de Talbot, font incursion en Santerre. Ils passent la Somme et s’emparent du château de Folleville qu’ils transforment en base de rapine. Un bourgeois de Cambrai, Enguerrand de Monstrelet, signale alors les excactions anglaises : « Et le lendemain de ladite reddition se départirent d’icelui lieu ledit comte et ses gens et suivirent ledit seigneur de Talbot qui déjà s’étoit bouté bien avant dudit pays de Santhois [Santerre]. Et tous ensemble s’en allèrent loger à Lyhonsen-Santhois, où ils trouvèrent des biens largement et abondemment, et aussi par tout le pays : car on ne se doutoit de leur venue, par quoi ceux dudit lieu n’avaient point retrait leurs biens. Auquel lieu de Lyhons avoit une petite forteresse et la 46

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grande église, où le peuple et les habitants d’icelle ville s’étoient retraits hâtivement, quand ils surent que c’étoient Anglais. Si fit ledit comte signifier à ceux qui étaient en ladite église qu’ils se rendissent à sa volonté ou les feroit assaillir, ce que point ne voulurent faire. Et pour ce le lendemain fit faire ledit assaut très cruel et merveilleux  : lequel fut tant continué que pourtant les Anglais ne les pouvaient autrement avoir, boutèrent le feu dedans. Et fut l’église toute arse et démolie avec tous les biens d’icelle, et ceux qui s’étoient retraits ci y furent morts et brûlés très piteusement, bien 300 personnages ou plus, tant hommes, femmes comme enfants, et peu en échappa de ceux qui étoient dans ladite église » (Monstrelet, VII, 74-75). En Lorraine : finages désertés Le chapitre cathédral de Verdun et la duchesse de Bar cèdent les finages de deux villages désertés de la Woëvre, Warville (commune de Saint-Hilaire-en-Woëvre) et de Thiméville (commune de Maizeray), aux trois autres communautés du ban de Pareid (Pareid, Moulotte et Harville) moyennant le versement des rentes habituelles, dîmes et terrages. Les paysans ne pourront aliéner ces terres qu’aux seuls villageois du ban. Les habitants de Bulgnéville et de Saint-Hilaire, qui tentaient d’accaparer des friches, sont déboutés (Bnf Lorraine 722, 70 r°, d’après Girardot, 425). En Orléanais : les loups dévorent des enfants « À cette époque [8 juin] l’Orléanais fut tellement désolé par la présence des loups que plusieurs personnes et des enfants furent dévorés par ces animaux carnassiers jusqu’aux portes de la ville. Il fut payé 3 livres 5 sous à Favereau, louvetier, pour faire diligence de prendre les loups qui mangeaient les petits enfants » (Lottin, 294). Un fléau supplémentaire : la Praguerie (février-août 1440) Plusieurs mois durant, la révolte des princes avec le dauphin Louis contre Charles VII, qui a engagé les écorcheurs dans ses compagnies d’ordonnance, dévaste certaines régions comme le Poitou et le Bourbonnais. ” Février  : en Forez les habitants de Saint-Haon-le-Vieil, Renaison et Arcon déclarent qu’ils sont « pouvres gens […] qui ont soutenu de grans pertes à cause de la guerre […], si apovris qu’ils ne peuvent plus et sont tres fort diminuez » (Neufbourg, BD, XXXII, 1923-1925, 67, d’après Colombet-Lasseigne, 228). ” Au printemps, lorsque le duc de Bourbon, accompagné du Dauphin, entre dans la rébellion, il vient chercher refuge dans ses terres. Jacques de Chabannes inflige un échec au roi lancé à leur poursuite en s’emparant d’une partie de son artillerie, qui voyageait de nuit d’Ébreuil à Aigueperse (Charbonnier, 504-505). ” Mai-juin : ravages autour de Paris liés à la Praguerie. « Messire Jean Fourcault, chevalier, se tint à Corbeil et monsieur de Mouy au bois de Vincennes, pour mondit sieur de Bourbon, qui firent maints griefs, en cette ville de Paris et ou pays de France » (Maupoint, 26).

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Dans le Comtat : les nobles échappent à la taille Mars : le légat Pierre de Foix fait procéder à une révision de l’assiette de la taille en Comtat Venaissin. Neuf élus représentant les trois judicatures de Carpentras, L’Isle et Valréas procèdent à l’assiette fiscale des commuantés sur les bases antérieures à l’établissement des cadastres depuis 1414. Un temps assujettis à l’impôt, les nobles échappent désormais à la taille. Treize ans plus tard, une bulle du pape Nicolas V, datée de 1453, confirme l’exemption des nobles sous réserve d’un service militaire de cinq jours et de leur contribution à l’intérêt des murailles publiques là où ils avaient des biens (Zerner, 167-189).

1441 Pâques : le 16 avril Retour de la sécurité : premiers indices ✷ « Fut celluy an [1441] très plantureux de grains mais non pas de vins. Depuis le mi-aoust jusqu’à la Toussainctz, le sextier de froument estoit vendu xxiv sous parisis. Cette année mourut très pou de gens sinon par guerre, mais il fut grant occision de gens de guerres et en plusieurs lieus. Il ne fut nules neiges et peu de gelées […]. Le roi chevaucha ses pays de Brie, de Champagne, de Laonnaois, de Picardie et de France, et les mit en grant paix et seureté en ostant les larrons desdicts pays. Par son commandement fut le bastard de Bourbon noyé à Bar-surAube, dont maints larrons furent esbahis » (Maupoint, 27). ✷ 6 juillet-19 septembre : reprise de Pontoise après un long siège. L’Île-de-France est libérée des Anglais. ✷ En Val de Loire  : dernières traces des méfaits des gens d’armes dans les registres d’audience du bailliage de Blois (AN, Z2 334-335, 8 janvier, 10 février, 18 novembre et 9 décembre d’après Guérin, 61). ✷ En Nivernais : « six ans a ou environ, un routier ou capitaine de gens d’armes, nommé Tempête, avec certain nombre de gens de guerre, se transporta audit pays de Nivernais entre les rivières de Loire et d’Allier, et faisaient iceux Tempête et ses gens maux innumérables et pis que gens de guerre ». Quatre compagnons de Tempête sont jetés dans des étangs près de Saint-Pierre-le-Moûtier (AN JJ178, 143 ; JJ179, 149 bis, juillet 1447, d’après Tuetey, 1874, II, 459-460). ✷ En Forez : l’insécurité persiste. Les campagnes autour de Saint-Germain-Lespinasse (Loire) sont pillées et ravagées par les écorcheurs (Colombet-Lasseigne, 190). En Bourgogne : lutte contre les loups 9 février 1441, Nevers : Ordonnance de Philippe le Bon pour le Chalonnais, l’Autunois et le bailliage de Montcenis. En raison de la « grant multitude de loups et louves qui sont en plusieurs parties de vos dits bailliages et font journellement plusieurs maux et dommages aux bonnes gens et sujets du pays », le duc commet Guillaume Bastard Doiche pour chasser les loups et enjoint à ses baillis et à leurs 48

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lieutenants de lever une taxe de 2 deniers tournois « sur chacun étant à 2 lieues à la ronde près du lieu où lesdits loups et louves auront été pris » à l’exception des mendiants et « autres misérables personnes » (Picard, 1880, 371).

1442 Pâques : le 1er avril En Bordelais, guerre de partisans contre les Anglais « Cette année le roi mena grande armée au pays de Bordelais et là conquit mainte cité sur les Anglais » (Maupoint, 29). « Et entre-temps que les conquêtes dessusdites [en Bordelais] se faisoient, y eut aucune détrousse par lesdits Anglais sur les François, et par especial les paysans du pays leur faisoient forte guerre. Pourquoi, tant pour la grand’multitude de gens que avoit le roi comme pour les reboutements que leur faisoient les dessusdits, furent par plusieurs fois moult oppressés de famine, et moururent la plus grand’partie de leurs chevaux. Dont les routiers et autres, qui ont accoutumé de tenir les champs longtemps, furent moult troublés ; et en y eut très grand nombre qui se tirèrent plus avant ès pays pour eux rafraîchir ; et mêmement allèrent juques assez près du pays de Navarre, en faisant de très grands dommages au pauvre commun peuple » (Monstrelet, VII, 201). Retour à la sécurité : nouveaux indices ✷ En Barrois : réapparition des procès de droits d’usage. En 1442, sentence judiciaire concernant les droits d’usage des bourgeois de Vienne-le-Château (Marne) dans les bois (Girardot, 516). ✷ En Île-de-France : début des nouveaux baux à cens pour reconstruire les maisons et remettre en valeur terres et vignes dans les campagnes limitrophes de Paris à Bagneux, Orly et Saint-Denis (Fourquin, 434). En Vésubie : le curé homme d’affaires En Haute Vésubie, le prêtre ne se limite pas à l’exercice de ses tâches spirituelles, il mène parallèlement ses propres affaires. Disposant de capitaux, dans un milieu où la chose est rare, il est le principal investisseur du village. En 1442, frère Bertrand Blanqui, hospitalier et prieur de Roquebillière, loue à la communauté dont il a la charge l’exploitation d’une forêt avec scie hydraulique pour 20 ans (Boyer, 379).

1443 Pâques : le 21 avril Le chaud et le froid « Cetuy an fut plantureux de bleds et de vins, mais les vins furent très chers » (Maupoint, 29). 49

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Rude hiver en Pays messin. « L’an que dessus accomençait la gelée le premier jour de décembre [1442] et durait l’espace de xvi semaines, et furent les vignes engelées, et les convint trapper (couper par le pied), et spécialement tout le côté d’Outre-Seille, et eut si grandes neiges, spécialement la nuit de la Chandeleur et le jour de la Saint-Blaise, que la neige que fut handelée (balayée) parmi la rue était bien de six pieds d’épais […]. Et en celle année n’eut point de fleur en nuls arbres au mois de mars […]. Et fut tout ledit mois très froid en gelée et en neige, et si grosse que toutes les vignes qui étaient échappé […] furent toutes perdues, et furent pareillement mars et avril, et la mitte de mai tout froid et plein de gelée ». De fait la récolte en vin de 1443, avec 2 048 cuves contre 8 000 ordinairement, frôle la catastrophe (Chronique du curé de Saint-Eucaire, d’après Litzenburger, 51-52). Ravages des routiers ou écorcheurs ” En Argonne  : Robert  Ier de Särrebruck-Commercy dévaste les campagnes de l’Argonne, du Barrois et du Pays Messin avec 3  000 écorcheurs. Depuis la Quasimodo 1443, les exactions sont multiples : un homme de Mondrecourt perd 9 chevaux et un bœuf ; une veuve d’Issoncourt, 6 chevaux ; un homme de Véry, 7 chevaux ; un autre d’Avocourt, 11 bêtes à cornes. À Forges, 120 bovins et 400 brebis sont enlevés  et à Rambluzin, 27 têtes de gros bétail (MM B 631  N° 89, d’après Girardot, 548). ” En Lauragais  : en avril, ravages des routiers du capitaine espagnol Salazar, ancien lieutenant de Rodrigue de Villandrando, dans les campagnes. « Environ le mois d’avril iiiic xliii, étant pour lors une compagnie de routiers tenant les champs en notre pays de Languedoc, de laquelle était capitaine un nommé Salezart, aucuns d’icelle compagnie un jour vinrent courir en la vicomté de Caraman [HauteGaronne] et prirent une grande quantité de bétail et plusieurs hommes prisonniers » (AN, JJ 177, 201, lettre de rémission de mai 1446, d’après Tuetey, 1874, II, 474-476). ” En Sologne : le 19 juin, un routier nommé Jean de Bernay, « homme de guerre de la compagnie de Sisterac » est condamné à une amende de 10  marcs d’argent pour avoir passé la Loire et rançonné le bétail et les laboureurs de Sologne (AD 45, d’après Guérin, 61). ” En Lyonnais : les gens d’armes sont logés à L’Aubépin (Larajasse, Loire). Guy de Bourbon, frère naturel du duc et son lieutenant général dans le Roannais, tient le parti du dauphin, futur Louis XI, dans la révolte qui l’oppose à son père (AD 42, B1190, F°1, 10, 24, 32, d’après Colombet-Lasseigne, 120). Remise en valeur des terres en Sologne et en Quercy ✷ En Sologne : le 2 juin, Jean de Laire, seigneur de Vouzon (Loir-et-Cher), concède à Jean Arrivé le lieu de la Houssaye, moyennant une rente annuelle et perpétuelle. Les exploitants agricoles y font souche et la métairie porte bientôt leur nom : « Les Arrivés », qui signale la constitution d’une communauté taisible (AD 41, 1E26, d’après Poitou, 288-289 et 298). ✷ En Quercy  : à Peyrilles, un hôtelier de Cahors, ancien habitant du cru, vient reconnaître les limites des champs dans un lieu resté longtemps inhabité « à cause 50

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des guerres et des mortalités qui ont sévi longtemps et fortement tant par la faute des Anglais que d’autres » (AD 46, IIIE 567/4  f° 26v°, d’après Lartigaut, 1978, 101).

1444 Pâques : le 12 avril Nouveau pas vers la paix : les trêves de Tours « Le xxviii de may audit an, par monsieur le duc d’Orléans, monseigneur le comte de Vendôme et autres grands seigneurs pour les pays des royaulmes de France et d’Angleterre furent faictes et accordées trêves commençant le premier jour de juing ensuivant et finissant le premier jour d’avril à soleil levant l’an m cccc xlv avant Pâques, qui sont xii mois de trêves et cessations de toutes guerres » (Maupoint, 31-32). « Apprez les trêves et traictiez confirmez audit lieu de Tours en Touraine entre les diz Roys de France et d’Angleterre et leur royaulmes […] par especial, marchans et gens de divers mestiers se boutterent fort avant, et pareillement laboureurs mirent fort les mains à l’œuvre, esperant que, par le moien desdictes tresves, paix generalle se deust ensievyr entre iceuls oncle et nepveu. Et ainsi demeurèrent les pays consolez, qui par avant avoient esté, à cause de la guerre, en grant desolacion, assez paisibles et de plus en plus, recommencèrent les villages à repeupler et les terres à mettre en labeur en divers lieux et mêmement par aucuns de ceux qui avoient servy et fréquenté la dite guerre, qui se mettoient à labourer et rédiffier les pays très diligemment aussy bien d’une part que de l’autre. » Derrière ce morceau d’éloquence littéraire et moralisante, la perception du retour à la paix est indéniable, même si le passage à l’acte allait prendre plusieurs décennies (Mathieu d’Escouchy, Chroniques, I, 5 et 7 ; et Thomas Basin, Histoire de Charles VII et Louis XI). Migrants et marchands, agents de la restauration ✷ 15  avril  : rétablissement de la foire du Lendit, qui concentre une portion des grains commercialisables de la plaine de France, à côté de Saint-Denis. ✷ Juillet : le trésorier de l’évêque de Cahors inféode à deux colons originaires de la paroisse de Peyrusse en Auvergne une exploitation agricole dans la basse vallée du Lot, entre Pradines et Soturac. Une maison à Espère, une demi-quartérée de terre pour faire un jardin et une chènevière, 5 sétérées de terre dans la rivière d’Espère sous le cens d’un setier de froment, une éminée de terre pour faire des vignes là où il en existait jadis au lieu-dit « lo puech de Spera » moyennant une simple géline, 2 journaux de pré au-dessus du pont de Négaboc : une bonne exploitation agricole d’une douzaine d’hectares sans doute (Lartigaut, 1978, 80).

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Octobre-mi novembre 1444, à Metz : vendanges à l’insu des écorcheurs Pour les villes, le vignoble constitue une manne dont il ne faut à aucun prix perdre le profit. Assiégée par les bandes d’écorcheurs qui composent l’armée du roi Charles VII et celle de ses alliés, dont le duc René Ier et son frère Charles d’Anjou, depuis le 12  septembre, les habitants de Metz se risquent à vendanger la nuit. Attirés par des salaires journaliers exorbitants, et par une récolte exceptionnelle, les vendangeurs bravent tous les risques  : « On ne les pouvait aller vendanger pour lesdits écorcheurs. Chacune nuit, plusieurs hommes, femmes et enfants, se mettaient à l’aventure pour aller vendanger. Aucunes fois étaient cent ou deux cent personnes qui allaient vendanger, et rapportaient ce qu’ils pouvaient  : car pour rapporter une baixowe de vendange, un homme gagnait 5 sols, aucunes fois 10 sols ; les femmes ou enfants, 3 sols. Et se mettaient en grand danger, car souvent il en demeurait des pièces. Et ne les en pouvait-on détourner, car les seigneurs étaient aux portes qui gracieusement leur remontraient le danger où ils se mettaient, mais tout n’y valait rien. Car, depuis qu’on commença à vendanger, et environ cinq semaines après, y eut plusieurs hommes, femmes et enfants de Metz qui allaient vendanger qui furent pris, montant à plus de trois cent personnes, et y eut plus de septante hommes tués » (Les Chroniques de la ville de Metz, 229, d’après Litzenburger, 80 et 251). Une plaie non refermée : brigandage et exactions des bandes armées ” En Bourgogne : les excès des écorcheurs, rassemblés par le dauphin Louis pour aller combattre les Suisses, atteignent leur extrême avec la compagnie de Robinet Petit Loup. Dans le ressort des bailliages d’Autun et de Montcenis, les paysans subissent les exactions des gens de guerre du Dauphin, devenu prince des « coupe-jarrets », alors qu’il rassemble, de tous les coins de France, des bandes de « routiers et gens de compagnie appelés écorcheurs » autour de Langres, le 26 juillet. Après les incursions successives d’Antoine de Chabannes, de Jean de Blanchefort, du Roussin de Gadifer, de Malerat, de Floquet, de Bruzac et du routier nommé Tempeste, les villages du nord de la Bourgogne sont à feu et à sang. Guillaume Dame, âgé de 30 ans ou environ, rapporte pour sa part : « qu’il a vu plusieurs grands inhumanités esdits gens de guerre du roi et mêmement aux gens de la compaignie de Robinet Petit Loup et de certains autres ses compaignons. Entre autres les vit prendre deux femmes et un petit enfant d’envion six ou sept ans, les mettre en une maison et lier lesdites femmes à une colonne et ledit enfant mettre sur un fond de paille au milieu de ladite maison et bouter le feu ès corneaux de ladite maison, toutefois lesdites deux femmes, à l’aide de lui qui parle et de ses gens se sauvèrent » (Tuetey, 1874, II, 5, et AD 21, B 11881). ” En Haute-Normandie : l’armée anglaise est affectée par un processus de décomposition : « Petit à petit, les Anglais manquèrent à faire bonne justice et à payer la solde de leurs troupes ; ils prirent l’habitude d’abord dans les pays qui leur étaient soumis de rapiner et mettre en coupe réglée sous des déguisements les usagers des chemins publics. Bientôt ce fut ouvertement, et par grandes compagnies, qu’ils se mirent à parcourir, d’un bout à l’autre toute la Normandie, pressurant 52

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et rançonnant villages, bourgs, monastères et autres lieux mal défendus, d’où il y avait quelque chose à tirer. […] Naturellement les Français ne supportèrent pas longtemps de pareils agissements et se mirent à faire des chevauchées à l’intérieur des domaines soumis à l’Angleterre ; de nombreux brigands et larrons de grands chemins tendirent aux Anglais des embuscades et, s’ils en rencontraient dans les fermes ou en rase campagne, ils les tuaient sans pitié. » Au lendemain de la trêve de 1444, les autorités anglaises s’inquiètent du brigandage des hommes de guerre « tant de notre obéissance que de celle de notre oncle de France » (Basin, et Bnf, ms fr 26074, d’après Bois, 1976, 305). ” En Sologne  : le 22  juillet, les gens de guerre occupent La Ferté-Imbault, SaintGenoux, Tremblevif (Loir-et-Cher) jusqu’à Marmagne (Cher). Rafle de « tout le bétail qu’ils purent amasser ». Ils rançonnent les métayers, les menaçant de mettre le feu aux bâtiments de la métairie de Corméan. Désespérés du montant excessif de la rançon qui leur est demandée (3 mars d’or soit 21 à 24 livres), deux métayers, Pierre et Guillot Boulaye, « bonnes gens de labour », tuent l’homme d’armes à coups de bâtons et l’enterrent dans la métairie (AN JJ 179, 148, d’après Tuetey, 1874, II, 485-487).

1445 Pâques : le 28 mars Un facteur de pacification : la création d’une armée permanente Le 26  mai, Charles  VII crée les compagnies d’ordonnance par l’ordonnance de Louppy-le-Châtel (Meuse, près de Bar-le-Duc). Avec les éléments les plus présentables des bandes d’écorcheurs, le roi constitue une première armée permanente à son service esclusif, avec une mission  : assurer le retour à la paix et à la sécurité. Chaque compagnie est commandée par un capitaine nommé par le roi et comprend cent lances garnies, une lance garnie comprenant six hommes : un homme d’armes en armure, trois archers, un coutilier (armé d’une épée et d’une longue dague) un page et un valet. 100 lances forment une compagnie. Les 15 compagnies totalisent 9 000 hommes, dont 6 000 combattants. Une garde écossaise permanente est aussi formée. Cette ordonnance laisse préfigurer une nouvelle époque dont les chroniqueurs idéalisent l’avènement. « Toutes manières de gens de guerre furent retraitz et mis en conduite […]. De plusieurs parties dudit royaume […] laboureurs et autres gens du plat pays, qui avoient est de longtemps en grande désolacion, s’efforçoient de tout leur pouvoir à labourer et réédiffier leurs maisons, édiffices et habitacions ; et avec ce défrichier et essarter leurs terres, vignes et jardinages, très diligemment ; et tant se continuèrent, avec l’aide des seigneurs, gentilshommes et gens d’église » (Mathieu d’Escouchy, 58-60). En Bretagne : des villageois rétablis dans leurs droits d’usage Héritiers des colons attirés par le duc Pierre Mauclerc vers 1220, les habitants de la toute petite « ville » du Gâvre (Loire-Atlantique) se sont vu rogner leurs exemptions fiscales et leurs droits d’usage par les receveurs du duc de Bretagne. 53

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Le 20  avril  1445, ils arrachent une confirmation de leurs privilèges, motivée en partie par le souci du duc d’y maintenir une population rurale. « François, par la grâce de Dieu, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemond, à tous ceux qui ces présentes lettres verront ou ouïront. […] Reçu avons la supplication et humble requête de nos sujets, les manans et habitants en ville et bourg du Gâvre […] qu’ils sont francs et exempts de tous fouages, tailles et autres subsides […] tant par ce que iceux habitants avaient usage en la forêt dudit lieu du Gâvre, se désistèrent et départirent des usages et se soumirent à payer sur ce taxes, rentes et devoirs en plus large que alors ne devaient […]. Considérant la situation desdites ville et bourg du Gâvre, qui est en pays fort infertile, la pauvreté desdits habitants qui sont en peu de nombre et les charges qu’ils ont eues […] avons aujourd’hui confirmé […] ledits lettres de franchises leur octroyées par nosdits prédécesseurs » (AD 44, E dépôt Le Gavre, AA1, d’après Jarnoux, HSR 18, 171-172). En Rouergue, un curé augmente sa pension Le 13 avril, Pierre d’Estaing, prieur de Coussergues, relève la pension du recteur de la paroisse, dont le casuel [verolh] a « beaucoup diminué depuis les guerres et les pestes ». En dehors des droits liés aux sacrements, des offrandes coutumières lors des grandes fêtes, et des legs et obits qu’il partage avec les autres prêtres, le curé rouergat est un rentier agricole tributaire de la conjoncture. Le partage est d’autant plus sensible que la paroisse comporte à la fois un « recteur », qui administre les sacrements, et un prieur, qui touche l’essentiel des grosses dîmes : dans le diocèse de Rodez, 271 paroisses sont dans ce cas. Dans les grosses dîmes, le recteur de Coussergues a droit désormais à 10 setiers de froment, au lieu de 6. Par ailleurs, il dispose des « prémices » (1/60e des récoltes, suivant les statuts synodaux), de la dîme des porcs et de la moitié de la dîme du menu bétail, le carnelage, sur les agneaux, la laine et les veaux. Enfin, ses revenus comportent deux pièces de fromage et quinze deniers. Restent à sa charge le logement et le défraiement d’un clerc (AD 12, G 152, f° 36, d’après Lemaitre, 149).

1446 Pâques : le 17 avril La Seine gèle en avril « Le mardi xiie jour d’avril après Pasques fleuries oudit an m iiiic xlv, [1446 n. st.], la lune estant en son plain, entre trois et cinq heures après minuict, y gela à glace et très fort en tout ce pays-cy et en tous les marchez d’environ jusqu’à cinquante lieues inclues. Et pour ce toutes les vignes et arbres à fruict furent du tout gelées, dont se entresuivit très grant cherté de vin et presque de tous aultres biens et maint aultres grands dommages en tout ce pays » (Maupoint, 36).

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Le long martyre d’un enragé à Wissous Ce lundi 9 mai, dans le village de Wissous (Essonne), au sud de Paris, Jean Badren, frère de Renault, laboureur, est mordu par un chien enragé à environ huit heures du matin. L’animal abattu, il part trouver « une sienne commère, nommé Jehanne La Béguine, à laquelle il dit : “Ma commère, j’ay esté mors d’un chien enragé. Je suis mort !” Après l’avoir pansé au mieux, les villageois lui conseillent « d’aller à la mer ou à Saint-Hubert d’Ardennes ». Accompagné de sa femme et de plusieurs amis, le malade se rend chez un chirurgien à Paris puis s’en va à la mer. De passage à Beaumont-sur-Oise, il se décide pour le voyage à Saint-Hubert, fortifié par un ancien pèlerin qui l’accompagne. Parvenu à Andage, il se fait tailler avec un fragment « de l’étole dudit saint Hubert ». Jean Badren revient à Wissous, ayant fait sa neuvaine et toutes ses dévotions. Pris néanmoins par un accès de rage il dicte son testament et demande à son frère et à ses voisins de le lier « de cordes et de sangles par les pieds et par les mains à grosses pièces de bois ». Il fait tendre des draps autour de lui « pour ce qu’il disoit qu’il veoit le vent qui le tuoit et ne pouvoit veoir face de homme ne de femme ». Il demande au curé de Rungis une messe du Saint-Esprit. Écumant de rage, Jean est étouffé par son frère et plusieurs hommes, d’une couette de lit, selon ce que plusieurs d’entre eux avaient déjà vu faire en pareil cas : « lesquels dessus nommés, quand ils furent devers ledit Jean et qu’ils le virent en a douleur et estat dessusdit, ils le couvrirent de ladite coette et fut éteint dessous icelle. Et tantôt près, il alla de vie à trépas et environ heure de vêpres, ledit jour, il fut mis en terre » (Roger Vautier, Le Folklore pendant la guerre de Cent Ans d’après les lettres de rémission du Trésor des chartes, 145-149). L’entrée du sarrasin dans les pratiques agricoles : « blé noir » et « bouckaie » 15 juillet : Première mention de culture du blé noir dans le Bas-Maine ? Les religieux de Saint-Vincent du Mans passent un accord avec le seigneur de Champagnette : ils lui reconnaissent une partie des dîmes de la paroisse de Bazougers (Mayenne), au sud-est de Laval. On y découvre une dîme des « blés noirs dit carabins » considérés comme gros blés. La transaction est rapportée dans un accord ultérieur de 1659 (Roger Grand, 1950, 329). La même année sous l’appellation de « bocghere » ou « bouckaie », le sarrasin semble également attesté dans les campagnes flamandes autour de Lille (Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue français, 670). Il y aurait plusieurs voies d’entrée de cette polygonacée sur le sol français, qui apparaît simultanément dans la France de l’Ouest et du Nord (Chaussat, 2017, 23-53). Remise en culture ✷ Après trente ans de friche, retour à la culture en Valois : « En 1446, on recommença à cultiver les terres des environs de Nanteuil-le-Haudouin : elles y étaient demeurées en friche depuis 1416, c’est-à-dire depuis trente ans, ainsi que les campagnes de Chèvreville. Dans ce renouvellement de l’agriculture, les terres se louaient presque rien. J’ai lu au cartulaire des Bénédictins de Nanteuil l’extrait d’un bail, 55

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passé en cette même année  1446, par frère Renaud des Granges, prieur du lieu d’une ferme d’où dépendaient 130 arpents d’assez bonnes terres et un arpent de pré, moyennant 25 sols tournois de cens, 47 sols 6 deniers de rente, 2 livres de cire et 20 francs une fois payées, pour servir aux réparations de l’église » (Carlier, II, 485). ✷ En plaine de France  : aveu et dénombrement de la ferme de Vaulerent, à Villeron, le 6  février. Avec plus de 230  ha, la ferme de l’abbaye de Chaâlis est l’une des plus grosses structures agricoles de la région, et sans doute du royaume. Après les dévastations, on établit un état des lieux (AD 60 H 5529). ✷ En Sancerrois  : le 24  juin, les habitants de Chavignol agréent la fixation des mesures et de la réglementation de la police rurale par le chapitre de Saint-Étienne de Bourges de concert avec le bailli de Sury-en-Vaux. « Le boisseau à mesure de blé en ladite terre de Chavignol sera pareil et égal à celui de Sury-en-Vaux, avec lequel ils mesureront audit Chavignol. L’étalon demeurera au même endroit, qui sera donné en garde à l’hôtel desdits seigneurs ou ailleurs pour être plus en sûreté, ainsi qu’il leur plaira. Que lesdits habitants tiendront la mesure à vin, savoir pinte et chopine, telle que lesdits seigneurs leur ordonneront dont l’étalon sera pareillement donné en garde. […] Quant à l’égard des exploits de justice il y aura à Chavignol un vignier de par lesdits seigneurs, qui gardera les vignes et autres biens dudit lieu d’être endommagés […] lequel aura puissance de prendre toutes manières de gens et bêtes quelconque qu’il trouvera en dommage, et aura pour chacune personne ou pourceau 5 sols tournois d’amende […] et de toutes les autres bêtes prises par ledit vignier 20 deniers tournois. Réservé les chèvres, savoir que si une chèvre est prise seule en dommage qu’elle aura fait il ne sera payé que 5 deniers tournois d’amende » (AD 18, G, Saint-Étienne de Bourges, l. 302). De bons bœufs pour tirer la charrue La reconstruction agraire passe par le renouvellement de la force de traction agricole. En 1446, l’abbé de Fécamp demande à l’un de ses agents d’acheter des bœufs du Cotentin pour les faire venir dans le pays de Caux. La livraison ne dut pas être suffisante pour exiger l’année suivante « cinq bons aumeaux pour tirer à la cherue de trois ou quatre ans le plus viel ». « Cher et bon ami, messire Raoul le Danois, nous vous mandons expressément que delivrés à Philipot Patrix ung bon aumel pour tirer à la cherue, du pris de iiii livres tournois, et une bonne jument dudit pris […]. Escript à Fescamp, le xxe jour de may mil iiiic quarante-six » (Delisle, 238).

1447 Pâques : le 9 avril Le roi Charles VII autorise la restauration des censives Déclaration de Charles  VII autorisant les seigneurs haut justiciers à remettre leurs terres en censives et à reprendre leurs droits (AN O1/3955, 133, d’après Bezard, 52). 56

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4  mai  : ordonnance de Charles  VII donnée à Mehun-sur-Yèvre autorisant les moines de Saint-Denis à procéder publiquement à la proclamation, « par quatre cris par quatre quinzaines accoutumées », des héritages en ruine et vacants. Il s’agit d’éviter que, « quand ils les auraient labourés ou mis en bon état, ou baillés à autre, aucuns vinssent qui y réclamassent aucun droit ou les voulussent dire à eux appartenir ». Ce texte suit de peu la déclaration royale autorisant de façon générale les seigneurs hauts-justiciers du royaume à remettre en état leurs terres en censive (AN, O1 3955, f°133, Gandilhon, 140-141). Conflits viticoles à Auxerre 27 avril : lettres royales du Parlement de Paris imposant aux vignerons d’Auxerre de respecter les salaires et la durée du travail fixée par les propriétaires. Depuis « six ans que les guerres ont cessé », les portes de la ville ferment tard, mais les ouvriers n’ont pas respecté les termes de la réglementation antérieure de juillet  1393. Cet accord vise à arrêter la nouvelle procédure intentée en 1442 par les vignerons grévistes. La question du temps de travail est au cœur des conflits viticoles à Auxerre (Stella, HSR 5, 1996). Affranchissement des serfs de Boussac-le-Château (Creuse) L’abolition du servage atteint sous Charles VII et Louis XI un point de non-retour. (« La restauration des campagnes donne l’estocade au servage », Neveux, Histoire de la France rurale, II, 136). En novembre 1447, Charles VII confirme l’affranchissement des serfs de Boussacle-Château (Creuse) qu’avait effectué le 15 septembre 1427 Jehan de Brosse moyennant 1 000 écus d’or pour en assurer le repeuplement. Pour fournir ces 1 000 écus qui « furent employés en nostre guerre et service par ledit maréchal » les habitants s’étaient mis « en grans nécessitez » et depuis, sans licence, ils se sont fortifiés et exonérés de la gabelle. En considérant « des pertes et dommages que lesdits suppliants » ont éprouvés « soubs umbre de la guerre », le roi ratifie tous les droits obtenus vingt ans plus tôt en y ajoutant les nouveaux acquéreurs […] moyennant 700 écus d’or « à laquelle ils ont pour ce composé de nostre gré et consentement avec noz amés et féauls les trésoriers de France » (Ordonnances de Charles VII, novembre 1447).

1448 Pâques : le 24 mars Début de restauration agraire en Île-de-France… ✷ En janvier, deux petites fermes de 14  ha chacune sont remises en exploitation. L’une à Bouqueval en Pays de France, au nord de Paris, l’autre, au sud, sur Athis-sur-Orge. À Bouqueval, les trois nouveaux fermiers son dispensés de tout fermage « se par fortune de guerre lesdits preneurs ne pussent labourer ». À Jacques Berangier, laboureur à Athis, qui entre au même moment dans la ferme des Vauxde-Cernay, les moines accordent que, « s’il advenoit – que Dieu ne vueille ! – qu’il 57

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feust guerre comme autrefois a été et que ledit preneur ne pût labourer ne résider sur le lieu, en ce cas il ne sera tenu de payer aucune ferme ou moison fors de tant qu’il labourera ou pourra labourer » (AN, S 4181 et AD 78, 45H19). ✷ En plaine de France, les traces de la guerre sont visibles partout. À Dugny, près de Saint-Denis, le 14 août 1448, il convient faire de « grandes réparations et ouvrages, tant de charpenterie, maçonnerie, comme autrement aux hôtes, maisons et moulins […] qui longuement et de long temps ont été en grandes désolations et en grandes ruines, et encore sont de présent » (AN, LL 1212, 137v°, d’après Fourquin, 395). ✷ 10 septembre, même situation à Pouilly-en-Brie : « Et lequel lieu a été longtemps en ruine, inutile et inhabitable à l’occasion des guerres qui ont été au temps passé en ce royaume de France, et que nul ne s’y est voulu ni osé bouter ni icelui appréhender comme propriétaire » (AN, LL1212, 143-145, d’après Fourquin, 395). ✷ Premières mentions d’immigration rurale en Île-de-France  : un Boulonnais à Saint-Denis (1448), un Bourbonnais à Argenteuil (1449, trois Bretons à Flessanville, près de Montfort-l’Amaury, à Étréchy, près d’Étampes, et dans la banlieue de Paris (1451-1452) (Fourquin, 426-427). … et en Quercy 13 janvier 1448 (n. st.) : Bertrand de Saint-Géry, donzel de Montcuq, accense à Pierre Geli, originaire de la paroisse de Saint-Michel de Soulages, au diocèse de Saint-Flour, une maison et un jardin dans le bourg de Lascabanes, un autre jardin au terroir de Verdier, non loin de là, une pièce de terre « al cap de la vila », une terre et un pré à la Fon del Mas, et, dans la paroisse voisine d’Escayrac, un pré au terroir d’El Garric de la Longaha confrontant un affluent du Mardosso, une terre à Cambeyros, une autre à Las Talhados et enfin deux parcelles, l’une à la Cumba de Valbusa et l’utre au terroir de Rocaguilhem (AD 46, IIIE 567/3, fol. 122, d’après Lartigaut, 1978, 79). Traces de guerre en Sologne Aveu par Gilet Dupuy de son domaine de la borde de la forêt, à Marcilly-en-Gault : il se compose d’une « place à motte environnée de fossés tout autour, en laquelle souloit avoir maison et hostel fort à demourer, lequel par les anciennes guerres fut tout ars et brullé et de présent n’y a aucune habitation » tandis que les terres qui « souloient être labourables » sont « de présent en ruine et de très petite valeur » (AN, P1472/1, f° 49, d’après Guérin, 4).

1449 Pâques : le 13 avril Alertes ✷ Juillet : rupture des trêves de Tours. ~ 18  juillet  : chute de grêlons de la taille d’œufs de poules qui ravagent le ban de Pont-à-Mousson (Chronique de Praillon, d’après Litzenburger, 360). n Peste en Anjou très virulente autour d’Angers (Le Mené, 260). 58

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En Vercors : le gardiennage de bétail paralysé En Vercors, les loups sont devenus si nombreux que les petits pâtres redoutent de garder leur bétail et de le conduire en dépaissance. À Rencurel, « dicunt quod in dictis locis luppi taliter habundant quod habitantes in eisdem eos et alia animalia silvestra fugare (mettre en fuite) non audent casantibus dictis inhibitionibus factis, ita quod animalia ipsorum habitantium in ipsis locis devestant et delavorant, sic quod pueri et alii pastores ipsa animalia custodientes de ipsis lupis expavescunt (redoutent) et non audent plus ipsa ducere ad depascendum » (AD 38, B 2735, f° 409). Un laboureur trompé par son curé Août 1449 : rémission à Jean Pasthin, laboureur aux Cours-les-Barres, au comté de Nevers, pour le meurtre de Jean Moreau, prêtre desservant la paroisse du lieu, amant de sa femme (AN, JJ 176, 713, f°437 v°).

1450 Pâques : le 5 avril Libération de la Normandie ” Mercredi 15 avril : prévenu par des paysans du début du combat, le connétable de Richemont précipite ses troupes bretonnes en renfort de l’armée française qui remporte la victoire décisive de Formigny sur les Anglais. Dans le village, les paysans normands massacrent les derniers archers anglais acculés à se rendre. ” Août : la reprise de Cherbourg met le point final à la reconquête de la Normandie. Les Anglais dans les campagnes du Bordelais ” Automne 1450  : en Aquitaine, le plat pays est livré aux Anglais alors que tombent les cités de Bergerac, Gensac, Sainte-Foy et Bazas (Boutruche, 405).

1451 Pâques : le 25 avril Peste n Peste à Verdun et Saint-Mihiel (Girardot, 790). n Attestations de peste autour d’Aix, Bourg-en-Bresse, Brignoles, Nîmes, Poitiers, Strasbourg, Toulouse et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 380). Un village lorrain déserté Le village d’Haraumont étant détruit et déserté depuis longtemps, les habitants du village voisin de Bréhéville prennent à cens du chapitre cathédral de Verdun 59

1451

la totalité du finage. Le village ne sera reconstruit qu’en 1517 (AD 55, 2G109 d’après Girardot, 523-524). Premier acte de baptême conservé en France Jeanne Raoult, baptisée le 27 novembre 1451, dans la paroisse de Roz-Landrieux (Ille-et-Vilaine). « Johanna Radulphi filia Juliani et Ysabilie Mahe uxoris [dicti Juliani] baptizata fuit XXaVIIa die mensis novembris nominavitque eam [princi] paliter super fontes Johannes Radulphi cum Beatria Radulphi et Oliva Orry [anno predicto] » Traduction : Jeanne Raoult, fille de Julien et d’Isabelle Mahé, femme dudit Julien, a été baptisée le 27 novembre et l’a nommée principalement sur les fonts Jean Raoult, avec Béatrice Raoult et Olive Orry, année susdite (AD 35, BMS Roz-Landrieux 1451-1528, vue 1). Le quart-bouillon 30  mars  : ordonnance relative à la perception du quart-bouillon, taxe modérée sur le sel. Le projet de rétablissement de la gabelle est abandonné pour le Poitou (R.  Favreau, « Le commerce du sel en Poitou à la fin du Moyen Âge », Bulletin philologique et hist, 1966, 201-202).

1452 Pâques : le 9 avril Mortalités n Suite de la mortalité angevine qui gagne les campagnes du côté de MontreuilBellay (Le Mené, 261). Année sans hiver dans le Pays Messin Les herbes prolifèrent : « Il ne gela et ne fit neige et froidure, et ne fit point d’hiver ; car en la semaine devant les rois, étaient les herbes aux champs et ès jardins toutes vertes, les fleurs et jolivets à l’air toutes vertes comme si ce fut au mois d’août » (Chronique de Praillon, d’après Litzenburger, 189). Remise en culture d’une grande ferme par trois laboureurs Le 5  février, Oudin Aubert, Simon Coiffier et Jehan Huet, trois laboureurs de Tremblay-en-France louent ensemble la grande ferme isolée de Mortières et 190 ha, qui dépendent de l’abbaye de Saint-Denis. Depuis la Saint-Martin d’hiver passée, 11 novembre 1451, ils ont commencé à le remettre en culture. Ils s’engagent pour sept ans « chascun pour son tiers, de labourer et defrycher toutes lesdites terres appartenant audit hostel de Mortières, d’arracher les mersaulx et autres mauvais arbres estans esdites terres, icelles mener par saison sans désaisonner ». La première année, le fermage ne sera que de 2 muids d’avoine et les six suivantes de 9 muids de grain, 6 muids de froment et 3 muids d’avoine. 60

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Incertains du retour à la sécurité ils font préciser dans leur bail : « si par fortune de guerre, pestilence ou orage des temps, ils ne peuvent labourer ni recuillir, ils ne paieront pas pendant ce temps qui sera évalué en sa longueur par des preux hommes en ce connaissant » (AN, S* 2446, d’après Moriceau, 82). Lettres de rémission ✷ Avril, Tours : rémission en faveur d’Étienne Bardin, laboureur à Gien-le-Vieil, qui, après avoir insulté sa femme Jeanne, âgée de 12 ou 13  ans, l’a noyée en la jetant dans un puits (AN, JJ 181, 58, f° 30v°). ✷ Avril, Montbazon : rémission pour Jeanne, veuve de Jean Bruneau, demeurant à Bourgueil, accusée d’infanticide (AN, JJ 181, 63, f° 32v°). ✷ Mai, Montrichard : rémission en faveur de Jacquette de La Crouez, femme de Jean Hardoin, de Saint-Louand, accusée d’infanticide (AN, JJ 181, 100, f° 55). ✷ Décembre, Souvigny : rémission en faveur de Pierrot Petitjean, de la châtellenie de Châteaumeillant, pour le meurtre de Guillaume Ferron, dont les bœufs gâtaient les prés (AN, JJ 181, 213, f° 132). Amours ancillaires Jean Goriot, « pauvre homme de labour de la paroisse de Coulandon », avait pour le « servir en son hôtel et être sa chambrière » une fille nommée Simone, âgée de 13 à 15 ans. Un jour que sa femme part en pèlerinage à Moulins, Jean Goriot va tout simplement coucher avec ladite Simone « et se mit en devoir de la connaître et combien qu’elle y fit aucune résistance, toutefois il en fit son plaisir et la connut charnellement et depuis lequel temps ladite chambrière est demeurée en l’hôtel dudit Goriot ». Un an plus tard, début mai 1453, Jean Goriot et sa femme s’aperçoivent que « ladite Simone était accointée d’un jeune clerc de leur paroisse, nommé Pierre Bourdois et couchée en leur hôtel avec ledit Pierre » (Germain, 176).

1453 Pâques : le 1er avril La Corse s’auto-administre 22 mai : à la suite de la demande des chefs populaires corses, réunis en assemblée générale à Lago Benedetto, l’administration de l’île est cédée par la République de Gênes à une institution financière, l’Office de Saint-Georges. Hommes, terres et villes, fleuves, étangs et montagnes sont remis à l’Office dans un inventaire minutieux. La réglementation locale est codifiée dans les Capitula Corsorum le 7 juin. Jusqu’en 1561, les Corses s’auto-administrent sous la direction de deux podestats par pieve (Graziani, 18). Fin des opérations militaires de la guerre de Cent Ans ” 17 juillet : près de Castillon, un corps français, soutenu par une forte artillerie, est victorieux de 6 000 ou 7 000 Anglo-Gascons commandés par Talbot. Invasion du Bordelais par le sud et dévastation des campagnes. 61

1453

” 9  octobre  : capitulation de Bordeaux et ouverture des vendanges. La reconstruction peut commencer. La locaterie perpétuelle Un mode particulier de remise en valeur, dicté par les circonstances  : la locaterie perpétuelle. Très répandu dans le Quercy, ce contrat à long terme est plus rare en Haute-Auvergne. En 1453, Jean Aymeri, d’Aurillac, loue « per modum conductionis sive loge » à Jean Bonhoure la boria de la Montade pour 29 ans « et ces vingt-neuf ans achevés pour autres vingt-neuf ans et ainsi ensuite à perpétuité de vingt-neuf ans en vingt-neuf ans ». Bonhoure pourra quitter la boria quand il lui plaira (AD15, 3E28/2, f° 16, d’après Bouyssou, 79).

1454 Pâques : le 21 avril Mortalités n Attestations de peste autour d’Amiens, Arras, La  Rochelle, Limoges, Niort, Périgueux, Poitiers, Toulouse, Tulle et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 382). n Octobre  : suite de la mortalité angevine qui gagne les campagnes du côté de Champtoceaux (Le Mené, 261). n Suite de la « mortalité » à Tours dans le faubourg du Pont (Chevalier, 588). Reprise d’activité dans les campagnes ✷ En Verdunois  : querelle de vaine-pâture entre trois villages de la Woëvre  : Warcq, Surville et Herméville (Meuse) (Bnf Lorraine 722, 144r° d’après Girardot, 517). ✷ En Lyonnais  : l’archevêque de Lyon acense à un affaneur de Lyon 4 pies de vigne (environ 1  ha) sises à Sainte-Foy, sous le cens de 2 sous forts et 4 poules c’est-à-dire 6 deniers et une poule pour chaque pie « selon ce qui est dit dans les anciens terriers du château de Francheville au sujet desdites pies, qui ont longtemps vaqué, faute de tenancier » (Cartulaire des fiefs, 484, d’après Lorcin, 269). Un ambitieux programme qui préfigure l’avenir : codifier les coutumes Avril  1454  : ordonnance de Montils-lès-Tours sur la réforme de la justice. Par l’article 125, Charles VII, « voulans abréger les procez et litiges d’entre nos subjects et les relever de mises et despens et oster toutes matières de variations et contrariétez », ordonne que les coutumes, usages et styles de tous les pays du royaume soient mis par écrit. Pour la première fois s’exprime la volonté royale d’unifier et de clarifier des coutumes éparses et souvent peu connues dans les différentes provinces du royaume. La portée de l’ordonnance est surtout symbolique. Il faudra attendre les ordonnances de 1497 et 1498 pour prendre en compte l’avis des représentants des trois ordres de la société. 62

1455

1455 Pâques : le 6 avril En Île-de-France : des secteurs toujours abandonnés Les secteurs désolés du Hurepoix et de la Brie française se remettent peu à peu en valeur. À Magny-l’Essart et dans les villages ressortissants (Magny-les-Hameaux), un aveu affirme l’absence totale d’habitants de 1431 à 1455 et, à cette date, « trois pauvres hommes de Normandie […] sont venus demeurer » (AN P23/3 XCI, Aveu à Charles  VII de la terre de Magny-l’Essart par Guy de Lévis en 1457, d’après Bezard, 49). Libération d’un serf à La Loge-en-Brie Le 27  juin, en Brie française, à La Loge-en-Brie (com. La Haute-Maison, Seineet-Marne), l’abbaye de Saint-Denis affranchit un serf ruiné pour le maintenir sur place alors que la Brie, vidée de sa population, est encore inculte. « Savoir faisons que que, sur la requette à nous faicte par Philippe Carrouget, natif de La Loge en Brye, nostre homme de corps et de mainmise et serf de condicion, disant qu’à l’occasion des guerres et divisions qui ont eu cours en ce royaume de France il ait tout perdu ses terres et ses héritages demourés en ruyne et non valeur, requérant […] qu’il nous plaise l’affranchir de la servitude en quoy luy et ses héritiers estoient et sont tenuz envers nous […] ce considéré que notre terre de Brie est toute despouillée, de nulle valeur et inhabitée par défault de peuple, et mesmement de nos hommes et sujets qui, durant lesdites guerres et divisions, s’en sont allés et absentés […] avons affranchi et affranchissons par ces présentes ledit Philippe Carrouget et ses héritiers à tousjours desdites servitudes dont cy essus est faict mention […]. Donné en nostre chapitre de Saint-Denis, en tesmoignage de ce nous avons miz à ces lettres noz sceaulx l’an mil iiiiclv le xxviie jour de juing » (AN, LL 1213, f°1-2, cité par Fourquin, 393-395).

1456 Pâques : le 28 mars Année très froide en Savoie À Samoëns, tous les blés sont détruits : « Blada ipso anno ex frigore totaliter sunt devastata » (AD 73, 14464, d’après Carrier, 2001, 572). Lutte contre les vagabonds en Languedoc 8 juin : ordonnance rendue sur les doléances des États du Languedoc pour purger le pays des vagabonds « en les mettant aux gallées » (Isambert, IX, 279).

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1456

Défrichement par brûlis en Provence En 1456, la communauté de Roquebrune transige avec le prieur de Pamayson. Les villageois sont autorisés à rompre des parcelles de terre gaste, d’y couper et d’y brûler les arbres afin de labourer et de semer en grains (« gastas rumpere, scindere, cremare arbores eixentes in eidem, si quae sint causae seminandi et arandi ad eorum commodum »). En contrepartie, le prieur aura la onzième partie des grains et les droits de mutation sur les ventes de ces nouvelles terres (Arch. com. Roquebrune-sur-Argens, DD1, et AD 13, 1H1001, doc. 296 et 366, d’après Burri, HSR 46, 2016, 43-44).

1457 Pâques : le 17 avril Pestes et fin de la mortalité angevine Attestations de peste autour d’Amiens, Bourg-en-Bresse, Cahors, Châlons-surMarne, Compiègne, Dijon, Douai, Draguignan, Grasse, Lyon, Nevers, Rouen et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 382). n Fin de la mortalité angevine qui gagne les campagnes du côté de Craon (Le Mené, 261). n

Ruines persistantes au sud de Versailles En 1457, à Magny-l’Essart [Magny-les-Hameaux, Yvelines], on trouve le « chastel cloz de vielz murs où il a plusieurs tours abatues et est cloz de vielz fossez avec ses jardins et appartenances, lequel par la guerre des Anglois qui longtemps ont tenu et occupé le chastel et ville de Chevreuse, près dudit Magny, à une lieue, fut detruit, rompu et bruslé ». Les terres et prés dépendant du château « sont du tout occupez et remplis de bois, buissons, espines et du tout incultes » (AN, P23/3 XCI, Aveu à Charles VII de la terre de Magny-l’Essart par Guy de Lévis en 1457, d’après Bezard, 47). Un symbole de la restauration : le relèvement du gibet d’Ablon Depuis 1448, le chapitre de Notre-Dame de Paris fait relever, dans les domaines qu’il détient, ses fourches patibulaires pour y pendre les condamnés. En décembre 1457, pour sa seigneurie d’Ablon-sur-Seine (Val-de-Marne), il en obtient du roi l’autorisation. La restauration agraire passe aussi par la lutte contre les crimes et les délits les plus graves, passibles de pendaison dans le cadre des hautes justices signeuriales. « Or que depuis certains tems en cà, à l’occasion des guerres et aussi par ce que longtemps a aulcun delict n’est advenu en ladite justice, icelui gibet ou fourches estoient chus. » Les mois suivants, les travaux de « redressement desdites fourches » sont réalisés avec « trois pilles de pierre, de taille de xiii pieds de haut [4,20  m], et trois poulies de boys » (AN, S 334, d’après Chaudré, 179).

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1458 Pâques : le 2 avril Hiver très froid « La surveille de Sainte-Catherine [25 novembre] oudit an 1457, il commença à geler et givrer très âprement, sans pluye et sans neiges, et gela continuellement jusque au jour Saint-Valentin ensuivant. Le jour Saint-Thomas apostre [21  décembre] oudit an, il commença à neiger et environ sept jours de suivant, et plusieurs heures, il neigea très fortement et très habondament, et durèrent les neiges sur terre jusqu’au xviiii (19) febvrier ensuivant. Ledit jour Saint-Thomas, la rivière de Seine fut toute gellée à bout et demoura gelée jusqu’au quatriesme jour de febvrier, auquel jour il commença à desgeler et puis regeloit tous les jours jusques audit jour Saint-Valentin et furent les bleds en grand danger, mais loué soit Dieu, il ne creut nul mal ! » (Maupoint, 38-39). Peste en Berry n Août  : Peste en Berry (Registres capitulaires du chapitre de Bourges, d’après Raynal, 45). n Attestations de peste autour d’Abbeville, Draguignan, Limoges, Orléans, Rodez et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 380). Disparition d’un village en Poitou En 1458, à Ménigoute (Deux-Sèvres), un village se fait absorber. Par trois acquisitions successives, les 4  juin, 1er  août et 2  octobre  1458, « noble et honorable et sage maître Jean Tudert, conseiller et maître des requêtes de l’hôtel du roi », seigneur de la Barre-Pouvreau, se rend propriétaire de divers « mazureaux, vergers, prés et terres labourables », une vingtaine de boisselées (soit 2  ha) au village de la Petite-Barre. Indivis entre trois familles de paysans des environs, ces héritages confrontent les bâtiments et les terres de la « gagnerie » que le magistrat possède déjà dans le même village. C’est le point de départ d’une « métairie » affermée contre un loyer en seigle et partage du cheptel, tandis qu’un village disparaît. Le processus de remembrement est enclenché : en 1518 une autre métairie est constituée tout à côté et une autre encore en 1530 (AD 79, D 110 et 115, d’après Merle, 58 et 73). En Valois, des fermes à reconstruire Mai  1458  : transaction entre Dom Zacharie Parent, prieur de Saint-Christopheen-Halatte, dependant du prieuré clunisien de La Charité-sur-Loire, et frère Jean Le Roy, commandeur de Lagny-le-Sec (Oise), « considérant les grandes guerres et divisions qui ont eu cours en ce royaume de France et que, à cause d’elles, les granges de la commanderie ont été brûlées et aussi que les dîmes et revenus de ladite commanderie ont été diminués », le loyer de la commanderie de Lagny-leSec est modéré de 50 muids de grains à 23, moitié froment et moitié avoine (AD 60, H 2397). 65

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Le Queyras se vide Attirés par les terroirs de plaine, certaines montagnes se dépeuplent. En Queyras, pour sept communautés (Abriès, Aiguilles, Château-Queyras, Ristolas, Arvieux, Molines et Saint-Véran), on compte en 1458, d’après les révisions de feux, 405 chefs de familles restés sur place pour 205 partis. Le pays s’est vidé d’un tiers de sa population (P. Paravy, d’après Audisio, 46-47). Maximum du pulvérage en Dauphiné Le 2 juin, un arrêt du Parlement de Dauphiné réglemente la transhumance. Sous la menace des éleveurs de Provence de ne plus monter dans le Vercors en raison de droits de passage jugés prohibitifs, les Dauphinois fixent un maximum aux droits de « pulvérage » et les procédures de cautionnement des délits (Carrier et Mouton, 2010, 267-268 et Blanc, HSR 42, 2014, 22-25).

1459 Pâques : le 25 mars Épidémie en Touraine n Octobre : venant de Château-Renault, l’épidémie atteint Tours (Chevalier, 587). Encore des ruines en Bordelais Relevé des arrérages des quartières (taxes annuelles en grains sur les dîmes des curés) dus à l’archevêque de Bordeaux, et restés impayés en raison de la ruine des paroisses. « À cause des quartières Saint-Pierre de Sautornas [Sauternes], Saint-Martin de Bomes [Bommes] et Saint-Pierre de Poyou [Pujols-sur-Ciron], qui doivent chacun une escarte et demie froment, et autant mil, lesquels lieux sont en ruine, pour ce repris  : froment, iiii escartes et demie ; mil, iiii escartes et demie » (Boutruche, 537). Dans le comté de Nice, le surpâturage indice de surpopulation ? À Tende, le conseil communal réglemente l’usage des espaces de dépaissance qui sont réservés aux paysans de la commune (les « bandites »). Dans la Magaria, la Panice et Orni, la coupe des foins ne peut s’effectuer avant la Sainte-Madeleine (22 juillet) : « Bandita Orni, Margarie et Panixe […] nullus non est ausus segare in dictas bandiats] unsque in feste Madelena sub pena [XX solidos] » (Arch. com. Tende 5, Adjudications, 239 r°, d’après Cesarini, 2016, 61). En Anjou : meurtre entre laboureurs associés La comparsonnerie ou l’entraide entre laboureurs est une pratique fréquente dans les régions du centre. Le fratricide qui suit signale une entorse à une règle qui se poursuivra longtemps en petite culture. Août 1459 : à Chinon, rémission en faveur de Gervais Hadouaire, laboureur, pour le meurtre de son frère Jean Hadouaire, qui refusait de lui prêter sa charrue 66

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et ses bœufs et prétendait exploiter seul une terre indivise entre eux à Chassant (Eure-et-Loir) (AN JJ 188, n° 156, f°77, d’après Chevalier, éd., n° 2944).

1460 Pâques : le 13 avril « Stérilité des biens » en Touraine (Arch. com. Tours, R35, f°53-54, d’après Chevalier, 588). Stabiliser la population agricole en Lorraine Conversion de la mainmorte en droit de lods et ventes d’1/10e  à Ourches entre le chapitre de Toul et les habitants (Cabourdin, 624). 2 mai 1460. La culture du sarrasin s’implante dans l’Ouest Pour régler un litige sur la répartition des dîmes entre le chapitre cathédral d’Avranches et le curé de la paroisse de Pontaubault, un accord prévoit les deux tiers de l’ensemble au premier décimateur (duas parte decimas bladorum et leguminorum ac frumentorum sarracenorum) et un tiers au second. Depuis les premières attestations de 1446, le frumentum sarracenum est alors assez courant pour entrer dans le partage des fruits de la terre (Bibl. mun. Avranches, fonds ancien, ms 206, f° 127-128, Delisle, 323-324, et Chaussat, 10, 39).

1461 Pâques : le 5 avril Peste en Bretagne n Attestation de peste dans les campagnes nantaises (Le Mené, 260). Les loups entourent Paris Alors que les friches abondent et que la population s’est éclaircie, les loups prolifèrent autour de Paris. Du 1er  janvier au 30  juin, dans le ressort de la vicomté de Paris, 227 loups sont abattus : 157 adultes, 1 louve enragée, 64 louveteaux, 5 louvettes. 17 dans la forêt de Bondy, 18 aux environs de Montlhéry, 19 près de Gonesse, 8 à Mitry-Mory, 6 à Chaillot, 5 à Créteil, 5 dans la vallée de Chevreuse, 2 à Clamart et même 4 autour du gibet de Montfaucon (BnF., ms fr. 26087, pièces 7524 et 7525). La désolation des campagnes en Brie et en Hurepoix À la fin de l’année 1461, un couvent parisien, dont la fortune foncière a été ébranlée par la guerre, fait ses comptes. Aucun revenu ne lui revient. Pour sa ferme de Malnoue, en Brie, mieux vaut sauver le droit de propriété pour une rente viagère 67

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modique en cédant pour trois générations (« trois vies ») l’exploitation du domaine à une famille d’entrepreneurs. Pour Champrosay et le Mesnil-Fontenerel, les destructions ont été telles, de 1418 à 1451, qu’aucun candidat ne se présente. Quant aux biens assis à Orsay, tombés « en désert et friche », leur rapport est insignifiant. Au sud de l’Île-de-France, la reconstruction des campagnes est à venir. « Cy après s’ensuit la déclaracion, quantité et valeur des hostels, manoirs, terres, segneuriez et héritages, lesquelz lesdits religieux, prieur et couvent de ladite église Saincte-Katherine du Val-des-Escoliers à Paris, tiengnent et possedent hors de Paris, tant ou pas de Brie comme en la chastellenie de Montlheri et alieurs. « Et premierement, ou pais de Brie, les terres, seigneuries et heritage de GransClos et de Malenoe, es paroisses de Footins [Fontains, Seine-et-Marne] et de Nangis en Brie, en la prevosté de Mellun, […] lesquelles en l’an mil cccc et douze et environ valloient par chascun an, au proffit de ladite église, en recepte de deniers 100 livres de rente et 8 muys de grain, les deux pars blé et le tiers advoine, lesdites terres et seigneuries, pour les longues fortunes et malices des guerres […] cheutes en friche, désert et inhabités. Et, pour ce et affin de les deffricher et remettre en valeur de chose, lesdits religieux, prieur et couvent de ladite église de nouvel les ont baillés à tiltre de viage à Jehan le Fevre, escuier, et damoiselle Robine Doxi, sa femme, pour eulx, leurs enffens et les enfens de lers enffens […] à la charge de 16 livres parisis de rente annuele et pansion à vie par chascun an au jour SaintDenis, ixe jour du moys d’octobre […]. « Item, les terres, seigneuries et héritages de Champsoré et du Mesnil-Fontenerel, en la prévosté de Tournant-en-Brie, lesquelles en l’an mil cccc et douze et environ valloient par chascun an, c’est assavoir la terrer et seigneurie dudit Champrosé, lx s. p. de menus cens et 16 chefs de poulaille de rente et vi muys de grain de moison [loyer] et ledit hostel du Mesnil autres clx s. de menus cens et trois chappons de rente et huit muys de grain par tiers. Pour les longues malices et males fortunes des guerres, lesquelles ont eu cours en ce royaulme par l’espace de quarante trois ans, tous includz, finissant en l’an mil cccc cinquante et ung, et par la povreté desdits prieur et religieux lesdites terres, seigneuries et héritages de Champrosé et du Mesnil sont demourés et demorent pour le présent en ruine et non valeur. « Item, les terres, seigneuries et héritages de Maudétour, Villehier et Orsay tout ce situé et assis en ladite ville et paroisse d’Orsay en ladite châtellenie de Montlhéry. En l’an 1412 valloient cent sept livres VI s. vi d. p. et obole et ugne oye blanche et en recepte de grain seize muys et trois septiers. À la cause des guerres cy devant dits, tout ce descheu et venu en désert et friche, tellement que pour ce présent an finissant le dernier jour du mois de décembre mil cccc soixante et ung, en menus cens et fondz de terre, sont revenues seulement soixante et douze s. un denier parisis » (Maupoint, Terrier de Sainte-Catherine-de-la-Couture). Guerre et paix depuis Jeanne d’Arc : un laboureur se souvient Au nord de Pontoise, à Hérouville-en-Vexin (Val-d’Oise), une enquête conduite en 1461 vise à rétablir une rente foncière dûe au chapitre cathédral de Beauvais. C’est l’occasion pour un laboureur du cru, né vers 1397, de rappeler les phases ultimes de la guerre de Cent Ans depuis 1427. « Phelipot Benoiste, laboureur 68

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demeurant à Hérouville, aagé de lxiiii ans ou environ […], dit qu’il est natif de Labbeville, qui est joignant au terrouer de Herouville, et est recolent que, deux ans ou environ paravant que la Pucelle vensist avecques le roy, que Dieu pardoint [pardonne], devant Paris […] il labouroit et menoit la charrue sur le chemin qui va de Pontoise à Beauvais […]. Il estoit connu que ladite terre devoit la somme de soixante livres et ne croit point que aucun paiement en ait esté fait depuis vint ans en ça, à l’occasion de la guerre qui a couru et qui couroit lors en ce pais, car il y a environ vint ans que la ville de Pontoise fut reduite en l’obeyssance du roi, et depuis neuf ans ou dix ans apres ou environ, a esté la générale réduction du pais de Normandie » (AD 60, G 1110).

1462 Pâques : le 18 avril La sécheresse arrête les moulins autour de Metz Eté 1462  : « Grant seicheresse. Item, on moix dessus dit (juin), il fist sy grant challeur et saicheur que, par faulte de pluye, les rivières estoient ci très courtes que merveilles ; et tellement que les mollins de Metz et du pays entour molloient à grant peine. Et durait cette saicheur jusques on moix d’aoust après et encor » (Chroniques des maîtres échevins de Metz, 193). En Périgord : des paysans entre français et occitan Le 10 août, dans leurs déclarations au terrier de Belvès (Dordogne), les tenanciers sont partagés entre le français et l’occitan. Alors que la fin de guerre de Cent Ans a unifié bon nombre de terres méridionales aux pays de langue d’oïl, que Louis XI vient de créer le parlement de Bordeaux, le français s’impose dans l’administration. Originaire du centre du royaume, le nouvel archevêque de Bordeaux, Blaise de Gréelle, fait prévaloir le français dans les documents fonciers – les terriers –, qui matérialisent la reprise du contrôle de la terre et des hommes. Néanmoins, l’occitan – qui correspond à la langue des tenanciers – se maintient parfois. Pour la châtellenie de Belvès (Dordogne), les ruraux qui comparaissent, déclarent leurs possessions tantôt en occitan tantôt en français. « Lo xe jour de haust l’an mcccclxii, Peyre Miquel dit Peters, demorant a Belver, comparent en persona, que declara par son segrament [serment] quel te en la castellania de Belver, appartenant a monseignor l’Arcevesque de Bourdeux [Bordeaux], et que s’en set cest assavoir ung hostel, assis en loc [lieu] et castel de Belver, et en la plassa de Peyrihac, confrontan an l’ostal de Basto de Serval […] lo quel te des Frayres Predicadors de Belver an III sous tournois de renda. « Item, ung ayral, sis el de castel de Belver […] Item, ung hort [jardin] […] « Du xe jour d’aoust l’an sudit Mil cccclxii, au lieu de Belver, Monseigneur l’archevesque ets, Guille de Lugnat, laboureur, demourant audit lieu de Belver, comparent personnellement pour déclarer ce qu’il tient de la juridiction de monseigneur l’archevesque, lequel a declarer tenir ce qui s’en suit. Et premierement dit qu’il tient ung houstau, assis au chasteau dudit lieu, confrontant d’une part à 69

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l’oustal de Pey la Porta et d’autre part à l’oustau de Estienne Brun, et le tient de Paleyrac, a ii sous tournois. Item, ung estable, assis a les Coustes […]. Item, ung ort […]. Item, ung journal de vigne » (AD 33, G177, d’après Éloquin, HSR 38, 2012, 172-176). En Quercy, des accensements collectifs Le 15 octobre, le précepteur des Hospitaliers accense collectivement le lieu de Cras (Lot) contre un cens anuel de 7 setiers de froment ainsi qu’un certain nombre de services. La reconstruction des campagnes se traduit par de nouvelles formes de contrats d’exploitation du sol pour attirer les colons. Dans le Quercy, bon nombre de finages étant désertés, certains seigneurs les confient à plusieurs chefs de famille en accensement collectif. Réalisés essentiellement entre 1444 et 1460, ces accensements collectifs furent particulièrement nombreux dans le grand Causse entre Lot et Dordogne (AD 31, H Malte, Le Bastit n° 27).

1463 Pâques : le 10 avril Peste autour d’Angers n Août-septembre : peste autour d’Angers (Le Mené, 260). « Année des grandes neiges » En Limousin, d’après le livre de raison de Jean Massiot, bourgeois de SaintLéonard-de-Noblat (Guibert, 1888, 27). Interdiction de la chasse Fin août, Louis XI promulgue à Paris un édit interdisant la chasse à tous les habitants du royaume sans distinction d’état et condition (Basin, I, 118). Des ruines encore en Hurepoix En 1463, l’hôtel et manoir d’Ivilliers, à Briis-sous-Forges (Essonne) « sont dès longtemps cheus et démolis par la fortune des guerres et pestilences qui ont esté en ce royaume et venus en masures pleines de buissons et d’arbres » (Bezard, 47).

1464 Pâques : le 1eravril Cadastration générale du Languedoc Sous l’influence des procédures fiscales italiennes, une redistribution de la charge fiscale s’opère dans les campagnes du Midi. En Languedoc, une cadastration déter70

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mine la quote-part de chaque diocèse civil, et à l’intérieur, de chaque communauté pour le paiement de la taille réelle. Cette première « Recherche générale » suscite dans les campagnes l’élaboration de matrices foncières, avec arpentages, les « compoix » dans les communautés rurales (Jaudon, 2014, 65, 290). Avril  : les états particuliers du Velay réunis au Puy décident de réaliser des matrices foncières sur déclarations contrôlées (mais sans arpentage) pour déterminer et actualiser le montant de la taille en Vivarais, les « estimes ». Des commissaires royaux sont envoyés dans les paroisses du diocèse de Viviers pour estimer « tous les biens mobiliers, immobiliers et cheptel des habitants » de chaque « lieu et mandement ». À Vallon Pont-d’Arc, les opérations s’étendent du 20  août au 13  septembre  1564. Les huit « estimateurs » assermentés, procurateurs des habitants et « hommes probes » reçoivent 86 tenanciers taillables, dont 58 résidents et 28 « estrangiers » ou « forenses », soit au moins 4 déclarants par jour. Chaque contribuable énumère ses biens et charges en occitan, pour déterminer le montant de l’allivrement, traduit ensuite en latin. Les 71 paroisses du Bas-Vivarais rassemblent alors 3 328 résidents et 254 forenses (Valladier-Chante, 1993 et 1998). Chute de population en Normandie En Haute-Normandie, vers 1464, le niveau de population a chuté des deux tiers depuis le xiiie  siècle. Pour 13 paroisses de la vicomté de Rouen, il ne reste plus que 223 ménages contre 694 deux siècles plus tôt, soit 32 %. Dans les terres limoneuses du Vexin normand, il en va de même comme dans l’ouest du Pays de Caux. En revanche, sur les terres lourdes et ingrates du Pays de Bray, la chute est plus sévère encore : la proportion s’abaisse à 27,5 % (Bois, 1976, 59 et 378-380).

1465 Pâques : le 14 avril La peste en Île-de-France n L’archidiacre de Josas ne peut visiter la paroisse de Bruyères-le-Châtel (Essonne) en raison de la forte mortalité (A, 219, n° 713, d’après Bezard, 212). n Attestations de peste aussi autour d’Annonay, Apt, Dijon, Le Puy, Marvejols, Mende, Nîmes, Périgueux, Poitiers, Saint-Flour et Strasbourg (Biraben, 380). La guerre du « Bien public » (mars-octobre 1465) Ayant imprudemment pris les armes le premier, Jean de Bourbon supporte seul le choc des troupes royales qui, venant du Berry, prennent Montluçon, Gannat et Aigueperse. N’osant affonter les troupes royales, le duc se livre à un curieux chassé-croisé entre Moulins et Riom. Il est sauvé par la marche sur Paris de ses alliés bretons et bourguignons (Charbonnier, 505). ” Mardi 16  juillet  1465  : bataille de Montlhéry. « Le mardi xvie jour de jullet ensuivant, dès le point du jour ou devant, le roy et toute son armée se départirent dudit lieu d’Étrechy et de environ et vint à Châtres-sous-Montlhéry [Arpajon] 71

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ouquel lieu le roi s’informa du faict et arroy dudit conte de Saint-Pol et de son armée, à ce jour et heure estant audit Montlhéry. Et le roy, […] de neuf à dix heures du matin, dès cette heure assaili ledit conte de Saint-Pol et son armée et les combatti le roy très vailliemment […]. Laquelle retraicte faicte par ledit conte de Saint-Pol et une partie de sa compaignie, ce nonobstant le roi le suivit et entra en ladite armée dudit conte de Charolais, et lors furent faictes grans vailiances de armes et grans fais de bataillie et maintes grandes occisions esquelles mains vaillans hommes et de grant non furent occis et mors. « Et du surplus desdites deux armées y en ot grant quantité de navrés et mehaingniés, et de la partie dudit de Charolais plusieurs, que hommes d’armes que coustilliers, que varlès que pages, se meirent en fuite et ce en fuirent par le païs à tous les chevaulx et bouges et bacages de leurs maistres, lesquelz furent depuis tous repris et mors ou prisonniers. […] « Toutesfois, le plus de ceux qui en parloient, tant hommez de guerre qui avoient esté en ladite bataille comme des hommes et femmes du païs qui virent les mors en ladite place, convenoient assés ad ce que, de ceulz de l’armée du roy, il en estoit mors ce jour environ vi cens hommes, et de ceulx de la partie de Charolais, il estoit mors environ dux mille trois cens des plus vailians de son armée. Le roy, ce jour, feist grand proesces tant en ralliant ses cappitaines et gens d’armes par trois reprises comme en conbatant de sa personne, en quoy il eust très grand honneur, et cessa ladite bataille ainsy comme environ vii heures après midi ; et à dont ce retrahi le roy à Corbeil, où il fut ce soir de mardi et le mercredi ensuivent, et ledit de Charolais s’en alla à Étampes à tout si pou de gens qui se peurent rassembler » (Maupoint, 57-58). Dévastations en Pays de France et en Brie Si les armées s’affrontent au sud de Paris, autour de Montlhéry, elles mettent également à sac le nord et l’est. ” « Ce temps pendant [courant septembre 1465], monseigneur le duc de Berry, le duc de Bretagne, le comte de Dunois, le sire de Loiac, le sire du Bueil et aultres seigneurs bretons se tenoient à Saint-Maur-des-Fossés, et leur armée ce teint à Saint-Denis et environ, lesquelz lors fortiffièrent l’isle de Saint-Denis contre le roy et la ville de Paris, et feirent plusieurs grans maulx en toute la France [la plaine de France], comme de rompre et pillier églises, entre les aultres les églises et villes de Gonesse, de Louvres, de Sarcelles, de Saint-Brice, de Pierrefitte, et plusieurs aultres églises et villes furent ronpues, efforcées, desrobées et piliées jusques aux cramilliées inclus. « Le conte d’Armagnac, le sire d’Albret et plusieurs aultres grands seigneurs, chevaliers, barons et gentilzhommes en grosse et fort armée, tous contre le roy et la ville de Paris, se tenoient et se teinrent à Nogent et Bray-sur-Seine, à Provins en Brie et à l’environ, et comme les aultres estant en la France et devant Paris, ilz feirent plusieurs grans maulx en toute la Brie et en la Champagne jusques aus portes de Troyes, de Chalons et de Reims et outre, avec les maulx ci-dessus dit, ilz efforcèrent fames et filliez, ils boutèrent les feus en plusieurs lieux, ils exstirpèrent et coupèrent les vingnes, ilz abatirent les arbres à fruits, ilz prenoient 72

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hommes et bestes prisonniers et plusieurs aultres maux que on ne sauroit dire » (Maupoint, 72-73). « Et est vray que le temps pendant desdiz trois jours de mardi, mercredi et jeudi et le vendredi ensuivant [octobre], les Bourguignons, qui estoient logés devers la Grange-aux-Merciers et le pont de Charenton, coururent en la France et en la Brie et y feirent plus grans dommaiges et irréparables en dégast de bleds en granches, en prises de chevaulz et de harnois, en destroussant et desrobant hommes et fames […] en emportant les biens et meubles qu’ilz trouvèrent, en dégastant et despouliant les vignes tout à l’environ de Paris et deçà l’eau et delà l’eau, et mesmement desrobèrent et pillèrent plusieurs églises es villages » (Maupoint, 81-82). La Fosse, capitaine de brigands au service du roi ” « En ce temps ledit comte d’Armagnac et ses gens faisaient toujours grands maux, grands outrages et grands pilleries ou pays de Brie en ransonnant villes et maisons. Lors fut oudit païs de Brie et devers Étréchy oultre Montlhéry, un cappitaine de brigans nommé La Fosse, lequel avoit en sa conpagnie environ trois cens hommes, et lequel cappitaine et ses hommes tenoit les bois à xvi ou à xviii lieues à l’environ et entour Paris, sans mal faire à marchans ne à gens qui eussent tenu ou qui tenoient le parti du roy, mais ausdiz Bretons, Bourguignons et Armagnacs il porta mains grans dommages, tant en mors de hommez, comme en pertez de chevaulz et d’aultres biens, et les greva très fort, dont ilz furent moult esbahis » (Maupoint, 86). L’année des Bourguignons L’alerte fut chaude mais ne dura pas. Elle toucha néanmoins le capital agricole des fermiers et les deux récoltes 1465 et 1466. « L’année des Bourguignons » resta longtemps dans les mémoires paysannes comme un épilogue tragique aux guerres des xive et xve  siècles. Au Plessis-Gassot (Val-d’Oise), où une enquête réunit 21 chefs de famille en 1499, les anciens prennent « l’année des Bourguignons » comme point de repère mais en la situant « trente sept ans en çà » (AN, S 3687). De la même manière, « la journée de Montlhéry » marqua les mémoires des habitants du Hurepoix (Joseph Délivré, « Le repeuplement du Hurepoix… », Bull. Soc. Corbeil, 1976, 54-55). Un gardien de vaches enrôlé de force Lorsque les gens d’armes de Jehan de La Roche passent par le pays d’Auvergne, ils trouvèrent [un jeune garçon qui « pouvait avoir l’âge de 12  ans] au champ où il gardait les vaches, le prirent et l’emmenèrent en Saintonge où il demeura avec un nommé le dauphin de Saint-Aignan, qui était des gens de La Roche » (Germain, 49). Dans le comté de Nice : prospérité pastorale En revanche, la prospérité règne aux portes de l’Italie, dans le comté de Ventimille et le Val de Lantosque. À Tende, l’année  1463, avec 159 troupeaux d’ovins (19 340), caprins (plus de 4 000) et de bovins (1 644) enregistrés (43 en moyenne 73

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annuelle de 1413 à 1472) marque un maximum dans la documentation conservée (Cesarini, 211). Des « laboureurs à bras » cotisés à la taille à Bonneuil-en-Valois « On payait la taille dans le Valois, dès le commencement du règne de Louis  XI. J’ai vu aux archives de Crépy un rôle de tailles de la paroisse de Bonneuil, dressé pour l’année 1465. Les habitans de cette paroisse payaient alors au roi, suivant ce rôle, sept livres seize sols de taille. On nomme dans ce rôle les manouvriers des laboureurs de bras » (Carlier, II, 493). Des paysans trompent leur seigneur 19  juin  : les habitants de Saint-Jean-de-Monts, de Notre-Dame-de-Monts et du Marais-Doux refusent de payer la taille au vicomte de Rohan. Au terme de la Saint-Gervais 1465, les habitants déclarent être de condition libre depuis 1260, moyennant 8 sous par feu. Ils font fabriquer un faux par un prêtre, ouvrant une procédure qui n’est pas terminée encore en 1486 (Sarrazin, 375-376).

1466 Pâques : le 6 avril Un mode de restauration dans le Midi : l’acte d’habitation 1465-1466. « Acte d’habitation » de Joucas (Vaucluse) entre Étienne Moreti, précepteur de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, et les futurs habitants. En Provence, la restauration est jalonnée par des actes d’habitation dont le but est d’assurer le repeuplement des sites abondonnés. Par ces contrats, les seigneurs accordent au preneur des lieux à défricher contre un pourcentage des redevances et des services. Ces actes sont en général de véritables contrats collectifs. Joucas, cependant, fait exception puisque le seigneur passe avec chaque nouvel arrivant un contrat d’acapt ordinaire (droits fixe et modique payé à l’occasion de l’hommage d’un tenancier). De 1465 à 1512, une douzaine de villages du Luberon sont reconstruits grâce à des actes d’habitation. Cette immigration entraîne une mutation des paysages : un nouvel habitat permanent s’isole dans les « bastides », ces grosses fermes à l’écart auxquelles les colons donnent leur nom (AD 13, 56 H 4613, et Audisio, 1992, 15). 1466. Dernières inféodations de terres restées en friche en Lauragais autour de Castelnaudary, « heremas et malleolatas » (Marandet, 400). Essai de panification au froment en Bourbonnais En 1466, les consuls de Moulins dépêchent un huissier pour « voir moudre ladite quarte de froment et icelui voire faire et cuire ». On essaye la panification avec du froment au lieu du seigle en Bourbonnais. Dix ans plus tard, en 1476, les dîmes de Busset fournissent 16 setiers de froment pour 376 setiers de seigle (Germain, 23). 74

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Lutte contre les loups 10  juillet  : Pierre Hannequeau, l’un des veneurs du roi, reçoit 400  livres pour faire chasser aux loups et louves qui « repairent en plusieurs lieux du royaume » (Lapeyre, 1966, 132-133).

1467 Pâques : le 29 mars Peste jusqu’au comté de Nice n Attestations de peste autour d’Amiens, Auxerre, Bayeux, Beaune, Bourg-enBresse, Châlons-sur-Marne, Dijon, Nice, Paris et Saint-Flour (Biraben, 380). n En 1467, la peste se déclare dans tout le comté de Nice, la ville perdant 7 833 habitants dont 211 religieux. Le village de Saint-Laurent-du-Var est entièrement vidé, il sera repeuplé en 1488 par trente familles d’Oneglia (l’actuelle Imperia) à l’initiative de l’évêque de Vence. Le village de Saint-Jean-d’Alloche, près de La Tour, est également dépeuplé de ses habitants. À Roquebrune, la population implore sa patronne Notre-Dame-des-Neiges. La peste cesse et les survivants font le vœu de se rendre tous les ans, le 5 août, en pèlerinage à la chapelle de la Madonne de la Pausa, en y représentant les mystères de la passion (Rossi, 2010). n En octobre, la peste est à La Riche, aux portes de Tours (Chevalier, 588). Insurrection des « Galants de La Feuillée » En Bourbonnais, après la révolte de la petite ville de Saint-Amand-Montrond contre les exactions fiscales se produit une « chouannerie paysanne » (Basin, I, 299). Une nécessité : organiser le logement des gens de guerre Par l’ordonnance de Montils-lès-Tours au sujet des troupes, Louis XI s’en prend, en avril, à l’une des plaies qui accablent les campagnes jusqu’au xviie  siècle  : le « logement des gens de guerre ». « Art. 9. Quand lesdits gens d’armes chevaucheront, ils ne pourront logier en ung lieu, plus hault d’une nuyt, excepté le dymence ou aultre grant feste ; et payeront tout ce qu’ilz prendront, au pris du pays, excepté paille, boys et logeiz ; et de ce, ne se fournira aucun, fors par la main de son hoste […]. Ne prendront les chevaulx ne les jumens des bonnes gens pour porter leurs harnois et autres bagues [bagages] » (Ordonnances des rois de France, XVII, 84, 295).

1468 Pâques : le 17 avril Peste, tempête, mal des ardents n Attestations de peste autour d’Auxerre, Beaune, Bourg-en-Bresse, Châlons-surMarne, Dijon, Lille et Limoges (Biraben, 380). 75

1468

Peste à Palaiseau et à Bruyères-le-Châtel (Essonne)  : la moitié des paroissiens auraient été victimes de la maladie d’après l’archidiacre de Josas (Alliot, 301, n° 947 et 303, n° 953, d’après Bezard, 212). n Peste à Érize-la-Brûlée (Meuse), près de Saint-Mihiel (Girardot, 791). ✷ Tempête en Anjou, détruisant de nombreuses maisons dans les forêts et les champs (Le Mené, 60). n Mal des ardents en Bourbonnais : « Ces malades qui, de jour en jour, se y vienent rendre (à Saint-Amand ou Lurcy) de toutes parts, lesquels ont perdu les membres de la très horrible et cruelle maladie, dont messire Saint-Anthoine est requis et adonné par tout l’universel monde, laquelle est à comparer au tranchant feu d’enfer » (AN JJ 179, 35, d’après Germain, 65-66). n

Vols de moutons par les francs-archers sur le plateau de Villacoublay En avril, « fut fait commandement à chascune parroisse que tous les francs-archiers feussent arméz et habilliéz et prestz à cedit premier jour de juin, tous et nobles et francs archiers, sur paine de la hart et de confiscacion de corps et de biens » (Maupoint, 106). ” Le samedi 16 juillet 1468 : Jehan Séheurt, un berger de Villacoublay, originaire d’Anjou, « à la charge de certaines bêtes bélines et moutons appartenant à Perrenot, du Trou », se fait dérober deux moutons par cinq ou six francs-archers qu’on disait être du pays d’Auvergne, et deux ou trois heures après deux autres, dans les bois de Jouy par 8 ou 9 autres desdits franc-archers qui en avaient déjà volé deux autres encore le mercredi précédent. En s’interposant il se fait apostropher par l’un des francs-archers qui se jette sur lui avec un « vouge » : « Villain, en parles-tu avant qu’il soit commis, tu n’en auras pas tant ! » Le capitaine, Jean Baudet, demeurant à Fontenay-sous-Bagneux, égorge un mouton avant d’en reprendre un autre, suscitant la colère du berger qui le frappe d’un coup de bâton sans fer à la tête avant de s’enfuir au bois. « Ledit suppliant desplaisant de perdre sesdites bestes et de les veoir ainsi tuer, appella ledit Baudet larron, et que s’il n’y avoit que euls deux, il le luy monstreroit et qu’il estoit larron privé et valoit pis que les larrons de mener et guider lesdits francs-archiers pour prendre sondit bestail et faire les mauls qu’ilz faisoient aux laboureurs, et en ce disant chargea icelluy Baudet ledit mouston par luy tué sur le cheval dudit franc-archer, qui incontinent s’en partyt avec ses autres compaignons et demoura derrière ledit Baudet, lequel en s’en alant après euls garny desdites javeline et dague, dist audit suppliant, iré et courroucé, se approucha dudit Baudet et d’un baston sans fer qu’il tenoit lui bailla hastivement et de chaulde colle ung cop ou deulx sur la teste près de l’oreille, et véant que par son cry lesdits francs-archers retournoient contre luy, entra es boys et laissa icelluy Baudet, desquelz cops ou autrement on dit que tantost après ledit Baudet ala de vie a trespas. » Il obtient lettre de rémission en août 1468 (AN, JJ 195, 36, d’après Bezard, 345-346). Menace de déguerpissement en Lorraine Les hommes de Lacroix-sur-Meuse menaçent de quitter leur village, accablés par la pression des soldats, s’ils ne sont pas exemptés d’impôts.  Ils ont dû loger en 76

1468

1465, deux jours durant, l’armée de Jean de Calabre (2  000  hommes et 1  800 chevaux) puis, en août  1466, l’armée des Bouguignons à l’aller et au retour du siège de Dinant (AD 55, B 3032, d’après Girardot, 789). Le bail à acapte : instrument du repeuplement en Provence Le 17 octobre, Guillaume Chaussegros, seigneur du cru, consent à quatre nouveaux habitants un contrat de repeuplement à Mimet (Bouches-du-Rhône). Ce bail « à acapte », qui favorise l’installation de Jean Samat, Jean Arnaud, Olivier Salvanhi et Paulet Arnaud, est l’un des premiers « actes d’habitation » de Provence, après ceux de la Bastide d’Esclapo (1428), La Napoule (1461) et Joucas (1465). Il est passé la même année que ceux de Saint-Laurent-du-Var et de Mons. À ces nouveaux habitants le seigneur accorde le droit de chasser et de couper du bois, de recevoir des terres à défricher pour les mettre en culture moyennant le 1/15e  des grains récoltés, de faire paître librement leur bétail de trait dans sa réserve pastorale (« défenses »). Il s’engage à construire à ses frais un four et un moulin moyennant un droit de mouture de 1/20e. Il les autorise à vendre certains des biens reçus moyennant la taxe du « trézain ». Les six concessionnaires devront construire leur maison dans les deux ans et s’obligent à y faire leur résidence à l’avenir. Deux reçoivent une maison encore en place et trois des « casaux », de simples emplacements de maisons détruites. Tous obtiennent plusieurs jardins et trois des terres en friche ou en état de culture (tant « hermes que cultivées ») soumises à une redevance à part de fuit du 1/11e, la « tasque » (AD 13, 308E 132, d’après Coulet, 415-417).

1469 Pâques : le 2 avril Vols de récoltes entre laboureurs en Sologne Août : rémission en faveur de Guillaume Gaultier, dit Verneres, et son fils Jean, détenus à Romorantin, de Louis Amenon, beau-frère de Guillaume, et de Jean Gaultier, son autre fils, pour le meurtre de Guillaume Menuisier, habitant de la Lombardière, à Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher), surpris en train de charger indûment une charrette de millet (AN, JJ196, 34, f° 22). Octobre : rémission en faveur d’Étienne Garreau, de Salbris en Sologne (Loir-etCher), pour le meurtre d’un nommé Le Petit Bastard, voleur invétéré, qui lui avait tendu une embuscade à Souesmes afin de lui voler son blé (AN, JJ196, 63, f° 41). Dénombrement général en Artois et Boulonnais En quelques mois, le duc de Bourgogne réalise un dénombrement de la population de l’Artois (28  750 feux) et du Boulonnais (5  550). L’enquête de 1469 couvre surtout les populations rurales et laisse peu de place à la fraude (moins de 10 % assurément). De nombreux villages sont qualifiés de « malheureux », « en difficulté » ou « disparus ». D’après cette enquête, établie paroisse par paroisse – source la plus 77

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sûre jusqu’au xviie siècle –, et en dépit d’une légère reprise depuis 1460, les chiffres sont presque moitié moins élevés que ceux de la fin du xiiie siècle (Bocquet, 1969).

1470 Pâques : le 22 avril Pestes Les campagnes ne sont pas épargnées par la peste même si l’impact de la contagion peut être discuté. En 1470-1472, la peste est à Murol (Puy-de-Dôme) (Charbonnier, 510). n

Une partie de soule et un défrichement mortels ✷ Avril : entre deux villages de Sologne une partie de soule a dégénéré. Rémission en faveur de Jean Coichart le jeune, d’Ardon (Loir-et-Cher), pour avoir tué Jacques Drouault, d’Yvoy-le-Marron (Loir-et-Cher), au cours d’une mêlée entre deux bandes de villageois à l’occasion d’une partie de soule (AN, JJ195, 361, f° 101). ✷ Octobre, au sud de la Touraine. Rémission en faveur de Pierre Richart, laboureur à Preuilly-sur-Claise (Indre-et-Loire), Jean et Louis Richart, ses enfants, pour le meurtre de Jean Farou, soi-disant propriétaire de la pièce de terre qu’ils s’apprêtaient à défricher à Bossay (AN, JJ 196, 325, f°205). Les premiers laboureurs à repeupler Rennemoulin, à l’ouest de l’Île-de-France Jean Vinot et Estienne Oubert, laboureurs, âgés de 36 à 40 ans, affirment : « ledit Vinot qu’il y a bien de xii à xiii ans [1470-1471] et ledit Estienne Oubert huit ou ix ans ou environ [1474] qu’ils sont tous deux demourans et résidans audit lieu de Regnemoulin » et « qu’ils ont esté les premiers laboureurs qui, depuis ledit temps et aussi depuis les guerres, ont deffriché et labouré terres audit lieu de Regnemoulin » (AD 78, tabellionage de Villepreux, déclaration du 7 avril 1483, d’après Bezard, 49). En Haute-Normandie : convertir en argent les charges en nature « Composition » faite par l’archevêque de Rouen avec « les hommes de Fresne [-le Plan, Seine-Maritime] pour leurs terres et campart dont ilz paient plusieurs espèces, tant de grains, vollailles, œufz que aultres choses. Pour chacune acre, lesquelles espèces ont été converties en 11  s. vi d.  pur chacune acre de ladite terre » (AD 76, G 68, Anno 1470, d’après Gandilhon, 144).

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1471 Pâques : le 14 avril La peste se répand dans les campagnes n Mai-juin : peste autour de Poitiers puis l’été en Anjou autour de Fontevraud et de Tours (Le Mené, 260, et Chevalier, 588). n « Pestilance » en Touraine (Chevalier, 588). n En Limousin, la « pestilance est si commune que personne ne pouvait demeurer au pays » (AN X1A 4812, f° 59). n En Forez : à Montarcher (Loire), du 11 octobre 1471 au 11 janvier 1472, décèdent deux fils et trois petits-fils de Mathieu Fayol, du hameau des Granges : « Et omnis isti mortui sunt morbo epidemie » (AD 42, BMS Montarcher, vue 57). Affouagement général des communautés de la Provence ✷ À la suite des plaintes déposées par certaines communautés dépeuplées par les « malheurs » de la fin du Moyen Âge, les états provinciaux procèdent à enquête pour réviser l’assiette de l’impôt et reconsidérer sa répartition par « feux », d’où le terme d’« affouagement ». Pour fixer le montant de la taille due par chaque communauté, trois ecclésiastiques, trois gentilshommes et six représentants du tiers état procèdent à une évaluation des feux. Du 14  mars au 30  mai 1470, les 12 commissaires, qui se scindent en trois équipes, recensent la viguerie de Tarascon, la Camargue et la Crau, puis se rendent dans les régions de Toulon et de Draguignan avant de gagner la Provence orientale. À chaque étape, ils font comparaître les représentants des communautés du secteur –  « syndics », « prudhommes » et « conseillers  –, qui produisent les livres d’« estimes », les cadastres. On procède à un recensement des maisons habitées, de la valeur des terres et de l’importance du cheptel, des droits et des charges de chaque communauté. L’affouagement est arrêté en février 1471. Il modifie celui de 1442 et restera valable jusqu’en 1664 : on compte désormais 3 347 feux fiscaux. Comme la taille est ici un impôt foncier qui ne pèse que sur les terres roturières, sont exemptés les nobles, les clercs, les gens du roi et de la Cour, les juristes, les étrangers, les juifs (qui paient un impôt spécial) et enfin les mendiants et indigents (qui n’ont ni terres ni immeubles). Pour être imposable, il faut sans doute posséder un capital minimum de 10 livres. L’enquête de 1471 fournit une description de premier ordre sur l’utilisation du sol et la structure de l’élevage dans l’ensemble de la Provence. Elle comporte les requêtes des habitants en vue de faire diminuer le nombre de feux fiscaux (« cédules » en provençal) (AD 13, B Tubassia, copie de 1559).

✷ Visite à Châteauneuf-de-Grasse. « Révérends pères en Dieu, magnifiques sei-

gneurs et nobles et honorables chargés des visites des fouages dans le présent pays de Provence, spécialement délégués et choisis par le conseil royal, qu’il vous plaise d’être bien renseignés pour exempter de fouagement le misérable lieu de Châteauneuf, surchargé présentement pour les raisons et causes vraies et évidentes qui suivent. 79

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« Et d’abord le lieu de Châteauneuf susdit a un terroir si réduit que s’il leur était interdit de labourer dans d’autres terroirs comme le bois de Rochefort qui appartient à Saint-Paul, Villebruc, la Someyon, Clausonnes, Sartolz et Huepie, le dit lieu de Châteauneuf ne récolterait, sur le terroir de Châteauneuf, même pas la subsistance en blé pour la moitié de l’année, et ceci est notoire et flagrant. « De même, en contrebas du terroir de Châteauneuf, est le terroir de Clermont, qui appartient à la cour royale, dans lequel plusieurs personnes de Châteauneuf ont tout leur bien, à présent ce sont des gens de Grasse, et ainsi ces parcelles échappent au revenu de Châteauneuf, et ceci n’est pas connu. « De même, en contrebas du dit terroir de Châteauneuf, il y a aussi à peu près tout le terroir d’Opio, qui est à Monseigneur de Grasse et, dans ce terroir un grand nombre de gens de Châteauneuf ont plusieurs prés et possessions et ils n’osent y faire paître leurs troupeaux, mais les fermiers dudit terroir d’Opio y font paître et y gardent leurs bêtes et ceci n’est pas connu. « De même, tous les prés du plan de Châteauneuf, à l’exception de trois ou quatre, relèvent des seigneurs de Châteauneuf, de l’église du Brusc, du prieur de l’église d’Opio et de particuliers de Grasse, ces derniers ne voulant ni payer ni contribuer à la quote-part de Châteauneuf, faisant procès, ou se constituant en parties de procédure contre le lieu de Châteauneuf et se pourvoyant en appel devant Monseigneur le Juge de première instance. « De même, ledit lieu de Châteauneuf est très malencontreusement posé sur des rochers abrupts, ce qui lui cause grand dommage ainsi qu’aux habitants et à leurs biens. « De même, ledit lieu de Châteauneuf n’a pas d’eau, sinon en un lieu distant d’un trait d’arbalète, ce qui cause aussi grand dommage aux habitants, et ceci n’est pas connu. « De même, ledit lieu de Châteauneuf ne récolte pas de vin pour leurs provisions, mais il faut que chacun se pourvoie de vin au-dehors à raison d’environ 200 coupes. « De même, ledit lieu de Châteauneuf, en raison de son terroir exigu, les autres pâturages étant chers et occupés à moins de gros et menu bétail qu’il n’en a jamais possédé et ceci n’est vraiment pas connu » (R. Tresse, L’affouagement de la viguerie de Grasse et de Saint-Paul-de-Vence en 1471. Maîtrise d’histoire, Nice, 1973). En Dauphiné : un artisan au village Jean Bompard, savetier de Buis-les-Baronnies (Drôme), est réglé en nature par les paysans. En 1471, il rapporte que les habitants du village de Bénivay (BénivayOllon, Drôme), distant de 11 km, fréquentaient souvent sa boutique autrefois. Ils venaient chez lui « acheter des chaussures ou du cuir pour les réparer, et comme ils n’avaient pas d’argent, ils apportaient tantôt des peaux de moutons, tantôt quelque peu de blé qu’ils offraient en échange ». Maintenant, la clientèle a disparu car le village est abandonné (AD 38, B 2739, f° 382, d’après Belmont, 37-41).

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1472 Pâques : le 29 mars Neige, grêle, famine dans l’Ouest ~ Dans le Pays nantais, à Savenay, « le vie mai, la veille de la Pentecôte audit an neigea bien fort tant que blés faillirent et autre gaignages [grains] furent brisés et abattis et le monde en a souffri » (BMS, vue 28). ~ Le 23 mai, grêle en Anjou (Le Mené, 60). ~ Famine en Anjou (Guillaume Oudin, Journal de l’histoire d’Anjou 1447). Poussée de peste n Attestations de peste autour d’Albi, Angers, Annonay, Auch, Bordeaux, Bourg-enBresse, Lyon, Montferrand, Montluçon, Nantes, Poitiers, Saint-Jean-de-Maurienne, Toulouse et Tours (Biraben, 380). n Mai-décembre : peste en Anjou : « la peste fut générale et commune dans tout ce pays et contrée ». Dans les campagnes, on en trouve mention à Candé, Champigné, Cherré, Châteauneuf-sur-Sarthe, Morannes, Champtoceaux, Saint-Florent-le-Vieil et Parçay, sur les marches tourangelles (Guillaume Oudin, 9, et Le Mené, 262). n Épidémies en Bretagne, dans le Pays Nantais comme en Cornouaille, à l’ouest de Quimper (Croix, 1981, 253). n En Touraine : peste pendant 5 mois, surtout en septembre (Chevalier, 588). n En Limousin : « Despuy l’an lxxii en acquest reaulme agut grans pardons et perpetuous et indulgencias de tant d’eygliezas que ne ceys memorious » (Guibert, 128). Le repeuplement de Chevilly et L’Haÿ (Val-de-Marne) Début avril  1472 [n.  st.], les habitants de ces deux villages du sud de Paris demandent au chapitre de Notre-Dame de réduire la dîme des grains de 8 à 4 gerbes du cent. En dépit de l’exagération propre à ce type de déclaration, les origines géographiques des immigrants se retrouvent dans bien d’autres documents. « Estoient les habitans en iceulx villages très povres et de diverses terres et nations en le royaulme, tant de Bretaigne, de Lymosin, de Champagne que d’ailleurs, que ils estoient mariez et […] n’estoient point natifs d’iceux lieulx excepté deux ou troys » (AN, S412B, d’après Chaudré, 94). L’équipement des francs-archers Les deux francs-archers recrutés par Toirac en 1472 reçoivent chacun une paire de chausses de drap violet, une chemise grise, un manteau de futaine, un hoqueton de drap, parti vert et violet, aux couleurs du sénéchal de Quercy et un hoqueton de drap de Bergerac à porter sur la brigandine (Lartigaut, 210). Dévastation de la Picardie et du Pays de Caux par les Bourguignons ” En Picardie (juin-octobre). Mis en échec par la résistance de Beauvais où s’illustre Jeanne Hachette, le duc de Bourgogne brûle des villages en Picardie, le 22 juillet, « le fer et la torche à la main ». Il lève son camp le mercredi 22 juillet 81

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avant le jour et se venge en incendiant les villages des environs (Lenglet, Discours véritable du siège mis devant la ville de Beauvais, III, 214). ” En Pays de Caux (juillet-août). « Le duc de Bourgogne vint devant Heu [28 juillet], qui lui fut rendue, et Sainct-Valéry [-sur-Somme], et fit mettre les feus par tout ce quartier jusques aux portes de Dieppe. Il print le Neuf Chastel et le fit brusler et tout le païs de Caux, et la pluspart jusques aux portes de Rouen » (Commynes, I, 246).

1473 Pâques : le 18 avril Attestations de peste autour d’Amiens, Angers, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Laval, Metz, Nantes et Tours (Biraben, 380). n Peste toute l’année en Touraine (Chevalier, 588). n

Année torride et charançons ✷ En Bourgogne : année torride donnant d’excellentes moissons et des vendanges précoces : le 29 août à Dijon ! (Le Roy Ladurie, 2004, 138 et 163). ✷ Dans le le Pays messin : la combinaison chaleur et sécheresse favorise la prolifération des charançons du blé. « Par icelle chaleur y avait tant de bawattes ès blés qu’on ne les pouvait nettoyer. Et ceux qui venaient de Rome disaient qu’il faisait plus grand chaleur en cetui pays que vers Rome » (Aubrion, 53). Invasion des routiers bourguignons en Lorraine ” Charles le Téméraire gagne l’alliance du duc de Lorraine René II. Les routiers bourguignons inondent le duché de Bar, possession du roi René (Girardot, 787). Transhumance d’hiver en Provence En 1472-1473, 36  710 têtes de menu bétail descendent de Tende et La Brigue hiverner en Basse Provence à Puget-sur-Argens, Fréjus et Saint-Raphaël, sous la houlette de plus de 700 bergers (AD 13, B 2608, f° 62, d’après Boyer, 128). La taille à Villepreux ou comment établir l’impôt au village ? Les 63 feux du village de Villepreux (Yvelines) règlent 60 livres de taille : les plus imposés paient 5 sous et les moins 5 deniers, douze fois moins. Mais la communauté est imposée aussi de 65 livres d’aides extraordinaires, ordonnées pour la guerre. « Les élus de par le roi notre sire ès ville, cité et diocèse de Paris […] aux habitants de Villepreux. Nous, en vertu des lettres du roi notre sire, données au Plessis du Parc lès Tours, le iiie jour de décembre dernièrement passé, vous mandons et commettons que pour votre part et portion […] en l’année présente commençant le premier de ce présent mois tant pour l’entretenement des gens de guerre dudit sire [que] pour les insupportables charges qu’il a de présent à fournir en plusieurs manières pour le bien et utilité du royaume, vous asseez et imposez sur vous et chacun de vous le plus justement et également que faire se pourra, le fort por82

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tant le faible […] et pour ce mandant la somme de soixante livres […] et icelles sommes cueillies et levées et apportées à quatre termes en ladite année, c’est assavoir pour le premier peiement le xve jour de février prochain, pour le second le premier jour de mars et pour le tiers au premier jour de juin et pour le quart et dernier terme au premier jour d’août […] donné […] le xxixe jour de janvier mil iiiic soixante treize » (AD 78 3E48/34, vue 63, tabellionage de Villepreux, 1er registre, 1466-1473). En prévision du veuvage : la pension alimentaire d’une paysanne du Rouergue Depuis longtemps déjà, le testament fournit une assurance-décès au survivant du ménage. Chez les riches paysans, les legs soulignent la richesse acquise et le rayonnement familial. Le testateur détaille aussi la pension alimentaire réservée à la veuve, selon son « état et condition ». « Au nom de Dieu, amen. L’an de l’Incarnation 1473, le 25 octobre, le seigneur Louis, très illustre prince roi des Français régnant par la grâce de Dieu, sachent tous et chacun, présents et futurs […] que moi, Jean Trelans, habitant du mas du Villaret, paroisse de Saint-Salmazy (Aveyron), mandement du château de Sévérac, diocèse de Rodez, sain d’esprit et de corps grâce à Dieu, bien que je sois âgé, et disposant d’une bonne et parfaite mémoire […] je fais, établis, dispose et ordonne mon testament […]. « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen. En premier lieu je recommande mon âme et mon corps à notre très haut seigneur Jésus-Christ et à la bienheureuse et très glorieuse Vierge Marie […], élisant la sépulture de mon corps, une fois que mon âme en sera sortie, au cimetière de ladite église paroissiale Saint-Dalmazy et dans le tombeau de mon père Steve Trelans […]. « De même je veux et j’ordonne que Jeanne, mon épouse, soit maîtresse et seigneuresse de tous mes biens après ma mort, et […] je lui lègue, tant qu’elle vivra veuve et honnête, 2 setiers de froment, 2 setiers de seigle et 2 setiers d’orge, selon la mesure habituelle et de bonne qualité, à verser chaque année à la fête SaintMichel. De même en plus un quartier de viande de porc, salée et bien préparée, à partir des cochons de la maison [de baconibus eorum domus], à donner chaque année lors de la fête de la Nativité du Seigneur. De même en plus une brebis salée et bien préparée, à verser chaque année lors de la fête de la Toussaint. De même en plus une pesée de fromages [caseorum] bien préparée, à verser chaque année lors de la fête de la Sainte-Marie-Madeleine. De même en plus 5 sous tournois pour ses offrandes et absolutions à payer chaque année lors de la fête de Saint-Luc évangéliste. De même en plus 4 cartons d’huile d’olive, à verser chaque année. De même en plus une carte de sel, à donner chaque année lors de la fête de la Toussaint […]. Je veux aussi que Jeanne reçoive les produits du jardin et le bois des biens de mon héritier sans aucune contradiction » (AD 12, 3E  7472 f° 125 et suiv., traduction du latin d’après Dumasy, 2011, 375-378).

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1474 Pâques : le 10 avril Pestes n Attestations de peste autour de Bar-le-Duc, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Briey, Lyon, Nantes, Toulouse, Vierzon et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 380). Ravages des Français en Lorraine Renversement des alliances en Lorraine : René II est désormais l’allié de Louis XI contre le Téméraire. Les campagnes du Verdunois sont tour à tour ravagées par les Bourguignons et les Français. Un vassal du duc, André d’Haraucourt, dévaste le village de Ligny-devant-Dun et rançonne les villages de la rive droite de la Meuse. La garnison luxembourgeoise de Mangiennes enlève les hommes d’Eton, leurs charrues et plus de 500 têtes de bétail (AD 55, 11F54, d’après Girardot, 787-788). Émigration montagnarde du Queyras Poursuite, mais à un rythme ralenti, de l’émigration montagnarde du Queyras  : d’après la révision de feux 1474, les émigrés représentent 18,5 % de la population. Des 60 dont on connaît la destination, 34 sont partis en Piémont, 22 en Provence et 3 en Comtat-Venaissin (P. Paravy, d’après Audisio, 46-47). L’élevage spéculatif dans le comté de Beaufort en Anjou Dès la fin du Moyen Âge, l’exploitation abusive des communaux par les éleveurs professionnels, souvent extérieurs à la paysannerie du cru, suscite les plaintes des communautés villageoises menacées dans leurs ressources. Celles des villages angevins du comté de Beaufort, entre la Loire et l’Authion, atteste de la précocité de la menace et posent des bornes aux tentatives spéculatives des villageois qui ne voudraient pas se contenter pas de leur « nourri ». « Depuis douze a quinze ans en çà, plusieurs desdits subgez et estaigers d’iceux herbaiges et autres forains d’iceulx, tant nobles, gens d’Église, bourgeois, marchans et bouchers d’Angiers, Saumur, Beaufort et d’autres plusieurs lieux, s’estoient avancez d’envoier, mectre et tenir grant quantité et multitude de bestes en nosdits herbaiges, les ungs autres bestes que de leur nourry, et les faire venir d’autres lieux hors dudit conté en iceulx herbaiges, les autres les achacter hors nostredit et dedans ; et en ont fait et font chascun jour de grans faiz de marchandise, et les mainent et conduient, quant elles sont engrossees, ou bon leur semble, a leur avantaige ; et tantoust apres, et souventefoiz avant qu’ilz aient enlevé icelles bestes de nosdits herbaiges, en mectent d’autres meigres : tellement que, en touz temps, habonde si grant nombre de bestes en iceux herbaiges et frouz communaulx de nostredit conté, que le bestail desdits supplians, nos subgez, n’y peuvent estres nourriz ne alimentez comme ilz estoient paravant (AN, P 1342, f° 172-173, d’après Antoine Follain).

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Liberté de défrichement accordée par le seigneur de Thorame-Haute Pour faciliter la remise en valeur des communaux de Haute-Provence –  la terre « gaste » – certains seigneurs abandonnent tout droit de « tasque », se contentant de la perception de droits de mutations, les « lodz et trezains », en cas d’aliénation par les défricheurs. « Il est loisible à ses hommes de Thorame et de tout son district de rompre et défricher dans la terre gaste […], de cultiver, labourer, semer, fère la cuiellette des fruitz, les retenir pour soy et les siens, et approprier et vendre comme de leurs choses propres, sans aucune autorisation » (Sclafert, 1959, 117).

