Grammaire du tibétain littéraire. Tome I : Grammaire, et Tome II : Index morphologique (Langue littéraire et langue parlée).

Table of contents : TOME I : Grammaire TOME II : Index Morphologiquie

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French Pages 237 Year 1981, 1948

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Grammaire du tibétain littéraire. Tome I : Grammaire, et Tome II : Index morphologique (Langue littéraire et langue parlée).

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JACQUES BACOT

GRAMMAIRE DU

TIBÉTAIN LITTÉRAIRE ★

P A R IS L IB R A IR IE D ’A M É R IQ U E E T D ’ O R IE N T 11, rue Saint-Sulpice

f!

A V A N T -P R O P O S

Nous devons tou t d e suite préciser la m éthode suivie dans cette gram m aire. Bien que réduite, celle-ci n’est pas un manuel destiné à « donner une idée » de la langue tibétaine, ni un m oyen de « se débrouiller » en présence d ’ un te x te. Son p o in t de d épart n ’ est pas notre propre connaissance des catégories qui fo n t l ’o b je t de la gram m aire européenne. U n e gram m aire ainsi basée se bornerait à énumérer-, pour chaque catégorie, les équivalences tibétaines correspondant aux diverses form es françaises. Ce serait là un dépouillem ent et un classem ent, de consultation facile peut-être, mais qui ne rendrait pas com pte du génie m êm e de la langue étudiée. L a présente gram m aire est au contraire une synthèse de la m orphologie, basée sur la m éthode d ’enseignem ent indigène qui, elle-m êm e, est celle des gram m airiens indiens du sanscrit. Ce ne sont pas les formes qui se groupent' dans un plan v e rtic a l sous les rubriques des catégories, mais bien celles-ci qui se rangent à la suite des mêmes formes, lesquelles im pliqu ent les mêmes démarches de l ’esprit, q u ’il s’ agisse de substantifs, d ’ adjectifs, de pronoms ou de verbes. Une telle vu e synthétique de la m orph ologie gêne sans doute tou t d ’abord nos habitudes de classem ent. Mais elle fera dans la suite m ieux pénétrer la pensée, même la plus nuancée, que les m orphèmes exprim ent. Sous ce nouvel angle on discernera rapidem ent, à travers l ’apparen t désordre, le plan en profondeur de la gram m aire indigène. Nous n ’avons fa it de concession à notre besoin de classement que là où elle ne com p ro m etta it pas l ’ordre basé sur la m orphologie. Les paradigm es pour une m êm e form e on t été groupés par analogies, alors que le gram m airien indigène ne connaît aucun ordre logique. C ’ est ainsi que dans l ’esprit d ’ un T ib éta in , entre l ’a b la tif de p ro ve­

nance d ’ un su bstantif, p a r ex em p le, et' un participe p a rfa it, ou en tre un g é n itif nom inal e t un r e la tif ve rb a l, il n ’y a pas de d iffé­ rence. L e v e rb e tib éta in de la langue éc rite se conjugue dans les lim ites de ses flexions. Il se déclin e aussi selon ses rap p orts avec les term es qui l ’accom pagn en t. L e cadre de nos gram m aires ne p eu t que se disloqu er si on v e u t y fa ire en trer de force le tib éta in . Si c ’est au co n tra ire un tib é ta in assoupli qui se p rê te à un cadre non fa it pou r lui, on le d éfo rm e e t le rend m éconnaissable. N ous avons re je té cet a rtifice d ’un em p irism e com m ode qui sera it ici sans o b je t. N ou s avons p ré féré dem an d er un effo rt au x cu rieu x d ’une langue, q u ’a ttire l’a p p ro x im a tio n m axim a de la vé rité . P o u r don n er un aperçu gén éral e t aussi co m p let de la langue, nous tra itero n s dans un appen d ice, du tib éta in parlé, du lan gage hon orifiqu e com m un aux d eu x langages littéra ire et parlé, et de la pron on ciation . C ette gra m m a ire donne le m in im u m indispensable d ’exem p les. E lle

sera

p ro lo n g ée par un in d e x m orp h o logiqu e p o u v a n t être

consulté sép a rém en t et auqu el elle ren voie: L e s d ifficu ltés actuelles d ’ im pression nous on t fa it a d o p te r à regret la tra n scrip tio n la tin e du tib é ta in . L ’é tu d ia n t re tire ra un a va n ta g e de

c e tte circon stan ce en

tra n sp osition en écritu re tib éta in e.

s’im posan t

l’ ex ercice

de la

CARACTERES DE LA LANGUE TIBETAINE

L a langue tibétaine a p p a rtie n t à un groupe p r im itif général dit sino-tibétain, et plus particulièrem ent au sous-groupe tibétobirman, branche occidentale d iverg ea n t de l’autre sous-groupe, le sino-thai ou branche orientale. L a langue écrite diffère notablem ent de la langue parlée actuellem ent. E lle est, dans sa fo rm e classique, une langue technique, en grande p a rtie artificielle, a da ptation de la langue parlée au v n e siècle de notre ère à la tra d u ctio n du canon sanscrit du bouddhisme, e t fon ction de ce canon sanscrit. L a langue que parlaient les T ib é fa in s à cette époque é ta it en p a rtie fléchie et déjà avancée dans sa tendance au m onosyllabism e. E lle répondait aux besoins de barbares nom ades préoccupés de leur subsistance, d ’élevage, de chasse, de guerre, de magie. L es pa n d its traducteurs durent accom m oder sa sy n ta x e et son vocabu laire syllabique aux concepts indo-européens et à la spéculation la plus abstraite et la plus subtile qui soit. C ette circonstance historique de la conversion du T ib e t au bouddhisme est à l ’origine du tib é ta in sacré ou classique et a déterminé ses caractères. F ix é par l ’écriture à c e tte époque, ce tibétain écrit présente, et seulement dans les verbes, les flexions du parler ancien. Des com positions périphrastiques traduisent les mots composés du sanscrit. L e langage parlé, plus libre, a continué •son m o u vem e n t vers le syllabism e sans flexion. Son v e r b e est devenu invariable. Ses m ots composés se réduisent en dissyllabes; les m ono­ syllabes conservés dans le p a rler moderne sont des phonèm es simples, ne répondant plus au x orthographes riches e t variées de leur écriture. La

gram m aire des Tib étain s,

dont

nous

nous

inspirons,

ne

concern e que la langue é c rite ou littéra ire. E lle p erm et d ’aborder sûrem ent les tex tes non tra d u its, ou d irectem en t les tex tes tradu its, sans la co n fro n ta tio n du te x te sanscrit origin al. Gar la m orp h ologie s y lla b iq u e du tib é ta in est très p a u vre e t elle a dû être p liée aux exigen ces m ultiples d ’une pensée a b straite ex cessivem en t d é v e ­ lop pée. L a form e fléchie d 'u n v e r b e serait elle-m êm e d éficien te si elle n ’em p ru n ta it leur va leu r à des élém ents extérieu rs à elle-m êm e, dissém inés dans la phrase et au xqu els le v e rb e est lié p a r un fil in v isib le. R écip ro q u em en t, la fo rm e d ’ un v e rb e peut aussi e x té rio ­ riser sa valeu r. Sa form é h o n o rifiq u e p a r ex em p le suffit à désigner le su jet ou le com p lém en t p a r la q u a lité im p licite q u 'il leur confère, sans que sujet ou co m p lém en t soient nom inalem ent ou g ra m m a ti­ ca lem en t exprim és. C ette so lid a rité donne aux term es une va leu r de p o sition que la gram m aire indigène a déterm in ée,

non par

analyse du langage, mais p a r une synthèse rem édian t à ses insuffi­ sances.

Écriture L ’écritu re tib éta in e est co n tem p ora in e de la langue classique. E lle est une écritu re d ’em p ru n t et il ne sem ble pas que les T ib é ta in s a ien t ja m a is eu une écritu re p ro p re q u ’ils auraient abandonnée au v i i e siècle p o u r celle que nous connaissons et qui n ’a pas changé depuis.

Un

apparaissent

grand

n om bre

de

ses élém ents

cursifs

tels

q u ’ ils

dans des m an u scrits du x e siècle, ex ista ie n t déjà

dans les écritures indiennes usitées depuis plusieurs siècles en A sie C entrale et dans l ’ In d e m êm e, dès l ’époque des K u sâna et sous les G u pta. L es lettres ca p ita les, aussi im m uables depuis treize siècles que le sont restées les capitales rom aines, sont celles de l'é p ig ra p h ie et de l ’im p rim erie. L e u r rig id ité a été m o tiv é e et m aintenue p a r la tech niqu e de la g ra vu re en creu x sur la pierre, et en relief sur les planches d ’im pression.

