La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie : Aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l'Irak (1919-1933) 2845864418, 9782845864412

Ce livre traite de l'histoire de la zone frontière entre la Syrie et la Turquie dans l'entre-deux-guerres, plu

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French Pages 465 [485] Year 2004

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La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie : Aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l'Irak (1919-1933)
 2845864418, 9782845864412

Table of contents :
Introduction
Première partie. La Cilicie sous domination française (1919-1921) : Stratégie de contrôle, peuples colonisés, évolution des intérêts politiques fiançais
1. La France et la Cilicie : projet impérialiste et occupation
2. La diversité communautaire, base de la politique française en Cilicie
3. La rupture : l’infléchissement de la politique française en Cilicie
4. La Cilicie jusqu’à la signature de l’accord de retrait des Français
Deuxième partie. Les régions turques limitrophes de la Syrie, dans les années 1920 : Situation des populations non turques dans la nouvelle Turquie
5. La volonté kémaliste de fonder un État-nation en Turquie
6. La Cilicie : le sort des groupes ethniques et religieux, sous le nouveau régime de Turquie
7. L'expulsion des populations non turques des villes situées dans la zone frontalière avec la Syrie : Malaria, Harpout (Kharpert),
Diaibekir, Ourfa, Mardin
8. La situation des populations chrétiennes vivant dans des régions à forte population kurde
Troisième partie. La Haute-Mésopotamie syrienne sous autorité française : Colonisation, conflit frontalier avec la Turquie, diversités de peuples
9. La lente conquête française de la Haute-Djazira : évolution, procédés, perspective
10. L’émergence d’une politique kurde en Syrie : un moyen d'action pour le Haut-Commissariat
11. L'achèvement de la conquête de la Haute-Djazira : la trajectoire
de la politique kurde
Conclusion
Bibliographie
Biographies
Index général
Table des matières

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LA FR A N C E EN C IL IC IE E T EN H A U T E -M É S O PO T A M IE

K arthala sur Internet : http://www.karthala.com

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Couverture :

L’installation des Assyriens dans la vallée du Khabour, Syrie, dans les années 1930. Photo : Centre d’Histoire arménienne contemporaine.

© Éditions Karthala, 2004 ISBN : 2-84586-441-8

Vahé Tachjian

La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie Aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l’Irak (1919 -1933 )

É ditions Karthala 22-24, boulevard A rago 75013 Paris

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A mon père H agop et à m a m èreA rd a .

REMERCIEMENTS

Cette étude a été présentée comme thèse de doctorat d ’histoire en octobre 2002, à l’EHESS, à Paris. Je remercie Mme Lucette Valensi, ma directrice de recherche, qui à travers ses critiques, ses remarques et ses encouragements m 'a aidé à venir à bout de ce travail. Le concours de Raymond H. Kévorkian a été d ’une valeur inestimable durant et après mes années de recherche, et tout particulièrement durant la phase de rédaction de ma thèse. Michel Paboudjian-Ricard a toujours répondu présent à mes sollicitations et contribué à l’enrichissement documentaire de ce livre. Claude Mutafian m ’a spontanément aidé à trouver un éditeur et m ’a été d’un soutien constant Eric van Lauwe a généreusement accepté d’exécuter les trois cartes principales de ce livre. Qu’il me soit permis de les remercier tout particulièrement Ma reconnaissance et ma gratitude vont également à Tigrane Djieidjian. Il me finit aussi exprimer ma gratitude pour leur aide et leurs encouragements à : Hamit Bozarslan, Gérard Chaliand, Philippe et Anna Charpin, Simone Denis, Hervé Georgelin, Arsène Gidanian, Elke Hartmann, Jacques Keledjian, Claire Mouradian, Levon Nordiguian, Nadine Picaudou, Vartan Tachdjian, Raffi et Nora Tachjian, Garo Torikian, Vartkes Yeghiayan, l’Armenian National Institute, la direction de l’EHESS. Je remercie enfin les collaborateurs de tous les centres d’archives, et tout particulièrement ceux du Centre des archives diplomatiques de Nantes (CADN), dont l’étroite collaboration m ’a été précieuse durant les dix mois que j'a i passés à travailler parmi eux.

Introduction

L’histoire du siècle passé est là pour témoigner que l’éclatement des empires et, conséquemment, l’élimination des anciens ordres politiques établis ont le plus souvent donné naissance à de nouvelles conjonctures dans lesquelles des acteurs ont émergé pour remplir le vide laissé par la disparition du pouvoir impérial. Ces périodes historiques se caractérisent aussi par de grandes tensions, dues à l’affrontement de nouveaux acteurs ayant des intérêts divergents. Chacun de ces protagonistes s’efforce en effet de remplacer l’ancien ordre par ses propres desseins idéologiques, nationaux, expansionnistes ou coloniaux. Dans cette lutte de pouvoir, les acteurs sont multiples et hétérogènes. Il y a d ’abord les grandes puissances qui, poussées par leur volonté expansionniste, interviennent vigoureusement dans les territoires d ’un empire effondré pour étendre leur influence à de nouveaux espaces et marchés. La chute de l’ancien régime offre l’occasion à ces puissances d ’établir dans les régions nouvellement conquises ou dans les territoires passés sous leur influence un nouvel ordre politique qui favorise vérita­ blement leurs propres intérêts économiques et stratégiques. L’histoire moderne et contemporaine a connu des formes diverses et variées de ces ordres nouveaux promus par des puissances mondiales et visant à une expansion à l’échelle planétaire. Les termes employés pour définir ces systèmes expansionnistes peuvent êtres différents : colonialisme, régime des mandats, protectorats, régime soviétique, mondialisation du marché. Quant à l’objectif poursuivi, il est, d ’une manière générale, identique pour tous ces systèmes : expansionnisme, conquêtes territoriales et idéologiques, accès aux nouveaux marchés. Il y a, d'autre part, les acteurs locaux, forces issues de l’ancien empire multinational et multiethnique, qui cherchent à remplacer le régime effondré en mettant en avant de nouveaux critères nationaux, religieux, idéologiques ou économiques, afin de préserver l’unité territoriale et d ’empêcher le démembrement intégral de l’ancien ordre impérial. D’une

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manière générale, le protagoniste local, sans être nécessairement une force politique dominante dans l’empire, est issu des composantes nationales et religieuses ayant été majoritaires sous le régime impérial disparu. A cet égard, la chute de l’Union soviétique et l’émergence immédiate d’un État russe visant à maintenir son influence sur l’ensemble de l’espace ex-soviétique est un exemple révélateur. Il en est de même de la Yougoslavie où, après l’éclatement de l’État multiethnique, le natio­ nalisme serbe se considérant lésé sous l’ancien régime, a cherché à mettre en place un nouvel ordre politique, souvent au détriment des autres composantes de l’État démembré. Pour achever ce tableau schématique, il importe enfin de prendre en compte d’autres protagonistes locaux, minoritaires dans l’empire effondré, lesquels s’efforcent, dans une nouvelle conjoncture politique et stratégique, de conserver une existence propre. La disparition d’un empire et le déclenchement d’un processus de recomposition étatique peuvent être certainement considérés par plusieurs de ces groupes minoritaires comme le prélude à une émancipation de Tordre précédent marqué par le despotisme et l'intransigeance générale à l’égard de la manifestation des particularismes minoritaires. Il est dès lors naturel de voir ces populations minoritaires se lancer, à leur tour, dans des mouvements indépendantistes, autonomistes ou régionalistes, à seule fin de créer, dans le cadre de l’ancien territoire impérial, leurs propres entités étatiques ou simplement leurs propres structures autonomes. La situation de ces minorités reste toutefois bien souvent précaire, car les revendications territoriales ou identitaires qu’elles expriment après l’effondrement de l’empire ou de l’État multiethnique où elles vivent, se heurtent dès lors aux intérêts des puissantes forces locales qui sont en train de bâtir des États nationaux, des entités homogènes dans lesquelles elles n’acceptent pas ou plus le maintien d ’identités nationales ou religieuses autres que celles qu’elles sont en train de promouvoir. On observe alors le transfert de la lutte des minoritaires dans un espace politique différent où règne un autre ordre politique établi, celui des États nationaux en cours de formation. Certes, l’intégration de ces minorités dans de nouvelles entités nationales peut s’effectuer phis ou moins paisiblement, par la persuasion pacifique et par l’établissement d ’un contrat de citoyenneté. Toutefois la chute des empires ou des grands États multiethniques est le plus souvent suivie d’une phase généralement instable et oscillante, propice à l’émergence des mouvements nationa­ listes ou religieux les plus radicaux. Une fois qu’elles accaparent le pouvoir, ces forces extrêmes sont en effet incapables de tolérer la présence de minorités attachées à leurs identités. A leurs yeux, les

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groupes minoritaires sont susceptibles d’entraver leurs efforts en vue de créer un État national. Au lieu de jouer le rôle de rassembleur, ces Étatsnations gouvernés par des régimes xénophobes choisissent alors la voie de la confrontation, de l’imposition forcée d ’un modèle de citoyen. Le XXe siècle nous fournit à cet égard plusieurs mutations de ce type : la période de la décolonisation et l’émergence de nouveaux États nationaux gouvernés par des régimes dictatoriaux en Afrique et en Asie ; l’effondrement de l’Empire austro-hongrois et la naissance de multiples États nationaux autocratiques ; l’éclatement de l’URSS et l’émergence d’un nationalisme russe intransigeant et xénophobe ; l’effondrement de la Yougoslavie et le conflit armé entre les mouvements nationalistes. Dans tous ces cas, on observe la disparition d ’un ordre politique caractérisé par la cohabitation de multiples ethnies dominées par un régime despotique. O r on a observé que l’éclatement de l’ordre ancien a engendré dans ces nouveaux États un sursaut de nationalisme et la naissance de tendances extrêmes au sein de toutes les composantes de ces États, notamment lorsque la nation majoritaire s’est efforcée d ’imposer son modèle étatique à toutes les autres composantes. Bien entendu, au-delà de cette dimension locale, ces conflits sont directement influencés par l'intervention des grandes puissances, parfois géographiquement étrangères à la région, lesquelles cherchent, après la chute d ’un empire, à s’y introduire et à y créer leurs propres zones d'influence. Dans ces conditions, les puissances désireuses de trouver des appuis locaux pour consolider leur présence dans une région et pour y garantir une certaine pérennité, deviennent effectivement les alliés stratégiques des minorités, elles-mêmes en quête de protection. Ce type d ’alliance stratégique peut souvent prendre des formes extrêmes. La protection d ’une puissance étrangère peut ainsi devenir la seule planche de salut pour certaines minorités sérieusement menacées par la politique des puissances locales. La dépendance de ce type de minorités à l’égard de la grande puissance concernée est alors totale, et celle-ci est désormais en mesure d'instrumentaliser ces populations mino­ ritaires au profit de sa politique de pénétration dans les territoires convoités d ’un empire déchu et de son action sur le terrain : elle peut employer ces minorités pour peupler une région, pour former des unités militaires, pour faire pression sur les puissances locales. Il fruit toutefois souligner que les grandes puissances influentes dans les territoires d ’un ancien empire ne mènent pas toujours une politique constante et identique, du point de vue des alliances établies dans une région donnée. On observe en effet que la stratégie régionale de ces puissances subit parfois de profonds infléchissements, en fonction de

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lm s intérêts stratégiques, économiques ou politiques. On peut toujours s’attendre à ce qu’une puissance étrangère, soutenant l’action d ’une ou de minorités et se trouvant en opposition avec une puissance locale, entame subitement une politique de rapprochement avec sa rivale régionale et abandonne aussitôt ses alliances avec les groupes minoritaires. C’est pourquoi les minorités ayant lié leur sort à des puissances étrangères sont susceptibles de se trouver, d ’un moment à l’autre, dans la situation extrêmement précaire qu’elles ont déjà connue. L’objectif de ce livre est de relever, dans un cadre historique précis, des problématiques liées au comportement des trois acteurs principaux, lequel se manifeste généralement après la chute d ’un empire et l’éclatement d’un ordre établi. Les protagonistes en question sont : les puissances expansionnistes étrangères cherchant des appuis locaux pour mieux s’infiltrer et s’implanter dans une région ; les forces locales s’efforçant de réinventer un nouvel ordre étatique ; les minorités locales se conformant fidèlement à la ligne politique des puissances étrangères devenues, à leurs yeux, seules garantes de leur survie. Le contexte historique qu’on a retenu pour mener à bien cette analyse descriptive est la fin de l’Empire ottoman, au lendemain de la première guerre mondiale, et la recomposition étatique qui commence aussitôt dans tout le Proche-Orient Dans ce cadre, le tableau schématique, décrit phis haut, acquiert toutes les nuances qui illustrent le rôle respectif joué par les trois protagonistes et les attitudes qu’ils adoptent lors de cette phase historique. La défaite du régime ottoman lors du conflit mondial a introduit dans la région deux acteurs majeurs de la scène internationale du temps, en l’occurrence la France et la Grande-Bretagne. Il est vrai que, durant le règne ottoman, ces deux puissances expansionnistes étaient déjà fortement implantées dans l’empire, notamment aux niveaux économique et culturel. L’effondrement de l’empire a toutefois été le prélude à une occupation directe de certaines régions par les puissances victorieuses de la guerre. Conformément à un plan initial de partage territorial élaboré par Paris et Londres, les provinces arabes de l’empire, plus la Cilicie, ont été recomposées en différentes zones d ’influence françaises et britan­ niques. En principe, ces nouveaux territoires conquis auraient dû être gérés dans le cadre du système administratif des mandats et sous l’arbitrage de la Société des Nations, pour autant que les puissances mandataires étaient censées promouvoir l’indépendance des États mandatés. Toutefois, pour la France et la Grande-Bretagne, les deux puissances mandataires, cette

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définition de leur rôle politique local n’était, d ’une manière générale, qu’une formulation en forme d ’euphémisme qui, en tout état de cause, leur assurait une occupation directe et indéterminée dans le temps. Ces nouveaux territoires sont ainsi effectivement devenus des extensions des Empires coloniaux fiançais et britannique. L’alliance stratégique conclue entre la France et la Grande-Bretagne, et maintenue tout au long du conflit mondial, n’a cependant pas survécu aux années d'après-guerre. Dans les régions occupées de l’Empire ottoman, les enjeux stratégiques régionaux étaient si considérables que le traditionnel affrontement entre les ambitions expansionnistes françaises et britanniques devait inévitablement rejaillir sur le terrain et mettre un terme définitif à leur alliance. L’effondrement de l’ordre politique établi par les Ottomans a lait également surgir deux éléments locaux de taille : les nationalismes arabe et turc. Devant les perspectives de démembrement du territoire impérial, ces deux forces, émanant de deux composantes ethniques majoritaires dans l’ancien empire, s’activaient chacune de leur côté pour instaurer un nouvel ordre régional. Le nationalisme turc était, sur le plan idéologique, le prolongement direct du mouvement jeune-turc incarné par le Comité Union et Progrès (CUP), au pouvoir durant les dernières années de l’Empire ottoman. Après la défaite enregistrée par le régime jeune-turc et le déclenchement du dépeçage de l’empire, un mouvement national turc émergea immé­ diatement, de façon énergique, à travers tout le plateau anatolien. Cette force nationale, prenant la relève du CUP, tenta d ’instaurer sa souve­ raineté sur l’ensemble de l’Anatolie, considérée par les nationalistes comme un sanctuaire intouchable. Au vrai, le mouvement national s’engagea dans la même voie politique que le régime précédent, à savoir la turquisation de l’État et la construction d ’un État-nation turc. Plus pragmatique que ses prédécesseurs jeunes-turcs, le chef des nationalistes, Mustafa Kemal, avait choisi comme limite de ce futur État le plateau anatolien, un espace géographique relativement réduit, qui était alors, luimême, menacé de morcellement par les puissances victorieuses. La défense de l’unité territoriale de l’Anatolie devint alors le principe de base du combat des kémalistes. Quant au nationalisme arabe, il n’était encore, dans les premières années de l’après-guerre, qu’une force émergente au sein de laquelle les polémiques idéologiques entre les différentes tendances étaient vives et les revendications politiques divergentes. Il faut souligner à cet égard que le régime ottoman avait, dans les années d ’avant-guerre, combattu avec force les mouvements nationalistes apparus chez les Arabes et avait

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essayé avec un certain succès de les étouffer ou de les éliminer, et en tout cas réussi à éviter une unification de ces mouvements. Si bien qu’après la disparition de l’ordre ottoman, on observa au sein des courants nationalistes arabes une grande variété d ’aspirations et de revendications, parfois incompatibles entre elles, comme la création d ’un vaste royaume arabe ou la fondation d'un nouveau califat en son sein. Il va sans dire que les deux mouvements nationalistes turc et arabe, luttant pour la création d ’États unifiés et indépendants dans des zones géographiques définies, s’opposaient directement aux projets expansion­ nistes des grandes puissances qui avaient elles-mêmes l’ambition de s’établir durablement dans certaines régions de l’ancien Empire. Le nationalisme arabe, incarné par l’émir hachémite Faysal, menaçait ainsi les intérêts fiançais en Syrie. Les Britanniques, rivaux stratégiques des Français, essayèrent donc, au lendemain de la première guerre mondiale, d ’exploiter la présence du régime hachémite en Syrie, pour contenir les projets expansionnistes fiançais dans la région. Quant à la Fiance, en concluant un accord avec les kémalistes en octobre 1921, elle sapa les efforts des Britanniques visant à défaire le mouvement national turc et à installer sur le plateau anatolien un régime acceptant la présence hégémonique de Londres. Dans ce jeu d ’alliances et de contre-alliances avec les forces locales, les puissances étrangères instrumentalisèrent plus particulièrement l’emploi des populations minoritaires locales de l’empire effondré, à des fins stratégiques. Ces groupes ethniques ou religieux s’efforçaient euxmêmes, à des degrés divers, de créer des entités étatiques dans des territoires également revendiqués par les mouvements nationaux turc et arabe. Il fout aussi rappeler ici que deux importants groupes minoritaires, les Arméniens et les « Assyro-Chaldéens », avaient été, durant la guerre, la cible d ’une politique d ’extermination mise en œuvre par le CUP1. La majorité des membres de ces communautés avaient été massacrés ou déportés dans les déserts de Syrie ou de Mésopotamie. D’autres membres de ces deux groupes avaient rejoint, lors du conflit mondial, les armées française ou britannique, dans les rangs desquelles ils avaient combattu les forces ottomanes au sein d ’unités auxiliaires. Après l’armistice d’octobre 1918, ces communautés offraient donc l’image de groupes anéantis, ruinés, ayant comme principale perspective 1.

On peut ajouter à cette liste, les chrétiens du Liban et notamment du mont Liban, qui périrent par dizaines de m illiers lors de la fam ine survenue durant les années de la prem ière guerre mondiale. Bien qu’il existe une riche documentation, au m oins dans les fonds d ’archives officiels fiançais, les circonstances qui ont déclenché la famine au Liban n ’ont pas jusqu’à présent fait l’objet d ’une étude sérieuse révélant tous les aspects de cette catastrophe humaine.

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de recommencer une nouvelle existence dans leur lieu d ’habitation d ’origine, mais sous la protection de la Fiance ou de la Grande-Bretagne. Dans ces conditions, la rupture semblait être totale entre ces groupes minoritaires et le mouvement kémaliste, prolongement idéologique du CUP, considérant ces minorités alliées aux puissances étrangères comme une menace directe contre leurs efforts visant à la création d ’un Étatnation turc. On comprend dès lois que les puissances étrangères aient pu employer, sans difficulté, ces deux groupes minoritaires à des fins de politique régionale. Cette période de l’après-guerre est également marquée par un déve­ loppement, encouragé par les puissances, des particularismes identitaires des autres groupes ethniques et religieux issus de l’ancien Empire ottoman, mais relativement moins enclins à s’allia 1 avec les forces françaises ou britanniques. Dans les zones situées notamment sous l’infhience de la France, des entités administratives distinctes furent créées, l’enseignement dans les langues minoritaires promu, des unités militaires formées sur la base de critères ethniques là où existaient des groupes minoritaires importants. Plusieurs communautés furent ainsi influencées par la politique pratiquée par les Français à leur égard et, dans une moindre mesure, par les Britanniques : les Druzes au Liban et en Syrie, les Alawis en Syrie et en Cilicie, les Tcherkess en Cilicie, en Syrie et en Jordanie, les Kurdes en Syrie, en Cilicie et en Irak. La politique des grandes puissances consistait à détacher ces courants minoritaires des puissantes forces locales et à opposa leurs revendications identitaires aux efforts des nationalistes arabes et turcs visant à fo n d a de vastes États unitaires. Il fallait donc éloigna ces communautés des mouvements nationaux turc et arabe qui luttaient contre la présence des puissances mondiales. Les événements historiques qui sont analysés et étudiés tout au long de ce livre eurent comme théâtre d ’opération une zone géographique définie, englobant, d’une manière générale, la bande frontalière située entre la Syrie et la Turquie. La présence active des trois protagonistes principaux, évoqués plus haut, et leur engagement sur le terrain nous permettent de mettre à l’épreuve la problématique qui sert de soubas­ sement à ce travail. Il nous faut toutefois souligna ici qu’une région essentielle et frisant partie de la zone frontière entre la Syrie et la Turquie a été exclue du champ de notre étude: le sancljak d ’Alexandrette (l’actuelle Hatay). En effet, il existe déjà des ouvrages académiques sur cette région. Il nous a donc paru phis judicieux de nous concentra sur les

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autres parties de la zone frontière qui n’ont pas encore été traitées comme U convient. La première partie de ce livre analyse l’histoire de la Cilicie sur la brève période qui s’étend de la déclaration d ’armistice au retrait final des troupes et de l’administration françaises de la région, en janvier 1922. La France, en sa qualité de puissance mondiale, avait conquis cet ancien territoire ottoman et s’y préparait à une occupation de longue durée. Or, dès son établissement en Cilicie, les troupes et l’administration françaises se heurtèrent à la résistance des nationalistes turcs qui étaient déterminés à combattre les armées d ’occupation étrangères et leurs alliés locaux. L’idée d ’une nouvelle Turquie englobant tout le territoire du plateau anatolien faisait déjà son chemin et le mouvement kémaliste devint aussitôt l’incarnation de cet idéal Face à cette menace locale, la stratégie de contrôle de territoire élaborée par les responsables fiançais du Levant consistait à s’appuyer sur des forces locales composées par des groupes minoritaires : Arméniens, Arabes alawis, Kurdes, Tcherkess. L’un des aspects les plus impressionnants de ce plan d'action français était le transfert en Cilicie, leur lieu d ’habitation d ’origine, de plusieurs dizaines de milliers d ’Arméniens encore survivants dans les déserts syrien et mésopotamien où ils avaient été déportés. De la fin de 1918 à janvier 1922, date du retrait final des Fiançais de la région, nous avons étudié les positions adoptées par chacun des protagonistes durant les différentes phases de la courte histoire de la Cilicie sous occupation française. La deuxième partie est une étude sur la situation des différentes populations minoritaires qui continuaient à habiter, tout au long des années 1920, en Turquie, dans la zone frontière avec la Syrie : les Grecsorthodoxes arabophones, les Syriaques, les Arméniens, les Chaldéens, les Arabes alawis. Cette période est fondamentale dans l’histoire de la nouvelle Turquie, car le kémalisme, qui était devenu l’idéologie du pouvoir, s’efforçait alors de bâtir un État national. La politique des kémalistes vis-à-vis de ces minorités très dispersées, relativement peu nombreuses et privées de vie communautaire solide, révèle en effet quelques aspects essentiels de l’idéologie étatique turque. Plutôt que de chercher à absorber ces communautés dans la nouvelle société turque par la force de la persuasion pacifique et d’ériger un rapport de citoyenneté fondé sur le contrat et l'égalité, le kémalisme a choisi d ’exclure les éléments non turcs. Les années 1920 sont ainsi marquées par les mesures d ’intimidation prises par les autorités turques pour inciter ces populations minoritaires à l’exode vers la Syrie. La troisième et dernière partie traite de la politique de colonisation pratiquée par le pouvoir mandataire français en Haute-Mésopotamie

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syrienne (Haute-Djazira), notamment dans le cadre du conflit frontalier y opposant les Français à la Turquie. La politique française de conquête de territoire et de développement économique repose essentiellement sur une stratégie favorisant l'installation en Haute-Djazira de différents groupes ethniques et religieux non turcs et non arabes. On constate alors que l'administration mandataire se sert notamment de la population kurde de la région pour régler en sa faveur le litige frontalier qui l'oppose à la Turquie. La Haute-Djazira est également, durant cette même période, le théâtre d'une remarquable évolution des relations entre deux minorités de la région, les Kurdes et les Arméniens, à laquelle nous consacrons un chapitre. A partir du début des années 1930, les autorités mandataires françaises - les milieux qui défendaient l'idée de la pérennisation du mandat - se sont par ailleurs servis des minorités de la Haute-Djazira comme contrepoids aux revendications indépendantistes des nationalistes arabes, notamment à la puissante force locale majoritaire en Syrie, dont nous examinons l'action et ses retombées sur place. A travers l'étude et l'analyse géopolitique d ’une région procheorientale dans un contexte historique précis, nous avons cherché à contribuer à une meilleure compréhension du phénomène minoritaire dans les périodes de conflit, lorsque les intérêts des principales forces locales et des puissances étrangères se heurtent sérieusem ent Au cours du XXe siècle, les visions expansionnistes des grandes puissances et les ambitions d ’autres forces visant à instaurer un ordre nouveau sur des critères purement nationaux et religieux n’ont jamais cessé d ’exister. Le recours à la violence et à l'exclusion a souvent été utilisé à des fins de conquête. Et rien n’indique que dans un monde en mutation constante, où les ordres politiques établis ne peuvent phis être des faits perpétuels, on ne continuera pas à observer des développements politiques et militaires du même type que ceux qu'on a constatés après la chute d ’empires ou d ’États multiethniques, le problème des minoritaires restant nécessairement à l’ordre du jour.

PREMIÈRE PARTIE

La C ilicie sous domination française (1919-1921) Stratégie de contrôle, peuples colonisés, évolution des intérêts politiques fiançais

1 La France et la Cilicie Projet impérialiste et occupation

La C flide, un territoire convoité par les milieux coloniaux français

La genèse de l ‘occupation française de la C ilicie : un siècle d ’histoire C’est durant l’occupation égyptienne de la Cilicie (1832-1840) que la Fiance découvrit véritablement cette région jusqu’alors ottomane, qui était, selon les tenues de Victor Langlois, négligée le phis souvent par les nombreux voyageurs se rendant en Orient1. La brève période de règne égyptien avait été le prélude à la mise en valeur des richesses écono­ miques de la Cilicie. Or, cette politique visant à l’essor économique et démographique de la région allait être poursuivie, à partir des années 1860, par les autorités ottomanes de Constantinople. La diplomatie française, associée à ses débuts aux projets expansion­ nistes de Muhammed Ali, le vice-roi d’Égypte, fut parmi les premières chancelleries à installer un poste consulaire dans la région cilicienne2. Grâce aux rapports de ses représentants officiels dans la région, les milieux politiques et économiques français purent découvrir en Cilicie les opportunités qu’elle offrait Il y existait en tout premier lieu de sérieuses perspectives d’exploi­ tation de ses potentialités agricoles. A travers les rapports envoyés par le 1.

Langlois Victor, Voyage dans la C ilicie e t dans les m ontagnes du Taurus, Paris, 1861,

P-VL 2.

A uparavant, il existait à Tarsous un poste d ’agent com m ercial français attaché au consulat général d'A lep.

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vice-consulat de Tarse durant l’occupation égyptienne, Paris savait combien la culture du coton, du blé et de l'orge pouvait y être profitable. En outre, les milieux coloniaux fiançais retrouvaient sur le terrain la trace des triomphes passés et glorieux des Romains et des Croisés dans la région. Ainsi, après avoir entrepris, en 1836, un voyage à travers les villes et les forteresses de Cilicie, le vice-consul de France écrivait à Paris : « (...) nous y éprouvâmes une certaine jouissance à faire flotter, pour la première fois sans doute, nos glorieuses couleurs nationales dans un lieu où jadis planèrent orgueilleusement les aigles Romains3. » Notons enfin que les rapports officiels fiançais associent souvent les Arméniens de Cilicie aux chrétiens orientaux du Moyen Âge qui avaient apporté dans cette même région leur soutien aux victoires des Croisés et fondé un royaume puissant Les Arméniens de Cilicie pourraient-ils jouer un rôle identique à celui des Maronites du mont Liban, qui allaient devenir les principaux agents locaux contribuant à la pénétration culturelle et économique française dans le Levant ? La réponse est fournie dans la deuxième moitié du XIXe siècle, époque à laquelle la Cilicie devient un important champ d ’action pour les missionnaires fiançais qui, sous la protection de leur gouvernement, s’efforcèrent de convertir les Arméniens « schismatiques » au catholicisme. Tous ces facteurs réunis avaient fait de la Cilicie une des « échelles du Levant », transformée en axe et noyau d’influence française, aspirée par les milieux coloniaux français et devaient, plus tard, à partir de 1918, aboutir à une occupation militaire française, au même titre qu’en Syrie et au Liban. Il importe toutefois de souligner que dans les décennies qui ont précédé la conquête française, la Cilicie n’a pas vécu la même évolution que la Syrie ou le Liban. Ainsi, à la veille de la première guerre mondiale, la Cilicie ne pouvait pas être considérée comme un fief de l’influence économique et culturelle française. Alors que dans les villes et dans certains villages libanais et syriens les œuvres françaises en matière d’assistance et d ’enseignement étaient omniprésentes, la situation en Cilicie était bien différente, sans être toutefois insignifiante. Bien que nombreux et influents, les établissements situés en Cilicie étaient loin d ’égaler en nombre ceux qui se trouvaient en Syrie et au Liban4. Comme partout ailleurs dans l’Empire ottoman, les établissements ciliciens étaient généralement gérés par des missions catholiques fran­ 3. 4.

MAE, CPC/Turquie-Consulats divers, vol. S, n° 3 1 3,20 ju illet 1836, Taraous, f* 275. Pour le nombre des établissem ents scolaires protégés par la France, voir Seurat Michel, « Le rôle de Lyon dans l’installation du mandat français en Syrie : intérêts économiques et culturels, luttes d ’opinion (1915-1925) », dans B ulletin d'études orientales, XTOQ, Damas, 1979 (article republié dans L 'É ta t d e B arbarie, Paris, 1989, pi 181).

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çaises qui s’occupaient de la diffusion de la culture et de la langue françaises. Signalons que tous les gouvernements de la IIIe République, quelles que soient leurs tendances politiques, soutenaient l’œuvre des missions religieuses visant à accroître dans ces régions l’influence française. Il est révélateur à cet égard que Gambetta, l’une des figures marquantes de la France coloniale dont la farouche laïcité était bien connue, ait déclaré que l'anticléricalisme n ’était pas un article d ’expor­ tation. Comparée au degré de pénétration économique de la France en Syrie et au Liban, la Cilicie était, dans ce domaine aussi, relativement négligée. Dans les faits, en Syrie et au Liban, la mainmise française sur tous les domaines économiques était incontestable. Il est vrai que l’implantation économique française dans ces deux régions ottomanes contribua beaucoup au progrès et au développement de ces pays du Levant En contre-partie, outre les bénéfices financiers résultant de ces investis­ sements, les relations commerciales permirent à la France de nouer des contacts directs avec les Libanais et les Syriens, de former sur place un vaste réseau de clientèle et de favoriser dans certaines couches popu­ laires, notamment chrétiennes, le développement rapide de sentiments francophiles. La situation de la Cilicie était nettement différente. Cette région ottomane était certes devenue, à la fin du XIXesiècle, une zone géogra­ phique pour laquelle les puissances occidentales rivalisaient en vue d ’y exercer leur hégémonie économique. Mais de cette lutte d ’influence, c’est finalement l’Allemagne qui était sortie victorieuse. A la veille de la première guerre mondiale, la puissance allemande avait ainsi obtenu la concession de la ligne de chemin de fer de Bagdad, passant par la Cilicie et Alep, et la France se voyait évincée d ’une zone géographique qui faisait partie de la «Syrie intégrale», tant convoitée par les milieux colonialistes français. Pour Fulton, les progrès enregistrés dans le W eltpolitik allemand menaçaient sérieusement la position de la France dans l’Empire ottoman. Pour le même auteur, le projet de la construction du Bagdadbahn et les perspectives de développement économique allaient contribuer à accroître l’influence allemande en Cilicie et dans la Syrie du Nord5. La Cilicie, lieu de passage important du Bagdadbahn, présentait donc un intérêt particulier pour les investisseurs allemands. Dès le début du

5.

Fulton Bruce L , « France and the end o f the ottom an Em pire », dans The G reat Powers a n d the E nd o f the O ttom an E m pire (dir. M arian K ent), Londres, 19% ( l 'é d . 1984), p. 161 ; 16S.

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siècle, les Allemands entreprirent d ’y développer la production de coton6. Ils devinrent ainsi les phis importants investisseurs étrangers dans ce secteur en plein essor. Le déclenchement des hostilités mondiales ralentit toutefois assez nettement les efforts allemands visant au développement de ce domaine fortement productif. Le début du conflit mondial réactiva cependant les visées territoriales des milieux coloniaux fiançais au Levant Désormais, la France et son alliée, la Grande-Bretagne, pouvaient envisager le redécoupage du territoire ottoman suivant des lignes impérialistes. Avant d ’aboutir à un accord sur le découpage de l’Empire en zones d’influence, la position de la France, principale intéressée en Cilicie, évolua par étapes. Lors du déclenchement des hostilités, la diplomatie française campait encore sur ses positions traditionnelles à l’égard de l’Empire ottoman, à savoir continuer à favoriser le maintien de son intégrité territoriale. Le principe même du dépeçage de l’Empire entrait en contradiction avec les desseins stratégiques de la France dans la région. Paris poursuivait un objectif principal : la victoire sur l’Allemagne. La diplomatie française estimait qu’une fois ce but atteint, l’Empire ottoman devrait se libérer de l’emprise allemande et rétablir ses rapports traditionnels avec les Fiançais. Cette manière de voir était une sorte d ’héritage de l’avant-guerre. Entre 1895 et 1914, les capitaux français représentent 65,93% des capitaux étrangers placés en fonds publics ottomans7. Les investissements français en territoire ottoman étaient trois fois plus nombreux que ceux de l’Allemagne, qui était pourtant le deuxième grand investisseur après la France. Grâce aux privilèges accordés par le système des capitulations, la France avait les moyens d ’exercer son influence culturelle, politique et économique sur toute l’étendue de l’Empire. Or, la partition piévisible du territoire ottoman allait inévitablement limiter la pénétration culturelle et politique française aux seules zones d ’influence détenues par la France, conformément aux plans de partage des Alliés. Dans ces conditions, de vastes régions, situées sous le contrôle d ’autres puissances, allaient échapper à l’influence française. Malgré ces réticences, l’évolution du conflit mondial encouragea très vite la France à modifier sa position initiale concernant le partage de l’Empire. Plusieurs éléments essentiels engendrèrent ce changement

6. 7.

ED.-C. A chaid, « Le coton en C ilicie et en Syrie », dans A sie fra n ça ise, supplém ent au n° 3 de ju in 1922, Paris, 1922, p. 34. Thobie Jacques, Intérêts e t im périalism e fra n ça is dans l'E m pire ottom an de 1895 à 1914, Paris, 1977, p. 302.

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Jusqu’au début des hostilités, la Fiance pouvait encore compter sur l’accord établi avec la Grande-Bretagne à la fin de 1912, conformément auquel le bassin méditerranéen devait être un champ d ’action réservé à la flotte de guerre fiançaise. Ce qui supposait que Londres renonçait à toutes visées stratégiques et politiques sur les territoires situés sur le littoral de la Méditerranée, y laissant le champ libre à son allié fiançais. Il est clair que l’instauration d’une hégémonie absolue dans le bassin méditerranéen constituait un projet impérial auquel la France aspirait depuis le début du XXe siècle. Andrew et Kanya-Forstner montrent du reste que la vision d’une glorieuse France, ressuscitant la domination de l’Empire romain en Méditerranée, imprégnait alors fortement la littérature coloniale fiançaise8. L’accord conclu avec les Britanniques confortait donc Paris dans ses visées sur la Syrie, principal champ d'action de sa pénétration culturelle, économique et politique dans l’Empire ottoman. La diplomatie française avait ainsi la certitude qu’en cas de déclenchement d ’un conflit mondial, auquel la France participerait inévitablement aux côtés de son alliée britannique, elle aurait une liberté totale d ’action en Syrie9. Les circonstances exceptionnelles de la première guerre mondiale marquèrent cependant le grand retour de la Grande-Bretagne dans les affaires du Proche-Orient Ce qui ne manqua pas de susciter l’inquiétude de la France. En fait, lorsque les Alliés déclarèrent la guerre contre l’Empire ottoman, la France, tout occupée à son effort de guerre sur le front européen, fut pratiquement absente des zones de combats en O rient Les deux grands fronts orientaux, ceux d ’Égypte et d’Irak, où les troupes alliées faisaient free aux armées ottomanes et à celles des puissances centrales, furent pour l’essentiel défendus par des troupes issues de l’Empire britannique. Or, le sort des pays du Levant (Syrie, Liban, Palestine, Cilicie) fortement marqués par l’influence fiançaise, dépendait en grande partie de l’évolution de ces deux fronts, sur lesquels la présence militaire française était symbolique et où les Britanniques étaient incontestablement en position de force. Un autre facteur décisif influença la position française sur le démembrement éventuel de l’Empire ottoman : le débarquement allié sur les côtes turques des Dardanelles. Outre sa dimension militaire, cette opération de grande envergure déclenchée le 25 avril 1915, pouvait aims être considérée comme un pas important vers l’éventuel démembrement 8. 9.

Andrew C hristopher M. et K anya-Forstner A .S., The C lim ax c f French Im perial Expansion, 1914-1924, Stanford. Californie, 1981, pi 35. Cloarec V incent, L a France e t la question de Syrie, 1914-1918, Paris, 1998, p. 32-34.

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de l’Empire10. En cette première année de guerre, il était également question d ’organiser un débarquement allié sur les côtes d ’Alexandrette, situées en pleine zone d ’influence française, en Cilicie. Or, il était évident que l'essentiel des troupes participant à cette opération militaire serait britannique. Le déclenchement de la révolte arabe au Hedjaz joua, lui aussi, un rôle important dans le revirement fiançais. En effet, le commandement britannique du front d ’Égypte, placé sous les ordres de Henry McMahon, avait entamé, dès juillet 1915, des pourparlers avec le ch érif de La Mecque, Husayn al-Hachimi, qui était déterminé à déclencher une révolte contre l’autorité ottomane dans les provinces arabes de l’Empire. L’ouverture d’un second front, dans une région périphérique de l’Égypte, allait inévitablement engendrer des difficultés supplémentaires pour les Ottomans et les puissances centrales et, en cas de réussite, gravement nuire à leur effort de guerre. Le commandement allié promit donc d ’appuyer la révolte du ch érifet son projet politique de création d ’un État arabe indépendant dans les provinces arabes de l’Empire. Cependant, le futur État arabe projeté par le chef hachémite englobait en son sein des territoires considérés comme faisant partie d ’une possible zone d ’influence française au Levant. Or, avant de prendre des engagements fermes à l’égard du chérifW usayn, Londres décida de négocier avec Paris la délimitation des zones syriennes revendiquées par la France. Dans ces conditions nouvelles, les dirigeants français ne pouvaient plus camper sur leurs positions initiales, consistant à défendre le maintien de l’intégrité territoriale de l’Empire ottoman. La diplomatie française fut amenée à faire des concessions et notamment à accepter le principe d ’un partage de l’Empire en cas de victoire des Alliés. Elle s’engagea ainsi dans des négociations, conduites dans le plus grand secret, avec les chancelleries des puissances alliées. En ce qui concerne le Proche-Orient, elles aboutirent le 3janvier 1916 à la préparation d ’un mémorandum rédigé par les représentants fiançais et britannique, respectivement François Georges-Picot et Mark Sykes. Ce texte était censé servir de base à un futur accord. La version définitive de l’accord Sykes-Picot stipulait que les régions soumises à l’administration directe de la France, désignées par le terme général de «zone bleue», devraient inclure la Cilicie, les régions de Bitlis, Ourfa, Diarbekir, et tout le littoral syrien et libanais, jusqu’à Haïfa. La France devrait en outre obtenir une zone d ’influence exclusive, 10.

Devant l'inébranlable résistance des Ottomans et des puissances centrales, le débarquem ent des D ardannelles aboutit à un échec et les forces alliées se retirèrent entre décem bre 1915 et janvier 1916.

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appelées « zone A », dans laquelle les Fiançais auraient le droit de jouer un rôle de «conseillers administratifs », c'est-à-dire d ’y installa' des conseillers et des fonctionnaires qualifiés. Cette zone d ’influence devait englober en son sein la Syrie, avec ses quatre grandes villes, Alep, Damas, Hama et H oms, les légions de la Békaa et de Mossoul. Le texte soulignait aussi qu'un État arabe devrait être créé dans les territoires syriens entrant dans la zone d'influence fiançaise. L’éviction de l'Allemagne de l’Empire ottoman offrait donc de nouvelles chances aux projets hégémoniques fiançais dans le Levant. Tout semblait être favorable, en cas de victoire des puissances alliées, à l'occupation par la France de la « Syrie intégrale », du Taurus jusqu’en Palestine.

Les fondem ents du projet d ’occupation français de la C ilicie La Cilicie peut-elle être considérée comme partie indissociable de la Syrie? La question peut, a priori, paraître saugrenue. A la veille de la première guerre mondiale, la région cilicienne, avec la majorité de sa population composée d’Arméniens, de Turcs, de Kurdes, de Grecs et autres, était, en effet, culturellement peu liée au pays syrien proprement d it Par leurs langues, leurs mœurs, leur histoire, la plupart des peuples habitant en Cilicie avaient de grandes affinités avec ceux du reste de l’Asie Mineure et non avec ceux de la Syrie. Malgré cette réalité incontestable, la Cilicie était présentée dans les projets coloniaux fiançais comme étant une partie inséparable de l'ensem ble du bloc levantin ou de la « Syrie intégrale ». Dès le début du conflit mondial, la diplomatie fiançaise considérait que l'intégralité de ce territoire lui revenait de d ro it Le concept de grand bloc des pays du Levant ou de « Syrie intégrale », s’étendant des chaînes du Taurus, au nord, jusqu’au mont Sinaî, au sud, englobant la Cilicie, la Syrie, le Liban et la Palestine, fut notamment véhiculé au sein de la classe politique fiançaise par le Comité de l'A sie française11, groupe de pression très actif défendant les intérêts coloniaux de la France en Asie. Ce groupe était associé au «parti colonial », apparu en France à la fin du XIXe siècle, regroupant différentes associations coloniales fondées dès le début du XIXe siècle12. Il faut 11. 12.

Fondé en 1901, sous la présidence d ’Eugène Etienne. N akache K aren, L a F rance e t le Levant de 1918 à 1923 : te so rt de la C ilicie e t de ses confins m ilitaires, th tse en histoire, 1999, p. 213.

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toutefois souligner qu’en France le parti colonial était loin de représenter une organisation politique structurée. En effet, il réunissait en son sein des personnalités appartenant indistinctement aux mondes politiques, de toutes tendances, religieux et économiques, qui avaient en commun d'être tous attachés au maintien et au développement des intérêts économiques de la France dans les colonies et dans ses zones d ’influence. Les grandes maisons de commerce, les milieux de l’industrie et de la finance étaient les principaux appuis de ce puissant groupe de pression. Comme le souligne bien Jacques Tobie, c’est au sein de ce groupe et de ses composantes que « se préparaient la conquête idéologique de la France et l’éducation coloniale des Français13 ». Cela dit, nous comprenons mieux le concept de grande Syrie, incluant la Cilicie, lorsque l’on prend connaissance des deux arguments essentiels avancés par les milieux coloniaux français pour justifier leur position : - fondements géographique et stratégique : la Cilicie, avec les chaînes de montagnes du Taurus et de l’Anti-Taurus, forme une barrière géographique naturelle, située dans le nord du bloc syrien. Le contrôle de la Cilicie est donc le moyen stratégique le plus sûr pour assurer les frontières septentrionales et contrôler la Syrie. Privé des chaînes de montagnes ciliciennes, le bloc syrien est vulnérable et à la merci d ’attaques éventuelles venant du nord ; - fondement économique : celui-ci constituait évidemment un critère fondamental qui a conduit les milieux coloniaux français à insister sur l’appartenance de la Cilicie à l’ensemble syrien. La Cilicie revêtait en fait un intérêt particulier, notamment pour sa production de coton, matière ayant une importance stratégique en ce début de siècle. Par son climat et l’abondance de ses eaux fluviales, la Cilicie possédait précisément un grand potentiel pour la production de coton, et était capable de combler les lacunes de l’industrie cotonnière française en fournissant à elle seule les deux tiers des besoins du marché intérieur. La production cilicienne permettrait à la France d ’éviter une pénurie de coton si une crise mondiale venait à éclater. Le sol cilicien était par ailleurs en mesure de produire d ’autres variétés de coton recherchées sur le marché mondial14. L’immense plaine de Tchoukour ova15, 13. 14. 15.

Thobie Jacques, M eynier G ilbert, Coquery-Vidrovitch Catherine et Ageron CharlesRobert, H istoire de la France coloniale, 1914-1990, Paris, 1990, p. 40. Achard, op. c it., p. 44-47. Après la fondation de l’État-nation turc dirigé par M ustafà Kemal, le nom de la plaine de Tchoukour ova (Çukurova) fut étendu pour désigner l’ensem ble de la région cilicienne. Bien entendu, le nouveau régim e, dans la foulée de sa politique de turquisation de l’espace anatolien, visait à rem placer le nom de la C ilicie, appellation qui évoquait im plicitem ent les Arméniens.

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s’étendant entre Adana et Tarsous, réunissait enfin toutes les conditions pour devenir un grand espace de production de céréales, notamment de b lé e td ’oige. Les projets et les demandes laites par les cercles coloniaux pour le développement des intérêts économiques de la France trouvèrent donc un écho favorable auprès de la diplomatie française lors des négociations entre les puissances alliées concernant le partage de l’Empire ottoman. La Cilicie devait donc devenir un espace à partir duquel le colonialisme français serait capable de tira- des bénéfices économiques. Son voisinage et sa continuité géographique avec la Syrie encouragèrent les diplomates français à revendiquer ce territoire. Dans ses desseins coloniaux, la France s’efforçait donc de prendre la relève de l’Allemagne en Cilicie en matière de production de coton et de bénéficier de ses avantages économiques. Mais les projets coloniaux d’exploitation des ressources naturelles de la Cilicie ne peuvent pas à eux seuls expliquer les revendications françaises, son acharnement à occuper le grand bloc du Levant Tout au long de la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne et la Fiance n’ont jam ais cessé de penser, en cas de victoire, ainsi que le montre Eric Hobsbawn, « à remplir les grands espaces vides16» qui devraient être abandonnés par le camp vaincu. A cet égard, les visées impérialistes françaises et britanniques étaient évidemment en opposition, chacun de ces deux pays s’efforçant d ’étendre au maximum son hégé­ monie planétaire, ce qui avait pour effet de stimuler les deux camps. La victoire ne fit donc qu’accentuer les appétits impérialistes de la France. La lutte d'influence franco-britannique était particulièrement vive sur la scène proche-orientale. S’appuyant sur ses puissants effectifs déployés au Levant, le commandement britannique manifesta à plusieurs reprises sa volonté de jouer le rôle d ’arbitre incontestable dans le découpage du territoire ottoman, voire à reconsidérer le plan initial de partage, connu sous le nom d ’accord Sykes-Picot Une fois de phis, les milieux coloniaux français craignaient que la Grande-Bretagne ne cherche à l’écarter ou, au moins, à réduire la présence française dans une zone qui leur revenait de droit - le souvenir de l’occupation britannique de l’Égypte, en 1882, était encore vivace chez les diplomates français. Londres allait-elle empêcher la réalisation d ’un autre rêve, celui d ’une Syrie française ou d’une « seconde France en Orient17 » ? La perte par la

16. 17.

Hobsbawn Eric J., L 'Â ge des extrêm es. L e court vingtièm e sièd e, 1914-1991 (traduit de l’anglais), Bruxelles, 1999, p. 56. Ageron Charles-Robert, F rance coloniale ou p a rti colonial ?, Paris, 1978, p. 84.

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France d’une partie de la Syrie intégrale ne pourrait être observée par les milieux coloniaux français que comme une humiliation nationale. Orgueil national, prestige international et ambitions coloniales formaient un mélange explosif qui ne pouvait que contribuer à une accélération de la conquête de la « Syrie intégrale », Cilicie incluse. Les Français s'efforcèrent pour cela d ’obtenir un partage «équitable» du territoire ottoman avec les Britanniques et de mettre un to m e au projet de Londres visant à la révision du plan Sykes-PicoL Ceci d ’autant phis que les dirigeants français étaient persuadés que les populations de ce grand bloc du Levant allaient les accueillir, comme l'écrivait Michel Seurat, « en bienfaitrice18 », en raison des liens séculaires que la France avait établis avec cette partie du Proche-Orient. Gérard Khoury est encore plus tranchant à ce propos : « Ce qui est certain, c’est que (...) 1a France est persuadée d'avoir des intérêts traditionnels en Orient et qu’elle les considère comme acquis et incontestables19.» Les différents courants politiques français étaient, en fait, généralement unanimes sur le projet de conquête de la Syrie. « Manquer à cette œuvre, écrivait Saint-René Taillandier en février 1919, serait manquer à nous-mêmes en même temps qu'à la Syrie20. » Les ambitions impérialistes françaises dans la « Syrie intégrale» prirent une nouvelle dimension en Cilicie lorsque les armées victorieuses des puissances alliées entrèrent dans la région. Toute la population chrétienne, tout particulièrement les rescapés arméniens originaires de Cilicie qui avaient été déportés au cours de la première guerre mondiale par les autorités ottomanes vers la Syrie et la Palestine, devait être rapatriée dans la région cilicienne sur l’initiative des puissances alliées. Or, phis qu’un acte humanitaire, cette vaste opération consistant à ramener dans leurs lieux d ’habitation d ’origine plusieurs dizaines de milliers de chrétiens, ressemblait fort à une politique de peuplement visant à conforter des intérêts stratégiques. En effet, les populations chrétiennes rapatriées étaient censées jo u a- en Cilicie le rôle de colons dévoués à l’action de la France dans une région où les Turcs s’apprêtaient à résister contre l’occupation française. Conséquemment, cette stratégie de repeuplement a pris en Cilicie l’aspect d ’une véritable politique de colonisation. Comme on le verra dans les chapitres suivants, l’histoire de la Cilicie sous occupation française fut donc également celle d ’une

18. 19. 20.

Seurat, op. ci/., p. 220. Khoury G érard D ., L a F rance e t l'O rien t arabe. N aissance du Liban m oderne, 19141920, Paris, 1993, p. 31. R evue des D eux M ondes, 15 février 1919 (cité par Ageron, op. c it.,p . 84).

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stratégie de peuplement, qui allait très tôt tourner au désastre, en raison de l’infléchissement produit dans la politique régionale française.

L ’o ccupation de la C ilicie p a r k s forces alliées A l’annonce de l’armistice de Moudras, signé entre les Britanniques et les représentants des autorités ottomanes, le 30 octobre 1918, les troupes des puissances alliées se trouvaient aux pentes de la Cilicie. L’Empire ottoman venait de perdre la guerre, à laquelle il avait participé aux côtés des puissances centrales, représentées notamment par l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Depuis la fin de 1917, l’armée ottomane battait en retraite sur le front d ’Orient, abandonnant successivement la Palestine, le Liban et la Syrie au profit des troupes alliées, avançant du côté de l’Égypte. Lors de la déclaration de l'arm istice, la Cilicie et la Syrie du Nord étaient encore entre les mains de l’armée ottomane, constituée des vestiges des IIe et VIIe armées, appelées Yildinm (éclair), commandées par Mustafa Kemal (1881-1938) pacha et ayant Adana comme quartier général. L’Empire ottoman devait subir les dures conséquences de l’armistice de Moudras. Cette convention lui imposait la démobilisation de l’armée (article 5), l’occupation par les troupes alliées de « points stratégiques » (article 7), l’occupation du système des tunnels du Taurus (article 10), la reddition de toutes les garnisons du Hedjaz, de l’Assir, du Yémen, de la Syrie et de la Mésopotamie auprès du commandement allié le plus proche, le retrait des troupes de Cilicie (article 16) et l’occupation « en cas de désordre » des six provinces arméniennes (article 2421). Le 24 octobre 1918, quelques jours avant la signature de l’armistice de Moudras, le général britannique Edmund Allenby, commandant en chef des troupes alliées en Égypte et au Levant, annonça la division admi­ nistrative et militaire des Territoires ennemis occupés (TEO) en trois parties : la « zone Sud » britannique, englobant la Palestine et une partie de la Mésopotamie, la «zone E st», attribuée au représentant du ch érif Husayn, son fils l’émir Faysal, et comprenant 1’« hinterland » syrien, avec Damas, Alep, Hama et Homs, et la «zone N ord» française, constituée par la bande littorale s’étendant du sud de Tyr au nord*2

21.

FO 371/3448/178097, A dm iralty to C om m ander-in-chief in C hief M édit, 46Z, 22 octobre 1918 (cité par N assibian Akaby, B ritain and th e Arm enian Q uestion, 19151923, Londres/NY, 1984, pi 131-132).

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d ’Alexandrette. L’administration de la zone française fut confiée au hautcommissaire français, François Georges-Picot La force militaire française au Levant était alors formée d’environ 5 00022 hommes, dont la plupart faisaient partie de la Légion d’O rient Ces légionnaires servant sous le drapeau fiançais étaient des Arméniens et des Arabes syriens, généralement de nationalité ottomane, recrutés pendant le conflit mondial afin d ’appuyer l’effort de guerre des Alliés sur le front d ’Égypte. Le nombre des soldats français était infime par rapport à celui des Britanniques, dont la présence était estimée entre 75 000 et 90000 hommes. L 'effectif français était donc insuffisant pour entre­ prendre des opérations militaires qui auraient permis d'occuper les régions qui revenaient à la France conformément aux accords de partage de l’Empire. Dans ces conditions, la dépendance de la France vis-à-vis du haut-commandement britannique du Levant restait totale. Toutefois, des facteurs d ’ordre stratégique et politique forcèrent la France, malgré ces handicaps, à précipiter l’occupation de la Cilicie. A l’annonce de la défaite des Ottomans, l’Empire gouverné par le régime jeune-turc s’est trouvé au bord du gouffre. Une atmosphère de désastre, de panique générale et de ruine totale régnait dans toutes les régions ottomanes. Durant les mois suivants, les puissances alliées élaborèrent un plan de partage des territoires de l’Empire en différentes zones d ’occupation. Le démembrement, voire la disparition, de l’Empire était à l'ordre du jour. Tout cela contribua à entretenir une atmosphère de catastrophe durant les premiers mois qui suivirent la déclaration de Moudras. Alors que le découpage de l’Empire était entamé d ’une façon accélérée par les parties concernées, tout retard enregistré par la France dans l’occupation des territoires qui lui revenaient conformément aux plans de partage, pouvait avoir des conséquences fatales sur les intérêts stratégiques poursuivis par Paris. Londres exprimait nettement son opposition à tout nouveau déploiement de troupes françaises au Levant2223. Tiraillée entre, d ’une part, le souci d ’occuper l’ensemble du bloc syrien et de le préserver des menaces de velléités britanniques ou autres et, d’autre part, la crainte de ne pouvoir accomplir une telle tâche d’occupation avec des effectifs insuffisants, la France opta finalement pour l'envoi de troupes en Cilicie. Sur l’ordre du général Jules Hamelin, commandant en chef des forces françaises du Levant, et avec l’accord des Britanniques, les unités 22. 23.

En décem bre 1918, l’effectif français au Levant était évalué à environ 10 000 hommes. Hughes M atthew, AJIenby and B ritish strategy in th e M iddle East, 1917-1919, Londres, 1999, p.92-93.

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arméniennes de la Légion d’Orient, stationnées à Beyrouth, débarquèrent à Alexandrette et à Mersin avec pour objectif l’occupation de la Cilicie. Les au to i tés françaises mesuraient toutefois que l’identité fortement arménienne de cette force pouvait être une source de violences et de conflits dans une région marquée fortement par les massacres et les déportations des Arméniens durant la première guerre mondiale. Bien entendu, l’envoi de soldats arméniens sous l’uniforme français pouvait contribuer à exacerber les tensions religieuses et ethniques au sein de la population cilicienne. Cependant, la Légion d ’Orient formait l’unique force se trouvant à la disposition du commandement français pour mener une telle opération. Dans ces conditions, le débarquement des troupes débuta le 21 novembre et ne prit fin que le 29 décembre. Environ 4 000 (selon Brémond, 2 500) soldats, en grande partie des légionnaires arméniens, arrivèrent ainsi en Cilicie. Les Turcs ne tardèrent pas à manifester leur mécontentement free à l’occupation de la Cilicie. Au cours des dernières années de la guerre, l’Empire ottoman avait définitivement perdu son influence dans les provinces arabes, car les autorités locales ottomanes y avaient été remplacées par une administration dominée par les Alliés. Les dirigeants turcs s’efforcèrent donc de ne pas céder la région cilicienne encore sous le contrôle de leur administration, face aux projets d ’occupation des Alliés. Cette volonté des Turcs se révéla très tôt, lors des négociations qui aboutirent à l'arm istice de Moudros. En fait, les plénipotentiaires turcs réussirent à frire supprimer dans le texte original de l’armistice, un article qui prévoyait l’occupation par les Alliés des villes de Sis, Hadjin, Zeïtoun et Aïntab (article 24/b*2324). L’absence de cet article permit plus tard à la Turquie d ’adresser une protestation officielle au général Hamelin lorsque les Français mirent en œuvre leur projet cilicien. On peut notamment y lire : «(...) l’occupation de la Cilicie non seulement n’existe pas dans les conditions de l’armistice, mais encore il n’en a pas été parlé dans l’entretien que nous avons eu avec le commandant en chef des forces anglaises en Syrie. Par conséquent, nous protestons contre l’intention d’occuper Adana25. »

24. 23.

N assibian, op. c il., 139. SHAT, 4H 11, rapport du capitaine G autherot, Beyrouth, le 27 mai 1919 (cité par G otikian Guévurk, L a Légion d'O rient e t le m andat fra n ça is en C ilicie (1916-1921), dans R evue d 'H istoire arm énienne contem poraine, tom e IH [num éro spécial], 1999, Paris, pi 280).

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Afin de justifier cette occupation, les Alliés s'appuyaient pour leur part sur les clauses de l’armistice de Moudras qui, en ce qui concerne la Cilicie, préconisait l’occupation du système des tunnels de T aunis (article 10), le contrôle des chemins de fer (article 1S) et le retrait d es troupes turques de Cilicie (article 16). La déclaration de M oudras stipulait également que seules les forces turques nécessaires au m aintien de l’ordre dans la région pourraient demeurer en Cilicie (article 1626). Dans ces conditions, une convention additive à l’armistice de M oudras fut adoptée le 20 février 1919. Les nouvelles dispositions m odifièrent nettement les conditions de l’occupation de la Cilicie à l’avantage d es Alliés27. La lutte engagée par les Turcs contre l’occupation de la Cilicie ne se manifesta pas que sur le plan politique. Une résistance armée se préparait contre les troupes alliées débarquées dans le territoire cilicien. Zürcher souligne que, dès la déclaration de l’armistice, sur l’initiative du Com ité Union et Progrès (CUP28) - parti qui était au pouvoir pendant la guerre —, des organisations clandestines, parmi lesquelles notamment le K arakol, furent formées, principalement dans le but de préparer le mouvement d e résistance contre l’occupation. Ces cellules de résistance étaient bien implantées au sein de l’armée ottomane où les officiers membres du C U P lestaient très influents. Des armes et des munitions furent alors acheminées secrètement dans les provinces intérieures de l’Anatolie q u i allaient devenir les centres du mouvement national turc. L’auteur constate qu’avant même la déclaration de Moudras, le CUP organisa le stockage d’armes dans des endroits stratégiques d ’Anatolie pour ravitailler e n armes un éventuel mouvement de résistance. Or, parmi ces lieux d e stockage, il y avait également les montagnes du Taunis cilicien29. Les archives officielles britanniques et françaises sont encore p h is précises sur ce sujet Ainsi, après l’armistice, la Cilicie était devenue u n lieu de transit pour les armées ottomanes, quittant les fronts de guerre e t se repliant vers l’intérieur de l’Anatolie. Nihat pacha (Anilmiç), m em bre du CUP - parti qui incarnait la tendance extrême du nationalisme turc —, avait remplacé, en novembre 1918, Mustafa Kemal pacha, à la tête d e l’armée de Yildnm . Contraint de retirer ses troupes, il s’efforça de créer avant son départ de la région plusieurs obstacles susceptibles d ’entraver l’occupation de la Cilicie par les Alliés ou de réduire le phis possible s a durée. Durant les opérations d ’évacuation, l’armée ottomane distribua d e 26. 27. 28. 29.

FO 371/3448/178097 (cité par N assibian, op. c it., p. 139). Nous verrons ultérieurem ent les détails de cette convention additive. lttih a d ve Terakki C em iyeti, que l’on désigne aussi par son prem ier mot, ittihad. Zürcher Erik Jan, The U nionistfa c to r : the role o f th e C om m ittee c f U nion en d P rogress in the Turkish national m ovem ent, 1905-1926, Leiden, 1984, p. 85-86.

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nombreuses armes aux villageois turcs et musulmans en général. Nihat pocha espérait de la sorte pouvoir compter sur la mobilisation de cette population armée dés qu’une occasion se produirait30. Environ 25 000 fusils furent remis aux mains des musulmans du vilayet d ’Adana31. Son successeur, Ali Fuat pacha (Cebesoy), fit de même. Ainsi, les soldats turcs démobilisés furent reversés, parfois contre leur gré, dans les rangs de la gendarmerie cilicienne, dont la formation était garantie, confor­ mément aux clauses de l’armistice de Moudras, pour assurer l’ordre dans la province. Les renseignements fournis par Brémond sont confirmés par Zürcher qui se fonde, quant à lui, sur les mémoires de commandants turcs32. Un régiment de gendarmerie, formé de 3 000 hommes, fut ainsi constitué sous le commandement du lieutenant-colonel Hachim bey, ancien commandant de division au Caucase, véritable âme de la lutte contre l’occupation alliée en Cilicie33. Quant à Nihat pacha, nouvellement installé à Konia, ville située au nord-ouest de la Cilicie, il poursuivit sa lutte contre les occupants alliés en exhortant les autorités administratives ottomanes de Cilicie à «constituer dans les villes et les villages des Unions islamiques qui doivent s’organiser pour la défense des musulmans34 ». Les autorités de Constantinople allèrent jusqu’à nommer Nihat pacha vali du vilayet d ’Adana, très vraisemblablement pour donner un nouvel élan à la lutte contre l’occupant allié en Cilicie. Son arrivée à Adana était même annoncée pour le 21 décembre35. Toutefois, sur l'intervention du général Hamelin auprès du comman­ dement britannique, la nomination de Nihat pacha fut annulée. Phis encore, dès le 28 décembre, il fut considéré comme persona non grata en Cilicie et la Sublime Porte dut se résigner à nommer à sa place Ali Ghalib bey36. Jusqu’à l’arrivée de ce dernier, Nazim bey hit nommé vali intérimaire, mais Ghalib bey ne prit jam ais possession du poste et c’est finalement Djelal bey qui occupa les fonctions de vali d ’Adana, en

30. 31.

32. 33. 3 4. 35. 36.

FO 371/4142, Political - Turkey, 1919, de G .H .Q ., Egypt, au W ar Office. 28 décembre 1918, au sujet du rapport du général Hamelin, commandant du DFPS, P 425. Brémond Édouard, « La C ilicie en 1919-1920», dans la R evue des E tudes arm éniennes, Paris, 1921, tome t p . 3 0 6 /AN, dossier Brémond, boîte Cilicie, chem iseC ilicie-notes et historique, sous-chem ise « H istorique : résum é de l’installation et du fonctionnement des services adm inistratifs dans les T.E.O. Nord (C ilicie) », p. 4. ZQrcher, op. c il., p. 99. AN, « Historique : résum é de l’installation... », doc. c it, p. 4. SHAT, rapport de GautheroL.. (cité par G otikian, op. c it., p. 279). SHAT, 4H 42, note de Hamelin au général Bulfin, commandant le 21* corps d'arm ée, Beyrouth, 27 décem bre 1918 (d té par G otikian, p. 280). SHAT, rapport de GautheroL.. (cité par G otikian, op. c it., p. 281).

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novembre 1919. Quant à Ali Fuat pacha, il dut quitter avec le reste de son armée la Cilicie et s’installer dans la région de Konia. Dès la fin décembre 1918, la retraite turque de Cilicie devint donc effective et la France semblait prête à prendre en charge l’administration de cette région qui lui revenait conformément aux accords antérieurs conclus entre les Alliés victorieux.

L’installation dn contrôle administratif français en Cilicie

La Cilicie : frontières, circonscriptions administratives, villes Le vilayet ottoman d*Adana, d’une superficie de près de 37 350 km3, était enclavé entre la chaîne de montagnes du Taurus cilicien, au nord et à l’ouest, les chaînes de l’Anti-Taurus et de l’Amanus, à l’est, et la mer Méditerranée, au sud. Dans ses frontières naturelles ainsi définies, le vilayet d ’Adana correspondait approximativement aux limites du royaume médiéval arménien de Cilicie. Ce nom historique de la région fut du reste le phis souvent employé pour désigner le vilayet d ’Adana. La Cilicie a donc l’aspect d ’une forteresse naturelle, entourée de hautes chaînes de montagnes. Elle constitue notamment une barrière naturelle située aux portes de la Syrie, plus précisément de la province d ’Alep. Les chaînes de l’Amanus, longtemps appelées Giavour Dagh (la montagne infidèle) du feit des nombreux monastères et églises grecs et syriaques qui y avaient été édifiés, forment un m assif montagneux situé entre la Cilicie et la région d ’Alep. La partie la plus méridionale de cette chaîne est appelée Moussa Dagh, tandis qu’une autre branche de celle-ci, située plus au nord, est connue sous le nom de Kurd Dagh. A la veille de la première guerre mondiale, le vilayet d*Adana était constitué de cinq sandjaks, d’ouest en est : Selefké (Silifké), Mersin, Adana, Sis-Kozan et Djebel Bereket. Après la déclaration de l’armistice, en octobre 1918, le sandjak de Selefké (appelé également Itchili) fut détaché du reste du vilayet d*Adana et intégré à la zone d ’influence italienne. En janvier 1919, une restructuration administrative fut imposée par le commandement britannique, en accord avec les responsables français, dans les territoires occupés. La zone française fut divisée en deux secteurs : la « zone Nord », comprenant la Cilicie et ayant comme cheflieu Adana, et la «zone O uest», constituée par le littoral syrien et

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libanais, avec comme chef-lieu Beyrouth. La « zone Nord » qui corres­ pondait donc aux frontières de la Cilicie fut appelée Territoires ennemis occupés (TEO). Toute la zone située à Test de la Cilicie, au-delà des chaînes de l’Amanus, fut désignée sous le terme de Territoires de l’Est ou confins militaires de la Cilicie. Il huit du reste souligner ici que durant les quelques années d ’occupation française, le sort de la Cilicie fut étroitement lié à ces mêmes contrées. Les Territoires de l’Est couvraient en effet une zone s’étendant de Marach, au nord, à Ourfà, à l’est, englobant d ’autres villes importantes comme Aïntab, Zeïtoun, Djerablous, Kilis, Biredjik. Avant la révolution jeune-turque et la proclamation de la Constitution ottomane, en 1908, l’ensemble de cette région constituait la partie septentrionale du vilayet ottoman d ’Alep. Durant les années du régime jeune-turc, le sandjak de Marach fut séparé du vilayet d ’Alep et transformé en m outessarifîat, et donc directement rattaché à l’administration du ministère de l’Intérieur ottoman. Du point de vue géographique, le sandjak de Marach est incontestablement orienté vers la Cilicie et appartient naturellement au monde cilicien de l’Anti-Taunis. On constate du reste qu’en 1850 le pachalik de Marach fut réuni à celui d ’Adana et que bien plus tard, lorsque le sandjak de Marach fut détaché du vilayet d ’Adana, il com­ prenait néanmoins dans ses limites administratives des régions incontes­ tablement ciliciennes, comme Hadjin et Sis-Kozan37. Son rattachement au vilayet d ’Alep, en 1866, ou, plus tard, directement au ministère de l’Intérieur, était le fruit de la politique de découpages artificiels, dans laquelle l’administration ottomane était passée maître, pour gérer des situations locales délicates. Les deux autres sandjaks, ceux d ’Aïntab et d ’Ourfa étaient pour leur part nettement orientés vers Alep. Le mémorandum de Sykes-Picot stipulait que l’administration de cette vaste zone, s’étendant à l’est de l’Amanus, revenait à la France. La pénurie d’effectifs du côté français conduisit le commandement allié à envoyer dans cette zone stratégique des soldats britanniques afin de prendre immédiatement le contrôle de la ligne de chemin de fer de Bagdad qui la traversait Jusqu’à la relève des troupes britanniques par des soldats français, effectuée en novembre 1919, les Territoires de l’Est furent contrôlés par les troupes britanniques.