1475 Pâques : le 26 mars Peste et disette n Attestations de peste autour d’Apt, Avignon, Briey, Mâcon et Paris (Biraben, 380) – Peste à Verdun et Pont-à-Mousson (Girardot, 791). n Disette et épidémie en Cornouaille, dans les pays du cap Sizun et du cap Caval, à l’ouest de Quimper (AD 22, EE15, d’après Croix, 1981, 253). Désordres des gens de guerre ” Destruction du village de Mussent en Artois qui comptait 12 à 16 ménages en 1475 : seuls 5 ou 6 ménages restent sur place (Le Roy Ladurie et Pesez, Villages désertés et histoire économique, 1965). ” En octobre, le chapitre cathédral de Verdun se plaint au duc de Bourgogne qu’à « l’occasion des guerres qui, depuis trois ans en çà ont été par deçà, la pauvre terre et les suppôts d’icelle église ont esté courru et brullé des Liégeois, ont soutenu logis et grans appatis [rençonnement] insupportables de gens d’armes de votre ordonnance et d’autres ». Les sujets du chapitre sont « destruis » et contraints d’abandonner leurs maisons et possessions alors que le chapitre est depuis longtemps en la garde bourguignonne (Girardot, 787). ” Louis  XI mande à son bailli de Chaumont de faire cesser « les désordres que faisoient les gens de guerre » du gouverneur de Mouzon dans le pays verdunois (BnF, Lorraine 725, 141r°, d’après Girardot, 788). ” En 1475 toujours, Jehan Piédieu, garde commissaire du comté de la Marche, ordonne aux habitants de La Chapelle-Taillefert (Creuse) de « bâtir chacun en son endroit une manière de ville et de forteresse ». L’insécurité règne encore, notamment près des routes (Glomot, 179). Fruits, légumes, agneaux et veaux : règlement de menues dîmes dans la campagne de Caen « Nous avons paié la dixme de nos pommes, poeres, noueys, ouygnons, vergers, cochons, aigneiaulx et aussy la disme des viaulx de Pasques de l’an lxxv, fait le jour saint Thomas devant Nouel et ne comptons que des dismes » (AD 14, F 1654, Livre de raison des Perrotte de Cairon, d’après Aubert, 1898, 490). 85

1475

Dans les villages d’Artois : une violette pour la plus jolie fille 17 février : une soule (jeu de balle) se déroule entre jeunes de plusieurs villages. Les trois frères Becquelin, domiciliés dans la prévôté de Montreuil, sont à NeufchâtelHardelot, au sud de Boulogne. Ce dimanche de Carême prenant, « un ébattement public nommé cholle se fit au terroir dudit Neufchâtel » comme chaque année. Il est d’usage de donner « une violette à la plus belle fille, afin d’inviter les jeunes et belles filles d’y venir pour elles ébattre ». Les bandes se soudent et s’opposent en « chollant, chacun des chollant boutaient, frappaient, abattaient et tiraient l’un l’autre ainsi qu’il est d’usage de faire en de tels ébatements ». À la fin de la journée, les jeunes filles sont reconduites chez elles par des garçons qui les tiennent par le bras (Muchembled, 223-224).

1476 Pâques : le 14 avril Hiver très froid en Pays messin De fortes gelées s’étalent du 18 novembre 1475 au 29 février 1476. Les moulins tournent au ralenti. Un froid mordant détruit la moitié des plants de vigne et une bonne partie des arbres fruitiers. « Item, il fist ung grant yver et fort de nège, et encomensit la gellée dez viii jours devant la Saint-Andreu jusques au mardi, ii jours devant la Chandellour, et quant le temps se deffist, toutes les maisons furent plenne d’eawe, de force de nège et de glace qu’estoient sur les tey et en les chenal […]. Aprez ce que l’iver fuit failli, qui avoit dures depuis le xviiie jour de novembre jusquez au dairien jour de février, il fist ung poc chalt ; et tout le moix de mars qui debvoit estre sec et hairoulz, fuit moiste et pleuvieux, qu’estoit tout au contraire ; et le moix d’apvril fuit froit et rude, et y gellit iii ou iiii jours très fort ; et n’issoient point fuer les vigne par le froit ; et trouvoit-on que de la gellée d’iver il en y avoit bien la moitiés des engellés ; dont les vins en devinrent plus chiers » (Aubrion, 81-83). La lèpre aux environs de Paris Le 1er  mai, les médecins et chirurgiens de Fontenay-sous-Bagneux déclarent que Henri Rouand, infecté et lépreux, doit être séparé des habitants du village (AN LL 34, d’après Bezard, 280). Des bras, une vache, une, deux ou trois paires de bœufs ? La hiérarchie agraire en Quercy Le 30 avril, les tenanciers du bourg de Floressas en Quercy sont autorisés à utiliser des fours privés pour cuire leur pain moyennant une redevance proportionnelle à leurs attelages et par conséquent à l’étendue de leur exploitation : une quarte de froment pour une paire de bœufs ; une quarte de froment et une autre de seigle pour deux paires ; trois quartes de blé, moitié froment, moitié seigle pour trois paires. Une demi quarte de froment et autant de seigle pour un attelage de vaches ; 86

1476

une demi-quarte de froment pour un brassier (AD 82, V E 5628, f° 164v°, d’après Lartigaut, 183). Statuts communaux de Roquebillière (Alpes-Maritimes) Le 26  août, les syndics et conseillers énoncent en latin 128 prescriptions pour réglementer les multiples aspects de la vie communautaire du village, de l’organisation de l’élevage (bovins et ovins) et de la protection des cultures comme la vigne jusqu’aux élections municipales. Dans la répartition des espaces pastoraux, des secteurs sont mis à part pour faire l’objet d’adjudications annuelles : les « bandites ». De nombreux secteurs sont interdits à la dépaissance du bétail, à l’exception des bœufs de trait (exceptis bobus arantibus) privilégiés l’été, de la Saint-Jean-Baptiste (24  juin) à la Saint-Michel (29  septembre). Tous ceux qui possèdent un jardin doivent cultiver au moins la moitié d’une tresse d’ail pour éviter les chapardages. Des « campiers », salariés selon une hiérarchie opposant les possesseurs de deux bœufs, les laboureurs à un seul bœuf, et les simples brassiers, sont chargés de faire respecter la réglementation (Boyer, 508-531).

1477 Pâques : le 6 avril Année fraîche et grand séisme ~ Été frais et vendanges tardives : 11 octobre à Dijon. Vendange la plus tardive depuis 1370 (Le Roy Ladurie, 1994, 141). ~ 28  juin  : « L’an du Seigneur 1477, le jour des saints Pierre et Paul, l’avantdernier jour de juin, environ la septième heure du matin, il y eut grand tremblement de terre presque par tout le royaume de France, en Savoie, en Dauphiné, en Provence et autres régions avoisinantes. Il se fit sentir en diverses provinces pendant longtemps et à divers intervalles » (Mailliard, 21). La mort du Téméraire : événement funeste pour les campagnes ? ✷ Le 5 janvier, le dernier duc de Bourgogne trépasse devant Nancy. Le surlendemain de la victoire des Lorrains et des Suisses sur les Bourguignons, après deux nuits de gel, son corps méconnaissable est retrouvé nu et à demidéfiguré par des morsures de chien ou de loup, à proximité de l’étang Saint-Jean, dans les marais de l’actuelle « Croix de Bourgogne ». Dès le 21  avril, la fille et unique héritière du duc, Marie de Bourgogne, se marie par procuration, avec l’archiduc Maximilien de Habsbourg. Jusqu’en 1756, l’option matrimoniale de 1477 pèsera sur la situation géopolitique de l’Europe et sur la sécurité des provinces frontières du royaume de France et des États habsbourgeois : Flandre, Artois, Hainaut, Cambrésis, Picardie, Champagne, Lorraine et Barrois, Pays Messin, Bourgogne, Franche-Comté, Alsace sont plongés durablement dans l’insécurité. Pour les villageois de cette douzaine de provinces, la guerre est une menace permanente. 87

1477

✷ L’écho en Limousin de la mort de Charles le Téméraire. Entre un contrat à

cheptel de 1487 et des conseils relatifs à des achats de vigne de 1477, un petit notable campagnard fait mémoire de cet événement. « Le dimanche, vigile de l’Épiphanie mil cccclx et xvi (anc.  st.), le duc de Bourgogne fut tué et desconfi devant Nansi où ilh tenoit le siege en Lauroyne, par le duc de Lauroyne et les Alamans et autres avecque ledit duch de Louroyne » (Massiot, 140). En mai : dévastations en Flandre, Hainaut et Cambrésis Derrière les troupes de Louis XI, qui s’avancent jusqu’à Tournai, les pillards incendient villages et fermes (les « censes ») du plat pays. « Après ces gens d’armes, en y entra d’aultres, qui ont faict merveilleux dommaige es deux païs dessusdits depuys, comme d’avoir bruslé maint beau village et mainte belle sence » (Commynes, 412). Dans le Cambrésis, « les Franchois brûlaient tout le pays et se faisaient fauchier les bleds verts pour affamer le pays » (Neveux, 120). « La truie est demeurée aux champs » Le 20  juillet, une fermière de Charny-en-France (Seine-et-Marne), Tiphaine Troisvalets, réclame en justice la restitution de « trois pourceaux et une truie » qu’elle a confiés au porcher du village, Guillot Montaigne. Ce dernier demande un délai d’une heure car « la truie est demeurée aux champs ». Son valet, de 15 ou 16  ans, qu’il emploie à la garde des porcs, avoue qu’au moment de rentrer, il a frappé avec un fouet les jambes de la truie, provoquant sa chute avant de lui asséner d’autres coups et de l’abandonner sur place. Les deux sergents de la justice seigneuriale se rendent sur les lieux, découvrant que la truie est encore en vie mais qu’elle a déjà « les yeux mangés des corbeaux et le fondement » et qu’un chien a commencé à la dévorer. Après de multiples reports d’audience, Guillot Montaigne est condamné le 29  octobre  1477 à indemniser de 10 sous la propriétaire de l’animal. Occupé par ailleurs à diverses autres activités, le porcher du village entretenait un valet pour assurer la garde effective des bêtes dont il restait, en définitive, seul responsable (Registres des justices de Choisy-le-Temple et de Châtenay, 1448-1478, 2000, 155-156, d’après Wilmart, HSR 47, 2017, 26). En Sologne : une ruche pour sa filleule Dans son testament, un habitant de Souvigny-en-Sologne lègue une ruche à sa filleule. « Le xxviie jour de decembre l’an mil iiiiclxxvii, Jehan Rabardeau l’aisné fist son testament en la manière quy ensuit […]. Item, done à Jehanne, sa filleule, fille de Jean Rabardeauson fils, une barbis et une bezene [ruche] » (AD 41, BMS en ligne, 1470-1524, f° 4). « Enfants, vous en devez pas plaindre ! » De novembre 1476 à février 1477, à Villeneuve-sous-Dammartin (Seine-et-Marne), on enquête sur les corvées de chevaux de labour dues par les laboureurs. En plaine de France, les gros laboureurs qui assurent la restauration des campagnes entendent rester maîtres de leurs attelages de chevaux, ce qui les incite à contester le droit 88

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de corvée. Ils se heurtent aux efforts de restauration seigneuriale entrepris par les nouveaux maîtres du sol comme Antoine de Chabannes, conseiller de Louis  XI, comte de Dammartin. À l’appel de ce dernier, plusieurs laboureurs comparaissent pour soutenir un droit de corvée de chevaux, portant sur toutes les fermes non nobles, désormais mis en cause par les nouveaux fermiers. « Casin Périer, laboureur demeurant à Villeneuve, âgé de cinquante-deux ans ou environ […]. Dit avec ce que entre autres droits mondit seigneur a un droit en ladite ville qui se nomme droit de corvée des chevaux, comme il a toujours ouï dire et maintenir depuis le siège de Pontoise [1441] qu’il a continuellement demeuré en ladite ville de Villeneuve. Dit aussi qu’il sait ledit droit de corvée être tel que chacune bête arant et labourant audit Villeneuve, soient chevaux, juments, ânes ou bœufs, doivent trois journées de corvées l’an à mondit seigneur de Villeneuve, une en jachère, une en semailles et une en mars ou la somme de xii sous parisis pour lesdites trois journées de corvées […]. « Jean Martin, laboureur demeurant à Saint-Mard, âgé à lxxii ans ou environ […] dépose par serment que mondit seigneur le conte […] est seigneur de la ville et terroir dudit Villeneuve où il a toute justice haute, moyenne et basse avec plusieurs beaux droits comme cens, rentes, tailles, champarts et autres droits de seigneurie et mêmement un droit qui s’appelle corvée de chevaux, qui est tel que toutes personnes étant et demeurant audit Villeneuve [doit] xii sous par chacun an pour chacun cheval ou bête trayant s’ils ne couchaient en l’hôtel tenu en fief. Requis comme il le sait, dit qu’il le sait parce qu’il est natif dudit Villeneuve et y demeura du temps de son jeune âge jusques à ce qu’il eut xii ou xiiii ans ; et dit que où temps de lors les laboureurs dudit Villeneuve ayant chevaux, juments et autres bestiaux trayant à charrue payaient xii sous parisis pour chacun cheval par an à maître Jean Fleury, lors seigneur dudit Villeneuve, excepté de ceux qui couchaient en hôtel tenu en fief, et a vu payer ledit droit par plusieurs et diverses années jusques à ce que la force des guerres [vers 1416-1418] contraignit son père et eutres habitants dudit Villeneuve eux en aller hors du pays […]. « Thomas Pasquier, laboureur demeurant audit Villeneuve, âgé de xxxii ans ou environ, le sait parce que défunt Jean Pasquier, son père, en son vivant fermier de maître Robert Tulleau, audit Villeneuve, payait ledit droit de corvée tant en charriages, amener les grains de ladite seigneurie à Paris comme en argent […]. Dit avec ce que vi ou vii ans a, durant la vie de sondit feu père, dit de ce que souventes fois on les faisait venir à la corvée audit Dammartin. À quoi sondit père lui répondit et lui dit tels mots en effet ou substance  : “Enfants, vous en devez pas plaindre car si monseigneur nous voulait contraindre, nous lui devions par an pour chacun cheval xii sous parisis de corvée et serions plus largement grevés s’il nous les fallait payer que de faire lesdites corvées.” Dit avec ce, sur ce requis, que l’intention de sondit père était de demeurer quitte envers mondit seigneur le comte desdites corvées de xii sous parisis pour chacun cheval » (Chantilly, Musée Condé, CA13, d’après Claerr, HSR, 14, 2000, 209-212).

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1478

1478 Pâques : le 22 mars Sécheresse angevine et reprise de la peste ~ En Anjou : sécheresse de Pâques au début septembre (Le Mené, 60). n Attestations de peste autour d’Auxerre, Bayeux, Bordeaux, Briançon, Embrun, Gap, Mâcon, Paris, Rodez, Saint-Jean-de-Maurienne, Strasbourg, Troyes et Tulle (Biraben, 380). Hainaut, Lorraine et Franche-Comté : les Français dévastent les campagnes ” En janvier, une bande de 12 à 16 compagnons de guerre de la garnison du château de Renscure terrorise le plat pays autour de Laires (Pas-de-Calais). Au lieu d’aider les habitants contre les ennemis français qui les tiennent en sujétion, ils volent des juments et des vaches, du linge et des ustensiles à une femme enceinte qu’ils font avorter près de Bomy (Muchembled, 112). ” Pour réduire Douai et Valenciennes, Louis XI choisit de dévaster le plat pays. Le 25 juin, il écrit au grand maître Chabanes : « Je vous envoie 3 000 à 4 000 faucheurs pour faire le gât ». Quelques jours plus tard, protégés par 400 lances et 4 000 francs archers, Chabannes lance des milliers faucheurs partent « à l’assaut des blés mûrissants » (Paul Muray Kendall, Louis XI, 377). ” Avant que soit notifiée la trêve d’Arras que concluent Maximilien et Marie de Bourgogne avec Louis XI le 11 juillet, les armées françaises dévastent toujours la Comté. « L’unziesme de jullet furent prinses tresves entre le roy, Monsieur et Madame pour un an tout entier. Toutesfois, avant que l’on ne fusse adverty par deçà, les François bruslèrent Aspremont, Gray et plusieurs villages au long de la Saône » (Mémoires et documents inédits pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, VII, 1876, 374). ” En Lorraine, Louis  XI ordonne à son bailli de Vitry de faire cesser les dommages qu’inflige aux populations du Barrois Alèche des Champs, son capitaine de Louppy (Girardot, 788). 1477-1478 : révolte antifiscale en Pays d’Albret. Autour de Casteljaloux (Lotet-Garonne), les villageois de cinq paroisses (Antagnac, Ruffiac, Saint-Martin-deCurton, Bouglon et Montcassin) se révoltent contre « les subsides imposés par le roi pour l’entretènement des gens de guerre ». La pression fiscale est jugée excessive (AD 64, E84bis). La reconstruction agraire se poursuit ✷ De Casseuil sur la Garonne, à Sainte-Foy-la-Grande, sur la Dordogne, il est peu de paroisses sans « héritages vacants, en grands bois, haies et buissons et de nulle valeur » (Boutruche, 424). ✷ Le 22 août, en Bazadais, l’abbé de Blazimont baille à fief, selon la coutume du lieu, le moulin de la Barthe à Mathelin Garin et à son frère, moyennant 75 deniers 90

1478

de Bordeaux comme droit d’entrée et un cens annuel de trois francs, deux boisseaux de froment et un couple de chapons. Dans le Bordelais, la remise en culture passe parfois par le bail à fief qui concède à perpétuité des biens à remettre en valeur. Cette concession au nom ambigu est consentie à deux frères, ce qui signale l’élargissement de la notion de famille en raison des dévastations de la guerre de Cent Ans (AD 33, H 1231, f° 43). ✷ Défrichements en Quercy. À grands frais et à grand peine les pagès de Sénaillac et de Doménac assurent la remise en culture du sol, et ils soutiennent en 1478 « quod quadraginta anni elapsi sunt vel circa, ipsa loca de Senelhaco et de Domenaco erant totaliter herema et nulla cultur nec habitatio in illis fiebat neque aliqua domus in illis erat contructa, quinymo apri et alia animalia silvestra suos partus et nidos faciebant et nutriebant infra ecclesias et ayralia ipsorum locorum et vix nemo pedester nec equester poterat ibidem transire obstante magna heremitate que in illis locis tunc erat sic quod dicti dominus abbas et religiosi dicti sacri monasterii Figiaci nullum censum nec aliud emolumentum de ipsis habebant neque percipiebant ». Les Rouergats se mettent au travail  : « desbartaverunt, arbores siderunt, terras cultivaverunt et domos ibidem construxerunt » (Lartigaut, 148).

1479 Pâques : le 11 avril Poussée de peste Attestations de peste autour d’Auxerre, Avignon, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Châlons-sur-Marne, Embrun, Gap, Lille, Lure, Millau, Poitiers, Pont-Audemer et Toulouse (Biraben, 380). La peste sévit à La Turbie et dans les environs, on y implore saint Roch (Rossi, 2010). n

Artois et Lorraine sous la coupe des armées (juillet-août) ” Campagne des troupes bourgundo-flamandes de l’archiduc Maximilien contre les troupes de Louis  XI (Philippe de Crèvecœur) en Artois entre Saint-Omer et Thérouanne. Le 7 août, l’archiduc Maximilien remporte chèrement la victoire de Guinegatte. ” Dégâts commis par le capitaine de Gorze dans les terres du chapitre de Verdun (BnF Lorraine 717, 395v°, d’après Girardot, 788). Épizootie en Auvergne L’isolement des animaux malades  : seule méthode prophylactique. La justice de Murol enregistre la plainte d’habitants de Beaune contre d’autres paysans de ce mas qui ont leut « betalh malade de la polmonera ». Interdiction leur est faite de conduire les bêtes infectées dans les pâturages collectifs : des cantonnements leur sont assignés (Charbonnier, 189).

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1479

Invasion de sauterelles, chenilles et limaces « En l’an du Seigneur 1479, il y eut des insectes, c’est-à-dire grande multitude de sauterelles, de chenilles, de limaces, qui rongèrent et dévorèrent les blés, l’herbe des jardins et des champs, les feuilles, les fleurs et les fruits des arbres. On fit des processions générales, par tout le diocèse de Lyon, chantant laudes, pleurant et implorant ; ces vermisseaux infects furent enfin excommuniés par l’official de Lyon et ils en moururent » (Mailliard, 27 et Lorcin, 218).

1480 Pâques : le 2 avril Année fraîche et humide ~ Été 1480 : grandes inondations. Des orages terribles entraînent des inondations dévastatrices dans les régions du Forez et du Lyonnais, les vallées du Cher et de la Loire (Gandilhon, 153). ~ Vendanges tardives en Bourgogne  : le 9  octobre à Dijon (Le Roy Ladurie, 1994, 142-143). Dévastations et restauration en Verdunois Dans la Woëvre, les hommes d’Hennemont (Meuse) refusent de payer leurs droits de garde au duc de Bar car « ils ont esté ars et brullé et ne peuvent riens payer pour ce qu’ils sont mendians et querans leur pain » (AD 55, B 1158, 70v°, d’après Girardot, 788). Toutefois, le repeuplement s’effectue, avec notamment un courant d’immigration. À Dommartin-la-Montagne (Meuse), vers 1480, cinq « conduits » ont été reformés mais avec des étrangers au pays : Guillaume Le Liégeois, Didier Le Breton et son fils Colignon, trois immigrés qui s’ajoutent à deux familles du village voisin d’Hannonville (Girardot, 521). De la Lorraine à la Provence : reprise de la transhumance ✷ En Lorraine : la transhumance porcine. Dans les forêts en Woëvre, au cours de l’année 1479-1480, arrive un troupeau de 1 800 porcs à Thiaucourt (Meurthe-etMoselle), conduits hors du duché de Bar par des hommes de Void, Nettancourt, Essey-et-Maizerais, Thiaucourt et « de France » (AD 55, B 1639, 71r° et 1640, 119r°, d’après Girardot, 547). ✷ En Provence : un seigneur s’enrichit dans la transhumance. Du 15 février au 24 octobre, Noé de Barras, co-seigneur de Mélan (Alpes-de-Haute-Provence), tient son carnet de transhumance. Il passe des contrats avec les « nourriguiers » des plaines de Basse-Provence dont il fait conduire les troupeaux de bêtes à laine (avers) par les bergers qu’il salarie. Par ailleurs, il traite avec les tenants des péages (les « pulvérages ») qui jalonnent le chemin de la transhumance jusqu’en Haut-Dauphiné. « S’ensuivent les troupeaux que je conduis en cette année 1480 ». L’ensemble cumule 758 « trenteniers » (soit 22 740 ovins), conduits par 75 bergers salariés, dirigés par des « bayles ». Les dégâts sont inévitables. En juin 1480 ceux 92

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de l’aver du maître berger Jean Mota sur le finage d’Esparron, estimés à 5 gros et 4 deniers, obligent ce dernier à laisser « en gage un novel – mâle châtré effectuant sa seconde transhumance – et un chevreau », sans compter « 6 d. d’œufs pour les étrennes » en guise d’excuses (Blanc, HSR 42, 2014, 30-34).

1481 Pâques : le 22 avril Grand hiver et année terrible ~ Du 23 décembre 1480 au 8 février 1481, plus de six semaines durant, un hiver d’apocalypse enserre le royaume. ~ Vendanges tardives à Dijon  : 17  octobre, l’une des dates les plus tardives de 1448 à 1816. La plus grave crise démographique du siècle  : plusieurs centaines de milliers de morts (Le Roy Ladurie, 1994, 142-143). Le grand hiver : vue générale La synthèse de René Gandilhon, dressée en 1941 et injustement oubliée aujourd’hui, souligne les modalités extrêmes de la vague de froid et ses conséquences sur la société. Elle s’appuie sur les chroniques que nous présentons à la suite. « La vague de froid débuta entre le 23 et le 27 décembre pour ne prendre fin qu’entre le 6 et le 8  février 1481. Un vent d’une extrême violence, joint à un profond abaissement de la température, provoqua, dès le début, la destruction de toutes les semences. À ce froid sec succédèrent ensuite d’abondantes chutes de neige dont la couche atteignit jusqu’à deux et trois pieds dans la région lyonnaise. Tous les cours d’eau, les plus grands comme les plus petits, les plus rapides comme les plus lents, tels l’Auron, la Sarthe, l’Authion, l’Yonne, la Marne, la Seine, la Loire, la Garonne, le Rhône, la Saône et l’Isère, furent entièrement pris par les glaces. Chevaux ou charrettes, lourdement chargés, pouvaient les traverser sans risquer plus de dangers que sur la terre ferme. Cette température rigoureuse entraîna une mortalité terrible qui frappa notamment les pèlerins, les voyageurs, tous les pauvres hères et même les animaux domestiques et les bêtes sauvages. « Le dégel qui suivit, bien que s’effectuant avec lenteur, car les mois de mars, avril et mai demeurèrent froids et humides, entraîna des inondations terribles qui, à leur tour, provoquèrent la destruction des ouvrages construits sur les rivières. Vainement dans les villes, et notamment à Paris, prit-on soin de briser la glace aux abords des ponts : la plupart d’entre eux, ainsi que les moulins, furent emportés. Puis, de violents orages ayant éclaté un peu partout, de nouvelles inondations, qui atteignirent leur point culminant en juillet  1481, se prolongèrent jusqu’au mois de septembre. Ce ne sont alors que murs de villes écroulés, faubourgs inondés, terrains de culture ravagés et ensablés. Les digues et turcies du Val de Loire qui avaient été réparées en 1458 sont anéanties par le flot dévastateur ; la région de Bourgueil est tout spécialement éprouvée. « Dans les contrées à température modérée, les ensemencements, nous l’avons dit, avaient été détruits par le froid et les inondations du printemps n’avaient pas 93

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permis de les remplacer. Dans les pays montagneux, par exemple en Velay, la culture semblant avoir été épargnée par la rigueur de l’hiver, on avait fondé des espérances sur les récoltes à venir : à leur tour, elles avaient été anéanties par les inondations consécutives aux orages de l’été. « Et ce n’étaient pas seulement les récoltes qui avaient péri. Les ceps de vigne, les lauriers, les figuiers et, en général, tous les arbustes qui ont besoin de chaleur avaient gelé. Il en était résulté, malgré les importations d’Espagne auxquelles des marchands avaient eu recours, une hausse générale de toutes les denrées et notamment du vin. Mais c’est surtout le blé qui, en raison d’une disette affreuse, avait atteint une cherté impressionnante. Les textes répètent à l’envi que le prix en était quatre, cinq et même six fois supérieur à celui des années antérieures. La misère était générale dans toute la France, mais principalement dans les campagnes. Aussi, les paysans accouraient-ils nombreux vers les villes, entre autres vers Lyon, Troyes, Cahors, Angoulême, Reims, car ces malheureux « ne mangeoient que rassines d’erbes, troncs de choux et naveaux cuits en la brize du feu » ou bien, comme dans la région du Puy, recherchaient « l’erbe qu’on appelle bouchibarbe, pour remplir leur pouvre ventre » (Gandilhon, 153-155). Le grand hiver : d’une région à l’autre n En Brie (Haton, 393). n En Anjou  : le froid est intense de Noël 1480 au 4  février  1481. « Il fit le plus grand et long hiver si très fort et mauvais, tel qu’il n’estoit point de mémoire au contraire que jamais homme ne femme l’eussent veu tel et commença la surveille de Noël, et dura continuellement jusques au septième jour de février […]. Et est vrai que incontinent après ledit Noël l’on charroyait par sur les rivières de Loyre et Mayenne les charettes et les charges de biens par tous les endroits communément et celle mesme année moururent les vignes, les lauriers, figuiers, petits arbres […]. En tout icelly an, il ne fit pas plus que neuf jours de chaud continuellement en beau temps, mais toujours faisoit froid ou pleuvoit ; l’année fut moult chère, infructueuse et piteuse par tout le royaume de France, car les eaux et bas lieux durent destruits et desgâtés, car il n’y crut ny blé, ny froment, febves ny pois, ne semences ne foin aussy » (Oudin, 134). n Dans le Maine : « En l’an mil quatre cent quatre-vingt gelèrent cidres et tous vins. Il fit un yver si terrible, Que d’échauffer n’estoit possible » (Le Doyen, 19). n En Berry  : Jean Battereau note qu’en 1480 il « sévit un hiver des plus grands et des plus froids, la glace s’est maintenue de très nombreuses semaines tout au long de janvier et février, d’où résultèrent une infinité de maux. On eut surtout une cruelle famine qui dura deux années et qui fut suivie d’une peste générale » (Battereau, 1882). n En Lyonnais et ailleurs (28  décembre  1480-5  février  1481). « Ensuite, l’an du Seigneur 1480, il y eut un hiver rigoureux, cruel outre mesure et tel que, chez nous, on n’entendit jamais parler de pareil. Du jour de Saint-Jean-l’Évangéliste, 94

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troisième jour de la Nativité du Seigneur, jusqu’au mardi 6  février qui suivit, il y eut sur la terre deux et trois pieds de neige. Sur les montagnes, il y en eut une hauteur considérable ; les oiseaux en volant, les moutons, les agneaux, les brebis, les chèvres mouraient en grand nombre par tout le royaume ; de grands fleuves, comme la Saône, le Rhône, la Loire, l’Allier, la Seine, l’Isère et tous les autres furent tellement gelés qu’il fallut en briser la glace avec de lourds instruments de fer, comme je l’ai vu à Lyon et dans mon voyage à Paris, et à Paris même. Là j’ai vu des chevaux attelés à des voitures chargées traverser la Seine sur la glace, sans plus de danger qu’en terre ferme. Les vignes et les blés furent gelés cet hiver, d’où provinrent les horreurs de la famine et de la peste « unde fames et pestillencie sequentes et crudelles processerunt » (Mailliard, 27-28). n En Savoie : dans le mandement de Samoëns : Blada dictarum decimarum totaliter fuerunt congelata (AD 73, E 14464, d’après Carrier, 2001, 572). Du grand hiver à la famine générale En dehors des disettes, strictement localisées et marquées surtout par la cherté des grains, les famines suscitent directement des crises de mortalité par malnutrition et même inanition. Les « grandes famines » frappent des provinces entières, donnant lieu à des hécatombes démographiques et à des tragédies sociales qui restent ancrées durablement dans la mémoire des hommes. À cheval sur deux années civiles, elles s’installent dans le cadre de l’année agricole, de l’automne suivant une (ou deux) années de mauvaises récoltes jusqu’à la moisson ultérieure. Tel est le cas en 1481-1482. « L’hiver de ladite année commença le lendemain de la Saint-Étienne et dura six semaines en rigueur de gelée si grande que toutes les rivières furent prinses et furent les blés perdus, tellement qu’il y eut famine l’année ensuivant [1481 n. st.], si grande que plus de cent mil personnes moururent de faim au royaume de France, et furent les vins si très verts qu’on n’en pouvoit boire, et furent avec ce mal très chers, car il en fut peu et pour la mémoire du temps i en ay faict ces quatre petits vers : L’an mil quatre cens quatre vingt Et un, y eut famine en France, Force d’eauës, et tant peu de vin Que le peuple en fut en souffrance » (Bouchet, 285-286). La grande famine : tour de France ~ En Cambrésis  : après un long et rigoureux hiver, qui gèle l’Escaut de la mijanver à la mi mars, la situation céréalière est par avance catastrophique dans les provinces du Nord. En Cambrésis, les paysans sèment à la hâte du trémois pendant le printemps, mais en quantité insuffisante, faute de graines disponibles. L’été arrivé, la production céréalière s’écroule, d’autant que, les trois années précédentes, les armées françaises de Louis  XI ont mis à sac le sud de la région (Histoire de la France rurale, II, 99). ~ En Anjou (Oudin, II, 19-23). 95

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~ En Touraine : les campagnards sont ruinés tel ce laboureur de Joué-les-Tours,

qui se retrouve à Noël 1481 privé de son attelage, démuni de tout et réduit à abandonner femme et enfants pour aller mendier pour eux sur les routes. Il finit par voler de quoi acheter du blé et deux bœufs avant d’être condamné puis d’obtenir une lettre de rémission (AN, JJ 207, f° 159, n°  342, juillet  1482, d’après Chevalier, 394). ~ En Forez : le grand prieur de l’abbaye de Savigny témoigne : « En 1481 et 1482, il y eut une famine étonnante et grandement cruelle, si bien que ces deux années, le froment à la mesure de Tarare, du moins la première année, valut 36 gros […], le seigle 28 ou 27 gros […]. Foule de gens, hommes, femmes, enfants moururent à travers champs ; plusieurs filles vierges, poussées par la faim, se prostituèrent, et pourtant nombre de pieuses gens firent de grandes aumônes, mais elles ne pouvaient suffire à la multitude des pauvres » (Mailliard, 28-29). ~ En Velay : la « bouchibarbe ». « 1481. L’an qu’on dit de la Male Annada. […] Quant approucha la saison qu’on doibt métiver les champs […] fist une si horrible et cruelle tempeste qui endommagea et gasta les fruits de la terre autour du Puy. » Les semences viennent à manquer et en 1482 survient une grande cherté : « Vous eussiez vu venir des pays et lieux circonvoisins de quinze et vingt lieues le poure peuple qui cherchoit les villes, mendiant […] lesquels semblans semy-morts eussiez veu courir aux prés, cherchant l’erbe qu’on appelle bouchibarbe, pour remplir leur poure ventre  : ce que leur portoit bien faible nourrissement et les amentoit du tout […]. Par laquelle cause grosse peste et fiebvre causonne, autrement dit mal chault, se mesla parmi le peuple » (Médicis, I, 262-263). ~ En Angoumois : « En l’an de grâce 1481, l’année fut fort chière de tous biens, et principalement de bled et de vin, et se vendoit la pipe de froment à Angoulesme 23 livres tournois, et 18 livres, et en plusieurs lieues, le monde mouroit de faim et ne mangeoit que racines d’herbes et de choux ; en ce temps on ne trouvoit que pouvres pour les chemins et brigands pour les bois. Le monde pour son argent ne pouvoit trouver de pain à vendre, pour la grant cherté qu’estoit. Le pouvre peuple achetoit le bran 8 sols et 6 sols le boisseau et le faisoit moudre avec de l’avoine qui coustoit 8 sols et 6 sols le boisseau ; les autres mangeant l’avoine toute pure : encore on n’en pouvoit trouver » (Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, II, 1860, 3-4). La peste en embuscade Attestations de peste autour d’Abbeville, Avallon, Bergerac, Bourg-en-Bresse, Bourges, Briançon, Carpentras, Embrun, Gap, Guingamp, Lille, Lisieux, Moulins, Nantes, Narbonne, Paris, Périgueux et Reims (Biraben, 381). n

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1482 Pâques : le 7 avril Violente poussée de peste n Peste signalée autour d’Abbeville, Apt, Avignon, Bourg-en-Bresse, Briançon, Clermont, Embrun, Gap, Laval, Limoges, Loudun, Lyon, Moulins, Nîmes, Orléans, Paris, Reims, Toulon, Toulouse et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 381). n Mais aussi à Verdun (juillet-août) et à Saint-Mihiel (Girardot, 791). n Mai-décembre  1482  : la peste au village, à Montarcher (Loire). La peste survient au hameau des Granges, faisant 7  morts, puis elle se répand dans tous les villages de la paroisse ; Montarcher perd 26  personnes, dont 7  enfants de 5 à 10 ans en décembre : « et fuerunt mortui morbo epidemie » (AD 42 en ligne, BMS Montarcher, 1469-1604, vues 58-59). Inondations 37 moulins emportés en Anjou (Le Mené, 60). « Et si vous dy qu’en cestuy an Papeillons si firent grant ahan Aux fruits, et lymats, et chanilles Qui leur furent beaucoup nuisibles Dont plusieurs gens empouésonnez En furent à la mort livrez » (Le Doyen, 24). La grande famine (suite) ~ En Touraine : la récolte de 1482, très médiocre, ne conjure pas le mal et, en mai 1483 encore, les stocks n’étant pas reconstitués la soudure se fait mal (Arch. com. Tours, R45, f°51 et 114-135, d’après Chevalier, 394 et 588). ~ En Lyonnais, Auvergne, Bourbonnais : « En ladite année, durant le voyage [du roi à Saint-Claude, en avril 1482], fut le blé moult chier universellement par tout le royaume de France et mesmement par tout le pays du Lyonnais, Auvergne, Bourbonnais et aultres pays voisins. Et, à ceste cause, y mourut grant quantité de peuple, tant de maladie que de famine qui fut merveilleusement grande par toutes contrées, et si ce n’eussent esté les grandes aumôsnes et secours de ceulx qui avoient des blez, la mort y eust ésté moult douloureuse » (Chronique de Jean de Roye, d’après Colombet-Lasseigne, 96). ~ En Lyonnais : maximum séculaire de l’enregistrement des testaments, avec 89 actes (Lorcin, 218). ~ En Limousin : dans la série des « forléaux » de Limoges – le cours officiel des céréales fixé par l’autorité consulaire –, le prix du setier de froment augmente de 300 % de 1479 à 1482 et surtout celui du seigle de 566 %. Les prix restent élevés jusqu’en 1486 (Tricard, 39). ~ En Bourgogne et en Auvergne  : « Effectivement, la Bourgogne, l’Auvergne et les pays voisins […] souffrirent d’une telle disette que là il fallut chasser, à force de menaces et de coups, la foule des pauvres qu’avait rendus furieux la rage de la 97

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faim, pour les empêcher de forcer les maisons des riches ; là les voyageurs et ceux qui avaient de quoi manger ne pouvaient se nourrir un peu tranquillement qu’après avoir barricadé leurs portes ; là les malheureux furent forcés par le besoin d’user du pain de son [furfureo pane], qui, en temps d’abondance, est tout au plus bon pour les chiens ; que dis-je ? ils furent contraints de vivre d’aliments dégoûtants et à l’usage des bêtes, de mordre inutilement dans des matières trop dures pour être digérées par l’estomac d’un homme ; là, dans les bourgades, dans les champs, dans les maisons, on pouvait voir partout, gisant à terre, des gens affamés, la bouche béante, n’ayant plus qu’une peau livide, et faisant entendre déjà le râle de la mort » (Masselin, 538-539). Le 7  janvier  1482  : intervention de Louis  XI pour lutter contre la cherté Mandement royal adressé à tous les baillis et sénéchaux sur la libre circulation des grains, interdisant aux marchands de constituer des stocks et d’exporter hors du royaume. Des commissaires sont envoyés à Compiègne, Senlis, Troyes, Angers, Tours et même Cahors. « Loys, par la grâce de Dieu, roy de France, aux prevost de Paris et bailli de Vermendoys, de Vitry, Rouen, Caux, Caen, Costantin, Évreux, Alençon, Chartres, Mante, Senlis, Amiens, Bar, Troyes, Chaumont, Sens, Melun, Meaulx, Montargis, Auxerre, Auxois, Dijon, Châlon d’amont, d’aval, Dole, Ostun, Charolays, Masconnoys, Saint-Pierre-le-Mostier, de Montferrand, de Montargys, Berry, Montaignes d’Auvergne, de Bellay [Velay], Viverays, Gevauldan, Touraine, gouverneurs de La Rochelle, Péronne, Montdidier et Roye, sénéchaux de Guienne, de Poitou, Xantonge, les Lannes, Bazoys, Tholose, Carcassonne, Beaucayre, Agenés, Perigort, Armagnac, Lymosin, Anjou, le Maine, Pontieu, Artoys, Lion et à tous nos autres justiciers et officiers, salut. « Comme ayons esté advertiz que puis certain temps en çà aucuns de vous, nosdits baillitz et sénéchaux, aient fait faire déffense de ne tirer hors de vos bailliages et sénéschaucées aucuns blez et que n’avez souffert ne voulu souffrir en vendre à noz subgetz des autres pays de nostre royaulme, qui en ont eu et ont grant nécessité, lesquels nos subgetz à ceste cause se sont renduz plaintifs par devers nous et nous ont fit dire et remonstrer la grant et extrême necessité en quoy ils estoient et nostre pouvre peuple, en nous requérant très humblemnt nostre provision sur ce. Pourquoy, nous, ces choses considérées, voulans esqualité estre gardée entre noz bons et loyaulx subgetzs et iceulx vivre en bonne paix et union et subvenir aux necessitéz les ungs des autres, avons, pour ces causes et par l’advis et deliberation des gens de nostre grant conseil, voulu et ordonné, voulons et ordonnons que doresnavant et non obstant les déffenses sur ce faictes, soit par mandemens de nous ou de vostre autorité, que tous nosdits subgetz puissent vendre et achapter libérallement bléz, les ungs des autres, et iceulx mener et conduire es parties de nostre royaulme où avons subgetz et obéissans et où nos aides ont cours et bien libérallement et franchement en paiant toutes voyes [toutefois] les droiz, péages et coustumes anciennes et acoustumées à paier, pour iceulx bléz, vendre, adénérer et distribuer à nosdits subgetz par lessdits marchans et autres gens qui les auront achapter, de jour à autre, sans ce que lesdits marchans ou autres, qui auront achapté blés es parties de nostre royaume où ilz en trouveront à vendre, quant les auront menez es parties où en y a nécessité comme en Auvergne, Lyonnoys, Lymosin, 98

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Guienne, Bayonne et ailleurs, facent grans greniers et amas [non] pour faire chairté sur nosdits subgetz, mais les vendent et distribuent à nosdits subgets, de jour à jour, selon la nécessité. « Et pour ce que l’on dit aucuns avoir fait de grans greniers et amax de bléz en plusieurs parties de nostre royaulme, lesquelz ils ne veulent ouvrir ne vendre à nosdits subgetz, qui est mectre charté et famyne sur iceulx nosdits subgetz, vous mandons et commectons et à chascun de vous, se comme lui appartiendra, que vous informiez de ce que dit est et s’il vous appert et voiez la nécessité et que promptement on ne puisse avoir blé pour y pourveoir, faictes ouvrir lesdits greniers et vendre lesdits blés par ceulx à qui ilz sont, en les contraignant à ce faire, non obstant appellacions quelzconques, et ces présentes, faictes chacun de vous publier es lieux acoustumez à faire criz et publications en voz povoirs et juridictions, pourveu toutesvoyes que soubz umbre de ces présentes on ne pourra tirer aucuns blez hors de nostredit royaulme ne advtailler aucuns nos ennemis, rebelles et désobéissans en aucune manière. « Donné à Thouars, le viie jour de janvier, l’an de grâce mil cccc quatre vings et ung [1482 n. st.] et de nostre règne le vingt ungniesme. « Par le roy, l’arcevesque de Vienne, les évesques d’Alby, de Lombez et de Chalon, les bailliz de Rouen, de Montargis et de Meleun, maître Jehan Chambon et autres présens. » (Transcription : René Gandilhon, 444-445, d’après Arch. Lyon, HH1). À la suite de la famine qui désole le royaume, Louis XI, s’inspirant des doctrines du juste prix professées par les théologiens, casse les contrats conclus pendant « les dernières années de stérilité ». En vertu de lettres du roi du 6  août  1482, les pauvres sujets qui, pour obtenir un peu de grain, avaient dû consentir à l’établissement de rentes perpétuelles, peuvent les racheter ; ceux qui avaient aliéné leurs domaines à vil prix, les reprendre en remboursant dans l’année le blé ou l’argent qu’ils ont reçu » (Ordonnances des rois de France, XIX, 30 ; BnF, fr 26098, pièce 2001 ; Delamare, Traité de la police, II, 64, et Gandilhon, 145). Attaques de loups autour de Metz Les loups égorgent enfants et jeunes filles dans les campagnes  : « Et estoit alors en une vigne derrière leur maison qui chantait à haulte voix et plus près d’elle était un jeune fils sur un cerisier qui cueillait des cerises. Et prenait grand plaisir à l’oïr chanter. Par quoi quand plus il ne l’ouït, il regardait en terre en disant “Ysabeau, tu ne chantes plus ?”, et alors vit ceste maudite bête enragée qui la mangeait. » Pour chasser le loup, les paysans sont armés de « palz et massue, piques, arbelestres, couleuvrines et espées et aultres baston, comme se c’estoit pour aller en la guerre » (Vigneulles, éd. Bruneau, 1927). La vie reprend… ✷ Transhumance porcine au sud-ouest de l’Île-de-France. Prise à bail de 33 pourceaux par Jehan Aubry, laboureur à Fontenay-le-Fleury pour les nourrir et paissonner dedans la forêt de Senonches (AD 78, tabellionage de Villepreux, 2e  registre, d’après Bezard, 168). 99

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✷ Repeuplement de villages du Lauragais. Au Py (Pécharic-et-le-Py, Aude), en

1482, une transaction intervient entre les Hospitaliers et les habitants du lieu, frappés depuis cent ans par les mortalités et incursions de gens d’armes, accordant aux nouveaux venus toute liberté de construire « domos, bordas et alia hedificia » (Marandet, 80). Un compoix dans les Cévennes Le 15 mars, achèvement du compoix de Saint-Étienne-Vallée-Française (Lozère). Les Cévennes disposaient déjà de plusieurs cadastres lorsque les deux experts rompus à la tâche, Guillaume de Folhaquier et Peyre Reilha, interviennent dans ce village isolé en pleine montagne. Il s’agit d’estimer au mieux le revenu cadastral net de toutes charges des propriétés qui assurent l’assise de l’impôt royal en haut Languedoc, pays de taille réelle. Du 6 décembre 1481 au 15 mars 1482, les opérations sont menées avec un clerc de notaire, en allant de maison en maison enregistrer les déclarations de chaque contribuable sur l’ensemble des biens fonciers et immobiliers (« cazadures »). « Et premièrement, nous sommes venus au Mas Bernat, à la maison de Jean Guy [Et premeyrament sem vengutz als Mas Bernat a la mayso de Johan Guy] et par le pouvoir à nous donné, lui avons fait jurer de nous dire la vérité, de nous montrer et dire toutes ses pièces de terres valables pièce par pièce et toutes ses cazadures, et nous dire et remontrer tous les cens et charges qu’il donne pour les terres et propriétés qu’il en a ladite paroisse, sans y mettre ni plus ni moins. Et par nous tout a été vu et registré. « Item, en suivant pareillement les manants de ladite paroisse, ils nous ont montré et fait montrer toutes leurs terres et propriétés sous serment et dit et remontré les cens et charges comme dessus. Et par nous tout a été vu, palpé et registré. […] « Fait et achevé d’estimer le lieu de Saint-Étienne l’an 1482, le 15 du mois de mars, et l’avons conclu en la forme que s’ensuit. Et primo, que toutes les valeurs estimées, ayant déduit les cens et charges, et ajusté et rabattu est venue la somme universelle, de telle sorte que tous ceux qui auront 8 livres en valeur paieront des deniers royaux imposés à partir de maintenant 1 denier par livre ou 1 denier par denier : prenez ce qui semblera le mieux [Prenes so que miel vos senblara] (AD 48, E 928, f° 7-8, traduit de l’occitan d’après Jaudon, HSR 26, 2006, 145-148).

1483 Pâques : le 30 mars

30 août : Charles VIII succède à Louis XI

La peste aux aguets Attestations de peste autour d’Abbeville, Amiens, Annonay, Apt, Bourg-enBresse, Châlons-sur-Marne, Clermont, Limoges, Marseille, Metz, Montferrand, Orléans, Paris, Périgueux, Pont-Audemer, Quimper, Rennes, Rodez, Saint-Flour, Toulouse et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 381). n

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1483

Le Velay sous la sécheresse « Grande sécharesse car il ne ne pleut puys le commancement de may jusques à la fin d’aoust » (Médicis, 265). Des lapins à la place des hommes Jean de Récicourt, un écuyer de Vaudoncourt, propose de convertir le finage de Forbeuvillers, en Verdunois « détruit par les fortunes de guerres et autrement » en garenne à lapins. Malgré le refus du chapitre cathédral, il y met quelques lapins qui se multiplient et font des ravages (AD 55, 11F55, 121, d’après Girardot, 524). Un mode de remise en valeur rare autour de Paris : le bail à métairie En 1483, Robert Havart, seigneur de Rennemoulin, baille à Jehan Vinot, laboureur, l’hôtel et métairie de Rennemoulin avec 120 arpents de terre et 3 ou 4 de prés. Le preneur sera tenu de cultiver les terres « et de tout ce qu’il croistra en icelles terres, rendre, paier et livrer chascun an audit bailleur audit lieu la tierce gerbe » (AN O1/3967, 73 d’après Bezard, 115). La même année, rare mention de bœufs de labour : Philibert Pillatre et sa femme vendent en 1483 « quatre bœufs de harnoys dont il y a deux grans bœufs, l’un de poil brun gare et l’autre de poil vermeil » (AD 78, tabellionnage de Villepreux, 2e registre, 134v°, d’après Bezard, 164). En Quercy : du collectif à l’individuel Le 4  septembre  1483, dix ans après l’accensement collectif du domaine utile de la seigneurie de Trébaïx [commune de Villesèque], à six tenanciers originels, six habitants choisis comme prudhommes procèdent à la répartition du sol en douze lots ou pagésies. Il y a alors 41 tenanciers à raison de un à six par « douzaine ». À chaque « douzaine », qui peut avoir de un à six possesseurs, est attribué un seti, c’est-à-dire une maison avec ses dépendances et un enclos, une ou deux vignes, autant de prés, un bois et de très vastes parcelles de terre labourable en forme de trapèzes de l’ordre d’une trentaine d’hectares dont le tracé se lit encore dans le cadastre napoléonien aux lieux-dits « La Séoune » ou « La Plassas » (Cadastre de 1832, feuille 1 de la section G), le grand côté de rectangles dont la longueur atteint 900  m, découpage insolite en Quercy, pays où les champs sont de forme irrégulière (Annales du Midi, 1963, 201-213, et Lartigaut, 116).

1484 Pâques : le 18 avril Traces de peste n Attestations de peste autour d’Aix, Amiens, Bayonne, Bourg-en-Bresse, Châteaudun, Laval, Lille, Limoges, Loches, Marseille, Montferrand, Nantes, Paris, Poitiers, Quimper (Biraben, 381). n Octobre : peste aussi en Touraine (Chevalier, 588). 101

1484

1484-1485. Famine en Bourbonnais L’abbaye de Sept-Fons fait « grand amas de blé », aussi « tout le peuple commun d’entour ladite abbaye, de 4 à 5 lieues, se tirèrent devers » l’abbé qui « fit de grandes aumônes sans quoi plusieurs furent morts de faim » (AD 03, H 17, d’après Germain, 57). Les États généraux de Tours : la détresse rurale en pleine lumière 5 janvier-14 mars 1484 (n. st.). Réunion des États généraux de Tours. Convoqués par la régente Anne de Beaujeu, pour organiser la régence après la mort de Louis XI, et renouveler la perception de la taille, ils rassemblent des élus de tout le royaume, de langue d’oïl comme de langue d’oc : Artois, Bourgogne, Dauphiné, Provence, Roussillon, Ile-de-France, Anjou, Poitou, Berry, Touraine, Auvergne, Forez, Angoumois, Nivernais, Marche, Beaujolais, Rouergue, Guyenne, Saintonge, Agenais, Périgord, Quercy, Bazadais, Armagnac, Toulousain, Champagne, Bourbonnais. Pour la première fois également, des représentants de tous les corps sociaux sont convoqués : noblesse, clergé et « tiers état », et, au sein du tiers, les paysans sont représentés au moins par des gens de basoche, voire certains riches laboureurs comme Jehan Durant pour le bailliage de Meaux. Au total, les différentes provinces et les trois ordres envoient 285 délégués. Pour la première fois s’expriment les doléances de tout un pays meurtri par la guerre, la famine, la peste et l’excès des tailles. Au-delà des effets convenus des harangues, la généralité des souffrances du peuple des campagne est patente et l’inégalité des maux selon les régions, récurrente. Un véritable martyrologe est présenté au jeune Charles VIII. « Ceux, sire, qui ont porté, senti et vu les griefs et molestations qu’on a fait en ce royaume et ès parties adjacentes, les ont rédigées par écrit, en un beau cahier qu’ils vous font présenter, afin que plus vivement et plus certainement, soyez informés de tout » (mardi 10 février 1484). Les états n’accordent, après d’âpres discussions, qu’un renouvellement de la taille sur deux ans pour 1 500 000 livres la première année et 1 200 00 la seconde. Car « si l’on appelle nerfs de l’État les justes tributs et les richesses du peuple, nous aurons raison de dire qu’un des nerfs de la nation a été atteint, et qu’elle est devenue chancelante ; car les contributions iniques ont épuisé sa substance au point qu’il n’est plus guère possible d’obtenir d’elle ce qui est insispensable » (samedi 28 février). Un des grands seigneurs, inquiet de voir sa pension se réduire, déclare : « Moi, je connais les mœurs des vilains [rusticorum hominum mores]. Si on ne les comprime pas en les surchargeant, bientôt ils deviennent insolents ! Si donc vous ôtez entièrement cet impôt des tailles, il est sûr que tout de suite ils se montreront, les uns à l’égard des autres, comme envers leurs seigneurs, gens rebelles et insupportables : aussi ne doivent-ils pas connaître la liberté ; il ne leur faut que la dépendance. » La répartition proposée par le chancelier maintient les inégalités entre provinces et suscite les récriminations des députés  : « Ayez pitié, messeigneurs, du pauvre bailliage de Vermandois qui a tant souffert ; ayez pitié encore. » En Picardie : « les gens d’armes prennent bien ce qu’ils payent, mais ne payent pas ce qu’ils prennent. […] C’est sur le dos des paysans qu’on met la somme tout 102

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entière  : ce sont leurs bourses qu’on veut vider […]. La répartition actuelle est injuste. […] Dans le bailliage d’Amiens et ses environs, deux cultivateurs [agricolae], l’un étant des nôtres et l’autre son voisin, quoiqu’ils eussent une aisance égale, n’étaient pas assujettis à une taille égale ; et pour trois livres que le premier payait, le second en payait deux au plus » (Masselin, 441-471). Les sorciers : bouc-émissaires Le 4  décembre, les procès de sorcellerie sont associés aux destructions frappant l’agriculture. La Bulle Summis desiderantes affectibus, fulminée par Innocent VIII, à la requête des dominicains Heinrich Institoris et Jakob Sprenger, insiste sur les divers méfaits reprochés aux sorciers et sorcières. Ils sont accusés d’être la cause de décès des animaux sauvages, de détruire les cultures sous toutes leurs formes, moissons, grains engrangés, vignobles, arbres fruitiers, prés et pâturages, et de provoquer des épizooties dans tout type de bétail. Reprise en frontispice du Marteau des Sorcières deux ans plus tard, cette bulle associe la répression de la sorcellerie aux dommages provoqués aux biens de la terre (Litzenburger, 439). Le bon vin du sud de Paris Le 18 juillet, Charles VIII dînant chez les Chartreux, à Villeneuve-le-Roi (Val-deMarne), trouve le vin du cru si bon qu’il ordonne à son premier maître d’hôtel d’en prendre un muid de blanc et un muid de clairet, payés 9,12 livres sols parisis (Abbé Lebeuf, XII, 136, d’après Bezard, 152).

1485 Pâques : le 3 avril Traces de peste n Attestations de peste autour d’Angers, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Chalon-surSaône, Château-Gontier, Guingamp, Limoges, Mâcon, Marseille, Nantes, Périgueux et Toulouse (Biraben, 381). Année très humide ✷ Février : hiver pluvieux et venteux dans le Pays messin, annonçant une année pourrie qui condamne les semailles de printemps, la fenaison, les moissons et les vendanges. « Item, tantost iii jours aprez, la pluie encommensa à revenir, et fist ung horible vent ; et pluvoit nuit et jour ; et n’y avoit sy ancien qui vist oncques faire yver sy pluvieux ne sy venteux qu’il fit, et, avec ce, une périlleuse année de gens désespérés […]. Item, il fit le plus terrible et poure temps con vit oncques faire, car, tout le moix de janvier et de févriés, il pluit tous les jours, et encore le moix de mars, tellement que, au mey mars, on n’avoit encore ren fait en vigne, ne hannés point d’avoinne ; et ventoit, pluvoit, tonnoit et enlodoit fort » (Aubrion, 172). ✷ En Lyonnais : printemps et début de l’été pourri. « L’année suivante, c’est-à-dire 1485, il y eut un été pluvieux et très froid qui dura de la fête de Pâques, qui fut le 103

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3 avril, jusqu’au 28 juillet suivant : alors la chaleur se fit sentir jusqu’au vendredi 5 août ; il y eut grands tonnerres et grêles violentes. Il y eut aussi cette année, une quantité insupportable de moucherons et d’insectes appelés en français bardanes [punaises] ; foule de vins tournèrent (Mailliard, 31). La fortune d’une fermière Philippotte, veuve de Raoulet Hamelin, est « labouraresse » à Vémars (Val-d’Oise), village céréalier près de Gonesse, en plein cœur de la plaine de France. Avec trois charrues de labour, et près d’une centaine d’hectares, les Hamelin sont au sommet des grands fermiers. Le 29 avril 1485, lorsque le juge établi par l’abbaye de SainteGeneviève commence l’inventaire des biens laissés par la veuve en son « hostel », il passe en revue le cheptel vif et le cheptel mort de l’exploitation. « Et premièrement, a esté trouvé en l’ostel dudit Hamellin trois truies portières, cinq grand pourceaulx tels quels, comprenant le vers [verrat], prisées chacune desdites bestes pour ce xii s. p. Item, six aultres moiens, prisé chacune beste cinq soubs p. Item, xiii petis cochons de nourriture, prisés chacun ii s. p.  viii d. Item, trois bouvillons et ung toreau, prisés vi frans. Item, trois vaches latières, de poiel rouge baillette et une aultre vache rouge ohiée et bien vielle, telles quelles, prisées viii frans. Item, vixx [120] bestes à laine, tant moutons que portières, dont Pierre Hamellin le grant en a luy dix bestes […] prisée chacune beste viii s.p. Item, soixante et six anneaulx de let […]. Item, ung chériot a quatre toues, tel quel, prisé soixante s. p. Item, le tonture et despeulle desdites bestes à laine sont prisés le cent xxii frans. Item, trois cherues, telles quelles, prisées xxxiii s. p. […] Item, en ladite salle d’en bas, en pos, en plas, en escuelles d’estain et en sallières xxxiiii livres, prisés chacune livre  xxii d. […] Item, a esté trouvé en l’estable aux chevaulx six chevaulx, trois baiars, dont en a ung baillet, ung rouge limonnier, ung grison, qui va devant au cheriot, ung grison à courte queue, garnis de leurs harnois, tant gros que menu, prisé chacune pièce, l’un portant l’autre, x escus d’or […]. Item, a esté trouvé en la granche d’en bas, le vendredi iiiie jour de novembre mil iiiic iiiixx et cinq, neuf muis de blé à bastre. Item, en ladite granche, a esté trouvé deux travées d’avoine, estimé à viii muis. Item, a esté trouvé en la salle joinant de la porte, en secourgeon à bastre, prisé ung muy ii septiers. Item, au lieu mesme, x septiers d’orge à bastre. » À la clôture de l’inventaire, les Hamelin devaient des gages à leurs charretiers, à leurs bergers et à leur chambrière, aux « soieulx de l’aoust passé » mais aussi trois francs au chapelain de Vémars pour « l’escollage de quatre années » de Jacquet Hamelin (AN, Z2/4436 et Moriceau, 128, 189, 203, 256).

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1486 Pâques : le 26 mars Année fraîche et humide en Lyonnais « L’an du Seigneur 1485 [1485 n  .st.], l’hiver fut très pluvieux, du jour de la Conception de la Vierge Marie jusqu’au jour de Sainte-Agathe, 8 février, et le lendemain de la sainte Agathe le froid commença à sévir, et le vent du nord souffla âprement pendant dix-huit jours. Le froid dura jusqu’à la fin d’avril […]. Et l’an du Seigneur 1486, l’été fut sec et improductif ; il y eut peu de blé, mais les blés des années précédentes restaient en abondance et suffirent au-delà des besoins du peuple » (Mailliard, 32). Le Malleus maleficarum Jakob Sprenger et Heinrich Institoris font paraître leur Malleus maleficarum ex variis auctoribus concinatus (Hexenhammer) à Strasbourg. Ouvrage pensé en fonction de son utilisation judiciaire (notamment sa 3e partie, véritable pense-bête à l’usage des juges laïques), d’où son succès ultérieur (réédité sous le titre Le Marteau des sorcières, 15 fois entre 1486 et 1520 et 16 fois entre 1574 et 1621). Au moment de la parution de ce livre, la répression de la sorcellerie s’est développée depuis 1445 dans le Pays Messin, mais, autour de Mulhouse, elle vient seulement de se mettre en place. Elle frappa l’Alsace et la région alpine par l’Allemagne du Sud. De 1482 à 1670 on recense plus d’un millier de procès de sorcellerie en Lorraine (Diedler, 1996). Pisciculture et prairies semées en Limousin En exil à Bourganeuf, de 1484 à 1488, le sultan Djem (Zizime, en Occident) observe deux pratiques agricoles qui paraissent assez originales pour retenir l’attention de son biographe. « Dans la plupart des lieux de ces régions, on trouve des lacs artificiels et des paririres semées. Voici ce que nous entendons par “lacs artificiels” : ils dressent un barrage entre deux collines. Dans la fosse ainsi formée, ils font couler l’eau jusqu’à ce qu’elle l’ait remplie. Après qui, ils font venir par charges entières des poissons d’eau douce de cinq à six jours de route. Ils étendent dans des corbeilles successivement une cuche de paille et une couche de poisson. Une fois les corbeilles remplies, ils les chargent sur les bêtes de somme de cette manière. Ils marchent du soir au matin et s’arrêtant dans la jourée, ils repacent les poissons dans l’eau. Puis à la nuit, ils chargent de nouveau les poissons de cette manière et repartent. Ainsi se fait le voyage jusqu’à ce qu’ils jettent le poisson dans notre lac artificiel. Cela fait, ils vident le lac de son eau une fois tous les 4 ou 5 ans : quand il en reste très peu, ils se saisissent des poissons qui y ont proliféré, et vendent pour plusieurs milliers de pièces d’or de poisson. Cependant ils en gardent quelques-uns qu’ils replacent dans l’eau pour la reproduction. Puis ils remettent le lac en eau […]. « Quant aux prairies semées, voici ce que nous entendons par là : ils labourent les pentes et les plaines et y sèment des graines de prairie [naturelle  : fléole, 105

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fétuques, pâturin, dactyle pelotonné, avoine élevée]. Pendant 3 ou 4 ans, ils n’interviennent pas et arrosent comme on arrose le trèfle. Cette prairie pend tant de force, et de ce fait pousse si loin ses racines, que la charrue ne peut l’arracher. Après cela, on obtient une prairie à qui on ne fait subir aucun dommage en y menant les bêtes ou en les fauchant » (Vâkicât-i Sultân Cem [Biographie du sultan Djem exilé en Occident], d’après Vatin, HSR, 3, 1995, 265, et 4, nota de Marcel Lachiver, 1995, 281).

1487 Pâques : le 15 avril Année pluvieuse et orageuse ✷ En Lyonnais. « Il y eut cette année un hiver très rigoureux pendant environ dix semaines, et autour de la fête de la Conversion de saint Paul le froid cessa. Il y eut une grande chaleur pendant le mois de février. Le froid se prit à sévir au commencement de mars et il y eut des brumes, des rosées et de la grêle jusqu’au milieu du mois de mai. […] « L’an du Seigneur 1487, les jours de mercredi, jeudi, vendredi, 16, 17,18 mai, il eut de violents tonnerres et d’impétueux ouragans, si bien que les blés des montagnes, par toute la paroisse de Saint-Jean-de-Panissières (canton de Feurs, Loire) jusqu’à Amplepuis (Rhône) furent ravagés et perdus » (Mailliard, 36-38). ✷ En Pays messin. Pluies continuelles dans le Pays messin faisant germer les blés au cours de l’été. « Au mois de juillet, commença à pleuvoir durant jusques au mois d’août. Au plus fort qu’on devait couper les blés, ils se germaient en plusieurs lieux ès villages comme les fêtes sont Saint-Barthélemy, Saint-Pierre, Saint Laurent. On ne pouvait finer de vieux blés, les bonnes gens des villages allaient couper les épis du blé tout germé, et par pleuge, en apportaient les blés à village et les mettaient sécher en des fours ; ils en faisaient leurs gâteaux et leurs tartes : la pâte était fort cher » (La Chronique de Lorraine, éd. Laurent Marchal, d’après Litzenburger, 186). Accidents de la vie et honneur paysan ✷ Juillet, en Lochois. Rémission en faveur de Berthelot Rouer, compagnon de labour, servant chez Marie d’Azay, dame de Rondières, pour le meurtre accidentel d’Étiennette Girard, passée sous les roues de son chariot à Perrusson (Indre-etLoire) (AN JJ 217, 142, f°84v°). ✷ Juillet, en Touraine. Rémission en faveur d’Étienne Vidault, compagnon de labour, fiancé, pour avoir tué, chez Jean Eschart, laboureur à Bossée (Indre-etLoire), Jean Vidault, qui l’exaspérait par des moqueries destinées à rompre son mariage (AN JJ 217, 139, f°83).

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Petits éleveurs en Pays de Retz Dans le Pays de Retz, sur la rive gauche de l’estuaire de la Loire, la seigneurie de la Blanchardais (comm. Vue, Loire-Atlantique) comporte des marais qui accueillent chaque été le gros bétail (bovin et équin) des paysans en dépaissance (« affiage »). À cette occasion, le receveur seigneurial perçoit des droits qui varient selon l’importance des bêtes mis au marais, en plein cœur du domaine, en l’île de Vue. Cependant, hormis quelques exceptions, les effectifs en jeu signalent de petits exploitants, qui ne disposent que d’une vache. En 1487, la situation qui transparaît reste comparable les années suivantes. « Se charge ledit receveur d’autre recette par deniers et poules incertaines. Savoir pour les pasnages et affiages des bêtes des bêtes affiées es domanes de monseigneur en l’Ile de Veuz et ailleurs où est de coutume d’affier et payer par chacune vache 2 sous et 2 poules, et par chacune jument, 5 sous. Dont se charge ci endroit pour l’an iiiixxvii Jean Chastelier, 1 vache. 2 s., 2 p. Guillaume Pinczoneau, 1 vache… 2 s., 2 p. Yvon Aoustin, 1 vache… 2 s., 2 p. Gabriel Leteurle, 1 vache… 2 s., 2 p. Julien Gruau, 1 vache… 2 s., 2 p. […] Guillaume Leschardoux, 3 vaches et 1 jument… 11  s. 6 p. » (AD 44, 1E 223, d’après Rabot, HSR 45, 2016, 91-92).

1488 Pâques : le 6 avril Tempêtes en Lyonnais ✷ « L’an du Seigneur 1488, l’été fut au commencement pluvieux, et du commencement du mois de juin jusqu’à la fête de saint Jean-Baptiste, il fut sec et aride. La veille de la saint Jean-Baptiste, il plut et la pluie dura pendant trois jours. Il y eut peu de foin ; le vin valut au mois d’août  2026 gros, puis il valut 28  g. Cette année, les vendanges furent fort abondantes et les vins verts […]. Et l’an du Seigneur 1488, il y eut très peu de foin et le vin valut, au mois d’août, au pays de Lyonnais, 26 gros puis 28 » (Mailliard, 39 et 46-47). ~ « Le vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte, qui fut le douzième jour de juin, entre midi et la sixième heure après midi, s’abattit une terrible tempête, qui, en plusieurs endroits de ce pays de Lyon, détruisit beaucoup de vignes et de blés. Cette tempête dura pendant cinq heures et au-delà, reprenant par intervalles. La foudre aussi tomba en plusieurs endroits et tua plusieurs hommes, un à Chevinay, de la maison des Combetz, au Bois-d’Oingt, à Lissieux-sur-Chasay, à Reyrieux, au pays de Beaujolais, et en plusieurs autres endroits. Ce jour-là, la foudre tua plusieurs hommes, bœufs et vaches. Et le lundi  27 du mois de juillet qui suivit, à l’heure de vêpres environ, s’abattit encore une terrible tempête avec un vent furieux ; elle tomba sur les montagnes de Montrottier (Rhône), de SaintJean-de-Panissières (Loire), de Saint-Clément-les-Places (Rhône), de Villechenève 107

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(Rhône), de Chambost (Rhône), de Longesaigne (Rhône) et lieux voisins, et vint par les maisons des Mailliard de la paroisse d’Ancy (Rhône). Il tomba de grosses pierres, environ de la grosseur du poing d’un homme, nombre de maisons s’écroulèrent, de gros arbres furent arrachés et brisés par le milieu, les meules de blé furent emportées et tout le blé restant à moissonner fut détruit ; enfin, jamais, de mémoire d’homme, une telle tempête ne s’abattit et jamais tel ouragan souffla sur ces pays » (Mailliard, 49-50). 28 janvier : première ordonnance de Montils-lès-Tours sur la rédaction des coutumes de Ponthieu-du-Perche, Mortagne, Bellême, Nogent-le-Rotrou et Boulenois (Isambert, XI, 457). Croisade contre les Vaudois, ordonnée par le pape Innocent  VIII et l’archevêque d’Embrun. Massacres à Freissinières, Vallouise, L’Argentière et Val Cluson. Louis XI met un terme aux persécutions et son nom est attribué à la vallée de la Vallouise (Vallis Loysia). Rétablir les infrastructures : le four banal de Thiais (Val-de-Marne) Dans le nord du royaume, la restauration passe par la réédification des édifices seigneuriaux assurant les insfrastructures agricoles  : moulins, fours et pressoirs. En 1488, à Thiais, au sud de Paris, tout est à refaire. L’abbaye de Saint-Germaindes-Prés, seigneur du lieu, appointe un maçon : « À Pierre Hemon, masson, pour avoir faict le grand four de Thiais de toutes façons, tant la coiffe que l’astre, pareillement le petit four, tant lacoiffe de dessus… 10 l. « Pour quarante-deux livres de fer pour faire la bouche dudit grand four… 2 L. » Deux ans plus tard, en 1490, les réparations s’achèvent et le « four bannier » de Thiais peut être loué à un boulanger pour trois ans. Il n’en est pas de même du moulin à vent qui est « en ruine » ni des équipements du village voisin de Choisy, moulins à eaux et four bannier « décadents » et « rompus » depuis longtemps (AN, LL 1113, d’après Chaudré, 164).

1489 Pâques : le 19 avril Humidité et maladie en Lyonnais « L’hiver, aux environs de la Nativité du Seigneur [25 décembre 1488], fut doux et tempéré. Le vent souffla cet hiver ; la neige tomba vers le milieu de février et dura pendant sept jours ; la moitié du mois de mars fut nuageuse, du jour de SaintBenoît jusqu’à la fin ; du moins les montagnes nous environnant furent couvertes de nuages. Le mois de mars fut sec ; avril et mai furent pluvieux et humides ; mai fut froid et la toux régna sur les gens » (Mailliard, 39-40). Disette en Forez « Il y eut une grande stérilité de toutes les moissons […] dans tout le comté de Forez, il y eut aussi une grande sérilité de vignes, de telle sorte que cette année, 108

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aux vendanges, l’ânée de vin se vendit 26 gros et plus » (Papier inséré dans le terrier de Saint-Romain-du-Puy d’après Colombet-Lasseigne, 96). Le roi René met à sac Ancy-sur-Moselle Lors de la guerre du duc de Lorraine René  II contre la cité de Metz, le village d’Ancy-sur-Moselle et son monastère sont mis à sac. ” « Item, le xviie jour de février, les Lorains vinrent mettre le siège devant le mostiés d’Ancey, et boutont le feu en pluxieurs maisons d’Ancey […]. « Item, lesdits Lorains ardoient les muées de paixel es vigne et tiroient tous les jours à grant puissance de grosse bombarde contre ledit mostiés d’Ancey. Et ceulx d’Ancey qui estoient dedans bien viixx hommes, et leur femme et anffans, se deffendoient comme vaillans champions attendans secours, et tiroient tousjours contre les Lorains et en tuoient beaucoup. Ce neanmoinx lesdits Lorrains doubtant que ceulx de Mets ne leur deussent donner ayde se hâtont sy fort. « Et prinrent cuve et tonneal et les mirent dans les fossés dudit mostier pour faire pont, et mirent leur gens en avanture en donnant un assault qui duroit iii heures et plux : dont il y oit des Lorains tués bien c et l, entre les quel y furent mors vi des plux grant. Neanmoins ils entront dedans et prinrent ledit mostiés et mirent tous les hommes à l’espée, réservés ii que l’abbé de Gorze demandit pour luy et environ xxvi aultres qui furent mis à reanson. Et chessont les femmes et les anffans dehors » (Aubrion, 95). ” « Le 25  janvier au dit ans [15]61, mon cher père rendist son esprit à Dieu environ 6 heures du matin. Sa sépulture est au moustier, à main dextre du grand aultel. […]. Il fuist en ce monde environ 74  ans, car comme il disoit, il avoit environ 2 ans quand le moustier d’Ancey fuist ruynez par le roy René d’Anjou, que fuist en l’année 1489, le 17 febvrier que ledict moustier fuist prins et il fuist bruslé le 20e  jour suyvant, qui festoit le jour du gras mardys. Mon grand-père y fuist tuez (nommé Jean Le Coullon) » (Le Coullon, 22). Le Multien toujours éprouvé 15 mars 1489. Nouvelle transaction au sujet de la commanderie de Lagny-le-Sec (Oise) « attendu que la grange et autres édifices de Lagny ne sont pas encore réparés et que le village de Lagny-le-Sec et tout le pays de France étant fort appauvris par les guerres et divisions qui ont eu cours pendant le règne du feu roi Louis » [la Guerre du Bien Public, en 1465] la redevance initiale de 50 muids est modérée à 29 (AD 60, H 2397). En Normandie, révolution dans la métallurgie À la suite d’une première expérience en Pays d’Ouche, à Breteuil dès 1480, la construction de la grosse forge de Lyre (Eure), en 1489, illustre l’arrivée du procédé indirect de fabrication du fer dans les campagnes. Désormais deux étapes se distinguent nettement : la réduction du minerai dans un fourneau, livrant régulièrement de la fonte liquide, coulée en « gueuses » ; l’affinage à la forge pour obtenir le fer marchand, en barres. L’innovation technologique, venue de Wallonie, assure une production de masse et à bon marché, qui répond à une demande croissante 109

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en fer, dans l’agriculture comme dans les transports (Arnoux, 386-387 et aussi Belhoste et alii, 1991).

1490 Pâques : le 11 avril Rude hiver autour de Metz Novembre  1490. « Il fit le plus grand hiver cette année, qu’il n’avait fait de xx ans devant, ne grand temps après ne fit point de pareil » (Journal de Philippe de Vigneulles, 47-48, d’après Litzenburger, 48). Séisme en Auvergne et en Périgord 1er  mars. Grand tremblement de terre en Auvergne (base SisFrance) ~ « Le lundi 1er mars, l’an 1489 [1 490 n. st.], la neuvième et la dixième heure du matin, il y eu un grand et terrible tremblement de terre dans les pays d’Auvergne, de Savoie, de Bresse, de Dauphiné et autres provinces voisines, si bien qu’en Auvergne le château de Pontgibaud fut presque renversé et l’abbaye de Moissac (Tarn-et-Garonne) s’écroula sur plusieurs points ; à Billom (Puy-de-Dôme), deux églises tombèrent ; à Clermont, à Montferrand, à Riom et autres villes de ce pays, il y eut beaucoup de prodiges. Le samedi 6 mars, entre la dixième et la onzième heure, il y eut encore tremblement de terre et furieux tonnerre » (Mailliard, 51-52). ~ 1er  mars  : tremblement de terre en Périgord, autour de Gourdon (AD 46, F 136, d’après Sol, 92). Divagation des bœufs dans un champ d’orge : un mort Juillet, Tours  : rémission en faveur de Pierre Coussay l’aîné, laboureur à la Ragonnière, paroisse de Montrieux-en-Sologne (Loir-et-Cher), pour le meurtre de Pierrette, femme de Jean Simon, au cours d’une bagarre entre deux familles, causée par l’errance des bœufs de Coussay dans l’orge des Simon (AN JJ221, 1, f°75v°).

1491 Pâques : le 3 avril Rude hiver : l’année des grandes neiges ~ Autour de Metz. « Quand vint Noël, la gelée commençait si très fort qu’on ne pouvait durer de froid jusque près de la Saint-Vincent, et adoncques commençait si fort à neiger, et neigeait tant et y avait tant de neige qu’à peine est-il à croire qui ne l’aurait vu. Et fut appelée l’année des grandes neiges et encore l’y appellet-on. Tellement que les loups venaient dedans les villages, et autres bêtes sauvages contraintes de faim » (Husson, 163). ~ En Anjou. Rude hiver avec gelées tardives en Anjou (Oudin). 110

1491

~ En Forez. La dîme des vins de Saint-Marcellin n’est point acensée « obstant que la gellée a gasté les vignes » (AD 42, B2010, f°117v°). ~ En Lyonnais. « L’an du Seigneur 1490 [1491 n.st.], l’hiver fut rude et dura, en ce pays, de la fête de Saint-Martin jusqu’au premier jour de février qui suivit. La veille de Saint-Thomas, apôtre, la neige tomba en abondance jusqu’au premier jour de février ; alors les rudes gelées et les neiges abondantes commencèrent à diminuer ; pourtant tout le mois de février fut froid, si bien que les laboureurs ne purent travailler ni soigner les vignes. Cette année, la Saône fut d’une étonnante hauteur et largeur, comme je l’ai dit plus haut » (Mailliard, 63). Inondation de la Saône (13 février) « L’an  1490 [1491 n. st.], environ le dimanche de Quinquagésime, qui fut le dimanche treizième jour du mois de février, le fleuve de Saône fut d’une étonnante largeur, hauteur et impétuosité, et tel que jamais, de mémoire d’homme, on ne l’avait vu ainsi. Ledit fleuve monta presque sur le pont de Lyon, si bien que, de toutes parts, les eaux, leurs remous et leurs vagues passaient sur le pont. Le fleuve était si fort et les flots avaient un courant si impétueux qu’une des piles du pont, du côté des Changes, fut presque démolie et rompue. La Saône était si large qu’elle s’étendit jusqu’à la grande rue allant à Vayfe, aux hôtels du ChapeauRouge et du Porcelet, si bien que ceux qui voulaient aller dans le quartier, ou le traverser jusqu’à l’auberge du Porcelet, devaient traverser la rue sur un petit bateau et y naviguer. Nombre de maisons et de villages, de Mâcon jusqu’à Lyon, s’écroulèrent çà et là de fond en comble ; les mobiliers des maisons, les ustensiles, d’innombrables tonneaux pleins de vins furent emportés ; à Lyon, plusieurs maisons furent enlevées » (Mailliard, 58-59). Gel des vignes et des noyers ~ Le 3 mai, gel des vignes et des noyers en Lyonnais, Beaujolais et Forez. « L’an du Seigneur 1491, les mois de mars et d’avril furent secs, arides et froids, et cinq jours d’avril, du 16 à la veille de Saint-Georges, furent chauds, La veille de SaintGeorges, le vent du nord se mit à souffler et dura jusqu’au cinquième jour de mai. Il fut si froid que, la nuit de l’Invention de la Sainte Croix [3 mai] et la nuit de ce jour, les noyers et les vignes furent entièrement gelés dans presque tout ce pays de Lyonnais, de Beaujolais et de Forez. Mai fut sec et à la fin très froid, et le 2  juin, qui fut la fête du Corps du Christ, le froid sévit âprement et il tomba une grêle très froide. Du jour de Saint-Claude jusqu’à la fin du mois, juin fut sec. Le premier jour de juillet il commença à pleuvoir et il plut assez abondamment. De la fête de Marie-Magdeleine jusqu’à la fête de Saint-Martin d’hiver, l’été fut sec aride et l’hiver également, de ladite fête de Saint-Martin d’hiver jusqu’après la Circoncision du Seigneur, fut sec et doux, si bien qu’aux environs de la Nativité du Seigneur le temps était doux, et de ce jour le mois de janvier fut pluvieux » (Mailliard, 65-66).

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1491

Repeuplement en Verdunois et en Champagne ✷ En 1491, des nouveaux-venus viennent de réédifier cinq maisons à Douaumont (Meuse), qui était encore « en désert » en 1488 (AD 55, MM B 898  n° 129, d’après Girardot, 522). ✷ La même année, Gesnes-en-Argonne (Meuse), aux « labours et héritages ruinés » et désertée depuis 60 ans, « ville par les grandes guerres de France détruite et démolie », se repeuple timidement (AD 55, 11G 33, d’après Girardot, 522). ✷ En 1513 encore, les chanoines de Montfaucon signalent que Gesnes et les villages voisins de Cuisy, Épinonville, Ivoiry et Gercourt (Meuse) ont été « en ruyne et totalement detruicts » du fait des « grandes guerres qui ont eu lieu au Royaume de France », dont ils sont limitrophes (AD 55, 11G17, d’après Girardot, 522).

1492 Pâques : le 22 avril Bonne année ✷ Dans le Bas-Maine… « Et en l’an quatre vingt douze Dire je veux, si parler j’ose, De blez il en fut à raison Et cueilli de bonne saison. Deux sols en vallait le boisseau Il fut aussi bon vin nouveau Et pour le peuple réjoui La char s’y fut à vil prix. » (Le Doyen, 71).

✷ … comme en Lyonnais

« Le dernier jour de ce mois [janvier], il y eut une grande éclipse de nuit entre la septième et la huitième heure, ni tonnerre ni éclairs, mais le temps était serein et très froid. La veille de Saint-Mathias, la neige tomba mais ne dura pas. Il y eut bissexte. Mars fut au commencement âpre et froid ; ce temps dura dix jours, et jusqu’à la fin, il fut très tempéré et même chaud. Avril fut au commencement bon, mais le vent souffla […]. « L’an du Seigneur 1492, le jour de Pâques fut le 22  avril. Mai fut froid et chaud, juin fut assez pluvieux ; juin et juillet furent chauds, de même août et septembre. Cette année fut féconde et fertile en toute sorte de biens. Les fêtes de Noël furent froides et janvier aussi » (Mailliard, 66-67). 7 novembre : une météorite en plein champ Le matin du 7 novembre, une météorite de 127 kg s’écrase dans un champ, dans le finage d’Ensisheim, territoire de l’archiduc d’Autriche Maximilien. Un bon augure pour Maximilien en lutte contre Charles  VIII ? (Christian Buchner, Die Feurmeteore…, 1858, 34). 112

1492

« Areste-toi vilain, areste-toi ! Insécurité autour de Bois-d’Arcy En janvier  1492, des rançonneurs sévissent en Hurepoix. Autour de Trappes et d’Élancourt « plusieurs marchands, laboureurs et autres passant leur chemin » subissent « excès, guetements de chemin oultre heure, aport d’armes, rensonemens et autres cas ». Déposition d’une victime le 2e  juin  : « Jehan Gefroy, laboureur demourant en la paroisse du Boys d’Arcy, aagé de xl ans ou environ, jure de dire vérité. Dit et deppose qu’au moys de janvier dernier passé, ainsi qu’il venoit d’Eslancourt allant audit Boys d’Arcy menant une beste chevaline, chargée de feure, saillirent sur luy, Guillaume Rousseau enbastonné d’un espieu et Jehan Patu enbastonné d’une espée à deulx mains, lesquels dessusdit luy dirent telx motz  : “Areste-toi vilain, areste-toi ! Où as-tu paié ton travers ?” « Lequel que parle leur dist : “Messieurs, je n’en doy point car je ne passe par dessus riens du vostre et si jamais ne fut paié travers pour passer par icy.” « Et incontinent iceulx Rousseau et Patu prindrent sadite beste et feure et l’enmenèrent où bon leur sembla. Et fut d’eulx pris prisonnier et fut par eulx contraint à paier la somme de saize solz pour advoir sadite beste et plus ne scay. « Quériot Michalet, boulengier, demourant à Montigny, aagé de lx ans ou environ, de dire verité. Dit et dépose que depuys Karesme prenant dernier passé, ainsi qu’il alloit de Trappes aux Gastines, menant une beste chevaline chargée de pain et comme il fut environ my voye desdites Gastines de Trappes et comme il alloit à ung chantier que labouroit pour luy, Denis Lechainne, saillirent sur luy Guillaume Rousseau et Jehan Patu, et si tost qu’il les aperçut, luy qui parle, dist audit Rousseau telz motz ou semblables : “Je vous alloye mener du pain” « Et adonc ledit Rousseau luy respondit : “Vous m’avez donc issi trouvé” « Et incontinent lesdits Rousseau et Patu prindrent sadite beste et son pain et l’emmenèrent ausdites Gastines et luy cousta huyt solz parisis, tant en pain comme en argent, et xii tournoys à boyre et plus n’en scait » (AN, S 2349, et Bezard, 343B). Une émotion paysanne antinobiliaire en Savoie : le soulèvement des « Robes rouges » en Faucigny (septembre-octobre) En Faucigny, entre l’été et l’automne se déploie un mouvement paysan provoqué par les extorsions des gentilshommes sur les paysans. Il prend comme signe de ralliement la robe rouge. De fait, on a conservé quelques « bans » venant sanctionner le port d’une vestem rubeam dans les comptes des châtellenies de Montjoie, Sallanches, Faucigny et Bonne. L’événement est surtout connu par le récit d’un chroniqueur genevois. « Les gentilshommes courtisans de Faucigny faisaient beaucoup de violences et extorsions aux paysans, tant leurs sujets comme autres […]. L’auteur fut un nommé Jehan Gay, de Megève, qui fit une grande assemblée de paysans, auxquels il persuada de s’élever et tuer et fourrager tous les gentilshommes qui tyrannisaient tous et de se mettre en liberté à la façon desdites Ligues, espérant faire alliance avec eux et Genève […]. Ils se découvrirent trop tôt car ils firent faire 113

1492

à Genève bien six-vingt-deux des robes rouges d’une parure, à cause de quoi ils furent appelés “la bande des robes rouges”. Puis commencèrent à piller et fourrager autant les innocents que les coupables en façon que l’on connut bien qu’ils faisaient cela plutôt par larcin que vengeance et aliéna beaucoup de gens d’eux […]. Et eux firent les plaintifs des extorsions qu’on leur avait faites et de ce qu’ils n’avaient pu avoir justice. Et lors l’on promit de les ouïr en justice et de la leur faire bonne. Et pour ce vint Monsieur de Bresse [Philippe sans Terre, comte de Bresse, grand-oncle du jeune duc de Savoie], qui était oncle déjà du père du petit duc, à Genève, où il manda les gentilshommes du pays et eux par sauf-conduit. Et aussi pria-t-on Messieurs de Berne et de Fribourg y envoyer leurs ambassadeurs pour s’y aider à pacifier ce différend, lesquels envoyèrent leurs avoyers. Et être là arrivées les ceux parties et ouïes, Monsieur de Bresse, qui était un beau parleur, donna tant du plat de la langue aux robes rouges, qu’il les apaisa. Mais quand ils furent désassemblés et épars, il y fit prendre les principaux d’entre eux l’un après l’autre et les fit pendre et étrangler, mêmement Jehan Gay leur capitaine, en la sorte qu’ont de coutume les princes de tromper le pauvre peuple » (F.  de Bonivard, Les Chroniques de Genève, rééd. 1831, II, 272-274, d’après Carrier, 2001, 523-529).

1493 Pâques : le 7 avril Sécheresse en Lyonnais « L’an du Seigneur 1493, le jour de Pâques fut le 7 avril. Les fêtes pascales furent douces et tempérées. Le mois de mai fut sec et aride, et, le lundi 13 mai, qui fut le premier jour des Rogations, il y eut un étonnant et effrayant tonnerre, environ la première heure après midi, et de ce jour jusqu’à la fête de Saint-Jean-Baptiste, il y eut des pluies abondantes. Six jours avant la fête de Saint-Jean-Baptiste, jusqu’au jour de la Décollation du même saint, l’été fut étonnamment sec, lourd et brûlant. Jamais, de mémoire d’homme, on n’en vit pareil ; il n’y eut ni pluie, ni tonnerre, ni éclairs. Quantité d’animaux moururent à cause de la sécheresse, tous les ruisseaux et nos rivières furent dessechés ; ceux qui voulaient faire moudre leur blé le conduisaient à Lyon. […] Les vendanges furent médiocres, tant à cause de la sécheresse de l’été qu’à cause de la grande violence du vent, qui se maintint pendant trois jours vers le commencement du mois de septembre et détacha nombre de raisins des ceps de vigne. Au Mont-d’Or, au Bois-d’Oingt et autres vignobles de ces pays, les vendanges furent assez bonnes. Le dimanche qui fut la veille de la Saint-Simon et Jude, la neige tomba abondamment et cela pendant presque deux jours. De la fête de la Toussaint jusqu’à l’Avent, il y eut abondance de pluie, et l’Avent fut froid. Les fêtes de Noël furent douces et sèches jusqu’au jour de SaintSébastien, et ce jour la neige tomba jusqu’au jour de Saint-Vincent pendant tout le jour et la nuit. En terre plane, la neige avait environ trois pieds de haut ; sur les montagnes, elle atteignait une hauteur étonnante jusqu’au 21 février suivant. 114

1493

Pendant tout cet hiver, jusqu’au ii du mois d’avril, les rivières furent grosses et impétueuses » (Mailliard, 69-70). Peste et guerre en Lorraine n Juillet-octobre : peste à Pagny-sur-Meuse (AD 55, B 3067, d’après Girardot, 791). ” 1493-1497. Guerre de Sedan entre René II de Lorraine et Robert de la Marck. Plusieurs villages verdunois brûlent (Girardot, 789). Ruines et friches en Brie À Forest, commune de Chaumes-en-Brie, les moines de Saint-Denis déclarent encore en 1493 : « plusieurs des héritages, revenus et possessions à nous appartenant à cause de notredite abbaye Saint-Denis, sont venus et chus en grand ruine et désolation à l’occasion des guerres qui ont couru le temps passé, et tellement [qu’ils] sont demeurés en grands bois, déserts, et les manoirs et maisons du tout chues en grand ruine et démolition » (AN, LL 1214, 91-92, d’après Fourquin, 395). Conjuration de paysans en Alsace (Bundschuch) Samedi 23 mars, à Ungersberg, près de Reichsfeld (Bas-Rhin), se produit la première rencontre du Bundschuch (du nom du « soulier à lacet » que chausse celui qui va à pied). Venus de dix localités différentes, les conjurés – qui comprennent des petits paysans du vignoble alsacien – gravissent ce sommet des Vosges (901 m) pour jurer autour d’un programme en trois articles : corriger les maux de l’Église, rapprocher la justice civile et expulser les juifs (Bischoff, 2010, 84-85). Une basse-cour plantureuse Bail à cheptel de volaille en Île-de-France en 1493. Le fermier de Saint-Denis à Rueil « prend desdits bailleurs deux douzaines de poules, deux coqs, moyennant et parmi ce que ledit preneur promet bailler et livrer chacun an auxdits bailleurs audit nom deux douzaines de poussins et, à la fin desdits ix ans, rendre lesdits poules et coqs. « Item, ledit preneur prend desdits bailleurs dix-huit oies et deux jars, moyennant et parmi ce que ledit preneur payera, baillera et livrera auxdits bailleurs audit nom xviii oisons bons et gras, près à manger, et, au bout desdits ix ans, rendra lesdits oies et jars. « Item, trois paons, six paonnesses, que ledit preneur prend à moitié de profit, qui se partiront par chacun an les petits paons qui viendront, et en rendra à la fin du temps lesdits paons et paonnesses » (AN, S* 2446, d’après Bezard, 170). Louer deux vaches en Lauragais (24 février) Variété de bail à cheptel, la gasaille du Languedoc assure aux paysans (journaliers, métayers ou laboureurs), depuis le Moyen Âge, tout type d’animaux (ovins, bovins, porcins et même ruches d’abeilles), grâce au placement opéré pour des durées de 2 à 7 ans par des investisseurs, marchands, laboureurs ou bourgeois. Les gasailles portant sur les bovins concernent surtout des animaux de trait ou de labour, dont le travail est source de profit. 115

1493

« L’an, le jour et au lieu indiqués ci-dessus, personnellement constitué Guillaume Laborie, de Fanjeaux (Aude), de plain gré a remis et concédé à Barthélemy Guausie, du lieu de Riboisse (Aude), à ce présent, à savoir deux vaches de poil rouge et ce pour le temps de 6 ans à venir, à compter de la fête de Saint-Jean-Baptiste à venir, avec la convention et le pacte suivant : durant le temps desdites six années, ledit Guausie gardera lesdits animaux à ses propres frais et dépens ; à la fin du temps de ladite gasaille (gasalhie), ledit Laborie prélevera le prix de 4 écus sur lesdits animaux. En outre, il fut convenu qu’au cas où, avec la permission de Dieu, lesdits animaux mouraient, ledit Gausie sera tenu et devra payer audit Laborie la moitié du prix des 4 écus. De même il fut convenu que le profit commun provenant desdits animaux durant le temps de la gasaille, il sera partagé à un partage moitié moitié (medium per medium) entre lesdites parties, moitié gain et moitié dommage » (AD 11, 3E5206, f° 66, traduit du latin d’après Caucanas, HSR 23, 2005, 209).

1494 Pâques : le 30 mars

1re guerre d’Italie (septembre 1494-novembre 1497)

Mortalité en Lorraine Les habitants de Bannoncourt (Meuse) obtiennent en 1495 un rabais de taille à cause de la mortalité (AD 55, 4H 129, d’après Girardot, 791). Vignes et grains victimes du froid « L’an 1494, le jour de Pâques fut le 6 avril (sic). Cette année, la veille de SaintGeorges, le vent du nord souffla âprement, et cette nuit, en plusieurs et diverses paroisses du pays, à Savigny, Bibost (Rhône), Saint-Julien Montrottier (Rhône), Bessenay et autres paroisses voisines, les vignes gelèrent entièrement, et il n’y eut point de vin ; les blés furent satisfaisants. Cette année, de la fête de la Toussaint jusqu’à la Nativité du Seigneur, le froid se fit vivement sentir ; il n’y eut point de neige cet hiver » (Mailliard, 79-80). En décembre, les habitants de Foug (Meurthe-et-Moselle) demandent au duc à être exemptés des fouages car leur récolte en vin a été mauvaise et leurs blés ont gelé (Girardot, 791). En revanche, en Bourgogne, vendanges précoces : le 18 septembre, à Dijon (Le Roy Ladurie, 1994, 138-139). ~ 23 juin : séisme en Vésubie d’intensité MSK 8 (Quenet, 22, 579).

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1495

1495 Pâques : le 19 avril Année douce et sèche ✷ Année chaude avec vendanges précoces  : le 12  septembre à Dijon (Le Roy Ladurie, 1994, 138-139). ✷ En Lyonnais : « Les mois de janvier et février furent doux et secs. Février, en somme, fut chaud, les nuits furent peu froides. Mars fut chaud jusqu’au jour du mercredi  11 dudit mois. Ce jour, un froid vent du nord commença à souffler et persista jusqu’au jour du jeudi suivant ; la nuit du jeudi, le vendredi et le samedi après, la neige tomba tout le jour et la nuit avec abondance. Le jour de Saint-Benoît en Carême, la nuit, le vent du nord, souffla âprement, et cette nuit les noyers furent gelés dans tout le pays. Mars dudit onzième jour de cedit mois jusqu’à la fin, fut froid, âpre et intempéré. « L’an du Seigneur 1495, le jour de Pâques fut le 19 avril. Le mois d’avril fut assez pluvieux. Mai, juin, juillet, août, septembre furent secs et très arides. Il ne plut pas pendant ces mois, sauf quelques jours, au mois de septembre. Il y eut cet été abondance de froment et de seigle, mais peu d’avoine. Il y eut du vin en grande quantité. Bien que cet été fût sec, il n’en fut pas moins chaud et brûlant. Dans certains pays, il y eut très peu et presque point de fruits, pommes, prunes, amandes, noix et semblables ; en Dauphiné pourtant et en Bresse, il y eut abondance desdits fruits » (Mailliard, 80-81). Meurtres aux champs : le roi gracie Février  1495  : mort d’homme au labour. Rémission en faveur de Guillot Dubet, Louise sa femme, Jean, Antoine et Jeanne, leurs enfants, laboureurs, pour le meurtre de Pierre Pichonnet, qu’ils avaient surpris à labourer des terres au mas de Chaumasson, dans le cadre d’un litige pendant devant le bailli d’Argenton-surCreuse (AN, JJ226B, 1088, f°206). Mars  : rémission en faveur d’Andru Coignart et Philippon Coignart, son fils, laboureurs, pour avoir tué, près de Léré, Étienne Pérart, qui leur reprochait d’avoir détruit une de ses haies pour faire son chemin (AN, JJ226B, 1099, f° 208). –  Rémission en faveur de Michau Brusé l’aîné, pour le meurtre de Robin Montagu, qui voulait l’empêcher par la force de labourer son champ dans un village beauceron (AN, JJ226B, 1110, f°210).  – Rémission en faveur de Jean Pointe, laboureur à Ablainville, pour avoir tué le berger de Jeannot Masson, dont les troupeaux paissaient dans ses blés et ceux de son père, Antoine Pointe (AN, JJ226B, 1115, f°211). Avril : rémission en faveur de Michel Gellain, laboureur, pour avoir tué Jean Treullin, oncle de sa femme, qui lui contestait la propriété des arbres qu’il était en train de couper avec Clément Huet, son beau-frère, dans un village de Beauce (AN, JJ226B, 1126, f°213).

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1495

10 mars 1495. Acte d’habitation à Cabrières-d’Aigues (Vaucluse) Le seigneur du lieu, Raymond d’Agout, installe ainsi 80 chefs de famille qui rebatissent le village abandonné au xive  siècle. Les colons viennent de la « vallée de Freissinières », localité dauphinoise connue pour son appartennce à la dissidence religieuse des Vaudois. Les deux tiers des nouveaux venus étaient poursuivis pour hérésie par le Parlement de Grenoble (Audisio, 1992, 15).

1496 Pâques : le 3 avril Année d’abondance et surproduction de vin en Lyonnais « L’an du Seigneur 1496, l’été ne fut ni chaud ni froid. Cette année assez tempérée, sèche et pluvieuse, fut fort abondante en toutes sortes de biens, fruits, blés et vins. Les vendanges furent telles et si abondantes que dans presque tout le pays de Lyonnais on ne trouvait ni cuves ni tonneaux pour mettre les raisins et le vin » (Mailliard, 83-84 et 91-93). 18 juin : grêle autour de Laval « Un samedi de juin, vigile Saint-Gervaise, Dix-huitième jour, en l’an mil quatre cent Oudit an seize, fut un jour de malaise De la grêle qui chut, et tempête de temps ; En ce pays ci aval s’assemblèrent moult de vents Qui firent grand dommage aux peuples d’environ En blés, vignes, potages, dont l’on perdit son sens Pour si très grands orages moult grand perte en avons » (Le Doyen, 79-80). Famine en Limousin. Dans la série des « forléaux » de Limoges –  le prix officiel des céréales fixé par l’autorité consulaire –, les prix du setier de seigle et surtout le prix du setier de seigle sont très élevés (Tricard, 39). Exactions des gens d’armes et revanche des paysans De mars à juillet, les gens d’armes de l’armée du roi logent dans les campagnes du Lyonnais. « L’an du Seigneur 1495 [1496 n. st.] au mois de mars, vinrent en nombreuses troupes, au pays de Lyon, les gens d’armes de l’armée du roi ; ils séjournèrent et circulèrent dans le pays de Lyon dudit mois de mars jusqu’au mois de juillet suivant, 1496. Le roi Charles  VIII vint à Lyon, au mois d’avril avec la reine, son épouse, duchesse de Bretagne […]. « Les gens d’armes qui étaient au pays de Lyon dissipèrent et mangèrent les biens des laboureurs qui en furent grandement désolés. Ils ne firent pourtant point autrement violence au pays et aux laboureurs que de consommer les vivres. Cette année fut fort abondante en fruits et autres denrées. « La reine retourna en France au commencement du mois de juin et le roi la suivit à la fin de même mois. Le duc d’Orléans, le cardinal de Saint-Malo et plu118

1496

sieurs grands restèrent à Lyon, attendant là le retour du roi. Il y eut alors foule de voleurs, de fripons, de personnes inutiles et sans aveu, tant à Paris que dans les autres cités, villes et lieux du royaume de France et de Bourgogne. Ils furent pris et amenés par des commissaires à Lyon, de là conduits, enchaînés et chargés de fers, jusqu’à Aigues-Mortes et placés sur les galères pour ramer sur mer jusqu’à Naples […]. « Cette année et pendant les mois d’août, septembre, octobre, novembre et décembre, circulèrent par le pays des gens d’armes de pied qui firent beaucoup de mal ; enfin le roi manda de les chasser du pays. Une troupe d’environ trois cents fantassins allemands voulut loger à Saint-Clément-sur-Valsonne (Rhône) ; les gens dudit lieu et d’autres environnants gens se réunirent en grand nombre et les chassèrent par force et violence. Ils furent là presque tous battus et blessés ; sept furent tués ; on les expulsa ainsi du pays » (Mailliard, 87-88). Incursion des Aragonais en Languedoc Alors que Charles VIII est en guerre avec l’Espagne, une des armées de Ferdinand d’Aragon, en violation du traité de Barcelone de 1493, envahit le Languedoc et s’engage (1496) dans le Fenouillèdes. Les châteaux de Montfort, Counozouls et Gincla (Aude) sont assiégés et pris, celui de Montfort presque entièrement détruit. Sur le Roc d’al Casteillas, à Montfort-sur-Boulzane, subsistent les débris d’un château (tour arasée) et du vieux village, détruits (1496) lors de la guerre d’Espagne » (Salch). À Joucou (Aude), lors des luttes entre Charles VIII et Ferdinand d’Aragon, le château de Castelport est détruit en 1496 par les armées espagnoles qui ravagent le pays de Sault. Ne restent aujourd’hui que quelques murs.

1497 Pâques : le 26 mars Inondations : les fleuves se mettent à leur aise ~ 8  janvier (n.  st.)  : crue de la Seine. Dans la mémoire de Jean de Thoulouze, la crue de 1497 ne sera égalée qu’en 1649. « Il y a en la vallée de Misère, à l’encogneure du quay, une image de Nostre-Dame au-dessous de laquelle ces vers se lisent gravés : L’an mil quatres cens quatres-vingt-seize (anc. st.) Le huictiesme de janvier La Seine se mit à son aise Au-dessous de ce pilier » (Thoulouse, II, 257-258). ~ Crue du Rhône et de la Saône : « du premier jour de janvier jusqu’à la fête de Saint-Hilaire qui suivit, il plut sans interruption et les rivières furent si grosses que personne ne pouvait les traverser ; il avait plu la nuit précédente, tout le jour et la nuit suivante. Les fleuves du Rhône et de la Saône s’étendirent au-delà des rives, tant dans la ville de Lyon qu’en dehors, […] de mémoire d’homme ni de tradition, le Rhône ne fut jamais si gros, si fort, ni si étendu. 119

1497

~ Crue de la Loire : « en 1586, les cures considérables se montrèrent à Nevers et en

aval, elles surpassèrent les crues de 1496 [1497], 1527, 1537 […] tout le bétail qui était dans les pâturages et les environs de cette rivière fut noyé » (Bonnet, 2009). Bonnes récoltes en Lyonnais « Mai et juin furent assez froids et pluvieux, il y eut beaucoup de cerises ; les blés furent satisfaisants. Juillet et août furent arides et chauds, de même septembre, octobre et novembre jusqu’à la fête de Saint Clément […]. Les vendanges furent, cette année, assez satisfaisantes et les vins bons. Cette année, une épidémie sévit dans la ville de Lyon et plusieurs autres lieux du pays de Lyonnais, surtout dans la ville de Sain-Bel » (Mailliard, 93-98). Réunions pour la rédaction des coutumes

✷ 15  mars  : lettres patentes données par Charles  VIII à Amboise précisant la

procédure pour la rédaction des coutumes. Les commissaires se rendent dans les bailliages et publient les articles qui sont accordés par les représentants des trois ordres. ✷ 2 septembre : ordonnance de Moulins pour la rédaction des coutumes de Sens et de Melun, non exécutée (Isambert, XI, 457).

En occitan : un notaire consigne les corvées à bœufs et à bras dues par les paysans de Polminhac (Cantal) « Jesus Maria. Aisso es lo lybre et terier dels castel e castelanias de Foulhola e de Polminhac, de las boadas e manobras degudas a me Jacques de Montamat, segnor de Montamat, de Folhola e de Polminhac, cosegnor dels castels de Vic e de Murat  Laguasse extraitz de laz reconnoissas a me fachas comme say l’an c xx iiii iiii et xvii, et primo. Lo loco de Polminhac  : tots los homes e habitans de Polminhac, chacun une an acostumat de far das manobras  : una de fenaz e una altra de mectro. » Traduction : Jésus Marie. C’est le livre et terrier des château et châtellenie de Foulholes et de Polminhac, des boades [corvées de bœufs] et corvées à bras dues à moi, Jacques de Montamat, seigneur de Montamat, de Foulholes et de Polminhac, co-seigneur des châteaux de Vic et de Murat-Lagasse, extrait des reconaissances à moi faites […] l’an 1497. Premièrement, le lieu de Polminhac : Tous les hommes et habitants de Polminhac ont accoutumé de faire chaque année deux corvées à bras : une de fenaison et une de moisson » (AD 15, 129F 13).

1498 Pâques : le 15 avril Peu de froment mais beaucoup de seigle et d’avoine ✷ En Lyonnais : « Ladite année 1497 [1498 n. st.], il y eut un long et âpre hiver qui dura presque quatre mois, c’est-à-dire pendant les mois de novembre, décembre, 120

1498

janvier et février, si bien que le peuple ne put travailler en rien, du moins peu. Tout janvier fut très froid et il gela fort pendant ce mois […] « L’an 1498, […] les mois d’avril, mai, juin et juillet furent assez pluvieux ; il y eut pourtant de très fortes chaleurs pendant quelques jours de juin et de juillet. […] Le mois d’août fut pluvieux et âpre à intervalles de certains jours et heures. Il y eut peu de froment, mais beaucoup de seigle et aussi d’avoine. « Cette année 1498, la nuit de l’Exaltation de la Sainte-Croix, il y eut du tonnerre fort violent et des éclairs admirables, et tels que chez nous, de mémoire d’homme, on n’avait entendu parler de semblables. Du jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix, l’an susdit, et pendant tous les mois d’octobre et novembre, il y eut une forte chaleur et, à divers jours de ces mois, il tonna. Les fêtes de la Toussaint et de Saint-Martin furent très chaudes, comme si l’on était au mois d’août ; il y eut peu de pluie ces mois-ci. Le mardi, jour des saints Agricole et Vital, 27 novembre de l’an susdit, environ la deuxième heure après midi, il y eut éclatant tonnerre et une horrible tempête s’abattit tant en Forez qu’en Lyonnais. À Montbrison, la tempête fut si violente que les habitants de cette ville crurent périr. Il tomba dans ces pays de grosses pierres de la grosseur du poing d’un homme, elles tuèrent au vol foule d’oiseaux. « Le dimanche second jour de décembre, l’an susdit, depuis l’heure de Vêpres jusqu’au lundi suivant, environ midi, le vent souffla avec une telle impétuosité que de mémoire d’homme on n’en vit pareil ; il renversa et démolit de fond en comble plusieurs maisons et tours, tant dans la ville de Lyon qu’en Lyonnais et en Forez. Il arracha entièrement quantité de gros arbres ; il démantela la tour de Sain-Bel et emporta l’horloge qui s’y trouvait ; on ne put retrouver cette horloge de deux jours. Il fit encore quantité d’autres maux qu’il ferait difficile d’énumérer ici » (Mailliard, 98-101). Peste et famine n Attestations de peste autour d’Avallon, Avignon, Brignoles, Lyon, Mâcon, Montpellier, Nantes, Nevers, Rouen, Toulouse, Tours et Troyes (Biraben, 381). n Septembre-octobre : violente peste en Touraine (Chevalier, 588). ~ Famine en Anjou en 1498 (Oudin, III, 102-103). S’associer pour lutter contre la pénurie d’hommes À Chenereilles (Loire), en Forez, plus du quart des reconnaissances dans le terrier de 1498 concernent des associations familiales contre 10 % seulement un siècle plus tôt. Le nombre de « pariers » s’est accru. Le déficit de main-d’œuvre stimule les affiliations volontaires. Les pratiques communautaires augmentent aussi en Auvergne (AD 42, 18J3, f° 29, 39 et 58 d’après Colombet-Lasseigne, 453, et Viret, 214, 327-328). Partage de fruits entre maître et métayer en Limousin « Item, le iiiie jour d’avril iiiixxxviii, je fis au Chesaus [Le Chezeau, Haute-Vienne] partir le bestial avec les enfans de feu Aucher Loucon, jadis mesteyer, et de touttes choses fusmes quites, fors qu’ils me doivent x sestiers de segle : cinq à la part de Gillet et les cinq aux enfans. Et me poyront aux prochaine mestives » (Sainte-Feyre, 158). 121

1499

1499 Pâques : le 31 mars

2e guerre d’Italie (juillet 1499-novembre 1500)

Bonne année dans le Maine « Puis l’an quatre-vingt-dix-neuf, Ne fut pas grande année de neuf, Mais de blé en fut largement, Dont le peuple fut bien content. Deux sols en valait le boisseau, Autant le viel que le nouveau. Vins, vivres compétemment L’on en avait suffisamment » (Le Doyen, 83). Dans l’Ardenne, on découvre les maisons pour nourrir les animaux ~ « Il fit toujours froid, et négeait, et grêlait, et griselait jusques au xiie jour d’avril que le bel temps vint. Mais il faisait encore froid jusqu’au xxiiie jour d’avril, et tellement que en les vignes, ne en les arbres, ne en les haies, on n’y voyait de verdeur ne d’apparence non plus qu’à Noël. Et ne croissaient point les blés ne les avoines ne les herbes. Par quoi les bêtes n’avaient point de pâturages. Et en y avait plusieurs qui mouraient de faim. Et disait-on que, en aucuns lieux en Ardenne, les gens découvraient leurs maisons, qui sont couvertes de joncs, et les découpaient menues et les donnaient à manger à leurs bêtes, avec un peu d’avoine ou de gruxon, car on n’avait eu nul foin l’année précédente » (Aubrion, 419). Froid et orages en Lyonnais « L’an susdit 1498 [1499 n. st.], environ la fin du mois de février, le froid se fit vivement sentir pendant dix jours, et, le 25 dudit mois, la neige tomba en abondance et continua presque pendant tout le mois de mars suivant ; le froid fut rigoureux pendant ce mois. […] « L’an du Seigneur 1499, Pâques fut le dernier jour de mars […] Ce jour, la neige tomba et tout le mois de mars fut très froid. La neige fut abondante, les montagnes en furent couvertes d’une couche fort épaisse ; le froid et la gelée durèrent jusqu’au 5 avril, dans la semaine de Pâques. Le mardi après Quasimodo, 9 d’avril, il plut et tonna très fort ; la grêle tomba. Cette année, le jour de l’Ascension du Seigneur fut le 9 mai et la Pentecôte le 19. Le lundi, lendemain de la Pentecôte, environ la cinquième heure après midi, il plut étonnamment et la pluie fit beaucoup de mal en plusieurs endroits et surtout dans les paroisses de Lentilly (Rhône), Sourcieux (Rhône), Salvagny (Rhône) et plusieurs autres. Le froid fut rigoureux le mercredi des Quatre-Temps de cette semaine ; le vendredi, dernier jour de mai, le vent du nord souffla impétueux. Juin fut très chaud pendant huit jours, au commencement ; au milieu pluiveux ; il y eut de grands déluges dans la ville de Courzieu. 122

1499

« Le mois de juillet fut chaud et le lundi  8, une terrible tempête s’abattit. Aujourd’hui dimanche 4 août, l’an susdit, toute la nuit il tonna affreusement ; il y eut des éclairs et de la pluie, et le lundi suivant. « Lundi 23  septembre, l’an susdit, il plut abondamment ; le mardi suivant le vent souffla impétueux, fit beaucoup de mal aux raisins, arracha plusieurs arbres et fit tomber, noix, pommes et autres fruits. « Octobre, cette année, fut pluvieux ; les vins chez nous, gens de Savigny, furent en quantité satisfaisante. Novembre, l’an susdit, fut pluvieux au commencement à différents jours jusqu’au jour de Saint-Romain ; la nuit veille de Saint-Clément, le vent du nord souffla impétueux, le froid se fit très vivement sentir et dura jusqu’à l’avant-dernier jour dudit mois » (Mailliard, 102-107). n Juillet : Peste en Valois autour de Compiègne, et notamment entre Venette et la ville (Marsy, La peste à Compiègne, 1884, 8-10). n Attestations de peste autour d’Angers, Châlons-sur-Marne, Chaumont, Mâcon, Nantes, Nevers, Paris, Provins, Toulouse, Tours et Troyes (Biraben, 381).