Les lettres

Les maîtres indiens rangèrent méthodiquement l’alphabet tibétain dans l’ordre de l’alphabet sanscrit en apportant les modi­ fications nécessitées par le registre phonétique du tibétain. Guttu­ rales, palatales, dentales, labiales, sont en groupes logiques de quatre (deux sourdes dont l ’aspirée et deux sonores dont la nasale).

— 9 — L es autres consonnes sont aussi groupées p a r quatre mais plus arbitrairement. T rois palatales sifflantes ca, cha, j a ; deux chuin­ tantes za, za et une s e m i-vo y elle ’a furent a jo u té e s 1. L es sonores aspirées du sanscrit, tibétain,

n ’é ta n t pas

sont transcrites p a r

représentées

ligature, p a r

dans

la

l’ alphabet

souscription de

l ’aspirée à la sc^iore. L e s dentales cérébrales du sanscrit sont notées par les dentales correspondantes retournées. L a sifflante linguale du sanscrit p a r la sifflante palatale retournée. Les longues du sanscrit sont notées p a r la souscription de la sem i-voyelle g u t­ turale ’a à la consonne. A

1er g ro u p e .......... ..

lph a b e t

•'TJ* ka

p ' kha

a]' ga

2e



.......... . .





..

4e



.......... . .

q ' pa

q ' pha

ba

5e



..

g - ca

cha

é' ia

6e



..

za

7e



8e



«'

6a

U » w

£ U ... i la, su, r, ru, du, tu. na. sihve. \

D é term in a tif. de-nid. Identité (O b je t I in tégré au v e rb e )

,

)

D a tif, dgos-âhed. O b jet j de 1 a ction

r' ™ ' d“ ’

bénéficiaire I

, . v lu, su, r, ru, du, tu, na. N

L o c a tifs , rlen-gnas. Localisa tion sans ^ m ou vem en t,

che-skabs.

C irc o n s -

la, su, r, ru du, tu, na.

lance de temps. IIn n cstru m en ta l,

byed-pa-po. A g e n t.

)

kyis, gyis, gis, 'is.

G én itif, 'brel-pu. Dépendance.

)

kyi, gyi, gi, ’ t.

A b la t if ’ byun -kh um . Provenance

)

la s ; nas.

On v o it p a r ce tableau de la déclinaison que des m êm es particules sont com m unes à un grand n om b re de ca s 1. Des m êm es form es, la. na,su, du, etc., ex p rim en t p a r con séqu en t des rap ports différen ts. Mais ces rap ports différents c o n s titu e n t p o u rta n t un grou p e qui s’oppose p a r l ’orien tation gén éra le de l ’ incidence, Y objectivité, au sens co n tra ire des autres cas, celu i de la p roven a n ce e t de la cau­ salité. à la subjectivité. Cres rem arqu es s’a p p liq u en t au langage

(I )

L 'o rd re

p a s celui

forme".

rte

«lus c a s a d p o t c .

la g r a m m a i r e

arb itraire C o m m e

in d igèn e.

C. ’ e s l

cm d é c l i n a i s o n

nous qui

avons

i n d o - e u n q j é e n n e , n ’est

rapproché

le> c a s

de

m êm e*

— 21 — parlé aussi bien q u ’à la langue littéraire. L a seule différence est dans la tendance du langage parlé à sim plifier, à réduire les p a r ti­ cules objectives à la e t na, le g é n itif à gi. C e tte tendance, d ’ une p a rt, et l’habitude de la déclinaison grecque, latine ou allemande o n t trom pé les gram m airiens européens du tib é ta in qui interprètent en indo-européenfe l ’ accusatif e t le d a tif tibétains. Ils différencient la m orphologie de ces deux cas, n ’assignant au d a tif que la particule la e t au locatif na, tandis que ra, ru, su, lu, du seraient spécifiques du seul déterminatif, e t l ’accusatif serait sans particule com m e le nominatif. E n réalité, selon la g ra m m a ire confirm ée p a r tous les textes, toutes ces particules (sa u f na e t la pour le d éterm in atif) appar­ tien n en t à ces quatre cas qui, de leur côté, o n t en tibéta in des attribu tions et des lim ites autres que celles des déclinaisons indo­ européennes. C ’est pou rqu oi nous avons préféré nous inspirer de la m éthode qui fut celle des créateurs de la langue littéraire, lesquels classaient d ’abord non T ar cas m a is P ar particules, à la m anière indienne,

et considéraient tous les sens attachés à une

m êm e forme. C ette succession des sens établissait après coup la déclinaison. A p r è s le nom inatif qui est sans particule, nous traiterons donc des qu atre cas exprim és p a r les particules dites la don, à sens de à. N ous emprunterons la rg e m e n t à notre propre étu de sur les Slokas gramm aticaux de T h o n m i S a m b ota 1. N

o m in a t if

.

— L e n o m in a tif tib é ta in — d o n t le n om : ho-bo cam,

rien que la chose en soi, e x p r im e une restriction —

se présente

rarem ent dans le discours. U est l ’énoncé d ’ une chose isolée, ou sans relation avec d ’autres m ots que ceux qu i indiqu ent son état. Il ne p eu t exprim er que le sujet du ve rb e être, ja m a is celui d ’une action tra n sitive (leq u el est à l ' i n s t r u m e n t ) . E x . : Ùhos ’byuh ho (In tr a n s itif). L a re lig io n est née. D ben gnas ’di màhog go ( É t a t ) . Ce lieu solitaire est le meilleur. D ge-ba ’phel-bar ’gyur to (In tra n s itif). L a vertu augmenta. D g e -b a ’i lam mo ( É t a t ) . T e lle est la voie de la vertu.

( l ) Paris, Librairie Orientaliste, Paul Geuthner, 1928.

— 22 — A

c c u s a t if

.

— L ’expression las su bya-ba exprim e la tran sition .

L a s et bya-ba veu len t tous d eu x dire action. Mais tandis qu e las est l ’action de l ’a g e n t1, bya-ba est l ’a ction en tan t que subie p a r l ’o b jet. L ’accu satif tib éta in est le cas de to u t o b je t d irectem en t affecté, èans p ro fit p o u r lu i, par l’a ctio n d ’un agen t : le lieu où va l ’agent, la personne ou la chose sur qu oi il p o rte effe c tiv e m e n t son action ou à qu oi il l ’adresse. U n o b je t tran sféré d ’une personne à une autre n ’est pas à l ’accu satif tib éta in . L ’o b je t transféré, en effet, n ’est pas affecté p a r la transm ission, au m oins en prin cipe. Dans K h y i ’ la rdo rgyab-pa, lancer une pierre au chien, le seul o b je t a ffecté p a r l ’a ction est le chien, lequ el est à l ’accusatif. L ’o b je t tran sféré,

ne

su pportant

pas

l ’incidence

de

l ’action ,

est

sans

particu le. Quand il n ’est pas d éterm in é il form e avec le v e rb e une expression a b straite : D o n n e r une p u n itio n ou p u n ir, hes-pa gloh-ba. D o n n e r du poison ou empoisonner, dug gter-ba. D e m êm e dans Th a r-p a Ihob bo, I l obtint la délivrance ; Chos bslan lo, I l enseigna la L o i, la d élivra n ce et la L o i ne sont nullem ent affectées, bien que ces o b jets soien t déterm inés. Ils ne sont pas à l’accu satif tibétain . Ce cas inclut p a rtiellem en t l ’accu satif et le d a tif latins ainsi que le m o u vem en t vers. Mais cela, à co n d itio n q u ’il n ’y a it pas p rofit pou r cet o b je t. S ’il y a p r o fit, l ’o b je t de ces actions de natures d ifféren tes, désigné d ’ailleurs p a r les m êm es particu les que s’ il n ’y a pas p ro fit, est au d a tif tib éta in . I l sem ble à prem ière vu e que c e tte d istin ctio n so it inu tile, en raison de l ’id en tité de fo rm e de l ’ accu satif et du d a tif et q u ’elle se réduise à une d én om in ation co n ven tio n n elle destinée à rem plir le cadre de la déclinaison sanscrite. L es raisons qu i ju stifien t l’exclu sion du p r o fit à l ’a ccu sa tif a p p a ra îtro n t a u x paragraphes suivants, rela tifs aux d é te rm in a tif, d a tif et locatifs qui lui sont isom orphes. U n critère de ce cas est q u ’il ne p eu t y a v o ir deux term es à l ’accu satif pour un m êm e v e rb e com m e il en est pour docere, rogare en latin, et plus fréq u em m en t en sanscrit.