37.

MAE, CPC/Turquie, M arach, vol. 1, rapport sur le sandjak de M anch par M. Robert, drogm an de l’am bassade de France à Constantinople, 1863, P 109.

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L ’arrivée du prem ier contingentfrançais, chargé de l ’adm inistration de la Cilicie Le 19 janvier 1919, le colonel Brémond, chargé du poste d’admi­ nistrateur en chef de Cilicie, débarqua à Beyrouth et, dès le 1* février, s’installa à Adana. Brémond était accompagné de sept officiers fiançais qui allaient constituer les premiers cadres de l’administration française en Cilicie : le lieutenant-colonel Robert Normand, le capitaine J.M. Coulet, le capitaine Ferdinand Taillardat, le lieutenant Jean-Pierre André, le souslieutenant de réserve Escande, le capitaine de réserve Virlot, et un dernier officier dont le nom n’est pas mentionné38. Conformément aux instructions données par Allenby, le chef de l’administration cilicienne fut, jusqu’à nouvel ordre, prié de suivre à la lettre les ordonnances de l’armistice de Moudras. Le général britannique lui rappela également qu’aussi longtemps qu'un traité international n’aurait pas déterminé le sort des territoires ottomans occupés par les Alliés, Brémond était provisoirement censé les administrer par l’inter­ médiaire des fonctionnaires ottomans qui devaient demeurer en place. A la différence des provinces arabes de l'Empire ottoman qui avaient été conquises pendant la guerre et où l’administration ottomane avait totalement disparu, en Cilicie, l’autorité de la Sublime Pente devait être respectée. Les prérogatives de l’administrateur en chef n ’étaient donc pas très précises ; les limites de l’autorité de la Sublime Porte et de celles de l’administrateur en chef n’étaient pas phis clairement fixées. Ce qui donna lieu à plusieurs litiges et à de vives confrontations entre l’administration française et les autorités locales ottomanes représentées par le vali attaché à Constantinople. La situation générale en Cilicie était par conséquent fort peu propice à la mise en place de la nouvelle administration de la «zone N ord», nouvellement occupée, par Brémond et ses collègues fiançais. Dès leur arrivée, les autorités locales engagèrent une résistance passive contre la présence de l’administration alliée en Cilicie. Cette opposition sourde fut d ’autant plus facilitée que, conformément aux prescriptions d ’Allenby, Brémond conserva intacte l’administration locale déjà en place durant la guerre. Un grand nombre de cadres ciliciens du CUP étaient restés en place et formèrent très vite un noyau de résistance contre l’occupation alliée. Parmi ces personnalités turques, il faut notamment souligner le rôle de Nazim bey (vali intérimaire), de Mehmed Tahir eflèndi, du m ufti d’Adana, de Kadri bey (président du conseil municipal d ’Adana), de 38.

AN, «H istorique : résum é de l'installation... », doc. c il., p. 6-7 ; Brémond, ap. c il., p. 308.

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Mefamed Soubhi pacha (député au Parlement ottoman), d ’Irfen bey (préfet de police), du lieutenant-colonel Hachim bey (commandant du régiment de gendarmerie), d ’Ali Murtaza bey (procureur général), de Fouad bey (directeur de l’Instruction publique en Cilicie39). En ce qui concerne les effectifs alliés se trouvant en Cilicie et y soutenant l’action de l’administration française, il s’avéra très vite que rengagem ent des légionnaires arméniens comme unique force militaire alliée dans cette région ravagée par les horreurs de la guerre et marquée par les haines sociales, était susceptible de provoquer localement de graves problèmes. Afin d ’atténuer les effets de cette décision, le com­ mandement allié au Levant envoya finalement en Cilicie de nouvelles troupes, formées par des soldats britanniques, pour appuyer l'adm i­ nistration française en place. Le commandement militaire de la Cilicie repassait ainsi entre les mains des Britanniques. Les relations entre l’administration française et les commandants britanniques furent dès lors le phis souvent conflictuelles. Jusqu’à la relève des troupes britanniques par les renforts français, en novembre 1919, les grandes décisions militaires furent prises par les Britanniques, et l’administration du colonel Brémond resta offi­ ciellement dépendante du général Ailenby. C ’est seulement, en novembre 1919, avec l’arrivée du général Gouraud, nouveau haut-commissaire français au Levant, que l’administration française de Cilicie fut directement attachée au Haut-Commissariat français, dont le siège fut installé à Beyrouth.

Le contentieux franco-britannique pour l ’occupation m ilitaire de la C ilicie : le rôle de la Légion arménienne La stratégie de conquête rapide adoptée par la France au lendemain de la première guerre mondiale rendait inéluctable l’emploi des légionnaires arméniens, sans cadres et souvent sans préparation pour une tâche des plus rudes : une erreur d ’appréciation qui allait se révéler fetale. Durant les premiers mois de l’occupation alliée, la présence des légionnaires arméniens en Cilicie, région déchirée par des conflits ethniques et sociaux, fut l’objet de controverses. La polémique se poursuivit même plus tard, après l’arrivée de troupes fraîches, françaises et britanniques, dans la région cilicienne. En fait, l’existence même de la Légion d’Orient, constituée de soldats arméniens, mettait à l’épreuve la nature de la politique que la France voulait appliquer dans ce territoire. Le 39.

AN, « H istorique : résum é de l’installation... », doc. cit., p. 2-3.

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maintien d ’une telle force suscitait la colère et l’hostilité des habitants musulmans - notamment des Turcs - de Cilicie. Durant la période de présence française dans la région, l’attitude officielle de Paris à l’égard de la Légion d ’Orient évolua donc, en fonction des mutations successives enregistrées par la diplomatie française dans la région. Tant que le gouvernement fiançais resta attaché à l’idée de l'occupation de la Cilicie et de son détachement administratif de l’autorité du sultan ottoman, la France devait y conserver des forces militaires locales, en l’occurrence la Légion d ’Orient, plus tard nommée Légion arménienne, qui restait fidèle à son action politique et servait sous ses ordres. La Légion d ’Orient fut fondée le 15 novembre 1916. A l’origine, il s’agissait d ’un corps exclusivement formé de soldats arméniens, servant sous le drapeau de l’armée française, stationné sur le front d’Égypte. Plus tard, des volontaires syriens frirent également enrôlés dans cette unité militaire. Les soldats de la Légion d ’Orient avaient le statut d ’auxiliaires de l’armée française et ils avaient officiellement été engagés en vue de combattre contre la Turquie sous le drapeau fiançais. Les premiers volontaires de la Légion d ’Orient étaient des réfugiés arméniens du Moussa Dagh, situé dans la région d ’Alexandrette, installés à Port Saïd, en septembre 1915. Un peu plus tard, d ’autres volontaires furent recrutés, venant des colonies arméniennes des Amériques et d ’Égypte. Des soldats furent aussi enrôlés parmi les prisonniers de guerre ou déserteurs d'origine arménienne de l’armée ottomane, combattant sur les fronts d’Égypte ou d ’Irak et détenus par les forces alliées. En janvier 1918, la Légion comptait 3 397 soldats, dont 2 638 Arméniens et 759 Syriens40. Trois bataillons étaient constitués par des soldats arméniens. En décembre 1918, la Légion arménienne commandée par le lieutenant-colonel Romieu était formée de 50 officiers et 3 660 soldats, dont 288 Français41. Débarquée en Cilicie dès novembre 1918, dans un milieu hostile à l’occupation alliée, la Légion arménienne se révéla être une force fragile, notamment à cause du manque patent d ’encadrement En février 1919, lors de l’arrivée de l’administrateur en chef, le colonel Biémond, en Cilicie, il y avait effectivement un officier fiançais pour deux compagnies de la Légion et un sous-officier français par 40.

41.

SHAT, 4H 38/dossier : 2, n° 4826-9/11,22 mai 1919, note sur les Légions arm énienne et syrienne (cité par Nakache, op. c it., p. 115). Selon une autre source, à la mi-1918, la Légion d ’O rient était constituée par trois bataillons arm éniens, plus un peloton, soit 58 officiers et 4 369 soldats dont 288 Français (G otikian, op. c it., p. 262-263). Le 18 janvier 1919, le commandement des troupes françaises du Levant décida de dédoubler la Légion d ’Orient en deux corps distincts : la Légion arm énienne, stationnée en Cilicie, et la Légion syrienne, à l’œuvre au Liban. G autherot Gustave, La France en S yrie et en C ilicie, 1920, p. 139.

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compagnie42. Courant janvier, Je commandement fiançais envoya le 4e bataillon de la Légion arménienne à Alexandrette. A la différence des autres bataillons, ce corps militaire, formé à la hâte, était singulièrement privé d ’instruction militaire, les cadres et la discipline militaire y faisaient follement défaut Son arrivée précipitée donna inévitablement lieu à plusieurs incidents, dont le plus grave survint le 16 février entre des légionnaires et des tirailleurs musulmans des troupes françaises du Levant Cela provoqua une atmosphère de panique dans la ville d ’Alexandrette et des pillages furent perpétrés par la soldatesque arménienne. Par la suite, sur décision du commandement français, le 4e bataillon fut dissous. Le 24 février, dans un rapport rédigé par le colonel Brémond et adressé au général Allenby, l’administrateur en chef énumérait les principaux actes de violence imputés aux légionnaires arméniens, pour la période allant du 21 janvier au 1S février 1919.11 y relevait vingt-sept cas de vols, d ’enlèvements, d ’attaques à main armée, dont la moitié avait eu lieu à Adana, les autres à Bozanti, Missis et Islahié. Brémond notait toutefois que ces informations étaient extraites d'un rapport préparé par le vali d ’Adana qui, dans certains cas, aurait pu exagérer les frits imputés aux légionnaires43. Il semble en frit que les actes de violence perpétrés par les légion­ naires arméniens, notamment à l’égard de la population musulmane de Cilicie, furent le phis souvent motivés par des sentiments de vengeance et de représailles. Privés de cadres pouvant les instruire et les guider, les légionnaires arméniens se conduisirent en gendarmes et appuyèrent les démarches de leurs compatriotes rapatriés afin de récupérer leurs biens mobiliers et immobiliers. En effet, de milliers de survivants arméniens, rentrés dans leurs foyers après quatre ou cinq années de déportation, découvraient leurs biens aux mains des musulmans locaux. Les Arméniens retrouvaient également des responsables locaux des massacres et des déportations des années 1915-1916 qui continuaient à vivre librement dans la région. Dans ces conditions, on enregistra plusieurs cas d ’interventions des légionnaires visant à régler des litiges en faveur des rapatriés arméniens. Ces actes ne pouvaient qu’amplifier les tensions intercommunautaires déjà existantes en Cilicie. La situation devint plus grave encore, et les incidents se multiplièrent, lorsque, faute d’efféctifs, l’administration française de Cilicie se servit des légionnaires arméniens pour réquisitionner les armes distribuées à la population musulmane cilicienne - nous avons évoqué plus haut dans 42. 43.

AN, « H istorique : résum é de l’installation... », doc. cit., p. 5. SHAT, rapport de GautheroL.. (cité par G otikian, c il., p. 283-284).

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quelles conditions le pouvoir turc avait encouragé ce phénomène avant de se retirer de la légion afin d ’entraver l’occupation de la Cilicie par les forces alliées. Pour l’administration dirigée par le colonel Brémond, la présence de ces armes au sein de la population constituait une menace pour la stabilité de la région. La nécessité de désarmer la population locale s'im posa donc dès les premiers jours de l’installation de l’administration française. Or, les seules forces à la disposition de l’administrateur en chef de la « zone Nord » pour accomplir une telle tâche étaient, à cette époque, les Légionnaires arméniens, toujours privés de cadres, dont la seule présence était devenue pour les dirigeants nationalistes turcs de Cilicie un moyen efficace de provoquer les masses musulmanes contre les occupants alliés. Les autorités locales turques commencèrent par qualifier les actes de violence individuels commis par les légionnaires arméniens d’« actes de terrorisme » perpétrés contre la population musulmane, sous prétexte de désarmement ou de libération des femmes arméniennes enlevées par les Turcs44. Nazim bey, le vali intérimaire d ’Adana, s’empressa de faire parvenir au colonel Brémond les récits de plusieurs aim es qu’il disait avoir été commis par des Arméniens. Le 21 février, le vali intérimaire, le préfet de police et le procureur général accusèrent même des orphelins arméniens d ’avoir crucifié et brûlé v if un jeune musulman. Toutes ces accusations, qui se répandaient comme une traînée de poudre dans les milieux populaires, contribuèrent beaucoup à créer une atmosphère de panique et de tension. Les responsables turcs, hostiles à l’occupation alliée de la Cilicie, amplifièrent et inventèrent au besoin des récits de violences anti-musulmanes afin de créer une vague de mécontentement contre l’administration alliée45. On note par exemple que l’enquête conduite par les autorités françaises, immédiatement après l’annonce de l’incident du 21 février, ne révéla nulle trace d ’un tel méfait, mais la rumeur avait déjà accompli ses ravages46. L’envoi de renforts en Cilicie devenait donc urgent pour le comman­ dement français, si celui-ci voulait y maintenir l’ordre et procéder enfin au désarmement de la population locale. Il était désormais évident que les légionnaires arméniens ne pourraient pas constituer l’unique force militaire locale appuyant l’action de la France en Cilicie. Or, un nouveau déploiement de forces françaises nécessitait l’aval du général Allenby. Pour des considérations stratégiques évoquées plus haut, le général 44. 45. 46.

G otikian, op. c it., p. 278. AN, « H istorique : résum é de l’installation... », doc. cit., p. S. CADN, mandat Syrie-Liban, 1* versement, Cilicie-Adana, n° 168, Résumé de la réponse n° 41/2 du 12 janvier du colonel chef du contrôle adm inistratif à la transm ission n° 204/2 de la 156* D.L de la lettre de M. D efiance du 20 décem bre 1919.

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britannique ne donna pas immédiatement son consentement à l’envoi de troupes supplémentaires au Levant Le commandement britannique défendait sa position de la manière suivante : il y avait suffisamment de troupes britanniques stationnées au Levant qui pouvaient être acheminées en Cilicie ou dans d ’autres territoires se trouvant sous le commandement des Fiançais ; l’envoi de nouvelles troupes françaises sur le théâtre des opérations du Levant pourrait être interprété comme un signe indiquant que le sort de la Syrie avait déjà été tranché à l’avantage de la France. Or, en cette période délicate, les territoires intérieurs syriens, la « zone Est » et son chef-lieu Damas, étaient gouvernés par le régime de l’émir Faysal, allié des Britanniques. En outre, des tractations étaient en cours entre le gouvernement arabe de Damas et Paris en vue de définir la nature des relations que la France devrait avoir avec ces territoires syriens, qui faisaient partie de la zone d ’influence française. Très vraisemblablement, les Britanniques craignaient que l’arrivée de nouveaux renforts français ne permette à Paris de recourir à la force afin de déposer le régime de Faysal et de couper court aux négociations entre les deux camps47. En revanche, le commandement britannique donna son accord pour le remplacement des légionnaires arméniens et des tirailleurs musulmans de l’armée française originaires de l’Afrique du Nord ou du Sénégal par un nombre équivalent de soldats français venus de métropole48. La présence de ces deux fences contribuait, en effet, à exacerber les conflits religieux et communautaires, et dégénérait, à certaines occasions, en rixes armées entre soldats arméniens et tirailleurs musulmans. Malgré ces problèmes épineux, le commandement français n ’envisagea toutefois pas le rempla­ cement total de ces forces par des troupes métropolitaines. Les dirigeants français, argumentant devant leurs homologues britanniques, déclaraient que l’installation de la Légion arménienne dans le territoire cilicien d ’où ils étaient originaires était légitime. Pour eux, l’arrivée de renforts métro­ politains non seulement appuierait l’action de l’administration française en Cilicie, mais elle permettrait en outre d ’« encadrer très fermement » la Légion arménienne et d ’en foire une force disciplinée et utile sur le terrain49. La position de Londres sur le non-maintien de la Légion arménienne dans la région cilicienne était principalement motivée par des consi­ dérations sécuritaires. Elle découlait des incidents graves dans lesquels les légionnaires arméniens furent impliqués, après leur débarquement en 47. 48. 49.

FO 371/4178, P ditical-T uikey, 1919, de G O .C . Egypt à W ar O ffice, 4 février 1919, f»530. FO 371/4178, Pol.-Turicey, 1919, de W ar O ffice &G.O.C. Egypt, 2 février 1919, f° 529. FO 371/4179, Pol.-Turkey, 1919, télégram m e de Balfour à Lord C u ra » , 3 m an 1919, P 79.

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Cilicie et dans la région d ’Alexandrette. Pour les Britanniques, il fallait mettre en œuvre cette solution radicale pour parvenir à une stabilité politique et militaire en Cilicie. En ce début d ’occupation alliée de la région, la France ne pouvait toutefois pas adhérer à une telle option. Dans ses projets impérialistes, la Cilicie représentait une région d’importance stratégique considérable et qui était également susceptible d ’offrir à la France des bénéfices économiques. La diplomatie française avait alors Tintention avouée d ’occuper cette région sur la longue durée. Or, la réussite de l’action de l’administration française en Cilicie nécessitait l’appui de la population locale. Devant l’hostilité évidente des masses turques et d ’une partie de l’opinion musulmane à l’égard de l’occupation alliée, les Arméniens et, plus généralement, les chrétiens de Cilicie représentaient les seuls éléments favorables à l’action française dans la région, sur lesquels l’administration française pouvait effectivement s’appuyer. Dans cette perspective, un rôle central était dévolu à la Légion arménienne. Or, en mettant à la disposition des trois bataillons de la Légion arménienne les cadres nécessaires et en entraînant convena­ blement les légionnaires, l’administration française était convaincue que les soldats arméniens deviendraient des soldats disciplinés, aguerris et très utiles à la politique de la France en Cilicie. Jusqu’en octobre 1919, le commandement des forces alliées du Levant resta toutefois entre les mains des Britanniques qui souhaitaient profiter pleinement de cette position de force pour reconsidérer les plans initiaux de partage de l’Empire. On comprend dès lors pourquoi le gouvernement britannique ne donna pas son accord pour un nouveau déploiement de forces françaises au Levant, lequel aurait immanquablement contribué à renforcer les positions militaires de la France dans la région. Sur décision du commandement britannique, ce furent finalement des unités de l’armée britannique qui arrivèrent, le 15 février 1919, en Cilicie. Quant à la Légion arménienne, elle continua à être stationnée en Cilicie. Cependant, ses effectifs furent considérablement réduits. La situation précaire de ces volontaires, de même que les poursuites judi­ ciaires entamées à l’encontre de certains d ’entre eux avaient déjà conduit plusieurs légionnaires à déserter. Sous la pression des Britanniques, le commandement français arrêta par ailleurs d ’y incorporer de nouvelles recrues et multiplia les démobilisations anticipées. En avril 1919, sur près de 4 000 légionnaires à l’origine, il ne restait plus que 2 500 soldats sous les drapeaux, dont 1 000 étaient en instance de démobilisation. En novembre 1919, l’effectif n’était plus que de 1 500 hommes. A partir de juin 1919, quelques maigres renforts français envoyés de métropole commencèrent à être acheminés vers la Cilicie. Le 8 juin

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d& arqua le 2e Régiment de marche de cavalerie et en juillet arriva le 412e50. Cependant, il fallut attendre jusqu'en novembre 1919, pour voir le déploiement dans la région d ’un effectif français phis im portant

La question de la restitution des biens des rapatriés chrétiens : cause d ’a ppréhension parm i les musulmans Dès son installation en Cilicie, l’administration française se retrouva confrontée à un milieu marqué par les tensions ethniques et religieuses consécutives à la guerre. La nouvelle administration fut accueillie avec une froideur non dissimulée par les autorités locales ottomanes. La population turque se trouvait largement sous l’influence des réseaux nationalistes turcs et, selon les témoignages des administrateurs français, était prête à se révolter contre les occupants alliés dès que l’occasion s’en présenterait. Le déploiement sur place de légionnaires arméniens servant sous le drapeau français et le rapatriement de rescapés arméniens, en provenance des déserts de Syrie et de Mésopotamie vers leurs lieux d ’habitation traditionnelle en Cilicie, organisé par les Alliés, constituèrent deux facteurs fondamentaux qui contribuèrent à alimenter l’hostilité des populations musulmanes locales à l’égard de la nouvelle administration. Dès leur installation dans la région, le colonel Brémond et ses colla­ borateurs furent ainsi mis à rude épreuve. On observe que le déploiement de la Légion arménienne en Cilicie était étroitement lié au projet de rapatriement des déportés, lequel formait un des dispositifs essentiels de la politique française dans la région. Les Arméniens et toutes les autres populations chrétiennes de Cilicie, les Grecs, les Chaldéens, les Syriaques et les Arabes chrétiens, étant très favorables à une présence française sur place, la France avait évidemment tout intérêt à tolérer, voire à encourager, le rapatriement d ’un tel élément, sur lequel l’administration française pouvait compter pour mener à bien son action. L’hostilité flagrante de la population turque à toute occupation alliée ne fit d ’ailleurs que confirmer davantage l’importance de la présence en Cilicie d ’éléments favorables à l’administration française. Le retour des Arméniens dans ces régions, d ’où ils avaient été déportés durant la première guerre mondiale, éveilla parmi les notables musulmans de Cilicie et de ses environs, qui avaient tiré des bénéfices économiques des déportations, la crainte de représailles. Non seulement les Arméniens revenaient en grand nombre, mais de surcroît ils étaient50 50.

AN, « H istorique : résum é de l’installation... », doc. cit., p. 6.

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accompagnés de leurs compatriotes légionnaires, armés et avides de vengeance. Les incidents causés par certains légionnaires créèrent très vite une atmosphère de panique générale dans les masses musulmanes. Si en Cilicie les mesures prises par les commandements britannique et fiançais afin d'em pêcher le renouvellement de ces incidents calmèrent un peu les esprits, en revanche, dans les territoires situés à l'est, à Marach, Aïntab, Ourla, se trouvant sous le contrôle des soldats britanniques, les événements prirent une tournure différente. Les dirigeants turcs issus du CUP, encore omniprésents dans ces régions, luttèrent fermement contre l'opération de rapatriem ent Ils exploitèrent ce feit dans leur lutte contre les Alliés, en lançant au sein des masses musulmanes une campagne visant à provoquer l’affolement populaire et à exacerber les passions religieuses. Le rapatriement des Arméniens suscita d ’emblée une certaine inquiétude chez beaucoup de musulmans de Cilicie ou des territoires situés à l’est. Dès le début de 1919, des dizaines de milliers d ’Arméniens commencèrent à rentrer dans leurs foyers et il était évident que cette vaste opération de déplacement de population ne pourrait pas rester sans conséquence dans la région. Les rescapés du génocide mis en œuvre durant la première guerre mondiale, en grande majorité des Arméniens, avaient été déracinés de leur lieu d'origine à cause de leur identité nationale et religieuse. Environ quatre années s’étaient écoulées depuis leur déportation vers les déserts syriens, où beaucoup avaient perdu leurs proches. Durant toutes ces années, les biens de ces centaines de milliers de déportés avaient été pillés ou récupérés par les populations locales, les grands bénéfices allant aux notables locaux. Les autorités ottomanes avaient même organisé la vente légale de biens appartenant aux déportés chrétiens, souvent pour des sommes symboliques51. Le produit de leurs champs et le bétail avaient également été accaparés. Nombre de responsables ottomans locaux s’étaient feit des fortunes colossales aux dépens des déportés, tandis que d ’autres s’étaient contentés de s’emparer de ce qui était encore disponible, notamment les biens mobiliers et immobiliers. L'implication de la population locale dans le pillage de ces biens est indiscutable, à de rares exceptions près. Il feut aussi souligner que de nombreux femmes et enfents chrétiens furent alors enlevés par des musulmans et réduits au statut d ’esclaves. Plusieurs de ces femmes furent*10

51.

A Adana, des m aisons ayant une valeur de l 000 livres turques ont été vendues à 200 livres turques, des meubles d’une valeur de 200 livres turques ont été cédés à 10 livres turques (CADN, m. S .-L , 1* v., Cil.-A d., n° 126, « La C ilicie », étude écrite par Antoine Khayat, ex-directeur en retraite des affaires politiques du vilayet d ’Adana, 3 février 1919, p. 4).

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intégrées dans des harems, tandis que d'autres furent contraintes de fonder une famille avec un époux turc ou kurde. On imagine donc aisément toutes les répercussions sociales et écono­ miques que le retour des chrétiens dans leurs foyers était susceptible d'engendrer. Le phis souvent, les Arméniens rentrèrent dans leur lieu d'origine en accompagnant les forces d ’occupation alliées et notamment les légionnaires arméniens. Dans ces conditions, les rapatriés arméniens avaient tout lieu de croire, se trouvant aux côtés des vainqueurs, qu’on les ramenait chez eux pour récupérer leurs biens saccagés et pour voir châtier les responsables de leurs malheurs. Tous les témoignages montrent du reste qu’ils ne dissimulèrent pas leurs sentiments lorsqu'ils se retrou­ vèrent en contact avec les populations locales musulmanes, prises soudain d ’effroi face aux conséquences prévisibles de ces retours en masse. En ce qui concerne le vilayet d ’Adana, comprenant les sandjaks d ’Adana, de Mers in, de Sis-Kozan et de Djebel Bereket, les mesures prises par le colonel Brémond durant les mois qui suivirent son installation en Cilicie permirent de maîtriser l’affolement général régnant au sein de la population musulmane et d ’empêcher ainsi son exploitation par les dirigeants nationalistes turcs à des fins politiques. Les premiers coups de Brémond furent dirigés contre les responsables ottomans de Cilicie qui formaient le noyau de résistance opposée à la présence alliée. Ainsi, le 3 mars 1919, après entente préalable avec le commandement britannique local, le colonel Brémond fit arrêter le colonel Hachim bey, qui incarnait la lutte contre l’administration alliée en Cilicie, et le fit immédiatement expulser de la région. Après quoi, l’administration française prit promptement le contrôle du régiment de gendarmerie ottomane qui était jusqu’alors commandé par Hachim bey et représentait une menace directe contre la présence française dans la région. Le commandement de la gendarmerie fut confié à un capitaine français, tandis que certains gendarmes turcs étaient renvoyés dans leurs foyers d’origine, situés en dehors de la Cilicie. Après le départ de Hachim bey et la prise de contrôle de la gendarmerie, des registres soigneusement tenus d’armes distribuées aux villageois musulmans juste après la déclaration d’armistice tombèrent entre les mains de l’administration présidée par le colonel Brémond32. A partir d ’avril, avec l’aide des soldats britanniques, les autorités françaises entreprirent des opérations de désarmement dans les sandjaks d’Adana, de Mersin et de Djebel Bereket5253.

52. 53.

AN, « H istorique : résum é de (’installation... », doc. c it, p. 8. Ibidem , p. 5.

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A la même époque, d’autres militants nationalistes turcs occupant de hautes responsabilités administratives en Cilicie furent expulsés et remplacés sur l’initiative du colonel Brémond. Ce fut le cas d 'Ali Mourtaza bey, procureur général du vilayet et membre du CUP, expulsé le 22 avril 1919, pour ses activités de propagande anti-française. A Mers in, une enquête menée par une commission judiciaire dirigée par le nouveau procureur général, Saïd bey, aboutit à la destitution du procureur Impérial, du président du tribunal et de tous les juges, tous accusés de concussion et d ’actes arbitraires. Des destitutions similaires eurent également lieu à Islahié, Osmanié et Baghtché. Le 20 mars 1919, Fouad bey, directeur de l’Instruction publique fut à son tour expulsé de Cilicie pour avoir contribué à l’organisation d ’une opposition nationaliste54. L’éloignement des principaux militants nationalistes créa des conditions plus satisfaisantes pour l’administration française dans la perspective d ’entamer l’examen de l’épineuse question de la restitution des biens des rapatriés chrétiens. Il lui fallait gérer cette affaire dans les limites strictes de la loi et éviter ainsi d’éventuels débordements extrajudiciaires. Dans cette perspective, le colonel Brémond délivra plusieurs décrets relatifs à la question des restitutions : Arrêté n° 32 déclarant rtulles et de nul effet les ventes d'im m eubles opérées par la Banque agricole au préjudice des Arméniens déportés (3 avril 1919); Arrêté n° 54 déclarant m illes et de nul effet les ventes de biens opérées p ar l ’a dm inistration turque pour le paiem ent des dîmes ou d ’impôts dus par des déportés (25 avril 1919) ; Arrêté n °8 8 prescrivant dans certains cas déterminés le séquestre des biens m obiliers et immobiliers en litige devant les Commissions d'arbitrage (29juin 1919); Arrêté n° 107 concernant la restitution des fem m es et des enfants chrétiens détenus par des musulmans (9 août 1919). Des commissions d ’arbitrage furent créées dans le but de régler tous les litiges en question. Bien qu’aucun traité n’ait encore officiellement fixé le soit de la région cilicienne, son ingérence dans les affaires du vilayet révéla la détermination de la France à s’installer fermement en Cilicie et à y consolider son influence. Pour atteindre cet objectif, il fallait toutefois, et en tout premier lieu, y jouer le rôle de justicier, même si de tels actes devaient certainement aliéner à l’administration française de larges franges de la population musulmane. Pourtant, les mesures adoptées par le colonel Brémond furent loin de satisfaire toutes les victimes chré­ tiennes des injustices du passé. La classe politique arménienne de Cilicie considérait ainsi comme insuffisants les changements de personnel entrepris dans l’administration ottomane du vilayet. Elle souhaitait 54.

Ibidem , p. 13-15.

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notamment voir disparaître la plupart des fonctionnaires locaux nommés sous l'ancien régime, qui n'évoquait que trop les années de massacres et de déportations des chrétiens de la région. Or, un tel changement radical sortait ostensiblement du cadre de l'action prescrite au colonel Brémond par le commandement allié. Tant que la conférence de la Paix, ouverte à Paris en janvier 1919, n'aurait pas encore déterminé le sort de la Cilicie, l'administration présidée par le colonel Brémond était censée respecter l’autorité de la Sublime Porte dans la région et l'adm inistrer par l’intermédiaire des fonctionnaires nommés par Constantinople. En outre, il n’entrait pas dans les intentions de la nouvelle administration de s'aliéner totalement l'opinion musulmane de Cilicie. Même si la mise en œuvre du rapatriement et de la restitution des biens des Arméniens avait engendré une grande vague de protestation et d ’hostilité à l'encontre de la France au sein de la population musulmane, l'administration française restait persuadée que grâce à son action « civilisatrice », qui concernerait toutes les couches de la population cilicienne, elle parviendrait tôt ou tard à gagner la faveur des musulmans de Cilicie. La situation évolua différemment dans les territoires situés à l’est de la Cilicie, comprenant le m utessarifiat de Marach, les sandjaks d ’Aïntab et d'O urfa. Les Territoires de l’Est furent occupés par l'arm ée britannique jusqu’à leur relève par les soldats français, en novembre 1919. Les Arméniens déportés de ces régions furent à leur tour rapatriés. A la différence des régions ciliciennes, administrées par le colonel Brémond, les Britanniques gardèrent presque intacte l’administration locale ottomane. Il n’y avait de la part des Britanniques aucune volonté d’ingérence dans l’administration civile locale, et la gendarmerie y restait entièrement à la disposition des autorités ottomanes. A Marach, environ 450 filles et femmes arméniennes continuaient à être internées dans des familles musulmanes de la ville55. La priorité fut donc donnée de la part des Britanniques, au maintien de la stabilité dans ces régions. Pour les Britanniques, les actes de restitution des biens des rapatriés étaient susceptibles de provoquer les musulmans locaux et de nuire à la sécurité de la région, c’est-à-dire à leurs intérêts. En outre, la politique poursuivie par les Britanniques dans ces régions à forte population kurde se distinguait nettement de celle adoptée par l’administration française en Cilicie. Alors que l’administration présidée par le colonel Brémond envisageait de faire jouer aux chrétiens, et notamment aux Arméniens, un SS.

CADN, m. S .-L , 1* v., CiL-A d, n° 166, « Rapport sur M arache » par Émile Pétizian, 21 ju in 1919, Osmanié. Plusieurs de ces femmes qui étaient restées cloitrées dans les fam illes musulmanes n’étaient pas au courant de la défaite des Ottomans dans la guerre et de l’arrivée des troupes alliées dans la région. Elles pensaient qu’en s’éloignant des fam illes qui les avaient enlevées, elles pourraient être m assacrées par les musulmans.

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rôle important dans l'action de la Fiance dans la régirai, les Britanniques cherchaient plutôt, poursuivant en cela des intérêts stratégiques dont nous verrons ultérieurement le détail, à promouvoir un rapprochement avec les Kurdes. Ils évitèrent donc généralement d ’adopter des mesures susceptibles d ’apparaître aux yeux des Turcs et des Kurdes locaux comme favorables aux chrétiens. Cette politique britannique ne manqua pas de rassurer les musulmans. Lors de l’arrivée des forces alliées, ils avaient en effet craint un moment que les nouvelles autorités n’adoptent des mesures de représailles à leur encontre, à cause du pillage, que beaucoup d ’entre eux avaient commis durant la première guerre mondiale, des biens des Arméniens et du fait de la participation de certains aux massacres et aux déportations des popu­ lations arméniennes. Mais durant toute la période au cours de laquelle les Britanniques furent présents dans ces régions, c’est-à-dire jusqu’à la fin de 1919, il ne fut nullement question de juger les coupables de tueries. C ’est pourquoi la population musulmane des Territoires de l’Est accueillit avec appréhension et fureur la relève des troupes britanniques et l’occu­ pation de la région par l’administration française, en novembre 1919. D’autant que les musulmans locaux étaient parfaitement informés de la politique que le colonel Brémond avait auparavant appliquée en Cilicie concernant notamment les restitutions. Ils craignaient l’adoption de mesures similaires dans leur région. Les Arméniens de Marach se sentaient confortés dans leurs droits par l’arrivée des soldats français et avaient recommencé à revendiquer la restitution de leurs biens pillés pendant la guerre, puisque les Britanniques avaient auparavant rejeté la plupart de leurs plaintes. Dans ces circonstances très agitées, une réunion frit organisée le 8 décembre 1919, sur l’initiative du président de la municipalité, Hadji bey, membre du CUP, à laquelle étaient invités notables arméniens et turcs. Son but était d ’arriver à créer une certaine entente entre Arméniens et Turcs. Il était alors dans l’intérêt bien compris des autorités ottomanes de Marach que cette réunion permette de gagner la faveur des Arméniens de la ville et d ’isoler ainsi l’administration française, contre laquelle les Turcs avaient déjà entamé une lutte pour les expulser de la ville. Prenant la parole, Hadji bey et les autres notables turcs déclarèrent que les Arméniens devaient oublier les événements passés ; que les Turcs de Marach n’étaient pas responsables de la tragédie survenue aux Arméniens et que toute la culpabilité en incombait au gouvernement du CUP. Il est intéressant de noter que parmi les rares notables turcs dont les noms ont été cités dans le rapport, deux d ’entre eux étaient des membres éminents du CUP et jouèrent un rôle important dans la déportation et le

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massacre des Arméniens de Marach. Hadji bey, le président de la municipalité, qui était en poste dès le début du conflit, avait lui-même été un unioniste acharné et pendant la guerre « il a fait tuer de nombreux chrétiens36 ». Compte tenu de ses antécédents, les autorités françaises avaient prévu de procéder à son arrestation, ainsi qu’à celle d ’un autre personnage présent à la réunion, au passé de criminel et au présent de militant nationaliste, Evlia zadé Déli Evlia. Président de la Fondation pieuse musulmane de la ville et membre du CUP, U « a fait déporta' et m assacra’des centaines de chrétiens5657 ». En réponse aux demandes des Turcs, les notables arméniens décla­ rèrent que les Turcs devaient chercha les moyens propres à rép ara les torts qu’ils avaient commis contre les Arméniens5859. Pour eux, la solution de la question de la restitution des biens était fondamentale en vue d ’aboutir à une quelconque entente turco-arménienne : « (...) la cause la plus apparente de dissension était pour le moment le mobilia et les objets de ménage que les Arméniens avaient été forcés de vendre aux Turcs à des prix dérisoires quelques heures avant leur départ pour l’exil et qu’il importait maintenant que les Turcs rendent ces objets à leurs propriétaires légitimes, en se faisant paya leur débours39. » Les notables turcs refusèrent toute concession sur cette question. Un autre témoignage concernant Aïntab à l’époque de l’occupation britannique nous montre que la situation de cette ville était identique à celle de Marach. Dans un rapport rédigé par Courtois, il est signalé que des 35 000 Arméniens vivant à Aïntab avant la guerre, il ne restait que 20 000 habitants, que 2 400 maisons arméniennes avaient été systémati­ quement détruites et que 14 maisons seulement restaient intactes, du fait 56. 57.

58.

58. 59.

CADN, m. S .-L , I” v., CiL-Ad., n° 166, rapport de André sur l’organisation actuelle du sandjak de M aradi (octobre 1919), 24 octobre 1919, O sm anié.p. 5-6. Ibidem , p. 5-6. P lu sieu s autres membres de l’adm inistration ottom ane de M anch furent des membres influents du CUP, en poste durant la guerre et ayant joué un rôle m ajeur lors des déportations et des m assacres des chrétiens. Parmi eux il faut notamment citer : Djevdet effendi, le secrétaire général du m outessarifiat de M arach, originaire de K ilis ; en 1919, il était déjà à M arach depuis huit ans et membre du CUP depuis longtemps ; Hadji effendi, qui, en 1919, était secrétaire du tribunal civil et encore membre du CUP. Pendant la guerre il était secrétaire de la cour m artiale et avait causé la m ort de centaines de chrétiens. CADN, m. S .-L , I* v., C il.-A d, n° 166, com pte-rendu du sous-lieutenant Emoult, chargé des renseignem ents à M aradi à l’O fficier chargé des renseignem ents, Adana, décem bre 1919, M arach. CADN, m. S .-L , 1* v., C il.-A d, n° 168, com pte-rendu d ’une tournée à A ïntab et M arach, feit par Courtois, 14 octobre 1919, Adana, p. 2-4. Ibidem .

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qu’elles étaient habitées par des fonctionnaires turcs. Le rapport ajoutait qu'avant la guerre « (...) le Turc le plus riche possédait 200,300,400,500 livres or, aujourd’hui il faut multiplier ces chiffres par ÎOO60 ». La question de la restitution des biens des chrétiens semble être un facteur socioéconomique qui eut un rôle majeur dans l’évolution des affaires intérieures des territoires situés à l’est de Cilicie. Dans des grandes villes comme Marach, Aïntab ou Ourla, le nombre de la population chrétienne était avant-guerre assez considérable et les chrétiens y formaient les couches sociales les plus aisées. Leur richesse mobilière et immobilière avait été systématiquement pillée durant les années du conflit mondial. Les actes de saccage et de vols, quelle que soit leur forme, commis par les populations locales avaient alors été accom­ plis avec l’assentiment et bien souvent même avec les encouragements des autorités jeunes-turques, qui avaient décidé et organisé le massacre et la déportation des Arméniens. Après l’armistice, les musulmans de ces villes furent rassurés sur leur sort, lorsqu’ils constatèrent que pour des considérations de sécurité et pour défendre leurs intérêts stratégiques, les autorités d’occupation britanniques ne s’étaient point préoccupées de faire restituer les biens volés à leurs propriétaires arméniens rapatriés. Au moment où les troupes françaises arrivèrent pour assurer la relève, les craintes des musulmans resurgirent, notamment lorsqu’ils constatèrent que les Arméniens frisaient désormais preuve de plus d ’assurance dans leur attitude à l’égard des Turcs de ces villes. Il nous paraît alors que la peur et la hantise des populations princi­ palement turques et kurdes devant une éventuelle obligation de restitution de leurs biens aux chrétiens et l’éventuel châtiment de certains d'entre eux, notamment des notables locaux, pour des actes commis pendant la guerre, furent des sentiments qui jouèrent un rôle très important dans le ralliement d’un grand nombre d ’habitants de ces villes au mouvement national turc dirigé par Mustafa Kemal. Cette problématique a été également soulevée par Taner Akçam qui considère que les forces nationalistes turques étaient formées en grande partie de personnes ayant participé aux massacres des Arméniens de la première guerre mondiale, s’étant enrichies aux dépens de cette population et craignant des représailles de la part des rapatriés61. Elles faisaient partie d’une nouvelle bourgeoisie turque dont la plupart des membres, constate Akçam, avaient

60. 61.

CADN, m. S .-L , l a v., Cil.-A d., n° 168, com pte-rendu d ’une tournée i A ïntab et M arach, fait par Courtois, 14 octobre 1919, Adana, p. 2-4. Akçam Taner, Turk U lusal K im ligi ve Erm eni Sorunu [L ’Identité nationale tirq u e e t la Q uestion arm énienne], Istanbul, 1992, p. 149-162.

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directement bénéficié de la déportation des Arméniens et qui devinrent l’un des piliers de l’idéologie kémaliste62. Le mouvement kémaliste réclamait la libération de la Turquie de toutes les forces d ’occupation étrangères et chrétiennes. Il apparut donc très vite comme la nouvelle force qui, en cas de victoire dans les Territoires de l’Est, pourrait épargner aux notables musulmans de ces régions une éventuelle restitution des biens des chrétiens et d ’éventuelles représailles. Ainsi qu’on l’a vu, les cellules de résistance contre l’occu­ pation alliée furent instaurées par les responsables du CUP, dès la déclaration d ’armistice. Il faut, du reste, noter qu’en mai 1919, les Grecs venaient de débarquer à Smyme (Izmir), provoquant du même coup une puissante vague de colère et d ’indignation parmi les musulmans de l’Empire. Or Zürcher souligne que la prise de Smyme a facilité davantage encore la tâche des groupes de résistance, en contribuant à mobiliser l’opinion publique dans la partie occidentale du pays. Il en fut de même des provinces orientales, où le même auteur constate que la menace de création d’une « Grande Arménie » joua le rôle de catalyseur auprès des musulmans63. Le discours nationaliste de Kemal et de ses partisans contribua en tout cas à exacerber davantage les passions communautaires et religieuses dans les Territoires de l’E st Cette situation allait donner lieu à de nouvelles tragédies humaines.

62. 63.

Ibid. Zürcher, op. c il., p. 105.

2 La diversité communautaire, base de la politique française en Cilicie

L’ambition française de régna* en Cilicie : mécanisme, moyens

Le d isp o sitifhumain et la stratégie de conquête de l ’adm inistration française Malgré l’absence d ’une force militaire se trouvant entièrement sous contrôle français, dès les premiers mois de son installation, l’adminis­ tration du colonel Brémond réussit à apparaître comme l’institution principale de la région, gérant et administrant ses affaires intérieures. Bien qu’entretenant des rapports conflictuels avec le commandement britannique et les autorités locales ottomanes de Cilicie, le colonel Brémond s’imposa très vite, en sa qualité d ’administrateur en chef, comme le maître des affaires intérieures de la région. Certes, les instructions données par le général Allenby lui prescri­ vaient de ne pas intervenir directement dans l’administration locale ottomane ; jusqu’à ce qu’un traité international fixât le sort de la Cilicie, son rôle se limitait théoriquement à contrôler les actions des autorités locales ottomanes sans rien engager de définitif. Cependant, le colonel Brémond avait le pouvoir de promulguer des arrêtés et d ’imposer leur application à la population cilicienne : cela Élisait partie de ses attri­ butions d ’administrateur en chef. Et dès son entrée en fonction, il ne se priva pas de prendre des centaines d ’arrêtés concernant directement les affaires intérieures de la Cilicie. Qu’il s’agisse d’un abus de pouvoir ou non, cette méthode se révéla très efficace pour accroître son influence dans la région et y imposer sa propre politique.

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L’autre moyen qui permit à l’administrateur en chef d’étendre son autorité à l’ensemble de la Cilicie était le groupe de ses proches collaborateurs occupant des postes clés dans différentes régions de Cilicie. En effet, dès les premiers mois de l’installation du colonel Brémond à Adana, des officiers français furent chargés de l’accompagner dans sa mission et devinrent, à ses côtés, les véritables artisans de la politique mise en œuvre par l’administration française au cours de l’année 1919. Ces officiers, répartis dans les différents sandjaks du vilayet d ’Adana, constituèrent un réseau d ’influence s’imposant à l’ensemble de la Cilicie. Le colonel Brémond, qui fut le principal artisan de la politique française en Cilicie tout au long de l’année 1919, incarnait, comme la plupart de ses collègues qui servirent dans la région cilicienne, le parfait officier colonial français. « Je n’ai qu’une idée: que la Cilicie reste française1 », aimait-il à dire. Toute sa politique était basée sur ce simple concept En septembre 1920, quelques semaines avant son départ définitif de Cilicie, lorsque le gouvernement français adopta une politique conciliante à l’égard du mouvement national turc, en parfait colonialiste, le colonel Brémond se sentit profondément indigné par cette attitude et par la perspective de la restitution de la Cilicie aux Turcs. Il déclara à cette occasion que « depuis la perte de l’Inde, du Canada et de l’Égypte [par la France], notre histoire n’a pas vu plus belle trahison2 ». Il est vrai que durant l’année 1919, l’administration française s’était considéra­ blement appuyée sur les Arméniens pour mener son action politique dans la région cilicienne. Le colonel Brémond éprouvait lui-même une passion réelle pour le peuple arménien, comme l’illustrent ses Notes historiques et géographiques sur l ’A rménie, ouvrage paru en 1918. On ne saurait toutefois ignorer que cette position et cette politique de l’officier français reposaient sur le frit que les Arméniens soutenaient l’action de la France dans la région et étaient de ce frit devenus les alliés objectifs de la politique impérialiste française en Cilicie. Nous retrouvons du reste exprimé dans des termes très proches ce type de rapports entre colo­ nisateur et alliés locaux, dans un autre de ses ouvrages parus en 1942, Berbères et Arabes : la Berbérie est un pays européen, dans lequel le colonel (devenu général) Brémond exalte le rôle des Berbères du Maghreb. Dans cette même perspective, les Berbères étaient considérés comme étant les alliés de la politique française en Afrique du Nord. Or, si 1. 2.

AN, d. : Brémond, b. : C ilicie, lettre personnelle de Brémond à Normand, 6 août 1920. Adana. Ibidem , lettre personnelle de Brémond au commandant Coustillièrc, 2 septem bre 1920, Adana.

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Tallié local, en l’occurrence les Arméniens, est le plus souvent l’objet de louanges de la part du colonel Brémond, dans ses lettres personnelles, en revanche, il adopte une attitude raciste, lorsqu’il est question de décrire les Turcs, qui s’opposèrent généralement à la présence française en Cilicie. « (...) Cette race turque qui ne peut fournir que des paysans routiniers ou des fonctionnaires pervertis, et chez laquelle (...) on ne peut jam ais avoir un ami3. » Pour ces quelques raisons, il est vain de chercher une tendance « arménophile » ou « turcophobe » chez le colonel Brémond ou parmi les autres officiers français qui ne frisaient alors (au cours de l’année 1919) qu’appliquer la politique française dans la région. Le colonel Brémond et ses collègues officiers en service en Cilicie incarnaient l’idéologie coloniale du temps et leur action ne peut être analysée qu’à la lumière de ce paramètre déterm inant Après une période d ’études du terrain et de tractations avec les autorités locales ottomanes, l’administrateur en chef réussit, au début de mars 1919, à nommer Taillardat et André, respectivement gouverneur des scmdjaks de Sis-Kozan et de Djebel Bereket Conformément aux instructions du colonel Brémond, chacun d ’eux devint ainsi, dans la région située sous son autorité, l’architecte de la politique de l’admi­ nistration française à l’égard des différentes communautés ethniques et religieuses. Durant leur brève présence dans la région, les deux officiers français se distinguèrent notamment par l’étroitesse des relations qu’ils tissèrent avec les populations tcherkesse, kurde alévi, kurde et armé­ nienne. La nomination rapide d’officiers français à des postes de gouverneurs peut être considérée comme une mesure administrative visant à étendre le contrôle français sur l’ensemble de la Cilicie. Mais plus encore, elle marquait, en ce début de l’occupation de la « zone Nord », l’ambition française de prendre progressivement possession d ’un territoire et de l’occuper, conformément au plan de partage défini dans l’accord SykesPicot La France voulait effectivement appliquer sa propre politique en Cilicie, avec des desseins stratégiques bien définis, sans attendre une décision de la communauté internationale. Dans cette perspective, pour l’administration française la priorité était d ’étendre au plus vite son influence sur l’ensemble de la Cilicie, de trouver des noyaux d ’influence au sein de la population locale et d ’en frire le socle de son implantation et de sa pénétration dans la région. A cet effet, dans le droit fil de la politique traditionnelle française au Levant, le premier choix de l’administration française de Cilicie porta sur 3.

Ibidem , lettre personnelle de Brémond à l’Amiral de Bon, commandant en ch ef de la flotte navale du Levant, fin 1919, p. 3.

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les populations chrétiennes et, parmi celles-ci, tout particulièrement sur les Arméniens qui étaient le groupe chrétien le phis nombreux de la région. Cette démarche fut d ’autant phis facile que la France exerçait déjà, avant-guerre, une influence manifeste sur les chrétiens de Cilicie. Le rôle de la nouvelle administration fut donc de développer davantage les liens existants avec les communautés chrétiennes, de maîtriser et de canaliser leurs actions politiques. Quant aux musulmans en général, l’hostilité que les populations turques manifestèrent, dès le début de l’occupation de la région, à l’encontre de la présence française, contribua à susciter à leur égard une méfiance apparente de la nouvelle administration. Dans l’esprit des administrateurs de la Cilicie, les populations turques locales représen­ taient un élément d ’influence sur lequel les autorités ottomanes de Constantinople pourraient s’appuyer. Leur méfiance à leur égard était d’autant phis aiguisée que le nouveau gouvernement ottoman avait d’emblée contesté l’occupation de la Cilicie et continuait à disputer le terrain avec opiniâtreté. Cependant, à partir du mois de mai 1919, lorsque le mouvement nationaliste turc dirigé par Mustafà Kemal prit de l’ampleur et devint la principale force d’opposition contre la présence française en Cilicie, l’élément turc local devint pour le colonel Brémond un sujet de préoccupation quotidien. Dès les premiers mois de l’occupation de la région cilicienne par les troupes alliées, il était donc devenu évident que les ambitions territoriales de la France en Cilicie allaient se heurter à l’opposition des Turcs, qu’ils soient loyalistes, fidèles au sultan, ou nationalistes, partisans de Kemal. Pourtant, l’administration française de la « zone Nord » n’adopta pas une attitude fondamentalement hostile à l’égard des musulmans de Cilicie. La stratégie de conquête de la France exigeait de trouva* des appuis au sein de la communauté musulmane. Or, la Cilicie était une légion particulièrement propice à la mise en œuvre d ’une telle politique. Avec sa diversité religieuse et ethnique, elle abritait, en effet, outre les Turcs, bien d ’autres populations musulmanes qui étaient susceptibles de servir les intérêts stratégiques français dans la région. La communauté musulmane de Cilicie n’était point un espace homogène et stable. La coexistence d ’une forte variété de communautés musulmanes sur le territoire cilicien avait effectivement déjà donné naissance, dans le passé, à des conflits et des rivalités entre les groupes ethniques et religieux musulmans. Cette réalité ouvrait un large champ de manœuvre pour l’action politique française au sein des communautés musulmanes de Cilicie. Dans ces conditions, les administrateurs français de Cilicie étaient intimement persuadés qu’une politique mettant notablement l’accent sur

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le développement des particularismes de chaque groupe communautaire cilicien, aurait des chances de gagner la faveur des populations musul­ m anes non turques.

U ne C ilicie autonome sous la protection de la France La question de l’autonomie de la Cilicie fut dès l’origine le credo de la politique française présentée aux différents groupes ethniques et religieux de la région. C ’est cette ambition territoriale qui poussa, très tôt, l’admi­ nistration française à rechercher des appuis locaux au sein de la population cilicienne, afin de favoriser sa stratégie de conquête. Pour éclairer cette question, il nous faut examina* deux points clés : dans quelles conditions l’idée d’une Cilicie autonome prit-elle naissance ? Q uelles sont les éléments révélateurs de l’existence d ’une telle volonté politique de la part des autorités françaises ? L ’armistice de Moudras et les instructions données par le comman­ dem ent allié du Levant furent dès l’origine des obstacles importants auxquels eut à faire face l’administrateur en chef de la Cilicie, l’empêchant de prendre des engagements fermes dans les affaires de la région. La «zone N ord», englobant la région cilicienne, demeurait encore politiquement et juridiquement rattachée à l’autorité de la Sublime Porte. La déclaration de l’armistice avec la Turquie, signée le 30 octobre 1918, avait été préparée, au nom des puissances alliées, par les Britanniques qui avaient tout bonnement exclu la France des négociations ayant finalement abouti à la déclaration de Moudras. On comprend dès lors l’indignation manifestée par Paris face à ce coup de force et à certaines clauses de l’armistice qui ne prenaient pas en compte les intérêts d e la France dans une région qui devait lui revenir, conformément au plan secret de partage de l’Empire ottoman élaboré durant la guerre. C ’était notamment le cas pour la Cilicie, qui entrait dans sa zone d ’influence, et dont la diplomatie française envisageait l’occupation totale dès la fin des hostilités. Les autorités françaises d’occupation de la « zone Nord » étaient donc censées exercer sur place un simple contrôle administratif, jusqu’à ce q u ’un traité international détermine le statut définitif de la région. Toutefois, le terme d ’« occupation » n’était pas explicitement mentionné dans le texte de l’armistice de Moudras, pas plus que dans les instructions écrites données par le général Allenby au colonel Brémond, au moment de sa prise en charge de l’administration de la Cilicie. Ce manque de précision terminologique fut pourtant très vite exploité par l’adminis­

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tration française de la «zone Nord » qui, dès le début de 1919, s’installa en Cilicie avec la détermination d ’une puissance qui veut imposer sa loi dans un territoire qui, selon elle, doit lui revenir de droit Cette détermination se traduisit dans les frits le 20 février 1919, date à laquelle une convention additive à l’armistice de Moudras (Convention additive, G.S. 1402) lut signée entre les autorités ottomanes et le commandement allié, modifiant nettement les conditions de l’occupation de la Cilicie au profit de l’administration française4. L’article 4 de cette convention additive stipule que les bataillons de gendarmerie ottomane devaient être placés sous le commandement direct des gouverneurs des sand/aks5. L’article 5 de la même convention précise que le commandant en chef allié et ses délégués peuvent révoquer des fonctionnaires ottomans sans en référer aux autorités centrales de Constantinople6. L’article 6 réserve enfin au commandement allié la faculté de rapatrier les Arméniens déportés au moment opportun et de leur restituer immédia­ tement leurs maisons, leurs terres et leurs biens7. Lors des premiers mois de la prise de contrôle de la Cilicie par le colonel Brémond, les mesures adoptées par son administration furent assez significatives. Elles révèlent une tendance nette à ancrer sur la durée la présence française dans la région et à y renforcer toujours phis ses positions. Ces mesures, que nous allons examiner plus loin, concernèrent notamment les chrétiens et plus particulièrement les Arméniens qui devaient, dans les projets du gouvernement français, en ce début de l’occupation, constituer le pilier principal sur lequel devait reposer l’autorité française en Cilicie. Malgré l’imprécision des instructions relatives à l’administration de la Cilicie données par le commandant des troupes alliées d ’occupation en Égypte et au Levant, dès le début du règne du colonel Brémond, la France commença à y appliquer sa propre politique. Ces mesures révèlent la détermination de la France à transformer la Cilicie en zone d ’influence et à rompre progressivement les relations de cette province avec la Sublime Porte. La France semblait, en effet, certaine que la conférence de la Paix déciderait de l’attribution de la Cilicie à la zone d ’influence française. En adoptant sur le terrain des mesures significatives, elle préparait en quelque sorte cette échéance. Quels sont les éléments révélateurs de l’existence d ’une telle volonté politique de la part des autorités françaises ? 4. 5. 6. 7.

AN, « H istorique : résum é de l’installation... », doc. r i t , p. 1. AN, « H istorique : résum é de l’installation... ». doc. cit., p. 8. CADN, fonds Ankara, n° 112, lettre de Biémond à Dufieux, 12 janv. 1920. Adana, p. 3. Véou Paul du, La P assion de la G lid e , 1919-1922, Paris, 1954, p. 66.

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- L e titre du haut-comm issaire français. On Ta vu déjà, d ’après la restructuration administrative des territoires occupés du Levant, opérée en janvier 1919, les deux zones « Nord » et « Ouest » étaient attribuées à la France. A cette occasion, François Georges-Picot fut officiellement nommé par le gouvernement fiançais « haut-commissaire en Syrie et en Arménie ». Son pouvoir s’étendait donc aux deux zones concernées, le siège central du Haut-Commissariat étant installé à Beyrouth. Notons toutefois que l’utilisation du terme « Arménie », qui semble ici désigner effectivement la Cilicie, ne doit pas être interprétée comme un geste politique des Français, comme les prémices de la création d ’un État arménien doté d’un gouvernement Dans les desseins des politiciens français, elle marque plus vraisemblablement la volonté de désigner une entité géographique détachée du reste de l’Empire ottoman, au même titre que la Syrie, dans laquelle la France aurait la liberté d ’exercer sa propre politique. - L e titre de l'adm inistrateur en chef. Sur l’ordre du gouvernement français (ordre de route n° 92189/11 du 25 décembre 1918), le colonel Brémond fut nommé administrateur en chef de 1’« Arménie ». L’ordre de mise en route, signé du général Ganter, sous-chef d’état-major général de l’Armée était ainsi rédigé: « P ar décision ministérielle, en date du 23 décembre 1918, le colonel Brémond, en stage de Commandant à la 70e D.I., a été mis à la disposition du général commandant le détachement français de Palestine-Syrie, pour remplir les fonctions d ’administrateur en chef de l’Arménie8. » Tous les officiers mis à la disposition du colonel Brémond par le gouvernement français furent à leur tour officiellement désignés pour le seconder dans sa tâche en « Arménie ». Ceci apparaît, par exemple, dans le journal personnel du capitaine Taillardat, qui avant de débarquer en Cilicie pour être chargé du poste de gouverneur de SisKozan, s’était renseigné particulièrement sur l’histoire de l’Arménie9... - L e rapatriem ent des Arméniens en Cilicie. En janvier 1919, le commandement allié décida de rapatrier tous les déportés arméniens se trouvant dans des camps en Syrie et en Palestine vers leur lieu d ’origine, en Asie Mineure. L’article 6 de la convention additive à l’armistice de Moudras ne fit qu’officialiser le rapatriement des Arméniens et lui donner un cadre juridique. Cette vaste opération de déplacement m assif de population fut confiée à la France qui assuma aussi les frais de cette opération. Un office 8.

9.

SHM, SS, Sa-41, Division navale de Syrie, «C auserie faite aux chefs de service et fonctionnaires du Haut-Commissariat le 9 septem bre 1920 par le commandant Hassler, en présence de M onsieur le colonel Brémond », le rapport est signé par le lieutenant de Vaisseau, Tilger, commandant la Base Navale, 2S octobre 1920, M ersina, p. 2. AP (général F. Taillardat), liasse 36, journal de F. Taillardat, années 1915-1920, p. 2.

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s’occupant plus spécialement de cette question fut très vite mis sur pied à Alep : le Service central des rapatriements arméniens. Il s’occupa principalement de rapatrier les dizaines de milliers d'Arméniens originaires de Cilicie, dont la plupart des rescapés arméniens se trouvant dans les camps d’Alep et de Beyrouth. Le commandement britannique était toutefois déterminé à accélérer le rythme de rapatriement des déportés de Syrie, car il craignait notamment que des incidents puissent se produire entre les réfugiés arméniens et les autorités arabes de l’émir Faysal, devenu le maître des régions comprises entre Alep et Damas. Ces considérations d ’ordre sécuritaire conduisirent donc le commandement britannique à vider la région d ’Alep de ses réfugiés arméniens, sans se soucier des conditions de vie lamentables engendrées par l’entassement de ce flot considérable de déportés, le plus souvent démunis, dans la «zone N ord». Le rapatriement fut encore accéléré en novembre 1919, alors que la relève des troupes britanniques dans certaines régions du Levant était imminente. En fait, l’armée britannique avait également prévu de se retirer de la région d ’Alep et de confier la sécurité de la province aux soldats du régime de l’émir Faysal. Dans ces conditions, avant sa retraite définitive, le commandement britannique préféra envoyer tous les réfugiés arméniens se trouvant encore à Alep à destination de la Cilicie, afin d ’éviter toutes mauvaises surprises. Des villes, des bourgs et des villages de Cilicie furent ainsi repeuplés par leur population arménienne de retour. Des camps d’accueil et des orphelinats furent construits dans différentes villes ciliciemies. Si la plupart des rapatriés arméniens étaient originaires de Cilicie, un nombre non négligeable de rescapés natifs d ’autres régions de l’Asie Mineure furent à leur tour provisoirement installés en Cilicie. Des raisons de sécurité empêchaient, en effet, ces réfugiés de rentrer dans leur patrie d ’origine, et, dans l’attente d’une éventuelle amélioration de la situation en Asie Mineure, ils n’eurent d ’autre choix que de séjourner dans la région cilicienne. Notons que les opérations de rapatriement touchèrent également d ’autres populations chrétiennes, majoritairement arméniennes, de l’Asie Mineure, qui avaient elles aussi été déportées pendant la guerre par les autorités ottomanes. En janvier 1919, le rapatriement des chrétiens se limitait à la Cilicie et au sandjak d ’Alexandrette. Il leur était alors vivement déconseillé de passer au-delà de la ligne située au nord de la région cilicienne. A partir de février, le rapatriement fut étendu aux populations originaires des régions de Marach et d ’Aïntab. Le 11 mars 1919, on autorisa aussi les rescapés natifs des régions intérieures de l’Asie Mineure à rentrer chez

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eux, en utilisant la ligne de chemin de fer de Bagdad Finalement, à la fin de septembre, le commandement allié décida de rapatrier tous les réfugiés se trouvant encore en Syrie. Cet ordre s’appliquait aux réfugiés origi­ naires de Sivas, Tokat, Amassia, Kayseri (Césarée), Yozgat, Ankara (Angora), la Cilicie, Konia, Eregli, Karaman, Afion-Karahissar, Smyme, Eski-Chéhir, ainsi que des localités voisines de ces villes. Les rapatriés devaient toutefois se rassembler dans un premier temps en Cilicie, en attendant l’amélioration des conditions de sécurité dans les provinces intérieures101. Pour le commandement allié, l’essentiel était de vider la Syrie et la Palestine de ses réfugiés et de se soulager du même coup d ’une charge financière non négligeable. En ce qui concerne le bilan chiffré de cette opération, le nombre des personnes rapatriées en Cilicie et dans les territoires situés à l’est est estimé à 100000 personnes". Ce chiffre inclut non seulement les rapatriés arméniens originaires de Cilicie, mais aussi les natifs d ’autres régions de l’Asie Mineure, installés, pour des raisons diverses, dans la région cilicienne. Ces 100000 rapatriés rejoignirent les quelque 20000 Arméniens que comptait encore la Cilicie à la fin de la première guerre mondiale - un des rares cas où une population arménienne relativement importante ne fut pas exterminée ou déportée par le régime du CUP12. Le danger que suscitait l’envoi hâtif d ’un si grand nombre de réfugiés dans une région où les tensions communautaires étaient encore à leur comble, fut pressenti, dès le début, par l’administration française de Cilicie. Les effectifs fiançais en «zone N ord» étaient notoirement insuffisants pour assurer la sécurité de tous ces rapatriés, notamment dans les grandes agglomérations comme Marach, Aïntab ou Ourfà, où la population turque et kurde était très nombreuse et fortement hostile à la présence de l’administration française. C ’est pourquoi l’administrateur en chef de Cilicie demanda à plusieurs reprises la réduction du flot des rapatriés, tant qu’une certaine stabilité politique ne serait pas solidement établie dans la région. Mais le commandement britannique ne prit jam ais 10.

11.

12.

Kevonian Dzovinar, R éfugiés e t diplom atie hum anitaire : les acteurs européens et la scène proche-orientale pendant l'entre-deux-guerres, thèse de doctorat, 1998, p. 129133. C ’est une estim ation qui est le plus souvent citée dans les rapports fiançais datant de cette époque. C ette estim ation est égalem ent reprise dans la thèse de K. Nakache (Nakache, op. a i., p. 483). Le chiffre d ’environ 20 000 Arméniens se trouvant, au moment de la déclaration d ’arm istice, dans le vilayet d ’Adana et particulièrem ent dans la ville d ’Adana, est signalé dans un rapport détaillé britannique frit par deux officiers, le lieutenant Albina et le capitaine McRury, qui visitèrent la Cilicie ju ste après la fin des hostilités (FO 371/36S7, Pol.-C aucasus, 1919-1920, rapport fait par le lieutenant A lbina et le capitaine M cRury au colonel M ark Sykes, 4 décem bre 1918, f ’ 178).