1500 Pâques : le 19 avril Inondations en Lyonnais « L’an du Seigneur 1500, le premier jour de mai, qui fut le vendredi fête des saints Philippe et Jacques, les samedi, dimanche et lundi suivants, il plut très abondamment, si bien que les rivières du pays furent grosses et rapides outre mesure, et telles qu’on les avait ; ne vues depuis vingt ans. L’air fut très froid presque tout le mois de mai fut pluvieux […]. L’an du Seigneur 1500, le samedi qui fut le 9 mai, la Saône fut si grosse qu’entre Albigny-Mont-d’Or (Rhône) et Vimy, environ à sept heures du matin, un bateau se perdit ; hommes, femmes, jeunes gens des deux sexes, furent engloutis ; parmi eux, six femmes grosses ; en tout, cent personnes moins une. Le même jour, la même année, périt autre bateau avec une nombreuse multitude, hommes, femmes et enfants, sur la Loire, près de Balbigny en Forez (Loire) L’an susdit, c’est-à-dire 1500, le 1er août, qui fut le samedi de Saint-Pierreaux-Liens, il tonna très violemment, il y eut des éclairs, la foudre tomba et il plut en abondance à Courzieu ; l’eau de la Brevenne entraîna le chanvre en grande quantité. Quatre fois ce jour, ce mauvais temps recommença, et deux fois pendant la nuit il s’abattit sur la terre. « Le vendredi 4 septembre, l’an sudit 1500, de vêpres jusqu’à la nuit, il tonna beaucoup et la tempête s’abattit impétueuse ; le samedi suivant, il plut beaucoup et il tonna. « Le vendredi 20 novembre, ladite année 1500, les samedi, dimanche et lundi suivants, le vent du nord souffla âprement et le froid se fit sentir outre mesure et si rigoureux que de longtemps on n’avait vu pareil froid, du moins à pareille époque, et pendant huit jours. Le mardi et le mercredi suivants, la neige tomba et le froid se fit vivement sentir jusqu’au jeudi 17 du mois de décembre, l’an susdit » (Mailliard, 112-117). 123

1500

Grands froids de fin d’automne 7-8  décembre  : forte gelée à Rouen, 120 à 140  morts et blessés (Fallue, 42, et Sauvage, 517-518). « En cestuy an [1500] devant Noël la rivière de Saône fut gelée jusques à Mâcon, dont, à cause qu’il ne venait à Lyon blé ni autre chose, le pain y fut cher. Et le jour de Saint-Thomas après, le Rhône crut si fort jusques environ le dîner, que c’était merveille, et ne vit-on jamais en demi-jour croître si fort » (Mer des histoires, Nouv. addit. de Montrelet, fol. 102 v°). Pestes n Attestations de peste autour d’Auxerre, Bayeux, Bourg-en-Bresse, Chaumont, Dijon, Nantes, Paris, Strasbourg, Toulouse et Tours (Biraben, 381). n En Bretagne (jusqu’en 1501), dans le Maine (été 1500), puis dans le pays Nantais (Le Mené, 264). n En Lorraine, dès le 11 mars 1500, la peste règne dans la châtellenie d’Apremontla-Forêt (Meuse), près de Saint-Mihiel. 7 ou 8  personnes en meurent dans deux villages (AD 55, MM B 511 n° 13, d’après Girardot, 791). Lynchage à la messe de minuit 24 décembre 1500 : rixe à Limours (Essonne), lors de « la vigile de Noël pour ouïr le divin service » : le procureur du seigneur est lynché en l’église par les habitants de Chaumusson, venus avec leurs bâtons, à l’instigation de Guillaume du Chesnoy, seigneur de Chaumusson (AN JJ234, 81v°, d’après Bezard, 266).

1501 Pâques : le 11 avril

3e guerre d’Italie (septembre 1501-février 1504)

Famine et disette ✷ En Alsace et autour de Montbéliard (Delsalle, 2001, 47 et 56). ✷ En Touraine : de mai à juillet 1501, sévère disette autour de Tours, conjurée par les arrivages du blé de Beauce, en dépit de cours très élevés (Chevalier, 394-395). ✷ En Lyonnais  : « L’an que dessus, de la fête de Saint-Martin jusqu’à la fin, et l’an 1501, jusqu’à la fête de Saint-Jean-Baptiste, il y eut grande disette de blé, plus terrible pour le peuple que la famine de l’an  1480 […] et cela à cause du manque d’argent, qui était en petite quantité dans ce pays et dans le royaume de France. On ne pouvait trouver de blé ; le froment valut 18 gros, le seigle 16 gros » (Mailliard, 119). Pestes Attestations de peste autour d’Amiens, Angers, Bourg-en-Bresse, Dijon, Joigny, Laval, Mâcon, Montluçon, Montpellier, Nantes, Nîmes, Poitiers, Strasbourg, Tours et Vierzon (Biraben, 381). n Mais aussi à Rennes, Le Mans, Vitré, Laval (Le Mené, 264). n

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1501

Été caniculaire en Lyonnais « Cette année 1501, l’été fut, du mois de mai jusqu’au mois d’octobre, sec et chaud, si bien que, de mémoire d’homme, jamais les mois d’août et de septembre ne furent vus aussi chauds. Les moissons furent pourtant satisfaisantes, c’est-à-dire assez sèches et peu abondantes par rapport à la multitude de peuple, petits et grands, qui surgit ; les vendanges furent assez bonnes, mais pas autant que l’année précédente ; les vins furent fort bons. L’été se maintint dans cette ardeur pendant cinq mois, du premier mai premier octobre, auquel jour il plut toute la journée. Cette année 1501, l’hiver fut âpre jusqu’aux fêtes de Noël ; ces fêtes furent douces, tempérées et pluvieuses » (Mailliard, 117-118). Les Vaudois retrouvent leurs terres Absolution des Vaudois par le pape Alexandre VI en 1501  : Louis  XII ordonne la restitution de leurs terres dans les hautes vallées du Dauphiné (les Escartons et la Vallouise). La prise en nourrice : activité complémentaire pour les paysans À la campagne, la mise en nourrice des enfants de notables est une pratique déjà avérée. En juillet 1501, à Bretteville-l’Orgueilleuse (Calvados), les Perrotte de Cairon, gentilshommes campagnards qui font valoir eux-mêmes une partie de leurs terres, recourent à des paysannes des environs pour faire allaiter leurs enfants. Tel est le cas du 8e  enfant de Nicolas Perrotte et de Marie de Hotot : « Olivier de Caron fustney le neufiève jour de juillet mil chinq cent et ung, le vendredi, viron heure et demie après midy. Et le doit garder Guillemette Goullé une année entière, par le prix de quatre livres et le drap d’un chapron » (AD 14, F1654, Livre de raison des Perrotte de Cairon, d’après Aubert, 1898, 452). Maladie des porcs en Forez et Lyonnais « Dans le courant du mois de février de cette année, il y eut une grande maladie des porcs en plusieurs endroits, tant du pays de Forez que de Lyonnais » (Mailliard, 117).

1502 Pâques : le 27 mars Famine en Limousin

~ Dans la série des « forléaux » de Limoges –  le prix officiel des céréales fixé

par l’autorité consulaire –, le prix du setier de seigle est très élevé (Tricard, 39). Violente poussée de peste en France n Peste signalée autour d’Aix, Angoulême, Avignon, Bar-le-Duc, Bergerac, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Châlons-sur-Marne, Dijon, Joigny, Lectoure, Libourne, Mâcon, 125

1502

Montferrand, Montluçon, Montpellier, Moulins, Nantes, Nîmes, Orléans, Poitiers, Rodez, Strasbourg, Toulouse, Tours, Valence, et Vierzon (Biraben, 381). n Suite de la peste en Anjou. On en repère les effets dans les campagnes à Morannes et dans la région de Châteauneuf (Le Mené, 264). Peste et loups mangeurs d’hommes au cœur du royaume : Bourbonnais, Berry, Saintonge, Anjou, Touraine, Orléanais et Île-de-France n ~ « En cette même année  1502, la peste eut cours par le royaume de France, et mêmement en Bourbonnais, en Berry, en Saintonge, en Poitou, en Touraine en Anjou, et au pays de France comme à Paris, à Orléans et en plusieurs autres lieux ; et tant que les aucunes villes et villages demeuraient inhabités, et s’enfuyait le peuple par les bois et déserts, pour illecques se loger et garantir leurs vies, où souvent se mouraient sans secours, sans aide et confession, comme bêtes brutes, demeurant étendus sur la dure, au danger des chiens et des loups, qui souvent, à panse pleine, en faisaient leur pâture  : tellement que, après que acharnés et en curée en furent, se prirent aux petits enfants par les champs, et à la parfin aux hommes ; si que plusieurs en dévorèrent, et eussent plus à plein si le roi et les seigneurs de France n’y eussent pourvu par chasses continuelles, dont ils en nettoyèrent le pays » (Auton, 101-102). n ~ « L’année 1502, […] l’ire de Dieu punit et affligea la France. Car la peste fit un grand dégât en divers endroits à Paris et à Orléans, en Touraine et Anjou, en Saintonge et Poitou, en Berry et Bourbonnais, en telle sorte que plusieurs villes et villages demeurèrent inhabités par la mort ou fuite de tous leurs habitants, plusieurs desquels, fuyant par bois et déserts pour sauver leurs vies, moururent sans aucun secours, et demeuraient étendus sur la terre servant de pâture aux chiens et aux loups, notre Dieu aussi juste que miséricordieux punissant de cet horrible fléau les iniquités des hommes pour les délivrer de la peste du péché (Guyon, II, 325). n ~ Peste cruelle à Orléans et dans les environs : « plusieurs villages furent abandonnés par les habitants qui se retirèrent dans les bois, mais dont la plupart périrent de misère et devinrent la pâture des loups et des oiseaux carnassiers » (Lottin, 351).

1503 Pâques : le 16 avril Contrastes climatiques Importants contrastes climatiques du premier semestre  : fin de printemps et été extrêmement chauds et secs, après un début extrêmement froid et neigeux en Pays Messin. ✷ « Item, le moix de may fut bel et chault, et fit sy grant chaleur qui durait par tout le mois, et encore jusques au sabmedy xviie de jung, que, durant ledit temps, il n’avoit point cheu une seule goute d’eaw, en telle manière que tout sachoit et saches, et les eawes sy merveilleusement cortes, que chacun s’en donnoit grant merveille. Laquelle pluye, qui cheut ledit sabmedy, fit tant de bien sur la terre que 126

1503

on ne pouroit croire, tant pour les vignes, bley et avenue, comme pour touttes aultres. Et fuit ordonney que, au mercredy après, fuit faicte une procession générale Notre-Dame aux champs, en remerciant Dieu le créateur et la Vierge Marie. « Item, tout le temps d’estey fuit sy très chalt et sy sèche qu’il n’y oit quasy nulles herbes en prey ; et faisoit sy grant sécheresse que tout se perdoit pour la chaleur. Et y oit, en plusieurs lieux, des vignes quasy comme toute airse et brûlée, de force de baille, et les arbres, comme poiriés, pommiez et aultres manières d’arbres, se bruloient tous ; et n’y avoit nulz fruictz qui peust croistre. Touteffois, là Dieu mercy ! la vandange fuit bien plantureuse, et y oit du vin à plantey » (Aubrion, 447). ✷ Sécheresse en Berry (Bonnet, 2009). Peste n Peste signalée autour de Bourg-en-Bresse, Cahors, Châlons-sur-Marne, Joigny, Mâcon, Millau, Moissac, Montélimar, Montauban, Montferrand, Moulins, Rodez, Rouen, Tours et, Valence (Biraben, 381). n … mais aussi autour de Salins-les-Bains (Jura) (Delsalle, 2001, 47). Attaques de loups en Anjou Prolifération des loups autour de Beaufort et jusque sous les murs de la ville où ils attaquent les populations en Anjou. Sans doute s’agit-il ici de loups enragés, seconde cause d’attaques sur les hommes  : « Lequel sixième novembre [1506] je fis remontrance à maître René Breslay, demeurant à Angers, sénéchal dudit Beaufort, qui y était venu pour tenir les assises […] que j’avais ouï dire à plusieurs que la forêt dudit lieu de Beaufort était quasi détruite, qu’il n’y avait plus guère de chêne ni autre bois mais était plein d’épines et ronces […]. Et y avait tant de loups comme l’on m’avait dit que merveilles. Lesquels loups faisaient moult de dommages aux sujets et étaient venus par trois ou quatre années depuis dix ans en çà jusques en la ville dudit Beaufort et à la porte du chastel et y blessèrent trois hommes, une femme et un jeune enfant, qui en moururent forcenés et enragés. Et depuis un an en çà étaient venus lesdits loups dedans la halle dudit Beaufort et y blessèrent deux jeunes pauvres garçons qui illec s’étaient retirés pour passer la nuit tellement qu’ils en moururent tôt après. […] À la vérité, lesdits loups avaient fait et faisaient de grands dommages et avaient comme dit est puis huit ou dix ans fait lesdites blessures et morsures tellement que les pauvres gens en étaient présentement morts et outre que bien souvent ils étranglaient bêtes chevalines et aumailles ès pâturages contigus de ladite forêt et se retiraient ès buissons forts et épines d’icelles » (AN, P 1337, acte 354, vue 12, cité par Le Méné, 1982, 337).

127

1504

1504 Pâques : le 7 avril Année chaude avec invasion de sauterelles ✷ Grand froid en Quercy (Pouget, 14). ✷ L’un des douze ans les plus chauds du dernier demi-millénaire dans l’hémisphère Nord (Le Roy Ladurie, 2004, 163). ✷ Cherté des blés en Auvergne, Forez et Lyonnais en raison de la sécheresse. « L’an mdiv, les bleds furent de belle monstre ; toutesfois, par la grant sécheresse qu’il fist, furent cueillis en petite quantité, dont en survint charté tant en Aulvergne, Forez, Lionnois » (Médicis, 272). ✷ Grande sécheresse en Pays messin La combinaison chaleur et sécheresse printanno-estivale favorise l’invasion d’insectes ravageurs : sauterelles dans les champs et les prés ; vers sur les arbres fruitiers. « Les cultures « furent toute démangées de sauterelles, qui vinrent en cette année en si grand abondance qu’il n’est à croire. Pareillement, ce qui était échappé d’icelle chaleur, comme prune, fève, cerise et autres tels fruis, fut et était tout plain de verse et de vermine ; et mêmement les cerises, qui n’étaient qu’à demi-mûres, étaient déjà pleines d’icelle vermine » (Vigneulles, IV, 30-31). Peste n Peste signalée autour de Bourg-en-Bresse, Cambrai, Cherbourg, Marseille, Montélimar et Tours (Biraben, 1975, 381). n … mais aussi autour de Besançon (Doubs) (Delsalle, 2001, 47), et en Lorraine, autour de Nancy (Cabourdin, 100). Famine autour de Lyon ~ « L’an 1504 furent premièrement vues ces dévotes et pitoyables processions qui furent appelées les processions blanches, à cause que les pauvres gens de village, hommes, femmes et petits enfants, passaient par la ville conduits par les curés et vicaires de leurs paroisses, et la croix devant, allant en procession à Notre-Dame de l’Île et autres lieux de dévotion, tous nus et affublés d’un linceul blanc, criant avec une voix si pitoyable qu’il n’y avait cœur si endurci qu’il n’en fut mu à compassion  : “Sire Dieu, miséricorde !” ou bien  : “Sainte-Marie, mère de Dieu, priez pour nous !”. Ce qui excita ce pauvre peuple à telle dévotion fut une grande famine et disette de tous fruits, lors survenue, et de laquelle moururent plusieurs milliers d’âmes tant à la ville qu’aux champs, et qui fut causée par une sécheresse qui commença dès le mois de mars, à l’occasion de laquelle l’on ne put semer les petits blés ; les autres demeurèrent en terre sans venir à maturité, et furent les rivières, fontaines et ruisseaux tellement taris que les bêtes mourraient de soif par les champs et les chiens enrageaient » (Histoire véritable de Lyon par Rubys (1533-1613), 354 et addenda, 118). ~ Entrée à Lyon de pauvres ruraux venus du Lyonnais, du Dauphiné, des Dombes, de la Bresse, Savoie, Bourgogne, Auvergne et Forez (Gutton, 234). 128

1504

✷ Charte de fondation du village de Viéville-en-Haye (AD 54, H 1180, cité et transcrit par Jean Peltre).

Paysage seigneurial, paysage fiscal Dans la Marche, on observe des « bouchures » dans la seigneurie des Bussières (comm. de Saint-Loup, Creuse). Le terrier de 1504 révèle plusieurs parcelles encloses, en périphérie du finage cultivé, près des landes et des bruyères. Indice sans doute de la progression du bocage par défrichement en Haute-Marche (AD 23, 7 J288, d’après Glomot, HSR 36, 2011, 51). En Rouergue, pays de taille réelle, l’ajustement de la répartition des « fouages » suscite, depuis plusieurs décennies, des tensions entre secteurs géographiques. Depuis 1482, les consuls de Millau et de Rodez réclament une exonération aux dépens des paroisses rurales, notamment autour de Séverac-le-Château (« haute Marche »). Il en résulte une longue procédure, qui s’achève en 1504 par la production d’un « plan schématique », la vehuta en figura, à partir de deux grandes peaux cousues (162 × 80 cm). Cette vue figurée du Séveragais assure une recontruction mentale de l’espace à partir de relevés empiriques sur les lieux et une représentation des réalités intitutionnelles. Elle révèle le contraste entre la vallée de l’Aveyron, relativement riche et densément peuplée, et des causses pauvres, aux mas imposants. En définitive, le dessinateur offre une vision du territoire qui privilégie les feux et les lieux, assiette de l’impôt mais aussi trait fondamental de l’organisation humaine. Le foyer familial et fiscal reste l’élement structurant de la société rurale (Dumasy, 2011, 28-69). Fabriquer du fromage en plaine de France. Un « laboureur de bras » à Vémars en 1504 Sous Louis  XII, l’agriculture du nord de l’Île-de-France était loin d’avoir la spécialisation céréalière qui serait la sienne à compter de la fin du xviie siècle. Chez ce laboureur à bras, qui n’emploie pas de charretiers mais à l’aisance certaine, la présence de 7 vaches laitières assure une production de beurre et de fromage qui suscite un matériel spécialisé. On ne s’étonnera donc pas d’y trouver une grande baratte tournante (la « serène »), davantage caractérique des régions laitières. « Inventaire fait par moi Jean Clément, greffier juré en la justice […] à Vémars, pour noble homme Antoine Ducroq, écuyer, seigneur en partie de Vémars, de tous les biens qui communs étaient entre Jehan Goderon et Jehanne sa femme, en son vivant laboureur de bras demeurant audit Vémars […], ce cinquième de jour du mois de juillet mil cinq cent et quatre. Et premièrement, trouvé audit hostel une cramillère, prisée ii s t. Item, un gril, prisé xvi d. Item, un chaudron tenant un seau ou environ, une poëlle de fer et une d’airain telle quelle, prisée vi s p. Item, un chandelier d’airain, prisé xii s p. Item, en écuellée, en plat, une pinte et une chopine tout ensemble xl d’étain, prisé chacune livre  II s p la livre, qui valent en somme xx s p. Un autre chaudron tel quel, trois cuilliers d’airain, prisées iii s p. […] 129

1504

Item, trois quartiers de lard ou environ, prisés xxiiii s p. Item, une tinette telle qu’elle, prisée iv d Item, une chasière à fromage prisée xii d. […] Item, quatre chemises à façon d’homme, prisé vii s. Item, une chemise de lin, prisé iii s p. Item, une robe à façon d’homme couleur noire doublée de blanc, prisé xviii s p. Item, une paire de chausses audit usage, prisée xiv s p. […] Item, sur point de cinq setiers de blé tel quel prisé iv l vi s p. Item, une mine d’avoine à la grande mesure, prisées viii s p. Item, sur le point de trois mines de mars à la grande mesure, vii l. Item, une serenne à sereiner, prisée iii s p. Item, un panier à fromage, prisé xii d. Item, une vache de poil rouge, prisée iiii l. Item, une noire baillette sur le dos, prisée iiii l. Item, une autre noire courte queue, prisée ii écus. Item, une autre brune, prisée ii l. Item, une génisse noire, prisée ii l. Item, une autre génisse, prisée xxix s p. Item, une autre vache noire vieille prisée xl s p. Item, pour le foin trouvé audit hôtel, prisé iv l. Item, x bêtes à laine telles quelles, l’une portant l’autre, appréciées v l. […] Ensuivent les terres qui appartiennent au déffunt […]. Et premièrement, une maison, cour et jardin assis audit Vémars en la rue de la Croix Boissée » (AN, Z2 4436).

1505 Pâques : le 23 mars Peste et famine n Peste signalée autour d’Avallon, Bourg-en-Bresse, Cambrai, Marseille, Mauriac, Montferrand, Poitiers, Riom, Rouen, Toulouse, Tours et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 381). n Octobre-décembre  : Peste en Franche-Comté autour de Besançon et de Salins (Delsalle, 2001, 47). ~ Famine en Dauphiné. « Nota quod hoc anno mvcv to blada vendita sunt circa fiem anni xiii flor., xv flor. et xvi flor. in tantum quod magna pietas erat in pauperrimo mundo et famina magna » (AD 38, B 4385, f° 154, d’après Latouche, 1932, 343). Brigandage dans le Maine « Larrons, voleurs, brigands, cil temps Resgnoient fort, dont nul n’est contens. Quand justice les condemnoit, Chascun à Paris appelait. 130

1505

Rien ne demouroit sur les champs De jour et nuyt, o tels marchants ; Moutons es estables robaint » (Le Doyen, 105). Achèvement de la reconstruction au nord de Paris 20  novembre  1505  : au Plessis-Gassot, Étienne Bonnevie, est reconduit dans son bail à ferme de 55  ha par Marie Potier, veuve de Jean Trotet, seigneur du Blancmesnil. Il s’engage encore, pour les années 1505-1515, à « défricher ce qui es en friches desdites terres et prés », comme c’était le cas en 1496. Au bail suivant, en 1515, la clause disparaît (AN, S4772, d’après Moriceau, 84). Refus de taille en Sologne À Salbris (Loiret), en 1505-1506, 42 chefs de famille sur 69, soi-disant taillables à volonté, refusent de payer la taille pour être « hors suite », « avoir lettres de franchises » ou « être communs » avec leur frère ou leur oncle dans leur « hostel » (Guérin, 206). Trois batteurs de grains 21  septembre  1505  : contrat avec des batteurs de grains. De 1496 à 1528, la rémunération des batteurs oscille entre le 15e  et le 25e  de la récolte. En 1505, pour 54 setiers et 261 boisseaux, les trois batteurs obtiennent un marché au 18e. « Marchié fait ovecques Jehan Graffart, de Jurques, Estienne et Jehan Massé, de Saint-Jean-le-Blanc, auprès du Plessis[-Grimoult], par ainsi qu’ils doivent batre les formens [froments] et avoir le quinzième boisseau et auront le xiiie boisseau d’orge et d’avainne et feront glieu et escoussin et aider à chergier les mâles et metre les mounées et est pour despens et pour tout et auront par-dessus le tout chacun ung b. d’orge d’entrée et doivent avoir ung boisseau de poys blans parce qu’ils donneront chacun ung vitequot et auront le xviiie b. des poys et veches, le tout fait le jour Saint-Mathieu, xxie jour de septembre chinq et chinq » (AD 14, F 1654, Livre de raison des Perrotte de Cairon, d’après Aubert, 1898, 468-469).

1506 Pâques : le 12 avril Vendanges tardives ✷ Autour de Besançon : hiver très tempéré et « végétation en janvier comme en mai » (Delsalle, 2001, 56). ✷ Vendanges tardives autour de Metz. Alors que la Saint-Rémi (1er  octobre) marque traditionnellement la date des vendanges, en 1506, on attend la SaintMartin d’hiver (11 novembre) pour couper le raisin. « La sepmaine Sainct Martin d’hyver Estoit le temps sy très divers, 131

1506

Et de meurisson si très estrange, Que c’estoit la foulle de vendange. Car à la Sainct-Remy devant Fut en vielle vigne ou provent, On n’y trouvoit raisins meslez, Ny bien peu de grains tallez. » (La Chronique en vers, d’après Litzenburger, 72.) Poussée de peste Attestations de peste autour d’Aix, Amiens, Annonay, Avallon, Bordeaux, Bourgen-Bresse, Castelnaudary, Dijon, Limoges, Mâcon, Marseille, Mauriac, Montferrand, Montpellier, Nîmes, Sarlat, Toulouse, Tours et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 382). Révision des coutumes 28 mai : ordonnance générale de Montils-lès-Tours pour la révision et la publication des coutumes. En reprenant les textes édictés par son prédécesseur en 1497 et 1498, Louis XII inaugure une procédure en vigueur jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Le contrôle royal est davantage affirmé par l’envoi de commissaires. Des commissaires royaux sont désignés pour la prévôté de Paris, les bailliages de Meaux, Melun, Montargis et Sens (Isambert, XI, 457). En Corse : le Camp del’Oro, pomme de discorde entre Bastelica et Ajaccio Depuis 1492, la large dotation dont bénéficie Ajaccio, comme « préside » génois, dans la plaine de Camp del’Oro, suscite la réaction des communautés rurales de l’intérieur. En 1506, Visconti Paulo, procurateur de la communauté de Bastelica, s’insurge de la mise en coupe réglée des pailles et fourrages par les colons ligures. Soldats, administrateurs, marchands et bouchers d’Ajaccio viennent impunément s’emparer de la paille au moment des récoltes alors que les Bastelicais en ont besoin pour nourrir leurs bœufs durant l’hiver. Non sans exagération, le représentant de Bastelica soutient que, faute de fourrage, près de 100 paires de bœufs sont morts de faim l’hiver dernier, et que, sans retour aux usages traditionnels, les habitants de la communauté devront quitter le pays. L’emprise croissante de Gênes et la mise en place de la giurisdizione d’Ajaccio provoquent un conflit interséculaire avec l’arrière-pays pour le contrôle de la piaghja (Pomponi et Usciati, 81-83).

1507 Pâques : le 4 avril Peste dans le Forez n « En l’an mil cinq cent et sept Que Montbrison estoit infect 132

1507

Il en mourut de compte faict Trois mille sept cens et sept » (Quatrain de Pomyer, écrit en marge d’un ancien missel, Histoire du Forez, 75). n Le 12 juillet, dans la paroisse de Montarcher (Loire), la peste « règne », comme l’indique l’acte de baptême d’un enfant de Pierre Crespelle. Originaire de Montformont, le père était parti habiter Saint-Bonnet-le-Château, à son mariage. Lors ce l’épidémie, il est venu chercher refuge au pays natal  : Petrus Crespelletus de Monteformoso, maritatus in Sancto Bonito et fugitivus propter pestem regnantem in Sancto Bonito Castri (AD 42 en ligne, BMS Montarcher, 1460-1601, vue 49). n « Peste grande » à Brive (Cassan éd. 1996, 22). n Attestations de peste autour d’Aix, Avallon, Bayonne, Bordeaux, Brignoles, Carpentras, Dijon, Draguignan, Limoges, Mâcon, Marseille, Nîmes, Rennes, Rouen, Toulouse, Tours et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 382). Poursuite de la rédaction des coutumes 2 avril (n. st.) : ordonnance de Grenoble pour la rédaction des coutumes d’Amiens, Touraine, Auxerre (Isambert, XI, 457). 1507. Achèvement de la coutume de Châteaufort (Yvelines). Elle développe le texte de 25 coutumes locales en dix-sept chapitres, dont le quinzième traite des « censives et droits seigneuriaux ». Les laboureurs risquent une saisie de récolte sur pied si le propriétaire de la terre qu’ils cultivent – parfois lui-même, s’il en est tenancier – n’a pas satisfait au règlement annuel du cens, redevance symbolique en argent ou en nature à l’égard du seigneur. « Un seigneur foncier peut procéder ou faire procéder par voie d’arrêt ou brandon sur les fruits pendants en héritages à lui redevables d’aucuns cens ou fonds de terre pour les arréages qui lui en sont dus » (AD 78, Y 1226). Réaffirmation du droit de cullage En Ponthieu, à Auxi-le-Château, l’époux ne peut coucher avec sa femme sans obtenir la permission du seigneur, sous peine de 60 sols d’amende. À Brisiel-lèsDoulens, il paie 11 deniers de cullage, sous la même peine. « Item, quant aucuns estrangiers se allient par mariage à aucunes filles ou femmes estans de la nacion de ladite ville d’Auxi ou demeurans en icelle ville, ilz ne pœulvent la nuit de la feste de leurs nœupces couchyer avec leursdites femmes, sans premièrement avoir congié de ce faire à mondit seigneur, ou son bailly ou lieutenant de son bailly, que ce ne soit en commectant amende de lx sols parisis chascun et pour chascune fois » (Bouthors, II, 60, 85, 626). Les moissons dans la campagne de Caen Au mois d’août, il faut scier le blé à la faucille dentelée, pour éviter l’égrenage, le lier puis le mettre en trésel (bottes de 13 gerbes)  : c’est la « besogne d’août ». Les modes de recrutement et de rémunération sont multiples. La main-d’œuvre est mixte. Tous ceux qui doivent de l’argent, des rentes ou des fermages, s’en acquittent par leur travail ; d’autres ont reçu à l’avance de l’argent ou du blé ; d’autres encore sont libres et travaillent à la journée ou à la tâche. 133

1507

« En 1507, la femme au Lièvre a fait cinq jours, elle a eu ung b. de fr. de trois s.  –  La veuve Jehan Le Baillif a eu quatre s.  pour syer demye accre d’orge –  La Gervaise doit sier sans lier une vergée et demye de forment, et vergée et demye d’orge par six s.  pour tout –  Thomas Quiesdeville doit syer et lyer demie accre de forment et demie accre d’orge par xii s.  –  Michaut, de Quéron, doit syer et lier neuf vergées de forment par xxiiii  s. » (AD 14, F 1654, Livre de raison des Perrotte de Cairon, d’après Aubert, 1898, 466).

1508 Pâques : le 23 avril

4e guerre d’Italie (1508-septembre 1513) : elle touche directement le royaume (Picardie et Bourgogne) la dernière année

Traces de peste n Traces de peste autour d’Albi, Angers, Avallon, Bayonne, Bazas, Bourg-en-Bresse, Cahors, Issoire, Lectoure, Lyon Marseille, Rennes, Tours et Troyes (Biraben, 382). n « Peste grande » à Brive (Cassan éd. 1996, 22). Rédaction des coutumes 2  septembre  : ordonnance de Blois pour la rédaction des coutumes de Maine, Anjou, Dreux, Chartres, Perche-Gouët, Auvergne (Isambert, XI, 458). Interdiction d’exporter les blés 12  février  : mandement de Melun interdisant l’exportation des blés hors du royaume et de province à province. « Aucune traite de bleds être faite hors nosdits royaume, pays et seigneuries […]. Que nulle personne, de quelque état ou condition qu’elle soit, marchand ou autre, sur peine de confiscation de corps et de biens, n’ayent à mener, transporter ne faire conduire ou transporter aucuns bleds par manière de tacite ou sauf-conduit, sous couleur des congés baillés et octroyés par les gouverneurs de nos pays, capitaines, gardes de places, port, passages ou leurs lieutenants » (Isambert, XI, 515-517). Réglementation du commerce de la viande 11 novembre : Interdiction aux bouchers de Paris d’aller acheter du bétail fourché depuis Longjumeau, Neuilly, Soisy, Montmorency et Louvres, monopole réservé aux fermiers du droit de pied fourché (art. 25). Permission faite aux fermiers de visiter les prés de rafraîchissement qu’utilisent les marchands-bouchers de Paris pour la vente au détail (art. 27) (Isambert, XI, 540). La petite délinquance féminine Pêche subreptice dans un étang seigneurial par une vingtaine de femmes et de filles, à l’est de Gray (Haute-Saône), en 1507-1508. 134

1508

« A été trouvé dimanche dernier passé, en l’étang de la Fontaine-Thévenot […], pêchant nonobstant que ledit étang fut clos et scellé dès le samedi, et que le cri fût fait par le sergent de céans, à tous, en général, de non y pêcher : Gillette, fille Viennot Tixerant, de [Saint-Loup-]Nanthouard. Marguerite, fille Jean Tixerant. Thévenotte, fille Jean Tixerand le Vieux. Jeannette, fille Jean Tixerand le Jeune. Jehannotte, servante Jean Voirot. Marguerite, fille Jean Froment. Jehannotte, fille Jean Poignerot. Guillemotte, fille Girard Cuderel. Anciez, fille Jaquot Jaquard. Perrenette, servante Jean Potel le Vieux. Jehannotte, fille Jean Lanternier. Jeanne, fille Simonnot Bonnet. Jehannotte, femme Alexandre Brahon. Huguenette, femme Jean Gentigne. Claude, fille Poullot Frete » (AD 70, H 761, d’après Delsalle, 2001, 93-94).

1509 Pâques : le 8 avril Le terre bouge : raz de marée et séisme ~ Raz de marée de 1509 : Vimer à l’île de Bouin, à Noirmoutier et dans le sud-est de la Baie, rendant les terres incultes pour plusieurs années. Par acte en date du 23 juin 1511, Anne, duchesse de Bretagne et reine de France, exempte pour cinq ans les manants de l’île de toute imposition « à cause des grandes et excessives eaux et marées qui en l’année 1509 [8 avril 1509-30 mars 1510] surmontèrent les levées et chaussées faictes pour la deffense et conservation de ladite isle, tellement que ycelle isle fut submergée, les moulins y estant et lesdites levées et chaussées rompues, démolys et abattues (M.  Luneau et E.  Gallet, Documents sur l’île de Bouin, 1874, pièce justificative XIII). ~ 13  décembre  1509  : séisme dans la vallée de la Durance. Série de secousses d’intensité MSK 8 autour de Manosque (Base SISFRANCE et Quenet, 554 et 579). Surproduction dans le Maine « Quant à l’aoust, jamais à vie d’homme Ne fust vu tant de bled en somme, Sans valoir ung moult grand denier ; Car deux sols valoit le plus cher. Froment, advaines, tant et plus, L’on en faisoit quasi refus. » (Le Doyen, 131.) 135

1509

Les coutumes ✷ 15 janvier : publication des coutumes de Montreuil-sur-Mer, Auvergne, SaintRiquier, Doullens et Beauvaisis. ✷ 16 septembre : ordonnance pour la rédaction des coutumes de Meaux, Troyes, Chaumont-en-Bassigny, Vitry-en-Perthois et Orléans (Isambert, XI, 458). Un seigneur foncier et ses domestiques dans l’Embrunais (septembre-octobre) Dans l’Embrunais, noble Martin de La Villette, seigneur majeur des Crottes, coseigneur du mandement de Savines et du Puy-Sanières, dispose d’un important capital agricole, à la fois foncier (terres, prés et vignes) et mobilier (bœufs et moutons). Pour le mettre en valeur, il embauche des domestiques agricoles. Engagés pour un an, moyennant un salaire en argent, les domestiques sont habillés et reçoivent une paire de chaussures. « L’am mil ccccc et nou, et lo deryer septenbre, ay aferma Pons Fauchyer, de Pyo Muchel [Puimichel, comm. du canton des Mées, Alpes de Haute-Provence), per hun an, fynent a Sant Michel procham, et ly dono vint s[cus] et hunas sabatas, et es pastre. « Item, ly ay peya des so[us] le xxv de hoctobre et hun parel de sabatas, present Glylen Felyp et Antoni Barneut, de Las Crotas (Les Crottes, com. Orcières, Hautes-Alpes). « L’am de sobre et lo xxviii d’hoctobre, ay aferma Renaut Mazirel, de Tosans, en hun am, et ly dono x so[us] et tres aunas de drap, et hunas chausas et hunas sabatas, et de cuer per las sabatas tant qe potre portar » (Villette, 126-127).

1510 Pâques : le 31 mars Publication des coutumes ✷ 21 janvier : ordonnance de Blois pour la publication de la coutume de la prévôté et vicomté de Paris. ✷ 21  janvier  : mandement, daté de Paris, ordonnant la révision et l’approbation des coutumes du royaume. Mise par écrit avec les modifications, corrections, interprétations et publications avec assignation des gens des trois états de chaque bailliage et sénéchaussée (Isambert, XI, 603-611). Le pâturage en Auvergne 28 juillet 1510 : publication des coutumes générales et locales du haut et bas pays d’Auvergne, parmi les premières à être mises par écrit. Elles ont six commentateurs de 1548 à 1787. Titre XXVIII : Des pâturages et dommages de bétail. Article 41 : « On ne peut faire pâturer bétail ès pâturages communs ou particuliers d’aucune justice, à plus grand nombre que l’on n’a hiverné et nourri des 136

1510

foins et pailles provenant des héritages que l’on tient […] soit leurs soit par louage ou autrement » (Coutumes d’Auvergne avec les notes de Charles Dumoulin, 1695, 296 ; Nicolas, 184). L’utilisation des pâturages communaux est une question sensible dans ce pays d’élevage. En 1509, Louis  XII venait de reconnaître, pour Allanche, que « ses habitants ont de beaux privilèges, franchises et libertés, et de grands pâturages communs » (AD 15, II E, f° 114, d’après Nicolas, 189). L’année suivante, dans la coutume publiée, l’article, dit des « foins et pailles », règle la dépaissance en Auvergne –  comme dans la Marche  – jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Il proportionne en principe la capacité d’estivage au nombre de têtes affouragées l’hiver, pour éviter la spéculation et le surpâturage par l’achat temporaire ou la location saisonnière de troupeaux au cours de l’été. Trois mesures pour une même province Septembre 1510 : édit du Plessis-lès-Tours sur l’unification des poids et mesures de l’Auvergne en raison des tromperies des marchands qui fréquentent les foires et marchés, « en telle manière que les pauvres gens fréquentant les foires et marchés d’iceux pays, ignorant ladite diversité desdits poids et mesures et aunage, ont été trompés et déçus en achetant même marchandise à une petit poids ou mesure, autant qu’ès lieux où les poids et mesures étaient grands, cuidant tous poids et mesures être semblables les unes des autres ». Désormais « toutes gens vendant et achetant, ou baillant à prêt, ferme ou autrement l’un à l’autre, aucuns grains, sel, huile, chandelle, étain, poivre ou autres épiceries, foin, fer, graisse, draps de soie, de laine, de lin, de chanvre et toutes autres marchandises » n’auront que trois types de mesures : celui de la ville de Clermont pour la Basse-Auvergne, celui de SaintFlour pour la Haute-Auvergne, celui de Brioude pour le Brivadois et la région de Langeac (Coutumes d’Auvergne avec les notes de Charles Dumoulin, 1695, 28-30).

1511 Pâques : le 20 avril Grand hiver ~ En Anjou. Après Pâques 1511, « l’hiver en rien ne cessait, rien de terre ne profitait » (Le Doyen, 137). ~ Dans le Pays messin. Année la plus froide et la plus pluvieuse de la période 1420-1538 (Litzenburger, 200). « Item, après le biaulx temps de quoy nous avons ci-devant fait mention, qui durait comme vous avez ouy jusques après la Sainct-Mairtin, la gellée bientost après commençait à venir bien fort et bien aispre et gellait merveilleusement ; et fuit l’opinion de plusieurs qu’il n’avoit si fort gellé depuis l’année de [1477] que le duc Charles fut perdu devant Nancy, et negeait tant et si longuement que depuis Noël jusque le iiie jour de feuvrier ne fuit gaires de jour qu’il ne negeait, quelque pou que ce fuit, tellement qu’on ne povoit aller par les champs. 137

1511

« La gellée, l’iver et les neiges furent si grandes que les povres bêtes salvaiges moroient de faim, et fut trouvé plusieurs loups morts en la neige, lièvres, perdris, et aultres bêtes ; et combien que ci-devant soit fait mention de plusieurs années de grants neges, c’estoit pourtant l’opinion de plusieurs anciens, que de bien longtemps n’avoient esté si espaisses ne si grandes ; et estoient les loupz si constraints de grant famine qu’ils assailloient les gens qui alloient seulz, et de fait fut dit et certifié qu’ils avoient oultragié et estranglé gens ; maix bien est vrai que les gens n’osoient aller seuls pour la paour des loupz. Toutefois le temps se deffit et les neges fondirent bien doulcement, sans faire domaige, ce que on doubtoit bien ; maix à cause desdites grants gellées furent plusseurs vignes engellées » (Husson, 255-256). La coqueluche « Il régna cette année [1510-1511] par toute la France une maladie épidémique que l’on nomma la coqueluche parce qu’elle affectait la tête d’une douleur fort vive ; elle causait aussi une grande douleur à l’estomac, aux reins et aux gras des jambes avec une fièvre chaude, accompagnée de délire et d’un dégoût de toutes les viandes.  Peu de personnes en furent exemptes en France, et beaucoup en moururent à Paris et dans les principales villes du centre du royaume » (Lottin, 357). Des plants de bourgogne à Cachan Dans le vignoble de Cachan, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés fait venir pour ses clos des plants de Beaune, Volnay et Meursaut (AN LL 1116, f° 202, d’après Bezard, 153). Essartage en Basse-Provence Depuis les années 1470, la Basse-Provence se repeuple, même si le rythme de la reprise diffère largement d’une localité à l’autre. L’essor démographique est dû en partie à l’afflux spontané ou planifié d’immigrants en quête de nouvelles terres agricoles. Des contrats d’essartage sont passés devant notaire. Des chartes d’habitation comportent des clauses relatives au défrichement et à la remise en culture des territoires à repeupler. C’est le cas à Vidauban en 1511, où l’on prévoit que l’essartage par le feu doit s’opérer sous la surveillance d’un officier seigneurial et du syndic de la communauté. Le bois issu des coupes d’essartages peut être vendu ou façonné pour fabriquer des cercles et des plèches (« sercles, pleches »). L’importance du défrichement par le feu, réalisé clandestinement et source d’incendie, convie à ce type de réglementation. « Tricesimo, non sera licit als dits hommes metre fuec en degung temps en leur possessions, per faire ayssart ou aultre cause, sins appellatz lous officiers del dict seigneur et ung d’aquellous et ung dals sindregues, lousqualz seran adjoints de sorte que non puesque portar prejudici a degung, et en cas d’aulcune dampniffication procedent per leur coulpe ou négligence, seran tengus damnificat lour dommage » (Arch. Com. Vidauban, AA1, d’après Letrait, 1968, 217-228, cité par Burri, HSR 46, 2016, 39 et 42, 49, 51). 138

1512

1512 Pâques : le 11 avril Traces de peste n Attestations de peste autour de Carpentras, Poitiers, Toulouse et Tours (Biraben, 382). n En Touraine, en août (Chevalier, 588). n Dans le Valois, autour de Compiègne. Pour éviter la peste les « attournés » de Compiègne ordonnent de faire sortir tous les pourceaux de la ville (Marsy, La peste à Compiègne, 1884, 11). n En Drouais : établissement d’une confrérie de Saint-Roch à Sorel-Moussel (Eureet-Loir) « à cause que la peste ruinait tout dans Chartres et Évreux, et fut établie au Moussel parce que ce lieu était un hôpital où saint Roch avait guéri les malades, et il y fut fait et dédié un autel et chapelle où furent mises des reliques » (E sup. 28, IV). Grandes tribulations en Guyenne ” « En la quala aneya mil cinq cens et dotze y ayoc grans tribulations au pays de Guyayna a occasion de guerres et autres causes ayxi que s’ensec » (E sup. 47, II, Sos). Des serfs en Berry Le 14  décembre, au sud du Berry, les serfs de la Prune-au-Pot reconnaissent leurs obligations à Guillaume de Montmorency. Déclaration faite par les serfs à Guillaume de Montmorency, seigneur de la Prune au-Pot, (comm. Ceaulmont, au sud de l’Indre). « François Chabenet, lieutenant du bailli de Gargilesse, Michel Thauvet, procureur de Guillaume, seigneur de Montmorency, comme ayant le bail et garde de ses enfants et de feue damoiselle Anne Pot, seigneur de la Prugne-au-Pot, d’une part, et Pierre Vallete, laboureur demeurant à La Prugne, au bourg, en sa personne, d’autre part […]. Ledit Vallette, […] de son plein gré et bonne volonté, pour lui et les siens descendant de lui et de sa postérité et séquelle, a connu et confessé être homme serf, de serve condition dudit seigneur de Montmorency, […] et lui délivre par chacun an perpétuellement à chacune fête de Notre-Dame d’août la taille haute et basse à volonté […]. Et, de plus, a confessé ledit Pierre Vallete comme tenant feu et lieu en ledit bourg de la Prugne, il est tenu de payer […] cinq boisseaux avoine, mesure de Gargilesse, par chacun an à chacune fête Saint-Michel et une géline […]. Plus, a confessé être tenu de faire de quinze en quinze jours le biain aux besognes et affaires de ladite seigneurie, avec deux bœufs et charrette quand il en a et s’il n’en a de sa personne seulement, ainsi qu’il sera semont et appellé. Plus, a confessé que est guettant et sujet à faire le guet au château et place-forte de la Prugne au Pot quand le cas y est requis et payer les devoirs et droits pour ledit guet, selon les ordonnances royaux sur ce faites ; plus, a confessé qu’il est mouvant et tenu conduire ses blés et grains au moulin de ladite seigneurie de ladite 139

1512

Prugne, lesqueux il peut faire moudre pour sa provision et dépense de sa maison ; aussi a confessé que ne lui est dû ni permis et ne peut vendre, donner, changer ou autrement aliéner ses héritages et domaines aucuns et en toucher qu’il n’a acquis, ne sur iceux mettre aucune charge de rente ou autre devoir à personne qui soit sinon aux autres hommes de ladite seigneurie qui soient de la condition ; et si fait le contraire, les héritages vendus, donnés et changés ou autrement aliénés ou iceux chargés ou aucunement dévoyés, seront acquis au seigneur de la Prugne au Pot, sans restitution de deniers ou autre récompense. Et que la coutume est telle entre ledit siegneur de la Puigne et les hommes serfs d’icelle seigneurie » [suit le serment de 77 autres serfs] (AN, Q*1 361, f° 3-4v°, d’après Françoise MichaudFréjaville, II, 216-217). Raccourcissement des baux Dans le Haut-Maine, la reconstruction agraire et l’essor de la population convient les moines de Saint-Vincent du Mans à transformer les conditions d’exploitation du sol. Les baux à longue durée sont remplacés par des contrats courts, à la faveur des décès ou des infractions des fermiers. En 1512, Jean Grison l’aîné, détenteur du lieu et appartenances de Touchalleaume, à Saint-Georges-de-Dangeul (Sarthe), est lourdement endetté. Le voici condamné à « céder, transporter et délaisser » aux religieux de l’abbaye ses droits sur ledit lieu, qu’il tenait par héritage d’un bail à plusieurs vies, accordé à ses parents. L’année suivante, un simple bail de deux ans est signé avec Jean Dupont, pour le lieu de la Butte, dépendant de Touchalleaume. En 1526, Jean Grison n’obtient plus qu’un bail « à moitié fruits et profits » sur 6  ans pour la métairie de Touchalleaume. Au cours de cette période, d’autres laboureurs sont condamnés ainsi à déguerpir (AD Sarthe, H 169, d’après Gautier, HSR 38, 2012, 57).

1513 Pâques : le 27 mars Peste en Touraine et ailleurs n Octobre : peste en Touraine (Chevalier, 588). n Autres attestations autour d’Agen, Lille, Poitiers, Sens et Toulouse (Biraben, 382). Réunion au cimetière Le 30  juin, après la messe, les gens de Bailleul-aux-Cornailles (Pas-de-Calais) se rassemblent pour délibérer de leurs affaires au cimetière du village, lieu primordial de sociabilité (Muchembled, 67).

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Opérations militaires en Artois et en Bourgogne ” Campagne de l’armée anglaise d’Henri VIII et de l’empereur Maximilien contre les Français de Louis XII en Artois jusqu’à la défaite française de Guinegatte, le 16 août (la « Journée des éperons »). ” Siège de Dijon (8 au 13 septembre). ” Les Suisses, qui se sont joints à la Sainte Ligue l’année précédente, se rassemblent à Zurich. Au nombre de 30 000 environ, ils sont renforcés à Besançon par un contingent franc-comtois. Ils se dirigent vers Dijon en pillant tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Les campagnes sont occupées. Les bourgeois de Dijon donnent une rançon de 8 000 écus et livrent cinq otages dont l’échevin Philibert Godran. Les Suisses, satisfaits de l’aubaine, s’en retournent dans leurs montagnes, non sans piller au passage les vignobles de la région. Lies et passeries dans les Pyrénées 22 avril. Traité de lies et passeries entre vallées pyrénéennes de France et d’Aragon. Originalité de la chaîne pyrénéenne, des accords transfrontaliers régissent le bon exercice du pâturage qui conduit les troupeaux de l’un et l’autre versant à hiverner et estiver de chaque de côté de la frontière. Jusqu’au xviiie  siècle au moins, des milliers de transhumants – ovins et bovins – trouvent dans ces accords entre communautés pastorales une relative sécurité. Certaines conventions dépassent le cadre local pour revêtir une dimension « internationale », même s’il faut relativiser l’anayse qu’en faisait Henri Cavaillès en 1931. Les lies et passeries de 1513, qui regroupent de nombreuses vallées des Pyrénées centrales, côté français, entre vallée d’Aure et Couserans, et côté espagnol, assurent ainsi pour longtemps la sécurité d’exploitation des montagnes. L’accord amplifie celui de 1473 en tissant une fédération autour de la haute vallée de la Garonne. À l’intérieur du vaste espace commercial protégé, est reconnu un espace tranfrontalier, plus étroit, où l’on assure la sécurité contre toute opération militaire. Traduction de l’occitan par Serge Brunet. « L’an 1513 et le vingt-deuxième jour du mois d’avril, au lieu appelé “Plan d’Arrem”, furent assemblés, à savoir : « Du côté du Très Chrétien Roi de France et pour le pays de Louron, Larboust, la vallée d’Oueil, Bagnères-de-Luchon, Frontignes, la châtellenie de Saint-Béat, baronnie et seigneurie d’Aspet, Castillonnais, Couserans, Saint-Lizier, Aure, Neste, comté de Comminges, sénéchaussée de Toulouse, noble homme Jean Depins, écuyer, sieur de Montbrun, conseiller et maître d’hôtel du roi, capitaine de Saint-Béat, et lieutenant général de M. le sénéchal de Toulouse, etc. [suivent 20 autres représentants]. « Et de la part de l’Illustrissime et Catholique Roi d’Espagne et Aragon, ainsi est, à savoir noble Joan Nibo, seigneur de Formigats, lieutenant du châtelain d’Aran, etc. [suivent 8 autres représentants]. « I. Est conclu que lesdites parties desdits pays et frontières dessus spécifiés ne se battront, courront, sauteront, ni prendront places, villes, gens ni autre exercice de guerre ; ne permettront, consentiront être faits les uns aux autres, ni faire aucun dommage à leurs biens, fortunes, personnes et machandises, de quelque condition que ce soit, excepté les marchandises prohibées. 141

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« II. Aussi a été conclu entre lesdites parties, qu’en temps de guerre, les habitants de tout le pays dessus dit, tant d’un extrême que de l’autre, pourront commercer et communiquer ensemble et faire tous les faits de marchandise comme dit ci-dessus, les uns avec les autres, ainsi comme s’ils étaient en bonne paix […]. « IV. Aussi a été conclu que tous les bestiaux, de quelque condition que ce soit, de toutes les personnes comprises dans la surséance ou non comprises, que ceux-ci ainsi puissent paître et être dans les montagnes des lieux compris en ladite surséance franchement, et en toute quiétude comme si c’était en bonne paix et si ces bestiaux étaient enlevés par quelques gens de guerre ou autres, que dans ce cas les habitants des vallées ou lieux où les bestiaux seront pris et levés, ils seront tenus de restituer et payer entièrement lesdits bestiaux, à la connaissance des juges comptétents ; et aussi tous chefs de bergers, pâtres et jeunes domestiques, et toutes choses nécessaires à la garde des susdits bestiaux soient tranquilles, gardés et assurés et demeurent francs et quittes dans la forme susdite […]. « VIII. Aussi a été conclu que la présente surséance et capitulation n’aura ni un jour ni un temps déterminé, et durera autant qu’il sera le bon plaisir desdits Seigneurs Rois » (AD 31, E 891, d’après Brunet, 2001, 747-750).

1514 Pâques : le 16 avril Grand hiver ✷ En Normandie  : « L’an  1513, fut grand yver et forte gelée depuis la feste de la Conception Notre-Dame (8  décembre) jusques à la Conversion Saint-Paul (25  janvier  1514) »  : 49 jours de gelées consécutives (Héron, 118) –  Glaciation en janvier 1514. « Il y eust l’an mil cinq cens xiii janvier [1514, n st.] grand yver, tellement que la rivière fut si fort gelée que l’on passoit par dessus, et au dégel abattist plusieurs edifices et fut le boys fort cher (Sauvage, 522). Nuit du 22 au 23 avril 1514 : gelée extraordinaire des vignes (Duval, 1894). ✷ Autour de Metz  : du 23  décembre  1513 au 25  janvier  1514, tous les moulins situés dans un rayon de 7 à 8 lieues autour de Metz, sauf deux exceptions, sont pris par les glaces (Vigneulles, IV, 166-167). « L’hiver de ladite année fut merveilleusement froid, angousseux et âpre, et gelait bien xii semaines si très âprement que les glaces étaient en plusieurs lieux de v pieds d’épais » (Husson, 286-287). Pestilence en Anjou n « L’an 1514, l’Anjou fut affligé d’une très grande contagion de pestilence « dont il mourut une infinité de monde, et fut ensuite de cela, battu par des orages de vents les plus furieux qu’on eut entendu de mémoire d’homme » (Roger, 1851, 389). n Attestations de peste autour d’Agen, Amiens, Cambrai, Coutances, Lille, Toulouse, Tours et Valenciennes (Biraben, 382).

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Police des gens de guerre 20  janvier  : ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et ordonnant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). 30 septembre : ordonnance pour la publication de la coutume de La Rochelle. Achat de la seigneurie de Villeneuve-la-Comptal par Jean de Bernhuy à la famille de Caraman Le grand marchand pastelier toulousain, devenu baron de Villeneuve-la-Comptal, stimule, à partir de son château, l’activité pastellière dans le Lauragais oriental. De Villefranche-de-Lauragais, le pastel s’étend juqu’à Saint-Félix-Lauragais, puis Le Mas-Saintes-Puelles où il connaît une exceptionnelle expansion vers le sud, poursuivant son développement en direction des collines de La Piège (Mautauriol, Fajac-la-Relenque) (Maguer, 37-43). Le compte des luminiers de Martres-sur-Morge Le compte des luminiers de Martres-sur-Morge (Puy-de-Dôme), pour l’année  1514-1515, souligne l’importance de la responsabilité que prenaient, à tour de rôle, les élus de la communauté paroissiale. Partout, la gestion des fabriques paroissiales imposait aux villageois une charge qui représentait autant une reconnaissance sociale qu’une source de tracas. « S’ensuit la traisse, mise et dépense faite par Mahieu Franc et Blaise Bernard, luminiers de l’église paroissiale des Martres-sur-Morge, [de]puis la fête Monsieur Saint-Jean-Baptiste dernièrement passée mil cinq cent et xiiii que le dit Bernard fut installé luminier avec ledit Mathieu Franc. « 1. Premièrement, le jour que Antoine Mandon rendit son compte ensemble ledit Mathieu Franc et ledit Bernard fut institué luminier avec ledit Mandon, fut payé à Louis Germa, qui assista à ouïr ledit compte cinq sols, par ce v s. « 2. Item, le jour et fête Notre-Dame d’août ensuivant, firent faire trois petites torches de la cire amassée des grandes torches que coûta la façon desdites trois petites torches, xii d. « 3. Item, donnèrent à ceux que portèrent les torches ledit jour Notre-Dame d’août par boire, ii s. « 4. Item, par ceux que sonnent les campanes le jour des morts, xviii d. « 5. Item, lendemain de Noël que l’on chante Noël par les vicaires, secrestin et leur clerc, x d. […] « 10. Item, le jeudi de la Cène mil cinq cent et quinze, firent faire la cire pascale où ils mirent trois livres et demie de cire qu’était la livre iiii  s vii  d, ceci monte à xvi s i d. […] « 16. Item, lundi de Pâques assemblèrent le consellat pour faire une gélinière [poulailler] fut dépendu xv d. […] » (AD 64, G361, d’après Charbonnier, in Follain, L’Argent des villages, 2000, 165-166.)

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1515 Pâques : le 8 avril

5e guerre d’Italie (juillet 1515-août 1516)

1er janvier 1515 : tempête et changement de règne « La vigille du Nouvel an, en ladite année de mil vc et xiiii, mourut le roi Louis de France, qu’auparavant était duc d’Orléans. Et ledit jour il fit un merveilleux grand vent à l’heure que le roi trépassait, tel que, entre Saint-Denis et Paris, […] chars et charrettes furent renversés et tournés » (Husson, 293). Grands vents et pluie « L’an  1515, au mois de mai et de juin furent grantz venz et grandes pluyes qui feirent de grans dommages en plusieurs lieux et principalement à Andely et aux prochains lieux. Les ravynes des eaux emportèrent maisons, granges, chevaux, vaches, brebis, et, plus piteux, il y eut plus de cent personnes, que hommes, que femmes, que enfants lesquels furent périlz et noiés de ladite eau, et autres maulx comme labours, grains, herbage, de quoy le peuple y eust grande perte » (Alexandre Héron, Deux chroniques de Rouen, 122). Peste et famine n Extension de la peste autour d’Agen, Amiens, Angers, Angoulême, Auxerre, Bordeaux, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Cognac, La Réole, La Rochelle, Moulins, Poitiers, Toulouse, Tours et Valenciennes (Biraben, 382). n En Touraine (Chevalier, 588). n Autour de Bayonne : le 21 octobre 1515, « l’on fait inhibition et défense à tous les manants et habitants de la présente cité […] d’aller en la paroisse de Bidart (Pyrénées-Atlantiques) […] à cause de la contagion de la peste ». ~ Famine en Poitou, Aquitaine, Auvergne. « En l’an 1515, fut grande famine et nécessité de bledz au pays de Poictou, Xainctonge, Bordeaux, Périgort, La Rochelle, Angoulmoys, Lymosin et Auvergne » (Journal d’un bourgeois de Paris à l’époque de François Ier, 10). Police des gens de guerre 20  janvier  : ordonnance touchant la gendarmerie et les compagnies des ordonnances, interdisant aux gens de guerre de protéger des vagabonds « soubz couleur d’être leurs serviteurs » (Ordonnances des rois de France, Règne de François  Ier, I, 60). Des villageois en armes. Revue de la milice de Champagnole (Jura) Dans les villages comme dans les villes de la Comté, la population est armée. Lors des « monstres d’armes », on vérifie les capacités de défense du pays sous forme de revue militaire. À Champagnole, le 29 août, 46 chefs de famille comparaissent avec leur équipement, dont figurent ici les dix premiers. 144

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« 1. Claude Clerc  : bannière, épée, écrevisse [cuirasse], salade, robe, chaussée de livrée. « 2. Pierre Tournie : pique, épée, écrevisse. « 3. Girard Bruant : épée ; gorgerin, écrevisse. « 4. Germain Alard  : hallebarde, épée, gorgerin, écrevisse. Il doit fourbir son écrevisse. « 5. Alexandre Alard : pique, épée. « 6. Alexandre Sergent  : hallebarde, écrevisse, gorgerin, et lui est ordonné de fourbir le tout, ne l’ayant pas fait avant. « 7. Claude, fils de feu Guillaume Pillard : arbalète d’acier garnie, épée, salade, gorgerin. « 8. Jean Parressolz : arbalète d’acier garnie, écrevisse, épée, robe, chausses. « 9. Pierre Bernard : pique, épée, écrevisse, et lui est ordonné de fourbir le tout. « 10. Aymonin Belin : arbalète d’acier garnie, épée, robe de livrée. » (Delsalle, 2001, 114-116.) Affranchissement de serfs dans le Jura Le 9 octobre, l’abbé Pierre de la Baume affranchit les frères Claude, André, Guyenet et Louis Casier, de Samiat (comm. Larrivoire, Jura), ainsi que tous leurs biens. L’enrichissement de certaines communautés familiales sujettes au servage, mais « protégées » à ce titre de toute division successorale, ne laisse pas indifférents certains grands propriétaires ecclésiastiques comme l’abbaye de Saint-Claude (Jura). Au prix de la somme colossale de 200 écus d’or, réglés comptant, la famille Casier entre dans la catégorie des paysans libres de toute servitude, avec un patrimoine de 80 ha, il est vrai. « Nous, Pierre de la Baume, protonotaire du Saint-Siège apostolique, commendataire et administrateur perpétuel de l’abbaye et monastère de Saint-Ouyan de Joux, […] affranchissons par les présentes, pour nous et nos successeurs, Claude, André, Guyenet et Louis Casier, de notre village de Samiaz, étant du ressort de notre cellerie et terre dudit Saint-Ouyan de Joux, nos hommes mainmortables et de condition de mainmorte […] et chacun d’eux pour eux et leur postérité née et à naître en sainte loi d’Église et sacrement de mariage, de taille, cens, mainmortes, corvées, tributs et autres servitudes quelconques, desquels ils étaient tenus à cause de leurs personnes, en les constituant francs et de franche condition, quittes de toutes macule de servitude et de condition de mainmorte quelconque, leur donnant et à chacun d’eux et à leur postérité née et à naître […] de pouvoir et à chacun leur soit loisible de tester, disposer et ordonner par testament et ordonnances de dernière volonté et par toutes les autres voies, formes et manières que gens francs et de franche condition peuvent et doivent faire de leurs biens, héritages et successions quelconques […]. « Avons en outre perpétuellement affranchi […] les meix, maisons, terres, prés, champs et autres héritages suivants et appartenant auxdits Claude, André, Guyenet et Louis Casier [3 maisons, 2 granges, 10 courtils, 2 vergers, 20 à 25 ha de terre en 40 parcelles, 40 à 45  ha de pré en 38 parcelles] […] moyennant et parmi la somme de deux cent écus d’or de roi au soleil que nous, ledit commendataire et 145

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administrateur que dessus, connaissons et confessons avoir eu et reçu d’iceux Casier […], le neuvième jour du mois d’octobre, l’an mil cinq cent et quinze » (Arch. com. Saint-Claude, BB1, f° 331v, d’après Corriol, BHR 11, Nouveaux servages, 167-168). 1515. Apparition mariale à Garaison (Montléon-Magnoac, Hautes-Pyrénées) En 1515, la Vierge apparaît trois fois à la jeune bergère de douze ans, Anglèze de Sagazan, en lui declarant : « Ici, je répandrai mes dons » ; « Je veux qu’on construise une chapelle ». À ces mots s’ajoute un miracle de pain noir transformé en pain blanc. En 1540, une chapelle est construite à l’endroit précis de l’apparition. Des miracles s’y produisent en si grand nombre qu’on donne le nom de Notre-Dame de Guérison, déformé en Garaison (Prosper Bordedebat, Notre-Dame de Garaison, 1901).

1516 Pâques : le 23 mars Année chaude ~ Vendanges tardives en Bourgogne : un record, le 11 septembre, à Dijon (Le Roy Ladurie, 2004, 163). ~ Année la plus chaude de la période 1420-1538 dans le Pays messin. Tout en étant très sèche, elle favorise la qualité des récoltes mais pas la quantité (Litzenburger, 196). ~ Juin : grande sécheresse en Comté (Besançon, Dole) (Delsalle, 2011, 57). Progression de la peste n Attestations de peste autour d’Agen, Angoulême, Auxerre, Bergerac, Bressuire, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Limoges, Loudun, Mézières, Moulins, Poitiers, Toulouse, Tours et Valenciennes (Biraben, 382). n « Grant mortalité de malladie de peste » en Touraine (Chevalier, 589). Brigandage des « mauvais garçons » « Audict an, depuis la Toussainct [1516] jusques à la Saint-Jean-Baptiste [1517] ensuyvant, courroient, parmy le royaume de France, plusieurs maulvais garçons, appelez voleurs, répandus en divers lieux, jusques au nombre de deux ou troys cens d’une bande. Lesquels faysoient des maulx infinitz ès villes et villages, pilloient et tueoient à plain de gens ; desquels fut exécuté grand nombre à Paris et Rouen, et les faysoit-on brusler tous vifs » (Bourgeois de Paris, 36). Ordonnance sur les eaux et forêts Signé à Lyon en mars  1515 [anc.  st.], enregistré au parlement de Paris en vertu de lettres de jussion, ce texte définit la réglementation forestière de la monarchie française jusqu’en 1669. Même s’il y a fort loin du droit à la pratique dans la 146

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protection des ressources forestières, un cadre de référence est établi pour « la chasse, les forêts, les droits d’usage, rivières, étangs et pêcheries ». « Premièrement, avons défendu et défendons à toutes gens de quelque estat, conditions et quaité qu’ils soient, qu’ils n’aient à chasser en nos forests, buissons et garennes ny en icelles prendre bestes rousses, noires, lièvres, connils, faisans, perdreix, ny autre gibier à chiens, arbalestes, arcs, filets, cordes, toiles, collets, tonnelle, linière ou autre engin quel qu’il soit, si ce n’est qu’ils ayent droict de chasse […]. Art. 16. Nous avons prohibé et défendu, prohibons et défendons à tous nos sujets non nobles, et non ayans droict de chasse ou privilège de nous, qu’ils n’aient chiens, collets, filets, linière, tonnelle, lacs, ou autres engins à chasser, ne prendre lièvres, hérons, perdrix, faisans, ny autre gibier, sur peine de confiscation desdits engins, lièvres, gibier, et d’amende arbitraire […]. Art. 21. Les maistres de nos eaux et forests visiteront et vendront les panages […]. Art. 23. Chacun des verdiers, gruyers, gardes ou maistres, sergens visiteront chacune quinzaine, à tout le moins, tous les gardes de la forest […]. Art. 46. Quant aux usagers qui ont droict et coustume de prendre bois et forests, pour ardoir et pour édifier, ou pour leurs autres usages, et voir pasturage, ou telles choses semblables […] soient les maistres diligens de voir leurs titres et enquérir de leurs possesssion, la manière d’user, de l’estat de la forest, et ce qu’elle peut souffrir […]. Art. 55. Comme toujours ait esté mise différence entre les coustumiers, entendans la signification des parolles de mort-bois à bois mort, en prenant bois mort pour celui qui est sec, soit abattu ou en estant, ou entendant le mort bois de certain bois verd en estant, afin que plus n’en soit débattu, l’on déclare qu’ainsi doit-il estre entendu que dit est, et le mort bois tel, et non autre, comme il est dit et déclaré en la charte aux Normands, qui en fut faicte par le roi Louys l’an 1315 […]. Art. 72. Ordonné est que nulle beste n’ira en taillis jusqu’à tant que le bois se pourra défendre des bestes, pour ce qu’une beste qui ne vaudra pas soixante sols ou quatre livres, y pourroit faire dommage de cent livres ou de plus en une année » (Isambert, XII, 49-74, et Devèze, 1961, II, 57-60).

1517 Pâques : le 12 avril Du froid au chaud ~ 25 avril : gelée tardive de printemps en Lorraine (Cabourdin, 23). ~ Malheureuse année » en Pays messin (avril-mai). Huit jours de fortes gelées entraînent des dommages pour toutes les productions agricoles tandis qu’on assiste à une enchaînement complexe d’inversions thermiques et hydriques dans un scénario très froid. Au grand hiver succède un épisode de gelées très intenses au printemps avant deux saisons fraîches en été et en automne (Litzenburger, 201). 147

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~ « Le 26 avril, lundi suivant la Saint-Marc, 2 000 à 3 000 paysans “très épou-

vantés”, et qui “n’avaient ne pain ny argent”, accourent à Metz demander aux propriétaires des vignes dans lesquelles ils travaillent s’ils les voudraient encore aider sur le temps venant, ou sinon, leur était force d’aller briber [manger] ou d’aller en autre pays chercher leur avanture ; et pleuraient la plupart de ces gens ici que c’était pitié » (Vigneulles, IV, 230-233). ~ « L’an mil cinq cens dix-sept Comme est escrit en maintes receptes, Survint une grande persecution Au monde et grande tribulation. Au mois d’Apvril et May voisins Aux vignes y avoit tant de raisons, Qu’oncques ne fut telle abondance, Mais malle fortune rompit la dance. Huict nuitées l’une après l’aultre Gela toujours sans nulle faute, Tant que par mons et par vallées, Furent toutes les vignes engelées. Par gelée, vin, seigle, fruicts et bleds Furent de pris si hault montés, La quarte vingt sols au grenier, Et le vin à dix-huict deniers. Vin, fruit, poix, febves, aveine et bled Furent en pris si hault doublés Et en esté n’y eult nul herbage Ni foin en préi, ni pasturage. Ce fut la malheureuse année, Meschantes, chetive et fortunés. » (La Chronique en vers, éd. Calmet, CCCXXII). ~ La Comté sous le gel : l’amodiation de paisson est impossible en forêt de Chaillux « attendu que lesdits bois furent infructueux et esgellez de l’hyver précedent » (Delsalle, 2001, 57). ~ Sécheresse en Berry (Bonnet, 2009). Invasion d’insectes ravageurs Un été très chaud dans le Pays Messin multiplie sauterelles, hannetons et escargots, dans ce qui reste de productions après la gelée. « Et fut encore dit que possible la grand chaleur ferait autant ou plus de dommage qu’avait fait la gelée. Car, par icelle chaleur, toutes les herbes, et les herbes avec, aussi le reste qui était demeuré en vigne, furent mangées et rongées de ces petites bêtes qui volent, que l’on appelle “hurlat” ou “sairbat”. Et encore, ce peu d’herbe et de verdure qui était es prés était démangé et gâtée des sauterelles ou cigales » (Vigneulles, IV, 236-237).

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Peste n Attestations de peste autour d’Auxerre, Bergerac, Briey, Cambrai, Cherbourg, Guingamp, Limoges, Metz, Nevers, Rodez, Saint-Claude, Sens, Strasbourg, Toul, Tours et Troyes (Biraben, 382). n Septembre-novembre : peste en Touraine (Chevalier, 589). n 1517-1518 : peste en Lorraine (Cabourdin, 100). Bundschuch Autour de Rosheim et Haguenau (Bas-Rhin), des conjurés, venus de plusieurs villages, se rassemblent en septembre-octobre. Ils entendent abolir tribunal et conseil, supprimer cens et rentes et proclamer le refus de toute autorité locale (Bischoff, 2010, 114-115). 25 novembre : passage d’un convoi de 400 ânes, chargés de figues de Vintimille à Sospel (AD 06, C 102, d’après Boyer, 146). Loups mangeurs d’hommes en Beaujolais « Pendant cette mesme année » (1517), comme il y avoit « beaucoup de loups et de louveteaux dans le pays de Beaujolois, du Royaume et de l’Empire qui devoroient les bestiaux et même les hommes, notre princesse [Anne de France] commit Landry de Challes pour faire la chasse de ces bêtes, assembler des gens pour les prendre et tirer à la charge qu’il y feroit toujours en personne pendant dix ans, et tous les loups qu’il trouveroit, il lui seroit donner par tous les habitans à deux lieues à la ronde, qui n’auroient pas assisté à la chasse, lorsqu’ils auroient été appelés, 2 deniers parisis et 4 deniers parisis chacun pour chaque louveteau, loup et louve (Mémoire ms d’Aubret, dans Jean-Marie de la Mure, Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, II, 1868, 552).

1518 Pâques : le 4 avril Vagues de peste n Attestations de peste autour d’Angers, Avallon, Avignon, Bergerac, Bordeaux, Briey, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Chambéry, Dijon, Limoges, Nantes, Nevers, Nîmes, Rouen, Saint-Omer, Semur-en-Auxois, Strasbourg, Toulouse, Tours et Troyes (Biraben, 382). n En Touraine, de janvier à octobre (Chevalier, 589). n Dans les monts Dômes en Auvergne, en septembre : Clermont sort indemne de la peste alors que la maladie sévit dans la campagne et « notamment par toutes les montagnes entour Clermont (Délibération du 18  septembre  1518, d’après Charbonnier, 512). n Autour de Besançon (Delsalle, 2001, 49).

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Janvier 1518. Édit sur la conservation des forêts En dépit des règlements antérieurs, certains officiers, propriétaires ou marchands font trafic de pâturage en louant, dans les forêts du roi, davantage de places de bétail que les usages n’en concèdent aux riverains. « Défendons à toutes gens de quelque estat qu’ils soyent, de laisser aller, mettre ne tenir en nosdites forests, haras, bœufs, vaches, brebis, moutons, pourceaux, chèvres et austre bestail […]. Toutesfois n’entendons par ceste présente notres ordonnance, defendre aux ayans droict d’usage de mettre leurdit bestail en nosdites forests, hors les taillis, temps et saison défendus, et selon la condition de leur dit usage » (Isambert, XII, 161-162). Affranchissement des habitants de Preigney (Haute-Saône) L’abbaye de Charlieu affranchit ses serfs en échange d’une taille annuelle et perpétuelle de 26 francs, payable solidairement chaque année à la Saint-Michel. Les hommes du village sont libérés de la mainmorte tout comme leurs biens-fonds, « meix et héritages » (Delsalle, 2016, 190). Les estives de la Haute-Vésubie 5 avril : réglementation des estives à Saint-Martin Vésubie. Dans les montagnes, la croissance démographique mutiplie les tentatives d’utilisation individuelle des biens communaux et notamment des alpages, les bandites. Elle suscite la mise en culture des espaces fertilisés la nuit par les animaux d’estive, les « vastiere ». La communauté rurale légifère une première fois pour tenter de limiter les semailles sur ces portions de biens communaux en 1518. Le « parlement » général des chefs de famille de Saint-Martin-Vésubie stipule « que personne ne vienne travailler ni faire travailler dans les vastiere et passages nécessaires pour le bétail gros et menu ». Semblable mesure est reprise en 1550. Par ailleurs, la communauté autorise aux essarteurs la jouissance pour 3  ans des terres qu’ils mettent en valeur (AD 06, E 003, BB1, f°10-11, d’après Gili, 133 et 172).

1519 Pâques : le 24 avril L’année des grands vents ~ Grande tempête du 15 mars autour de Caen. « Le vendredy xvie jour de mars, l’an mil vc dix neuf avant Pasques, fust sy grand vent qu’il abatit maisons, rompit tours et principallement selle de Secqueville, aracha ourmes, poumiers et autre boys et fist dommage siens de cent livres en deux heures et abatit une liéson de la bergerye et se doit on donner de garde de feu par grans vent, car la grange dismeresse de Secqueville fust brulée et deux aultres maisons » (AD 14, F1654, Livre de raison des Perrotte de Cairon, d’après Aubert, 1898, 496). ~ 16  mars  1519 (n.  st.)  : grande tempête à Rouen. « L’an  1518 (ancien style), le 16 mars, il fit un horrible vent qui déracina les arbres, ébranla les maisons et 150

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découvrit un tiers de celle de Rouen ; il abattit la tout Saint-Nicaise de Rouen, celle de Saint-Saëns et celle d’Ysneauville ; cette année fut appelée l’année des grands vents » (François Farin, Histoire de la ville de Rouen, 1710, I, 392). ~ « L’an 1519, le vendredi 19e  mars, après le midi, s’élevèrent et sourdirent des plus impétueux vents jamais ouïs au précédent. Ils abattirent toutes les vierreuite [girouettes] de maisons, pierre et bois où elles estoyent affichées, et les coquets de dessus les églises. Il ne demeura que peu de couvertures de maisons, fussent-elles de tuiles ou ardoises  : abattait les gros chesnes, ourmes, pommiers et plusieurs autres édifices » (Bourgueville, 1588). ~ 15 mai : grande tempête à Chambourcy (E sup. 28, IV). Pluies et inondations ~ 26 mai. « Inondation considérable de la Loire, occasionnée par la fonte subite des neiges dans les montagnes du Vivarais, où ce fleuve prend sa source » (Lottin, 369). ~ Pluies continuelles dans le Pays messin, du 4 juillet au 1er novembre 1519. Les moissons et les vendanges en sont affectées. « De xx ans devant l’on n’avait si mal labouré ni semé comme l’on avait fait alors ; et la cause était pour le temps mal disposé et des grandes pluies » (Vigneulles). Pestes Attestations de peste autour d’Agen, Amiens, Angers, Bayonne, Bergerac, Bourgen-Bresse, Briey, Cambrai, Chambéry, Colmar, Dijon, Lectoure, Lille, Lyon, Mâcon, Moulins, Nevers, Paris, Rouen, Saint-Omer, Saumur, Semur-en-Auxois, Strasbourg, Toulouse, Tours et Troyes (Biraben, 382). n Pendant quatre mois, peste en Touraine (Arch. com. Tours, R65, f° 210, d’après Chevalier, 589). n

« La copiosité du populaire » Dans bien des régions, la renaissance démographique se traduit par la reconquête des terres. La population s’accroît. Depuis le milieu du xve siècle, la vitesse de la récupération, d’environ 0,7 % par an, frappe les contemporains. En 1519, un observateur comme Claude de Seyssel, confie son étonnement  : « Par les champs aussi, on connaît bien évidemment la copiosité du populaire, parce que plusieurs lieux et grandes contrées qui soulaient être incultes ou en friches ou en bois, à présent sont tous cultivés et habités de villages et de maisons » (Claude de Seyssel, La Grande Monarchie de France). Entrée en vigueur de la gabelle dans le Bas-Maine « Le roi aussi, semblablement Cette année, véritablement, A fait, par lui et son conseil, Une ordonnance non pareille. Car tous les archers de son corps A envoyés et autres escorts Pour empêcher tous les passages 151

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De port, de ponts, villes et villages, Où passaient les pauvres marchands Qui fournissaient de sel les champs, De froment et blé, en tout temps, Dont tout le peuple n’est content… Et dit-on partout son Royaume Sur Gaultier, aussi sur Guillaume, Et quel mestier et quel mesnaige Et tant en ville qu’en village, Quels revenus, le nom des lieux, Et que valent de ferme iceux, Combien d’enfants et serviteurs Dont s’ébahissaient les gens vieux Car jamais n’avaient vu en faire Mais convint tout cela parfaire. » (Le Doyen, 169-70).

1520 Pâques : le 8 avril Vagues de peste n Attestations de peste autour d’Amiens, Angers, Avignon, Bergerac, Cambrai, Gap, La Réole et Rouen (Biraben, 382). n Au Puy-en-Velay (1520-1521), faisant 3  000  à 4  000  morts et aux environs et « furent plusieurs des villages parmi le pays, atteints de la peste » (Médicis, 291). n En Touraine, avec construction d’un sanitat à Tours (Arch. com. Tours, BB ; R 14, f° 383, 413, 418, d’après Chevalier, 589). n Autour de Besançon (Delsalle, 2001, 49). n À l’ouest de Compiègne. Trois semaines durant, on garde la porte du Pont, « afin d’empescher les habitans de Rémy [Oise], où on se mouroit de la peste, d’entrer dans la ville » (CC 37, f° 212, 23 octobre 1520, d’après Marsy, La peste à Compiègne, 1884, 12). Ouragans « Alors le ving-troisiesme jour de febvrier, Nostre Seigneur envoya de ses trésors ung si tres impétueux vent, tant que presques partout les forest de France il abastit de boys pour plus de deux millions » (Bouchart, CCLI v°). ~ « Le dix-septiesme jour dud. moys de mars, en ung vendredy après disner, environ quattre heures, fust veu courrir par tout reaulme de France ung sy grant vent, et sy aspres et impétueux, qu’il n’estoit homme sur la terre lors qui en eust oy ung samblable, en maniere qu’il fist ung donmaige merveilleus aux boys, car il arrachoit les chênes aussy gros que six hommes. L’on dissoit que le roy en ses forès y avoit perte de plus de quatre cens mille escuz quant regard des édiffices rompuz et dissipéz, au l’on ne scauroit exstimé [sic] le donmaige que l’on en receut 152

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ne la perte des gens et biens lors estant sur la mer qui furent périz et perduz » (Versoris, 106). Derniers baux à cens… On touche au terme de la reconstruction agraire des campagnes parisiennes dans le cadre des structures anciennes. Derniers baux à cens enregistrés à Mons-surOrge, Ablon, Sucy-en-Brie. Sauf exceptions, dans les secteurs les moins denses et les moins riches du Hurepoix et de la Brie, les traces de la guerre de Cent Ans sont effacées (Fourquin, 443-462). Publication des coutumes 17  janvier  : ordonnance de Romorantin pour la publication de la coutume de Saintonge – 7 mars : seconde ordonnance de Romorantin pour la publication de la coutume de la Marche – 7 avril : ordonnance de Nancy pour la publication de la coutume du Bourbonnais (Isambert, XI, 458). Vague de plantations de vignes au sud de Paris Avril 1520 : à Orly (Val-de-Marne), « le curé dudit lieu prend gros, tant de grains que de vins, et avec une dîme à part, qui fait bien quasi le tiers de tout le dîmage. Et néanmoins, comme on m’a dit, d’aucunes terres étant d’ancienneté au dîmage de Messieurs [du chapitre de Notre-Dame] que on a depuis peu de temps converties en vigne, il en veut prendre et s’efforce prendre la dîme, par quoi y faut pourvoir car on plante de jour en jour vignes esdites terres, comme chacun scet » (AN, S 345A, déjà cité en partie par Bezard, 153). 1er  mai  : ordonnance organisant statutairement la Louveterie. À sa tête, le grand louvetier reçoit directement ses ordres du roi entre les mains duquel il prête serment. À son tour, il nomme autant de lieutenants de louveterie qu’il le juge nécessaire dans les provinces en délivrant dans tout le royaume des commissions de lieutenants de louveterie qui commandent à leur tour les sergents de louveterie, piqueurs et gardes. Ces officiers sont choisis parmi des nobles qui entretiennent déjà un équipage de chasse aux loups. Les sergents préparent les pièges. Les taxes de prises sont maintenues mais ne sont plus payées par le fisc mais par les habitants des campagnes, situés à 2 lieues de l’endroit où une bête a été abattue (2 deniers pour un loup et 3 pour une louve). Les potiers de Ger (Manche) 10  juillet  : enregistrement des statuts de la confrérie (« flarie ») et communauté des potiers de Ger. Depuis la fin du Moyen Âge, les campagnes rassemblent des communautés d’artisans qui forment des centres spécialisés dans les arts du feu comme la poterie ou la verrerie. Certains villages, dans le Domfrontais comme dans le Beauvaisis, travaillent le grès. En 1520, 43 confrères potiers de Basse-Normandie, établis à Ger, entre Domfront et Mortain, mettent à jour leurs statuts. Pour limiter la concurrence les 43 confrères potiers « ne poteront ni ne feront poter » de la Toussaint au premier lundi de mars, le samedi et le mois d’août. Ils travailleront, à la journée, selon un étalon commun d’un pot de cuisson représentant 4 barattes, ou 153

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8 terrines, 8 pichets ou 12 pintes (AD 50, chartrier de Bourberouge, 714, d’après Fajal, HSR 10, 1998, 256-260). Vicaire de campagne en Anjou Affermage de la cure de Cizay-la-Madeleine (Maine-et-Loire). En dehors du service divin, le ou les vicaires ont pour mission de récolter l’ensemble des revenus de la cure pour en tirer un loyer de 100  livres, le safran et les poires qui constituent la rente foncière du curé titulaire. « Le 15e  jour d’octobre 1520, en la cour royale d’Angers » comparaissent « vénérable et discret maître Pierre Legay, licencié ès lois, chanoine d’Angers et curé de Chizé au diocèse d’Angers, d’une part ; et messire Pierre Pinard, prêtre, à présent vicaire dudit lieu de Chizé, tant en son nom privé que comme soi faisant fort de messire Olivier Gaillart, prêtre aussi vicaire dudit lieu […]. Ledit Legay, curé susdit, a baillé et baille audit Pinard esdits noms qui a pris d’icelui Legay tant pour lui que pour ledit Gaillart, à titre de ferme et non autrement, du jour et fête de la Toussaint prochain venant, icelui jour inclus jusques à 7  ans et 7 cueillettes entières et parfaites ensuivant l’une l’autre sans intervalle et finissant à semblable jour lesdites sept années révolues et échues, et à la fin ledit jour de Toussaint exclus, ladite cure de Chizé et ses appartenances, et dépendances avec toutes et chacunes les rentes, cens, devoirs, dîmes, prémisses, oblations, terres, vignes, prés, pâtures et autres revenus et émoluments qui, durant ledit temps, y viendront, croîtront et échéront, pour en faire et disposer par ledit Pinard esdits noms durant ledit temps […]. « À la charge dudit Pinard esdits noms de payer et acquitter les cens, rentes et devoirs dus à cause de ladite cure et ainsi que par ci-devant a de coutume les payer, et de dire ou faire dire le service divin dû à cause de ladite cure, et de tout acquitter et décharger ledit curé […]. « À la charge aussi dudit Pinard esdits noms d’en payer, rendre et bailler à ses propres coûts, dépens, périls et fortunes de ses hoirs, en cette ville d’Angers, franche et quitte par chacune desdites sept années, la somme de 100 livres, payable aux termes de la Pentecôte et de la Saint-Lucas par moitié […]. « À la charge en outre dudit Pinard esdits noms de payer, rendre et bailler à ses propres coûts et dépens en cette ville d’Angers, audit curé ou autre, par chacune desdites sept années une livre de safran avec les poires du poirier » (Matz, HSR 12, 1999, 156-157).

1521 Pâques : le 31 mars

6e guerre d’Italie (1521-février 1525)

Guerre en Picardie et Champagne entre François Ier et Charles Quint « En ce dict an mil cinq cens xxvi, entre les roys de France et d’Espaigne eut grant esmeute de guerre en Picardie et Champaigne où ce trouva le très chrestien roy de France, bien accompagné et y eust plusieurs courses et riblerie les ungz sur les autres » (Bouchart, CCLII v°). 154

1521

Grande famine ~ En Île-de-France : « En l’an cinq cens vingt et ung après Pasques, et mesmement environ la my may, fust à Paris mervilieuse charté de blez et pain, en manière que le septier [de] blé estoit vendu cinq, six et sept frans et à la fin, qui fust au commencemant [de juin], n’estoit possible en recouvrer pour son argent, pour raison de quoy les pouvres de Paris eurent une intollerable indigence. La chasse madame saincte Geneviefve, pour raison de ce, fust descendue et portée en procession en la manière acoustumée pour les vivres et disposition du temps et fust ce au moys de juing, le vendredy et landemain du Sainct-Sacrement » (Versoris, 111). ~ « Audict an 1521, commencement de may jusques à longtemps après, fut quasi à Paris une famine, tellement qu’on ne pouvoit trouver bled ne pain en la ville de Paris pour argent. Et fut le bled si cher, que, pour vray, il vallut de six à sept livres le septier, mesure de Paris. Dont, par la provision de la cour de Parlement, le prévost de Paris, le lieutenant criminel et aultres furent envoyez en Picardie, en la France et en la Beauce et aultres lieux, avec les archers et arbalestriers de la ville de Paris et grand nombre de gens de pied, pour deffendre le bled qu’ils en ameneroient par la rivière de Seyne, après qu’on en auroit acheté » (Bourgeois de Paris, 96). ~ Mai : grande cherté, le setier à 6 livres 10 sous à Chambourcy (E sup. 28, IV). ~ En Normandie. « Et l’année mesme [1521], il fut encores plus grande famine et nécessité de bledz et de pain, par tout le pays de Normandie, tellement que le septier de bled valloit dix livres » (Bourgeois de Paris, 97). ~ En Bretagne : cherté du blé et regain de mortalité dans les paroisses rurales du diocèse de Rennes et une partie de celui de Nantes, en septembre-octobre (Croix, 1981, 255). ~ En Franche-Comté : cherté du blé, sécheresse extraordinaire et disette autour de Montbéliard (Delsalle, 2001, 52 et 57). Vagues de Peste n Peste signalée autour d’Aix, Amiens, Angers, Avallon, Avignon, Bayeux, Bergerac, Béthune, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Chalon-surSaône, Dijon, Gray, Grenoble, Lectoure, Lille, Lyon, Mézières, Nevers, Nîmes, Périgueux, Rouen, Sarlat, Toulouse, Vienne et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 1975, 382). n Peste aussi en Franche-Comté autour de Dole, Baume et Gray (Delsalle, 2001, 52) ; en Lorraine (Cabourdin, 100) ; à Corbeil (A Corbeil, CC 377, d’après Bezard, 212). Insécurité dans les campagnes ” En Multien : « Le onze avril de la même année 1521, il y eut un combat près d’Acy-en-Multien (Oise), entre un détachement des compagnies bourgeoises de Meaux, et une troupe de soldats vagabonds, qui s’étaient retranchés dans le bourg d’Acy. La troupe des soldats eut l’avantage. Les bourgeois de Meaux perdirent 155

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dix-neuf des leurs, qui demeurèrent sur la place : on enterra les dix-neuf bourgeois dans une même fosse » (Carlier, 1764, 547). ” En Cambrésis. Le 25  juillet, les villageois mettent leurs meubles en sécurité derrière les murailles de la ville. « On amena en Cambrai de 5 ou 600 cars de bagages de villages de Cambrésis craignant les gens d’armes » (BM Cambrai, B 986, Chronique de l’abbé Trenchant, d’après Neveux, 127). ” En Agenais. « En icelle année (1521), passa une compagnie de lansquenets que conduisait le seigneur de Guise, lesquels nous donnèrent grand facherie, même à moi qui était mage [et aussi consul], dont j’en devins malade jusqu’à la mort » (Daurée, 99). ” En Pays messin. Les troupes de Charles Quint et de François Ier, traversant le pays messin, perturbent les activités viticoles. « Un tas de mauvais garçons étaient alors, que ne faisaient que aller et venir par le duché de Bar et Lorraine, tant à pied comme à chevaux, et se disaient Français. Par quoi l’on fit commandement aux gens du pays de amener leurs biens, blés, vins et autres vivres à Metz en refuge » (Vigneulles, 4, 161). ” En Picardie. Fin 1521, Raoul Pécour, fourrier du seigneur de Serens, conduit au front une bande de gens de pied. Montant vers le nord, la troupe a beaucoup de difficulté à se ravitailler parce que chacun, par prudence, « mussoit [cachait] ses biens en manière que lesdicts gens de pied ne trouvoient assez vivres ». Ce réflexe de la population amène la bande à casser les fenêtres et à mettre le feu à la porte de la maison abbatiale d’Hardivilliers, où les villageois ont caché leurs volailles, afin de piller le cellier. Les soldats extorquent aussi de l’argent à la population des villages traversés en les rançonnant afin de rendre les objets volés, obligeant les habitants à récupérer leurs biens en échange d’argent. La carte de leur parcours donne une idée de la zone géographique écumée par cette troupe marchant vers le front (AN JJ 236, 273-274, d’après Paresys, 1998). Les droits d’eau en Roussillon Le 19 septembre, le seigneur de Prades (Pyrénées-Orientales) reprend la main sur le réseau d’irrigation. Honoré d’Oms, chambrier du monastère de Sainte-Marie de Grasse, seigneur du « lieu et territoire » de Prades en Conflent, impose un nouveau cadre de gestion de l’eau qui modifie celui de 1305, établi sous les auspices du comte de Roussillon et de Cerdagne. Réagissant contre la construction d’un second canal (le canal de Baix, qui venait doubler, en aval de la Têt, celui de Dalt), il affirme être le seul seigneur direct des canaux et accorde aux membres de l’« université » de Prades, représentée par ses deux consuls, des droits d’eau moyennant un prix d’entrée de 18 ducats d’or et un cens annuel de 12 deniers. Cette restauration de la prérogative seigneuriale ne va pas sans contestation de la part des tenanciers, notamment les meuniers (Ruf, HSR 16, 2001, 18-19).

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1522 Pâques : le 20 avril Ouragans et tremblement de terre ~ En juin, un ouragan ravage les massifs forestiers au nord du Berry, autour de Mennetou-Salon (AD 18, G 49). ~ Le 25 juin, tremblement de terre à Orléans. « Le mercredi xxve jour de juing, qui fu le lendemain de la Sainct-Jehan-Baptiste, la terre trembla visiblement à Orléans, environ l’heure de mynuit, comme disoient plusieurs personnes dignes de foy, comme le prieur de Sainct-Samson et autres religieux dudict lieu et autres » (Driart, 71). ~ Le 12  juillet, dans la soirée, un orage tellement impétueux que plus de 50 clochers furent renversés dans le territoire du Berry, qu’un nombre incroyable de maisons furent détruites et que des forêts entières furent arrachées. Bourges et ses édifices furent épargnés » (Raynal, 1844). Grandes inondations ~ Grandes eaux et déluge en Aquitaine. « Le quart jour de nobvembre l’an susdit [1522] lo sr Alein d’Albret anec de bita a trespas à Castegellos et plagoc quatre jorns et quatre neytz ses sessa que bien petit dont las riberas de Garona, Bayssa, Gellissa, Lossa et autres generalement per tota la Franca vengon si grandas que noy damore pont, molins, maysos, bestials et se pergoc grant nombre de gens et a bita d’ome ne seran bistas ta grosas ni per aussi dize despus lo deluge » (Dudrot de Capdebosc, 12). ~ Samedi avant la Toussaint, inondations du Lot, autour de Cahors ravageant plusieurs villages  : « Grandz pluyes, grande inundation des eaux [qui] enfondra et abisma plusieurs villages et maisons, et de moulins plusieurs. C’estoit l’an tant pronistiqué du Déluge » (Pouget, 18). ~ 6-7  novembre, inondation du Tarn  : « Dieu, par sa grâce et pour nos péchés, envoya si grande inondation des eaux, chose piteuse à voir, que porta grand dommage au peuple. Et sortit la rivière de Tarn de ses limites par la rivière de Garonne tellement que entra bien en avant dans la ville d’Agen […] et au moyen de la grande impétuosité de l’eau, tombèrent beaucoup de maisons le long de la rivière de Garonne […]. Et la rivière de Lot était si impétueuse audit Villeneuve que ne fallait de quatre pans que ne toucha aux arches du pont ; et voyait-on passer par ladite rivière maisons, moulins, bétail et autres choses qu’était pitié à les voir » (Daurée, 101-102). ~ Les eaues grosses de la Seine  : « En ce temps [novembre  1522], les eaues de la rivière de Scenne furent merveilleusement grosses et furent jusques près de la croix du cimetière de céans, abbaye Saint-Victor » (Driart, 74). ~ Crue de la Loire. « En cest an, au moys de nobvembre ; pleut en si grant habondance que l’on estimoit le Déluge […]. La rivière de Loyre creut en si grand inundation qu’elle en émangea grandement se pais, et rompit de plusieurs endroits ses levées, faisant piteuses destructions au païs de vallée, duquel furent auscunes 157

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maisons par la violence des eaues abatues, plusieurs bledz ensemencez perdus et maintes bestes submergées dont les habitans du païs firent longtemps après en grand pouvreté » (Bouchart, 1532, CCLIII°). Suite de la famine ~ « En ce temps la famine commença (Bouchart, 1532, CCLIII°). ~ En juin, procession de Sainte-Geneviève. « Le treiziesme jour dudict moys de may [sic, pour juin], vendredi des Quatre temps de Penthecouste, fut faicte une sollempnelle procession en l’église Nostre-Dame de Paris, où fut portée la chasse madame saincte Geneviefve, avec plusieurs belles relliques acoustumez de porter en pareille procession, tant pour la paix que pour le temps qui estoit fort divers, car en icelluy temps le septier de froment vallut six francs et demy, et n’en pouvoit-on trouver pour son argent, à ce que les pauvres gens disoient vulgairement  : “Mourons-nous de faim et ne trouverons-nous blé pour nostre argent ?” Et croy, sit le temps eust duré en l’estat, que on eust rompu les greniers, et l’eust on eu à force, mais Nostre Seigneur y pourvust » (Driart, 70-71). ~ Juillet 1522 : À Paris « Le xiie jour dudict moys, le septier de blé froment fut vendu sept livres dix sol tournois » (Driart, 72). Violente poussée de peste : la « grant mortalité » de 1522 n Peste signalée autour d’Agen, Amiens, Annonay, Avallon, Bergerac, Bourgen-Bresse, Briey, Cambrai, Carpentras, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Dijon, Grenoble, Lectoure, Lille, Lyon, Nantes, Nevers, Nîmes, Nyons, Orange, Orléans, Paris, Périgueux, Péronne, Reims, Rodez, Rouen, Sarlat, Toulouse et Vierzon (Biraben, 382). n Août-septembre : « une mervileuse et dangereuse peste ». « Le xxiiie dudit moys d’aoust, lors que la ville de Paris estant fort assaillie de peste […]. Durant ce temps, en la ville de Paris, régnoit une mervileuse et dengereuse peste, en façon que l’on disoit que en l’ostel-dieu de ladite ville trespassèrent plus de douze vingt personnes en trois jours […]. À brief parler, ceste année peult estre dicte et appellée “la grant mortalité”, laquelle ne fust pas seullement en la ville de Paris, mais par tout le reaulme de France et mesmement en Normandie et en la ville de Rouen. Dieu le créateur aist pitié de leurs âmes ! » (Versoris, 117-118). n En Gascogne : à Mézin, Condom et Montcrabeau : « Mil cinq cent vingt et deux […]. En ceste temps par la peste estions fouys de Mezin […] et aussi par peste toutz ceulz de Condom s’en estoyt fouys, aussi ceuls de Moncrabeau » (Dudrot de Capdebosc). n Octobre  : « pestilance »  : « En ce temps, et auparavant environ troys moys, fut une grande mortalité quasi universelle, ce qu’il n’avoit esté veu auparavant, de l’âge des vivans » (Driart, 73). De l’Artois à la Champagne : « l’année des grands feux » En août, suivant l’accord conclu par Charles Quint avec Henri  VIII, le comte de Surrey débarque à Calais avec 16 000  hommes et opère sa jonction avec le comte de Büren, « capitaine général » de l’armée impériale. Tous deux mettent 158

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le siège devant Hesdin. Les généraux ne s’entendent pas, les pluies incessantes et la dysenterie poussent à la retraite et les Anglais se replient sur Calais avant de rembarquer pour Londres début novembre. Les campagnes du plat pays sont ravagées afin d’affaiblir les bases urbaines. Lors de l’invasion anglaise de 1522, Louis Greben, marinier de Wissant (Pas-de-Calais) dans le comté de Boulonnais, voit sa maison brûlée. Cette année 1522 est appelée « année des grands feux » du fait des dévastations incendiaires menées dans le comté par les troupes du comte de Surrey (AN, JJ 236, 219r°, août 1523, d’après Paresys, 1998). ” En 1522, des bandes d’Impériaux occupent les alentours de Marville en Lorraine. Les comptes de la prévôté d’Étain (1522-1523) signalent la présence de « Bourguignons » dans la région. Ils réquisitionnent tout dans les villages et commettent toutes sortes de violence, comme la destruction de la forteresse de Boinville. Dans cette période trouble, des Français sillonnent la Woëvre en tous sens. Des villages brûlent dans le secteur de Lissey (Étain de ses origines à nos jours, 32). ” « Monsieur Demongeot dict dans ses Mémoires qu’en l’an 1523, les Bourguignons, courant par le paiis, bruslèrent Coiffy et Montigny-le-Roi » (Macheret, 90). ” « Autour de Paris avoit aucuns pillards et mauvais garnemens contrefaisans adventuriers » (Bouchart, 1532, CCLIII°) –  En avril, les gens de guerre ravagent Chambourcy (E sup. 28, IV). ” En Picardie, excès des « gens d’armes ». « En ce temps, les gens d’armes, tant de pied que de cheval, faisoient des maulx inestimables, tant ès païs de Picardie, où estoit la guerre, que aux autres pays de France où se adressoient les chemyns, tant de ladicte Picardie que de delà les mons, en violant vierges, efforçant bonnes femmes, et avec plusieurs grosses violences qui seroit long à réciter » (Driart, 71).