( I ) L a s, dans le bouddhisme veut aussi dire karma.

— 23 — D

é t e r m in a t if

.

— L e de-nid. (t a t t v a ), nature, essence même, que

nous appelons déterm inatif bien q u ’il serve à d éterm in er non le prédicat mais le sens du verb e, aurait m érité p a r son im portance, de faire un cas spécial. N ’ex ista n t pas dans la déclinaison sanscrite, les pandits l’on t incorporé com m e sous-cas à l ’accusatif dont il a toutes les appai^nces et d o n t il diffère p o u rta n t essentiellement. Il en diffère d ’abord en p a r tie p a r l ’exclusion des particules na et la. Ensuite il est la négation de l ’o b je c t iv it é que précise l ’accu­ satif. A u déterm in atif le rap port des deux term es, v e r b e et prédicat , est une combinaison intim e ; ce rap port n ’est que ju xta p o sition à l’accusatif. L a m -d u ’gro-ba, se mettre en route. (D é te r m in a tif) Bod g u i du ’gro-ba, aller au Tibet. (A ccu sa tif). L e nom de ce cas, de-nid, le même, v ie n t de ce que le v e rb e et le prédica t, bien que séparés dans la form e syllabique, sont « inséparables » pour l ’esprit et ne sont q u ’un m êm e term e. L e s particules sont enclitiques au déter­ m inatif.

L ’accusatif,

au contraire,

exp rim e

l ’indépendance

des

deux termes « séparables » dans l ’ esprit co m m e ils sont séparés dans la forme. E x. : Yons-su ’jin -p a , étreindre, embrasser. (D é t e r ­ m inatif). M i ihams-éad la dgrar ’jin -p a , prendre tous les hommes comme ou en ennemis. « Les hommes à l ’accusatif avec la, ennemis au déterm in atif avec la term inaison r). L ’ idée unique signifiée p a r le de-nid est tra d u ite généralem ent par un seul verb e dans une langue plus évolu ée que le tibétain, com m e p u n ir,

in ju rie r,

etc.,

en tibéta in

donner p u n itio n ,

dire

injure, etc. L e chinois renferm e toute une idée com p lexe dans un seul caractère. A u v n e siècle, le tibétain n ’o ffra it que des thèmes simples et concrets avec lesquels il d e v a it tradu ire les composés et les verbes sanscrits sans a v o ir leurs équ ivalents. L e de-nid a été une grande ressource pour les traducteurs. Ce sous-cas exprim e le plus souvent la m anière ou la nature m êm e de l ’action. A in si èu-rlen ’bul-ba signifie o ffrir un présent, alors que zu-rien-du ’ bul-ba signifie donner en présent et demande un autre ob jet, transféré et non affecté, qui sera un com plém ent sans particule. L e gram m airien d it encore q u ’il y a au de-nid, « identité de l ’action subie e t de l ’action agie ». L ’a gent et 1 o b je t se confon den t et leur action est la même. A in si dans étinceler de lum ière, ’od-du ’eher-ba ce n ’est pas la himière qui subit l ’action d ’étinceler, elle est la

— 24 — m anière même d o n t il y a étin eeü em en t. L e sujet qui étin celle n ’a git pas sur la lum ière, il est lui-m êm e la lum ière qui étin celle. On com p ren d m ain ten an t que dans la tra d u ctio n des com posés indo-européens, les pandits a ien t exclu les particules in va ria b les na et la, p o u r ne con server que les form es en u. va riab les e t plus llê^hies, établissan t ainsi, dans une p e tite mesure, une in te rd é ­ pendance plus in tim e des deu x term es, et la fusion des d eu x idées en une seule. D

atif.



L e d a tif, lim ité à une co n d ition essentielle, l ’ u tilité

pour un o b je t ou p ou r une action , est sp écifiqu em en t e t ex clu si­ vem en t un d a tif commodi. Il rend l’idée exp rim ée p a r le m o t sanscrit artham. L e p r o fit ou la fin alité (u tilité pour une a ction ou p o u r sa n égation ) sont en fa it un ordre d ’ idées très distin ctes de la p a ssivité pure et sim ple, cas de l ’o b je t si l ’a ctio n est in d ifféren te ou nuisible. Il y a là une échelle de valeurs, une analyse q u a lita tiv e de l ’ action que la pensée occiden tale n ’en visa ge guère et que les langues occidentales ex p rim en t encore m oins. E n français, on tra d u ira it littéra lem en t la pensée tib éta in e p a r : F r a p p e r contre ou vers le chien [ F r a p p e r le chien} : khyi la rdun-ba. (A ccu sa tif.) Lancer pierre contre le chien. [L a n ce r une pierre au chien) : khyi la rdo rgyap-pa. (A ccu sa tif.) ('.aresser ( p o u r ) le ch ie n : khyi la byams-po byed-pa. (D a tif.) X o u r r i r ( p o u r ) les pauvres: dbul-po rnams la 'cho-ba. (D a t if.) E n résumé, un o b je t tr a n s fé r é , bien que com p lém en t direct, mais n ’é ta n t pas l ’o b je t sur lequ el p o rte l’action, n ’est pas un accu satif tib é ta in et ne prend pas de p a rticu le casuelle. L ’o b je t affecté, au co n tra ire, est tou jou rs désigné p a r une p a rticu le ; il est, selon la nature de l’action, p r o fita b le ou non. soit au d a tif soit à l’accusatif. L e d é te rm in a tif, surtout s’ il est isolé, est plus m alaisé à recon­ naître. L e tra d u ire littéra lem en t, c ’est-à-dire décom posé en ses élém ents, en accusatif, d a tif ou lo c a tif, sera presque tou jou rs un contre-sens ou m êm e un non-sens. L e fa it que ces élém ents ne sont pas séparables, sauf p a r la n éga tion , p e rm e t le plus sou vent de le reconnaître : E x . :

— 26 — Bart gzan ghis-su m i ’ byed-pa. N e pas fa ire différence entre soi et les autres. On ne saurait séparer gnis-su du v e r b e : faire deux, sauf par la négation. L

o c a t if s

d

’e

space

et

d e

t e m ps

.

— Il y a peu de chose à dire

sur ce double (kts. Bien que les locatifs nous présen tent encore les particules « à sens de à », ils sont reconnaissables à la nature des mots, appartenant à l ’espace e t au temps, qui en sont affectés. L e s exemples donnés à l ’ in d ex n ’on t pas à être com m entés. E x . : Bgya-mcho la (ou mchov) nor-bu yod. I l y a des perles dans l'Océan. N i - m a sar-bar Idan-ba. Se lever à l ’aurore. I

n s t r u m e n t a l

.



A p rè s

les particules

«

sens de a », qui

à

occupent la m oitié de la déclinaison, il faut, dans une succession logique des cas, placer l ’instrumental, cas de l ’a ge n t e t de l ’instru­ m en t intermédiaire. Son spécifique est le suffixe s après une v o y e lle ou après les particules du g é n itif pour les m ots term inés par une consonne1. G énéralem ent

énoncé

le prem ier,

ce

cas

désigne

l ’agent

et

signale à l ’avance la nature de l ’action, une action transitive. Son absence a la signification contraire : expression d ’un état ou d ’ une

action

intransitive.

C ette

rem arque

ne

s’applique

q u ’à

l ’instrumental a ffectan t le sujet ou agent de l ’action. S ’ il affecte un instrument interm édiaire, le m oyen, il est é v id e n t que le verb e peut être intransitif. E x . : Z a l gyis gsun-ba, p a rler p a r la bouche. '

G

é n it if

m odalités De

et

de

substantif

r e l a t if

la à

.



D e m êm e q u ’ en chinois, les diverses

dépendance substantif,

on t la

la

m êm e

fo rm e

dépendance

est

en tibétain. le

g én itif

de

possession2. E x . Y u l gyi rgyal-po. L e ro i du pays. D ’ a d je c tif e t de v e rb e à substantif, elle est la relation : (1) Voir le tableau des accords phonétiques (k yi, g y i, g i j. (2) Les quatre modes de la dépendance ( ’ brel-pa'i rnam -pa b i i ) , selon la grammaire tibétaine, sont les suivants : 1. 2. -3r 4.

Y u n -la g dan ya n -la g (an gye ’ b rel-b a : L a partie du tout. rien daii brten-pa'i 'b rel-b a : L e contenu du contenant. n o -b o g (ig -p a 'i ' b rel-b a : la matière. bdag-po dan y u l g yi 'brel-ba : possesseu r el lieu.