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en considération ces objections et continua à donna- la priorité à l'évacuation des rescapés arméniens présents en Syrie. François Georges-Picot était, lui-même, un ardent défenseur du rapatriement précipité. Le haut-commissaire était en train de créer une Cilicie où la population arménienne allait disposer d ’une supériorité numérique relative. L'opération de rapatriement répondait, à cet égard, à une stratégie de peuplement d ’une terre sur laquelle la France avait des ambitions politiques et économiques. A la fin de 1919, il restait encore plusieurs milliers de réfugiés arméniens devant également être acheminés vers la Cilicie, mais des circonstances politiques nouvelles empêchèrent le rapatriement de la plupart d'entre eux. Parmi ces rescapés, 12 000 se trouvaient à Bagdad, dans le camp de Bakouba13, 15 000 à Deir Zor, 8 000 à Alep, 8 000 à Port Saïd14. Le manque manifeste de moyens, en effectifs ou en argent, de l’administration française en «zone Nord», plaçait des dizaines de milliers de rapatriés dans une situation incertaine. - L e rapatriem ent des populations musulmanes installées en Cilicie pendant la guerre. Pendant la guerre, le gouvernement ottoman avait installé en Cilicie des milliers de mohadjirs (appellation donnée aux réfugiés musulmans originaires de territoires ottomans dévastés par les opérations de guerre). Ces mohadjirs étaient notamment des musulmans de Bosnie ou de Roumélie et des Kurdes venant des provinces orientales. Les autorités ottomanes avaient distribué à ces réfugiés des terres et des maisons confisquées à des Arméniens déportés ou exterminés. Dès le début de l’opération de rapatriement des Arméniens, de graves conflits surgirent concernant la propriété de ces biens. Aussi Fadmi­ nistration française adopta-t-elle des mesures radicales afin de régler ces problèmes. Elle commença par organiser le rapatriement de ces réfugiés musulmans vers leur patrie d’origine. Quatre mille cinq cents Kurdes (installés notamment à Adana, Djihan et Osmanié) et 2 740 musulmans de Bosnie et de Roumélie furent ainsi rapatriés chez eux aux frais du gouvernement français. En revanche, ceux de ces réfugiés ayant acquis une situation financière autosuffisante et vivant sur des terres et dans des maisons non confisquées à des Arméniens reçurent l'autorisation de rester sur place15. -L e s prises de position officieuses de Georges-Picot, représentant le gouvernem entfrançais au Levant, en faveur de l ’autonomie de la Cilicie.

13. 14. 1S.

FO 371/4184, Pol.-Turicey, 1919, «R epatriation o f Armenian refugees to C ilicia », du FO à Lord Derby, Paris, IS novembre 1919, Londres, ff. 487-490. AN, d. :B rém ond,b. : Cilicie, lettred eB rém o n d àd eB o n , fin 1919. AN, « H istorique : résum é de l’installation... », doc. d t , p. 30.

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• François Georges-Picot rappela au colonel Brémond, avant sa prise de fonction à Adana, fin janvier 1919, à Beyrouth : « Vous allez dans une province arménienne, province que je veux rendre entièrement à l’Arménie16. » • François Georges-Picot déclara à Mihran Damadian, représentant de la Délégation nationale arménienne en Cilicie, lors de son passage à Beyrouth, qu’il considérait la Cilicie comme une province armé­ nienne17. • En visite en Cilicie, François Georges-Picot déclara enfin, le 13 mars 1919, en présence du colonel Brémond, qu’« il ne voulait phis de Turcs enC ilicie18». - La restitution des biais des Arméniens e t les commissions chargées de rechercher les enfants, filles, fem m es chrétiens enlevés pendant la guerre. Entre avril et juin 1919, l’administrateur en chef de la Cilicie prit trois arrêtés, qui sont considérés comme étant la base légale de la restitution aux Arméniens des biens mobiliers et immobiliers qui leur avaient été confisqués lors de leur déportation. Cela engendra des milliers de litiges et de conflits dont l’examen et le règlement furent confiés à des commissions d ’arbitrage composées pour moitié de Turcs et pour moitié d ’Arméniens, présidées par un membre neutre, grec, arabe ou de religion latine. A la fin de 1919, la plupart de ces conflits avaient été étudiés et réglés en Cilicie, tant et si bien que le 16 juin 1920, l’administration française décida de la dissolution de ces commissions d’arbitrage (arrêté n°2 2 5 19). La publication de tels arrêtés n’avait évidemment pas manqué d’accroître l’hostilité des musulmans et tout particulièrement des Turcs vis-à-vis des autorités françaises. Malgré cela, la France, à travers son administration cilicienne, avait manifesté ainsi sa volonté d’exercer sa propre politique dans une région qu’elle considérait comme étant la sienne. Le 9 août 1919, le colonel Brémond prit un autre arrêté (n° 107), concernant la libération des femmes et des enfants chrétiens séquestrés dans des harems ou cachés dans des familles musulmanes. Confor­ mément à cet arrêté, les musulmans qui détenaient encore chez eux des femmes ou des enfants chrétiens étaient censés en déclarer la présence au gouverneur militaire dont ils dépendaient, dans un délai de trente jours, à dater de la publication dudit arrêté. Les femmes et les enfants devraient 16. 17. 18. 19.

SH M ,« Causerie faite aux chefs de service... », doc. c it, p. 2. Ibidem . Ibidem . CADN, m. S .-L , 1* v., CiL-Ad., n° 168, « A rrêté n° 225, supprim ant les Commissions d ’arbitrage », lait à Adana, le 16 ju in 1920, signé par Brémond.

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ensuite être remis aux gouverneurs militaires. L’application de ce décret provoqua parfois des situations extrêmement compliquées: il y eut plusieurs cas de femmes chrétiennes « mariées » depuis plusieurs années avec des musulmans, sous la contrainte, dont elles avaient eu des enfants et ayant formé ainsi des familles. Dans ces conditions, il leur fallait choisir entre la « liberté » et l’abandon de leur nouvelle famille. L’arrêté du colonel Brémond offrit en tout cas à ces femmes la liberté de choix. Ces femmes devaient en principe formuler leur décision par écrit, après avoir été hébergées durant huit jours dans une famille chrétienne20. Plusieurs d ’entre elles optèrent pour leur nouvelle famille musulmane, afin de s’épargner de nouvelles déchirures. Des commissions mixtes, formées de membres français, arméniens et turcs, étudiaient le cas de chaque personne enlevée et se prononçaient souverainement, leur verdict étant définitif21. Le délai d ’hébergement dans une famille chrétienne était également appliqué aux enfants et aux filles de chrétiens enlevés durant la guerre22. Parfois, des scènes dramatiques se produisirent Les personnes en question étaient tellement terrorisées par les événements antérieurs, qu’elles ne parvenaient pas à croire que la guerre avait effectivement pris fin, et elles continuaient à vivre dans l’épouvante des massacres. Cet état psychologique était particulièrement perceptible lors de la première entrevue de la personne enlevée avec les membres de la commission mixte. Compte tenu du fait que ces enfants, ces filles ou ces femmes se présentaient en compagnie des membres de leur nouvelle famille 20. 21.

22.

CADN, m. S .-L , 1" v., Cil.-A d., n° 168, Adm inistration des territoires ennem is occupés, zone nord (C ilicie), « A rrêté n° 107 », signé par Brémond, 9 août 1919, Adana. La situation de ces femmes a égalem ent m is l’Église apostolique arm énienne de Cilicie face à de grandes difficultés d’ordre moral et adm inistratif. En effet, suite aux déportations, des membres de fam illes entières se retrouvèrent, durant des années, involontairem ent séparés les uns des autres. Restés sans nouvelles durant la guerre, nombre d ’hommes et de femmes s’étaient rem ariés et avaient fondé de nouvelles fam illes. La situation devint particulièrem ent délicate lorsque d ’anciens époux se retrou­ vèrent après l’arm istice, en Cilicie. Pour régler ces questions sensibles, le catholicossal dem anda à l’adm inistration française de lui déléguer des pouvoirs judiciaires, comme c’était le cas à l’époque ottomane, afin de pouvoir prendre des décisions concernant les m ariages ou les divorces (CC, volume 100/1 (lettres de Sahag D, 1914-1920), lettre de Sahag D adressée à Brémond, 24 décembre 1919, Adana, f ’ 453). Lorsqu’il n’y avait pas de doute au sujet de l’identité chrétienne de l’enfent, il était immédiatement installé dans un orphelinat. Dans le cas contraire, l’enfent était installé dans une « m aison neutre » où il restait au maximum une semaine. C ette maison était gérée par une « femme neutre » assistée par un Arménien et un Turc. Si à la fin du délai l’identité chrétienne de l’enfent n’était pas attestée, il était restitué à sa fam ille musulm ane (CADN, m. S .-L , l* v ., Cil.-Ad., n° 128, lettre (n° 5033/D /l) de Richard W ebb, haut-com m issaire britannique p.i., au directeur des opérations d’assistance et de répatriation [sic] des réfugiés, 16 mai 1919, Constantinople).

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musulmane, ils/elles rejetaient tout d’abord leur passé chrétien. Complè­ tement traumatisé(e)s et terrifié(e)s, ils/elles niaient même avoir porté un prénom chrétien, se présentant sous leur seul nom musulman et préten­ daient même ne pas connaître ou reconnaître les membres de leur famille chrétienne. Ces cas étaient notamment fréquents chez les femmes et les jeunes filles encore mineures lors de leur enlèvement et ayant été victimes de toutes sortes de sévices... 11 fallait donc rassurer et réconforta’ patiemment et longuement ces personnes, pour qu’elles finissent par reconnaître leur passé et puissent faire leur choix dans des conditions relativement sereines. - L ’existence de la Légion arménienne. Les trois bataillons de la Légion d ’Orient, phis tard appelée Légion arménienne, furent, nous l'avons dit, les premières troupes alliées à débarquer en Cilicie. La présence de ces soldats arméniens dans la région, malgré tous les incon­ vénients politiques et les protestations turques qu’elle engendra, révéla la détermination de la France à conserver en Cilicie une force indépendante de la gendarmerie ottomane, sur laquelle elle pourrait davantage compter. En 1916, le colonel Brémond, à l’époque chargé de la mission militaire française au Hedjaz et en Égypte, exprimant son opinion sur la formation des légions arméniennes, suggérait déjà de créer une unité de combat à partir des réfugiés arméniens se trouvant à Port-Saïd, en Égypte, et d ’autres recrues, qui débarqueraient, phis tard, en Syrie. Pour le colonel français, il s’agissait de former à partir de ces réfugiés arméniens « un noyau d ’influence française » qui serait utilisé par la France après l’occu­ pation du Levant23. Certes, les pressions exercées par le commandement britannique et, phis tard, le revirement de la politique française dans la région aboutirent finalement à la dissolution de la Légion arménienne. Cependant, au début du règne français en Cilicie, l’engagement sur le terrain de cette Légion et les déclarations en faveur de son maintien et de son développement24 confirment, si cela était nécessaire, qu’il existait bien une politique française visant à s’implanter durablement en Cilicie et donc à affaiblir progressivement l’autorité ottomane dans la région.

23.

24.

MAE, G uerre 1914-1918, Turquie, vol. 890, ff. 116-117, lettre (n° 377) de D efiance, m inistre de France au Caire à A ristide Briand, président du Conseil et m inistre des A ffaires étrangères, 15 septem bre 1916, Le Caire (cité par Beyierian Arthur, Les grandes puissances, l Em pire ottom an e t les Arm éniens dans les archives françaises (1914-1918), Paris, 1983, document n° 263, p. 239-240). Dans une lettre adressée au commandant p.i. de la Légion arm énienne et datée du 30 avril 1919, le colonel Brémond écrit : « (...) il est nécessaire, aussi bien dans l’intérêt de la France que dans celui de l’Arm énie, que la Légion arm énienne vive, prospère et grandisse »(CA D N , m. S .-L , 1* v.,CiL-A d., n° 209, p. 4).

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La France en C ilicie et en Haute-Mésopotamie * * *

Le projet politique d’une Cilicie autonome reposait, à bien des égards, sur le soutien de la population arménienne locale. Cette dépendance à l’égard des Arméniens était tellement ressentie par les dirigeants arméniens s’occupant des affaires de la Cilicie qu’ils étaient persuadés que la Fiance projetait d ’y créa* une autonomie arménienne sous protection française. Cette conviction bien ancrée parmi les dirigeants arméniens s'était fam ée durant les années de la première guerre mondiale et plus particulièrement dans la période qui suivit la décision du commandement allié de former une Légion d ’Orient composée de soldats arméniens. Dans une lettre adressée à son fils Arakél, alors installé en Égypte, Boghos Noubar pacha, le président de la Délégation nationale arménienne, livre des détails sur son entrevue avec Georges-Picot, qui eut lieu à Londres, en octobre 1916. Selon le dirigeant arménien, GeorgesPicot lui aurait déclaré qu’en échange d ’une collaboration militaire pour la libération de la Cilicie, la France promettait aux Arméniens d ’y créer « une Arménie autonome afin de permettre à la race de se développer et à la nationalité arménienne de se reconstituer sous sa protection25 ». Il est vrai que durant le conflit mondial, lors des pourparlers engagés par les Alliés au sujet du démembrement de l’Empire ottoman, la question de la création éventuelle d ’un État arménien avait été souvent débattue dans les chancelleries occidentales. La Cilicie, au même titre que les six vilayets orientaux, frisait partie des territoires ottomans revendiqués par les dirigeants arméniens. Cependant, l’accord SykesPicot avait inclus la région cilicienne dans la zone d'occupation française et, dans ces conditions, le gouvernement fiançais n’était guère disposé à prendre des engagements fermes envers les Arméniens sur l’établis­ sement d'un État arménien en Cilicie. Dans leurs déclarations officielles datant de la guerre, les responsables politiques français préféraient parler d ’une Cilicie autonome sous protection française, au lieu d ’une autonomie proprement arménienne. Dans un discours prononcé à la Chambre, le 28 décembre 1918, Stephen Pichon, le ministre des Affaires étrangères, déclara que la Cilicie resterait sous la protection française, à cause des intérêts que la France y possédait depuis un demi-siècle26. L’attitude du gouvernement fiançais ne manqua pas d’indigner les dirigeants arméniens qui lui rappelèrent à plusieurs occasions les 25. 26.

Véou, op. c il., p. 59. CADN, m. S .-L , 1* v., Cil.-A d., n° 126, Service des inform ations de la M arine dans le Levant, N ote n° 239, « La situation arm énienne », rapport de L Khoubesserian, PortSaïd, 8 m ars 1919, p. 1-2.

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promesses verbales qu’il leur avait faites à propos d ’une autonomie arménienne en Cilicie. En décembre 1920, le gouvernement fiançais alla jusqu’à faire effectuer des recherches dans les archives de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, en vue de nier les affirmations armé­ niennes relatives à de telles promesses. Le rapport préparé à cette occasion révéla qu’aucun document officiel écrit n’existait dans les archives françaises pouvant confirmer les thèses avancées par les dirigeants arméniens. Au sujet de la déclaration de Georges-Picot feite à Boghos Noubar, le rapport indique avec un certain cynisme que « M. Georges-Picot n’a jam ais rendu compte au Département de l’entretien qu’il aurait eu à Londres avec Boghos pacha; il n’avait d ’ailleurs aucun mandat lui permettant d’engager le gouvernement fiançais et il ne l’a certainement pas feit27 ». Il est donc clair que malgré le maintien provisoire de la Cilicie sous l’autorité de la Sublime Porte, la France, à travers son régime de « contrôle » administratif, chercha, tout au long de l’année 1919, à avoir la haute main sur les affaires de la Cilicie et à dissocier progressivement la région du reste de l’Empire. Dès lors, il devient évident que les décla­ rations officielles ou officieuses des responsables politiques fiançais, confirmées ou non, au profit de la création d ’un État arménien en Cilicie, n’exprimaient pas les véritables ambitions françaises dans la région. La France était déterminée à bénéficier au maximum de l’accord Sykes-Picot qui lui offrait le contrôle incontestable des territoires du Liban, de Syrie et de Cilicie. Le projet impérialiste français était en pleine phase de réalisation. Les actes les plus tangibles qui confirment la volonté française d ’occuper la Cilicie et d’y affaiblir au maximum l’influence de la Sublime Porte sont perceptibles dans sa politique à l’égard des différentes communautés susceptibles de se rallier à la France. Sur ce point précis, et en opposition avec les attentes des Arméniens, il feut préciser que la politique française en Cilicie ne consista pas à privilégier une communauté locale aux dépens d ’une autre, son objectif principal étant de créer un État cilicien autonome, sous l’autorité française. Dans cette perspective, il lui fallait gagner le concours de toutes les communautés en offrant à chacune différents avantages, pour mieux les écarter de l’influence de la Turquie, que celle-ci soit nationaliste ou loyaliste. Cette stratégie de contrôle et de redistribution ressemble à s’y méprendre - en respectant les nuances propres à chaque situation - à celle que la France allait mettre en application, à partir de 1920-1921, 27.

CADN, fonds Ankara, lettre du m inistre des AE à Selves, sénateur, président de la Com m ission des AE du Sénat, 27 décem bre 1920, Paris.

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dans la Syrie sous mandat fiançais, avec la création de diverses entités nationales. Déjà, en janvier 1919, le colonel britannique Newcombe qui, après la déclaration d ’armistice, fut l’un des premiers officiers supérieurs alliés à pénétrer en Cilicie et à y résider plusieurs semaines, exposait ses idées à propos de l’État cilicien. Ses conceptions, qui furent exprimées devant un jeune officier britannique, le futur historien Arnold Toynbee (1889-1975), sont étonnamment similaires à la politique que l’admi­ nistration française allait pratiquer en Cilicie, tout au long de l’année 1919. Le colonel Newcombe y souligne l’importance de créer en Cilicie une gendarmerie mixte et d ’offrir aux populations non turques le juste droit d’entrer dans l’administration locale, en fonction de leur nombre. L’officier supérieur ajoute qu’une «A rm énie» créée sur ces bases précises deviendrait un État multinational, avec des droits égaux pour toutes ses composantes. Une telle « Arménie » serait, selon le colonel Newcombe, fondée sur un concept bien différent de celui de l’État national que les Arméniens projettent de former en Cilicie, dans lequel les autres nationalités seraient reléguées dans un statut de subordonnés .

Les peuples de la C ilicie : une com position ethnique très variée

L ’h istoire du peuplem ent de la C ilicie au X l)f siècle Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la région cilicienne est assez peu peuplée. Après la chute du royaume arménien de Cilicie, en 1375, et la conquête de la région par les Mamelouks, les populations locales chrétiennes, fuyant d ’éventuels massacres et l’insécurité de la plaine, ont été progressivement contraintes de se replier dans les « montagnesrefuges » des contreforts du Taurus, de PAnti-Taurus et de l’Amanus, dans des villes comme Hadjin, Féké, Zeïtoun, Marach, Aïntab, ou des massifs montagneux comme le Djebel Bereket, le Moussa Dagh ou le mont Cassius (Kessab2829). Ces départs massifs de populations ont eu pour conséquence de rompre les liens commerciaux existant entre la Cilicie et les cités marchandes d’Occident, et de réduire ainsi à peu de chose la vie économique de la plaine cilicienne qui est ainsi entrée dans une longue 28. 29.

FO 371/3657, Pol.-C aucasus, 1919-1920, « Future adm inistration o f Arm enia », rapport de Balfour à Curzon, 22 janvier 1919, Paris, f ’ 209. Kevorkian Raymond H ., « Les m assacres de C ilicie d ’avril 1909», dans Revue d ’histoire arm énienne contem poraine, tom e 111 (num éro spécial), 1999, Paris, p. 21.

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période de stagnation, voire de régression, accentuée par des razzias fréquentes et l’insécurité chronique engendrée par la pénétration de populations nomades dans la régioa Lorsqu’au début du x v f siècle, la Cilicie est conquise par les Ottomans, la région a déjà perdu de son importance économique et de son poids démographique. Les montagnes de Cilicie sont devenues le fief de tribus nomades, qui étaient les véritables maîtres de ces contrées. Ces tribus guerrières, notamment les Kozan oglou, les Karamanli, les Kör oglou, d ’origine turcomane ou kurde, attaquaient et pillaient systémati­ quement les zones rurales, repoussant toujours plus sur les hauteurs les paysans de la plaine. Les grandes villes ciliciennes et leurs environs étaient placés sous la domination héréditaire de plusieurs grandes dynasties turques, les derebeys, qui ne reconnaissaient que formellement l’autorité du sultan30. Parmi ces grandes dynasties, se distinguaient notamment les Ramazan oglou qui, avant et après la conquête ottomane, détenaient un grand pouvoir dans la région31. Ainsi que le souligne Tamdogan-Abel, les Ramazan oglou étaient à l'origine une tribu nomade qui se transforma par la suite en grande dynastie urbaine32. Dans ces conditions, l’administration ottomane fut, jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle, incapable d ’exercer un contrôle direct et effectif sur la Cilicie. Pourtant, ainsi que le signale Tamdogan-Abel, dès le x v n f siècle, la région cilicienne était dans une phase de croissance économique. Ainsi, la culture du coton, qui, à partir de la moitié du xiXe siècle, deviendra la principale ressource agricole de la région, était déjà en plein développement33. Toutefois, la Cilicie était encore loin d ’attirer vers elle les représentants des puissances occidentales et notamment leurs agents commerciaux. Le premier grand changement dans l’histoire moderne de la Cilicie survint, dans les années 1830, avec l’invasion de cette région par les troupes égyptiennes commandées par Ibrahim pacha, fils du vice-roi d ’Égypte, Muhammed Ali. Les armées égyptiennes, conseillées par des 30.

31. 32.

33.

Les noms de ces grandes fam illes étaient les suivants. M arach : Bayazid oglou (devenu plus tard Bayazid Zadé) ; Payas : Kutchuk oglou ; Sis-Kozan : Kozan oglou ; Tarsous : le père et le grand-père de Sadek pacha, et Tckeli Zadé ; A dana : Ramazan oglou ; Karaissalou : M enemendji Zadé (CADN, m. S .-L , I* v., Cil.-A d., n° 149, compte-rendu relatif à certaines fam illes m usulm anes du vilayet d ’Adana [la date et l’auteur ne sont pas précisés]). Ramazanoglou N iyazi, L a P rovince d'A dana : cperçu historique, ethnographique et statistique, Constantinople, 1920, p. 38-40. Tamdogan-Abel I$ik, Les M odalités de / 'urbanité dans une v ille ottom ane: Les habitants d'A dana au xvtu ’ siècle d ’après les registres des cadis, thèse de doctorat, EHESS, Paris, 1998, p. 40. Ibidem , p. 90.

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officiers fiançais se trouvant dans leurs rangs, réussirent à battre les troupes ottomanes et à conquérir successivement la Palestine, le Liban, la Syrie et la Cilicie. L’armée égyptienne entra à Adana en août 1832. En novembre de la même année, Ibrahim pacha prit la ville de Konia. La Cilicie tout entière passait sous l’occupation égyptienne, ainsi que les régions de Marach, d ’Aïntab et d ’Ourfà. La Cilicie ne resta qu’une dizaine d'années sous la domination égyptienne. Cette courte période est toutefois considérée comme un tournant dans la vie démographique et économique de la Cilicie moderne. Ibrahim pacha s’installa lui-même à Antioche34, aux portes de la Cilicie, et fit de l’expansion économique de la région cilicienne l’une de ses priorités. Il voulait redonner à la plaine cilicienne sa prospérité d’antan. Il encouragea à cet effet le repeuplement de cette région, et mena pour cela une lutte acharnée contre les tribus guerrières locales. A partir de 1834, les troupes égyptiennes organisèrent une expédition contre la tribu des Kozan oglou qui sévissait dans la région de Sis. Après un an de lutte, les Égyptiens réussirent, bien qu’assez difficilement, à chasser les chefs rebelles de cette tribu et ses partisans loin des frontières du pachalik d ’Adana. Il semble que de cette époque date l’installation en masse d ’Arabes alawis en Cilicie. Cette communauté arabophone, connue dans les textes anciens sous le nom de Nusayri, est issue de la région de Djebel Nousayriyé. L’appellation moderne du m assif montagneux est Djebel alAlawiyin : il s’étend de la région de Latakiyé à la partie méridionale de l’Antioche. Le culte musulman pratiqué par les Alawis est considéré comme étant une branche du chiisme, née à Koufa, en Irak, à l’époque des Abassides. Cette doctrine s’est développée dans les montagnes alawites, à partir du XIe siècle, à travers des adeptes venus s’installer en Syrie du Nord35. On ne sait pas exactement combien d ’Arabes alawis existaient déjà en Cilicie avant l’occupation de la région par les Égyptiens. Le fait qu’il y avait dans la région cilicienne 12000 Arabes alawis en 183736 laisse supposer que la présence d’au moins une partie de cette communauté en Cilicie était antérieure à l’occupation égyptienne. Certes, Ibrahim pacha fit venir des milliers de conscrits syriens dans la région cilicienne, afin 34.

35. 36.

Salim LatTfâ M uhammed, al-hukm al-m isrtf t al-shâm , 1831-1841 [Le règne égyptien en Syrie, 1831-1841], Le Caire, 1990, p. 72. En 1839, lorsque la guerre reprit entre les Egyptiens et les Ottom ans, Ibrahim pacha choisit la ville de M arach comme lieu d ’installation de son quartier général et y résida durant vingt mois, en permanence. E ncyclopédie de l'Isla m (nouvelle édition), tom e VII, Leiden, E J. Brill, 1995, p. 148. M AE, CCC/Tarsous, vol. n° I, dir. comm., n° 59, rapport envoyé au Comte M olé, m inistre des AE, 4 janvier 1837, Adana, f ’ 77.

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d'étoffer les effectifs des régiments qui y étaient déjà stationnés37. Parmi ces recrues se trouvaient des Alawis qui restèrent sur place après la reconquête ottomane38. Ces Alawis étaient originaires de Latakiyé, d'A ntioche, d'Alexandrette, de Safita, de Homs et de Hama. Leur installation dans la région cilicienne a encouragé, semble-t-il, un nouveau mouvement migratoire des Arabes alawis vers la Cilicie. La plupart des nouveaux venus alawis était des montagnards. Mais ils s'adaptèrent très vite au milieu cilicien. Ils s'installèrent notamment dans la région de Karatach, ainsi que dans les grandes villes de la plaine, à Adana, Tarsous et Mers in et les petits villages des environs. Ils s'y occupaient surtout de cultures maraîchères et d'agriculture, certains devenant même petits commerçants ou propriétaires terriens. En 1900, Dussaud était étonné du contraste frappant existant entre les habitants alawis des montagnes et leurs coreligionnaires de Cilicie qui avaient adopté un mode de vie complètement différent39. Leurs activités d'agriculteurs expliquent que les Ciliciens désignaient habituellement les Alawis sous l'appellation générale de fellahs, c'est-àdire de cultivateurs. Il faut d'ailleurs noter que ce mot d'origine arabe était également utilisé, sous des formes variées, comme fla h , fle h , pour désigna- d'autres groupes de populations vivant en Asie Mineure et exerçant cette même activité. Cette dénomination a entraîné certains auteurs à les identifier avec les fellahs d'Égypte, à leur faire supposa que les fellahs de Cilicie étaient originaires d'Egypte et qu'ils avaient été installés dans la région sur l'initiative d'ibrahim pacha. Il est vrai que le fils du vice-roi d'Égypte fit effectivement venir en Cilicie des agriculteurs égyptiens, notamment des Soudanais. Le nombre de ceux qui restèrent après la retraite d'ibrahim pacha ne fut certainement pas considérable. L'appellation de fellahs a donc toujours désigné les Arabes alawis de Cilicie, formant une population compacte, attachée à une même religion et parlant leur propre dialecte arabe syrien. L'origine arabe alawi des fellahs de Cilicie est également confirmée par P.A. Andrews40. Ibrahim pacha voulait ouvrir la région au commerce international et invita, à cet effet, les puissances de l'époque à établir des consuls dans les grandes villes de Cilicie. Le bourg de Tarsous qui servait de débouché commercial pour les marchandises venant de l'intérieur du pays devint 37. 38. 39. 40.

MAE, CPC/Turquie-Consulats divers, vol. 4, consulat de Fr. à S t Jean d ’A o e, n° S, direction politique, 15 février 183S, Tarsous, f ’ 220. Al-Tawil, M uhammed Amin G halib, T& fkh a l- ‘alawiyyJn [H istoire des A law is], Beyrouth, 1979, p. 443 et 433. Dussaud René, H istoire e t religion des N osairis, 1900, Paris, n. de b.p., p. 2. Andrews Peter A lford, E thnie groups in th e R epublic o f Turkey, W iesbaden, 1989, p. 152-154.

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durant le règne égyptien un important centre des échanges commerciaux dans la région. C ’est phis tard, durant les années 1860, que Mersin allait supplanter par sa qualité de ville portuaire, l’importance commerciale de Tarsous41. Sous l’occupation du fils du vice-roi d’Égypte, le secteur agricole y connut également un grand essor. Les villageois, assurés par la sécurité relative régnant en Cilicie, développèrent considérablement la culture du coton, du blé et de l’orge. Des tribus ciliciennes sédentarisées à l’initiative des autorités égyptiennes participèrent, à leur tour, à l’essor de l’agriculture cilicienne. Conséquemment à la croissance du secteur agricole, de nouveaux villages furent construits dans la région42. Ibrahim pacha s’intéressa aussi à l’industrie minière et à l’assèchement des marais ciliciens43. Il faut en outre souligner que la domination égyptienne en Cilicie se distingua nettement de celle exercée, durant la même période, en Syrie, au Liban et en Palestine. A la différence de ces régions, Ibrahim pacha exempta les habitants de la Cilicie des conscriptions en masse et des opérations de désarmement à grande échelle. Les habitants ciliciens n’eurent même pas à payer le ferd e (capitation). Ce sont principalement ces mesures vexatoires et autres brutalités qui conduisirent du reste les Libanais et les Syriens à se soulever contre l’autorité égyptienne et précipitèrent ainsi la défaite militaire d ’ibrahim pacha. Quant à la Cilicie, les privilèges qui furent octroyés à la population locale y créèrent une ambiance favorable à l’égard du régime égyptien44. Ibrahim pacha poursuivit en Cilicie une politique de peuplement et de développement économique, car il avait parfaitement saisi l’importance stratégique de la Cilicie dans sa politique de conquête de territoires ottomans. Une Cilicie marquée par une croissance démographique et économique pouvait servir de base à la fondation d’une entité puissante, située à l’entrée septentrionale des provinces arabes de l’Empire. Or un tel objectif aurait été irréalisable si le souverain égyptien avait adopté sur place des mesures impopulaires similaires à celles appliquées en Syrie et au Liban. 41.

42. 43. 44.

En 1866, M ersin avait encore l’aspect d ’un bourg avec ses 6 000 habitants. Vers cette même époque, suite à l’ensablem ent du Sihan, la rade de lO uanli, situé i l’est de M ersin et servant de port pour Tarsous, était devenue difficile d ’accès pour les navires marchands. Dès lors, M ersin allait assum er le rôle de principal port de C ilicie. La construction de la ligne de chem in de fer M ersin-Adana, en 1886, donna une nouvelle am pleur à la croissance de M ersin qui ne tarda pas à devenir aussi l’une des principales villes ciliciennes. Salim , op. c il., p. 147-148. MAE, CCC, Tarsous, vol. I, dir. comm., n° 31, lettre à M. le Duc de Broglie, 2 janvier 1836, Tarsous, P 95. MAE, CPC7Turquie-Consulats divers, vol. 5, dir. pol., n° 13, 15 janvier 1836, Tarsous, ff. 170-171.

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En 1836, le résultat des mesures adoptées par Ibrahim-pacha se reflète déjà dans la situation de la ville d ’Adana. A cette date, la ville abrite déjà une population de 18 000 âmes, dont le tiers est constitué d ’Arméniens et de Grecs45. Ces derniers habitent également l'autre centre urbain de la plaine cilicieime : Tarsous. Une autre source, datée de 1837, estime la population de la ville d ’Adana à 20 000 âmes, dont un quart formé par des Arméniens et des Grecs. Quant à la ville de Tarsous, sa population est alors estimée à 5 000 âmes, dont le quart sont des Arméniens et des Grecs. Cette même source estime le nombre de fellahs, d ’Arabes alawis, habitant dans la province d 'Adana, à 12 000 âmes, tandis que le total des Arméniens est évalué à 8 00046. Après cette brève période de domination égyptienne en Cilicie, les armées ottomanes reprirent le contrôle de la région en 1840-1841. L'administration de la Sublime Porte continua néanmoins à y appliquer la même politique de reconstruction et de développement entreprise par Ibrahim pacha, après avoir constaté combien elle s’était révélée efficace. Durant les premières années qui suivirent la retraite égyptienne, la Sublime Porte fut obligée de tolérer la mainmise des beys et des grandes tribus sur les affaires de la Cilicie. Une fois que les autorités ottomanes y eurent consolidé suffisamment leur pouvoir, elles poursuivirent la lutte contre la présence des beys et pour la soumission des tribus guerrières qui sévissaient dans différentes régions de Cilicie. En 186S, la Sublime Porte envoya en Cilicie une véritable armée, appelée «division de pacifi­ cation » et commandée par Derviche pacha et Djevdet pacha, dans le but de combattre les derebeys et les tribus insoumises. Les troupes ottomanes organisèrent une expédition contre les tribus kurdes établies dans le Giavour Dagh, lesquelles y avaient conservé une indépendance presque complète47. Une autre cible de la Sublime Porte fut la tribu des Kozan oglou dont les chefs, après le départ des Égyptiens, étaient retournés dans la région de Sis-Kozan, et échappaient de nouveau au contrôle des autorités locales. Les troupes ottomanes commandées par Derviche pacha entrèrent dans le fief des Kozan oglou, accompagnés de 3 000 irréguliers arméniens locaux, lassés des vexations de cette tribu. L’armée ottomane réussit à soumettre cette tribu rebelle à son autorité48. 4 5. 4 6. 47.

48.

MAE, doc. c it., 20 ju illet 1836, P 273. MAE, CCC, Tarsous, vol. 1, dir. comm., n° 59, « Aperçu de la province d ’Adana », a d re ssé iM . le Comte N olé, 4 janv. 1837, Adana, ff. 176-177. MAE, CPC/Turquie-Alep, vol. 4, consulat de Fr. à Alep, dir. pol., n° 12, rapport adressé à Drouyen de Lhys, m inistre secrétaire d ’État au départem ent des A ffaires étrangères, 21 m ars 1865, A lep, P 76. MAE, CPC/Turquie-Alep, vol. 4, consulat de Fr. à Alep, dir. pol., n° 26, 12 nov. 1865, Alep, P 197. Le même rapport ajoute que lorsque le sort des combats était déjà décidé, le ch ef des Kozan oglou (il s’agit probablem ent de Youssouf) prit la fuite, m ais un

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Ces opérations s’achevèrent par un succès militaire et politique pour la Sublime Porte. Tous les membres des grandes familles de beys - Bayazid oglou, Kozan oglou, Kutchuk oglou, Menemendji oglou et Ramazan oglou - furent déportés à Constantinople. Cette victoire des autorités centrales ottomanes enregistrée dans la région cilicienne est considérée par Astourian comme une date charnière dans l’histoire socioéconomique de la Cilicie49 : pacification de la région, sédentarisation des tribus nomades, développement économique. Paul Dumont estime, quant à lui, que la prospérité de la Cilicie est due « à un épisode peu connu de l’histoire du sud-est anatolien : la “pacification” de 1865S0 ». A vrai dire, la «pacification» de 1865 et l’amorce du développement de la Cilicie n’étaient que la poursuite de la politique de ('Égyptien Ibrahim pacha, qui avait été subitement arrêtée après la reconquête ottomane. La Cilicie devenait dès lors une région stable et en pleine expansion économique et démographique. Une partie des populations sédentaires, notamment arméniennes, vivant dans les massifs avoisinants et qui, depuis des siècles, évitaient la plaine cilicienne de peur d ’être la proie des tribus nomades, se déplacèrent et s’installèrent dans les villes côtières de la Cilicie : Adana, Mers in, Tarsous. L’immigration arménienne, com­ mencée à l’époque du règne de l’Égyptien Ibrahim pacha, prit de l’ampleur avec la consolidation du pouvoir ottoman dans la région. L’immigration intérieure toucha aussi les habitants arméniens d ’autres provinces ottomanes éloignées de la Cilicie, comme Diarbekir, Ourfa ou Harpout (Kharpert). Des Arméniens, lassés de leur situation de misère, quittèrent leurs villages ou leurs villes et s’installèrent dans les villes de Cilicie, dans l’espoir d ’y bâtir une nouvelle existence, plus prospère et plus tranquille. La croissance du nombre des Arméniens dans la région cilicienne et l’amélioration de leur niveau de vie donnèrent une nouvelle vie au catholicossat arménien de la Grande Maison de Cilicie, dont le siège était à Sis-Kozan. Depuis la chute du royaume arménien de Cilicie et l’abandon de la région par une grande partie des Arméniens, ce grand centre de l’Église arménienne avait progressivement perdu son importance spirituelle. Les changements socioéconomiques survenus dans la région cilicienne au XIXe siècle contribuèrent donc également au

49.

50.

Arménien, du nom de Ekmekdji M ardiros, réussit à l’arrêter. Le ch ef rebelle fut, plus tard, fusillé par les Ottomans. A stourian Stephan, Testing w orld-system theory, C ilicia (1830s-1890) : Arm enum Turidsh polarization and th e ideology o f m odem ottom an historiography, thèse, UCLA, 19% , p. 175-209. Dumont Paul, « La Pacification du sud-est anatolien en 1865 », dans Turcica, tom e V, P aris/S trasbourg, 1975, p. 108.

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retour de l’Église de Sis sur le devant de la scène arménienne locale. La juridiction du catholicossat de Sis recouvrait tout le vilayet d ’Adana, mais également les régions d ’Alep, d ’Antioche, d ’Alexandrette, de Marach, de Zeïtoun, d ’Aïntab, de Kilis, de Malatia, de Yozgat et de Gurun51. De cette époque date aussi l’expansion des Églises catholique et protestante au sein des Arméniens de Cilicie. A partir de 1840, les premiers pasteurs arméniens s’installèrent dans la région et entreprirent de convertir des Arméniens au protestantisme. En ce qui concerne l’Église catholique arménienne, en 1830, le sultan officialisa la présence de cette communauté dans les frontières ottomanes. Le diocèse d ’Adana, fondé en 177452, fut l’un des phis importants centres communautaires de l’Empire pour les Arméniens catholiques. Dès le milieu du XIXe siècle, la croissance des activités commerciales et la construction des premières lignes de chemin de fer attirèrent dans la région d ’autres populations, comme les Arabes chrétiens, originaires de Syrie et du Liban. De petits groupes de Maronites, de Grecs-catholiques d ’origine libanaise et syrienne et notamment de Grecs-orthodoxes d ’origine libanaise et syrienne attachés à l’Église d ’Antioche s’instal­ lèrent à Mersin et à Tarsous, où ils s’occupaient de commerce, mais devinrent aussi, au fil du temps, de grands propriétaires terriens. De cette période date également l'installation des premières colonies de Tcherkess (Circassiens) en Cilicie. Ce peuple, originaire du Caucase du Nord, fuyait la répression du régime des tsars, qui venait d ’écraser la révolte de leur chef, l’imam Chamil. Le sultan ottoman décida alors de les accueillir et de les installer dans différentes régions de son Empire. A la fin de 1859, des vapeurs ottomans débarquèrent environ 2000 Tcherkess dans le port de Mersin. Les autorités ottomanes leur fournirent le transport gratuit, une indemnité d'installation et une exemption d ’impôts53. Une deuxième vague de réfugiés originaires du Caucase du Nord, comprenant des Tcherkess, mais aussi des Tchétchènes et Ingushes, arriva dans la région après la guerre russo-turque de 1877-1878. Ces réfugiés avaient dans un premier temps été installés dans la région de Kars et en Roumélie, mais les offensives russes sur ces provinces 51. 52.

53.

O rm anian, archévêque M aghakia, H ayots Yégéghétsin [L 'É glise arm énienne], Beyrouth, 1961, Beyrouth, p. 210-211. Étant donné que l’Église catholique resta longtemps privée de toute existence légale dans l’Em pire ottom an, les prélats arm éniens résidèrent dans le patriarcat arm énien catholique de Bzommar, dans le mont Liban, ju sq u 'en 1830, date de l’officialisation de cette Église. MAE, CPC/Turquie-Alep, vol. 3, consulat de Fr. à Alep, dir. pol., n° 11, 17 nov. 1859, A lep, f ’ 112.

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ottomanes obligèrent ces montagnards du Caucase à reprendre le chemin de l’exil. La guerre russo-turque et l’avancée des armées du tsar conduisirent également les Géorgiens musulmans (Guidju) à quitter leulieu d ’habitation situé dans la région de Batoum et à se réfugier dans les territoires ottomans54. Les autorités ottomanes installèrent tous ces réfugiés originaires du Caucase et du Caucase du Nord notamment dans les provinces arabes et en Cilicie. Plusieurs localités du vilayet d ’Adana, comme Djihan, Osmanié, Kars Bazar et Baghtché, furent peuplées p u ces réfugiés. L’indépendance de la Serbie et la création de la principauté autonome de Bulgarie, en 1878, forcèrent aussi des milliers de musulmans de ces deux pays à quitter le u patrie. Certains de ces mohadjirs furent à le u to u installés p u les autorités ottomanes en Cilicie, surtout dans les villages du caza d’Osmanié et des na h m d’Erz ine. La Cilicie accueillit également de milliers de Tatars, originaires de Crimée, fuyant la répression du régime des tsars, à la fin de la guerre de Crimée (1853-1856). L’exode des Tatars de Crimée et des Nogays de le u lieu d ’origine avait déjà commencé à partir de 1783, et les premiers émigrants s’étaient installés dans la région de Dobrudja. Or, la guerre déclenchée dans les Balkans (1877-1878) força ces Tatars à se réfugier dans les territoires anatoliens55. Les Tatars Nogay notamment furent installés dans les régions de Djihan, de Kars Bazar et d’Osmanié56. L’arrivée de ces vagues de réfugiés coïncida avec l’avènement du sultan Abdul Hamid au trône ottoman. Le choix des lieux d ’implantation de ces montagnards du Caucase, comme des autres mohadjirs musulmans fuyant les guerres balkaniques, entrait dans la stratégie de peuplement adoptée par les nouvelles autorités ottomanes. En fait, le nouveau sultan poursuivait dans la région de Cilicie et en Syrie du Nord une politique de peuplement favorisant l’installation sur les confins septentrionaux des provinces arabes de l’Empire - futur axe de la ligne de chemin de fer de Bagdad - de peuples considérés comme fidèles au sultan. Le souverain ottoman envisageait, très vraisemblablement, d ’utiliser ces nouveaux colons pour réprimer le brigandage dans le Djebel Bereket, empêcher les razzias organisées par des tribus arabes à partir des déserts syriens et contenir la montée en puissance sur le double plan économique et démographique de l’élément arménien en Cilicie. La fondation de villes comme Osmanié, Islahié ou Djihan (son nom initial était Hamidié), dans la seconde moitié du XIXe siècle, s’intégrait parfaitement dans cette 54. 55. 56.

Andrews, op. c il., p. 175-176. Ibidem , p. 86-89. Ibidem , p. 353.

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politique des sultans visant à consolider leur pouvoir dans les montagnes de l’Amanus. Ces villes furent, en effet, essentiellement peuplées par des m ohadjirs musulmans. Pourtant, l’objectif du sultan Abdul Hamid de créer dans le Djebel Bereket et à partir de ces divers peuples un milieu homogène, dévoué à son trône et à l’islam, fut voué à l’échec. Très vite, des conflits se développèrent entre ces divers groupes ethniques, parfois complètement étrangers les uns aux autres. Dans ces conditions, le Djebel Bereket continua, jusqu’à la première guerre mondiale, à rester une zone de tensions et, malgré les efforts des autorités ottomanes, le brigandage n’y disparut jamais. Le XIXesiècle connut aussi une forte croissance des populations kurdes en Cilicie. Pour des considérations d’ordre économique et en quête de stabilité, des Kurdes abandonnaient les provinces orientales de l’Empire pour venir s’établir dans des territoires situés plus à l’ouest Au début ils étaient formés de tribus nomades, arrivant en Cilicie après de longues pérégrinations. Mais, au fil du temps, ils s’y sédentarisèrent et choisirent notamment comme lieu de résidence la plaine d'Osmanié, la région de Sis-Kozan et quelques villages de la plaine d’Adana. En peu de temps, les Kurdes constituèrent la population la phis nombreuse du Djebel Bereket et de ses environs. Si bien que ce m assif montagneux situé à l’e s t parallèle à l’Amanus, commença à être désigné comme le Kurd Dagh. La plupart des Kurdes du Djebel Bereket étaient de confession alévi, plus communément appelée Kizilbach. Elle constitue une branche de la religion musulmane se distinguant du reste des Kurdes, majoritairement sunnites. Tous ces mouvements intenses de populations qui se déroulèrent tout au long du XIXesiècle transformèrent en peu de temps la Cilicie en une région marquée par la multiplicité des groupes ethniques et religieux la form ant Ces communautés n’avaient entre elles que bien rarement des liens historiques ou identitaires, étant le plus souvent originaires de régirais géographiquement éloignées. Il se forma ainsi un milieu assez original, au sein duquel cohabitaient des peuples complètement étrangers entre eux. A l’époque de l’occupation alliée de Paprès-première-guerre mondiale, l’administration française essaya de profiter de la diversité communautaire de la Cilicie et d ’exploiter l’absence d ’identité collective des peuples de la région. La stratégie française consistait à accentuer les particularités de chaque groupe ethnique ou religieux, dans le but de détacher les liens déjà fragiles qu’une grande partie des peuples ciliciens entretenaient avec les autorités centrales ottomanes.

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Les peuples du vilayet d ’A dana et du sandjak de Marach On étudiera ici la composition démographique, basée sur des estimations françaises, du vilayet d ’Adana au lendemain de la première guerre mondiale, après la fin des opérations de rapatriement des Arméniens entamées en 1919. Ce vilayet, qui correspond approximati­ vement aux frontières de la Cilicie historique fut, en effet, le principal champ d ’action de l’administration française de 1919 à 1921. C ’est dans cette même région que les autorités françaises locales mirent en œuvre leur stratégie politique visant les différentes communautés ciliciennes. Il est donc essentiel de dresser un bilan de la situation démographique des differents groupes ethniques et religieux du vilayet d’Adana afin de mieux saisir la nature de la politique française dans la région. On inclura également les estimations démographiques pour le sandjak de Marach qui était, certes, situé à l’extérieur des frontières du vilayet d’Adana, mais, à l’époque de l’occupation française, faisait partie des confins militaires de la Cilicie, également connus sous le nom de Territoires de l’E st La présence militaire et administrative française dans le sandjak de Marach et dans le reste des Territoires de l’Est ne débuta qu’en novembre 1919, lorsque des troupes françaises prirent enfin la relève des troupes britanniques stationnées sur place. O r les Français furent chassés de la région de Marach dès février 1920. Malgré la brièveté de cette présence, l’expérience de Marach constitue une étape importante pour l’étude de la politique française élaborée pour l’ensemble de la Cilicie, d’autant que sur le plan géographique, la région de Marach est naturellement orientée vers la Cilicie. De surcroît, les événements qui survinrent à Marach, en janvier-février 1920, eurent un effet retentissant sur les orientations de la politique que l’administration française projetait d ’appliquer à l’ensemble de la Cilicie et dans les Territoires de l’E st L’histoire de Marach, à l’époque de la présence française, est à ce titre inséparable de celle du reste de la Cilicie. Après l’abandon de Marach par les troupes françaises, les autres sandjaks des Territoires de l’Est, ceux d’Ourfa et d’Aïntab, firent l’objet d ’opérations militaires incessantes. Dans ces circonstances, la France ne fut pas en mesure d’y appliquer une politique similaire à celle qu’elle avait commencé à mettre en œuvre en Cilicie, tout au long de l’année 1919 (la description détaillée de la guerre turco-française en Cilicie et dans les Territoires de l’Est étant hors du cadre de notre sujet, nous excluons de ce chapitre la présentation du tableau ethnographique et démographique des sandjaks d ’Ourfa et d’Aïntab).

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Les statistiques de populations relatives au vilayet d 'Adana et datant de l’époque d ’avant-guerre sont l’objet de plusieurs controverses. Depuis la naissance de la Question d ’Orient et, par conséquent, l’éclosion des revendications sociales et politiques de différentes communautés ottomanes, les recensements et les statistiques réalisés dans l’Empire ont pris une connotation franchement politique. Une bataille de chiffres s’était très tôt engagée entre la Sublime Porte et les différentes commu­ nautés ottomanes qui luttaient pour l’application de leurs revendications. Dans ces conditions, chaque camp présentait des statistiques favorables à ses thèses, exagérant ou minimisant parfois des chiffres et mettant ainsi en doute la validité des données. Pour le cas de la Cilicie de l’époque d’avant-guerre, les autorités ottomanes et les Arméniens, qui formaient la population chrétienne la phis nombreuse dans la régit», se livraient à une belle bataille de chiffres. A la veille de la première guerre mondiale, les statistiques officielles ottomanes et celles du patriarcat arménien de Constantinople étaient totalement contradictoires. La Sublime Porte poursuivait alors les pratiques entamées notamment avec l’avènement au trône du sultan Abdul Hamid, en 1876, consistant à réduire systématiquement le nombre des Arméniens dans les régions où leur poids démographique était relativement important. Cet usage se traduisait dans les recensements officiels, dans lesquels les autorités provinciales s’efforçaient de diminuer le nombre des chrétiens, grossissant en revanche celui des musulmans57. La période qui nous intéresse davantage sur le plan démographique est celle qui a suivi la première guerre mondiale, c’est-à-dire celle de la présence française dans la région cilicienne et dans les Territoires de l’Est, au cours de laquelle l’administration française avait commencé à appliquer sa propre politique à l’égard des différentes populations ciliciennes. D’autant que le facteur démographique devait évidemment jouer un rôle important dans l'élaboration de cette politique basée sur la diversité communautaire de la région. Par conséquent, dès son installation en Cilicie, l’administration française, pour les besoins d ’une bonne gestion, s’efforça de mener ses propres études sur la situation démo­ graphique et ethnographique de la «zone N ord», placée sous son contrôle administratif. Cette étude de la composition démographique de la Cilicie et du sandjak de Marach est donc principalement basée sur des estimations françaises datant des années 1919-1921. Dans leurs notes, leurs rapports ou leurs études sur la population de la Cilicie, l’image qui frappe le plus l’attention des officiers français en poste dans la «zone N ord» est effectivement l’hétérogénéité de la 57.

A stourïan, op. e it., p. 112-122.

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population et le faible nombre des Turcs vivant dans la région cilicienne. Les premiers officiers français chargés de l'administration de la région font souvent référence aux statistiques présentées par VAnnuaire oriental de 1912 concernant le vilayet d ’Adana. Ces chiffres avaient été imprimés à la veille de la première guerre mondiale, à Constantinople, par une firme anglaise, avec l'autorisation du gouvernement ottoman58. Selon les statistiques de cet Annuaire, la population totale du vilayet d’Adana, comprenant les scouÿaks d ’Adana, de Mers in, de Djebel Bereket, de SisKozan et de Selefké, était estimée à 400000 habitants, dont 185000 musulmans et 215 000 chrétiens59. Bien que datant de l’avant-guerre, les chiffres de VAnnuaire oriental sont ceux qui se rapprochent le plus des estimations de populations faites du temps de la présence française. Un tableau sur la composition ethnique dressé par l’administration française estime, en effet, le nombre total des habitants de Cilicie à 400000, dont 230000 musulmans et 154000 chrétiens. Notons que parmi les habitants de confession musulmane 100 000 étaient kurdes ou turcomans, 100 000 arabes, 10 000 tcherkess et 20 000 turcs. En ce qui concerne la population chrétienne, 120000 étaient arméniens, 28 000 grecs et 5 000 chaldéens ou syriaques60. Une autre estimation faite par le colonel Brémond, en août 1919, chiffrait le nombre des Arméniens à 60 à 100 000, les Arabes alawis à 100000, les Tcherkess à 10 000, les Kurdes à 100000, les Kizilbach à 50 000, les Grecs à 28 000 et les Turcs de 9 à 10 00061. Le nombre relativement faible des Turcs de Cilicie est également constaté par le colonel Normand et le capitaine André62. Dans une étude sur l’occupation française de la Cilicie, Sam Kaplan souligne pour sa part que les estimations françaises sur la composition démographique étaient 58. 59.

60. 61. 62.

CADN, m. S .-L , 1* v., C il.-A d, n° 219, « Ethnographie : C ilicie ». Ces chiffres étaient largem ent opposés à ceux du recensem ent officiel ottoman de 1914, et des statistiques de populations faites par le patriarcat arménien, en 1913. Le prem ier chiffrait le total du nom bre des chrétiens du vilayet d ’Adana et du sandjak de M arach à 108 710 âm es et celui des musulmans à 494 548 âmes (K arpat K., O ttom an P opulation, 1831-1914, D ém ographie and Social C haracteristics, U niversity o f W isconsin Press, 1985, p. 172 e t p. 186). Quant au patriarcat arm énien, il estim ait le nombre total des Arm éniens du vilayet d ’Adana et du sandjak de M arach à 191 557 âm es. Ce chiffre était recoupé par celui présenté par le catholicossat arm énien de Cilicie, en 1913 (Kevoriüan Raymond H. et Paboudjian Paul B., Les Arm éniens dans l 'Em pire ottom an à la veille du génocide, Paris, 1992, p. 58 ; 267 et 305). CADN, «Ethnographie : C ilicie», doc. d t SHAT, 4H 102/d : 1, Armée du Levant, T bur., « La C ilicie », signée par Brémond, 14 août 1919. Normand, colonel Robert, « La C ilicie» , dans A nnales de géographie, n° du 15 novembre 1920, p. 447 ; Redan Pierre (pseudonyme du col. André), La C ilicie e t le problèm e ottom an, Paris, 1921, p. 17.

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tendancieuses et révèlent la volonté des officiers français de minimiser le nombre des musulmans - parmi eux notamment des Turcs - afin de «justifier l’établissement d ’un futur État chrétien-arménien63 ». Il est vrai que le projet impérialiste français en Cilicie reposait, à bien des égards, sur l’appui des Arméniens. Mais, comme on l’a dit, la France se préparait dans la région à une occupation de longue durée et n’avait nullement l’intention d ’attribuer la Cilicie aux seuls Arméniens. Quant aux chiffres fournis, il nous semble que les estimations se trouvant dans les rapports français, bien qu’elles soient à plusieurs égards controversées, restent néanmoins les sources relativement les phis sérieuses sur la répartition ethnique de la région durant ces quelques années d ’occupation. Pourquoi sous-estimer systématiquement, comme le fait Kaplan, les chiffres français et, en sens inverse, accepter en l’état les statistiques données par des officiels turcs, qui avaient à leur tour tendance à minimiser le nomine des chrétiens ? En novembre 1921, l’administration française prépara une autre estimation de la répartition des groupes ethniques et religieux de la Cilicie. Dans ce rapport, les évaluations de chacune des communautés ont visiblement été majorées. En effet, chaque groupe ethnique ou religieux présenta lui-même une évaluation démographique de sa propre commu­ nauté. Quant au nombre des Turcs, le rapport a repris les chiffres donnés par les statistiques officielles ottomanes. Dans ces conditions, les exagérations sont parfois flagrantes et les écarts considérables entre les chiffres de ce rapport et les autres données démographiques aux mains de l'administration française de Cilicie. C ’est notamment le cas des Grecs orthodoxes et catholiques d ’origine arabe, qui étaient toujours classés parmi les phis petites communautés de Cilicie, et dont le nombre n'avait jam ais dépassé les quelques milliers. Il y a également un net écart entre le nombre des Turcs énoncé dans le rapport et celui des estimations faites par l’administration française pour cette même catégorie de population. Dans le rapport, le nombre des musulmans de Cilicie est évalué à 372 689, tandis que celui des chrétiens s’élève à 218 200. Le nombre des Turcs est soudain passé à 140 000 - cela dépend évidemment des groupes définis sous ce vocable - , celui des Arabes alawis est de 100000, des Arméniens de 125 000, des Grecs de 60000, des Grecs orthodoxes et catholiques d’origine syrienne à 25 000, des Kurdes kizilbach à 40 000,

63.

Kaplan Sam, «D ocum enting history, historicizing docum entation : French m ilitary officials’ ethnological reports on C ilicia », dans ComparcMive Studies in Society and H istory, XXXXIV, 2 (avril 2002), p. 350-351.

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des Kurdes sunnites à 25 000, des Tcherkess à 20 000, des Maronites à 3 000, des Chaldéens à 2 500, des Nestoriens à 1 20064. Pour ce qui concerne le vilayet d ’Adana, les données fournies par les statistiques confirment donc que les Turcs représentaient une population numériquement faible. Cette faiblesse quantitative était cependant en opposition avec leur implantation dans l'administration locale ottomane où ils étaient omniprésents. Les administrateurs locaux fiançais avaient bien saisi que l’absence d’une forte population turque dans la région pouvait contribuer à réduire l’influence des autorités centrales ottomanes dans les affaires intérieures du vilayet. Or cet avantage ne pourrait devenir effectif qu’au cas où l’administration française réussirait à gagner la faveur des autres populations musulmanes - qui, ensemble, consti­ tuaient un nombre considérable - et à les éloigner de l’influence des autorités turques. Cette stratégie fut l’un des points fondamentaux de la politique française en Cilicie. En ce qui concerne le sandjak de Marach, selon un rapport français fait en octobre 1919, la population de la ville de Marach était estimée à environ 50 000, dont 30 000 Turcs et 20 000 Arméniens. Dans le caza de Bazardjik, la population composée en grande majorité par les Kurdes et les Kurdes alévis, était estimée à 25 000 âmes. Dans le caza d’Albistan, formé essentiellement de Turcophones, la population totale était de 45 000 âmes. Le caza de Göksoun ayant une population totale d ’environ 25 000 âmes, comptait environ 15 000 Tcherkess, le reste étant formé par des Turcs et des Kurdes. Enfin, le nombre des Arméniens dans le caza de Zeïtoun était estimé à 3 00065.

L’application de la politique comm unautaire en C ilicie : structures comm unautaires et moyens d’action français

Les méthodes employées pour exercer une influence sur les différentes communautés ciliciennes susceptibles de défendre la politique française dans la région variaient en fonction des structures intérieures de ces communautés. Certains groupes ethniques, comme les Tcherkess, les 64. 65.

CADN, m. S .-L , l 'v . , C il.-A d, n° 164, « C ilicie et les races», le contrôleur admi­ nistratif, 23 nov. 1921, Adana. CADN, m. S .-L , 1" v., Cil.-A d., n° 166, « Rapport sur le sandjak de M arache», 1 4 octobre 1919, M aiach; CADN, m. S .-L , 1 "v., Cil.-A d., n° 166, «R apport du capitaine P.J. André, gouverneur du sandjak du Djebel Bereket sur l’organisation actuelle du sandjak de M arache, octobre 1919 ».

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Kurdes et les Kurdes alévis, conservaient encore, en général, une structure tribale. Pour gagner la faveur de ces populations locales, il fallait donc se rapprocher de leurs chefs tribaux. Les Arméniens avaient une structure intérieure phis développée, dans laquelle l’influence s’exerçait à travers les partis politiques, les chefs religieux et les grands notables. Quant aux Arabes alawis, les grands notables étaient les gens les phis influents dans cette communauté. Dès leur installation en Cilicie, les administrateurs fiançais se mirent à la recherche des personnages influents de chacune des. communautés. Le but était de constituer des noyaux d’influence au sein de chaque commu­ nauté au profit de la politique française. Les efforts de l’administration française se concentrèrent notamment sur quatre communautés ciliciennes : les Tcherkess, les Kurdes, les Arabes alawis et les Arméniens. Les trois premiers étaient les plus grands groupes ethniques non turcs de Cilicie. L’éloignement de ces trois communautés de la sphère d’influence de la Sublime Porte ou du mouvement national turc et leur implication dans la politique régionale française étaient devenus des priorités stratégiques. Quant aux Arméniens, ils étaient en Cilicie le groupe ethnique le phis nombreux et le plus énergique à la fin de 1919. La perspective française de créer une Cilicie autonome, sous le contrôle de la France, s’appuyait largement sur le concours que les Arméniens et les trois autres communautés musulmanes - kurde, tcherkesse, arabe alawi - étaient susceptibles de lui apporter. Quant à la population turque, les premiers administrateurs français étaient persuadés que la consolidation du pouvoir français dans la région allait soumettre les Turcs à leur autorité ou, ainsi qu’il est noté dans les premières directives données aux officiers français à leur arrivée au début de 1919 en Cilicie, allait les « replier probablement sur les territoires d’Anatolie ». La même directive ajoutait que cela constituait « une émigration qui est à faciliter66 ». On observe également qu’au début de leur règne en Cilicie, l’administration française projetait de supprimer progressivement l’ensei­ gnement du turc dans les écoles fréquentées par des musulmans et de le remplacer par l’arabe, notamment dans les régions à forte population arabe alawi67.

66. 67.

AP (général F. Taillardat), liasse 16, Notes et directive générale sur les projets français en C ilicie, à l’athesse de T aillardat,« N o ten 0 I ». Idem , « N ote n° 4 ».

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Les Tcherkess :fiitu rs gendarmes de la Cilicie Dès qu’ils prirent possession de leur fonction de gouverneurs militaires des sandjaks de Sis-Kozan et de Djebel Bereket, les deux officiers fiançais, respectivement Taillaidat et André, s’efforcèrent tout d ’abord de nouer des liens d ’amitié avec les chefs tcherkess, avant d'aboutir, dans un deuxième temps, à une alliance durable avec ce peuple caucasien établi en Cilicie. Les Tcherkess du sandjak de Sis-Kozan, soit environ 1500 personnes68, étaient principalement concentrés dans le caza de Kars Bazar, et le capitaine Taillaidat s’y mit directement en contact avec leurs chefs, Arslan bey et Hassan bey. Dès le début de son action dans la région de Sis-Kozan, le gouverneur militaire chercha à gagner le concours de ces deux chefs influents, en s’occupant de questions scolaires et linguistiques propres aux Tcherkess, d ’agriculture, de leurs chevaux et de leurs pâturages d ’hiver69. A la fin de 1919, Taillaidat avait ainsi réussi à former dans cette région un peloton tcherkess, constitué de 30 cavaliers et commandé par un officier tcherkess, et un autre peloton mixte turcotcherkess, formé également de 30 cavaliers et commandé par un officier turc. Un troisième peloton tcherkess était même en cours de formation70. Dans le samÿaïc du Djebel Bereket, le capitaine André avait établi un peloton mobile, composé de 30 à 50 cavaliers tcherkess, faisant partie de la gendarmerie du Djebel Bereket Ce peloton, comprenant en son sein une section abzakh, une section chabzakh71 et une section tchétchène, était commandé par un officier tcherkess, le lieutenant Bekir Sedki. Il existait également une centaine de Tcherkess dans les compagnies fixes du sandjak. Les Tcherkess recrutés dans la gendarmerie et les compa­ gnies du Djebel Bereket étaient généralement originaires du caza de Djihan, où habitaient environ 2 500 Tcherkess, mais également du nahiê de Kefèrdis, situé dans le caza d ’Islahié, où habitaient environ 1000 de ces Caucasiens, et encore du caza de Göksoun, situé au nord de la région de Marach, où vivaient environ 7 000 Tcherkess. Il y avait aussi environ 300 Tcherkess dans le caza d'Osm anié et près de 500 dans le caza d ’Islahié. Quant aux recrues tchétchènes, elles étaient généralement

68. 69. 70. 71.

André Capitaine P.J., « Études sur la Cilicie, IL Le sandjak du Djebel Bereket », dans A siefrançm se, septem bre-octobre, 1921, p. 354. CADN, m. S .-L , 1“ v., C il.-A d, n° 130, rapport de Taillardat à Brémond, 14 septem bre 1919, Sis. CADN, m. S .-L , 1* v., C iL-A d, n° 172, rapport de Brémond à Dufieux, janvier 1920, Adana, p. 4. Abzakh et chabzakh sont les noms de tribus tcherkesses.

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originaires du village de Dikilitach, situé dans le caza de Kars Bazar72. En juillet 1919, le colonel Brémond écrivait au général Hamelin qu’il était possible de «recruter 1 ou 2 escadrons tcherkess qui seraient excellents et fidèles ». Il continuait : « (...) bien employés, les Tcherkess seront les gendarmes de l’Asie Mineure73. » Un mois plus tard, le colonel Brémond annonçait au général Hamelin qu’il faisait préparer une grammaire et un dictionnaire tcherkess, pour faciliter le travail des futurs officiers et sous-officiers fiançais qui devaient forma- ces escadrons74. Le capitaine Taillardat était également en contact avec les grou­ pements tcherkess du caza d’Azizié, situé à l’extérieur des frontières administratives de Cilicie, dans le vilayet de Sivas et au nord du caza de Hadjin. Avec le déclenchement du mouvement national turc, les Tcherkess vivant dans les différentes régions de Turquie étaient généra­ lement divisés en deux camps : le premier comprenant les partisans de Kemal et le second ceux restés dévoués au sultan75. Mustafà Kemal comptait parmi ses fidèles R auf (Orbay) et Bekir Sami, deux personnages influents d ’origine tcherkesse. Sur le front occidental, l’un des phis importants chefs militaires kémalistes était Tcherkez Ethem qui commandait une cavalerie constituée d ’environ 3 000 irréguliers76. Dans la zone d ’influence française de Cilicie et jusqu’en janvier 1920, l’opposition entre les différentes mouvances teherkesses se manifestait plutôt entre les prokémalistes et les profrançais. La stratégie du capitaine Taillardat consistait donc à g ag n a les faveurs des Tcherkess d ’Azizié, afin que Kemal ne se serve pas de ces valeureux guerriers dans ses attaques organisées contre les frontières nord du sandjak de Sis-Kozan, en zone française. En décembre 1919, le capitaine français, appelé par les Turcs « le giavour (l’infidèle) de K ozan», assurait Brémond que les T chakess d ’Azizié restaient leurs amis et que Kemal n ’avait pas réussi à les influença77. Effectivement, durant une réunion tenue sur l’initiative des kémalistes, le 10 août 1919, a regroupant les représentants des T chakess, des Turcs a des Kurdes d ’Azizié, les Tcherkess refusèrent de 72.

73. 74. 73. 76. 77.

CADN, m. S .-L , I* v., CiL-Djihan, n° 288, « Rapport au sujet des Tchericesses et des Kurdes dans la gendarm erie », b it par le gouverneur m ilitaire du Djebel Bereket, J.P. André, adressé au colonel Brémond, daté du 18 janvier 1920, Osmanié. SHAT, 4H 42, d. : 8, lettre de Brémond au commandant les TFL, 31 ju illet 1919, Adana. CADN, m. S .-L , 1 ' v„ b.d., n° 2351, lettre (n° 2494/M ) de Brémond à Hamelin, 25 août 1919, Adana, p. 2. Le chef tcherkess Aznavour bey avait pris la tête des troupes com battant les kém alistes dans la région d ’Ism it, Brousse, Adabazar et Panderma. Zürcher, op. d t., p. 123. CADN, m. S .-L , 1* v., C il.-A d, n° 133, rapport (n° 284) de Taillardat à Brémond, 13 déc. 1919, Sis.