1523 Pâques : le 5 avril Tempêtes et grêles Année très pluvieuse en Franche-Comté (Delsalle, 2001, 57). Vendanges précoces à Dijon, le 26 août (Le Roy Ladurie, 2004, 163). ~ 1er  avril  : Tempête de grêle autour de Paris. « Le premier jour dudict moys d’apvril, qui fut mercredi avant Pasques, environ l’heure d’une heure après midi, il fist ung merveilleux oraige et cheut de la gresle à grande multitude, qui estoit grosse comme petites noix, laquelle ne fit pas grand dommaige, pour cause que les vignes ne estoient encore guères avanceez » (Driart, 75). ~ 5 novembre : tempête en Quercy. « L’an mil sinq cens vingt et trois et le quint jour de novembre, qu’estoit jeudi, […] envyron une heure après midy se leva sy grosse brugeur et tonnere que dura envyron demye heure sans point cesser, mais brugit incessement jusques que fist grand aure [orage], pluye et gresle, et le bruit estoit espouvantable plus que paravant homme n’avait veu, et rompit grand nombre d’arbres par tout » (Pouget, 18). 159

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Un coup froid général : la gelée de la Saint-Martin (11 novembre) ~ En Agenais  : « en icelle année les blés furent gelés environ la Saint-Martin d’hiver, dont s’ensuit famine » (Daurée, 103). ~ En Normandie  : « L’an  1523 les bleds furent gelez le jour de la Saint-Martin d’hiver » (Sauvage, 523). « Cedit an 1523, la veille Saint-Martin d’iver, la nuyct, fut une grefve gellée dont tous les blés furent périlz et perdus, et fus ceste gellée la nuyct et le jour Saint-Martin, jour de novembre » (Héron, Deux chroniques de Rouen, 126). ~ En Vexin : « Le froid commença à la Saint-Martin et dura fort longtemps. Les blés furent perdus par suite des fortes gelées  : on n’en recueillit pas une gerbe dans tout le Vexin » (Nicetas Periaux, Histoire de Rouen, 1874, 255). ~ Autour de Paris : « Au dict an 1523, fut une grande et mauvaise gelée à Paris et à l’environ et partout ailleurs ; et commença le lendemain de la feste SainctMartin d’yver, et dura par six jours seullement, et fut si mauvaise que toutes les herbes estans dedans terre et mesmement aussi les bledz gelèrent. Dont, à cause de la dicte gelée, tous les jardins et maretz de Paris et les environs furent perdus et gastez, et les dictz bleds aussi ; tellement qu’il convint de nouveau ressemer les dicts bledz. Ce néantmoins ilz ne prouffitèrent guères, dont il y eust gros dommage ès dictz bledz et grande charté ; tellement que dès le commencement d’avril ensuivant, après Pasques, le bled renchérit de beaucoup ; et combien que auparavant la dicte gelée il ne valoit que xxi sols le septier, au dict an jusques à quatre livres dix solz le septier. « Et est assçavoir que, depuis la Sainct-Martin jusques à Pasques, ne fut trouvé aucunes herbes en terre, tant de choulx, espinars, poyrée, poyreaulx, lectues, ozeille, percil et autres herbes, que tout ne fut gelé ; et estoit bruict que jamais ne fut veue telle gellée, et en si peu de temps ; et aussi les vignes, verjus et arbres furent gastez, car en ceste année il n’y eust comme point de fruicts ès-dictz arbres, et aussi plusieurs arbres moururent » (Bourgeois de Paris, 186-187). ~ Autour de Metz  : année de « terrible condition et nature ». Au cours de l’automne, temps « beau et chaud plus de cinq semaines durant devant la vendange ». En revanche, rude et précoce hiver à partir de la Saint-Martin (11  novembre)  : « Mais, alors, se muait en si grand froidure de gelée et ci après très âpre, environ xv jours durant, que toutes rivières furent prises, d’une grosse épaisseur. Et fit cette gelée moult de dommages, tant en vigne comme autrement » (Vigneulles, IV, 487-491). À l’issue d’un second épisode de gel, autour de Noël, les productions potagères sont anéanties  : « Furent gâtées toutes les masures, c’est à savoir blanche joutte et vert (choux), choux naviaux, et tout autre masuage, et furent touts cuites en terre comme les vignes » (Vigneulles, IV, 487-491). ~ Grands froids en Berry, lors de l’hiver 1523-1524, entraînant une disette alors que des brigands ravagent la province (Raynal, 294). Retours de peste n Peste signalée autour d’Abbeville, Aix, Avallon, Bergerac, Bordeaux, Bourgen-Bresse, Cambrai, Carpentras, Chambéry, Dijon, Grenoble, Lectoure, Lille, 160

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Montreuil-sur-Mer, Nantes, Nyons, Orange, Paris, Périgueux, Rouen, Senlis, Toulouse, Trévoux et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 382). n Peste à Brive (Cassan éd. 1996, 22). – Peste et famine dans les campagnes autour de Cahors (Sol, 89). L’invasion des « mauvais garçons » ” De la Brie au Velay : insécurité générale. « Et [le connétable de Bourbon] s’en partit de Paris le vendredy, vingt septiesme de mars ensuivant, par le congé du roy, pour s’en aller en la Brye et vers Provins ; et y mena avec luy tous les archers et arbalestriers de Paris pour prendre six ou huict cens mauvais garçons advantuyriers qui faisoient beaucoup de maulx au plat pays de là environ ; desquels en furent penduz en grand nombre, mesme aucuns de leurs cappitaines. De là il s’en retourna en son païs de Bourbonnoys » (Bourgeois de Paris sous François Ier, 152). « Item, ledit an, par tout le pays de Velay et ailleurs parmy le royaulme de France, alloient par toutes et diverses bendes, un tas de gendarmes ou plustost larrons, qui faisoient de moult grandes destructions, pilleries, batteries, rensonnements et meurtres, assaulx et prinses de villes et chasteaux, sans ce que nul y peut mectre ordre » (Médicis, 295). ” « Au dict an, en juillet, s’esleva au pays de Poictou et d’Anjou plus de quinze  cens  advanturiers, maulvais garçons, qui pilloient et prenoient filles et femmes à force, et gastoient tout le païs. Dont les nobles et la commune se mirent sus contre eux ; mais des dictz advanturiers il n’en furent guères tué, et en fut tué de la commune de six à sept cens personnes ; et estoient beaucoup d’escoliers parmy la commune qui furent tuez ; et le roy y envoya pour les deffaire et tuer » (Bourgeois de Paris, 166). « Ceste bande et leur capitaine Commarque laissèrent le païs de Poictou, et tirèrent en Anjou à grand diligence. Mais ceulx d’Angiers les reccullèrent, et suyvirent avec ceulx de Saulmur et aultre grand nombre de commun populaire, jusques à la quantité de cinq ou six mil personnes. Et eulx estant, près MonstreuilBellay, assaillirent ces adventuriers. Lesquels, en ordre de bataille donnèrent sur ceste commune, dont ils occirent jusques à la quantité de cinq ou six cens […]. Pour en délivrer le pais, où plusieurs grands maulx faisoyent, le roy les envoya, soubs la conduicte du capitaine Commarque, en Escosse, pour donner secours aux Escossois contre les Angloys […] (Bouchet, f° CLXVI). Un chef de bande diabolique : le capitaine Maclou ou roi Guillot

” « Ondict an, et dès le mois de juillet […] ung gentilhomme de Bourbonnoys,

qu’on appelloit le cappitaine Monclou, assembla grand quantite de gens de pié et jusques à six ou sept mil hommes, qui feirent de grand pilleries en Bourbonnoys et Berry, et vindrent jusques en Poictou. C’estoyent gens habandonnés à tout mal et vice, et couroient sus, entre aultres gens, à prebstres et gens de justice. Toutes les fourches patibulaires et potences qu’ils trouvoient par les chemins estoient par eulx abattues. Et n’y avoist aucun prevost des mareschaulx qui ousast se trouver devant eulx, à la raison de ce qu’eulx estants à Montmorillon en Poictou, comme un gentilhomme, nommé de Chasteau-Rocher, capitaine de 161

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Montmorillon et prévost des mareschaulx ondit païs, leur voulust doulcement remonstrer que le roy n’estoit contant de ce qu’ils faisoient, le prindrent, despouillèrent tout nud, luy coppèrent le nez et le membre viril, et luy baillèrent plus de cent coups après sa mort. Les gentilshommes dudict païs et les citoyens de Poictiers assemblèrent grand compaignée de gens et suyvirent ceste diabolique bande, et leur cappitaine Monclou, qui se rendit à eulx, et fut sa compagnie rompue. Il fust mené prisonnier à Poictiers, et depuis fust ledict Monclou mené à Paris avec son fourrier, lesquels y furent dezscapités, dvant la Maison de la Ville de Paris, on mois de aoust an mil cinq cents vingt-trois, et auparavant ledict Monclou eut les deux mains coupées et luy mort, fust mis à cartiers » (Bouchet, f° CLXV). ” « 1523, le mercredy xxixe jour de juillet, furent décapitez en Grève, à Paris, un gentilhomme d’Auvergne, nommé Guillaume de Montelon […]. Et la cause de leur mort estoit parce que ledict gentilhomme estoit cappitaine de cinq cens hommes de pied, lesquelz allèrent au païs d’Auvergne, de Bourbonnois, de Lymousin et de Poictou, avec aultre nombre de  maulvais garçons, qui estoient environ deux ou troys mille, qui faisoient des maulx infiniz ès-dictz païs, et rançonnoient les gens, tant du plat païs que des villes, et mesmement à Poictiers et ailleurs, et avoient avec eulx artillerie. Et fut intitulé le Roy Guillot, et avoit trésoriers généraulx, admiral et autres qui se contrefesoient et donnoient telz noms ; et luy on l’appelloit le roy, et son dict serviteur luy servoit de fourrier. En effet ilz firent au païs des maulx sans rémission, en pillant et rançonnant un chacun, et battoient, navroient et tuoient plusieurs, et mesmement un lieutenant des prévosts des maréchaulx qui estoit ès environs, qui les voulut aller prendre ; il fut prins et le firent mourir par martire. « Mais le roy y envoya monsieur de l’Escul et aultres, avec quelque nombre de gens de guerre, pour le prendre ; et finalement furent eulx deux envoyez quérir à seureté, et incontinent eulz venuz, ilz furent prins et saisiz ; le reste fut deffaict et la plus grande partie tuez et les aultres penduz à Paris ; et iceulx deux amenez à Paris par le prévost de l’hostel du roy, pour d’iceulx faire le procez ; ce qui faict en la manière que dessus » (Bourgeois de Paris, 168). ” « Le mercredy xxixe jour dudit moys [juillet], à Paris, fust exécuté ung vulgairement dict et appellé le capitaine Mauclou, lequel pour sa peine fust mené au Palays à la pierre de marbre, où illec eust la main dextre couppée, de là mené en Greve devant l’ostel de la ville, mist sur ung eschafault, luy fust la teste tranchée et son corps mis en quattre parties, fust chacune d’icelles attachés aux quattres portes principales de ladite ville en diverses potences. Au regard de son fourrier, eust seullement la teste tranchée, puys attaché et pendu à une potence à la porte Sainct-Anthoine, près d’un des quartiers du corps de son maistre. « La cause de tant greve punition fust parce que ledit capitaine Mauclou, sans charge ne mandement, avoit fait grosse assamblée de gens de guerre piétons, lequel avec ladite assemblée avoient mengé, bastu et faictz des oultraiges inumérables aux pouvres gens des champs et vilaiges, plus avoit viollé et baillé ayde et confort à violler plusieurs femmes et filles de bien et d’honneur, plus estoit bruyt non seullement en la ville de Paris, mais partout alieurs qu’il avoit usurpé le nom du Roy et que jà avoit créé son chancellier et ses gens de conseil et qu’il se ventoit 162

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par l’aide de sa bende qui estoit jà de huyt à neuf milles hommes, toutes bandes de mauvais garnemens, avec aultres en grant nombre qui devoient venir à luy, de jecter et chasser le Roy de France de son reaulme avec ses adherens, touteffoys ce ne fust verifié contre luy et aussy sy la chose eust esté contre luy prouvée, il eust eu aultre trop plus griefve peine » (Versoris, 126). Les campagnes du Nord sur le qui-vive 15 000 soldats de l’armée anglaise du duc de Suffolk et 6 000 Flamands de Büren ravagent les campagnes de Picardie autour de Roye et Montdidier avant un rembarquement à Calais début novembre. L’ordonnance de septembre 1523 s’efforce d’y remédier. Une dizaine d’hommes de guerre en garnison au château d’Hendecourt, « proche et contigu le pays d’Artois », reviennent d’un dîner pris au village de Roisel, un dimanche de juillet 1523. ” « En cheminant, eux étants environ un jet de pierre [du village], ouïrent le son de la cloche durant l’alarme selon qu’il est accoutumé sonner au pays. Par quoi, pensant que les ennemis fussent prochains d’icelui village de Roisel, y retournèrent pour le secourir, defendre et resister ausdits ennemys à leur povoir ». Mais en y retournant, ils tombent sur une vingtaine de villageois armés, dont le curé brandissant son arbalète, qui foncent sur eux, les prenant pour des ennemis. Dans la bagarre qui s’ensuit, un soldat tue un villageois à coups de pique (AN, JJ 236, 280r°, octobre 1523, d’après Paresys, 1998). Dans les campagnes picardes la population tente de son côté de négocier au mieux le passage des troupes. Pinot Boyart, homme de labour ayant « autresfoys suyvy la guerre » a de bonnes raisons d’avoir quelques craintes pour les membres de sa famille qui doivent loger des soldats, une nuit de novembre 1523. Il se rend donc rapidement chez son beau-frère « veoir s’il congnoistroit aucuns desdicts gens d’armes pour les prier qu’ilz traictassent doulcement […] son beau-frère ». Comme certains d’entre eux ont été ses compagnons de garnison autrefois à Thérouanne, ils lui promettent « qu’ilz ne feroient aucun dommage audict Thenenon leur hoste, mais luy payeroient tous leurs despens pour l’amour de luy » (AN, JJ 236, 289r°, novembre 1523, d’après Paresys, 1998). 25  septembre  : Lettres patentes de François  Ier données à Lyon « contre les aventuriers qui désolent le bonhomme ». ” Octobre-novembre, Paris menacé. La peur des « mauvais garçons » et la double menace de l’invasion des Anglais et des Hennuyers conduisent la capitale à renforcer ses fortifications. « En ce présent moys, environ huit ou dix jours avant la fin et jusques à la fin, il courut grand bruyt à Paris et grosse esmutte, et aux villes et villaiges circonvoisins, pour ce que on disoit que les Angloys et Henoiers estoient venus jusques à Compieigne et Bieuamont [Beaumont-sur-Oise], et qu’ils brusloient partout où ils passoient, et ce souffroit-on chacun qui avoit du bien comment on le pourroit saulver […]. « Aussy, durant icelluy temps, on avoit grosse peur audict Paris que le menu peuple, qu’ils n’avoit que perdre avec les mauvais guarsons, pillassent les bonnes maisons, car le bruyt en estoit qu’ils estoient bien déliberez de faire bonne chère à la venue desdicts Anglois et Henoyers. […] 163

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« Le 4e  dudict moys de novembre, furent envoyer querir […] grosse quantité de gens maneuvriers, tant en ladicte ville de Paris que ès villages circonvoisins, pour faire des fossez hors ladicte ville, oultre les voirie d’icelle, pour la tuition et deffence d’icelle, lesquelz furent commancés vers la porte Saint-Honoré, et gaignoient lesdicts maneuvriers chascun jour trois solz tournois » (Driart, 81).

1524 Pâques : le 27 mars Grand hiver et gel des blés ~ Crise frumentaire en Cambrésis. Récolte catastrophique de froment pour la dîmerie de Saint-Géry à Cagnoncles (Nord) : les fermages chutent de 82 % ! L’hiver 1523-1524 connaît quatre et six jours de si fortes gelées « que nul blé ne crut cette année [1524]. Il fut faute de blé par tous les pays si n’eût été les blés que m’on sema en mars, il n’y eut point d’espérance sinon que tout le monde fut mort de faim » (Neveux, 107 et 123). ~ Autour de Paris  : « Semences secondes des bledz. « Item, durant ledict moys, plusieurs laboureurs resemencèrent des blés pour ce qu’ils avoient esté quasi tout gelez de la première gelée qui vint le lendemain Saint-Martin […] que d’une autre qui vint depuis, et disoit-on que la seconde avoit faict autrement de dommaige ou plus que la première. Il n’estoit mémoire d’avoir vu, ne ouyr dire, ne avoir trouvé par escript telle perdicion de grains semez en terre comme il a esté ceste année, car en tout le royaulme la fortune fut [sic] qui espouventoit fort le peuple ; mais y avoit quelques confort à cause qu’il estoit grosse habundance de grains des deux années précédentes, et que on n’en menoit point hors le royaulme au moyen des grosses guerres qui, pour ceste heure, estoient au royaulme, et aussy que on esperoit faire beaucoup d’orges le mars advenir » (Driart, 85). ~ En Pays messin. Gel des blés en terre  : on se rabat sur l’orge. La récolte des céréales est perdue à la suite de séquences successives de gelées, courtes mais intenses, en novembre et aux environs du Noël précédent  : « Environ la fin du mois de mars, et à l’accommencement d’avril, l’on vit et s’aperçut-on que, à l’occasion de la grande et extrême gelée qu’il avoit eu fait à l’accommencement de l’hiver passé, les semences des blés avaient été gelées et perdues en terre. Car la terre était demeurée toute vide ; ne de cent journaux n’en y avait point un bon. » Dès la découverte de la catastrophe agricole, au début du printemps, le prix de l’orge est multiplié par trois « pour ce que chacun en voulait avoir pour enhainer derechef leur terre » (Vigneulles, IV, 501). Grande sécheresse, vendanges précoces ~ Grande sécheresse à la mi-mai : « les biens de la terre périssaient de sécheresse ». On fit processionner la châsse de sainte Geneviève le 24  mai (Le Roy Ladurie, 2004, 163). ~ En Comté, autour de Besançon « sécheresse extraordinaire qui nuit aux récoltes, cherté du blé » (Delsalle, 2001, 57). 164

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~ Vendanges pourries autour de Paris. « Au commencement de ce présent moys

[septembre], vint une eaue, laquelle pourrist universellement les vignes du vignoble près Paris et ès environs » (Driart, 98). ~ Vendanges précoces en altitude, à Salins (Jura) le 25  septembre. En Île-deFrance, le 13 septembre (Le Roy Ladurie, 2004, 163). Vagues de peste n Peste signalée autour d’Avallon, Avignon, Bergerac, Béthune, Bordeaux, Bourg-enBresse, Cambrai, Dijon, Grenoble, La Réole, Mâcon, Marseille, Nevers, Périgueux, Toulouse, Troyes (Biraben, 382). n Peste à Brive (Cassan éd. 1996, 22). n Peste au Puy et « s’en fussent fuits beaucop de gens, se n’eust esté la peur des gensdarmes qui couroient » (Médicis, 296). n Peste dans le comté de Nice. Les populations implorent plusieurs saints pour la délivrance de la peste, et leur élevèrent des chapelles votives dont la communauté reconnaissante assure les frais. Celles-ci sont le plus souvent consacrées à saint Sébastien et à saint Roch, saints antipesteux éprouvés (Rossi, 2010). n Septembre, à Orcival (Puy-de-Dôme). « Au mois de septembre la peste se mit à trois ou quatre maisons dudit Orcival. Pour éviter auquel danger, la plus grande partie des habitants se absentèrent dudit lieu » (AN, JJ 236, 440, Charbonnier, 511). Provence et Picardie en état d’alerte ” Le 4 juillet, invasion de la Provence par les troupes impériales (15 000 hommes et 600 lances) commandées par le connétable de Bourbon. Après 40 jours de ravages en Provence, Bourbon lève le siège de Marseille et se retire sur Gênes. ” En février, les habitants de Seboncourt (Aisne) organisent des tours de guet et fortifient l’église « à cause que ledit lieu est limitrophe et ès dangers de nos ennemis ». Dans ce village du Vermandois, un maçon est engagé pour percer des canonnières dans l’église « pour eux défendre et sauver contre nosdits ennemis » (AN, JJ 236, 624r°, septembre 1524, d’après Paresys, 1998). ” En juillet, un jeune homme de Regny (Aisne), près de Saint-Quentin, explique la nécessité du guet : « Contenant que ledit Regny est en pays limitrophe entre les pays de Hainaut et d’Artois, et que au moyen de la guerre qui est entre nous et l’élu empereur, comte dudit Hainaut, les villes et villages dudit pays de Picardie, pour la tuition et défense de leurs personnes, femmes, enfants et biens, sont par chacun jour à faire le guet » (AN, JJ 236, 551v°, juillet 1524, d’après Paresys, 1998). ” Fin août, les troupes anglo-impériales causent des « alarmes » autour de Montreuil (AN, JJ 236, 674v°, novembre 1524, d’après Paresys, 1998). La monarchie est incapable de payer régulièrement et de ravitailler correctement les troupes qui se rétribuent elles-mêmes en dévastant le pays. En septembre 1524, le mayeur d’Amiens reçoit une lettre de créance du duc de Vendôme, disant que, « par faulte de payer les gens de guerre ordonnez [à] tenir garnison ès villes de Therouenne, Hesdin et Doullens, iceulx gens de guerre s’estoient partis de leursdictes garnisons et eulx mis aux champs, où ilz faisoient infinis maulz et sy estoit le bruy tel que les ennemys se preparoient pour eulx venir gecter dedens l’une 165

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desdictes villes ». Or le roi ne peut pas les payer « à cause de ses affaires présentes en Provence », envahie par le connétable de Bourbon. Les Amiénois consentent alors à accorder 4 000 livres pour payer les troupes du roi qui ravagent leur plat pays (Paresys, 1998). ” La veille de Noël, jour de marché, un groupe de villageois du Vermandois se rend au village de Rozoy y acheter « les uns des piques, les autres des épées et hacquebutes », « ensuivant certain cri faict […] de par le seigneur dudit lieu que chacun fût garni de bâtons defensables pour résister à l’encontre de la force de nos ennemis qui, par chacun jour, faisaient plusieurs courses par le pays » (AN, JJ 238, 190r°, octobre 1525, d’après Paresys, 1998). Juin : l’Île-de-France en proie aux « mauvais garçons » « En ce temps icy, y eust grosse commocion de gens de villaiges à l’encontre des gens d’armes, lesquelz leurs faisoient de grosses oppressions, tant par violacions de leurs femmes et filles que en les pillant, mutillant et robant. Entre les autres, à ung gros villaige, nommé Villeneufve-Sainct-Georges [Val-de-Marne], y eust grosse esmeute et meurtres de costé et d’autre, et y furent au secours aulcuns des villaiges voisins, espérant que, en pareil cas, lesdicts de Sainct-Georges leurs bailleront secours ; qui estoit grosse pitié, et ne remedioit le Roy ausdictes oppressions » (Driart, 94).

1525 Pâques : le 16 avril Belles moissons autour de Paris « En ce moys aussi [juillet], trois sepmaynes durant, fist grosse chaleur, et avoit faict aussy bien trois sepmaines auparavant, et fut l’esté moult chault, et les vignes, lesquelles estoient de moult belle monstre, decheruent de bien la moictié, et fist le plus bel aoust que on eust sceu estimer, et cuillismes, ès terres de ceans, grosse quantité de blé froment selon la quantité des terres » (Driart, 108). Relents de peste Peste attestée autour de Bergerac, Béthune, Dijon, Grenoble, La Réole, Nevers, Périgueux, Toulouse, Vierzon et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 1975, 383). n Mais aussi en Lorraine (Cabourdin, 100) et en Franche-Comté, autour de Besançon et de Salins en août (Delsalle, 2001, 52). n

« La Beste saulvaige qui dévoroit les enfens » « En ce temps [juin 1525] y avoit, comme on disoit, en la forest de Montmorency, près la chapelle du Boys-Sainct-Père [à Bouffémont, Val-d’Oise], une beste que on disoit estre une louve cerve, qui mangeoit les petis enfans autour de ladicte forest, et de faict en avoit mangiée quasi ung entier, le jour du Sainct-Sacrement » (Driart, 106). 166

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Le Ponthieu à feu et à sang La Picardie est une terre riche et fertile qui ne manque pas d’attirer les pillards ennemis. Les Anglais réussissent même à franchir la Somme, à dévaster le Ponthieu et le riche Santerre. En 1525, un villageois de Curlu (Somme), sur la rive droite de la Somme, dénonce les ravages causés par les ennemis sur le front picard aux environs de Péronne. « Estoit la guerre ouverte et les ennemys continuellement, de jour et nuict, couroient sus, couroient, tuoient, pilloyent et mectoyent le feu partout et emmenoyent les biens, bestail et tout ce que povoient trouver, prendre, emmener et emporter, et efforcoyent [violaient] femmes, filles, tant audict villaiges de Cueurlu que autres lieux et villaiges de nostre pays de Picardye et mesmes dedens les faulxbourgs et jusques aux portes de nostre ville de Péronne, en sorte que tous ou la plus grant partye des nos subjectz, villes et villaiges de nostredicts pays de Picardye, qui estoyent assez riches et oppulans, en sont et seront à jamais detruictz et mys à povreté » (AN, JJ 242, 195v°, juillet  1529, d’après Paresys, 1998). Une plaie incurable : les gendarmes démobilisés ” 1525. Des bandes de soldats désœuvrés ravagent les campagnes autour de Paris après Pavie comme « aventuriers, pillards, opprimeurs et mangeurs de notre pauvre peuple ». La régente prend une ordonnance contre ces bandes (Paresys, 251). ” Février  : « En ce temps aussy, les gens d’armes faisoient tout plain de maulx aux bonnes gens de villaiges, lesquelz ne se osoient rebeller » (Driart, 102). ” Juin  : « En ce temps, les gens d’armes coururent sur les champs et faisoient plusieurs maulx et pilleries et abominacions, et ce efforçoient de entrer ès villes, et principalement aulcuns Lombars et Italiens piétons et, comme on disoit, avoit entré entre les autres en une ville en Nyvernoys, nomméee Desire [Decize], où occirent plus de troys cens personnes et pillèrent a ville et amenèrent aulcunes des religieuses qui y estoient » (Driart, 106-107). ” Juin : le comte de Brenne, lieutenant du gouverneur de Paris, mène une expédition contre une bande de mercenaires italiens, de déserteurs et de brigands français qui écument la campagne autour de Versailles, Saint-Cyr et Guyancourt. On saisit deux coffres remplis d’objets volés, notamment « nombre de ceintures d’argent pour femmes, quinze aunes de toile de lin ». Un commissaire présidait au partage de l’argent et des objets volés, un secrétaire, un mercier servait d’espion, un vivandier assurait les approvisionnements. Trois larrons sont pendus (Bezard, 261). ” En Cambrésis, l’hôpital Saint-Julien établit deux taux de redevances dans les dîmerie de Sainte-Olle et de Sailly pour ses fermages en blé et en avoine selon qu’on sera en temps de paix ou en temps de guerre. La mesure est reconduite en 1537 et 1557 (Neveux, 127). « La Guerre des Rustauds » en Alsace ” En avril-mai, éclate le soulèvement des paysans d’Alsace. C’est la version occidentale de la « guerre des Paysans », ensemble d’insurrections qui déferle sur l’Allemagne du Sud en 1524 et 1525 (Bauernkrieg), qui associe réforme religieuse et révolution sociale dans l’espoir d’établir une société paysanne plus égalitaire en 167

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retournant à la vie évangélique. Chez les vignerons alsaciens, lourdement endettés par des créanciers catholiques, le mouvement connaît un succès régional, qui s’inscrit dans une tradition de révolte millénariste depuis 1493  : le Bundschuch (Bischoff, 125-227). ” Le 2 avril, de premiers troubles surviennent près d’Obernai. Un an après l’insurrection des paysans de la Forêt-Noire et de Souabe sous la direction de Thomas Münzer, les « Rustauds » alsaciens reprennent les « Douze articles » qui avaient déjà servi  : • i –  Élection du pasteur par les fidèles et prédication de l’Évangile dans toute sa pureté • ii  – Maintien de la dîme telle qu’elle est fondée dans la Bible pour rémunérer les pasteurs mais réduction des petites dîmes • iii – Abolition du servage • iv  – Liberté de chasse et de pêche • v –  Retour des bois usurpés par les seigneurs aux communautés rurales • vi  – Allégement des corvées • vii – Suppression des charges nouvelles • viii – Établissement de fermages plus justes • ix  – Réforme de la police et de la justice • x –  Récupération des communaux usurpés • xi – Abolition de la mainmorte et doit à l’héritage. • xii – Conformité de tout article à la parole de Dieu. ” L’insurrection est générale mais brève. En quelques jours, elle s’étend du Sundgau à l’Outre-Forêt. Le dimanche de Pâques 16 avril 1525, la bande d’Altorf, à côté de Molsheim, forte de 20  000  hommes peut-être, constitue l’épicentre du soulèvement. L’insurrection se diffuse durant le semaine Sainte à toute la province d’Alsace et sur les marches lorraines. Le succès initial du mouvement est presque total  : seules les villes de Strasbourg, Haguenau et Wissembourg échappent aux bandes paysannes. Dépassés, les seigneurs sont impuissants à endiguer le mouvement, notamment dans le bailliage d’Allemagne, où la troupe du bailli doit se replier tandis que le capitaine de Sarreguemines est fait prisonnier. À compter du 22 avril, la coordination des bandes assure une unification au mouvement. ” Certaines bandes, comme celle des paysans de l’Ortenau, se dispersent contre une amnistie et la conclusion d’un accord, le 25  mai, à Rechen, par lequel ils obtiennent des concessions inspirées des xii articles. L’expérience de cette « république paysanne » et des négociations ouvertes est toutefois éphémère. Le duc Antoine de Lorraine, auquel se rallient la plupart des seigneurs de Basse-Alsace, décide dès le 4  mai une expédition pour réduire les insurgés à l’obéissance. L’atmosphère de croisade contre les « luthériens » galvanise les Lorrains. ” Le 14 mai, le duc opère un mouvement avec une armée de 10 400 hommes et écrase militairement les bandes paysannes à Lupstein le 16 mai, à Saverne le 17 puis à Scherwiller le 20. ” La dernière troupe est anéantie en novembre près de Belfort. La répression est terrible. On estime le nombre des morts autour de 20  000 en Basse-Alsace, localement jusqu’à 10 % de la population. Pour les paysans alsaciens, la Réforme protestante n’a été qu’un moteur pour relancer l’espoir d’une révolution sociale (Bishoff, 125 et 344). ” En Franche-Comté, une partie du bailliage d’Amont est ravagée en mai 1525. Les campagnes sont pillées autour de Lure, Villersexel, Vesoul, Faucogney. En juillet, à la bataille de Villersexel, la progression des paysans luthériens est arrêtée (Delsalle, 2001, 32 et 218-219). 168

1525

” Le retour à l’ordre. En dehors de la répression, le retour à l’ordre s’effectue

par la rémission et la renonciation à toute vengeance des paysans repentis. Le 11 novembre, Eucharius Weber de Weyersheim (Bas-Rhin), l’un des révoltés, jure l’Urfehde. « Moi, Eucharius Weber, de Weyersheim à la tour, reconnais publiquement et fais savoir à tous que jadis, lorsque j’étais, non pas dans la lumière des successeurs du juste évangile mais des falsificateurs, j’ai pris part de ma propre initiative, par méchanceté, sans contrainte et de manière irréféchie à l’assemblée des paysans révoltés ; que j’ai juré de m’associer à leur mauvaise entreprise et de détruire les princes, seigneurs et autorités, d’aider à abolir les dîmes, cens et servitudes [Dientsbarkeit], mais aussi, en particulier, de remettre en question l’obéissance des roturiers ; que j’ai aidé à reprendre par la force Geudertheim [commune voisine] où le maire de Weyersheim était détenu prisonnier […] (AD 67, 1G714e, d’après Gérardin, HSR, 46, 2016, 93-94). En dehors de la guerre : violence ordinaire en Artois Robert Malone, laboureur à Baillon-lès-Valhuon (Pas-de-Calais), et ses deux fils repoussent, le 7 juillet, l’intrusion de bergers du voisinage : « gardant leurs blanches bêtes sur le terroir de Baillon, ce qu’ils ne pouvaient faire par les usages notoirement gardés ès villages du comte de Saint-Pol, où le village de Baillon est situé et assis ». Un combat acharné s’ensuit. L’un des intrus, Jennet, dit le Noiseulx, est blessé à mort ainsi que l’un des fils Malone : pour défendre le pâturage communal (Muchembled, 55). Les bordagers du Haut-Maine Dans le Haut-Maine, la restauration agraire s’achève. L’abbaye de Saint-Vincent du Mans passe, en 1525, ses dernières « baillées à toujours mais et parfaite emphytéose » aux derniers petits exploitants, qui prennent des bordages (les « bordagers »). Ces modiations à perpétuité se substituent aux anciens accensements. Pierre Gaultier et sa femme Jeanne obtiennent ce type de contrat pour le bordage du Petit-Monlay à Saint-Georges-de-Dangeul (Sarthe), avec 8 journaux de terre (3,5  ha) contre une rente annuelle de 20 sols, 20 boisseaux de froment, mesure de Saônois, et 6 deniers de cens. La même année, Saint-Vincent amodie à perpétuité à Jousser Beaufrère le bordage des Voisins, à Nouans, avec 10,5 journaux de terre (4,5 ha) moyennant, chaque année, 9 livres de rente, 2 chapons et 2 deniers de cens. Encore en 1525, Jean Richard entre, à Nouans, dans le bordage de la Turelière, d’environ 6,5 ha dont un pré de 5 hommées (1,65 ha), 3 quartiers de vigne et un petit taillis contre une rente annuelle de 13 livres et 6 deniers de cens (AD 72, H 129, d’après Gautier, HSR 382012, 55).

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Pâques : le 1eravril

7  guerre d’Italie (mai 1526-août 1529)

Traces de peste n Peste attestée autour d’Avignon, Bergerac, Briey, Châlons-sur-Marne, Dijon, Grenoble, La Réole, Nevers, Sainte-Menehould, Strasbourg (Biraben, 1975, 383). n Mais aussi en Franche-Comté autour de Besançon et de Salins (Delsalle, 2001, 52) – et, en octobre, autour de Brive (Cassan, 1996, 11). Brigandage en Île-de-France ” « Audict an  1526, en janvier et février, courroient en plusieurs villes et plat païs plusieurs garçons qui se disoient avanturiers, et y avoit des gens de cheval parmy qui alloient et desroboient partout, efforçoient filles et femmes, tueoient et faisoient des maulx sans nombre, pilloient les aucuns des faulxbourgs de la ville de Chartres et environ : aussi à Melun, à Provins et en Brie, et en plusieurs autres lieux, et estoient en gros nombre, comme environ de six à sept mil hommes, tant de cheval que de pied, et faisoient mauls infinies, et disoient estre d’ordonnance et au roy, et qu’ilz n’estoient point payez, et n’y sçavoit-on mettre remède, au moien du gros nombre qui y estoit » (Bourgeois de Paris sous François Ier, 275-276). ” Pillage des gens d’armes. « En ce temps [janvier], c’estoit pitié d’estre sur les champs, pour les gens d’armes qui y estoient, lesquelz faisoient plusieurs obprobres aux subjectz, et singulièrement des églises, et y eust, vers Chartres, ung prévost des mareschaulx lesquel avec ses gens fut occis piteusement » (Driart, 114). Un joueur de rebequet en Artois Le 11  juin, à Monchy-Breton (Pas-de-Calais), une douzaine de jeunes hommes sortent du cabaret. Parmi eux, un joueur de rebequet (instrument à cordes) auquel on demande de jouer sous les fenêtres d’une fille du lieu (Muchembled, 305).

1527 Pâques : le 21 avril Année pourrie : inondations, grêles, crues de la Seine et de la Loire ~ Du 10 au 30 janvier : « très grand froid, forte neige, gel, givre » à Brive. L’année ensuite « grand estirillité de vins et aussi de blés, point de vins pas de fruytages sinon de chastaines » (Cassan, 1996, 15). ~ En Quercy : les blés envahis d’herbes : « L’an mil sinq cens vingt et sept […] ne fist poinct d’hyver, froictz, neiges ni autre malice, mais février fist fort beau temps, et le commencement de mars ; et puys vindrent tant de pluyes que durèrent incessement envyron six sepmaynes ou plus, de quoy les bletz feurent gastés des 170

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harbes et feust plus de couyouls noyrs [folle avoine] que de bled par les ryvières [plaines]. Le froid vint à la fin et gela les fruitz et les vignes tellement qu’en vandanges, le vin se vandoit seitze denier la cart » (Pouget, 19). ~ Autour de Paris  : grêle, pluies abondantes et crue de la Seine en mai  : « Le mercredi après Quasimodo, premier jour de ce présent moys [mai], il gresla cy très fort, vers une heure après-midy, et, n’eust esté qu’il pleuvoit avecques, elle eust faict plus gros dommaige qu’elle ne feist ; et le jeudy, vendredi et samedy ensuivans, il fit grosse pluye et moult froid, par quoy on craignoit que les bledz, lesquelz estoient de moult belle monstre, ne versassent et pourrissent aux champs. « Le mercredi quinziesme jour dudit moys, environ unze heures du matin, la rivière de Biesvre fut si grosse et si impétueuse qu’elle rompit plusieurs édifices à Saint-Marcel […]. Elle venoit jusques devant l’esglise Sainct-Medart. […] et ladicte rivière de Biesvre, le lendemain, diminoit fort jusques à ce que la grand rivière de Sceine fust plaine, laquelle la fict regorger, et alors fut plus grosse que auparavant, l’espace de huit ou dix jours, avant que de descroistre, dont vint et fut la cause du dommaige » (Driart, 125). ~ Par tout le royaume : un merveilleux frimas : « Durant ce temps et jusques à la fin dudit moys de mars, qui estoit aussy la fin de la lune, fust veu courir par tout le reaulme ung mervileux frimas comme gelée, pluye, gresle, vent et aultre grosse tempeste, toutes les vignes jà advancées, dont par la grâce de Dieu en avoit peu, furent gelées et aussy furent les arbres, comme abricotiers, pruniers, admendiers et oucuns guyniers » (Versoris, 195). ~ Crue de la Loire : « En 1586, les crues considérables se montrèrent à Nevers » et en aval, elles surpassèrent les crues de 1496, 1527, 1537  : « tout le bétail qui était dans les pâturages et les environs de cette rivière fut noyé » (Bonnet, 2009). Le 13  mai et jours suivants  : « La Loire déborda, rompit les levées et renversa plusieurs maisons qui étaient le long des levées. Des hommes, des femmes, des enfants et beaucoup d’animaux furent noyés. La rivière atait si grosse qu’elle se joignit avec le Loiret » (Lottin, 375). ~ Fin mai  : pluies et inondations  : « La disposicion de ce present moys a esté la plus merveileuseque oncques vivant n’avoit veu auparavant, car il pleust tous les jours, reservé le pénultiesme jour, et en grande habondance, et les vignes principallement ne proufitoient ne croissoient aulcunement, et craingnoit-on fort des bledz qu’ilz ne pourrissent ès champs, qui fut cause qu’il encherist. Aussy les rivières de Loire, de Loing et toutes les autres de ce pays desbordèrent et abatirent plusieurs maisons, et principallement Loire, et disoit-on qu’il y avoit eu plus de troys milles personne noyez et que l’eau avoit esté par dessus le pont d’Orleans jusques à la pourtraicture de la Pucelle estant sur ledict pont d’Orléans et ce, en plusieurs villes y eust beaucoup de edifices desmollis de par l’impétuosité desdictes eaues, sy merveilleuses que vivant ne les avoit veues en ceste saison, et seroit long à racompter tous les domaiges qu’ilz firent en plusieurs lieux » (Driart, 126-127). ~ 26 juillet : tempête de grêle en Île-de-France, gâtant les vignes et autant bêtes et gens aux champs. « Le lundy xxvie jour du moys juillet, veuille Sainte-Anne, sur le seoir, fut ungne grosse tempeste et oraige avec grand vent, gresle et pluye, en sorte que la gresle chut aussy grosse que ung œuf et plus, mesmement au pas de Bervoisin [sic], et de Clermont. Fust trouvé de la gresle avoir huyt pouces de tour, laquelle 171

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abatist maisons, tua gens et grant quantité de bestial es champs et gasta totallement les vignes des environs. À Senlis, à Saint-Leu en Taverny et à Montmorency, ne fust pas la tempeste si grande ne le gresle si grosse, mais estoit de la grosseur de une grosse noyx, toutesfoyx elle gasta toutes les vignes » (Versoris, 209). Traces de peste n Peste attestée autour d’Annonay, Apt, Bergerac, Bordeaux, Cahors, Marseille, Nevers, Nîmes, Strasbourg et Vierzon (Biraben, 383). n Mais aussi en Franche-Comté autour de Besançon (Delsalle, 2001, 52) et en Cambrésis (« le trousse-galant ») (Neveux, Histoire de la France rurale, II, 90). Les excès du défrichement en Haute-Provence : la destruction du terroir du Fugeret (Alpes-de-Haute-Provence) Depuis le milieu du xve  siècle, la déforestation qui accompagne le repeuplement des montagnes de Haute-Provence, multiplie les cultures en terrasses de blé ou de vigne. Le défrichement des pentes aggrave le ruissellement, notamment lors des orages méditerranéens. Après la catastophe de Bayons, survenue en 1492, celle du Fugeret, en 1527, a failli détruire complètement le village. « Les eaux descendaient des montagnes avec une rapidité folle, emportant tout ce qu’elles trouvaient devant elles, et quand elles s’apaisaient, couvraient de monceaux de pierres les meilleurs quartiers. Se voyant obligés de quitter le pays, les habitants affolés demandèrent instamment une enquête qui découvrit la cause de ce malheur et permit de secourir les sinistrés. « Les déposants, venus des localités voisines d’Annot, de Méailles, de La ColleSaint-Michel, de Peyresq, stupéfaits par l’étendue du désastre, furent unanimes à reconnaître que la cause de cette inondation si violente et si inattendue était due, en même temps qu’aux fortes pluies, au « cultivage » des montagnes. Ils insistent sur les vignobles, particulièrement nombreux, qui couvrent les pentes et offrent aux eaux courantes une proie facile : leur terre grillée par le soleil, émiettée par la grêle, se dissout sous l’action des eaux ruisselantes qui y creusent des fossés profonds, si bien que la montagne est détruite en même temps que la vigne » (Sclafert, 1959, 170, d’après AD 13, B 1272, f° 452).

1528 Pâques : le 12 avril Grandes eaux ~ En Île-de-France : « Le lundy de Pentehecouste, premier jour de ce present moys [juin], la rivière de Scene desborda, laquelle fit moult gros dommaige » (Driart, 132). ~ Dans le Quercy, en juillet  : « par la grand pluye qu’avoit duré sy longtemps que le monde ne pouvoit batre, le bled se vandist trante soulz la carte et ne s’en trouvoit. Consécutivement, en ladite année mil sinq cens vingt et huict, la culhete feust asses bonne de bledz, vins et huyle, mais en cubrisous [époque à laquelle 172

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on couvre la blé après les semailles] fist tant de plyes que l’on ne pouvoit semer les rivières [les terrains en plaine], et ce qui estoit semé noya tellement que les marchantz et touts aultres vivant d’usures assemblèrent les bledz de par toutz les pays et l’aloient achapter tant en la bladerie que par touts les villages, que ne s’en trouvoit quasi » (Pouget, 19-20). Peste résiduelle n Attestations autour de Bergerac, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Cahors et Châteaudun ainsi qu’en Corse (Biraben, 383). Conflit de pâturage en Artois Le 2  juillet, à Lestrem (Pas-de-Calais), au nord de Béthune, deux jeunes bergers de 15 ans se battent à mort. L’un a dit à l’autre « qu’il avait tort et faisait mal de venir du Petit Dîmage, où il était demeurant et résident, et passait la rivière et venait fourrager ceux du Grand Dîmage d’icelle paroise, en leur usurpant la pâture de leurs brebis » (Muchembled, 58).

1529 Pâques : le 28 mars Année froide et humide La nuit du le samedi 17 au dimanche 18 avril : « Grande gelée », qui détruit une partie du vignoble autour de Paris (Driart, 139). « L’été 1529 fut l’un des plus froids et des plus humides des cinq derniers siècles » (Christian Pfister, d’après Le Roy Ladurie, 160). « Les vendanges de ceste année furent achevées fort tard, c’est assavoir en la fin de ce present moys [octobre], et furent les vins fort verdz et valurent mieulx les premières vendanges que les dernières » (Driart, 143). Retours de peste n Peste attestée autour de Bergerac, Cahors, Châteaudun, Gaillac, Lectoure, Nantes, Narbonne, Orléans, Paris, Périgueux, Perpignan, Rouen, Toulouse et Troyes (Biraben, I, 383). n Mais aussi à Cahors et aux environs (Sol, 94) –  en Franche-Comté autour de Besançon (Delsalle, 2001, 53) – à Menton et dans ses environs (Rossi, 2010). Famine générale et misère Avril-septembre : famine puis peste en Quercy… ~ « L’an mil cinq cens vingt et neuf et en apvril, la carte du froment se vendoit 55 sous tournois et 3 livres à prest ès greniers ; et estoit en France generalle famine […] et estoit grande multitude de povres […].

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« Et, en juing, quant les bleds feurent meurs, fist tant de pluyes toutz les jours que les paysants ne pouvoint faucher foin, ny bleds, ni espiguer [dépiquer] yceulz, par quoy feust plus cher que jamays, et dura tout le mois de juin. « Et en ce temps estoit fort grosse mortalité de gens, tants povres que riches, sans peste, et estoit universelle par tout le monde. […] Et dura cette mortalité ayant les qualités de peste, jusques au commencement de septambre, qu’on nomoit “mante” et personne ne s’en gardoit […]. Et, de Cahors, sortirent par la Saint-Fransoys (5 octobre), les habitans de ladite ville, lesquels demeurarent absens jusques à la fin du caresme » (Pouget, 20-21). ~ « Stérilité des biens et grand famine » dans les « duchés de Bourbonnais, Bourgogne, Forez, Lyonnais, Auvergne, Beaujolais et autres pays » (Germain, 55). ~ En Forez, à Sury-le-Comtal, plusieurs pauvres n’ont pu payer leurs servis en 1529-1530, à cause de « la chierté […] et de la stérilité du temps » (AD 42, B2997 f° 6, 27v°, d’après Colombet-Lasseigne, 96). ~ « Item, audit an fut grande cherté de blé parmi le monde » autour du Puy (Médicis, 294). ~ Famine autour de Montbéliard et de Besançon (Delsalle, 2001, 53 et 57). ~ En juillet  : procession pour faire cesser la famine à Paris. « Le vendredi deuxiesme, le roi envoya à Paris en diligence lettres à la cour, à monsieur de Paris et à la ville avertir que l’on eût à faire processions, tant en général que en particulier, et avoir singulier recours à Dieu tant pour la paix, la rédemption des enfants que pour les fruits dela terre qui étaient retardés pour les pluies pernicieuses, qui retardaient l’août, au grand préjudice et dommages des pauvres gens, qui mouraient de faim, obstant que la famine était grande en France, et le mercredi e vii dudit mois de juillet, fut descendue an grande solennité la chasse madame sainte Geneviève » (Versoris, 214-215). Retour à la paix ” Février. « Aventuriers deffects. Aussy furent deffectz en Beausse une grosse compagnie d’aventuriers, lesquelz faisoient plusieurs mauls aux gens des villaiges par le capitainne Chandiou, acompaigné des archers, arbalestriers et harquebutiers de Paris, et en eust la plus grande partie de pendus » (Driart, 137). Une fois signée la paix des Dames (1529), les villages les plus touchés du nord de la Somme sont exemptés et une réduction est concédée au Santerre, à l’élection de Péronne et à 90 villages de l’élection de Saint-Quentin pour l’année 1530 (Paresys, 302-338). Jean Calvin, curé de paroisse Le 5  juillet, pour assurer ses études, Jean Calvin bénéficie d’une permutation de cure. Les laboureurs de Marteville puis ceux de Pont-l’Évêque contribuent à la formation du futur théologien protestant en vertu du système des bénéfices ecclésiastiques qui accorde à son détenteur dîmes et rentes foncières. Jean Calvin permute avec Jean du Bisy la cure de Marteville, au diocèse de Noyon (auj. Attilly, Aisne), dont il était pourvu depuis 1521, contre celle de Pont-l’Évêque (Oise), lieu de naissance de son père, au sud-ouest de Noyon. N’ayant reçu que la simple 174

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tonsure, mais encore « plus attaché que personne aux superstitions papales », selon ses propres dires, pendant les cinq années, il se contente de quelques sermons. Les revenus de ses deux cures successives lui assurent le financement de ses études à Paris, à Orléans puis à Bourges (Abrégé chronologique de l’histoire ecclésiastique…, 1768, 218). Premières grêves de dîmes Depuis 1524, les paysans lyonnais gagnés au luthéranisme refusent de payer les dîmes au clergé. Le 4 septembre 1529, sur les plaintes du clergé du diocèse de Lyon, le roi François Ier donne des lettres patentes à Chantilly pour pacifier les troubles de la famine – la « Grande Rebeyne » –, survenue à Lyon en 1528. On y dénonce quelques centaines d’émeutiers, « mal sentants de la foi », « lesquels, depuis cinq ans en çà que la secte luthérienne a pullulé en la ville de Lyon, le pays et diocèse de Lyonnais », ont par « monopoles, assemblées illicites à sonnement de tocsin », « conspiré » contre le clergé décimateur. Ils se sont « mutinés de ne payer plus aucunes dîmes sinon à leur volonté, qui est de ne rien payer, proférant paroles hérétiques et mal sonnantes ». Enfin, pour frauder les décimateurs de leurs droits, ils ont recouru à l’action directe « emportant de nuit et clandestinement les fruits des terres » (Vidimus du 27  octobre  1529, d’après Henri Hauser, Études sur la Réforme française, 1909, 171-172).

1530 Pâques : le 17 avril Hiver doux en Quercy « Durant l’hyver ne fist aulcunement de froid, gelée, nêge, gresle, pluye excessive, ny aultre mauvais temps, ainsi toujours beau temps comme en automne. Estant en janvier et fevrier les herbes et arbres fleuries […] et ce beau temps dura tout mars » (Pouget, 22). En Quercy : entre Pâques et Pentecôte, forte gelée autour de Lauzerte (Sol, 92). Offensive de la peste n Peste attestée autour d’Agen, Aix, Angers, Avignon, Bordeaux, Cahors, Le Vigan, Marseille, Mauriac, Montélimar, Montpellier, Nantes, Nevers, Nîmes, Orléans, Paris, Valence, Villefranche-de-Rouergue ainsi qu’en Corse (Biraben, 383). n Mais aussi en Franche-Comté, peste à Gy, épidémie à Pontarlier (Delsalle, 2001, 53) – et en Quercy : « L’an mil cinq cens trente, derechef la peste survint un peu après Pasques, de sorte que les uns s’enfouyrent de ladite ville » (Pouget, 22)  – en Savoie, en octobre, avec afflux de pauvres jusqu’à Lyon (Gutton, 231) –  et en Provence.

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Désertion de villages en Bas-Languedoc De mai à juillet, en raison de la peste, plusieurs villages du Bas-Languedoc sont abandonnés. Le 22  mai, Jérôme Fabre, vice clavaire de la ville de Saint-Gilles, s’entend avec Jean Borias pour se charger de l’administration de la justice et de la ville pendant la peste. Le 11  juin, présentation de la censive de « Seolve » au seigneur de Vauvert. Antoine Falcon, religieux de Saint-Jean-de-Jérusalem, procureur du grand prieur Jacques de Manas, se présente à l’aire d’Antoine Valloubière, rentier de la juridiction de Vauvert. Il a « hurlé » plusieurs fois à la porte du château, où il n’y avait personne, comme dans le village « à cause qu’estoient tous fouys, pour e danger de peste, hors dudit lieu ». Le 12 juillet, déclaration de Martin Rodil, de Saint-Gilles, au sujet de Raimond Richard et Pierre Bonarie, de Bouillargues, rentiers de son mas de Fourques. « À cause du dangier de peste, estant audit Bolhargues notoirement, et mesmement qu’il a entendu que ledit Pierre Bonaric estoyt frappé de ladite maladie, et ledit Raymond estoit en lieu suspect, et au moien de ce ne pouvoyt ledit Rodil aller à la présence de sesdits rentiers, impétrans desdites lettres, sans grand dangier de sa personne, et que aussi ne trouvoyt aulcun personnaige que y voulsist aller pour luy » (AD 30, Inventaire sommaire E notaires, III, 401). Querelles de pâturages en Franche-Comté La dépaissance des troupeaux occasionne dans toutes les régions des conflits pastoraux entre communautés usagères. Certains se perpétuent à travers les siècles, ponctués par des accords provisoires. En Comté, les villages de Clerval et de Pompierre (Doubs) s’opposent ainsi depuis 1323. Deux siècles plus tard, après un nouveau différend survenu en 1529, un bornage entend mettre un terme, le 1er février 1530, aux conflits sur leurs droits d’usage respectifs. « Lesdits habitants dudit Clerval, leurs successeurs habitants pourront mener paître leurs bestiaux gros et menus en tous temps, ès lieux et places suivantes  : à savoir depuis la Roche blanche qu’est au bout du boichet devers Pompierre, près du champ diesme, en tirant jusques ès periers dits et appelés « Les Periers des mariages », étant en un champ de Claude Chitra, dudit Pompierre, qu’il tient présentement, en tirant tout droit au grand chemin de Fontaine, selon le long et le large que les places se comportent. « Et avec ce auront lesdits habitants de Clerval et leurs successeurs tout réage, pâturage, vive et morte pâture et affouage et lesdits habitants de Pompierre et leurs successeurs habitants pourront pâturer et faire pâturer par leurs bestiaux gros et menus en tous temps et quand bon leur semblera dès ladite Roche blanche, qui est au bout dudit boichet en tirant droit à la croix de Centoiche près ledit Pompierre jusques à la corne et bout du bois dit Le Vernois, en tirant à la fin du bout du champ près dudit Vernoy et dès l’autre bout et corne du Vernoy du côté devers Fontaine, près du grand chemin en tirant à un gros perrier qu’est à la rive du bois qu’est au long du champ Jehan Rivey, joint ès champs montant, près duquel gros perier sera plantée une borne » (Arch. com. Clerval, FF1, d’après Delsalle, 2001, 139-140). 176

1530

Hold-up dans les campagnes marchoises En mars, près de Glénic (Creuse), les tensions entre seigneur et métayers déchaînent une vendetta. « Pour ce que M.  de Saint-Garmain avait levé les rentes par force de Beaupré, ma fame prist la moitié du bétail dudit lieu et quelques petits lits et buffet, dont ledit Saint-Germain fut fort mal content. Item, en haine de se, le filz du sieur de Saint-George et le filz du sieur de la Villatte, de Fleurat, passèrent par Banassat et Gorce, y cuidant trover le bestail. Et n’y trovant rien s’en allèrent à la Brousse où ils prindrent quatre cens vin vaches et deux veaux, et estoient à ce faire xviii hommes » (Sainte-Feyre, 1895, 196). 15 juin : mandement de François Ier ordonnant aux élus de Périgord de faire respecter les exemptions de taille dont jouissent les métayers des gentilshommes (Bull. phil. et hist. du CTHS, 1913, 119-120). 15 juillet : ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et ordonnant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). 18 août : ordonnance de Saint-Jean-d’Angély pour la publication de la coutume de Montargis (Isambert, XI, 458). Parcours scolaire d’un paysan lorrain En 1530, arrivé à l’âge de 5  ans, le jeune Jean Le Coullon, fils d’un laboureurvigneron d’Ancey-sur-Moselle, entre à l’école de son village. Il explique son parcours scolaire. « Ma nativitez et commencement en ce monde fuist par la grâce de Dieu au moys de febvrier 1525. Mes père et mère ont heu plussieurs enffans jusqu’au nombre de 13. Mais ils sont estez morts avant qu’estre mariez, fors Jean Le Coullon l’ainez, aigez de 6  ans plus que moy et ma sœur Frémine, de 4  ans. Estans parvenu à 1’aage de 5  ans, mon père me fit aller aux escolles à Ancey auprès de plussieurs prebtres et magister. Ayans 8  ans je fuis envoiez à Corney auprès d’un prebtre nommé Me Jean Gogney qui m’apprenoit latin. « Mais pour ce que je ne continua, il ne me prouffita nullement. Je ne fus auprès de lui qu’environ 10 moys. Après je fuis renvoiez devant des prebtres à Ancey qui ne sçavaient latin » (Le Coullon, 1-2).

1531 Pâques : le 9 avril Gel des vignes « Janvier après feust beau, cler, sans froid ny neige […] et quant à febvrier, au commansement feust bel et cler et assees froicty, plus que paravant, durant quatre ou sing jours seulement. Mars aussy bel et clair, et avril au commansement, mais en la seconde et tierce sepmayne, fist plus de froict que de tout l’hyver et gelarent les vignies pres des ryvieres, ruysseaux et combes froides. May feust froit au commansement et continua ledit froid, et se leva grand vent aure et tempeste, que fist grand mal » (Pouget, 23). Gel des vignes à Besançon (Delsalle, 2001, 57). 177

1531

Violente poussée de peste en France n Peste signalée autour d’Agen, Annonay, Angers, Auxerre, Avallon, Bordeaux, Cahors, Chartres, Dijon, Laon, Limoges, Loudun, Lyon, Montdidier, Nantes, Nevers, Nîmes, Orléans, Paris, Périgueux, Sens, Toulouse, Troyes, Verdun et Vienne (Biraben, 381). n En Lorraine, en 1531-1532 (Cabourdin, 100). n En Franche-Comté, autour de Besançon, Gy et Gray (Delsalle, 2001, 53). n En Île-de-France en juillet : « En ce temps commença la peste à nouveau » (AD 78, BM Testaments de Dampierre, d’après Bezard, 212). n Dans le Bas-Maine : « Mais la peste fort nous malait Pour quoi chacun aux champs allait » (Le Doyen, 267). n Dans le Quercy. « En septembre et octobre, la peste commansa pour lors d’estre universelle » (Pouget, 24). Famine générale et pain de fougères ~ En Beauce : « La cherté tant du bled que du vin fut si grande […] qu’on faisait du pain de fougères […] et plusieurs choses non accoutumées qui engendrèrent une grande corruption dont s’ensuivit la peste » (Constant, 11). ~ En Poitou : « L’an 1531 et 1532, y eut grande mortalité et famine en Poictou, mesmement à Chastellerault, tellement que le boisseau de froment, qui tint autant que de deux de Paris, valloit dix-sept solz six deniers. À ceste occasion le roy ordonna y donner tous les jours, par espace de quatre mois, aux pauvres gens, pour douze francs de pain » (Bourgeois de Paris à l’époque de François Ier, 427). ~ En Anjou : « En l’an 1531, fut vendu le boesseau de blé xxv sols » (E sup. 49, II, Louroux-Béconnais, 235). ~ Dans le Pays nantais  : « Il est à entendre que audit an, setier seul valait VI livres et que la famine fut au quartier nantais si grande que homme jamais ne l’avait vue telle » (Croix, 1981, 1264). ~ Dans le Pays rennais  : dans les paroisses rurales de Bais, Châteaugiron et Chantepie, crise chronique jusqu’en 1533 (Croix, 1981, 256). ~ En Lyonnais : « Une famine affreuse désole notre contrée et fait affluer à Lyon un grand nombre de malheureux. On recourt à des quêtes pour fournir à leur subsistance » (Rubys, 366). ~ En Franche-Comté, autour de Besançon et de Gray (Delsalle, 2001, 53). ~ En Quercy  : « Est à nouter qu’au commensement d’apvril la carte du bled se vendoit 40 souls, et la fin de may, 4 livres, et ne se treuvoit audit Cahors bled ny pain. Le vin, 20 deniers le cart ; la livre de mouton, 2 soulx et bœuf, 9 deniers ; huyle d’olive, 3 soulz, de noix, 2 souls. Et y avoit por lors une infinie multitude de povres  qu’estoint venus de dehors. Et ladite sepmayne se vendist 4,10  livres soulz » (Pouget, 23). ~ En Gascogne autour de Condom : « Mile Vc trente ung Tant dedans les viles que dehors 178

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Morust de faim mainct ung Que pitié estoyt voers tant de mors ! » (Dudrot de Cabdebosc, 40). Création de l’Aumône générale de Lyon, le 19  mai, en réponse à l’entrée de 7  000 à 8  000 pauvres venus des campagnes voisines. « Une grant multitude de povres gens, paysans et autres, sont venus des pays de Bourgogne, de Bresse, Beaujolais, Bassigny, Daulphiné et autres pays étrangers, et affluent journellement à Lyon, tellement que les rues en sont plaines, tous quérans leur vie et demandans ». De mai à juillet, l’Aumône générale offre un asile aux pauvres et assure des distributions de pain. Une taxe des pauvres et le travail obligatoire des mendiants valides sont expérimentés. Deux ans plus tard, l’expérience est rendue définitive avec la création d’une Aumône générale permanente (Arch. com. Lyon, BB 49, f° 288, registres consulaires, d’après Gutton, 234, 266-270). Location d’une borderie en Poitou Le 16  décembre, maître Guillaume Cothereau, procureur près la cour royale de Poitiers, baille à ferme pour 6 ans une borderie de 84 boisselées (6,4 ha) à Jaulnay. Les 31 parcelles ont été acquises récemment de plusieurs paysans (Raveau, 44).

1532 Pâques : le 31 mars Le dérèglement des saisons « Fin des malheurs qui accablaient la France depuis plusieurs années de 1528 jusqu’à ce jour [1532]. Le Ciel semblait si irrité contre ce royaume qu’il y eut un perpétuel dérèglement des saisons ou, pour mieux dire, l’été seul occupa la place des trois autres ; de sorte qu’en cinq ans on ne vit point deux jours de gelée tout de suite. Cette chaleur importune énervait, pour ainsi dire, la nature, et la rendait impuissante ; elle n’amenait rien à maturité ; les arbres poussaient des fleurs, incontinent après le fruit, les blés ne multipliaient point en terre, et, faute d’hiver, il y avait une si grande quantité de vermine qui en rongeait le germe, que la récolte ne fournissait pas la semence pour l’année suivante. Cette disette causa une famine universelle, à la suite de laquelle vint une maladie qu’on nomma trousse-galant, puis une furieuse peste, si bien que ces trois fléaux emportèrent plus de la quatrième partie de la population de la France » (Lottin, 383). Fièvres, pestes et famine n Peste signalée autour d’Angers, Avallon, Bayeux, Bordeaux, Cahors, Dijon, Limoges, Montdidier, Nantes, Nevers, Nîmes, Orléans, Paris, Vierzon et Villeneuvesur-Lot (Biraben, 383). n En Beauce : « Après cette grande disette [en 1532], les maladies étaient universelles par la France et l’Angleterre et étaient fièvres pestilentielles qui s’attachaient plutôt aux jeunes gens de 20 à 30  ans, dont il mourut grand nombre […]. On 179

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l’appela la sueur anglaise » (Jean-Baptiste Souchet, Histoire du diocèse de Chartres, d’après Constant, 11). n En Franche-Comté, autour de Besançon et Gray (Delsalle, 2001, 53). n Dramatique mortalité en Sologne bourbonnaise  : 187 décès de mars à septembre 1532 à Pierrefitte-sur-Loire (Allier), village de 109 feux (750 personnes). Enterrements collectifs : « en cette année 1532 Rémy Lescorne, Clément Boulard, Gilberte Grimaud, tous trois adultes, sont enterrés avec une enfant, Blaise Pézier, tous quatre ensemble en une fosse, es tombe Lescorne » (AD 03, E 926). n En Haute-Bretagne  : synchronisme entre cherté et « maladies et pestes » dans les campagnes nantaises et rennaises. « La première crise dont on puisse affirmer la réalité et la portée générale pour toute la Haute-Bretagne » (Croix, 1981, 256). Dans son tour de France : François Ier à Bretteville-l’Orgueilleuse Depuis septembre  1531, le roi fait un « grand tour » de France. Le dimanche 14 avril 1532, allant de Caen à Bayeux, François Ier et sa cour passent à Brettevillel’Orgueilleuse (Calvados). « Dyna ciens le Roy Fransois et son fils monsr le Dauffin et dormit le Roy troys heures emprès dyner et monsr le dauffin s’ébatoit à faire monter les gentilshommes sur la granche et maison du jardin… » (AD 14, F 1654, Livre de raison des Perrotte de Cairon, d’après Aubert, 1898, 497). Ni taille ni gabelle en Bretagne 21  septembre  : Édit du Plessis-Macé scellant l’union de la Bretagne à la France moyennant la confirmation des privilèges de la province  : « Aucunes sommes de deniers ne leur puisse êstre imposée si préallablement n’a esté demandé aux Estats d’iceluy pays et par eux octroyée. » Au début du xviie  siècle, le président de La Barre le rappelle  : « En Bretagne où ne se paye que fouage, et n’y a point d’élections ni de tailles […]. Par l’alliance qui se fit d’Anne, duchesse de Bretagne, avec Charles VIII, roi de France, confirmée par Louis XII, qui l’épousa en secondes noces, la Bretagne fut déclarée exemptée de tailles, bel affranchissement pour les Armoriques, mais on leur fait boire en récompense le vin de France, qui y est conduit bien chèrement » (Formulaire des élus, éd. 1631, 202). Le même La Barre, qui était président au bailliage (ou à l’élection) de Mortain, attribue à la rencontre du duc de Bretagne et d’un paysan rennais l’exemption de gabelle : « François II, du nom, duc de Bretagne, allant un jour à Rennes pour introduire la gabelle, eut de rencontre sur le chemin un pauvre paysan qui portait son coq sous son bras et menait sa fille et sa femme menaçant, si l’interrogea où il allait : le paysan lui respondit qu’il alloit à Rennes se défaire de ces trois mauvaises bestes, de sa femme et de sa fille pour les mettre en service, et vendre son coq pour avoir quelque argent pour gagner son pays, et qu’il fallait tout quitter à cause des imposts. Le duc, picqué de ce mot, se retint de son dessein, et ne fist pas ce qu’il s’estoit proposé » (Formulaire des élus, éd. 1631, 316).

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1533

1533 Pâques : le 13 avril Année d’abondance « Abondance de tous grains. « En ce présent moys et saison furent recuillis grosse habondance de tous grains, au moyen de quoy ils furent à bon marché au pris qu’ilz n’avoient esté auparavant quasi l’espace de dix ans » (Driart, 164). Bel été pour les moissons en Quercy  : « Juilliet aussy feust fort sec, et fist le plus beau esté pour cullir les fruicts de la terre qu’homme eut jamays veu, mais n’estoit poinct de foin. Le bled feust bon marché, la carte froment, vingt doubles et vingt et deux le plus beau, et par la sécheresse le vin s’est reculé, car avoit demeuré deux ou trois moys sans plouvoir […]. Aoust feist sec et n’y eut poinct de pluye. Septeambre feust beau et sec et n’y eut guière de vin à Caors, toutes foys aux teres fortz en y avoit assez […]. Octobre fut beau pour semer […]. Est à nouter par la grande chaleur et sécheresse qu’avoit faict l’esté précédent, par Nouël, les ruysseaux et petites rivières n’estoint revenues nec incessa solito ains in arido, ce que n’avoit esté jamays veu vero, ny ouy a maioribus nostrio, en ce temps les rivières et ruysseaux, estre secz » (Pouget, 29). Traces de peste n Peste attestée autour d’Amiens, Avallon, Cahors, Dijon, Épernay, Grenoble, Montdidier, Nantes, Nîmes, Paris, Quimper, Rouen et Valence (Biraben, 383). n Peste en Franche-Comté, autour de Besançon et Salins. Dans la seule ville de Besançon « plus de 900 ouvriers vignerons puis deux ou trois ans an ça sont trépassés » (Delsalle, 2001, 53). n Épidémie dans la région de Quimper (Sée, 482). 12 février : ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et ordonnant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). La Réforme arrive dans les Cévennes Barre-des-Cévennes et sa région (Florac, Meyrueis) sont touchées par la « pénétration des réformes » dès la décennie 1530. C’est alors que se multiplient les testaments pré-réformés. Anduze et Saint-Jean-du-Gard ne seront touchés que dans les années 1540, et Saint-Germain-de-Calberte après 1550 (Chabrol, 28). Chasse interdite aux paysans Le 6 août, l’ordonnance de Toulouse interdit la chasse à tous les roturiers. La chasse devient monopole nobiliaire. Interdiction aussi du port d’armes à toute personne autre que gentilhomme  : une vingtaine d’ordonnances en rappellent ensuite les termes, signe de son peu d’application (Isambert, XII, 380-382). « En ce temps, par édict du roy Françoys, premier de ce nom, feust prohibée la chasse aux paysants, et confirmé par arrest du Parlement de Toulouze, et crié à Caors, et par les seignieurs chascun en sa terre » (Pouget, 33). 181

1534

1534 Pâques : le 5 avril Rares traces de peste Autour de Nantes, Narbonne, Nîmes, Rodez, Rouen, Saint-Malo (Biraben, II, 383). Mais aussi en Franche-Comté autour de Salins (Delsalle, 2001, 54). Sécheresse « merveilleuse » ~ En Quercy : « Apvril fust sec, dont chascun s’esbayssoit et de là ensuyvit rareté de baliarges et avoynes […] et puys ne pleust poinct de tout ledit moiys [de mai], ny de juing, jusques au 16e  et 17e  dudit moys, qui pleut tellement, de sorte que par ladite sécheresse ne feurent poinct de baillarges, advoynes, légumages, ny de foins, et se vandoit le quintal du foin au circuit de Caors, 2 livres 4 souls, parce qu’il y avoit grande stérilité, causant la défaillance des eaux. La rivière de Llolt feust sy stérile qu’auparavant homme n’avoit veu de sa vie, car à grand peine les molins pouvoint mouldre. Juing et julliet fort secs et chautz, plus qu’homme ayt veu jamays, et n’ont esté advoynes ny baillarges ; les herbes estoint toutes bruslées » (Pouget, 31-32). ~ En Lyonnais et Forez  : « Sécheresse extraordinaire. Les processions blanches furent si fréquentes que l’on ne voyait soir et matin autres que ces pauvres gens de village, hommes, femmes et petits enfants, tout nus et seulement affublés d’un linge blanc, qui allaient criant avec voix pitoyable, et la larme à l’œil en leur gavot : Sancta Maria, d’ayguy, d’ayguy, d’ayguy » (Rubys, 366, et Jean Canard, 1991, 13). ~ En Velay : « L’an mdxxxiv, fut grande et merveilleuse sécharesse, par laquelle après proceda petite année de tous biens de la terre, qui causa grande et indicible mortalité d’arbres ; mais les labours s’en cultivarent mieulx, dont l’année après fut fertile et habundante » (Médicis, 368). ~ Grandes chaleurs à Besançon, en juillet (Delsalle, 2011, 58). ~ Canicule en Île-de-France : « En ce moys [juillet], il fit sy très grande challeur que le verjutz seschoit sur le septier ; diminua beaucoup de la monstre qui avoit esté auparavant ; nonobstant, le vin n’en enchérit de guères, au moyen qu’il n’estoit de guarde. Les avoines furent bien courtes, et valut le spetier plus d’un escu soleil ; le foyn aussy fut fort cher, car il n’y en eust guères aux hautz prez ; il y eust bonne année de blez, mais ilz furent fort besongnés quasy partout » (Driart, 169). La Seine deux fois gelée ~ Janvier  : Seine prise par les glaces pendant huit jours « et dura l’iver assez longuement » (Driart, 166). ~ Décembre : « En ce présent moys, il fit troys sepmaines de grosse gellée continuelle, et fut la rivière de Sceine gellée, au moyen de quoy il y eust grosse nécessité de boys à Paris » (Driart, 174).

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Un curé laboureur Testament de « discrète personne messire » Richard Pitart, qui lègue, le 5 août, à ses exécuteurs testamentaires « blé, avoyne, poix, vesse, fourrages, chevaulx, harnois, cherrette, cherue, tombereau, pourceaulx, brebis » (AD 78, BMT Dampierre, 1525-1556, vues 107-108). Création de la première capitainerie de chasse à Fontainebleau La protection des plaisirs du roi échappe à la juridiction ordinaire des Eaux et Forêts : les seigneurs hauts justiciers perdent leur juridiction sur la chasse. Le roi seul, et, par délégation, les officiers de la capitainerie ont le droit d’y chasser. Les règlements imposent des contraintes au calendrier agricole. Un bordage dans le Toulousain En  Haut  Languedoc  comme  en  Poitou, le  métayage  est  très  répandu.  La  bourgeoisie toulousaine, à l’instar d’Antoine de Malras, confie volontiers à mi-fruits ses « bordages », domaines  ruraux  en  blés  et  vignes, exploités  dans  le  cadre de l’assolement biennal. Mais, à la différence des métayers de l’Ouest, les  bordiers détiennent l’essentiel du train de culture et du bétail. Il s’agit ici d’un  contrat à court terme (3 ans) par lequel le bailleur n’apporte que la moitié de la semence. L’acte notarié, du 9 juillet 1534, est antérieur à l’ordonnance de Villers-Cotterêts : il commence en latin et se poursuit en mêlant étroitement les langues d’oïl et d’oc. « Arrendemens bordi egregi viri domini, Anthoni de Malris jurium professoris […] Dictus de Malras, qui pro se et suis arrendavit et arrente, nomme, tradidat honeste mulieri Bernarde Vesiana relicte Ramondi Fauri, dum viveret  ejus viri et Petro Faure dicti Vesianc et dicti Fauri filius, habitante loci de  Pechbonnieu, diocèse et seneschaussée Tholose, una borda qui habet in loco de Gratentor cum suis terris, pratris, vinhis […] pro tempus sive trium annos sive  trium cuilhitas […] incipiendo in festo omnium sanctorum domini proximi. » [Arrentement d’une borde appartenant à honorable homme sire Antoine de Malras, professeur de droit […] ledit  Malras qui pour lui même et les siens a arrenté et arrente, nomme, livre à honnête femme Bernarde Vesian, veuve  de Raymond Faure, son époux en son vivant, et à Pierre Faure dit Vesianc, fils dudit Faure, habitant du lieu de Pechbonnieu, diocèse et sénéchaussée de Toulouse, une borde qu’il possède au lieu de Gratentour avec ses terres, prés, vignes […] pour le temps de trois ans ou trois cuiellettes […] commençant à la fête prochaine de tous les Saints de Dieu] « Premierament, ledit de Malras luy bailho toutes les terras appartenant à ladite borda scituadas tant à ledit loc de Gratenttour, Pechbonnieu, Castelginest (villages à quelque km au nord de Toulouse), et se per aquelles laborar, culturar, entretener de valatz, à lasdites terras utiles et necessaires durant loudit temps et en tout se ben regir et se gouverner comme un bon paire de famille. « Item, es pacte que tout le gragne se semenera en lasdites  terras ; le dit de Malras en fornira la mitat et lesdits Vesiana et Faure seran tengutz de fornir ses fusts et bestial por laborar, semenar et entretenit lasdites terras à leurs costz et despens, ensemble l’autre mitat de la semence. 183

1534

« Item, es pacte que lesdits Vesiana et Faure seran tengutz tous les ans desdits tres ans semenar la mitat de lasdites terras […]. « Item, es pacte que lousdits bordiers seran tengutz de far sarclar lou blat en  aquellas terras nayscens à leurs propres costz et despens, reservat que au temps de sarclases sera tengut ledit de Malras bailla auxdits arrendatoris quarante soulz tournoys. « Item, es pacte quant se viendra à la cuilhita, ledit de Malras tirera al sol  la mita de tout gra et se que veudra sa part, seran tengutz les dits bordiers luy portar en sa mayson à Tholose à leur artz et despens, et ledit de Malras fornira et pagara la despense de boca en sa dicte mayson […]. « Item, es pacte que de tout le fe que prendra des pratz de ladite borda seran tengutz lesdits bordiers en pourtar duas carratadas audict de Malras en sa mayson à Tholose tous les ans et le restan leur demeurera […]. « Item, es pacte que de la vinhas de ladite borda, Malras prendra la mitat del bon vy et […] las dites vinhas, seran tengutz lousdits bordiers podar, fogar, binar, vindemar et autras obras […] à leur propre costz et depens » (AD 32, 3 E 12050, éd. Janine Estèbe, Documents de l’histoire du Languedoc, 1969, 194-195).

1535 Pâques : le 28 mars

8e guerre d’Italie (1535-juin 1538)

Vaches grasses…

✷ Bonne année en Quercy  : « May, juing, juillet feurent pluvieulx, de sorte que

les bleds ne peuvoint meurir ny ceulx qu’estoint meurs ne se pouvoint coupper, ny faucher, ny les coupper, lier, despiquer, dont le bled devint cher […]. En cedit moys [septembre] et en octobre on vandangeoit, y eut plus de vin que dix ans auparavant. Au commencement de septambre, le vin se vandoit 12 ou 15 livres le plus chair, le bled froment 10 soulz ; y eut beaucoup d’herbages et de glandaige, et Dieu grâce, melieure année que eust esté longtemps auparavant » (Pouget, 35). ✷ Année d’abondance en Dauphiné : « C’est l’an mil cinq cens trente cinq Qu’avons très grant sayson de vin, Des blés et aultres biens de la terre. Prions Dieu que nous gard de guerre, Pestilence et d’aultre encombrier, Et quant ce viendra au dernier De noz jours que soyons assis Avec luy en son paradis. Amen » (Latouche, 1932, 344). … Vaches maigres 9 juillet : en Poitou, processions à Saint-Maixent pour arrêter la pluie. « Le 9, fut faite procession en cette ville et fut porté le chief de Monsieur Saint-Maixent, où 184

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vindrent plusieurs processions des champs et furent faites prières, afin que Dieu donnast beau temps qui estoit pluvieux, pour recueillir les fruits de la terre » (Le Riche, 8). ~ Excès d’humidité, limaçons et grands froids en Quercy (octobre-novembre). Après une forte gelée, la Dordogne déborde et laisse d’énormes blocs de glace dans les prairies et les champs. « Item, l’an mil vcxxxv, […] al temps de samenasos [semailles], lo temps se portet fort plusos et y avia grand cop de […] massos [limaçons], que domagero fot los blatz […]. Et a causaz de lesd. Pluesas, l oblat que se donava per xii et xiii s, se vendet enviro Totzsanctz xx s. « Lod. an, enviro la Sainct-Marti d’ivern, lo temps se meset en bel, que duret jusques a la Sainct-Maur, et feset plus frecs et gialet fort, et lo ser de Sainct-Maur, pleguet si fort que las aygas sortiro totas lendema de la Dordoignie, gitet fora lo gial [la glace], que plusors camps demorero ples de grans carties de gial, espes dos ou tres pex, que era causa mervelhosa et que on no envia plus vist » (Registre de famille des Du Noyer, d’après Guibert, 1895, 257-258). Une métairie en Poitou 18 octobre 1535. Bail à mi-fruits de la métairie du Plaix-Gaillard pour 5 ans. Le bail à mi-fruits, très commun dans les provinces de la France centrale, impose une collaboration étroite – et en principe égalitaire – entre propriétaire et exploitant. Il va de pair avec une minutie de détails qui éclairent les conditions de la production agricole et de l’entretien des paysages ruraux  : dans le régime du métayage, on compte sans cesse jusqu’au plus petit poste. Avec ce contrat, on saisit ici une exploitation d’une vingtaine d’hectares, assez banale en haut-Poitou sous François Ier. « Ont esté présens et personnellement establiz et deuhement soubzmis, maistre Jacques Lebreton, procureur à Poictiers, d’une part, et Guillaume Nemarie, laboureur, à présant demourant en la parroisse de Bouresse (Vienne), en la maison et mestairie dud. Lebreton, appellée Le Plaix-Gaillard, d’autre. Lequel Nemarie a recongnu et confessé avoir prins dud. Lebreton, jusques à cinq ans et cinq cueillettes ensuivant et consécutyves, commençans à la feste Saint-Michel derrenièrement passée 1535 [29  septembre] et finissants à lad. feste, que l’on dira mil vc quarente, lad. maison et mestairie du Plaix-Gaillard, à tiltre de mestairie à moictié de tous fruictz naissans et croissans en lad. mestairie, soyent blez, poix, febves, lins, chanvres et fruictages que aultres choses. Laquelle moictié de tous lesd. fruictz, led. Nemarie sera tenu et a promis rendre et conduyre à ses dépens par chascun an dedans la feste de Noël audit Poictiers, en la maison et greniés dudit Lebreton. « Et pendant led. temps de cinq ans, labourera et ensemencera led. Nemarie les terres labourables de lad. mestairie bien et convenablement, selon qu’il est requis en faict de labouraige. Plantera par chascune desd. années ou fera anter une douzaine de pieds d’arbres fruictiés […]. Fera sercler les blez et les mestyver [moissonner] et rendre en la grange à ses despens, et fournyra de toute ferrure [garnitures de fer nécessaires à l’entretien du cheptel] moyennant que ledit Lebreton fournyra moictié de semence, baillera par chascun an quarente solz pour sa part de la fer185

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rure et de lad. serclure. Et aussi mectra un homme pour ayder à mestyver, qu’il payera. Et pour battre les bledz, y pourra mectre un homme et led. Nemarie, deux. « Et demeureront quatre bœufs estant en lad. mestayrie, une charrete ferrée, quarente-deux chefz de moutons et brebis, tous les pourceaux, chèvres, poulailles et ouyes [oies] par moictié et commun entre lesd. partyes, et les fruictz et croistz qui en provyendront, pour estre partiz par moictié, moiennant que led. Nemarie demeure redevable envers led. Lebreton de la somme de vingt sols parce que les 2 beufz que a achapté ledit Lebreton ont cousté vingt livres, et ceulx dud. Lemarie, dix-huyt livres. « Et aussy que led. Lebreton a desduict audit Nemarie sur la somme de dix-huict livres que led. Lebreton lui a prestée en quatre fois […], c’est assavoir pour avoir la moictié ès pourceaux dudit Nemarie, quy ont esté prises huyt livres, la somme de iiii livres. Pour avoir la moictié en lad. charrete, que led. Nemarie dit luy avoir cousté six livres, la somme de soixante solz, et pour estre égaulx en brébiail [troupeau de bêtes à laine] parce que led. Lebreton n’en a que dix-neuf chefz, et led. Nemarie vingt-trois chefz, la somme de quinze solz ; et pour avoir la moictié en quatre chefz de chèvres et en la poullaille et ouyes que led. Nemarie a apréciées à la somme de cinquante-cinq solz, la somme de vingt-sept solz six deniers. Par ce demoure encores redevable led. Nemarie, de reste desd. dix-huyt livres et xx s. pour lesd. beufz, en la somme de neuf livres dix-sept solz six deniers, laquelle il a promis payer aud. Lebreton dedans la feste Sainct-Michel prochainement venant. « Et outre a confessé avoir receu dudit Lebreton présentement la somme de dix solz sur lad. somme de xx sols pour la ferrure de ceste année, commançant la fête Sainct-Michel dernière, d’une part, et douze livres t., d’autre, pour achapter deux veaulx et deux vaches, qui seront à moictié, en remboursant led. Lebreton de la moictié de ce que lesd. veaulx et vaches cousteront […]. « Est aussi accordé entre lesd. partyes que led. Lebreton pourra en temps et saison de glandée, bailler deux porceaux, et mectre en lad. mestairie outre ceulx quy sont à moictié où led. Nemarie ne prandra riens, et sera tenu les garder et faire mener aux champs et garder ès boys avec les aultres. Et quant est des pastures et fumyers, est dit que, à la fin desd. années, ledit Nemarie ne prandra riens ès foins, sauf que, s’yl les a serrez en la grange, sera payé de sa payne et aura led. Nemarie les deux-tiers ès menuz pailhes et la moictié des grandes pailhes et des fumyers. Et parce qu’il dit que ses grands bledz de ceste année, qu’il a amenez en lad. mestairie, montent à quatre charretées, ledit Lebreton sera tenu en achapter ceste année quatre charretées de grand pailhe pour mectre en lad. mestayrie […]. « Et entretiendra led. Nemarie les maisons et granges de lad. mestayrie et les rendra en bon estat, et fournyra de la main de l’ouvrier quant à la couverture, et led. Lebreton fournyra d’étoffes [matériaux de construction] […]. Fait et passé aud. Poictiers, le xviiie jour d’octobre de l’an mil vc trante-cinq » (AD 86, E4/27, d’après HSR, 1, 1994, 163-166). L’essor de la luzerne 1535-1537 : nombreux prés en luzerne signalés dans les plaintes de mésus champêtres, lors de divagation du bétail en Roussillon dans les registres des Sobreposats 186

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de l’horta (tribunaux des jardins) (Gilbert Larguier, Découvrir l’histoire du Roussillon, XIIe-XXe siècle, 2010).

1536 Pâques : le 16 avril Du froid au chaud ~ Été chaud dans la moitié nord de la France. Vendanges tardives, le 8 septembre à Dijon (Le Roy Ladurie, 2004, 163). ~ Grand froid à Cahors, le 10 janvier. Hiver rigoureux. Lot gelé (Sol, 95). ~ Le 12  janvier, à Besançon, « ordre de rompre les glaces à l’entour de la cité » (Delsalle, 2011, 58). ~ Gascogne : « À ceste année le printemps fust pluvieux et facheux tant en gelées et n’y eust guères fruytages, occasion d’ing froyt qui gasta les fleurs des arbres » (Dudrot de Capdebosc, 14). ~ Poitou : « En ce temps [juillet 1536] la sécheresse estoit si grande que les rivières estaient à sec, fors la Sèvre, qui estoit bien petite. Et convenait ès gens de Gastine venir en ce pays, pour faire moudre les blés, et on payoit argent, oultre le droit de mouture, et souffroient les bestes à faute de boire » (Le Riche, 11). ~ Sécheresse en Provence (Pichard, 195). Invasion de la Savoie par les Français Le 24 février, les troupes françaises de l’amiral Chabot entrent en Savoie conjointement avec les Bernois et les Valaisans. Les troupes de Charles  III n’opposent qu’une faible résistance aux envahisseurs. Seule la citadelle de Nice reste inviolée. Le pays est non seulement occupé, mais aussi démembré. Les Bernois s’emparent du pays de Vaud et s’installent à Thonon, dans le pays de Gex, et une partie du Genevois. Les Valaisans occupent Évian, le Val d’Abondance, le pays de Gavot et la vallée d’Aulps et y favorisent les religieux catholiques. La Savoie, occupée par les Français, est rattachée au Dauphiné. Il ne reste plus à Charles  III que Verceil, quelques places au Piémont de l’est, la vallée d’Aoste et Nice. Jusqu’en 1559, la politique d’occupation française en Savoie respecte les usages locaux et ne rencontre guère de résistance. Les Espagnols en Provence et en Picardie ” Le 13 juillet, Charles Quint envahit la Provence. Les campagnes sont ravagées jusqu’en septembre par Montmorency, désigné par le roi pour chasser l’Empereur. Il opte pour une efficace politique de la terre brûlée, qui lui vaut le titre de connétable en 1538. ” Août-septembre  : offensive espagnole en Picardie. En 1536, Henri  III de Nassau-Breda, commandant l’armée de Charles Quint, assiège la ville de Péronne du 14  août au 11  septembre. Malgré d’incessants bombardements et plusieurs assauts, la ville tient bon. 187

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1537 Pâques : le 1er avril Gel des vignes en Anjou et en Poitou ~ En Anjou, le 15  avril, lundi après les Rameaux  : « Gela fort et feist grand dommage aux septs [ceps de vigne] ; mardi, lendemain, gella davantage, tellement que les vignes furent quasi entièrement gelées […] et les arbres entièrement gelés, qui sont les seps estant en iceulx sans exception, sauf quelques noyers hault ; ce qui jamais n’avoit esté ouy ni veu. Le mercredi gela encore, mays non pas tant, et n’a point fait d’iver tellement que précédentement la glace n’avoit esté si forte ; et duroit la lune de mars, par quoy a bien esté pratiqué l’adage commun : « lune de mars ne feist jamays bien en apvril » (E sup. 49, IV, Varennes-sous-Montsoreau). ~ En Poitou : « août 1537. Audit mois, fit temps froid et de pluie qui empescha que les vignes ne vinssent à maturité, et, pour les garder de pourrir, l’on mit communément des fourchettes pour les hausser et mettre loin de la terre » (Le Riche, 17). Crue, sécheresse et raz-de-marée ~ Crue de la Loire en 1537  : « En 1586, les crues considérables se montrèrent à Nevers et en aval, elles surpassèrent les crues de 1496, 1527, 1537 : « tout le bétail qui était dans les pâturages et les environs de cette rivière fut noyé » (Bonnet, 2009). ~ Sécheresse en Forez : « En ladite année [1537] les vivres ont été fort chers, a demeuré sans pluie huit ou dix semaines, si que les grandes rivières sont sèches, le pain bien cher, moissons faites après Saint-Jean commencé, la chair a été fort cher, le vin vendu xiiii deniers la pinte […]. Audit an, le X septembre a fait gros tonnerre, la foudre tomba et grêla à grand foison, qui a fort gâté les vignes. Le dimanche xvii dudit mois la nuit et le matin a fort tonné et grêlé, si que les vignes en ont été fort gâtées. Vendanges sont commencées audit an le jour Saint-Cosme et Saint-Damien. Le xxi octobre a fait éludés, gros tonnerres et grêles. […] terres couvertes » (Abbé Bouillet, Histoire du prieuré d’Ambierle, 150). ~ Raz-de-marée sur l’île de Ré  : « Ce jour-là [22  août] l’océan a failli recouvrir l’île entièrement » tant « les deux mers qui [la] circuisent et [la] bornent […] se joignirent l’une l’autre, au grand étonnement de tous les habitants d’icelle qui se croyaient être perdus » (Amos Barbot, Inventaire des titres et chartes de La Rochelle, d’après Rambeaud, 285). Une plaie incurable ? Le brigandage des déserteurs aux champs 25  janvier  1537 (n.  st.)  : édit sur les attributions et la juridiction des prévôts des maréchaux et sur la punition des vagabonds et gens sans aveu. L’ampleur du brigandage, qui entretient un climat d’insécurité récurrent dans les campagnes, engage François Ier à confier aux prévôts des maréchaux – et non plus aux baillis et aux sénéchaux – le soin de lutter contre les vagabonds. Dès lors, et jusqu’à la Révolution, le vagabondage sera un cas prévôtal. 188

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« Comme ayant été avertis que plusieurs gens de guerre de cheval et de pied, de nos ordonnances, et autres vagabonds et domiciliés, oppriment grandement notre pauvre peuple en leurs personnes et bien en maintes manières, et tenant les champs, pillant, robent leurs hôtes, forcent et violent femmes et filles, détroussent et meurtrissent les passants. » Pour les appréhender, les prévôts des maréchaux appelleront « nos vassaux, nobles et autres gens plébéiens, laboureurs, roturiers et communautés à tocsin ou cri public » pour capturer les vagabonds et pillards (Isambert, XII, 531-533, et Gutton, 252). 26 mai : ordonnance de Fère-en-Tardenois « sur la punition des aventuriers et gens de guerre tenant les champs ». Depuis 1536, après la levée et enrôlement de chevau-léger et gens de pied pour résister à l’invasion de la Provence par Charles Quint, les déserteurs ravivent la plaie du brigandage, « tenant les champs, foulant et opprimant le peuple en leurs personnes et biens, commettant plusieurs forces crimes, violences et délits ». Devant l’inefficacité des injonctions déjà faites aux baillis et sénéchaux de réprimer leurs délits, qui persistent en février et mars 1537, sous forme de « violements de femmes et filles, détroussements, pilleries, larcons et oppressions », le roi renforce la réglementation. « Toutefois il faut bien qu’elles aient été mal exécutées, et les délinquants peu châtiés et punis, quand les vices et délits ne sont point cessés, plusieurs vagabonds, tant à cheval qu’à pied, tenant, comme encore font, les champs, les aucuns feignant de venir à notre armée, les autres retournant d’icelle, sans congé de leurs capitaines, et encore autres qui n’ont voulu, ni ne veulent la guerre qu’à la bourse du pauvre homme, faisant exécrables et innumérables maux, à Dieu déplaisant, et au monde détestables et abominables. » Tout en confirmant les commissions expédiées à cet effet aux baillis, sénéchaux et prévôts des maréchaux, « lesdits pillards tenant les champs, opprimant notre peuple, avons délaissés et abondonnés, délaissons et abandonnons, pour être offendus, rompus, départis, tués et occis comme nos ennemis rebelles, et de notre chose publique, sans qu’il soit besoin pour raison de ce obtenir pardon ne remission de nous » (Fontanon, II, 169, et Isambert, XII, 535-540). À l’ombre de la guerre. En janvier, les habitants de Cléry-sur-Somme décident de « faire toutes les nuits [le guet] tant en icelle église que sur la chaussée dudit Annecourt, en temps de guerre contre nos ennemis » (AN, JJ 252, 20r°, d’après Paresys, 1998). Une vache au labour, faute de bœuf En Vésubie, en 1537, le conseil de la communauté de Roquebillière décide qu’en dépit des usages établis, « si quelqu’un voulait domestiquer une vache [pour l’araire], qu’il soit permis à quiconque de domestiquer une ou deux vaches, s’il n’a pas de bœuf, cela surtout parce que les bœufs sont de grand prix et que certains ne pourraient avoir assez d’argent qui suffise à acheter le ou les bœufs » (Boyer, 136-137).

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La naissance d’une métairie 1537 : Début de la constitution de la métairie de la Lunardière, à Fenioux (DeuxSèvres), par Raoul de La Porte, arrière-grand père de Richelieu. Son fils François poursuit l’œuvre commencée de 1558 à 1580 par sept acquisitions sur des paysans du cru. Évincés peu à peu, les habitants du village cèdent la place au métayer du seigneur de la Lunardière, installé sur 60 ha (Merle, 60).

1538 Pâques : le 21 avril Grandes gelées destructrices ~ En Bourbonnais et Roannais : « Audict an, la veille de Pâques fleuries, le XIII d’avril, a fait gros éludés, tonnerre et grêle. Les dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi a fait si grand gelée qu’elle a gâté les vignes, noyers et fruits. Le mardi III juin, a fait un si gros vent, si grande pluie que fut jamais vu et que les eaux ont tout gâté et tombé quantité de grosses grêles en si grande quantité et grosseur qu’elle a gâté les blés, vignes, chennevières, spécialement à Pierrefitte, Boutiers, et S. « (Bouillet, Histoire du prieuré d’Ambierle, 1910, 150). ~ En Comté. « L’an précédent, 1538, les vignes avaient été universellement gelées, tellement que je ne fis pas une pinte de vin en toutes mes vignes », écrit le seigneur de Broissia, pour ses vignes à Sellières (Jura) (Delsalle, 2011, 58). ~ En Pays messin : « Il gelât en apvril en l’année 1538 tellement que la pluspart des vignes furent gelées. Sy fust il assez abondance de vin » (Le Coullon, 2). ~ En Poitou : « La fin dudit mois [janvier] fut pluvieuse et venteuse, et furent les eaux si grandes que l’on ne pouvoit passer à cheval, par les rivières où l’on avait accoutumé passer ; auquel mois, ni autres précédents de la saison de l’hyver, n’a fait froid pareil, dont l’on présume plutôt mal que bien, tant pour les personnes que pour les biens. […] Le 16e  jour et les deux suivants [avril], fit gelée, laquelle a gâté les vignes, de tous côtés, et n’y a assurance de la dixième partie de fruits, pour l’an présent ; aussi a fait dommage aux noyers » (Le Riche, 20). 25 mars : ordonnance de Fontainebleau pour la publication de la coutume de Nivernais (Isambert, XI, 458). La chasse réprimée par la maréchaussée 12  décembre  : ordonnance attribuant au prévôt des maréchaux la connaissance des crimes et délits en matière de chasse. Soucieux de la conservation du gibier et la protection de ses chasses et « pour ne distraire nos sujets de leur métier, labourage et autres leurs affaires », le roi entend ainsi améliorer la répression d’un délit général dans les campagnes (Isambert, XII, 550). Le droit de premières noces en Ossau Le seigneur de Louvie s’arroge encore le droit de premières noces dans les montagnes d’Ossau sur quelques maisons du village d’Aas, qui dépend d’Eauxbonnes : 190

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« Item, lorsque quelques-uns desdites maisons ci-dessus désignées viendront à se marier, avant de connaître leurs femmes, ils seront tenus de les présenter pour la première nuit audit seigneur de Louvie, pour en faire à son plaisir, ou autrement ils lui paieront tribut » (Bonnemère, 1856, 59).

1539 Pâques : le 6 avril Trop d’eau ! ~ En Poitou  : « Ledit mois [mars] a esté, et aussi le mois précédent, pluvieux et venteux, en manière que les chemins estoient fort gastés et rompus. L’on ne pouvoit bêcher les vergers ni faire les baillarges » (Le Riche, 21). ~ En Quercy  : forte humidité en juillet où l’on ne peut dépiquer le grain qui pourrit sur les sols. 26 et 31 juillet : crue du Lot : « Le vingt et sixiesme julliet, feste Saint-Jacques, la rivière de Lolt creut au pontneuf jusques aux murailhes de la ville, fort hault par l’abondance des pluyes, gresle et tempeste, et en emmesnoit plusieurs bestes tant grosses que menues, gerbes de bled, boys couppé, chanvres, fustes et plusieurs autres choses que homme vivant n’avoit oncques veu dans Caors, et feust ce dernier juillet le pire de pluye, gresle, tempeste et tonnerre, et fist grand mal et domaige ledit desbordement d’eau » (Pouget, 167). Août 1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêts sur le fait de la justice Fort discutée chez les historiens, la portée de ce texte n’est que sectorielle – elle concerne les officiers de l’administration publique  – et surtout progressive. En Haut-Languedoc, dans la rédaction des compoix conservés aujourd’hui pour le ressort départemental du Tarn, la décennie 1530 marque effectivement l’apparition timide du français à côté de l’occitan dans la rédaction des registres. Mais il faut attendre un demi-siècle pour que l’occitan cède le pas au français ou à un langage mixte avant de décliner. Ce n’est que dans les années 1680 que le français est seul utilisé. Art. 51. « Sera fait registres, en forme de preuve, des baptêmes, qui contiendront le temps et l’heure de la nativité, et par l’extrait dudit registre, se pourra prouver le temps de majorité, ou minorité, et sera pleine foi à cette fin. » Art. 111. « Et pour ce que telles choses sont souvent advenues de l’intelligence des mots latins contenus esdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soient de nos cours souveraines et autres subalternes inférieures, soient de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques, actes, exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel français et non autrement. » Art. 180. Nous défendons à tous notaires, de quelque juridiction qu’ils soient, de ne recevoir aucuns contrats d’héritages, soit de venditions, échanges, ou donations, ou autres sans être déclaré par les contractants en quel fief ou censives sont 191

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les choses cédées et transportées, et de quelles charges elles sont chargées envers les seigneurs féodaux ou censuels. […] » Art. 191. Nous défendons à tous lesdits maîtres, ensemble aux compagnons et serviteurs de tous métiers, de ne faire aucunes congrégations ou assemblées, grandes ou petites, et pour quelque cause que ce soit, ni faire aucuns monopoles, et n’avoir ou prendre aucune intelligence les uns avec les autres du fait de leur métier, sur peine de confiscation de corps et de biens ». Cet article sera utilisé pour condamner les grèves agricoles, les « baccanals de moisson » au xviiie  siècle (Isambert, XII, 600-640). Publication de coutumes ✷ Première rédaction de la coutume de Bretagne. ✷ 10  juillet  : ordonnance de Paris pour la publication de la coutume de Senlis (Isambert, XI, 458). ✷ 18 août : ordonnance de Villers-Cotterêts pour la publication de la coutume de Clermont-en-Beauvaisis et celle du Valois (Isambert, XI, 458). ✷ 16  septembre  : réunion à Crépy des représentants des trois États appellés à rédiger la coutume du Valois, publiée dès 1540 avec en même temps celles de Clermont et de Senlis (Carlier, 1764, 562). Varia ✷ 22 mai : édit défendant de se servir de chêne pour les échalas dans les vignes pour réserver ce bois à la charpenterie (Isambert, XII, 559). ✷ 24  juin  : édit défendant l’entrée du royaume aux Bohémiens et enjoignant à ceux qui y sont d’en sortir (Isambert, XII, 566-567). ✷ 30 août : ordonnance signée à Villers-Cotterêts, défendant aux gens de guerre de courir les champs et ordonnant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). ✷ Décembre 1539 : entrée de Charles Quint à Poitiers, dans l’enceinte de laquelle on rencontre de grandes étendues de terres de labour  : « De sa vie, il n’avait vu aussi grand et aussi beau village » (Raveau, 189).

1540 Pâques : le 28 mars Grande sécheresse : bons blés et vins cuits ~ Chaleur extrême en Pays messin. « Durant l’anhée 1540, il fuist sy extrêmement chauld que on dysoit que les biens de la terre ardoient. Touteffoys ce fuist une bonne année fertilles de tous biens. Les anciens disoient n’avoir jamais veu années sy chaude ne sy bons bleids et vin. La queue se venda 10 fr. et la quairte de bleids 6 et 7 solz » (Le Coullon, 2). ~ « Grande sécheresse » en Comté. Autour de Besançon, « les chaleurs durèrent 9  mois et commencèrent à la Chandeleur, et, sans pluie, l’année ne délaisse pas 192

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d’être fertile, et est dite l’année des boutefeux ». « Fut en ladite année si grosse sécheresse que les rivières furent, depuis le mois d’avril jusques environ la fin de novembre, si basses qu’on les passait à pied […] et furent les moissons si hâtives que l’on moissonna en juin par tout, et les vendanges furent commencées à la miaoût et achevées à la Notre-Dame de septembre, et furent les vins si bons, si forts et ardents que l’on n’en osait boire jusques environ Noël » (Froissard-Broissia, 1886, et Delsalle, 2011, 58). ~ Année de sécheresse en Quercy. « Juillet, aoust fitz si chaulz que cusèrent les raysins qu’estoint demeurés, sécher, et appeloit-on ladite année, à cause des chaleurs véhémentes, l’année de la sécheresse […]. Octobre plus chaud et sec que les précédentz, les vinz restant de la tempeste toutz cuitz, ayant la goût de sec, et demy vin, ne peult se conserver jusques à Toussaintz qu’il ne feust gasté, puant ou aygre et les vins devindrent aygres ou troubles […]. Novembre et décembre secs et erat res invisa. Le Lot n’avoit eau pour naviquer. […] Les ruysseaux, fontaines et autres petites rivières estoint stériles d’eau, à Thoulouze les moulins de Garone ne pouvoint mouldre qu’à grande difficultés pour la défaillance de l’eau » (Pouget, 170-171). ~ Sécheresse en Poitou : « On peut dire de cette année et la dernière [1540], qui fut sèche, que de mémoire d’homme, on n’en a telles deux autres, la précédente ayant été bonne, et celle-ci promettant estre fertile de bleds et vins » (Le Riche, 38). ~ Sécheresse en Gascogne : impossibilité de semer les blés autour de Condom « En ceste temps habions faulte de pluye et le monde ne povoyt semer les blez faulte de pluye, les laboreurs enuys » (Dudrot de Cabdebosc, 16). ~ Sécheresse anormale en Provence où presque tous les puits sont asséchés. L’une des plus graves en Europe (Pichard, 195). ~ Mars-octobre 1540 : grande sécheresse. Rivières et fleuves à sec, y compris le Rhin. Eté chaud. Excellentes moissons en France du Nord. « Vin du millésime 1540 tellement chargé de sucre, lui-même mûri par l’éclatante chaleur solaire, qu’il se transforme après fermentation en quasi-apéritif du genre sherry, dont les bouteilles se vendront à prix d’or jusqu’au dernier siècle du deuxième millénaire » (Le Roy Ladurie, 2004, 165). Mortalités n Peste en Franche-Comté autour de Vesoul et Besançon. Épizootie « énorme » dans la région de Salins (Delsalle, 2001, 54). n Épidémie dans le Pays rennais : la « grande menaeson ». Maximum de sépultures en septembre-octobre à Bais et Louvigné-de-Bais (Croix, 1981, 257-260). La paix aux frontières. « Il n’était en ce temps-là nouvelle de guerre » « Les nopces de mon frère fuirent le 8 janvier, sans bruyt pour ce que on attendoit la venue de l’empereur Chairles 5. Lequel entra à Metz le lendemain 9 janvier, fort bien accompaignez de grands seigneurs. Le recueil fuist magnifique. Il séjourna 5 jours puis il tira en Allemaingne. Après le partement de l’Empereur, le 20 janvier fuirent célébrées les nopces de ma sœur au lieu d’Ancey en grande joie. Le nombre 193

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des parans d’une et d’aultre part estoit d’environ 200. Il n’estoit en ce temps-là nouvelle de guerre » (Le Coullon, 2). Lancement de la persécution contre les Vaudois en Provence Le 16  octobre  1540  : Collin Pellenc, vaudois installé dans une bastide du Plan d’Apt, est brûlé vif pour hérésie, place des Jacobins, à Aix. Pour se venger, 120 à 140 villageois de Mérindol (Vaucluse), armés d’arquebuses et d’épées, détruisent le moulin du condamné et menacent le nouveau meunier. Le 18  novembre suivant, le Parlement d’Aix ordonne de saisir au corps 22 habitants de Mérindol qui tiennent « sectes vaudoises luthériennes réprouvées » pour être « brûlés et ars tout vifs et sinon exécutés en figure et peintures » sans instruction préalable. Les années suivantes, François  Ier surseoit aux poursuites jusqu’au 31  janvier  1545 (Bibl. Méjanes, Aix, Ms 954, Procès verbal de l’exécution de Cabrières et Mérindol, d’après Audisio, 1992, 19-21). Brigandage au sud de Paris 9  juillet  : lettres patentes de François  Ier en faveur des habitants de Montlhéry  : « plusieurs maux, pilleries, larcins d’aucuns mauvais garçons, gens volontaires tenant les champs, venant en notre royaume de France sans notre adveu, qui les ont souvent robbés, pillés, battus et outraigés » (AN Y 9, 212, d’après Bezard, 261). Vue d’un village en 1540 Plan du cours de la Petite Sauldre dans la paroisse d’Ivoy-le-Pré (Cher) par Guillaume Augier, à l’occasion d’un procès opposant l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges à la famille Raymon (AD 18, 4 H506, n° 3). Le monde rural n’est pas seulement celui de l’élevage et du labour : la draperie, le cuir, à peine plus loin, la forge utilisaient, comme la meunerie, l’énergie hydraulique (F. Michaud Fréjaville, « Eaux, moulins, usages et paysages à Ivoy-le-Pré en Berry (XVe-XVIe siècle) ».

1541 Pâques : le 17 avril Temps et récoltes ~ En Berry : « La dicte année fut autant tardive qu’on n’en aye point veu passé de longtemps, car on ne commence point à vendanger jusques au moys d’octobre » (Glaumeau, 4). ~ « La bonne année » en Quercy. « Octobre, novembre, beaux pour covrir et ensemenser le bled en terre, et feust appellée la bonne année » (Pouget, 172). ~ En Poitou  : « Auquel mois [mars], jusqu’au 18, a toujours duré la pluye, qui a fait retarder plusieurs de tailler la vigne […]. Le dernier jour, il neigea fort, et dura bien trois jours […]. Le 1er  et les deux jours précédents et les quatre ensuivants [juillet], plut continuellement et venta, et fit grand dommage aux blés qui furent couchés en plusieurs endroits, et plusieurs foins, qui étaient fauchés, en 194

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furent perdus. Pour lesquelles causes furent faites processions les lundi, mardi et mercredi ; auquel jour fut porté en procession le chef de Monsieur Saint-Maixent, auquel jour ne plut, mais a esté obscur et nébuleux, jusqu’au 9e  jour. […] Le 10, plut dès vespres, et continua jusqu’au lendemain, six heures du matin, qui a fait grand dommage aux blés, que l’on ne peut couper, et pour les foins coupés, qui se perdent, et sont les rivières grandes et dérivées […]. Ledit mois a esté pluvieux et en vent de mer, en continuant jusqu’au 24 dudit mois que le temps s’est rangé au beau, selon la saison, et en vent de bise, combien que au matin et au soir le temps aussi froid, pour la froideur de la terre, qui n’est encore eschauffée. On peut dire de cette année et la dernière [1540], qui fut sèche, que de mémoire d’homme, on n’en a telles deux autres, la précédente ayant été bonne, et celle-ci promettant estre fertile de bleds et vins » (Le Riche, 33 et 37-38). Ravages de la peste n Peste signalée autour d’Aix, Avignon et Strasbourg (Biraben, I, 383). n Mais aussi en Lorraine (Cabourdin, 100) et en Franche-Comté autour de Gy et à Lomont-sur-Crête (Doubs) (Delsalle, 2001, 54). Encore un affranchissement de servage en Sologne 20 février 1541 (n. st.) : Devant le bailli de Brinon-sur-Sauldre (Cher) et 22 habitants de la châtellenie, les « manants et habitants » de Brinon sont affranchis par la dame du lieu, Louise d’Étampes, épouse de François Galliot de Genouilhac, sénéchal de Quercy (héritière de Michelle Gaillard, veuve de Florimond Robertet, trésorier de France et secrétaire des finances sous Charles VIII, Louis XII et François Ier), moyennant 100 écus d’or soleil et conversion du double cens en cas de vente en lods et ventes au cinquième du prix de vente. « Estoit anciennement la terre et seigneurie de Brinon de serve condition et les sujets d’icelle serfs et taillables à volonté, et sur leurs personnes et biens avaient les seigneurs dudit Brinon droit de suite et coutumes, ensemble sur les enfants nés et à naître » […] mais les habitants déclarent qu’ils étaient « gens libres, francs et exempts de tous droits de servitude et coutumes, quels qu’ils soient, et qu’ils avaient joui et usé de liberté et franchise, eux et leurs prédécesseurs, par temps immémorial, et fait tous actes de gens libres et francs et de franche condition, au vu et au su de ladite dame et de ses prédécesseurs » (AN, Q1/494*/2 F° 11-22, Guérin, 213). Brigandage toujours Le 19 septembre : « Claude Genton, prévost des mareschaux, fut mandé à la cour et on lui remonstra les voleries, exactions et pilleries que commettoient aux environs de Paris les gens d’armes qui tenoient les champs et leurs valets, palfreniers et goujats auxquels s’estoit joint un grand nombre de vagabonds et qu’il estoit de son devoir d’en purger le pays » (Bezard, 261). En pays de cocagne : l’apogée du pastel En 1541, les exportations de pastel depuis Bordeaux atteignent leur maximum  : 145 000 balles, soit environ 13 000 tonnes, qui ont été expédiées vers quatre ports : 195

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Rouen (52 %), Bilbao (22 %), Anvers (15 %), Londres (11 %), des proportions qui varient selon les années. Pour produire cette quantité énorme, il faut confectionner, à partir des feuilles de pastel broyées au moulin, environ 40 millions de coques ou « coquagnes », les mettre à sécher, puis les broyer et les travailler pendant quatre mois pour obtenir le produit prêt à l’emploi. Acheminer ces balles vers Toulouse et Albi nécessite 25 000 charrettes, et quelque 400 couraux (bateaux à fond plat) pour les transporter sur la Garonne avant de les décharger à Bordeaux, aux Chartrons. Il faut ensuite les embarquer sur 220 navires de haute mer, ancrés dans la Garonne, car Bordeaux ne dispose pas de quais. Arrivées sur place les balles sont vendues sur place aux teinturiers (Rouen ou Anvers), mais le plus souvent rechargées sur des mulets (à Bilbao), des charrettes ou d’autres bateaux pour être expédiées vers leur destination finale, souvent très loin du port d’arrivée. La masse considérable de travail indispensable pour mettre en œuvre le colorant, les salaires et les autres revenus qui en découlent, font considérer comme « pays de cocagne » le Lauragais et l’Albigeois, où il est alors cultivé (d’après Francis Brumont).

1542 Pâques : le 9 avril Année froide et tardive ~ En Berry : « L’an 1542, Pasques estoyent le neupvième jour d’apvril. La dicte année fut bien froide et bien tardive. Les vignes n’avoyent enquore poussé au moys de may, et à la Magdelaine on n’avoit point enquore amassés des bleds ou bien peu » (Glaumeau, 4). ~ En Poitou : « juin 1542. Jusqu’au 3 de ce mois, le temps a esté froid et pluvieux, de sorte que les fruits ne pouvaient profiter ni mûrir, même les vignes, lesquelles en plusieurs lieux gelèrent. […] Le 11 [septembre] fut grande pluie et vent, qui abatit les tuiles des maisons et arbres. Le 15 de nuit, et le 16 de jour, il a fait grande pluie, pour laquelle les rivières sont dérivées, et ne viendront les raisins à maturité. Le 18, et se continuoit la pluye » (Le Riche, 43 et 46). Poussées de peste n Peste signalée autour d’Agen, Aix, Apt, Avignon, Chambéry, Dijon, Metz, Montélimar, Nîmes et Toulouse (Biraben, 383). n Mais aussi en Franche-Comté autour de Salins, Baume-les-Dames et Besançon (Doubs), à compter de juin (Delsalle, 2001, 54). Grèves de dîmes 26 août 1542. Arrêt du parlement de Paris contre les grèves de dîmes en Beauce blésoise. « À la suscitation d’aucuns mal sentant la foi et religion chrétienne, grande partie des laboureurs, vignerons et autres habitants des paroisses ci-dessus déclarées se seraient délibérés de ne plus payer la droit de dîmes et par forme 196

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de conspiration auraient fait plusieurs monopoles et assemblées esquelles […] ils auraient dit, tenu et publié que dîmes n’étaient point dues et que si elles étaient dues, c’était à volonté et que encore d’icelles fallait déduire les labours, semences, façons et impenses […] et grande partie des habitants desdites villes n’avaient voulu et ne veulent payer aucunes dîmes ni souffrir leurs gerbes être comptées » (Puzelat, 1999, 127). Bruits de guerre dans les campagnes ” 20 février : ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et requérant les gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). ” Été  : ravages des gens d’armes  : « Au moys de juillet et aoust, Françoys premier de ce nom, roy de France, assembla quatre grands camps de bataille, un à la Franche-Conté en Bourgognhie, où estoit chef le duc d’Orléans son filz ; un autre à Bayoune ; un autre à Thurin en garnizon d’Italie, chef M. d’Annebault ; l’autre et le plus grand à Narbonne, chef et viroy M. de Montpezat, en Quercy, et y vint le roy, M. le Daufin, M. d’Orléans, dont issit grand mal aux pays de Picardie, de France et de Quercy, que feurent gastés par la descente des gens d’armes de cheval et de pied, par les grandes tirannies, larrecins, violances, batementz, pilheries et ransonnementz que fesoint sur le povre peuple » (Pouget, 174). ” Lors du siège de Perpignan, la communauté de Gaillargues (Hérault) doit envoyer des villageois porter des vivres, avec mules et charrettes, aux troupes du dauphin alors que des soldats, logés au village, détériorent le four (Hermann, 1999). « Le commencement des douleurs » 9e guerre d’Italie entre François Ier et Charles Quint (1542-juin 1546). Pour le jeune Jean Le Coullon, fils d’un riche laboureur du Pays messin, l’année 1542 inscrit une césure. La reprise de la guerre entre François Ier et Charles Quint livre les campagnes au logement et au ravitaillement des soldats. Un fléau en appelant un autre, dans la mémoire de ce chroniqueur paysan, le dérèglement des saisons touche aussi la production agricole tandis que la peste frappe à la porte. « L’an 1542 fuist le commencement de douleurs. Car au moys de juin, le Roy Françoys, premier du nom, desclaira la guerre contre l’empereur Chairles estant lors en Affrique. Pour ces armées assembler, le conte Guillaume de Furstemberg tenant son party, vint à Gorze et es quatre mairies, assembler grand nombre de lansquenetz qui journellement venoient à sa soulde. Ils fuirent 30 jours à Ancey et estoient en nombre 1350. La despance qu’ils firent fust grande excessivement. Il n’y eust logis, portant l’un l’aultre, qu’il n’y fust beu 3 queue de vin. Ils tuèrent environ 1 000 moutons sans les bœufz et vaches. L’armée, quand elle partit, que fuist le 15 juillet, estoit de 3 000 à 4 000 hommes. « Les biens commencèrent dès lors à s’appetisser et la cherté à venir avant. Les temps aussy et saisons ne fuirent sy propres qu’auparavant, pour les froidures et grosses pluyes qui vindrent, tellement que les bleidz et vins ne fuirent guères bon. On vandangeoit une partie au moys de novembre et n’y avoit plus de feuille es vignes dès la Saint-Remy. La peste survint dont plussieurs moururent. Je por197

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mena la fiebvre environ six semaine. Le vin se vanda 18  fr. la queue, le bleidz 2 F la quairte, ceux des années précédentes furent vandus 90 et 80 F la queue » (Le Coullon, 4).