La dépendance permet, comme en chinois, de former des sortes d ’adjectifs avec les substantifs : dm ag gi, militaire. — lus k yi, corporel. ‘

— 26 — Gèod-pa’i m i. L 'h o m m e qui coupe. B ëa d -pa’i sin. L 'a r b r e coupé. On verra à l ’ in d ex, aux ex em p le s de ce cas, com m en t les p a r ti­ cules de dépendance

ex p rim en t

enjcore la relation

en tre

deux

propositions, con jon ction ou d isjon ction , restriction : C.hig brjod kyi don ma bkral. I l a cité la leltre, mais n 'a pas expliqué l'esprit. Dans ce cas, le ve rb e a ffe cté de la particu le re la tiv e n ’ est pas un p a rticip e. Il est p a rticip e si la relation n ’existe que du verb e au su b stan tif qui le suit. D ans

l ’exem ple p récéd en t, p o u r que

brfod, d ire , se ra p p o rtâ t à d o n , sens, il fa u d rait b rjod -p a ’i don, le sens e x p rim é , ce qui est to u t d ifféren t. D e m êm e on a u ra it rfodp a 'i m i pou r l'hom m e qui parle. R

appo r ts

d u

g é n it if

-r

e l a t if

et

d e

l

’i n

s t r u m e n t a l

.



L a gran de sim ilitu d e de form e du cas de dépendance e t de l ’in stru ­ m ental

m on tre

q u ’il y

a in te rp é n é tra tio n en tre

les d eu x cas.

Ils sont co m p lètem en t confondus dans certaines éd ition s de textes canoniques. L a zone où les d eu x cas se recou vren t a son analogue en français : A i m é de D ie u ou p a r D ie u . F ra p p e r de Vépée ou par l ’êpée. L 'œ u v re d'un tel ou p a r un tel. Il n ’en dem eure pas m oins que la place de l’in stru m en tal dans la p rop osition , à peu près fix é e p a r l ’usage, est in d ifféren te dans le fond, tandis que le g é n itif e t le re la tif p récèd en t im m éd ia tem en t le term e don t ils dépendent. P résen tem en t, le suffixe s de l ’instru­ m ental n ’a jo u te rien p h o n étiq u em en t au re la tif et il se com p orte com m e une a d d itio n grap h iqu e sp écifia n t la rela tion de l’agent avec l’a ction a ctive. A in si le grou p e des deu x cas g é n itif e t instru­ m ental ex p rim e trois rap ports de dépendance : d ’ une chose à une autre chose, d ’ une action a c tiv e à son agent, d ’ une a ctio n subie à son o b jet. Au

m o y en

de

l’in stru m en tal,

tou te

am p h ibologie

com m e le

fam eu x : « A i o le Romanos vincere posce » est im possible en tibétain . T o u te am p h ib ologie, correcte gram m atica lem en t, est une incor­ rection absolue q u ’une langu e sem i-artificielle p o u v a it et devait éviter. A

b l a t if

d e

p r o v e n a n c e

.



De

m êm e

que

l ’a d d itio n

du

suffixe s au x p articu les de dépendance m od ifie et déterm in e I©

— 27 — sens de la dépendance en ex p rim a n t la proven an ce en tan t q u e cause, de

m êm e

l ’a d d itio n

du m êm e

suffixe s aux particules

locatives ty p e s na e t la, m odifie e t d éte rm in e le sens du m o u vem e n t en ex p rim an t la proven an ce spatiale ou tem p ore lle e t l’opposition. Les particules nas e t las indiquent le m o u vem e n t inverse de na et la 1. E x. : Khyod gan nas ’ons. D 'o ù venez-vous? D e nas. Ensuite. L a relation e ffe c tiv e et form elle de ce cas a vec l’instrum ental indique la v a le u r du suffixe s : m êm e sens de provenance e t de cause opposé à celui d ’o b je t et d ’effe t. Si on considère l ’autre relation de l ’instrum ental avec le rela tif, o n v o i t que ces trois derniers cas de la déclinaison fo rm e n t un groupe, v a r ié de formes, mais aussi lié que le groupe des cas à particules objectives. L a p roven a n ce est dans l ’espace ou dans le tem ps. Dans l ’espace, l’abla tif est d ’ un o b j e t ou de substantif. Dans la durée, l’ a b la tif est égalem ent d ’un n om tem porel ou de substantif, il est surtout (1) Le mouvement hors, la séparation ou retrait sont tellement essentiels, que le grammairien ne considère pas l ’arbre tiré de la graine comme un exemple d'ablatif. L ’arbre n ’e3t pas un contenu quittant son contenant. L a transformation d ’un objet en un autre n ’est pas une ablation (upâdâna, en sanscrit). Il faut que l ’origine demeure après que l'objet a été séparé, comme le soleil d ’où vient la lumière, comme l’arbre d’où la feuille est tombée. U n grand nombre d ’autres emplois de nas et las ne sont que des ablatifs p ar analogie. Voir les exemples de l ’index. D ans

l ’espace ,

les modalités de la provenance sont :

1° 'byufi-khufis dfios. O rigine de substance ou de nalure, avec las ou nas, cette origine demeurant après que l ’objet est séparé, comme p our la lumière venue du soleil, la perle tirée de la mer, etc. ; 2° ’ byufi-khufis phal-pa. Origine vulgaire, accidentelle ou ne persistant pas comme telle, avec las ou nas, comme « tom ber de cheval ». S o u s -c a s :

1° sdud-pa ou mchams 'jin g yi sdud-pa. L im ite de contenant avec nas, comme « Les villages compris entre L ha-sa et G an g tok » ; 2° dgar-ba. Séparation. A. S u p e r l a t i f : R ig s m thun-pa dgar-ba. Sélection dans le même genre, avec n a s : Le meilleur de tous. C h a n -m a 'i non nas bzan-po.

B. C o m p a r a t i f : R ig s m i m thun-pa dgar-ba. O p position d'un objet à un autre avec las ou p a s : T u es meilleur que m o i. 19a las khyod bzati-po. D a n s l a d u r é e , la provenance exprime le gérondif avec nas et quelquefois las. Avec les noms et adverbes de temps, las et nas s ’opposent, comme pour l’espace, à la «t na des locatifs de temps.

— 28 — un a b la tif de ve rb e. L e p o in t de p roven a n ce est alors le m om en t de l ’action , donc un m o m en t passé. C et a b la tif v e rb a l tra d u it g én éralem en t le géron d if sanscrit en tvâ et le p a rticip e a oriste en vas. R la las Ihun, tombé de cheval (a b l. de su bstantif). Lhurt nas, étant tombé (a b l. v e r b a l). ^ N a nas ou nan nas. P a r m i (a b l. des loca tifs na et nan, dans). N a las chun. P e tit en com paraison de moi. P lu s petit que m oi (O p p o sitio n et com paraison). C h a n -m a ’ i nan nas bzan-po. B o n p a rm i tous. L e m eilleu r de tous (su p e rla tif). L a s est plus fo rt que nas. D ans l ’ espace, nas sign ifie à p a r t ir de, de la périphérie de. A lui seul, las sign ifie p lu tô t du dedans de, du nombre de, com m e nas p récéd é de na ou nan. Las oppose plus que nas et il est seul usité p o u r la com paraison. Dans beaucoup des autres cas, les d eu x particules sont interch angeables e t l ’usage peut co n tred ire la règle. Quand las est v e rb a l il est causatif, ex p rim a n t la dédu ction (de ce q u e ). N a s v e rb a l sign ifie seulem ent après que. P a rm i les m ultiples a p p lication s des particu les a b la tives, sont l’in d ica tio n du m oyen et la restriction . K h o ’i m ih nas ’ bod. A p p e lé p a r son nom. N a la dgra bod las med.

J e n ’ai pas d'autres ennemis que les

T ib é ta in s .