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donner leur appui au mouvement national turc, tant qu’ils n’auraient pas reçu des instructions appropriées de la part du sultan'8. Cependant, cette hostilité à l’égard du mouvement national turc conduisit les kémalistes à adopter des mesures sévères contre les Tcherkess d ’Azizié, où ils représentaient environ 45% de la population locale. Selon des chefs tcherkess venus consulter l'administration française de Cilicie, les Turcs s’apprêtaient à les faire repartir pour le Caucase, en leur promettant des terres. Afin d ’échapper à ces mesures, les chefs tcherkess demandèrent l’autorisation des Français pour venir s’installer en Cilicie7879. Un tel projet d’installation des Tcherkess alliés à la France, dans les frontières de la Cilicie n’était probablement pas sans lien avec l’action de l’administration française. Le colonel Brémond élaborait même l’idée de créer une région distincte, réservée aux Tcherkess. 11 demanda, fin mai 1919, l’avis du capitaine André à ce sujet80. Le gouverneur du Djebel Bereket fut tout à fait d ’accord avec le projet et envisagea de faire de l’implantation de groupements tcherkess une des bases de sa politique dans le Djebel Bereket Le capitaine André projetait de créer une région administrative englobant les cazas de Djihan (dans le sandjak d’Adana), de Kars Bazar (dans le sandjak de Sis-Kozan) et d ’Osmanié (dans le sandjak de Djebel Bereket) et réservée à la seule population tcherkesse. Cette zone administrative devrait également accueillir les Tcherkess dispersés dans d ’autres parties de la Cilicie, comme le sandjak de SisKozan, ou se trouvant dans des régions situées près des frontières ciliciennes, comme le caza d ’Azizié et le vilayet de Marach, et même audelà de ces frontières, comme dans les régions d ’Alep et de Damas. Les Tcherkess devraient y jouir de plusieurs avantages administratifs, ce qui encouragerait les membres de cette communauté vivant dans des régions limitrophes à venir s’y installer81. Le capitaine André avait également annoncé aux chefs tcherkess l’ouverture de deux écoles dans la région du Djebel Bereket, où l’enseignement serait donné en langue tcherkesse82. La volonté de l’administration française d ’appliquer en Cilicie une politique favorable aux Tcherkess permit d ’attirer très vite à elle des chefs appartenant à ce peuple. Des délégations de chefs tcherkess venus des 78.

79. 80. 81. 82.

FO 371/4159, PoL-Turicey, 1919, n° 134163, file : 521, spécial report n° 20 o f the Intelligence Officer, Adana, 30 août 1919 : « The N ational Defense M ovement and how it affects Cilicia ». CADN, m. S .-L , I« v., b .d , n° 2351, télég. de Brémond à Georges-Picot, 15 sept. 1919. Adana. CADN, m. S .-L , I* v„ Cil.-D jebel Bereket, n° 270, lettre de Btémond à A ndré, 28 mai 1919, Adana. CADN, m. S .-L , l* v ., C iL-A d, n° 128, rapport de André à Brémond, 5 ju in 1919, Osm anié. CADN, m. S .-L , lv v., Cil.-A d., n° 166, rapport de A ndré, fin 1919.

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régions d ’Azizié et de Marach se précipitèrent en Cilicie pour y rencontrer les administrateurs fiançais. Des demandes d’installation en Cilicie faites par ces mêmes chefs commencèrent à parvenir aux autorités françaises. Des villages entiers de Tcherkess étaient prêts à Marach ou Azizié, pour venir s’établir en Cilicie83. De telles demandes arrivèrent même de la lointaine régirai de Brousse. L'administration française avait l'intention de faire venir en Cilicie des personnages célèbres dans les cercles tcherkess et d ’autres peuples du Caucase du Nord, comme Kiamil pacha, fils du chef légendaire nordcaucasien, l’imam Chamil. Celui-ci avait alors 75 ans et résidait à Constantinople, alors contrôlée par les Alliés. Les administrateurs français projetèrent de l'établir dans la région cilicienne pour que « la politique tcherkesse (...) soit à jam ais assurée8485». L’administration de la «zone N ord» n’hésita pas, parfois, à accorder des faveurs aux chefs tcherkess afin de ne pas les éloigner de leur sphère d’influence. Ce fut le cas du chef tcherkess Ibrahim bey, nommé par les Français kaïmakam de Djihan, dont le fils était prisonnier de guerre et se trouvait en Birmanie. L’administrateur en chef de Cilicie proposa à ses supérieurs hiérarchiques de libérer le fils de ce chef influent et de le rapatrier en Cilicie83.

Les Kurdes : pouvoir des chefs et influence des puissances régionales Les Kurdes étaient, en Cilicie, séparés en deux confessions distinctes : les sunnites et les alévis (ou kizilbach), entre lesquels existait une animosité séculaire, malgré une même appartenance à l’islam. Pendant des siècles, les Kurdes alévis avaient été persécutés dans l’Empire ottoman, où la religion de la majorité était le sunnisme, également adopté par les sultans. Les Alévis étant considérés comme hérétiques, ils avaient enduré l’oppression de la majorité. Les administrateurs français remarquèrent très vite que leur présence dans la région était perçue par les Kurdes alévis comme un moyen d ’échapper aux vexations des Kurdes sunnites et de leurs alliés, en l’occurrence la Sublime Porte. Ils réussirent donc à établir des rapports amicaux avec les Alévis de Cilicie. Cette communauté kurde habitait 83.

84. 85.

CADN, m. S .-L , 1* v., Cil-D j. Ber., n° 270, rapport (n° 664) de André i Brémond, 28 ju illet 1919, A kbis ; CADN, m. S .-L , |- v., C il.-A d, n° 127, lettre (n° 579) de André à Brémond, 28 ju in 1919, Osmanié. CADN, m. S .-L , 1* v., Cil.-A d., n° 133, lettre (n° 4614/2) de Brémond à André, 23 déc. 1919, Adana. CADN, m . S .-L , 1” v., Cil.-Ad., n° 128, lettre de Brémond à Georges-Picot, 26 octobre 1919.

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notamment le nahié de Keferdis, situé dans le caza d ’Islahié, et les.cazas de Bazardjik et d ’AIbistan, eux-mêmes localisés dans le sandfak de Marach. Le chef le phis influent des Kurdes alévis de Cilicie était un certain Khourchid agha, qui résidait à Keferdis, dans le village alévi de Sachgôzu. Ce fut le capitaine André qui entra en contact avec ce chef alévi, et Khourchid agha devint très vite un allié des Français. Son fils fut nommé commandant d ’un peloton de la gendarmerie à Islahié86. L’administration française avait également l’intention de créer au Djebel Bereket un bataillon de 6 à 800 hommes, composé de quatre compagnies, avec des sections kurdes, arméniennes et chaldéennes, un escadron de quatre pelotons, formés par des Tcherkess, des Kurdes et des Arméniens. A SisKozan, l’objectif des autorités françaises était de former un escadron de quatre pelotons, constitués de Tcherkess, de Kurdes et de Turcs. En janvier 1920, le colonel Brémond estimait qu’en quatre à six semaines toutes ces formations pourraient être opérationnelles, mais attendait pour cela l’arrivée des armes, des munitions et des officiers et sous-officiers chargés du commandement de ces unités. Ces formations devaient se trouver sous les andres directs des gouverneurs militaires des sandjaks87. Le capitaine Taillardat se mit à son tour en contact avec les chefs kurdes installés dans les frontières du sandjak de Sis-Kozan. Il gagna la faveur de Doursoun bey, qui avait son siège dans le village de Tchader Yeri, était le chef des dix villages kurdes situés dans le caza de Hadjin88. La lutte engagée pour gagner l’alliance des Kurdes se déroula principalement au-delà des frontières de la Cilicie, dans les régions situées plus à l’est, à Marach, Aïntab et Ourfa où habitaient une forte population kurde et de puissants chefs kurdes à la tête de tribus armées. Trois parties s’opposèrent dans cette bataille : les Turcs kémalistes, les Français et les Britanniques. Les Français, qui jusqu’en novembre 1919 n’étaient pas encore installés dans les Territoires de l’Est, ne pouvaient qu’observer cette lutte d ’influence. L’administration française de Cilicie se sentait cependant extrêmement concernée par la question kurde, d ’autant que la plupart des chefs kurdes, objet de la lutte d’influence entre les Turcs et les Britanniques, résidaient dans les Territoires de l’Est, qui devaient revenir à la France conformément aux accords Sykes-Picot. Des renseignements qui parvenaient à l’administration française de Cilicie 86. 87. 88.

CADN, m. S .-L , 1" v., C il.-A d, n° 129, rapport (n°353/R ) de André à Biém ond, 20 ju illet 1919, Akbès. CADN, m. S .-L , I" v., Cil.-A d., n° 172, rapport de Brémond à Dufieux, janvier 1920. Adana, p. 4-3. CADN, m. S .-L , I ' v., Cil.-A d., n° 130, rapport de Taülardat à Brémond, 14 septembre 1919, Sis.

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annonçaient que les Britanniques promettaient aux Kurdes l'abandon des Territoires de l’Est au profit du futur État du Kurdistan. Depuis le début de 1919, le gouvernement de Londres préparait la création d ’un État kurde, dans le nord de l’Irak, englobant des territoires situés dans les vilayets de Bitlis, Van, Diarbekir et Elazig. Durant leur bref séjour dans les régions situées à l’est de la Cilicie, les Britanniques s’efforcèrent également d ’unifier les chefs kurdes des régions de Marach, Aïntab et Ourfà autour de l’idée d ’un État kurde. Le projet d ’un État kurde sous la tutelle d ’une puissance occidentale était violemment combattu par le mouvement national turc, qui s’efforçait lui-même d’acquérir le concours des Kurdes. Une forte propagande était menée auprès des chefs kurdes installés dans les régions frontalières avec l’Irak et la Syrie afin de les dissuader de s’allier aux Britanniques. Cette campagne lancée par les kémalistes mettait l’accent sur le fait que le mouvement national luttait contre les puissances chrétiennes qui occupaient des terres d ’islam. En outre, les kémalistes annonçaient à qui voulait l’entendre que les puissances alliées sorties victorieuses de la guerre étaient entrées en territoire ottoman - dans les régions frontalières pour défendre les Arméniens89. Le spectre du châtiment des responsables des massacres Arméniens et de la restitution des biens arméniens volés hantait donc certains chefs kurdes de ces régions. Akçam souligne à ce propos que le mouvement national de Mustafa Kemal était véritablement dirigé non pas contre les forces impérialistes (Grande-Bretagne et France), mais contre les minorités grecque et arménienne de l’Empire. Il constate à cet égard que les premiers noyaux de résistance étaient formés dans des régions à forte population grecque et arménienne90. Dans ces conditions, la propagande kémaliste a évidemment remporté un succès retentissant auprès des Kurdes de ces contrées. Afin d ’asseoir leur influence auprès des chefs kurdes et de contrer la propagande kémaliste, en mai 1919, les Britanniques envoyèrent à leur tour dans la région une mission composée du major Noel91, représentant britannique à Suleymania, et de deux chefs kurdes influents dans cette zone géographique, Djeladet et Kamuran Bedr Khan. Cette mission resta sur place jusqu’en septembre-octobre 1919 et visita les régions de Diarbekir, Malatia et tous les Territoires de l’E st Les frères Bedr Khan appartenaient à une famille célèbre dans l’histoire des Kurdes de 89. 90. 91.

M cDowall David, A M odem H istory o f the K urds, Londres/New York, 19% , p. 125128. Akçam, op. d t. Le 3 ju in , le m ajor Noel annonçait son arrivée à D iarbekir (FO 371/4119, Pol.-Turkey, 1919, n ° 90860, file : 3030, «Situation à D iarbekir», from Political, Baghdad, 9 juin 1919).

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l'Empire ottoman. Ils étaient les descendants du fameux Bedr Khan beg qui fût le puissant émir de la principauté du Bohtan, jusqu’à sa chute, au milieu du XIXe siècle. Depuis cette époque, la plupart des membres de la famille Bedr Khan résidaient à Constantinople, dans un exil doré et surveillé. Le passé glorieux de la famille Bedr Khan et l'im age de grands patriotes kurdes qu'incarnaient les deux frères, Djeladet et Kamuran, étaient deux fréteurs que les Britanniques envisageaient d’exploiter dans leurs négociations avec les chefs kurdes de la région. Les représentants de Londres avaient même l’intention de frire nommer le père de Djeladet et de Kamuran, Emin Ali Bedr Khan, vali de Diarbekir et de confier d ’autres postes importants dans cette même région aux autres membres de la famille Bedr Khan92. Des actes plus tangibles étaient nécessaires pour rassurer les chefs kurdes sur les intentions britanniques et gagner ainsi leur confiance. A cet effet, au printemps 1919, dans une proclamation adressée aux Kurdes, le général Gregory, commandant de l’armée d'occupation britannique à Alep, annonça l’adoption de mesures visant à calmer la méfiance des chefs kurdes. En frit, le premier point de la déclaration signale que « les droits des Kurdes seront pris en considération » par la conférence de la Paix. La plupart des autres points de la déclaration concernent les massacres et les déportations des Arméniens durant la première guerre mondiale et leurs conséquences, dans un souci manifeste de ne pas provoquer les sentiments religieux des Kurdes et de ne point nuire aux intérêts personnels de leurs chefs. Le troisième point de cette déclaration rappelle que « les autorités turques qui, durant la guerre, avaient ordonné les déportations et les massacres des Arméniens seront châtiées d ’une façon exem plaire». Cependant, le quatrième point précise que « les mêmes mesures seront également appliquées à l’égard des Arméniens qui ont massacré les musulmans », tandis que le cinquième point notifie que « les filles et les femmes des réfugiés arméniens gardées dans les maisons des musulmans doivent immédiatement être mises en liberté. Toute propriété mobilière ou immobilière prise de force doit être restituée à son propriétaire ». Il importait toutefois que les chefs kurdes soient assurés que les mesures de châtiment ne les concerneraient pas. Le sixième point permettait justement de parvenir à ce résultat : « Le gouvernement anglais renonce à considérer l’attitude indigne des Kurdes durant la guerre comme résultant d ’un désir de vengeance93.» Cette déclaration est 92.

93.

FO 371/4193, PoL-Tuikey, 1919, n° 149336, file : 3050, fiom Political Bagdad, to the High Com m issioner in Bagdad, à propos du télégramme du m a jor N oel, 29 septembre 1919, Alep. SHM , IBB7-234, «L es A nglais et la situation au K urdistan et en M ésopotam ie», 29 octobre 1919, Constantinople.

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complétée par celle faite en août 1919 par le général McAndrew, commandant d ’une division britannique stationnée à Alep. Tout en indiquant les mêmes points que la précédente, la déclaration soulignait à propos des Kurdes que le gouvernement britannique « (...) est disposé à les [les Kurdes] dispenser de toute peine et leur accorda* un pardon absolu94 ». Durant leur courte présence dans les territoires situés à l’est de la Cilicie, les Britanniques réussirent à s’entendre avec les chefs de deux importantes tribus kurdes de la région qui étaient en mauvais termes avec les Turcs : les Kitkans et les Millis. La tribu Milli nomadisait dans une vaste zone s’étendant entre Ourfa, à l’ouest, et Mardin, à l’est, ayant pour centre la ville de Veranchehir. Les chefs de la tribu étaient les frères Mahmud, Abdul Hamid, Khalil, Ismail et Abdul Rahman, plus commu­ nément connus sous le nom de fils d ’ibrahim pacha9S. Tandis que le chef des Kitkans était Muhammed Basrawi et avait comme centre la région de Arab Pounar. Après la relève, en novembre 1919, des troupes britanniques par les Français dans les Territoires de l’Est, l’administration française hérita de ces alliés kurdes des Britanniques et continua à entretenir d ’étroits contacts avec les chefs Kitkans et Millis. Cependant, la politique kurde menée par la France dans les Territoires de l’Est ne donna pas les résultats escomptés. Suite à la défaite des Français à Marach, en février 1920, l’administration française se retira, en effet, assez rapidement des Territoires de l’Est et se retrouva dès lors coupée de la zone géographique dans laquelle habitaient les tribus Kitkans et Millis. Dans ces conditions, l’entretien de relations étroites avec ces tribus kurdes devenait sans objet Les contacts avec les chefs Millis allaient reprendre, à partir de la fin de 1920, lorsque la France prit le contrôle d ’une partie de la Djazira syrienne. D’autant qu’à cette époque les Millis, fuyant la répression des kémalistes, venaient de quitter leur territoire traditionnel pour s’installer phis au sud, dans le désert syrien.

9 4.

9 5.

MAE, Levant 1918*1940, Caucase-K urdistan, vol. 11, lettre de Laforcade, gérant du Haut-Commissariat en Syrie et en Arm énie, à Pichon, m inistre des A ffaires étrangères, 12 août 1919, Beyrouth, ff. 180-182. D urant la prem ière guerre m ondiale, les autorités ottom anes dem andèrent aux fils d ’ibrahim pacha de leur fournir un contingent de I 000 soldats, recrutés parmi les M illis, afin de participer aux opérations de déportation des Arméniens. Toutefois, les membres de cette tribu ne prirent pas une part active aux m assacres des Arméniens. Au contraire, les M illis, à l’exem ple des Khkan et des Barazi, donnèrent refuge à des survivants arm éniens (FO 371/4119, PoL-Turicey, 1919, n° 91479, file : 3050, « Kurdish National M ovement : Relations w ith the Arm enians », report by Captain C .L W ooley, 1919).

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Les Arabes alawis, peuple de notables : rivalités personnelles, intérêts communautaires Les Alawis s’étaient installés dans les régions côtières ciliciennes et étaient devenus des citadins ou des maraîchers habitant dans des villages situés dans la périphérie de grandes villes, comme Adana, Tarsous et Mersin. Certaines familles alawis avaient même réussi à s’intégrer dans le milieu turco-ottoman de Cilicie et occupaient d ’importants postes adm i­ nistratifs dans le vilayet d 'Adana. Cependant, la masse de cette commu­ nauté restait composée de gens illettrés vivant paisiblement dans les villages ou les quartiers alawis des grandes villes. La majorité des Alawis était, en effet, privée d ’éducation scolaire: à l’époque ottomane, il n’existait pas d ’écoles propres aux Alawis. Cependant, attachés à leur spécificité religieuse par rapport au sunnisme, les Alawis refusaient de fréquenter les écoles turques. Le petit nombre de personnalités alawis ayant accédé aux hautes sphères de l’administration cilicienne exerçait, de fait, un vrai pouvoir sur la masse des Alawis. Les autorités ottomanes avaient toujours compté sur ces notables pour maîtriser les Alawis qui étaient l’une des communautés les plus nombreuses de Cilicie. Dans la plupart des cas, ces notables étaient de grands propriétaires terriens qui possédaient plusieurs villages alawis et contrôlaient leurs fiefs comme des chefs féodaux. Or, dès son installation dans la « zone Nord », l’administration française s’appuya elle aussi sur ces chefs alawis afin de contrôler à son tour cette importante communauté. Notons que de vieilles rivalités existaient parmi les notables alawis depuis l’époque ottomane. Elles ne manquèrent pas de se réveiller lorsque les administrateurs français et le mouvement nationaliste turc tentèrent d ’imposer leur influence aux Alawis. Durant l’année 1919, lorsque l’administration française favorisait par exemple un groupe de notables alawis, d ’autres personnalités de la communauté, opposées à ce groupe, cherchaient pour leur part à nouer une alliance avec les natio­ nalistes turcs. Néanmoins, jusqu’au début de 1920, les notables alawis ne manifestèrent pas une franche hostilité à l’égard des autorités françaises. Les rapports et les notes des services de renseignements français datant de cette période expriment plutôt une certaine satisfaction lorsqu’ils évoquent le comportement des Alawis vis-à-vis de la politique française. En juin-juillet 1919, deux manifestes, signés par presque tous les notables arabes alawis d ’Adana et de Tarsous, furent même envoyés au président Clémenceau, lui demandant l’établissement d ’un protectorat

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fiançais en Cilicie96. La délégation des Aiabes alawis, qui s’était présentée devant la Commission américaine King-Crane, avait également opté pour un protectorat fiançais en Cilicie97. Les Alawis semblaient désireux d ’échapper à l’autorité directe de la Sublime Porte et favorables à l’installation d ’une administration française qui manifestait l’intention de respecter et de développer leurs particularismes identitaires. Les Alawis songeaient également que l'établissem ent d ’un protectorat fiançais en Syrie et en Cilicie devrait naturellement leur permettre d ’intensifier leurs contacts avec leurs compatriotes se trouvant dans la région d ’Antioche et de Latakiyé. Les notables alawis étaient répartis dans les trois grandes villes côtières de Cilicie : Adana, Mersin, Tarsous. Dans le chef-lieu du vilayet, à Adana, quelques personnalités marquantes dominaient, depuis plusieurs années, le devant de la scène de la communauté. Parmi ces personnalités, il y avait notamment Suleyman Vahid, cheikh Gharib Zadé Fouad effèndi, Deblan Zadé Mehmed Fouad, le major Mehmed bey, Ibrahim Sadek, Mehmed Emin bey et Kemal bey, conseiller adm inistratif du sandjak d ’Adana. Suleyman Vahid était le notable arabe alawi le plus en vue, car le plus fortement impliqué dans les affaires du vilayet. A l'époque ottomane, il avait été un membre éminent du CUP à Adana. Durant la première guerre mondiale, il occupa le poste important de président de la Municipalité d ’Adana, étant considéré comme parfaitement turquisé. Après avoir constaté qu’il n’était pas directement menacé par la nouvelle admi­ nistration alliée, il décida de rentrer à Adana après s’être réfugié dans la zone non occupée. Jusqu’au mois de mai 1920, il manifesta clairement son accord avec la politique française en Cilicie. Ses prises de position politiques se modifièrent au profit du mouvement national turc, lorsque les kémalistes se rapprochèrent de la ville d ’Adana. Il jugea alors plus prudent de quitter Adana et de se réfugier à Beyrouth989. Dès le départ de Vahid pour le Liban, les affaires de Verayi-Djessir, l’important quartier alawi d ’Adana, furent prises en main par Mehmed bey, ex-major de la gendarmerie d ’Osmanié . Il avait commandé, durant

96. 97. 98.

99.

CADN, m . S .-L , I* v., CiL-Ad., n° 132, lettre de G eorges-Picot à Biém ond, 18 octobre 1919, Beyrouth. CADN, m. S .-L , 1* v., C il.-A d, n° 129, « R ésultat de l’enquête de la mission am éricaine », signé par Biém ond. CADN, m. S .-L , 1* v., CiL-Ad., n° 164, « Renseignem ents su r Suleim an Vahid eflêndi », la it par le contrôleur adm inistratif de la ville e t du sand/ak d ’Adana, 2 novem bre 1921, Adana. CADN, m . S .-L , I* v., CiL-Ad., n° 137, «N otes introductives à l’étude des A nsarieh en C ilicie », rédigées par A ndré, 4 m ars 1919, Adana.

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de longues années, le bataillon de gendarmerie d ’Adana100. Entre 1920 et 1921, Mehmed bey devint le chef le plus influent parmi les Arabes alawis de Cilicie. Il se retrouva toutefois confronté à l’opposition farouche de deux groupes de notables qui s’efforçaient également de (vendre la tête de leur communauté en Cilicie. Parmi les rivaux de Mehmed bey, il y avait le clan de Gharib Zadé Fouad effendi, le plus important, ainsi que celui qui était dominé par Mehmed Emin bey et Ibrahim Sadek. Gharib Zadé Fouad effendi fut l’un des fondateurs du Com ité du Réveil national arabe, créé en juillet 1919. Cette organisation, ayant comme objectif déclaré de rassembler les Arabes alawis de Cilicie, avait tendance à soutenir l’action des Français et avait parmi ses cofondateurs, Deblan Zadé Mehmed Fouad, devenu président de la M unicipalité d ’Adana, Ibrahim Sadek, membre du Conseil adm inistratif d ’Adana, et Suleyman V ahid101. Les rivalités entre notables alawis étaient exacerbées par une division clanique qui persistait au sein de la communauté alawi depuis des siècles. Les membres de la communauté alawi de Cilicie étaient effectivement divisés en deux groupes, le groupe Haydari et le groupe Kilazi. Le premier était dirigé par Suleyman Vahid qui, après son départ pour Beyrouth, fut remplacé par le m ajor Mehmed bey. La majorité des Alawis de Cilicie appartenait au clan Haydari. Quant au groupe Kilazi, il était fortement implanté dans la ville de Tarsous et avait à sa tête Selami bey et Sadek effendi, tous deux de Tarsous102, et Mehmed Emin bey, d ’Adana, qui, au mois de mai 1919, fut nommé par le colonel Brémond m udir de la police d ’Adana. Selami bey fut l’une des personnalités alawis les plus fidèlement attachées à l’action de la France dans la région. Il était le fils de M issry Kiamil pacha, originaire d ’Égypte et installé à Tarsous après la suppression de l’ordre des Janissaires, en 1826103. La confiance que les Français avaient en la personne de Selami bey conduisit l’administration française du Levant à lui confier une mission de pacificateur dans la région du Djebel Alawi, en Syrie. En fait, en 1920, une partie des Alawis de la région de Latakiyé s’était révoltée, sous la conduite du cheikh Saleh, contre la présence française. En compagnie de Gharib Zadé Fouad effendi, Selami bey frit envoyé, en février 1920, dans la zone de la 100. CADN, m. S .-L , l" v ., Cil.-M ersine, n °3 0 9 , note de renseignem ent, n °2 3 , «M ajor M ehm ed». 101. SHAT, 4H 102/d: 1, Arm ée du Levant, 2*bur., rapport (n °3 2 2 6 ) de Brém ond au com m andant des TFL, 6 ju illet 1919. 102. CADN, m. S .-L , l 'v . , C il.-M ers., n °3 0 9 , « N o te de renseignem ent », 28 nov. 1920, Adana. 103. CADN, m. S .-L , 1 ' v., Cil.-Tarsous, n° 314, « H istoire som m aire de T aise », p. 6.

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rébellion et eut plusieurs entrevues avec le cheikh Saldi pour apaiser les tensions104. Il rentra à Tarsous le 29 novembre 1920 et continua à coopérer avec les autorités françaises jusqu’à leur retrait de Cilicie. Quant à Sadek pacha, il était le descendant d ’une famille de bey qui avait régné sur la ville de Tarsous pendant des siècles. Jusqu'à l’armistice, il fut nommé, à deux reprises, président de la M unicipalité de Tarsous. Lors du rétablissement de la Constitution ottomane et la formation du Parlement, en 1908, il fut élu député de Mers in et le resta durant les trois élections législatives suivantes, jusqu’au déclenchement des hostilités mondiales105. Dès son installation, l’administration française de Cilicie œuvra pour le développement du secteur scolaire en milieu alawi. Comme on pouvait s’y attendre, l’ouverture d ’écoles dans les villes et les villages habités par les Alawis recueillit l’adhésion enthousiaste de cette communauté. L'éducation devait s'y faire en arabe et en français. Une quinzaine d’écoles alawis furent ainsi fondées durant les années de la présence française dans la région106. En revanche, l’utilisation des Arabes alawis dans le domaine militaire n’attira pas, au même titre que les Kurdes et les Tcherkess, l’attention de l’administration présidée par le colonel Brémond. En fait, les Alawis de Cilicie étaient généralement agriculteurs et n’avaient pas une tradition de guerriers. Cette même administration envisagea néanmoins, en janvier 1920, la création d ’une compagnie constituée d 'Alawis de Tarsous. La réalisation de ce projet dépendait largement du nombre d ’officiers et de sous-officiers que le haut-commandement français pourrait y affecter107.

Les Arm éniens : une structure très variée et une dépendance entière à l'égard de la France Les Arméniens présents en Cilicie après l’armistice étaient pour la plupart des réfugiés rapatriés, anéantis et abattus par près de quatre années de vie d ’errance dans les déserts de Syrie et de Mésopotamie, ayant enduré toutes sortes de privations. Avec la perspective de vivre 104. CADN, m. S .-L , Is v., CiL-Ad., b .4 , n° 23S4, lettre de Brém ond à Dufieux, 9 lévrier 1920, Adana. 105. CADN, m. S .-L , 1* v., C il-Tars, n° 314, « H istoire som m aire de T aise » ,p .d 106. SHAT, 4H I7S, d : 9 , «S ervices de l 'Instruction publique : écoles arabes décem bre 1921 ; CADN, m. S .-L , 1* v., C il.-A d, n° 164, « C ilicie et les races », le contrôleur adm inistratif, 23 novembre 1921, A dana, p. 5. 107. CADN, m. S .-L , 1” v., C il.-A d, n° 172, rapport de Brém ond à D ufieux, janvier 1920, A dana, p. 6.

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sous la protection d ’une puissance alliée, en l’occunence la France, ils avaient manifesté la volonté de refaire leur vie dans les territoires ciliciens. Pour ces Arméniens rapatriés, il fallait désormais reconstituer une vie communautaire autrefois dynamique. Aisée, énergique, nombreuse, relativement bien éduquée, la communauté arménienne avait tout perdu durant les années du génocide et se retrouvait avec des structures internes ruinées. C ’était une communauté au sein de laquelle les pôles d ’influence avaient des origines multiples et variées. Sur le plan religieux, trois églises y avaient un pouvoir direct sur leurs fidèles. La majorité des Arméniens de Cilicie appartenaient à l’Église apostolique, dont le chef spirituel vivait à Sis, siège du catholicossat de la Grande M aison de Cilicie. Bien que minoritaires, les Églises catholique et évangélique arméniennes étaient fortement implantées dans les territoires ciliciens et possédaient des structures communautaires (églises, écoles, hôpitaux) bien développées, avec l'appoint des missionnaires occidentaux. Dans le système communautaire arménien, les partis politiques jouaient également un rôle très im portant 11 y avait quatre organisations politiques majeures, comme cela était le cas dans d ’autres régions de l’Empire ottoman : le parti Hentchagyan108, le parti Véragazmyal Hentchagyan109, le parti Tachnagtsoutioun110, le parti Ramgavar111. Il existait aussi des notables influents au sein de la communauté arménienne, dont quelques rares personnalités occupant des postes dans l'adm inis­ tration du vilayet. D ’autres avaient acquis un certain poids en occupant des postes, généralement de drogman, dans les consulats ou vice-consulats européens basés en Cilicie. Enfin, il y avait de riches commerçants ou des industriels locaux qui, grâce à leur fortune personnelle, avaient acquis une certaine influence dans les affaires de leur communauté. L’occupation de la Cilicie par les forces alliées et le rapatriement des rescapés arméniens dans ces territoires permirent à la vie communautaire arménienne de se reconstituer progressivem ent Schématiquement, la communauté arménienne recommença à fonctionner sur le modèle qui prévalait avant-guerre. Toutefois, les nouvelles conditions politiques et militaires donnèrent naissance à quelques nouveaux noyaux d ’influence inconnus jusqu’alors dans cette communauté. Les partis politiques 108. Fondé en 1887, à G enève. 109. Hentchagyan Réform é : formé en 1898, suite à une scission survenue au sein du parti Hentchag, en 18% . 110. Tachnagstoutioun ou Fédération révolutionnaire arm énienne (FRA ), com m uném ent appelé parti Tachnag, fondé en 1890, à Tiflis (Tbilissi). 111. Parti Ram gavar ou Parti dém ocrate-libéral : fondé en 1921 à C onstantinople.

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jouaient bien leur rôle traditionnel, mais afin de démontrer aux autorités françaises locales qu’il existait en leur sein une cohérence et une unanimité, ils fondèrent l’Union nationale arménienne (UNA), englobant dans ses rangs les représentants de tous les partis politiques et de toutes les confessions religieuses112. A partir de juin 1919, Mihran Damadian, le représentant de la Délégation nationale arménienne, présidée par Boghos Noubar, s’installa à Adana et devint très vite l’interlocuteur principal de l’administration française et le porte-parole officieux des intérêts arméniens. La Légion arménienne basée en Cilicie se transforma, elle aussi, en moyen d ’action à l’intérieur de la communauté arménienne. Même après la dissolution de cette unité militaire, les ex-légionnaires arméniens gradés intégrés dans la gendarmerie locale gardaient la haute main sur des affaires concernant les Arméniens ciliciens. Avant la première guerre mondiale, le parti Hentchagyan était l’orga­ nisation politique la mieux implantée dans l’ensemble de la Cilicie. A l'annonce de l’armistice, il ne restait que de très rares membres de ce parti dans les territoires ciliciens. En mars 1919, un comité hentchag fut de nouveau fondé à Adana. Très vite le parti se retrouva devant un problème grave, à savoir la pénurie de cadres, indispensables pour reconstituer une oiganisation politique et lui redonner le rôle prépon­ dérant qu’elle avait eu avant-guerre. La plupart de ces dirigeants avaient été, en effet, exterminés lors du génocide. Dans un prem ier temps, le comité central de ce parti, alors provisoirement basé à Chicago, n’eut d ’autre choix que d ’expédier à Adana le journaliste Sétrag Chahên, pour y réorganiser le parti. Mais il n ’arriva sur place qu’en mars-avril 1920. La désillusion des Arméniens devant la politique de la France en Cilicie commença à s’exprimer au début de 1920. Elle conduisit le parti Hentchagyan à radicaliser ses positions vis-à-vis de l’administration française. Ce changement brutal entraîna immédiatement un regain de popularité pour les Hentchagistes. Plusieurs Arméniens, désespérés par l’action de la France et cherchant une force apte à défendre les intérêts arméniens en Cilicie, se tournèrent alors vers ce parti. Les Hentchags qui, au début de leur réorganisation, n’étaient parvenus à rassembler qu’une cinquantaine de membres, comptaient déjà quelque 1000 à 1500 partisans à la fin du mois de mai 1920113. 112. L’UNA avait été créée le 19 décem bre 1918, à A lep, su r l’initiative du catholicos SahagD , en accord avec le général A llenby et G eorges-Picot Une organisation identique fut donc fondée en Cilicie, après que les Arm éniens y furent rapatriés. 113. CADN, m. S .-L , 1" v., C il.-D jihan, n° 288, « Renseignem ent n° 291 », 16 jiallet 1920, A dana. Parmi les m em bres m arquants de ce parti, il faut notam m ent citer M gr Kevork A rslanian, prélat arm énien apostolique d*A dana, V ahan Jam gotchian, rédacteur en ch ef de leur journal publié à A dana, D avros, A ntranig G uéndjian, em ployé au service de

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En ce qui concerne le parti Tachnagtsoutioun, ce sont des rapatriés d ’Alep et de Damas qui refondèrent à Adana cette organisation, en février 1919. Très vite, les Tachnagtsagans de Cilicie eurent leur propre journal, G uiligia, qui continua à être publié jusqu’à la fin de 1921. A l’instar des Hentchags, le Tachnagtsoutioun souffrit lui aussi du manque de cadres. Ce problème se posa plus gravement encore, lorsque les membres les plus influents de ce parti quittèrent la Cilicie pour aller s’installer dans la République d ’Arménie, qui venait d ’être fondée au Caucase et dont les dirigeants principaux étaient eux-mêmes issus de ce parti. Poussée par ses chefs nationaux à appuyer le nouvel État d ’Arménie, la branche cilicienne du parti Tachnagtsoutioun adopta une position plus souple à l’égard des autorités françaises, cherchant toujours à trouver avec elles un terrain d ’entente. En juillet 1920, cette organisation ne comptait, en Cilicie, qu’une centaine de partisans1,4. Le parti Ramgavar de Cilicie était pour sa part dirigé par le Dr Agopian et Sétrak Guébénlian, tous deux membres de l’UNA. Les Ramgavars avaient leur propre journal, H ay tsayn. En août 1920, ils comptaient, en Cilicie, une cinquantaine de membres, généralement issus des milieux de petits commerçants ou d ’employés des diverses administrations114115. Les positions du parti Ramgavar étaient alignées sur celles adoptées par le représentant de Boghos Noubar en Cilicie, Mihran Damadian, qui était lui-même membre de ce parti. Quant au parti Véragazmyal Hentchagyan (Hentchagyan réformé), il fut à son tour refondé à Adana, en juillet 1919, par Dr Bézirdjian et Dr Démirdjian, membres de l’UNA. Leur journal, publié à Adana à partir de juin 1920 et paraissant deux fois par semaine, portait le titre de Guiligyan Sourhantak. En août 1920, ce parti comptait environ 200 membres, en Cilicie116. Leur politique ne se distingua pas fondamenta­ lement de celle adoptée par les Ramgavars. Durant les quelque trois années de domination française en Cilicie, la dépendance des Arméniens vis-à-vis de l’administration française était presque totale. Cette communauté était encore bien trop faible pour rapatriem ents, Sarkis G uéuarian, M ihran Boyadjian, Firouz K hanzadian, Sarkis A rm aghanian, Haygazoun Bezdikian. 114. Les principaux m embres étaient M inas V éiadzin, rédacteur en ch ef du G uiligia, le D r D ikran M natsaganian, président de l’Union nationale arm énienne, Y essayi Bezdikian, sous-directeur de la police, Aram M endikian, G arabéd Izm irlian, G arabéd Dzaghgouni et Agop B abikian, tous deux com m issaires de police, D iran Babikian et G hazar Tcharek. 115. CADN, m. S.-L., 1" v., C il.-D jih., n° 288, « Renseignem ent n° 313 », 5 août 1920, Adana. 116. CADN, m. S .-L , 1" v., CiL-Djih., n °2 8 8 , «R enseignem ent n °3 1 4 » , 5 août 1920. Adana.

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affronter avec ses seules forces les attaques des nationalistes turcs qui étaient déterminés à récupérer la Cilicie. Dans ces conditions, ils ne purent qu’assister, en témoins impuissants, à l’évolution des relations entre la France et les forces kémalistes. Comme nous allons le voir phis tard, seuls quelques rares actes désespérés furent commis par les partis politiques arméniens, entre 1920 et 1921, dans l’espoir vain de dissuader les Français de continuer à mener leur politique de rapprochement et d ’entente avec les nationalistes turcs. Ce ne sont pas ces quelques coups d ’éclat qui allaient pouvoir changer le cours des événements. Comme le reste de la communauté, les partis politiques durent se résoudre, à leur tour, à assister passivement à l’évolution de la situation en Cilicie, jusqu’à la retraite des troupes françaises. Au niveau de la diplomatie internationale, les Arméniens de Cilicie eurent d ’énormes difficultés à frire entendre leur voix, en raison de l’existence depuis le 28 mai 1918, de la République d ’Arménie, au Caucase. Les Arméniens de l’Empire ottoman et ceux essentiellement de la région cilicienne souffraient énormément d ’une pénurie de politiciens et d ’intellectuels capables de défendre la cause de la Cilicie autonome sur les doubles plans internationaux et arméniens. La plupart de ces cadres avaient été exterminés durant les années du génocide. Dans ces conditions, la scène politique arménienne était largement dominée par des Arméniens issus de l'Em pire des tsars, qui pouvaient difficilement percevoir les avantages qu'offrait la Cilicie française pour l’avenir des Arméniens ottomans, rescapés du génocide. Ils donnaient la priorité à la nouvelle République arménienne du Caucase et estimaient que les revendications des Arméniens de Cilicie pouvaient même entraver le développement et l’évolution de l’Arménie indépendante. Cette attitude des représentants de la République d ’Arménie était désespérante pour les Arméniens ciliciens, qui considéraient le nouvel État de l’Arménie non seulement comme un symbole de la résurrection de leur nation, mais également, une force qui pouvait soutenir leur revendication d ’une nouvelle vie en Cilicie. A cet égard, le nouvel État arménien ne fut guère utile pour les Arméniens de Cilicie. La présence arménienne en Cilicie restait pour l’administration française un appui essentiel, comparé à celui qu’elle pouvait espérer de toutes les autres communautés. Il lui fallait, par conséquent, continuer à exploiter cette force locale dans son propre intérêt. C ’est pourquoi les autorités françaises de la « zone Nord » compensèrent la quasi-disparition de la Légion arménienne par le recrutement m assif d ’Arméniens dans la gendarmerie locale. Ainsi, en janvier 1920, sur un effectif composé d ’environ 2 900 personnes, la gendarmerie cilicienne comptait environ

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600 Arméniens117. Toutefois, pour les chefs arméniens cette présence était insuffisante et ils demandaient qu’« a u moins 75% des forces recrutées » soient choisies parmi les éléments chrétiens du pays et que la gendarmerie et la police soient placées sous la direction de chefs et d ’officiers chrétiens locaux118. Ce qui suscitait le phis la colère des dirigeants chrétiens, et plus parti­ culièrement celle des Arméniens, était le fait que les postes administratifs les plus importants du vilayet restaient occupés par les Turcs. O r deux facteurs principaux empêchaient l'adm inistration française de procéder à un changement de personnel radical. Tout d ’abord, il y avait une pénurie incontestable de candidats aux postes administratifs dans les commu­ nautés chrétiennes. L’administration ottomane étant un domaine ayant de tout temps été généralement réservé aux musulmans, les chrétiens de Cilicie étaient le plus souvent insuffisamment expérimentés pour occuper ce genre de poste. Ensuite, le sort de la Cilicie n’étant pas encore tranché, l’administration française de la « zone Nord » ne pouvait pas prendre le risque d ’introduire des changements radicaux dans l'adm inistration du vilayet, qui restait officiellement attaché à la Sublime Porte. C 'est pourquoi, tout au long de la présence française, les Arméniens n’occupèrent que très rarement des postes de hauts fonctionnaires administratifs dans le vilayet d ’Adana119. En revanche, les Arméniens étaient relativement bien représentés dans les institutions émanant directement du régime français du contrôle adm inistratif en Cilicie : Vahan Khoubéssérian fut nommé, à partir de mars 1919, conseiller technique du gouverneur militaire du sandjak de Djebel B ereket; Vahan Portoukalian était adjoint au chef de l'adm i­ nistration des œuvres d ’assistance ; son frère cadet, Léon Portoukalian était à son tour titulaire dans le bureau économique de l’administration française de Cilicie ; Vahan Démirkapoulian était le chef du bureau du 117. CADN, fonds A nkara, n° 112, lettre de Brémond à D ufieux, 12 jan v ier 1920, Adana, p. 1-2. 118. CADN, m. S .-L , T v., Cil.-A d., n° 132, lettre au Brém ond, 21 octobre 1919, A dana, avec les signatures des personnalités suivantes : M . Dam adian, le catholicos Sahag H, H aroutiounian, pasteur arm énien protestant d ’Adana, M gr K éklikian, M gr A rslanian, prélat des A rm éniens d ’A dana, G. Apraham ian, K. V artabédian, M ansour, prêtre assyrien, Philippe Chaccal, vicaire patriarcal des Syriens catholiques, D r D anielidès, président de la com m unauté héllénique, A. Barbour, M . C apsilis, A.G. Sim ionoglou, G eorgiadès. 119. Parmi les rares exceptions, il huit signaler A rtine Bezdikian, qui fut m em bre du conseil m unicipal d ’Adana, G uiragos K échichian, président de la cham bre de com m erce d ’A dana, A védis G ulbénkian, m em bre du conseil privé du vUayet, K utchukian, directeur de la Banque im périale ottom ane à A dana, Vahan Bédrossian, sous-directeur d e la gendarm erie d ’A dana (il dém issionna de ce poste en m ai 1919 et fut rem placé par Yessayi Bezdikian), ou encore Tchalian, keämakam (sous-préfet) de Hadjin.

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service des renseignements ; Yérétsian120 occupait des fonctions dans ce même service ; le sous-lieutenant Hrant Maloyan était officier chargé du service des renseignements dans le sandjak de Djebel Bereket ; Lévon Hazarabédian était conseiller judiciaire de la ville d ’Adana. Un autre noyau d ’influence au sein de la communauté arménienne de Cilicie était formé par les trois confessions religieuses: apostolique, catholique et protestante. A travers leurs multiples liens avec les missions catholiques françaises, les Arméniens catholiques étaient considérés, dès l’époque antérieure à la première guerre mondiale, comme le groupe ayant le plus d'affinités avec la Fiance et comme un moyen de pénétrations culturelle, économique et politique dans la région cilicienne. Cette perception ne se modifia guère durant l’époque de la présence française en Cilicie, et le prélat catholique du vilayet d ’Adana, M gr Pascal (Haroutioun) Kéklikian, rentré à Adana le 15 m ars 1919, resta en toutes circonstances un fidèle partisan de la politique française dans la région. Les Français avaient du reste l’intention d ’attirer en Cilicie le siège du patriarcat des Arméniens catholiques, jusqu’alors établi à Constantinople, et d ’accentuer ainsi leur influence sur cette commu­ nauté et le poids de celle-ci en milieu arménien. Quant à l’Église arménienne protestante, l’administration française la considérait comme étant sous l’influence des missions américaines. Cependant, le nombre des membres de cette communauté étant relati­ vement insignifiant, l’administration française ne prit pas la peine de prendre des mesures particulières la concernant. Les efforts de l’administration française se concentrèrent naturel­ lement sur l’Église apostolique, à laquelle le plus grand nombre de fidèles ciliciens était rattaché. En son sein, deux personnalités religieuses attirèrent plus particulièrement l’attention des autorités françaises: M gr Mouchégh Séropian et Mgr Kévork Arslanian. Le premier, personnage fortement contesté, ancien prélat d ’Adana, fut un partisan de la mobilisation des Arméniens de Cilicie et de l’organisation de leur autodéfense. Au début de 1920, il partit pour Constantinople, puis pour Smyme dans le but de faire une collecte d ’argent en faveur de l’armement des Arméniens121. Ses activités menaçantes pour les autorités françaises conduisirent ces dernières à condamner par contumace M gr Séropian, le 23 avril 1920, à dix ans de travaux forcés et à vingt ans d’interdiction de séjour en Cilicie122. Quant à Mgr Arslanian, prélat 120. D ém irkapoulian et Y érétsian étaient m em bres du parti H entdiagyan. 121. Séropian M ouchégh, Tidoum nér y é v tadoum nér [D es observations e t des fig e m e n ts], Beyrouth, p. 170. 122. CADN, m. S .-L , 1" v., C il.-A d, n° 154, «Jugem ent du Conseil de guerre permanent de la 1" division du Levant ».

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d ’Adana, il devint une personnalité très influente en Cilicie, notamment du fait qu'il était également membre du parti politique le mieux implanté dans 1a région, le parti Hentchagyan. L’administration française s’intéressa aussi de très près au sort du catholicossat arménien de Cilicie, qui avait son siège dans la ville de Sis. Dès la fin du mois de novembre 1918, le catholicos Sahag II Khabayan débarqua à Adana. Mais le chef spirituel des Arméniens de Cilicie ne resta que deux semaines à Adana. Il dut précipitamment q u itta1la région, pour se rendre à Alep, à Damas et en Égypte, car il y avait urgence à s’occuper du sort des déportés arméniens qui avaient survécu ici et là123. Les Britanniques qui étaient alors les véritables maîtres des territoires occupés du Levant estimèrent que le moment n’était pas encore opportun pour la réinstallation définitive du catholicos en Cilicie. La prudence des Britanniques était très vraisemblablement inspirée par des considérations d'ordre sécuritaire. La réinstallation de Sahag II en Cilicie était un acte éminemment symbolique. Elle pouvait apparaître comme un signe marquant l’accord des Alliés pour la formation d ’une Cilicie arménienne et provoquer ainsi davantage l’hostilité des populations musulmanes ciliciennes contre les forces alliées. L’administration française avait une approche tout à fait opposée sur cette question. La présence de Sahag II, considéré comme ami de la France dans la région cilicienne, pouvait être un moyen de renforcer l’influence de l’administration française sur les Arméniens de la Cilicie et même sur ceux qui séjournaient encore en Syrie et au Liban. Pour cette raison, et malgré leurs divergences de vues avec les Britanniques, les autorités françaises hâtèrent le retour du catholicos. Le 19 septembre 1919, le chef du contrôle administratif, le colonel Brémond, accueillit solennellement Sahag II à Adana124125.Les autorités françaises ouvrirent un crédit de 8 000 livres turques pour les travaux de restauration du siège du catholicos à Sis, détroit et pillé par les Turcs durant les années du génocide123. 123. En m ai-juin 1915, lorsque des m illiers de déportés arm éniens affluèrent vers la Syrie, Sahag II décida alors de s’installer à A lep, en ju in 1915, et de s ’occuper personnellem ent des affaires des secours de ces réfugiés. Du 13-25 ju in , il y eut plusieurs entrevues avec Ahmed Djemal pacha, com m andant de la IV* Arm ée ottom ane, stationnée en SyrieLiban-Palestine, afin d ’organiser l'assistance des déportés arm éniens se trouvant dans les steppes syriennes. Les autorités turques décidèrent alors d ’exiler le catholicos i Jérusalem , où il arriva le 31 octobre (Yeghiayan Puzant, Jam anagagits B adm outiom G atoghigossoutian H ayots G uiligyo, 1914-1972 [H istoire contem poraine du C atholicossat arm énien de C ilicie, 1914-1972], A ntélias-Liban, 1975, p. 45-55). 124. CC, volume 100/1 (lettres de Sahag U, 1914-1920), lettre de Sahag D à M gr Saradjian, 20 septem bre 1919, A dana, f ’ 384-385. 125. CADN, m. S .-L , l 'v . , Cil.-A d„ n° 136, lettre (n°376/F S ) de G ouraud i Dufieux, I l m ars 1920, A dana ; CADN, m. S .-L , l" v „ C il.-A d., n° 142, lettre (n°268/F ) de Brém ond à G eorges-Picot, 16 oct. 1919, Adana.

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Les espoirs des Arméniens de voir se constituer un État arménien en Cilicie furent rapidement abandonnés devant la fermeté dont fit preuve la France pour occuper la région. Mais le territoire cilicien était, quoi qu'on en dise, en train de devenir un lieu sûr, où des dizaines de milliers de rescapés du génocide pouvaient au moins se rassembler et développer une vie communautaire, loin des brutalités du passé et sous la protection de la France. Plus encore, la Cilicie apparut rapidement comme un lieu de rassemblement aux yeux des Arméniens originaires d ’autres régions de l'Em pire ottoman. Beaucoup s’empressèrent de venir en Cilicie et de participer à la construction de la nouvelle autonomie cilicienne, au sein de laquelle le rôle principal était dévolu à la communauté arménienne. Des délégations de médecins arméniens arrivèrent en Cilicie, en provenance d ’Égypte, de Genève et de Paris, afin de secourir les rapatriés arméniens dans les villes et les villages ciliciens126. La Délégation nationale arménienne dépêcha, par exemple, en juillet 1919, une mission sanitaire, au sein de laquelle il y avait le Dr Mnatsaganian, devenu phis tard président de l’UNA127. Un ingénieur agricole de Constantinople, Nechan Antrêassian, conçut un ambitieux plan d ’exploitation des vastes domaines appartenant au catholicossat arménien. Ce plan fut approuvé par le catholicos et l’ingénieur se préparait à venir en Cilicie128. Par ailleurs, des délégués appartenant aux partis politiques arméniens s’installèrent à leur tour dans la région cilicienne afin de participer à l’organisation de la nouvelle vie communautaire. La République d ’Arménie dépêcha ellemême deux représentants sur place, Armên Sassouni et Krikor Tahmazian, qui arrivèrent en Cilicie à la mi-1920. Le premier s'installa à M ersin et le second à Adana ; ils ne jouèrent pas un rôle important dans la vie politique locale arménienne. Cet enthousiasme du côté des Arméniens de Cilicie ne dura pas longtemps. Les premiers signes d ’un revirement de la politique française en Cilicie étaient déjà perceptibles. 126. Y eghiayan Puzant, A danayi hayots badm out 'iourt [H istoire des A rm éniens d ’A dana], A ntélias- Liban, 1970, p. 490-491. 127. CADN, m. S .-L , 1" v., C il-A d., n° 222, « N ote su r les six membres de TUNA 0. » Le 7 novembre, le général Dufieux annonça au haut-commissaire qu’il venait de recevoir les membres d ’une délégation arménienne qu’il avait invitée à ne pas prendre de décisions d ’exode, sans connaître tous les détails de l’accord d ’Ankara. Mais le commandant de la 1” division était lui-même persuadé q u ’en ce qui concerne les droits des minorités, les « termes de l’accord ne laissaient aucun espoir en des garanties sérieuses » et achevait son télégramme en déclarant : « (...) [le] tôle à jouer est pénible et même peu honorable11'. » Devant la détermination des chrétiens de quitter la Cilicie et leur refus de vivre sous l’autorité des Turcs, le général Dufieux commença à délivrer à tous les demandeurs des laissez-passer de sortie. Cet acte indigna davantage le haut-commissaire, qui espérait enrayer le mouvement d’exode en refusant d ’accorder des laissez-passer. Le général Dufieux se défendit et signala que la délivrance des laissez-passer permettrait au moins de réguler et de contrôler le mouvement d ’exode, qui à son avis était devenu inéluctable110112. Par de tels actes et ses multiples contestations, le général Dufieux était donc devenu, lui aussi, un obstacle pour le Haut-Commissariat qui tentait alors de désamorcer le mouvement d ’exode des populations de Cilicie. C ’est pourquoi le haut-commissaire ne s’opposa pas à la demande de remplacement du commandant de la 1" division. Il fiait noter qu’en cette période, la question prioritaire pour le Haut-Commissariat était le maintien de la sécurité en Syrie et au Liban, auxquels il fallait, à tout prix, épargner l’afflux de vagues de réfugiés en provenance de Cilicie. La diplomatie française avait sacrifié la Cilicie aux Turcs, dans l’espoir de consolider l’occupation française en Syrie et au Liban. Or, ces mêmes territoires syriens et libanais apparurent très vite, pour des raisons diverses, parmi les rares destinations possibles pour les réfugiés ciliciens. Forts d ’une certaine expérience, les responsables français avaient tout lieu de craindre que l’installation en masse de réfugiés, en grande majorité chrétiens, ne devienne la source d ’agitations communautaires en Syrie et au Liban et n’y mette ainsi en péril le nouveau pouvoir fiançais. C ’est dans ces circonstances que le général Dufieux quitta la Cilicie le 24 novembre, quelques jours après l’arrivée des membres fiançais de la Commission mixte d ’évacuation. De nouvelles tentatives furent faites afin d ’enrayer le mouvement d ’exode. Franklin-Bouillon, le signataire 110. CADN, m. S .L , l 'v . , C il.-A d, n° 234. télég. (n° 1407/2) de D ufieux à Gouraud, 3 novembre 1921 (cité par N akadte, op. c il., p. 797). 111. CADN, m. S .-L , I* v., C il.-A d, n° 223, télég. (n° 1456-1460/3) de Dufieux i Gouraud, 7 nov. 1921, Adana. 112. CADN, m. S .L , 1* v., O l.-A d., n° 234, télég. (n° 1492-1496/2) de Dufieux à Gouraud, 10 novem bre 1921 (cité par N akache, op. c it., p. 802).

La C ilicie jusqu ’à l *accord de retrait des F rançais

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français de raccord, vint en personne en Cilicie pour dissuader les popu­ lations de quitter le pays. Mais tous ces efforts furent voués à l’échec, devant la résolution des populations à quitter le pays avant l’évacuation com plète des troupes françaises et l’installation d ’une administration turque, prévue pour le 4 janvier 1922. Résignés, les responsables fiançais décidèrent alors, comme l’avait du reste conseillé le général Dufieux, d ’organiser eux-mêmes ce mouvement d ’exode, afin de le contrôla* et de le rég u la. Le 15 décembre, sur l’initiative des responsables fiançais, une sous-commission fut constituée, chargée du recensement et de l’embarquement des émigrants. Entre novembre et décembre 1921, la Cilicie se vida d ’une grande partie de ses habitants. Ces populations, chrétiennes en général, et arm é­ niennes en particulia, s’installèrent notamment en Syrie et au Liban. Après avoir catégoriquement refusé l’accès des populations ciliciennes à ces pays, le Haut-Commissariat fiançais du Levant consentit finalement à accueillir des dizaines de milliers de réfugiés, qui Élisaient une fois de phis le chemin en sens inverse.

L a dernière tentative des Arm éniens de créer un fo yer en C ilicie : D ört-Yol Les déclarations d ’indépendance répétées des Arméniens de Cilicie, au début août 1920, constituèrent autant de tentatives désespérées pour faire revenir la France sur sa décision d ’abandonner la Cilicie. Ces quelques frits n’infléchirent évidemment pas la conduite adoptée par la diplom atie française au sujet de la région cilicienne et de ses rapports avec les kémalistes - en se conformant au traité de Sèvres, la France devait c é d a à la Turquie toute la partie située à l’ouest de la rivière Djihan. Dans ces conditions, les Arméniens d ’Adana renoncèrent à m e n a des actes de résistance et attendirent passivement la suite des événements. Alors que les Arméniens de la plaine cilicienne étaient ainsi résignés à leur sort, le caza de Dört-Yol était, en cette même période, en train de devenir un centre de concentration pour les Arméniens. D’autant que cette région, située dans la partie orientale de Djihan, devait, confor­ mément au traité de Sèvres, frire partie de la Syrie sous mandat fiançais. Dès la mi-1920, la population du caza de Dört-Yol avait déjà atteint près de 11 000 âmes. Outre les rescapés arméniens originaires de la région et rapatriés en 1919, la population de Dört-Yol comprenait des réfugiés de Van, d ’E rzaoum , de Harpout, de Palou et de Bitlis, qui n’étaient pas

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parvenus à rentrer dans leurs foyers. Durant la première moitié de Tannée 1920, des réfugiés arméniens venant de Marach, de Sis-Kozan ou des villages de TAmanus occupés par les nationalistes turcs, s'installèrent à leur tour à Dört-Yol. Au mois de juillet 1920, les Arméniens de HassanBeyli, après avoir résisté à un siège de cinq mois dans leur village situé sur les sommets de TAmanus, se réfugièrent aussi dans ce c a z a . Phis tard, des Arméniens, qui étaient parvenus à fuir les sièges et les massacres de Hadjin et de Zeïtoun, s’installèrent également à Dört-Yol1u . A partir de la m i-1920, les autorités françaises encouragèrent elles-mêmes l’instal­ lation de réfugiés arméniens venant de différentes parties de la Cilicie et des Territoires de l’Est, dans la région de Dört-Yol ou les territoires ciliciens voisins qui devaient faire partie de la Syrie, conformément au traité de Sèvres. A cet effet, l’administration française de Cilicie avait manifesté l'intention de reconstituer les villages arméniens de TAmanus, détruits durant la première guerre mondiale, comme Hassan-Beyli, Baghtché, Ekbez, dans le but d ’y développer la vie communautaire arménienne1134115. Le caza comprenait deux nahiés, celui de Dört-Yol, le chef-lieu, et celui de Payas, entièrement habité par des Turcs. Quant aux villages entourant la ville de Dört-Yol, à savoir özerli, Odjakli, Tchayli, Gouzouloudj et Karakilissé, ils étaient, jusqu’au déclenchement de la première guerre mondiale, composés, pour les deux premiers, d ’une population mixte turco-arménienne, tandis que les trois derniers étaient habités de Turcs. Après l’armistice, pour des raisons de sécurité, tous les Arméniens de ce caza préférèrent se concentrer dans Dört-YoL La ville, en grande majorité habitée par des Arméniens et par quelques familles grecques, connut ainsi un développement très rapide. Des écoles furent réouvertes, les partis politiques arméniens réanimés, des orphelinats créés, le commerce des oranges, principale activité de la ville, réorganisé. Sur l’initiative de l’administration française, un Grec ottoman, Nikolaki Petridis, fut nommé kaunakam de Döit-Yol116. Sur le plan administratif, 113. SHAT, 4H 175/d : 9, A im ée du Levant, 4e bur., « R apport sur l’organisation d’une résis­ tance arm énienne à Deurt-Yol », fait par le com m andant de Boisse, 1921, Beyrouth, p. 2. 114. SHAT, 4H 175/d: 9, Arm ée du Levant, 4*bur., «R apport su r l’évacuatkn des A rm éniens de Deurt-Yol », daté de 1922, Beyrouth, p. 5. 115. CADN, m. S .-L , 1“ v., Cilicie-A lep, n °3 2 6 , (n°3037/R ), « P lan d'évacuation des chrétiens à notre charge en C ilicie », fkit par C apitrel, 29 septem bre 1920, Adana, p. 7. 116. A partir de février 1920, la région fut m ilitairem ent rattachée aux territoires se trouvant sous le com m andem ent de la 2e division de l’Arm ée du Levant, en grande partie stationnée en Syrie et ayant à sa tête le général de Lamothe. Plus tard, en mai 1920, D 0rt-Y ol fut incluse dans la zone d ’attribution de la 4* division, comm andée par le général G oubeau, s ’étendant au scm djak d ’A lexandrette et aux quelques régions environnantes.

La Cilicie jusqu ’à l*accord de retrait des F rançais

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cette légion restait toutefois rattachée au gouverneur du scmdjak de Djebel B ereket La garnison française de DOrt-Yol était réduite, très pro­ bablement parce que la ville avait une population homogène, limitant de la sorte les risques de provocations ou d ’incidents intercommunautaires. C ette situation donna l’occasion aux Arméniens de s’organiser loin du contrôle immédiat de l’administration française. Devenue le lieu de rassemblement de plusieurs milliers de familles, la situation de la région laissait espérer aux Arméniens qu’après les accords franco-turcs qui ne la concernaient pas, ils pourraient continuer à vivre à DOrt-Yol et dans ses environs et même y créer un petit foyer arménien, situé dans les frontières de la Syrie sous mandat français. Leur déception fut donc immense, lorsqu’en mars 1921, à Londres, la Fiance fit de nouvelles concessions territoriales à la Turquie, en décidant d ’abandonner toute la région située au nord de la ligne Payas-Meydan Ekbez, incluant le caza de Dört-YoL C ’est très vraisemblablement à cette époque que l’idée d ’organiser une résistance émergea chez les Arméniens de Dört-Yol. Dans cette perspective, les partis politiques arméniens de la ville se mirent d ’accord pour arm er la population et se préparer à une lutte armée contre l’établis­ sem ent d ’une administration turque dans la région. Ils n’eurent pas de grandes difficultés pour trouver des aimes. En effet, depuis des dizaines d ’années, Dört-Yol était considérée comme étant le lieu de passage du trafic d ’armes de la Méditerranée v o s les multiples bandes armées qui opéraient dans le Djebel B ereket Or, les Arméniens de cette ville, en grande majorité des cultivateurs d ’oranges, embarquaient leurs pro­ ductions dans les navires qui mouillaient dans les nombreuses petites baies situées aux environ de Dört-Yol et n ’hésitaient pas, parfois, à s ’occuper eux-mêmes de ce genre de trafic. En avril ou mai 1921, un navire en provenance de Smyme leur apporta 4 0 0 0 fusils M aitini et un million de cartouches. Informé, le commandant de la 2e division envoya immédiatement un torpilleur au large de Dört-Yol. Mais le débarquement des armes avait déjà été effectué. Durant la nuit, « la population tout entière, enfants et oiphelins compris » avait aidé au déchargement et au transport des armes, qui furent placées dans des points secrets11718,à partir de la baie de Djin Kouli, située tout près de Payas, à quelques kilomètres de Dört-Yol1

117. SHAT, «R apport su r l'organisation d ’une résistance...», doc. d t , p. 8 ; SHAT, 4H 175/d : 9 , Arm ée du Levant, 4* bur„ « Rapports du com m andant de Boisse en m ission à Dört-Yol », décem bre 1921. 118. K habrig M inas, Yété Tchork M arzbane in d n héd khosèr [S i Tchork-M arzban m e p a ria it], Beyrouth, 1983, pi 128.

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Dès lors, les Arméniens commencèrent à organiser des exercices militaires dans les environs de la ville119. Des bandes armées furent mises en place qui, en riposte aux attaques des tchétés (brigands armés) turcs - par ailleurs au service du mouvement national turc - contre les Arméniens, semaient, à leur tour, la teneur dans les villages turcs envi­ ronnants. Les bandes arméniennes opéraient de manière isolée, sans commandement unifié. Mais à l’automne 1921, ces groupes se mirent finalement d ’accord pour coordonner leur action et, avec le consentement des partis politiques arméniens, entamèrent une vaste opération qui avait pour objectif d ’inciter à l’exode les Turcs des villages voisins de DOrtYol. Quatre villages, özerli, Odjakli, Tchayli et Gouzouloudj furent ainsi vidés de leur population turque120. Plusieurs maisons appartenant à des Turcs furent incendiées : 100 maisons à özerli, 150 à Tchayli, 50 i Odjakli121. C ’est dans ces conditions de tension que la France signa, en octobre 1921, l’accord d ’Ankara avec la Turquie kémaliste, lequel reprenait les termes de la conférence de Londres en ce qui concerne la délimitation des frontières entre la Syrie et la Turquie. Si l’échec de la conférence de Londres avait redonné aux Arméniens le faible espoir d ’un maintien de la région sous l’administration française, l’accord d ’Ankara y mettait défini­ tivement fin. Les Arméniens de Dört-Yol pensaient cependant qu’ils avaient amassé suffisamment d ’armes et de munitions pour organiser une résistance armée contre les Turcs, dont ils avaient prévu le déclenchement après le retrait des troupes françaises. Jusqu’au bout, ils ont continué à espérer que la France apporterait une rectification de dernière minute à la frontière fixée par l’accord d ’Ankara, de manière à inclure la région de Dört-Yol dans les territoires syriens. Ils envoyèrent une délégation à Adana pour discuter avec les dirigeants de PUNA d ’un possible soulèvement, au cas où la France déciderait de céder définitivement leur région à la Turquie. Mais l’UNA d ’Adana trouva le projet «suicidaire» et dissuada la population de Dört-Yol de toute tentative de résistance122. Le Haut-Commissariat était déjà informé de la présence d ’armes et de munitions à Dört-Yol et de la motivation de sa population à m ener une résistance contre les Turcs. Il soupçonnait également l’existence d ’une manipulation orchestrée par les Britanniques qui, selon les rapports officiels français, s’efforçaient de créer une brèche dans l’entente entre la France et les kémalistes. Des rapports affirmaient ainsi que le pasteur 119. Ibidem , p. 129. 120. Ibidem , p. 135. 121. CADN, m. S .-L , 1* v., C il.-A d, n° 238, lettre (n° 2779/A) du c h e fd ’Escadron Dûment, chef du SR du sandjak du D jebel B ereket à D ufieux, 23 novem bre 1921, DOft-YoL 122. K habrig, op. c il., p. 139-140.

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arménien de Dört-Yol, Vartan Yéranian, également interprète du caza, était en rapport fiéquent avec le consulat britannique d ’Alexandrette123 et, qu’en outre c’était le gouvernement grec qui arm ait les Arméniens de Dört-Yol124. O r les responsables fiançais étaient déterminés à briser tout projet pouvant nuire à la bonne marche du processus de retrait fiançais de Cilicie, devant s’achever le 4 janvier 1922. Le Haut-Commissariat ne pouvait accepter non plus de laisser sur place, après l’évacuation de ses troupes, un nombre considérable d ’Arméniens armés, prêts à résister contre les Turcs. Un tel acte risquait de faire obstacle à la réussite de la politique française qui recherchait une entente définitive avec la Turquie kémaliste pour consolider son pouvoir en Syrie et au Liban. Les autorités françaises commencèrent donc à surveiller tout mou­ vement suspect à Dört-YoL Le 23 novembre, les soldats français arrêtèrent à Dört-Yol un Arménien de nationalité américaine, le Dr Avédis Kouyoumdjian, qui arrivait d ’Adana et était soupçonné d ’organiser un mouvement de résistance dans la ville. Au moment de son arrestation, ils trouvèrent sur le suspect 7 000 livres turques qui lui avaient été données par le catholicos Sahag 11 et qui, selon le Dr Kouyoumdjian, étaient destinées à fonder un dispensaire à Alexandrette. O r le seul fait d ’être passé par Dört-Yol porteur d ’une somme importante, de voyager avec un passeport américain sous le nom de Avédis Kay et d ’avoir séjourné chez des partisans de la résistance, fut une preuve suffisante pour les autorités françaises pour faire arrêter le Dr Kouyoumdjian et le traduire devant le Tribunal militaire. Faute de preuves tangibles, il fut finalement acquitté, mais expulsé de C ilicie125. Ici, comme dans la plaine cilicienne, les dirigeants français s’effor­ cèrent d ’apaiser la population arménienne et d ’enrayer ainsi le mouvement d’exode, qui commença, pour le cas de Dört-Yol, dès la fin de novembre. Vers la mi-décembre, les deux tiers de la population avaient déjà quitté la ville. Le colonel Pettelat, président de la Commission mixte d’évacuation, vint en personne, le 14 décembre, à Dört-Yol afin de persuader la population de rester126. Le 19 décembre, un arrêt com plet de l’émigration fut signalé. Environ 5 000 Arméniens restaient encore dans la ville. Les autorités françaises s’inquiétèrent de 123. C A D N , « Rapport sur l’organisation d 'u n e résistance... », doc. ciL, p. 11. 124. C A D N , m. S .-L , 1* v., C iL -A d, n° 223, « Rapport d ’agent secret n° 11 », signé par Adil Fethi, 26 décem bre 1921, D ört-Y ol, dans « R apports d ’agents de la sûreté générale de D ört-Y ol », décembre 1921, Beyrouth. 125. CA D N , m. S .-L , 1* v., CiL-Ad., n° 223, « Rapport sur l’attitude de Sahag D, C atholicos des A rm éniens de C ilicie », fait par le ch ef du bureau de renseignem ents, 7 décem bre 1921, A dana ; CADN, m. S .-L , 1" v., C il.-A d., « N o te sur le D octeur Kouyoumdjian », 26 novem bre 1921, A dana 126. CA D N , « Rapport sur l’évacuation... », doc. cit., p. 4.