1543 Pâques : le 25 mars Temps froid et pluvieux ✷ Autour de Bourges : « Le 18e jour de mars, c’estoit ung jour de Pasques fleuries, et toute la sepmaine saincte ensuyvant, les eaulx estoyent partout derrivées aux grosses rivyères et furent si grandes au molin de la Chappe qu’elles emmenèrent une grande partie des levées dudict molin et firent des maulx beaucoup. « L’an  1543, Pasques estoyent le 25e  jour de mars, et le dict jour, gella tres âprement avec neiges ; mais la grâce à Dieu, ne fist aulchun mal. Ladite année fut assez fertile » (Glaumeau, 6). ✷ En Poitou : « juillet 1543. Le commencement dudit mois fut variable, froid et pluvieux, comme fut le mois précédent, et commença à faire chaud le 12 de ce mois » (Le Riche, 51). Ravages de la peste n Peste signalée autour de Dijon, Mézières, Nîmes et Toulouse (Biraben, I, 383) ; et aussi en Franche-Comté, autour de Salins, Baume-les-Dames et Besançon (Doubs) (Delsalle, 2001, 54). Premiers conflits religieux autour de Metz À la suite de l’occupation de Gorze par le comte de Furstemberg et l’arrivée de Guillaume Farel, le duc de Guise reprend l’abbaye et rétablit le contrôle catholique, par la terreur. « Le jour de Pasques suyvant, 25  mars  1543, le sieur Claude de Guise, accompaignez de 2 ou 3 de ses fils et de bon nombre de gens d’armes, s’en vint à Gorze courir sur ceux de Metz estans venus au presche. Ung bourgeois y fuist tuez et massacrez, plussieurs femmes noyées au passaige de Jouy, contraintes de se jetter en la rivière, d’aultres furent prinses et emmenées jusqu’au Pont-àMousson. La pluspart des bourgeois se retirèrent en l’abbaye avec les Allemands. Parlement fuist fait, de sorte qu’ils rendirent la place, sortans tant les Allemand, Pharel, que ceulx de Metz, leurs armes et bagues sauves. « L’abaye rendue audict sieur de Guise, il y laissa environ 500 Italiens, gens insollens et mauvais, qui faisoient courses ordinairement sur les terres de l’empereur vers Thionville et Raville. Ils pilloyent aussy journellement à Ancey et es aultres villaiges. Continuèrent ainsy par l’espace de 5 sepmaines, puis s’en retournèrent, laissant en l’abaye environ 40 hommes seullement » (Le Coullon, 5).

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Les serfs de Bourgogne En mars  1543, un édit de François  Ier autorise les serfs royaux du duché de Bourgogne à racheter leur servitude au prix d’un dixième de leurs biens. Révoqué le 5  février  1544, cet édit est renouvelé par Henri  II en 1554 (Marcel Garaud, Histoire générale du droit privé français de 1789 à 1804, 1953, 27). Banditisme rural en Poitou « Décembre 1543. Au commencement et devant, fut nouvelle de plusieurs voleurs et brigands de bois, qui entroient de nuit par force, ès maisons dessus les champs, comme chez un nommé Gitton, paroisse de Pamplie, ou de Champdeniers, où ils firent plusieurs excès, et aussi chez un aveugle, nommé d’Anzay, paroisse de Coustiers (Coutières), et longtemps auparavant chez le curé de Xainton. Et après essayèrent d’entrer de nuit chez Coignan, paroisse de Clavé, et après chez un nommé Chasteau, à Aubigny. Et s’adressoient ceux qui se trouvoient par les chemins, et mesmement près cette ville » (Le Riche, 52-53). « Mauvais gré » Dans le cadre d’une concurrence entre fermiers au nord de Meaux, à Villeroy, une sentence intervient le 11  mai contre Jeanne Fillon, veuve de Pierre Musnier, et ses trois enfants, Guillaume, Pierre et Jean, pour avoir entravé le nouveau fermier d’un lot de 18 arpents (9 ha), Jean Martin, dans la jouissance de son bail. Le fermier entrant « se serait transporté avec ses chevaux et charrue sur une des pièces pour commencer à labourer ». Surviennent les trois fils Musnier « qui n’auraient pas voulu souffir ledit Martin qu’il labourât icelles terres et par menaces aurait été contraint de s’en aller, au moyen de quoi n’aurait pu icelles terres labourer » (AD 77, H194, d’après Moriceau, 116). Le cadastre arrive en Comminges En 1543, les experts nommés par les états de Comminges arrivent au village de Fustignac, dont le seigneur est le baron de Benque, l’une des plus vieilles familles commingeoises. Juge et partie, et soucieux de l’exclusivité de son pouvoir sur les paysans, ce dernier ne peut rien contre les experts venus sur place. Même dans les marges du royaume, la montée de l’État moderne est patente. « Et ledit jour [4  juin  1543], le seigneur de Benca nous est venu dire qu’il avait entendu que l’on lui voulait perjer [arpenter] les lieux de Abst et Fustignac [Haute-Garonne], et que jamais n’avaient accoutumé les paysans de ces lieux en payer aucunes tailles au roi, et que si l’on était sage l’on ne les misse point à la perge car lesdits lieux du tout à jamais avoient accoutumés être francs de taille. À cause de quoi, pour fuir la fureur dudit seigneur n’avons point fait perger lesdits lieux, mais iceux avons fait visiter par ledit maître Pierre Brunet, agrimenseur et maître juré audit art. Peut tenir Abst, 60 sétérées terre bonne, et Fustignac, 600 sétérées et plus » (Souriac, 1985, 277-278).

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Lies et passeries dans les Quatre-Vallées Le 18 juin, un accord de dépaissance et de sécurité réciproque associe les vallées françaises de Louron, Aure et Barège avec celles de Gistain, Bielsa et Puértolas, en Aragon. Deux siècles plus tard, Aragonais et Aurois s’accordent toujours pour penser qu’il s’agit là du « seul vrai et le plus ancien monument de cette confédération » (AD 65, C 333). Essartage et cabanisation en Provence En 1543, Antoine Arlani, marchand de Draguignan, s’associe avec Jean Astier et Perrin Ysoard, du Muy, pour réaliser un essart de 4 setiers. Ces derniers couperont le bois, le brûleront et le sèmeront. Ils conserveront l’usage de l’essart deux années. Les dépenses opérées seront « aux dépens communs desdites parties repectives et pour ensemble exceptat la cabano ». La « cabano » fait référence à une structure d’habitat temporaire dans laquelle les exploitants résideront, au moins ponctuellement, pour protéger l’essart contre les vols et les dégradations dues aux animaux sauvages. Deux ans plus tard, le même Antoine Arlani s’associe avec Joseph Ardisson, du Muy, pour réaliser un nouvel essart au Revest à l’intérieur duquel le preneur devra « faire cabane ». L’implantation provisoire sur place paraît dictée par la nécessité de surveiller les semailles (AD Var, 3E 3179, f°107-108 et 3E 3181, f° 29, d’après Burri, HSR 46, 57-58).

1544 Pâques : le 13 avril Automne pourri en Poitou « Septembre 1544. Le 23, fit beau temps clair, jusqu’à trois heures après midi, que la pluie vint avec grande abondance, telle que l’on n’a vu pluie, trois ans en çà, qui donna grende pene aux vendangeurs, qui estoient ès vignes, qui s’en vindrent, et trouvèrent les charrois pleins d’eau, comme de moult. […] Octobre. Auquel mois, jusqu’au 18, et quinze jours précédents ledit mois, la pluie a presque tous les jours continuée » (Le Riche, 58-59). Recrudescence de la peste Peste signalée autour d’Amiens, Auxerre, Briey, Châlons-sur-Marne, Chambéry, Coulommiers, Dijon, Limoges, Montpellier, Paris, Péronne, Pithiviers, Rouen et Senlis (Biraben, 383). n Mais aussi en Franche-Comté autour de Besançon (Doubs) (Delsalle, 2001, 54) et  en Lorraine autour de Nancy. Peste à Azelot, Burthécourt, Pierreville (Cabourdin, 100). n

Famine dans le Maine et en Comté ~ Dans le Maine. Année  1544  : « Il y eut un dérangement de saison si terrible que la terre perdit toute sa fertilité : les fruits ne parvinrent pas à leur maturité 200

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et, dans le peu de grains qui se recueillirent, les vers s’y engendrèrent et ne laissèrent pas la semence nécessaire. Cette famine fut suivie de quelques maladies et d’une peste qui emporta le tiers des habitants de la province. L’on ordonna des processions que l’on cessa par la trop grande mortalité. » Le mercredi 21 juin 1544, la châsse de sainte Scholastique est portée en procession pour obtenir la cessation du mauvais temps. L’année suivante, en 1545-1546, le Maine est désolé par une famine pendent laquelle une partie de la population est réduite à se nourrir d’un pain fait de glands ou de sarrasin (Triger, 100). ~ Grande misère à Salins. En juin, les pauvres y affluent « à cause de la grande cherté des vivres » (Delsalle, 2001, 54). L’année des « Bourguignons » En juin, Charles Quint revient à Metz : « Au mois de juing audict an 44, l’empereur Chairles vint à Metz (estans logés sur sieur Androyn Roucel), accompaignez de grands seigneurs, de tant de gens armez à pieds et à chevaux en fort bon ordre et de tant d’artillerie et aultres munition par terres et par eaues que chacun en estoit esmerveillez. Jamais hommes de ces pays n’avoit veu telle puissance. Ayans esté environ trois sepmaines à Metz il s’en alla avec ces armées en France. Pendant qu’il fuist à Metz vindrent environ 500 lances Hault Bourguignons loger à Ancey, y fuirent 3 jours, non sans grand dopmaige pour les pauvres gens. C’estoient gens les myeux en ordre que j’eusse jamais veu. Il convint en plusieurs lieux oster la celle des chevaulx pour entrer es logis. La paix fuist faicte vers la fin de septembre. Nonobstant, l’empereur repartit grand nombre de ces Espaignol en la terre de Gorze et aultres lieux apartenant aux presbtres pour là hyverner. Que fuist grand pitié des maux qu’il firent, veu la faulte des biens et nécessité que les pauvres gens avoient, car la moisson fuist petite, pareillement les vandange. Il ne fuist pas un demy quart d’année. Le vin se vanda 40 F la queue » (Le Coullon, 8). Charles Quint envahit la Champagne. ” 13 juillet-17 août : siège et prise de Saint-Dizier par l’empereur, qui ouvre un second front au nord-est après la défaite de Cérisoles, subie dans le Piémont. Les armées impériales, qui souffrent de la faim, vivent sur le plat pays. ” 24  juillet  : prise de Vitry-en-Perthois, incendiée par les Impériaux (Vitry-leBrûlé). Les Impériaux parviennent jusqu’à Château-Thierry et Épernay. L’armée de Charles Quint menace Paris  : plusieurs détachements s’avancent jusqu’aux portes de Meaux (Carlier, 1764, 578). ” Début septembre  : vive inquiétude à Paris, comme le signale le prologue du Tiers livre de Rabelais. ” 19 juillet-18 septembre : siège de Montreuil puis de Boulogne-sur-Mer par les armées de Henri VIII, parties de Calais. ” Septembre : traité de paix de Crépy-en-Valois, bourg situé entre les deux armées de François Ier et de Charles Quint, remettant les choses dans le même état qu’avant la trêve de Nice (Carlier, 1764, 579-580). Longtemps après, « l’année des Bourguignons » reste dans la mémoire d’un bourgeois de Reims, qui la fixe à la date du 19 juin 1544 (Pussot, 232). 201

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Banditisme rural ~ En Île-de-France : en janvier, François Ier signe des lettres patentes en faveur des habitants de Villepreux (Yvelines) : « plusieurs maux, pilleries, larcins d’aucuns mauvais garçons, gens volontaires tenant les champs, venant en notre royaume de France sans notre adveu, qui les ont souvent robbés, pillés, battus et outraigés » (BnF, Ms, NAF 3651, d’après Bezard, 261). ~ En Poitou, « août 1544. Le 25, fut fait guet, en cette ville, pour les avanturiers qui estoient à Celles, et qui estoient en plusieurs bandes, en chacune d’icelles 7 ou 800 hommes, dont deux ou trois bandes furent autour de Niort, et y voulurent entrer, ce que aucuns habitants consentirent, et les autres non, et entre eux, y eut débat, parce que les uns disoient que lesdits aventuriers gasteroient les pauvres gens des champs autour de Niort, ce qu’ils faisoient déjà, prenaient les meubles des pauvres gens, et les faisoient racheter par eux ou autres, et autant en faisoient de leurs juments, et ont fait et font plusieurs ecès au pays par où ils ont passé » (Le Riche, 57-58). Sorcellerie et bestialité Procès à Saint-Dié. Début du grand siècle de la répression de la sorcellerie en Lorraine (1544-1634) (Diedler, 132). 13 décembre : sentence du juge royal du Chaslard condamnant à la pendaison Jean Devialle, berger, pour avoir eu copulation charnelle avec une chèvre noire et une génisse. La sentence est confirmée par le parlement de Paris le 9  janvier  1545. Il s’agit du premier procès de bestialité recensé par le procureur du roi Simon Gueulette jusqu’en 1692 (Hernandez, 1920, 122-124). Remembrement et repeuplement ~ En Poitou, le 7  mars, René de Meulles, seigneur du Fresne-Chabot, donne à ferme à des laboureurs à charrue sa métairie du Grand-Marchais, en la paroisse de Nueil-les-Aubiers (Deux-Sèvres). Le bail précise que la métairie comprend « à présent » toute la borderie de La Salle, celle de l’Erbodière et la moitié du quarteron de la Milcendère. C’est par une réunion de plusieurs tenures que le domaine du Grand-Marchais a été constitué (Merle, 50-51). ~ En Provence, le 4 juin, les commissaires chargés d’enquêter sur les localités de Provence repeuplées depuis leur désertion imposent à la taille le village de Mimet. On y dénombre 27 chefs de feu, dont 12 seulement descendent des défricheurs de 1468. Le repeuplement reste fragile dans ce « terroir maigre et stérile », que plusieurs veulent « déshabiter ». Trois ans plus tard, le nombre de maisons tombe à 20 (AD 13, B 201, f°12-13, d’après Coulet, 422).

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1545

1545 Pâques : le 5 avril La « seconde chaude année » ✷ Dans le Pays messin : « La moisson fuist petite mais les bleidz furent bon, car depuis Pasque jusques la Saint-Martin fuirent toujours les chaleurs grandes ; celle année fuist appellée la seconde chaude année. Il sembloit qu’on ne deust trouver que bien peu de vandange. Mais on en trouva plus que 2 fois que on n’esperoit. Ce ne fuist portant qu’environ ung quart d’année. Les vins fuirent souverainement bon. La queue valloit 25 F » (Le Coullon, 15). ✷ En Quercy  : Été très sec avec de violents orages. Tous les grains et tous les fruits manquèrent (Sol, 369). ✷ En Poitou : Été très orageux autour de Saint-Maixent. « Juillet 1545. Le 14, au soir, fit une tempête et batteresse [nuée de grêle] des bleds et autres fruits estant ès terres, dessous Villiers, jusqu’auprès de Melle, en manière que tous les bleds ont esté gastés des paroisses d’Aigonnay, Sainte-Néomaye, Romans et autres, ce qui empeschera les gens des champs de payer. Mesmement ceux qui tiennent les métairies à ferme sont fort ébahis, et sont allés vers les maîtres dont ils tiennent, leur disant qu’ils prissent le tout du reste. Vaut à présent le boisseau de seigle 10 sous, et le froment, douze sous au minage [marché]. » « Aoust 1545. Le 7, fit grand tonnerre en ce pays et tomba une foudre sur un chesne, qui estoit ès pièce du champ de la Croix de ma métairie de Claveau, qu’elle partit en travers du long, et de telle impétuosité qu’elle porta des lopins ou buches dudit chesne çà et là, et bois dudit chesne de 20 ou 30 pas. Et auparavant, la foudre avoit tué trois ou quatre personnes en l’église de Fenioux en Gastine » (Le Riche, 63-64). Violente poussée de peste n Peste signalée autour d’Agen, Amiens, Bordeaux, Briey, Brignoles, Cambrai, Carpentras, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, Lectoure, Limoges, Moutiers, Nantes, Nîmes, Orange, Paris, Péronne, Pithiviers, Rouen et Senlis (Biraben, 383). n Peste aussi en Franche-Comté autour de Salins (Delsalle, 2001, 54). n Contagion en Gascogne du 1er mai 1545 au 1er mai 1546 : mortalité à Condom par une « fièvre continue que l’on appelle mal chault » (Dudrot de Cabdebosc, 17-18). Grèves de dîmes en Beauce Édit du 1er mars 1545 octroyé à la demande du clergé de Chartres pour réagir contre les premières grèves de dîmes et les prémices. « Plusieurs agricoles propriétaires et tenanciers […] redevables desdites dîmes et prémices ursurpent, détiennent et dénient payer icelles souventes fois, tenant et recueillant secrètement les fruits décimaux de leurs héritages et autres choses décimables à heures et jours indus ». En conséquence, les décimables du diocèse devront à l’avenir aviser les dîmeurs du jour de la récolte à peine de confiscation et d’amende arbitraire (Isambert, XII, 906). 203

1545

Lourmarin et Cabrières : deux villages vaudois martyrs Le 18 au 20 avril : destruction des villages vaudois de Lourmarin et de Cabrièresd’Avignon (Vaucluse) par les troupes royales et pontificales qui pillent tout ce qu’elles trouvent et massacrent les malheureux restés sur place. Le dimanche 19 avril, siège de Cabrières, refuge fortifié des Vaudois, dont les murailles sont éventrées au canon. D’après la lettre de Pero Gelido au cardinal Farnèse du 20 avril : « Après beaucoup de fatigue et de dépenses, Cabrières s’est rendue au capitaine Polin et tous les habitants de ce lieu, femmes et enfants de tout âge comme les hommes, ont été brûlés et tirés par les soldats sauf douze des principaux que l’on a menés à Avignon pour servir d’exemple au peuple. » Après Cabrières, les atrocités se poursuivent en Lubéron où un petit groupe de villageois, retiré dans la grotte de la Bérigoule, est asphyxié par les troupes royales. En 1972, des archéologues retrouveront des ossements humains de femmes et d’enfants accompagnés d’animaux domestiques, datés du xvie siècle (Audisio, 363 et Bibl. Méjanes, Aix, Ms 954, Procès-verbal de l’exécution de Cabrières et Mérindol, d’après Audisio). Fin avril-début mai, le Luberon est mis en coupe réglée. D’après J.  Aubery (Histoire de l’éxécution de Cabrières et de Mérindol, 1645), les soldats du vice-légat, « certains compagnons qui vont par escadrons, et viennent du comté de Venise, prennent des filles et des femmes, tant dudit lieu de Murs que d’autres, les mènent au bois et ne font à leur plaisir ; les tiennent trois, quatre et cinq heures, puis les renvoient ; dépouillent les hommes qu’ils trouvent, prennent le bétail et ravissent tout sans regarder à qui il est, et le transportent hors du pays de Provence, de sorte qu’il n’y a plus de bétail ni à bons ni à mauvais ». En dehors des soldats, les paysans de la région organisent des razzias. D’après Aubéry, « non seulement les soldats mais même les paysans des lieux voisins, comme Curcuron et Pertuis, venaient piller ce qui était demeuré la proie des soldats ». Certains arrivent de plus loin, comme ces pillards de Saint-Zacharie et Auriol, venus de plus de 50 km emporter les cloches enlever les tuiles des maisons. « Ces trois bandes de paysans pillards étaient ceux de La Bastide-des-Jourdans dont était capitaine Pierre Martin, ceux de Grambois et ceux de Montjustin et Montfuron ». Certaines victimes obtiennent restitution d’une partie de leurs pertes moyennant quittance des ravisseurs devant notaire. Le 5 octobre 1545, « Daniel Vian, de La Motte-d’Aigues, reconnaît avoir reçu de Me Elzias et de Me Jean Sezarii, frères, bessons de Cucuron : un sayr de drap d’hôtel dit burel, trois cheises, 13 gros en argent que lesdites frères avaient eu de certain butin que ledit Daniel lontra audit Sezari et certains autres soudarts ce mois de mai, à la destruction sive défaite contre les luthériens et hérétiques au terroir de La Motte-d’Aigues, lequel lieu de La Motte a été tout détruit et défait » (Audisio, 366-368). La revanche sur les bandits « Avril  1545. Le 15, et les deux jours précédents, furent défaits, près de ChefBoutonne (Deux-Sèvres), quelques membres d’advanturiers qui s’estoient eslevés sous ung nommé de la Tour, qui avoit esté moine de ceste ville, faisant plusieurs maux sur les champs aux gens de labeur, qu’ils rançonnoient et outrageoient. Il y 204

1545

en eut vingt-trois pendus, dont furent ung nommé Guyden, et le petit Roi de Niort, un nommé Chagneau, de Fontenay-le-Comte, et dix ou douze qui se défendirent, tués, et bien soixante envoyés à Poitiers, pour sçavoir que l’on en feroit. Ledit de la Tour, capitaine, eschappa ; les gens des champs prenoient ceux qui fuyoient, et les dépouilloient et les laissoient aller » (Le Riche, 61-62). Mariage entre laboureurs à huis clos Janvier  1545 (n.  st.). Mariage à huis clos d’un laboureur-vigneron d’Ancy-surMoselle (Moselle), au Pays messin sous l’occupation espagnole. Les trois étapes se succèdent, promptement : fiançailles, contrat et paroles de présent. « La grande amitié que Mangin Guillaume et Jean Chaussier, son filz, portoient à mon père et à moy fuist en parties cause de mon transport vers Jeannon, fille unicque dudict Chaussier et de Francoize Ollivier, sa femme, de sorte que d’ung grand consentement des parans d’une et d’aultre parties, notre contractz fuist accordez le 4 janvier  1544 et fuismes fiancez le mesmes jour avec honneste solempnité selon la coustume d’alors. Le vicaire, nommé messire Didier Pierre, presbtre, nous fiancea. « Parce que on ne savoit le temps que les Espaignol s’en yroient de ce pays, mes parans et ceux de part ma fiancée trouvèrent bon de passer oultre au mariaige. Partant, nous espousâmes le sabmedi dernier janvier 1544 à vespre, selon l’église romaine. Le lendemain, fuirent invitez, d’une et d’aultre part, environ seullement 36 ou 40  personnes des plus proches. Le festin se fist au logis de mon père, à huis fermez. C’estoit au temps que on fornisoit munition aux Espaignol » (Le Coullon, 10).

1546 Pâques : le 25 avril De la famine à l’abondance L’évêque du  Mans René du Bellay, à l’occasion de la famine de [1545]-1546, va implorer le roi, témoignant que le peuple est contraint de consommer du « pain fait de gland et de blé sarrasin », dont il apporte à la cour des échantillons de grains. « Ce bon évêque, ayant été député pour aller à Paris représenter au roi François la pauvreté et les misères de son diocèse, qui était affligé d’une telle disette de toutes choses que la plupart du peuple était contraint de sustenter sa vie de pain fait de gland ou de bled sarrazin duquel il emporta quelques échantillons en son voyage, pour tacher d’émouvoir le roi et ses ministres à compassion, afin qu’on détournât les garnisons des gens de guerre qu’on y avait assignées. Il s’acquitta fidèlement de cette commission et obtint tout ce qu’il demandait par la faveur de ses frères. Mais, lors qu’il était sur les termes de son retour en sa province, il fut surpris d’une maladie, dont il mourut à Paris, au mois d’août 1546 » (Antoine Le Corvaisier, Histoire des évesques du Mans, 1648, 825-826).

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1546

Année d’abondance en Poitou ✷ « Septembre  1546. Cette année a été fertile en tous fruits, tempérée et sans maladies : autant y a peu de malade et n’a esté telle année si abondante en fruits, depuis 25 ans ou plus. Grâce devons rendre et mercis À Dieu qui, par sa prudence, L’an mil cinq cent quarante six De tous fruits nous donne abondance. Le peuple eut grande souffrance, L’an précédent ; rude et stéril La faim à plusieurs fit genance : De mort, Dieu nous garde de péril » (Le Riche, 72). Mortalités n Peste signalée autour d’Abbeville, Aix, Arles, Avignon, Avranches, Bordeaux, Cambrai, Grenoble, La Réole, Le Puy, Limoges, Marseille, Nantes, Orléans, Paris, Rouen et Senlis (Biraben, 383). n Peste en Franche-Comté autour de Besançon (Doubs) (Delsalle, 2001, 54). n Suite du « mal chaud » en Gascogne : « En ce temps fezoyt gros chault et regnoyt grosses maladies de fieuvre chaulde sive mal chault » (Dudrot de Cabdebosc, 17). Abus des gens d’armes « Le 18 [janvier], fus à Parthenay, où je parlais à M. du Lude, qui y estoit, et les avocat et procureur du roi de Poitiers, et plusieurs gentilshommes, tous assemblés, pour délibérer au sujet de quelques gendermes, tant de cheval que de pied, étant en garnison ou en campagne, qui auroient fait beaucoup de maux, tant à Mirebeau qu’ailleurs […]. Le 2 février, fut publiée une ordonnance en ceste ville, touchant les garnisons de gens d’armes, par laquelle les villes closes où seront les gens d’armes fourniront à leurs despens, ès gens d’armes qui tiendront garnison, de logis, ustanciles, bois et manger, une chandelle et sel […]. Lesdits gens d’armes ne tiendront les champs, ne se logeront ès hostelleries, et payeront comme les autres. « Et quand ils seront en troupe, auront un chef de bande, et ne se sépareront et vivront par estapes, où ils seront fournis d’avoine, foin et paille, par les gens des champs, et le par sus payeront à la raison du taux qui sera fait par les officiers des lieux de garnison, selon les temps. Et si lesdits gens d’armes sont trouvés tenir les champs, les officiers pourront assembler l’arrière-ban, pour leur courir sus, les prendre et faire punir par le prévost des mareschaulx » (Le Riche, 66-67). Un syndicat de villages « Syndicat des villages » du Comminges contre une réforme de l’assiette de la taille. En réalité, deux « syndicats » se constituent cette année-là. Le premier, autour de Muret, regroupe 13 villages autour de Frouzins. Le second rassemble 108 communautés d’habitants du bas pays qui mandatent des syndics pour protester contre les résultats de la révision fiscale. Avec cette nouvelle répartition – ou « bolugue » 206

1546

– les états de Comminges ont déchargé les communautés du haut pays, les vallées montagnardes, reconnues comme surimposées dans l’ancienne assiette. L’assemblée générale des représentants qui mandate les syndics, chargés de faire appel de la décision des états de Comminges auprès de la cour des Aides de Montpellier puis auprès du Conseil du roi. À la suite d’une nouvelle enquête, les décisions antérieures sont confirmées et les communautés d’habitants s’exécutent en 1553 (AD 31, C 3401 à 3707, d’après Souriac, 1977 et 1985, 274-275).

1547 Pâques : le 10 avril Hiver rigoureux ✷ En Bretagne : février rigoureux à Ménéac (Croix, 261). ✷ En Poitou  : « Le commencement dudit mois (février) a esté froid et plein de gelées et glaces, jusqu’au 13 dudit mois, que le temps se radoucit et desgela » (Le Riche, 72). Vagues de pestes n Peste signalée autour d’Amiens, Angoulême, Bayonne, Bordeaux, Briey, Caen, Châteaudun, Grenoble, Limoges, Marseille, Metz, Moulins, Nantes, Rouen, Tours et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, I, 383). n Novembre-décembre : épidémie à Ménéac (Croix, 260). Les épices s’invitent au festin Les temps changent. Le monde extérieur s’invite dans les campagnes. Il n’y a plus de festins sans épices, que les « bonnes gens » ne connaissaient pas jusque-là  : « poyvre, safran, gingembre, canelle, myrabolans à la Corinthiace, muscade, girofle, et autres semblables resveries [sont] transférées des villes en noz villages » (Noël du Fail, 20). « Il faisait alors bon vivre en ce pays » Après deux moissons jugées successivement « bonnes et fertiles », et avant une année 1548 considérée de même, un laboureur lorrain peut se laisser aller à une trêve d’optimisme. « L’année 1547, fuist pareillement bonne et fertille. Il faisoit alors bon vivre en ce pays, à cause qu’il n’y avoit guerre ny trouble » (Le Coullon, 16). Limiter le prix des vivres Ordonnance de François  Ier. « Le 13  janvier, m’a esté baillé une ordonnance du roi, par laquelle est mandé ès officiers royaux de mettre prix sur les vivres, en leurs juridictions, de trois en trois mois » (Le Riche, 75). « Grand cherté de blé en France et quasi-famine » (Daurée, 119). 207

1547

Le début du long « procès des tailles » En Dauphiné, début d’un long « procès des tailles » commencé par trois villages proches de Grenoble. Le mouvement s’étend ensuite à toute la province en raison de l’importance de l’investissement urbain à la campagne, surtout dans les vallées et sur les plateaux. La tension se terminera en 1639 avec le passage de la taille personnelle à la taille réelle (Favier, 1993).

1548 Pâques : le 1er avril Gel des vignes en Berry « En ceste année, le dimanche vie jour de may, jour de la Saint-Jehan chaulde, en nuict gella bien fort tellement que la plus grande part des vignes autour de Bourges gellèrent. […]. En la mesme année, on moys de décembre, et memement le jour Saint-Nycolas, les neiges furent aussi grandes qu’on les avait point veues à vingt-cinq ans, et durèrent bien troys spemaines ou envyron » (Glaumeau, 33). Pestes localisées Peste signalée autour d’Amiens, Angoulême, Bayonne, Caen, Limoges, Nantes, Paris, Toulouse et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 383). n Mais aussi pestes très localisées en Bretagne, à Saint-Jean-Brévelay en septembre (E sup. 56, et Croix, 260). n

Révolte des Pitauds : descente des cloches des églises de l’Aquitaine En juillet, des communes de l’Angoumois et de la Saintonge s’assemblent contre l’introduction de la gabelle. La révolte embrase le nord de l’Aquitaine, le Périgord et jusqu’au Limousin. Des bandes paysannes s’arment sous la conduite, en Saintonge, d’un noble (Puymoreau), en Angoumois, d’un bourgeois (Bois-Menier dit Boulon), en Bordelais, d’un ancien maréchal-ferrant (Tallemagne). Ces bandes sillonnent ces provinces pendant l’été, détruisant les greniers à sel récemment implantés de Libourne à Ruffec, en passant par Cognac. Les insurgés s’en prennent aux gabeleurs qu’ils torturent et mettent à mort. Le révolte retombe quand le roi promet de revenir à l’ancien système de la vente libre (après taxation de 25 % du produit). Mais il fait enlever les cloches des églises qui avaient trop sonné pour favoriser les attroupements. « En ce temps, estoit le roy en son voyage de Thurin en Piémont, fort loin desdites contrées de Guienne, qui donnoit en partie espoir d’impunité aus mutins dudit païs, estimans follement que, pour la distance des lieux, le roy ne pourroit sitôt donner ordre aus entreprinses sédicieuses, qu’ils n’eussent executé leur maleureux vouloir, estant Sa Majesté empeschée en plus grans affaires. Qui causa que en un petit bourg nommé Mallatrait, auprès de Blanzac, s’émut la commune et firent un capiteine apellé de Bois Mesnir, qui se surnomma Bouillon  : et donna commencement à la dite esmeute une sentence donnée par le juge commis et 208

1548

délégué de la gabelle, à l’encontre d’une povre femme, par laquelle sentence elle estoit tenue à une amende si excessive qu’il ne lui estoit possible d’y satisfaire de tout son bien ; qui fut mal avisé audit juge, qui n’avoit mesuré la grandeur de l’amende à la puissance de la povre femme  : tellement que patience vaincue se tourna en fureur et se mirent sus les communes en grandes troupes, ayans chacune son capiteine général qui se nommoit Coronnal. Ceus de Barbezieus en firent un nommé Puimoreau, qui estoit un gentihomme de ladite terre de Barbezieus, et avec lui se mettoient aux chams, assiegeans toutes les voyes et chemins, pour rencontrer les chevaucheurs du sel, ou gabeleurs. « Et n’estoient lors aucunes gens assurez, allans par païs  : car il n’y avoit si bon marchant, gentilshommes ou autres, qui ne fust devalizé sous ombre de dire qu’il estoit gabeleur » (Guillaume Paradin, Histoire de notre temps, 1550). À Brasalem, ordre de faire abattre toutes les cloches de la sénéchaussée d’Agenais « pour avoir sonné dans les séditions populaires en cette province » à l’exception des religieuses de Fontevrault (E sup. 47, II). De part et d’autre de la Loire : les loups sèment la terreur « Au commencement du mois d’avril de l’an m. d. xlvii [1548 n. st.], furent vuës en Berri, Aucerrois, Autunois, Orléanois deus grandes bêtes sauvages, et tres cruelles, faisans maus inestimables, et incredibles ès contrées susdites, par la grande immanité et cruauté de la boucherie qu’elles firent d’hommes, femmes, petis enfans, beufs, vaches, chevaus, porceaus, et autres animaus qu’elles rencontroient, de sorte qu’il n’estoit possible de sortir hors des maisons sans armes, et sans aller en troupe. Finalement estans les communes assemblées forcèrent lesdites cruelles bêtes de souvent passer et repasser la rivière de Loire, et sur la poursuite en armes, faite en si grand devoir, qu’elles furent occises après plusieurs dommages (Jean de Marconville, Recueil mémorable d’aucuns cas merveilleux de noz ans, 1564 ; Jean Du Tillet, Chronique des rois de France, leur couronne et maison, 1618 d’après François Le Maire, 1648, 35). De son côté, Sébastien de Rabutin tue une louve gigantesque, effroyable, qui désolait les rochers de Milly-la-Forêt (Essonne). Au siècle suivant, le sulfureux Bussy-Rabutin le rappelle : « J’étais hier au dîner du roi, à côté de sa chaise, près de Thermes, lequel me parlait du combat de Sébastien de Rabutin, bâtard de notre maison, contre un loup-cervier qui était dans la forêt de Milly. Le roi, qui nous entendait un peu, le demanda ce que c’était. Je lui contai cette aventure, et j’ajoutai que Henri  II l’avait fait peindre dans la salle des Suisses de Fontainebleau, sur la porte qui va à la chapelle ». La galerie Henri  II s’appelle en effet salle de bal et salle des Cent-Suisses. La peinture en question est bien au-dessus d’une petite porte donnant sur la chapelle haute de Saint-Saturnin (Lettre de Bussy-Rabutin à sa fille, comtesse de Dalet, 16 octobre 1691). En Corse : l’émergence de la châtaigneraie Le gouverneur de l’île signe le 28 août 1548 une ordonnance coercitive. « Chaque propriétaire ou fermier est tenu de planter tous les ans quatre arbres fruitiers, mûriers, oliviers, figuiers ou châtaigniers, sous peine de trois livres d’amende en 209

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cas de non-exécution. Le châtaignier rencontre un vif succès et le paysage change. Les terrains de parcours des bergers, maîtres de l’île, diminuent au profit des plantations, particulièrement dans le Nord-Est, qui ne tarde pas à prendre le nom de Castagniccia » (Pitte, 1983, II, 60).

1549 Pâques : le 21 avril Inondations, séisme, sécheresse ~ Autour de Bourges. « En icelle année, vyron le dixième jour d’apvril, gella si bien qu’on trovoit du gla en plusieurs lieux, et fit grand domaige aux vignes. « L’an  1549, Pasques estoyent le xxe jour d’apvril, année assez facheure ; le bledz assez cher, et subjecte à beaucoup de petites infortunes. Il y eut autant ou plus de chenilles sur tous arbres généralement qu’on en vid jamais, par le rapport de gens anciens » (Glaumeau, 37). ~ En Quercy. 11  au 12  avril  : neige et gel à Cahors. Débordement du Lot puis grande sécheresse de juillet à octobre (Pouget, 64). ~ Grande disette et cherté autour de Montbéliard (Delsalle, 2001, 54). ~ 4 mai : séisme dans les environs de Montélimar (Quenet, 579). ~ Dans le Pays messin, inondations le 24 juin : « L’année 1549 fuist sy pluvieuse que à la Saint-Jean les eaues estoient desmesurées. Les biens fuirent morfondus. La moisson fuist petite » (Le Coullon, 12). Traces de pestes n Peste signalée autour d’Albi, Annonay, Limoges, Rodez, Toulouse et Villefranchede-Rouergue (Biraben, 383). 12 novembre : ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et ordonnant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). Le trousseau de la mariée : « comme à son état appartient » 12 mai 1549 : un laboureur de la paroisse de Jardres (Vienne, à l’ouest de Poitiers), Mathias Vachon, mariant sa fille à un laboureur d’une paroisse voisine, lui assure une dot de 20 livres avec « un lit garni de couette, coussins, couverture de laine, 4 linceux [draps de lit], 2 nappes, l’une de chanvre, l’autre de grosse toile, 6 serviettes, 2 couvrechefs. Et aussi sera tenu ledit Vachon vêtir ladite Vachonne, sa fille, d’habillements tout neufs, bien convenablement et comme à son état appartient et de lui bailler un chaperon bon et recevable » (AD 86, E4 4-1, d’après Raveau, 265). Le bétail à la ferme Deux exemples de cheptel de gros exploitants au milieu du xvie siècle. Pour le milieu du xvie siècle, les inventaires après décès d’exploitants fournissent un premier aperçu de quelques caractéristiques du bétail. Au-delà de l’opposition 210

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bien nette entre deux structures d’exploitation, le faire-valoir direct accompagné d’un bail à cheptel dans le cas breton, le fermage classique pour l’Île-de-France, et entre deux types de cultures, soit avec des bœufs soit avec des chevaux, ces deux exemples, tous deux liés à grandes exploitations, juxtaposent, dans les années 1540, des catégories animales variées. 1. Gilles Gibon, sieur de la Chesnaye en Arradon 1 cheval trottier, bay… 3 L 1 petit cheval haquenée… 5 L 1 jument brune à une étoile au front… 3 L 2 bœufs poil noir 2 bœufs, l’un rouge et l’autre noir Les 4 bœufs prisés… 28 L 1 taureau garre… 1 L 1 génisse 1ans, noire à taches blanches… 1 L 1 génisse… 12 s. 6 d. 1 vache rouge… 1 L 10 s 1 vache brune, taches blanches sous le ventre, 2 L 1 vache garre à taches blanches… 1 L 15 s 1 génisse noire… 1 L 15 s Bétail confié à moitié au métayer 1 vache noire sur le brun… 1 L 10 s 1 grande vache blanche à taches noire… 3 L 1 taurin noir garre sous le ventre… 1 L 5 s 1 vache noire sur le brun, vieille… 1 L 10 s 2 petits pourceaux de nourriture… 2 L 10 s 23 ruches d’avettes Cheptel vif : 59 L 2. Claude Papelart, laboureur à Épiais-lès-Louvres (87 ha) 1 cheval grison âgé de 12 ans… 33 L 15 s 1 cheval moreau âgé de 13 à 14 ans… 27 L 1 cheval grison pommelé, 12 ans… 27 L 1 cheval rouen, 14 ans… 13 L 10 s 1 cheval grison, 7 ans…. 13 L 10 s 1 taureau noir, 4 ans… 6 L 1 bœuf noir, 4 ans…. 8 L 1 vache rouge baillette, 7 ans… 7 L 1 vache rouge baillette, 8 ans… 5 L 10 s 1 vache rouge, fort âgée… 5 L 1 vache noire, fort âgée… 5 L 1 vache rouge, fort âgée… 5 L 1 vache noire, 4 ans… 5 L 2 génisses rouges, 2 ans… 9 L 2 génisses noires et 1 génisse rouge… 9 L 1 petit boveau, 2 mois… 2 L 10 s 2 truies dont l’une a 8 cochons de lait… 9 L 211

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13 porcs de 1 an… 19 L 10 s 7 porcs de 6 mois… 7 L 5 cochons de 4 mois… 2 L 10 s 17 moutons… 25 L 10 s 43 bêtes courte queue (brebis, antenais, agneaux de l’an)… 75 L 5 s 20 volailles… 2 L 9 oies et jars… 1 L 18 s Cheptel vif : 299 L C’est notamment sensible chez Claude Papelart, le riche laboureur à trois charrues (mais seulement cinq chevaux de trait inventoriés) dont le troupeau porcin et surtout le cheptel bovin trouvent encore à se nourrir dans la plaine céréalière au nord-est de Paris. On est encore loin de la spécialisation qui conduira, après le xviie  siècle, les plateaux céréaliers du centre du Bassin parisien à abandonner les pourceaux et les bêtes à cornes au seul profit des emblavures et des bêtes à laine. Au manoir de la Chesnaye comme dans la ferme d’Épiais, la diversité des robes ne plaide pas en faveur d’une rigoureuse sélection sur un type particulier, et la médiocre valeur des taureaux, comparativement aux vaches laitières, suggère déjà, avec la durée beaucoup plus longue que passent ces dernières sur l’exploitation, une pratique de sélection par les femelles (AD 56, E 1544/7, inventaire du 12  décembre  1541, d’après Nassiet, HSR, 2, 191-204 ; AN, Z2 1007, inventaire du 12 mars 1549).

1550 Pâques : le 6 avril Peste dans le comté de Nice n On compte de nombreuses victimes dans toutes les localités, dont plus de 3 500 dans la ville de Nice. Les autorités prennent quelques mesures d’hygiène et installent des lazarets. On interdit les déplacements d’une localité à l’autre. On entretient dans les rues des bûchers de cyprès et de plantes aromatiques. On répand des désinfectants, du vitriol, du soufre et de la poix allumée. Les maisons infectées sont marquées d’une croix blanche. Les notaires se tiennent dans les rues et se font dicter le testament par la fenêtre. Les confesseurs vêtus de bleu et munis de « caustiques » aux bras et aux jambes, circulent de maison en maison, une clochette à la main. On enterre les morts la nuit, loin de l’agglomération dans un cimetière spécial « le Pestier », dont le nom s’est encore maintenu à Levens et Saint-Martin-Vésubie (Rossi, 2010). n Peste signalée aussi autour d’Argentan, Mézières, Toulouse et Villefranche-deRouergue (Biraben, 383). Les fermiers bourguignons : l’émergence d’une classe rurale « Quelle était, vers 1550, la proportion de la propriété censitaire et des terres amodiées ? Nulle étude ne permet encore de le dire avec précisions […]. Un autre fait, plus certain, est la consolidation, dans cette période, de la catégorie des pay212

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sans riches. Encore qu’il ne faille pas, sans doute, exagérer leur nombre, ni les hausser trop haut dans l’échelle sociale, il n’est pas douteux qu’à la faveur de la reconstitution des réserves seigneuriales un certain nombre de fermiers n’aient franchement émergé, dans la plupart des régions bourguignonnes, au-dessus du menu peuple vivant sur les tenures censitaires […]. Parmi ces fermiers, dont un bon nombre étaient de pauvres sires, une partie s’éleva. Au milieu des petits cultivateurs médiocrement ou pauvrement lotis, ils exploitaient avec plus de moyens des terres plus vastes et plus fertiles, et leur enrichissement, plus aisé, fut aussi mieux garanti contre les mauvais effets de l’inflation monétaire, car, parmi les ruraux, ce furent eux qui, vendant le plus, profitèrent le plus de la hausse des prix. Enfin, le mariage consacrait parfois leur progrès en les unissant aux officiers de la terre, notaires ou baillis. Il s’ébauchait même en plus d’un lieu une sorte de petite bourgeoisie paysanne, constituée par ces agents seigneuriaux, demi-serviteurs, demi-propriétaires, que la gestion du domaine et l’exercice de la justice nourrissaient et fixaient sur la terre […]. Malgré l’accroissement des tailles, ces paysans-là, en somme, progressaient. Ils tendaient à constituer, non à la place des censitaires, mais à côté et au-dessus d’eux, comme la première ébauche d’une classe rurale nouvelle » (Drouot, 1937, I, 55-56). Conflit de bergers en Artois Octobre 1550 : encore un conflit de pâturage en Artois. Deux bergers, Gilles du Camp, né à Laventie (Pas-de-Calais), et Jean Huusman, né à Bailleul (Nord), gardant des brebis pour des maîtres différents, en viennent aux mains. Le premier récrimine : « “Que fais-tu ici, hé, bougre Flamand, avec tes brebis ? Tu n’as ici que faire. Va t’en hors de ce camp. Ce ne sont point tes mettes [limites] !” L’irascible Gilles du Camp reçoit un coup de houlette sur la tête, dont il meurt quelque temps après (Muchembled, 59). Chasse aux loups, aux ours et aux sangliers 12  novembre  : en Franche-Comté, des officiers du bailliage d’Amont s’élèvent contre l’interdiction de chasser les grosses bêtes, après les méfaits des loups qui viennent de dévorer quatre enfants à Filain (Haute-Saône). Autorisation est accordée de chasser loups, ours et sangliers, « animaux de telle férocité et nuisance que les personnes et biens du public et des particuliers en sont par trop intéressés, comme il est tout notoire, et que puis sept ou huit mois, un loup, étant quartier des bois de Filain-lès-Vesoul, a meurtri et cruellement dévoré quatre enfants, les uns à garde de bestail et les autres étant aux champs ». Le loup de Filain « a fait par trop plus de mal et inconvénient irréparable que si toutes les sauvagines du païs eussent été abattues, et peut la cour considérer quel regret perpétuel en demeure aux père et mère desdits enfans » (AD 25, 2 B 2230, f° 2 et 3, d’après Febvre, 1912, 3-4, et Delsalle, 2000, 30). Pression foncière à Saint-Martin-Vésubie Le 13  juillet, la communauté attribue à chaque citoyen une part égale de terre commune mais limitée à 3 sestairate, soit un demi-ha pour enrayer un mouvement 213

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d’appropriation irrésistible depuis le début du xvie siècle. « Chaque natif et habitant dudit lieu pourra pilliare a sua volonta… posseder et cultiva et in esse grange et altri edificij construir » (AD 06, E 003, BB1, f°28-31, d’après Gili, 173).

1551 Pâques : le 29 mars Chaleurs véhémentes Autour de Bourges  : « L’an  1551, Pasques estoyent le xxixe jour de mars, année assez fertile, bien seiche avec grande chaleur, mesmement tout le moys d’apvril. Grande habondance de vin […]. En ceste mesme année, le jour Saint-Michel, pénultième jour de septembre, négeoit et gelloit aussi fort qu’il eust peu faire à Noël qui estoit chose assez estrange, considérée la saison. En plusieurs lieux n’avoient enquore achevé les vandanges » (Glaumeau, 47-48). Autour de Besançon, 15  au 16  juillet  : « chaleurs véhémentes » (Delsalle, 2011, 60). Quelques traces de pestes Peste signalée autour d’Angers, Bayeux et Embrun (Biraben, 383), et aussi en Franche-Comté, autour de Salins (Doubs) (Delsalle, 2001, 54). Essartage en Cotentin Le sire de Gouberville adjuge les travaux d’écobuage pour défricher des parcelles de lande dans son domaine du Cotentin au Mesnil-au-Val. Deux chantiers sont successivement menés, en mars et en juin, qui augmentent de 2,5  ha –  soit de moitié – la parcelle labourable de la Haute-Vente. Les terres cultivables progressent à la périphérie du finage aux dépens de la lande. Les brûlis suivent le défrichement avant les premiers labours. Lundi 2 mars : « J’avance à Doisnard, au Marchand, à Toutdoux, à chacun vi sols sur l’essart qu’ils avaient pris de moi à la Haute Vente au prix de treize sols la vergée [20 ares] ». Dimanche 31  mai  : « Après vêpres, je m’en allé à la Haute-Vente, Mesnage, Doisnard, Hamel, Michel et Toutdoux […] de ce qui restait à essarter de landes, compris le dos du fossé de devers l’hôtel Drouet, pour le prix de lxx sols et devaient avoir lesdits Doisnard, Hamel et Michel chacun un champ à faire du sarrasin que je leur devais faire charrier, et devait avoir pour ce de chacun cinq journées : je leur donne ii sols ix deniers pour le vin » (Journal de Gilles de Gouberville, d’après Roupsard, HSR 17, 2002, 56-57).

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1552 Pâques : le 17 avril Blés et vignes grêlés ~ Autour de Bourges. « L’an 1552, Pasques estoyent le xviie jour d’apvril, année fort seiche du commancement, et en icelle peu de fruicts aux arbres, au reste assez fertille. « En ceste année, le xxve jour d’apvril, jour Saint-Marc, entre troys et quatre heures du soir, gresla si fort que la gresle estoit heulte de deux pieds, ou envyron, par les rues, et grosse comme noix. Elle tomba presque toute sur ceste ville de Bourges, et ung peu hors les murs d’icelle mesmement du cousté Saint-Paul ; et gasta quantité de bledz et vignes près ladicte ville. La dicte gresle dura vyron deux heures, et disoient gens anciens que jamais de telle n’avoient ouyr parler, mesmement tomber en si grande habondance » (Glaumeau, 50-51). Peste et lèpre n Peste signalée autour d’Amiens, Besançon, Issoudun et Troyes (Biraben, 383). n En Franche-Comté, autour de Dole et de Besançon (Doubs) (Delsalle, 2001, 54). n « Une peste cruelle désola cette année le pays de Berry » (La Thaumassière, III, 355). n Derniers lépreux aux environs de Paris. Le 19  mai, Antoine Mauny, décédé lépreux à Arcueil, est enterré en la chapelle de la banlieue « auprès de ses autres frères défunts » (Registre des testaments d’Arcueil, d’après Bezard, 281). Épierrer pour ne point casser le soc En 1552, le défrichement se poursuit chez Gilles de Gouberville, au nord-est du Cotentin. L’épierrage est indispensable pour éviter de casser les socs de charrue. 5  février  : « Je fis assembler les cailloux d’aucuns champs de la Haute-Vente par Arnoulf, Jacques, Noël et le Petit Anglais. » 16 février : « Je fis porter les cailloux de la Haute Vente aux faits de la Chasse Lambert par Thomas Paris et Jacquet. » 19  novembre  : « Je fis ôter les cailloux qui étaient sur des pâtis qu’on doit rompre à la Haute-Vente, pour faire du varet [labour de jachère] et les porter à la Chasse Lambert, entre les Longs-Champs et la Basse-Vente. » 26 novembre : « Je fis rompre à la Haute-Vente : il se trouva une roche sous la charrue au milieu d’un champ, que je fis tirer par Nicolas et François, dits Drouet » (Journal de Gilles de Gouberville, d’après Roupsard, HSR 17, 2002, 56-57). Reprise de la guerre avec les Bourguignons : premiers pillages Avril-juin : l’armée de Henri II, sous les ordres du connétable Anne de Montmorency, s’empare des Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun. Les campagnes lorraines sont occupées par les Français qui dévastent les lisières du Hainaut. ” « Audict an 1551 [1552 n. st.], vers la Saint-Remy [15 janvier], la guerre commencea entre le roy Henry 2e  du nom et Chairles empereur. Celle guerre apporta 215

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en ce pays une ruyne et perdition horrible, telle que depuis que Metz fuist commencée ne s’en trouvent de semblable. ” Premièrement jusques vers la Pasques les Bourguignons et Mairangeois ne faisoient que piller, ronger et ruyner les quatre mairies en desdaing de leur dict evesque, le cardinal de Lenoncourt. ” 1552. Le 10 apvril, jour de Pasque flories, les Françoys vindrent assiéger l’abaye de Gorze. Faisant bresche et entrant incontinent dedans, mirent au fils de l’espée ceux de dedans qu’estoient environ 60 hommes. De là l’armée passant par Ancey n’y laissèrent rien à prendre. On abandonna les maisons. ” Ledit jour, le connestable de France Anne de Montmorrency entra à Metz avec telles forces qu’il mist la ville et les habitans en l’obéyssance du roy. Le lendemain, 11e  jour, il osta aux bourgeois leurs armes et privillèges. Le 18 dudict apvril 1552, le roy Henry entra à Metz, estans logez sur sieur Androyn Roucel. Le lendemain, fuist entour la ville et des lors il fist abatre les fauxbourg et faire fortiffier la ville et retrancher comme on void. Il partit avec son armée le 20e jour, tirant en Allemaigne, laissant grosse garnison à Metz. ” En ce temps-là ils firent abatre l’abaye de Gorze ; les pauvres gens pensoient estre à repos. Mais on fuist plus intéressez que devant à cause de la garnison de Metz, à cause aussy des armées et que les Françoys n’amenoient nulle vivres avec eux. Ils renchérirent  : le bleidz se vanda 5  fr. Ceux d’Ancey se tindrent enfermez en leur moustier bien demi ans pour crainte des courses des Bourguignons. Les Françoys, sentant approcher le camp de l’empereur Chairles, pillont tous les biens du pays. C’estoit une année abondante en bleidz et vin, aultant grande qu’il en fuist point estez de lointemps. Tout fuist pillez. Il bruslèrent aussy à une ou deux lieue entour Metz les villaiges, chasteaux et gaignaige. Ils chassèrent hors les bourgeois et bourgeoises, comme brebys devant le loup, tellement que de 10 il n’en eschappoit pas ung qui ne fuist pillez et destroussez des Françoys mesmes, ou bien des Bourguignons qu’estoient desjà proche » (Le Coullon, 18). ” Incendies de villages en Artois : « En ce mesme mois [juillet], bruslèrent plusieur villages audit cartier ». « Au mois de septembre lesdits François bruslèrent Focquebergue et plusieurs autres villages, et finallement se descoudirent et notre gensdarmerie se retoruna vers ceste ville d’Arras » (Artois, 144-145). ” Premiers pillages dans le Cambrésis : « Ledit mois [octobre] vie jour, se partit de ceste ville le comte du Rouelx, gouberneur de Flandres et d’Arthois avec la gesndarmerie qu’il avoit lez luy ; et ala camper à Crévecœur-en-Cambrésis, où se trouvèrent vers luy plusieurs cappitaines, avec lesquelz, et leurs gens estans lxii enseignes de pétons et cinq mil vc chevault. Le xie jour, ils alèrent par Fonsomme en dessous de Saint-Quentin, à Vendeul, Chiauly, Neele, Noyon, Roye, Lyhon, qu’ils bruslèrent et plusieurs autres plaches, et retournèrent par Bray sur Some, passant près Deurre, Beauquesne, Dourlens, Fruges, allèrent à Hesdin, où ilz mirent le siège les penultième et derniers jours dudit mois d’octore. Et quant à l’empereur, il estoit devant Metz en Lorraine, ayant divisé son armée en trois campz » (Artois, 145). ” Alerte aux brigands… Couchant à Montpellier en 1552, Félix Platter est réveillé en pleine nuit par des manouvriers venus gauler les olives, bâton sur l’épaule dès trois heures du matin. En Languedoc, l’olivier a entamé une croissance continue 216

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depuis 1500. À Gruissan et Moussan, deux paroisses du Narbonnais, la dîme de l’huile double de 1500 à 1560 (Histoire de la France rurale, II, 113).

1553 Pâques : le 2 avril « Blé bon et sec » ✷ En Artois. « Au commenchement d’aoust, le tempz commencha à estre plus humide que paravant, par la trop grande sécheresse duquel en ceste année il en crut en ce pays comme nulles avaines mais le blé fut bon et secq […]. Et le tempz précédent avoient esté les fruitz fort chers pour avoir failly par trois ans, mais en ceste saison, ilz commenchèrent à estre à bon marché comme bien adressez (Artois, 152). ✷ En Berry. « L’an  1553, Pasques estoient le second jour d’apvril, année fort mobille c’est à dire tantoust foide, tantoust chaulde. Touteffois assez fertille de bledz et vints, au reste peu d’aultres fruitz » (Glaumeau, 531). La peste au sein de la famille n Peste signalée autour d’Amiens, Dijon et Paris (Biraben, 383), et aussi en Franche-Comté, autour de Dole (Jura) (Delsalle, 2001, 54). n Peste autour de Metz. Un laboureur au désespoir (juin-juillet). Chez Jean Le Coullon, au village d’Ancey, les parents et deux enfants sont touchés. La mère en meurt comme le troisième enfant. Rare témoignage de la détresse d’un paysan accablé par l’un des grands fléaux du temps, qui brise les familles et inflige des cicatrices indélébiles. « Le 23 juing 1553, mon 3e fils Jean fuist frappez de la peste tellement qu’il pleust à Dieu le retirer de ce monde, le 28 dudict juing, au 9 heures du matin. Il ne fuist en ce monde que 3  ans 7 moys 5 jours et demy. J’en prins sy grand desplaisir que je ne me pouvois consoler. « Le 8  juillet suyvant, comme j’estoys au Champs Passaille à Metz veoir exécutera morts 2 soldatz, je fus frappez de la peste et incontinent je devins fort malade. Mon père estoit avec moy et mon bon amy Christofle Millet, qui eurent grosse peine de moy ramener. C’estoit la veille des nopces Nicollas Chaussié et de Mariette Jaym. Mon fils Collignon estoit au lict détenu de 2 grosse peste. « Ma pauvre femme avoist du mal beaucoupt. Le 11 du dict moys, du matin, la pauvre créature fuist aussy frappée de peste. Mon père et ma mère nous assistèrent fort. On pensoit avoir la fin de nous 3. Mais venant le 13e  jour depuis le midy le mal poursuiva si vivement ma bonne espouse qu’elle rendist l’esprit à Dieu le 14e  jour environ 3  heures après midy. Je prins et engendra tel deul et desplaisir que on l’attendoit que ma mort. Nous ne fuismes en mairiaige que 8 ans 5 moys 14 jours. La peste me demeura environ 10 sepmaines avant qu’estre du tout purgée. « N’estans encor guerys, la fièvre quairte me saisist le 24 aoust suyvant, qui me débilita tellement que on pensoit avoir la fin de moy. Je tiens pour le seur qu’elle me print de tristesse, car j’avois une douleur véhémente de la mort de ma 217

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femme plus que je ne puis escripre. C’estoit aussy une femme des plus vertueuse qui fust au monde » (Le Coullon, 21-22). Les campagnes d’Artois incendiées par les Français Le 1er janvier, après la levée du siège de Metz par Charles Quint et le duc d’Albe, les Impériaux regagnent Thionville. Dès le 5  février, ce sont les campagnes de l’Artois qui sont placées sous le feu de la guerre. ” « Le Ve  jour de février, les Franchois pillèrent et bruslèrent la ville de SaintPol et le village de Heuchin […]. Le 12  avril les Franchois bruslèrent prez ceste ville Monchy au bois, Hannecamp et quelque partie de Bienvilers » (Artois, 147). Le 20 juin, à l’extrémité de l’Artois, Thérouanne, assiégée depuis le 13 avril, est rasée par Charles Quint. « Des paysans, que la garnison de cette ville avait souvent pillés, s’offraient avec ardeur pour seconder les travaux du siège. En effet, cette garnison, qui était enclavée dans les cantons appartenant à l’Empereur, ne cessait de faire des courses et de les désoler » (Hector Piers, Histoire de la ville de Thérouenne, 1833). À compter du mois d’août, les campagnes d’Artois sont pillées par les Espagnols et incendiées par les Français. ” Août : « Le xe dudit mois, fut prinse par ceulx de ce pays la tour de Beauquesne, et depuis mesnée. Les Espagniolz, au lieu d’assister à ce pays, pillièrent Pas, Orville, Gaudiempré, Humbercamp, Le Bazecque, Warlincourt, Saulty, Couwin et tous les villages voisins, emmenant bestes et gens, tant hommes que filles et femmes dont les aulcunes furent enforchées au camp, que toutesfois on dissimula pour saulver leur honneur, et quant aux hommes les plusieurs furent gehinez et mis à renchon. Et depuis lesdits Espagnols faisoient esdits villages battre les bledz et aultres grains qu’ils nesnoient vendre au camp. […] Et le xixe à Miraylmont vers Bapaumes et illecq estans, pillièrent tous les villages circonvoisins en tirant sur ce pays comme Grevilers, Bienvilers et aultres plusieurs, mesme les Espagniolz enmesnèrent de forche filles et femmes belles, de beaucoup de lieulx, dont il abusoient comme de Busqyouy et de Sully en Écouage. […]. Le dernier dudit mois [31 août], les Franchois vindrent brusler depuis leur camp de Miraulmont jusques assez près de ceste ville d’Arras, dont furent les villages de Boilloeulx, Aiette, Boiry, Becquerel, Bory Saint-Martin, Ablainsevele, Bucquoy, Hébuterne, Audinfer, Moiennevile, Ervilers, Grévilers, Aissiet le Grand, et plusieurs aultres villages du pays à l’envyron, quy causa ung grand dhommage tant pour les amasements que pour les advestures et blais nouvelement despouliez et engrangez, dont le tout fut perdu, sans que les pouvres gens en ayent peu rescouvré pour leur nourriture, et remettre sur les terres. » ” Septembre  : « Le premier dud. mois, les Franchois vindrent de Miraulmont brusler le molin d’Aissiet-le-Grand et plusieurs aultres maisons, quy avoient eschappé le feu des villages bruslé le jour précédent. Le iie jour, les Franchois de Dourlens vindrent brusler la chastellenie de Pas en Arthois, et fut par le feu escheillié ce que les Espaigniolz n’avoient peu ravir et emporter ; et du nombre des villages bruslez par eulx furent Saulty, Pommier, Pommeras, Bienvilers, Baillœulemont, Hubercamp, et plusieurs aultres villages voisins et adiacens. » 218

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et xe, les Franchois bruslèrent plusieurs villages en ce pays d’Arthois, conté de Saint-Pol et Cambrésis assavoir Averdoing, Ligny, Vandelicampaine, Noielle, Noulettes, Pas et la pluspart dicelle chastellenie, Messancouture et plusieurs aultres lieulx, sans que en ce ilz fussent empeschez, au moyen que en ceste ville, ny aultres de ce pays, ny avoit garnisons, et que toutte la gensdarmerie estoit au camp. « Le xxie [octobre], les Franchois en dessoubz de Jehan d’Estoutevile, sieur de Villebont, prévost de Paris et par cy devant cappitaine de Thérouwane, descendirent en ce pays d’Arthois vers Saint-Pol où ilz furent bruslans et faissans tous actes exécrables de tuer femmes vieilles, ravir josnes filles et religieuses, tuer et enmesner enffans jusques au xxviie dudit mois, quilz se retirèrent vers Ardre pour le ravitalier. Mais, durant le tempz qu’ilz furent en ce pays, bruslèrent léglise et deux portes, avec toute l’aultre reste de Saint-Pol, Pernes et tout la conté de SaintPol, et depuis retournèrent de devers Ardre à Blangy en Ternois, ayans bruslé grand nombre de villages vers Aire et Saint-Omer, tellement que l’on estimoit qu’ilz avoient bruslé plus de iiic villages, et desquelz guaires n’estoient demeurées de maison dans tout ledit pays, quy est du meilleur d’Arthois, estant apparant de demeurer à ryen et ruyne, et les habitans de mouryr de povreté, froidure et indigence » (Artois, 156-161).

” Octobre  : « Et durant le tempz entrevenu entre led.

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En Cambrésis : un désastre agricole En Cambrésis la campagne militaire débouche sur un désastre agricole. Comment ? C’est ce qu’Hugues Neveux nous démontre. « La campagne de 1553 a valeur exemplaire. Dans les premiers jours de septembre, après avoir tenté de s’emparer de Cambrai délivré de justesse par les Impériaux, les Français, venus par l’Escaut, se replient vers l’est, en direction du Cateau, dévastant le Grand Cambrésis sur une largeur d’une dizaine de kilomètres de part et d’autre d’un axe CagnonclesQuiévy. Ne détruisent-ils pas à la fois Avesnes-lès-Aubert et Cattenières ? L’abbaye du Saint-Sépulchre entreprend, à partir du 27 janvier 1554, une information pour connaître « les dommages advenus oar les feux faits par la gendarmerie française au mois de septembre dernier ». Dans les quatre villages pour lesquels subsistent des dépositions, à savoir Avesnes-lès-Aubert, Cattenières, Saint-Hilaire et Quiévy, les granges ont brûlé avec la quasi-totalité de la moisson. « Voyez, par exemple, Avesnes-les-Aubert  : Antoine Moreau et Antoine de Béthune, laboureurs, déclarent que les “dépouilles ainsi engrangées audit lieu d’Avesnes avec plusieurs autres blés, avoine et autre sorte de grains à la venue de l’armée des Français furent brûlés, ruinés […] avec la plus grande partie et principales maisons dudit lieu d’Avesnes sans […] avoir été sauvé un seul grain parce que ladite fortune est advenus tôt après ledit août. En ce mois de septembre dernier, aucuns jours après la Nativité Notre-Dame, les Français étant campés près Cambrai, boutèrent les feux ès villages de Nasves, Cagnoncles, Avesnes-lès-Aubert et autres lieux à raison de quoi les dépouilles entassées et engrangées du recueil d’août de cet an furent et ont été consommées en cendre sans avoir sauvé qu’une rasière blé”. Quant à Michel Henne, fermier du Saint-Sépulchre, à Cattenières, il doit emprunter “4 muids de bé nouveau” 219

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pour “remettre sur 4 muids de terre qu’il tient à cense d’icelle abbaye”. En d’autres termes, il ne possède plus assez de blé pour emblaver la première sole. C’est donc bien le siège de la ville et encore plus le passage d’une forte troupe pillarde et incendiaire au moment décisif de la moisson et de l’engrangement qui compromettent définitivement la production de l’année. La destruction des récoltes entre la moisson et la mise à l’abri dans les villes, par l’incendie ou le pillage des granges, voilà le fléau le plus redoutable, qui se situe d’août à octobre (Neveux, 119-120). La Corse aussi sous le feu de la guerre De 1553 à 1569, la Corse –  enjeu de terribles conflits entre Français, Turcs, Espagnols et Génois  –, subit seize années de guerre quasi ininterrompue. Les plaies ne sont pas fermées au début du xviie siècle. Braconnage chez le duc de Guise Dans les bois avoisinant Joinville, officiers et serviteurs de François de Lorraine découvrent régulièrement les dépouilles de gros gibier, tiré par les braconniers  : trois cerfs en février 1551, deux autres en août 1552, un au moins en mai 1553. Les chasseurs non autorisés, presque tous porteurs d’armes à feu, sont désignés comme « hacquebuttiers ». Privant le duc du plaisir de la chasse, les contrevenants compromettent aussi le succès des futurs chasses ducales en faisant fuir le gibier vers des forêts plus accueillantes, comme le déplore François de la Chaussée, gentilhomme proche de François de Lorraine, en mai  1553  : « Et si vous voyez monsieur le comte de Senighan, s’il vous plaît, lui direz qu’il y a un de ses sujets demeurant à Leschères [sur-le-Blaiseron, Haute-Marne], nommé Le Paistre, qui fait métier longtemps a de tirer de la haquebute aux bêtes fauves de sorte qu’il ne s’en trouve plus du côté de Brachay, Flammerécourt et Rouvroy [sur-Marne] » (BnF, fr 20544, f° 5, d’après Meiss-Even, HSR 38, 2012, 101).

1554 Pâques : le 25 mars Sécheresse et incendies ~ Autour de Bourges. « L’an  1554, Pasques estoyent le xxve jour de mars, despuis ledict jour jusques à la fin du moys d’apvril, fist ung temps sec et chault à merveille, avec quelque peu de tonnerre, toutefoys sans pleuvoir aulcunement, en tout le dict temps, voire jusques à la fin du moys de may. […] En la mesme année, furent faictes plusieurs processions, à cause de la grande sécheresse qui fasoit  : car il fut bien l’espace de sept moys ou plus sans pluvoir » (Glaumeau, 62-63). ~ En Artois : « Pour la sécheresse du tempz [en mai] plusieurs villes et villages olrent en ce mois à souffrir de feu de meschief. Combien qu’ilz fussent hors pays frontière, comme Disquemude, Warwincq, aulcune portion nouvellement réédiffiée de Menih, Warneston et Motte au bois, plus de cent cincquante maisons de 220

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Islaires, de Saint-Omer et aultres lieulx mesmes pour ladite sécheresse, l’on estoit constrainct de délaissier le labeur en fin dudit mois » (Artois, 181). ✷ Mais bonnes récoltes en Champagne (Haton, éd. 2001, I, 18). Vague de pestes Peste signalée autour de Beaune, Cherbourg, Dijon, Dole, Paris et Périgueux (Biraben, I, 383), mais aussi en Franche-Comté, autour de Dole (Jura) et de Besançon (Doubs) (Delsalle, 2001, 54). Le Nord dévasté, Paris menacé ” Janvier. « Au mesme tempore, les Parisiens fortifioient Paris à grande diligence, quy balloit indice de leur paour et peu de courage aulx frontières » (Livre de raison d’Artois, 170). ” Mai  : nouveaux ravages des Français en Artois. « Combien que les garnisons faisoient courses et dégastz, ayant ceulx d’Aire bruslé Hucliers en Boulenois, lesdits Franchois vindrent rebrusier ce que restoit de Lisbourcq et aulcuns aultres portions daultres villages » (Livre de raison d’Artois, 180). ” Juillet : Artois, Hainaut et Cambrésis brûlés par les ennemis français et pillés par les Bourguignons. ” En Artois, autour d’Arras. « Ledit jour [du pillage de l’abbaye de Mont SaintÉloi, au nord-ouest d’Arras par les Français, 9 juillet], lesdits Franchois bruslèrent Aubigny, le Chapelle, Annieres et aultres villages estans sur la rivière venante dudit Aubigny, du nombre desquelz furent Acq, Escoivres, Bray, Marceut et aultres. » ” En Hainaut. « Le xxiie, les Franchois vindrent de Dinant vers Binch et envoyèrent brusler leurs avans coureurs le Roeulx, Marymont, Fontaisnes L’Évesque, Trazignies, Fieru et tant d’aultres chastiaulx et plaches que merveilles appartenant à divers seigneurs du pays de Haynault, et de là vindrent brusler les faubxbours de Mons, Quiéverain et plusieurs aultres burgades jusques à Valenchiennes, où ilz bruslèrent aussy les faulxbours et aprez avoir bruslé Binch où lempereur venoit pour les assalir, se retirèrent à Bavetz que pareillement ilz bruslèrent, prendans leur chemin vers Chasteau en Cambrésis, l’empereur les suivant de prez. Et le xxve du mois, jour de Saint-Jacques et Saint-Christofle, vers Bermerain en Haynault, le sr d’Arenbergue et quelques Alemans en nombre de m v chevaulx, ruèrent sur l’arriére-garde des Franchois, quy se mirent en route et fuite, par le moyen de quoy y eu plusieurs Franchois, gens de guerre, vivendiers et aultres tuez, et aultre grand nombre prisonniers mesnez à Mons, Valenchiennes et aultres villes voisines. » ” En Cambrésis. « Le xxixe [juillet], les Franchois, en passant devant le Quesnoy, vindrent camper à Marcoing et Crevecœur en Cambrésis, bruslant partout où ilz passoient […]. Sur le plat pays ceulx de l’empereur pilloient et faisoient tous actes d’ennemis saulf qu’ilz ne brusloient les villages, et entre aultres pilièrent tout ce qu’ilz trouvèrent à Bugnicourt, Hourdaing, appartenant au sieur de Bugnicourt, Marissal, lequel ny povoit ordre mettre » (Artois, 186-191). ” Afflux de réfugiés Picards autour de Provins : « Les pauvres gens de Piccardie, depuis Soissons jusques aux frontières de Flandre, avoient fort à faire, car ilz 221

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soutenoient le faiz de guerre, et principallement les villages et villes de frontières, qui furent contrainctz d’abandonner leurs maisons et pays, et de se retirer en ce pays, hommes, femmes et petits enfens, desquelz on estoit fort pitoiable » (Haton, éd. 2001, I, 8). Des ormes le long des chemins 19 février 1554 (n. st.). Ordonnance de Henri II prescrivant de planter des ormes le long des chemins. « Au commencement du moys de mars, le roy Henry fist faire les commendemens à tous ceulx de son reaulme en général de planter des hormes le long des chemains herrans, ung chascun en son endroict, sur paine de l’amende, ce qui fut faict, et appelloit-on communément lesdits hormes des Henrys » (Glaumeau, 61, Saint-Yon, édits et ordonnances des eaux et forêts, 1610). Le tableau des vins de France d’après le Praedium rusticum de Charles Estienne Ce traité lexical de 643 pages, imprimé en octobre, porte sur les plantes et les instruments agricoles. Essentiellement horticole, il accorde une place au vignoble. Un tableau distingue les vins de provinces (Anjou, Bourgogne, Champagne, Île-deFrance) mais aussi les vins de pays. Parmi ces derniers, on découvre les cépages cultivés autour de Paris  : vins de Gentilly, Vanves, Ivry, Champigny, Suresnes, Meudon, Fontenay, Arcueil, Issy, Wissous, Châtenay, Athis, Argenteuil, Montmartre et Dammartin. Dans les vignobles des Côtes du Rhône, le fonds des cépages consiste en picapolle (piquepoul) mais avec quelques pieds forains de vaccarèse (venu de Camargue ?) et de spanholis (venu d’Espagne) (Le Roy Ladurie, 57). Les moutons de Paris À Paris, l’été 1554,165 moutons paissent dans les éteules de l’exploitation de Thomas Bourgeois (150 arpents, soit 60  ha environ), fermier de l’abbaye SaintAntoine-des-Champs (Gurvil, 2010).

1555 Pâques : le 14 avril Naufrage sur la Loire « Le douxiesme de janvier 1554 [1555 n. st.] au pont de Randant [sur la Loire] se noyat, tant hommes que femmes que petits enfants environ quatre vingtz ou cent, par la mauvaise conduitte du pontanier, qui s’appelloit Jan Dabril, lequel l’on n’a jamais veu despuis au pais » (AD 42 en ligne, état civil, B Feurs 1597-1601, vue 1). Été pourri nuisant aux blés ~ En Cambrésis : l’excessive pluviosité retarde la maturité, verse les blés et pourrit les épis (Neveux, 124). 222

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~ En Normandie  : beaucoup de pluie et le froment est encore dans les champs mi-septembre (Gouberville, éd. des Champs, 204-205). ~ En Berry : « Année fort pluvieuse tellement que depuis le commencement du mois de septembre [1555] jusqu’au mois de mars [1556] suivant ne cessa point ou bien peu de pleuvoir, tellement que, en plusieurs lieux, on ne sema point de gros bledz à cause desdictes pluis et grans eaux, quie estoyent parmy les champs » (Glaumeau, 78). Pestes n Peste signalée autour d’Agen, Armentières, Bordeaux, Cambrai, Cherbourg, Dijon, Lectoure, Paris, Périgueux, Rouen et Troyes (Biraben, 383), et aussi en FrancheComté, autour de Dole et de Besançon (Delsalle, 54). Un village martyr : Cagnoncles ” Le 1er février, les armées françaises brûlent les habitants du village de Cagnoncles (Nord), au nord-est de Cambrai : « Les Français viennent à Cagnoncles et les gens se sauvèrent en l’église et se défendirent, en la fin les Français mirent le feu dedans l’église et brûlèrent hommes, femmes et enfants dans ce feu » (BM Cambrai, B 986, Chronique de l’abbé Trenchent, 133-147, d’après Neveux, 125). Accalmie en Picardie et Champagne « L’an 1555, la guerre avoit prins ung peu d’assoupissement par le bénéfice de la trêve faicte l’an passée, entre l’empereur et le roy, qui fut ung peu de repos aux pauvres gens de Picardie, la plus grande partie desquelz ne volurent s’en retourner en leur pays, ayans en eux ceste oppinion qu’elle ne dureroit pas le terme entier prins entre les princes. « Pour le regard de ce pays de Champagne et Brie et aultre de la France, estoit au plus grand ayse qu’on sçauroit penser par les villes et villages, à cause de l’opulance des biens qu’estoient sus la terre, pour le grand recueil qu’on avoit faict en l’an précédent de grains et de vins ; et estoit le pays si remply de tous biens et bestail qu’on ne pourroit croyre, et estoient toutes danrée au meilleur marché » (Haton, éd. 2001, I, 18). Un fermier de dîmes en Vexin 11  mai  1555  : Bail des grosses dîmes de Saint-Martin de Pontoise pour 9  ans. À  la  veille des guerres de Religion, la perception des grosses dîmes assure des revenus substantiels au haut clergé, tout en procurant de solides bénéfices à quelques grands fermiers qui en assurent la perception par contrat de fermage. Ces « marchands-laboureurs » rentabilisent ainsi leurs attelages et leurs charrois, tout en conservant les pailles pour fumer les terres qu’ils labourent. Tel est le cas en Vexin, de Guillaume Hauvis, qui signe en 1555 un second bail de 9 ans avec l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise. Le procureur de Sébastien de l’Aubéspine, aumônier du roi, « abbé de l’abbaye de monsieur Saint-Martin sur Viosne lès Pontoise […] délaisse à titre de loyer, ferme et moisson de grains du jour Saint-Martin-d’hiver prochainement 223

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venant jusques à neuf ans et neuf dépouilles ensuivant l’un l’autre, finis, révolus et acomplis […] et promet garantir et défendre de tout troubles et empêchements quelconques à Guillaume Haulvis, marchand et laboureur demeurant à Hérouville, pour ce présent preneur, […] tout et tel droit des grosses dîmes que audit abbé, à cause de sadite abbaye sont dues et appartiennent au village et terrouer de Hérouville […] moyennant le prix et quantité de 10 muids de grains, les deux parts blé méteil et l’autre part en avoine, 400 de gerbées de feurre, 9 chapons et un pourceau gras de la valeur de 40 sols » (AD 95, 9H53/1). ~ Mai-juin 1555 : 2e invasion de sauterelles en Provence. Les habitants des SaintesMaries les font chasser et « cueillir contre rémunération » (BM Aix (Méjanes), Ms 806, d’après Pichard, 254). Protéger les bois contre l’industrie : arrêt du Parlement de Provence contre la dépopulation des arbres (30 juin) « Il est défendu de fère, ou soufrir estre faictes aucunes dépopulations des arbres, bois et forestz du roy, ses vassaux, barons et autres seigneurs et communautés et particuliers dudict pays ; faire aucunes rusques, verrières, charbonnnières, dépopulations de ramages et eyssartz, évulsions, coupemens, fauchemens d’arbres et faire martinet, s’il n’est et excepté quant auxdits rusques, les arbres appelé suaves, et que les verrières, charbonnières, essartz et martinetz soient limités, advisés et accordés par les seigneurs propriétaires desdits lieux. Et aussi quant aux coupemens au pied, excepté les romarins, cades, morvens et autres arbres semblables ui demeurent toujours bas et petits, et quant auxdits ramages, excepté pour le pasturage des bœufs et aultre bestail de labour et travail durent le temps que ledit bestail travaillera seulement, et ce sur peine de mille livres tournois, du fouet et autre amende arbitraire » (AD 13, C 278, d’après Sclafert, 1959, 193). À Saint-Martin-Vésubie : protéger les alpages des troupeaux Nouvelle ordonnance du parlement vésubien pour redélimiter les portions en « défens » de l’espace communal des bandites et des vastiere car « les limitations ancennes ne peuvent plus être respectées » en raison de la pression pastorale. Les nouveaux bornages interdisent à la dépaissance des troupeaux certains secteurs dévolus à la culture, des semailles au « garach ». Il est devenu essentiel d’étendre autant que possible les terres arables afin de satisfaire aux besoins alimentaires d’une population en pleine croissance (AD 06, E 003, BB1, d’après Gili, 137).

1556 Pâques : le 5 avril La grande sécheresse ~ Année brûlante. Vendanges très précoces : le 5 septembre, à Dijon… et même le 13 septembre, en Suisse romande (Le Roy Ladurie, 2004, 168). 224

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~ En Cambrésis : « le secq temps » tarit les puits et les sources, brûlant irrémédiablement les céréales (Neveux, 124).

~ En Normandie (avril-novembre) : « Le jour de Pasques, cinquiesme jour d’avril

mil cinq cents cinquante-six, auquel jour commençait ladite année, selon le cours universel de la France, il pleut en très grande abondance, mais depuis, il ne tomba aucune pluie jusques après la feste de la Toussaint ; et fut de si extresmes chaleurs et sécheresses qu’elles causèrent une grande sérilité de bleds, par ce que les orges qui furent depuis semez, n’eurent moyen de croître » (Bourgueuville, Recherches et antiquités, 233). ~ Sécheresse en Val de Saire chez Gouberville : quelques orages (22 avril, 7 juin, 23 et 27 juillet, 8 et 17 août) signalent de fortes chaleurs. Gouberville note aussi quelques ondées éparses de pluie (1er, 2 et 3  juin, 11  juillet, 10, 12 et 27  août, 29  septembre, 13, 28 et 30  octobre), mais la pluie dure rarement plus d’une demi-journée (sauf en octobre). Le 11 juillet, il note, désabusé : « Il pleut un peu au soir, mais ce fut trop peu, vu la grande sécheresse » (Beaurepaire, vol. II, 280). ~ Dans le Pays messin (mars-novembre) : « L’année 1556, depuis la fin de mars jusques la Thoussaint, fist une chaleur sy grande qu’elle fuist comparée à la chaude année de 1540  : n’eust estez que Dieu fist pleuvoir environ trois ou quatre fois en l’année, les biens n’eussent sceu venir à mourisson. Plusieurs rivières fuirent taries (choses non veues auparavant). Les cerisiers fuirent florys à l’entrée du moys d’apvril et les cerises meures à la fin dudict moys. Les biens de ladicte année fuirent hastifs et fort bon. Les foings furent dedans avant la Saint-Jean, les bleids en juillet et les vandanges à la fin d’aoust » (Le Coullon, 18). ~ En Comté : « année de la grand seicheresse ». De la mi-mars jusqu’au 10 août, on subit de « brûlantes et extrêmes chaleurs ». « Blés courts de paille et de grain ». « Aucunes herbes ». « Et, par la véhémente chaleur, les simples et menus gens (qui soulaient aller nu-pieds) étaient contraints eux chausser pour être la terre si ardamment brûlante qu’ils ne la pouvaient ainsi endurer. » Les vendanges commencent le 24 août et tout reverdit ensuite : « C’était chose émerveillable voir en septembre plusieurs arbres et buissons fleuris comme à Pâques » (Delsalle, 2001, 60). ~ En Île-de-France (avril-novembre) : « Toute ceste presente année 1556, dès son commancement, qui fut à la feste de Pasques, entra à la seicheresse et y continua quasi aultant que l’année de devant avoit esté à la pluye : car il feut sans pleuvoir depuis le jour du grand vendredy ou samedy veille de Pasques jusques à la feste de Toussainctz, que une fois, qui fut le jour de la Feste-Dieu, auquel il plut environ trois ou quatre heures, qui estoit environ le 4 ou 5e  jour du moys de juing, qui feit grand plaisir aux biens de la terre, car les mars n’avoient sceu lever à moytié et si avec les bledz demeuroient. « Et fut l’année fort hastive a cause de ladite seicheresse, qui accélera les moissons près d’ung moys plus tost que de coustume. Il y avoit, ès environs de la ville de Paris, plus de 500 arpens de seigle soyé ès premiers jours de juing ; ès pays sus la rivière de Seine, depuis Méry jusques à Montereau, la moisson des gros grains estoit serrée au jour de la Saint-Thibault, premier jour de julliet, et celle de la Brie à moytié faicte. Et recueillit-on de tous grains assez petitement, principallement de mars et de fromens, lesquelz, par faulte de pluye, n’avoient sceu guère croistre, 225

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tant le feurre que les espis, la plus grand part desquelz n’estoient à demy sortis du fourreau, mais furent fort bons » (Haton, éd. 2001, I, 46). ~ En Berry  : « L’an  1556, Pasques estoyent le cinquiesme jour d’apvril, année monstrant assez bon commeancement en tous choses comme aux arbres et aux vignes. […] Ceste présente année fut fort fertille en tous fruictz ; et fut fort chaulde, et long temps sans pluvoir ; mesmement ne pleut point despuis le cinq ou sixiesme jour de d’apvril jusques au jeudy, quatriesme jour de juin, jour de la Feste-Dieu : et pleut fort ce jour-là tellement que la procession fut faicte sans chappes, ce que n’avois jamais veu. Ladicte année estoit fort avancée, et toutes choses venues et meures de premier. Les serises estoient bonnes dès le commencement de may, avec les poix et febves. La veigne [verjus] estoit gros et bon à manger dès le commancement de jung, et commança-on à coupper les bleds à la fin de may, et furent vendanges au moys d’aust […]. « Et estoit bruit par le pays de France qu’il y avait des botefeux [incendiaires] envoyés par la royne de Hongrie pour détruire et mettre en feu et ruines toutes les belles villes de France ». En réalité les incendies avaient été d’autant plus forts et plus fréquents que la sécheresse avait été générale (Glaumeau, 79, 81, 90). ~ En Lyonnais et Beaujolais (26 mars-10 août) : « Ceste contrée de Lyonnois et Beaujolois expérimenta la saison de l’an 1556, toute pleine de prodiges. […] Advint si grande sécheresse que tout y estoit aride et bruslé car, depuis le vingt-sixiesme du mois de mars, jusques au dixiesme du mois d’aoust ensuyvant, il ne tomba pluye en tout le Lyonnois, qui fut la plus pitoyable chose à voir, qu’il est possible d’imaginer. Ayant le bon et juste seigneur Dieu fermé sa main […] les bestes des montagnes y mouraient de soif, et eussiez veu ceux des villages loingtains des grandes rivières amener le bestail à grands troupeaux abreuver au Rhône et en la Saône. […] « Par cette sécheresse demeuroyent les fruits et biens de la terre tellement en arrière qu’il semblait au povre monde qu’il estoit tout perdu et pensoit le laboureur avoir perdu ses sueurs et labeurs, et qu’il tomberait en grande famine. Au demeurant la cueillette des bleds fut fort petite, l’espi mal garni, le grain mal nourry et comme transy, la paille de mesme délice, et fort courte : de mode, qu’en plusieurs lieux de ce Lyonnais ne recueillit-on à grand peine la semence, que les povres laboureurs estoient forcez de remettre en terre, pour l’année subséquente » (Paradin, 357). ~ En Forez (mars-novembre)  : « En l’an  1556 fut si grande sécheresse qu’il ne pleu pour bien tremper la terre despuis le quatriesme de mars jusques au mois de novembre (AD 42 en ligne, état civil, B Feurs 1597-1601, vue 1). ~ En Quercy : récolte très précoce et très abondante. On moissonne le seigle vers la mi-mai (Sol, 11 et 129). Vagues de pèlerinages Chez les ruraux de Brie, Champagne et Gâtinais, la sécheresse suscite une vague de pèlerinages auprès de saints protecteurs : « Ne fault laisser à dire le debvoir que le devost peuple chrestien et catholicque feist en ce pays de France par devostes prières et grandes processions, tant en une province qu’en l’aultre, pour deman226

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der à Dieu se miséricorde et de l’eaue sus la terre ; et commença-on dès la my my-may, en continuant jusques au jour de la Feste-Dieu, que le bon Seigneur envoya de la pluie assez competanmant, dont en plusieurs lieux fut chanté le Te Deum laudamus. « Les villages de sept ou huict lieues de Paris alloient en procession audit Paris en l’église de madame saincte Geneviève […]. Ceux de la ville et villages de Melun alloient en procession à la ville de Corbeil, au corps sainct de monsieur sainct Spire. Ceux de Gastinois et pays de Beauce alloient à Estampes de 5 et 6 lieue alentour, en l’honneur des corps sainctz [de] messieurs sainct Cancien et Cancianille. Ceux de Champagne, les ungs alloient à Troye, aux vierges saincte Mathie et saincte Hélène ; aultres alloient à madame saincte Cyre (comm. Rilly) ; autres à Nogent-sur-Seine, à la Belle Dame » (Haton, éd. 2001, I, 46). « Les bonnes gens faisaient nuict et jour processions blanches (comme il les nommaient), à savoir les hommes, femmes et enfans acoustrez de linge blanc, criant miséricorde à vois effroyables et venant des paroisses loingtaines en procession à Lyon » (Paradin, 357). Vague de pestes n Peste signalée autour d’Avignon, Cambrai, Dole, Laon, Marseille, Orléans et Rouen (Biraben, 383). Autour de Lyon : terres et vignes changent de mains « Les pauvres laboureurs […] n’ayant de quoi sustenter eux et leurs ménages, contraints d’exposer en vente à non-pris leurs héritages aux personnes riches qui lors avoyent les belles terres et vignes pour un morceau de pain. Et plusieurs par ce moyen dressèrent les belles granges, bastissant leurs lieux de plaisance de la misère des pauvres » (Paradin, 357). Passages de troupes En Toulois, installation d’un camp de 4 000 protestants allemands commandés par le rhingrave de Daun, dans la prévôté de Vicherey ; séjour pendant 6 semaines des troupes de Philippe II, commandées par Rottxwiller ; camp de 8 000 Français et 800 chevaux entre Foug et Void (Cabourdin, 59-60). Un évadé fiscal dans un manoir du bocage Sous la plume verte d’Emmanuel Le Roy Ladurie, le gentilhomme campagnard qu’est Gilles de Gouberville au Mesnil-au-Val, prend un visage rabelaisien. « Qu’est-ce donc que la noblesse pour Gouberville ? La réponse est simple : fondamentalement, c’est l’appartenance à une caste, diversement privilégiée, d’agrariens locaux, avec qui l’on cousine ; à qui l’on rend des visites de courtoisie ou d’affection ; plus précisément, la noblesse est vécue comme une qualité spéciale, qui permet à celui qui en jouit de ne pas payer les impôts au roi. La savonnette à vilain, c’est d’abord un préservatif contre le fisc. On le voit bien en 1555-1556, quand se produit dans le Cotentin et le Bessin une visite générale de vérification des titres nobles. Brusquement, c’est l’affolement dans les manoirs  : “Ceux qui 227

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n’ont pas pu fournir les preuves de leur noblesse l’an passé ont été condamnés à payer six années de leur revenu.” […] Jacques Davy, bailli de Cotentin (et pseudo-noble), a été condamné à 8 000 livres [25 août 1556, dans le Journal de Gouberville]. Du coup, Gouberville, d’ordinaire si peu soucieux de ses ancêtres, s’enferme tout le jour dans sa maison, fourrage dans ses paperasses, y recherche désespérément les preuves de noblesse de sa famille depuis 1400 (“il était nuit quand je les trouvai”, 28  décembre  1555), enfin les recopie jusqu’à minuit ; il pourra ainsi, noblesse prouvée, sauver son exemption d’impôts ! » (Le Roy Ladurie, 2002, 251).

1557 Pâques : le 18 avril Grande cherté pour le pauvre monde « En ceste présente année fist aussi [autour de Bourges] grand froict et aussi long qu’il fist jamais de ma cognoissence car il dura despuis le moys de novembre [1556] jusques à la fin de mars, toujours avec grand froict et neiges […]. L’an  1557, Pasques estoient le 18e  jour d’apvril, année fort estrange et facheure, à passer au moins au commencement d’icelle, c’est assavoir despuis le moys de janvier, jusques à la Saint-Jehan. En l’année susdicte, l’espace de huict ou dix moys, le blé fut fort cher, tellement qu’on vendoit communément le boisseau de froment xvii et xviii souls, le boisseau de meton [méteil] xv solz, le boisseau de mercesche, xii soulz, et la modure, xiii et xiv soulz. L’advoyne, cinq soulz. Le pouvre monde endura tant, que par le rapport de gens enciens, jamais, de congnoissence d’homme, ne fut une telle année, combien qu’on aict bien veu le blé plus cher, car toutes aultres choses estoient à bon marché ; mais, en ceste présente année, toutes choses estoient chères, et à ceste cause, quant ce vint es moys d’aust, septembre et octobre, survint des maladies innumérables sur le pouvre peuple comme fièvres, pestillances et aultres maladies incurables, dont morurent plusieurs, sans toutteffoys grande apparence ou congnoissence de peste » (Glaumeau, 93-96). Vagues de peste n Attestations de peste autour d’Amiens, Avignon, Béthune, Carcassonne, Dole, Gaillac, Lyon, Marseille, Orléans, Rodez, Rouen, Toulouse et Villefranche-deRouergue (Biraben, 384). Peste en Franche-Comté, autour de Dole (Delsalle, 2001, 55). Prise de Saint-Quentin et exode des populations rurales S’ouvre alors la 11e  guerre d’Italie entre Henri  II et Philippe  II (janvier  1557avril 1559). ” Avril : pillage et destruction du village de Prémont (Aisne, cant. Bohain), à la frontière du royaume, par les Français (E sup. 02, V, Prémonts). 228

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” 10 août : à Saint-Quentin, la victoire d’Emmanuel-Philibert de Savoie, lieute-

nant général du roi Philippe II, sur le connétable de Montmorency ouvre la route de Paris aux Espagnols. ” Après la prise de Saint-Quentin, incendie du village d’Abbécourt, de Chauny, Ham et de Noyon « par les Bourguignons » (E sup. 02, Ognes). ” En Franche-Comté, 15 000 soldats « allemands », refumés de la Bresse, saccagent le pays (Delsalle, 2001, 55). Le bocage chez le sieur de Gouberville Février. Loin des conflits, le bocage se développe lentement chez le sieur de Gouberville. Entre la Vigne-Liot et des taillis, les « fossayeurs » du Mesnil-au-Val entreprennent la réalisation de « fossés », c’est-à-dire de haies sur talus qui se substituent à une simple haie végétale que l’on essarte. Mais le fossé matérialise aussi une nouvelle limite après un essartage (Journal du sieur de Gouberville, d’après Roupsard, HSR 17, 2002, 58). Les bois et forêts de l’Alsace Ordonnance de Ferdinand  Ier, donnée au palais impérial de Prague, le 17  avril, sur « les bois et forêts contenant les manières de la conservation d’iceux avec un règlement des amendes et pour le droit et la défense de la chasse ». Le texte porte sur les forêts domaniales des landgraviats, seigneuries et villes d’Alsace, Sundgau, Brisgau, Forêt Noire, Rheinfeld ainsi que pour l’ensemble de l’Autriche antérieure. Pour réagir contre les dégradations perpétrées dans les massifs forestiers, l’Empereur vise à sauvegarder ses réserves giboyeuses en inaugurant une véritable gestion du patrimoine ligneux. En matière de chasse, les particuliers ne peuvent détenir de chiens en dehors de ceux requis par les communautés rurales pour protéger le bétail estivant. Les chiens ne peuvent divaguer de la Saint-Georges (23  avril) à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) durant le « temps où les biches et autres gibiers mettent bas ». L’« ordonnance des bois et forêts de la Haute-Alsace » édicte aussi des prescriptions sylvicoles en mettant en place une administration dirigées par un Königlich Kaiserlich Fortsmeister. Essartage et écobuage sont interdits. Ovins et caprins sont exclus du pâturage. Les droits d’usage des communautés riveraines sont contrôlés et soumis à des preuves écrites (A. Pecquet, Lois forestières… 1753, I, 648-658, et AD 68, 2B 5/1-2, d’après Garnier, 55-64). Une mesure contre l’infanticide Édit du roi Henri  II qui prononce la peine de mort contre les filles qui, ayant caché leur grossesse et leur accouchement, laissent périr leurs enfants sans qu’ils aient reçu le baptême. Jusqu’à la Révolution, les curés liront au prône cet édit, qui réprime sévèrement l’infanticide. Dans les campagnes, où les amours ancillaires sont légion, la portée de ce texte est grande. « Du mois de février 1556 [anc. st.]. Henry, par la grâce de Dieu, roy de France : à tous présents et à venir, salut. […] estant duement avertis d’un crime très énorme et exécrable, fréquent en nostre royaume, qui est que, plusieurs femmes 229

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ayant conceu enfant par moyens deshonestes ou autrement, persuadées par mauvais vouloir et conseil, déguisent, occultent et cachent leurs grossesses, sans en rien découvrir et déclarer. Et avenant le temps de leur part, et délivrance de leur fruit, occultement s’en délivrent puis le suffoquent, meurdrissent, et autrement suppriment, sans leur avoir fait impartir le saint sacrement du baptême : ce fait, les jettent en lieux secrets et immondes, ou enfouissent en terre profane ; les privans par tel moyen de la sépulture coutumière des chrétiens. De quoy estans provenues et accusées pardevant nos juges, s’excusent, disant avoir eu honte de déclarer leur vice, et que leurs enfans sont sortis de leurs ventres morts, et sans aucune apparence ou espérance de vie : tellement que par faute d’autre preuve, les gens tenans tant nos cours de Parlemens, qu’autres nos juges, voulans procéder au jugement des procès criminels faits à l’encontre de telles femmes, sont tombez et entrez en diverses opinions, les uns concluans au supplice de mort, les autres a question extraordinaire, afin de sçavoir et entendre de leur bouche si à la vérité le fruit issu de leur ventre estoit mort ou vif. Après laquelle question endurée, pour n’avoir aucune chose voulu confesser, leur sont les prisons le plus souvent ouvertes, qui a esté et est cause de les faire retomber, récidiver et commettre tels et semblables délits, à notre très grand regret et scandale de nos sujets. À quoi pour l’avenir, nous avons bien voulu pourvoir. Sçavoir faisons, que nous désirans extirper et du tout faire cesser lesdits exécrables et énormes crimes, vices, iniquitez et délits qui se commettent en notredit royaume, et oster les occasions et racines d’iceux doresnavant commettre, avons (pour à ce obvier) dit, statué et ordonné, et par édit perpétuel, loi générale et irrévocable, de notre propre mouvement, pleine puissance et autorité royale, disons, statuons, voulons, ordonnons et nous plaît, que toute femme qui se trouvera deuement atteinte et convaincue d’avoir celé, couvert et occulté, tant sa grossesse que son enfantement, sans avoir déclaré l’un ou l’autre, et avoir prins de l’un ou de l’autre témoignage suffisant, même de la vie ou mort de son enfant, lors de l’issue de son ventre, et qu’après se trouve l’enfant avoir esté privé tant du saint sacrement de baptême, que sépulture publique et accoutumée, soit telle femme tenue et réputée d’avoir homicide son enfant. Et pour réparation, punie de mort et dernier supplice, et de telle rigueur que la qualité particulière du cas le méritera : afin que ce soit exemple à tous, et que ci-après n’y soit aucun doute ne difficulté. Si donnons en mandement par ces présentes à noz amez et féaux conseillers les gens tenans nos cours de parlement, prévost de Paris, baillifs, séneschaux et autres nos officiers et justiciers, ou à leurs lieutenants et à chacun d’eux, que cette présente ordonnance, édit, loy et statut, ils fassent chacun en droit soy lire, publier et enregistrer, et incontinent après la réception d’icelui, publier à son de trompe et cri public, par les carrefours et lieux publics, à faire cris et proclamations, tant de notre ville de Paris, qu’autres lieux de notre royaume ; et aussi par les officiers des seigneurs hauts justiciers en leurs seigneuries et justices, en manière qu’aucun n’en puisse prétendre cause d’ignorance, et ce de trois mois en trois mois. Et outre, qu’il soit leu et publié aux prônes des messes parrochiales des dites villes, pais, terres et seigneuries de notre obéissance, par les curez ou vicaires d’icelles ; et icelui édit gardent et observent, et fassent garder et observer de point en point 230

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selon sa forme et teneur, sans y contrevenir. […] Donné à Paris, au mois de février, l’an de grâce mil cinq cens cinquante-six ; et de notre règne le dixième. »

1558 Pâques : le 10 avril Année d’abondance ✷ En Berry : « L’an 1558, Pasques estoyent le xe jour d’apvril, année fort fertille et habondante en tous biens [en Berry]. Le blé ne se vendoit que deux sols et six blans le boisseau, qui était chose fort miraculeuse, veu la grande cherté de l’année précédente » (Glaumeau, 103). ✷ Autour de Metz  : « Ladicte année  1558 fuist bonne et fertille de bleidz et de vin. Il fuist peu de fruitz » (Le Coullon, 26-27). Été torride : les soyeurs mouraient de soif « L’esté fut fort chaud et adonné à seicheresse, à tonnerres et esclairs en son commancement ; mais incontinant se rendit pluvieux à cause des nuages que les tonnerres causèrent ; et sy lesditz tonnerres et nuages de pluies ne refroidirent point le temps, qui fut cause de faire germer les grains aux champs. Il n’i eut quasi jour au moys de juillet qu’il ne feist nuages d’eau provocquée par grands tonnerres et esclairs ; et ce néantmoings, faisoit si chault avant lesdittes nuées et depuis, que les soyeurs moroient de soif et de mort subite enmy les champs ; et en morut au bailliage de Prouvins sept ou huict en plusieurs endroictz, et si fut le bruict qu’ainsy faisoient-ilz par les pays de Brie, France et Piccardie […]. « L’autonne fut bien tempéré et bon pour les vendanges, qui furent fort copieuses […]. La semaille fut bonne ; mais ne levèrent les grains fort bien, à cause qu’ilz avoient germé aux champs et s’estoient eschaufez ès tas dedans les granges, pour avoir esté serrez trop molz. L’hiver ne fut trop froict ni inconstant, ni en pluyes ni en neiges. Il feit pour la pluspart de belles gelées seiches, qui ne furent domageables aux grains de la terre. Toute l’année, le vivre fut en France à si petit et bas prix que ung homme en ung jour n’eust sceu despenser en pain et vin que 18 den. t. pour le plus ; la chair, le drap, le cuyr et les ouvriers estoient à bon marché […]. Par toute la France n’estoient que jeux, nopces, festes, dansses et esbatemens par les villes et villages » (Haton, éd. 2001, I, 133-135). Les insolences des soldats « Au moys de may 1558, les Françoys campèrent devant Thionville. C’estoit pitiez des insollences que les soldatz commettoient ; durant ledict siège passa par Ancey et y logèrent bien 12 ou 13 compaignies que de chevaulx que de piedz, entre aultres un nommé Riqueroch y logea avec 13 enseignes de lansquenestz. Ils estoient plus de 5 000 hommes. […] La guerre estoit cruelle et merveilleuse. Les soldatz pour estre mal réglez faisoient de grand desgastz et extortions » (Le Coullon, 26-27). 231

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Un cas de lèpre 12 juin : isolement d’une lépreuse à Belleville (E sup. 69). La Réforme protestante frappe à la porte des grands mas cévenols Avant-poste des serres cévenoles, sur les flancs de la montagne de l’Hortus, le hameau de Lancyre (comm. Valflaunès, Hérault) est aujourd’hui un domaine viticole réputé au cœur de l’appellation Pic Saint-Loup. Au milieu du xvie siècle, c’est une ferme isolée –  le mas de Lancyre  – où vit une famille élargie, les Jean. Ces Jean forment plusieurs couples de « pariers et communs en biens » à la tête d’une grande exploitation agricole. Ils prennent la suite des paysanneries citadines du Languedoc pour adopter la Réforme. « Les Jean de Lancyre exploitent un vaste domaine, qui fait le “principal revenu” aux dîmes du prieuré local. À leur compoix (1558) un mas, grande bâtisse de 100 mètres de tour, plus un cellier, une citerne (aiguière) indispensable sur leur piton sec, une étable (mangidou), un four, un poulailler (galinié), une immense bergerie (mas de fédes), un colombier, un moulin à huile et deux porcheries. En plus du verger et des légumes, les Jean possèdent un grand ensemble foncier  : 314 hectares dont 264 en devès (maigres pacages à moutons) et 50 de labours, dont le plus clair (36 ha) est en céréales, dispersé en champs minuscules et très nombreux (140 parcelles) : une pièce d’un demi-hectare est qualifiée « grand champ » ! Beaucoup de terrasses (faissas) parmi ces lopins. Peu de vignes (4 ha). Des oliviers (8 ha) accrochés en escaliers de banquettes sur les versants ensoleillés que domine le mas ou bien plantés à quelque distance, sous l’église du prieuré voisin. Quelques prairies (4 ha). C’est une famille de laboureurs aisés, prolifiques, instruits [qui, alors] adhère en bloc, selon les paroles de Louis Jean, « à la Religion réformée selon la Parolle de Dieu, et au saint Évangile » (Le Roy Ladurie, 1966, 352-353).

1559 Pâques : le 26 mars Année chaude et fertile « L’année 59 fuist fort chaude et bien fertille et abondante en bleidz et vin [autour de Metz]. Il fuist peu de fruitz et de foin. Les vins fuirent bons » (Le Coullon, 28). Enfin la paix ! Après une série de trêves, le second traité du Cateau-Cambrésis met un terme aux expéditions militaires qui saccagent la Lorraine. « En ladicte année  58 vers la Saint-Martin se fist trêves entre les princes. Quelqueffois pour 15 jours, aucun effois le temps que les députez de Leurs Majestez estoient assemblez. Les trêves fuirent reitéréez plussieurs foys. En fin le bon Dieu permist que la paix fuist faicte au commencement du moys d’apvril 1559), entre les roys d’Espaigne et de France, Yzaubel, royne d’Angleterre et Françoys, fils du 232

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roy Henry, et la royne d’Escosse. Ladicte paix fuist publiée à Metz le 20 dudict apvril avec grandes solempnitez et cérémonies » (Le Coullon, 27-28). Sécheresse et surpâturage en Provence À Saint-Paul-sur-Ubaye, en Provence, les habitants font confirmer par leur seigneur les quotas traditionnels de pâturage : interdiction pour chaque chef de famille de posséder « plus de 5 chèvres, trois trentaines de brebis et 6 têtes de gros bétail ». On est pourtant dans l’une des meilleures zones d’herbages des Alpes du Sud (Sclafert 178). Mort d’Henri II, le « père des laboureurs » (10 juillet) « Il avoit bien pollicié la gendarmerie, et en telle façon y avoit mis ordre que les gens de guerre n’eussent osé rien prendre des biens du laboureur, sans le payer de gré à gré ; et a ceste ordonnance tenu et esté observée toute sa vie, c’est-à-dire le temps de son règne à la coronne, qui a esté de treze ans non entiers, car il est mort sus le commancement du treziesme an de son gouvernement. Non seullement lesditz gens de guerre n’eussent osé prendre aulcune chose sus le laboureur sans payer, mais aussi ne les eussent osé desteler de leur harnois et cherrue, ni les destourber de leur labourage pour se faire guider, eux ni leur bagage, sus peine de la hart, ni prendre leurs chevaux, harnois ni charretttes, sinon en cas de nécessité et en payant. « Cest ordre fut tout son règne si bien observé que les laboureurs n’eussent digné fermer les huis de leurs caves, celiers, garniers, coffres et aultres serrures de leurs maisons pour les gens de guerre, tant ilz se gouvernoient honestement, selon laditte ordonnance. Les poulles, poullets, chapons et aultres volailles estoient parmi les jambes desditz gens de guerre ès maisons des laboureurs quand ilz y estoient logez, et si n’en eussent pas tué une seulle sans demander congé à l’hoste et pour [de] l’argent. Ilz ne faisoient bruict ni insolence ès maisons desditz laboureurs, non plus qu’en leurs maisons propres. Et, pour ces causes, les laboureurs et gens des villages ont bien occasion de pleurer et regreter sa mort, car avec grande difficulté y aura-t-il roy au royaume de France de longtemps qui les gorverne si doulcement et en telle façon, et pour ce a-il esté appellé “le père des laboureurs” […]. Mais une chose est à craindre qui n’a guères mis à advenir après sa mort : les tailles sont demeurées sur le pauvre peuple, et si la gendarmerie a mangé et ruyné les villageois » (Haton, éd. 2001, I, 147-148). 14 octobre 1559 : l’arrivée du forgeron à Besse-en-Oisans (Isère) Dans ce village dauphinois de 1000 à 1300 âmes, qui se blotissent à 1 545 m d’altitude, acun forgeron n’avait accepté de s’installer depuis 1500. En 1559, pour faire tourner une forge et attirer un spécialiste, Blaise Pic-Pichon, un maréchal de La Grave-en-Oisans, reçoit pour le loyer modique de 25 sols une maison qu’il a tout loisir de transformer : « Item, a esté dict, convene et arresté entre lesdites parties que ledict Blays Pic Pichon aura faculté et puissance de povoyr faire overture en la muralle de ladicte chambre du cousté du midy faysant fenestre, grand porte et aultres chouses si bon luy semble pour sa commodité et proffit dudict art de 233

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mareschallerie ». Désormais, et jusqu’au xxe siècle, on y entend sans discontinuer le tintement du marteau sur l’enclume (AD 38, 3E14384, d’après Belmont, 1998, 55). Le protestantisme en Beauce et en Berry « Dans ce diocèse [Chartres], l’hérésie s’était fort avancée dans le Blésois, Vendômois, Dunois et Drouais. Deux malheureux curés la semèrent dans leurs paroisses, qui ont été comme la pépinière d’où cette perverse doctrine a été entée dans la Beauce et le Drouais : ce fut à Varize et à Mézières, près de Dreux où, grâce à Dieu, elle a été arrachée du premier, et pour l’autre, ils se sont maintenus en petit nombre dans le hameau de Marsauceux » (Jean-Baptiste Souchet, Histoire du diocèse de Chartres (écrite vers 1640, IV, 17). De fait, un bon siècle plus tard, le calvinisme est enraciné à Marsauceux, aux portes de Dreux, notamment chez les vignerons. En 1559, une femme de Bourges se rend au village d’Asnières pour demander les services d’une sage-femme réformée. La communauté vigneronne d’Asnièreslès-Bourges est passée en partie au protestantisme (Boisson, HSR, 15, 2001, 39).