DÉCLINAISON VERBALE L a m orp h ologie syllabiqu e qu i ex p rim e les rap ports en tre les m ots, peu t s’éten dre fa cilem en t à l ’ expression des rap p orts entre les propositions. Il y a des p rop osition s, p a r conséqu en t des verbes, au x d ivers cas de la déclinaison. L ’ instru m ental d e v ie n t alors causatif. L ’a b la tif éloigne, non dans l’espace, mais dans la durée, e t p eu t d e ve n ir aussi cau satif. Ces deu x cas m e tte n t n atu rellem en t le v e rb e dans le passé absolu ou re la tif e t suffisent p ou r les verb es in varia b les à in d iqu er leur tem ps. L e d a tif ex p rim e la fin, com m e l ’in stru m en tal ex p rim e la cause, e t il im p liq u e le fu tu r au m oins rela tif. L ’accu satif ex p rim e la su bord in ation directe d ’un verb e à un autre

verb e ; le d é te rm in a tif une su bordination

ju sq u ’à l’assim ilation.

poussée

— 29 — Snon yan las nan bgyis-pas / lus han mo lus Ihob. P a rc e que j ’ai fait le m al dans mes vies antérieures, j ’ai obtenu un mauvais corps, un corps de femme (In stru m e n ta l et passé). K h y i la rdo bian nas. A y a n t lancé une pierre au chien. $ ih gëod du sta-re dgos. I l faut une hache pour couper l ’arbre (D a tif ; ^ n alité). Gsan-par zu. J e vous p rie de m ’écouler (A ccu satif. Verbe co m p lé­ ment). T h im -p ar gy u r to. I l disparut (D é te r m in a tif). Gëod-pa’i m i. L ’homme qui coupe. Bëad-pa’i sin. L ’arbre coupé. Skyes-bu khams d ru g

’dus-pa’i p h y i r jy a h -d a g ma yin.

P a rce

que réunion des s ix éléments, l ’in d iv id u n ’est pas un être sim ple. (G én itif relatif). Il ne m anque à la déclinaison v e r b a le que les locatifs1. P o u r la résumer e t en préciser la signification, v o ic i la déclinaison ve rb a le rassemblée dans l’ ordre déjà adoptée p o u r les substantifs.

MODES CAS

nom inatif

SIGNIFICATION

indépendance

APPROXIMATIFS

subjectif

PARADIGMES

klog-pa lire,

(le g e re ), sujet v e r ­

bal. accusatif

subordination

géron d if in fin itif

!

klog-par

( legen-j

d u m ), lire, à ou de lire. déterm inatif subordination

supin passif

klog-par ( le c lu ) , à lire, p ar lire.

datif

finalité

supin a ctif

klog-iu

(le c tu m ),

pour lire.

(1) Le locatif de temps, le plus concevable pour une action, est rendu en tibétain par des locutions : klog-p a'i che ou klog-pa'i dus, quand il est oü était lu ; au moment de lire. Des substantifs sont formés de locatifs spatiaux : 'gro-sa, où marcher, chemin, ft a ls a , où dorm ir, lit. Le substantif-particule sa, terre, est la seule particule du datif verbal dans le parler du Tibet oriental ; il signifie p ou r avec un verbe.

— 30 —

:

SIGNIFICATION

cas

i

MODES APPROXIMATIFS

p a r a d i g m e s

i

|instrum ental causalité

( legen -

g é ro n d if cau satif klog-pas d o ),

(

par

lire ;

klags-pas, parce

r

que lu.

g é n itif

relation

g é ro n d if re la tif

k lo g -p a ’i

(leg en s ,

le g e n d i) q u i lit, de lire,

a b la tif

a n tériorité

p a rtic ip e aoriste

klog lire ,

j

nas,

après

klags

nas,

ayant lu.

A in s i exposée, une déclinaison logiq u em en t tib éta in e e t non sanscrite de la langue littéra ire co m p o rte ra it, d ’après leu r m o rp h o ­ logie, fo r t peu de cas, d é p lo y a n t chacun un réseau plus ou m oins im p o rta n t de sous-cas. E n dehors du d é te rm in a tif qui est m oins un cas de déclinaison q u ’ un élém en t de m ot com posé

ou

un

a d verb e de m anière, tou te la déclinaison peu t se ram en er aux form es ty p e s na, la et g i (o b je c tiv ité , dépendance), auxqu elles l’ a d d ition du suffixe s donne un sens de proven an ce e t de cause (a b la tif, instru m ental). Il n ’est pas certa in que, m êm e ainsi réduite à trois cas (o b je c tif, relatif, a b la tif),

la déclinaison tib é ta in e fû t deven u e superflue.

E lle est plus que l ’assim ilation de m orphèm es sylla b iq u es à des flexion s casuelles. E lle é ta b lit une d istin ctio n de n atu re en tre les p articu les casuelles, liens de ra p p orts en tre deu x term es (d e l ’action à l ’agent, à l’o b je t, au b én éficia ire, à sa source, à son lieu ou à son m om en t), e t les particules non casuelles qui n ’agissent qu e sur un seul term e, ou qui sig n ifien t, en tre plusieurs term es, un lien non de ra p p ort mais de succession. E t cela en d é p it des analogies établies p a r l ’ usage ou a rtific ie lle m e n t p a r le gra m m a irien , entre les cas e t les post-position s exclu es de la d éclin a iso n 1. A va n t ( l ' C ’est j> irquoi les particules eontinualivcs le, ste, de, que nous verrons pi'1 1 l iiii, e l l ’uMatir de provenance entre deux proposition', qui peuvent être équivalentes

— 31 — l ’étude de celles-ci nous donnons un a u tre tableau de la décli­ naison, distribué de m anière à m arq u er l ’opposition des termes principaux de l ’action, son o b je t e t sa cause, e t les diverses m o d a ­ lités de la relation, de tem ps et de lieu. I l com prend pour chaque ty p e de particules casuelles, les non casuelles équivalentes. L es n u m é ro ^ re n v o ie n t aux exem ples qui le suivent. Comme ex cep tio n à la correspondance logiq u e dans le tem ps des particules casuelles affectan t des verbes, il fau t signaler que la entre deux im péra tifs est conjonction. T rès rarem ent la rem place las entre deux verbes. E n général c e tte différenciation signale tou t de suite q u ’il s’a g it d ’im pératifs : D a lia son la y u l ’d ir ma ’dug ëig. P a r s dès maintenant et ne demeure plus dans ce pays.

traduites en passés, diffèrent cependant .'la particule de provenance implique toujo urs l ’antériorité pour la première proposition, relativement à la seconde, tandis que les continuatives n ’impliquent aucun temps, mais la continuité immédiate ou la s im u l­ tanéité. L a succession est dans l ’énoncé des faits unis p ar les continuatives, et non dans les faits eux-mêmes. Sgo rgya b nas 'di ru io g . A y a n t ferm é la p orte, viens. S go rgya b ste 'di ru io g . A y a n t ferm é la porte, uiens. S g o rgya b la 'di ru io g . F er m e la porte et viens.



32



PARTICULES NON CASUELLES ÉQUIVALENTES

PARTICULES

FONCTIONS GÉNÉRALES

33





ca s

n o m in a u x

casu elles

ca s

or

m odes

verbau x (i) MORPHEM ES NOMINAUX

Dépendance allant jusqu'à 1intégra­ tion.

du, tu, ..r . ru, su inséparables du verbe ou du mot composé.

Composant subordnn^oropnsant abstrait extra-temporel. abstrait ou extri- Infinitif (5) l intégrés à l'antécédent du spacial (1). _ Supin (6) j français. — A d v e r b e s di manière ( 2 ) . — Complémer adjoint (3). — Déterminatif (4).

R approchem ent

du, tu, .. r . ru. su s é p a r a b l e s du verbe la. na.

R a p p r o c h e m e n t — Infinitifs compléments de subordination (11, spacial : 12). — Accusatif complé— Infinitifs de finalité (13). ment direct (7). — — gérondifs (14) .......................... — Datif com modi (8). Tous actuels à l'antécédent du français et — Locatifs d’espace e dépendants de lu i........................................ de temps (10) (p* assimilation) (9).

Incidence de l'action. Dépendance.

M OR PH È M E S

V E R R A l'X

byas. nas (31).

phyir (32) nan (33). bar (34)

Objectivité E

las. nas.

l o ig n e m e n t

Éloignement spacial éloignement temporel: — Ablatif d espace t- Participe aoriste indépendant de tout de temps (15) (pa antécédent (19). assimilation). — Opposition (16)....................................................................... — Comparatif (17)....................................................................... — Restrictif (18).

Provenance.

Rapprochem

in

1

gi. gyi, kyi,

i, vi.

Dépendance interne.

j Génitif (20). Matière (20).

sre, te, de (36).

pas, bas pas. bas (35)

. . . , — Participe présent (21) — ou passé (22) — actif (23) — ou passif (24) — et par analogie adjectif p récédant le nom (2 5 ) — Qualité (25) — Génitif absolu du grec (25).

gin, gvin. kyin (37) ; cin, Un, sin (38) ; b z in (3 9) : ch e (40).

~~ Causatif (28) (action causative donc passée. passant ou devant passer) (29) — Ablatif absolu latin (30).

dan. (41). phyir (42). sgo-nas (43).

Relation E

l o ig n e m e n t

Provenance externe.

gis, gyis, kyis, !is, yis.

Instrumental (27).

pa

ba.