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cette brusque suspension du mouvement d ’exode et se demandèrent s’il s’agissait d ’un mot d ’ordre venu de bandes arméniennes en vue de préparer une résistance. Le commandant de Boisse fut immédiatement envoyé à Dört-Yol, comme délégué du colonel Pettelat, avec pour mission « d ’organiser l’évacuation rapide sur la Syrie des habitants de Deurtyol qui avaient manifesté le désir formel d ’ém igrer127 ». Cette foisci, c’étaient les autorités françaises qui souhaitaient voir les Arméniens évacuer la région... Pourtant, le déclenchement d ’un mouvement de résistance semblait être de plus en phis illusoire. La population souhaitait désormais partir, sans espoir de retour, tandis que les gens de Hassan-Beyli réfugiés à Dört-Yol avaient déjà refusé de prendre part à la résistance. Phis encore, à partir du 21 décembre la garnison française se trouvant dans cette ville frit renforcée dans le but de barrer la route à toute tentative de soulèvem ent Des patrouilles et des postes fixes contrôlaient la ville et les mouvements des notables étaient surveillés de près128. Seules quelques bandes armé­ niennes et leurs adeptes, formés d ’une centaine de personnes, restaient attachés à l’idée de résister. Le 24 décembre, une patrouille française découvrit un important dépôt d ’armes. Le même jour, un chef de bande, le lieutenant Dikran, ancien légionnaire, fut arrêté par les soldats français. D’autres dépôts d ’armes furent découverts dans les jours suivants129. Le 25 décembre, le père Parêne, proche des partisans du soulèvement, remit aux troupes françaises environ 3 000 fusils et un million de cartouches130. Le 27 et le 28 décembre, le commandant de Boisse accorda la grâce aux quelques membres des bandes qui restaient encore cachés dans la ville et qui étaient impliqués dans des affaires de meurtres. Tous partirent vers Alexandrette131. Le 31 décembre, Dört-Yol était entièrement vidée de ses habitants arméniens. Le 1erjanvier, les autorités nationalistes prirent possession d ’une ville complètement déserte. Avec la fin de la Cilicie française s’achevait également la présence dans ce pays de dizaines de milliers de chrétiens, majoritairement d ’Arméniens. Suite à une politique de peuplement conduite par les puissances alliées, les Arméniens avaient été rapatriés pour servir les 127. 128. 129. 130.

Ibidem , p. 7. N akache, op. c ii., p. 8S9. CADN, « Rapport sur l’évacuation... », doc. d t., p. 10. CADN, «R apport d ’agent secret n° 11 », doc. d t Au total, les troupes françaises saisirent : une m itrailleuse H otchkiss, I 730 fusils M aitini, 110 fusils de type 74, 630 000 cartouches M artini, 8 sacs de cartouches françaises, 3 caisses de chargeurs, 200 grenades, 200 baïonnettes, quelques fusils suisses, bulgares e t allem ands (CADN, « R apport sur l’évacuation... », doc. d t , p. II). 131. CADN, rapport du com m andant de B oisse..., doc. d t

La C ilicie jusqu ’à l’accord de retrait des F rançais

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intérêts fiançais, lorsque Paris était déterminé à occuper la région. Près de trois ans plus tard, ces mêmes populations décidèrent de prendre le chemin de l’exil, car la diplomatie française avait modifié sa politique dans la région et venait de céder le territoire cilicien à la Turquie.

DEUXIÈME PARTIE

L es régions turques limitrophes de la Syrie , dans les années 1920 Situation des populations non turques dans la nouvelle Turquie

5 La volonté kémallste de fonder un État-nation en Turquie

La m sm ancc de l’État-nattoa turc : bref aperçu sur k s fondem ents historique et idéologique de la nouvelle Turquie

Le 20 avril 1924, la Grande Assemblée vota la nouvelle Constitution de la Turquie. Elle accordait l’égalité à tous les citoyens. La Turquie était désormais un État-nation en cours de formation, dans lequel tous les habitants étaient considérés comme citoyens turcs, sans distinction communautaire, rompant ainsi officiellement avec le système commu­ nautariste ottoman. La proclamation de la Constitution consacrait donc l’acte de naissance du nouveau citoyen turc. S’il est vrai qu’en ce début des années 1920, le vaste programme idéologique visant à bâtir l’individu turc n ’avait pas encore officiellement été lancé par M ustafa K anal, le fondateur de l’État turc, on observait déjà les premiers signes d ’une nouvelle société turque en train d ’émerger dans les frontières de la Turquie, sous l'autorité directe et ferme du régime kémaliste. La nouvelle Turquie déterminée à devenir un État national était alors triomphante, car sortie victorieuse de guerres successives menées durant les années précédentes. Sa souveraineté était reconnue sur le plan international Les éléments chrétiens, arméniens ou grecs, avaient été éliminés de l’espace anatolien, suite à leur extermination ou à leur déportation. On peut se demander si le nouveau régime turc, puissant et résolu, était alors véritablement en mesure, à l’instar de plusieurs autres États-nations fondés après la Révolution française, d ’ériger un rapport de citoyenneté fondé sur le contrat et l’égalité. On peut aussi s’interroger sur les effets escomptés par la sécularisation de l’État, celle-ci devant

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officiellement ouvrir la voie à la disparition progressive du fossé existant entre le « citoyen musulman » et le « citoyen-sujet chrétien ». Parlant du modèle citoyen bâti après la Révolution française, Pierre Rosanvallon souligne que « c ’est la civilité, autant que la nationalité, qui conditionne en profondeur la citoyenneté politique en France1 ». Dans le cas de la Turquie, le kémalisme n’a pas, contrairement au modèle français, réussi ou n’aspirait pas à provoquer une grande rupture avec les idées dominantes du régime précédent qui étaient celles de l’idéologie nationaliste jeune-turque. Au lieu de créer un État rassembleur, le kémalisme s'efforça, en effet, dès l’origine, d ’imposer à l’ensemble du pays son modèle de citoyenneté turc, conçu et bricolé par Kemal en personne. C 'est pourquoi, dès sa mise en application, cette vision du citoyen turc devint un facteur d ’affrontement et de conflit avec l’élément kurde, qui constituait désormais la seule importante minorité non turque du pays vivant d ’une manière compacte et capable de résister aux exigences racistes du régime. Au lieu d ’adopter les valeurs du nouvel État turc, de participer aux efforts de construction d ’une identité collective et de s’assimiler progressivement, les Kurdes développèrent alors en leur sein un mouvement national des phis intransigeants, sorte de réaction directe au nationalisme turc, puissant et outrancier. L’identification de l’idéologie kémaliste avec celle d'autres régimes fondés dans la première moitié du XXe siècle, comme le fascisme ou le stalinisme, a déjà été observée par certains historiens, comme Hamh Bozarslan2. En analysant la « thèse turque de l'histoire », élément de base du modèle de citoyen élaboré par M ustafa Kemal, et en le confrontant notamment avec la situation des Kurdes en Turquie, H. Bozarslan a mis le doigt sur le caractère ostraciste du régime mis en place par Kemal. Cette partie de notre travail examine justem ent cette même politique raciste du régime kémaliste, lorsqu’elle s’applique à d’autres minorités, pourtant nettement moins nombreuses que les Kurdes et dont la présence clairsemée sur le territoire turc ne constituait plus une menace face aux efforts entrepris par les kémalistes pour bâtir un État-nation. En principe, les différentes communautés constitutives d 'u n État-nation libéral sont naturellement attachées au domaine public par le contrat de citoyenneté. A cet égard, on peut penser que des minorités comme celles qui se trouvaient dispersées le long de la zone frontière turco-syrienne, pratiquement coupées de l’extérieur, se seraient tôt ou tard assimilées à la nouvelle nation émergente. Mais la nouvelle Turquie avait, comme on le 1. 2.

Rosanvallon Pierre, L e Sacre du citoyen, Paris, 1992, p. 98. Bozarslan H am it, «A utour de la “Thèse turque de l’histoire” », dans L 'Intranquille, n ° l , Paris, 1992, p. 121-150.

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verra, choisi pour la construction de l’État-national turc, une autre voie, celle de l'exclusion de ces minorités par la violence. * * *

La fondation de l'État-nation turc faisait suite à une succession de victoires politiques et militaires que le mouvement national turc dirigé par M ustafa Kemal remporta depuis sa naissance, en mai 1919. Le retrait définitif des troupes et de l'adm inistration françaises de Cilicie, le 4 janvier 1922, et la rétrocession de ce territoire à la Turquie ne m arquèrent donc qu’une étape dans cette longue série de succès. Déjà, dès 1919, l’Italie avait abandonné au profit de la Turquie sa zone d ’influence au sein de l’Empire ottoman qui était formée par la région d ’Antalia (Adalia). Sur le front oriental, fin 1920, les armées nationalistes turques commandées par le général Kiazim Karabekir avaient obtenu de notables succès militaires contre les troupes arméniennes en reprenant à la République d ’Arménie les régions anciennement ottomanes de Kars et d ’Ardahan, perdues aux dépens de l’Empire des tsars, en 1878. Dans l’ouest de l’Anatolie, des combats d ’une rare violence continuaient à se dérouler entre les troupes turques et grecques. Cette guerre, commencée en 1920, allait se poursuivre jusqu’à la fin de 1922. Après tant de péripéties, elle allait finalement aboutir au triomphe de l’armée turque ; une victoire qui ouvrit à la nouvelle République de Turquie le chemin de la Conférence de Lausanne, où elle allait, cette fois, remporter une victoire politique, concrétisant ainsi tous ses succès militaires. L’objectif principal poursuivi par M ustafa Kemal et son mouvement était de bâtir un État-nation turc sur le vaste territoire anatolien habité par des Turcs. Durant les années de la première guerre mondiale, l’Empire ottoman avait déjà perdu ses provinces arabes, et l’abandon de ces territoires semblait être généralement consenti par les dirigeants nationa­ listes turcs. C ’est pourquoi les kémalistes s’efTorçaient à tout prix de conserver l’unité du plateau anatolien, qui était menacé de morcellement par les puissances alliées victorieuses de la guerre. Les revendications territoriales du mouvement kémaliste se révélèrent lors des deux congrès organisés dans la seconde moitié de 1919, à Erzeroum et à Sivas, par 1’« Association pour la défense des droits de l’Anatolie orientale », plus tard baptisée « Association pour la défense des droits de l’Anatolie et de la Roumélie ». Ces deux congrès présidés par Kemal et réunissant ses partisans avaient adopté des manifestes qui proclamaient l’indivisibilité des territoires turcs non occupés par l’ennemi au moment de l’armistice de M oudras. Le Pacte national (M illi M isak) ratifié par le Parlement

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ottoman le 28 janvier 1920, à Istanbul, adopta à son tour ce même principe territorial La lutte armée entamée par Kemal et son mouvement visait donc à empêcher la fragmentation du territoire anatolien. Les idées de lutte contre les occupants étrangers, que le mouvement kémaliste cristallisait et véhiculait, trouvèrent rapidement un terreau favorable au sein des populations musulmanes de l’Anatolie. Ainsi Mustafa Kemal prônait la guerre contre les forces «chrétiennes» qui occupaient le territoire ottoman et, à cet effet, le chef nationaliste Élisait appel à l’unité des musulmans pour chasser les occupants. M ais cela ne marqua bien évidemment qu’une démarche tactique visant à renforça' les rangs des partisans de Kemal et à venir à bout des différentes forces militaires contre lesquelles le mouvement national turc m enait une difficile guerre sur plusieurs fronts. Çerif Mardin constate à cet égard que lors de la période de résistance nationale, au cours de laquelle Mustafa Kemal tenait un discours à forte connotation musulmane, il avait déjà nettement élaboré les contours idéologiques de la future Turquie3. En frit, le mouvement kémaliste envisageait l’établissement d 'u n Étatnation basé sur l’identité turque et excluant la manifestation de toutes autres identités nationales. Cette conception étatique était en opposition avec la structure de l’Empire ottoman regroupant différentes commu­ nautés et ayant à sa tête le sultan-calife, chef de tous les musulmans. Mais cette forme d ’idéologie n’était guère une innovation dans la classe politique turque. Les dirigeants du Comité Union et Progrès (CUP), qui avaient régné sur l’Empire ottoman après la révolution de 1908, avaient en effet déjà envisagé d ’introduire des changements radicaux dans la société ottomane et, parmi ceux-ci, la turquisation systématique de l’Empire occupait une place prépondérante. On sait que ce parti unioniste arriva au pouvoir en prônant les idées d ’égalité des peuples dans un nouvel État constitutionnel, sans distinction d ’origine et de langues, et sous la bannière de Pottomanisme. Or, la plupart des spécialistes ont tendance à affirmer que, sur le plan des conceptions idéologiques, les dirigeants du CUP étaient restés jusqu’au bout incertains quant à la forme d ’idéologie dont ils voulaient doter leur empire. Pour B. Lewis, cette incertitude portait sur une question cruciale à leurs yeux, à savoir si l’identité de l'ensem ble devait se fonder sur la communauté musulmane ou sur la nation turque4. Pour Ferez Ahmad, la classe dirigeante unioniste

3.

4.

M ardin Çeri£ « Religion and secularism in Turkey », dans The M odem M iddle E ast : A reader, édité par A lbert Hourani, Philip S. Khoury et M ary C. W ilson, London/NY, 1993, p. 363. Lewis Bernard, Â/dm e t U iïcité: la n œ ssa ice de la Turquie m oderne, 1988, p. 205.

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ne pouvait abandonner aucun des trois éléments qui faisaient partie de leur idéologie : ottomanisme, islam et nationalisme3. S'écartant sensiblement de cette tendance qu’on peut qualifier de traditionnelle, E. Zürcher affirme pour sa part qu’alors que le CUP soutenait officiellement l’ottomanisme, considéré comme l’idéologie officielle de l’Empire jusqu’en 1913, l’interprétation de cette idéologie équivalait en fait à la turquisation de tous les éléments non turcs56. Il est vrai que, sans avoir abouti à une conclusion aussi tranchée, les autres spécialistes font également allusion à la politique de turquisation menée par le CUP. Pour Lewis, cette politique visait principalement les provinces asiatiques de l’Empire aussi bien que la Roumélie, les autorités centrales s’efforçant également d ’imposer la langue turque aux Arabes7. Au vrai, le processus de turquisation s’accéléra davantage encore durant les années de la première guerre mondiale, lorsque l’Empire ottoman, profitant de la situation créée par le conflit, décida d ’abolir le système des capitulations. Le régime ottoman se sentait finalement libéré des ingérences des grandes puissances dans ses affaires intérieures. Feroz Ahmad cite à cet effet quelques exemples : l’agence de presse officielle fut rebaptisée « nationale » au lieu d’« ottomane » ; toutes les commu­ nications avec le ministère des Finances devaient se faire en tu rc; l’utilisation du turc devenait également une exigence pour marquer les nom s des magasins8. Mais le signe le plus violent et le plus manifeste de cette politique de turquisation menée par le CUP durant les années de guerre fut sans aucun doute l’organisation du génocide des Arméniens, qui élimina des territoires anatoliens un peuple difficile à turquiser et constituant un obstacle estimé insurmontable pour l’aboutissement des desseins idéologiques du parti au pouvoir. Il semble donc que la turquisation de l’Empire fût la base de la politique du CUP, dont les principaux dirigeants étaient généralement imprégnés de conceptions laïques. Raymond Kevorkian, qui souligne dans son étude le rôle de premier plan joué par le CUP dans le massacre des Arméniens de Cilicie en 1909 - moins d ’un an après la proclamation de la Constitution - , considère que la turquisation constituait la colonne vertébrale de l’idéologie jeune-turque depuis ses origines9, mais que les circonstances du temps - guerres balkaniques, imminence d ’une guerre 5. 6. 7. 8. 9.

Ahm ad Feroz, The M aking o f M odem Turkey, London/NY, 1993, p. 39. Zürcher Erik J., Turkey : a M odem H istory, London/NY, 1988, p. 133. Lew is, op. c il.,p .!9 3 . Ahm ad Feroz, « W ar and Society under the Y oung T urks, 1908-19)8», dans The M odem M iddle E ast : A reader, op. c it., 1993, p. 135. Kevorkian Raymond H ., « L es m assacres de C ilicie d’avril 1909», dans Revue d ’histo ire arm énienne contem poraine, tom e DI (num éro spécial), Paris. 1999, p. 134.

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mondiale - n’étaient pas tout à lait propices à l’application concrète et systématique de cette politique. En effet, le parti au pouvoir, tout en poursuivant son objectif de tuiquisation, restait avant toute autre chose soucieux de la préservation de l’unité territoriale de l’espace ottoman. Or l’Empire ottoman englobait encore en son sein des peuples musulmans non turcs qui manifestaient fortement leur hostilité à l’égard de toute politique de turquisation. On comprend alors que l’islam et la fidélité au sultan-calife restaient pour le CUP des moyens fiables et efficaces pour préserver l’unité des peuples de l’Empire, notamment ceux qui étaient musulmans, autour de valeurs communes. Selon B. Lewis, c’est l’œuvre accomplie par le CUP, interrompue par la défaite de l’Empire, qui prépara la voie à la nouvelle Turquie10. Mais quelle était l’intensité des rapports existant entre le CUP et le mouvement de résistance déclenché par M ustafa Kemal ? On trouve une réponse détaillée et richement documentée à cette question dans l’ouvrage de Zürcher11. Pour ce dernier, Mustafa Kemal, malgré son statut relati­ vement modeste au sein de la classe dirigeante du CUP, avait toujours appartenu au noyau militaire existant au sein du parti12*. Mais ce qu’il est encore plus important de souligner est le fait que l’idée et le plan d ’un mouvement de résistance turque à enclencher après l’arm istice de M oudras appartenaient effectivement aux dirigeants du CUP. En effet, Zürcher affirme que l’oiganisation connue sous le nom de K arakol (« Le Gardien »), considérée comme étant une création des dirigeants du CUP, joua un rôle capital dans la préparation du mouvement de résistance dans les régions non occupées de l’Anatolie. Une grande partie des cadres du mouvement national turc qui se trouvait à Istanbul occupée par les Alliés, parvinrent à s’établir à Ankara (Angora) par le biais des réseaux secrets du K arakoln . C ’est pourquoi cette organisation attachée au CUP est considérée comme la véritable avant-garde du mouvement de résistance turque, d’autant qu’elle prépara la révolte dès la déclaration d ’armistice. Le CUP, dont les plus hauts dirigeants avaient fui la Turquie après l’armistice de M oudras, de peur d ’être traduits en justice, avait également mobilisé ses féddis (son bras armé) et ses agents du Teçkilâti M ahsusa (Organisation spéciale) afin de préparer le terrain à une éventuelle résistance. Zürcher considère toutefois que cette mobilisation ne pouvait pas être efficace sans le soutien que lui apporta l’armée ottom ane14. Là 10. h.

12. 13. 14.

Lewis, op. c it., p. 200. Zürcher Erik Jan, The U nionistfa c to r : th e ro le o fth e C om m ittee o f U nion a n d P rogress in th e Turkish national m ovem ent, 1905-1926, Leiden, 1984. Ibidem , p. SI. Ibidem , p. 82. Ibidem , p. 93.

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encore, le rôle du CUP fut décisif puisque la plupart des cadres de l’armée étaient membres ou proches du CUP. Zürcher estime enfin que bien qu’on ne soit pas certain que l’action de Kemal obéissait à un plan établi à l’avance par le CUP, en revanche, il est évident que son mouvement s’inscrivait dans le même cadre, poursuivant des objectifs et des stratégies identiques à ceux des dirigeants unionistes15. Après son installation en Anatolie en mai 1919, Mustafà Kemal imposa son autorité sur la machine mise en place par le CUP en vue du déclenchement du mouvement de résistance. C ’est pourquoi il était tout à fait naturel d ’admettre que le mouvement kémaliste reposait sur les fondements organisationnels du CUP. Mais Kemal s’efforça également de soumettre à un contrôle systématique tous les membres du CUP qui adhéraient à son m ouvem ent II écarta ou élimina physiquement, au fur et à mesure, toutes les personnes qui restaient loyales aux hauts dirigeants du CUP, tels Talat ou Enver, et dont la présence risquait de mettre en péril sa propre autorité au sein du m ouvem ent Lors du Congrès des kémalistes, qui eut lieu à Sivas en septembre 1919, tous les délégués jurèrent du reste qu’ils ne contribueraient jam ais à la « résurrection » du CUP. Mais cette démarche était avant tout tactique, car, comme le souligne Zürcher : «[L es kémalistes] réalisèrent qu’une identification trop évidente de leur mouvement avec le CUP était un handicap supplémentaire dans leurs rapports avec le gouvernement d ’Istanbul et les représentants des Puissances alliées16. » Dadrian, pour sa part, qualifie de « symbiotiques » les relations qui existèrent, pendant toute la durée de l’insurrection kémaliste, entre Mustafa Kemal et le CUP. Il souligne à cet égard qu’il est très révélateur que les membres de l’Organisation spéciale - organisme attaché au CUP et ayant joué un rôle clé dans l’exécution du projet d ’extermination des Arméniens durant la première guerre mondiale - furent incorporés dans le mouvement kémaliste17. Le mouvement kémaliste en tant que corps organisé fut donc le prolongement du CUP. Mais cette continuité était également évidente au niveau idéologique, notamment dans la poursuite de la politique de turquisation et de sécularisation entamée par les Unionistes. En effet, une fois que le mouvement kémaliste eut triomphé dans ces opérations m ilitaires contre ses ennemis, les mesures prises par Mustafa Kemal révélèrent progressivement l’image de la nouvelle Turquie envisagée par son fondateur. L’une des mesures les plus spectaculaires fut, sans aucun 15. 16. 17.

Ibidem , p. 103-104. Zürcher, The U nionistfa c to r. ,.,o p . c il., p. 69. D adrian V ahakn, H istoire du génocide arm énien : co n flits nationaux des B alkans au C aucase, Paris, 1996, p. 575-576.

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doute, la séparation que Kemal s’efforça d ’introduire entre les deux identités turque et musulmane. Cette mesure fut phis facile à mena* qu'à l’époque des jeunes-turcs, du fait que l’Empire était désormais éclaté et les provinces musulmanes majoritairement non turques séparées du reste de la Turquie. Dans ces conditions, sur l’initiative de Kemal, la Grande Assemblée de Turquie abolit le sultanat (1* novembre 1922), proclama la République (29 octobre 1923) et supprima le califat (3 mars 1924). L’État-nation turc était en train de naître. Alors que les jeunes-turcs, se nourissant souvent d ’utopies, n’avaient pas réussi à situer et concrétisa leurs idées d ’une nation turque dans un espace géographique défini et réel, en revanche, Kemal trancha cette question d ’une manière prom pte et pragmatique. En effet, le mouvement kémaliste revendiquait la création d ’un État sur un territoire habité en grande majorité par des Turcs, et Lewis affirme que l’idée neuve apportée par le kémalisme consistait à juste titre dans cette notion d ’un État-nation territorial fondé sur le peuple turc et formé par la Turquie (Türkiye) 18. C ’est pourquoi Mustafa Kemal s’efforça de supprim a le phis rapidement possible les grands symboles de l’islam (sultan, calife) et d ’empêcher ainsi officiellement l’identi­ fication de la société turque à la religion musulmane. Le rêve de Kemal était de tu rquisa l’islam et, comme le dit Bozarslan, « d e c ré a une nouvelle religion à la base du nationalisme tu rc» et de transform a l’islam « en un simple accessoire de cette nouvelle religion19 ». Dans cette même perspective, le nouveau régime turc prit des mesures sévères, établissant notamment un puissant contrôle étatique sur les institutions religieuses. L’objectif du kémalisme consistait donc à fo rg a une identité turque attachée à la souveraineté du nouvel État-nation territorial. M ais la politique de turquisation qu’il appliquait aux populations était beaucoup phis élaborée et subtile que celle qui avait été mise en œuvre à l’époque du CUP. En effet, pour les Unionistes, outre les procédés visant à la nationalisation de l’économie, la politique de turquisation se traduisait par l’imposition de la langue turque aux populations non turques, par le renforcement du rôle du CUP dans toutes les régions de l’Empire a par l’extermination des peuples non turcs (le cas du génocide arménien se situant à l’extrême). Malgré cela, il nous semble que les dirigeants unionistes n’avaient alors pas encore élaboré ou n’avaient tout sim­ plement pas encore clarifié leur propre conception de l’identité turque. C ’est en cela que réside véritablement la différence fondamentale entre l’idéologie nationale du CUP et celle de Mustafà Kemal. La politique de 18. 19.

Lewis, op. c il., p. 308. Bozarslan, op. c il., p. 139.

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turquisation adoptée par le kémalisme s’appliquait, en effet, non seulement aux éléments mm turcs, mais à l’ensemble de la population du pays, visant à imposer à tous les habitants une nouvelle identité nationale, dont les éléments majeurs furent élaborés par Kemal en personne. La nouvelle doctrine nationale fut diffusée à travers le pays notamment par la presse, les écoles et les branches du Parti républicain du peuple - le parti des kémalistes, fondé en 1923. Un autre instrument important à cet égard fut les Foyers turcs (Türk O caklan) qui avaient été fondés sous forme d ’associations à l’époque des jeunes-turcs et avaient comme objectif principal le développement du sentiment national et la diffusion du progrès parmi le peuple turc. On comprend dès lors que le dynamisme de cette organisation ait été utilisé par le régime kémaliste comme instrument de turquisation dans le pays. Les Foyers turcs, répandus dans plusieurs régions, entamèrent très tôt une lutte contre l’utilisation par les populations locales de langues autres que le turc et contre la monopolisation de l’économie du pays par des «élém ents non turcs » (en l’occurrence les juifs et les Arabes de Turquie)20. Phis tard, à partir du début des années 1930, les mesures adoptées par le régime kémaliste pour bâtir une identité nationale attachée à l’É tat territorial turc se radicalisèrent davantage. En 1932, Kemal créa la Fondation turque d ’histoire, dont le but était de présenter aux Turcs une nouvelle version de leur propre histoire. Selon cette « thèse turque de l’histoire », qui fut élaborée sous l’autorité directe de Kemal, les Summériens et les Hittites seraient des proto-turcs et ce sont des peuples turcs qui auraient fondé les civilisations chinoise, européenne et moyen-orientale. E. Copeaux souligne que les idées qui furent à la base de l'historiographie kémaliste, circulaient déjà dans la presse des jeunes-turcs de 1908 à 191821. Il est évident que l’objectif principal de Kemal, comme l’explique E. Zürcher, était de montrer aux habitants de la Turquie que leur présence dans le pays remontait à des temps immémoriaux. Copeaux complète cette définition en ajoutant que le kémalisme cherchait ainsi à s’opposer aux revendications territoriales des Arméniens et des Grecs, et à prouver par un argumentaire historique que « l’Anatolie avait été turque bien avant d ’être grecque ou arménienne22». Le kémalisme souhaitait ainsi renforcer le lien des citoyens turcs avec leur République et créer une forte 20.

21. 22.

G eorgeon François, « Les Foyers turcs à l’époque kém aliste », dans Turcica, revue d ’études turques, tom e XIV, Louvain/Paris/Strasbourg, 1982, p. 192. V oir égalem ent sur ce sujet : A rai M asam i, Turkish N ationalism in th e Young T irk E ra , Leiden, 1992, p. 7182. Copeaux Étienne, E space e t tem ps de la nation turque : analyse d 'u n e historiographie nationaliste, 1931-1993, Paris, 1997, p. 43. Ibidem , p. 50-51.

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cohésion nationale. Pour sa part, B. Lewis justifie ce recours à la mythologie en indiquant qu’il fallait « (...) mettre un peu de baume sur l’amour-propre turc, durement éprouvé depuis un siècle ou deux (...)23 ». Justifiable ou non, il est clair que l’identité turque imposée par Kemal reposait sur des fondements associant faits réels et mythologiques. Comme le signale Andrews, cette nouvelle forme d ’identité était notamment fondée sur l’unité de la langue et de l’histoire turques imposée à toute la population du pays24. Cette forme de tuiquisation avait pour but d ’unir non seulement le peuple turc, mais aussi les différentes populations non turques vivant sur le plateau anatolien, en les conformant au modèle du citoyen turc que les dirigeants turcs prom ouvaient Le mouvement de Mustafa Kemal a ainsi donné naissance à un nouvel État basé sur le principe de la souveraineté de la nation turque. Le traité de Lausanne, conclu le 23 juillet 1923, entre les puissances alliées e t les Turcs, donna une confirmation officielle et internationale à l’établis­ sement de la nouvelle Turquie. Durant les années suivantes, le régime kémaliste s’efforça de bâtir un État national homogène, dans lequel prédominerait une seule nation, en l'occurrence la turque. Dans ces circonstances, où l’égalité était assurée par la Constitution même pour chaque citoyen, des représentants de rares m inorités non turques qui habitaient encore à Istanbul et à Smyme déclarèrent officiellement qu’elles renonçaient désormais volontairement aux articles 38-44 du traité de Lausanne, grâce auxquels la Société des Nations était censée assurer la protection des droits des minorités. Ils soulignaient qu’ils se considéraient comme de véritables citoyens turcs et non comme les membres de minorités25. Toutefois, l’égalité constitutionnelle ne réussit pas à briser sur le terrain les vieilles conceptions héritées de l’époque ottomane, et la différenciation entre musulmans et chrétiens continua à perdurer. Lewis écrit à ce propos : « (...) Dans la structure et la politique de l’État, certains signes indiquaient que, malgré la laïcité et le nationalisme, subsistait la vieille équation: musulman égale turc et non-musulman égale nonturc26. » Éxemple encore plus révélateur de cette attitude anti-chrétienne soulignée par Lewis : l’usage commun réservait seulement aux musulmans le nom de Turc, alors que les non-musulmans étaient tout simplement désignés comme citoyens turcs, mais jam ais par le vocable 23. 24. 25. 26.

Lewis, qp. c it., p. 315. Andrews Peter, A lford, E thnie groups in th e R epublie o f Turkey, W iesbaden, 1989, p. 55-56. CADN, fonds A nkara, 2* série, n° 74, lettre d ’A lbert S am u t, am bassadeur de France en Turquie, à A ristide Briand, m inistre des A E, 29 septem bre 1925, Constantinople: Lew is, op. c it., p. 313.

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Turc27. Pour Lewis, il y avait des raisons objectives à cette discrimination patente, à rechercher dans le passé récent et lointain. Il met en avant, à cet égard, la joie explicite que les chrétiens ottomans manifestèrent lors de l'occupation de certaines parties de l’Empire par les puissances alliées après l’armistice de Moudras, ce qui aurait exacerbé davantage encore la haine que chrétiens et musulmans se portaient réciproquement28. Une telle approche peut effectivement rendre incompréhensible la politique de turquisation conduite par Mustafà Kemal, tant il est vrai que les événements ayant marqué l’histoire récente de l’Empire ottoman avaient créé chez les fondateurs de la nouvelle Turquie un certain scepticisme sur l’attitude et la sincérité des minoritaires, et phis particu­ lièrem ent des chrétiens, sur leur volonté de participer aux efforts entrepris tendant à établir un État-nation turc. Il huit toutefois considérer que cet État-nation se bâtissait sur la base de la seule identité turque ; que les bâtisseurs de cette nouvelle Turquie se montrèrent a priori intransigeants face à toute idée de coexistence avec des groupes ethniques ou religieux attachés à leur propre identité et qu’ils s’efforcèrent de détruire toute m anifestation d ’identité autre que la turque. L’idée d ’un État basé sur le contrat de citoyenneté était donc absente dans l’esprit des fondateurs de la nouvelle Turquie. C ’est pourquoi il nous semble préférable de dire que l ’intransigeance du régime kémaliste ne s’exprimait pas à l’égard des seuls chrétiens, mais également vis-à-vis des autres populations non turques. Les motivations qui ont poussé les Kurdes à se soulever contre le régim e kémaliste tout au long des années 1920 et 1930 sont à cet égard un exemple révélateur. Phis encore, l’intransigeance du régime kémaliste à l’égard des populations non turques du pays se traduisit parfois par des expulsions m assives à l’extérieur du pays. Elles eurent lieu dans les provinces intérieures de la Turquie, participant à l’un des aspects fondamentaux du kémalisme : la turquisation du pays par l’élimination des éléments non turcs. Il semble du reste qu’avant même la naissance de la République, les kém alistes s’efforçaient déjà de vider de certains territoires de leur futur État-nation tous les éléments non turcs et d ’œuvrer dès cette période à l’homogénéisation du pays. Sans que cela soit imputable au hasard, les populations chrétiennes furent les premières cibles de cette politique, puisque de 1920 à 1922, la tactique adoptée par Kemal consista à unifier tous les peuples musulmans d ’Anatolie autour de l’idée de la lutte nationale contre les occupants « chrétiens ». Mais on sait qu’à partir de la 27. 28.

Ibidem , p. 313. / M b * pi 313.

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moitié des années 1920, les Kurdes furent à leur tour visés par ces expulsions. L’une des premières manifestations de cette politique d ’homo­ généisation du territoire anatolien s’exprima, nous l’avons vu, en Cilicie, à la fin de 1921, lorsque plusieurs dizaines de milliers de chrétiens, très majoritairement des Arméniens, durent abandonner, en l’espace d ’un mois, cette région rétrocédée à la Turquie. Il est vrai que les chrétiens de Cilicie abandonnèrent la région sans avoir subi de pressions directes de la part des nationalistes turcs; que la Cilicie était alors encore sous le contrôle adm inistratif et m ilitaire fiançais lorsque le mouvement d ’exode eut lieu. On comprend cependant fort bien que la principale raison de leur départ en masse résidait dans l'appréhension de vivre de nouveau sous une quelconque autorité turque, après la douloureuse expérience vécue au cours de la guerre. Malgré cela, les autorités françaises prirent des mesures tendant à calmer la panique qui s’était emparée des chrétiens et à enrayer leur départ massif. A cet effet, ils insistèrent auprès des dirigeants turcs pour autoriser le maintien en Cilicie d ’officiers fiançais destinés à encadrer les forces de police et à rassurer ainsi, par leur simple présence, les populations chrétiennes. Les responsables fiançais espéraient éga­ lement persuader M ustafa Kemal de venir en personne à Adana lors de la passation des pouvoirs. Ils estimaient ainsi que le dirigeant nationaliste turc, par des déclarations apaisantes faites sur place, parviendrait luimême à calmer l’inquiétude des chrétiens et qu’il saurait faire preuve de tolérance à leur égard. Mais ces propositions ne furent pas appliquées. La première mesure fut catégoriquement rejetée par les dirigeants turcs qui considérèrent celle-ci comme une ingérence dans les affaires intérieures turques. Quant à la venue de Kemal à Adana, le dirigeant nationaliste informa le négociateur fiançais Franklin-Bouillon que ses occupations ne lui permettaient pas d ’effectuer une telle visite en Cilicie. Il n’est bien évidemment pas étonnant de constater que les respon­ sables nationalistes turcs ne prirent aucune mesure sérieuse pour endiguer, comme le souhaitaient les Français, le mouvement d ’exode cilicien. La mauvaise volonté dont ils firent preuve face aux efforts des Français tendant à refréner les départs m assifi de populations ciliciennes ne fait aucun doute. On peut même penser qu’aux yeux des dirigeants nationalistes turcs le départ de dizaines de milliers de chrétiens était une aubaine et ne pouvait que contribuer à la réalisation de leur projet national : la création d ’un État-nation turc. Environ un an plus tard, une autre population non turque, en l’occur­ rence la grande majorité des Grecs d ’Anatolie, fut à son tour évacuée de

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Turquie. Après la défaite complète de l’armée grecque, en 1922, les représentants turcs et grecs réunis lors de la Conférence de Lausanne tranchèrent ensemble la question des populations grecques et turques, vivant respectivement en Turquie et en Grèce. Un accord d'échanges de populations fut conclu le 30 janvier 1923, en marge des séances de la conférence. Ainsi, entre 1923 et 1930, environ 1 2S0 000 Grecs quittèrent la Turquie pour la Grèce et 500 000 Turcs furent déportés des territoires grecs vers le nouvel État turc29. Le départ des Arméniens de Cilicie et des Grecs d ’Anatolie, à l'exception de ceux qui habitaient à Istanbul, ne pouvait que réjouir tous ceux qui travaillaient à établir une nouvelle Turquie homogène. U faut toutefois noter qu’au tout début des années 1920, le pays était encore loin de constituer cet espace homogène, où dominerait la seule nation turque. * * *

Le kémalisme entama donc son règne avec le lourd fardeau idéo­ logique hérité du CUP. L’exclusion des minorités non turques ou leur assim ilation forcée devinrent, comme sous le régime précédent, les prin­ cipes de base du kémalisme. Au lieu de former un État-nation unificateur et rassembleur, capable de briser tous les cadres communautaires par la force de la persuasion pacifique et par l’établissement du contrat de citoyenneté, Kemal opta pour l’idée universelle de création d ’une nation nouvelle et d ’instauration de la « turquicité », en développant les théories fictives de la « thèse turque de l’histoire » et de la « langue-soleil ». O r cette voie était aussi celle de la confrontation, de l'im position forcée d ’un m odèle de citoyen. C ’est pourquoi l’idéologie kémahste allait se trouver très tôt aux prises avec l’élément kurde, refusant de se soumettre à la volonté du régime turc qui exigeait l’abandon de la langue et de l'identité kurdes. Le traitement kémaliste des reliquats d’Arméniens, de juifs et de Grecs qui continuaient à vivre à Istanbul et à Smyme est également révélateur à cet égard. Ces minorités qui jouissaient de certains droits communautaires et qui avaient, à plusieurs reprises, affiché leur volonté d ’être considérées comme des citoyens turcs, allaient subir les effets des discrim inations racistes adoptées par le régime turc lors de la seconde guerre mondiale, lorsque le régime adopta une loi dite du varhk vergisi

29.

Shaw Stanford J. et Shaw E æ l K ural, H istory o f th e O ttom an em pire and m odem Turkey, volum e D, G reat Britain, 1988, p. 368.

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(impôt sur la fortune), le 11 novembre 1942 et qui resta en vigueur jusqu'en juin 194330. Ces quelques points généraux précisés, nous nous proposons de consacrer cette partie de notre étude à la politique de turquisation conduite par le régime kémaliste dans les régions frontalières avec la Syrie, politique qui visait notamment à l’élimination des minorités chrétiennes encore présentes sur place. Dès que les circonstances s’y prêtèrent, les autorités turques adoptèrent d ’emblée des mesures vexatoires contre certaines populations non turques afin de les refouler hors des frontières de la Turquie, parfois sous couvert de départs « volontaires ». Ces expulsions de franges entières de la population locale furent, aussi à leur manière, comme un prolongement de la politique que le CUP avait appliquée avant elles avec plus de violence, notamment durant les années de la première guerre mondiale. Comme on le verra, les efforts des autorités d'A nkara se concentrèrent en tout prem ier lieu sur les minorités les moins nombreuses et donc totalement privées de m oyens de défense. Il est très vraisemblable que des exigences multiples et variées de politique intérieure, que nous évoquerons plus loin, em pêchèrent le régime d ’adopter des mesures semblables d ’expulsion à l’égard d ’autres populations non turques - les Arabes alawis de Cilicie, les Syriaques du Tur Abdin - habitant dans la zone frontalière avec la Syrie. Il fruit rappeler que le régime kémaliste avait une conception idéo­ logique différente lorsqu’il s’agissait de populations établies dans une zone frontière. En effet, ces quelques milliers de minoritaires non turcs formaient les vestiges d ’importantes populations chrétiennes. Or, des milliers de leurs compatriotes s’étaient réfügiés dans les territoires voisins de Syrie, tout près de la frontière turque, et aspiraient naturellement à retrouver leurs foyers perdus. On comprend alors que toute idée ou possibilité de retour - considérée comme une grave menace pour la nouvelle structure nationale de l’État turc - fut âprement combattue par le régime kémaliste, qui s’empressa d ’élim iner toutes les bases existantes susceptibles de permettre un rétablissement de la vie communautaire de ces populations en territoire turc.

30.

Conform ém ent à la loi, la répartition des im pôts était établie en fonction de critères religieux et nationaux, en deux listes : M pour les m usulm ans, G - probablem ent pour ghiavour (infidèles) pour les non-m usulm ans. L’im pôt était exigible dans les trente jours sous peine de travaux forcés dans des cam ps de travail spécialem ent am énagés à cet effet. C ette m esure visait à ruiner les citoyens non m usulm ans (juifs, A rm éniens, Grecs) qui étaient fortem ent présents dans certains secteurs de la vie économ ique à Istanbul (Tem on Y ves, L a C ause arm énienne, Paris, 1983, p. 138 ; Totoyan Arpt, «O unévoroutyan dourke touric berbedoghi me agnotsov [L ’im pôt sur la fortune vu par un chercheur turc] », dans H aratch, Paris, 3001 o c t et 3 nov. 1999).

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La lutte menée par Ankara se traduisit donc - dès que les circons­ tances le permirent - par l'expulsion des derniers vestiges de ces popu­ lations qui habitaient encore en Turquie, dans la zone frontière avec la Syrie. O r, non seulement ces minorités furent chassées des territoires turcs, m ais phis important encore, leurs biens immobiliers, commu­ nautaires ou individuels, furent définitivement confisqués par les autorités du pays. Le régime kémaliste supprimait de la sorte tout lien matériel de ces populations avec leur pays d ’origine, afin que leur éloignement soit rendu définitif.

L'exode des populations non turques dans le nouvel État turc : mécanisme, procédés

Durant les années 1920, la question de la minorité kurde et la répression de leurs révoltes successives furent évidemment la principale préoccupation du gouvernement d'A nkara et le point central de sa politique à l’égard des minorités. On abordera, dans la troisième partie de ce travail, l'étude des rébellions kurdes, mais uniquement dans les régions turques frontalières avec la Syrie, ainsi que l’exode de ces Kurdes, notamment des chefs tribaux et des dirigeants nationalistes. Il faut toutefois préalablement exposer ici le cas des autres minorités dont on vient d ’évoquer le sort : ces derniers vestiges de populations minoritaires, en grande majorité chrétiennes, vivant aux confins de la Syrie et de l'Irak. Tout au long des années 1920, des mesures d ’incitation à l'exode furent appliquées contre elles d ’une façon systématique par le gouvernement d'A nkara. Par rapport aux Kurdes, ces minorités n'avaient certes pas un poids démographique et politique comparable dans l’espace turc. On ne les en incita pas moins, par des procédés vexatoires éprouvés, à l'exode vers les territoires syriens ou irakiens. Plusieurs groupes nationaux ou religieux furent l’objet de cette politique. Toutefois, après avoir observé les effets de ces premières opérations, les autorités turques décidèrent finalement de ne pas continuer à appliquer de mesures analogues à l'encontre de toutes les populations non turques, notamment contre celles qui étaient relativement nombreuses et concentrées dans les zones frontalières, où elles se contentèrent de disposer des moyens de riposte. Au demeurant, on note une certaine analogie entre les objectifs poursuivis par la politique coloniale que la France avait essayé

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d ’appliquer en Cilicie (1919-1920) et ceux du nouvel État turc dans les zones frontalières de l’Anatolie du Sud-E st Bien que diamétralement opposées dans la forme, leurs politiques développaient une même stratégie de conquête et de contrôle de territoires. Ainsi, dans le cas de la France, les administrateurs français de Cilicie misèrent essentiellement sur des populations non turques, chrétiennes ou musulmanes, pour renforcer leur présence sur le territoire cilicien et parer ainsi à la véritable menace que les Turcs constituaient à leurs yeux. Pour sa part, le nouvel État turc développa une stratégie de conquête dans toute la région frontalière avec la Syrie et l’Irak, consistant, entre autres, dans l’élimi­ nation de plusieurs éléments non turcs, au profit de la consolidation de l’État national en cours de formation, dans lequel l’élément prédominant devait être le Turc. Pour parvenir à leurs fins, les autorités de la nouvelle Turquie évitèrent toutefois, dans les années 1920, d ’adopter des ordres directs de déportation massive à l’encontre des populations dont la présence entravait la réalisation de leurs desseins idéologiques. Ce procédé, on le sait, avait été utilisé avec excès par le CUP, durant la période où il occupait le pouvoir dans l’Empire ottoman, et avait laissé quelques souvenirs dans les mémoires des chancelleries occidentales. C ’est pourquoi le mécanisme adopté par le gouvernement d ’Ankara fut relativement plus subtil. Le procédé employé comprenait en effet une série de mesures d ’intimidation qui furent inlassablement exercées sur les groupes de populations qui étaient dans le collimateur des autorités centrales. L’objectif poursuivi était de rendre leurs conditions de vie intenables, pour les pousser à quitter la Turquie d ’elles-mêmes. A force de subir une pression constante, ces petites communautés rurales ou urbaines se trouvaient naturellement très vite dans un état d ’abattement et de désolation insoutenable. Lassées par les exactions systématiques exercées à leur encontre, elles décidèrent finalement de quitter la Turquie et de s’exiler notamment vers la Syrie voisine. L’enchaînement de ces mesures vexatoires peut être reconstitué de la manière suivante : - campagne de presse : les journaux turcs, notamment ceux d ’Adana, déclenchèrent une campagne virulente et agressive contre ces petites communautés non turques vivant encore dans les frontières de la nouvelle Turquie. Cette campagne était notamment menée par les journaux Yeni Adana, Tedjeddud et A ltoun Ô z, tous publiés à Adana et proches du parti nationaliste au pouvoir. Ils se caractérisaient par l’emploi d ’un discours extrêmement violent et xénophobe contre toutes les minorités non turques des régions frontalières avec la Syrie, en les

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décrivant comme les ennemis du nouvel État turc31 et en leur demandant expressément de « disparaître » des territoires turcs32. A la fin de 1922, des notes officieuses furent publiées dans ces journaux, avisant les chrétiens qu’ils disposaient d ’un délai d ’un mois pour quitter le pays33. Des avis sous forme de placard et avec des contenus d ’une rare violence furent également affichés sur des magasins appartenant à des chrétiens dans des villes de Cilicie, exigeant le départ de ce « peuple ingrat et criminel34 ». La presse locale organisa aussi une campagne de diffamation contre certains chefs communautaires qui avaient décidé de rester dans la région à la tête des rares membres de leur communauté35. Les journaux turcs participèrent également aux efforts d ’Ankara pour imposer la langue turque en Cilicie, aux dépens de l’arabe, qui était massivement utilisé par les Arabes alawis. Des articles furent publiés pour condamner l’utilisation de la langue arabe dans la région36. Cette campagne de presse se produisit simultanément avec l’action des cellules locales des Foyers turcs, qui lancèrent une vaste offensive contre l’utilisation de la langue arabe et la mono­ polisation de l’économie locale par les éléments non turcs de Cilicie ; -p la in te en ju stice: les poursuites judiciaires furent l’une des formes d ’intimidation utilisées contre certains membres des communautés non turques. Les accusations portaient généralement sur la période de la présence française en Cilicie et dans les territoires situés à l’est, de 1919 à 1921, et sur le fait que les accusés avaient participé, du côté des troupes françaises, aux actes de violence commis à l’encontre des musulmans. Des procès furent également intentés contre d ’autres membres de ces communautés indésirables, par des individus turcs sur la base de créances fictives. O r les méthodes manifestement partiales

31.

32. 33. 34.

35.

M AE, Levant 1918-1940, Turquie, v o l.257, « L e com ité pour la protection des orthodoxes continue son activité en Syrie ». traduction d ’un article paru dans Yeni A dana, 18 jan v ier 1928, dans lettre (n° 12) d ’Émile Daeschner, am bassadeur de France en Turquie, à Briand, 3 jan v ier 1928, C onstantinople, ff. 201-204. CADN, fonds A nkara, n° 110, «D isparaissez ! », traduction d ’un article paru dans Teceddüt, 14 novembre 1922. CADN, fonds A nkara, n° 110, lettre (n° 72) du consul de Fr. chargé de la m ission au haut-com m issaire de France à Constantinople, 18 novem bre 1922, Adana. CA D N , m. S .-L , 1" v., c.p., n° 9 % , « Rapport sur l’exode des chrétiens d ’A natolie et de C ilicie en Syrie », b it par le SR du H aut-Com m issariat, 14 m ars 1923, Beyrouth, p. 4. N aziian M gr Jean, Les M ém oires d e M gr Jean Nazlian, évêque de Trébaonde, su r les événem ents po litico -relig ieu x au P roche-O rient d e 1914 à 1928, tom e n. V ienne, 1955,

p. 229. 36.

CA D N , m. S .-L , l ” v., n° 1828, « L a com édie de la langue arabe à M ersine», traduction d ’un extrait d’un article paru dans Türk Sôzû, 23 ju illet 1925, dans une lettre de Louis Lucas, gérant du consulat de France à A dana et à M ersine, au hautcom m issaire à Beyrouth.

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adoptées par le système judiciaire turc au cours de ces procès entraînaient le plus souvent l’usurpation des biens de l’accusé. Il est à noter que les avocats s’abstenaient généralement de plaider la cause d ’un chrétien, par crainte de se compromettre37 ; - ordre de concentration des communautés rurales dans des villes : ordre fut donné aux populations chrétiennes disséminées dans des villages de se concentrer dans les villes les phis proches. L ’objectif de telles mesures était de regrouper dans un prem ier temps ces communautés rurales pour mieux les contrôler et exercer phis facilement sur elles des procédés vexatoires destinés à accélérer leur exode hors de Turquie ; -b o y co ttag e: des appels au boycottage des magasins et des mar­ chandises appartenant à des chrétiens furent lancés dans les villes par des personnalités locales influentes et proches du parti au pouvoir. Le consentement tacite, voire l’intervention secrète, des autorités centrales semble acquis dans ces faits, d ’autant qu’aucune contre-mesure officielle ne fut jam ais adoptée pour arrêter ce boycott II est à noter que ces appels étaient suivis scrupuleusement par les populations locales. Dans certaines villes, c ’étaient les hauts fonctionnaires municipaux qui donnaient directement les ordres de boycottage. Plus encore, lors de sa première visite en Cilicie après l’établissement de la République de Turquie, M ustafa Kemal donna le ton à cette campagne à travers ses déclarations publiques. S’adressant aux Turcs de Cilicie, le leader nationaliste déclara en 1923 : « La ville que vous habitez ne vous appartient pas, le commerce vous échappe, il est aux mains de chrétiens et des étrangers, tous vos efforts doivent tendre à conquérir ce marché38. » Ajoutons que le boycottage des chrétiens se traduisit également par le licenciement des chrétiens employés auprès de Turcs ou de compagnies turques (banques, chemins de fer) et par l’inter­ diction d ’en embaucher ; - réclamations fiscales arbitraires : le fisc turc exigeait des populations indésirables le paiement d ’arriérés d ’impôts le plus souvent imagi­ naires. Ces spoliations s’effectuaient à travers une demande de paiement d ’impôts fonciers, de patentes, d ’exonérations militaires, de bénéfices de guerre. Dans les rares cas où les impôts exigés étaient bien 37.

38.

CADN, fonds A nkara, 2* série, n° 73, « V exations et spoliations com m ises en C ilicie par les Turcs à l’égard des Syriens et des A rm éniens », préparé par Barthe de S andfot, annexe de la lettre envoyée par W eygand, haut-com m i ssaire en Syrie et au Liban, au président du Conseil et m inistre des AE à Paris, 8 novem bre 1923, Beyrouth. SHM , 1B B4-15, D ivision navale du Levant, annexe au rapport m ensuel n° 39/DNS/2, b u l.d e rens. n° 443, du 27 au 29 m ars 1923, daté du 30 m ars 1923, Beyrouth, p. 3. Cette déclaration est confirm ée par le consul de Fr. à A dana et M ersine (fin d s Ankara, 2e série, n° 10S, lettre n° 92 de Ronflant à Sarraut, 26 m ai 1926, A dana).

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réels, ceux qui frappaient les chrétiens atteignaient néanmoins le double et souvent le triple de ceux qui étaient perçus des contribuables musulmans de même condition. Ces mesures accablaient finan­ cièrem ent les personnes visées et entraînaient finalement la mise en adjudication de leurs propriétés et biens personnels, les laissant le plus souvent dans un total dénuement39 ; -o rd re officieux d'expulsion : dans certaines villes, comme O urla ou Diarbekir, les hauts fonctionnaires locaux invitèrent les chefs des communautés chrétiennes pour leur annoncer officieusement leurs souhaits de les voir quitter le territoire turc. Dans ce contexte de mise en œuvre de mesures vexatoires visant à chasser les éléments non turcs de la nouvelle Turquie, il est important de s’attarder sur un projet du gouvernement turc, rendu public en 1924, consistant à créer une zone géographique délimitée dans laquelle l’entrée des Arméniens serait interdite. On trouve une allusion à ce projet specta­ culaire dans une interview accordée par Ferid bey, le m inistre de l’Intérieur turc, au journal Yeni Adana, laquelle fut republiée en mars 1924, dans le Journal d'O rient, quotidien francophone d ’Istanbul40. Ferid bey y déclarait que le gouvernement turc avait délimité une «zone interdite » aux Arméniens s’étendant sur tout le territoire situé à l’est d ’une ligne fictive tirée de la ville de Samsoun, au bord de la mer Noire, ju sq u ’au littoral de Selefké (Itchel), sur la Méditerranée. Le ministre turc ajoutait aussi que ce projet serait prochainement soumis à l’Assemblée nationale pour y être discuté41. Ce projet à caractère explicitement raciste fut publié dans plusieurs autres journaux turcs. Quelques semaines plus tard, Ferid bey nia pourtant l’existence d ’un tel projet42. Ce démenti officiel semblait en fait destiné à rassurer les signataires du traité de Lausanne, qui manifestèrent leurs inquiétudes devant les procédés adoptés par Ankara, en contra­ diction flagrante avec les clauses dudit traité relatives aux droits des m inorités non musulmanes de Turquie. La réapparition de ce projet, particulièrement en 1924, n’a rien de surprenant Comme on va le voir, à partir de cette année-là, le gouvernement d ’Ankara radicalisa davantage encore son attitude à l’égard des minorités qui continuaient à habiter dans 39. 40. 41.

42.

Ibidem . FO 371/10195, Pol. Eastem -Turkey, 1924, rapport (n° 289) de R.C. Lindsay à Ram say M acD onald, m inistre des AE, 2 avril 1924, (T. 24-25. FO 371/10195, Pol. Eastem -Turkey, 1924, « La liquidation du passé : une zone interdite aux A rm éniens en A natolie », article paru dans Journal d ’O rient, 30 m ars 1924, Istanbul, P 28. FO 371/10195, Pol. Eastem -Turkey, 1924, rapport (n° 316) de Lindsay à M acDonald, 22 avril 1924, P 40 ; M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 258, lettre (n° 36) de Lucas à Poincaré, m inistre des AE, 14 m ai 1924, A dana, P 88.

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la zone frontalière avec la Syrie, en entamant contre elles une procédure d ’expulsion définitive des territoires turcs. Et naturellement, le gouver­ nement turc m it en œuvre ces mesures en utilisant des plans préparés à l’avance ou en cours de préparation. Ces projets étaient évidemment censés rester secrets, et c’est probablement par maladresse - rapidement réparée par un démenti - que Fend bey les exposa publiquem ent Au reste, en avril 1924, on annonça cette fois-ci que le ministère de la Reconstruction était en train de prépara' un projet envisageant une « redistribution raciale » en Turquie. Un autre journal turc, Akçam, révéla en outre, le 2 avril 1924, que le projet du ministère de l’Intérieur ne concernait pas que les seuls Arméniens. Il affirma par exemple qu’il serait désormais interdit aux Arabes de résider dans les zones frontalières avec la Syrie ; que la présence des Grecs ne serait tolérable que dans les limites d'Istanbul ; que les Géorgiens seraient interdits de séjour dans les provinces de Rizé, Kars et Ardahan43. Fiction ou pas, il est en tout cas certain qu’à partir de 1924 la nouvelle Turquie, mettant en pratique ses principes idéologiques racistes, entama fermement l’exécution de ses projets d ’expulsion des éléments non turcs. Ces minorités vivant dans la zone frontière avec la Syrie avaient-elles des moyens de défense contre les mesures d ’intimidation d ’A nkara? La réponse à cette question est globalement négative (si l’on exclut notamment le cas de la minorité arabe alawi, qui sera traité ultérieurement). Ces populations très peu nombreuses et continuant à vivre dans la zone frontière étaient, en effet, pratiquement privées d ’une organisation communautaire et leurs liens avec l’extérieur, notamment avec leurs coreligionnaires vivant de l’autre côté de la frontière, en territoire syrien, coupés. Malgré les mesures d ’intimidation exercées à leur encontre par les autorités, les membres de ces communautés continuaient officiellement à être considérés comme des citoyens turcs. Ils étaient donc censés adresser leurs plaintes à un gouvernement qui avait pris contre eux de sévères mesures, toute démarche auprès de représentants étrangers - chose courante sous le régime ottoman - étant évidemment considérée par Ankara comme un acte de trahison. Quant aux gouvernements occidentaux entretenant dans la région des représentants officiels qui furent témoins de la politique d ’expulsion turque, ils n’ont, ainsi qu’on le verra, jam ais eu la volonté d ’agir sérieusement pour « protéger » ces minorités. Le seul recours restait la SDN qui reçut plusieurs requêtes envoyées par les coreligionnaires de ces minorités vivant en Syrie, en Irak ou au Liban. Dans la mesure où les puissances occidentales n’étaient pas disposées à agir en faveur de ces 43.

FO, rapport (n° 316) de Lindsay à M acD onald. 22 avril 1924, doc. d t., P 40.

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populations opprimées, ces lettres de protestation ne pouvaient pas avoir de suites sérieuses. L'ensem ble des mesures de vexation appliquées par les autorités turques rendait donc les conditions de vie insoutenables pour les commu­ nautés visées. Mais les autorités d ’Ankara ne se contentèrent pas d ’une sim ple expulsion des indésirables hors de Turquie. Elles veillèrent simultanément à supprimer les fondements de toute vie communautaire, afin d ’empêcher un éventuel retour des membres de ces minorités non turques dans les régions d ’où ils venaient d ’être exilés. Tout au long des années 1920, les autorités turques adoptèrent pour cela toute une série de lois concernant les biens « abandonnés » de ceux qui avaient quitté la Turquie, à seule fin de confisquer définitivement leurs propriétés immo­ bilières.

Les lois turques sur les biens des « fugitifs » : l’élim ination du Hen m atériel fondamental des communautés « indésirables » avec la Turquie

L’un des principes de base de la politique du régime turc consistait à déposséder de ses biens toute personne appartenant à une communauté non turque et ayant été obligée de quitter la Turquie pour des raisons variées. Ces mesures radicales, appliquées durant les années 1920, privèrent les ex-ressortissants de la Turquie de leurs droits sur leurs biens m obiliers et immobiliers. O r ces biens constituaient le lien matériel m ajeur que les populations non turques ayant quitté les territoires turcs conservaient encore avec leurs lieux d ’habitation d ’origine. Définiti­ vem ent privés de leur lien avec le terroir, les membres des communautés non turques avaient d ’autant moins de chance de rentrer dans leurs lieux d ’origine, au cas où les circonstances s’y seraient prêtées. C ’est pourquoi, dès le retrait des troupes françaises de Cilicie, le gouvernement d ’Ankara s’em pressa de promulguer des lois relatives aux « biens abandonnés » (em vali m etrouké), afin de confisquer « légalement » ces propriétés et de détruire ainsi les bases matérielles fondamentales - terres et immeubles sur lesquelles reposait l’existence de ces communautés. Cela dit, on ne peut ignorer que parallèlement au facteur idéologique qui conduisit Ankara à adopter ces mesures de confiscation, il y eut également le sim ple désir de spoliation et d ’accaparement de richesses appartenant à des non-Turcs et considérés comme indésirables en Turquie.

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Cette politique d ’Ankara visant à la confiscation des biens des absents toucha évidemment la plupart des populations (Arméniens de Cilicie, Syriens et Libanais installés en Cilicie) dont nous étudions le sort dans cette deuxième partie de notre travail. Tout au long des années 1920 et 1930 des tractations entre la France mandataire et la Turquie eurent donc lieu pour résoudre le problème délicat des « biens abandonnés » que ces populations avaient laissés en Cilicie, avant leur départ notamment pour la Syrie et le Liban. La confiscation des biens toucha également les quelques minoritaires qui avaient malgré tout décidé de rester en Cilicie, même après le retrait fiançais. C ’est pourquoi on attachera une impor­ tance particulière à cette question et on tentera ici de présenter l’évolution des lois adoptées par les autorités turques visant à déposséder définiti­ vement de leurs biens les ex-ressortissants turcs ayant quitté le pays. Ces lois, promulguées en série tout au long des années 1920, donnèrent naissance à une législation extrêmement complexe, parfois contradictoire, utilisant souvent des méthodes déguisées pour légaliser une confiscation explicite. On s’attardera également sur la Convention signée en 1932, entre la France et la Turquie, au sujet des biens : elle constitue une phase importante dans l’évolution de cette question. A ce sujet, il faut tout d ’abord préciser que dans l'espace territorial turc la spoliation des biens d'une population entière avait déjà été pratiquée durant la première guerre mondiale, quand le régime jeune-turc mit en œuvre le plan d ’extermination des Arméniens ottomans. Le premier décret qui amorça le projet génocidaire des autorités ottomanes fut la « loi relative aux mesures qui seront prises contre ceux qui, en temps de guerre, s’opposeraient à l’action des autorités », promulguée le 1 4 mai 1915 (Takvim i Vekayi, n°2189, 19mai 133144). Son article2 accordait notamment à l’armée ottomane l’autorisation, «selon les exigences militaires, ou en cas de soupçons d ’espionnage ou d ’animosité, [de] déporter les habitants des villages et des bourgs, soit individuel­ lement, soit en masse45 ». En fait, cette loi constitua la base juridique de la déportation de centaines de milliers d ’Arméniens de toutes les régions du territoire ottoman. Outre l’ordre de déportation des Arméniens, un talim atnam ê (instruction) constitué de 34 articles, promulgué le 16 mai 1915/1331 et mis en vigueur le 26 mai 1915 (1331), détaillait les moyens de conservation des biens abandonnés par les Arméniens déportés par les autorités ottomanes. L’article 2 indiquait que les biens immobiliers des 44. 4 5.

M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, annexe de la lettre (n° 222) de Chambnm. am bassadeur de France en Turquie, à Briand, 5 août 1929, Constantinople, P 48. Ibidem .

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déportés seraient pris en charge par des Commissions administratives des biens abandonnés (Em vali m etruke idare commisioni). Cependant, les articles 11 à 18 établissaient que des m ohadjirs (réfugiés musulmans) devraient s ’installer dans les immeubles et sur les to res des Arméniens déportés, rendant purement formelles les dispositions des articles précédents. Quant aux biens mobiliers des Arméniens, les articles de 5 à 10 stipulaient que ceux-ci devraient être vendus par l'entrem ise des autorités ottomanes aux enchères publiques, les sommes recueillies devant être reversées au Trésor ottoman, au nom de leurs propriétaires. En somme, l’application de cette loi était une façon déguisée d'accaparer les biens des Arméniens déportés sous des dehors de légalité. Le talim atnam é du 16 mai 1915 est vraisemblablement un texte hâtivement préparé afin de gérer rapidement la situation d ’une multitude de biens laissés par des centaines de milliers de propriétaires déportés. En effet, les autorités ottomanes étaient certainement soucieuses d ’empêcher que ne se crée une situation chaotique après le départ des Arméniens de leurs foyers, la population musulmane risquant de profiter de la situation pour s’approprier les biens des déportés. Ce talim atnam é fut donc suivi par la promulgation d ’un document plus élaboré, la « loi provisoire relative aux biens, dettes et créances des personnes transférées46 dans d ’autres localités», datée du 13septembre 1915 (17Z ilkadé 1333, Takvim i Vekayi, n°2303, 14 septembre 1915). Elle a été, à son tour, suivie par un « règlement relatif au mode d'exécution de la loi provisoire du 13 septembre 1915/1333 sur les Commissions de liquidation des biens laissés par les personnes transférées dans d ’autres localités, et leurs attri­ butions », comprenant 25 articles, publié et mis en vigueur le 26 octobre 1915 (30 Zilhidié 1333, Takvim i Vekayi, n° 2343,28 octobre 191547). Après la signature de l’armistice de Moudros, en octobre 1918, le régim e ottoman, vaincu, flit contraint d ’annuler le talim atnam é de septembre 1915 et de le rem placer par la « loi relative aux biens soumis à la liquidation, des personnes transférées dans d ’autres localités, en vertu de la loi du 13 septembre 191548». Conformément à cette loi, les survivants arméniens devaient pouvoir récupérer leurs biens confisqués ou accaparés. Cette nouvelle loi, constituée de 33 articles, fut publiée dans le Journal officiel ottoman, le 8 janvier 1920 (16 Rebi ul-Akhir 1338, Takvimi Vekayi, n°3747, 12 janvier 192049). Elle marquait le prem ier engagement officiel du pouvoir ottoman en vue des réparations 46. 47. 48. 49.

Euphém ism e pour le m ot « déporté ». M AE, annexe de la lettre (n° 222) de Cham bnm à B riand... doc. cit., P 49. Ibidem , P 58. Ibidem .