1560 Pâques : le 14 avril Les blés germaient aux champs « L’an 1560, Pasques estoyent le xiiiie jour d’apvril, année monstrant grande apparence de fertilité en tous biens et fruictz, touteffoys fort humide ; car despuis le jour de Pasques susdict, jusques à la saint-Jehan ne passa point six jours sans pluvoyr ou prou. L’année susdicte, le dimanche xiiiie jour de juillet, fut faicte procession generale en ceste ville de Bourges, pour la disposition du temps, car comme il est dict dessus, l’année fut fort pluvieuse et fut l’espace de quatre ou cinq moys sans cesser de pluvoyr, tellement qu’on ne pouvoit amasser les biens de la terre, voyre que les bledz germoyent aux champs, et les foins porrissoyent dans les pretz » (Glaumeau, 110-111). Au sud de Paris : une expropriation paysanne avancée ? Au milieu du xvie siècle, sept seigneuries du Hurepoix regroupent 6 070 ha : Thiais (Val-de-Marne) ; Antony (Hauts-de-Seine) ; Montéclin, Avrainville et Mondeville (Essonne) ; Trappes et Chevreuse (Yvelines). Sur cet ensemble, calcul fait dans les registres de propriété établis pour les seigneuries (les « terriers »), les ruraux n’ont que 2 049 ha, soit 33, 75 % du sol. La répartition varie selon la nature de culture : les gens de village détiennent encore 40,6 % des labours (1 518 ha), et 68, 6 % du vignoble (304 ha) mais seulement 28 % des prés et pâtis et quasiment rien des bois (0,7 %). Pour les deux tiers du sol, les paysans sont donc locataires de propriétaires extérieurs, parisiens pour l’essentiel. « Une image singulièrement précise de la répartition de la propriété entre les différents groupes sociaux peut être fournie par l’étude de quelques seigneuries représentatives des aspects variés du Hurepoix  : terroirs de coteaux à vigne, de 234

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plaine ouverte et fertile, de vallées aux versants boisés. Le tableau qui résume les résultats du dépouillement de sept terriers, tous établis entre 1547 et 1564, montre d’abord, avec une impressionnante concordance que la propriété utile du sol, dès le milieu du xvie siècle, échappait en grande partie aux habitants des campagnes de la région. C’est à des “non ruraux”, à des communautés religieuses, hospitalières ou universitaires, à des gentilshommes, nobles de cour ou modestes hobereaux, à des officiers et à des marchands de la capitale, aux habitants de petits bourgs à l’activité économique déjà différenciée, qu’appartenaient les deux-tiers du sol. Si l’on exclut de ce calcul les masses forestières, bois de Verrières, de Chevreuse et de Trappes, la proportion reste de 56 %. Si l’on ne tient compte que des censives, les véritables ruraux ne détiennent encore que 49 % des surfaces considérées. Ainsi s’affirme un phénomène fondamental. L’expropriation paysanne, si souvent signalée comme le trait essentiel des campagnes du Grand siècle, était déjà très marquée, aux alentours de la capitale, à la veille des guerres de Religion » (Jacquart, 104-109). La misère du « pauvre bonhomme » Harangue de François Grimaudet, avocat du roi en l’assemblée particulière des états d’Angers, le 14 octobre. « Reste le tiers état […] c’est celui qui soutient les guerres ; en temps de paix entretient le roi, labourer la terre, fournit de toutes choses nécessaires à la vie de l’homme, toutefois est grandement taillé de subsides et taxes insupportables […]. Autre tribut, qui travaille et moleste tous états sans le su du roi, c’est la gabelle du sel, duquel le bon homme porterait patiemment le profit que le roi en reçoit, n’était qu’il y a des marchans, fermiers, granetiers, contrôleurs, greffiers et archers de la gabelle, lesquels vont ès maisons des pauvres gens, remuent leurs lards et tout ce peu de meubles que Dieu leur a donné, et le plus souvent s’en emparent, dont ajourner les pauvres à comparoir par devant eux aux villages, où n’y a aucuns conseils ; se montrent au peuple en grand’furie et crainte, armés de pistoles, pistolets et ongs bois, font aux rustiques procès extraordinaires, les arrêtent prisonniers, exécutent de leurs bœufs, chevaux et charrettes. Tellement qu’en une seule matinée, par leurs actions, ils ruinent 40 à 50 pauvres rustiques qu’ils envoient à l’aumône ; et se trouvera en ce pays d’Anjou qu’ils ont ruiné plus de mille » (Choix de chroniques et mémoires sur l’histoire de France, par J. Buchon, 1836). Le refus de la dîme en Languedoc : grève sage ou grève sauvage ? « En 1560, l’épidémie antidécimale gagne toute la France du Midi, du Rhône à l’Atlantique. Deux types de grèves apparaissent  : l’une est purement religieuse, c’est la grève sage, où les paysans, passés au camp des réformés, acceptent néanmoins de payer la dixième gerbe, mais seulement aux pasteurs de la nouvelle religion. Telle est l’atitude de Louis Jean, au mas de Lancyre. Telle est aussi celle des communautés rurales près de Nîmes, en 1561  : “Les parochiens de Meynes ont menassé de ne payer aulcungz dixmes le rentier du chapitre ne leur baille ung ministre de Genefve.” Mais cette sagesse exemplaire n’est pas répandue chez tous. Pour beaucoup de paysans, qu’ils soient réformés ou même catholiques, le refus de 235

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la dîme est sans nuance : c’est la grève sauvage, où l’on ne verse plus rien, à qui que ce soit. Les rustres prennent au sérieux les promesses des “gros bourgeois et marchands” qui, en Languedoc, attirent à la Réforme nombre d’habitants avec promesse “qu’ils seraient libres et francs de payer dîmes”. Ils voient flamber, dans l’été de 1560, les brasiers des registres et des chartes, le coq rouge. À Nîmes, ils écoutent les incendiaires “qui crioient avec des mouvements d’allégresse qu’on ne payerait plus ni dîmes, ni censives, et autres charges”. Et leur souhait est clair, quelle que soit leur foi  : ne plus payer, ni à Rome ni à Genève. Contagion des grèves : elles s’étendent vers l’Ouest, vers l’Agenais où “dès avant la guerre civile, les dîmes n’étaient plus payées” ; vers la Guyenne et le Périgord, où les paysans catholiques, note La Boétie, interrompent eux-mêmes leurs prestations » (Le Roy Ladurie, 1966, 381). Premiers édits de pacification 8 mars 1560 : édit d’Amboise. Premier édit de pacification, accordant un pardon général à toutes les personnes qui ont été impliquées par le passé dans des affaires d’hérésie. Les prisonniers protestants doivent être relâchés. Les affaires judiciaires en cours doivent être suspendues. Mai 1560 : l’édit de Romorantin complète l’édit d’Amboise. Il fait passer jugement de l’hérésie des tribunaux civils (présidiaux) aux tribunaux ecclésiastiques. Accalmie de la répression et fin de la peine de mort pour les crimes d’hérésie puisque seuls les tribunaux royaux peuvent la prononcer. Décriminalisation de l’hérésie en la distinguant de la sédition. La liberté de conscience est donc accordée à tous ceux qui ne perturbent pas l’ordre public. La fin de Martin Guerre Le 16  septembre, à Artigat (Ariège)  : exécution d’Arnaud du Tilh, « soi-disant Martin Guerre », originaire du village de Sajas, dans le Comminges, convaincu d’avoir usurpé l’identité du mari de Bertrande de Rols. Après avoir testé et fait amende honorable, en chemise et tête nue, une torche à la main à travers le village, l’imposteur est pendu (Jean de Coras, Arrêt mémorable du parlement de Toulouse, 144-160, d’après Nathalie Davis, Jean-Claude Carrière et Daniel Vigne, Le Retour de Martin Guerre, 1982).

1561 Pâques : le 6 avril Tempêtes d’automne ~ En Berry. « En l’année mesme, la nuict du dimanche xixe jour d’octobre, fist ung vent si grand et si emerveilleux que chascun s’an esbayoit fort. Il commença sur le minuict, et dura jusques à sept fures du lendemain matin. Durant lequel temps, ledict vent fist des maulx innumérables  : il abatit le clocher de l’église et couvent des Augustins de ceste ville de Bourges, des pignons de maisons et che236

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minées grand nombre ; et y eut bien peu de maisons, églises et aultres édifices en toute la ville, desquelz il ne myst grand quantité de tuilles par terre ; et par les champs, des arbres infinis arrachez et rompus » (Glaumeau, 121). ~ En Brie, à la mi-novembre  : « L’année même, moi allant par les champs, vis en plusieurs lieux les justices et gibets abattus, et me fut dit ce être advenu ladite nuit que celui de Provins tomba […] par une foudre et tempête de vent qu’il fit la nuit, environ les onze heures. Les hommes sages et bon esprit ne se purent garder de donner quelque jugement de ce fait et se tinrent comme pronostic et prodigieux de futurs maux à advenir en France par voleurs, larrons et méchantes gens qui feraient du mal incroyable, sans aucune punition ni répréhension des juges et magistrats justiciers » (Haton, éd. 2001, I, 288). Traces de pestes n Autour d’Amiens, Coulommiers, Orléans, Pamiers, Paris, Perpignan et Toulouse (Biraben, 384). n Le 15 mai, peste à Provins et aux environs (Haton, éd. 2001, I, 275) et aussi à Mâcon, Chalon, Lyon, Dijon, Troyes, Sens, Bray-sur-Seine et aux environs (Haton, éd. 2001, I, 277). Après la grêle : un vicaire-vigneron du Beaujolais fait ses comptes Comme souvent, les registres paroissiaux servent de livres de comptes aux administrateurs de sacrements. À Saint-Georges-de-Reneins, paroisse du sud du Beaujolais, le vicaire François Romanet fait mémoire de ces achats avant d’enregistrer les actes de baptême, mariage et sépulture. « Mémoyre que le mardy troisiesme jour du moys de juin l’an mil cinq cens soixante ung, j’ay achepté une cheval poil bay brun de monsieur l’eslu Aujard, la somme de neuf escus soleil à 2 livres v s. pièce, montant la somme de vingt deux livres dix solz tournois, pour ce… 22 L. v s. Plus, ay baillé au serviteur dudit sieur Aujard pour son vin 10 s. vi. « Dieu, par sa sainte grâce, me le veuille préserver et garder de mal, à l’intercession de la glorieuse Vierge Marie et de monsieur saint Esloy et de tous les saints et saintes de Paradis. Amen. Mémoire que ceste présente année 1561 je n’ay heu en toutes mes vignes, tant en celles que je fois à ma main que de celles de moytié la quantité de quinze asnez vin et trois asnez vivande, obstant la gresle, laquelle nous a tous gatez ceste dite année » (AD 69, BMS Saint-Georges-de-Reneins 1570, vue 4). Ordonnance d’Orléans de janvier 1561 (1560, ancien style) Le document comporte 150 articles, qui codifient les demandes exprimées par l’assemblée des États généraux réunis dans la ville, du 13  décembre  1560 au 31 janvier 1561. Art. 67. « Les prévôts des maréchaux seront tenus suivre les compagnies de gens de guerre à cheval ou à pied, et le semblable sera établi en la province où lesdits gens de guerre entreront et passeront, pour ensemblement avoir l’œil, garder nos subjets et pauvres laboureurs d’oppression et violence, et faire vivre lesdits gens 237

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de guerre selon les ordonnances à peine d’être privés et cassés de leurs états, de répondre en leurs propres et privés noms de tous dépens, dommages et intérêts, souffers par nos subjets. Art. 104. « Il est enjoint à tous Bohémiens et Égyptiens, leurs femmes, enfants, et autres de leur suite, de sortir du Royaume dans les deux mois à peine des galères et de punition corporelle. Art. 106. De la conduite sage et modérée dont les seigneurs des fiefs doivent user envers leurs vassaux. « Sur la remontrance et plainte faite par les députés du tiers-état contre aucuns seigneurs de notre royaume, de plusieurs extorsions, corvées, contributions, et autres semblables exactions et charges indues. Nous enjoignons très expressément à nos juges […] ne permettre que nos pauvres sujets soient travaillés et opprimés par la puissance de leurs seigneurs féodaux, censiers ou autres, auxquels défendons intimider ou menacer leurs sujets et redevables… et avons dès à présent révoqué toutes lettres de commission et délégation, accordées et expédiées ci-devant à plusieurs seigneurs de ce royaume […] pour juger en souveraineté les procès intentés pour raison des droits d’usage, pâturages et autres prétendus, tant par lesdits seigneurs que par leurs sujets, manants et habitants des lieux, et renvoyé la connaissance et jugement desdits procès à nos baillis et sénéchaux, et par appel à nos cours de Parlement. Art. 108. Du temps auquel la chasse est interdite. « Défendons aux gentilshommes, et à tous autres, de chasser, soit à pied ou à cheval, avec chiens et oiseaux sur les terres ensemencées, depuis que le blé est en tuyau ; et aux vignes, depuis le premier jour de mars, jusqu’après la dépouille, à peine de tous dommages et intérêts des laboureurs et propriétaires. Art. 117. « Défenses aux capitaines des charrois de munitions de guerre, artillerie, ou autres, de prendre de force les chavaux des fermiers et laboureurs, si ce n’est de leur vouloir, de gré à gré et en payant leurs journées, à peine de la hart. Art. 120. Du port d’armes. « Voulons et entendons que les défenses faites de porter pistolet ou arquebuses soient étroitement gardées. Art. 137. « Il sera permis à chacun de chasser à cris et jets de pierres seulement, les bêtes fauves et autres qu’il trouvera endommageant son héritage. » Un laboureur-vigneron gagné à la Réforme « En l’année 1561, la parolle de Dieu fuist preschée à Metz publiquement. On avoit preschez environ demy ans à Saint-Privez, mais venant l’yver, il fuist permis aux ridelles faire bastir un temple au Retranchement. C’estoit chose admirable de veoir le nombre des personnes qui se rangeoient chascun jour à la doctrine. Les presches aussy fuirent dressez aux villaiges, comme à Scey, Lorrei, Coin sur Saille, Fleury, Montoy et aultres lieux. Le règne de Jhesucrist prenoit grand accroissement » (Le Coullon, 29-30). 17 janvier 1561. Dénombrement de la gabelle du sel dans les États d’Emmanuel-Philibert de Savoie Le duc ordonne de faire « fidèle description au vrai de tous nos sujets et autres demeurant en notre pays et terres de notre obéissance de delà les monts, tête par 238

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tête, noms et surnoms et de famille en famille, en spécifiant toutefois et décrivant séparément les pauvres et misérables personnes et les petits enfants qui n’excéderont l’âge de 5  ans ». Il impose aussi de « faire description du nombre et qualité de bétail prenant sel, qui ordinairement a accoutumé être tenu, nourri et alimenté par nos sujets ». Le recensement est enregistré sur des cahiers par paroisse, dans le cadre des 23 greniers à sel qui couvrent le duché, à l’exception des trois bailliages –  Chablais, Ternier et Gaillard, Gex  – alors occupés par les Bernois et les Valaisans. Avec 3172 habitants dont 95 % de paysans, 3688 ovins et 2890 bovins, Saint-Maxime-de-Beaufort constitue la première paroisse rurale du duché de Savoie en 1561. Beaucoup plus modeste, celle de Veyrier-du-Lac (151 ménages et 802 habitants) fournit un échantillon représentatif de la richesse des données du recensement en révélant l’importance des ménages multiples et les modes d’exploitation. « Registre des noms et surnoms des paroissiens et habitants de la paroisse de Veyrier, mandement d’Annecy en Genevois, et le dénombrement du bétail d’icelle paroisse, fait par Pierre Barut et Jean de Croes, modernes syndics de ladite paroisse, et Martin Blanchard, co-vicaire dudit Veyrier, du commandement fait de la part de l’altesse de monseigneur, par Me François Garin, commissaire à ce député le jour. Et premièrement, au village de Chavoerruz : 1. – Maurice, fils de feu Aymé de la Comba, alias Guiod. L’Anthoine, sa femme. Claude, Dominique et Jehan, ses enfants. La Claude et Jacquemette, ses filles, icelle Jacquemette moindre de 5 ans. La Jacquemette Delachenal, femme dudit Claude. La Claude, sœur de ladite Jacquemette, de moindre âge. La Claude, leur servante. Item, 5 vaches tant grandes que petites. Item, 6 chèvres. VIII solvables, II moindres. 2. – Françoys, fils de feu Jehan de la Comba, alias Guiod. La Claude, sa femme. Aymé, son fils mâle. Françoise, Guigone et Jaquemette, en bas âge. Item, 2 vaches. Item, une mouge [génisse]. Item, une chèvre. III solvables, III moindres. 3. –  Jehan, fils de fau Yvoz de la Comba, alias Guiod. La Maurice, sa mère. La Maurice, sa sœur. Item, une vache. Deux chèvres et un chevrot. III solvables… » (Viallet, 1993 et 1995, 271-302). L’arrivée du riz 17 mai : autorisation à Jorges Rynaldo, Milanais, d’implanter en Franche-Comté la culture du riz (AD 25, B 0994, d’après Febvre, 37). Étaupinage au Mesnil-au-Val Le 29  décembre  1561, commence une campagne d’étaupinage qui fait la fortune de Jehan Lechevalier, engagé par Gilles de Gouberville, au nord du Cotentin. « Le lundi xxviiie décembre, jour des Innocents, il fist fort beau temps, cler et doulx, à merveille […]. Quand je revins du bois sur le soyr, je trouvé Jehan Lechevalier, taulpier, qui venoyt prendre des taulpes, et me dist qu’il venoyt des soldats en garnison à Cherebourg et qu’ilz avoyent couché aulx Pieux, et qu’ilz esptyent de 239

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la compagnée au cappitaine Vilarmoys. Le mardi xxixe, je ne bougé de céans ; je fys semer par Nicollas Drouet dix boisseaulx à la Basse-Vente. Jehan Lechevalier prinst dix taupes à la Haulte-Vente pour tout son jour. […] « Le jeudi, dernier jour […] Jehan Lechevalier prinst, tant à la Haulte que Basse-Vente, xxi taupes » (Gouberville, rééd. des Champs, 855).

1562 Pâques : le 29 mars Des saisons toutes changées ~ Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1562, rupture de la levée de la Loire au pont de Varennes près de La Chapelle Blonde, « laquelle fit grand dommage en la vallée » (E sup. 49, III, Saint-Georges-du-bois). ~ En Brie, le 24 juin, il neige. Les vignes coulent et les blés aussi. « Les saisons de l’année se trouvèrent toutes changées en cette présente. Le beau temps de printemps se trouva être en hiver, au printemps l’été, en été l’automne et en automne l’hiver. Toutefois, quasi toute l’année, les eaux furent grandes et dérivées et furent plus grandes l’été que l’hiver, et recueillit-on sur la prairie de la rivière de Seine du foin assez qu’il eut pu sauver et faner » (Haton, éd. 2001, 405-406). ~ En Berry, hiver pluvieux comme jamais. « En l’année que dessus, depuys le mys d’octobre [1561] jusques au moys de febvrier, ne cessa de pluvoir, voyre que tout le temps d’yver passa sans un seul our de froict, et ne passa point de tout le temps susdict troys jours suivans sans pluvoir. Durant tout ce temps les eaux furent tousjours grandes, et firent beaucoup de maulx en plusieurs lieux ; du 15e  jour de janvier les amandiers estoient fleuris. Le commung bruit estoit que jamais ung tel yver on n’avoit veu. L’an 1562, Pasques estoient le xxixe jour de mars, année bien disposée et habondante en tous fruictz » (Glaumeau, 124). Poussées de peste n Maladie contagieuse à Paris, Pontoise, Gisors, Rouen, Beauvais, Meaux, Compiègne, La Ferté-sous-Jouarre, Château-Thierry, Soissons, Reims et Chalon en Champagne, Troyes, Châtillon-sur-Seine, Langres, Dijon, Tournus, Chalon-surSaône, Beaune, Mâcon, Lyon, La Charité, Bourges, Gien, Auxerre, Sens, Bray-surSeine, Melun, Corbeil, Étampes, Orléans, Tours, Vendôme, Poitiers, La Rochelle, Moulins, Sancerre, Vézelay et Montargis (Haton, éd. 2001, 406-407). Une pacification impossible 17 janvier 1562 : édit de Saint-Germain. Deuxième édit de pacification, accordant une liberté de culte partielle. Les prêches protestants sont légalisés, de jour, sans armes et en dehors de la ville. Les protestants doivent par ailleurs libérer les temples et les biens des catholiques dont ils se sont emparés. L’iconoclasme est condamné de peine de mort sans espérance de grâce ni de rémission. L’édit encourage à la tolérance des deux communautés. Les ministres de la nouvelle 240

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religion doivent jurer de respecter l’édit devant les officiers royaux et de ne pas faire de prosélytisme. Cet édit n’interrompt les troubles que quelques semaines. Première guerre de Religion (mars 1562-mars 1563) L’étincelle : le massacre de Wassy ” 1er  mars 1562  : massacre de Wassy en Champagne. Les calvinistes mettent à sac cinq jours durant toute la région de Joinville pillant le bourg et l’abbaye de Montier-en-Der. Conduits par le capitaine Viard, les religionnaires saccagent les monastères et renversent les images. Ce massacre lance en France les guerres de Religion. Trente et un ans plus tard, ses traces et celle de l’incendie de Wassy sont bien présentes. Dans une requête éloquente, même si le trait est grossi, les habitants demandent une exemption de tailles : « Depuis les présents troubles, les ennemis rebelles à S. M. les ont par tant de fois assaillis ou les pertes incroyables que les Lorrains leur ont apportés depuis trente et un ans, lors du massacre, pour avoir été toujours connus vrais Français et fidèles serviteurs de Sa Majesté, qu’il ne leur reste moyen de vivre, lieu pour se pouvoir retirer, ni espérance de se remettre en leurs maisons étant brûlées, leurs biens pillés, la meilleure partie de leurs cohabitants mort en ces guerres, et le peu qui reste épars et vagabond en ce royaume (AD 51, C 2622, Avis du bureau des finances de Champagne sur la requête des habitants de Wassy, 11 décembre 1593). Sous la direction du frère de Coligny, d’Andelot, des mercenaires allemands traversent la Lorraine, depuis Sarrebourg et Baccarat, et se dirigent vers la Champagne (Cabourdin, 60). ” Le 18  mars, massacre des protestants par les catholiques dans un faubourg de Castelnaudary. Les catholiques incendient un moulin pastelier où se tient un prêche protestant, faisant une soixantaine de victimes (Maguer, 233). ” Le 2 avril, « Ce jour, le prince de Condé et sa compagnie logèrent à Palaiseau ou aux villages de l’entour […]. Cependant il s’acheminait tant qu’il pouvait avec ses troupes devers Orléans [qui lui ouvre ses portes] » (Journal de ce qui s’est passé en France durant l’année 1562, principalement dans Paris et à la cour, par Pierre de Paschal). L’iconoclasme protestant ” D’avril à juin, les huguenots mettent à sac églises et monastères dans les campagnes. Le dimanche de la Quasimodo (5 avril), la vague iconoclaste bat son plein. Aux portes de Tours, l’abbaye de Marmoutier-lès-Tours, est livrée au pillage. « Du temps du cardinal Charles de Lorraine fut du tout pillée ladite abbaye de Mairemoustier par les huguenots, dont était le chef du pillage le comte de La Rochefoucauld, qui vint céans avec force envahir tous les trésors de l’église, et signamment la table du grand autel, ou étaient les 13 apôtres élevées en bosse, le tout d’argent doré ; et fut emporté trois charretées d’argenterie, des reliquaires d’or et d’argent, et autre richesses qui furent brisées en la ville de Tours en lingots et monnaies pour payer les Allemands qui étaient venus au secours desdits huguenots en France. Les ornements de l’église qui étaient en si grand nombre que lors y avaient trois cent chappes, dont la moindre était de taffetas, les autres 241

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de drap d’or et drap d’argent, toile d’or et toile d’argent, que ces misérables faisaient brûler, que infinité d’autres ornements comme chasubles, tuniques, tapis, ornements, tapisseries aubes et autres semblables ustenciles furent volés et emportés. Les livres de l’église, qui étaient beaux et riches à merveille, furent ès lesdits huguenots brûlés et déchirés. Toutes les vitres de l’église qui étaient riches de portraits et peintures furent entièrement toutes cassées et abatues ; les barres et barreaux de fer, verges et goupilles « Le dimanche de Quasimodo furent ravis et emportés, le plomb pareillement ; où tombèrent trois ou quatre de ces misérables en les cassant et abattant, qui se tuèrent. À la tour où étaient les grosses cloches s’efforcèrent à coups d’arquebuse casser lesdites cloches, mais l’on y avait prévu par le moyen que l’échelle fut coupée, et n’y purent monter pour les casser. Les orgues furent toutes rompues, brisées et cassées. Bref, tout ce qu’ils purent faire de mal et ruine fut fait. « Les ustenciles de toute sorte qui étaient en ladite abbaye pour l’usage commun des frères furent tous emportés, ravagés et perdus. Les provisions de l’abbaye furent toutes dissipées et emportées. Somme qu’il fut perdu la valeur de deux cent mille ducats. « Et cependant les moines de l’abbaye en fuite, les uns chez leurs parents, les autres chez leurs amis, où ils s’étaient réfugiés, et lors ne se faisait aucun service divin en ladite abbaye pour la fureur desdits Huguenots » (Touraine, CXXXIII). Psychose dans les campagnes parisiennes « Le xxiie mai, arriva M. le cardinal d’Armagnac à Paris et fut logé au Louvre. Il avait été mandé par le roi de Navarre. Arrivant à Villeneuve-Saint-Georges, fut sonné le tocsin pensant que son train fut une troupe de huguenots, ce qui lui fut fait en plusieurs villages. Et était contraint d’envoyer un homme au-devant pour dire et déclarer qui il était. Mais pourtant il ne pouvait faire que les villages ne s’assemblassent pour voir et connaître qui il était » (Journal de ce qui s’est passé en France durant l’année 1562, par Pierre de Paschal, éd. M. François, 1950, XXX). « Le ixe juin [1562], la reine et le roi de Navarre s’en allèrent pour parlementer avec monsieur le Prince, en une métairie qui est entre Artenay et Toury, nommé Château-Gaillard, qui est à environ 8 lieues d’Orléans. Ils vienrent cent de chaque côté et sans armes […]. Il faut noter que les xe et xie fit si grand vent, pluie et froid, comme si on eût été au cœur d’un hiver bien froid, que donna grand étonnement à plusieurs, prenant ce temps pour un mauvais présage, ce ce jour-là on parlementait entre Toury et Orléans » (Journal de ce qui s’est passé en France durant l’année 1562, principalement dans Paris et à la cour, par Pierre de Paschal). ” 9 octobre : bataille de Vergt, à trois lieues de Périgueux. Le duc de Montpensier et Montluc mettent en déroute l’armée de Duras. ” Novembre : reprise de Rouen par le roi et mort d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre. Décembre  : retour du roi et de son camp de Rouen à Paris  : « Tout le camp prit courage de se retirer vers les bons vins français, étant tous hodés et lassés de boire le cidre de Normandie » (Haton, éd. 2001, 362). 242

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Les campagnes ravagées par les protestants ” L’Île-de-France dans la tourmente Au printemps 1562, après avoir rompu avec la Cour, le prince de Condé, à la tête de 2  000 cavaliers, prend la direction du sud par Palaiseau et Arpajon et concentre son armée autour d’Orléans. Fin mai, l’armée du roi quitte la capitale à son tour, campe quatre jours à Longjumeau, puis à Arpajon, Étréchy, Guillerval avant de poursuivre vers la Loire, en juin. Fin novembre, renforcé par l’armée d’Andelot, Condé marche sur Paris avec 8  000  hommes, 5  000 chevaux et quelques canons. Campant à Juvisy et « ès villages de Châtillon, Athis, Mons, Ablon, Villeneuve-le-Roi, Orly, Thiais, Vitry et autres villages venant à Paris, lesquels ils ont tous pillés et saccagés, principalement les églises », les protestants arrivent à Paris (Bureau de la Ville, V, 180, d’après Jacquart, 172). Mais les lenteurs de Condé laissent aux Parisiens le temps de se fortifier et l’assaut du faubourg Saint-Marcel échoue et les villages de la banlieue sud servent de cantonnement (Sceaux, Montrouge et Vaugirard) aux troupes de Condé qui décampent le 8  décembre, à l’approche de l’armée royale de Normandie. Le 19  décembre, à la bataille de Dreux, Condé est vaincu et « les Suisses du roy firent un terrible carnage desditz huguenotz, quand ilz les eurent vaincuz, comme aussi firent les paysans du pays qui estoient aux escartz […]. Le plat pays, à trente lieues d’Orléans, fut fort mangé et grevé des gens de guerre qui alloient et venoient audit camp » (Haton, éd. 2001, 366 et 370). Mais ensuite pour les campagnes du sud de l’Île-de-France, la première guerre de Religion est finie. La garnison protestante décampe d’Étampes et la garnison royaliste de Corbeil est retirée. Les églises de Wissous et Orly ont été saccagées, les prieurés de Longpont et de Marcoussis pillés comme l’abbaye de Carny, les grandes fermes du chapitre cathédral incendiées à Mons et Ivry, comme celle de Saint-Germain-des-Prés à Antony (Jacquart, 173). ” De l’Orléanais au Forez Les troupes de l’amiral de Coligny occupent et incendient Sennely. Au mois de mai  1562, les deux églises paroissiales de La Ferté-Saint-Aubin sont pillées et ruinées « par la bande de Monsieur Gommery, qui étaient tous huggenault » (Poitou, 313). Du printemps à l’automne, ravages de l’armée protestante du baron des Adrets en Dauphiné. Les villages sont dévastés entre Grenoble, Vienne et Valence. La Grande Chartreuse est livrée aux flammes. Le 14  juillet, après la prise de Montbrison, 4 000 soldats pillent les alentours. En juillet-août, les troupes protestantes de Blacons (7  000 à 8  000  hommes armés de fourches et de faux) poursuivent les ravages du baron des Adrets. Elles dévastent le Velay, pillant fermes, châteaux et églises (Imberdis, 61-62). « Si furent aussi tués par les chemins et passages plusieurs desdits Huguenots, en se retirant, par les paysans et villagois » (Burel, 16). De juillet à novembre, après avoir mis à sac Aurillac, Charles de Brezons, le lieutenant général des Guise, se jette dans les campagnes qu’il met à feu et à sang avant de dévaster la Xaintrie autour d’Argentat (Imberdis, 57-60). 243

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Un fléau nouveau : l’arrivée des reîtres « Les reistres que le sieur d’Andelot, frère de l’admiral, avoit mendié en Allemaigne, par la permission du comte palatin du Rhin, estoient enrollez jusques au nombre de six mille hommes, et prestz à partir de leur pays pour venir en France au secours des huguenotz et du prince de Condé […]. Ce mot de reistres n’avoit oncques, du vivant des plus anciens, esté en usage en France. » Le duc d’Aumale rassemble 8 à 9 000 soldats pour aller au devant des reîtres : ” « Cette levée nouvelle de gens de guerre porta ung gros dommage auxditz pays de Brie et Champaigne, car ilz tindrent les villages plus de cinq sepmaines avant que d’estre assemblez, et toujours reistres entroient ès pays et gagnoient la France (Haton, éd. 2001, 349-351). La reine-mère interdisant à Aumale d’arrêter les reîtres, ils passent la Saône à Chanceaux (près de sa source), l’Yonne au-dessus d’Auxerre, et rejoignent les Condéens près d’Orléans. Aumale donne congé à ses troupes dans les villages autour de Saint-Florentin. ” « Il eust beaucoup mieux valu, pour le prouffit de la France, et principallement des pays de Champaigne, Brie et Bourgongne, que ledit sieur d’Aumalle ni aultres fussent allé au devant desditz reistres ; car ce fut la ruyne des villages où ils logèrent » (Haton, éd. 2001, 352). Après les reîtres : l’agonie d’un village Au sud de Paris, dans un secteur pauvre du Hurepoix, voici un petit village niché entre Longjumeau et Montlhéry, à 1 km du lieu-dit « La Grange-aux-Cercles ». Le passage des reîtres vient initier un processus inexorable de désertion, qui prend tout un siècle. « En 1481, au lendemain des guerres de Cent Ans, le village de Rouillon s’était fondé dans la zone dévastée du Josas  : loin de la route et des routiers, parmi les bois, des pionniers y avaient pris, en bail à cens, une clairière. Vers 1550, au terme du “beau xvie siècle”, Rouillon compte 10 à 12 maisons, dont 2 ou 3 chaumières. Mais voici les premiers traumatismes : en 1562, le site est pris, pillé et saccagé par les reîtres de Condé. Et les rassembleurs fonciers accourent de Paris : Denis Thévenin, procureur au Parlement, achète les emplacements des maisons ruinées, les “masures”. En 1609-1613, Rouillon compte une dizaine de masures, et encore quelques habitants ; en 1621, 2 ou 3 maisons valides. La localité disparaît tout à fait entre 1621 et  1652  : le châtelain de Plessis-Saint-Père a fait raser les restes du village ; il y installe son parc, et les allées de son château » (Pesez, 1965, repris en 1998, 254). Derrière les soldats : larrons, et « gens pille-hommes » « La France [est alors] remplie et fort tourmentée des voleurs, larrons et sacrilèges qui, de nuit et de jour, tenaient les champs et forçaient les églises et maisons pour voler et piller les biens d’icelles pour vivre et s’entretenir, et le tout sous le nom et couverture des Huguenots et de la guerre qui avait cours en France […]. Les voleurs et méchants garnements des villes et villages, pour la plupart gentilshommes, ou, pour mieux dire, gens pille-hommes, et leurs serviteurs, s’adonnèrent à piller et à dérober toutes parts où ils pourraient faire profit et butin, fut  ès maisons de 244

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riches gens ou dans les églises des villages, et le plus n’y allaient que de nuit, afin de n’être vus et connus et de ne point tomber ou en déshonneur, ou ès mains de justice […]. Faut noter que les gens des villages furent plus cause que les gens d’armes les rançonnèrent que ne furent lesdits gens d’armes de les rançonner ; car, pour le commencement de cette guerre, les gens des villages étaient si riches et plein de tous biens, si bien meublés en leur maison de tous meubles, si plein de volailles et bétail que c’était une noblesse […]. Les gens des villages exhortèrent si bien lesdictz gens de guerre à leur bailler rançon […] qu’en peu de temps après lesditz gens de guerre volurent chascun leur teston, et d’un vindrent à deux, de deux à trois et de trois à escu pour homme, avant que les troubles cessassent, et si rompirent tables, bancs et torteaux, couches, coffres et escabeaux » (Haton, éd. 2001, 333-338). Martyrs de prêtres aux champs

” « Les huguenots obstinez et qui suyvoient pour le pillage se jettèrent aux champs

par les villages des environs dudit Orléans et autres villes qu’ils tenoient pour aller saccager les églises et prebstres d’iceux ; lesquelz prebstres, quand ils tomboient en leurs mains, estoient plus pirement qu’entre les mains du grand Soldan de Babilone. Car, outre la perte de leurs biens, estoient martyrisés par cruelz tourmens jusques à la mort. Aux ungs couppoient les oreilles tout entièrement, puis les tuoient et enfilloient lesdites oreilles, dont ils faisoient des éscharpes ; aux aultres leur couppoient les génitoires et les leur faisoient manger […]. Claude de Sainctes, docteur en théologie et chanoine régulier […], récite qu’en un village, entre Nostre-Dame de Cléry et Orléans, ilz barbares hugunenotz prindrent ung prebstre, auquel ils coupèrent les parties honteuses et génitales, et luy firent manger ; et, incontinent après, le fendirent depuis la gorge soubz le menton jusques au petit ventre, et tout vif lui descouvrirent les boyaux pour veoir qu’estoit devenue ceste viande […]. Un aultre qu’ilz trouvèrent, qui fuyoit devant eux pour éviter la fureur de leur rage, fut par eux attainct et, attrapé et, après plusieurs injures, battures et opprobes, luy fendirent le ventre par le nombril qu’on appelle le bouteril, et par là tirèrent environ demy aulne et plus de ses boyaux, qu’ilz lièrent et attachèrent à ung petit arbre, et l’ayant mis tout nud, en le foytant avec des verges, le contraignirent de tourner à l’entour dudit arbre, jusques à ce que tous ses boyaux furent desmellez et enveloppez à l’entour dudit arbre puis le laissèrent là mourir, et au lieu de luy crier Jésus Maria à son trespassement, avec injures atroces luy persuadoient de renoncer la foy catholicque » (Haton, 2001, 318-319). L’industrie dans les campagnes ✷ La communauté de Prades (Pyrénées-Orientales), peuplée d’une centaine de feux, rétablit son autorité sur la gestion de ses canaux, dans le contexte d’un essor industriel. Au nom de la couronne d’Aragon, le lieutenant général du procureur royal donne pleine et entière autorisation à l’université de Prades, représentée par ses syndics et procureurs, de prendre toute l’eau qu’ils voudront dans la Têt et ses affluents. Cette concession, valable pour l’arrosage des prés, terres et jardins, 245

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est étendue à « l’usage des martinets à clous de cuivre et fer, moulins à farine, à huile, à foulon ainsi que les martinets à clous de cuivre et fer étiré, moulins de rémouleurs et à scie, que ladite université veut et entend faire construire ». Cette concession à perpétuité est établie contre tout contradicteur, notamment les abbayes et le seigneur du lieu. Un système de sanctions prévoit que le tiers des amendes ira au trésor royal et les deux tiers à la communauté de Prades pour l’entretien des canaux (Ruf, HSR 16, 2001, 18-19). ✷ Au même moment, en Comté, d’après l’enquête de 1562, 42 établissements modernes se sont installés depuis le début du siècle (Jean-François Belhoste et alii, La Métallurgie comtoise, 106-115).

1563 Pâques : le 11 avril Grande mortalité liée à la faim et à la peste n Indice maximum des sépultures en France (indice 200 sur la période 1550-1790) (Dupâquier, II, 150). n Attestations de peste autour d’Agen, Aix, Angers, Aurillac, Bordeaux, Boulogne, Castres, Châlons-sur-Marne, Clermont-Ferrand, Espalion, Lectoure, Le  Havre, Limoges, Loudun, Marseille, Mauriac, Murat, Nantes, Nevers, Perpignan, Rennes Rodez, Saint-Flour, Saint-Junien, Saint-Malo, Saint-Yrieix, Sarlat, Strasbourg, Toulouse et Troyes (Biraben, 384). n Peste dans les campagnes à Saint-Jean-Brévelay (E sup. 56), en Quercy, à Ayen (Sol, 1948, 371), en Lorraine, autour de Nancy (Cabourdin, 100). n Peste en Condomois  : « Le 24  novembre  1563, naquist ma filhe Jehanne deu Drot […] au bourdieu de Vinhau, pour ce que abions abandoné la ville par le grand danger de peste que i y abouet et dans ladicte ville de Condom et par tout la pays » (Dudrot de Capdebosc, 20). n Année de « la grande cherté » à Merdrignac et de la « grande famine » à Rannée. Les conceptions s’effondrent dans les villages du Pays nantais et la mortalité monte en flèche en Haute-Bretagne, à la suite de la mauvaise récolte de l’année précédente (Croix, 261). Interruption de la guerre et retraite des reîtres ✷ 19 mars 1563 : édit d’Amboise, 3e édit de pacification, restreignant la liberté de culte. Tous les prisonniers sont remis en liberté « en ce non compris les voleurs, les larrons, les brigands, les meurtriers », uniquement dans les faubourgs d’une seule ville par bailliage ou sénéchaussée. Les seigneurs dépourvus de haute justice ne peuvent célébrer leur culte que dans le cadre familial. L’édit met fin à la première guerre de Religion et marque une volonté d’union et de réconciliation du royaume. Il est signé par Louis de Condé, chef des protestants, et Anne de Montmorency, chef de l’armée catholique. Retraite des reîtres protestants et des mercenaires allemands du roi, licenciés, par Orléans, Pluviers, Étampes, Samois, Nangis, Montier-en-Der : « Les gens 246

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des villages fuyoient et vuydoient leurs maisons pour la frayeur qu’on avait d’eux, partie pour le larcin qu’ils faisoient. » Les reîtres « s’allèrent camper à plusieurs journées de (Montier-en-Der) où ils séjournèrent l’espace de six sepmaines toutes entières, sans hober, sinon pour aller à la picorée aux villages de cinq ou six lieues à l’entour et plus » (Haton, éd. 2001, I, 424). Première vente des biens du clergé Le 17 mai, lit de justice enregistrant un édit de Charles IX imposant la première aliénation de biens ecclésiastiques pour 100 000 écus de rente (300 000 livres) et un capital de 3 200 000 livres. Prélèvement d’un quart du capital immobilier des riches bénéfices du royaume  : fiefs, justices, terres, cens, rentes et biens fonds. Imposées au clergé sans l’assentiment du pape, les ventes commencent en juillet, dans le diocèse de Paris, en septembre, en Champagne et en novembre dans le Limousin. Le 22 février 1564, un état de recette est établi pour les ventes réalisées dans les diocèses de Paris, Meaux, Sens, Beauvais et Chartres. On y découvre ainsi que la terre et seigneurie de Cordoux-en-Brie (Seine-et-Marne), vaste domaine de 340 ha qui appartenait à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, évaluée à 1  520  livres de revenu annuel, a été adjugée à Artus de Cossé-Brissac, sieur de Gonnor, conseiller au conseil privé et « surintendant de ses finances » pour 40  200  livres. Pour l’ensemble des diocèses de la généralité de Paris, les 342 acquéreurs comptent 123 nobles (de robe surtout), 172 bourgeois, 30 paysans ou assimilés et 17 ecclésiastiques (AN G8* 1203, A1, fol. 5v°, d’après Carrière, 402). Confiscations de dîmes Le 18  septembre  1563 le parlement de Paris rend un arrêt à la requête de l’abbaye Notre-Dame de Flotin qui lève la dîme sur huit villages du diocèse de Sens. « Depuis deux ans », déclare le prieur, les religieux « n’ont été aucunement payés ainsi qu’ils avaient de coutume » en raison de « la malice de quelques laboureurs agricoles [à charrue] et tenanciers ou gentilshommes desdites terres ». L’action simultanée, voire concertée, des gentilshommes, parfois protestants, et des bons fermiers, arrête les prélèvements dans les champs au profit de l’Église (Carrière, 313). Au même moment, le parlement intervient contre des confiscations de dîmes opérées par le prince de Condé en Beauce comme « gouverneur et lieutenant général du roi ». Les laboureurs ont été « contraints et forcés par armes et menaces d’être tués et leurs maisons brûlées, de payer ce qu’ils devaient à cause desdites dîmes et champarts » (AN, X1a 1604, f°512-513, arrêt du 22 mars, X1a 1606, f° 236, arrêt du 1er septembre 1563, d’après Carrière, 314). Bernard Palissy critique le labour en Bigorre et en Béarn « Il n’y a pas longtemps, que j’étais au pays de Béarn et de Bigorre, mais en passant par les champs, je ne pouvais regarder les laboureurs, sans me colérer en moi-même, voyant la lourdeté de leurs ferrements  : et pourquoi est-ce qu’il ne se trouve quelque enfant de bonne maison qui s’étudie aussi bien à inventer des 247

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ferrements utiles pour le labourage, comme ils savent étudier à se faire découper du drap en diverses sortes étranges ? » (Bernard Palissy, Œuvres complètes, éd. Paul-Antoine Cap, 1844, 91). Un gros fermier à Paris Le 28 juin, le grand prieur de France baille à ferme les deux grosses pièces de la couture du Temple, situées de part et d’autre de l’enceinte de Charles V. De 1491 à 1594, les chevaux de labour des fermiers mettent en valeur ce gros îlot agricole (16 ha) accroché à l’assolement triennal en plein Paris. Producteur céréalier, Jean Quinquaire est aussi transporteur et éboueur pour le compte du propriétaire, qui dispose de vignes à La Courtille, et doit nettoyer les boues et immondices que les Parisiens déposent au contrebas des remparts. On imagine que ses champs bien fertilisés étaient particulièrement productifs. « Du jour Saint-Martin d’hiver prochainement venant jusques à 6  ans et 6 dépouilles après ensuivant, finies et révolues […] à Jehan Quinquaire, marchand et laboureur demeurant à Paris, rue Saint-Denis, près les Filles-Dieu, […] la quantité de 46 arpents de terre labourables en deux pièces, la première contenant 23 arpents ou environ, assise derrière les murailles et clôture du Temple appellé la “Couture du Temple”, et la seconde pièce contenant aussi quantité de 23 arpents, assise hors les grands fossés de la ville de Paris […], moyennant et parmi la quantité de 4 muids seigle tel que les terres le désirent porter, 1 muid d’avoine et 8 setiers d’orge […]. Item, sera tenu icelui preneur charrier les vendanges dudit sieur grand prieur pendant ledit temps, des vignes qu’il a au terroir de la Courtille et amener ladite vendange au pressoir dudit Temple. Sera aussi tenu ledit preneur à ses dépenses sans diminution de ladite ferme de lever et nettoyer ou faire lever et nettoyer bien et dûment, et mener aux champs par ses harnais et chevaux les boues, ordures et immondices qui seront et pourront être, pendant ledit temps, depuis le bout de la muraille dudit Temple vers la ville jusques à l’autre bout desdites murailles vers la porte de la ville » (AN, S 5063A, d’après Gurvil, 584-586).

1564 Pâques : le 22 avril La terre tremble autour de Nice « En l’an 1564, il y eut tel tremblement de terre, auprès de Nice, tirant à Gênes, qu’il y eut cinq villages soudainement englotys en terre » (Paradin, 393). ~ Le 20 juillet, le séisme détruit sept paroisses dans l’arrière-pays niçois, provoquant un raz-de-marée entre Antibes et Monaco, faisant peut-être 800 à 1 000 morts. Séisme d’intensité MSK 8 dans les Alpes niçoises, provoquant dix répliques, les 26 juillet, 31 juillet, 5 août, 19 août, 27 août, 4 septembre, 23 septembre, 25 septembre, 7 novembre et 16 novembre (Base SISFRANCE et Quenet, 554 et 579).

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Année bonne et fertile ✷ Autour de Metz, « l’année  1564 fuist pareillement bonne et fertilles, non pas tant toutesfois que l’année précédente. Le vin valloit 15 et 16  fr., le bleidz 2  fr. Et à cause de la sterilitez de l’année subséquente 1565, le vin remonta a 40  fr. et le bleidz 8 fr. ~ Car en l’yver 1564 il fist par trois diverses foys des gelées qui durèrent chascunes environ trois sepmaines, sy terribles que les anciens n’avoient point veu de telles. Les vignes partout fuirent gelées, sinon quelque peu en la coste SaintQuentin. Les bleidz aussy fuirent gelez et morfondus, de sorte qu’environ ung ans on endura de grande famine et pauvretez » (Le Coullon, 32). En Limousin, » autour de Saint-Yrieix  : « au moys de juillet et le troisiesme jour au dict an gela ; toutes foys vray que les bleds ne feussent recueillis ne pourta de dommaiges » (Jarrige, 13). Violente poussée de peste n Peste signalée autour d’Aix, Amiens, Auch, Avallon, Bourg-en-Bresse, Boulogne, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Dieppe, Dijon, Gap, Grenoble, Issoire, Limoges, Lyon, Le Havre, Mâcon, Montbéliard, Montélimar, Montpellier, Morlaix, Nevers, Nîmes, Péronne, Quimper, Rennes, Saint-Jean-de-Maurienne, Saint-Malo, Sarlat, Sens, Strasbourg, Toulouse, Troyes, Valence et Vitré (Biraben, 384). n Peste aussi à Montbrison, venue de Lyon le 15 juillet 1564. La plupart des bons bourgeois abandonnent la ville et la cour du bailliage se transporte à Saint-GermainLaval. La peste s’arrête à la fin de l’année (Histoire du Forez, 145). n Dans les campagnes bretonnes. Peste à Beignon (E sup. 56). Épidémie dans la région de Quimper (Sée, 482). Un best-seller : L’Agriculture et Maison rustique Première édition de L’Agriculture et Maison rustique de Charles Estienne et Jean Liébaut (Paris, Jacques Du Puys, in-4°, 155  p.). Cette version en français, complétée par Liébaut, le gendre de Charles Estienne, élargit le public de l’édition originelle de 1554 (Praedium Rusticum). Elle connaît vite un grand succès  : à partir de 1565, les éditions se succèdent à Paris, à Lyon puis à Rouen. L’ouvrage, qui offre un véritable manuel d’agriculture pratique à destination des propriétaires fonciers et des bons fermiers, compte 81 éditions, pour un certain nombre corrigées, augmentées et mises « dans un meilleur langage » jusqu’en 1702 (Moriceau, 1999, 59-60). Le roi traverse les campagnes 24 janvier : début du grand voyage de Charles IX et de Catherine Médicis à travers la France (jusqu’au 1er mai 1566). Accompagné de la Cour – 15 000 personnes –, le roi accomplit un déplacement de près de 4 000 km (Jean Boutier, Alain Dewerpe, Daniel Nordman, Un tour de France royal, 1984). Dès 1566, Abel Jouan, dans son Recueil et discours du voyage du roi Charles IX, mentionne expressément de nombreux « petits villages » traversés par le cortège royal. 249

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✷ Île-de-France : Villeneuve-Saint-Georges : 30 janvier, Fontainebleau du 31 janvier au 13 mars ; Montereau, 14 mars. ✷ Champagne : Le roi dîne dans le village de Saint-Liébault (Estissac) avant d’arriver à Saint-Lyé le 21 mars, puis Troyes du 23 mars au 16 avril. Après Arcis-surAube, le roi dort à Poivres le 18 avril puis à Écury-sur-Coole le 19 avril avant de séjourner à Châlons. Puis Omey (26 avril), Vitry-le-François (27-29 avril, reconstruite depuis 1544), Bignicourt et Sermaize-les-Bains (le 29 avril). ✷ Lorraine  : Fains-Véel (30  avril), Bar-le-Duc (1er  au 9  mai), Ligny-en-Barrois (9 mai), Gondrecourt (10 et 11 mai, jour de l’Ascension). ✷ Bassigny  : Lezéville et Reynel (12-13  mai), Andelot, Darmannes, Chaumont (13-14 mai), Langres (15-17 mai), Longeau, Montsaugeon. ✷ Bourgogne  : Til-Châtel et Gemeaux (18  mai), village de Messigny, chartreuse de Champmol (19-22 mai), Dijon (22-27 mai, où Charles IX fait enregistrer l’édit de la Paix d’Amboise, Longecourt-en-Plaine (27  mai), Pagny (28 et 29), Seurre, Ciel (30 mai), Chalon (31 mai-3 juin), Mâcon (3-9 juin). ✷ Lyonnais : Lyon (9 juin-9 juillet) avec escapades à Saint-Genis-Laval (29 juin), Miribel (4 juillet), Oullins (6 juillet). ✷ Dauphiné  : Pont-de-Chéruy et Crémieu (9-16  juillet), Heyrieux et Septème (16 juillet), dîner au village des Côtes-d’Arey puis château de Roussillon (17 juillet-15 août) où le roi signe l’édit faisant désormais débuter l’année au 1er janvier. Puis dîner à Anjou, Jarcieu (15  août), dîner à Châteauneuf-de-Galaure, Romans (16-22 août), Valence (22 août-2 septembre), malade 10 jours au village d’Étoilesur-Rhône (2-13 septembre), dîner à Loriol (13 septembre), dîner au hameau de Derbières (commune de La Coucourde), Montélimar (14-19 septembre), Donzère (19-20 septembre), Saint-Paul-Trois-Châteaux (20-21 septembre), dîner à Suze-laRousse (21 septembre). ✷ Comtat Venaissin  : Bollène (22  septembre), Mondragon, Mornas, Caderousse (23 septembre), Sorgues (23) et Avignon (24 septembre-16 octobre). ✷ Provence  : dîner à Châteaurenard, puis Saint-Rémy (16  octobre), Salon-deProvence (18 octobre), Lambesc (18 octobre) et Aix (19 au 24 octobre). Dîner à Pourrière puis Saint-Maximin (24 octobre), l’abbaye de la Sainte-Baume, Brignoles (25-27 octobre), dîner à Garéoult et nuitée à Cuers (27 octobre) ; dîner à Solliès et séjour à Hyères (28 octobre-2 novembre), Toulon (28 octobre-4 novembre), Olioules (4 novembre), La Cadière et Aubagne (5 novembre), Marseille (6-13 novembre), Marignane (13), Martigues (14), Saint-Chamas (15), Saint-Martin dans la Crau et Arles (16 novembre-7 décembre), Tarascon (7-11 décembre). ✷ Languedoc : Beaucaire et Sernhac (11 décembre), Nîmes (12 au 14 décembre), Vauvert (14), Aigues-Mortes (15), dîner à Saint-Brès et séjour à Montpellier (16 au 30 décembre, où le roi fête Noël et escapade à Villeneuve le 28. Dîner à Fabrègues puis nuitée à Poussan (30 décembre-1er janvier). Du champart au nord de Paris Le 30  juin, l’un après l’autre, les tenanciers reconnaissent des champarts à la douzième et même à la neuvième gerbe à Attainville (Val-d’Oise), au nord de l’Île-de-France. « Déclaration des héritages appartenant à Collette Chartier, vefve de 250

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feu Jehan Meignen, estant en la terre et seigneurie des Célestins de Paris, seigneurs d’Attainville. Et premièrement, à cause de Nicolas Chartier, son père, pour ung arpent de terre prins en deux arpens, assis au Tremble de Roussel, qui fut à feu Guillaume Dutrou, tenant d’une part aux Seigneurs et aultres, d’autre part aux hoirs feu Jehan Marentin, aboutissant d’un bout aux hoirs Jacques Rousseau, d’autre aux hoirs Guischart Courtin, chargé de champart du cent gerbes, IX gerbes. Item, trois quartiers cinq perches de terre prins en ung arpent, qui fut à Guillaume Dutrou, assis au Champ du Mesnil, tenant d’une part à la veuve feu Symon Giraud, d’autre aux héritiers Guillaume Tiphaine, aboutissant d’un bout aux seigneurs, d’autres au chemyn du Mesnil, chargé de champart du cent gerbes, xii gerbes. Item, pour cinq quartiers assis à la Pointe de Fontenay, prins en trois arpens, tenant d’une part à Jehan Vacher demeurant à Saint-Brice et aux seigneurs, d’un bout aulx hoirs Guischart Courtin, d’autre bout aux seigneurs, chargé de champart du cent gerbes, xii gerbes. « Item, pour un quartier de terre assis à La Cousture aux moynes, tenant d’une part à Gervais Doutreleau, d’autre part aux hoirs Guischart Courtin, des deux bouts aux seigneurs, chargé de champart du cent gerbes, ix gerbes. « Item, à cause de Jeanne Dutrou, sa mère, vefve de deffunct Nicolas Chartier, pour cinq quartiers de terre près les fourches de Villiers-le-Sec, tenant d’une part à maistre François Bastonneau [notaire au châtelet de Paris], d’autre part audit Bastonneau, d’un bout à Aymonne Lebègue et d’autre bout à Madame de Villiersle-Sec, chargé de champart au cent, douze. « Baillé et affermé vray par ladite Collette Chartier, vefve de deffunt Jehan Mignant, dame de soy, laquelle a promis payer et continuer durant chascun an ledit droict de champart […]. Fait et passé le dernier jour de juin VC soixante quatre, ès présence de Thomas Meignan et Pierre Thiphaine, tesmoins » (AN, S 3783B). Début du grand hiver Du 18 décembre 1564 au 23 février 1565, s’installe en Île-de-France « le plus grand hiver qu’on vit il y a cent ans » (Bureau de la ville de Paris, V, 492). « Il n’y avait maison en ville ne village où l’eau ne gelast en glace, en tous lieux qu’on la pust mettre hors le feu et les charbons enfflambez. Les nuictz des vingt-trois et vingt-quatriesme jours de décembre, comme aussi la nuict de Noël, la gelée fut si forte et le geuvre si grand sur les bois de la terre, le soleil fut si cler de jour pour la fondre, qui retendrissoit le bois, que les noyers et les bois des vignes furent entièrement gelés et gastés ; ce qui n’avoit esté veu en France depuis l’an 1480, en laquelle année avoient esté gelez vignes et vins, comme l’ai ouy dire à quelques anciens, qui disoient estre nez de cest an-là » (Haton, éd. 2001, I, 497). « L’an mil cinq cens soixante-quatre La veille de la Sainct-Thomas, Le grand hiver nous vint combattre, Tuant les vieux noiers à tas ; Cent ans qu’on ne veid tel cas. Il dura trois mois sans lascher, Un mois outre Saint-Mathias, Qui fit beaucoup de gens fascher » (Pierre de l’Estoile, coll. Michaud, I, 17). 251

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« La plus grande froidure qui feust en ceste gelée-là fut le jour de la feste des Innocens, auquel jour les mainz, les piedz, les aureilles et le membre viril de plusieurs hommes gelèrent, qui cheminoient par les champs […] en divers endroicts par les champs, on trouva durant ces gelées plusieurs hommes mortz, qui n’estoient mortz d’aultre mal que de froict […]. Les crestes des cocqs et poulles furent gelez et tombèrent de dessus leurs testes quelques jours après […]. Les agnaux se mouroient en naissant, et peu en reschappa ceste année, pour la durée dudict yver » (Haton, éd. 2001, I, 497-498).

1565* 1er janvier : premier jour de l’année ✷ La France abandonne les divers styles alors en usage, l’Annonciation (la « NotreDame de Mars », comme chez le sire de Gouberville, en Cotentin) et surtout celui de Pâques. Désormais on fait usage du nouveau style (n. st.) par opposition aux anciens styles (anc. st.). Quelques années sont nécessaires pour que la décision entre en application. Dans la paroisse rurale de Maffliers (Val-d’Oise, diocèse de Beauvais), au nord-ouest du Pays de France, on lit dans le registre paroissial, aussi bien dans les actes de baptêmes que dans les sépultures  : « Janvier qu’il faut compter maintenant 1567, selon l’ordonnance du concile et du roy » (BMS 1533-1587, vue 72 et 108). « Moururent gens de froid par les chemins » : suite du grand hiver ~ Le 5 janvier, regel après cinq jours de dégel, pendant trois semaines. « Les bleds furent gelez en la Brie de ceste seconde gelée tout entièrement sur les sillons, à cause que le vent ayant chassé la neige de dessus, fut la racine d’iceux recuitte en telle sorte que peu en reschappa. » ~ Du 28 au 31 janvier, dégel puis du 31 janvier au 25 février, regel et neige. Début mars : dégel. Les blés sont perdus en Brie. « Les laboureurs s’apperceurent bien que leurs bleds estoient gelez, et si n’en pouvoien rien résouldre à la vérité, sinon les plus expertz, lesquels furent en ceste oppinion de les relabourer pour y semer des orges. Mais n’osèrent, à cause du murmure du simple peuple. […] Et si furent, par lesdittes neige, gelée et long yver, les terres si morfondues et escurées, que les laboureurs ne les pouvoient remettre en garet. Les noyers sembloient estre mortz par tout le moys d’apvril et la moytié du moys de may, car ilz ne jettoient poinct par leurs bourgeons naturels ; ainsi à la fin ceux qui reschappèrent jettèrent nouveaux bourgeons par le vieil bois et non par celuy de l’année dernière, et ne recueillit-on point de noys en ceste présente année. Les poiriers et pommiers qui n’estoient des plus hastifz portèrent quelque peu de fleurs et de fruictz, mais on guères ; les tendres et hastifs furent gelez comme les noyers. Il en fut en plusieurs lieux des prunes et des cerises passablement, mais non partout. L’hiver ne fut si impétueux de froides gelées ni neiges en Gascongne, Provence et Languedoc qu’il en * Désormais l’année commence le 1er janvier. La date de Pâques n’a plus lieu de figurer.

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fust en ce pays ; leurs grains, vignes ni arbres ne furent gastez comme en ce pays » (Haton, éd. 2001, I, 499-500). ~ « L’an mil cinq cent soixante et quatre furent gelés les vins ès caves Audit an, le jour de Noel Gelèrent vignes et noyers Trois jours après, le jour des Innocents Oreilles gelèrent à maintes gens Avec mains, pieds et membre viril À plusieurs hommes, sans mentir Et l’an mil cinq cent soixante et cinq Moururent gens de froid par les chemins Au mois de janvier droitement Furent les blés gelés aux champs Advint le tout en six semaines Je le dis pour chose certaine » (Haton, éd. 2001, I, 501). ~ En Normandie : « L’iver du commencement jusques à l’avant de Noël fut fort doulx et clément, avec quelques peu de gelées et neiges, tellement que l’on disoit que incontinent après ledit jour de Noël cesseroit l’hiver, dont plusieurs furent de ceuz qui n’avaient fait provision de bois, cet tout à coup se tourna le vent de septentryon avec telle frigidité et froidure, neiges, gelées et bruynes que la rivière de Seine gela depuis Noël jusqu’à la Chandeleur » (Alexandre Héron, Deux chroniques de Rouen, 314). ~ En Provence. Rhône gelé. Orangers et oliviers succombent. Début d’une période environnementale critique (1564-1603) (Pichard, 253-254). ~ En Anjou et dans le Maine. Au Mans, processions en mars les mardis et jeudis pour apaiser la colère de Dieu et obtenir un temps favorable aux biens de la terre (Triger, 100). ~ Dans le Pays Messin : « En l’yver 1564 il fist par 3 diverses foys des gelées qui durèrent chascunes environ trois sepmaines, sy terrible que les anciens n’avoient point veu de telles. Les vignes partout fuirent gelées, sinon quelque peu en la coste Saint-Quentin. Les bleidz aussy fuirent gelez et mor- fondus, de sorte qu’environ ung ans on endura de grande famine et pauvretez » (Le Coullon, 23). Pénurie ou abondance ✷ En Limousin, pénurie de grains, abondance de châtaignes  : « Au dict an, il y eust une grande quantité de chastaignes et en telle abondance qu’on tenoit communément que cinquante ans auparavant il n’en avoit eu autant, et bien peu de bled » (Jarrige, 18). ✷ En juillet, en Cambrésis, les récoltes sont laissées sur pied. La nielle envahit le blé au point que les « censiers ne le voulaient dépouiller pour le grand dommage et faute qu’il y avait ». Les fortes gelées de l’hiver 1565, qui se sont étendues sur sept semaines et deux jours consécutivement, ont une telle intensité que « tous les fruits, pommes, poires et oignons furent pourris et gâtés » (Neveux, 117). ~ En août, en Lorraine, l’une des plus mauvaises moissons du siècle en Lorraine (Cabourdin, 69). ✷ En Quercy, année d’abondance de grains (Sol, 1948, 371). 253

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Suite du grand voyage de Charles IX ✷ Languedoc. Le roi dîne et dort à Florensac (Hérault), village pillé par les soldats du duc de Joyeuse en 1562, car une partie des habitants s’est convertie au calvinisme, pour le 1er janvier (puis Agde 2 janvier), Béziers (3 janvier), Nissan et Narbonne (4 au 11 janvier) puis dîner dans le village de Canet et nuitée dans le village de Mons (11-12 janvier), dîner à Barbaira et séjour forcé à Carcassonne à cause des chutes de neige (12 au 26 janvier 1565). Dîner à Arzens puis nuitée au village de Montréal (26-27 janvier), dîner au monastère de Prouilhe près du village de Fanjeaux puis nuitée à Villepinte (27-28 janvier). Dîner au château de Ferrals près de Saint-Papoul où le baron de Malras offre un festin puis Castelnaudary (28 au 30 janvier). Dîner à Avignonet puis nuitée à Villenouvelle (30-31  janvier). Baziège, Montgiscard et séjour à Toulouse (31 janvier au 19 mars) où le roi fait sa confirmation. Puis dîner à Saint-Jory, nuitée à Fronton (19-20 mars) et entrée à Montauban (20-21  mars). Le 21  mars dîner à Labastide-du-Temple et arrivée en Guyenne après avoir traversé le Tarn sur un pont couvert près de Moissac. ✷ En Guyenne : Moissac (21-22 mars), dîner à Pommevic, nuit à Lamagistère où se trouvent trois pauvres maisons au bord de la Garonne. Séjour à Agen (23 au 27 mars) puis dîner à Port-Sainte-Marie, Aiguillon (27-28 mars). Marmande (28-29), La Réole (29-31  mars), Cadillac (31  mars-1er  avril) et Bordeaux (1er  avril-3  mai) où il assiste aux fêtes de Pâques le dimanche 22 avril. Nuit du 3  mai dans le village de Castres puis Langon (4-5  mai), Bazas (5 au 7  mai), Captieux (7-8  mai), Roquefort (8-9  mai) et séjour à Mont-de-Marsan (9 au 24 mai). Dîner à Meilhan et séjour à Tartas (24 au 28 mai), dîner à Pontoux et nuitée à Dax (28-29  mai). Dîner à Saubusse et embarquement sur l’Adour jusqu’à Bayonne (29 mai-12 juin), deux nuits à Saint-Jean-de-Luz (12 au 15 juin). Retour à Bayonne pour l’entrevue (15 juin au 2 juillet) avec la reine d’Espagne, fille aînée de Catherine de Médicis et le duc d’Albe qui représentent Philippe II. Saint-Jean-de-Luz (2 au 11 juillet). Dîner à Urt et nuit au château de Gramont (12-13 juillet) après une journée torride qui fait mourir plusieurs personnes et plusieurs chevaux. Peyrehorade (13-14  juillet), Dax (14 au 17  juillet), Tartas (17-18), Mont-de-Marsan (18 au 23  juillet) où Charles  IX rencontre les ambassadeurs des cantons suisses venus renouveler leur alliance avec la France et départ le 23  juillet à cause de la chaleur. Ensuite Cazères-sur-l’Adour (23-24 juillet), Nogaro (24-25), Eauze (25-26), Montréal-du-Gers (26-27), Condom (27-28), Nérac (28  juillet-1er  août), Buzetsur-Baïse (1er-2 août), Tonneins (2 au 3 août), Verteuil-d’Agenais (3 au 4 août), Lauzun (4 au 8 août), Bergerac (8 au 9 août), château de Laugat entre Bergerac et Mussidan (9-10), Ribérac (10-11) et château de Rochebeaucourt (11-13). ✷ Angoumois : Angoulême (13 au 18 août), Jarnac (18 au 21), Cognac (21 août au 1er septembre) avec une excursion le 25 août au village de Louzac appartenant au comte-rhingrave, à la lisière de l’Angoumois et de la Saintonge. ✷ Saintonge  : Chauveau (auj. Chaniers) et Saintes (1er-2  septembre). Le 3  septembre, dîner à Corme-Royal, le roi traverse le Mesnil où les habitants, tous mariniers, le reçoivent, traverse Saint-Just et entre à Marennes (3 au 7  septembre). 254

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Là, le 4 septembre, il voit passer sous ses fenêtres 6 000 à 7 000 villageois voisins bien équipés. Puis Saintes (7 au 10 septembre), Brizambourg, Saint-Jean-d’Angély (10-12), dîner au village de Parançay (hameau de Bernay-Saint-Martin). ✷ Aunis : Surgères (12 au 13 septembre). Dîner à La Jarrie et séjour à La Rochelle (13 au 18 septembre) où le roi est mal accueilli par les habitants. Dîner à Benon puis nuitée à Mauzé (18-19 septembre). ✷ Poitou  : Dîner à Frontenay et nuitée à Niort (18-19  septembre) ; Échiré et Champdeniers (20-21). Dîner dans la petite métairie de Baubare avant de traverser Parthenay puis nuitée au château de La Roche-Faton (Lhoumois) (21-22 septembre). Dîner à Airvault puis trois nuits au château d’Oiron (22-26). Puis Loudun (26-27 septembre). Le 27 septembre, le roi dîne dans le village de Céaux avant de se rendre au château de Champigny-sur-Veude (27 septembre-1er octobre). ✷ Touraine : Charles IX s’installe pour la nuit au château de Chavigny, près du village de Lerné (1er-2 octobre). ✷ Anjou : le roi arrive en Anjou le 2 octobre et passe la nuit à Fontevraud (2 au 3  octobre). Brézé (3  au 4  octobre)  : Arthus de Maillé-Brézé accueille le roi le 3 octobre dans son château de Brézé pour le dîner. Le roi y passe ensuite la nuit. Martigné-Briand (4-5 octobre) : le roi dîne à Doué et s’installe à Martigné-Briand pour la nuit. Brissac (5-6 octobre) : le roi dîne au village de Menson et dort au château de Brissac. Il y dîne le lendemain. Gonnord (6 au 8 octobre) : le roi se rend au château de Gonnord (com. Valanjou). Il y passe la journée du 7 octobre. Jallais (8 au 9 octobre) : le roi dîne à Chemillé et s’établit à Jallais pour la nuit. La Regrippière (9 au 10 octobre) : après Jallais, le roi s’arrête au château de Beaupréau avant de passer la nuit à l’abbaye de Regrippière. Il y dîne le lendemain avant de dormir au Le Loroux-Bottereau (10-11 octobre). ✷ Bretagne : Nantes (11 au 15 octobre) – Charles IX passe la Loire le matin au hameau La Chebuette (Saint-Julien-de-Concelles), dîne ensuite à Thouaré et arrive à Nantes pour dormir, après avoir traversé les grandes prairies de la ville. Joué-surErdre (15-16 octobre) : en quittant Nantes, le roi prend la direction du nord, dîne au lieu dit La Galochette, et s’arrête pour la nuit à Joué. Châteaubriant (16 octobre au 3  novembre)  : le souverain dîne au village de Moisdon et arrive au château de Châteaubriant où il est reçu par le connétable Anne de Montmorency. Le roi y reste 18 jours. La Chapelle-Glain (3-4  novembre)  : le roi quitte Châteaubriant et prend la direction de l’ouest pour retourner en Anjou. Il dîne à Erbray puis s’arrête pour la nuit au château de la Motte (La Chapelle-Glain). ✷ Anjou : Le Louroux-Béconnais (4-5 novembre) : passant en Anjou, le roi dîne à Candé puis s’installe au Louroux pour dormir. Angers (5 au 7 novembre) : le roi dîne au lieu-dit La Touche-aux-Ânes (Saint-Léger-des-Bois) puis arrive à Angers pour la nuit. Seiches-sur-le-Loir (7 au 9  novembre)  : le roi dîne au château du Verger pour deux jours. Durtal (9 au 12  novembre)  : le roi dîne au village de Lézigné, traverse le Loir sur un pont et s’installe pour trois nuits au château de Durtal. Baugé (12-13 novembre) : le roi traverse le Loir à nouveau, dîne à Jarzé puis dort au château de Baugé. Vernoil-le-Fourrier (13-14  novembre)  : le roi dîne à Mouliherne et dort au château de Ville-au-Fourrier. Du 14 au 19 novembre, le roi dîne et s’installe pour 255

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cinq jours à Bourgueil. Langeais (19-20  novembre)  puis le roi quitte l’Anjou et arrive à Ingrandes. ✷ Touraine : château de Langeais pour la nuit. Les habitants viennent accueillir le souverain à une demi-lieue du gros village, avec des bottes de paille dans leurs mains. C’est un devoir qu’ils sont obligés de rendre au roi la première fois qu’il vient chez eux. Tours (20 novembre au 1er décembre) : le roi dîne au château de Maillé (Luynes), traverse la Loire et dort ensuite au château de Plessis-lez-Tours (La Riche). Il y séjourne onze jours. Chenonceaux (1er  au 5 décembre) : quittant le Plessis-lez-Tours, Charles  IX dîne au château de La Bourdaisière (Montlouissur-Loire) et dort au château de Chenonceau. Amboise (5-6  décembre)  : le roi s’installe pour une nuit au château. Blois (6 au 14 décembre) : le roi se rend à Blois le 6 décembre. Sur le chemin, il dîne au lieu-dit Écures (Onzain), qui rassemble deux ou trois tavernes sur les bords de la Loire en face du château de Chaumont. ✷ Orléanais (14-15 décembre) : le roi dort au château de Cheverny. Romorantin (15-16  décembre)  : le roi dîne à Mur et dort à Romorantin. Vierzon (16-17 décembre) : le roi quitte l’Orléanais pour entrer en Berry. ✷ Berry  : il dîne à Mennetou et s’arrête à Vierzon pour passer la nuit. Mehunsur-Yèvre (17-18 décembre) : le roi y dort. Bourges (18-19 décembre) : le roi dîne et n’y dort qu’une nuit. Dun-le-Roi (19-20 décembre) : le roi dîne à Saint-Just et dort dans le faubourg de Dun-le-Roi (Dun-sur-Auron). ✷ Bourbonnais : Couleuvre (20-21 décembre) : le roi entre en Bourbonnais, dîne au lieu-dit Le Pont-de-Chargé et s’arrête pour la nuit à Couleuvre. Saint-Menoux (21-22  décembre)  : le roi dîne à Franchesse. Moulins (22  décembre  1565 au 23 mars 1566) : le roi dîne à Souvigny, passe l’Allier sur un pont de bois et fait son entrée solennelle dans la capitale du Bourbonnais le 22  décembre. C’est la halte la plus longue du grand tour de France, la Cour s’y installant pour 91 jours.

1566 Vagues de peste Traces de peste autour d’Autun, Avallon, Avignon, Beaune, Bourg-en-Bresse, Chambéry, Chaumont, Dijon, Mâcon, Paris, Rouen, Saint-Flour et Troyes (Biraben, 384). n Mais aussi en Bretagne, à Caro (E sup. 56, Missiriac), et en Lorraine autour de Nancy, de 1566 à 1568 (Cabourdin, 100). n Autour de Metz, la peste se répand dans les campagnes  : « Dès ledict temps jusques l’an revollu fuist une pestillence sy grande en Metz et au pays, voire en Lorraine, que on n’ouyst de loing temps pairler d’une pareille. En ung an moururent à Ancey [Ancy-sur-Moselle], par compte fait, 300 que grand que petit et davantaige » (Le Coullon, 26). n

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1566

Fin du voyage de Charles IX ✷ Bourbonnais  : Moulins (22  décembre  1565 au 23  mars  1566). En février, Catherine de Médicis y fait paraître l’édit de Moulins. Bessay (23-24  mars)  : le roi y dort après avoir quitté Moulins. Varennes (24 au 26  mars)  : le roi y passe deux nuits. Vichy (26-27 mars : le roi dîne à Saint-Germain-des-Fossés et passe la nuit dans une petite abbaye à côté de Vichy. Maringues (27-28 mars) : à la sortie de Vichy, le roi traverse l’Allier sur un long et fâcheux pont de bois. ✷ Auvergne : Le souverain dîne ensuite dans le village de Saint-Priest-Bramefant et passe la nuit à Maringues. Busséol (28-29  mars 1566)  : Charles  IX dîne au château de Pont-du-Château, repasse l’Allier sur un pont de bois, et se dirige vers le château de Busséol. Le roi n’y passe qu’une nuit et repart le lendemain après le dîner. Après six kilomètres sur des chemins de montagne, le roi arrive à Vic-leComte pour y passer la nuit (29-30 mars). Saint-Saturnin (30-31 mars) : venant de Vic-le-Comte, il franchit l’Allier sur un pont de bateaux, traverse Saint-Amant pour aller dormir au château de Saint-Saturnin, qui appartient à Catherine de Médicis. Il reste pour le dîner du lendemain. Clermont (31  mars au 3  avril)  : le roi arrive dans la capitale de l’Auvergne pour y passer la nuit du 31  mars. Le 2 avril, Charles IX dîne à Montferrand puis fait son entrée solennelle à cheval dans Clermont. Aigueperse (3-4 avril 1566) : le 3 avril, le roi quitte Clermont, traverse Riom, et va jusqu’à Aigueperse pour dormir. Chantelle (4-5  avril)  : il rentre de nouveau dans la province du Bourbonnais. ✷ Bourbonnais  : le roil traverse la Sioule sur un pont de bois à Ébreuil et dîne à l’abbaye Saint-Léger d’Ébreuil. Il dort ensuite plus au nord dans le château de Chantelle. Montmarault (5-6  avril)  : le roi dîne au hameau de La Coût (Target) et dort au château de Serre près de Montmarault. Cosne-en-Bourbonnais (6 au 8  avril)  : Charles  IX dîne au hameau Les Brets (Villefranche-d’Allier) et dort à Cosne-d’Allier). Le 7  avril, il reste dans le village pour la fête du dimanche des Rameaux. Lurcy (8-9 avril) : le roi dîne à Theneuille et dort à Lurcy. Le 9 avril, il continue sa route vers le nord, dîne au château de Grossouvre puis quitte le Bourbonnais. ✷ Retour à Paris. Le roi remonte à la capitale. Sorti du Bourbonnais le 9 avril, il traverse le Nivernais, la Bourgogne, la Champagne et l’Île-de-France. Le roi s’arrête au soir du 9 avril à La Guerche-en-Nivernais (La Guerche-sur-l’Aubois). Le roi dîne à Aubigny, traverse la Loire à La Charité et y fait son entrée. Il y reste 5 jours en raison des fêtes de la semaine sainte précédant le dimanche de Pâques qui a lieu le 14  avril cette année-là. Le 16, le roi quitte La Charité et prend la direction d’Auxerre. Il dîne à Narcy et s’arrête pour la nuit à Donzy. Sougèresen-Puisaye (17-18 avril 1566) : le roi fait son entrée et dîne à Entrains puis dort au château de Pesselière. Auxerre (18-19 avril) : le roi dîne à Ouanne, quitte le Nivernais pour entrer en Bourgogne et passe une nuit à Auxerre. Joigny (19-20  avril) : le roi prend la direction de Sens. Il traverse l’Yonne, dîne au château de Régennes, à Appoigny, quitte la Bourgogne pour entrer en Champagne, et s’arrête pour la nuit à Joigny. Dîner à Armeau et nuit à Villeneuve-sur-Yonne (20-21  avril). Charles  IX est de retour à Sens le 21 avril puis dîner à Sergines et nuit Bray-sur-Seine (23-24 avril). 257

1566

Le roi passe la Seine sur le pont de Bray, dîne à Mons et passe la nuit à Nangis. Le roi dîne à Touquin et dort au château de Montceaux qui appartient à Catherine de Médicis (25-20  avril). Le roi dîne à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne). Il traverse la Marne à Saint-Maur-des-Fossés pour la dernière nuit de son grand tour de France. Le 1er mai 1566, Charles IX revient à Paris après avoir été absent pendant deux ans, trois mois et six jours et avoir parcouru plus d’une vingtaine de provinces. Labourer après un siècle et demi de friche « Depuis l’année 1563 jusqu’en 1567, on s’occupa dans le Valois du soin de remettre en valeur les biens abandonnés, depuis les années 1407, 1415 et 1420 ; des terres même à bled d’un rapport excellent, qu’on loue maintenant [en 1764] d’un bon prix. L’avocat et le procureur du roi du bailliage de Valois […] demandèrent à la reine la permission de donner à cens ces terres, franches de dîmes et de toute autre redevance que de celle du cens. La duchesse-reine donna son consentement à un expédient aussi propre à rétablir l’agriculture et à ramener l’abondance en un pays qui commençait à réparer ses pertes. Peu de laboureurs se présentèrent pendant les années  1563, 1564, 1565. En l’année  1566, quelques cultivateurs prirent à cens un petit nombre d’arpents de friches, pour l’essai seulement. Ces terres, après le repos d’un siècle, donnèrent en 1567 une riche moisson. Cette année fut abondante dans le reste du Valois […]. En 1572, l’agriculture reprit vigueur. Plusieurs particuliers se présentèrent au procureur du roi du bailliage de Valois et demandèrent à censives les terres en friche qui restaient, du côté des Gombries [Péroy-lès-Gombries, Oise, au nord-est de Nanteuil-le-Haudouin]. Cet officier fit faire un mesurage général de ces friches, par les nommés Charles et Florent Dubois, mesureurs-arpenteurs du duché de Valois. Il passa ensuite des baux à rente aux particuliers, à raison d’une redevance par chaque arpent. Depuis ce temps, l’agriculture ne fut plus abandonnée dans le Valois. Si elle fut interrompue endant les troubles de la Ligue, elle reparut bientôt après. On ne fut pas trois années de suite sans cultiver » (Carlier, 1764, 619-620). Alerte sur les bois en Provence À Varages, dans la viguerie de Barjols, on fait interdiction de couper du bois vert ou sec dans les terres soustraites à la dépaissance du bétail, les « défens ». L’année suivante, en 1567, cette mesure de protection est renforcée par une amende d’un écu par arbre abattu et d’un florin par branche coupée. Un souci récurrent qui rappelle, pour la Provence, les premières mesures du siècle précédent (Pichard, 417). Le Thillay au début des guerres de Religion : un pays de cocagne Les données recueillies sur le niveau de vie des Parisiens sont comparables à celles d’un village de la plaine de France, Le Thillay (Val-d’Oise), scruté de 1566 à 1582. Peuplé de quelque 800 à 900 âmes surtout massées près de l’église, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de la capitale, ce village  affiche alors une « indéniable prospérité ». Le « beau xvie siècle » s’y prolonge, sur un excellent terroir qui produit à la fois grains et vin. Les biens mobiliers font jeu égal avec les marchands du 258

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Marais : si 10 foyers n’en ont que pour 200 à 300 livres, 12 oscillent entre 300 et 400 et 7 franchissent les 500 Les maisons s’éclairent de chandeliers de cuivre, de lampes et de lanternes. La crémaillère et les chaudrons attestent qu’on fait bouillir la marmite même si souvent broches et lèchefrites assurent les rôtis. Toujours abondante, la vaisselle d’étain. Saloirs à porcs, chasières à fromages, barattes à beurre, vin vermeil ou clairet en cave suggèrent que les manants du Thillay sont mieux nourris que ne le seront les paysans miséreux de la fin du  xviie siècle (C. Scales, La Vie quotidienne au Thillay d’après 51 inventaires après décès, 1566-1582, 1997, repris par Muchembled, 149-150). Noël 1566. Retour des reîtres « Es feste de Noël suyvant, le sieur prince de Condé vint au Pont-à-Mousson recepvoir le duc Hans Casimir qui le venoit secourir avec grand nombre de reystres et lansquesnestz. Il logea à Ancey 2 enseignes de gens de piedz de chacune environ 500  hommes. Ils firent de grand dopmaige. Il abatirent toutes les mouuées des vignes pour trouver ce qu’estoit cachez dedans. Ils y fuirent 5 jours » (Le Coullon, 26).

1567 Les blés emportés par le vent ~ Lundi 13-samedi 17 juillet : Grand vent en Brie. « C’estoit grande pitié de veoir le grain tant beau et jaulne ainsi respandu sur la terre. Les pauvres gens, comme aussi plusieurs laboureurs, taschèrent à en recueillir le plus qu’ilz purent ; mais n’en eussent sceu ramasser quantité qui valust la peine qu’ilz y prindrent ; car les gluys estoient fort espès et n’en povoient recueillir qu’ès royes où ilz le faisoient tomber avec des panneaux ou petits balais. Il n’estoit possible de soyer ni faulcher, tant le vent estait impétueux et la sécheresse grande. Les bledz que aucuns avoient soyé dès le vendredy et samedy de devant lesditz vents, et qui estoient encores en javelles le lundy et les aultres jours de la sepmaine, furent emportez des vens, et n’en saulva-t-on la moytié » (Haton, II, éd. 2003, 101-102). ~ En Valois : on ramasse le blé au balais : « Les bleds charmaient la vue pendant les mois de mai et de juin. Les laboureurs attendaient une heureuse récolte, lorsqu’aux approches du temps de scier les bleds un vent impétueux s’éleva, et coucha les moissons. Les chaleurs de juin avaient muri les épis, tellement que les grains tenaient à peine dans leurs mailles. L’agitation et le choc de ces épis les égrainèrent, de manière qu’au moment de la moisson, il ne resta plus que la paille. L’année fut sèche heureusement. Il ne survint ni pluie, ni humidité, ni rosée. On coupa la paille et l’on ramassa le bled par petits tas, avec des balais. Du reste, la récolte fut bonne. Les laboureurs en furent quittes pour nettoyer leur bled. Cette année fut appellée l’année des bleds grugés, et l’année aux ramons, c’est-à-dire aux balais » (Carlier, 1764, 619) 259

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Inondations en Vivarais ~ 1re inondation : le 1er octobre. « Le mardi 1er octobre, jour de Saint-Remy, audit an  1567, après une longue et forte pluie, les rivières de Deome et de Cance et autres traversières de ce pays depuis Tournon en haut, furent si excessivement débordées que jamais on avait ouï parler de si grandes inondations […]. Les rivières d’Ay et de Doux en firent de même aux lieux de Satillieu et du Savel de Lamastre, où cent ou six-vingt maisons furent abattues et ruinées avec plusieurs moulins et grand nombre de prés » (Gamon, 34). ~ 2e inondation : le 27 octobre. « Le lundi 27 dudit mois, veille de Saint-Simon et Saint-Jude, les susdites rivières d’Ay, de Cance et de Deome, avec les autres ruisseaux de ce pays, débordèrent derechef si prodigieusement, que beaucoup de personnes pensèrent que les jours de Noé étaient revenus […]. La rivière de Déome fut demie toise plus haute qu’elle n’avait été autrefois […]. Ceci advint la nuit, sur les 8  heures, et dura environ demie heure pendant laquelle furent ruinées plusieurs maisons auxdits bourgs de Deome, La Vallette et le Savel […]. Tous les moulins, depuis Boulieu jusques au-dessous d’Annonay et ceux des Cordeliers sous les Roches-Saint-Denis, furent ruinés et ne demeura pierre sur pierre ni apparence d’édifice. Les prés et arbres demeurés de reste le long desdites rivières furent cette fois emmenés » (Gamon, 35-36). 13  janvier  : nouvelle ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et ordonnant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). Pendaison d’une truie dans le Valois Le 27  mars, une truie « au museau noir » est pendue à Saint-Nicolas-d’Acy (Courteuil, Oise), près de Senlis, pour avoir dévoré une fillette de quatre mois, « mangée et dévorée en la tête, main senestre et au-dessous de la mamelle dextre ». Défense est faite à tout sujet de la seigneurie de « ne plus laisser échapper telles et semblables bêtes sans bonne et sûre garde » (Bibl. mun. Senlis, ms Afforty, XXV, d’après Moriceau, 395). Ravages en Île-de-France et en Bassigny 2e  guerre de Religion (septembre 1567-mars 1568). En septembre 1567, les ravages des guerres civiles reprennent après l’échec du coup de main de Condé sur Meaux. L’armée protestante, concentrée en Brie, vient s’installer au nord de Paris, multipliant les expéditions pour gêner le ravitaillement de la capitale (Jacquart, 174). ” Septembre  : Ravages des huguenots autour de Lagny, Rozay-en-Brie, SaintDenis, Pontoise et Poissy et profanation des églises des villages environnants (Haton, II, 109-113). Le vendredi après la Saint-Denis, ils profanent l’église du Plessis-Gassot (BMS Le Plessis-Gassot, Val-d’Oise). ” Octobre : Montgomery prend la ville d’Étampes par escalade le 17 octobre et des garnisons protestantes occupent Dourdan et La Ferté-Alais (Fleureau, 239). Pillage du Pays de France par les protestants. « Le jeudy 3e jour d’octobre ensuivant, iceulx, non contens de leurs malheureux et mauldictz actes, surprindrent la ville 260

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de Sainct-Denis en France, sur les neuf à dix heures du matin. Et en icelle y ont séjourné six sepmaines, attendans, de jour en aultre, leurs forces, pour ruyner le roy et royaume, s’ilz peuvent ; et ce pendant faisantz, aux villaiges et lieux circonvoisins d’alentour, plusieurs volleries et saccagements, brisants et rempans toutes les églises, tant de ladicte ville de Sainct-Denis que aux villaiges d’alentour, chose plus que barbare et très inique, estantz iceulx sans Dieu et desraisonnés » (Grin, 42). ” 11  novembre  : bataille de Saint-Denis, desserrant l’étau autour de Paris, la garnison d’Étampes décampe le 16  novembre. Mais la menace persiste, Condé recevant le renfort de reîtres allemands et se préparant à assiéger Chartres. ” Novembre-décembre : brûlement des églises entre Sens et Provins et massacre des ecclésiastiques par les huguenots (Haton, II, éd. 2003, 165-166). ” Le Bassigny à feu et à sang  : le plat pays est parcouru par 14  000 reîtres, venus d’Allemagne, commandés par le fils de l’électeur Palatin Jean-Casimir, pour aider les calvinistes. Les réformés incendient Doulaincourt dans le populeux Valde-Rognon. Trois villages brûlés ne se sont jamais relevés  : « Par le temps passé soulait avoir au Val-de-Rognon sept villages étant usagers ès dits bois, et à présent, lit-on dans un mémoire cinq ans plus tard, ne sont que quatre  : Dolaincourt, Bettaincourt, Roches et Cultru, parce qu’il y en a trois qui sont ruinés à savoir Saint-Brice, Saint-Èvre et Vouécourt » (Skorka, 135-136). La terreur silencieuse : le duc d’Albe monte vers les Pays-Bas En juillet, l’armée du duc d’Albe, en route vers les Pays-Bas, traverse les campagnes de Franche-Comté. Elle parcourt 18 étapes, qui évitent la région de Dole, en raison de la peste : Montfleur (Jura), Gigny, Saint-Laurent-la-Roche, Lons-leSaulnier, Brainans, Ounans, Germigney, Rans, Fraisans, Marnay (Haute-Saône), Gy, Bucey, Fretigney, Rosey, Port-sur-Saône, Fleruey, Faverney et Mailleroncourt, avant de traverser la Lorraine. La « terreur silencieuse accompagne ses pas ». De part et d’autre de Dole, trois témoignages : les habitants de Brans, seigneurie de Montmirey (Jura), sont foulés par ces soudards « dont une grande partie a esté de séjour en leur village par trois jours ». Ils ont fait montre à La Loye (Jura). Les habitants s’en plaignent : « toute leur fourniture, de bled, advenne ou de foing a esté mangée ». Les manants d’Ounans (Jura), qui ont eu à héberger « la pluspart de la cavalerie du sieur capitaine don Jehan Luppo » qui « ne fit moings de dommaige que la gresle » (États, Suppl., carton 57, d’après Febvre, 519-525 ; Braudel, La Méditerranée, II, 165, et Delsalle, 277). Le trésor d’une église villageoise Compte du trésor de l’église et fabrique du Petit-Quevilly (Seine-Maritime) en 1567-1568. En Haute-Normandie, l’administration communale s’insère dans le cadre paroissial. Élu pour deux ou trois ans, le trésorier de l’église est aussi le mandataire de la communauté  : il cumule les fonctions d’un syndic ou consul (représentation des villageois devant les pouvroir publics) et de marguillier (gestionnaire de la fabrique religieuse). Parfois on distingue entre les deux types de comptes jusqu’à réaliser deux comptabilités spécifiques, comme c’est le cas au 261

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Petit-Quevilly, qui conserve exceptionnellement, pour 1567-1569, une comptabililité « religieuse » et une comptabilité « civile ». Néanmoins, dans les revenus (les « recettes ») comme les dépenses (les « mises ») les interférences restent fréquentes. Les rubriques associent des postes strictement religieux à des postes civils, comme les locations de biens communaux sur les « rivages » des bords de Seine. Les extraits qui suivent laisseraient préjuger un climat de paix si le relèvement des fortifications de Rouen, par crainte des huguenots, n’imposait à la communauté une dépense « exceptionnelle ». 1. Comptabilité « religieuse » « C’est l’état et compte que rend et baille Jean Lyot, trésorier en l’église et peroisse de Saint-Pierre, du Petit Quevilly, au curé et paroissiens de ladite paroisse, tant de la mise que entremise qu’il aurait eue pour le temps et espace de 2  ans accomplis et révolus, commencé audit jour et fete de Pâques 1567 et finissant audit Pâques 1569. Et premièrement, ensuit la recette : Du xxviie d’avril et 4e  de mai. iiii s iii d. Du lundi, mercredi des Rogations et du jour de l’Ascension et dimanche vie de mai… ix s iv d. Du dimanche xviiie dudit mois… viii s vii d. Du dimanche xxve dudit mois… iii s i d. Du jeudi jour de Sacrement…. ii s x d. Du dimanche 1er jour de juin… iiis ii d. [suivent les autres quêtes des dimanches et fêtes, qui constituent l’essentiel du casuel] Autre recette à cause des terres et rentes appartenant à ladite église et trésor d’icelle : Reçu de Louis Amyer, pour le louage d’1 acre de terre qu’il tient de ladite église… iiii L i s vi d. Reçu de Robert Yvon, à cause d’une vergée de terre qu’il tient de ladite paroisse… xviii s. Reçu de Louis Gallot, pour 3 vergées de terre qu’il tient de ladite église lxiis vi d. Reçu de Jean Dupont, pour demie acre de terre, ainsi que dessus dit… xl s. Reçu de la veuve Jacques de Lynet, pour une vergée de terre qu’elle tient tel que desus dit… xxx s. Ensuit les mises faites par ledit Lyot, ci-dessus nommé : 2. Comptabilité « civile » « C’est autre état de compte que rend Jean Lyot, trésorier et receveur du revenu des rivages appartenant à l’église et paroisse en comunauté pour temps et espace de 2 ans, au curé et paroissiens en général […] Reçu de Nicolas Dieu et Jean Dupont pour 2 années desdits rivages xx l tournois. Item, reçu de Jean et Jacques, dits Lyot, et Jacques Lynet, pour lesdites 2 années, la somme de xxv l. Item, reçu de Gessin et Toussaint fleury, père et fils, et Jean Caron, pour lesdites 2 années dessusdites… xvi l. 262

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Item, reçu tel que dessusdit de Guillaume Samyer, Robert Picot et Laurent Darré, la somme de xx l et joint les baux à eux faits. Item, reçu de Louis Amyer et Robert Darré, Pierre Gressin la somme de xxiv l [suivent les autres fermages, qui représentent la source essentielle des revenus de la communauté depuis 1514 au moins]. Ensuit les mises… Payé à discrète personne Me Thomas Dumouchel, prêtre, curé de ladite paroisse, pour avoir dit et célébré une messe au jour de vendredi pour chaque semaine, pour les vivantes et trépassés la somme de c sous […] Item, payé pour le dîner de M. le verdier [agents des Eaux et forêts avec lequel les habitants sont en tension permanente], en présence du curé et plusieurs paroissiens, la somme de lxviii s […] Item, payé la contrainte d’un sergent à danger [sergent forestier chargé de faire payer les droits sur les ventes de bois en Normandie] pour la contrainte et prise des biens de Gessin Fleury, 15 s […] Item, payé à Jean Barré, sergent, pour une assignation à nous faite, v s […] Item, payé aux pionniers qui ont été besogner aux remparts de forteresse par le commandement de messieurs » (AD 76, G 8840-8841, d’après Follain, HSR 6, 1996, 127-142).

1568 Séisme, tempêtes et froid rigoureux ~ 8 novembre 1568 : Séisme d’intensité MSK 5 dans les Baronnies (Malaucène) (Base SISFRANCE et Quenet, 554 et 579). ~ 29 juin 1568 : « Ce fut l’année qu’il tombât, le jour de Saint-Pierre, de tempête qu’on ne vit jamais la pareille et contint depuis Loire jusque à la Bourgogne et en Bresse, tellement que à Nantua se leva sur le lac dudit Nantua une si grosse foudre, tempête et orage et alla tomber sur le clocher et se fit verser la sur la ville, en sorte qu’il ruina beaucoup de maisons et tuant beaucoup des gens, et les enlevaient en l’air, tellement qu’on ne savait qu’ils devenaient et cela fut imprimé à Lyon » (BMS Saint-Forgeux près Tarare, 1565-1573, vue 25). ~ Décembre  : « Le froid fust si fort que toutes les rivières gelèrent, et mesme devant Bourdeaulx la mer y gela et la glace y estoit de la hauteur d’ung homme et par suite de ce plusieurs navires furent submergez, et commença ledict froid le dixiesme du dict moys, jour de saincte Vallerie, et dura quinze jours » (Jarrige, 35). Pestilences n En Lorraine  : « Dès ledict temps jusques l’an revollu fuist une pestillence sy grande en Metz et au pays, voire en Lorraine, que on n’ouyst de loing temps pairler d’une pareille. En ung ans moururent à Ancey, par compte fait, 300 que grand que petit et davantaige » (Le Coullon, 36). n En Limousin : autour de l’abbaye de Grandmont (Saint-Sylvestre, Haute-Vienne) (Chanoine A. Lecler, Histoire de l’abbaye de Grandmont, 1909). 263

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Et aussi autour d’Angers, Armentières, Auxerre, Avallon, Besançon, Nantes et Paris (Biraben, 384). n

Troisième guerre de Religion (juillet 1568-août 1570) Malgré la paix « boiteuse et malassise » signée au relais de poste de Longjumeau (Essonne), le 23  mars, et le 4e  édit de pacification correspondant, les hostilités reprennent dès l’été (Jacquart, 174). ” En Lorraine : « Cest année fut fort bonne et fertille, ce n’eust esté les reistres et le prince de Condé qui passe par ce pays » (Pussot, 3). ” En Champagne, les reîtres pillent l’abbaye d’Auberive, le prieuré de Beaulieusur-Amance, prennent par escalade Châteauvillain, ruinent le Montsaugeonnais, incendient Hortes, Marcilly, Andilly, Celles et Plesnoy (Skora, 135). ” En Poitou comme en Vivarais, les conséquences de la guerre se font sentir à partir de septembre : « En ce temps commencèrent les troubles pour la troisiesme fois en France, dont toutes les provinces du royaulme furent presque assaillies de toutes partz des huguenotz hérétiques et mesme en Poictou ; conducteur le prince de Condé, nommé Loys de Bourbon » (E sup. 49, II, Vauchrétien). « Depuis s’augmenta le bruit quelque temps devant commencé, qu’on était derechef en guerre et en furent vu les effets en ce pays sur le commencement de septembre 1568. » La ville d’Annonay et la campagne environnante sont mises en coupe réglée par l’armée catholique du sénéchal de Lyon (Gamon, 58). Un village champenois victime de la guerre : Dannemoine (Yonne) « Se complaignent aussi iceux habitants qu’en l’année  1568 que, par le moyen des gens de guerre conduits par Monsieur de Montgommery tenant le parti de la Religion, auquel lieu ils auraient fait mourir et assassiner plusieurs notables personnes de ce lieu, sous ombre qu’ils jugeaient être gens d’Église et ce fait, mirent le feu audit bourg, et même leur église entièrement brûlée et ruinée. Depuis lequel temps, par le moyen de ladite ruine et perte par eux soufferte, ils n’ont pu réparer leur église et même les murailles de leurs fermes en qu’ils sont toutes ruinées et tombées par le moyen de grandes dettes qui sont en leur communauté » (Durand, 1966, 117). Aliénations de biens ecclésiastiques ✷ 1er août : 2e aliénation des biens du clergé, au capital de 150 000 livres de rente, autorisée par une bulle du pape Pie  V. Les catholiques seuls peuvent se porter acquéreurs (Carrière, 406). ✷ 24  novembre  : troisième aliénation des biens du clergé, de 50  000 écus de rente (150 000 livres). Les ventes sont confiées à une commission pontificale qui porte surtout sur les biens de second ordre pour préserver autant que possible les seigneuries et les domaines importants. Les protestants sont exclus des enchères (Carrière, 406).

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Du crime à la complainte : des marchands tués par un seigneur en Basse-Bretagne Il est rare de pouvoir corroborer des sources judiciaires à des sources orales, transmises sous forme de chanson. Dans la paroisse de Cadélac, rattachée aujourd’hui à Loudéac (Côtes-d’Armor), les agissements d’Hervé de Kerguézangor, sieur de la Villaudrain, défraient la chronique entre 1565 et 1569. Les témoignages recueillis auprès des anciens et des enfants des témoins, en 1642, et la complainte bretonnante –  une gwerz  – qui est parvenue jusqu’aux ethnologues, se font écho  : ils révèlent le degré d’insécurité auquel sont soumises les campagnes bretonnes avant même qu’y fassent irruption les guerres de Religion : « Le deffunct sieur de La Ville Audrain, en son vivant précepteur des enffens de la maison de feux nos seigneurs de Rohan, qui lors estoint catholicques, lequel sieur de La Ville Audrain estant huguenot, les enseignant, introduit en ladite maison la relligion prétendue refformée. […] En son vivant, il avoit gouverné l’abbaye de Lantenac paravant les guerres civiles régnantes en ceste province, homme mal vivant et […] avoit tué des marchands de la ville de Rennes » (AD 22, H 322). « An otro Villodre a lavare Da Ervoanic Prigeant nac an dese. Lavar ar Manus pa guiri E bout er momet ma varvi » [Le seigneur de Villaudry disait : Ce jour-là à Ervianic Prigent : Dis ton I Manus quand tu voudras Car voici le moment où tu vas mourir] (Guillorel, 242-259).

1569 Hiver très froid ~ Guyenne, Saintonge et Poitou  : « Pendant tout l’hiver, qui fut étrangement âpre et si rigoureux que grand nombre d’hommes moururent par maladie aux deux camps [celui du duc d’Anjou et celui du prince de Condé], entre iceux plus de six-vingt dudit Annonay, qui suivaient le régiment du sieur d’Acier, passant par Sancerre et la Charité » (Gamon, 50). ~ Champagne : « L’année ensuyvant [1569], les vignes furent geellées d’yver, et d’esté en may ; et de viii livres tournois montèrent à xxx I. la queue de vin et sur la fin à cause des vendanges tardives valloit lx l. t. la queue, et le bled valloit xx solz le septier » (Pussot, 3). 1569. Autour de Pau la « guerre paysanne » pour le contrôle des pâturages d’hiver du Pont-Long produit ses désastres ordinaires, opposant les Ossalois aux Palois, ignorant ceux des guerres de Religion, commis à quelques lieues à peine, et notamment des incendies de villages (Desplat, 1993).

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« Manger la poule sur le bonhomme » ” En Lorraine. Au cours de l’hiver, les habitants de Battigny, « surpris et pressés par les gens de guerre du duc d’Aumale, se seroient sauvés avec leurs femmes, enfants et bestiaux dans les bois de La Haye près dudit village » (Cabourdin, 64). ” En Beaujolais. « L’an  1569, le roi de Navarre et le prince de Condé, l’amiral, tous trois huguenots, passèrent par le pays de Forez et Beaujolais avec telle cruauté que tous les seigneurs du Forez, Beaujolais et Lyonnais se retirent dans la ville de Lyon ensemble tout le menu peuple, tellement qu’ils furent contraints d’abondonner leur maison, et là où ils ne trouvaient personne ils brûlaient les maisons et là où il y avait femmes ou filles, ils les violaient, et là où ils allaient au fourrage et qu’ils trouvaient quelques personnages qu’ils s’enfuyaient ils les tuaient, tellement qu’il en tuèrent trois ou quatre de notre paroisse de Saint-Forgeux, lesquels se nommaient Louis et Léonard De la Goutte, François Sayome et Estienne Périnet » (Reg. Par. Saint-Forgeux près Tarare, 1565-1573, vue 39). ” En Haut-Languedoc (30 juillet-1er août). À la tête de l’armée des « vicomtes » huguenots, forte de 6 000 à 7 000 hommes, tant à pied qu’à cheval, le comte de Mongommery, envoyé en Béarn pour faire lever le siège de Navarrenx, dévaste les campagnes du diocèse de Rieux, autour de Saint-Gaudens  : bétail rançonné, moissons et métairies incendiées, femmes et filles violées, ecclésiastiques et laïcs tués « par glaive » ou pendus et étranglés. Aux champs, les soldats ont brûlé « un nombre infini de maisons et métairies, les blés étant au sol et aires, prêts à dépiquer, saccagé et brûlé trente ou quarante églises […] et ruiné tout ledit pays, pauvres paysans et autre qualité de gens, n’y ont laissé blé ni vin ni bétail ». En plusieurs villages, l’église est incendiée. À voir tant de ruines, « il n’y avait cœur d’homme qui ne gémisse ». « C’est une pitié de voir lesdits lieux brûlés et les pauvres gens égarés. » Le pays est tellement ruiné « que les pauvres habitants des lieux où ils sont passés sont contraints d’aller vagabonder et mendier leur vie ». « Même que les pauvres habitants et métadiers n’ont aucun accès ne demeurance esdits lieux sinon habiter en de petites cabanes que ont été contraints faire  pour demeurer au couvert. » Après le passage de Montgommery, plusieurs réformés en armes s’assemblent en troupes pour piller les métairies de la région, notamment autour du capitaine Vindrac, moine défroqué de Lézat, à la Notre-Dame d’août (Lestrade, X et 29, 36, 38, 44). ” En Berry. Autour de Sancerre, les protestants de la ville, sortis victorieux le 1er  février 1569 du premier siège mené par Claude de la Châtre, gouverneur de Bourges, pillent les campagnes et saccagent les églises. À Crézancy, Sury-en-Vaux et Sens-Beaujeu, pillages, incendies et rançonnement ruinent les villageois (JacquesChaquin et Préaud, 1996, 320). ” En Bourgogne. « En l’année 1569, les huguenot entrère en ce pais de Dijon où il protère grand dommage au pauvre peuple, et il breloin les maisons en plusieurs village, et cestoit au moys de may 1569 » (Robert, 108). ” En Limousin. À Saint-Yrieix en février-mars  : « Estant les dicts sieurs de Neuville et Massez arrivez en la dicte ville de Sainct-Yriez, séjournèrent en ycelle jusques au second jour de mars au dict an et pendant leur séjour n’y firent chose qui mérite d’escrire, sinon manger la poule sur le bonhomme et vivre à discrétion, 266

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sans payer aulcune chose, qui fut un commencement de la ruyne de la dicte ville de Sainct-Yriez » (Jarrige, 41-42). Moment calme avec les soldats : bénédiction d’une enseigne à Belleville en Beaujolais « L’an  1569 et le vendredy iiie jour de juin, aux octaves de la Pentecoste, le seigneur capitaine Moniron, de la ville de Gresnoble, capitaine d’une compagnie d’Espaignolz, a fait bénir par moy soussigné une enseigne, laquelle estoit de diverses couleurs comme rouge, blanc, noir, vert et avec une belle croix, aussi de blanc au milieu, laquelle, après laditcte bénédiction et dict l’évangile Sainct-Jehan et faict aspersion d’eau bénite […], l’ay donné audit capitaine lequel l’a prinst très pieusement disant qu’il veut vivre et moryr pour soustenir Dieu, la foy de son église et son roy » (AD 69, BMS Belleville, 1568-1569, vue 28). Mais, au même lieu, on enterre un soldat, tué par l’un des ses compagnons, le jeudi fête du Saint-Sacrement, ixe du mois de juin, et le 31 juillet, « un pauvre soldat du régiment du baron des Adrets, et était né de la ville de Carpentras » (Ibid., vue 31). Le sainfoin en Île-de-France Première mention de sainfoin en Île-de-France à Louvres-en-Parisis (Val-d’Oise). Le fermier des Quinze-Vingts met en « pré sainfoin » 5 quartiers de terres (53 ares) dans une pièce de 5 arpents (Claude de Vitry, Recherche sur quelques fermes de la plaine de France, 1966, 100). Les hautes chaumes des Vosges Le 28 septembre, le duc de Lorraine Charles III signe une ordonnance pour le ban de Vagney. Il répond à la requête des habitants, désireux de voir confirmés leurs droits d’usage dans les montagnes et les hautes chaumes ducales, les « répandises ». Certains cantons forestiers, laissés jusque-là à l’exploitation communautaire – les « rapailles » –, sont mis en défens pour régénérer la futaie. Les habitants sont autorisés à opérer des défrichements – les « fouillées » – et de se procurer le bois d’affouage nécessaire sous le contrôle du gruyer. Cette réglementation s’étend ensuite à l’ensemble des villages de la montagne vosgienne (bans de Tendon, La Bresse et Ramonchamp) (Garnier, 2004, 69-71). En Béthunois : 3 420 exploitations recensées en 1569 En vertu d’une taxe établie le 9  septembre  1596 sur tous les biens meubles et immeubles par le roi d’Espagne Philippe  II, en tant que comte de Flandre et d’Artois –  le « centième denier » –, on connaît la répartition des exploitations agricoles. Une situation extrêmement diversifiée de part et d’autre d’une moyenne théorique de 6,84  ha  : 2790 (soit 81,6 %) se situent en dessous de ce seuil. Le groupe le plus important, compris entre 1,7 et 3,4 ha, représente 27 % des effectifs (925 exploitants) auxquels s’ajoutent 752 exploitants de 85 ares à 1,7  ha (22 %). Au-dessus de 50 ha, 161 exploitations sont qualifiées de « censes », dont la plus importante atteint 219  ha  : elles regroupent de grandes parcelles mises 267

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en location par les établissements écclésiastiques, les nobles, les riches négociants et administrateurs, qui résident le plus souvent à Béthune. Le contraste est net entre une majorité de petites exploitations et une minorité de très grandes, qui occupent l’essentiel des terres cultivées  : 628 exploitants (18,4 %) de plus de 13,68  ha mettent en valeur 63,6 % du sol disponible. Dans cette région du Nord, la puissance des « censiers » et des « laboureurs » est incontestable, surtout au sud-ouest, dans des villages comme Gosnay, Marles, Chocques, Calonnes et Lapugnoy (Rosselle, 350-361). Une passion pour la terre paysanne : une grange en Franche-Comté Voici un conseiller au Parlement de Dôle, Fernand Seguin, au sommet de son emprise foncière, à son décès. « Notre homme tisse sa toile en arc de cercle autour de Besançon. » C’est l’un des portraits de bourgeois remembreurs que brosse Lucien Febvre pour la Comté du xvie siècle. « Il laisse, quand il meurt, en 1569, une grange à Saint-Aubin, la Grange GuyotBernard, qu’il amodie tous les 6 ans. C’est lui qui l’a faite, morceau par morceau : achat d’une corvée de 36 journaux en 1546 ; d’un pré de 3 soitures en 1553 ; d’un champ en 1559,  etc. À Orchamps, même effort ; dans la seule année  1564, il y acquiert successivement, le 5 mai, des terres et des prés ; le 12, à deux reprises, de nouvelles terres et de nouveaux prés ; d’autres le 5 juin, le 11, le 29 ; un champ le 9 juillet, un pré le 1er  octobre, soit une dizaine d’opérations en trois mois. À la même époque, il travaille pareillement à Étrepigney, à Cinq-Cens, à Goux,  etc. » (AD 25, B 0418, d’après Lucien Febvre, 268).