(1) Chaque temps du verbe a son infinitif ou participe qui en fait un nom déclinable. Ce mode fl®nnel est déterminé par la particule nominale ou Au nominatif, ce participe-infinitif (correspon dant à la forme anglaise en est le sujet verbal de la proposition, et. avec un auxiliaire, il forffi^^ps com posés. Aux autres cas. il rend toutes les catégories de subordination du verbe.

ing)

— 34 — 1.

R a b -tu gnas-pa, consécration. D ’où : rab-gnas, p ra tisth â . rnam -par thar-pa, d élivra n ce. D ’où : rnam -thar, b io g ra ­ phie, histoire.

2.

Chigs-su bcad-pa. cou pé en vers. — chig-bcad. poésie.

3.

K R y i-m o zu-rten du ’bul-ba. D onn er une lice en présent.

4.

Y on s-su ’jin-pa, em brasser, étreindre.

5.

M th a r ph yin -par g yu r, accom pli.

6.

R ig -p a r sla, facile à com pren dre.

7.

B o d du ’gro-ba. A lle r au T ib e t.

8.

B la-m a ru (ou b la -m a r) p h y a g ’chal-ba. Saluer les lamas.

9.

R g y a -m c h o r nor-bu y o d . Dans l ’océan il y a des perles.

10.

N i-m a sar-bar Idan-ba. Se le v e r à l ’aurore.

11.

M a b y in -p a r len-pa. P re n d re le non-donné ; vo ler.

12.

G san-par zu. Je vou s p rie de m ’écouter.

13.

Sin gcod-du sta-re dgos. Il faut une hache pou r couper le bois.

14.

G lo g -p a r dga’ -ba. A im e r à lire. G lo g tu ’gro-ba. A lle r lire.

15.

K h y o d gan nas ’ons. D ’ où ven ez-vou s ? D e nas, ensuite.

16.

M i-’am -ci ni dri-za las th a-d ad do. L es kinnaras d ifféren t des gandharvas. R ig s nams las g d o l-b a ’ i rigs tha-chad do. D e tou tes les castes, celle des parlas est la plus vile.

17.

N a k h yo d las rgas-po. Je suis plus v ie u x que toi.

18.

Z o re 2o do las med. R ie n q u ’un ou deux deniers.

V

B k a ’ las ’gal-ba. T ran sgresser un ordre. 19.

K lo g nas. A près lire. K la g nas. A près a v o ir lu ; a y a n t lu.

20.

Y u l g y i rgyal-po. L e roi du pays. G ser g y i, en or.

21, 22.

G cod-pa ’i mi. L ’ h om m e cou pan t ou qui coupe. S b yin -pa gton -gi. C elui qui donne l ’aumône.

23, 24. 25.

G ca d -p a ’i sin. L e bois coupé. M th o n -p o ’i ri. L a hau te m ontagne. Snon g y i, ancien. — g ia n g y i, autre.

— 36 — 26.

Y o n - t a n ldan-pa y on -tan la d g a ’ i y on -tan med rnams med. L e s savants aim en t la science; les ignorants ne ( l ’aim ent) pas.

27.

L a g gis rdun-ba. F r a p p e r a vec la main. K u n gyis smras-pa na y is rna-bas thos. Je l’ai entendu (p a r l ’oreille) dire p a r to u t le monde.

28.

K o ni rdo ’phans-pas lag-pa chod. P u is q u ’il a lancé une pierre, q u ’on lui coupe la main.

28, 29.

L ta -b a s chog mi ses. On ne se lasse de la contem pler.

29.

N a ran gis bltas-pas. L o r s q u e j ’eus regardé.

30.

Sin tu d k a ’-ba yin-pas. A t t e n d u que cela est très difficile.

31.

Dran-po byas nas lab cig. P a r le franchem ent.

32.

Lha-sa la ’gro-ba ’ i phyir. P o u r aller à Lha-sa.

33.

R g y a -m e h o nah la. Sur mer.

34.

D e ’ i bar. P e n d a n t ce temps. Y o h - b a ’ i lam bar du. E n v e n a n t ici.

35.

P a d m a bas k y a n mjes-pa. E n core plus beau que le lotus. Snar bas phyu g-pa. Plus riche q u ’ autrefois. D e bas. au contraire de cela.

36.

Mda^ ’phans l e phog. Il lança une flèche et atteign it.

37.

K h o glu len g y in

38.

Che zin legs-pa. Grande et belle.

dug. Il est en train de chanter.

S p y ir snan zin srid-pa’ i chos kun mi rtag mi brtan ’g y u r ’ gro. T ou s les éléments

du

monde

étant

apparents,

sont éphémères et fragiles. 39.

N a ’gro bzin mchis. Je m ’en vais.

40.

B o d y u l du ’o n -b a ’ i che. L e m o m en t d ’aller au T i b e t étant venu.

41.

Sm an zos-pa dah nad sos-so. C o m m e il a v a it pris m édecine il fu t guéri.

42.

S k yes-b u ’ i khams drug du s-pa’ i p h y ir y a n -d a g ma yin. P a rce que réunion des cinq élém ents, l ’ individu n ’est pas simple.

43.

Zes dgam s-hag d p e ’ i sgo-nas bstan to. L a doctrine est ainsi enseignée au m oy en d ’exem ples.

— 36 —

PARTICULES NON CASUELLES ÉQUIVALENTES Byas-nas. — l’a b ^ t if

de

Bien q u ’ il s’agisse d ’ une locution, elle-m êm e

proven an ce,

form é avec byas-nas, m.

nous à

signalons

l ’a d ve rb e

de

à

m anière

m. ayant fait. Il se rapproche plu s ou

moins du d é te rm in a tif de m anière, m ais ex p rim e p lu tô t une a ction con com itan te, a ffe cta n t

la q u a lité

indépendante. C ette différen ce fera

de

l ’action

tout en resta n t

m ieux ressortir le ca ractère

du d éterm in a tif. D r a n -p o byas-nas lab cig. P a r le en faisant franchement. D is la vérité. C ette locu tion sert aussi à la d istrib u tion de l’action. Gsum gsum byas-nas ’gro-ba. M a rch er trois p a r trois. N a n . — N a e t la sont so u ven t interch angeables au lo c a tif de la déclinaison, na a y a n t p lu tô t le sens de dans, et la le sens de à. Le

su bstan tif-p ostposition

nan,

in té rie u r,

dedans,

est

devenu

éq u iv a le n t de na. Il se m et d ’ailleurs lui-m êm e e t plus correctem en t au lo c a tif : nan-na, nan-la. dans, à l ’in té rie u r: et à l’a b la tif : nannas. nan-las, du dedans, p a rm i. Bar. — L e su b sta n tif-p ostp osition bar, intervalle, entre, jo u e le m êm e rôle a vec la, du e t na : ba r-la , bar-du. bar-na. entre, au m ilie u , pendant. B a r , to u t seul, est usité com m uném ent avec le sens de entre dans l ’espace, e t de pendant dans le te m p s 1. P a s , bas. — Ces deux particu les, s’accordan t ph on étiq u em en t avec la fin ale du m ot qui les précède, p eu ven t rem placer las de l’a b la tif, m ais seulem ent dans l ’o p p o sitio n qui constitue le co m ­ p a ra tif, e t seulem ent dans le lan gage parlé. N e pas con fon dre avec l’ instrum ental de pa e t ba. N a bas (ou las) Ichyod (h u n -b a y in . T u es plus petit que moi. C on tin u atives sle, te, de. — N ou s a von s donné le nom de con tinu atives à ces p articu les p o u r tra d u ire au plus près leur nom (1)

Il veut dire aussi milieu, l ’adjectif m oyen , entre nan, dedans et son oppose

phiji, dehors, antithèse dont l ’opposition s ’étend ju sq u ’aux sens de maison cl ch am p s; national et étran ger; orthodoxe et hétérodoxe. Ex. : N a h -p a , un bouddhiste ; phyi lo y -p a , un hcrélique. B a r-m i, hom m e entre (deux autres), un intermédiaire.