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matérielles à attribuer aux survivants arméniens du génocide. A cette époque, les rescapés encore dispersés dans les déserts de Syrie et de Mésopotamie, ou dans des régions plus au sud, s’étendant jusqu’à la mer Rouge, commençaient à être rapatriés sous l’égide des puissances alliées victorieuses de la guerre, vers leur lieu d ’habitation d ’origine, notamment en Cilicie. Dès lors, la région cilicienne, occupée par les forces alliées, devint très vite un lieu de rassemblement pour des dizaines de milliers d ’Arméniens - y compris ceux qui étaient originaires d ’autres régions d ’Asie Mineure - , qui commençaient à récupéra* leurs biens confisqués. De retour dans leurs foyers, les Arméniens entamaient une nouvelle vie en Cilicie. Cette situation, on l’a vu, perdura jusqu’à la fin de 1921, date à laquelle la France se retira de Cilicie et céda la région aux Turcs. L’article 13 de l’accord signé à Ankara, le 20 octobre 1921, au sujet du retrait fiançais de Cilicie, garantissait le droit des habitants de la région à disposer de leurs biens : « Les habitants sédentaires ou demi-nomades ayant la jouissance de pâturage ou ayant des propriétés de l’un ou de l’autre côté de la ligne fixée à l’article 8, continueront comme par le passé à exercer leurs droits50. » Cette assurance sur les biens était également évoquée dans l'appel conjoint lancé, le 22 novembre 1921, à Adana, par le représentant de la France, Franklin-Bouillon, et les représentants de la Turquie, Hamid bey et Mouheddine pacha, aux habitants de la Cilicie. Suite à cette déclaration, la première « Commission des biens des émigrés » fut formée à Adana, le 28 novembre 1921. Le 6 décembre 1921 et le 2 janvier 1922, des Commissions similaires furent également fondées respectivement à Aïntab et à Dôrt-Yol. Elles étaient chargées de la conservation des biens appartenant aux habitants, en grande majorité des chrétiens, qui venaient de quitter la Cilicie51. Mais le départ définitif des troupes et de l’administration françaises de la région cilicienne donna l’occasion aux autorités turques d ’amorcer progressivement l'appropriation définitive des biens des populations émigrées. Pour parvenir à ses fins, le gouvernement fit adopter la « loi n°224 relative à l’administration des biens meubles et immeubles appartenant à ceux des habitants qui ont fui les régions libérées, ou qui ont disparu », votée le 20 avril 1922 (22 Chaaban 1340, Journal officiel du vilayet de Constantinople [Istanbul], n° 7452) par la Grande Assemblée de Turquie. Cette loi prévoyait que les biens immobiliers des absents 50. 51. 52.

SH A T .4H 124/dossier : 1 ,« A ccord d ’A ngora du 20 octobre 1921 ». N akache K aren, L a F rance e t le Levant de 1918 à 1923: le so rt d e la C ilicie e t d e ses confins m ilitaires, thèse de doctorat, p. 906-909. M AE, annexe de la lettre (n° 222) de Cham brun à B riand..., doc. cit., f° 63.

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seraient gérés par les autorités locales, et une fois que les ayants droit seraient de retour en Turquie, leurs biens leur seraient restitués. Pour les biens mobiliers, il était également prévu qu'ils seraient vendus aux enchères publiques par les autorités locales, et les bénéfices de ces ventes seraient déposées dans les caisses du fisc, pour être rendus ensuite aux ayants droit, une fois que ces derniers seraient de retour en Turquie. Ajoutons enfin que pour les deux cas précédents, la loi ne mentionnait pas le droit des héritiers sur ces biens. Considérant que, dès 1921, les autorités turques ne délivraient phis de permis d ’entrée pour les popu­ lations non turques ayant quitté la Turquie, on peut aisément en déduire que la loi du 20 avril 1922 visait, malgré une formulation apparemment positive, à l’accaparement et à la confiscation des biens des absents. Ce caractère de confiscation déguisée est encore plus affirmé dans l’article 4 de la loi, qui déclarait : « (...) ceux qui dénoncent des biens dissimulés rentrant dans la catégorie des biens abandonnés reçoivent une prime équivalent au 10 % de la valeur des objets décelés33. » En apparence on m et en place un dispositif législatif que l’on rend caduc dans les faits. La loi du 20 avril 1922 fut également un acte par lequel le gouver­ nem ent turc s’attribua officiellement la gérance des biens des absents se trouvant sur toute l’étendue des territoires turcs. O r on sait que pour le cas de la Cilicie, à partir de novembre 1921, des Commissions franco-turques avaient été formées pour s’occuper de la conservation des biens des absents. La mission française installée en Cilicie s'occupait directement d e cette affaire, conjointement avec les autorités locales turques. Mais la loi du 20 avril privait le camp français de tout droit d ’ingérence dans la question des biens appartenant à des personnes ayant quitté la Cilicie. C ’est pourquoi, le 6 juin 1922, les autorités turques d ’Adana déclarèrent officiellem ent qu’elles avaient décidé de transmettre à la caisse du fisc les fonds et les titres appartenant aux Commissions des biens abandonnés, et q u ’en conséquence, il était mis un terme au travail desdites Commissions. Le traité de Lausanne risquait toutefois d ’entraver l’entreprise des autorités turques visant à déposséder tous les absents non turcs - « les fugitifs» - de leurs biens. Signé le 23 juillet 1923, le traité stipulait, en effet, dans son article 33 : « Les personnes ayant exercé le droit d’option, conformément aux dispositions des articles 31 et 32, devront dans les douze mois qui suivront, transporter leur domicile dans l’État en faveur duquel elles auront opté. Elles seront libres de conserver les biens immobiliers qu’elles possèdent sur le territoire de l'autre État où elles auraient eu leur domicile53 53.

Ibidem .

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antérieurement à leur option. Elles pourront emporter leurs biens meubles de toute nature. Il ne leur sera imposé, de ce fait, aucun droit ou taxe, soit de sortie, soit d’entrée34. » Cette clause du traité donnait obligation au gouvernement turc de restituer les biens saisis de tous les ex-ressortissants turcs d ’origine libanaise et syrienne qui avaient quitté la Turquie et qui allaient opter pour les nationalités syrienne ou libanaise, en vertu du droit d ’option. Il faut toutefois souligna* que, conformément à l’article 30 du traité de Lausanne, tous les rescapés arméniens se trouvant en Syrie et au Liban, en grande majorité originaires de Cilicie, pouvaient acquérir la nationalité des pays situés sous mandat fiançais, mais que ce même traité ne mentionnait explicitement aucune restitution de biens pour les Arméniens devenus ressortissants syriens et libanais53. Dans ces conditions, et avant même la ratification et l’entrée en vigueur du traité de Lausanne, le gouvernement d ’Ankara s’empressa d ’adopter une nouvelle loi, afin de précipiter sa mainmise sur les biens des Syriens et des Libanais : « Loi modifiant certaines dispositions de la loi provisoire du 13 septembre 1915 relative aux biens, dettes et créances des personnes transférées dans d ’autres localités. » Promulguée le 15 avril 1923 (28 Cha’aban 1340, Journal officiel du vilayet de Constantinople, n° 125, 24 mai 1923), elle déclarait aboli le décret du 20 avril 1922 et établissait de nouvelles mesures relatives aux biens des absents, en se basant sur les articles du talim atnam è de 19153656. A la différence de la loi du 20 avril 1922, le nouveau décret ne reconnaissait plus le droit de restitution des biens immobiliers aux ayants droit qui rentraient en Turquie. En revanche, il stipulait que seraient inscrits à la caisse du fisc tous les biens immobiliers sur lesquels mainmise avait été ou serait faite57. Enfin, la loi du 15 avril 1923 empêchait les ayants droit

54. 55.

56. 57.

C onférence d e Lausanne su r les A ffaires du P roche-O rient (1922-1923), A ctes signés à Lausanne le 30 jan v ier et le 24 ju illet 1923, Paris, 1923, p. 12-13. A rticle 30 (partie I, clauses politiques ; section IL, nationalité) : « Les ressortissants turcs établis sur les territoires qui, en vertu des dispositions du présent Traité, sont détachés de la Turquie, deviendront, de plein droit et dans les conditions de la législation locale, ressortissants de l’État auquel le territoire est transféré » {C onférence de Lausanne sur les A ffaires du P roche-O rient (1922-1923) (...), doc. rit., p. 12). D urant la conférence de Lausanne, Ismet Inônu, le ch ef de la délégation turque, accorda officiellem ent l’am nistie à tous les ressortissants ayant précédem m ent habité en Turquie. C ette disposition n’a cependant jam ais été appliquée, les autorités turques continuant & refuser le retour en Turquie des ressortissants arm éniens. M AE, annexe de la lettre (n° 222) de Cham brun à B riand..., doc. rit., ff. 63-65. CADN, m. S .-L , 1* v., b .d , n° 1395, «M ém oire adressé à Son Excellence M onsieur le haut-com m issaire de la République française, par les ressortissants libanais et syriens

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de faire géra- leurs biens par des mandataires ou gérants d ’affaires. Cette dernière mesure visait directement les ex-ressortissants turcs d ’origine syrienne ou libanaise qui possédaient des propriétés en Turquie, notamment en Cilicie, à Smyme et à Konia et qui, jusqu’à la promulgation de cette loi, continuaient à les gérer par l’intermédiaire de mandataires. Environ un an phis tard, toujours avant la mise en vigueur du traité de Lausanne, le gouvernement d ’Ankara adopta, le 13 mars 1924/1340, une autre mesure qui lui offrait la liberté de disposer à son gré des «biens abandonnés ». On remarquera que la loi du 20 avril 1922 prévoyait la gérance de ces biens par les autorités turques, jusqu’au retour de leurs propriétaires légitimes en Turquie. O r la loi du 13 mars 1924 prévoyait la répartition d ’une partie des «biens abandonnés» aux citoyens turcs « dont les biens meubles ou immeubles ont été détruits par l’ennemi, les rebelles, ou par les autorités pour raisons majeures58 ». Le traité de Lausanne entra finalem enten vigueur le 6 août 1924, mais le gouvernement d ’Ankara continua à s’abrita’derrière ses lois nationales, en opposition avec les clauses dudit traité, pour éviter de restituer quoi que ce soit aux Syriens et aux Libanais, conformément aux spécifications de l’article 33 de ce traité. Le 30 mai 1926, un traité de paix et de bon voisinage fut néanmoins conclu à Ankara entre la Syrie mandataire et la Turquie. L’article 3 du traité concernait les membres des communautés d ’origine syrienne et libanaise de Cilicie qui, en vertu du droit d ’option, avaient adopté ou allaient adopter les nationalités syrienne ou libanaise. Relativement à la question des biens de ces optants, ce même article stipulait : «Elles [les personnes qui avaient opté pour les pays sous mandat français] seront libres de conserver les biens immobiliers qu’elles possèdent sur le territoire turc. Elles pourront emporter leurs biens meubles de toute nature. Il ne leur sera imposé (te ce frit aucun droit ou taxe soit de sortie, soit d’entrée59. » C ’est vraisemblablement pour se conformer aux clauses du traité de Lausanne et de celles du traité de paix et de bon voisinage, que le gou­ vernem ent d ’Ankara édicta un nouveau règlement, intitulé « règlement relatif à la façon de procéder, vu le Traité de Paix de Lausanne, en ce qui

58. 59.

dont les biens m obiliers et im m obiliers sont confisqués par le gouvernem ent turc », 16 mai 1934, Beyrouth, p. 5-6. M AE, annexe de la lettre (n° 222) de Cham bnm à Briand, doc. d t .f f . 88-89. SHAT, 4H 124/d: I, « T raité turco-syrien d ’am itié e t de bon voisinage» signé à A ngora, le 30 mai 1926.

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concerne les biens abandonnés», dont le prem ier article donnait l’impression d ’un semblant de concession de la partie turque au profit des propriétaires des biens confisqués. Mais en réalité les articles suivants confirmaient encore une fois l’intransigeance d ’Ankara sur ce p o in t Ce talim atnam é fut promulgué le 13 juin 1926. L’article 1" de l’instruction interdisait aux autorités locales turques une mainmise sur des «biens abandonnés » après la date de l’entrée en vigueur du traité de Lausanne, le 6 août 1924. Mais l’article 2 précisait que si une saisie avait été effectuée avant cette date, les formalités de sa liquidation seraient complétées60. On comprend dès lors pourquoi les ayants droit, dont l'im m ense majorité avait quitté le territoire turc antérieurement au traité de Lausanne, ne purent bénéficier de ce règlement taillé sur mesure. L’instruction précisait enfin que si la mainmise avait été effectuée après cette date, les biens seraient restitués à leurs propriétaires ou à leurs mandataires ; qu’en cas d ’absence de ces derniers, les autorités turques administreraient ces biens au nom du propriétaire conformément au droit commun. Mais même pour ces rares cas, les restitutions ne furent jamais effectuées par les autorités turques. En effet, l’adoption de nouvelles lois et l’élaboration de textes interprétatifs pour les lois déjà publiées allaient limiter davantage encore le cadre légal que le gouvernement d ’Ankara offrait en vue d ’une possible restitution de biens. Outre ces mesures, une autre loi, édictée en mai 1926, définissait certaines catégories d ’ex-ressortissants turcs ayant quitté le territoire de la Turquie, comme ennemies de la nation, et étaient, à ce titre, défini­ tivement déchues de la nationalité turque. Cette nouvelle loi, d ’une rare sévérité, visait en fait tous les membres des communautés non turques et tout particulièrement les Arméniens qui avaient « quitté» la Turquie au cours de la première guerre mondiale et qui, depuis ce temps, malgré les demandes répétées de certains d ’entre eux, n’avaient pas réussi à obtenir une autorisation d ’entrée en territoire turc. Ce décret, promulgué le 23 mai 1927, stipulait : « Le Conseil des Commissaires est autorisé à exclure de la nationa­ lisation (sic) turque ceux des sujets ottomans qui, au cours de la guerre pour l’indépendance, n’ont pas pris part à la lutte nationale et, restés à l’étranger, ne sont pas rentrés en Turquie à partir du 24 juillet 1923 jusqu’au jour de la promulgation de cette présente loi61. » 60. 61.

M AE, annexe de la lettre (n° 222) de Cham brun à Briand..., doc. rit., P 81. C onfiscation des biens des réfugiés arm éniens p a r le gouvernem ent tu rc : consultation d e G ilbert G idel, A lbert d e Lapradelle, L ouis le F ur e t A ndré M andelstam , Paris, 1929, p. 20

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Désormais, en se fondant sur cette nouvelle loi, les consulats turcs de l’étranger allaient refuser de délivrer des permis d ’entrée aux Arméniens ex-ressortissants turcs, qui cherchaient à rentrer en Turquie, tout particu­ lièrem ent dans le but de récupérer leurs biens. Quelques semaines auparavant, le gouvernement turc avait adopté une autre loi, tout aussi hostile à l’égard des Arméniens, révélatrice de la détermination d'A nkara à continuer de « gérer » à son gré les biens des Arméniens absents. Cette loi n° 882 fut promulguée le 3 m ai 1926, sous l’intitulé suivant : « Loi relative aux immeubles qui seront donnés en compensation aux familles des personnalités martyrisées par les Comités terroristes arm éniens» (Journal officiel, n°405, 2 7 juin 1926)62. Les personnalités en question étaient en fait des hommes politiques ottomans de haut rang, pour la plupart condamnés in absentia pour l’organisation du génocide des Arméniens, par la Cour m artiale instituée par le nouveau gouvernement turc après l’armistice de M oudras. De 1921 à 1922, les principaux criminels, qui s’étaient soustraits au verdict du Tribunal, furent débusqués sur leur lieu d ’exil par de jeunes militants arméniens et exécutés63. La loi précisait que les immeubles offerts à ces familles seraient prélevés sur les « biens abandonnés » des Arméniens64. Enfin, le 28 mai 1928, le gouvernement turc élabora la « loi n° 1331 relative à l’inscription au Tapou des biens immeubles concédés selon les lois spéciales ou affectés aux populations venues par voie d ’échange ou autre, aux émigrés, réfugiés65 ». Cette nouvelle loi interdisait non seulem ent toute restitution de biens immobiliers, mais également leur remboursement en nature. L’article 7 de cette loi précisait : « Les biens immeubles sur lesquels mainmise a été effectuée ou sera effectuée conformément aux lois du 13 septembre 1915 et du 15 avril 1923, qu’ils soient concédés ou affectés aux échangés ou qu’ils soient transférés au Trésor d’État, ne peuvent plus être restitués aux ayants droit

62.

63.

64. 65.

M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, «docum ents relatifs aux statuts des biens libanais et syriens en Turquie », envoyé p ar le haut-com m issaire en Syrie e t au Liban au m inistre des AE, 14 septem bre 1929, Beyrouth, ff. 148-149. Les personnes visées par la loi du 27 ju in 1926 et ayant été exécutées par des A rm éniens, étaient : Talat pacha, Djemal pacha, Said Halim pacha, Djemal Azmi bey, B ehæ ddin Chakir, Sureya bey et N ousret bey (officiers d ’ordonnance de Djemal pacha). Les autres personnes étaient : Serve! bey, m u tessa rif de M ouch, Kem al bey, kaïm akam de Boghazlian, le D r Rechid bey, qui a pris la fuite et s’est suicidé au cours du procès, H afiz A bdallah bey d ’Eizindjan. M AE, «docum ents relatifs aux statuts... », doc. c it, P 148. M AE, annexe de la lettre (n° 222) de C hanfcnm à Briand, doc. d t.,f f . 150-152.

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désignés par jugement Toutefois, le Trésor d’État rembourse tes valeurs estimées de ces immeubles selon la loi du 15 avril 19236667.» Le 2 juillet 1929, après plusieurs mois de délibération, la Grande Assemblée nationale adopta un texte interprétatif de l’article 7 de la loi du 28 mai 1928, où U était précisé q u 'il était impossible de restituer en nature des immeubles aux ayants d ro it Le texte ajoutait que la seule restitution qui pourrait se faire était un remboursement des avants droit sur la base des stipulations de la loi du 13 septembre 1915 . Or, cette précision signifiait effectivement la spoliation de ces biens, car il recon­ naissait aux propriétaires de ces biens immobiliers « le droit sur les valeurs estimatives enregistrées au début de l’année 1915 sur les registres du Wergho [ou vergi, mot turc qui signifie impôt, fisc]. Or, c’est un foit notoirement connu que les valeurs enregistrées au Wergho représentent à peine le 1/5* de la valeur vénale. Les inscriptions de 1915 étant faites sur la base de la monnaie or et les restitutions prévues par la loi du 15 avril 1923 ne pouvant se foire qu’en monnaie turque papier, le montant à restituer aux ayants droit représenterait à peine le 2 à 2,5 % de la valeur vénale réelle des immeubles68 ». L’empressement de l’Assemblée turque à adopter à cette date précise un tel texte interprétatif ne pouvait pas être le foit du hasard. En effet, le gouvernement turc avait engagé des négociations avec la France en vue d ’un règlement définitif de la question des biens des Syriens et des Libanais en Turquie et des biens des Turcs en Syrie et au Liban. Comme nous allons le voir un peu plus bas, la mauvaise foi manifestée par Ankara sur la question de la restitution des biens détenus en Turquie par des ressortissants libanais et syriens avait conduit les autorités manda­ taires françaises à adopter, à leur tour, des mesures de rétorsion contre les biens des Turcs en Syrie et au Liban. En effet, à partir de mars 1927, le Haut-Commissariat à Beyrouth imposa un embargo sur les biens des Turcs situés en Syrie et au Liban. Il força ainsi le gouvernement turc à s’engager, à partir de 1929, dans la voie de la négociation, en vue d ’un règlement à l’amiable de ce problème. Les négociations débutèrent donc en septembre 1929. Le gouver­ nement fiançais semblait être déterminé à défendre les intérêts de tous les ex-ressortissants turcs, devenus libanais et syriens, en vertu des clauses 66. 67. 68.

Ibidem , P 159. Ibidem , ff. 172-173. CADN, « M ém oire adressé... ». doc. cit., p. 7.

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du traité de Lausanne et de celles du traité turco-syrien d ’amitié et de bon voisinage. Lors d ’un entretien qui eut lieu le 5 mai 1927, Philippe Berthelot, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères fiançais, déclara à Fethi bey, ambassadeur de Turquie en France, que le gouvernement fiançais considérait comme arbitraires les mesures prises par Ankara i l’égard des biens immobiliers appartenant à des «ressortissants actuels des États sous Mandat, qu’il s’agisse d’anciens ressortissants turcs d’origine syro-libanaise devenus ressortissants syriens en vertu du Traité de Lausanne (...) ou d’anciens ressortissants turcs d’origine arménienne fixés avant la guerre en Cilicie, devenus de plein droit ressortissants des États sous Mandat du lait de leur établissement en territoire syrien ou en territoire libanais, où ils avaient dû se réfugier pour se soustraire aux représailles turques6970». Justifiant les raisons qui avaient poussé le Haut-Commissariat fiançais à imposer des mesures d ’indisponibilité sur les biens turcs en Syrie et au Liban, Berthelot précisa à son interlocuteur turc que son gouvernement était « résolu à pratiquer la rétorsion jusqu’à ce qu’une solution équitable soit intervenue'" ». Peut-on cependant, sur la foi de ces déclarations, croire que la France était effectivement résolue à englober également le cas des Arméniens de Cilicie, devenus ressortissants de la Syrie et du Liban, dans les négociations prévues ? Une telle approche est manifeste dans les lettres émanant de hauts fonctionnaires fiançais du ministère des Affaires étrangères, dans les années 1927-1928. Elle rencontra toutefois une ferme opposition d ’Ankara à l’introduction du cas des Arméniens dans les négociations. Afin d ’exclure les Arméniens du futur accord sur les biens, le gouvernement turc exigea ainsi que les traités internationaux, en l’occurrence le traité de Lausanne et le traité syro-turc d ’amitié et de bon voisinage, ne soient pas pris comme base juridique pour les négociations sur les biens des Syriens et des Libanais en Turquie. Une fois ce principe posé, les réclamations des Arméniens de Cilicie, devenus ressortissants syriens et libanais en vertu de ces deux traités, pourraient être exclues du futur accord71. Pour faire bonne mesure, Ankara signifia en outre au

69. 70. 71.

CA D N , fonds A nkara, n° 129, lettre (n° 182) du m inistre des AE à D aeschner, 13 mai l9 2 7 ,p i3 -4 . Ibidem , p. 3. CA D N , fonds A nkara, n° 129, « N ote au sujet de la question des biens syriens et libanais en Turquie », 30 décem bre 1929, Beyrouth, p. 1.

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gouvernement français que dans le cas où U insisterait sur le cas arménien, les négociations étaient inévitablement vouées à l'échec72. Cette position turque trouva un favorable défenseur en la personne du nouvel ambassadeur de France en Turquie, Charles de Chambrun, qui allait, plus tard, ratifier, côté fiançais, la future Convention sur les biens. Son approche est clairement exposée dans une lettre de juillet 1929, dans laquelle le représentant fiançais en Turquie signale que le maintien du cas des biens arméniens pourrait avoir des effets négatifs sur les relations entre la Turquie et la France qui venaient à peine de s'am éliorer après des années de « rapports peu cordiaux73 ». Pour Chambrun : « Le crédit que nous avons ainsi regagné, nous aurons à nous en servir prochainement en faveur d ’anciens sujets turcs, qui sont nos protégés d ’autrefois et nos sujets d ’aujourd’hui : les Syriens74. » Très probablement dès le printemps 1929, le gouvernement fiançais décida d ’exclure définitivement le cas des Arméniens du futur accord sur les biens. Un rapport du Haut-Commissariat de Beyrouth notifiait à ce sujet : « la question des réclamations arméniennes, pour des raisons d ’opportunité, doit être maintenue hors du débat75 », quelles que soient les solutions à envisager lors des négociations. Dans une lettre de décembre 1930, Briand confirma cette position en avançant ceci: « (...) nos obligations sont incontestablement moins impératives à leur égard [des Arméniens] que vis-à-vis des Syriens d ’origine76. » Le ch ef de la diplomatie française ajoutait avec cynisme ou bonne conscience dans le même document, en guise de justification : « (...) depuis leur arrivée [des Arméniens] en Syrie, nous avons largement rempli vis-à-vis d ’eux notre devoir d ’assistance77. » 11 est vraisemblable que les efforts déployés par le Comité central des réfugiés arméniens, à partir de 1925, auprès de la Société des Nations, en vue de la restitution des biens des Arméniens dans leur ensemble, fournirent un autre prétexte à la diplomatie française pour éviter de

72.

73.

74. 75.

76. 77.

M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, Secrétariat général du Haut-Com m issariat en Syrie-Liban, «N égociations relatives aux biens syriens et libanais en T inquie: exposé de M . de H autecloque », 21 octobre 1929, Beyrouth, P 225. M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, lettre de Cham brun à Locquin, député, vice-président de la Com m ission des finances, Cham bre des députés, 10 ju illet 1929, Constantinople, P 27. Ibidem . M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, Secrétariat général, bur. dip., «N égo­ ciations relatives aux biens syriens et libanais en Turquie : état de la question du 21 octobre 1929 », 22 octobre 1929, Beyrouth, P 231. CADN, fonds A nkara, n° 129, lettre (n° 281) de B riand à Cham brun, 15 décembre 1930. p .3 . Ibidem .

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prendre en charge la très délicate question des réclamations des Arm éniens de Cilicie. En effet, ce comité constitué par des Arméniens et basé à Paris, avait présenté des requêtes à la SDN, auprès de laquelle il défendait le droit des Arméniens, ex-ressortissants turcs et interdits d'en trée dans les territoires turcs, à restitution de leurs biens confisqués78. L e ch ef de la diplomatie française était pourtant conscient - il l'adm et dans sa correspondance - que de telles réclamations concernant la Turquie, notamment par le biais de la SDN, n’avaient pratiquement pas d e chance d ’aboutir79. « On pouvait se demander si le gouvernement turc se déciderait jam ais à rendre justice aux Arméniens8®», ajoutait-il. De so n côté, le Comité central des réfugiés arméniens, ignorant l’attitude adoptée par la diplomatie française, était persuadé que le cas des Arm éniens devenus ressortissants de la Syrie et du Liban serait pris en charge lors des négociations franco-turques sur la question des biens. Une lettre adressée par Lévon Pachalian, secrétaire général de ce comité, au m inistre des Affaires étrangères français, exprimait du reste la gratitude d u Comité pour l'action menée par la France autour de cette question81. F ridtjof Nansen, le haut-commissaire pour les réfugiés à la SDN, rem ercia dans les mêmes termes Arisitide Briand82. Dans ces conditions, la diplomatie française se sentit obligée d'envoyer une lettre au chef de la Section des réfugiés du secrétariat de la SDN, dans laquelle elle déclarait que, malgré l’intérêt que la France avait toujours porté aux réfugiés arm éniens, « les circonstances ne lui ont pas permis d ’inclure la question d e leurs biens abandonnés à la Turquie dans les négociations actuelles avec le gouvernement d ’Angora83 ».

7 8.

79. 80. 81.

82. 8 3.

Les consulats turcs à l’étranger ne délivraient pas de passeports à quatre catégories d ’A im éniens : « a) Les A rm éniens qui se sont réfugiés en Europe lors des m assacres de 1915 ; b) Les A rm éniens qui ont quitté Smyme, sur les ordres catégoriques du Com m andant de l’arm ée turque ; c) Les A rm éniens qui ont quitté la Turquie avec des passeports qui leur ont été délivrés, pendant l’occupation, par des autorités interalliées ; d ) C ertains A rm éniens qui ont quitté la Turquie pendant ou après la guerre, m unis de passeports des autorités turques, et m êm e d ’autres établis à l’étranger depuis de longs m ois avant la guene » (C onfiscation des biens des réfugiés arm éniens p e r..., doc. c it, P- 20). CADN, fonds A nkara, n° 105, lettre (n° 339) du m inistre des AE à D aeschner, 25 oct. 1927, Paris. Ibidem . M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, lettre de Levon Pachalian, secrétaire général du Com ité central des réfugiés annéniens, au m inistre des AE, 20 août 1929, Paris, f 105. M AE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, lettre de N ansen, haut-com m issaire pour les réfugiés, à Briand, 19 septem bre 1929, G enève, ff. 204-205. MAE, Levant 1918-1940, Turquie, vol. 260, lettre envoyée à m onsieur Johnson, ch ef de la section des réfugiés, secrétariat de la SON, 31 octobre 1929, ff. 216-217.

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Malgré cette réserve définitive à l'égard de l'introduction du cas des Arméniens dans les négociations avec les Turcs, la diplomatie française veilla à donner des instructions formelles aux négociateurs français, afin « d’éviter de donner à penser aux autorités turques que nous abandonnons ceux d’entre eux [des Arméniens] qui résident sur le territoire des États sous Mandat : ce serait mettre à b disposition du gouvernement d’Angora une exception qu’il serait susceptible d’opposer le moment venu aux Arméniens de Syrie pour les exclure du bénéfice des décisions qui pourraient être éventuellement prises par la SDN en faveur des Arméniens en général*4 ». Dans le cas des Arméniens, les négociateurs français étaient donc censés employer une stratégie visant à éviter d ’accepter une formule «excluant expressém ent» de l’accord final les Arméniens de Cilicie, devenus ressortissants de Syrie et du Liban83. La diplomatie française pensait alors qu’une telle approche lui permettrait « de la reprendre [la question des biens des Arméniens] au moment opportun, c’est-à-dire quand le gouvernement turc se trouvera, pour une raison quelconque, obligé de rechercher notre appui84*86». C ’est pourquoi, au début des négociations, les représentants français étaient enclins à adopter une procédure de règlement par cas d ’espèce, plutôt que par catégories juridiques. Cette méthode était censée éviter d ’élim iner explicitem ent les Arméniens de la Convention, tout en donnant la liberté aux autorités turques de refuser les réclamations individuelles des Arméniens de Syrie et du Liban. Mais il devint évident qu'une telle procédure risquait de retarder fortement les restitutions envisagées pour les Syriens et les Libanais d ’origine. En effet, lorsque la catégorie juridique n’était pas clairement précisée, un règlement par cas d ’espèce pouvait donner l’occasion aux autorités d ’Ankara de trouver des failles dans les dossiers individuels des requérants Syriens et Libanais d ’origine pour les exclure du règlem ent Finalement, négociateurs français et turcs se mirent d ’accord sur l’option de règlement par catégories et précisèrent ensemble les groupes juridiques de Syriens et de Libanais qui devaient être directement concernés par l'accord final sur les biens. Ces catégories incluaient87 :

84. 83. 86. 87.

CADN, m. S .-L , I* v., b .d , n° 13% , lettre (n° 38) du m inistre des A E à Ponsot, hautcom m issaire en Syrie e t au Liban, 16 janvier 1928, Paris, p. 6. CADN, lettre (n° 281) de B riand iC h am b n m , 13 décem bre 1930, Paris, pi 4. M AE, « N égociations relatives... », doc. d L , f ’ 226. CADN, m. S .-L , 1- v., b.0.

La création de nouvelles alliances entre les communautés de la H auteD jazira : la perspective du retraitfrançais de Syrie et ses répercussions A partir des années 1932-1933, la scène politique syrienne fut m arquée par la lutte que les indépendantistes syriens, groupés autour du Bloc national, menaient contre le pouvoir mandataire et ses partisans locaux. Le Haut-Commissariat faisait alors face à un mouvement national syrien solidement implanté dans les grandes villes de Syrie et y représentant la force principale. Les dernières élections législatives (1931/ 1932) n ’avaient été remportées par les partisans du maintien du mandat qu’au prix de manipulations commises lors du dépouillement des bulletins dans des villes comme Alep ou Damas. Ce qui eut pour résultat de radicaliser la lutte menée contre le régime mandataire fiançais par le Bloc national. Celui-ci ne relâcha pas sa pression jusqu’à ce que la France fasse enfin des concessions majeures aux demandes des indépendantistes. La situation était d ’autant plus tendue que le voisin irakien avait déjà conclu, en 1930, un traité avec les autorités britanniques prévoyant la fin prochaine du mandat et qu’en octobre 1932 l’Irak était admise au sein de la SDN. Le précédent irakien rendait l’intransigeance française face aux revendications des indépendantistes difficilement tenable. Un prem ier assouplissement de la position des autorités françaises se produisit en 1932, lorsque le haut-commissaire Ponsot proposa aux Syriens de signer un traité m ettant fin au mandat, tout en pérennisant la présence fiançaise en Syrie. Cette dernière exigence était inacceptable pour les indépendantistes. Les années suivantes furent donc marquées par le bras de fer imposé par le Bloc national visant à la signature d ’un traité fianco-syrien garantissant l’indépendance, l’intégrité et l’unité de la Syrie. Pour sortir de l’impasse politique dans laquelle elle se trouvait, la

108. CADN, m . S .-L , l* v ., n° 1767, Sûreté générale, Beyrouth, Inform ation n °6 1 5 , 3 février 1932, Beyrouth. 109. CADN, m . S .-L , 1" v., n° 344, Sûreté générale, État de Syrie - K am echlié, inform ation n° 3 4 4 ,2 0 jan v ier 1932, Beyrouth. 110. CADN, m. S .-L , 1* v., n° 1771, Sûreté générale, inform ation n° 1387, 29 mars 1933, Beyrouth.

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diplomatie française accepta finalement, au début de 1936, d ’entam er des négociations avec les opposants indépendantistes syriens. La volonté de Paris d ’apaiser la situation politique en Syrie était également dictée par les bouleversements survenus sur la scène nationale et internationale. Ainsi, en janvier 1936, le gouvernement de droite de Pierre Laval avait été remplacé par celui du centre d ’Albert Sarraut, favorable à une politique plus souple en Syrie. D ’autre part, la rem ise en cause par Hitler du statut démilitarisé de la Rhénanie était devenue un sujet de préoccupation m ajeur pour la classe politique française111. L’Italie frisciste profitait enfin de la situation conflictuelle régnant en Syrie pour y planter ses propres jalons et y consolida* son influence. Face à une situation internationale tendue et aux risques de conflits se profilant à l’horizon, Paris considéra que le moment était venu de calmer F effer­ vescence politique régnant en Syrie. En mars 1936, une délégation syrienne, constituée en grande m ajorité des leaders du Bloc national, partit donc pour Paris afin d ’y participer à des négociations avec le gouvernement français. Philip Khoury note, à ce sujet, que les représentants français étaient alors peu disposés à faire des concessions et qu’en conséquence les négociations risquaient d ’aboutir à un échec. Mais, en avril, les élections générales en France amenèrent au pouvoir le Front populaire et un gouvernement de gauche présidé par Léon Blum 112. Cette fois-ci, un réel infléchissement se produisit dans la politique française de maintien du pouvoir mandataire en Syrie. Un traité favorable aux indépendantistes syriens fut conclu en septembre. Les élections législatives syriennes de novembre s’achevèrent enfin par la victoire du Bloc national dont les leaders commencèrent à occuper les postes clés de l’État syrien. Toutefois, de puissants groupes de pression des cercles cléricaux, militaires et coloniaux - se refusaient encore à satisfaire les revendications des indépendantistes113. Si bien que le traité ne fut pas immédiatement ratifié par le gouvernement Blum, auquel succédèrent des cabinets de droite bien moins favorables à un retrait définitif de Syrie qui pourrait affaiblir la position stratégique française, en cas de déclenchement d ’une guerre mondiale. Ces bouleversements eurent une influence directe sur la situation en Haute-Djazira. Durant les dernières années du mandat, cette région du Nord-Est syrien fut le théâtre d ’une lutte acharnée entre les partisans 111. Shambrook Peter A., F rench Im perialism in Syria, 1927-1936, United Kingdom, 1998, p. 203-204. 112. Khoury Philip S., Syria a n d th e F rench M andate : The P o litics o f A rab N ationalism . 1920-1945, New Jersey, 1987, p. 464-465. 113. Laurens Henry, L ’O rient arabe : arabism e e t islam ism e d e 1798 à 1945, Paris, 1993. p. 313.

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d ’une Haute-Djazira autonome, sous la protection de la France, et le pouvoir central de Damas qui était passé aux mains des indépendantistes du Bloc national De nouvelles alliances se formèrent entre les communautés de la région et toute l’actualité politique de la HauteDjazira était centrée sur ce conflit intérieur. Il n’entre pas dans nos desseins de faire l’historique de cette grave crise régionale, d'autant qu’elle concerne phis directement la politique intérieure syrienne et non les questions frontalières avec la Turquie. Cela dit, sans entrer dans les détails, on ne peut foire l’économie d ’un examen de l’évolution de la p o sitk » des différentes communautés de la région et des nouvelles alliances qui se sont alors nouées dans la nouvelle conjoncture politique. La perspective du retrait français de Syrie et de l’établissement d ’un État centralisé a aussitôt suscité de vives inquiétudes au sein des popu­ lations de l’État Alawi, du Djebel Druze, du sandjak d ’Alexandrette, qui étaient jusqu’alors dotés d ’une autonomie administrative par rapport à Damas. Le problème des minorités se posait alors dans toute son ampleur. Une certaine appréhensif» était également perceptible parmi des popu­ lations non arabes de Haute-Djazira qui craignaient que l’établissement d 'u n État-nation arabe syrien se frisse, comme en Turquie ou en Irak, au détrim ent de leurs droits de minoritaires. Il fout ici rappeler que depuis la colonisation de la Haute-Djazira, les populations non arabes de la région s’étaient toujours trouvées en position de force pour défendre leur auto­ nom ie et rejeter la mainmise du gouvernement syrien sur les affaires de leur région. En effet, sur les quelque 150000 habitants de la HauteDjazira, l’ensemble des peuples non arabes (kurde, kuide-yézidi, syriaque, assyrien, arménien, chaldéen, juif, tchétchène) form ait la m ajorité par rapport aux Arabes. Plus encore, les troupes basées dans la région étaient constituées de recrues locales appartenant principalement à ces peuples non arabes. Une confrontation sem blait donc inévitable entre les zones péri­ phériques de Syrie et le nouveau pouvoir indépendantiste de Damas. D ’autant que le Bloc national considérait comme des visées séparatistes les revendications relatives à la défense des droits des minorités et ne voulaient y voir que des intrigues menées par les autorités mandataires pour saboter le processus de retrait français. Comme le souligne André Raymond, les politiciens de Damas « (...) furent enclins à poursuivre une politique d ’assimilation imprudente et parfois brutale» à l’égard des régions marquées par la forte présence des m inorités114. A partir de 1936, après la prise du pouvoir par les indépendantistes, des nominations 114. Raym ond A ndré, « La Syrie du Royaum e arabe à l’indépendance ( 1914-1946) », dans L a S yrie d 'a u jo u rd 'h u i (éd. A ndré Raym ond), Paris, 1980, p. 75.

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arbitraires furent effectuées par le gouvernement syrien en Haute-Djazira, visant à écarter les adversaires du Bloc national des postes adm inistratifs à responsabilité. Des menaces sans équivoque furent lancées par les hauts responsables de Damas à l’encontre des populations chrétiennes de la région, contribuant à accentuer l’inquiétude de ces communautés devant la perspective de vivre un jour sous l’autorité d ’un État arabe syrien, dans lequel elles seraient privées de la protection française. Il faut, à cet égard, souligner que les défenseurs de la présence française en Syrie - les milieux militaires, tout comme certaines m issions religieuses françaises - s’efforcèrent d ’exploiter les appréhensions réelles suscitées chez les populations minoritaires de Syrie pour dissuada* les responsables de Paris de tout retrait définitif de ce territoire. Cette opposition, comme le souligne M eir Zamir, était notamment incarnée par le général Huntziger, commandant des troupes françaises au Levant, et par ses proches collaborateurs militaires de haut rang. Ils étaient persuadés que les termes du traité conclu avec les Syriens en 1936 avaient créé des obstacles devant l’armée française en vue de l’utilisation des territoires syriens pour la défense des intérêts français dans la région et la Méditerranée orientale, en cas de guerre en Europe. Ils étaient alors contre la ratification par la France du traité conclu, et, en conséquence, ils encouragèrent les chrétiens de Syrie et du Liban à manifester officiel­ lement leur crainte devant la perspective du retrait fiançais113. Par »tem ple, à partir de 1936, de multiples pétitions furent signées par les chefs communautaires et les notables de la Haute-Djazira, dem andant le maintien de la présence française dans leur région et exprim ant leur réticence à l’égard de la création d ’un État syrien unifié et centralisé. O r ces requêtes, qui étaient adressées au gouvernement fiançais ou à la SDN, étaient souvent suscitées par des officiers fiançais des services de rensei­ gnements, opérant dans la région et hostiles au retrait français. Plus encore, afin d ’accentuer la pression sur Paris, les rapports officiels pro­ venant de la Haute-Djazira prévoyaient un désastre pour les populations non arabes, en cas d ’évacuation française. A propos de l’attitude adoptée par les militaires français à partir de 1936, en Syrie, Velud écrit à juste titre : «Naturellement, l’annonce du traité et les promesses qu’il contenait, constituaient une menace pour cette suprématie [détenue par les militaires français en Syrie]. Tout allait donc être feit, côté militaire, pour empêcher ou au moins retarder l’échéance de la ratification. C’est dans un tel état* 115. Z am ir M eir, Lebanon 's Q uest : The R oad to Statehood. 1926-1939, L ondres / New Y ork, 1997, p .2 2 2 .

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d'esprit q u'il faut comprendre l'engagem ent des militaires dans les mou­ vements régionalistes, autonomistes ou séparatistes, d'inspiration mino­ ritaire alawi, druze ou kurdo-chrétien, et qui connaîtront leur plus grand développement à partir des années 1935-1936. D'innom brables faits l'attestent116.71»

Pour ce qui concerne la Haute-Djazira, ce point de vue est entièrement confirm é par le rapport du délégué du haut-commissaire auprès du gouvernement syrien qui notait, en juin 1939, que les représentants fiançais du Haut-Commissariat servant dans le Nord-Est syrien étaient « incapables de se plier aux exigences de [la] nouvelle politique », en raison « d e leurs compromissions vis-à-vis des régionalistes». Et de dem ander le remplacement de ces officiers1,7. La lutte était bel et bien engagée entre Damas et les régions, et dans ce contexte conflictuel la Haute-Djazira allait jouer un rôle particulier. Com ment réagirent les différents groupes communautaires du NordEst syrien à la perspective du retrait français de la Syrie ? En ce qui concerne les Kurdes, il est, tout d ’abord, important de nota* que les bouleversements survenus dans la vie politique syrienne conduisirent aussitôt à l’affaiblissem ent du Khoyboun. L’organisation kurde perdit rapidement de sa cohérence, en raison des profondes divergences qui se révélèrent au sein de sa classe dirigeante. Ainsi, des chefs comme les frères Bedr Khan, les fils de Djemil pacha ou M ondo Selim ne se sentaient pas très concernés par les affaires syriennes. Pour eux, la raison d 'être du Khoyboun se résumait à m ener la lutte contre la Turquie et à établir un État kurde en Anatolie. Ils n'étaient bien évidemm ent pas défavorables au projet d'une autonomie kurde à l'intérieure des territoires syriens, mais, pour y aboutir, ils n ’étaient pas, sem ble-t-il, prêts à engager une lutte contre les indépendantistes syriens. Cette attitude était en opposition avec celle adoptée par les grands chefs tribaux kurdes du nord de la Syrie : Hadjo, les fils d ’ibrahim pacha et les fils de Chahin bey. Ces derniers étaient établis en territoire syrien avec un grand nombre de membres de leurs tribus, et ils y étaient devenus de grands propriétaires terriens, profondément impliqués dans les affaires syriennes. La lutte qu'ils menaient pour une autonomie « kurdochrétienne » en Haute-Djazira reposait donc, entre autres, sur des intérêts tribaux et personnels. Jusqu'à la fin du mandat français en Syrie, les 116. V elud, op. c it., p. S8S. 117. CA D N , m . S .-L , 1* v., c.p., n° 505, rapport (n° 918/CP, «confidentiel ») du conseiller d ’am bassade, délégué du haut-com m issaire auprès du gouvernem ent syrien, à G abriel Puaux, am bassadeur, hattf-cam m issaire fiançais en Syrie-Liban, 13 ju in 1939, Dam as, p. 4-5.

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membres dirigeants de ce deuxième groupe devinrent par conséquent des acteurs kurdes de prem ier plan dans la politique syrienne. En leur qualité de puissants et très influents chefs tribaux kurdes, ils Élisaient la force du mouvement autonomiste de Haute-Djazira. Quant aux véritables dirigeants du Khoyboun, ils s’isolèrent politiquement, recommandant, à l’exemple de Djeladet Bedr Khan, à loirs compatriotes kurdes d ’adopter une position neutre dans le conflit opposant le pouvoir m andataire au Bloc national11819. Un autre dirigeant du Khoyboun, Memdo Selim, se montra même ouvertement partisan du camp des indépendantistes 119 syriens . Pour ce qui concerne le camp « ch rétien » de la Haute-Djazira, là encore, les prises de position étaient variées et opposées. Émergea tout d ’abord un front farouchement hostile à Damas, dont les chefs furent les véritables promoteurs de l’établissement d ’un régim e autonome en Haute-Djazira, dans le cadre de l’État syrien, mais sous la protection française. Les deux leaders naturels de ce groupe étaient M gr Hanna Hebbé et M ichel Dome. Le prem ier était, depuis 1932, vicaire général du patriarcat syriaque catholique pour la Djazira et avait son siège à Hassaké. M gr Hebbé était naturellement soutenu par le patriarche des Syriaques catholiques, le cardinal Tappouni, qui entretenait de solides liens avec les milieux coloniaux en France. Quant à Michel Dome, il était le ch ef de la municipalité de Kamichli. Les chefs communautaires assyriens et arméniens catholiques participèrent, d ’une manière énergique, aux activités de ce m ouvem ent Le groupe était très influent dans les villes de Hassaké et de Kam ichli120. 118. Lors d ’un entretien, tenu en septem bre 1937, avec Bozan bey Bm C hahin, à A lep, le leader kurde D jeladet B edr Khan exprim ait ses profondes inquiétudes au sujet des habitants de la D jazira. 0 annonçait : « Je crains que les Français n ’abandonnent définiti­ vem ent nos frères de D jezireh aux Syriens. Ds seront alors victim es de la politique d ’abandon de la France et objets de représailles des nationalistes... N ous, K urdes, brim és en Turquie et abandonnés par les Français, nous n’avons plus qu’une chance : nous entendre avec les nationalistes, tout en m énageant les Français » (CADN, m. S .-L , 1* v , n° 1920, Sûreté générale, Beyrouth, 20 septem bre 1937, inform ation n° 4936). 119. CADN, m. S .-L , 1" v., n° 1963, Sûreté générale, Beyrouth, 26 novem bre 1938, Inform ation n° 6698. 120. Le m ouvem ent autonom iste était doté de son propre tkapeau qui était souvent hissé, au côté du tricolore fiançais, sur les établissem ents adm inistratifs de K am ichli e t de H assaké, en m arque d'insoum ission à Damas. Selon une source française, le drapeau des autonom istes était présenté par le tricolore fiançais nantis de deux épis de blé croisés. Le consul britannique à A lep nous donne une description un peu différente du drapeau d e la D jazira. Selon lui, il est formé de deux petits tricolores fiançais, une croix, un croissant, et deux épis de blé sur un fond blanc. Le consul D avis ajoute que ce drapeau avait été exposé pour la prem ière fois, lors de la visite, en m ars 1939, du haut-com m issaire Puaux dans la région (FO 371/23276, Pol. E astem -Syria, 1939, lettre de S ir D avis, consul britannique i A lep, à FO, 6 m ars 1939, A lep, fif. 271-273).

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0*81111« part, les deux autres communautés chrétiennes de HauteDjazira qui se montrèrent sensiblement moins concernées dans le conflit opposant le cam p autonomiste au gouvernement syrien, étaient les Syriaques orthodoxes et les Arméniens apostoliques. Dès le déclen­ chem ent du mouvement autonomiste, les dirigeants de ces deux groupes communautaires cherchèrent à dissocier les membres de leurs commu­ nautés du bloc chrétien antigouvernemental de Haute-Djazira. 11 faut toutefois souligner que les notables issus de ces deux communautés étaient des partisans indiscutables du mouvement autonomiste et que leurs signatures étaient affichées dans les nombreuses pétitions que les autonom istes adressaient à Beyrouth, à Paris ou à la SDN. Mais leurs positions personnelles n ’engageaient pas leurs communautés, dont les chefs étaient bien déterminés à rester à l’écart du mouvement auto­ nomiste. Ainsi le patriarche des Syriaques orthodoxes, M gr Ephrem Barsoum, qui ne cachait pas ses réserves à l’égard du maintien du régime mandataire, intervint personnellement afin de dissuader les membres de sa communauté de s’engager en faveur du mouvement autonomiste. Son représentant en Djazira, M gr Kiriakos, évêque syriaque orthodoxe, adopta la même position. Toutefois, l’attitude officielle du patriarcat était souvent en contradiction avec la situation sur le terrain où bon nombre de Syriaques orthodoxes étaient entraînés dans le camp des autonom istes121. Saïd Ishak, le notable syriaque orthodoxe le plus connu de la région, député au Parlement syrien, se désengagea à son tour du mouvement autonomiste, après sa radicalisation. Quant aux chefs politiques et religieux de la communauté arménienne apostolique, ils s’efforcèrent d ’adopter une position neutre dans le conflit en cours. La branche du Tachnagtsoutioun opérant en Haute-Djazira - le parti politique arménien le phis influent dans le Nord-Est syrien - reçut des instructions de son Comité central d ’Alep, lui recommandant d’observer une neutralité absolue dans les événements qui avaient lieu à Kamichü et à Hassaké et de ne prendre part à aucune action anti­ gouvernementale. Des instructions similaires furent également envoyées

121. 0 était bien difficile pour les chefs com m unautaires syriaques orthodoxes de retenir le irs coreligionnaires, notam m ent après l’incident d ’Amouda. En effet, en août 1937, une tribu kurde (les D ekkouris), alliée aux indépendantistes et provoquée par ces derniers, attaquait sur le bourg d ’Am ouda, situé près de Kam ichli. Les pillards incendiaient le q uartier chrétien et une vingtaine de chrétiens, en grande m ajorité des Syriaques orthodoxes, étaient m assacrés.

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par M gr Ardavazt Surméyan, prélat du diocèse arménien apostolique d ’Alep . La situation en Haute-Djazira, des années 1932*1933 à la fin du mandat français en Syrie, révèle, d'une manière générale, bien des traits de similitude avec celle de la Cilicie, où la France, bien avant la signature de l’accord d'A nkara d'octobre 1921, avait intégré l'idée de céder la région à la Turquie. Tout comme en Cilicie, il y avait en Haute-Djazira des o fficias supérieurs français qui s’opposaient à la politique de concessions conduite par Paris et Beyrouth au profit des indépendantistes syriens. Leurs principaux soutiens étaient les populations non arabes de la région, éléments moteurs de la politique de colonisation entreprise par le pouvoir mandataire. Ce fameux bloc « kurdo-chrétien » était vraisemblablement une création des milieux m ilitaires français, très attachés aux idées coloniales et hostiles à l’abandon par la France des territoires sous m andat Par le biais des officiers en poste en Haute-Djazira, ils étaient parvenus à canaliser et à orienter la vague d ’inquiétude submergeant les m inorités non arabes de la région, dont les revendications autonomistes corres­ pondaient à la stratégie des milieux coloniaux français qui cherchaient le moyen de prolonger la présence française, au moins dans le Nord-Est syrien, pour une durée indéterminée, en attendant des jours meilleurs. On peut toutefois avoir des doutes sur l’existence effective en HauteDjazira d ’un bloc «kurdo-chrétien», même si les rapports officiels fiançais provenant de la région s'efforçaient de présenter le bloc des autonomistes comme étant un groupe cohérent, réunissant la majorité des Kurdes et l'ensem ble des chrétiens de la région. Ce term e de bloc « kurdo-chrétien » est d ’ailleurs repris dans des ouvrages sur l’histoire de la Syrie à l'époque du m andat12123. Mais, ainsi qu'on vient de le voir, chez les chrétiens, seuls les chefs des communautés catholiques - entretenant de solides liens avec les milieux coloniaux français - étaient engagés dans le mouvement autonomiste, dont les leaders syriaques et arm éniens s’étaient désolidarisés d ’entrée, mettant ainsi en doute la représentativité « chrétienne » au sein du « bloc ». C ’est sur ce point précis qu'on distingue une différence évidente entre le cas de la Haute-Djazira et celui de la Cilicie. Ainsi, dans la région cilicienne, jusqu’à la fin de l'occupation française, il existait globalem ent 122. CADN, m. S .-L , 1* v., n° 1920, Sûreté générale, Beyrouth, 26 ju illet 1937, Inform ation n° 3641. C ette inform ation est égalem ent confirm ée par d ’autres notes de la Sûreté générale (ibidem , 4 août 1937, inform ation n °3 8 3 2 / 14 août 1937, n°410S / 27 août 1937, Inform ation n° 4416). 123. CHEAM , Aymé Jacques, L a R iva lité arabo-kw xk en D jezireh syrienne, n° 223, décem bre 1937, p. 6-7 ; Khoury, op. r it., p. 525-534.

L’achèvement de la conquête de la Haute-Djazira

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un consensus au sein des populations chrétiennes, tout comme dans une partie considérable de la communauté arabe alawi en faveur du maintien de la présence française dans la région et contre le retour du pouvoir turc. On peut évoquer les raisons principales qui ont entraîné ces populations non turques à adopter une telle attitude, à un moment où le retrait français de Cilicie était devenu évident Tout d ’abord, pour ce qui concerne la communauté arménienne - constituant le groupe majoritaire parmi les chrétiens - , ainsi que pour les autres populations chrétiennes minoritaires - Chaldéens et Syriaques - , le souvenir du génocide organisé par les Ottomans était encore vivace et constituait un obstacle insurmontable rendant impossible pour elles tout retour sous autorité turque. C ’est pourquoi, une fois privées de la protection française, ces communautés chrétiennes ont choisi le chemin de l’exil. Quant à la position de la communauté musulmane des Arabes alawis, dont une partie des chefs était en faveur du prolongement de la présence française en Cilicie, elle était notamment conditionnée par la perspective de vivre dans une grande Syrie, au côté de ses compatriotes du Djebel Alawi, et d 'y pouvoir librement développer son identité culturelle. Faut-il préciser que pour les Arabes alawis de Cilicie, le retour du pouvoir turc signifiait la poursuite de leur turquisation ? On comprend dès lors que jusqu’à l'annonce officielle du retrait fiançais, les chefs de toutes ces communautés continuèrent, à travers des pétitions, à reven­ diquer l'autonom ie de la Cilicie sous la protection de la France. La conjoncture politique était bien différente en Haute-Djazira. Même si l’établissement éventuel d ’un État national arabe syrien inquiétait les populations non arabes de Haute-Djazira, cette inquiétude était relati­ vement moins pesante et opprimante. En effet, contrairement aux relations entre les Turcs et les autres populations de Cilicie, il n ’existait pas en Haute-Djazira de précédent, d ’antagonisme ancien entre les minorités non arabes de la région et les Arabes de Syrie. D ’autre part, pour nombre de populations non arabes de HauteDjazira, la question de la légitimité historique de leur présence dans la région ne se posait même pas. Il était clair pour tous que c’est à la faveur de la colonisation française de la région et de sa politique de peuplement que la grande majorité des peuples sédentaires s’étaient installés dans le Nord-Est syrien. En revanche, en Cilicie, qu’ils soient Arabes alawis ou Arméniens, tous revendiquaient le droit d ’y vivre, d ’une manière autonome, dans leur habitat traditionnel. M algré cela, on vit en HauteDjazira apparaître dans les deux camps antagonistes des symboles de légitim ation de leur présence et de leurs revendications - autonomiste ou loyaliste.

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La France en C ilicie et en Haute -Mésopotamie

Ainsi, à partir des années 1930, en dehors de la confrontation sur le terrain, les parties impliquées dans le conflit commencèrent à s’affronter au niveau de la légitimation de leurs revendications. Les Kurdes estimaient que la Haute-Djazira avait été leur habitat traditionnel, c’est pourquoi ils considéraient justifiées leurs demandes d ’autonomie admi­ nistrative. Les autonomistes faisaient souvent allusion à l’attachement de la Djazira à l’Assyrie antique dont les Syriaques et les Assyriens de Haute-Djazira se considéraient comme les descendants légitimes. Enfin, aux yeux des autonomistes, ils étaient, avec l’aide de la France, les véritables créateurs de la Haute-Djazira moderne. Ils estim aient par conséquent qu’ils avaient droit à s'autodéterm iner en toute équité. Les Arabes de Syrie durent donc, à leur tour, créer de nouveaux symboles pour donner une base historique au rattachem ent de la D jazira à l'ensem ble syrien. A vrai dire, durant les siècles précédents, ce territoire avait plutôt appartenu au monde mésopotamien et son attachem ent au bloc syrien, défini sous le terme de bilad al-cham 124, n’était que le résultat des découpages arbitraires effectués par les puissances alliées au lendemain de la première guerre mondiale. C 'est pourquoi les milieux défendant l’unité syrienne cherchèrent à s’identifier au passé arabe de ce territoire, qui constituait une base historique justifiant son rattachem ent à la Syrie arabe. Dans les années suivantes et jusqu’à la fin du mandat fiançais, une tension constante régna en Haute-Djazira. Ainsi s’acheva l’histoire de la Haute-Djazira française qui allait, en 1946, devenir partie intégrante de la République arabe syrienne.

124. Le term e historique de la Syrie incluait dans ses frontières l’ensem ble des territo ires com pris entre la M éditerranée, à l’ouest, les chaînes du Taurus e t de l’A nti-T aum s, au nord, les déserts syrien, arabe et du Sinaî, à l’est et au su d

Conclusion

Les phases de recomposition étatique qui suivent la chute et la disparition d 'u n État ou d 'un empire multiethnique sont, nous venons de le voir, propices au développement de conflits dans lesquels les intérêts des acteurs locaux ou extérieurs s’affrontent, s ’entremêlent et se conjuguent Dans ces luttes sans merci visant à conserver ou à s’approprier un espace territorial, nous avons observé que les minorités constituent un enjeu stratégique majeur. Dans la stratégie de contrôle territorial adoptée par la France, au lendemain de l'effondrem ent de l’Empire ottoman, le facteur minoritaire a été un élément de base dans la politique régionale française. Les cas de la Cilicie et de la Haute-Mésopotamie syrienne (Haute-Djazira) sont à cet égard révélateurs. En attirant vers elle des groupes ethniques et religieux minoritaires issus de l’ancien empire, la France cherchait à les trans­ form a’ en points d ’appui locaux dans les zones qui étaient censées être soumises à son influence. Il s'agissait d ’une politique visant à favoriser le développement des particularismes minoritaires, à renforcer leurs structures internes et à développer un système communautariste. Cette stratégie de tolérance et de promotion à l’égard des minorités et de leurs revendi­ cations identitaires avait notamment pour but de faire face au nationa­ lisme turc, dans le cas de la Cilicie, et aux nationalismes arabe et turc, dans le cas de la Haute-Djazira. D ’autant que ces deux puissantes forces locales revendiquaient la fin de l’occupation française de ces régions et leur intégration dans les États nationaux qu’elles étaient en train de bâtir. A l’opposé de cette politique, mais poursuivant la même stratégie de contrôle de territoires, se situait celle qui a été adoptée par les respon­ sables du nouvel État turc à l’encontre des minorités non turques de la zone frontière avec la Syrie. Sous l’influence de l’idéologie kémaliste, le régime turc s’efforçait de nettoyer cet espace frontalier de ses éléments non turcs, susceptibles d ’agir contre l’idéal kémaliste de fondation d ’un

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État-nation turc. L’objectif consistait à encourager, par des méthodes violentes et l’exclusion, l’exode de ces populations minoritaires en direction des territoires situés hors de Turquie. Ces procédés furent accompagnés d'une vaste politique de confiscation des biens immo­ biliers, individuels ou communautaires, appartenant aux différents groupes ethniques et religieux, dont les membres avaient dû quitter la Turquie, pour leur enlever toute base territoriale. Au demeurant, les mesures législatives adoptées dans ce sens tendaient à rendre définitif ce départ, supprimant de la sorte tout lien matériel de ces populations avec leur pays d ’origine. Les exemples de la Cilicie et de la Haute-Djazira sous occupation française nous ont également révélé d ’autres aspects relatifs à la situation des groupes minoritaires lors des périodes de conflit entre forces locales et puissances étrangères. Dans le cas des Arméniens en Cilicie, durant les quelques années de domination française, cette population locale, bien qu’elle ait eu ses propres projets politiques concernant la région cilicienne, a effectivem ent opté pour un alignement total sur la politique décidée à Paris. Du fait de leurs relations pour le moins conflictuelles avec les Turcs et du contentieux qui les séparait, les Arméniens ont manifesté, tout au long de l’occupation française, une entière dépendance envers la conduite de la France dans la région. Suite au génocide perpétré durant la première guerre mondiale et à son extension dans certaines régions ciliciennes lors de la guerre turco-française, il était exclu pour les Arméniens de recommencer leur existence en Cilicie sous un quelconque régime turc. C ’est pourquoi, même après le net infléchissement observé dans la politique française à l’égard du mouvement national turc, le rappro­ chement entamé entre la France et les responsables kémalistes et les signes d ’abandon manifestés par les Français vis-à-vis des Arméniens, la communauté arménienne de Cilicie ne put qu’assister, en témoin impuissant, à l'évolution de ces relations, jusqu’au retrait définitif des Français. Frustrées et désillusionnées, des bandes arméniennes recoururent ponctuellement à la violence contre les populations musulmanes de la ville d ’Adana. D ’autres recoururent à des actes politiques désespérés, dans l’espoir de mettre la diplomatie française devant un fait accompli. Mais ces actes n’ont jam ais pris l’ampleur d'une révolte capable de modifier la situation nouvelle instaurée dans la région. Au demeurant, l’administration française conservait un contrôle absolu sur la commu­ nauté arménienne dont les membres suivirent, d ’une manière générale, passivement l’évolution de la situation ju sq u 'à l’évacuation française.