1570 Inondations et hiver anticipé ~ En Champagne. « Ceste année [1570], furent les vignes des bas lieux fort bruslé et n’estoient les vins d’icelles guères bons. Aussy les bleds n’estoient pas fort bon, cause de l’humidité des moissons, et valloit à la vendange xviii solz le septier, et la queue du vin x l » (Pussot, 4). ~ En Beaujolais : « L’an mil VC soixante-dix, l’yvert commençat à la Toussaint et au mois de décembre tomba si grande abondance d’eau que les rivières dérivèrent […]. Ladite année, audit mois de décembre, après que les rivières eurent cessé, tomba si grande abondance de neige à la fin dudit mois et en l’année mil cinq cent soixante-unze et mêmement, en tomba toutes les fêtes de Noël, tellement qu’il n’était si grande abondance qu’on ne pouvait sortir des maisons et que l’on ne pouvait aller sur les champs à force des cunzières [congères] qui étaient par les chemins ; aussi pour le mauvais temps qui régnait, l’on ne pouvait charrier blé, vin, bois et autre chose, tellement que c’était pitié du pauvre monde […]. Le blé, en ladite année 1570, se vendait le bon froment 50 s. ; le seigle 2 l. 2 s. ; l’avoine 12  s […]. Ledit hiver, qui avait commencé à la Toussaint, n’était pas fini à la Purification 1571 » (BMS Saint-Forgeux, 1565-1573, vue 44). 268

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~ En Limousin : les 30 juin et 20 août, inondation de la Corrèze et de la Solane près de Tulle (Baluze, 186). ~ Le 2  décembre, inondation du Rhône  : « Sur les onze heures avant minuit, estant le peuple en son repoz, et ne se doutant de tel desastre, l’impétueux fleuve du Rhône s’enfla […], baignant une grande partie du païs plat et circonvoisin, qui fut en un moment noyé et inondé de ce furieux ravage » (Paradin, 386-387). Poussée bourgeoise en Montmorillonnais Le 22  octobre, Pierre Baubuisson, marchand à Plaisance, confie à un métayer, Morin Charretier, ses domaines et héritages au village de La Barde et dans celui de Chiroux, « à la charge que ledit Charretier sera tenu et a promis refondre et apporter au profit de ladite métairie tous et chacuns les fruits, profits, revenus et émoluments de tous et chacun ses domaines et héritages personnels » avec interdiction de vendre aucune de ses terres (AD 86, E 4/20, d’après Raveau 62). Mai-septembre 1570 : des campagnes à feu et à sang ” Tout au long de son trajet, l’armée protestante de Coligny sème la terreur, notamment en Vivarais puis en Forez. « L’armée des princes de Navarre et de Condé pour ceux de la religion, rassemblée après la déroute de Montcontour, sous la conduite de Messire Gaspard de Coligny, amiral de France, courut quelque temps aux environs de Toulouse et de là, vint à Montpellier et Nîmes et après en Vivarais, séjourna environ quinze jours à Charmes, Saint-Péray, Chalancon (Ardèche) et ès environs, et passant par Lamastre, Nozières, Paillarets, Rochepaule et de là par Montfaucon, Dunières et Saint-Didier, se rendit en la ville de SaintÉtienne en Forez, prenant le chemin de La Charité et Sancerre […]. Ce fut sur le commencement de mai  1570, les blés étant presque mûrs et les prés prêts à faucher ; à cause de quoi ladite armée fit infinis maux et dégâts par où elle passait, faisant dépaître blés et foins par les champs aux chevaux, sans discrétion, pillant, saccageant et mettant le feu en plusieurs lieux » (Gamon, 52-53). ” « Plumer les oisons du Forez »  : les environs de Saint-Étienne saccagés par l’armée de Coligny. Le ravitaillement de la cavalerie d’une armée en stationnement ne cause pas pire dégât à l’agriculture que début juin, alors que les prés verdissent et que les blés sont en herbe. En juin  1570, le facteur religieux vient aggraver jusqu’à l’extrême ce risque intérieur auquel les paysans restent confrontés jusqu’à la Fronde, dans les années de guerre civile. Après la défaite de Moncontour, plusieurs bandes de soldats protestants de l’armée de Coligny « fourragent » le Midi, cherchant à « plumer les oisons du Forez ». « Cette armée demeura dans ladite ville de Saint-Étienne avec plus de 9 ou 10  000 reîtres, sans les compagnies françaises, et ce fut sur la fin du mois de mai. Toute cette armée demeura dans ladite ville ou ès environs 17 jours et firent faire le dégât à leurs chevaux, non seulement aux prairies, mais encore aux blés qui étaient en herbe. Ils tuèrent beaucoup de personnes, brisèrent toutes les croix qu’ils trouvèrent, brûlèrent les bancs du chœur de l’église, rompirent la plupart des cloches, de sorte que toute église était pleine de chevaux, et toutes les chapelles. Ils firent dans ladite église mille sacrilèges et infamies ; ils en brûlèrent les portes, 269

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se chauffaient des tableaux et enfin n’y laissèrent rien, sinon le fumier de leurs chevaux, de sorte qu’elle semblait une étable ou grange. Leur séjour dans ladite ville y laissa telle infection, qu’on y prit une maladie populaire qu’on nomma picorée, qui était presque autant irrémédiable et soudaine que la peste » (Chronique citée par Auguste Bernard, Histoire du Forez, 1835, II, 156-157). ” Des ravages en Forez qui inquiètent en Beaujolais : « Le vendredi vingt-sixiesme audict moys sommes despartis pour aller à Lyon à cause de l’admiral […] et tenoit-on pour sertain qu’il voulloit venir par deçà, ce qu’il n’a faict mais y alla par les montagnes jusques à Saint-Étienne de Forest où il a demeuré par l’espace d’ung moys. Illec faysans grans dommages, mesmement aux esglizes et secondement aux pouvres gens, les faisant mourir et rensonner les aultres. Puys le douziesme de juin est sorty ledict admiral, accompagné de Bricquemault et sa compagnie que l’on disoit de huict mil hommes et s’en est retourné par la montagne où il a brûlé beaucoup esgliszes et s’en est allé vers Dijon où il a bien esté frotté de monsieur d’Anjou, frère du roy. Dieu soit par dessus ! » (AD 69, BMS Belleville 1570, vue 8). ” En Champagne et Bourgogne, les villages isolés ne sont point épargnés : Gurgyle-Château, Buxerolles et Chamblain sont dévastés. « Comme soyt que, en l’année  1570, à un jour de Saint-Pierre, premier jour du mois d’août, leurs finages furent grêlés, et tous leurs orges et avoynes ensemencez lors perduz. » Depuis, les villageois ont été « ruinez et obstruictz par les gens d’armes tant du camp de Mansfeld, l’admiral, passant et repassant par ces pays et contrées, que autres gensdarmeryes de France, tant de cheval que de pied, et leurs grain et bestial enmenez par les pigrieux » (AD 52, G 277, d’après Skora, 136). Une trêve pour deux ans : l’édit de Saint-Germain Le 8 août, l’édit de Saint-Germain (le 5e édit de pacification) favorise les protestants. Les réformés obtiennent quatre places de sûreté : La Rochelle, Cognac, Montauban, et La Charité. Les protestants recouvrent la liberté de culte dans toutes les villes qu’ils occupent au 1er août et en outre dans les faubourgs de deux villes par gouvernement. Les réformés retrouvent leurs charges et leurs biens. « L’édit de pacification fait à Saint-Germain-en-Laye, au mois d’août 1570, fut publié au bailliage et siège royal d’Annonay le jeudi 7e septembre dudit an, et lors cessèrent tous exploits de guerre de ce pays et fut reçu chacun paisiblement en sa maison » (Gamon, 54-55).

1571 Grand hiver De la fin de novembre 1570 à la fin de février 1571, les rivières restent suffisamment gelées pour supporter tous les charrois : le 10 mars, la Meuse et le Rhin sont encore pris. Un grand nombre d’arbres fruitiers sont détruits par ces froids, même dans le Languedoc (M. Garnier, Mémorial de la météorologie nationale, 1967). 270

1571

Vendre son bien pour une bouchée de pain Le 5  février, Jean Brallion et sa femme, de Saint-Georges-d’Espéranche (Isère), « pour payer leurs dettes et pour nourrir leurs enfants, n’ayant pas de quoi vivre ni d’autres biens, et étant en danger de mourir de faim à cause de la grande cherté du blé qui est à présent », vendent au charpentier de leur village, Claude Collonel, leur ultime bicherée de terre (AD 38, 16287, d’après Belmont, 1998, 64). L’« édit des laboureurs » Le 8  octobre, une déclaration de Charles  IX, signée à Blois, protège le train de culture. Les bestiaux et outils servant au labourage sont insaisissables, à l’exception notable des cas de dettes à l’égard du fisc ou du propriétaire des terres et cheptel. « Charles, etc. Comme nous eussions esté par plusieurs fois requis par la reine, notre très honorée dame et mère, de favoriser, soulager, maintenir et conserver nos pauvres sujets, spécialement ceux qui exercent et labourent la terre, habitant le plat pays, subjects aux passages et injures des gens de guerre. Considérant que le vray fondement de tout estat est en la culture de la terre, de laquelle se tirent annuellement les revenus et moyens de nourrir, vêtir et entretenir les hommes ; et que d’ailleurs, estant advenu que les guerres et troubles passés ayent diminué grandement les hommes, chevaux, bœufs, vaches, et tout sorte de bestail et nourriture, au moyen de quoi infinies terres dans notre royaume, pays, terres et seigneuries de nostre obéyssance sont sans culture, et les autres mal cultivées, pour les petits moyens qui sont demeurez à si peu de gens de labeur qui restent pour le fumage et amendement desdites terres, il est fort raisonnable que par tous moyens possibles on ayde, adavance et multiplier si peui qu’il y ait de moyen. « Nous, ayant mis cette marière en délibération avec notre dite très honorée dame et mère, nos très chers et très amés frères les ducs d’Anjou et d’Alençon, aucuns princes de notre sang, et autres très grands et notables personnages de notre conseil privé, et après que par leur avis il ne se serait trouvé meilleur expédient que de maintenir les gens de labeur, exerçant le labourage en telle franchise et liberté que nul, leur créditeur ou autre, pour quelque occasion que ce soit, les puisse exécuter ne faire exécuter ne leurs personnes et meubles servant au fait dudit labourage, circontances et dépendances. Nous, de l’avis que dessus, avons dit et ordonné, disons et ordonnons. « Que désormais, et jusques au dernier jour de décembre, qu’on comptera 24, nul homme exerçant et labourant la terre par lui, ses serviteurs et famille, pour en tirer grains et fruits nécessaires à la nourriture des hommes et bêtes, ne pourra être exécuté pour dette, ne pour autre occasion quelle qu’elle soit, en sa personne, ni en son lit, chevaux, juments, mules, mulets, ânes, ânesse, bœufs, vaches, porcs, chèvres, brebis, moutons, volaille, charrues, charrettes, chariots, tombereaux, herses, civières, n’en aucune partie de bétail et meubles servant au fait dudit labourage, circonstances et dépendances, ayant pour ledit temps affranchi, exempté et délivré […]. « Lesquels laboureurs, comme étant en notre protection, sauvegarde, en laquelle nous les avons pris et mis, prenons, mettons par cesdites présentes, nous voulons et entendons qu’ils fassent et exercent leur labourage et culture en toute liberté, 271

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sans aucun destourbier n’empêchement, excepté toutefois quand sera question de nos deniers et affaires, et des moissons de grains [fermages en nature], deniers, fruits, charrois, corvées et autres conditions à la charge desquelles seront baillées les terres, et du bétail blanc ou à cornes que tiendra le laboureur  : auquel cas nous n’entendons le présent affranchissement, protection et délivrance aient lieu n’effet, ne que les maître bailleurs desdites terres et bétail […] ne puissent agir et procéder par les voies d’exécution et autres qui seront portées par leurs contrats, obligations, cédules, brevets, et autres conventions contre les laboureurs et preneurs desdites terres et bétail. » 13 octobre : déclaration de Charles IX, signée à Blois, qui accorde trois années de surséance aux laboureurs pour payer leurs dettes, en raison des maux causés par les guerres civiles. Nouveaux statuts pour la Corse Le 17  décembre, le Sénat de la Sérénissime République de Gênes, qui a pris la tutelle de la Corse après l’Office de Saint-Georges, dote l’ensemble de l’île de Statuti civili e criminali, de modèle ligure, qui doivent servir de référence à toutes les communautés rurales. La multiplication des vendettas, qui a suscité depuis 1510 une législation spécifique sur les homicides, donne lieu à l’établissement d’une hiérarchie des peines avec, au sommet, les banditi capitali, condamnés à mort (Ferrières éd., 1999, 79, et Graziani, 19). La portion congrue à 120 livres 16 avril : édit fixant la portion congrue des curés à 120 livres. Bêtes anthropophages en Champagne et en Franche-Comté « Il nous faut reprendre les faits du pays provinois et des environs. Et dirons premièrement d’une bête féroce et sauvage, non usitée d’être vue au pays, qui tenait les champs jour et nuit pour dévorer les personnes qui se trouvaient à sa rencontre qui n’étaient de défense comme femmes, filles et enfants d’au-dessous de l’âge de 20 ans ; et si, ne savait-on quelle bête c’était encore que plusieurs personnes se vantassent de l’avoir vue. Elle n’était ours, loup ni lion ; quelques uns pensaient et disaient que c’était une once, autres disaient que non : elle n’était si grosse que vieil loup mais fort cruelle. Elle étrangla et mangea partie du corps de deux personnes à divers jours, qu’elle attrapa aux champs en plein jour entre le bourg de Sergines [Yonne] et la ville de Sens, qui donna une grande crainte aux plus hardis passants qui cheminaient en ces quartiers seuls et sans compagnie. Icelle bête se transporta entre le village de Madame sainte Syre [comm. Rilly] et la ville de Troyes en Champagne où pareillement dévora autres personnes jusqu’à la mort. « Pour laquelle déchasser du pays, s’armèrent les gentilshommes et paysans ayant armes au poing, avec les chiens pour la chercher à corps et cri par les buissons et forêts pour la tuer si elle se fut trouvée ; et tant poursuivie que, finalement, elle fut tuée près de Saint-Florentin, ainsi que des nouvelles en furent apportées en ce pays » (Haton, II, éd. 2003, 412). 272

1571

« En ce même temps en fut prise une en un bois dedans la Franche-Comté de Bourgogne, assez près de la ville de Dole […] qui avait jà mangé plusieurs enfants et jeunes gens sans défense. Toutefois advint en cette année que troupe de personnes passant chemin l’aperçurent dedans un bois qu’elle dévorait une jeune fille âgée de 18  ans et lui avait tiré du corps la fressure qu’elle mangeait. Cette bête, se trouvant surprise par ces hommes […], perdit et délaissa sa forme de bête et se présenta en forme d’homme naturel tel qu’il était ; sa bouche, son visage, ses mains et son corps tout plein du sang de cette pauvre fille. Et fut en cet état pris et mené à la justice du parlement de ladite ville de Dole » (Haton, II, éd. 2003, 413). L’homme-loup de Villers-Cotterêts « Le dix-sept novembre de la même année  1571, on prit dans le forêt de Cuise un homme qui avait été nourri parmi les loups. Velu comme un loup, il hurlait comme eux ; marchait sur ses ses mains et sur ses pieds et devançait les chevaux à la course. Il étranglait les chiens, les dévorait et les mangeait. Il paraissait disposé à exercer le même traitement sur les hommes lorsqu’on le prit. Ce sauvage, qui courait depuis longtemps les forêts de Cuise et de Retz, fut présenté au roi Charles IX » (Carlier, 628).

1572 Grand froid ~ En Champagne : « Pour ceste année les vignes furent gellées, à cause des grandes neiges et aussy des gyvres qui estoient pour lors » (Pussot, 6). ~ En Forez : « Je dis en vérité que l’an mille VC septante-deux, et le samedi et le dimanche jour des Brandons et le lundi qu’était le jour Saint-Mathias XXIIIIe jour de février, il fit si grand froid que tout gelait céans, le pain et le vin sus la table et notre pays fut si fort gelé que le glas était d’épaisseur de 2 doigts. Notre Seigneur nous veuille envoyer ce que nous est nécessaire ! Amen. Il y avait force neige par les chams » (La Chaize, f° 2). ~ En Limousin  : « Audict an, fist un grand froid qui dura puis Sainct-Michel jusques à mi-mars, et fust tel que la mer sur la fin du moys de décembre gela devant Bourdeaulx, de sorte que les gens pour aller et venir de leurs navires marchoient sur la glace autant franchement que sur la terre » (Jarrige, 67). ~ En Bourgogne : À Dijon, du 13 février au 3 mars, « gelée et froidure ». « A tous les jours gelé si impétueusement que les pauvres gens ne pouvoient plus résister » (Breunot, 6). Grande cherté en Limousin ~ « En l’an mil vc soixante-douze, despuys la my may, fust telle cherté de bled qu’il se vendist en la present ville de Tulle 3 livres 10 sols […]. Et monta le cestier jusques a 4 livres 16 solz au marché […]. En ce temps-là, y avoit grand abondance de pouvres dessendens de la montagne en grandz pouvretez et misères » (Baluze, 187-188). 273

1572

Une communauté familiale en Champagne berrichonne ✷ Le 6 février 1572, à Levroux (Indre), les Darnault entrent en communauté familiale sur la grande métairie de la Grange-Dieu (317 ha) moyennant 38 setiers de blé, moitié froment, moitié marsèche. Ils s’y perpétuent comme « consorts », « communs » ou « parsonniers » 215 ans durant, jusqu’en 1786 (AD 36, H dépôt1A/10, d’après Darnault, 2011, 36 et 73). Le Porc Claudon ✷ Le 20  mai, à Moyenmoutier (Vosges), un porc, arrêté pour avoir dévoré un enfant, est écroué sous le nom de « Porc Claudon », du nom de son propriétaire. Les échevins de Nancy se prononcent pour la peine de mort. L’animal est pendu et étranglé à la potence habituelle (Simon, HSR 17, 2002, 70). Ce type de procès entend aussi établir la responsabilité du gardien qui a mal fait son devoir : « Si nous voyons encore un pourceau pendu et étranglé au gibet pour avoir mangé un enfant au berceau (punition qui nous est familière) c’est pour avertir les pères et mères, les nourriciers, les domestiques, et ne laisser leurs enfants tout seuls ou de si bien resserrer leurs animaux qu’ils ne leur puissent nuire ni faire mal » (Pierre Ayrault, L’Ordre, formalité et instruction judiciaire, 1591, f°24r°). Varia 22  juin, Saint-Éloi d’été  : représentation théâtrale au village de Flers, au sud de Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais). Le lendemain, un conflit éclate entre les jeunes gens à marier, à propos du paiement des acteurs qui ont « exhibé et joué devant le peuple aucune comédie ou jeu moral » (Muchembled, 274-275). 15 juillet : deuxième édit fixant la portion congrue des curés à 120 livres. Quatrième guerre de Religion (août 1572-juillet 1573) ” 24 août 1572. « L’amiral fut fait mourir à Paris le 24 dudit mois et an » (nota du curé de Prudemanche, baptêmes 1564-1604, AD 28 en ligne, vue 18). ” Octobre  : assaut donné « à son de tocsin » au manoir protestant de SainteMarie-du-Mont (Manche) pour en déloger Artus de Cymonts, qui se convertit ensuite (AD 76, 1B 632, arrêt du 15 février 1573, d’après Mouchel-Vallon, 64). Après les soldats, de véritables loups en Beaujolais ~ « Ce qui nous a été désigné par vrai présages, des loups qui, toutes ces années passées, ont dévoré des enfants  : voire du temps même que j’écris cette plainte, se sont les loups rués sur plusieurs enfans, qu’ils ont cruellement déchirés ; en ce païs de Beaujolais, comme des filles âgées de 12 à 15  ans, auxquelles ils tiroient les corées hors du corps, et après les avoir mangées, ils laissoyent le reste du corps aux champs. Et combien que le populaire ait cette opinion que ce fussent des loups-garoux et hommes transmués en loups, si est-ce que telle opinion est superstitieuse, et fabuleuse, et ne sont autres loups, que vrais et naturels, qui 274

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durant les guerres civiles, des troubles, ont mangé des corps morts, ès lieux égarés, où l’on se meurtrissait l’un l’autre, sans respect. Et depuis depuis étant tels loups acharnés, et affriandés à la chair humaine, ne s’en peuvent sevrer ni détrier » (Paradin, 385-386). ~ Sépulture d’une fillette tuée par un loup, à Belleville en Beaujolais. « Mortuaire de Poymié. « Plus ledit jour [9 août] une nièce [biffé : fille] à Claude Vignard, qui a esté tué par ung loup et portée depuis la grange d’honorable Philippe Bellignard jusques au bois de Briante » (AD 69 en ligne, état civil, BMS Belleville 1572, vue 17).

1573 Grand hiver… ~ En Drouais : « L’hiver [de 1572-1573] commença au mois de novembre et dura jusques à la fin d’apvril 1573 ». « Le samedi 4 juillet 1573, le blé valut à Brézolles 8 et 9 livres le minot » (nota du curé de Prudemanche, baptêmes 1564-1604, AD 28 en ligne, vue 19). ~ En Brie : le 11 novembre, précocité de l’hiver en Brie qui empêche les blés de germer (Haton, III, éd. 2005, 1). Dégel précoce en janvier et reprise du gel début février 1573. Puis, mars-avril 1573, neige, pluies froides et gelées. ~ En Bourgogne : « En l’année 1573, les vignes fure perduz de gellée le 20e  jour du mois d’apvril, et vin de la neige qui tumbaz au vespre, et, le mattin, la gellée ce prin qui perdy les bourgon qui estoient pety, que on ne voyas pas les raisins, et le vin vailluz 85 livres » (Robert, 108). ~ En Champagne : « Ceste année [1573], l’iver précédent fut fort long. Le temps jusques à la moisson fut tousjours pluvieulx et nébuleux, et valloit le bled à la Sainct-Médart c sols le septier et plus, et la queue de vin xl 1. t. » (Pussot, 6). ~ En Lyonnais : « Ladite année 1573 il fit si grand froid que l’on passait le Rhône à Lyon sur [sus] le glas et la rivière de Loire aussi. La nôtre était partout prise que c’était chose merveilleuse des grosses glaces, les gros noyers fendaient par le milieu et s’ouvraient par la grande froidure que faisait » (La Chaize, f° 15v°). ~ En Lorraine  : « En l’iver ans 1572, la gellée dura plus longuement que l’on n’avoit jamais veu. Elle commencea à la Thoussaint et dura jusqu’au Roys. On passa sur la glace dès la vigille de la Saint-Martin jusqu’à la vigille des Roys journellement » (Le Coullon, 44). … et gelées tardives en avril ~ Dans les provinces du Centre-Est  : « Le lundi 2e  avril [1573], devant le jour, tomba une si forte et si étrange gelée que tout ce que les arbres, vignes et prés déjà fort avancés, avaient de nouveau jeté fut entièrement desséché et brûlé, comme si l’ardente flamme y eût partout passé. Les blés en plusieurs lieux furent fort offensés, les figuiers, pêchers, chataigniers changèrent en noir obscur leur robe déjà verte, et non seulement mourut le nouveau bourgeon, mais aussi le jet de l’année précédente, tant fut grande la force de cette bruine glaciale. Les vignes 275

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de ce pays, principalement celles qui sont en gros et humide terroir, moururent presque toutes, de façons que plusieurs furent contraints de les arracher en tout ; les autres parmi les ceps semèrent du froment, millet et orge. Cette saison fut entièrement sans fruits ni huiles, et si peu de vin que la sommée du nouveau se vendit à vendanges 10 livres tournois et eût valu beaucoup plus n’eût été l’abondance du vieux, car tel se trouva qui, en 20 journaux de vigne, ne put recueillir une charge de vendange. « Ladite gelée fut générale en Vivarais, Dauphiné, Lyonnais et Bourgogne et même dans presque toute la France, devant laquelle s’était montré en apparence le commencement d’une autant bonne et abondante récolte qu’on eut vu de longtamps » (Gamon, 63-64). ~ En Limousin  : les 18, 19, 20 et 21  avril, gel des noyers et des châtaigniers (Jarrige, 1868, 71). ~ En Bourgogne : « Le 21 [avril], environ les trois heures après midi, fit un temps si mal commode, la neige et la gelée furent si impétueuses que la plupart et quasi toutes les vignes furent gelées » (Breunot, I, 12). ~ En Beaujolais : « Le xxe et xxie d’apvril 1573 les vignes gelèrent » (AD 69, BMS Chiroubles 1564-1597, vue 2). Grande Famine ~ En Lyonnais, Périgord et Limousin : « Au dict temps, fust grande famine tant au présent pays que au surplus du royaume de France et commença dès le commencement du moys de may, tellement qu’il mourust grande quantité de peuple de faim, et furent contraincts ceux du pays de Lyonnais tuer tous leurs chiens, afin que les paubvres s’alimentassent de ce qu’ils pourroient manger. « À Bourdeaulx, au dict temps, on demeura certains jours sans trouver du pain à vendre. Causant la famine, qui fust plus grande au pays de Périgort qu’au pays de Limosin, grand peuple du dict pays de Périgort se retira au dict pays de Limosin et mesme en la présente ville, où il mourust grande quantité de paubvres, et furent contraincts ceux de la dicte ville (Saint-Yrieix) faire garde aux portes afin que la ville ne fut infectée de la puantise des corps des dicts pauvres morts ; et combien que la dicte ville deux fois le jour fist l’aumosne générale, toutes foys les paubvres estoient si exténuez à leur arrivée que tout incontinent qu’ils avoient prins le manger ils mouroient. On commit deux hommes pour les ensepvelir, lesquels estoient stipendiez de la ville. « Les fruicts au dict an, par le moyen du grand froid précédent, furent fort tardifs et on ne commença qu’à moissonner sur la fin du mois de juillet, et encore au commencement du mois d’aoust il y avoit grande quantité de bled tant seigle que aultre à couper. « Advant moissonner, le peuple ne trouvant aulcuns grains pour vivre, fut contrainct couper une partie des bleds ores qui estoit dedans de la bouillie. Les cerises et les prunes advant venir à leur maturité furent mangées. « Audict an fut bien peu de fougères au présent pays, tant par le moyen du dict grand froid comme aussy les gens du dict pays auroient fossoyé les racines pour en faire du pain duquel ils vescurent, et pareillement de celuy qu’ils firent 276

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de chanabou [chènevis], par le temps de six semaines en plus, comme je sais pour avoir parlé à une infinité de paysans du dict pays qui me l’affirmèrent et l’avoir aussy vu » (Jarrige, 75-76). ~ Dans la Marche et le Limousin : « La dicte année [1573], au mois de juing et de juillet, le bled valut à Guéret 15, 6 et 7  livres, le fromant xix livres, l’avoine 6 livres tournois. Et feut la dicte année si grande cherté que mourut une infinité de pauvre peuple de faim par toute le France ou la cherté feut enquores plus grande que en ce païs. Dieu y pourvoye par sa grasse ! » (Sainte-Feyre, 309). « Au moys de may mil vc soixante treize, les richars de la present ville de Tulle aient faict grand provision de bleds […]. Le bled se vendit xlviii s : monta à iiii L […] aulcuns cachèrent leurs grains tellement que le bled se vendoit communément au marché quatre livres quinze solz, le froment six livres dix solz […]. En ce temps-là morust grand quantité de pouvres de pouvetré et misère, et aultres personnes de grand fièvre. Ô la grand misère ! » (Baluze, 189). ~ En Lorraine : La moisson de 1573 fuist très petite et j’ay pour ce le bleidz n’en fuist à meilleur marchez, mais plus cher. La famine fuist merveilleuse. En l’yver précédent, les vignes fuirent gellé et au moys d’apvril n’y eust un seul jour qu’il ne gela. L’année fuist fort froide et pluvieuse. En toute l’année, le soleil ne fuist clair 18 jours seulement. Les biens de terre fuirent morfondus. De sy peu qu’il y avoit eu de grains aux champs tant bleidz, orge, aveine, febve et aultrement, il en demeura grande quantitez à mettre dedans qui fuirent pouris aux champs à cause des pluyes continue. Ce n’estoit rien des vandanges et sy petit vin que on n’en pouvoit boire. Jamais on ne vist sy grande faulte de biens que la présente et l’année  1565. En tout le ban de Jouy on ne sceust assembler 10 charau de vin. Le vin de l’année 72, vers la Pasque 1574 se vandoit 70 fr., celui de l’année 1571 se vandoit 80  fr. la queue. C’est icy la 5e  année que en plussieurs contrées on n’y a vandangez. On ne vist aussy jamais mendier tant de pauvres gens. La pluspart du peuple ne mangeoit que aveine et gruson. La quairte de vesses tirés hors de l’aveine se vandoit 40 solz comme aussy la quairte d’aveine, l’orge 7 et 8 fr. Il régna des pauvretez sy grandes qu’aucung ont gectez de leurs enffans en la rivière, d’aultres ont portez les leurs en des villes et villaiges pour les perdre. Les gens sont estez trouvez mort sur les chemins et en les rues. Toutes sortes de vivres sont estez plus cher que on ne les avoit jamais veu » (Le Coullon, 44-45). ~ Dans le Maine  : « L’an  1573, le bled valait à Mamers 6  livres, le métail cent soulz, la mouture 4  livres, l’avoine xxv sous. Signé  : Robert Clément, curé de Mamers » (BMS Mamers, I, 248). En novembre  1573, « pénurie complète de blé et de vin » (Inv. somm AD 72, II, G 485). ~ En Bourgogne  : « La cherté a duré jusqu’en moisson ; le bled vieux coustoit alors trois francs quatre gros, le bled se vendit neuf blancs et le moindre à deux gros, et toutes aultres choses appartenant à la nourriture de l’homme estoient fort chères » (Breunot, I, 13). ~ En Poitou  : on taxe les grains à Saint-Maixent le 15  mai. « Le vendredi  15, reçûmes lettres-patentes du Roi, par laquelle nous étoit mandé que pour subvenir au pauvre peuple et pour la cherté du bled, étant partout ce royaume eussions à visiter ès maisons, arches, greniers et autres lieux de notre ressort, et contraignions tous les propriétaires desdits bleds les vendre à prix raisonnable au marché, sauf 277

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ce qui leur falloit pour leur ménage et famille  : ce qui fut publié, le lendemain, par cette ville, le boisseau de bled valoit lors en cette ville, soixante sous […]. Le 21, M. le lieutenant la Richerie, le greffier et moi, fîmes la visite des bleds étant ès maisons de cette ville, suivant la commission que nous en avions reçue, le 15 précédent ; il s’en trouva peu. […]. Le samedi 20, le boisseau de bled, mesure de cette ville, se vendoit 4 livres » (Le Riche, 155). Atrocités catholiques à Sancerre : vignerons et manœuvres acculés Pasteur à La Charité-sur-Loire, Jean de Léry rédige son Voyage fait en la terre de Brésil, quand les massacres de la Saint-Barthélemy l’obligent à se réfugier dans la ville de Sancerre, peuplée de petits cultivateurs –  les « manœuvres » – et de vignerons, qui s’affairent sur le piton. Le maréchal de La Châtre, dont les soldats ruinent les campagnes environnantes, affame la petite cite. L’un après l’autre, les interdits alimentaires sautent. ” « Dès le mois de mars, les vivres commencèrent déjà à s’accourcir dans Sancerre, et principalement les chairs de bœuf et autres dont on use ordinairement : le dixneuvième dudit mois, qui fut le jour de l’assaut, un cheval de charrette du bailli Johanneau, gouverneur de ladite ville, étant tué d’un coup de canon en charriant les fascines et terres aux remparts, fut écorché, découpé, emporté et mangé par le commun des vignerons et manœuvres, qui faisaient récit à chacun n’avoir jamais trouvé chair de bœuf meilleure […]. Et comme ainsi fut qu’il y eut beaucoup d’ânes et mulets à Sancerre à cause de la situation haute, et lieu mal accessible pour les charrettes, ils furent tous dans un mois tués et mangés. […] Or, la famine s’augmentant de plus en plus à Sancerre, les chats aussi eurent leur tour, et furent tous en peu de temps mangés, tellement que l’engeance en faillit en moins de quinze jours. À cause aussi de la disette dont on était pressé, plusieurs se prirent à chasser aux rats, taupes et souris. […] Les chiens, chose que je ne crois pas avoir été auparavant pratiquée, ou pour le moins bien rarement, ne furent pas épargnés : et en a-t-on assommé et tué qui ont été vendus, les uns 100 sols, les autres 6  livres tournois […]. Les peaux de parchemin blanc furent mangées, mais aussi les lettres, titres, livres imprimés et écrits en main, ne faisant difficulté de manger les plus vieux et anciens de cent à six-vingt ans. La façon de les apprêter était de les faire tremper un jour ou deux […] puis les faisait-on boullir un jour ou demi-jour […] et ainsi on les fricassait comme tripes. […] Le vingt et unième de juillet, il fut découvert et avéré qu’un vigneron, nommé Simon Potard, Eugène sa femme, et une vieille femme qui se nommait avec eux, nommée Philippe de la Feuille, autrement l’Émerie, avaient mangé la tête, la cervelle, le foie et la fressure d’une de leurs filles, âgée d’environ trois ans, morte toutefois de faim et de langueur […]. Et m’étant acheminé près le lieu de leur demeure, et ayant vu l’os, et le reste de la tête de cette pauvre fille, curé et rongé, et les oreilles mangées, ayant vu aussi la langue cuite, espèce d’un doigt, qu’ils étaient prêt à manger, quand ils furent surpris – les deux cuisses, jambes et pieds dans une chaudière avec vinaigres, épices et sel, prêts à cuire et mettre sur le feu ; les deux épaules, bras et mains tenant ensemble, avec la poitrine fendue et ouverte, 278

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appareillés pour manger –, je fus si effrayé et éperdu que toutes mes entrailles en furent émues » (Léry, 280-291). Ravages du capitaine Montbrun en Dauphiné ” D’avril à juillet, courses de la petite troupe protestante de Montbrun à travers les montagnes du Dauphiné (La Roche-sur-Buis, Orpierre, Serres, La Roche-desArnauds, Veynes, puis Le Monstrier, Vif, Sahune, Condorcet, Vinsobres, Nyons (2 juillet), Dieulefit, Le Poët-Laval, Soyans) (Gay, 21-22). Le 11 juillet, l’édit de Boulogne n’est qu’une trêve. Elle ne dure qu’un mois en Dauphiné où, le 25 août, Montbrun reprend les hostilités. ” Montbrun s’empare d’une vingtaine de places dans les Baronnies et le Valentinois. Lors de la prise d’Allex (Drôme), les soudards protestants mettent à mort le curé et trois d’entre eux saignent comme un mouton un prêtre devant l’église (Gay, 23). Repaire sinistre du capitaine protestant Érard dans le Vivarais ” « Parmi ceux qui avaient levé les armes en Vivarais sous le prétexte de la religion, était un jeune homme nommé Érard, du pays de Vernoux (Ardèche), qui, sortant de la basoche de Nîmes, se rendit capitaine de 80 ou 1 000 hommes de sa sorte, avec lesquels, en août de l’année sudite, à la conduite d’un homme d’Annonay qui savait les lieux, se vint jeter dans la tour du seigneur de Munas [château sur la commune d’Ardoix], sur la rivière d’Ay, près le village d’Ardoix.  Étant deux tours d’Oriol, la prochaine desquelles, soudain, il fit réparer […]. De là, il pilla et fourragea les villages de Cormes, Le Bruas, Ardoix, Fourany [Sarras],  Carret, Éclassan, Marçan [Éclassan] et autres circonvoisins, sans y rien laisser, prit et arrançonna de grandes sommes tous les paysans et autres qu’il put attraper, auxquels il billonait la tête à toute force avec une corde nouée, les tourmentait et violentait par moyens inouis, pour les faire composer à plus qu’ils n’avaient valant. Ledit Érard vivant sans religion, en toute licence de mal faire, de ces tours désertes et inhabitées, n’ayant depuis cent ans que servi de repaire aux chats huants et chauve-souris, sortirent comme le cheval de Troie tous les maux, ruines et calamités du pays (Gamon, 64-65). ” En décembre, une trève est convenue à Brogieu, hameau de Roiffieux (Ardèche) entre protestants et catholiques en vertu de laquelle « pour le soulagement du peuple » les garnisons quittent les tours d’Oriol. Peu de jours après, « les tours d’Oriol furent abandonnées et mises par terre par les paysans voisins qui se vengèrent courageusement sur les vieilles murailles, si bien que quelques uns s’affectionnant par trop, moururent sous les ruines ! » (Gamon, 67-68). Un loup-garou en Franche-Comté De septembre-novembre, quatre jeunes enfants sont dévorés. On accuse Gilles Garnier, loup-garou près des bois de la Serre et des Ruppes au nord de Dole (Châtenois, Authume et Gredisans) d’avoir « mangé deux la chair des cuisses d’une fille de 10-12 ans et d’un autre enfant de 10 ans » (AD 39, 2B 2437, 18 janvier  1574 n.  st., f° LIIII°-LV°, d’après Delsalle). Le 18  janvier  1575, un arrêt le 279

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condamne à être brûlé vif. Cet « arrêt « mémorable » prs contre « un loup-garou qui, près de Dole, mangeait les gens » rencontre un vif écho. En Beaujolais : le retour des cloches La sonnerie des cloches marque un symbole de l’identité catholique au cours des guerres de Religion alors que les protestants incendient bon nombre de clochers. La pose des nouvelles cloches de Belleville, le 14  janvier, donne lieu à la bénédiction des deux grosses, nommée « Marie » et « Anne », le vendredi 16  janvier, puis de la plus petite, « Charlotte », et de la plus grosse, renommée « Bon temps », le 19 janvier. « L’an que dessus et le mercredy su soir, entre cinq et six heures, xiiiie jour dudit moys de janvier ont esté jetées et faictes quatre clouces par maître Jehan Gauchet. « La première desdites clouches peyse xvi quintaux ; la seconde xiii quintaux ; la troisième et la quatriesme vi. Lesquelles clouches ont esté faictes de deux aultres grosses cloches, l’une appellée “Bon temps” et l’autre “Froment”, de la pesanteur de xxxiii quintaux, qui estoient demeurées, par la grâce de Dieu, en despit de rage des Huguenaux et adversaires de notre saincte foy catholique, lesquels ne les sceurent oncques rompre ny faire bruler combien qu’ils avoient mys le feu dans le clouchier où elles estoient aussi avec d’aultres piesses de métal des aultres petites clouches que ceulx de ceste ville de Belleville avoient retirés, et six centz soixante-six livres que ledit maître Gauchet a fourny de son métal. Et a eu pour la fasson desdites cloches, sans comprendre ledit métal qu’il a fourny, iiiixx livres tournois » (AD 69 en ligne, état civil, BMS Belleville, BMS 1573, vue 2).

1574 Cinquième guerre de Religion (avril 1574-mai 1576) « Il faisait cher vivre » ~ En Pays Messin  : « L’année  1574 fuist assez fertille et les biens fort bon. Touteffoys il faisoit cher vivre. Le bleidz a vallu au loing de l’année 4 fr. et demi et 5 fr. Le vin au vandange se vandoit 50 fr. le charau et à compte d’hoste 40 fr. Le vandaige à la queue a estez le plus comung 36  f. La chair et les vestement grandissimement cher » (Le Coullon, 45-46). ~ En Dauphiné : « Durant ce temps jusqu’aux vendanges, le vin fut estremement cher, plus que mémoire d’homme ne pouvoit avoir veu, car la charge fut vendue 15 F ; à Saint-Antoine, le pot valoit 4 sols. Cela était procédé tant de la gelée des vignes de l’an précédent 1573 du 21e  avril que du dégât que la gendarmerie avoit faite » (Mémoires des frères Gay, 26). L’oppression des gens de guerre ” En Vivarais : « L’exemple des voisins avait enseigné les habitants des villages de Préaux et de Saint-Jeure d’Ay [comm. du canton de Satillieu, Ardèche], presque tous laboureurs, à se garder des incursions ordinaires des gens de guerre, et pour 280

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ce faire, selon la nécessité présente, s’étaient fortifiées dans leurs églises et serré en icelles tout ce qu’ils avaient. « Mais, en l’année susdite, une compagnie de ceux de la religion surprit l’église de Préaux, n’étant soigneusement gardée, et y mit le feu. Un seul paysan fut trouvé et tué dedans et tout le butin pillé. Ceux de Saint-Jeure furent plus maltraités, car le 5  mars, en la même année  1574, le capitaine Clavel, qui commandait à Bouzas avec sa compagnie, provoqué par quelqu’un d’iceux sur son passage, ainsi que l’on dit, les voulut forcer dans leur église, et comme ils parlementaient d’un côté, quelques-uns des siens y étant entrés d’autre endroit par une guérite, s’en rendirent les maîtres. Tout le bien des pauvres gens fut pillé et 20 ou 24 hommes tués dedans, qui faisaient presque tout le nombre des habitants dudit Saint-Jeure. Cette cruauté exercée sur gens de si petite défense fut jugée par plusieurs barbare et inhumaine » (Gamon, 73-74). ” En Velay : la guerre se déplace du Vivarais au Velay. Les huguenots s’emparent d’une douzaine de places autour du Puy. Le capitaine Érard, s’illustre alors par ses atrocités à l’égard des paysans, parmi lesquelles « on récite que, pour savoir combien de temps un homme pourrait vivre sans manger, il laissa mourir de faim quelques paysans qu’il tenait prisonniers et que l’un d’eaux vécut jusqu’au neuvième jour » (Gamon, 71). ” En Bassigny : le 15 juin, avis donné au duc de Guise de l’« oppression que les gens de guerre de la compagnie du sieur comte de Vaudémont font journellement en ce pays proche les portes de la ville de Langres » (SHAL, M 578a, Délibérations, d’après Skora, 137). ” Les habitants du village de Gurgy, rayé de la carte et presque entièrement brûlé « et mis en cendre par les gens de guerre et ceux de la nouvelle opinion », demandent à l’évêque de Langres la propriété d’une coupe de bois pour la partager en parts égales et la défricher (AD 52, G278, d’après Skora, 137). À la merci des deux camps : le calvaire d’un village Lorsque protestants et catholiques se succèdent pour occuper un village et que les troupes décident ensuite d’y rester plus d’une saison, le cauchemar des habitants se transforme en enfer. À terme, le village d’Allex (Drôme) est rayé de la carte. ” « Le 20  février  1574, le lieu fut saisi et pillé par un capitaine, Jean d’Eurre, du parti de la religion, qui y demeura avec deux ou trois compagnies du seigneur de Mirable, tant de pied que de cheval, fins [jusque] au 12 juin de la dite année, il fut assiégé et battu par le canon et repris par monseigneur le prince Dauphin [François de Bourbon, duc de Montpensier, Dauphin d’Auvergne] et son armée, et de nouveau pillé et saccagé pour y être entré par assaut et force et la plus grande partie des maisons brûlées et abattues. Le prince y laissa en garnison deux compagnies de gens de pied, sous les ordres des capitaines Orient et Gerosme, du nombre de 250 soldats, qui y demeurèrent 27 mois, nourris et entretenus par les habitants ». « Au bout desdits 27  mois, les compagnies furent commandées s’en aller à Eurre, et en partant d’Allex, l’émantelèrent [la démantelèrent] et brûlèrent presque toutes les maisons qui étaient demeurées entières au siège. Depuis icellui 281

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pauvre lieu a servi de gîte et de retraite à tous soldats et troupes y rapassant » (AD 26, E13182, d’après Belmont, 1998, 62). Il n’était question que de « briganderie » ” Le 1er  février, rappel d’un grand principe  : ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et imposant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). ” En Poitou : autour de Saint-Maixent : les paysans se réfugient dans les villes. « La nuit d’entre le samedi 29 et du dimanche 30 [mai], à une heure après minuit, 40 à 50 voleurs voulurent entrer à Vilaine [comm. Périgné, Deux-Sèvres], et forcèrent la grande porte, et étoient à la seconde, dans la cour du logis, dont ils furent repoussés, par ceux de dedans, qui tuèrent l’un des voleurs. Et le lendemain, le sieur dudit lieu de Vilaine, envoya sa femme et leurs enfants, en cette ville, en leur logis de d’Anzay, et dînèrent céans. » ” Fin mai 1574 : « En ce temps, tout le pays étant plein de voleurs, les bonnes gens des champs apportèrent et amenèrent tous leurs meubles, ustanciles et bétail, ès villes prochaines. Cette ville en étoit remplie » (Le Riche, 173-174). ” 22 juillet : « En ce temps, n’étoit question que de brigandrie, de manière que personne ne s’osoit mettre en chemin » (Le Riche, 185). ” En Île-de-France  : début juin  1574, selon Pierre de Lestoile, on vit paraître « plusieurs gens de guerre, tant de pied que de cheval, tenant les champs vers Trappes, Versailles, Vésinet, Viroflay et villages circonvoisins, et vivant à discrétion, desquels on ne put oncques savoir les noms et l’entreprise » (Lestoile, I, 37, d’après Jacquart, 175). ” En Valentinois : « Le 18 juilhet, les papistes du Valentinès, assemblés en bon nombre avec eschelles, s’acheminèrent ou se mirent en chemin pour aller à Loriol [Drôme] […] més estant en chemin pour parvenir au lieu et à l’heure assignée, s’escartèrent dentz de granges et metheryes pour piccorer et saccager » (Gay, 34). ” En Vivarais : un procureur de la cour des Aides de Montpellier, Claude Gentil, s’exprime ainsi dans l’ode qu’il adresse, le 24 août 1574, au jurisconsulte Achille Gamon : « L’on voit le pauvre rustique Sous la griffe tyrannique Comme le simple oiselet Dessous les griffes cruelles De l’épervier, ou de celles Du vorace tiercelet. Ores vient le capitaine Qui le frontale et le gehenne Pour en tirer tout soudain De l’argent, et s’il n’en offre, Il le met dedans un coffre Et le fait mourir de faim Après le soldat avare Plus larron que le tartare, 282

1574 Ravit meubles et bétail, Et plusieurs sont si infâmes Qu’ils contaminent des femmes Chastes, le lit nuptial » (Ode de Claude Gentil, Gamon, 84-85).

Affranchissement de serfs Lettres patentes d’Henri III affranchissant « moyennant une médiocre finance » les mainmortables du Berry, du Nivernais et de plusieurs provinces de la généralité de Languedoc, mais, en 1580, le maréchal d’Aumont, alors comte de Châteauroux, et plusieurs autres seigneurs du Berry, s’opposent victorieusement à ce qu’elles soient prises en considération (Bonnemère, 414). Le 24  août, la 4e  aliénation des biens du clergé est autorisée par un bref de Grégoire XIII pour un million d’or afin de régler « la solde et entretènement des gens de guerre et non ailleurs ». Les monastères de religieuses, les églises paroissiales et les bénéfices simples en sont exempts (Carrière, 408).

1575 Année abondante avec « merveilleuse » chaleur et sécheresse ✷ En Champagne : « Ceste année fut médiocrement bonne et valloit le septier de seigle, à Pasques xxxvi solz, l’avoine xxx solz, et la queue de vin xl livres. l’yver fut bien tempéré et y avoit belle apparence aux biens pour l’advenir » (Pussot, 9). ✷ En Pays messin : sécheresse, chaleur et bonnes récoltes. « L’année suyvante 1575 a estez meilleure que la précédente, car on a trouvez grande abondance de bleidz et aultres grains et des vins, fruitaige et foing fort bon. Depuis le moys de juing jusques après les vandanges, il fist une sy merveilleuse chaleur et sécheresse que les plus anciens n’en avoient point veu de plus grande, car les eaues fuirent plus basses que on ne les avoit jamais veu, et fuist la rivière de Mezelle, depuis ledict moys de juing jusqu’à Noël suyvant, quasy gueable partout » (Le Coullon, 46). La peste décime le Beaujolais Du 4 juin au 20 septembre, la contagion décime des familles entières à Chiroubles. n « L’an 1575 et le sabmedi iiiie juing, Pierre Velu est décédé de contagion et six enfants siens. […] n Benoist Arma est décédé aussi de contagion le xe juillet  1575, Catherine, sa femme, cinq leurs enfans. […] n Benoiste, veuve feu Vincent Reolet est décédée de contagion le ixe aoust 1575, et George, sa fille, le jour Saint-Martin 1575. n Sont decedez despuis le xe aoust 1575 jusques le xxe septembre 1575 de contagion  : À François Durand, sont decedez deux filles ; à Jehan Juenet, est décédé sa femme et neuf enfans. Plus, Catherine Dupont et ung petit fils. Plus Jacques Coteillon, sa femme et cinq enfans. Philipotte Juenet. À Jehan Jamin est décédé 283

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sa femme et quatre enfants. Requiescant in pace. Amen » (AD 69 en ligne, BMS Chiroubles 1564-1591, vue 3). n Du 14 février au 13 décembre, 87 morts de la peste à Beaujeu (E sup. 69). n Attestations de peste autour de Bourg-en-Bresse, Cambrai et Mézières (Biraben, 384). n Mariage de lépreux à Thimert (Eure-et-Loir). Sorcellerie à Montbéliard De 1575 à 1580, sévit une formidable épidémie de sorcellerie à Montbéliard. Plus de 180 sorciers sont exécutés (Jean-Marc Debard). Ravages des gens de guerre en Beauce ” « Les manans et habitans de la paroisse de Bouglainval disent et se plaignent que, depuis le vingtième jour d’octobre mil cinq cents soixante et quinze, les gens de guerre ont toujours loger en laditte paroisse, jusque le quinzième jour de juin dernier passé et, estant logés, ont prins et ransonné les personnes à grand sommes de denier, batuz, oultragez, emporté leurs meubles, leurs chevauls, forcent les femmes, violent les filles et faict toult outrage execrable, rompent leurs coffres, challitz, bancz, tables et tous leurs mesnages, emmènent 1eurs charettes et chevaux pour en tirer argent desdits laboureurs, coupent la gorge aux bestes de laine, les laissent tués manger aux chiens, et font tout aultres mauvais traitements que jamais homme n’aist ouy dire ne rien faire ; tellement que, sy lesdits gens de guerre veullent revenir, le pauvre peuple sera et est contraint laisser maison et tous leurs biens, mesme que les labours demeurent à faire et à labourer, parce que lesdits laboureurs et aultres personnes sont en tout ruynez et destruictz » (BnF, Ms fr 26324, Cahier de doléances de la paroisse de Bouglainval). Passages des reîtres ” En Bas-Languedoc. Pour secourir Saint-Firmin assiégé, le duc d’Uzès fait venir des reîtres qui brûlent les récoltes sur pied dans la campagne nîmoise, fin juin 1575. L’exemple donné en Bas-Languedoc est contagieux. En Vivarais, les campagnes sont menacées à leur tour. « À raison de quoi le pauvre peuple était en extrême crainte de perdre la cueillette pendante, joint que le sieur d’Uzès avait donné le gât par le feu aux blés de Languedoc, près Montpellier, Nîmes et Uzès où il en fit brûler infinie quantité, ayant écrit audit sieur de La Barge et aux états de Vivarais d’en faire tout de même ou les retirer dans les forts » (Gamon, 121). ” En Poitou. « Le lundi [5 septembre], les Reistres arrivèrent en ce pays, et plusieurs compagnies de gens de guerre, tant à cheval qu’à pied, qui étoient logés ès bourgs et villages voisins de cette ville, en fort grand nombre, où ledit jour et autres ensuivants, il firent grands dégâts, pillèrent et rançonnèrent les pauvres gens de village, leur tuant leurs bœufs et autre bétail et les contraignant leur fournir de vin, qui leur coûtoit 6 sous la pinte, lors se vendoit la pipe de vin 40 livres » (Le Riche, 235). ” En Lorraine. En décembre, Jean-Casimir, fils de l’électeur palatin, traverse de nouveau la Lorraine méridionale, passant par Lunéville, Charmes, Housséville 284

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et Neufchâteau et mettant « le feu en plusieurs villages, granges et métairies » (Cabourdin, 60). Les maîtres de forge en Franche-Comté L’industrie sidérurgique se concentre progressivement sous le contrôle des maîtres de forges en Franche-Comté. Le 2  janvier, Antoine Pénérot, maître de forges de Bèze, passe un marché avec deux laboureurs de Broyes-les-Loups (Haute-Saône) pour extraire 500 muids de minerai des minières d’Autrey-les-Gray, et conduire le minerai lavé au pont de Plantenay. Auparavant, certains laboureurs, propriétaires d’attelages de chevaux ou de bœufs, obtenaient directement des concessions d’extraction (la « furtraite des mines de fer ») et vendaient le minerai lavé aux maîtres de forges (AD 21, E2247, d’après Benoist, HSR 5, 1996, 138).

1576 L’année de la grande gelée (21 avril et 2 mai 1576) ~ En Forez : « L’an 1576, advint aux premiers jours de mai telle gelée aux blés et aux vignes que l’année fut sans récolte, et pour ce fut appelée audit pays l’année de la grande gelée » (Histoire du Forez, 1835, II, 202). ~ En Champagne : « L’yver fut fort beau et sec ; mais les vignes et les bleds furent gellées la veille de Quasimodo 1576, le mardi et mercredi suyvant : et continua la froydure l’espace de quinze jours, qui fut cause que le bled ne vallant que xxx ou xxxii solz le septier, monta en quinze jours jusques à iii l. t. xvi sols, et la queue de vin vallant xvi l. t. en quinze jours valloit xxx l. t. » (Pussot, 9). ~ En Lorraine  : « Le 21 dudict apvril (jour que les papistes appelloient grand vendredy), il fist une forte gelée tellement que plussieurs vignes furent du tout gelée, aultres à demy et d’aultres qui ne s’en sentoient ; le 28 dudict moys il fist encore une gelée dont les vignes en hault lieux fuirent du tout gelée, choses que l’on n’avoit jamais veu. Que premièrement tout le resin ne fuist perdus et gelez, le 2 may suyvant de reschefz, il gela sy fort qu’il ne demeura riens de vert hault ny bas. Tous fruits fuirent gelez et perdus, voire les cerises desjà prestes à rougir fuirent gelée. La pluspart des seigles gelez, briefz il n’y eust espèces de boys qui ne fuist fort offencez d’icelle gelée. Il gela par plussieurs aultres jours, mais les 3 jours susdicts fuirent les plus dangereux et ausquels les biens fuirent péris » (Le Coullon, 47-48). Inondations

~ En Poitou : « Février 1576. En ce temps, et dès 5 à 4 mois auparavant, conti

nuellement il avoit plu, et pleuvoit de telle sorte que l’on disoit que jamais l’on n’avoit vu tant pleuvoir, et sans interruption et si longtemps » (Le Riche, 250). ~ En Limousin : le 24 février, débordement de la Corrèze (Baluze, 190). ~ En Quercy : le 24 février, débordement du Lot (Sol, 1948, 250).

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1576

Reprise de pestes n Attestations de peste autour d’Amiens, Arras, Armentières, Béthune, Bourg-enBresse, Cambrai, Dijon, Lille, Lyon et Strasbourg (Biraben, 384). n Peste aussi en Lorraine, à Toul et à Vézelise (Cabourdin, 101). n Peste à Beaujeu, du 25 juillet au 16 octobre. « L’an 1576, il est mort de maladie contagieuse de peste cinq cents personnes à Beaujeu » (AD 69 en ligne, état civil, S Beaujeu 1585-1589 sic, vue 1). n Toussaint 1576 : peste à Serre et dans plusieurs villages du Dauphiné (Mémoires d’Eustache Piémond, 46). Procès de sorcellerie 1576-1606 : Nicolas Rémy condamne au feu 2 000 à 3 000 sorcières (Chr. Pfister, « Nicolas Remy et la sorcellerie en Lorraine à la fin du XVIe siècle », Revue historique, 1907). Une sexualité de compensation révélée par un procès : le 16 janvier, exécution à Arches (Vosges) de Claude Colley, jeune garçon de 18 ans, pour crime de bestialité avec une jument commis contre une haie entre Fresse et Le Thillot, au-dessus de la Moselle, le 2 novembre 1575 (AD 54, B 3481, d’après Antoine Follain). La trêve de Beaulieu et les exactions des reîtres ✷ Le 6 mai, avec l’édit de Beaulieu (paix de Monsieur), 7e  édit de pacification, le culte protestant est autorisé publiquement partout dans le royaume. « Le mardi 22  mai, nous reçûmes l’édit du roi en forme, sur ladite paix et pacification des troubles du royaume, publié en parlement, le 14 de ce mois, et lequel édit nous fîmes publier en cette ville judiciairement et d’abondance, à cri public et son de trompe, par cette ville, où fut chanté le Te Deum Laudamus par les catholiques, et fait feu de joie et festins par les lieux où lesdits feux de joie se faisoient » (Le Riche, 264). ” Mécontent de la paix, l’électeur Palatin Jean-Casimir, qui reçoit 6  millions de livres, envoie ses troupes saccager à nouveau les villages du Dijonnais et du Mâconnais. Il en va de même en Bassigny. Le village de Marcilly-en-Bassigny est incendié pour venger un soldat assommé par les habitants pour avoir voulu prendre un coq (Skora, 137). ” Représailles des paysans dijonnais sur les reîtres pillards de Jean-Casimir. « Le 14  juillet, Casimir, avec tout son camp, vint loger à Plombières et fit passer la plupart de son camp et les chariots près les murailles de Dijon, tirant à SaintApolomey, Varois, Ruffey, Messigny, Asnières et plusieurs aultres villages, quoy voyant le commun peuple que les reistres duditct Casimir emmenoient la plupart du bétail, tant chevaux, bœufs, vaches que moutons, se hasarda d’en faire demeurer pour le péage, et surgit tellement la populace qu’on se rua sur aucuns desdicts reistres égarés, et y eurent plusieurs tués, dévalisés et de leurs chevaux amensés dans la ville […]. Le 18, se départit le sudict Casimir, et fut le peuple un peu en repos et les pauvres gens de villages bien aises pour avoir moyen de s’en retourner chascun en leur maison et conduire le peu de bétail qui leur estoit resté, 286

1576

et principalement pour faire les moissons qui demeuroient beaucoup arriérées » (Breunot, 22-23). Le 18  juillet, 5e  aliénation des biens du clergé, consécutive au 5e  édit de paix (6  mai  1576). Afin d’acheter la retraite des reîtres et des Suisses de l’armée de Condé, dont les excès désolent les provinces de l’Est, la bulle de Grégoire  XIII autorise une aliénation de 50  000 écus de rente. Les comptes de l’opération ne se terminent que le 11 août 1587 après avoir rapporté près de 4 millions et demi de livres (Carrière, 409). Une plaie pour les paysans beaucerons : la « fureur » des gentilshommes Sur 50 cahiers de doléances conservés pour le bailliage de Chartres, 27 contestent non pas la structure seigneuriale mais la violence de leurs bénéficiaires. 14 dénoncent la tyrannie des gentilshommes et la peur qu’elle inspire. La violence nobiliaire est ressentie comme un pillage. Les paysans de Chaudon (Eure-et-Loir) forment le vœu « à eux humainement comporter » tandis que ceux de Chartainvilliers (Eureet-Loir) souhaiteraient qu’ils « n’aient à tourmenter les pauvres laboureurs ». À Ouarville, Moutiers, Ymonville et Louville, qui font cahier commun, mais aussi à Fains et à Ermenonville-la-Grande (Eure-et-Loir), les villageois – certainement les bons laboureurs – s’en prennent aux exactions des gentilshommes qui s’emparent de leurs chevaux et de leurs moissonneurs. « Défenses soient faites aux nobles et autres portant les armes de prendre les chevaux des laboureurs pour les mener et employer à leur service ; et, en saison d’août, de prendre par force les soyeux, faucheux et autres mercenaires qui sont pour faire recueillir les grains des laboureurs. » Pour leur part, les habitants de Prunay-le-Gillon (Eure-et-Loir) dénoncent, comme ceux de Chaudon et de Voves, les réquisitions et les extorsions que multiplient les gentilshommes tout au long de l’année. Le bétail de trait et d’élevage des laboureurs est mis en coupe réglée. Par le chantage aux gens de guerre, la noblesse de Beauce étend indument l’obligation de porter tous les grains à ses propres moulins. « Se plaignent des oppressions qui leur sont faites par les gentilshommes comme de voiturer [et prendre] chevaux, brebis, moutons, vaches, porcs, bétail et autres choses qui sont en leurs étables, toits [à porcs] et autres lieux, lesquels ils prennent sous promesse de les payer, ce qu’ils ne font, et, à faute de ne leur bailler ce qu’ils demandent, ils l’enlèvent par force, veulent battre et outrager les pauvres gens du plat pays, et journellement les intimident, et outre voulant contraindre les personnes qui ne leur sont sujets à aller faire moudre à leurs moulins ou autrement qu’ils le feront manger aux gens d’armes. » Enfin, que la justice vienne à présenter aux maisons nobles une ordonnance de saisie pour restituer les prélèvements indus, les seigneurs intimident les commissaires qu’ils tiennent sous leur joug. Les villageois de Luplanté (Eure-et-Loir) résument cette tyrannie  : « Les sergents malingres refusent exploits contre les gentilshommes qui vexent, pillent et tourmentent le pauvre peuple en prenant des ordonnements par sinistres moyens. […] Aussi, quand ils font saisie sur gentilshommes, y établissent commissaires simples personnes qui craignent la fureur des gentilshommes saisis, aiment trop mieux pour cette contrainte bailler audit 287

1576

sergent ce qu’il leur plaît de prendre de deniers pour de là être exemptés d’entrer à autres commissions ruineuses. » De leur côté, les protestants d’Illiers dénoncent la tyrannie de la noblesse dans le cahier qu’ils rédigent à part  : « Remontrent qu’à cause des longues guerres et faute de justice, plusieurs de la noblesse se sont élevés et plusieurs autres, sous ombre des armes, qui pillent et molestent le peuple, s’emparent de leurs biens tant meubles que héritages, leur envoient des gens d’armes, les font piller, battre et tuer » (BnF, Ms fr 26324, d’après Constant, 1981, 291-297, 345). « Nous sommes las ! » : révolte des paysans du Sud-Ouest Révolte des paysans de Gascogne, Agenais, Quercy et Périgord  : « En ce temps, l’on disoit que les communes de Gascogne, d’Agenois, de Quercy et du pays de Périgueux s’étoient élevés et pris les armes, et auroient pour leur devise, ces mots : Nous sommes las ! » (Le Riche, 251). Mention de sainfoin dans un bail à métairie du haut-Poitou : indice d’innovation qui va de pair avec les prix exceptionnels atteints par les bœufs et les brebis et l’attention marquée par la propriétaire pour la nourriture du bétail (Raveau, 1926, 179).

1577 États généraux de Blois (6 décembre 1576-2 mars 1577) Sixième guerre de Religion (mai-septembre 1577)

Froidures printanières ✷ En Brie. Fréquentes gelées en avril et mai « lorsque les seigles sortaient hors du fourreau et entraient en épis, les navettes en fleurs et les vignes en bourgeon. Les jours de ladite gelée furent les 6, 7, 8, 10, 15, 20, 21, 22, 23, 24 et 29 avril et les second, 3, 5, 7, 10 et 11e  jours de mai, esquels jours pour la plupart gelait à glace par une gelée noire qui faisait baisser la tête aux fèves et orties jusqu’à terre ; toutefois, ne porta dommage qu’ès vignes qui étaient en bas lieu et qui étaient fraîchement labourées du jour de devant ladite gelée.  Et pour ce, les sages vignerons laissèrent leurs vignes à labourer jusques après lesdites gelées passées […]. Le reste du printemps fut encore sec pour la plupart, et sur la fin pluvieux  et venteux par pluies et vents froids, qui furent cause de plus grand dommage aux vignes que n’avaient fait les gelées susdites » (Haton, III, éd. 2005, 463-464). Fin mai, début juin, en Brie, les orages de grêle en Brie sont « si terribles que les biens des champs en furent gâtés et perdus, et notamment entre Sens et Troyes, environ 9 lieues de long et une de large, et commença dès le village de Mallay, en tirant à Saint-Mars, Aix-en-Othe et jusque près de Troyes. Et y fut la foudre si cruelle que le pays pensait être quasi en abîme. La grêle y est si grosse que l’on trouva des loups morts par les champs, qui avaient été frappés d’icelle, chose qui semble incroyable » (Haton, III, éd. 2005, 468-469). 288

1577

✷ En Champagne  : « Il ne fut que bien peu de vin, à cause des froydures qui

furent grandes ès moys de may et juin, tellement qu’il valloit à la vendange L livres la queue et augmentant de là en avant, jusques environ les Avantz, pour le haulsement des monnoyes » (Pussot, 10). ✷ Autour de Metz : « Ladicte année 1577 ait estez assez abondante en bleidz, vin et fruitaige, mais peu de foing. Ils furent quasiement perdu à cause des grande eaues qui survindrent au moys de juillet, qui fuirent aussi cause que les raisins coulèrent aux vignes. Nonobstant, il y eust du vin raisonnablement et estoit à présumer qu’il n’eust vallu que environ 20 fr. la queue et la quairte de bleidz 18 gr. Mais à cause de la guerre du Pays Bas, la queue, depuis la Saint-Martin jusque la Pasque 1578, se vanda de 36 a 40  fr. et le bleidz 3  fr. Les vestemens sont estez fort chers speciallement la chausseure qui a redoublez de plus de la moitiez que les années précédentes » (Le Coullon, 50-51). Réglementation des monnaies et du commerce « L’écu valut VI L et le teston XXX s » (nota du curé de Prudemanche, baptêmes 1564-1604, AD 28 en ligne, vue 29). Ordonnance imposant de ne vendre qu’aux marchés et non dans les greniers. Un arrêt interdit les achats de vins par les marchands parisiens à l’intérieur d’une zone d’exclusion de 20 lieues (88  km) autour de la capitale. La mesure favorise le succès des vins d’Orléans. Dévastations militaires et réactions paysannes ” Apparition de ligues paysannes dans le Vivarais autour de Largentière. Elles se chargent de faire justice elles-mêmes, comme au Petit-Paris dont elles massacrent la garnison. Le 17 septembre, paix de Bergerac, 8e  édit de pacification, confirmé par l’édit de Poitiers : le culte réformé est restreint aux faubourgs d’une ville par bailliage ou sénéchaussée. ” Novembre  : nouvelle traversée de la Lorraine (Dombrot, Vicherey et VilleySaint-Étienne) par les troupes du roi d’Espagne. Des Français, Bourguignons et Lorrains commettent des dégâts au nord-est de Toul (Cabourdin, 61-62). ” Émotion et assemblée de 500 personnes accourues de Bernay et des villages de Courbépine, Plasnes et Valailles, pour tomber sur les soldats de la compagnie du « capitaine Saint-Martin le Luthérien », responsables du sac de Bernay (AD 76, 1B 3182, 19 décembre 1578, d’après Mouchel-Vallon, 857).

1578 Année sèche ✷ En Brie : en mai, grande sécheresse et procession en Brie (Haton, IV, éd. 2007, 40). 289

1578

✷ En Pays messin  : « Ladicte année  1578, depuis le moys de may, a estez fort

chaude et seiche, tellement que on a eu grande quantitez de bleidz, orge et aveine, peu de foingz et point de fruitz, car en apvril toutes les fleurs fuirent mangées de vermine. Les vandanges ont estez aussy abondante partout, et les vins estimez aultant bon qu’ilz ont jamais estez depuis la chaude année : jasoit labondance sy ait il vallu le plus comung durant les vandange 30 fr. le charau » (Le Coullon, 53). Loups mangeurs d’hommes ~ En juillet, « en divers lieux par le royaume et nommément en la ville de Nogent et villages voisins, comme aussi au pays de Laonnois ès environs de la ville de Laon et Notre-Dame de Liesse, que les loups ou autres bêtes sauvages et féroces se jetèrent sur les personnes, hommes, femmes et petits enfants par les champs et près les maisons des villes et villages pour les dévorer et manger. Et plus se jetaient sur les petits et moyens enfants qui n’étaient de défense comme de 10 et 12 ans, que sur les grands. Comme l’expérience s’en démontra audit Nogent esdits mois dessus dits, où un loup ou autre bête se transporta en plein jour à une fois et sur le soir à une autre fois sur le gravier de la rivière, où les enfants de ladite ville se baignaient, où, à chacune fois y eut un desdits enfants dévoré par ladite bête qui, ayant fait ce mal, se retirait aux bois du Parc de Pont, où en fit le semblable en plusieurs lieux des villages d’alentour. « Pour laquelle beste chasser ou prendre les habitans des villes de Nogent et Pont-sur-Seine, des villages de la Saulsotte, de Marnay, de Crancey, de Fogeon, de Saint-Aubin et de Quincey s’assemblèrent avec les gentilshommes et leurs chiens, avec port d’armes, le dimanche treziesme jour dudit moys de juillet auquel jour ne prindrent pour toutes bêtes qu’un gros vieil loup qu’ils estimèrent ladite bête qui avait dévoré tant d’enfants parce que depuis la prise dudit loup, pour le reste de l’année, ne fut plus nouvelles qu’ès environs dudit parc de Pons aulcune bête fit mal aux personnes. De parler de ceux du pays de Laonnois et comment ils se défirent des bêtes qui mangeaient les gens de leur pays, je n’en ai ouï parlé à la vérité. Et est ici la seconde année consécutive qu’en ce pays y a eu enfants dévorés et péris par les bêtes féroces et sauvages ainsi que l’avons montré l’an dernier passé » (Haton, III, éd. 2007, 121-122). Sécurisation des grands chemins Arrêt du Parlement de Dole du 4 décembre 1578 obligeant les communautés riveraines à entretenir, réparer et « rendre commodes » les grands chemins au moins deux fois par an. Les bois et bosquets latéraux doivent avoir été coupés sur 5 toises de chaque côté du chemin afin que les brigands et larrons ne puissent s’y cacher pour attaquer les voyageurs et les marchands. Mesures réitérées le 2  avril  1583 et le 7 septembre 1609 (Delsalle, 263). Essor des ligues paysannes Naissance de ligues paysannes en Dauphiné pour se protéger mutuellement contre les gens de guerre, catholiques et protestants. Les consuls de Sauzet (Drôme) 290

1578

constituent une ligue de « l’équité » avec les commnautés voisines (Adolphe de Coston, Histoire de Montélimar, 1883, 392). « À l’origine, ces ligues de paysans furent une protestation énergique et légitime contre les guerres civiles et les maux sans nombre qu’elles entraînaient à leur suite ; pillés, maltraités et rançonnés par les capitaines catholiques et protestants, qui tous disaient agir pour le service du roi, les bourgeois et les paysans s’empressèrent de s’enrôler parmi les amis de la paix et se coiffèrent pour constater leur affiliation d’un chaperon sans cordon. Ce commencement d’organisation date de la fin de l’année  1578 ; bientôt le mouvement gagne en intensité. Au commencement de 1579, les paysans se procurent des armes et se sentent assez forts pour tenir la campagne. Au son du toscin et de cornets faits sur le modèle de ceux dont les Suisses usaient dans les combats, ils courent sus aux gens de guerre, de quelque parti qu’ils soient, chassent les garnisons, refusent vivres et passage aux troupes armées, les harcèlent et s’emparent des châteaux » (Roman, 23). Mariages précoces à Athis-sur-Orge « Le 14 septembre [1578], furent fiancés Jean Quihou, fils de Jean Quihou l’aisné, et Sébastienne Le Cueur. Les premiers bans le xxie et les iie le 28, les derniers le 5e octobre, et furent mariés le 19 dudit mois » (AD 91, Athis-Mons, M 1560-1621, vue 14). Le 19 octobre 1578, en l’église Saint-Denis d’Athis-sur-Orge (auj. Athis-Mons, Essonne), Jean Quihou le jeune épouse Sébastienne Le Cœur. À la génération antérieure, la mère et le père du marié ont disparu en 1569 et les deux veufs se sont remariés ensemble. Le jeune garçon a une vingtaine d’années et la jeune mariée 14 ans et demi, puisqu’elle est née sur place le 24 février 1564. Dans ce ménage de vignerons du petit village de Mons-sur-Orge, comme il y en a beaucoup sur les coteaux de la Seine, le mariage donnera lieu à neuf enfants, après une première naissance longue à venir, celle de Fiacre –  prénom emblématique de l’activité viticole – le 10 septembre 1583. À la campagne, ce retard à la première naissance est fréquent alors chez ces jeunes mariés. Dans cette paroisse rurale du sud de Paris pour laquelle la qualité des registres autorise une reconstitution des familles aussi précoces, 16 jeunes mariées sur 50 observables de 1578 à 1599 ont moins de 18 ans (32 %) ! Ensuite, l’élévation s’opère par étapes : de 1600 à 1634, il en reste encore 27 sur 112 jeunes mariées de moins de 18 ans (24 %) mais seulement 8 sur 129 (6 %) de 1635 à 1670. Sous Henri III comme sous Henri IV, le modèle médiéval de la nuptialité reste visible. De 1595 à 1620, l’âge moyen des premières mariées est de 19,1 ans (contre 32,3 ans, de 1635 à 1670). La benjamine, Marie Rayer, transgresse même d’un mois, le 23  avril  1606, l’obligation canonique des 12 années accomplies en convolant avec un autre vigneron, Antoine Sesourge. Cinq jeunes mariées ont alors moins de 15  ans  : en 1578, Sébastienne est l’une d’entre-elles (Moriceau, 1978, 19).

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1579

1579 Septième guerre de Religion (octobre 1579-novembre 1580) Séisme en Limousin ~ 26 janvier : séisme aux environs de La Châtre (Quenet, 579). ~ 10 août : tremblement de terre en Limousin à Saint-Sylvestre (Haute-Vienne). « Sous l’abbé François de Neuville, le 10 août 1579, jour de la fête de saint Laurent, il y eut à Grandmont un tremblement de terre pendant une heure. Tous ceux qui étaient à la messe s’enfuirent de peur. » Or une chronique écrite à Ayen entre 1579 et 1585 dit « qu’en l’an 1579 il y eut à Limoges et autres lieux circonvoisins un tremblement de terre » (André Lecler, Dictionnaire historique et géographique de la Haute-Vienne, 1902-1909). Année pourrie ✷ En Pays messin : « Depuis le moys d’octobre 1578 jusqu’au my apvril 1579, le temps a tousjours estez pluvieux tellement que les rivières ont estez desbordées 10 ou 12 foys qui ont portez grand dopmaige. […] Ladicte année  1579 ait estez fort pluvieuse et froide. Si quelques foys le soleil s’a demonstrez, il estoit fort bruslant, ne durant guères. Puis le temps de pluye recommançoit tellement qu’on a eu grande peine à mettre les grains en grainge et y en ait eu grand nombre demeurez et pouris aux champs. Dont s’est ensuyvis que les vieux bleidz et le vin ont remontez de jour à aultre. « Es moys d’aoust, septembre et octobre a estez tant de pluye et le temps sy froit que les raisins n’ont sceu meurir nom pas à demy ; on n’a comencez de vandanger que depuis le my octobre, on en a assez trouvez, ils estoient fort fiers, qui fist chérir le vin vieux. Il gela vers les 26 et 27  octobre sy fort que ce qui estoit à vandanger ne valust riens. Pour la malignitez du temps on n’a peu semer plus de la moithiez des terres préparées, qu’a fait remonter le bleidz de plus de la moithiez ; car en l’estée, il ne valloit, comme il avoit fait auparavant que 2 fr. ou environ, et voyant la fautte de semer et la moisson froide et petite, il a vallu 5  fr. Les rivières, depuis Saint-Martin 78 jusqu’à Saint-Martin 79, sont estées desbordées 25 ou 26 foys » (Le Coullon, 53-55). ✷ En Champagne  : « Ceste année fut fort humide et n’estoient les vins et les bleds guère bons, pour l’humidité de la moisson et temps, après. Toutesfoys, y avoit beaulcoup de raisins aux vignes mais ne purent meurir, qui fut cause que le vin n’estoit pas bon ; et valloit la queue du vin vieil à la vendange, L l., et le bled nouveau xxxvi solz, et la queue de vin nouveau xv et xx l.  Mais parmy la vendange, avint une forte gellée, dont ce qui pendoit encore aux sepeaux furent si fort gellés que plusieurs vendangeoient et rapportoient la vendange avec des sacs. Laquelle gellée commença le xxie de octobre et fut la vendange fort tardive ; de sorte que les vins qui furent gellés n’estoient guère bons et ne valloient à Noël que vii l. la queue » (Pussot, 11-12). 292

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✷ En Beaujolais  : « Le vendredi saint

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apvril 1579, un vent terrible gela les bledz » (AD 69, BMS Chiroubles, 1564-1597, vue 2). 28  février  : édit de Nérac, 9e  édit de pacification étendant la portée des édits de Poitiers et de Bergerac. Les protestants obtiennent le droit de construire des temples et de s’imposer pour pourvoir à l’entretien de leurs pasteurs. Ils reçoivent 14 places de sûreté supplémentaires mais seulement pour six mois. xvii

Victoire de ligueurs paysans ” En janvier, victoire de la ligue des paysans de Marsaz et de Chantemerle (Drôme), dans la baronnie de Clérieux, sur la compagnie de gens de guerre de Jean de Bourellon, seigneur de Mures. « Ceulz d’un aultre villaige nommé Chantemerle furent associés avec ceulx dudict Marsas au moien de quelque assemblée, à laquelle assemblée, qui fut faicte au mois de janvier mvc lxxix soubs couleur d’un reynage, fut résolu qu’ilz feroient une ligue des gens du tiers estat et qu’ils courroient, comme dessus a esté dict, contre les gens de guerre […] ausquelles furent appellés la plus grand part des villaigeois de six lieux a la ronde, commenceans a se munir d’armes en ladicte ville de Romans par le moien d’un forgeron ou quinquilleur de Forets, qui en apportoit dans icelle grand quantité » (BnF, Ms fr 3319, 137 et suiv., d’après Roman, 30). Les campagnes du Vivarais plongées dans l’Apocalypse 13  mars. Requête des ligues paysannes du Vivarais au roi pour le prier d’avoir enfin pitié de ces « pauvres misérables, martyrisés de désolés hommes ». Les requérants dénoncent les exactions dont ils sont victimes de la part des gentilshommes, des capitaines et des soldats qui pillent les maisons et les granges, enlèvent les outils et le bétail, incendient les moissons. Tout aussi redoutables les gens du fisc qui lèvent des tailles, des droits de péage et toutes sortes d’impositions, souvent irrégulières. Pour éviter la prison, les paysans sont contraints à se sauver, à emprunter et à vendre leurs biens pour satisfaire des usuriers aussi implacables que les receveurs et les soldats. « Nous ne sommes plus les maîtres de nos biens, l’usufruit est à eux ». Les atrocités dénoncées sont dignes de l’Apocalypse, même s’il convient de ne pas les généraliser. Elles reflètent la vulnérabilité des paysans laissés en proie à la cruauté et au sadisme de soldats, indisciplinés et galvanisés par les oppositions religieuses : « Les uns ont été liés de grosses cordes et chaînes aux environs de leurs têtes et fronts, et tellement pressés et étrents, que les yeux crevés et escarbouillés leur sont sortis hors d’icelles, avec un hideux, horrible et épouvantable spectacle de telle façon de martyre. Les autres ont été enterrés vifs dedans la fange, là où ils sont misérablement pourris avec une insupportable puanteur, horribles et épouvantables hurlements et cris, en une misère exécrable. Les autres ont été jetés vifs dedans des citernes et fosses basses, et là laissés comme des chiens, criant et hurlant misérablement. Les autres ont été serrés dans des coffres pour éprouver combien ils pourraient vivre sans avoir air. Les autres, tant hommes que femmes, ont été mis dans des clochers, tours et autres lieux, desquels les 293

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portes ont été murées, et là abandonnés et oubliés par l’espace de plusieurs jours, sans être visités, alimentés ni nourris, pour expérimenter par la plus cruelle et longue façon de mort qui soit, combien de jours ils pourraient vivre sans manger. Les autres ont été liés et garrottés sur des bancs et aux pieds de leurs lits ou arbres, au meilleur et au plus profond des forêts et montagnes. Et aux autres fricassés leurs pieds avec graisses, dont les uns sont décédés et les autres demeurent impotents. Les femmes et les filles ont enduré toutes les violences, injures, indignités et opprobres. » Réduits à la plus grande misère, les habitants du Vivarais étaient réduits à se « substanter de pain de gland, chataigne et merc de grappe de raisin » (Chareton, 1913, 82-84, et Albin Mazon, 1901, Notes et documents sur les Huguenots du Vivarais, III, 297-300). Une prise en compte des désordres : l’ordonnance de Blois En mai 1579 est signée l’ordonnance de Blois, rendue sur les plaintes et doléances des États généraux assemblés en novembre 1576, relativement à la « police générale du royaume ». Même s’il y a loin des principes à leur application effective, ce texte fournit un cadre de référence qui intéresse de nombreux aspects de la vie rurale : le paiement des dîmes, les baux à ferme des gens de mainmorte, l’état civil, les crimes aux champs, la chasse et les gens de guerre sont des questions d’actualité. Ce rappel à l’ordre, très théorique, fournit un tableau des exactions de tous ordres, commises alors dans les campagnes. Art. 49. Pour rétablir le paiement de la dîme universelle. « Toutes personnes de quelque état, qualité et condition qu’ils soient, tant propriétaires que possesseurs, fermiers et autres tenanciers de terres, vignes et autres héritages sujets au droit de dîme, seront tenus faire signifier et publier aux prônes des églises paroissiales, où sont situés et assis lesdits héritages, le jour qui aura été pris et désigné pour dépouiller et enlever les fruits et grains venus et crus sur iceux, et ce le dimanche ou fête prochaine précédente icelui jour, afin que lesdits ecclésiastiques, leurs receveurs, fermiers ou commis s’y puissent trouver, faisant expresses inhibitions et défenses à tous détenteurs et possesseurs desdits héritages sujets à dîmes, de mettre en gerbe, enlever ou emporter les fruits d’iceux, sans avoir préalablement payé ou laissé ledit droit de dîme, à la raison, nombre et quantité qu’il a accoutumé d’être payé. » Art. 79. Pour réglementer les baux des collèges. Limitation à 9  ans de la durée des baux des collèges, obligation de procéder à des adjudications publiques et interdiction des pots de vin. « Les supérieurs, seigneurs, maîtres et principaux ne pourront faire baux à ferme ou loyer de maisons, fermes, censes, terres, seigneuries et autres revenus desdits collèges, qu’en public, au plus offrant et dernier enchérisseur  : et à cette fin seront mises affiches aux portes des églises paroissiales, et publiées aux prônes des messes paroissiales des lieux où sont les choses à bailler situées et assises ; avec défenses de prendre pots de vin ni avances desdites fermes, sur peine de quadruple. Et ne pourront faire lesdits baux à plus long temps que de 9 années, sur peine de nullité desdits baux qui auraient autrement été faits. » 294

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Art. 181. « Pour éviter les preuves par témoins, que l’on est souvent contraint faire en justice, touchant les naissances, mariages, morts et enterrements de personnes, enjoignons à nos greffiers en chef de poursuivre par chacun an tous curés, ou leurs vicaires, du ressort de leurs sièges, d’apporter dedans deux mois après la fin de chaque année, les registres des baptêmes, mariages et sépultures de leurs paroisses faits en icelle année […] et seront tenus lesdits greffiers de garder soigneusement lesdits registres pour y avoir recours, et en délivrer extraits aux parties qui le requerront. » Art. 198. « Parce que nous avons été averti que plusieurs voleries, meurtres et assassinats se commettent par les champs par personnes masquées, nous voulons qu’il leur soit couru sus par les autorités de justice. » Art. 285. Protégeant les cultures sur pied des dégâts liés à la chasse. « Défendons pareillement aux gentilshommes, et à tous autres de chasser, soit à pied ou à cheval, avec chiens et oiseaux sur les terres ensemencées depuis que le blé est en tuyau ni aux vignes depuis le premier jour de mars jusqu’à la dépouille à peine de tous dommages et intérêts des laboureurs et propriétaires. » Art. 298. Contre les excès des gens de guerre. « Les villages esquels lesdites compagnies de gendarmes ou gens de pied auront logé seront récompensés ou soulagés de ce qui sera avisé à la contribution des frais des étapes. » Art. 301. « Ne séjourneront lesdits gens de guerre qu’une nuit aux villages qui leur seront baillés pour loger, sans qu’il soit permis auxdits gens de guerre vaguer et s’écarter de village en village pour mal faire et piller le pauvre peuple, sous peine d’être pendus et étranglés. » Art. 310. « Défendons à toutes personnes, sur peine de la vie, d’aller à la suite des compagnies de gens de guerre, soit pour y vivre à leur aveu et acheter d’eux butin, qu’autre chose. » Un enjeu pastoral : les hautes-chaumes des Vosges Le 23  juin, un coup d’arrêt est donné aux entreprises des Alsaciens de la vallée de Munster sur les hautes-chaumes des Vosges pour l’estivage du bétail. Les chanoinesses de Remiremont abandonnent au duc de Lorraine leurs droits « en toutes et chacunes les montagnes, côtes et pâturages des chaumes ». Charles III ordonne un abornement général pour limiter les défrichements sauvages aux dépens des forêts. Un plan cavalier est levé sur les instructions du président de la chambre des comptes, Thierry Alix. Placé sous l’autorité unique du duc de Lorraine, le « grand pâturage » est soumis à une organisation rigoureuse : à chaque « gazon » est affecté une capacité d’accueil d’une quarantaine de bêtes à cornes, soit une pression pastorale de l’ordre de 1 600 bovins pour l’ensemble des chaumes (AD 54, B 617 et B 877 ; AD 88, G 879, d’après Garnier, HSR 17, 2002, 125-134).

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1580 « Année fâcheuse »

~ Autour de Metz  : « L’année  1580 a estez dès l’yver jusqu’au my juillet assez

fascheuse. Tantost froidz, gelée en apvril et en may. Plusieurs grandes pluyes comme le 12 may, jour d’Ascension, il en tomba tellement et sy largement qu’elle emmenna de plusieurs vignes et terres en lieux panchant une infinité de terre et fist un merveilleux dopmaige. Mesme au moys de juillet il pleut 15 jours continuellement, speciallement les deux derniers jours quelle voulust cesser, il pleut sans cesse tellement qu’il y eust une grande partie des foingz pouris et gastez. Depuis jusqu’au dernier jour de novembre tout ce qui ait tombez en somme ne faisoit une bonne nuée, tellement que la seicheresse ait estez merveilleusement grande, qu’a fait que on ait eu des bons bleidz et de fort bon vin mais peu. Les terres estoient sy sec qu’il en est demeurez en l’autonne grande parties que on n’a sceu semer. Plusieurs aultres semées au commencement d’octobre (le grain n’ayans aucune humeur) est demeuré en terre en mesme estat que sur le grenier, tout lesdicts moys d’octobre et novembre suyvant. Tout chacun estoit émerveillez de veoir une telle saison non veue ny cognue de semblable auparavant. La Mouselle fuist sy courte que les chiens de moyenne taille la passoient encore [sans nager], le dernier de novembre. Les puix fuirent taris et avoit on grande disette d’eaux » (Le Coullon, 55-56). ~ En Flandre  : autour d’Hazebrouck. « L’été de 1580 fut très sec et sans une goutte de pluie » (Livre de raison de Nicolas Van Pradelles, 17). ~ 6 avril : séisme dans le détroit de Calais d’intensité MSK 7,5 (base SISFRANCE et Quenet, 553, 579). Le grand retour de la peste n Peste attestée autour d’Aix, Aurillac, Avignon, Cambrai, Chartres, Châteauroux, Château-Thierry, Clermont-Ferrand, Grenoble, Issoudun, Laon, Lyon, Marseille, Mauriac, Murat, Orléans, Paris, Riom, Rodez, Rouen, Saint-Flour, Sedan, Senlis, Thiers, Troyes et Vierzon (Biraben, II, 384). n Peste et « coqueluche » à Paris conduisant à fuir tout ceux « qui avaient fermes, métairies et maisons aux champs pour se retirer ». Ainsi, la maladie, née à Paris, « s’épandit par maints villages, bourgs et bourgades et petites villes d’alentour, où il meurt grand peuple de cette maladie, et y fut plus cruelle et dangereuse qu’à Paris ». En novembre 1580, on interdit aux habitants d’Orly, frappés par la peste, de mêler leur bétail à celui des villages voisins. La peste se répand pour plusieurs années en Île-deFrance (Haton, IV, éd. 2007, 305-307, et Lestoile, I, 244-250, cité par Jacquart, 176). n Peste dans le comté de Nice. « Una crudelissima pesta nella città » écrit Pastorelli, témoin oculaire. Pendant quatre mois, la peste fait des ravages dans tout le comté (Rossi, 2010). En Dauphiné : destruction des ligues paysannes Février : les bourgeois font des courses dans les campagnes, massacrant les paysans comme pourceaux (Le Roy Ladurie, 1979). 296

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Le 26 mars, massacre d’une bande de 2 000 paysans à Moirans par les armées de Maugiron et de Mandelot (Gay, 170 et Roman, 1877, 26). Le 11 mai, dans le Vivarais, l’assemblée mixte de Chomérac jette les bases d’une nouvelle union pour faire respecter la liberté de l’agriculture et du commerce. Une trêve rapidement violée par les deux camps, mais symptomatique du besoin de pacification. Le 17  août, le duc de Mayenne entre à Livron (Drôme) qui est démantelé. Trente-deux autres places et châteaux du Bas-Dauphiné sont abattus dont de nombreuses tours qui dominaient les villages du Dauphiné  : Sainte-Croix, Le Puy-Saint-Martin, Eyzahut, Châteaudouble, Loriol, Grane, Savasse, Saint-PaulTrois-Châteaux, Saint-Restitut, Tulette et Vinsobres (AD 26, E 614, et Gay, 186). La paix de Fleix : quatre années de répit Le 26  novembre, la paix de Fleix confirme l’édit de Poitiers et les articles de Nérac. Elle accorde le maintien de 15 places de sûreté aux protestants pour 6 ans. Pendant quatre ans, jusqu’à la mort du duc d’Anjou, frère du roi, le 10 juin 1584, et le Manifeste de Péronne du 31 mars 1585, une paix relative s’instaure. C’est la trêve la plus longue dont profitent les campagnes au cours des guerres de Religion. À Montpazier (Dordogne), bastide protestante, « Savy, sindic et autres habitants de ladite ville et juridiction firent feux de joie avec grande allégresse au milieu de la place et grand tintamarre d’arquebuse et autres instruments. Et après les prières furent facites par Monsieur Bellot, ministre de la parole de Dieu » (AD 24, 2E  1432/1, Journal de Pourquery et Massoubre, de Montpazier). Premières victimes de loups identifiées Les séries d’actes de sépulture comportant des enfants sont encore très rares. C’est tout le prix des registres de Marboz (Ain), où le curé enregistre tous les types de décès. C’est l’occasion d’identifier les victimes d’attaques de loups  : des enfants, souvent orphelins, qui constituaient des proies faciles pour le prédateur. ~ « Le 10 febvrier, a esté inhumé Jullian, filz de feu Guillaume Daujat, lequel fut ossis des loups. « Le ii juingt mil cinq cens huictante, ha esté inhumé Jehan, filz de feu Guillaume Rachard, de Monttigny, lequel fut ossis d’ungt loud et estoit ledit Jehan en l’aage de seze ans. Dieu veulle par sa grand clémence et miséricorde appaiser son ire et preserver tous les aultres de telle mort et infamenie ! « Le 2 septembre, ha esté inhumé [en blanc], fils de feu Anthoyne Belleysaux, de Montagny, lequel ha esté tuhé du loud et mangé dessus la seincture en bas. « Ledit jour, ha este inhumé la fille de Pierre Gautier, que le loud tuha. « Le 12 jour septembre, ha esté inhumée Jane, fille de Jehan Vullin, laquelle le loud tuha » (AD 01 en ligne BMS 1580-1584, 1-2). Droit de clôture en Bretagne Alors que la « Très Ancienne Coutume » de Bretagne n’en disait mot, le texte de la Nouvelle Coutume, établi en 1580 par Bertrand d’Argentré, lui consacre un article. Les centres d’intérêt se sont déplacés. Les droits collectifs de vaine pâture 297

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(guerb) cèdent désormais le pas au droit individuel de clore. « Si aucun veut clore ses terres, prés, landes ou autres terres décloses […] nonobstant longue tenue d’y aller et venir pâturer durant qu’elles étaient décloses » (Antoine, 208). Varia Septembre  : Réformation de la coutume de Bretagne ; rédaction de l’usement de Rohan (Sée, 1968). Prise des châteaux de Kerouzéré et de Roscanon par les paysans bretons, qui massacrent les nobles mais sont défaits par les royalistes à Carhaix (Moreau, VII, 78 et 98 d’après Sée, 497).

1581 Ouragan de Pâques, le 26 mars ~ En Île-de-France  : « Grande fouldre et tempeste par tout le pays de France  : plusieurs églises, maisons, arbres bresillez [écrasés] et plusieurs hommes tuez » (E sup. 28, IV, Gilles). ~ En Drouais : « Ce jour fut une grande foudre » à Prudemanche (Eure-et-Loir) (AD 28 en ligne, S 1564-1604, vue 11). ~ En Pays de Bray : « Survint un vent si horrible et impétueux que plusieurs châteaux, temples et bâtiments furent ruinés et abattus, et plusieurs arbres arrachés, ce qui étonna fort le peuple pendant 7 à 8 heures que ce vent dura » (Bouquet, 33). ~ En Champagne  : « Le jour de Pasques fut un vent fort grand et oultrageulx qui causa et fict plusieurs grandes ruynes mesme en plusieurs pays » (Pussot, 12). ~ En Bourgogne, le 3  juin  : « le semmedy troiziesme jour du mois de juin, il tumbaz de la grelle environ trois heures après midy, qui gataz beaucoupt de finage depuis Gevrey jucque à Dijon, les grains et les vingne » (famille Robert, 109). Belles récoltes ✷ Bel août en Champagne : « En ce temps fut belle et bonne moisson » (Pussot, 13). ✷ Belles vendanges en Poitou. « En ce mois, furent les vendanges en ce pays, fort en abondance, et plus de moitié que l’on n’en espéroit, car celui qui avoit accoutumé recueillir une pipe de vin en de manière qu’il y eut tel défaut de vaisseaux pour recueillir la vendange et vin, qu’il fallut faire foncer les cuves où l’on fouloit ladite vendange, et s’aider des cuviers et ponnes à lessive ou buhée, pour y mettre le vin. Durant le temps des vendanges, il fit beau temps, sans pluie, sauf le mardi 27 qu’il plut » (Le Riche, 347-348). ✷ Bilan plus mitigé autour de Metz. « L’année 1581, il y avoit grande espérance qu’elle seroit assez fertille en grains, vins et fruitz, voire jusques à la moisson on estimoit que on trouveroit beaucoupt de bleidz. Mais on fuist frustrez  : car ils reviendrent sy mal que le bleidz fuist fort renchérys, tellement que depuis la moisson passée, ce fuist pitiez de veoir mendier une infinitez de pauvres gens. Quant au vin il en fuist assez raisonnablement. Mais à cause que la saison avoit estez plus froide que chaude, on différoit de vandanger jusques vers le 10e jour d’octobre. Touteffoys le 4e  jour, il vint une forte gelée qui ne laissa aucunes feuilles vertes 298

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ny es vignes ny es arbres et convint vandanger à toute diligence : que fuist cause que les vins fuirent aucunement diminuez de leur force. Sy estoient il assez bon, mais il se vandoient mal à cause que le bleidz estoit sy cher. Il s’a vandu jusques la moisson 1582, 5 fr. et demy 6 fr. et 8 fr. et demy la quarte » (Le Coullon, 58-59). Vagues de pestes Attestations de peste autout d’Aix, Amiens, Avallon, Avignon, Caen, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Chartres, Épernay, La Flèche, Lectoure, Limoges, Lyon, Mâcon, Marseille, Nantes, Nogent-sur-Seine, Orléans, Paris, Provins, Reims, Rouen, SaintFlour, Thiers, et Troyes (Biraben, 384). n Mais aussi en Flandre : « En l’année 1581, la peste se déclara à Hazebrouck et fit de nombreuses victimes. Nous en fûmes préservés par la grâce de Dieu, à l’exception de ma jeune épouse ; nous la logeâmes dans notre fournil, et nous allâmes habiter notre maison à l’Hoflande ; de retour en ville, nous constatâmes la mort de presque tous nos voisins » (Van Pradelles, 18). n À Toul et dans les villages avoisinants comme Saint-Mansuy, Dommartin-lèsToul (Cabourdin, 100-101). n À Montélimar du 6 juin au 25 décembre (Piémond, 141). n À Reims (Pussot, 63). n

Dévastations en Poitou « Décembre 1581. Vers le milieu de ce mois, les soldats de la compagnie du sieur de Lancosme estant en garnison à Parthenay, y furent pris prisonniers par le prévôt des maréchaux, et menés et conduits à Poitiers, pour y faire leur procès, des voleries et saccagements par eux et leurs compagnons fait à Saint-Espain. Ceux de ladite compagnie et régiment de Lancosme ont fait, toute cette année, de grandes pilleries sur le pauvre peuple, laboureurs, bordiers et métayers des villages et autres. Car, outre qu’ils les contraignaient à les nourrir opulemment, ils les rançonnaient, battaient et outragaient, disant qu’ils n’étaient payés de leurs gages, et qu’ils se feraient bien avouer de ce qu’ils faisaient » (Le Riche, 350). L’arrivée du bocage Le bocage s’insinue dans les champs ouverts. La plus ancienne représentation d’un paysage rural bas-normand, le plan de Picauville de 1581, marque l’avancée des haies (Pierre Brunet, in Manneville, Le Monde rural en Normandie, 1998).

1582 Que d’eau ! ~ Autour de Metz : « Nonobstant la moisson de l’année 1582, on n’a eu sy bon marchez que on espéroit ; les grains sont demeurez cher, la vandange ait estez assez bonne, mais les vins fuirent tellement nouris d’eaue qu’il ne sont estez si bon que l’on pensoit et la gelée que vint 3 ou 4 jour après la Saint-Remy (que fuist cause de vandanger). Les fruitz mesme, dont il y avoit grande abondance, 299

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fuirent si nouris d’eaue qu’il en perdont la bonté. Avant que les vins fuissent pressez, les eaues devindrent grandes tellement que les charau feurent 7 ou 8 jour sans passer ; que fuist cause que du costez d’Ancey y olt des vins faschez par trop demeurez es cuves et cuvelles. « La saison de semer fuist sy pluvieuse que les laboureurs avoient force peine. Le bleidz se crevoit et demeuroit là. De loing temps on ne vist saisons sy pluvieuse, les rivières sont estez par plussieurs foys desbordées non sans faire de grand dopmaiges. Brefz dès le moys d’aoust 1582 jusqu’à l’entrée de febvrier suyvant, il ait pleue quasiment continuellement » (Le Coullon, 58-59). ~ Inondations du Thouet en Poitou : « La nuit d’entre le jeudi et vendredi 8 et 9 [novembre], la rivière de Thouet, qui passe à Parthenay, accrut d’une façon merveilleuse, qu’elle ruina les ponts et maisons des faubourgs de Saint-Paul et de Saint-Jacques, et quasi tous les moulins et maisons, et quelques personnes submergées et noyées, à la plus grande désolation qui oncques fut comme il me fut escrit de Parthenay, le lendemain. Partout en ce temps y eut grande inondation d’eau mais non telle qu’audit Parthenay » (Le Riche, 369-370). ~ Intempéries encore en décembre. En Beauce, le 23 décembre : « quia mirabilis elationes aquarum » (E sup. 28, III, Ver-lès-Chartres). ~ En Limousin, pluies continuelles du 7  décembre au 9  janvier  : « Il plut de telle sorte qu’il fust dict n’y avoir d’homme vivant qui eust veu tant durer l’eau » (Jarrige, 89). ~ « En ce temps, et depuis le mois de septembre dernier, continuèrent pluie, orage, tonnerre et grand vent, en ce pays de Poitou, et plusieurs autres lieux de ce royaume, jusqu’à la fin du mois de janvier 1583, auquel temps cessa la pluie, et commencèrent les gelées après » (Le Riche, 371). Peste générale « Audit an  1582, depuis le commencement du mois de juin, jusqu’à la fin de décembre ensuivant, la peste travailla infiniment la France. En plusieurs endroits, elle fut presque universelle » (Miton, 38). n Attestations de peste autour d’Abbeville, Amiens, Avesnes, Bourg-en-Bresse, Bourges, Caen, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Chartres, Châteaudun, Forcalquier, Fougères, La Flèche, La  Rochelle, Lyon, Marseille, Montdidier, Nantes, Nevers, Orléans, Pont-Audemer, Provins, Rennes, Rouen, Strasbourg, Thiers, et Troyes (Biraben, 384). n Mais aussi à Nantes (Croix). n À Saint-Antoine, en Dauphiné, de juin à septembre (Mémoires d’Eutache Piémond, 141-142). n Peste dans les campagnes au sud de Paris. Le 4  octobre, arrivée de la peste à Athis-sur-Orge (Initium pestis grassantis apud nos) jusqu’au 22  janvier  1583 (cessat pestis), 34 morts (BMS Athis-Mons, Essonne). Réforme du calendrier « Le iiie décembre a esté retranché 10 jours de l’année. Noël célébré le xve décembre […] par commandement du Pape au Roy » (E 69, Longes). 300

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« Année de la correction grégorianne » (E 69, Chiroubles). « Nota que lundi 10e de ce mois, décembre 1582, nous commencerons à conter vingt au lieu de dix par l’ordonnance de Notre Saint père le Pape et par le commandement et ordonnance de Notre seigneur le roi très chrétien Henry de Valois, 3e  de ce nom » (E sup. 49, IV, Doué). « L’an mil cinq cent quatre-vingt-deux, par commandement du pape Grégoire XIII et Henri de Valois, roi de France, a été tenu un concile général à Bordeaux par Mgr  l’archevêque de Bordeaux et fut ordonné que la Nativité Notre-Seigneur se célébrerait le 24e  décembre et les autres fêtes mobiles ont esté changées jusques à Saint-Jean de dix jours autrement qu’elle n’était au calendrier » (E sup. 47, Coq). En dehors de cette anticipation de la fête de Noël, l’adoption du calendrier grégorien décale quelque peu les pratiques culturales et, plus grave sans doute, perturbe les dictons calendaires. Pourtant la réforme est très généralement appliquée : en Bretagne, plus de neuf paroisses sur dix la mettent en vigueur (Croix, HSR, 11, 1999, 138). Famine en Corse (1581-1582) ~ « La récolte de blé a été universellement mauvaise et misérable du fait de la grande pauvreté causée par les mauvaises récoltes qui se sont succédées depuis plusieurs années ». « Les années 1581 et 1582 ont été marquées par une très grande pénurie [penuria grandissima], si forte que les gens mouraient de faim » « Ces populations ont connu trois mauvaises récoltes [malissime raccolte] et si la culture du millet n’avait pas secouru le pays, les récoltes de blé et d’orge ont été si faibles que les gens seraient morts de faim (Archivio di Stato de Gênes, fonds Corsica, liasse 139, 1581, lettre du gouverneur au Sénat ; liasse 14, 1583, requête de Bartolomeo Costa ; 886, 14  décembre  1581, lettre du commissaire d’Ajaccio Tomaso Lercano, d’après Graziani, 60-61). État des destructions agricoles à Saint-Paul-Trois-Châteaux Au xvie  siècle, toutes les villes disposent d’un finage agricole qui contribue en partie à leur alimentation et à leurs revenus. Les va-et-vient des troupes protestantes et catholiques compromettent ce capital et vont jusqu’à l’anéantir lors de la récurrence des opérations militaires. Dans certaines provinces, les destructions agricoles ont été dramatiques et durables. Ainsi en est-il, en Dauphiné, de la petite cité de Saint-Paul-Trois-Châteaux, pillée à cinq reprises entre 1573 et  1581. Les dettes sont énormes. Les consuls n’ont plus qu’à vendre les biens communaux. Pour y parvenir, ils font procéder à une enquête. Antoine du Puy, lieutenant du bailli de l’évêque, vient déposer, le 17 octobre 1582 : ” « Durant le dict temps, le labourage dudit Sainct-Paul demeura inculte, d’autant que tout le bestail de labore a esté prins et volé, d’ung party ou d’aultre, pour trois ou quatre fois, tellement que durant ledit temps de guerre le terroir a demeuré sans pouvoir estre ensemencé ny cultivé, et les habitants reduicts en telle misère et povreté, qu’à présant estant remis dans leurs maisons et biens, par le bénéffice de la paix, n’ont de quoy se meubler, et moings achepter bestail pour cultiver 301

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leurs terres, et sy à présant treuve quelqu’un qui laboure ou sème, c’est par le moien et ayde de leurs amis circonvoysins, qui par prest les secourent » (Bull. Soc. Archéologie Drôme, 1879, XIII, 140-141).