— 37 — tibétain Uiag-bcas. avec une suite, à con in ua iion. Elles

sont

ou

conjonctives ( mchams-sbyor) entre deu x propositions : ex. : N a s brfed de lus. J ’o u b lia i et laissai ; ou

m on itive s

(dam-bèa,

promesse),

éq u iva lan t

à

nos

deux

points ou à la locution c ’est-à-dire : ex. : Ca cha ja gsum dan za za ’a gsum sle drug bsnan nas. I l ajouta les trois ca. èha. ja. puis les Irois ka, za, ’a. c'esl-à-dire six lettres : ou sim plem ent suspensives ( gzan-’d ren, gui amène autre chose). Elles éq u iva len t à un participe présent si le sujet des deux termes consécutifs est le m êm e, ou à un a b la tif absolu si les sujets sont différents. ’phar le ’gro-ba. A lle r en sautillant. S a r gyi phyogs na dban-po stejlho y i phyogs na ’chi-bdago. In d ra élanl au L e v a n t, au sud esl le dieu de la m o r t D e toutes ces acceptions, il n’y a éq u iva len ce de l’a b la tif verbal las ou nas. que si les deux termes sont successifs dans le temps, c ’est-à-dire si le prem ier le r m e est au passé relatif par rapport au second, que les tem ps soient ou ne soient pas m orphologiquem ent exprimés. E x . : Sgo rgyab sle di ru sog. F e rm e la porte et

v ie n s.

La particule de. n'est pas seulement contin u âtive. elle est aussi d ém on strative

d ’é lo ig n e m e n t1 opposée

à

rapprochem ent : m i de. cet honim e-là; m i

’di.

dém on stratif

de

di. cet homme-ci. Elle

correspond à l’ article défini français désignant la d é fin itio n 2, la circQnstance3 ou la c o n d itio n 4 d ’une chose mentionnée antérieu ­ rement dans le discours. N a s brfed de las. (le que j'o u b lia i, je. le laissai ^traduit plus haut :

j'o u b lia i et laissai.

Dans cet exem ple les deux acceptions de de

sont valables et se tondent !. Klws. ’ go beugs-pa an TJI«et >un> l ’ eut remise «i un

— 47 — Kha-zen ou zeh-kha, am plitude-am plitude, largeur. C h a-gran, chau d -froid , température. Bgas-gzon, vieux-jeune, âge. M i de dga’-sdug ga-'dras

dug gam. Quelle sorte d’homme est-ce?

L a m gga n -lh u r g a -’dras yod red. — Lags phebs lam gyan-gzar-po yod-pa red. Com m ent la montée-descente de la route? L a route est-elle accidentée? — O u i, votre route est déval-dévalanle (a ccid en tée ). Siïa-phyi g a -’dras. Quel tôt-la rd ? Quand? D a sna-phyi ga-chod red. M a in te n a n t combien

tôt-la rd ? Quelle

heure est-il? Mots com posés par apposition, négation, etc. Sgom -chen zer yan sgom chun gyod rgan ’dis nes-pa-med kyan khrims-bcad ’di ’dra byas. Ce vieux repenti qu’on appelle c o n te m ­ p la tif mais qui pense petit, nous a in flig é cette con da m n a tion bien q u ’innocents. Bsam gyis m i khyob-pa (n o n embrassé p a r l ’e s p rit), inconcevable.

III

MORPHOLOGIE FLEXIONNELLE

LE VERBE T o u t ce qui est rela tif au verbe dans la partie de la gram m aire consacrée à la m orp h o logie syllabique, reste vrai pour les verbes à flexions et ind épen d an t de celles-ci. Mais le ve rb e seul co m p o rte des flexions. L es seules propositions e x p rim a n t un é ta t sont transposables littéralem ent du tib éta in en français, sans, toutefois, q u ’ une idée exprim able seulement sous cette fo rm e en tibétain ne puisse re v êtir en français une form e a c tiv e : S a la dpe-cha yod. .4 m oi un livre est, ou : J 'a i un livre. E lles co m p o rte n t nécessairem ent un sujet, celui de l’état. A lui seul est réservé le cas n om in a tif tibétain, « t r è s peu usité », dit le gram m airien. L ’expression d ’un é ta t est la seule proposition su b jective du tibétain. L a copule ty p e, y in -p a , être, n ’est d ’ailleurs pas la s -ch ig, lerme d ’a c lio n , seul m ot traduisant notre mot verbe. L ’action

in tran sitive

au présent

un sujet au nom inatif. E x . : N a

d u ra tif co m p orte

égalem ent

gro-ba y in . Je suis allant. J e vais.

Que le verbe soit tra n sitif ou intransitif, il reçoit les particules pa ou ba suivant accord avec la finale. Ces m êm es particules, n om i­ nales dans les noms et les adjecitfs, o n t leurs hom ologues dans les verbes, in fin itif et participe. L e verb e tib éta in — term e d ’action tra n s itiv e ou prise tra n siti­ v e m e n t — n ’ a pas de sujet au sens g r a m m a tic a l indo-européen de ce m ot. C ’est le v e r b e qui est le v é r ita b le sujet de la proposition. Cet é ta t lui est dévolu e t affirmé p a r la copule. A lo rs que le sujet indo-européen, a ctif ou passif, est le te rm e principal, le propriétaire de l’action agie ou subie, m aître du ve rb e qui se conjugue et



s’accorde avec

50 —

lui ; en tib étain ,

le verb e, im personnel et in d é­

pendant. dom in e tou te la p rop osition . L 'a g e n t à l’in stru m en tal et l’o b je t à l’accu satif ne sont, sur un m êm e rang subalterne, qu e deu x m odalités ou a ttrib u ts de l’action. L 'u n est à l’origine, l’au tre au term e du fa it que le verb e a ch èvera d ’ exprim er, sans p rim a u té de l ’uit sur l’autre. P a r sa form e, le v e rb e tra n sitif est tou t autan t l ’ action a gie p a r l ’agen t que subie p a r l ’o b jet. L ’action a gie par l ’agent et

cet agent sont d its en tib éta in

bdag, personnels ou

subjectifs. L ’a ction subie p a r l ’o b je t e t cet o b je t sont dits gzan, extérieurs ou objectifs. L e ve rb e a d eu x aspects ou deux faces, mais il reste le cen tre autou r duquel g r a v ite n t les deux term es satellites, agent et o b je t. Il est l ’idée d om in an te qui éta b lit leur rap p ort. I l s’énonce le d ern ier et clôt le ju gem en t. Si, fau te d ’ une m eilleu re term in ologie, on appelle v o ix ces d eu x aspects du verb e tra n sitif, il c o n v ie n d ra it, en raison de ce qui v a suivre, de les dire non pas a c tiv e et passive, mais su b jective e t o b jective . L a p a rtic u la rité du verb e tib é ta in est de ten ir com p te, dans une large mesure, du rapport qui e x is te dans la réalité en tre la v o ix et le tem ps et de déduire celui-ci de celle-là. En effet, un verbe qui ex p rim e l'a c tio n passée de l ’agen t, exp rim e en m êm e tem ps l ’éta t actuel et perm anent de l ’o b je t (com m e notre p a rticip e passé). E t le v e rb e qui exp rim e l’a ction présen te de l’agent, ex p rim e en m êm e tem ps l’é ta t fu tu r de l’o b je t. U ne m êm e form e p eu t donc présen ter deu x in terp réta tion s logiq u es et deux aspects con co­ m itan ts d ’une m êm e action. P o u r une m êm e form e, variera selon

le

tem ps

le term e considéré, a gen t ou o b jet. L e tem ps est

p o u r une part fo n ction de la v o ix , c ’ est-à-dire fon ction du term e, bdag ou gzan. en visagé. L a m orp h ologie du verb e d evra donc se borner à sp écifier un tem ps pou r une v o ix déterm in ée ou réciproquem ent. P

r é f ix e

Q ’ ba. — C ’est ainsi qu e le p ré fix e ba indiqu e le passé

de l ’a ction a c tiv e de l’agent e t l ’é ta t perm anent, présent ou futur de l’o b jet. iV a’ i gcen-po llianis-cad bod kyis bsad1. Tous mes frères sont tués (I) lisad, passé de ymul-pa. hier. — ■ Il nous arrivera, selon les cas, de désigner préfixes et suffixes comme en français b. //, ii. etc., soit par leurs noms tibétains ba, f/a, da, etc.