C onclusion

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C ’est alors que des dizaines de m illiers d ’Arméniens qui avaient été rapatriés en Cilicie, à l’initiative de la France quelques années plus tôt, afin de servir, en tant que colons, les intérêts fiançais, décidèrent, inquiets de l’arrivée prochaine des kémalistes, de quitter la région et de se réfiigier avec les troupes et l’administration françaises en Syrie et au Liban. C e fut là l’ultime manifestation d ’impuissance de la communauté arménienne. Cette volonté unanime de quitter le territoire cilicien était également une forme de révolte contre le projet français qui consistait, après leur retrait, à m aintenir de force les Arméniens sur place et à empêcher leur installation massive dans les autres pays sous mandat français. Durant cette dernière phase de la brève histoire de la Cilicie française, on observa néanmoins une autre réaction apparemment sur­ prenante de cette communauté ruinée et traumatisée par les violences des mois et des années précédents : malgré l’attitude peu conciliante, voire hostile, de la France à son égard, elle persista dans son choix de lier son sort à cette dernière. Durant les derniers mois du règne français en Cilicie, la France dut ainsi, malgré elle, exerça’ vis-à-vis des Arméniens de la région, un rôle de protectrice et fut finalement contrainte d ’organiser l’évacuation de dizaines de m illiers d ’Arméniens vers la Syrie et le Liban. Ce comportement à l’égard de minorités « protégées » et employées à des fins stratégiques par une puissance étrangère prit une nouvelle dimension en Haute-Djazira. Après avoir longtemps organisé et encouragé la colonisation du Nord-Est syrien par des minorités variées (Syriaques, Juifs, Assyriens, Arméniens, Chaldéens, Kurdes), la France modifia considérablement sa politique à l’égard de la Syrie; les responsables français y adoptèrent finalement une position relativement conciliante envers les indépendantistes arabes syriens. En Haute-Djazira, les rapports entre les groupes minoritaires et la force locale majoritaire dans le pays n ’étaient toutefois pas identiques à ceux qui prévalaient en Cilicie : les relations entre les colons, issus de différentes minorités de la région, et les Arabes syriens y étaient relativement moins tendues et moins conflictuelles. C ’est pourquoi, dès les premières manifestations d 'u n infléchissement de la politique française en faveur des indépendantistes arabes syriens, on y observa des réactions variées des minorités établies en Haute-Djazira : revendication d ’autonomie régionale sous la protection de la France ; adoption d ’une politique de neutralité ; positionnement en faveur des indépendantistes arabes syriens. Mais en aucun cas, il ne se développa en leur sein un quelconque projet de départ m assif comparable à ce qui se produisit chez

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les Arméniens et d ’autres petites minorités chrétiennes en Cilicie, devant la perspective d ’un retrait définitif fiançais de Syrie. Dans cette région du Nord-Est syrien, les o fficias français chargés du contrôle territorial élaborèrent, à partir de 1926, une véritable politique kurde, en contractant une alliance tacite avec les puissants chefs tribaux kurdes installés dans les territoires syriens et se trouvant en conflit avec Ankara. Cette politique reposait sur un constat concret : les tribus kurdes dont l’habitat était à cheval sur les deux parties de la frontière turcosyrienne ne pouvaient échapper aux effets directs des conflits inter­ étatiques. Dans les premières années de l’après-première-guerre mondiale, le facteur kurde avait ainsi été exploité par les autorités turques pour endiguer l’avancée des troupes françaises en Haute-Djazira. M ais, avec la naissance d ’un fort mouvement national kurde en Turquie et l’arrivée en masse de réfugiés politiques kurdes dans le Nord syrien, le même facteur kurde s’était transformé en puissant instrument de pression à la disposition du Haut-Commissariat français et s’est révélé fort utile pour régler avec la Turquie le litige frontalier relatif à la région dite du Bec de Canard. L’abandon brutal d ’une politique minoritaire, telle que celle qui avait été pratiquée par la France au Proche-Orient durant les premières années de sa présence, engendre généralement de graves tensions au sein de la classe politique et des cercles militaires de la puissance concernée. Dans ces circonstances, les deux pôles qui s’opposent sont, d ’une part, la direction générale, qui s’efforce d ’appliquer une nouvelle stratégie, et d ’autre part, la direction locale, qui, plus proche du théâtre des opérations, est en mesure d ’évaluer les conséquences humaines et politiques d ’un changement brusque de politique. Dans le cas cilicien, la confrontation entre ces deux pôles parvint à un stade tel que le commandant m ilitaire et adm inistratif de la Cilicie refusa d ’obéir aux ordres de ses supérieurs hiérarchiques basés à Beyrouth. Il est vrai que ces derniers n’exigeaient rien de moins que l’usage de la force pour empêcher l’exode des Arméniens de la région qui venait d ’être cédée aux Turcs. Dans le cas de la Haute-Djazira, on observe aussi l’existence d ’une opposition idéologique entre les deux directions, générale et locale. Alors que la diplomatie française était déterminée à mettre fin au systèm e du mandat, une vive opposition se manifesta en France, dans les cercles militaires qui restaient d ’ardents défenseurs du maintien de la présence française en Syrie et de la poursuite de la politique d ’expansion. O r l’administration de la Haute-Djazira se trouvait aux mains de respon­ sables militaires qui étaient eux-mêmes partisans du maintien du mandat et étaient à cet égard en conflit ouvert avec le Haut-Commissariat français

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du Levant basé à Beyrouth. Au point que la direction locale de la HauteDjazira joua un rôle de promoteur du mouvement autonomiste fondé dans la région par des groupes minoritaires. En appuyant et en encourageant le développem ent de ce courant politique local, ces milieux militaires s’efforçaient d ’exploiter Tune des revendications majeures des autono­ m istes, à savoir le maintien de la présence française dans la région. Dans les conditions créées par le nouvel ordre établi dans des régions occupées par une puissance étrangère, les relations intercommunautaires, entre les groupes minoritaires censés y jouer un rôle primordial, peuvent prendre des formes très variées. On note ainsi que ces rapports évoluent sensiblem ent en fonction des revirements de la politique de la puissance étrangère dans la région et que des alliances insolites peuvent même y prendre naissance entre des groupes minoritaires traditionnellement hostiles. En Cilicie, alors que l’administration française ne m ontrait aucun signe de faiblesse et que sa stratégie d ’occupation visait à une présence de longue durée, les contacts intercommunautaires étaient de phis en plus fréquents. Concernant la stratégie de prise de contrôle français de la Cilicie, il faut aussi souligner que la France travailla également à promouvoir les particularismes ethniques d ’autres groupes que les m inorités chrétiennes. Elle escom ptait ainsi progressivement dissocier les minorités musul­ m anes du mouvement national turc, rival de la France dans la région. Ce qui eut pour effet de développer un nouveau type de relations inter­ ethniques. Les différents groupes historiques établis en Cilicie semblaient m anifestem ent se résigner à accepter l'ordre établi français et abandonner leurs revendications territoriales respectives : création d ’un État arménien ; formation d ’une entité étatique pour les Arabes alawis unissant la Cilicie et la région de Djabal al-A law iyin; création d ’un État «assyrochaldéen » englobant certaines régions côtières ; fondation d ’un État kurde incluant une partie de la Cilicie. Ces projets divers et m ultiples avaient proliféré au lendemain de la prem ière guerre mondiale, dans le contexte de la recomposition étatique de l’ancien Empire ottoman. Ils illustrent les profondes divergences existant entre groupes minoritaires issus de la société ottomane. L’objectif de l’administration française avait été d ’élim iner les désaccords entre les différentes communautés et, à travers une politique favorisant le développement des identités minoritaires, de faire accepter le nouvel ordre français en Cilicie à ces groupes ethniques et religieux. Toutefois, le revirement de la politique française en Cilicie et la perspective de cession de ce territoire aux Turcs avaient aussitôt fait réapparaître les clivages religieux qui prédominaient à l’époque

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ottomane. Ainsi, sous l’influence directe de la politique de rapprochement entamée par la Fiance avec les kémalistes, les antagonismes entre les communautés musulmanes et chrétiennes refirent aussitôt surface. On observe du reste que les deux phis grandes communautés non turques de la plaine cilicienne, les Arabes alawis et les Arméniens, adoptèrent des comportements diamétralement opposés durant la dernière période de la présence française en Cilicie : les Arméniens liant leur sort à la politique française, tandis que les Arabes alawis ne craignaient pas encore d ’entamer une nouvelle existence sous le régime kémaliste. Dans ces conditions, la coexistence entre les musulmans et les chrétiens fut ébranlée et ce ne sont que les mesures sévères prises par les autorités françaises de Cilicie qui perm irent de conserver une certaine stabilité jusqu’au retrait final français. En Haute-Djazira, où la cohabitation entre les groupes m inoritaires dura plus longtemps, on vit en revanche se nouer des alliances insolites créées entre les différentes communautés non arabes et non turques. Ainsi la colonisation de la Haute-Djazira donna naissance à un nouvel espace de coexistence entre plusieurs groupements ethniques aux prises avec les mêmes difficultés politiques et identitaires. La première de ces alliances fut établie entre les Kurdes et les Arméniens, deux communautés connues pour leur antagonisme et leur inimitié séculaire. Suite aux m utations géopolitiques survenues dans la région, cette alliance disparut rapidem ent pour donner aussitôt naissance à une autre, établie cette fois-ci entre les Kurdes et les communautés catholiques de Haute-Djazira. Cela dit, on ne peut aller jusqu’à affirm er que la cohabitation de plusieurs peuples en Haute-Djazira syrienne constitua le prélude à un véritable rapprochement entre des groupes ethniques et religieux traditionnellement rivaux. Les alliances conclues entre les m inorités avaient, d ’une manière générale, un caractère précaire et fragile, e t leur établissement correspondait le plus souvent aux desseins stratégiques de la France dans la région. C ’est pourquoi de telles alliances étaient susceptibles de disparaître dès qu’un revirement apparaissait dans la stratégie régionale de la puissance concernée. * * *

Durant ces phases de lutte entre les forces extérieures et les puissances locales, les minorités se sont généralement révélées être des entités vulné­ rables, le plus souvent influencées et manipulées par les protagonistes en conflit Ce fut le cas des Arméniens en Cilicie ou des « AssyroChaldéens » à Mossoul ou en Haute-Djazira, où ces m inorités privées

Conclusion

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d’État et de territoire ont contribué à la mise en œuvre des projets britanniques et fiançais visant au peuplement et à l’occupation d ’espaces territoriaux menacés par leurs rivaux locaux. Dans le cas des Kurdes de Turquie, au nom de l’islam et de la lutte contre l’occupation « chrétienne », une alliance fut nouée entre les chefs tribaux kurdes et le mouvement kémaliste qui a finalement débouché sur la construction d ’un État-nation turc, intransigeant face à toute manifestation identitaire autre que turque. Phis tard, l’émergence d ’un mouvement national kurde dans le N ord syrien fut exploitée par le pouvoir mandataire fiançais à des fins de politique intérieure ou extérieure, sans jam ais aboutir à la formation d ’une région autonome kurde en Syrie, projet qui était pourtant l’une des revendications politiques principales des Kurdes locaux. Il est vrai que, dans ces périodes de crise, un rôle déterminant est réservé à la classe politique dirigeante de ces minorités. Tiraillés entre les puissants acteurs extérieurs et locaux, les dirigeants politiques de ces groupes religieux ou ethniques n ’ont qu’une marge d ’action politique réduite : ils sont souvent forcés d ’accepter une entière dépendance envers l’un des protagonistes du conflit, sans toujours avoir la capacité d’influencer la politique de leur « allié » par des initiatives politiques autonomes. C ’est dans ces circonstances que se révèlent leurs capacités d ’action et qu’on peut observer les dispositions des puissants acteurs régionaux face à ces initiatives. Les exemples étudiés dans ce travail sont à cet égard très variés. Dans le cas des Kurdes de Syrie, malgré l’existence d ’une orga­ nisation politique kurde s’efforçant de créer une force cohérente, la classe politique kurde syrienne restait formée, en grande partie, de chefs tribaux. Dans ces conditions, les intérêts tribaux continuèrent à prédom iner et furent à l’origine de profondes divergences et d ’un manque de cohérence au sein des Kurdes. Cette fragmentation tribale a aidé les Français à mieux contrôler et canaliser à leur profit le nationalisme kurde. En ce qui concerne les Arméniens de Cilicie, durant les quelques années de l’occupation française de la région, ils étaient privés de la présence sur le terrain d ’une classe politique capable dejouer un rôle actif dans les affaires ciliciennes. La majorité des cadres ottomans arméniens avaient été exterminés durant les années de guerre, alors que sur la scène internationale, le regard des politiciens arméniens, pour la plupart originaires de l’Empire russe, était généralement tourné vers le Caucase où un État arménien venait de surgir. M ais on a également observé des cas où des partis politiques appar­ tenant à des populations minoritaires ont essayé dejouer un rôle plus actif et se sont efforcés d ’entraîner des forces locales ou étrangères dans des

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conflits régionaux dans l’espoir d 'e n tirer des avantages politiques. C e fut notamment le cas de l’alliance Khoyboun-Tachnagtsoutioun dirigée contre la Turquie. Les dirigeants de ces deux partis kurde et arm énien étaient apparemment convaincus qu'ils pourraient infléchir la conjoncture régionale et gagner les faveurs des différentes forces locales ou internationales dans leur lutte contre la Turquie. Mais cette tentative se solda par un cuisant échec pour le camp kurdo-arménien. Après que les nouvelles frontières étatiques du Proche-Orient eurent été entérinées tout au long des années 1920 par les nombreux traités signés entre les différents États de la région, les puissances locales et étrangères furent solidaires dans leur refus de toute m odification frontalière pouvant entraîner l’émergence de nouvelles entités étatiques. Toutefois, ces mêmes forces régionales ont continué à em ployer le facteur minoritaire à des fins stratégiques, dans les conflits régionaux, sans jam ais s’engager dans des modifications frontalières au profit des minorités. Le cas de l’État d'Israël est à cet égard l'exception qui confirme la règle, ayant bénéficié d ’une conjoncture internationale favo­ rable à sa création, pas nécessairement liée aux rapports de force existant au Proche-O rient Dans cette période de l’entre-deux-guerres, un nouvel ordre politique surgit donc progressivement au Proche-O rient Celui-ci ne fut toutefois pas instauré par une puissance unique, étant parvenue à imposer sa domi­ nation à tous les autres États, mais fut plutôt le fruit d ’une entente tacite entre les différents États régionaux pour m aintenir un statu quo frontalier, tout en continuant à exploiter les revendications politiques des m inorités au profit de leurs intérêts stratégiques.

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Biographies

A u Fuat padui [Cebesoy] (1882-1968). Condisciple de Mustafà Kemal à H arbiyé ; membre du CUP ; un des dirigeants du mouvement national turc en 1919; ambassadeur de Turquie à Moscou (1920-1921); fondateur du Parti progressiste républicain (1924). Arrêté en 1926 par les autorités turques, il est finalement relâché et devient plus tard ministre des Travaux publics (1939-1943), puis président de l’Assemblée nationale (1947-1950). Allenby Edm ond H enry Hynman (1861-1936). Longtemps en poste en Afrique où il participe à la guerre contre les Boers, il est nommé, en juin 1917, i b tête des forces britanniques sur le front égyptien. Il est promu maréchal en 1919 et occupe les fonctions de haut-commissaire en Égypte de 1919 à 1923. André Pierre Jean (1889-1964). Sert en Cilicie où il est promu capitaine, en mars 1919. Affecté à Madagascar, il est nommé chef de bataillon en 1925. Envoyé en Indochine, il devient colonel en 1937 et finit sa carrière comme général de division. Antranig Ozanian (Chabin Karahissar 1866 - Fresno 1927). Chef de la révolte de Sassoun (1904) contre le régime du sultan Abdul Hamid. Il participe, en 1912, à la guerre des Balkans au sein de l’année bulgare. Durant la première guerre mondiale, il est promu général et dirige une troupe auxiliaire de l’armée russe constituée de volontaires arméniens. Arpiarian Avédis (M gr) (Agn 1856 - Liban 1937). Devient prêtre catholique en 1884, puis est successivement nommé primat à Tdienkouch (1884-1886), Arapgir (1886-1889), Harpout (1890-1898) et vicaire patriarcal (1898). Sur ordre du régime hamidien, il est exilé au Liban (1905-1908), puis devient prélat de Marach (1911). Il séjourne ensuite aux États-Unis jusqu’en 1915. De retour à Marach, il y passe les années de la première guerre mondiale et ne quitte défini­ tivement la ville qu’en février 1923 pour s’installer à Alep. En 1931, il est élu patriarche de l’Église arménienne catholique de Cilicie. Arslanian Kévork (M gr) (Pingyan [Harpout] 1869 - Istanbul 1951). Sa femme et ses quatre enfants sont tués lors des massacres de 1895-1896. Il entre alors dans les ordres et dirige les orphelinats de Devrig, puis de Sivas. Il est successivement

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prélat de Tokat (1900), d’Agn (1901-1903), de Malatia (1903-1908), de Harpout (1909-1910), de Rodosto (1910-1912). Il devient archevêque d’Adana en janvier 1919. Membre du parti Hentchagyan. En raison de ses prises de position, il est rejeté par son parti et invité par les Français à quitta la Cilicie en 1921. Il part à Constantinople où il est élu coadjuteur du patriarche arménien à deux reprises (1922-1927 et 1944-1950). B arakat Soubhi (région d’Antioche 1889- 7). Grand propriétaire terrien, il résiste d’abord à l’occupation française (1919), avant de s’installa à Alep et de devenir un homme politique pro-mandataire, élu plusieurs fois député au Parlement syrien, Président du Conseil fédéral de Syrie (1922-1925), prem ia ministre (1925) et, enfin, président du Parlement (1932). B asmadjian Toros (Aintab 1895 • Alep 1965). Diplômé de la faculté de médecine de Damas, officia dans l’armée ottomane, après le retrait français de Cilicie, il passe au Liban où il exerce son m éfia dans les orphelinats et les hôpitaux libanais, puis s’installe à Alep. Membre du Tachnagtsoutioun, il est envoyé en mission par son parti dans la zone frontière turco-syrienne en Haute-Djazira et dans le sandjak d’Alexandrette. Après quoi, il rompt avec son parti et prend une part active dans la construction des quartiers et des écoles arméniens à Alep. B ekir S ami (1865-1933). Originaire du Caucase, il b it ses études à Paris. D a successivement été va li de Van, Trabzon, Bursa, Beyrouth a Alep. Au lendemain de la première guerre mondiale, il adhère au mouvement kémaliste et devient ministre des Affaires étrangères (1920-1921). Arrêté en 1926, suite à l'affaire du complot d’Izmir, il sera finalement relâché. B erthelot Philippe (1866-1934). Diplomate, successivement chef adjoint du cabinet du président du Conseil et ministre des Affaires étrangères (1905), sousdirecteur d’Asie (1907), adjoint au directeur des Affaires politiques et commerciales, sous-directeur d’Europe, d’Afrique et d’Orient (1914), directeur adjoint des Affaires politiques a commerciales (1918) e t secrétaire général du ministère des Affaires étrangères. Proche collaborateur d’Aristide Briand, il a occupé une place de prem ia plan dans la diplomatie française, dont il fût pendant vingt-cinq ans le véritable animateur. B ezdikian Yessayi (Adana 1883 - Beyrouth 1965). Condamné à mort en 1909 par les autorités ottomanes, puis amnistiés. Durant la première guerre mondiale, son amitié avec Djemal pacha, ex-vaJi d’Adana, devenu commandant de l’armée ottomane en Syrie, lui permet d’avoir la vie sauve et de survivre à Alep. Il se déplace à Homs où il devient fournisseur de l’armée ottomane en charbon. Membre du Tachnagtsoutioun, il revient en Cilicie après l’armistice, mais quitte la région avec les Français et s’installe à Beyrouth. B ezdikian Zakaria (Adana 1879 - Beyrouth 1950). Avocat, formé à Genève, il est, à la veille de la première guerre mondiale, membre de m edjlis-idaré d’Adana (administration locale). En 1915, il est déporté à Alep, puis à Mossoul, à Konia,

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de nouveau à Mossoul. En 1920, H fait partie de la délégation dirigée par le catholicos Sahag II, en visite en France. Suite au retrait français de Cilicie, il s’installe à Beyrouth. Boghos Noubar pacha (1851-1930). Fils d’un ancien Premier ministre égyptien, ancien directeur des chemins de fer égyptiens, il est nommé en 1912 par le catholicos arménien d’Ethmiadzin comme son représentant officiel auprès des chancelleries occidentales. A la veille de la première guerre mondiale, il est chargé d'obtenir leur appui pour obtenir l’application de réformes dans les provinces orientales de l’Empire ottoman. Il s’installe alors à Paris en qualité de président de la Délégation nationale arménienne qu’il préside jusqu'en 1921. En 1906, au Caire, il est l’un des fondateurs de l’Union générale arménienne de bienfaisance (UGAB) qu’il préside jusqu’en 1928. B rémond Édouard (1868-1948). Saint-cyrien, il sert pendant vingt ans en Algérie et au Maroc. En 1916, il est nommé i la tête de la mission militaire française envoyée au Hedjaz afin d'y entrer en contact avec le c h é ri/ de La Mecque. Il participe ainsi à la campagne de Palestine, avant d’être nommé administrateur en chef de la Cilicie. Promu général de brigade en 1923, il est commandant des subdivisions de Toulouse (1923-1928), puis placé dans la section de réserve (1928). B riand, Aristide (1862-1932). Avocat, journaliste et homme politique. Secrétaire général du parti socialiste fiançais, à partir de 1901. fl quitte la SFIO pour rejoindre les socialistes indépendants. Vingt-cinq fias ministre dont 17 fias ministre des Affaires étrangères et 11 fias président du Conseil. Ministre des Affaires étrangères de 1925 à 1932. Prix Nobel de la paix (1926). C aix de S aint-A ymour, Robert de (1869-1970). Journaliste, spécialiste des affaires coloniales, membre dirigeant des Comités de l’Asie française et de l’Afrique française. Il dirige le B ulletin d e l'A sie jusqu’en 1919. En novembre 1919, il est nommé secrétaire général du Haut-Commissariat i Beyrouth, puis délégué de la France auprès de la Commission des mandats (1924-1939). Chahen Sétrag. Né dans la région de Harpout, il émigre aux États-Unis en 1913. Membre du parti Hentchagyan, il entre pendant la première guerre mondiale dans les unités de volontaires arméniens auxiliaires de l’armée russe. A partir de 1920, il est en Cilicie. Expulsé par les autorités françaises, il s’installe à Smyme, puis repasse aux États-Unis. C hambrun Charles de Plnéton (1873-1952). Attaché à la direction politique et commerciale du MAE (1910X conseiller de l’ambassade à Washington (1919), chargé de mission à Constantinople (décembre 1920), puis conseiller (février 1922), il occupe les postes de ministre plénipotentiaire à Athènes (1924) et à Vienne, d’ambassadeur à Ankara (1928-1933) et à Rome (1933-1936). C orneloup Joseph Claude M arie (1872-?). Commence sa carrière dans l’infonterie coloniale au Tonkin (1899-1905X puis à Madagascar (1908-1910), au

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Sénégal, au Niger et au Maroc avec les Tirailleurs sénégalais (1913-1915). Promu chef de bataillon, il rejoint l’Année d’Orient (1915-1916), puis l’Armée du Levant (novembre 1919-janvier 1921). Sa dernière affectation sera en Tunisie (1923-1925). Promu lieutenant-colonel de réserve de l’infanterie coloniale (1926). Coulet Joseph M arins (1880- ?). II participe aux combats de la première guerre mondiale en France et en Belgique. Affecté à l’Armée du Levant, il est nommé, en mars 1919, administrateur de la gendarmerie cilicienne, puis gouverneur militaire du sandjak de Mersin, chef de bataillon (décembre 1920) et chef du bureau de renseignements de l’Armée du Levant Rapatrié en janvier 1922, il est affecté aux troupes d’occupation de la Ruhr (1923-1925X à la direction de la mission militaire française au Paraguay (1926-1930), en Tunisie (1930-1936) où il est promu colonel, et en Algérie (1936-1940) comme commandant de la subdivision d’Alger. D am ADIan Mihran (Constantinople 1863 - Le Caire 1945). Membre du parti Hentchagyan, il dirige l’insurrection de Sassoun (1894), avant de rompre avec son parti (1897) et de rejoindre le parti Hentchagyan Réformé. En 1908, à Alexandrie, il est l’un des fondateurs du parti Ramgavar (démocrate consti­ tutionnel). En 1913, il organise un mouvement insurrectionnel contre le régime jeune-turc en Cilicie, mais le projet échoue. O est de nouveau en Cilicie lors de l’occupation française et part pour le Liban après le retrait français. En 1937, il quitte Beyrouth pour l’Égypte. Dasnabedian (Onbachian) Hagop [Ps. Hagop Simoni] (Banderma 1900 Beyrouth 1945). Membre du Tadinagtsoutioun. Suite au retrait des années grecques d’Anatolie occidentale (1922), il s’installe en Grèce, puis passe en Syrie en 1925. Activiste de son parti, il est envoyé en mission dans la Haute-Djazira. Il travaille pour des journaux arméniens en Syrie et au Liban. D efrance Albert-Jules (1860-1936). Diplomate, ministre plénipotentiaire à Téhéran (1902), Stockholm (1909), Bruxelles (1918), membre de la Commission chargée d’étudier les réformes à introduire dans l’administration de la Crète (1906), sous-directeur du Levant (1907), consul général au Caire (1910-1918), haut-commissaire en Orient (1919-1920), ambassadeur à Madrid (1920). D er M inassian Roupên (Akhalkalaki [Géorgie] 1882 - Paris 1951). De son vrai nom Minas Dér Minassian. Membre du Tachnagtsoutioun, chef des fedcB s arméniens dans la région de Sassoun (1905-1908), ministre de la Défense de la République d’Arménie (1920), membre du Bureau exécutif de son parti. Dieladet Bedr Khan (Constantinople 1893 - Damas 1951). Greffier au tribunal d’Andrinople, puis rédacteur au service de presse du ministère ottoman des Affaires étrangères, journaliste, officier dans l’armée ottomane pendant la première guerre mondiale. Après l’armistice, il feit partie de la mission Noel au Kurdistan. Il séjourne ensuite en Allemagne (1921-1927), puis en Égypte. Il

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s’établit enfin en Syrie où il devient le leader du Khoyboun. Rédacteur de la revue H aw ar, publiée à Damas. Il met au point une transcription de la langue kurde en caractères latins. Diielal B ey (vaâ d*Adana). Pour sa biographie, voir la première partie du livre. Donabeman Vahan [Adanaü| (Adana 1888 - Beyrouth 1968). Il s’installe à Damas, en 1915. Membre du Tacfanagtsoutioun. De 1921 à 1924, il séjourne à Salonique, puis revient à Damas où il travaille jusqu’en 1962. Il s’installe à Beyrouth où il vit jusqu’à sa m ort Dufieux Julien (1873-1959). Saint-cyrien, il débute sa carrière en Algérie, puis au Maroc. Pendant la première guerre mondiale, il est sur le front français. Il est promu général de brigade en juin 1918 et, deux mois plus tard, aide-major général auprès du général Pétain. Envoyé en Orient (mai 1919). De retour en France, il commande l’École supérieure de Guerre. En 1925, il est envoyé au Maroc où il dirige les opérations militaires dans la région de Béni ZerwaC Inspecteur général d’infanterie et membre du Conseil supérieur de la guerre (1930). Promu général de division (avril 1931X il passe au cadre de réserve en 1938. Emine A gha P erikhan (? -1933). Originaire de la région de Diarbekir. Poursuivi par les kémalistes, il se réfugie en Syrie (1926). En résidence surveillée à Deir Zor, puis, en novembre 1927, à Hassaké. Au lendemain de la promulgation de la loi d’amnistie, il retourne en Turquie (mai 1928). Quelques mois plus tard, il entre à nouveau en dissidence. Tué par des gendarmes turcs dans la région de S iirt Ephrem I B arsoum (Mossoul 1887 - Horas 1957). Élève du séminaire des dominicains à Mossoul, il devient prêtre en 1907. Dirige le monastère de Dayr d Zafàran, siège du patriarcat (1908) et son séminaire. Vicaire patriarcal de Honrs et prélat de Syrie et du Liban (à partir de 1918), il partidpe à la conférence de la Paix à Paris (1919). En janvier 1933, il est élu patriarche des Syriaques orthodoxes, à Homs, nouveau siège du patriarcat Ephrem D Rahmani (Mossoul ? -1929). Vicaire patriarcal à Constantinople, prélat de Bagdad, puis d’Alep (1893), il est élu patriarche de l’Église syriaque catholique en 1898. Durant son patriarcat, le siège de l’Église est transféré à Beyrouth. Faysal (Tafif 1883- Suisse 1933). Fils du c h é ri/ (puis roi) Husayn, jusqu’à la révolution jeune-turque et pendant dix-huit ans, il vit en résidence surveillée à Constantinople. En 1908, il rentre avec son père à La Mecque et devient député au Parlement ottoman. Durant la première guerre mondiale, il commande les troupes des insurgés arabes dans les combats contre les Ottomans, puis dirige le pouvoir arabe en Syrie (1918-1920). Chassé de Damas, il est proclamé, avec l’appui des Britanniques, roi d’Irak (1921-1933).

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Franklin-B ouillon (dit Henry) (1870-1937). Journaliste, membre du Parti radical-socialiste, franc-maçon (loge l’Humanité future), plusieurs fois d u député, ministre d’État chargé de la propagande (1917). En 1920, il entame in voyage d’étude au Proche-Orient et noue des liens d’amitié avec Mustalà Kemal. Fondateur du parti l’Union pour la Nation (1935). G eorges-P icot François (1870-1951). Consul général à Beyrouth (janvier 1914), détaché au Caire (novembre 1914), à Londres (à partir d’août 1915), puis à Petrograd (à partir de février 1918), il est nommé haut-commissaire en Palestine et Syrie (avril 1917), puis ministre plénipotentiaire à Sofia (février 1920) et à Buenos Aires (1924). G uendjian Antranig (Adapazar 1873 - France 1957). Membre du parti Hentchagyan, il est déporté pendant le conflit mondial, mais parvient à s’enfuir et à se réfugier à Alep, puis à Damas. A partir de novembre 1919, il s’installe en Cilicie. Suite au retrait français, il passe au Liban où il est nommé délégué du cathoiicos Sahag 11 pour négocier le transfert des biens du patriarcat de Jérusalem sis en Syrie et au Uban, au catholicossat de Cilicie. En 1926, il s’installe en France. G ouraud Henri (1867-1946). Saint-cyrien, il débute sa carrière en Afrique. Au début de la première guerre mondiale, il commande une division, en Argonne, puis, en mai 1915, le corps expéditionnaire français des Dardanelles. De 1916 à 1917, il est nommé au poste de résident général du Maroc. Revenu en France et commandant la 4e armée, il fait échouer, en juillet 1918, l’attaque de Ludendorff lors de la deuxième bataille de la Marne. Haut-commissaire en Syrie et au Uban (octobre 1919-avril 1923). Revenu en France, il est nommé gouverneur militaire de Paris. Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1932). GREGOIRE IV Haddad (Abay [région d’Aley] 1859 - Uban 1928). Ordonné diacre en 1879 et consacré évêque du diocèse de Tripoli en 1890, il est élu patriarche de l’Église grecque-orthodoxe d’Antioche en 1906. H adji M oussa B ey (? - Koubour el-Bid 1929). Puissant chef kurde de la région de Mouch, déporté à La Mecque durant le règne du sultan Hamid, rentré en Turquie, il est de nouveau déporté à Cesarée, après la débite de la révolte du cheikh Saïd. R s’enfuit et se réfugie en Syrie. H adjo A gha (Baddaba [caza de Midiat] 1880 - DeirZor 1940). Chef de la tribu des Haverkanis, il dirige l’insurrection kurde contre le régime turc (1926), puis se réfugie en Syrie. Membre du Khoyboun, il participe activement, dans les années 1930, à la vie politique syrienne dans la région de la Haute-Djazira dont il réclamait l’autonomie. Hazarabedian Lévon (Césarée 1890 - Beyrouth 1945). Avocat à Constantinople et à Konia (1912-1915), il sert dans l’armée ottomane durant la première guerre mondiale. Conseiller judiciaire de la ville d*Adana sous l’administration française (1er mars 1919-30 septembre 1920). Suite au retrait français de Cilicie, il passe en

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Syrie où Uest nommé adjoint au chef des services fonciers du Haut-Commissariat (1922-1923), puis inspecteur des services fonciers de l’État de Syrie (1923-1929). Husayn aLtHachimi (Constantinople 1853 ou 1856 - Amman [inhumé à Jérusalem] 1931). Dès 1893, il est interdit de séjour en Arabie et mis en résidence surveillée à Constantinople. Après la révolution jeune-turque, il est nommé c h é ri/ de La Mecque (1908-1916), puis devient roi de Hidjaz (1916-1924). D se proclame calife en 1924. Les wahabites d’Ibn Seoud parviennent à le battre dans la lutte pour le pouvoir menée en Arabie. Il se retire alors i Akaba, puis à Chypre (Nicosie). Husayn (K ör ) Pacha (? -1929). Chef de la puissante tribu kurde des Haydaranis, allié fidèle du sultan Abdul Hamid, et, phis tard, du régime jeune-turc, lieutenantcolonel dans la cavalerie des ham idiés, il contrôle les régions situées au nord-est du lac de Van et participe dans son fief à des massacres contre les Arméniens. Poursuivi par les kémalistes après le révolte du cheikh Said, il se réfugie en Syrie. Après un court séjour, il retourne en Turquie avec ses deux fils, et réjoint les insurgés kurdes d’Ararat. Il est assassiné, en août 1929, par les fils de Hadji Moussa bey. Ibrahim (B ro ) Heski T ello. Appartient à la tribu des Djdali de la région de Bayazid. Il a combattu dans les rangs de l’armée ottomane, sur le front du Caucase, lors du conflit mondial. A la tête des tribus Djelali et Haydarani, il affronte les troupes arméniennes lors de la guerre turco-arménienne (1920). Il participe à la répression de la révolte du cheikh Said. Poursuivi à son tour par les Turcs, il devient, durant la révolte d’Ararat, le responsable de l’administration civile dans les régions contrôlées par les rebelles. Ibrahim pacha (d’Égypte) (1789-1848). Fils aîné de Muhammed Ali, vice-roi d ’Égypte. Envoyé en Arabie pour combattre les wahabites (1816-1819), il est nommé par la Sublime Porte gouverneur de Djcdda, puis à la tète de la flotte ottomane lors de la bataille navale de Navarin (1827). Il commande la conquête égyptienne du Levant (1831-1840). Chargé de gouverner l’Égypte (septembre 1848), il meurt en novembre 1848. Ibrahim pacha (chef des M llüs) (? -1908). Originaire de la région de Diarbekir, fidèle allié du sultan Abdul Hamid, qui lui attribue le titre de pacha, il est nommé commandant d’une troupe de ham idiyé et participe aux massacres des Arméniens de la région de Diarbekir (1895-1896). En 1908, à la tête de sa tribu, il se révolte contre le nouveau régime jeune-turc. Il meurt empoisonné. Ilhamy bey. D’origine crétoise, officier d’état-major dans l’armée ottomane, après les massacres d’Adana de 1909, il est nommé vice-président du Conseil de guerre chargé d’établir la responsabilité des crimes commis à Dört-Yol. Il feit condamner à mort 64 musulmans, entre autres les muftis d’Osmanié, de Baghtché et de DSrt-Yol. Adversaire du CUP, il commande la garnison d*Adana lors de la première guerre mondiale et sauve plusieurs Arméniens. Envoyé sur le

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front de Palestine, il est nommé chef de bataillon. U y est lait prisonnier. Après l'armistice, il est nommé conseiller technique de l'administration française de Cilicie. Suite au retrait français, il s'installe en Syrie où il occupe des postes administratifs sous le régime mandataire. Ipekian K asbar (1883-1952). Fils d'un grand commerçant de tabacs de la région de Samsoun. Durant le conflit mondial il est en Iran où il occupe d'importants postes administratifs. Président du conseil municipal de Téhéran (1920), il participe, en tant que conseiller, aux séances du Conseil des ministres iranien. Proche du Premier ministre iranien, Ziaéddine, il quitte l'Iran après le coup d'État de mai 1921 et s'installe en Égypte, jusqu'en 1930. Au Caire, il est l'un des fondateurs de l'association culturelle arménienne, « Hamazkayin » (1928). 11 s'installe au Liban. Ishak Said (Mardin 1902 - Washington 1989). Après-guerre, s'installe à Amouda et est élu député au Parlement syrien en 1932. Rejeté par les autonomistes de la Djazira, il est réélu en 1936, puis en 1943 et en 1949.11 a joué un rôle important dans la vie politique syrienne dans les années 1950, comme vice-président du Parlement (1951), puis, pendant quelques mois, comme président p.i. de la République syrienne. En 1980, il s'installe aux États-Unis. Israyeu an Sdépanos/Étienne n (M gr) (Mouch 1866-1915). Sacré prêtre arménien catholique en 1890, il est nommé prélat d'Arapgir (1895-1898), puis de Harpout (1898-1915). Déporté en 1915, son convoi, formé de 90 personnes, est exterminé près de Kechich Khan. J essé-C urely Gaston (1876- ? ). Commence sa carrière diplomatique au Maroc et la continue en Algérie, puis en Chine. Gérant du Haut-Commissariat à Istanbul (avril 1923-mai 1925), conseiller à Istanbul (avril 1925), représentant de b France à la Commission d'évaluation des dommages alliés en Turquie (1926), il devient ministre plénipotentiaire à Lisbonne ( 1931X puis ambassadeur à Buenos Aires (1935). Jouvenel H enri de (1876-1935). Journaliste et homme politique, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts (1924), haut-commissaire en Syrie et au Liban (novembre 1925-septembre 1926), il a été plusieurs fois délégué de la France à la SDN. Kadri (fils de Djetnil pacha) [PS. Ziiman Silopi]. De la région de Diarbeltir. Après le déclenchement de la première guerre mondiale, il arrête ses études en Suisse pour servir dans l'armée ottomane. Envoyé sur le front caucasien, puis sur le front égyptien, après l'armistice, il devient membre dirigeant du Kurt Taali Djemiyeti, à Diarbekir. Il s'installe en Syrie et devient membre du Khoyboun. K am Uran B edr Khan (Constantinople 1895 - Paris 1978). Au lendemain de la première guerre mondiale, il part pour l'Allemagne. Membre du Khoyboun. A la fin des années 1920, il s'installe au Liban et ouvre une école kurde à Beyrouth, en 1943. Il publie deux journaux kurdes, R ojanu et Ster. fl s'installe à Paris, où il

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enseigne le kurde i l’École des langues orientales. Durant la révolte de Mustafà Barzani en Irak, il devient son représentant en Europe. Keklikian Haroutioun/Pasqual (M gr) (Boursa 1855- Jérusalem 1934). Prêtre arménien catholique, il a servi à Kutahia, à Constantinople, à Boursa et à Biredjik. Prélat catholique d*Adana, à-partir de 1911, il est exilé à Alep en 1915. Après l’armistice il reprend ses fonctions à Adana, jusqu’en 1926. Khoubesserian Vahan (1894-1926). Fils de Loutfik eflfendi Khoubéssérian, drogman du vice-consulat de France à Mersin et son représentant honoraire à Adana. En 1920, il lait partie de la délégation arménienne présidée par le catholicos Sahag il, en visite en France. Suite au retrait français de Cilicie, il s’installe au Liban. Il est tué sur la route Damas-Beyrouth lorsque les rebelles druzes attaquent le train qui transportait sa famille. Kiredjian Boghos/Paul (M gr) (Sis 1895-1965). Ecclésiastique arménien catholique. A été en poste à Adana, Sis, Kutahia et Constantinople. Lamothe (de) M arie d é m e n t M aurice (1866-1929). Saint-cyricn, a servi en Algérie, dans la région saharienne, au Congo, au Maroc et en Tunisie. Lors de la première guerre mondiale, il est en poste au Maroc, puis commande la 2e division de l’Armée du Levant stationnée dans le nord de la Syrie et dans les Territoires de l’Est (février 1920). Il est promu général de division en décembre 1921 et quitte le Levant en mai 1923. Commandait de la division d’Oran (août 1923), il est placé en réserve en 1928. Malezlan Vahan (Roumanie 1871 - Nice 1966). Élevé à Constantinople, avocat, écrivain et homme politique, membre du parti Hentchagyan à Mersin, il passe en Égypte où il devient secrétaire général de l’Union générale arménienne de bienfaisance (1908) et l’un des fondateurs du parti Ramgavar (1908). Dans l’entre-deux-guerres, il est directeur délégué de l’UGAB. M aloyan H raat Fonctionnaire de l’administration française en Cilicie, après le retrait français il s’installe en Syrie. Dans les années 1930, il est promu chef d’escadron, puis commandant de la compagnie de gendarmerie de la Djazira (1937). Lors des troubles de Hassaké, il occupe le poste de mohafez (gouverneur) p.i. (1938). Promu colonel, il continue à servir dans l’armée syrienne, après le départ des Français. Mazhar M ûfit (Kansu) (1874-1948). Membre du CUP, vali de Bitlis. Après l’armistice, il est arrêté pour son implication dans les crimes commis contre les Arméniens. Relâché, il rejoint les kémalistes. Au lendemain de l’écrasement de l’insurrection du cheikh Saïd, il est nommé président du Tribunal d’indépendance dans les provinces orientales. Mehmed Em in B ey (al-Tawil, Mohammad Amin GhaUb). Notable arabe alawi de Cilicie. Diplômé de l’École de droit de Constantinople, juge d’instruction, substitut du procureur, puis procureur impérial dans la région de Roumélie. Proche du CUP, il est nommé premier commissaire de police à Bagdad, mudir de

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la police de Damas, puis d’Alep. En mai 1919, il devient m udir de la police d’Adana. Quelques mois plus tard, accusé de négligence et d’abus de pouvoir, il est démis de ses fonctions. Suite au retrait fiançais, il s’installe à Antioche, puis à Latakiyé. M emdo (M emdouh ) S elim . Originaire de Van, journaliste, officier à Erzeroum lors du conflit mondial Après l’armistice, il devient l’un des promoteurs du mouvement national kurde, i Constantinople. Dans les années 1920, il s’installe à Antioche, en Syrie. Membre du Khqyboun. Mkhitarlan K ud (1873-1940). A fait ses études au séminaire du patriarcat de Jérusalem. Nommé en 1903 secrétaire du catholicossat de Sis, il est sacré évêque en 1914. Lors du conflit mondial il est exilé i Jérusalem, puis nommé prélat de Harpout et de Malaria (1919-1920). Défroqué en 1923, il part s’installer i S9o Paulo où il vit jusqu’à sa m ort M uhammed A u pacha (c. 1769-1849). D’origine albanaise, mais né en Macédoine, il a été gouverneur général (vice-roi) d’Égypte sous suzeraineté Ottomane ( 180S-1848). N ansen Fridtjof (1861-1930). Éminent explorateur et océanographe. Président de la délégation norvégienne à la SDN (1920), chargé par la SDN du rapatriement des prisonniers de guerre se trouvant en Russie (1920-1922), nommé hautcommissaire de la SDN pour les opérations humanitaires en Russie et au ProcheOrient, il est à l’origine du « passeport Nansen » destiné aux réfugiés arméniens et russes (1921) et a présidé la commission de la SDN chargée de l’installation de réfugiés arméniens en Arménie soviétique. Prix Nobel de la paix. Normand Robert (1873-1929). Polytechnicien, il a fait carrière en Guinée Française (1899-1901), en Algérie (1901-1904) et au Maroc (1911-1914). Il a combattu en France, durant la première guerre mondiale et a été affecté, en septembre 1919, à l’Armée du Levant (service administratif et service de renseignements). Il revient en France en juin 1920. En 1922, il sollicite le commandement de la région de l’Euphrate, mais le général Gouraud émet un avis défavorable. Promu général de brigade (1925), puis général de division (1928), il devient directeur du Génie au ministère de la Guerre en 1927. Meurt dans une station de métro parisienne, en essayant de monter dans un train en marche. N ouri Ihsan (Bitlis 1892 - Téhéran 1976). Officier dans l’armée turque, il devient plus tard l’un des dirigeants du parti clandestin kurde des azadi. Poursuivi par les kémalistes, il se réfugie en Irak (1924). Membre du Khoyboun, il commande l’insurrection d’Ararat Dans les années 1930, il s’installe à Téhéran où il passe le reste de sa vie. P achalian Lévon (Constantinople 1868 - Vichy 1943). Écrivain, journaliste et homme politique, administrateur d’une entreprise de pétrole à Bakou, jusqu’à la révolution russe. S’installe à Paris en 1920 et participe à la conférence de Lausanne (1923) en tant que membre de la Délégation nationale arménienne, fl

Biographies

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est, durant des années, président de l’Office des réfugiés arméniens et un membre éminent de ('Union générale arménienne de bienfaisance. Papazian Hratch (Yozgat 1892 - Beyrouth 1960). En 1919, il est membre dirigeant du Tacfanagtsoutioun à Constantinople et joue un rôle important dans la traque et l’exécution des responsables turcs du génocide des Arméniens. Après un bref séjour en Grioe (1922-1926), il s’établit à Alep, acquiert la nationalité syrienne et est d u député au Parlement syrien (en 1932 et en 1943). A été membre du Bureau exécutif de son parti de 1947 à 1959. Papazian Vahan (Goms) (Tabriz 1867 - Beyrouth 1973). Médecin, membre du Tachnagtsoutioun, il passe à Van, en 1903, où il devient l’un des chefs du mouvement des fedaiïs arméniens. Après la révolution jeune-turque, il est élu député au Parlement ottoman (1909-1914), puis élu au Parlement de la République d’Arménie ( 1918). Fcmdebard Antoine (Père) (Lyon 1878 - Beyrouth 1955). Membre de la compagnie de Jésus (1899), envoyé à la Mission d’Arménie à Tokat (19011904), puis à Marzevan/ Merzifim (1911-1912) et Sivas (1913-1914). Affecté à la Mission militaire française au Caucase (1919-1920), il s’installe à Beyrouth en 1924 et s’occupe des réfugiés arméniens. Pionnier de l’utilisation de la photographie aérienne au service de l’archéologie. PONSOT H enri (1877- ? \ Docteur en droit, consul i Bangkok (1905), chef du secrétariat de la commission financière des Affaires balkaniques (1913), consul général à Montréal (1918), haut-commissaire en Syrie et au Liban (septembre 1926-juillet 1933), il a finit sa carrière comme commissaire résident général au Maroc. F ortoukalian Vahan (Marseille 1888-1974). Fils de Meguerditdi Portoukalian, fondateur du parti Arménagan, rédacteur du journal A rm enia. Officier dans l’armée d’Orient, il sert dans l’administration française de Cilicie et est chargé des affaires courantes après le retrait fiançais, puis nommé procureur général à Alep. Au lendemain de l’indépendance de la Syrie, il s’installe en France où il fait une carrière de magistrat qui s’achève comme président de la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Q uereïte Louis A lbert (1867-1936). Saint-cyrien, il débute sa carrière au Sénégal, puis sert au Dahomey, au Tonkin et au Soudan. Durant la première guerre mondiale, il a combattu en France et a été fait prisonnier en 1917. Promu général de brigade (septembre 1919), il est affecté à l’Armée du Levant (novembre 1919juin 1920). Il est promu général de division en septembre 1925 et membre du Comité consultatif de défense des colonies. Reffye V erchère de (1873- ? ). Consul suppléant au Caire (1900) et à Smyme (1903), puis consul au Caire (1906) et à Alexandrie (1909), consul général à Rotterdam (1916), à Milan (1917) et à Genève (1919), il est mis à la disposition

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du Haut-Commissariat en Syrie en 1923, puis nommé ministre plénipotentiaire à Adis Abeba (1928). RoMŒU Louis (1872-1943). Affecté i la Mission militaire en Grâce (1911). Durant les années de la première guerre mondiale, U a combattu dans les rangs de l’Armée d’Orient stationnée sur le front grec, puis a été chargé de former la Légion d’Orient (septembre 1916). En décembre 1919, il entre dans la plaine cilicienne à la tête des Légionnaires arméniens. Jusqu’à l’arrivée du colonel Brémond, il cumule les fonctions de commandant des troupes d’occupation de Cilicie et de chef de l’administration. Affecté en Allemagne (juin 1919), il est promu colonel en 1928. Rondot Pierre (1904-2000). Docteur en droit, saint-cyrien et diplômé de l’École des langues orientales, il a servi au Maroc, en France, en Allemagne et en Indochine, puis occupé des postes militaires et administratifs outre-mer : HautCommissariat à Beyrouth, Commissariat français à Saigon, membre du groupe d’observateurs des Nations unies en Palestine. Directeur du Centre des hautes études administratives sur l’Afrique et l’Asie modernes (1955-1967). Général de brigade (1961). Ronflard Arsène (1881- ? ). Breveté de l’École des langues orientales (arabe, persan et turc), vice-consul à Alexandrie, puis à Benghazi (1916), premier dm gm an à Tanger (1919), consul à Adana et à Mersin (1925X consul à Varsovie (1932). R üÇtü Tevfik (1883-1972). Diplômé de l’École de médecine de Beyrouth, membre influant du CUP, puis du mouvement kémaliste, il a été ministre turc des Affaires étrangères (1925-1938), puis ambassadeur à Londres (1939-1942). S ahag II Khabayan (Yegheké [Harpout] 1849 - Beyrouth 1939). Consacré prêtre à Jérusalem (1877), il est élu cathoiicos de Cilicie (1902-1939). Suite au retrait français de Cilicie, il s’installe en Syrie et puis, à partir de 1930, il s’établit à Antélias (LibanX qui devient le nouveau siège du catholicossat de Cilicie. S aïd (cheikh) (vers 1862-1925). Chef religieux kurde de la confrérie nakchbandi. Dirige l’insurrection kurde de 1925, dans la région de Palou et ses alentours. Arrêté par l’armée turque, il est aussitôt jugé et exécuté. S ajous Pierre Jean M arie Louis (1878-1920). Affecté à l’armée coloniale en Tunisie (1906-1913X puis au Maroc (1913-1919X promu capitaine, en 1914, il rejoint l’armée du Levant en juillet 1919 et est nommé gouverneur du sandjak d’Ourfo en novembre 1919. Suite à l’insurrection turque, il est contraint, en avril 1920, d’évacuer la garnison française de la ville. Sur le chemin vers Arab Pounar, la garnison tombe dans un guet-apens tendu par les kémalistes. Sajous est tué et sa tête est promenée par les Turcs dans la ville d’Ourfo. S andfort Barthe de (1884- ?). Breveté de l’École nationale des langues orientales, gérant du vice-consulat de Mossoul (1910-191IX vice-consul de Van, en décembre 1913, consul d’Adana, à partir de juillet 1921.

Biographies

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Sarrail M anrice (1836-1929). Saint-cyrien, il entame sa carrière en Afrique (1877), participe au corps expéditionnaire de Tunisie (1881), entre dans la Légion étrangère (1882). Promu directeur de l’Infanterie au ministère de la G uore (1907191IX général de brigade (1908), général de division (1911, il est nommé hautcommissaire en Syrie et au Liban (novembre 1924-novembre 1925). Seropian Moucbégh (Ismit 1869 - Chypre 1931). Prélat d’Amassia, puis d*Adana (1904-1909), membre du parti Hentchagyan, puis du Véragazmyal Hentchagyan, il est condamné i mort par contumace, en 1909, par les autorités ottomanes. Prélat de Bagdad, en 1917, il rentre en Cilicie après l’armistice de Moudras. Défroqué, il s’installe i Beyrouth. SUREYA B edr Khan [Ps. B. Chirguh] (Constantinople 1883 - Paris 1938). A joué un rôle actif dans la publication du journal K urdistan , paraissant à Constantinople, après la révolution jeune-turque. Membre dirigeant du Khoyboun. Surmeyan A rdavazt (M gr) (Agn 1889 - Paris 1931). Constantinople. Prélat de Konia après l’armistice, arrêté par les kémalistes et emprisonné à Erzeroum (1920-1922), il est amnistié et devient archevêque d’Alep (1924-1940), puis vicaire de la prélatine du Liban (1942-1943) En 1946, il est nommé archevêque des Arméniens de Paris et vicaire cathoiicossal pour l’Europe. Taillardat Ferdinand (1890-1931). Instituteur, il a combattu en France lors de la première guerre mondiale. Affecté à l’Armée du Levant en 1919, il est promu capitaine et nommé gouverneur du sandjak de Sis-Kozan (février 1919-juiUet 1920). Rentré en France, il feit carrière dans la gendarmerie et est nommé commandant de la Légion de Gendarmerie en Afrique du Nord (1943) puis combat les troupes allemandes au Maroc et en Algérie. Promu général de division en 1948. Tappouni Théophile-Gabriel (cardinal) (Mossoul 1879-1968). Élève du séminaire des dominicains de Mossoul, ordonné prêtre en 1902, il devient secrétaire du délégué apostolique à Mossoul en 1908. Sacré archevêque par le patriarche Rahman i, il devient vicaire patriarcal de Mardin en 1913. Durant la première guerre mondiale, il reste à Mardin. Nommé prélat d’Alep en 1921, il est élu patriarche en 1929 et créé cardinal en 1933. Veradzin Minas (Kaasabian) (Bardizag 1882- San Francisco 1943). Membre du Tachnagtsoutioun, il a vécu en Bulgarie, à Genève et à Londres. Durant la première guerre mondiale, il est emprisonné à Konia. Après l’armistice, il s’établit en Cilicie où il édite le journal G uiligia. Suite au retrait français, il passe à Constantinople et s’installe quelques années plus tard aux États-Unis où il se consacre au journalisme. Weygand Maxime (1867-1965). Saint-cyrien, nommé chef d’état-major du général Foch (1914) divisionnaire (1918), haut-commissaire en Syrie et au Liban (avril 1923-novembre 1924) commandant en chef à Beyrouth des forces françaises du Moyen Orient et de la zone méditerranéenne (1939) gouverneur général de

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l’Algérie (juillet 1941), il est rappelé en métropole et mis à la retraite. Arrêté par la Gestapo (novembre 1942), il est interné en Allemagne jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Index général

Abbassides, 72 Abd al-Aziz (DjabalX 291 Abdal-Huyuk (localité^ 358 Abdul Hamid (fils d’ibrahim pacha), 93, 337 Abdul Hamid n (sultan), 78,79,81 Abdul R. (cheikh), 282 Abdul Rahim (cheikh), 347 Abdul Rahman effendi, 149 Abdul Rahman (fils d’ibrahim pacha), 93 Abzakh, 86 Accord d’Ankara, w ird Ankara Accord irako-britannique, 326 Accord Sykes-Picot, voir à Sykes-Picot Accord Tripartite, 341 Achikian (GarabédX 135 Aculi, voir à Desebrina Adabazar (ville), 87 Adalia, voir à Antalya Adana (diocèse), 77 Adana (valiX 35,41,42,149,161,164, 229 Adana (ville), 29,31,33,35,36,38,41, 42,46,56,64,65,71-73,75,76,94-96, 99-105,110,114-116,118,121,123, 125,126,130,132,134,136-140,142, 143,146-153,156,158,162,163,166, 171,174,175,192,1%, 204,205,224, 225,227-229,231-233,236,244,247, 285,312,359 Adana (pachalik), 37,72

D igitized by

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Adana (région, vilayet, sandjak), 35,36, 47,48,56,75,77-82,84,88,94,95, 118,141,143 Adiyaman (ville), 260 Administrateur en Chef 38,40-42,55-57, 59,61,63,65,89,114 Administrateur en Chefde l’Arménie, 38, 61 Adnan bey (représentant turc), 263 Afion-Karahissar (ville), 63 Africain/Afrique, 56,235 Agha Petros, voir à Petros (Agha) Agopian(DrX 100 Agriculteurs égyptiens, voir à Fellah Aguel (village), 278 Ahmad (FerozX 184,185 Ahmed (ChdkhX 382,387 Ahmed Zadé(DayiX 219 Ain Arab, voir à Arab Pounar Ain Diwar (bouigX 327,393 Akitab (régionX 37,49,62,77,80,90,91, 108,136-138,218 Aïhtab (ville), 33,37,41,46,51,52,63, 70,72,117,118,121,133-135,168, 204,217,218,219,220-223,249,254, 285,286,301,302,305,312,322 Ain-Warde [actuel Gülgöze], 269 Air Ministry, 310 Ajami Pacha (chef arabe), 266 Akçam (TanerX 52,91,256 Akdjé-Kalé, 393 Akhtérin (gare frontière), 284

O riginal from

UNIVERSITY OF MICHIGAN

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Ak$am (journal turc), 200,361 Ala (M., ministre Pose « France), 370 Alaéddine (tribu kurde), 338,334 Al-Alawiyyin (Djebel), 72 Alawi (Djebel), 96,147,327,403 Alawis, 72,73,75,82,83,85,94-97,107, 132,141,143,147-152,156,157,168, 194,197,200,242-247,327,354,356, 397,399,403 Albanais, 231,237 Albina (lt), 63 Albistan (ville ou région), 84,90,120 Albouirousse (famille), 233 Alep (villeX 21,23,27,31,37,62,64,92, 93,99,100,104,123,220,223-225, 257,259,261,264,265,280-284,311, 312,322,339,351,358,359,365,366, 371,381,386,393-395,400-402 Alep (région, province, vilayet), 36,37, 77,88,108,109,114,115,133,223, 235,262,274,284,325,333,358 Alévi, 57,79,84,85,89,90 Alexandrette (ville), 26,32,33,41,73, 135,175,176,311,319,359 Alexandrette (région, sandjak), 40,44,62, 77,133,172,242,286,311,358,359, 363,397 Alexandrette (consulat britannique), 175 Alexandrie (ville), 392 Alexandrie (patriarche d’), 234,237 Aley(bouig), 166 Al-Hachimi (Husayn, chéri 0,26,31,110, 136,431 Ali Fuat Pacha (Cebesoy), 35,36,115, 425 Ali Ghalib bey, voir à Ghalib bey (Ali) Ali Mourtaza bey, voir à Mouitaza bey (Ali) Alianes (tribu kurde), 336,343 Allemagne/Allemand, 23,24,27,29,31, 111,268,293,324

Allenby (Sir Edmund), 31,38,39,41,42, 55.59.99.110.425 Alliés, 24-26,29-36,38-40,42,44-47,49, 50,58-60,63,68,79,89,95,104,134, 138,146,157,176,183,186,187,190, 191,204,213,254,404 Allikan (tribu kurde de Gharzan), 279 Al-Rasheed, 276,297 Ahounôz (journal d’AdanaX 1% Amadia (ville), 305 Amanus (monts), 36,37,70,79,133,136, 138,172 Amassia (villeX 63 Ambassade de France i Ankara, 212,239, 240,344,345,361,362,381 Ambassadeur britannique à Paris, 309,312 Américain, voir aussi à Near East Relief, 95,103,127,175,253,254,283 Amérique (colonie arménienneX 40 Amouda (bouigX 284,327,338,342,401 Anderen (bourg), 132 André (Jean-PieneX 38,57,82,86,88,90, 118.119.120.126.164.425 Andrew (ChristopherX 25 Andrews (P.A.X 73,190 Anglais/Angleterre, voir à Britanniques Anglicane (égliseX 302 Angora, voir à Ankara Anilmtf, voir à Nihat Pacha Ankara (accord d’X 134,136,143,167, 168,170,174,194,236,238,285,301, 302,307,308,312,313,337,339,382, 383,402 Ankara (Angora, villeX 63,134,135,143, 186,195,221,236,238-241,244,274, 307,310,312,319,339,352,388 Annuaire Oriental de 1912, voir à L’Annuaire Oriental Antalia (AdaliaX 183 Anti-cléricalisme, 23 Anti-colonialisme, 112

Index général Antioche (région), 77.95,157,242 Antioche (ville), 72,73.231,234,235, 237,238,240,241,247,261,311,351, 359 Anti-Taurus, 28,36,37,70,404 Antranig (général), 145,425 Antréassian (Nkhan), 105 Aouni (Hassan, chef kurde), 354,394 Aprahamian (G.X 102 Arab Pounar (actuel Ata Arab), 93,123, 264,333,338,393 Arabes, 26,27,32,33,38,43,45,56,62, 65,74,77,78,82,83,96,97,108,110, 123,134,136,139,140,143,183,185, 189,197,200,234,235,244-247,257, 266,291,304,305,307,311,313-316, 326,328,329,337,342,356,357,377, 383,397,403,404 Arabes alawis, voir à Alawis Arabes chrétiens, 45, T l Arabie, 112 Arabli (village), 129 Arakei (fils de Boghos Noubar Pacha), 68 Anpgir (villeX 277 Ararat (révolte d’Ararat, ou d’Agri DaghX 366,372,375,376,379,381-385,388, 389,394 A ns, voir à RQ$dQ (Dr Tevfik) Ardahan (ville), 183,200 Arifi Zadé Hadji bey, 119 Aimaghanian (SarkisX 100,155 Année rouge, 367,369,376 Arménie/Annénie (République), 100,101, 105,116,145,183,320,322,366-368, 369,371,372,376,391 Arménien catholique, 77,98,103,221, 225,227,228,229,258,261,294,2% , 323,400,401 Arménien protestant, 77,98,102,103,258 Aimes, 34,41,42,141,152,162-164, 173,175,176,245,271

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Aimistice, 52,53,59.136,143,150,172, 186,253 Aimistice de Moudras, voir à Moudras (aimistice) Arnaud (lieutenant-colonel), 345 Aipiarian (Mgr AvédisX 221,223,425 Aislan (Adel, émirX 110 Arslan bey, 86 Aislanian(M grKévakX99,102,103, 153,425 Aitsakh.371 Aryens, 370-371 Asie Française (comité de l’X27 Assir (gamisonsX 31 Assistance française à Adana, 224 Association pour la défense des droits de l’Anatolie et de la Roumélie, 183 Association pour la défense des droits de l’Anatolie orientale, 183 Assyrie, 294,404 Assyriens, 102,140,271,276,283,294, 2%, 297,301-303,305,306,319,321, 325-327,349,364,397,400,404 Assyro-chaldéens, 294,303-306,315, 318-321 Astourian (StepanX 76 Ata bey (MehmedX 119 Ateç Oglu Ytidmm (enfant de fe u éclair), 259 Attaché militaire fiançais en Iran, 370,372 Autriche-Hongrie, 31,237,394 Avédis Kay, voir à Kouyoumdjian (Dr AvédisX Aviation, 113,127 Ayran (poste deX 136 Azadian (sous-lieutenant), 150 Azaz (régionX 358,382 Azekh (village, actuel IdilX 268-271,273 Azerbaïdjan, 367,368 Azizié (bourg ou région), 87-89,132 Azmi (DjemaIX 209

442

La F rance en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

Aznavour (village), 313,339 Aznavour bey (cheftcherkess), 87 Bab (village), 393 Babikian (AgopX 100 Babikian (DiranX 100 Badri (fils de Djemil PachaX 3S1 Bagdad, 64,302,326,336,36S, 379 Bagdadbahn, voir à Chemin de fer de Bagdad Baghtché (bouig), 48,78,123,136,172 Bahçecik, voir à Bessak Bakouba (camp i BagdadX 64,271,302 Balkans, 78 Banque, 48,198,325 Baiakat(Soiibhi beyX 235,393,394,426 Barazi (confédération tribaleX 93,338, 355 Baibour(A.X 102,153 Barbour (fiunilleX 231 Barrett (ThomasX 297,298 Baisoum (Mgr EphremX 401,429 Baithe de Sandfort, 218,219,230,285, 436 Basbrina (actuel HaberiiX 273 Basik, voir à Bessak Basmadjian (Dr TorosX 284,384,386, 394,426 Basrawi (Muhammed, chef des KitkansX 93,338,382,387 Bataillon d’ouvriers, 221 Batoum (villeX 78,320 Bayazid oglou (fiunilleX 71,76 Bayazid Zadé, voir à Bayazid oglou Bayazid Zadé Chukri bey, 119 Bazardjik (caza), 84,90,120 Bcherig (régionX voir à Bediiri Bec de Canard, 313,317,336,340,344, 345,363,376,378,382,383 Bechir (cheükh), 387 Bediiri (bourg ou caza), 278-280

Bédikian (Hadji BédrosX 393 Bedr Khan (DjdadetX 91,92,350,365, 366,370,371,375,379,381,384-387, 389,390,394,400,428 Bedr Khan (Emin AliX 92 Bedr Khan (fièresX 350,355,363,399 Bedr Khan (KamuranX 91,92,350,386, 390,393,394,432 Bedr Khan (SureyaX 350,355,375,384, 387,389,437 Bedr Khan beg, 92 Bédros (H-X 282,283 Bédrossian, 102 Behendour(vilIageX 313.314,315,316, 343 Békaa(plaineX27 B ddrSam i,87,115,138,426 BddrSedki, voir à Sedki (Bdrir) Berbèrcs/Berbérie, 56,297 Bêrbêrian (LévonX 282 Berihelot (PhilippeX 211,375,426 Bertrand, 372 Besre (Fr. DominiqueX 269 Bessak [Basik, actuel BahçedkX 269 Betts (RaymondX 297 Bey Seid (localitéX 358 Beyrouth (vüleX 37-39,61,62,65,95, 112,113,115,121,123,125,134,146, 155,160,163,166,169,229,235,238, 241,261,283,309,327,358,359,365, 366,377,378,379,381,387,392 Bczdikian (Aitine), 102 Bezdikian (HaygazounX 100 Bezdikian (YessayiX 100,155,426 Bezdikian (ZakariaX 102,156,426 Béziidjian(DrX 100,154 Biens/biens abandonnés (em vali m etrouké), 48,65,91,118,198,201. 202,204,205,209,213,219,226,228. 257,263,276 Biens des syriens et des libanais, 206

Index général BUadaI*cham,404 Biradjik (ville ou rfgionX 37,135,136 Binnanie,89 Bitlis (ville, légion, ou vilayet), 26,91, 114,171,244,274,276,278,325,371 Blindés, 113 Bloc National, 395-397,400 Blum (LéonX 395 Bogbos Noubar pacha, 68,69,99,100, 427 Bohtan (principauté deX 92,282,335, 350,386 Boisse(de, commandantX 176 Bonari (Philippe, piètre maraniteX 226 Bosnie (musulmans deX 64 Boutros (Chaker, propriétaire en CilicieX 232 Boutros (fimilleX 231 Boyadjian (MihranX 100 Boycottage, 198,219 Boon bey Ibn Chahin, voir à Chahin B aanti (village ou légkmX 41,133,134 Bozarslan (HamitX 182,188,330,332 Bmhim (chdkhX 387 Brémond (Edouard), 33,35,38,39-42,45, 47-50,55-61,65-67,87,88,90,96,97, 104,112-115,118,123,124,129,136, 139,140,143,144,146,147,149,150, 153-155,157-167,427 Briand (AristideX 138,212,213,427 Britannique (commandententX 35,36,38, 39,43,44,46,47,52,55,62,63 Britanniques (dans le sens de G-B), 29-32, 43,44,49,50,59,90-92,104,107-109, 111,112,117,118,134,174,175,220, 269,270,271,301,302,305,309-311, 313,316,317,319,323,326,330,331, 338,339,341,350,375,379,380,392, 395 Britanniques (troupesX 33,37,43,47,49, 62,80,90,93,107,108,113,117,297

443

Brousse (villeX 87,89 Bulgaie/Bulgarie, 78,237 Bzcmraar (patriarcat deX 77 Caire (LeX 350,392 Caix (Robert deX 113-135,157,158,161, 166,294-296,302-304,306,318,427 Callais (généralX 387 Califat, 188,331 Camp de Bakouba, voir à Bakouba Camps d’Alep, 62 Camps de Beyrouth, 62 Canada, 56,159,160 Canoqgé, (alias Testis, h-colondX 155 Canterixay (AichevêqueX 302 Capitation, voir à Impôt Caphrel (lt-colonelX 146,147,154,166 Capitulations, 144,185 Capsilis (M.X 102 Capucins (congiégationX 227,229 Cassius (MontX 70 Castamouni (villeX 228 Catholicos à Sis, voir à Catholicossat de Ciücie Catholicos Sahag U Khabayan, voir à Khabayan Catholicossat de C ilide/de Sis, 66,76, 77,82,98,104 Caucase, 35,77,78,86,88,89,100,101, 296,297,320,368,369 Cebesoy, voir à Ali Fuat Pacha Césatée, w ir à Kayseri Chabzakh (peuple caucasienX 86 Chaccal (Philippe, vicaireX 102 Chahbazian (Dikran), 393 Chabên (Setrag, joumalisteX 99,155,427 Chahin bey (chef kurdeX 338,382,392, 399 Chahin (Bozan, chef kurdeX 338,354, 365,381,384-387,400

444

La France en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

Chahin (Mustafr, chef kurde), 338,354, 365,366,381,384-387,394 Chakir (Behaeddin), 209 Chakkal (Mgr), 153 Chaldéens, 45,82,84,90,141,153,168, 224,229,249,250,257,258,261,262, 269,271,272,294,296,301-303,305, 306,323,364,397,403 Chambrai (Charles de), 212,362,381, 427 Chamil (Imam), 77,89 Chamli (quartier), 244 Chammars (tribu arabe), 314 Chatir(PaulX 234 Cheikh Said, 246,268,276,329,331-333, 335-338,346,351,352,379,382,436 Chekerderé, 222 Chemins de fer, 34,74,77,134,136,198, 217.280.304.306 Chemin de fer de Bagdad, 23,37,63,78, 133.137.303.307 Chérifde la Mecque, v o ir à Al-Hachimi (Husayn) Chérifiens, 110,133,134 Chevki (A.), 344 Chicago, 99 Chichmanian(John,ss-lt), 142,147,150, 151,153,155 Chiisme, 72 Chinois/Chinoises (civilisation), 189,235, 295 Chukru bey (délégué turc), 360,389 Chypre, 237,245 Circassiens, v o ir à Tcherkess Clémenceau (Georges), 93,107 Clerk (Sir George), 352,353 Comité central des réfugiés arméniens, 212,213 Comité d’Angora, 158 Comité de défense des droits nationaux, 312

Comité de défisse du droit national de la ville d’Alep, 312 Comité de l'indépendance du Caucase, 368 Comité du Réveil National Arabe, 96 Comité Union et Progrès (CUP), v o ir a u ssi à Jeunes-Turcs, 32,34,37,38, 46,48,50,51-53,63,95,119,184-189, 193,194,196,219,256,259,268 Commission américaine King-Crane, v o ir dKing-Ctane Commission mixte, 66,307,339 Commission mixte de délimitation, 308, 340,346,377,381 Commission permanente de frontière turco-syrienne, 359,388 Commissions administratives des biens abandonnés (E m va li m etru ke id e re co m m isio n i), v o ir a u ssi à Biens abandonnés, 203 Commissions d'arbitrage, 48,65 Commissions mixtes d’échanges, 234, 236,237,242 Commissions mixtes d’évacuation, 169, 170,175 Conférence de la Plaix, 49,60,92 Conférence de Lausanne, v o ir à Lausanne Conférence de San Retira, v o ir à San Remo Congrès des kémalistes à Sivas, 187 Congrès (XT), 369 Congrès (XIIe), 368 Congrès (XXVIIe), 371 Congrès des kémalistes de Sivas, v o ir à Sivas Conseils représentatifs, 235 Constantinople, 76,81,82,89,92,98, 103,114,116,121,157,162,221,234, 350,366 Constitution ottomane/turque, 37,97,181, 185,190

Index général Consul britannique, 257.259,378 Consul/consulat fiançais en Cilide, 218, 224,230,244,245 Consul général britannique à Beyrouth, wuràSatow Consulat américain à Beyrouth, 283 Consulat de Türquie à Beyrouth, 234 Convention d’échange de Population, 237, 239,242 Convention des biens, 202,212,215,239242,287 Convention gréco-turque, 231 Copeaux (Etienne), 189 Conidoup (conunandantX 127,128,129, 427 Cosaques, 296-298 Coton, 22,24,28,29,71,74,310 C0ulet(J. M., capitaine), 38,428 Coupd’État, 153-155 Court martiale, 51,209 Courtois, 51 Coustillière (commandant), 164 Crimée, 78 Croisés, 22 CUP, voir à Comité Union et Progrès Curdy, voir à Jesse-Curely Cyrille (Grand DucX 373 Dadrian (Vahakn), 187 Daeschner(E.X 345 Dahlig (villageX 385 Damadian (MihranX 65,99,100,102, 127,137,140,153-155,428 Damas, 27,31,43,62,88,100,104,108110,146,358,380,386,390,393,395, 397 Danididès, 102,153 Dardanelles, 25,26 Darende, 277,279-281 Dasnabédian (HagopX 393,394,428 Davis (consulX 400

445

Davros (joumalX 99 Dayral-Zafaran, (monastéreX 273 Débarquement allié, 26 DeblanZadé Mehmed Fouad, vo irà Mehmed Fouad Déclaration de Moudras, voir à Moudras Defiance (Albert-JulcsX 121,221,428 Dégpmandjian (NicfaanX 393 Ddr Zor, 64,135,306,307,310,318,320, 322,340,344,355,386,387,393 Dekchouris (tribu), 335 Dékéiméndjian (HovsêpX 393 Dekkouris (tribuX 401 Délégation nationale aiménienne, 65,68, 99,105 DemirKapou (village et posteX 313,314, 336,343 Démirdjian (DrX 100 Démiikapoulian (VahanX 102,103,129 Démocrate-libéral, voir à Ramgavar Déportations, 33,41,49,50,51,66,92, 118,119,181,202,219,244,246,250, 256,268,274,281,352,362 Déporté, 45,46,48,60,62,64,104,203, 262,266,283,284,391 Derakli (EliasX 387 Der Minassian (RoupênX 370,375,428 Deritessiyé, 342,384,385 Derebeys, 71,75 Deré-Kôy (village), 129 Deretchetché (villageX 129 Derizbin, voir à Desebrina Dersim, 282,353 Derviche Pacha, 75 Derwiche agha, 387 Desebrina [Derizbin, actuel Actrii], 273 Détadiement fiançais de Palestine-Syrie, 61 Détenus (femmes ou enfentsX 48,65 Deyroun Agha (villageX 313,339