1583 Année d’abondance ? ✷ En Valois  : « Cette année  1583 fut abondante en grains et en vin. Le prix de ces denrées fut modique » (Carlier, 1764, 654). ✷ Autour de Metz : « Ladicte année 1583, il fuist des vins et des bleidz abondamment, assez peu d’avoine et d’orge, et des fruitz moyennement. Il fuist si peu de foing que la charté a valu 25 fr. et plus vers la Pasques 84. Les raisins eurent le temps sy propre qu’il devindrent fort gros, les graines estans l’une sur l’aultre. Les vins fuirent fort bon et beaucoupt meilleurs que les années  81 et  82. Et sy en fuist beaucoupt plus que on n’esperoit, tellement qu’ils n’ont valu que 18  fr. et 19  fr. la queue et la quairte de bleidz 4  fr. et 4  fr. et demy. Avenant le moys de may 1584 et voyans l’affluence des biens par la graice de Dieu que la terre avoit produit, tant bleidz, aveine, orge et raisin, les grains et vins sont devenus à meilleur marchez. « Il vint des pluyes sur la fin dudict may qui donnèrent grand accroissement aux biens de la terre et sans icelles, il y avoit aparance d’une grande cherté de foings et d’orge et aveine. À la fin d’apvril et commencement de may 1584, il fuist des vermines sur les arbres d’une merveilleuse grosseur et en sy grand nombre qu’elles ruynèrent grande partie des feuilles et des fleurs » (Le Coullon, 60-61). ✷ Mais en Anjou : « En ceste année, il y a cherté de bled ; le froment xx sols, le seigle xvi sols, feuves xvii sols. » (E sup. 49, III, Mazé). Sécheresse ou humidité ? ~ Sécheresse en Normandie « Ladite année 1583 sèche et aride, à cause de quoi on fit une procession à Saint-Saens pour invoquer les prières de ce saint afin d’avoir de la pluie. Elle fut faite le 1er mai 1583 où il se rouva grand nombre de personnes ». Le 11 juin : « Processions continuelles en ladite année 1583 par les paroisses de Saint-Saens, Saint-Martin-le-Blanc, Maucomble, Bosc-Mesnil et Bresmontier, en la ville de Neufchâtel, le 11  juin  1583, à cause de la sécheresse, après lesquelles Dieu fit pleuvoir » (Miton, 45). ~ Sécheresse en Narbonnais  : le 15  mai « Grande mortalité du bestail mort par famine à faulte de treuver d’herbe parmi les champs » (AC Narbonne, BB4 d’après Le Roy Ladurie, 38). ~ Sécheresse en Dauphiné  : en août, sécheresse et abondance de chenilles (Mémoires d’Eustache Piémond, 144-145). ✷ Mais humidité en Champagne  : « Ceste année fut fort humide et venteuse, de sorte que les eaues furent grandes tant aux rivières que aux caves. Et valloit le bled-seigle en caresme lx solz, la queue de vin xviii L, lesquels pour ladite année n’estoient guère bons » (Pussot, 14). 302

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Grande vague de peste n Attestations de peste autour d’Amiens, Angers, Angoulême, Bourg-en-Bresse, Bourges, Cambrai, Caen, Chartres, Chaumont, Dieppe, La Flèche, Limoges, Montdidier, Nevers, Orléans, Paris, Pontoise, Rennes, Saint-Malo, Thiers, Tours, Troyes et Vitré (Biraben, 384). La peste arrive dans les campagnes à partir des ports et des villes. n À l’île de Ré (mars-décembre). La maladie est arrivée par le port de La Flotte autour du 15 mars, puis gagne début juin Sainte-Marie, Saint-Martin à la mi-août, La Couarde en novembre ; Ars et Loix en décembre (Herpin, f° 3-5, d’après Rambeaud, 285). n En Anjou, juillet : Début de la peste à Angers, qui finit le 13 décembre 1584 avant de gagner les campagnes (Lebrun, 304-305). Octobre  : contagion à Chalonnessous-Le Lude » (E sup. 49, III). Début novembre  : « pestilence » à La Chapelled’Aligné, peut-être apportée de Tours ou du Mans (Lebrun, 396). n En Bretagne. « La peste commença en Cardreuc et y fut apportée de Rennes, qui vint de Nantes, en l’an  1583, et s’étendit par toutes les paroisses circonvoisines dudit Cardreux comme Les Iffs, La Chapelle-Chaussée, Miniac, Bécherel, La Baussaine, etc., et continua fort longuement, dont plusieurs et en grand nombre moururent. » À Montreuil-sur-Ille, en quatre mois, de juillet à octobre, la peste emporte 205 victimes, près d’un quart des habitants du village (Registre de sépultures des Iffs, d’après Croix, 1981, 268-269). Pour conjurer la peste : processions à La Chapelle-d’Aligné « À La Chapelle-d’Aligné [Sarthe, à 10  km au nord-ouest de La Flèche], le curé ouvre un registre spécial de sépultures dès le début de l’épidémie, dans les premiers jours de novembre 1583, et y note 17 décès pour ce seul mois, soit quatre ou cinq fois plus qu’en temps normal dans cette paroisse de 1 000 à 1 200 habitants. Le 4 décembre, le vicaire célèbre, au point du jour, trois grand-messes consécutives, suivies d’une procession générale autour de l’église “pour qu’il plaise à Dieu faire cesser la pestilence”. Le 23, nouvelle procession de tous les paroissiens qui se rendent à pied à Varennes-Bourreau [chapelle de pèlerinage à 5 heures de marche, sur Saint-Denis d’Anjou, Maine-et-Loire]. Pourtant, la “pestilence” redouble et devient “sy véhémente que l’ung n’attendoit l’autre”. Les décès, de fait, se multiplient  : 24 en décembre, 25 en janvier, 37 en février. Le 11  mars, nouvelle procession, suivie par plus de 500 paroissiens. À la fin du mois de mai  1584, l’épidémie enfin recule  : 7 décès seulement en juin, 7 en juillet, mais 12 encore en août (dont ceux de 5  personnes appartenant à une même famille et enlevées en trois jours, sans doute par un brusque réveil de l’épidémie) et 9 en septembre. Au total, il est mort, en onze mois, 218 paroissiens, soit le cinquième environ de la population » (Lebrun, 304-305). Des battues au loup dans tout le royaume En janvier, dans son édit sur les Eaux et Forêts, Henri III énonce le principe de battues aux loups dans tout le royaume (art. 19). 303

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~ « Aussi pour le peu de soin que nos sujets habitants des villages et plats pays

ont eu à l’occasion des guerres, qui, à notre grand regret, ont duré pendant l’espace de vingt ans en cetui notre royaume, à l’extirpation des loups, qui sont accrus et augmentés en tel nombre qu’ils dévorent non seulement le bétail jusque ès basses cour et étables des maisons et fermes de nos pauvres sujets, mais encore sont les petits enfants en danger, enjoignons auxdits grands-maîtres réformateurs, leurs lieutenants, maîtres particuliers et autres, faire assembler un homme par feu de chaque paroisse de leur ressort, avec armes et chiens propres pour la chasse desdits loups, trois fois l’année, en temps plus propre et commode qu’ils aviseront pour le mieux (Isambert, XIV, 527). Banditisme dans les campagnes « En ceste année, passa par ce pays grande gensdarmerie allant au Pays-Bas pour le sieur d’Alençon, laquelle gensdarmerie gasta et fict beaulcoup de peine en ce pays, tant pour les rençonnemens, villemens, meurtres que vollerie » (Pussot, 14). Le 3  février  1583, l’une de ces bandes est détruite par le vice-sénéchal de Fontenay-le-Comte, prévôt des maréchaux, véritable homme de guerre. ” « Le jeudi  3, M.  Rapin, vice-sénéchal de Fontenay-le-Comte, accompagné de ses soldats, au nombre de 25, tuèrent à Réaumur (Vendée) 40 à 50 voleurs qui, sous ombre d’être de compagnie, pilloient et rançonnoient les pauvres rustiques du plat pays, et violoient les femmes, sauf un ou deux desdits voleurs, dont l’un estoit sergent de leur compagnie, qu’il fit conduire audit Fontenay, où il le fit pendre » (Le Riche, 374). Pendaison de sorciers en Sancerrois et Poitou ✷ En Sancerrois  : pendaison des sorciers du carroi de Marlou, le 30  mars. Des cinq accusés, quatre sont exploitants agricoles (deux laboureurs et, en dessous d’eux, deux « maneuvres ») et l’un fait partie de l’artisanat rural pluriactif. Joachim Girault, manœuvre à Menetou-Ratel, est ancien domestique agricole puis vigneron ; Marin Semellé, également manœuvre à Menetou-Ratel, travaille comme journalier dans une métairie de Neuvy-Deux-Clochers ; Étienne Girault, dit Gotté, laboureur à Sens-Beaujeu, met en valeur la métairie Tellier ; Jean Cahouet, laboureur du Grand-Oisy, à Veaugues, est accusé d’être meneur de loups ; enfin, Jean Tabourdet, dit des Bertilles, couvreur en pailles, « essis » et tuiles, travaille en même temps comme tissier en toile et sergent seigneurial à Sens-Beaujeu. Convaincus tous les cinq de sorcellerie, après un procès de trois mois (21 décembre 1582-30 mars 1583) où 160  personnes sont intervenues, ils périssent sur le bûcher, à un carrefour entre Sancerre et Sens-Beaujeu, réputé comme un lieu de sabbats, le « Carroi de Marlou ». À côté d’eux, une femme, Guillemette Piron, veuve d’Étienne Semellé, vigneron de Menetou-Ratel, accusée aussi de sorcellerie, s’était étranglée dans son cachot, dès son premier interrogatoire  : « elle était bien misérable et née en une mauvaise heure » (Jacques-Chaquin et Préaud, éd., 1996). ✷ En Poitou  : pendaison des sorciers, le 18  juillet, à Boisragon, village de la commune de La Crèche (Deux Sèvres), renommé pour ses sorciers encore au e xix  siècle. « Le lundi 18, je fus à Boisragon, où j’assistai à la prononciation de la 304

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sentence de mort, donnée par le lieutenant du prévôt des maréchaux de Fontenay, nommé Robin (Nicolas Rapin), contre Pierre et Jeanne Durant, frère et sœur, gens de labeur, par laquelle ils furent condamnés à estre pendus et étranglés, et ce fait brûlés, et qu’auparavant, ils seroient mis en question extraordinaire, pour entendre leurs complices, au fait de sortilège dont ils étoient accusés atteints et convaincus. Laquelle sentence fut, ledit jour, exécutée, après avoir été, lesdits Durant, sorciers, mis en la torture, où ladite Jeanne ne dit et ne voulut rien dire de ce qu’elle fut interrogée ; laquelle ne pleura durant icelle, et disoit-on qu’elle avoit quelque poudre, qui l’empeschoit d’endurer. Et, quant audit Pierre Durant, il reconnut son Dieu et désavoua le diable, allégua les moyens pour lesquels il s’estoit adonné à lui, l’hommage qu’il lui avoit fait, ès sabats où il se trouvoit, les poudres qu’il lui avoit baillé, dont il s’estoit aidé contre ses ennemis, et accusa ceux qui estoient allé ou s’estoient présenté audit sabat, et, à aucuns, il fut confronté. Comme plus amplement appert par le procès-verbal dudit Robin, que j’ai signé, y estant appelé par ledit Robin, qui étoit venu exprès en cette ville, où il m’avoit requis, et le procureur du roi, d’y aller » (Le Riche, 380). Processions blanches ✷ En Île-de-France : « Sur la fin de cette année [1583] commencèrent en Picardie, Montfort [l’Amaury], Houdan, Dreux, les processions blanches qui furent commencées au bailliage de Brézolles le mardi  7 de février en l’année subséquente 1584, et furent honorablement reçues en la maison des cordeliers à Verneuil [sur-Avre] environ deux mil personnes » (AD 28 en ligne, Prudemanche, BMS 1564-1604, vue 43). ✷ Sur la côte Bourguignonne : « Le deuxiesme jour du mois de juin 1583, Jehan Robert le jeusne fut à la procession à la Sainte-Chapelle à Dijon avec plusieurs villages, à sçavoir Morey, Gevrey, Brocons, Fixin, Fixey, Couchey, Marcennay [Marsannay-la-Côte]. Et lesdits villages alloint tout ensemble avec les bannière et croix, et en grand nombre de gens, et les fille vetuz a bland estant en nombre de plus de 345, et nous alloint en prossesssions pour avoir de la pluy, que les biens en avoint grand besoin » (Robert, 110). ✷ En Champagne (juillet-octobre). « Ceste année fut le peuple de France et principallement de ce pays fort esmeu de dévotion de sorte que chacun par villes et villages faisoient de grandes processions. Et commancèrent environ la mye juillet continuans jusques en fin d’octobre  : le peuple estant révestu de linge blanc, tousjours en bon ordre. Durant lesquelles, estoit porté le Corpus Domini, le peuple chantant de diverses sortes de cantiques, prières, litanies, psalmes et versets de proses, comme les Ave Maria, des proses de la Nativité et Assomption Nostre Dame, Deus benigne, Stabat mater, Christi fideles, Averte faciem et plusieurs aultres choses de grande dévotion. De sorte que c’estoit une chose admirable tellement que plusieurs gros catholiques et froids en dévotion furent alors eschaulfez et affectez en icelles voyant et considérant entre aultre chose les bons villageois n’apprehendans point la saison, le temps de leurs moissons et vendanges, et sans avoir esgard à aulcuns prouffitz ou dommages laissoient leurs villages pour faire 305

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sy longues et diverses processions. Et cependant y demouroit bien peu de gens pour traicter le bestiail lesquels toutesfoys faisoient la feste » (Pussot, 18). Bordelage et communautés paysannes en Morvan Depuis 1539 au moins, à Préporché (Nièvre), près de Moulins-Engilbert, les Panné vivent en communauté de « parsonniers », dans un village éponyme. De condition servile, ils exploitent en commun des biens tenus de leur seigneur en bordelage, des contrats perpétuels associés à des redevances symboliques mais entachés de servitude. Les biens « bordeliers » ne peuvent être transmis aux héritiers que s’ils vivent depuis au moins un an et un jour au « même pot » et au « même feu » que le défunt. C’est là la condition des mainmortables que précise la coutume du Nivernais : « Pour rendre les parents de condition mainmortable successibles les uns aux autres, l’une [des deux choses requises] est que leur demeure soit dans une même maison, qu’ils aient un même feu et qu’ils vivent d’un même pain ; l’autre est une communauté de tous biens et que les communs en biens soient tous mainmortables car jamais l’homme franc ne succède au mainmortable ». Jusqu’en 1793, les Panné, dont le chef prend le surnom de « Garreau » au e xvii   siècle, se succèdent au sein de la communauté des « Panné-Garreau ». En 1583, le maître et chef de la communauté des Panné-Garreau, André Panné, reconnaît tenir « à titre et nature de bourdelage », du seigneur de Chevannes, Philippe Bureau, le bois d’Arcy contenant vingt-six boisselées [3,15 ha], « sis au finage de la Chétive, tenant du midi au chemin allant du village des Panné à Morillons ; du couchant au bois de Chaluas, du seigneur Duclerroy ; du septentrion au grand chemin du domaine de la Praye, dudit seigneur et la rue du Maupart, allant dudit bois au village de la Praye […] moyennant une redevance de 15 sols 6 deniers, un boisseau d’avoine, une géline, payable à la Saint-Étienne, au château d’Anizy » (Reconnaissance rappelée au terrier de Vandenesse de 1717, d’après Bernard, 2006, 17, 41).

1584 Tremblement de terre, le 11 mars ~ En Bugey : « Cas admirable advenu l’onzième jourt du moys de mars en l’année 1584 : entre les onzes et douzes heure, jourt de dimenche, après la bénédiction de la grand’messe estre dicte, la terra tremblat tellement que toute l’église, les genèves et cruscifix et aultres en branlarent, les aultres maison de la ville et parroche, les vin troblarent et dura l’espace d’ung huinctain d’heure et comensat du costé du matin. Ainsi l’atteste Jullian Mossel, curé de Marboz » (BMS, d’après Jérôme Dupasquier, 15). ~ En Dauphiné  : « Le dimanche unzième dudit mois, environ le midy la terre trembla en ce païs de Daulphiné et aultres lieux et le plus grand tremblement fust à Genève, où il dura près de deux heures en plusieurs et diverses secousses, où il y eut plusieurs murailles et cheminées qui tumbèrent » (Piémond, 148-149). 306

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Tempête à l’île de Ré Les grandes tempêtes causent des dégâts considérables sous l’effet de l’eau salée qui brûle plantes et récoltes. Outre le raz-de-marée du 10 juin 1584, l’île de Ré a connu plusieurs tempêtes qui l’ont submergée partiellement à la fin du xvie siècle : le 11 décembre 1589, mais aussi fin décembre 1593, mai 1596 et décembre 1598. ~ « Le dimanche dix juin 1584, qui était le vigile de Saint-Barnabé, le temps fut le plus impétueux ; il fit la plus grande tourmente tant à la mer qu’à la terre que jamais on eut vu faire en ladite saison pour raison de laquelle les bleds et vigne furent considérablement gâtés et endommagés, que même les vignes par certains endroits étaient brûlées comme si le feu y eût été allumé » (Herpin, f° 4, d’après Rambeaud, 283). ~ Au même moment, le lundi Saint-Barnabé 11  juin  : en Beaujolais « venta un vent travers qui fist grandz maulx » (E sup. 69, Chiroubles). Inondations ~ Autour de Metz  : « Le 23  juillet  1584, après une grande nuée de pluye vint subitement une aultre nuée plaine de gresle qui endommagea grandement le ban d’Aweu en ce lieu de Jouy, fist aussy de grand dopmaige es vignes d’Ars et de Vaux ; on estimoit du perdu le thier des biens, du moins le quart. « Tout le moys de juillet 1984 et celluy d’aoust il ait pleu quasiment par chascun jour du moys de deux jours à aultrez, et sy ait greslez en tant de lieux quelle ait fait un merveilleux dopmaige, les tonneres sont tombez plussieurs foys et tuez plusrieurs personnes, bruslez maisons et grainges et fait d’aultres infinis dopmaige, sy grand que nulz vivant n’en avoit veu de pareille. On a eu une infinitez de peine de mettre les foings et grains dedans. Pour cause des pluyes, les raisains ne se portoient encor à meurir sur la fin d’aoust. Touteffoys nonobstant les pluyes, environ les 3 derniers jours et 3 premiers de septembre que la pluye cessoit, la chaleur estoit sy grande qu’en 6 ou 7 jour on fuist tout esmerveillé qu’ils fuirent plus qu’à demy meurys. « La vandange 84 ne fuist sy fertille que celle de 83 et sy ne fuirent les vins sy bons. Touteffoys à cause de l’abondance des vins provenant es années précédentes il ne fuist guères estimez ny prisez par tout l’hyver de 84 et commencement de 85. Mais venant les saisons de l’année 1585 sy fascheuse, il remonta de 3 double dès le moys de juillet audict an 1585 » (Le Coullon, 61-62). ~ En Poitou : inondations de la Sèvre, du 5 au 14 janvier (Le Riche, 384-385). ~ Dauphiné : « Le jour de la feste de la Toussainct 1584, à Saint-Antoine, vindrent en procession les paroissiens de Saint-Bonnet-de-Montrigaud, venant crier misère nuict et jour pour apaiser l’ire de Dieu, voyant partie de leurs maisons enfoncées en terre à cause des grandes pluyes et plusieurs pouvres gens ayant déshabité leurs maisons. Dieu apaisa les pluyes » (Piémond, 154). Recrudescence de la peste… Attestations de peste autour d’Abbeville, Amiens, Angers, Angoulême, Auxerre, Bourg-en-Bresse, Bourges, Caen, Chartres, Chaumont, Dieppe, La Flèche, Limoges, n

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Montdidier, Nevers, Orléans, Paris, Pontoise, Rennes, Saint-Malo, Thiers, Tours, Troyes et Vire (Biraben, 385). n En Bourgogne (Drouot, I, 26). n En Anjou  : le 1er  février, arrivée de la peste dans les campagnes angevines à Cuon (421 décès entre février et le 15 novembre dans une paroisse de 700 âmes), au sud de Baugé (E sup. 49, III, Cuon) puis en mai à Segré, en juin à Azé (près de la moitié de la population disparaît) et à Château-Gontier (Lebrun, 305-306). n En Poitou : à Niort et à Saint-Maixent d’août à octobre. « Les principaux, retirés aux champs » (Le Riche, 391-392). n En Haute-Bretagne  : peste générale au cours de l’été et de l’automne (Croix, 1981, 265-268). n En Basse-Bretagne : au village de Vallelan, commune de Beignon, en septembre (E sup. 56). n En Basse-Normandie  : en octobre, début de contagion dans les villes comme dans les campagnes. … qui arrête la production textile En Basse-Normandie, les fermiers d’impôt qui lèvent la taxe de sol pour livre de drap ne trouvent plus à travailler en raison de l’arrêt de la production textile, y compris dans les villages  : « [depuis] le 1er  octobre 1584 qu’ils sont entrés en jouissance de leur dit bail, la contagion et maladie de peste a toujours été ès villes de Caen, Bayeux, Falaise, Vire, Saint-Lô, Cherbourg, Valognes et autres villes, bourgs et villages de la Basse-Normandie, dont la plupart des façonniers de draps sont morts, ce qui y a rendu le commerce inutile » (AD 14, 4 C2, d’après Mouchel-Vallon, 38). 9  février  : nouvelle ordonnance défendant aux gens de guerre de courir les champs et enjoignant aux gouverneurs de leur courir sus (Isambert, XV, n° 109). Halte au pâturage en forêt 22 octobre 1584 : arrêt pour la forêt du Rouvray (Seine-Maritime) délimitant les « droitures prétendues par les usagers » de 17 paroisses. Auparavant, les forêts royales étaient ordinairement ouvertes aux droits d’usages des communautés villageoises riveraines et leur protection sous forme de « mise en défens » n’était qu’une situation provisoire. Désormais c’est l’inverse qui prévaut. Ce texte sert de modèle à la nouvelle politique forestière (Devèze, 1961). Un ours dans la vallée de la Loue Le 6 janvier, des chasseurs tuent un ours près de Vuillafans, dans la vallée de la Loue (Febvre, 1912, 26). Vague de sorcellerie en Lorraine Début de la vague des procès de sorcellerie qui se poursuit jusqu’en 1627. 43 personnes, surtout chez les artisans et les vignerons, condamnées à être étranglées puis brûlées (Albert Denis, La Sorcellerie à Toul aux XVIe et XVIIe siècles, 1988). 308

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En Sologne : soigner les élus pour limiter la taille En fin d’année, il est sage de bien traiter les officiers royaux qui répartissent l’impôt entre paroisses. « Monsieur l’élu Audebert », venu à Vouzon « faire sa chevauchée et visitation », les gagers (marguilliers) défraient l’aubergiste d’une partie de ses frais. Le 12 décembre ; voyage à Orléans. Les gagers achètent un lièvre, une bécasse et deux perdrix pour régaler « messieurs les élus d’Orléans » lors de la venue dans la cité « afin d’avoir diminution des tailles » (Poitou, 134).

1585 Froid et pluie toujours ~ En Poitou : « En ce temps et par l’espace de trois semaines [en février], y eut de grandes gelées, givres et estoient tous les estangs glacés et faisoit fort grand froid » (Le Riche, 397). ~ En Limousin : pluies abondantes du 1er mai au 5 juin (Jarrige, 90). ~ En Champagne : « Ceste année les moys de may, juin et juillet furent froids et humides. […] Les vins nouveaux comme les bleds ne furent guères bons, à cause que l’esté fut la pluspart froid et humide, qui fut cause que, la semence n’estant bonne, les bleds dessus terre ne levèrent de bonne sorte : joinct que l’yvert suyvant et commencement de l’année fut fort long » (Pussot, 20). ~ En Lorraine : « En apvril et commencement de may 1585, il vint (par un juste jugement de Dieu), des vermines sur les arbres, voire en plus grand nombre et plus grosse beaucoupt que n’avoient estez es années précédentes. Et sy je diray pour vray qu’à une seulle fois et sur ung seul arbre on en brusloit ou faire tumber une demi quairte et le lendemain sur le mesme arbre s’en trouvoit encor aultant ou environ. Que fuist cause que la pluspart des arbres, assavoir feuilles et fleurs, fuirent mangées et demeuront comme s’ils fuissent estez sec, jusqu’à vers la SaintJean dudict ans 85, qu’il reprindrent nouvelles feuilles. […] « Les temps fuirent sy fascheux et malpropres es moys d’apvril, may, juing et consequemment tous les moys de l’année  1585, à cause des froidures, pluyes et aultres contrarietez, que les biens hors les foings diminuont si fort que on ne trouva la moitiez des biens que on esperoit veu la belle apparence qu’ilz avoient au commencement. Venant la moisson, que le bleidz qui n’avoit valu que 3 fr. le plus cher, devoit diminuer de prix, il rencherist de 2 fr. sur la quairte. La vandange aussy fuist petite et sy ne fuirent les vins guères bon. Car on ne commencea de vandanger que vers le 20e  jour d’octobre, cause qu’une infinitez de pauvres gens avoient grande nécessitez de vivres, pour ce que les ceux de la religion, qui n’attendoient que d’estre tuez ou chassez ne faisoient plus de traficque » (Le Coullon, 63-66). ~ En Normandie  : « Ladite année  1585 abondante en vin, cidre et grains assez suffisamment » mais aussi « ladite année  1585 fort pluvieuse, et qui empêcha la maturité et récolte des grains, et de la vendange. Cela causa une grande cherté » (Miton, 50 et 53).

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Vagues de pestes n Attestations de pestes autour d’Agen, Angers, Angoulême, Auxerre, Avignon, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Dijon, Fougères, La Réole, Lectoure, Lesparre, Limoges, Lyon, Orléans, Rennes, Riom, Saint-Claude, Saint-Lô, Senlis, Thiers, Toulouse, Troyes et Vienne (Biraben, 385). n Poursuite de la peste en Bourgogne (Drouot, I, 26). n En Île-de-France : 3 septembre-20 octobre 1585 : récurrence de la peste à Athissur-Orge (Essonne). « Maladie de peste » à Mitry-en-France d’août à novembre 1585 (BMS). n Peste à Poitiers en juin (Le Riche, 404). Reprise des guerres civiles (8e guerre de Religion) : les campagnes premières exposées Encouragés par Charles  III à s’emparer des Trois-Évêchés, les Ligueurs, après avoir pris Verdun, occupent sans difficulté Void et Vicherey et assiègent Toul (Cabourdin, 60). 7 juillet 1585 : traité de Nemours : interdiction de la religion réformée. Henri III donne satisfaction à Henri de Guise et à la Ligue. Henri de Navarre est déchu de sa succession. Les places de sûreté des protestants doivent être rendues. ” En Bas Limousin  : « Les Huguenaulx […] firent beaucoup de ravages et pileries » (Baluze, 195). ” En Poitou  : le 23  août, les villageois des environs de Saint-Maixent portent tous leurs biens dans la ville. « Le mardi  23, tout le peuple des champs apporta son bien et hardes, en cette ville, au moyen de ce que partout y avoit des gens de guerre, et s’en alloient les gentilshommes, hors leurs maisons » (Le Riche, 412). ” En Dauphiné  : le 11  septembre, capitulation de Montélimar pris par l’armée protestante de Lesdiguières. L’armée catholique de Maugiron tient la campagne ravagée aussi ponctuellement par les courses des protestants (Gay, 206). De la Flandre au Poitou : consolidation des grands exploitants ✷ En Flandre. Ordonnance de Philippe II contre le mauvais gré dans les châtellenies de Lille, Douai et Orchies en 1585. « Plusieurs censiers et autres mauvais garnements […] ores qu’ils aient fait fin de cense ou qu’autrement ils soient du tout impuissants de retenir les terres et dîmes qu’ils occupent à bail, s’efforcent de continuer en l’occupation d’icelles pour eux ou leurs enfants, contre le gré des propriétaires, sans payer rendages outre que bon leur semble, usant de menaces […] de bouter ou faire bouter le feu es édifices des censes comme de fait il est advenu » (François Debouvry, Étude juridique sur le mauvais gré, 1899, 24 et 173). ✷ Concentration de l’exploitation dans le Haut-Maine. Bordages et métairies s’agrandissent et les métairies commencent à absorber les bordages. En 1585, les bordages de Gaumont et de Louvannerie, à Dangeul (Sarthe), fusionnent pour constituer une métairie. La métairie de Touchalleaume s’accroît par les terres des deux bordages. À Courgains, deux métairies fusionnent alors que sont détruits les bâtiments de l’une d’elles. Le processus, réalisé par les propriétaires du sol, se poursuit ensuite subrepticement (AD 72, H 169, d’après Gautier, HSR 38, 2012, 57). 310

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1586 Sale temps

~ Autour de Reims : « Yvert long ne feit presque de chaleur jusques au moys de

juillet à cause de quoy les bleds avec les vignes eurent maulvais temps, jaunissirent lesdites vignes et sy n’y avoit que bien peu de raisins et mal nouris de sorte que peu devant la moisson le seigle fut vendu vi livres et plus le septier, l’avoine xl solz ; et le bon vin, encor qu’il ne fut guères bon, valloit l l. et plus la queue. Au mesme temps fut en ce pays pour la famine grande multitude de pauvres, venans de plusieurs pays. Et continua la chéresse jusques ès moissons de l’année  1587, de sorte que le froment valloit x livres le septier, le seigle vii livres ; l’orge aultant à cause qu’il y avoit peu de seigle, qu’il ne fut fort [ederne] et fut ceste année recuillé aultant [desderne] que de seigle, l’avoine au prix susdit » (Pussot, 21). ~ Autour de Metz : « L’yver 1585 fuist par trop pluvieuse de sorte que les semences se portont mal, car venant le moys de mars  1586 on ne voyoit que bien peu de bleidz aux champs, que fuist cause qu’il rencherist grandement. Car tout incontinent il valust 6 et 7 fr. la quairte. Et venant la moisson qui fuist fort petite, mais les bleidz fort bon, il valust 10 fr. la quairte. Et sy au moys de may dudict ans 86 il n’eust fait ung temps amiable, on n’avoit espérance de faire moisson. « La vandange suyvante 86, fuist fort petite, assavoir que on ne trouva que bien peu de vandange, mais les vins fuirent bon, ce n’estoit qu’environ ung quart d’année. […] Il fist une saison assez propre pour semer, qui dura jusqu’au 22 de novembre dudict ans 86. Puis fist ung froit très terrible, et fuist la rivière prinse le 29 dudict moys qui dura 15 jours. Durant iceux il passa une infinitez de chariots sur la glace, puis elle se rompist par impetuositez nompas par grandes eaues, sy furent les rivaiges couverts de gros glaçon qui durèrent loing temps. Les froidures ont depuis tousjours continuées fort aspre. Et sy fuist encor la rivière gelée sur la fin de febvrier. Breifz il tomba force neiges et sy fist des froidures sy véhémentes que chacun en estoit tout esbahis. La terre fuist serrée bien 12 sepmaine. Le 6 de mars 87 il neiga toute la journée et sy se ferma, la gelée donnant aussy asprement comme si ce fuist estez au moys de décembre » (Le Coullon, 66-68). ~ Autour de Hazebrouck  : le 3  juin, orage épouvantable avec une « pluie de grêlons aussi gros qu’un œuf de poule  : les blés, les seigles et les fèves furent hachés » (Van Pradelles, 17). ~ Crue de la Loire : « L’an 1586, y eust de si grands débordements en Forez de la rivière de Loire que plusieurs places du domaine en furent démolies pour la réparation desquelles la reine Isabelle (comtesse douairière) donna un bail l’année suivante, et fit faire une aumône générale aux pauvres, misérables et languissants de ses villes et châtellenies dudit pays, et à ceux des villages et plat pays, à cause de la nécessité et disette de vivres dont ils furent affligés » (Histoire du Forez, 1835, II, 210). « En 1586, les crues considérables se montrèrent à Nevers et en aval, elles surpassèrent les crues de 1496, 1527, 1537  : « Tout le bétail qui était dans les pâturages et les environs de cette rivière fut noyé » (Guy Coquille, Histoire du pays et duché de Nivernais). 311

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Terrible famine ~ En Velay (mars-août)  : « La grand cherté du bled et abondance des pauvres » dans les campagnes du Velay. « Faut entendre qu’en ladite année, par le moyen de l’indisposition du temps, neiges continuées tout le temps du Carême ordinairement, par tout le pays de Velay qu’ès montagnes des environs, le pauvre peuple, qui avait été ruiné par les guerres et après par la misère du temps, étaient (sic) si ruinés et affaiblis qu’ils mouraient de faim, les trouvant dans la neige morts en grande abondance, car aussi à la vérité ils avaient mangé du pain d’avoine, de fougères, et les autres d’écorces des arbres : choses dignes de mémoire ! Et s’en venaient retirer au Puy par grand force étant si maigres et défaits qu’ils ressemblaient des corps morts sortis du sépulchre […]. Si y avait du danger auxdits pauvres étrangers, à cause que par toutes les montagnes et villages d’où ils venaient, la peste les en avait délogés. Et par le moyen desdits fléaux, peste, guerre et famine, le peuple était venu à telle misère et pauvreté […]. Il ne faut oublier la pauvreté et misère des autres villageois, nos proches voisins, car ils n’avaient blé ni argent et mouraient de faim. Car de jour à autre le prix du blé augmentait, de sorte que le carton de seigle se vendait quatre livres, et le carton du froment cinq livres, autant les fèves et le carton d’orge trois livres cinq sols […] ce que dura tout l’été » (Burel, I, 98-100). ~ En Vivarais et Forez  : « Discours véritable de ce qui est advenu en Vivarois, Velay, Forez et pays voisins, ès années  1585 et  1586, par la guerre, cherté et pestilence. Ce que fut commencé environ le mois de mars  1585, et continua si longuement que lesdites gens de guerre trouvèrent que manger, piller et ravager sur les champs […]. Le commencement de guerre fut suivi d’une disette et stérilité de blés si grande, que jamais homme vivant n’ouit parler audit pays d’une semblable ; car aux moissons dudit an 1585, en la plupart des terres ne se recueillit guère que la semence nécessaire pour l’année suivante, encore plusieurs n’en eurent assez pour semer. De sorte que l’hiver [janvier-mars 1586], à cause de l’extrême cherté des blés, se trouva un nombre infini de pauvres mendiant et courant par tout […]. C’était chose ordinaire aux villageois de vivre de la gland comme les premiers hommes, s’ils en pouvaient trouver, manger racines et herbes sauvages, faire du pain de fougère et du marc de pépins de raisin séchés au four et passé par le moulin, et de pratiquer pour cela toutes anciennes inventions, comme d’appliquer à cet usage l’écorce des oins et autres arbres, les coquilles de noix et amandes, les tronçons de vieux tuiles et briques mêlés avec quelques poignées de farine d’orge, d’avoine ou du son, ce qui n’avait encore jusques à ce temps été entendu et pratiqué comme il fut fait en quelques villages de Vivarais et Velay […] tout le long de l’hiver et jusques après Pâques 158[6] […], il en mourut un très grand nombre de faim, de froid et de maladies, aux villages et par les champs » (Gamon, 135-137). ~ En Lorraine : « Nonobstant on ne faisoit grande distribution de vin, cause du bleidz qui estoit excessivement cher. C’estoit une pitiez très grande de veoir mendier une infinité de personne ; la pluspart ne mangeont que pure aveine, voire des gros laboureurs et sy valoit la quairte 40 gr. » (Le Coullon, 66-68).

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~ En Poitou : « Le samedi 4, me fut dit que la contagion étoit telle à Parthenay

que les habitants en sortoient, pour habiter les campagnes, malgré le grand nombre des brigands de ce temps » (Le Riche, 462). Violente poussée de peste n Peste signalée autour d’Agen, Aix, Albi, Amiens, Angoulême, Annonay, Auxerre, Avallon, Bordeaux, Bourg-en-Bresse, Cahors, Carpentras, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, Chaumont, Die, Dijon, Dinan, Dole, Grenoble, La Réole, Lectoure, Limoges, Lyon, Mâcon, Marseille, Mende, Montélimar, Montpellier, Orange, Orléans, Paris, Parthenay, Rodez, Rouen, Saint-Lô, Sens, Strasbourg, Thiers, Toulouse, Troyes et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 385). n « Grande peste » dans le Sud-est de la France. En Dauphiné à Saint-Antoine, Vif, Grenoble, Romans, Tournon, Die, Châteauneuf-de-Mazenc dans la Valdaine (Piémond, 191). n Peste en Dauphiné (juin-août), autour de Grenoble, Valence, Romans, et à Die. « Au moys d’aoust 1586 […] la peste quy fut generale en cette province du Daulphiné et fort grande, de laquele morut la moytyé du peuple et plus, et en cette vylle de 4 et 5 000 personnes. La myzère i fut si grande qu’on veit en cette année les homes par ceste contagion forcennés et hors de sens. Il se trouva jour estre mort cent ou six-vingt personnes et ne sçavoit on plus que faire pour les enterrer car tous les galoupins mouroyt. Se mal estoit cy contagieus que d’aussi tot qu’une personne en estoiyt surpris, il mouroyt ; il s’est veu des homes, craincte de n’estre incepvelis, comme une infinyté qui mouroyt et demouroyt sans sepulture par le teroyr, fayzoyt leurs fosses et ce metoyt dedans » (Gay, 278). n Peste en Bourgogne et en Beaujolais : Suite de la peste en Bourgogne (Drouot, I, 26). De juillet à novembre : peste en Beaujolais (E sup. 69, Chiroubles et Chazayd’Azergues). À Beaujeu : « maladie contagieuse » le 13 juin 1586 (AD 69 en ligne, état civil, S Beaujeu, vue 1) – « Année de la contagion » à Condrieu (E sup. 69). n Peste en Forez  : « Ceux qui sont mort de la contagion en l’an  1586 »  : liste de 515  morts, adultes et enfants dont trois prêtres. 312 en ville et 203 dans les fauxbourgs (AD 42 en ligne, état civil, MS Feurs 1586-1597, vues 56-74). Les corbeaux sèment la peste En mars, en Basse-Normandie, les corbeaux répandent eux-même la contagion. Les « évacuateurs » de la peste se transforment en escrocs à Périers (Manche). Une bande de « purgeurs » de contagion abuse de la crédulité des habitants : « Pour avoir lesdits Hubert Desmonts et Le Metterel, commis plusieurs fautes et malversations en nettoyant les maisons inconvénientées de peste, mis plusieurs excréments et autres choses pestiférées pour intoxiquer et mettre la peste aux maisons où il n’y avait inconvénient » (AD 76, 1B 320, 19 mars 1586, d’après Mouchel-Vallon, 38). En Forez : une pestiférée dicte son testament dans un pré « Par devant Jean Fournier, de Sury-le-Comtal, notaire royal juré et en présence des témoins ci après nommés, s’est établie en personne Jeanne Montmey, fille de feu Antoine Montmey, vivant laboureur de la Devalla, paroisse dudit Sury, laquelle 313

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étant en un sien pré, sis audit lieu de la Devalla, atteinte et malade de contagion, saine toutefois de ses sens, pensée, mémoire et entendement, considérant l’état de ce mortel monde, et qu’il n’y a chose si certaine que la mort, ne chose moins incertaine que l’heure d’icelle […], donne et lègue comme dessus à tous ses autres parents et amis et prétendant droit en ses biens, à chacun d’eux la somme de 5 sols tournois payables l’an révolu après son décès […]. Fait et passé audit lieu de la Devalla, le 23e jour d’août après midi l’an 1586 » (Histoire du Forez, 1835, II, 212). 30  janvier  1586  : 6e  et ultime aliénation des biens du clergé pour mener la guerre contre les huguenots en Guyenne, autorisée par une bulle de Sixte Quint. Les opérations sont prévues en deux fois, chacune pour 50  000 écus de rente (capital d’un million d’or). Les dîmes peuvent être aliénées. Seule la première opération est acceptée par l’Assemblée du clergé et enregistrée au Parlement de Paris. La recette de cette dernière aliénation atteint 4,445 000 livres (Carrière, 410). Processions en Sologne À Vouzon, pour la seule année comptable 1585-1586, les paroissiens se déplacent 14 fois en des localités distantes de 8 à 30 km. En 1585, ils se rendent le 29 septembre à Souvigny pour la Saint-Michel, le 11 novembre à Nouan pour la SaintMartin, le 19  novembre à Sennely pour la Saint-Simon. Au cours du seul mois d’avril  1586, période pascale, trois processions se succèdent  : le lendemain de Pâques (7 avril) à Chaon, et le surlendemain (8 avril) à Menestreau puis le 30 à Pierrefitte pour la Saint-Eutrope. Le 6  mai, on se rend pour la Saint-Jean Porte latine à Sennely, et le 6 juillet à Saint-Aubin. Le 3 août, procession à Tremblevy (Saint-Viâtre), le 10 à Nouan pour la Saint-Laurent et le 17, à Marcilly-en-Villette pour la Saint-Blaise. Le 1er  septembre, on part fêter Saint-Loup à La Ferté-SaintAubin avant de clôturer l’année à Notre-Dame de Cléry pour le grand pèlerinage de la Nativité Notre-Dame, le 8 septembre 1586 (Poitou, 668). Une bête monstrueuse autour de Revin Autour de Revin, en décembre, ravages d’une bête » grandement monstrueuse et furieuse »  : Figure d’un loup ravissant trouvé en la forest des Ardennes et de la destruction et grands dommages par lui faicts en plusieurs bourgs et villages et dépendances d’icelle forêt au mois de décembre dernier passé avant qu’estre attrapé, Troyes, 1587. « Sarrasin, fève de Calicut et sainfoin » : l’ouverture agronomique d’une ferme normande En 1586, un bail à moitié est passé en Haute-Normandie, pour la ferme de Canteloup, à La Neuville-du-Bosc (Eure). Dans les régions d’agriculture modernisée, comme celle qui règne dans la plaine du Neubourg, le métayage de grands domaines permet au propriétaire, en l’occurrence Catherine de Daubray, d’impulser une intensification de l’assolement triennal. La variété des légumineuses souligne les liens entre céréaliculture et élevage. 314

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« Lesdicz preneurs seront aussi subjectz bailler et fournir à leurs despens toutes les semences […] sçavoir de bled froment les terres de la saison des bledz et en la saison des mars six acres de terre en orge, quatre acres en poix blancz, deux acres en lin […] du chanvre s’ilz en font et le surplus de ladicte saison des mars les deux tiers en avoine et l’aultre tiers en poix gris, vesce esgalement. Aussi seront tenuz faire semer et fournir deux acres de terre en bled sarrazin aux vorets par chacun an, plus de faire fournir, ensemencer dedans l’enclos de Cantelou des gros pois blancz, chiques, felves communes et de calicutz […]. Aussi labourer, fumer et cultiver les trois prez […] pour les semer en saincfoing » (Plaisse, 632-636).

1587 Lundi de Pâques : naufrage à Ouzouer-sur-Loire (Loiret) « Je vis l’an 1587, ceux d’Ouzouer-sur-Loire, bon et riche bourg, qui avaient perdu leur curé et presque tous leurs paroissiens, traversant la rivière pour aller en procession à Sully un lundi de Pâques, ainsi qu’ils avaient coutume, passèrent et consommèrent deux ans à les [lettres de remise de taille auprès du roi] obtenir et valider. Au même moment ceux de Mantes-sur-Cher [Mareuil-sur-Cher ?], en Berry, qui avaient été brûlés, deux de leurs procureurs étant morts à la suite de la cour, quittèrent tout, n’en pouvant plus Il faut passer par tant de mains [pour obtenir un dégrèvement de taille] que c’est pitié » (René Laurens de La Barre, Fourmulaire des élus, 1616, rééd. 1631, 152). « L’an de grand cherté et famine » ~ En Île-de-France : année très stérile en blés (Thoulouse, II, 287-288). Mercredi 3 juin, « Le bled se vendit à Paris 30 livres et aux villes circonvoisines jusqu’à 40 et 45 livres » (Pierre de l’Estoile). ~ En Drouais  : « L’an de grand cherté et famine, que l’homme mangeait avec les porcs et paissait avec les bêtes. J’en ai vu qui mangeaient les hannetons et les charognes des bêtes mortes » (AD 28 en ligne, BMS Prudemanche, vue 48). ~ En Pays de Bray : « Continuation de la cherté des grains en ladite année 1587, la mine de bled ayant valu jusqu’à 30  livres. Et sans des bleds qui vinrent du Dannemark et de la Pologne, il y aurait eu en France une famine générale » (Bouquet, 58). ~ En Basse-Normandie, comme le rapporte Delamer, tabellion à Cherbourg : « L’an 1587 courut une grande chertey Le paouvre peuple bien le scayt Qui moleste en a estey La plupart au haut de Lestey N’avoient bley, ne pain, ne faryne Pourquoy plusieurs en paourtey Sont morts par extrême famine » (Bibl. mun. Cherbourg d’après Mouchel-Vallon, 42). ~ En Picardie : « La chère année » à Abbécourt (E sup. 02). 315

1587

~ En Champagne : « Yvert fort fong les froigdures continuèrent jusques au moys

de juin ; les biens de dessus la terre ne croissoient que de force ; audit moys de juin, vint une gelée le jour de la Trinité qui gatta les vignes des tendres villages et plusieurs seigles ès bas lieux ce qui fut cause en ce pays de grande chéresse de sorte que le froment valloit xv et xvi livres le septier, le seigle x et xi livres, l’orge aultant, l’avoine iv 1ivres. Et tous aultres vivres estoient fort chers, et encor plus aux aultres pays que ès environs de Reims. Aulcunes poires de Bon Crestien furent vendues vi solz tournois la pièce. Pourquoy advint en ce pays grand nombre de pauvres, pour la pluspart employez à la diligence de Messieurs de Reims à curer les fossez d’entre la tour Sainct George et Sainct Nicaise, et estoient lesdits pauvres nourris de pain, potage, et à chacun six deniers par jour […]. Ceste année fut fort tardive pour les froidures mois d’aoust, de sorte vin et fort pelitz, qui valloient toutesfois à la vendange xx le moyen, et le bon c livres la queue, mesme l’excellent tant viel que nouveau valloit huict vingts livres la queue ; mais le moyen et le petit diminuèrent de pris sur le printemps (1588) d’aultant qu’il ne s’en vendoit que bien peu. Et fut bonne quantité de grain et principalement du froment, tellement que en caresme (1588) le froment ne valloit plus que iv 1ivres x solz, le seigle lxv solz et l’avoine xxxv solz, le septier » (Pussot, 22-24). ~ En Lorraine  : « 1587. La quairte de bleidz es moys de juin a vallu à Thoul, Nancey, Pont-à-Mousson xx fr. et xxvii fr. monnaye barroyse. A Metz, par la diligence du gouvernement qui ait fait inhibition et desfances de ne le vendre plus de x fr., et n’en laisser sortir es ses deux moys hors de la ville mesmes au gens du pays ny pain ny vin, si ce n’estoit que les pauvres gens par subtil moyen en faisoient sortir. Une infinitez de pauvres mouroient en ce temps hors des portes de faim, ne mangeant aultres choses que des herbes et faisoient grand degatz es jardins et mesoiaiges, comme aulx, oignons et pattenées » (Le Coullon, 69). ~ En Bassigny : « le 15 septembre, la famine a été si grande que ladite ville [de Langres] a été contrainte subvenir au peuple tant d’icelle ville que de 10 lieues à l’environ, et vidée de tous grains, une grande partie du pays a été perdu par les grêles, les terres rendus si infertiles que l’on n’a recueilli la semence, étant impossible de réensemencer pour l’avenir, parce que la famine commence comme auparavant, vu que les héritages des habitants sont demeurés et demeurant en friche, sans labour ni semence » (SHAL, M 278, registre des délibérations de Langres, d’après Skora, 139). ~ En Dauphiné : les blés sont rares « par la cessation du labourage tant d’une part que d’autre (catholiques et protestants) d’aultant que pour le payement tant des impositions que thailhes […] l’on saisyt à toute heure les beufz aux laboraiges et tout autre bestail » (Arch. com. Grenoble, BB 39, f° 109 v°, d’après Latouche, 345). ~ En Limousin : le 10 janvier : « l’eyminal de chastaignes vertes se vend 8 sols 6 12 sols à Saint-Yriex » (Jarrige, 95). ~ En Gévaudan : « La plupart du plat pays n’est habité que de loups et autres bêtes sauvages, tellement acharnés sur les corps humains morts, à grand tas, de peste ou famine, qu’à peine ceux qui sont dans les villes peuvent garantir et défendre de leur violence et férocité » (AD 48, C, remontrances adressées au roi par les états du Gévaudan, d’après André, 1872, 3). 316

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La grande poussée de la peste (suite) n Attestations de peste autour d’Aix, Albi, Amiens, Angoulême, Apt, Argentan, Aurillac, Avallon, Avignon, Bellac, Brignoles, Cahors, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Château-Chinon, Draguignan, Lectoure, Limoges, Lyon, Marseille, Mauriac, Mende, Murat, Orléans, Riom, Saint-Flour, Saint-Lô, Toul, Toulon, Toulouse, Villefranchede-Rouergue et Vire (Biraben, 385). n Peste en Anjou  : « contagion » à Chalonnes-sous-Le Lude en octobre (E sup. 49, III). n Peste en Bourgogne, autour de Dijon, Montbard, Châtillon-sur-Seine (Drouot, I, 26). n Peste en Beaujolais d’avril à août (E sup. 69, Chiroubles). n Peste en Bretagne, à Guégon (E sup. 56). n Peste en Champagne, à Trélou-sur-Marne (Aisne) de juillet à septembre « Le 6e  jour (juillet  1587) trépassa Madeleine, en son vivant femme de Lucas Liège. Elle est morte de peste et fut inhumée au champ. » « Le 3e  jour du mois [août] trépassa de peste Noëlle, en son vivant femme de Louis Halus et fut inhumée en son jardin. » « Le même jour trépassa de la peste Marion, fille dudit Louis Halus et fut inhumée en son jardin. » Du 6 juillet au 17 septembre 1587 : 84 morts dont 30 explicitement au champ et non au cimetière (BMS en ligne, vues 112-114). L’« année des reîtres », fléau complémentaire (septembre-novembre) Arrivée du duc de Bouillon avec 10 000 reîtres allemands et de 20 000 suisses au secours du roi de Navarre et du prince de Condé, qui ravagent en août et septembre la Lorraine entre Blâmont et Vaucouleurs et évitent l’affrontement avec les troupes du duc de Guise et de Charles III, massées entre Saint-Nicolas et Toul (Cabourdin, 61). Le 5  septembre au Pont-Saint-Vincent, sur la Moselle, le duc Henri de Guise s’engage contre les forces supérieures des Allemands et s’en tire avec honneur. Mais il ne peut arrêter les envahisseurs qui passent en Champagne et courent vers la Loire. ” Dévastation des reîtres : « Ils mettent le feu indifféremment en toutes les maisons des gentilshommes, abbayes, bourgades et villages d’où ils délogent et partout ailleurs où ils peuvent entrer. Hier, en marchant Monsieur de Lorraine vit dix-huit grands villages en feu. Ils ont brûlé une maison au baron d’Ossonville, treize villages d’une terre au sieur de Bassompierre et sont logés asteure en une autre et en une terre du comte de Salm » (Lettre de Gaspard de Schomberg au roi, 13 septembre 1587, BnF, 500 Colbert, t. X, f° 213). ” Le passage des reîtres allemands laisse une traînée de feux : 35 maisons brûlées à Allain-aux-Boeufs, 39 à Bagneux (dont le moulin à vent), 36 à Colombey, 67 à Harmonville, les châteaux de Vézelise, Bagneux et Le Grelot, les églises de Goviller et Barisey-la-Côté (Cabourdin, 63). Le 24 novembre, les reîtres sont arrêtés à Auneau. Le duc de Guise et le marquis de Pont-à-Mousson poursuivent les débris de leurs troupes jusqu’au comté de Montbéliard. 317

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L’enchevêtrement des calamités Famine, guerre et peste au sud du Vercors  : à Beaufort-sur-Gervanne (Drôme), les consuls dénoncent le cumul des fléaux. « En après de l’anée 1586, la guerre civile s’est continuée au présent pays et y a heu famine avec grand mortalité générale et notamment en ce lieu de Beaufort, qui est descedé de contagion de peste d’environ 350 personnes. De l’année 1587, la guerre civile s’est continuée avec grandz contributions des années précédentes en argent, magasins de grains, foins et avoynes de façons que les uns comme les autres se sont grandement endebtés et embringués. La famine encore réignante avec grand mortalité de contagion de peste en plusieurs endroits de ce pays » (AC Beaufort-sur-Gervanne, Drôme, CC7, d’après Belmont, 1998, 63). Une crise démographique majeure Dans la courbe annuelle des sépultures pour la France (1550-1790), en l’état actuel des reconstitutions, le mouvement de longue durée reconstitué pour l’Histoire de la population française fait apparaître le pic de 1587 avec l’indice 170  : 4e  position après ceux de 1563, 1694 et 1636. Le déficit des baptêmes (avc un indice de 70, minimum absolu), qui est lié autant à rupture des couples féconds qu’à la chute de fécondité des couples subsistants, correspond en partie à une chute des conceptions depuis 1586, début de la crise. La chute est comparable à celle de 1710 et supérieure à celle de 1694. Consécutif à la conjonction de la famine et de la peste, ce creux est visible dans la majorité des régions pour lesquelles une observation est possible. Seule la Bretagne, le Roussillon et une partie de l’Aquitaine semblent y avoir échappé (Dupâquier, 1988, II, 150 et 196). 12 juillet 1587 : permission de fortifier le village du Thillay « Fort incommodés par le passage des gens de guerre sans aveu qui les pillent et ruinent », les habitants du village obtiennent du gouverneur de l’Île-de-France, René de Villequier, la permission de « clore de murailles » leur village (AD 95, B 2925, 1571-1790). Un conquérant terrien en Franche-Comté : Pierre Cécile « Voici, exemple frappant, la liste des biens-fonds amassés par un conseiller au Parlement de Dole, Pierre Cécile, telle que nous la donne un inventaire après décès [du 27  février 1587]. C’est une véritable accumulation de prés, de vignes, de champs isolés, morcelés, séparés les uns des autres, achetés visiblement au hasard de ventes, de décrets, d’occasions successives –  au hasard, mais avec un plan suivi : dès que, dans une contrée, sur un territoire donné, assez de “corvées”, de “semées”, de “fauchées”, d’ “ouvrées” auront été acquises, le riche bourgeois de ces terres éparses fera une grange ; dans une maison de ferme, il mettra, pour les faire valoir, une famile paysanne. À Orchamps, l’opération était faite ; Pierre Cécile possédait un grangier ; à Damparis, Belvoye et la Borde, “le conseiller Cécile, dit l’inventaire, estoit en délibération de y mectre ung grangier pour ensemencer les terres”. Au total, près de 250 pièces de terre et de pré, 3 maisons de ville, 3 318

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maisons de village et 14 vignes disséminées sur le territoire de plus de 25 villes ou villages différents » (AD 25, B 0418, d’après Febvre, 1912, 266-268). Vol d’abeilles Le 14 mai, pour avoir volé les mouches à miel de son maître, Nicolas Ferrand, élu en l’élection de Coutances et Carentan, sa domestique Michelle Bihel est condamnée à être battue nue de verges, un jour de marché, une ruche à son cou (AD 76, 1B 3208, d’après Mouchel-Vallon, 137).

1588 Temps capricieux ✷ En Champagne  : « Ceste année fut assez fertille en grains mais fut peu de vin et moyen en bonté d’aultant que les moys d’aoust et septembre avec le temps de vendange furent humides […]. À la vendange le seigle valloit xlvii sols le septier, le froment lxx sols et l’avoine xxx sols. L’humidité fut continue et dura le temps pluvieux jusques à Noël, qui estoit temps extraordinaire et merveilleux » (Pussot, 27). ✷ En Velay  : « Neige en grande abondance qui fait épier les blés à Yssingeaux. « Tumbe nege ledict jeudy [jeudi Saint, 14 avril] tout le matin, en grand abondance, et les blés acommensoient d’espier au bas de la parroisse et de là quelque peu à l’hault de la parroisse, l’an 1588 » (Burel, 106). Séisme et peste

~ 25 mars 1588 : Séisme d’intensité MSK 6,5 autour d’Angers (Base SISFRANCE

et Quenet, 553 et 579). n Attestations de peste autour d’Angoulême, Apt, Bagnères-de-Bigorre, Bellac, Briey, Brives, Cahors, Cambrai, Chambéry, Fougères, Grenoble, Lectoure, Limoges, Marseille, Mirande, Montbéliard, Murat, Reims, Rennes, Rethel, Riom, Saint-Flour, Sens, Tarascon, Toulouse, Tours, Tulle et Villefranche-de-Rouergue (Biraben, 385). n Par ailleurs, peste au village de l’Épinay, à Beignon en septembre (E sup. 56), et « contagion » à Liergues, le 2 octobre (AD 69 en ligne, BMS vue 7). Un parfumeur ou un sorcier ? Comment lutter contre la peste Mercredi 10  février, on désinfecte Dun, village du Bas Limousin contaminé par la peste  : Saint-Germain-les-Vergnes (Corrèze). Seigneur de Saint-Germain-lèsVergnes, où il suit régulièrement les travaux de son métayer, Hélie de Rouffignac s’active pour protéger ses sujets des gens de guerre et aussi de la contagion. « Suys party de Favars et suys venu à Saint-Germain trouver le perfumeur de Tulle, avec lequel avons faict pris de perfumer le bourg et paroisse de SaintGermain, l escutz » (Roffignac, 409). Le 26  septembre, en Auvergne, les consuls de Riom font appel à un sorcier d’un village près de Manzat pour lutter contre la peste. « A esté exposé qu’il y a un homme à ung villaige près de Manzat qui a nom Gabriel, lequel a mandé que si on lui veult permectre qu’il vienne en ceste ville, qu’il fera en sorte que la malladye 319

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de peste ne durera plus longtemps et qu’il coppera chemin à icelle. Sur quoy a esté résollu que Gabriel sera mandé venyr en ceste ville dès demain pour veoir s’il pourra donner ordre que la malladye de peste n’aye plus cours » (Clouard, 388). Ravages des soldats ” En Gévaudan : plusieurs villages ruinés dans le Causse Méjan comme celui de Poujols, au Mas Saint-Chély (Lozère) dont le bétail est enlevé par les protestants (AD 48, C 952). ” En Dauphiné  : de septembre à décembre, destructions en Dauphiné lors des opérations militaires menées entre Lesdiguières et Maugiron à Saint-Égrève et Bourg-d’Oisans (Mémoires des frères Gay, 229). ” En Bretagne : point de noces à Fégréac (Loire-Atlantique) en raison des guerres. « Nota que en l’an 1588 et en l’an 1589 ne furent faictes nulles nopses a rayson des guerres » (BMS en ligne 1570-1631, vue 25). Un laboureur à Blois aux États généraux (16 octobre-16 janvier 1589) Le 13 août, à Caudebec sont élus « pour l’Église, le curé d’Ausebosc, le comte de Brissac pour la noblesse et  le nommé le Vasseur, simple laboureur, pour le tiers estat » (Miton, 62). 25 février 1588. Élection d’un capitaine au village d’Hérouville-en-Vexin Au cours de guerres civiles, et en particulier de la huitième guerre de Religion, la plus éprouvante pour les campagnes, bien des villages s’efforcent de se prémunir des exactions des soldats et brigands, en demandant au roi le droit de fortification, d’élection de capitaine et de port d’armes. Si le cadre de formulation est alors stéréotypé, les conditions d’application de cette mesure de circonstance varient. L’exemple d’Hérouville va jusqu’à détailler les services de guet au clocher du village et le taux des amendes pour les récallcitrants, six fois plus fort pour les laboureurs que pour ces manouvriers, selon la structure sociale en place dans la plaine du Vexin français à la fin du xvie siècle. « Du jeudy vingt cinquiesme jour de febvrier l’an mil cinq cens quatre-vingtz et huict, avant midy, en l’hostel du seigneur de Herouville, furent présens en leurs personnes Pierre Benoiste, Antoine Caffin, Jehan Benoiste [suivent 47 noms], faisans et représentans la plus grande et seyne partie de tous les habitans du villaige dudict Hérouville, estans tous congregez et assemblez, et après avoir faict sonner le beuffroy pour traicter de leurs affaires, et sur ce recongurent et confessèrent, recongnoissent par ces présentes avoir esleu et eslisent pour leur capitaine et suivant les certaines lectres patentes à eulx donnez de par le roy nostre sire, à Paris, au mois de septembre l’an de grâce mil vc quatre vingt-sept, de nostre règne le quatorziesme […], par lesquelles il est permis et est octroié aulx manans et habitanz du village de Hérouville qu’il puisse et leur soyt loysible faire fermer, fortifier, clore de murailles, tours, portez, fossez, pont-levis, boullevartz, platesformes, casematez, courtinez, contrescarpez et aultres choses requises et nécessaires à forteresse, telles et semblables qu’ilz sons cranelés noz villes closes de nostre dict royaume, iceluy bourg de Hérouville et y avoir et tenir toutez sortes d’armes qui 320

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leur seront necesserez pour leut seuretté, tuytion et deffence de leurdict villaige dudict Hérouville, ledict Pierre Benoiste, capitaine. « Et ou cas qu’il y eust aucuns des laboureurs et manouvriers dessuz nommez contredisans et déobéissans aux commendemenz dudict Benoiste, capitaine, en cas acordent et consentent, assavoir lesdicts laboureurs estre contrainctz par vente de leurs biens en la somme de vingt escus d’or soleil d’amende [soit 60  L], laquelle somme sera apliquée aux fortifications de leurdit villaige ; et lesdicts manouvriers en la somme de trois escus un tiers d’amende [soit 10 L], condamnés aussy estre contrainctz par vente de leursdicts biens, et ce, sy tost qu’ilz seront rebelles aux commandemens dudict capitaine, et le tout nonobstant oppositions ou appellations quelsconques que lesdicts contredisans pourroient dire et remontrer. « Et oultre puissance audict Benoiste, capitaine, de faire vendre les biens des dessusdictz et aultres habitans dudict villaige pour avoir des armes selon leur capasité et moyens, mesme aussy où aulcuns estoient trouvez sans poudre à canon et balles, en ce cas iceux seront condamnez en soixante solz tournois d’amende, laquelle somme sera apliquée ausdictes fortifications. « Et oultre, tous les dessusdictz seront tenuz et ont promis d’aller chacun ung jour à la tour du clocher du villaige de Hérouville pour faire la guette selon son rent et pour avertir le villaige des troupes de gens d’armes qui seront aux champs. Et où aulcunz des dessudictz ne sonnoist ladicte cloche pour avertir le villaige desdictes troupes de gens d’armes qui seront veuz aux champs et que ledict villaige feust surprins, en ce cas iceluy qui y sera dix trouvé, sera condemné en quatre escus d’amende, laquelle somme sera apliquée comme dessus. Et ad ce faire se sont tous les dessusdictz obligez et obligeans leurs biens, et ce nonobstant oppositions ou appellations quelsconques, à fournir tout ce que dessus, es présens Guillaume Crosneau et Pierre Maistre, tesmoingts. » [suivent les signatures avec paraphe des 14 laboureurs et notables du village, du notaire de Pontoise, et les marques des 15 manouvriers] (AD 95, AMP, 31Z 122, acte du 25 février 1588 passé par devant Jehan Levasseur, notaire à Pontoise, d’après Descamps, 97-102). Vague d’affranchissements de mainmortables en Bourgogne : Charolais, Autunois, Auxois et Chalonais « À la veille de la dernière prise d’armes de la Ligue, en 1588, c’était 200 localités peut-être qui venaient de passer de la mainmorte à la franchise, localités souvent petites, il est vrai, écarts ou hameaux dispersés sur le granite autunois ou charolais, petits groupes humains exposés au soldat et prêts à l’émigration, qu’il était urgent de retenir. « Pour prix d’une forte somme d’argent, des milliers de villageois s’émancipent : 1  800 écus d’or à Montpont-en-Chalonais (1588) ; 1500 à Courban (1578) ; 400 à Bissey-la-Côté (1580) et à Louesme (1580) ; 90 seulement pour le hameau de Pasilly, en Avallonais (1585) (Drouot, 39-40).

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1589 Humidité du nord, sécheresse dans le Midi ~ De l’eau en Champagne : « Le 2e jour dudit mois [mai], les vignes furent gellées en plusieurs endroitz de la montaigne, et principalement des villages des bas lieux. L’esté fut fort humide dès le moys de may, juin et jusques mye juillet. Le reste de l’esté fut fort beau » (Pussot, 31). ~ Sécheresse en Languedoc  : Ensablement de Mauguio, qui perd ses ressources en pêche. « Il souloit avoir un grau aux plages dudit Mauguio, lequel dura environ cent vingt ans, et s’est fermé et entassé de sable en l’année  1589 […]. La perte de ces graus a causé de grands préjudices et interests aux habitants dudit Mauguio desquels une bonne partie se prévaloit par moyen de la pescherie des estangs, lesquels estoient grandement peuplés de poisson par le moyen dudit grau où maintenant ne se pêche que des carpes et autres mauvais poissons mais pas de bon poisson » (Chronique de Mauguio, 1610-1638). En Camargue, l’étang d’Escamandre est « desseché du tout » en 1589 comme en 1612 et 1680 (AD 30, G 1179, d’après Le Roy Ladurie, 37). ✷ Abondance de fruits en Poitou et Saintonge : « Il y eut cette-année là abondance de sel, vin, et de blé » (Dangibeaud, 67). Traité du vin et du cidre 1re édition en français, à Caen, du Traité du vin et du cidre, de Jean Le Paulmier. Exposant la fabrication et la consommation du cidre, Le Paulmier défend cette boisson en démontrant qu’elle ne nuit pas à la santé à condition qu’elle soit fabriquée correctement et consommée en fonction des humeurs de chacun. D’Henri III à Henri IV : les soldats en Île-de-France et en Normandie ” En Dauphiné : le 28 mars, une trêve de 21 mois en Dauphiné est signée par Lesdiguières (jusqu’au 31 décembre 1590) (Gay, 230). ” En Île-de-France : Après la soumission d’Étampes le 1er juillet, les troupes royales s’approchent de la capitale investissent les villages de la banlieue parisienne. « Le samedi premier jour du mois de juillet, la ville et chasteau d’Estampes fus tendues aux deux Rois. Lesquels, par là ayant leurs coudées un peu plus franches, s’approchèrent de Paris où ils avoient opinion d’enter bientôt, et y commander. Et envoyèrent leur avant garde courir et ravager les villages plus proches de la ville comme Clamart, Vanves, Issy, Meudon, Vaugirard, Montrouge et circonvoisins. Le dimanche 2e  juillet, on commença à faire aller xv cent ou 2 mil bourgeois aux tranchées pour y demeurer en agarde 24 heures, chaque dixaine à leur tour, avecq les soldats logés aux fauxbourgs ausquels seules on ne s’osoit fier. Cependant les pauvres gens des villages des environs de Paris, espouvantés, y refuioient en grande désolation, chassant devant eux bœufs, vaches, moutons, chevaux, asnes, et tout ce qu’ils pouvoient sauver de leurs meubles, comme faisoient aussi les religieuses des monastères voisins » (L’Estoile, 798).

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” Assassinat d’Henri  III, le 1er  août. « Au premier d’aoust, fut occis à Sainct-

Clou Henry de Valois, roy de France, par un jacobin » (AD 28 en ligne, BMS Prudemanche 1564-1604, vue 50). Le 8  août,  le siège de Paris est levé. Avec des troupes diminuées, Henri  IV gagne la Normandie. ” En Drouais  : le 13  août, ravages des gens d’armes à Senantes et à Vert-enDrouais (E sup. 28, IV, Nogent-le-Roi). ” En Normandie  : le 12  septembre, reprise de la ville de Neufchâtel-en-Bray aux Ligueurs par l’armée de François de Montmorency, après la défaite de la troupe d’un seigneur picard, nommé Catillon, « suivi de plus de 4  000 paysans » ligueurs (Miton, 68). Le 29 septembre, après la victoire d’Arques sur les Ligueurs de Charles de Mayenne. Henri  IV tente à nouveau de prendre Paris qui résiste. Du 21  octobre au 3  novembre, les faubourgs de la capitale sont saccagés par les troupes royalistes. Les campagnes normandes aux mains des Ligueurs En mars, à Rouen le conseil de l’Union de la province de Normandie accorde aux paysans le droit de port d’armes « dont arriva qu’il ne s’osait présenter gens de guerre pour manger le peuple » (Miton, 65). Le 4  avril, l’assemblée des trois états à Valognes lance le signal de la révolte des ligueurs du Val-de-Saire contre Robert aux Épaules, seigneur huguenot de Sainte-Marie-du-Mont. 2  000  hommes armés venus de 30 paroisses (24 de la sergenterie du Val-de-Saire et 6 de celle de Valognes) et 2 villes, s’abattent sur les nobles protestants du nord du Cotentin en avril-mai 1590. Quatre séries d’expéditions interviennent jusqu’à la reprise en main par l’armée royale en février 1590 et la capitulation des 30 paroisses imposées à 10 0000 écus d’amende (AD 76, 1B5712, Mouchel-Vallon, 119 et 325). De son côté, Louis de La Moricière, sieur de Vicques, capitaine catholique d’Avranches, s’en prend aux châteaux protestants de l’Avranchin, de mars  1589 à octobre  1590, avec les villageois « de toutes les communes du pays » (AD 76, 1B99, délibération du 28  avril 1590, MouchelVallon, 133).

Révolte des Gauthiers Depuis 1588, les Gauthiers se révoltent contre le ravage des armées dans la région de Laigle et d’Argentan (De Thou, Histoire Universelle, VII, 437). Les Gauthiers se composent en majorité de paysans de La Chapelle-Gauthier dans l’Eure. Ils sont organisés en groupe d’autodéfense, sous le commandement de Vaumartel : ils défendent leurs fermes contre les pillages des mercenaires levés par Henri III pour combattre les Ligueurs. Le viol d’une jeune femme par les soldats allume la révolte. ” Le 22 avril, à Commeaux, entre Argentan et Falaise, la bataille des Gauthiers fait plus de 3  000  morts sur les communes de Nécy, Rônai et Montabard communes limitrophes de Commeaux. Le 23  avril, les 1  500 survivants se rendent aux troupes royales commandées par le duc de Montpensier. ” Le 18  avril, le siège est mis devant Falaise, place-forte des ligueurs, par les troupes royales du duc de Montpensier. Par l’intermédiaire des ligueurs d’Argen323

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tan, Cossé-Brissac obtient l’accord des Gauthiers, venus de la région de Gacé, pour attaquer les troupes royales par derrière. Pendant plusieurs jours, les Gauthiers se rassemblent à Pierrefitte sur les communes de Nécy et Ronai. Ils sont environ 5  000  hommes. Prévenu de ce rassemblement, le duc de Montpensier lève le siège de Falaise et encercle les Gauthiers rassemblés à Pierrefitte le 22  avril. La bataille fait rage toute la journée ; les troupes royales sont mieux armées, les Gauthiers, malgré leur courage, seront submergés par les troupes royales. Ils laissent plus de 3  000  morts sur les communes de Nécy, Ronai et Montabard. Restée à Occagnes, à 4 km, la cavalerie des ligueurs n’est pas intervenue, laissant massacrer les Gauthiers. Le reste des troupes paysannes se dirige vers Vimoutiers, poursuivie par une partie de l’armée royale. En 1590, les survivants retournent à leur village en renonçant à prendre les armes. Ravages de loups en Velay ~ « Je ne veulx oublier, en passant, de dire ce petit mot que toute ceste année dernière s’estoient levés une grande quantité de loups par tout le pays de Vellay, que mangeoient les hommes, femmes et enfans et ne touchoient rien le bestailh qu’ilz trouveoient aux champs, tellement que personne ne osoient sortir de leurs maisons » (Burel, 121).

1590 Abondance et sécheresse ~ En Champagne  : « L’année fut fort bonne pour les biens de la terre, et fut le bleid et le vin fort bons pour la beaulté et seicheresse de l’esté, de sorte qu’il fut recuilly deux foys autant de vin que l’année précédente ; et ne valloit le vin nouveau que xxv livres la queue, le septier de seigle iii livres, le froment iv livres. x s.  et l’avoine xxx s.  tournois le septier ; et le vin vieil qui n’estoit guère bon » (Pussot, 35-36). ~ En Pays de Bray  : « L’été fut si chaud et aride que tous les menus grains périrent presque, qui affligea infiniment le peuple, avec ce qu’il était fort peu de bled, parce qu’on n’avait pu semer ni labourer pour les voleries qui se faisaient par l’un et par l’autre parti des chevaux, bœufs, vaches, moutons et autres bestiaux, et que les laboureurs étaient tous fugitifs et retirés de leurs maisons, pour éviter la capture et saisie de leurs personnes » (Miton, 74-75). ✷ En Poitou et en Saintonge  : « Cette-année-là fut bien tempérée en toutes ses saisons, et il y eut quantité de toutes sortes de fruits » (Dangibeaud, 67). Ravages de la Ligue ” En Basse-Bretagne : les campagnes du Trégor prises entre royalistes et ligueurs : « Le 3e  et 7e  jours de juillet 1590 fust bruslée et ravagée la paroisse de Plestin par ceulx du party du roy. Et au reciproque le 21 dudit mesme mois de juillet fust pareillement bruslée et ravagée la paroisse de Plouaret, Ploecberzé [Ploubezré], et la ville de Lannyon par ceulx qui tenoient le parti du duc de Mercure et de 324

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la saincte union » (AD 22 en ligne, BMS Lanvellec 1590-1654, vue 292). Prise du château de Kerouzeré et massacre des nobles par les paysans. La succession des opérations militaires entre l’armée de Mercœur et les royalistes multiplie les destructions (Croix, 1981, 275-277). ” En Laonnois : « En ce temps [avril 1590] les reîtres du duc du Maine étaient logés à Monceau-le-Wast, Fay, Pierrepont et autres villages prochains où ils faisaient un fort grand dégât par volerie et pillerie, pourquoi les habitants de ces villages furent contraints d’abandonner toute leur habitation » (Richart, 267). ” En Vexin normand  : du 25 au 27  février 1590, l’armée de Mayenne ravage plusieurs villages. « Les soldats et capitaines du sieur du Maine, étant logés en tous les villages d’alentour cette ville de Gisors (et Dangu), avaient tout pillé et ravagé ce qu’ils avaient trouvé ; même mis le feu à plusieurs desdits villages comme Beauseré, Courcelles, Boisgilloul, Lattainville, Reilly (Oise), Hérouval, Valécourt, Chambors, et autres villages, où ils avaient brûlé plusieurs maisons […] comme même les villages de Trie-Château et Trie-la-Ville […] et était le commun bruit que ledit sieur du Maine et son armée allaient recevoir grand nombre d’Espagnols qui venaient à son aide et secours. « Durant lesquelles journées, toute la plus grande partie des hommes, femmes et enfants de tous lesdits villages s’étaient réfugiés dans cette ville de Gisors, avec leur bestial, en grande désolation et calamité » (Journal d’un bourgeois de Gisors, 27-28). ” « 1590. Le 13  février fut pris Nonancourt. Dreux assiégé. Ce jour [13e  de mars] le siège fut levé de devant Dreux. Ce jour [14e  de mars] fut la bataille entre Saint-André et Ivry à la Malmaison » (nota du curé de Prudemanche, baptêmes 1564-1604, AD 28 en ligne, vue 51). ” En Pays de France  : Jacqueline Vallet, veuve de Pierre Dubarle, marchandlaboureur à Goussainville, doit payer 8 écus soleil « pour aller rachepter au MesnilAubry l’un de ses chevaux qui avait été pris par les gens de guerre » (AD 95, B Goussainville, comptes de tutelle 1586-1610). Été 1590 à Paris : mourir de faim devant un tas de blé Dans la capitale assiégée par l’armée du roi, les vivres manquent et une terrible famine s’instaure au cours de l’été. Comme à Sancerre en 1573 – mais à une tout autre échelle  –, le petit peuple de la ville est acculé à briser les tabous alimentaires. Alors que les récoltes de l’Île-de-France sont satisfaisantes, on meurt de faim à Paris. Juste avant la levée du siège, le 30 août, on assiste même à des cas d’anthropophagie. « Pendant le mois de juillet, la saison étant de cueillir les grains et faire la moisson, qui était fort belle et en grande quantité, tout autour de la ville de Paris, ceux de ladite ville, qui étaient fort pressés de faim, s’efforçaient d’en aller couper, et sortaient aux dépens bien souvent de leurs bras et de leurs jambes ; car on ne voyait autre chose tous les jours qu’hommes et femmes coutelassés en revenir […]. « Pendant ce temps, qui était six jours avant la levée du siège de Paris, et jusques à la fin d’icelui [du 24 au 30 août], vous eussiez vu le pauvre peuple qui commençait à mourir à tas, manger les chiens mort tout crus par les rues ; autres 325

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mangeaient les tripes qu’on avait jetées dans le ruisseau ; autres des rats et souris qu’on avait semblablement jetés ; et quelques-uns les os de la tête des chiens moulus (chose qui montrait une grande extrémité) ; et étant la plupart des ânes, chevaux et mulets mangés, on vendait les peaux et cuirs desdites bêtes cuites, dont les pauvres mangeaient avec fort bon appétit […]. Finalement, la nécessité croissant, deux ou trois jours devant la levée du siège, les lansquenets, gens de soi barbares et inhumains, mourant de male rage de faim, commencèrent à chasser aux enfants comme aux chiens, et en mangèrent trois : deux à l’hôtel Saint-Denis et un à l’hôtel de Palaiseau ; et fut commis ce cruel et barbare acte dans l’enceinte des murailles de la ville de Paris, tant l’ire de Dieu était embrasée sur nos têtes » (Pierre de l’Estoile, Journal 1589-1600, éd. 1948, 59 et 70). Des villages taillés par les deux partis : royalistes et ligueurs « Le sieur de Tavannes, gouverneur de la ville de Rouen pour la Ligue […] avait envoyé un élu à Gournay, qui avait délivré mandement pour la taille aux villages circonvoisins, comme Éragny, Tierceville, Sérifontaine, Saint-Denis-le-Ferment (Oise), Bézu-le-Long, Saint-Éloi (Eure), et à tous les autres villages de la province de Normandie. Et laquelle taille, il leur avait convenu payer pour la garnison dudit Gournay et autres ; tellement que les villages avaient payé les tailles à deux  : au roi et aux ligueurs. N’osant les habitants desdits villages, ou bien peu, osé venir à Gisors ni ailleurs, à cause qu’ils étaient mis en prison par le sieur de Flavacourt, notre bailli, qui retenait lesdites tailles pour le roi, si bien qu’il ne venait audit Gisors que des femmes. Comme par semblable, lesdits pauvres villageois n’osaient coucher dans leurs maisons, de peur des ravageurs et pillards qui, nuit et jour, passaient par lesdits villages pour voler et piller ; ains étaient contraints coucher dans les bois, maisons des gentilshommes et ailleurs, laissant leurs femmes et enfants dans leurs maisons à l’abandon desdits pillards » (Journal d’un bourgeois de Gisors, 49-50). Capitulation des Lipans Après la reprise de Falaise et d’Argentan aux Ligueurs, les Lipans, de paysans qui ont succédé aux Gautiers, commandés par Jean Mallard de La Motte, gouverneur du château d’Essay, font « de grands ravages aux environs de Domfront, de Bellême et dans le canton de Sées » (Mémoires historiques sur la ville d’Alençon, 353). Au début de l’année  1590, ils capitulent et disparaissent. Comme les Gauthiers, ils paraissent avoir vécu de maraude et de rapines : franches lippées et tranches repues sont termes synonymes. La louve rouge de Belfort La sinistre équipée d’un loup enragé au sud-est de Belfort, est l’un des exemples les plus anciennement documentés sur cet autre risque occasionnel que les gens de village connaissaient sporadiquement. En dehors des attaques de loups anthropophages qui paraissent alors bien plus générales, et frappent surtout les enfants et les femmes, les agressions de loups enragés terrifient les populations par le nombre de victimes, la soudaineté de l’événement, la violence des morsures et la mort à retardement que le virus de la rage peut occasionner. Perturbé par la 326

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crise rabique, l’animal furieux mord très grièvement tous les êtres vivants qu’il rencontre sur son passage, adultes et enfants. ~ Le 25 juin, une vieille louve rouge enragée « à laquelle les dents étaient usées, qui avait les flancs et queue pelés, n’ayant rien dans l’estomac, mais du lait dedans les tétins », blesse grièvement 12  personnes en 24  heures dont 9 sont morts trépassent « avec grande misère ». À Bourongne, deux jeunes filles parties « cueillir des cerises au bois, entre les fins de Meru et Bourongne » défigurées, succombent après d’atroces souffrances 21 à 22 jours après ; l’une « priait son beau-père […] qu’il prît une pioche et qu’il l’assommât ». À Trétudans, elle arrache un œil et le bout du nez à un jeune garçon de 13 ans (qui meurt 17 jours après) ; à Danjoutin, elle fait des plaies affreuses à un enfant de 3  ans qui succombe dans les trois jours ; puis, passant derrière le château de Belfort, elle traverse le grand chemin qui mène à Roppe, et attaque une fille perdue assise sous un cerisier ; à Vétrigne, elle mord deux personnes puis à La Charme, une femme ; à Étuefont, un homme blessé au doigt, succombe 59 jours plus tard et deux autres personnes ; revenant sur ses pas, à Vézelois (par Roppe), un homme au visage et au bras qui trépasse, « enchaîné » en l’église de Brasse le 13  juillet, enfin au village de Méroux où elle mord encore quelques habitants avant d’être abattue à coup de faux par des faucheurs aidés de leurs chiens à Sévenans. La peau de l’animal est exposée à Montbéliard (Observations de Jean Bauhin d’après Nardin, Bull. Soc. Belfortaine d’émulation, 1894, 125-128).

1591 Séisme à l’île de Ré ~ 24 avril : Séisme d’intensité MSK 5,5 sur l’île de Ré (Base SISFRANCE et Quenet, 532). Des hannetons aux champs « Et en ce temps [autour de Reims], qui estoit tout le temps des arnould [hannetons] et des moissons, fut du tout pluyes, de sorte qu’il ne fut guère de jours ouvriers sans pluveoir, et d’abondance tellement qu’il n’y a mémoire d’avoir veu une sy humide moisson et qu’il y aveit merveilleusement de tout grain prest à recueiller, parquoy y en eust beaulcoup de germez […]. Les vendanges furent assez heureusement faictes, contre tout espoir. Mais les vins ne furent guère bons à cause qu’ilz ne furent nourris de challeur, et contraint de les prendre et cueiller avant leur maturité pour la doubte des coureurs réalistes d’Esparnay, avec le dégât des estrangers estans es environs de Reims. De sorte que les vendanges furent de grans fraix, et coustoit la queue à ramener de la monlaigne, c solz tournois, vi livres et iv livres du moins ; à la vendange, la queue de vin nouveau valloit xxii livres, le vieil lxxv 1ivres, le bleid seigle l solz tournois le septier, et l’avoine quasy aultant, d’aultant que iceulx estrangers avoient destruit et dissipé les avoines du pays » (Pussot, 38-39).

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La Provence sous la botte savoyarde Après l’invasion de la Provence par les troupes du duc de Savoie, le séjour des soldats provoque, de 1591 à 1595, un endettement des communautés rurales. Roquebrune-sur-Argens vend la moitié de la juridiction sur la terre de Villepey pour 18 000 livres en 1595 (AD13, C 114). En 1600, la communauté de ThorameBasse vend pour 12  000  livres tous les herbages de sa terre gaste (Ibid.). Dans les vigueries de Digne, Seyne, Sisteron et Forcalquier une vague d’aliénation de biens communaux, avec franchise de taille, s’effectue au profit des créanciers de 1599 à 1602 (AD 04, 1B 400-406 et 2 B164, B 20008-2478, d’après Pichard, HSR 16, 2001, 85). De la Bretagne à la Lorraine : les campagnes à feu et à sang ” En Anjou : le 22 février, « délogea de cette paroisse de Cuon deux compagnies de gens d’armes du régiment de Stronze (la compagnie coronelle étant logée à Beaufort) (E sup. 49, III, Cuon). ” En Bretagne : passage des Anglais et des lansquenets de la compagnie du prince de Dombes à Mauron (E sup. 56). En septembre, à Châteaugiron, les 3 000 hommes de l’armée anglaise sèment l’infection. Plus généralement, trois mauvaises récoltes successives rendent insupportables les ponctions infligées par les gens de guerre de 1591 à 1593 (Croix, 1981, 276). ” Dans le Mantois : le jeudi 19 septembre, « Le Mesnil [Le Mesnil-Simon, Eureet-Loir] fut brullé des gens de guerre qui vindrent de Dreux tout exprès » (E sup. 28, IV, Gilles). ” En Lorraine : 15 000 protestants allemands, sous le commandement du prince Christian d’Anhalt-Bernburg, traversent la Lorraine septentrionale. Seule une faible partie des effectifs se dirige vers le Toulois, pillant quelques villages autour de la cité (Cabourdin, 61). ” En Cambrésis : depuis le 19 octobre, et trois années durant, « les gens du Pays bas auraient assiegez la ville de Cambrai et ruyné le pays de Cambrésis » (E sup. 02, V, Prémont). ” En Auxerrois : la paroisse d’Aillant-sur-Tholon (Yonne) est « toute ruinée et brûlée » en 1591 (Durand, 194). ” En Vexin normand : Les Anglais envoyés par la reine d’Angleterre pour soutenir Henri  IV ont « scié et fauché toute l’herbe des prairies, et pillé tous les villages, mis leurs chevaux dans les églises des villages, comme à Saint-Denis-le-Ferment, Thiergeville, Droictecourt, Éragny, Bezu-le-Long, Saint-Éloy, Courcelles et autres, tellement que c’était horreur de voir tel désastre » (Journal d’un bourgeois de Gisors, 58). Procès pour sorcellerie 1591. Procès pour sorcellerie à Amance, près de Nancy. Bulme, le herdier de la commune –  c’est-à-dire celui qui garde la herde, le troupeau commun  –, est accusé de sorcellerie et les bergers qui vivent isolés dans les champs fournissent un important contingent de victimes, accusés d’avoir jeté un sort sur les animaux 328

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et provoqué la mort des maris de leurs accusatrices (Henri Lepage, Annuaire de la Meurthe, 1857, « Une procédure de sorciers au XVIe siècle »). En Cotentin, recours au cabotage pour assurer le ravitaillement de certains villages bloqués par les Ligueurs Juin 1591 : Guillaume Brohier et Jacques Lerozier, marchands demeurant à SainteMarie-du-Mont, offrent d’approvisionner leur paroisse à hauteur de 400 boisseaux de froment et 400 boisseaux d’orge, en passant marché avec Richard Périgault, propriétaire d’un bateau (AD 76, 1B 5719, arrêt du Parlement de Rouen, d’après Mouchel Vallon, 155). Au siège de Chartres : les paysans sacrifiés par les assiégés Le 3  mars, « Chartres est rendu au roi par composition » (AD 28 en ligne, BMS Prudemanche, 1564-1604, vue 53). « Durant notre siège les pauvres gens de village et vignerons réfugiés ont du fort mauvais temps car ils étaient opprimés de labeur aux remparts […]. Plusieurs tombèrent malades pour avoir trop travaillé sans se reposer, ni nuit et ni jour et quand on les tenait, on ne les laissait aller […]. On leur donnait un ou deux petits pains et fort peu de vin sans autre argent […]. Leur paiement était la mort » (Bibliothèque de l’Arsenal, ms 4174, d’après Constant, 81, 287). En Normandie et en Picardie : ravage des Catillonnais (1589-1594) Sur la 9e  tapisserie tendue dans la salle des États de la Ligue figure « une grande Géante, gisante contre terre, qui avortait d’une infinité de vipères et monstres divers, les uns intitulés Gaultiers, les autres Catillonnais, Lipans, Ligueurs, Catholiques zélés et Châteauverds » (Satire Ménippée, Abrégé des États de la Ligue). « Le 5e  novembre audit an  1591, deux soldats de Catillon ayant été surpris volant aux champs, furent pendus et étranglés audit lieu de Neuchâtel, devant les halles. Et un autre, nommé Le Clerc, natif de Copainville, fils d’un riche paysan, ayant été pris avec eux, fut condamné à être présent à l’exécution, la corde au col » (Miton, 83). Au son du tocsin ! Ligues campanères du Comminges (1591-1592) Elles naissent, à l’avènement d’Henri  IV, des exactions dont sont victimes les campagnes catholiques du Comminges, victimes des incursions protestantes voisines. Il s’agit d’une association de villages appartenant aussi bien au Comminges qu’aux territoires voisins  : Nébouzan, Rivière-Verdun, Astarac et Magnoac. En janvier 1592, lors des états de Comminges tenus à l’Isle-en-Dodon, les « confédérés » apportent leurs statuts. Tout comme en 1546, les communautés villageoises se font représenter par des syndics. Sans désir de contestation sociale, ce mouvement d’autodéfense paysanne prend toutefois des aspects plus insurrectionnels. Au son du tocsin (campana) les associés organisent une défense commune contre les agressions des bandes qui n’appartiennent pas au parti de la Ligue, pour conserver le pays dans la foi catholique et s’opposer à toutes les exactions (Souriac, 1985, 276). 329

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Sans atteindre pareille échelle, ce type de réaction se retrouve ailleurs comme en Mâconnais. Les villageois de Grièges, livrent un combat contre les soldats en 1591 (Arch. com. Macon, BB 57, d’après Drouot, 1937, II, 141).

1592 Année médiocrement bonne « Ceste année fut médiocrement bonne [en Champagne], les bleidz et le froment cx soiz, le seigle vins fort bons eut valloit lv solz, l’avoine xxx s. le septier la queue de vin nouveau xl livres, et le bon, lxx » (Pussot, 43). Toujours les gens de guerre ” En Sancerrois : « Environ ce tems [mars] le sieur de Vauvrille prit le château d’Herry, et y mit garnison pour faire la guerre à ceux de Sancerre et de la Charité qui tenoient pour le roy » (Gaspard Thaumas de la Thaumassière, Histoire de Berry, 1689, 212-213). ” En Anjou  : 1er  mai  : passage des gens de guerre à Chazé (E sup. 49, II, Le Louroux-Béconnais). 2 avril et 17 août : décès causés par les gens d’armes à SaintPhilbert-du-Peuple, en Anjou » (E sup. 49, III). 22 juillet : troubles de la guerre à Maumusson (Loire-Atlantique) (E sup. 49, II, Le Louroux-Béconnais). ” En Bretagne : passage des gens de guerre à Guégon. Le 11 octobre 1592, décès de Perrine Guillochon « a cause du feu qui fut mis ou laissé prendre en la maison où elle demeurait lors, par des gens de guerre qui étaient logés audit bourg de Guégon, qui se disaient du régiment de Pignefie et Goullaine » (E sup. 56). En Comtat : les habitants de Gigondas réactualisent leurs statuts L’un des quatre villages qui entourent Orange et composent, avec la capitale, la principauté, Gigondas compte 200 à 300 habitants soumis à l’autorité de PhilippeGuillaume de Nassau, prisonnier du roi d’Espagne, et représenté par son lieutenant. En faisant acter en français – en non en provençal – ces usages ruraux, le prince protestant entend se concilier le soutien économique de ses sujets catholiques. Collection de 73 articles, les statuts de Gigondas reprennent des dispositions courantes dans la réglementation agraire du Comtat Venaissin à une réserve d’importance : la place centrale de l’élevage : le troupeau de chacun doit être proportionné à la valeur des biens au soleil enregistrés au cadastre. À la fin des guerres de Religion, il importe de réactualiser certaines dispositions, notamment le tarif des amendes, et de tenir compte des rééquilibrages intervenus dans le contrôle économique du finage avec l’arrivée des profiteurs de ventes de biens communaux. Pendant au moins trois siècles, les statuts de 1592 fournissent les bases de la culture juridique du paysan de Gigondas et le cadre de gestion du terroir. « Ce sont les statuts et ordonnances municipaux faits et établis pour la conservation du bien public et des personnes habitant dudit lieu… « Article premier. De ne prendre les fruits d’autrui. 330

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« A été statué, établi, ordonné que nulle personne de telle qualité et condition qu’elle soit d’âge compétent ou de discrétion, n’ose prendre ou emporter les fruits des arbres d’autrui, sans la permission du maître, à peine y contrevenant de payer pour la première fois et chaque personne 20 sous tournois, pour la seconde 40 sous, et pour la troisième 6  livres […] et quant aux enfants de au-dessous de 12  ans, ils paieront 10 sous pour la première fois, 20 sous pour la seconde, et pour la troisième fois 3 livres si c’est de jour, et de nuit ils peiront le double. […] XLI. De ne pouvoir prendre bête lanue à moitié. « Tout habitant de Gigondas aura la permission de prendre et tenir à moitié ou à rente de quelque personne que ce soit tant de bête lainue qu’il pourra entretenir, pour l’espace de 3  ans complets et révolus, et non à moins, en faisant toutefois apparaître l’acte public, autrement ils ne pourront en tenir, à peine y contrevenant, de payer à la discrétion et ordonnance de la Cour dudit lieu […]. XLII. De ne mettre aucun bétail au terroir de Gigondas qu’il n’ait plus vaillant deux fois audit lieu. « Aucune personne ne pourra mettre ni faire mettre dans le tènement de Gigondas aucun genre de bétail, sinon que jusqu’à la valeur de la moitié du bien qu’elle aura vaillant audit Gigondas, tout au moins plus haut d’un trentenier [valeur de 30 ovins-caprins], et qu’il soit natif et habitant de Gigondas, à peine y contrevenant de payer 50 livres à Sadite Excellence […] (Bibl. mun. Avignon, 8° 27195, d’après Ferrières, HSR 16, 2001, 177-204). En Bretagne : renouveler le domaine congéable Dans le cadre de ce type particulier de mode de faire-valoir, le propriétaire (le « foncier ») dispose d’une rente et d’un droit de congédier son exploitant (le domanier) moyennant remboursement des constructions. Le 8 novembre, une propriétaire écrit à son notaire pour renouveler le contrat avec ses domaniers, les Pasco (orthographe respectée). « Monsieur de Quermaso « Cest home appelé jan Pasco et son filz, nommé jan Pasco aussy, ont faist condition avec moy dès la Saint-Gille dernière d’une tenue appelée la villeneufve, pour le terme de neuf ans a commacer de la Saint-Gille dernière. Les edifices sont a euls de longt temps et me pient la quarte gerbe de tous les grains et trante sous monnoye d’argent et ung mouton gras et quatre chapons et deux poules par an, et m’ont payé vingt et cinq écus pour nouveautés. […] « Et sont d’acort d’estre tiers et deulx pars sur la dicte tenue, scavoir les deux pars au filz et le père au tiers. Yls doivent avoir leurs stus et angres quant ils seront congées et sont subje à court et moullyn, corvées et obéissances, coe scavez qu’est la coutume du pays. Yls veulet tout mensyone ce que dessus en leur contrat. Yl les fault hobliger par leur contrat de me bailler descrybtion des terres de ladycte tenue dans quinze jours. Je vous prie de leur fayre et ne leur bailler le leur, quils n’en tirent ung pour moy par mesme. Et pour tesmoygnage de nos condytions ie signe, cette huyttiesme de novembre 1592, de par Charlotte de Gaincru » (AD 56, En., 2183, d’après Gallet, 1983, 627). 331

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1593 Orages et séismes ~ 8 avril : Séisme d’intensité MSK 6 autour d’Angers (Base SISFRANCE et Quenet, 552 et 579). ~ 15  avril  : un orage renverse le clocher de l’abbaye du Mont Saint-Michel (Girard, Annuaire d’Avranches, 1842, 52). ~ 28 juin, grêle autour de Gisors : « Le 28 juin, jour de lundi, il était tombé de la grêle en grande abondance en aucuns endroits, de telle sorte et si grosse qu’elle avait, partout où elle avait passé, tout rompu et accablé les fruits et les grains ; il ayant trouvé peser jusques à une, deux, trois et quatre livres et même jusques à douze et treize livres, grosse comme une balle d’artillerie et comme la tête d’un homme, chose admirable » (Journal d’un bourgeois de Gisors (1588-1617), 92). ~ 19 novembre : tremblement de terre à La Rochelle sur les 15 h (Dangibeaud, 71). ~ 2-3  décembre  : « Et le soir de l’avent, qui estoit la nuit d’entre le jeudy et vendredy, entre neuf à dix heures du soir, que la terre trembla ; et en la mesme année les loups dévoroient les enfants » (E sup. 49, III, 47, Fougeré). De l’Anjou à la Bourgogne : les derniers ravages ? ” En Anjou : « Il a fallu à Pasques pour accomunier le peuple de la paroisse de Cuon que aultres, a l’occasion des gens d’armes qui estoient logez a Bogé [Baugé] et à Sobz, le nombre de 463 païsans » (E sup. 49, Brion). ” En Champagne  : le 30  mars, confiscation du troupeau des porcs de la ville – ligueuse – par les royalistes d’Épernay. « En febvrier, les trouppes estrangeires arrivèrent ès environs de Reims, conduitz une partye par le conte Charles, tant Espaignolz, Italiens que Allemantz et aultres, pour la partye des princes, mais gattèrent et pillèrent ce pays plus encor qu’il n’avoit esté auparavant. Et vint mondit sieur de Mayenne audit Reims, qui peu y séjournant les emmena vers Parys cause pourquoy le bleid monta de pris. Les volleurs d’Esparnay emmenèrent le trouppeau des porcz de ceste ville savoir les porcz subjetz la paisture de la porte à Veesle, et les menèrent audit Esparnay, le mardy xxxe mars 1593 » (Pussot, 44). ” En Hurepoix  : au printemps, fin des opérations militaires au sud de Paris. Tableau noir, peut être un peu extrême, dressé dans La Crise rurale en Île-deFrance  : « Dans les campagnes, désertées, la vie s’était comme arrêtée. Le tabellion ne rédigeait plus d’actes, le curé ne enait plus de registres, le collecteur des tailles ou le receveur seigneurial voyait se dérober la matière imposable, vignes et champs retournaient à l’état de friches […]. De toutes parts on aspirait à la paix » Le 4 mai 1593, la trêve de Suresnes assure un répit de dix jours dans un rayon de quatre lieues, renouvelée plusieurs fois pour de courtes périodes et le 31 juillet, à La Villette, pour trois mois (Jacquart, 184). ” En Champagne : en mars, destruction du village de Neuilly (Yonne) par le duc de Guise. Les villageois, partisans du roi, sont contraints de s’endetter en aliénant une partie de leurs biens communs pour payer rançon. Encore en 1614, les habi332

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tants de ce village champenois dénoncent la « ruine totale à eux faite par l’arrivée de Monseigneur le duc de Guise en l’année 1593 au mois de mars, laquelle prise fut ledit lieu de Neuilly démantelé et les deux tours dudit bourg de Neuilly brûlées et mises en cendre, et partie des habitants tués, pris, prisonniers et mis à rançon et meurtris par les gens de guerre et emmenés audit lieu de Joigny. Ils auraient payé des grosses rançons en considération que lesdits pauvres habitants étaient et tenaient pour le service du roi, qui leur a causé une grande pauvreté, tellement qu’ils étaient contrants de vendre une grande partie de leurs héritages tant auxdits habitants dudit lieu de Joigny que ailleurs et autrement » (Durand, 234). ” En Bourgogne : le 16 avril, pillage de Domoy (com. Fenay, Côte-d’Or) par les reîtres. Cinq semaines plus tard, le 22 mai, dans le même village, une fillette de 7 à 8 ans est emportée et mangée par un loup (Breunot, 297 et 314). Fin juillet : Trêve générale entre le roi Henri IV, qui vient d’abjurer, et le duc de Mayenne, pour trois mois, publiée partout. L’espoir d’une paix prochaine s’installe. En Basse-Bretagne : les paysans massacrés par La Fontenelle Un mois après la prise du manoir du Granec, en juillet, le capitaine Guy-Eder de La Fontenelle taille en pièces avec sa cavalerie la « paysantaille non aguerrie » des paroisses voisines. À Collorec (Finistère), il en fait un carnage de « 7 à 800 et davantage ». « Or la cruauté de ce barbare fut si grande qu’il ne permit que les parents des décédés vinssent quérir leurs corps et qu’ils reconnussent leurs morts, et les faisait garder de nuit pour empêcher de leur rendre leurs derniers devoirs, et par ainsi demeurèrent corrompre sur la face de la terre, sans que personne osât ouvrir la bouche. […] C’était une grande compassion de voir ces pauvres rustiques ainsi massacrés qui pourrirent et furent mangés des chiens et la nuit des loups ; car, si aucun des parents venait de nuit pour enlever un mort, il était tué sur-le-champ. […] Quant au plat pays, il y apporta telle ruine qu’il est impossible de l’exprimer, n’y demeurant ni hommes, ni bêtes, ni maisons où il n’eût facile accès, le restant du peuple étant obligé de se cacher parmi les landes, genêts, broussailles, où par la rigueur et nécessité du temps ils mouraient et demeuraient en proie aux loups, qui en faisaient leur curée vifs ou morts » (Moreau, 117-118). De la nécrophagie à l’anthropophagie : l’arrivée des loups « carnassiers » Les massacres perpétrés en Basse-Bretagne ne sont qu’un exemple de cette reconquête du sauvage à la fin des guerres de Religion. En Quercy, famine et peste sont suivies de ravages de loups (Sol, 89) et il en est de même en Anjou en 1593  : « On travailla aussi avec la même diligence à exterminer les loups, qui couraient qui couraient vers Craon, Segré et Château-Gonthier, le Louroux et Bécon, et mangeaient les jeunes garçons et filles qu’ils trouvaient à la campagne. Ils en dévorèrent et blessèrent si grand nombre que la noblesse de ces quartiers-là fut obligée de monter à cheval, pour les tuer et prendre, et l’on fit une procession à Angers pour implorer l’assistance de Dieu et sa bénédiction sur cette entreprise et le succès en fut favorable. Nous avons encore vu, en 1640 et 1650, des hommes qui avaient été blessés de ces loups, petits garçons, et s’étaient sauvés avec beau333

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coup de peine de leurs pattes et griffes. On croit que la cause pourquoi ces loups étaient devenus si horriblement carnassiers était qu’ils avaient mangé quantité de corps morts de ceux qui avaient été tués à la déroute de Craon, en 1592. » Après le 22 mai 1592, l’armée du duc de Mercœur poursuit les royalistes qui subissent un carnage  : 2  000  morts jonchés de Craon à Laigné (Roger, Histoire d’Anjou, 1852, 458-459). Un manouvrier gyrovague La condition de manouvrier n’est pas gage de stabilité, encore moins dans des époques troublées. En Lorraine, pour « gagner » ses journées, Pierre Jay, manouvrier franc-comtois (« de Bourgogne ») va jusqu’à Bayon (Meurthe-et-Moselle), à plus de cent kilomètres de Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône), en 1593. « Enquis de son nom, âge et demeurance, dit avoir nom Pierre Jay, natif de Saint-Sauveur proche Luxeuil, pays de Bourgogne, âgé de 30  ans ou environ. S’il est marié ? Dit qu’oui et qu’il a épousé Jeanne Collenot, de Froideconche, où il réside présentement. De quel métier il est ? Répond qu’il est manouvrier […]. A répondu qu’il y a aujourd’hui huit jours qu’un nommé le Gouyat, dudit Froideconche, retournant de devers Saint-Nicolas, lui dit qu’on gagnait bonne journée à la moisson en Lorraine ; et estimant qu’il y pourrait gagner quelque argent, s’achemina jusqu’en un village proche, Bayon (Meurthe-et-Moselle), où il travailla demi-journée seulement, n’y ayant pu demeurer davantage parce que les blés y étant grêlés n’étaient encore en nativité ; qui fut l’occasion qu’il rebroussa son chemin droit au pays de Bourgogne […]. Dit qu’il a servi plusieurs maîtres par l’espace de dix à douze ans en la ville de Luxeuil » (AD 54, B 2512, d’après Dagot, HSR 43, 2015, 50-51).

1594 Gelée et grêles dévastatrices ~ Autour de Reims : « L’yver précédent fut fort humide et pluvieux jusques au moys de may, qui fut cause que les laboureurs et vignerons eurent grande peine à mettre sus les mars et houer les vignes […]. La sepmaine de Pasques, le bleid froment valloit cm solz le seplier, le seigle iv livres, l’avoine xxxv solz le septier. […]  Et le dimanche xxiii may et le mardy suyvant, les vignes furent gellées en plusieurs endroits, et signament les bas lieux, avec celles de la rivière de Marne, et avoit esté tut le devant dudit moys fort beau et chaulx » (Pussot, 52-58). ~ Autour de Dijon : « Cette semaine de l’Ascension, depuis le dimanche 17 jusques au dimanche 22, il a faict fort froid, il a neigé et gelé, si bien que la pluspart du vignoble de Dijon a esté gasté de gelée et perdu, comme tous les fruicts » (Cuny, 73). ~ En Valois : « Il y eut sur la fin de cet été un orage terrible dans plusieurs cantons du Valois. Cet orage, mêlé de grêle, ruina les moissons en grande partie. Le tonnerre tomba sur l’église de Thury, et tua quelques personnes. La pluie succéda à 334

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la grêle, comme un déluge ; les torrents et les débordements des rivières causèrent un grand dégât » (Carlier, 1764, 679). ~ En Lorraine : gelée tardive le 22 mai (Cabourdin, 23). ~ En Beauce et en Drouais  : « Furent gelés toutes les vignes du vigneron de Chartres », les 22 et 24 – Le 23, gel des vignes à Prouais en Drouais (E sup. 28, III et IV). ~ Dans le Maine  : « La nuytée d’entre lundi et mardy qui estoient le 23 et le 24 mai 1594, il intervint une si très grande froidure que les vignes universellement gelèrent presque toutes » (E sup. 49, III, 218, Chalonnes-sous-Le Lude) – « La nuit d’entre le lundi et ledit jour de mardi [23 au 24 mai], la gelée ft telle que les vignes de tout ce pays furent perdues et gelées, tellement que du vivant de personne on n’avait vu tel dégât tant aux susdites vignes, qu’aux noyers, seigles et autres fruits de la terre (BMS Fresnay-sur-Sarthe). « La nuit d’entre le dimanche et le lundi, jour de Saint-Désir, 23e mai l’an 1594, il fit une si forte et âpre gelée qu’elle perdit et gâta les blés et les vignes partout les pays d’Anjou et le Maine » (AD 53 en ligne, BMS Saint-Denis-du Maine, 1597-1636, vue 805). En Champagne : « Guerre aux vaches ! » « Laditte guerre estoit sy malheureuse qu’il n’y avoit aulcune discipline et estoit une vraye vollerye, de telle sorte que ordinairementestoitappelée la guerre aux vaches d’aultant que tout le principal d’icelle estoit de piller, voller et courir le bestail, tant d’une part que d’aultre. Et aimait-on mieux les bestes que les hommes, tant pour le prétexte de la guerre que pour l’exaction des tailles, somme que le pauvre villageois estoit de toutes pars pillé, vollé, rançonné, battu et tourmenté, sans espoir de meilleure attente » (Pussot, 58-59). Aux portes de Reims, les vendanges s’opèrent sous surveillance militaire. « L’armée du roy vint à la Montaigne de Reims, qui empescha de vandanger et survint une forte gellée qui dessécha toutes les feuilles des vignes. Les raisins se perdoient sur les sépaulx, sans avoir moyen de les cueillir, sinon avec composition que quelques compagnies faisoient et pour le sauf-conduit estoit donné xx solz pour poinsson. Les aultres estans rencontrez, estoient pillés, robés, et non seulement le vin, mais les chevaulx et habits des charetiers. Les plus riches habitans ayans prévu le danger, avoient prévenu ; il n’y avoit que les pauvres ; et les riches ne se soussioient de telle calamité, ains faisoient chose nuisible au reste du peuple, endormoient le sieur de Guise de leur affection mal réglée, ce qui troubloit et abusoit grandement le peuple » (Pussot, 290-291). Du pillage à la pacification ” En janvier, exaction et rapines des soldats de Mozac autour de Riom. Les consuls de la ville défendent à tout habitant « sous peyne de la vye » d’acheter du bétail de « picourée » (Clouard, 511). ” Le 25 février, prise du chef de bande Catillon, assommé au manoir seigneurial d’Argueil (Seine-Maritime). Les Catillonnais, qui tourmentaient les laboureurs du Pays de Caux, se dispersent. « Par ce moyen, une infinité de voleurs qu’il avait 335

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maintenus durant les troubles de la Ligue, et ruine le pays à 10 lieues à la ronde, furent épars et contraints de faire retraite » (Miton, 98). ” En Bourgogne : gare aux villages qui quittent le parti de la Ligue pour rejoindre les « politiques »  : « Ce mardy 26 [juillet  1594], le Prince est rentré à Dijon ; il vient de Montsaujon, lequel il a ravitaillé, y a mis centz queues de vin, cinq cens mesures de bled ; il a renversé, rompu et abbatu les fortz d’alentour comme à Prauthoy (Haute-Marne), Envault [Vaux-sous-Aubigny], Rivières [-les-Fosses]. Dict-on mesme qu’il a bruslé lesdits villages, qui mal à propos et inconsidérement avoient laissé leur labourage pour prendre les armes, avoient laissé le party de l’Union, lequel il n’avoient guières aymé pour se ranger avec l’héreticques » (Cuny, 85). ” En Guyenne, renouvellement de la trêve entre le roi et le duc de Mayenne. ✷ 30 avril 1594 : arrêt du Conseil accordant à tous les contribuables du royaume décharge pour les tailles de 1589 à 1592, avec surséance pour 1593 mais à l’exclusion des habitants des villes et villages qui se sont opposés de force à la levée des tailles et qui ont suivi ouvertement le parti contraire au roi (Noël Valois, Inventaire des arrêts du Conseil d’État, règne de Henri IV, 1, 1886-1889, 45). ✷ 25 juin : arrêt du Conseil autorisant, dans l’incapacité des asséeurs-collecteurs de régler la taille de la paroisse, à saisir les biens du « premier habitant », y compris ses biens meubles, à charge pour lui de se retourner contre les asséeurs-collecteurs pour obtenir dédommagement. Le texte ne fait que légaliser une pratique déjà en usage et sert à sauver la mise à des rançonnés fiscaux (Ibid., 63). Les « Bonnets rouges », paysans en armes en Bourgogne ” Dès la rupture de la trêve, en octobre  1593, les « communes » des villages de Pommard, Volnay, Meursault sonnent le tocsin et assomment les gendarmes du duc de Mayenne. En février-mars 1594, la résistance paysanne s’étend : en Beaunois et Chalonnais, tout un peuple de vignerons s’active, muni de cuirasses et protégé par des tranchées. Le Val de Saône s’agite aussi : les « communes » du Mâconnais se mettent en armes. Ornano, venu barrer la route au jeune prince de Mayenne près de Tournus, trouve le renfort d’« une compagnie de villageois, élevés d’eux-mêmes, que l’on nomme les Bonnets rouges, en nombre de douze ou quinze cents » et qui vont à la bataille. En mai, une émeute de Bar s’accompagne d’un mouvement paysan et de massacres de soldats. Au même moment, dans le Langrois, les abords de Montsaugeon sont barricadés et, derrière, des arquebusiers tiennent au large les capitaines, de quelque parti qu’ils soient. De septembre à novembre 1594, les défenses paysannes combattent les soldats (Drouot, 1937, II, 288-283). Révolte des Tard Avisés Avril-juin : révolte des Tard Avisés ou Croquants du Bas-Limousin et du Périgord. Nés dans la vicomté de Turenne, en Limousin, en 1593, des attroupements paysans dénoncent les incursions des « picoreurs » et de « l’excès des subsides ». De l’automne 1593 à l’automne 1595, durée d’extension chronologique maximale du mouvement, Yves-Marie Bercé compte 21 « assemblées » au moins : 13 en Périgord, 6 en Limousin et 2 en Agenais. L’aire géographique circonscrite reprend celle de 336

1594

1548 et annonce celle des émeutes antifiscales du Sud-Ouest pendant le règne de Louis XIII (Bercé, 1974, 259-293). Rare mouvement paysan à caractère révolutionnaire ? Volonté de restauration d’un ordre social bouleversé par les guerres ? Simple réaction d’autodéfense des communautés paysannes pour garantir une bonne justice indépendante des villes et des officiers provinciaux ? « En refusant le paiement des droits seigneuriaux, en contestant la dîme, en protestant contre le montant des loyers, les Croquants de 1594 remettaient bien en cause le système qui assurait la domination des villes et des nantis sur le peuple des villages. » Ils ne se contentaient pas de lutter contre l’irruption d’un impôt nouveau ou une « nouvelleté » venue de la capitale (Jacquart, Histoire de la France Rurale, II, 351). Le 27  mars, la circulaire du tiers état de Périgord aux habitants de Limeuil, énonce les raisons de la révolte. Dans les campagnes du Périgord, l’accablement des paysans, réduits à la misère, se tourne contre l’excès des impôts. Endettement, brigandage et calamités naturelles ont renversé la position des bons laboureurs, métayers à bœufs, dont la rancœur sociale et l’hostilité à l’égard des villes sont patentes. La fin de la guerre – qui n’apparaît encore que comme une trêve – n’a rien changé. Pour mettre fin à cette situation, ceux qui se disent les Tard-Avisés convoquent une assemblée à Château-Missier (auj. com. Salon-de-Vergt, Dordogne), le jour des Rameaux, le 3  avril. Le foyer de l’insurrection de 1594, au sud de Périgueux, se rallumera en 1637. « Dieu, qui a connu nos cœurs plein d’ambition et de toute méchanceté, nous a voulu visiter de ses fléaux, peste, guerre et famine, que nous avons vus dans ce royaume, même la guerre qui a duré presque 9 ans sans aucune trêve et faut croire que nous avons bien mérité davantage. Les grands ni les petits ne s’en peuvent dire exempts […]. Le plat pays, ruiné entièrement par un grand nombre de brigands, même les pauvres laboureurs qui, après avoir souffert par tant de fois des logis des gens d’armes d’un et d’autre partis, qui les ont réduits à la faim, forcé femmes et filles, pris leurs bœufs par plusieurs fois et fait délaisser les terres incultes, mais encore on en a faire mourir de faim une infinité dans les prisons, pour ne pouvoir payer les grandes tailles et subsides que l’un et l’autre partis les ont contraint de payer. « À raison de quoi il y a trop de bonnes maisons et honnêtes familles réduites à toute pauvreté, lesquelles, au lieu qu’elles soulaient commander, sont à présent commandées et valets d’autres qui naguère étaient bélîtres, qui est un grand crèvecœur aux gens de bien. « Et maintenant que Dieu nous a fait la grâce d’avoir ce peu de temps de trêve, laquelle nous espérions jouir, nous voyons que nous en sommes frustrés, car les villes, au lieu de la faire entretenir et tenir la main à la justice, ne se soucient de la ruine du pauvre peuple, parce que notre ruine est leur richesse. Ils ont leurs biens et marchandises dans leurs forts, point sujets aux brigands qui tiennent la campagne, nous les vendent au prix que bon leur semble et font les belles métairies à bon marché, nous font payer la rente au double et au triple de ce que nous leur devons et s’aident de la justice quand il leur plaît. […] « Nous sommes un bon nombre de gens de bien qui sommes venus ensemble et juré solennellement de nous assister l