446

La France en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

Diaibekir (région, vilayet), 76,91,121, 134,256,257,274-276,278-280,325, 335,386 Diaibekir (ville), 26,92,123,125,199, 249-251,253-260,265,270,272,274, 276,277,280,313,332,351 Dlkilitach (village), 87 Dikian (lieutenant), 176 Dillemann (Louis), 363 Division de pacification, 75 Djabal Abd al-Aziz, voir à Abd al-Aziz Djabal al-Alawiyyin, voir à Al-Alawiyyin, Djabal Djabal Alawi, voir à Alawi, Djabal Djabal Dmze, voir à Druze, Djabal Djabal Nousayriyé, voir à Nousayriyé, Djabal Djabal Sindjar, voir à Sindjar Djagb-Djagh (rivière), 315,322,323,325, 327 Djavakhk (région), 371 Djazira syrienne, 93,123,272,273,279, 280,282-284,287-404 Djebel Alawi, voir à Alawi, Djebel Djebel Bereket (légion, sandjak, massif), 36,47,57,70,78,79,82,86,88,90, 102,103,132,141,173 Djebel Soueydiyé, voir à Karatchok Dagh Djeladet Bedr Khan, voir à Bedr Khan (Djeladet) Djdal bey (vali d’AdanaX 35,114,115, 121,149,161,162,165 Djelalis (tribu), 366 Djemal pacha (Ahmed), 104,209 Djemil efôndi, 119 Djemil pacha, 262,263 Djemil pacha (kurde, député), 351,381, 382,384,386,389,392,399 Djemil pacha (Muhammed ibn), 385 Djenani bey (AliX 219,222

EjeraMous (bouigX 37,123,262,264, 266,338,354,355,357,358,384,392394 Djémazian (BédrosX 222 Djevdet, 119 Djevdet eflèndi, 51 Djevdet Pacha, 75 Djeziret Ibn Omar, 134,301,302-305, 308,311,315,317,319,324,327,328, 336,339,381,388 Djihan (ville ou régkmX 64,78,86,88,89, 110,232,236,301 Djihan (fleuveX 134,146,153,171 Djin Kouli (baieX 173 Djounaidan (Hassan, chef kurdeX 382 Dobbs (Sir HemyX 352 Dobrodja,78 Dodd (lieutenant-coknelX 375 Dogançay, w tr à Mzizakh Dogur(Dougheur, villageX 343 Dohouk (ville), 305 Dome (Michel), 400 Donabédian (GarebédX 254,394 Donabédian (Vahan AdanaliX 429,393 DOrt-Yd (ville ou iégionX 171-176,204 Dougheur, voir à Dogur Doumani (MgrX 235 Doursoun bey, 90 Dmze (DjebelX 327,397 Diuze (révoheX 340,354,356,399 Du Véou (PaulX 116,155 Dufieux (Julien, général), 114,116,124126,128-131,133,136,140,142,145, 149,150,152,154,157,158,160-171, 429 Dumont (PaulX 26 Dussaud, 73 Dzaghgouni (GarabédX 100 Échange de populations, 193 Échelles du Levant, 22

Index général Egié Khan, 384 Église d’Antioche; 77 Égypte (colonie arménienne), 40 Égyptienne (aimée), 71,72 Égyptienne (occupation), 21,22 Ekbez(bouigouposteX 133,136,139, 172,173 Ekmekdji (MandirosX 76 Ekiem (fils de Qjemil Pacha), 351,385 Elazig (ville ou région), 91,252,282 El-Aziz (ElazigX voir aussi Mené Élections syriennes, 393,395 El-Milliyé (Sami beyX 337,386 Emin agha (Muhtedi, chef kuideX 382 Emin agha Perikhan, 337,341,344,346, 363,365,366,383,429 Emin bey (MehmedX d’Adana, voir à Mehmed Emin bey Emiikhanian (HovsépX 261 Enfant de fèu-Edair, 259 Enhel [actuel YemiçliX 269 Entente (Puissances de l’X 168 Enver Pacha, 187,219 Ephrem I Barsoum, voir à Barsoum Ephiem D Rahmani, voir à Rahmani Eregli, 63 Erevan, 322 Ernst (général danoisX 339,346,377,381 Eraeroum, 114,171,183,268,371 Eizindjan, 209 Eizine (nahié d’), 78 Escande (ss-lieutenantX 38 Eski-Chéhir, 63 État confédéré kurdo-arménien, 371 État des Alawis, 243 État-Nation turc, 181,182,184,188,191, 192,193,250 Étienne (Eugène), 27 Euphrate, 291,303,304,307,311,333, 338,386,388,392,394 Everek, 132

447

Evlia zadé Déli Evlia, 51,119 Exode, 168.170,175,176,222,224,236, 243,253,263,264,277,280,281,283, 285,286 Faysal (émir, fils de HusaynX 31,43,62, 108-110,133,136,146.429 Fédération Révolutionnaire Airoénienne, voir à Tachnagtsoutioun Féké (villageX 70,136 Fellahs, 73,75 Fellahs d’Égypte, 73 Femmes aiméniennes enlevées, 42 Fente (capitation), voir à Impôt Ferid bey (ministreX 199,200,352 Felhi bey (ambassadeurX 211,381 Fezi bey (Pirindji Zadé FeyziX voir à Pirim^i Fidayet bey, 256 Findidjak, (villageX 129 Fouad bey, 245 Fouad bey, 39,48 Foundoukal-Arabi (hôtelX 365 Foyers turcs (Tûrk O caklan), 189,197, 245 Fondation turque d’histoire, 189 Franklin-Bouillon (HemyX 167,170,192, 204,225,308,430 Fresno, 142 Front Populaire, 396 Fuat Pacha (AUX voir à Ali Fuat Pacha Fuccaro(NelidaX 351,377 Fuhon, 23 Fusils/fùsils Martini, 35,143,173,176, 245,262,270 Gambetta, 23 Ganter (généralX 61 Garcin (officier), 132 Gaimoudj (villageX 266

448

La F rance en C ilicie et en Halte -Mésopotamie

Gendarmes/Gendanueries, 35,47.60,70, 86,% , 101,102,140,141,142,150, 153,154,168,263,264,266,277,281, 282 Genève, 98,105 Génocide arménien, 46,101,114,118, 185,187,188,202,204,209,222,250, 256,259,274-276,353,403 Georges-Picot (François), 26,32,61,64, 65.68.69.99.113.115.116.121.430 Geotgiadès, 102 Géorgiens, 200,297,367,368 Géorgiens musulmans (GurdjuX 78 Ghab (marais), 327 Ghalibbey(Ali),35,119 Ghanima (Mgr Joseph), 269 Gharib zadé Fouad efiêndi, 95,96,148, 156 Gharzan (caza), 278-280 Ghazarian (MgetditchX 254 Giavour Dagh, 36,75 Girikaian (village), 313 GGkalp (Ziya), 256 GOksoun (région ou caza), 84,86,120 Goubeau (général^ 172 Gouraud (Henri, général), 39,113,114, 121,124-127,129,133,140-143,145147,157,158,160-163,166-169,304, 305.430 Gourkas, 297 Gous (village), 385 Gouvernement de gauche, 3% Gouzouloudj (village), 172,174 GPU, 368,376 Gncey (G.F.), 282 Grande Arménie, 53 Grande Assemblée de Turquie, 138,167, 181,188,199,204,210,255.306,346, 353,388 Grec, 27,36,45,53,65,75,82,83,91, 102,111,112,134,140,141,145,153,

168,172,175,181,183,189,192,193, 194,200,230,234,236,240,241.251. 258,310,352 Grèce, 230,233,236,238,240,251 Grecs-calholiques (d'origine libanaise et syrienne), 77,225,226,232,237,257 Grecs-orthodoxes, 230,231,233,235, 237,238 Grecs-orthodoxes (d’origine libanaise et syrienne), 77,83,230,231,233-238, 240-242,249,287 Greenshieids (T. H .) 279 Grégoire IV Haddad (Patriarche), 235,430 Grégory (général), 92 Guébénlian (SétragX 100,154,155 Guéndjian (AntranigX 99,154,430 Guerres balkaniques, 78,185 Guéuzirian (Sarkis), 100 Guiligia (journal), 100,129 Guiligyan Sourhantak (journal), 100 Guiragos K., 283 Guiragossian (OharmésX 281,282 Gulbénkian (AvédisX 102,156 GQlgOze, voir à Ain-Warde Gunm (régknX 77 K (BédrosX voir à Bédros (H.) Habab(viUageX 385 Haberii, voir à Basbrina Haboyan (MarsoubX 281 Hachémite, 26,110 Hachim bey ((lt)ooloneiX 35,39,47 Hadji agha (chef kurdeX 281 Hadji bey, 50,51 Hadji bey (Bechen ZadéX 119 Hadji efiêndi, 119 Hadji Hannan (chefkurdeX 382 Hadji Kaya bey, 259 Hadji Moussa bey (chef kurdeX 351,430 Hadji Mustalà, voir à Kamil (Hadji Mustafa)

Index général Hadji Sliman Abbas, 387 Hadjin (ville ou région), 33,37.70,87,90, 102,133,136,137,139,172 Hadjo agha (chefkindeX 269,271,272, 314,316,335-337,339,341,343,344346,351,363,365,366,377,381-385, 387,389,390,392,399,430 Hafiz Abdallah bey, 209 Haifa, 26 Hakkari (montagnesX 302,305,326 Hakki Kunduz (Ismail, officier turcX 313315,317,335,342 Halim Pacha (Said, vizirX 209 Hama, 27,31,73,264,337 Hamdin (Jules, général 32,33,35,87 Hamid bey, 204 Hamid fils de B., 282 Hamidiyé, voir à Djihan Harems, 47,65 Haroutiounian (pasteurX 102 Harpout (Khaipot, région, sandjakX 76, 252,274,384 Haipout (Khaipot, villeX 171,249-255, 258,259,270,272,274,277,278,280, 323,365 Hassaka/Hassaké (bouigadeX 273,284, 307,318,320-322,325-327,337,344, 356,357,384-386,390,392,393,400, 401 Hassan bey, 86 Hassan-Beyli (village), 172,176 Hasslcr (commandantX 61-166 Haut conseil (m ectisi a liX256 Haut-commissaire britannique, 221,272, 294,305,326,337,352,379 Haut-commissaire en Syrie et en Arménie, 91,109,113,304 Haut-commissaire fiançais, 32,39 61,64, 113,115,117,121-125,133,134,136, 139,140,143-146,161,163,164,166-

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170,284,286,292,298,310,312,340, 345,361,377,387,395 Haut-commissariat fiançais, 39,61,112, 113,115,117,121,126,130,146,149, 157-160,162,163,165,166,170,171, 174,175,210-212,221,235,238-240, 244,246,255,256,264,279,286,287, 293-296,303,305-308,310,311,317320,324,325,327,328,334-337,340, 342,344-346,355-357,363-366,377, 378,380,382,383,386,389,390-392, 395,399 Haute-Mésopotamie, voir à Djaziia Havericanis (tribuX 272,276,283,314, 316,335,336,343,345,385 Hay tsayn (joumalX 100 Hayachén (localitéX 358 Haydaians (tribuX 351 Haydari (clan alawite), 96 Hazarabédian (LévonX 103,430 Hebbé (Mgr Hanna), 400 Hedjaz.31,67 Hentchagyan (paitiX 98,99,103,104, 150,154,155,391 Hentchagyan (Vengazmyal, Hentchagyan réfonnéX 98,100,142,153,154 Heski Tello (Ibrahim, chef kuideX 366, 431 Hespist, voir à Hipsta Hipsta [Hespist, actuel Yaiba$i], 269 Hittites, 189 Hobsbawn (EricX 29 Hoghé (villageX 252 Homs, 27,31,73,264 Horowitz (Donald), 294,295 Hough (consulX 378 Hoyboun, voir à Khoyboun Huntziger (général), 398 Hussenig (villageX 252 Ibrahim Heski Tello, voir à Heski Tello

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La France en C ilicie et en Haute -Mésopotamie

Ibrahim bey (cheftchcrkessX 89 Ibrahim Facha (fils de Muhamad AliX 7176,431 Ibrahim Pacha (chef MiUiX 97,337,355, 381,382,384-386,392,399,431 Ikdir(districtX 372 Ilhamy bey (H-coIonelX 118,123,431 Imam Chamil, voir à Chamil Impôt, 48,193,194,198,210,222,278 Indépendance kurde (partiX 365 Indes, 56,112,159,160 Indiens/Indiens tamouls, 235,295 Indjé (quartier), 244 Indo-européens, 370 Ingushes, 77 Inönu (IsmetX 206 Internationale (II*X 374 Intili (tunel), 119 Ipékian (Kasbar), 392,393,395,432 Irak, 25,40,72,91,195,1% , 200,266, 269,270,271,291,294,297,301,302, 305,308-311,313,316,319,320,325327,329-332,334,336,337,341,349, 365,374,375,379,395,397 ban/Itanien, 302,322,325,349,366,370, 372,375,376,379 Irfen bey (préfet de policeX 39. Ishak (SaTdX 401,432 tykyohi, voir à Paghlik Islahié (bourg ou régionX 41,48,78,86, 90,126,127,136 Ismail (fils d’ibrahim pachaX 93,337 Ismail effendi, 119 Ismail Hakki Kunduz, voir à Hakki Kunduz Ismit,87 Israyélian (Mgr Sdépanos [Etienne] II), 259,432 Istanbul, 184,186,187,190,193,200, 234,237,263 Italie/Italien, 36,134,183

Italie fasciste, 396 Itchili, voir à Séléfké Ittihad ve Terraki Cemiyeti, w ir à Comité Union et Progrès tzbirak, vo irà Z a z Izmir, w iràSm ym e Izmiflian(GanbedX 100 Izzet bey (valiX 262 Jamgotchian (VahanX 99,153-155 Janissaires, 96 Jean (rainistreX 153,154 Jérusalem, 104,234,237 Jessé-Curdy (GastonX 263,432 Jésuites, 227,229 Jeune-turc, w ir à Comité Union et Progrès Journal d’Orient, 199 Journal officiel turc, 203,204,206 Jouvcnel (Henri de), 310,432 Juif ,189,193,194,285,294,296,298, 323-325,394,397 K. (GuiragosX voir à Ouiragos K. Kadahdjian (KévoricX 220 Kadi Zadé Hadji effendi, 119 Kadir Pacha, 119 Kadribey, 38 Kadri bey (fils de Djemil Pacha), 351, 385,432 Kalaydjian (HaroutiounX 281 Kalecik (villageX 280,282 Kamichli, 272,273,280,284,322-325, 327,338,342,343,384,385-387,393, 400,401 Kamil (Hadji MustafrX 262,263 Kanya-Forstner, 25 Kaplan (Sam), 82,83 Karabekir(KiazimX 183 Karabredik (villageX 313 Karadouar (villageX 233 Karahassan (villageX 313

Index général Karaissaku, 71 Karalcilissé (village), 172 Karakol (Le Gardien), 34,186 Karaman, 63 Karamanli (tribu), 71 Karamaniyé (ville), 393 Karamé (région), 284 Karatacbe (village ou région), 7 3 ,14S, 245 Karatcfaok Dagh, 313 Kan, 77,183,200 Kan Bazar, 78.86-88,136,139 Katma (village), 222,358 Kaufinarm, 324 Kay(AvédisX 175 Kayseri (CésaiéeX 63,115.132,351 Kazanii (rade), 74 Kéchichian (GuiragosX 102 Keddour bey (notable kurde), 338,384, 386 Kefcidis (nahiéX 86,90 Kéklikian (Mgr Pascal), 102,103,153, 225,228-230,466 Keller (posteX 136 Kexnal bey, 365 Kemal bey (kaHmakam de BogbazlianX 209 Kemal bey (notable alawi), 95,157 Kanal Pacha (Musta&X 28,31,34,52, 53,58,87,91,108,111,112,114-116, 118,124,125,134,135,137,155,157, 158,181,182-184,186-193,198,331, 374 Kesrig (villageX 252,282 Kessab, 70,359 Kevorkian (RaymondX 185 Khabayan (catholicos Sahag I1X99,102, 104,175,252,436 Khabour, 291,307,318,322,325-327 Khalil (fils d’ibrahim pacha), 93,337, 354,394

4SI

Khalkovian (abbé JeanX 225,227,228 Khanzadian (FirouzX 100,155 Kharpert, voir à Haipout Khayroullah, 119 Khosravshahr (villageX 322 Khoubéssérian (VahanX 102,126,433 Khoulavank (villageX 252 Khourchid agha, 90 Khoiay (Gérard), 30 Khoury (PhilipX 396 Khoyboun (organisationX 354,355,357, 363,365,366,369,370,372-384,386395,399,400 Khudal Zadé Tahsin, 119 Khourchid Agha, 90 Kiamil Pacha (fils de l’Imam ChamilX 89 Kichiffli (villageX 129 Kilazi (dan alawite), 96 Kills (ville ou régionX 37.51,77.135-138, 168,217-222,249,254,305,307,312, 315 King-Crane, 95 Kirédjian (abbé Paul-Boghos), 225,229, 433 Kiriakos(Mgr),401 Kirik-Khan (localité), 358,382 Kitkans (tribu kurdeX 93,338 Kivah, voir à Kowak Kizil-Bach, 79,82,83,89 Kodja Bach Zadé Omar effendi, 119 Kokhar (village), 129 Kojabach Zadé Ibrahim effendi, 119 Konakalmaz (villageX 280,281 Kenia, 35,36,63,72,115,207 Kör Hussayn pacha, 351,382,431 Köroglou(tribuX 71 Kör Rechid (chef kurdeX 382 Koubourd-Bid(po6te et village), 313316,343,351,385,386 Koufe.72 Kouyoumdjian (Dr Avédis), 175

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La France en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

Kuwait [Kivah, actuel Magaraköy], 269 Kozan, voir à Sis Kazan oglou (tribu), 71,72,75,76 Kunduz (Ismaïl Hakki), voir à Hakki Kmd Dagh, 36,79,333,354,355,357, 382,393,394 Kurde, 27,47,49,50,52,57,63,64,75, 78,82-85,87,89-92,97,107,108,123, 131,132,134,141,147,182,191-193, 195,246,254,267-269,271,272,274277,280-283,291,296-298,302,304308,310,311,313-317,324,326,328402 Kurdistan Ta’ali Djemieti, 365 Kurde Techkilat Idjtimaiyé Djemieti, 365 Kurd Millet Firkasi, 365 Kütahya,229 Kutcfauk oglou (fiunille), 71,76 KQtchQk Stepan, voir à Donabedian (Vahan Adanali) Kutchukian, 102

Légion syrienne, 320 Letché (villageX 333 Levies (troupesX 297,305,326 Lewis (BemardX 184-186,188,190,191 Liban/Mont Liban, 22,23,25-27,31,37, 69,72,74,77,95,104,108,110-113, 133,159,168-171,175,200,202,206, 211,213-216,222,224,225,231,232239,242,249,253,261,279,285,287, 292,293,301,304,309,334,349,350, 353,354,356,357,379,386,387,391393,398 Libanais, 23,202,206,207,211,214-216, 231,233,235,236,238-241,285 Lidjé (villageX 278 Lloyd Georges, 107 Londres, 68,69,138,156,173 Londres (accordX 135,138,156,167,168, 174,306 Lyautey (Hubert, généralX 291 Lyon, 22

L’Annuaire Oriental, 82 L’Asie française, w ir à revue « L’Asie française» Labonne (commandant), 135 Lamothe (de, général), 129,172,433 Langlois (Victor), 21 Langue-soleil, 193 Latakiyé, 72,73,95,96,157,242,247, 359,393 Latine (religion), 65 Lausanne (Conférence), 183,190,193, 199,205-208,211,215,230,231,233, 236,239,240,242,251,287,371 Laval (Pierre), 396 Ledji (FehmiX 365 Légion/Légionnaire arménien, 33,39,4047,67,68,99,101,108,117,118,139, 142,145,176 Légion d’Orient, 32,33,39,40,67

MacMahon (HenryX 26 Magarakty, v o irà K a w tk Mahmakié (poste), 343 Mahmud (fils d’Ibrahira pacha), 93.337 Maison neutre, 66 Malaisie, 295 Malaria (régionX 77,91,253,274 Malaria (villeX 249-255,258-260,272, 274,277,278 Malézian (VahanX 155,433 Maloyan (HrantX 103,433 Mamachour, 313 Mamelouks, 70 Mamouret-d-Aziz, voir à M ené Mansour (prêtre assyrienX 102 Marach (pachalik), 37 Marach (régionX 37,49,51,62,72,77, 80-82,84,86,88-91.93,108,119-121, 134,138,141,143

Index général Marach (ville), 37,46,49-52,63,70-72, 80,84,89,110,113,117-120,125-132, 136,137,139,147-149,164,172,217, 221-224,228,249,253,254,285,322 Marais cUidens, assèchement, 74 MarChimoun,302 Martin (région), 257,274,280,317,324, 325,386 Martin (ville), 93,121,124,130,249, 250,253,261,263,264,269,273,276278,283,302-304,315,316,319,321323,384,385 Martin (Çerif), 184 Marikian (Moukhtar), 220 Maroc, 166,291 Maronites, 22,77,84,225,226,237 Maspero (tabacs), 392 Massacres, 33,49,52,91,92,118,119, 127,129,136,146,164,185,263,274, 351,373 Mahsérédjian (BogbosX 129 Massyaf(localité), 358 Matossian (tabacs), 392,394 Mattar (Père Boulos), 234 Mazhar Mufit (Kansu), 134,433 McAndrew (généralX 93 McDowall (David), 331,332 McRury (capitaine), 63 Mecque, voir à Al-Hachimi (Husayn) Meddo [Midih, ac/ue/Ögöndük], 269 Médecins arméniens, 105 Mehdi (cheikh, frère de cheikh Said), 346 Mehmed bey (notable alawi), 95,96,148, 156 Mehmed Ernin bey, 95,96,148,149,156, 157,433 Mehmed Fouad (Deblan ZadéX 65, % , 151,244,245 Mehmed Soubhi pacha, voir à Soubhi pacha

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Mehmed Tahir efiêndi, voir à Tahir efiènti Mekdelé (villageX 338,392 Mefldsadak (capitaine assyrien), 325 Membidj (bourgX 393 Memdo (Memdouh) Selim, 351,365,366, 373,386,434,399,400 Menddrian (AramX 100,155 Menemendji oglou (fiunilleX 71,76 Mer Rouge, 204 Mer Noire. 199,251 Menin (légion), 36,47,48,82,141 Menin (ville), 33,48,73,74,76,77,94, 95,97,105,134,136,137,143,145, 147,224-234,236,244-247,285 Mésopotamie, 31,45,97,204,274,291, 404 Mésrobian (Sarids), 261,262 Meydan (poste), 136,173 Meyer (Jean), 293 Mené {actuelle ElazigX 252,253,259, 274,276,279-281 Midhat bey(vaü), 256 Midiat, 269,270,273,277,323,335-337, 384,385 Midih, voir à Meddo Milice arménienne, 142,143,146 Milieux coloniaux/cdonialistes français, 22,24,29,30 Millis (tribu IcurdeX 93.276,306,337, 355,381 Minière (industrie), 74 Ministère de la Guerre (fiançais), 158 Ministère de la Reconstruction, 200 Ministre des Affaires étrangères de Türquie, voir aussi à Rüçdü, à Youssef Kanal, à Ferid bey, 226,344,362,381 Ministre/Ministère fiançais des Aflàires étrangères, 68,211,213,286,303,304, 339,345,346,375,380 Mirans (tribu kurde), 336

454

La France en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

Mission militaire française au Hedjaz et en Égypte, 67 Mission/Missionnaiie fiançais, 22,23, 103,227,398 Missis (ville), 41 Missry Kiamil Pacha, 96 Mkhitanan (Mgr Kud), 252,434 Mnatzaganian (DrDikian), 100,105,153155. Mohadjin (réfugiés rausubnansX 64,78, 79,203 Mont Mo&e, voir à Moussa Dagb Montagne (Robert^ 327 Montagne infidèle, voir à Giavour Dagh Monténégrine (égliseX 237 Moriaeu (commandant), 164 Morenig (villageX 252 Mortier (h-colonel), 387 Moscou, 376 Mossoul, 27,108,269-271,301,302,305, 308,309,311,313,315-317,326,330, 331,341,349,379 Mouch.209 Mouchégh (Mgr), voiràSéropian (Mouchégh) Moudras (Armistice deX 31-35,38,59, 60,61,108,183,186,191,203,209, 252,305 Mouheddine Pacha, 204 Mounir bey (gouvemeurX 218 Mourad (Mgr MkhelX 269 Moutadian (Ardachês), 376 Mourtaza bey (AliX 48 Mousalla (quaitierX 244» 246 Moussa Dagh, 36,40,70 Moussa 1er, voir à Moussa Dagh Mozdok (villeX 2% Mufti Zadé Cherif(députéX 256 Muhammed (Dr Chukri), 365,379 Muhammed Ali (vice-roi d’ÉgypteX 21, 71,434

Muhammed Basrawi, voir à Basrawi Muhammed (fils de Djcmil PachaX 351 Mumtaz bey (colonel, déléguéX 359,360 Murin (YOnlOceX 280 Murtaza bey (AliX 39 Mustaâbey(DrX 119,128 Mustafii ibn Chahin bey, voir à Chahin Mustaià Kemal Pacha, voir à Kemal (Mustafii) Mustafàwiyé (on Ibrahim, villageX 313, 339,344,345 Muzaflèr Emine, 393 Mzizakh [actuel DogançayX 269 Na’amani (cheikh, notableX 246 Naccache (finnilleX 231 Nader (fàmilleX 231 Nagear (ThéodoreX 281 Nakache(KarenX 134 Nakhitchevan, 371 Nalbandian (GarabédX 154 Nansen (FridtjofX 213,434 Nazim bey (vaUX 35,38,42 Near East Relief; 222,224,252,253 Nestorien, 84,302 Newcombe (colonelX 70 Nihat Pacha (Amhm$X 34,35 Nissibin (viUeX 272,303-306,311,313, 314,317,319,323,324,327,328,335, 336,338-340,342,343,346,381,385, 388 Nizameddine bey Kibar, 393 Noel (majorX 91 Nogays (TatarsX 78 Nor Zdtoun (localitéX 358 Normand (Robert, It-colondX 38,82,118, 120-130,158,160,164,434 Nouaycm (Antoine), 262 Nouman Rifàtbey, 362 Nouri (IhsanX 366,434 Nousayriyé (DjebelX 72

Index général Nusayri,72 Nousret bey, 209 Odjakli (village), 172,174 Œuvres d’assistance, 102 Ogde(Bechara), 233 Ogde(SeUmX233 Ogde (fiunilleX 233 OgQndQk, voir à Mcddo Oicobe Kir (villageX 322 Olson (RobertX 330,338,340 Orner eflèndi (Yuzbachi ZadéX 219 Onbacbian (Agop SimoniX voir à Dasnabédian Organisation spéciale (T efkiiâti M ahsusa\ 186,187,256 05, voir à Organisation spéciale Osmanié (ville ou régionX 48,64,78,79, 84,88,137 Ossètes (ethnieX 297 0ukaydat,307 Ourla (régionX 37,49,72,76,80,90,91, 108,121,138,257,265,317 Ourla (villeX 26,37,46,52,63,93,117, 118,121,124,130,132,134,135,199, 249,250,252,261-264,266,269,272, 274,286,301,304,305,315,316,322, 384 Ourmia (bourg), 322 özerli (villageX 172,174 Pacha bey (chefkuideX 382 Pachalian (Lévon), 213,275,434 Pacte National (M illi M ise*), 168,169, 183,218 Paghlik (IÿtkyoluX 280 Palestine, 25,27,30,31,61,63,72,74, 285,324 Pakxi, 171,268,277,280 Pandemia, 87 Pandjarlik (village), 252

455

Panturquisme, 370 Papazian (H ratchX 381,384,386,394, 435 Papazian (VahanX 366,373,374,381, 382,386,435 Parëne(pireX 176 Paris, 49,105,213,375 Parlement ottoman, 39,97,219,351 Parlement syrien, 354,355,401 Parti colonial, 27,28,113,159 Parti républicain du peuple, 189 Patriarcat Œcuménique du Phanar, 237, 240 Patriarche des Syriaques orthodoxes, 401 Payas (ville ou nahiéX 71,172,173,307 Peloton mixte turco-tcherkess, 86 Perses, 296 Petridis (Nikolaki, kalmakamX 172 Pétrol/Pétrolifcre, 301,302,309,310,311, 330,331 Petros (Agha, général), 302 Pettelat (colonel), 175,176 Pichon (StephenX 68 Pieds noirs en Algérie, 297 Pigeons voyageurs, 113,127 Pirindji Zadé Feyzi (Fezi beyX 256 Piste N° 1,317 Piste N° 2,313,334,339,340 Piste N° 3,313,317,334,339 Poidebard (Père Antoine), 310,320,327, 435 Poincaré (RaymondX 328 Pologne, 368 Ponsot (Henri), 235,380,383,395,435 Port Said, 40,64,67 Portoukalian (LéonX 102 Portoukalian (VahanX 102,224,435 Première guerre mondiale, 22,29,30,33, 46,52,68,95,110,142,172,185,187, 215,219,250,256,259,275,302,404

456

La France en C ilicje et en Haute -Mésopotamie

P résident d e la F édération d es É tats d e S yrie, v o ir à Soubhi B arakat Prisonnière d e g u erre arm éniens d e l’aim ée ottom ane, 4 0

R hénanie, 396 R ipert (lieutenant-colonelX 3 40 R iza bey, 119 R ira (C heikh AliX 366

Prom éthée, 368

R izé (provinceX 2 0 0

P roto-turcs, 189

R om ain, 2 2 ,2 5 ,3 2 0

P uaux (ht-com m issaire), 4 0 0

R om ieu (L o u is, lt-co lo n eiX 4 0 ,4 3 6

P uissances C en trales, 2 6 ,3 1

R ondot (PierreX 3 3 3 ,3 3 4 ,3 6 3 ,4 3 6 R o n flan t (A reèneX 4 3 6

Q u erette (gén éral), 1 2 5 ,1 2 7 ,1 2 8 ,4 3 5

R osanvallon (PierreX 182 R oum ain, 2 3 1 ,2 3 7

R ab at (M aroc), 291

R oum élie, 6 4 ,7 7 ,1 8 5

R ahm ani (M g r Ephrem X 2 6 1 ,4 2 9

R oustem b ey (K erim X 3 6 6

R akka(posteX 307

R oyaum e m édiéval arm én ien d e C ilid e ,

R am azan oglou (tribuX 7 1 ,7 6 R am gavar (partiX 9 8 ,1 0 0 ,1 5 3 ,1 5 4 ,3 9 1 R am m an (trib u ), 2 7 9 ,3 3 7 R as d -A ü i, 1 2 3 ,3 0 6 ,3 0 7 ,3 2 6 ,3 2 7 ,3 3 7 , 3 8 4 ,3 8 5 ,3 9 2 ,3 9 3

3 6 ,7 0 ; 7 6 RQçdü (D r T evfik [A ras], m inistreX 2 4 1 , 2 6 8 ,2 6 9 ,2 7 2 ,3 5 2 ,3 5 3 ,3 8 1 ,3 8 7 ,4 3 6 R usse/R ussie, 2 3 7 ,2 9 6 -2 9 8 ,3 6 7 ,3 7 3 ,3 7 4 R ustom (K erim X 365

R assoul ag h a, 3 86 R au f(O rb ay ), 87

Safari effen d i, 119

R aym ond (A ndréX 397

SachgO zu (villageX 9 0

R ecensem ent, 81

Sadek (Ib rah im , n o tab le alaw iX 9 5 -9 7 ,

R echdouni (H agop), 393

1 5 6 ,2 4 4 ,2 4 5

R echid b ey (D r), 209

Sadek Pacha, 71

R echkotan (G h aizan , régjonX 278

S a d d ia n (D aniêlX 393

R echkotan (trib u kurdeX 279

S a fita ,7 3

R eclus, 378

S ahag D K habayan, v o ir à K habayan

R effye (V erchère d e), v o ir à V erchère d e

S aid bey, 4 8

R effye

S aid (C hdkhX v o ir à C b d k h S aid

R endel (G eoigeX 257

S aint-C yr (éco le), 161

R épublique d ’A rm énie, v o ir à A rm énie,

S ajous (capitaineX 1 2 4 ,4 3 6

R épublique

S akor (Y oussoufX 245

R évolte arab e a u H edjaz, 2 6

S alé (M arocX 291

R évolte d ’A gri D agh, v o ir à A rarat

Saleh (C hdkhX 9 6 ,9 7

R évolte d ’A rarat, v o ir à A rarat

S alib ian (D rH am p artso u m X 155

R évolte k u rd e d e cheikh S aid, v o ir à

S alm as (villeX 322

C heikh S aid R évolte k u rd e d e H adjo ag h a, v o ir à H ad jo a g h a R evue « L ’A sie fran çaise », 113

S am i b ey d -M illiy é , v o ir à E l-M illiyé Sam soun, 1 9 9 ,3 9 2 S an R em o (confërenceX 1 3 4 -1 3 6 ,1 3 8 , 3 0 1 ,3 0 4

Index général

457

Sandfbrt(Baithede), voir à Barthede Sandfbrt

S is (K ozan, villeX 3 3 ,6 1 ,7 1 ,7 6 ,7 7 ,9 0 ,

Sarikam iç (villageX 2 8 0 ,2 8 1

S ivas (v ille o u tégkm X 6 3 ,8 7 ,1 1 6 ,1 1 9 ,

Saroukhan (k u rd e), 336

9 8 ,1 0 4 ,1 3 2 -1 3 4 ,1 3 6 ,1 3 7 ,1 3 9 ,1 7 2 1 2 1 ,1 8 7 ,2 5 3 ,2 7 9 ,2 8 1

S a n a il (généralX 2 3 5 ,4 3 7

S m ala, 3 20

S am uil (A lb eit), 396

S raym e (Izm irX 5 3 ,6 3 ,1 0 3 ,1 1 1 ,1 3 4 ,

Sassouni (A im enX 105

1 4 5 ,1 7 3 ,1 9 0 ,1 9 3 ,2 0 7 ,2 1 3

Satow (consulX 312

S ociété d es N atio n s, v o ir à SD N

S ave th e C hildren Fund, 282

S œ urs d e S aint-Joseph d e l’A pparition,

SD N , 1 9 0 ,2 0 0 ,2 1 2 -2 1 4 ,2 3 1 ,2 6 1 ,2 6 9 , 2 8 4 ,2 8 7 ,3 2 6 ,3 9 5 ,3 9 8 ,4 0 1

227 Soubhi B aiak at, v o ir d B a ra k a t

Sedld (B ek ir, lieutenantX 86

Soubhi p ach a (M efamedX 3 9

S q p ik a ,3 1 3

S oudanais, 73

Sekban (D r C hukri beyX 366

Soug-S ou (localitéX 358

Selam i b ey (n o tab le alaw iX 9 6

S o u ro u d j,2 6 2

S d a m y b ey (M uchéfik, d élég u é turcX 24 5 ,

S ou rso u r (villageX 252

339 Sdeflcé (Itch ili, v ille o u région X 3 6 ,8 2 , 199 Selim (M em doX v o ir à M o n d o S eray (villageX 252

S ous-com m ission ch arg ée d u recensem ent e t d e rem b arq u em en t d e s ém ig ran ts, 171 S oviétique (légim eX 1 1 2 ,3 6 7 -3 6 9 ,3 7 2 , 3 7 6 ,3 9 1

Scrt>etëeri>ie, 7 8 ,2 3 1 ,2 3 7

Spiridon (M grX 235

S e rif M aid in , v o ir à M ardin

S ri L anka, 295

S éropian (M g r M ouchéghX 1 0 3 ,4 3 7

S talinism e, 182

Seroudj (villageX 338

Suleym an V ahid, v o ir à V ahid

Serve! b ey , 209

(S uleym an)

S ervice m ilitaire, 145

S uleym ania, 9 1 ,3 6 5

S eurat (M ichelX 2 2 ,3 0

S ultan ottom an. C alife, 4 0 ,5 8 ,7 7 ,8 7 ,8 8 ,

S evw ek, 1 2 3 ,1 2 4 ,2 7 8 Sèvres (T iaitéX 1 4 4 .1 4 6 ,1 5 2 ,1 5 4 ,1 6 7 , 1 7 1 ,3 0 1 ,3 0 2 ,3 6 7 ,3 7 1 ,3 7 2

1 8 4 ,1 8 6 ,1 8 8 Sum m ériens, 189 Sureya b ey , 2 09

Sihan (fleuveX 7 4 ,1 5 3

S ureya B edr K han, v o ir à B edr K han

S iiit, 2 7 4 ,2 8 0 ,3 8 4

Surm éyan (M g r A idavaztX 4 0 2 ,4 3 7

S ilvan (régionX 2 7 8 ,3 8 4

Sursok (fiunilleX 2 3 1 ,2 3 5

S im k n o g lo u (A .-G .X 1 0 2 ,1 5 3

S ykes (M aikX 2 6

S in ai, 2 7 ,2 3 7 ,4 0 4

S ykes-P icot (accordX 2 6 ,2 9 ,3 0 ,3 7 ,5 7 ,

Sinakan (trib u ), 279 S in d jar (D jebelX 2 9 1 ,3 7 4 S is (K azan , régionX 3 6 ,3 7 ,4 7 ,5 7 ,7 2 ,7 5 ,

6 8 ,6 9 ,9 0 ,1 0 8 ,1 0 9 ,1 1 2 ,1 2 1 Syriaque, 3 6 ,4 5 ,8 2 ,1 4 1 ,1 6 8 ,1 9 4 ,2 2 4 , 2 4 9 ,2 5 0 ,2 5 7 -2 6 4 ,2 6 7 -2 7 3 ,2 8 7 ,2 9 4 ,

7 8 ,8 2 ,8 6 -8 8 ,9 0 ,1 3 2 ,1 4 1 ,1 5 0 ,1 8 3 ,

2 9 6 ,3 0 2 ,3 0 3 ,3 0 5 ,3 0 6 ,3 2 1 ,3 2 4 ,3 6 4 ,

2 8 0 ,2 8 1

3 9 7 ,4 0 2 -4 0 4

458

La France en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

S yriaque cath o liq u e, 1 0 2 ,1 4 0 ,1 5 3 ,2 6 1 , 2 6 9 .2 9 8 .3 2 3 .4 0 0 S yriaque orthodoxe, 1 4 0 ,1 5 3 ,1 5 4 ,2 3 4 , 2 6 9 .2 9 8 .3 2 3 .4 0 1 S yrie, 2 2 ,2 3 ,2 5 -2 7 ,2 9 -3 3 ,3 6 ,4 3 ,6 1 -6 4 ,

T ay er (D ja fir, gouvem eurX 255 T ayyah (M g r E lias-L ouisX 225-226 T ch ad er Y éri (v illag e), 9 0 T chakedjian (o u TchalddjiX 153 T chalian, 102

6 7 ,6 9 -7 4 ,7 7 ,7 8 ,9 1 ,9 3 ,9 6 ,9 7 ,1 0 4 ,

T charek (G hazar), 100

1 0 8 -1 1 3 ,1 2 2 ,1 2 3 ,1 3 3 -1 3 8 ,1 4 7 ,1 4 9 ,

T chayli (villageX 1 7 2 ,1 7 4

1 5 2 ,1 5 7 ,1 5 9 ,1 6 8 -1 7 6 ,1 9 4 -1 9 6 ,2 0 0 ,

T chelebi (k u rd e), 3 36

2 0 2 ,2 0 4 ,2 0 6 ,2 0 7 ,2 1 0 -2 1 6 ,2 2 0 ,2 2 2 ,

T chcrkess (C ircassiensX 5 7 ,7 7 ,8 2 ,8 4 -9 0 ,

2 2 3 ,2 2 5 ,2 3 0 -2 5 5 ,2 6 0 -2 6 7 ,2 7 3 -4 0 4

9 7 ,1 0 7 ,1 3 1 ,1 3 2 ,1 4 0 ,1 4 1 ,1 4 3 ,1 4 7

S yrie intégrale, 2 3 ,2 7 ,3 0

T cherkess M ahm oud (c h e f kurdeX 382

S yrien, 2 3 ,4 0 ,2 0 2 ,2 0 4 ,2 0 6 ,2 0 7 ,2 1 0 -

Tchexkez E them , 87

2 1 2 ,2 1 4 -2 1 6 ,2 2 3 ,2 2 4 ,2 3 3 ,2 3 5 ,2 3 6 ,

T chétchène, 7 7 ,8 6 ,3 9 7

2 3 8 ,2 3 9 ,2 8 5 ,3 2 9 ,3 4 5

T ch étés (b rig an d s) tu rcs, 174 T ch itiy é (trib u kurdeX 3 3 6 ,3 4 3

T aalik (lo calité), 386

T choban b ey (gareX 307

T abac, v o ir à M atossian e t à M aspero

T choukour o v a (plaineX 28

T achnagtsagan/T achnagtsoutiaun, 9 8 ,9 9 ,

T chouldjian (K év o k X 2 20

1 5 3 -1 5 5 ,3 6 6 -3 7 6 ,3 7 9 ,3 8 1 ,3 8 2 ,3 8 4 ,

T edjeddud (joum alX 196

3 8 8 ,3 9 0 -3 9 5 ,4 0 1

T ekeli Z ad é, 71

T adcm (v illag e), 2 8 0 ,2 8 2

T élégraphe, 127

T ah ir eflen d i (M ehm edX 38

T ell A biad (villageX 1 2 3 ,2 6 4 ,3 2 5

T ahm azian (K rikorX 105

T ell A ssw ad (villageX 325

T ahsin effendi (cap itain e), 316

T ell B eri (villageX 325

T aillan d ier (S aint-R ené), 3 0

TeU B rak (villageX 3 2 5 .3 8 6

T aillard at (FerdinandX 3 8 ,5 7 ,6 1 ,8 6 ,8 7 ,

TeU H am idi (villageX 3 1 5 ,3 1 8

9 0 ,1 3 2 ,1 6 4 ,4 3 7

T eil M assas (villageX 327

T akvim i V ekayi, 2 0 2 ,2 0 3

T ell T am er (villageX 327

T alat b ey (c h e f d e b ataillo n ), 346

T E O , v o ir à T errito ires ennem is o ccu p és

T alat P acha, 1 8 7 ,2 0 9 ,2 1 9

T epeli (villageX 2 8 0

T alim atnam é (in stru ctio n ), 2 0 3 ,2 0 6 ,2 0 8

T érdjanian (M ichelX 2 84

T am dogan-A bel (l$ik>, 71

T erek (fleu v e), 2 96

T am ouls, v o ir à Indiens

T em on (Y vesX 2 5 6 ,2 7 5 ,2 7 6

T ap o u ,2 0 9

T errier (PieneX 2 8 5 ,3 4 3 ,3 4 4 ,3 6 3

T appouni, (PatriarcheX 4 0 0 ,4 3 7

T errito ires d e l’E st, 3 7 ,4 9 ,5 0 ,5 3 ,8 0 ,8 1 ,

T arse (TarsousX 2 1 ,2 2 ,2 7 ,2 9 ,7 1 ,7 3 -7 7 ,

9 0 ,9 1 ,9 3 ,1 0 7 -1 0 9 ,1 1 2 ,1 1 4 ,1 1 7 -1 2 0 ,

9 4 -9 7 ,1 3 2 ,1 3 4 ,1 3 6 ,1 3 7 ,1 4 1 ,1 4 3 ,

1 2 7 ,1 2 8 ,1 3 0 ,1 3 2 ,1 3 3 ,1 3 5 ,1 3 6 ,1 3 8 ,

1 4 7 ,2 2 4 -2 2 7 ,2 2 9 ,2 3 1 ,2 3 2 ,2 4 4 ,2 4 6

1 7 2 ,2 1 7 ,3 1 0

T atars d e C rim ée, 78

T errito ires d u N o rd , 122

T aurus, 2 7 ,2 8 ,3 1 ,3 4 ,3 6 ,7 0 ,4 0 4

T errito ires ennem is occupés (TEO X 31,

T av riz(v illeX 3 2 2

3 7 ,5 3

Index général T erzian (P ère Ignace), 227

459

T sars (E m pire d es), 7 7 ,7 8 ,1 0 1 ,1 8 3 ,2 9 6

T eçkilâti M ah su sa, v o r à O rganisation sp éciale T finkdji (M g r Jo sep h ), 153 T hom as (M grX 2 6 9

U kraine, 367 U nion gén érale arm én ien n e d e b ien faisan ce, 155

T hrace, 134

U N A , v o ir à U nion N ationale A rm énienne

T iflis, 9 8

U nion N atio n ale A rm énienne (U N A X 9 9 ,

T igre (fleu v e), 2 9 1 ,3 0 4 ,3 0 7 ,3 0 8 ,3 1 3 , 314 T ira illo n s m usulm ans d e l’arm ée française, 4 1 ,4 3

1 0 0 ,1 0 5 ,1 4 2 ,1 4 5 ,1 5 3 ,1 7 4 U nionistes, v o ir à C om ité U nion e t n

________ î -

rro g re s U nions Islam iques, 35

T obie (Jacques), 28

U R SS, 3 7 0 ,3 7 6

T o k at.6 3

U rven (A dolpheX 394

T om assian (O hannés), 282 T oprak-K aleh, 135

V ah id (Suleym anX 9 5 ,9 6 ,1 5 6 ,1 5 7

T orpilleur, 173

V ak it (joum aIX 361

T our A bdin, 2 6 7 ,2 6 9 -2 7 3 ,3 2 1 ,3 2 3

V an , 9 1 ,1 7 1 ,2 4 4 ,3 7 1

T ouw eyni (fam ille), 2 3 3 ,2 3 5

V an (lac), 2 6 8 ,2 7 1 ,3 0 5 ,3 6 6 ,3 7 8

T oynbee (A rnold), 7 0

V an B ruinessen (M .X 3 3 1 ,3 3 3

T raité d e P aix av ec la T ùrquie, 166

V aritk vergisi (im p ô t su r la fortuneX v o ir à

T raité d e P aix d e V ersailles, 111 T raité d e S èvres, v o ir à S èvres

Im pôt V artab éd ian , 140

T raité franco-syrien, 395

V ailab éd ian (K.X 102

T raité trip artite en tre la T ürquie, la

V artatil (Y azikonakX 2 8 0 ,2 8 2

G rande-B retagne e t l ’Irak, 2 70 T raité turco-syrien d ’am itié e t d e bon voisinage, 2 1 1 ,2 1 5 ,3 1 0 T ransfrontalier/transfrontaliérité, 3 2 9 ,3 3 0 , 353

V atican, 270 V d u d (C h ristian ), 2 7 3 ,3 2 2 -3 2 4 ,3 4 3 ,3 5 5 , 3 7 7 ,3 9 8 V enizélos, 155 V éradzin (M in as), 1 0 0 ,1 5 3 ,4 3 7

Tnébizonde (T rabzonX 114

V eranchehir (v ille), 9 3 ,1 2 3 ,3 3 7 ,3 8 4

T résor o tto m an /d ’É tat, 2 0 3 ,2 1 0 ,2 3 4

V eray i-D jessir (q u artier alaw i d ’A dana),

T ribunal d e p aix , 144

95

T ribunal M ilitaire, 175

V erchère d e R efly e, 3 4 0 ,3 4 5 ,4 3 5

T ripoli, 233

V ergi, v o ir à Im pôt

T roupes au x iliaires britan n iq u es, v o ir à

V ersailles (traité d e P aix), 111

L evies T SF, 1 1 3 ,1 2 7

V ielle ro u te, 308 V irio t (cap itain e), 38

T ünnels d u T aurus, v o ir à T aurus

V ladikavkaz (v ille), 296

T urcom an, 7 1 ,8 2

V olontaires arm éniens d e l’arm ée g recque,

TQik S özü (jo u rn al), 2 4 5 ,2 4 7 T yr, 31

145

460

La F rance en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

W ehpolitik, 23

Y u z b a c h iZ a d é ô m e re ffe n d i,2 1 9

W ergho, v o ir à Im pôt W eygand (M axim e, gén éral), 2 3 5 ,2 6 1 , 3 1 2 ,3 1 8 ,3 2 7 ,4 3 7 W inz (ju if allem and), 324

Z ak h o ,2 7 1 Z am ir (M eirX 398 Z az [a ctu el tzb irak ], 2 8 2 ,2 8 3 Z d to u n (v ille o u région), 3 3 ,3 7 ,7 0 ,7 7 ,

Y aibachi (p o ste), 136

8 4 ,1 3 7 ,1 7 2

Y art» $ i, v o ir à H ipsta

Z one A , 27

Y azikonak, v o ir à V artatil

Z one b leu e, 2 6

Y ém en (garnisons), 31

Z o n e d ’in flu en ce italien n e, 36

Y em i$li, v o ir à E nhel

Z o n e E s t.3 1 ,4 3

Y eni A dana (jo u rn al), 1 9 6 ,1 9 9 ,2 2 7

Z o n e in terd ite, 352

Y éram ian (M arsoubX 281

Z o n e N o rd , 3 1 ,3 6 -3 8 ,4 2 ,5 7 -6 4 ,8 1 .8 9 ,

Y éranian (V artan ), 175

9 3 ,1 0 1 ,1 0 2 ,1 0 8 ,1 1 2 ,1 1 3 ,1 1 6 ,1 1 7 ,

Y érétsian , 103

1 2 2 ,1 3 1 -1 3 4 ,1 4 1 ,1 4 4 ,2 4 9

Y ézidi, 3 7 4 ,3 9 7

Z o n e O u est, 3 6 ,6 1

Y ézidi C hem din (c h e f ku rd e), 382

Z o n e S ud, 31.

Y tld in m (éclair) (arm ée), 3 1 ,3 4

Z ulfi b ey , 2 56

Y o u ssef K em al (m in istre), 168

Z ulfi Z ad é Disan (députéX 256

Y ousséfian (D an iêl), 393

Z ulfi Z ad é Z u lfi (d ép u té^ 256

Y o u sso u f (c h e f d es K ozan oglou), 75

Z ulkadri o glou SQ leym an, 119

Y ovanaki (m in istre), 154

ZQ icher (ErikX 3 4 ,3 5 ,5 3 ,1 8 5 -1 8 7 ,1 8 9 ,

Y ozgat, 6 3 ,7 7 YQnlQce, v o ir à M urin Y u rég h ir(n ah ié), 1 5 2 ,1 5 3

256 Z urich, 374

Table des matières

Remerciements............................................................................................

7

Introduction.................................................................................................

9

PREM IÈRE PARTIE

LACTLIC1ESOUSDOMINATIONFRANÇAISE(1919-1921) Stratégie de contrôle, peuples colonisés, évolution des intérêts politiques français

1. La France et la Cilicie : projet impérialiste et occupation.................. 21 La Cilicie, un territoire convoité par les milieux coloniaux français................................................................................................... 21 La genèse de l’occupation française de la Cilicie : un siècle d’histoire 21 Les fondements du projet d’occupation français de la Cilicie.............. 27 L’occupation de la Cilicie par les forces alliées.................................. 31 L’installation du contrôle administratif français en Cilicie.......................... 36 La Cilicie : frontières, circonscriptions administratives, villes............... 36 L’arrivée du premier contingent français, chargé de l’administration de la Cilicie.................................................................................... 38 Le contentieux franco-britannique pour l’occupation militaire de la Cilicie : le rôle de la Légion arménienne............................................ 39 La question de la restitution des biens des rapatriés chrétiens : cause d’appréhension parmi les musulmans................................................. 45

462

La France en C ilicie et en Haute-Mésopotamie

2. La diversité communautaire, base de la politique française en Cilicie 55 L’ambition française de régner en Cilicie : mécanisme, moyens................. Le dispositif humain et la stratégie de conquête de l’administration française.......................................................................................... Une Cilicie autonome sous la protection de la France......................... Les peuples de la Cilicie : une composition ethnique très variée................ L’histoire du peuplement de la Cilicie au XIXesiècle........................... Les peuples du vilayet d 'Adana et du sandjak de Marach.................... L’application de la politique communautaire en G lide : structures communautaires et mo^ns d’action fiançais........................................... Les Tcherkess : futurs gendarmes de la Cilicie................................... Les Kurdes : pouvoir des chefs et influence des puissances régionales Les Arabes alawis, peuple de notables : rivalités personndles, intérêts communautaires.............................................................................. Les Arméniens : une structure très variée et une dépendance entière à l’égard de la France.........................................................................

55 55 59 70 70 80 84 86 89 94 97

3. La rupture : l’infléchissement de la politique française en C ilicie..... 107 Un nouveau regard stratégique français sur les affaires du Levant..............107 L’occupation des Territoires de l’Est : une erreur stratégique pour la France?........................................................................................... 107 Les contraintes de la situation régionale : priorité accordée à la Syrie sur la G lid e ..................................................................................... 109 L’arrivée du général Gouraud et les premiers signes de changement politique......................................................................................... 113 La défaite française i Marach : la fin d’un parcours..................................117 Marach : situation sodale et politique avant l’insurrection..................117 Les deux missions du colonel Normand et la décision d’évacuer M arach............................................................................................ 120

4. La Cilicie jusqu’à la signature de l’accord de retrait des Français.... 131 L’échec du projet d’une G lide française : la France se prépare à l’abandon de la région.............................................................................. 131 La déroute politique et militaire française en G lid e ............................ 131 Le revirement tactique français en G lide : armement, puis désarmement des chrétiens 138

T able des matières

463

Arméniens et Arabes alawis dans la plaine cilidaine jusqu’au retrait français : deux communautés, deux évolutions...................................147 Vers la cession de la Cilicie à la Turquie: les obstacles.............................157 Le conflit entre le Haut-Commissariat et le commandement de la Cilicie : le rappel du colonel Brémond................................................157 L’aocord du 20 octobre 1921 et la question de l’exode des Arméniens: la résistance du général Dufieux.........................................................167 La dernière tentative des Arméniens de créer un foyer en Cilicie : Dflrt-Yol.......................................................................................... 171

DEUXIÈM E PARTIE L E S R É G IO N S T U R Q U E S L IM IT R O P H E S D E L A SY R IE , DANS L E S A N N ÉES 1920

Situation des populations non turques dans la nouvelle Turquie

5. La volonté kémaliste de fonder un État-nation en T urquie................. 181 La naissance de l’État-nation turc : brefaperçu sur les fondements historique et idéologique de la nouvelle Turquie.........................................181 L’exode des populations non turques dans le nouvel État turc : mécanisme, procédés................................................................................................. 195 Les lois turques sur les biens des « fugitifs » : l’élimination du lien matériel fondamental des communautés « indésirables » avec la Turquie.... 201 6. La Cilicie : le sort des groupes ethniques et religieux, sous le nouveau régime de T urquie..................................................... 217 Les derniers Arméniens présents en Cilicie, après le départ des Français : Afintab, Kills, Marach...............................................................................217 La fin de la vie communautaire des catholiques en Cilicie : Adana, Mersin, Tarsous................................................................................................... 224 Les Grecs-orthodoxes d’origine libano-syrienne de Cilicie : une population échangeable ? ..........................................................................................230 Les Arabes alawis de Cilicie : cas particulier d’une minorité musulmane persécutée...............................................................................................242

464

La France en C ilicie et en Haute -Mésopotamie

7. L'expulsion des populations non turques des villes situées dans la zone frontalière avec la Syrie : Malaria, Harpout (Kharpert), Diaibekir, Ourfa, M ardin......................................................................249

8. La situation des populations chrétiennes vivant dans des régions à forte population k u rd e ..........................................................................267 L es v e x a tio n s c o n tre le s S y ria q u e s d u T o u r A b d in : p o litiq u e d e

turquisation contre intérêts stratégiques régionaux..................................... 267 Le grand flux de la population rurale arménienne des régions kurdes de Turquie vers la Syrie................................................................................274

TRO ISIÈM E PARTIE

LAHAUTE-MÉSOPOTAMIESYRIENNE SOUSAUTORITÉFRANÇAISE Colonisation, conflit frontalier avec la Turquie, diversités de peuples

9. La lente conquête française de la Haute-Djazira : évolution, procédés, perspective...........................................................................301 Le projet initial de peuplement de la Djazira syrienne dans les desseins stratégiques français.................................................................................301 L’évolution des opérations militaires françaises pour la conquête de la Haute-Djazira syrienne : l’hostilité de la Turquie......................................307 L’enjeu stratégique de la Haute-Djazira : les rivalités régionales......... 307 L a stratégie offensive de la Turquie : empêcher l’entrée des troupes françaises dans la zone contestée....................................................... 311 L’installation de groupes de populations dans la Haute-Djazira : la colonisation, instrument de conquête et de consolidation du pouvoir...........317

10. L’émergence d’une politique kurde en Syrie : un moyen d'action pour le Haut-Commissariat................................................................329 L a H a u te -D ja z ira : te n ito ire -re fù g e p o u r le s ré fu g ié s p o litiq u e s k u rd e s d e

Turquie.................................................................................................. 329 L e c a ra c tè re « tra n sfro n ta lie r » d e s K u rd es e t la ré v o lte d e ch eik h S aïd 329

T able des matières

465

L'afflux de réfogiés politiques kurdes dans la Haute-Djazira.............. 333 L'élaboration de la politique kurde : instrument de contrepoids................. 338 Les soucis sécuritaires d'Ankara : le rassemblement des rebelles kurdes dans la zone frontière................................................338 Renversement de situation : les Kurdes de la Haute-Djaziiu deviennent les alliés du Haut-Commissariat........................................................ 341

11. L'achèvement de la conquête de la Haute-Djazira : la trajectoire de la politique k u rd e............................................................................349 La naissance d’un mouvement national kurde en Syrie et au Liban : le Khoyboun et l’alliance avec le Tachnagtsoutioun...................................... 349 La présence des Kurdes et des Arméniens dans le Nord syrien : les appréhensions d’Ankara....................................................................349 Le rapprochement entre les mouvements nationaux kurdes et arméniens : une alliance insolite ? ...................................................... 364 L’activité du Khoyboun dans la Haute-Djazira sur fond de litige frontalier 376 La révolte kurde d*Ararat et la situation dans la Haute-Djazira : retrait des Turcs du Bec de Canard, incursion de groupes armés du Khoyboun en Turquie........................................................................376 Vers la dissolution du Khoyboun : une société de cigarettes au service du mouvement kurde.........................................................................388 La création de nouvelles alliances entre les communautés de la HauteDjazira :la perspective du retrait français de Syrie et ses répercussions 395 Conclusion.................................................................................................. 405 Bibliographie...............................................................................................413 Biographies.................................................................................................425 Index

439

ÉDITIONS KARTHALA Collection M érid ien s

Les Açores, C h ristia n R u d e l L'Afrique du Sud, G eo rg es L o ry L’Azerbaïdjan, A n to in e C o n sta n t Le Bénin, P h ilip p e D a v id La Bolivie, C h ristia n R u d e l Le Botswana, M a rie L o ry Le Burkina Faso, F ré d éric L e je a l La Côte d’ivoire, P h ilip p e D a v id Le Cambodge, S o izic k C ro ch et La Colombie, C a th erin e F o u g ère Les Comores, P ierre V érin Le Congo-Kinshasa, A . M a lu -M a lu Cuba, M a ryse R o u x Djibouti, A n d ré L a u d o u ze Les Émirats arabes unis, F ra u ke H ea rd -B ey L’Équateur, C h ristia n R u d e l L’Estonie, S. C h a m ponnois e t F. d e L a b rio lle Le Ghana, P a tric k P u y-D en is La Guinée, M u rie l D e ve y Hawaii, A la in R ic a r d L’Indonésie, R o b e rt A a rssé L’Irak, P ierre P in ta La Jordanie, M a rc L a verg n e Le Laos, C a rin e H a n n La Lettonie, S. C h a m p o n n o is e t F. d e L a b rio lle La Lituanie, L eo n a s T eib eris Madagascar, P ierre V érin Le Maroc, J .-P . L o za to -G io ta rd Mayotte, G u y F o n ta in e Le Mexique, C h ristia n R u d e l La Mongolie, J a c q u e lin e T h éven et Le Mozambique, D a n ie l J o u a n n ea u Le Nigeria, M a rc-A n to in e d e M o n tclo s La Nouvelle-Calédonie, A n to n io R a llv y Le Portugal, C h ristia n R u d e l La Roumanie, M ih a ïE . S erb a n Säo Tomé et Principe, D o m in iq u e G a lle t Le Sénégal, M u rie l D e ve y Le Sultanat d’Oman, B ru n o L e C o u r G ra n d m a iso n La Syrie, J e a n C h a u d o u et Le Togo, Y vonne F ra n ço is La Tunisie, E zze d in e M e stiri La Turquie, J a n e H ervé Le Vietnam, J o ë l L u g u e m

C ollection

Études littéraires

Cabo Verde. Insularidade e Literature, V eig a M . (c o o rd in a ç â o ) Champs littéraires africains (Les), F o n k o u a R . e t H a le n P. Coran et Tradition islamique dans la littérature maghrébine, B o u r g e t C. Culture française vue d'ici et d’ailleurs (La), S p e a r T. C. (é d .) De la Guyane à la diaspora africaine, M a r tin F . e t F a v r e I. Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, D é je u x J . Dictionnaire littéraire des femmes de langue française, M a c k w a r d C . P . Discours de voyages : Afrique-Antilles (Les), F o n k o u a R . (é d .) Écrivain antillais au miroir de sa littérature (L ’), M o u d ile n o L Écrivain francophone à la croisée des langues (L’), G a u v in L . (é d .) Édouard Glissant : un « traité du déparler », C h a n c é D . Épopée : unité et diversité d ’un genre (L’), D e r iv e d (d ir .) Épopées d’Afrique noire (Les), K e s te lo o t L . e t D ie n g B . Esclave fugitif dans la littérature antillaise (L '), R o c h m a n n M .-C . Femmes dans la littérature africaine (Les), B r a h im i D . e t T re v a rth e n A . Francophonie et identités culturelles, A lb e r t C . (d ir .) Habib Tengour ou l'ancre et la vague, Y e lle s M . (é d .) Histoire de la littérature négro-africaine, K e s te lo o t L . Imaginaire de l’archipel (L*), V o isse t G . (é d .) Insularité et littérature aux îles du Cap-Vert, V eig a M . (d ir.) Langue d’Ahmadou Kourouma (La), G a ssa m a M . Littérature africaine et sa critique (La), M a te s o L . Littérature africaine moderne au sud du Sahara (La), C o u ssy D . Littérature et identité créole aux Antilles, R o s e llo M Littérature féminine de langue française au Maghreb (La), D é je u x J . Littérature franco-antillaise (La), A n to in e R . Littérature ivoirienne (La), G n a o u lé -O u p o h B . Littérature zaïroise de langue française (La), K a d im a -N zu ji M Littératures caribéennes comparées, M a x im in C. Littératures d’Afrique noire, R ic a r d A . Littératures de la péninsule indochinoise, H u e B . (d ir.) Mouloud Feraoun, E lb a z R . e t M a th ie u -J o b M Nadine Gordimer, B r a h im i D . Ogresse dans la littérature orale berbère (L '), F o ré s N . Poétique baroque de la Caraïbe, C h a n c é D . Roman ouest-africain de langue française (Le), G a n d o n o u A . Trilogie caribéenne de Daniel Maximin (La), C h a u le t-A c h o u r C.

C ollection

Coopération internationale

Biens publics mondiaux et coopération internationale, H C C I Coopérer au début du XXf siècle, H C C I Espoirs fragiles de la nouvelle coopération européenne, H C C I Non-dits de la bonne gouvernance, H C C I Nouvelle dynamique des crises humanitaires, H C C I Très petite entreprise (La), H C C I

C o lle c tio n

Recherches internationales

A la recherche de la démocratie, J a v ie r S a n tis o (d ir .) Après la crise... Les économies asiatiques face aux défis de la mondialisation, J .M . B o u isso u , D . H o c h ra ic h e t C h. M ile lli (d ir .) Architecture, pouvoir et dissidence au Cameroun, D . M a la q u a is Démocratie à pas de caméléon (La), R ic h a r d B a n é g a s Démocraties d ’ailleurs, C h ris to p h e J q ffr e lo t (d ir .) Guerre civile en Algérie (La), L u is M a rtin e z Guerres et sociétés. États et violence après la Guerre froide, P ie r r e H a s s n e r e t R o la n d M a r c h a i (e d s)

Indonésie : la démocratie invisible, R o m a in B e r tr a n d Matière à politique, J e a n -F r a n ç o is B a y a r t Politique des favelas (La), C a m ille G o ir a n d Politique de Babel (La), D e n is L a c o m e e t T o n y J u d t (é d s) Privatisation des États (La), B é a tr ic e H ib o u Révolution afghane. Des communistes aux Taleban, G . D o rr o n s o ro Sur la piste des OPNI, D e n is -C o n s ta n t M a r tin (d ir .) Trajectoires chinoises. Taiwan, Hong Kong et Pékin, F. M e n g in

C ollection

Dictionnaires et langues

Apprends l'arabe tchadien (J’), Jullien de Pommerai P. Apprends le bambara (J’), (+ 8 cassettes), Moralès J. Apprends le wolof (J'), (+ 4 cassettes), D ioufJ.-L . et Yaguéllo M. Arabe dans le bassin du Tchad : le parler des Ulâd Eli (L’), ZeltnerJ.-C . et Toumeux H. Arabe tchadien : émergence d’une langue véhiculaire (L’), Jullien de PommerolP. Dictionnaire arabe tehadien-français, suivi d’un index français-arabe et d’un index des racines arabes, Jullien de Pommerai P. Dictionnaire caralbe-français (avec cédérom), Breton R.P. R. Dictionnaire du malgache contemporain (malgache-français et françaismalgache), Rajaonarimanana N. Dictionnaire français-éwé, suivi d’un index éwé-français, RongierJ. Dictionnaire français-foulfouldé et index foulfouldé, Dialecte peul de FExtrême-Nord du Cameroun, Parietti G. Dictionnaire français-haoussa, suivi d'un index haoussa-français, Caron B. etAm faniA.H . Dictionnaire orthographique sängö, Diki-Kidiri M. Dictionnaire peul de l’agriculture et de la nature (Diamaré, Cameroun), Toumeux H. et Yaya Daïrou Dictionnaire pluridialectal des racines verbales du peul (peul-français-anglais), Seydou C. (dir.) Dictionnaire pratique du créole de Guadeloupe (Marie-Galante), Toumeux H. etB arbotinM . Dictionnaire swahili-français, Lenselaer A. Dictionnaire usuel yoruba-français, suivi d’un index français-yoruba, Sachnine M Dictionnaire wolof-français et français-wolof, DioufJean-Léopold Grammaire fondamentale du bambara, Dumestre G. Grammaire moderne du Kabyle, Naït-Zerrad K. Grammaire pratique de l’arabe tchadien, Jullien de Pommerai P. Nord-Cameroun à travers ses mots (Le), Seignobos C. et Toumeux H. Syntaxe historique créole, Alleyne M Vocabulaire peul du monde rural, Maroua-Garoua (Cameroun), Toumeux H. et Yaya Daïrou

Composition, mise en pages : Écriture Paco Service 27, rue des Estuaires - 35140 Saint-Hilaire-des-Landes

Achevé d*imprimer en mars 2004 sur les presses de la Nouvelle Imprimerie Laballery 58500 Clamecy Dépôt légal : mars 2004 Numéro d*impression : 402055

Imprimé en France