— 51 — par les Tibétains ou Les Tibétains ont tué tous mes frères. L a copule est sous-entendue. L e sens littéral est : T ous mes frères p a r tes Tibétains tuer ( i l y e u t) [dbag] ou tués ( i l y a ) [g z a n ], ou plus ex actem en t encore : avoir tué [bdag] ou être tués [gzan ] ( i l y a ) . Bdag gis las brcatn1 rno. J 'a i commencé mon travail. Bcad^-pbii sin. L e bois coupé. On trou vera plus loin d ’autres ex em p le s au sujet des form es transitives e t intransitives d ’un m êm e v e r b e et des verbes réfléchis. Ainsi le p r é fix e ba im pliqu e un a gen t, e x p rim é ou non ; mais ou bien il ne se rap porte q u ’à l’o b je t, ou bien il indique le passé seul. Il correspond à notre p a rticipe passé des verbes transitifs. Quand il est la m arque du passé, n o tre p a rtic ip e ne s’accorderait pas. Quand il est o b je c tif, notre p a r tic ip e s’ accorderait. P

r é f ix e s

STj' ga et

da



Les p r é fix e s ga et da indiquent le

présent a ctif pou r l ’agen t et le futur re la tif pour l’o b je t Gcad bya-’i sin. Le. bois à cou p er;

qui doit être coupé, [gzan].

alors que Bcad bya'i sin est le bois qui é t a it à cou p e r; qui d e v a it être coupé [gzan]. D py od-p a-p o dpyod byed. L 'e x a m in a te u r examine [bdag]. D g a n 3 bya’i bum-pa. L e vase à r e m p lir [gzan ]. P

r é f ix e

Q^' ’a. —

L e p ré fixe ’a e x c lu t l ’o b je t et le passé des

verbes transitifs. Il ne regarde donc que l’agent. Il est ainsi le spécifique du présent et du futur, de la v o i x

m oyenne et des

verbes intransitifs. ’Ùhad-pa-po ’chad byed. L e commentateur explique. Gdan la ’khod. Assis. O u i s'esl assis sur un coussin [bdag à la v o ix m oyenne]. Alors que Gdan la bkod4 est : Déposé sur un coussin [gzan ]. (1) Brcam , passé de rcom -pa, commencer. (2) BZad, passé de g to d -p a , couper. Dans les verbes-substantifs, Je préfixe ba est sans valeur grammaticale. Il y a lieu de distinguer si le mot est verbe ou substantif, comme bza'-ba, nourriture et m anger ; bgo-ba, vêtement et porter un vêlem ent; bâib-pa, cheval et m onter à cheval. Quand ces niots sont verbes, le préfixe est accentué ; il ne l'est pas pour les substantifs (B éib est la forme objective du verbe écrit 'chib-pa , et, comme tel, invariable dans la langue Parlée). (3) Dgaii, futur objectif de 'gen s-pa , remplir. (4) 'god-pa , établir; passé bkod ; fut. obj. dgod.

4

' K h o r-l o

'Idtor-bar ggurd lo.

Ij i

voue a fini de Intimer [bdag.

Je

me

intransitif]. Sa

'Lord

sort.

J ’ai

lounié.

suis

reloue né

bdag'.

voix

moyenne]. ^Le m êm e verbe dans sa forme transit ive sl.tir-ha. devient, au passé : ' K h o r - l o bsLor bya. La roue a dû êlre tournée. S a s ’l;hor-lo bsl;ord-pa t/in. J ' a i tourné la roue. De même avec le verbe ’gyur-ba. changer, intransilif et sgg u r-b n, transitif, on a : Lëags gser du

gyur bzin-pa. L e fer se change en or.

Lëags gser du .gyur-bar ’gyur. L e fer se clmngera en or. Lëags gser du ggur zin. Le fer s'est changé en or. Lcags gser du sggur-bar bged. L e fer est en train d'êlre changé en or. Lcags gser du bs gyur-bar bga. L e fer sera change en or. Lca gs gser du bsggur zin. L e fer a élé changé en or. P uh

f i x e

SI* nia. —

L e pr éfixe ma ne donne aucune indication

de v o i x ni de temps.

Verbes variables On peut diviser les verbes en deux grandes ( lasses, en variables et invariables., ('.es derniers sont la règle, à quelques verbes près, dans le langage parlé, une minorité dans la langue écrite. Les variations complètes co m p or te nt , en dehors du présent, un passé, un futur et un impératif. De nom breux verbes n ’ont q u ’un ou deux ou trois de ces temps et mode. Une partie de ces lacunes est due à l’ incompatibilité ph oné tiq ue des préfixes temporels avec, la lettre radicale. Les préfixes ba et ga. da qui sont spécifiques des verbes transitifs réguliers, occupent au présent et de part et d ’autre du présent, des positions symétriques et inverses :

passif

— 53 — Du passé au présent, du présent au fu tur, il y a une relation de cause à effet q u i se tra d u it par les p ré fixe s. U n m êm e p ré fix e relie l’effet à sa cause. L ’ action future de l ’ agent, qui n ’ est pas encore, et qui n ’est en puissance dans aucun term e précédent, ne tro u v e pas de form e a y a n t sa v ie propre. Elle

n ’ est

e x p rim a b le

directem en t

que

par

des

auxiliaires.

L e T ib étain , en cela, est pareil à beaucoup d ’autres langues, m êm e indo-européennes. Ainsi, les ve rb es transitifs n ’on t en principe que deux préfixes, ou ordres de p ré fix e s, p o u r trois tem p s et deux v o ix . A eu x seuls, ces deux p ré fix e s n ’e x p rim en t plus de d eu x de ces m odalités que par v o ie de conséquence. Ils a rr iv e n t ainsi à en ex p rim er qu atre sur six (V . tab lea u ti-dessus). Il reste à distinguer le passé a c tif de son effet, l ’o b je c t if ; et le présent a c tif de son effet, le fu tu r passif1. P o u r le p re m ie r cas, celui du p ré fix e ba, cela rev ien t à d éterm in er la v o i x du p a r tic ip e passé. Pour e x p r im e r l’ action a ctiv e de l ’agent, il fau t un nou veau m orphèm e. E n français c ’est l ’em ploi de l’a u x i­ liaire d ’ action a v o i r : J ’ai rempli. E n tib éta in c ’est un d eu x ièm e suffixe (sa ou le d a-drag) : bskan, re m p li ;

bskans, j ’ai rem pli.

B k a l, chargé; bkald, j ’ai chargé2. L e deuxièm e suffixe sa, qui distin gu e la cause (passé a c tif) de son effet (o b je c t if), ressemble à un instrumental,' à un causatif, sinon naturel, au moins établi p a r le g r a m m a ir ie n 3.

(1) Celui-ci est appelé simplement fu t u r -p a r les grammairiens tibétains. Cette distinction des trois temps est due à l'imitation des grammaires sanscrites. Les formes écrites du futur ne semblent pas correspondre à des flexions réelles, mais représenter plutôt des conventions graphiques. Le futur ne peut être morphologiquement exprimé q u ’ à la finale en o des périodes, puisque les causatifs, particules continuatives, etc., n'exprim ent le passé que relati­ vement au verbe final. Nous pouvons traduire ces causatifs par des futurs absolus en coupant la période p a r des phrases françaises plus courtes. (2) Cela est pour la classe des verbes qui ont le préfixe ba au passé seul et à l ’objectif j u s q u ’au présent. Ces verbes ont les préfixes ga, da au futur. Une deuxième classe de verbes ayant le préfixe ba au futur comme au passé, le deuxième suffixe sa ou da distingue seulement le participe passé. E x . : S lo b -p a , enseigner, apprendre, passé bslabs; fut. bslab. —

'C h ofi-ba, vendre, passé bcafis, fut. bcon. (3) Un tel suffixe serait d ’ailleurs illogique, parce que l’instrumental de l ’objectif ne donne pas l’actif correspondant. Il faudrait p our cela que l’effet fût considéré Comme étant à soi-même, sa propre cause : il y aurait pétition de principe. Mais ce

— 54 — L e da-drag, non écrit, persiste et se reconnaît dans les accords phonétiques qui le su ivent im m éd ia tem en t et en tiennent c o m p te : pa, ôin, te, lo, la m , kyi, alors que les p articu les ne s’accord eraien t pas avec le p re m ie r suffixe seul écrit. E x . : Bsgyur-ba (o b je c tif), tra d u it; bsgyur-pâ (p o u r bsgyurd-pa, passé) a traduit. B rd a r z i n , étant a ig u is é ; brdar cin (p o u r brdard cin ), ayant aiguisé. Gsol-ba, p r i e r ; gsol-pa, p r ié , a p r i é 1. C ’est la fo rm e o b je c tiv e ( bskah, bsgyur...) que les dictionnaires donnent com m e passé. Les d iction n aires, en effet, désign ent les verbes p a r leu r p a rtic ip e présent, qu i ne peu t être q u ’ a ctif. E n su ite v ie n t le d it p a rtic ip e passé qui est l’o b je c tif, le plus sim ple de form e et d ’idée, car l ’o b je t, p a r son é ta t perm anent, est seul dem euré en rela tio n effe ctiv e avec l ’ action passée, au m om en t où l'on parle. E n fin le fu tu r des diction n aires est encore une form e o b je c tiv e (p réfixes ba, ga ou da) p riv é e , selon le cas, soit du p ré fix e ( b a ) , soit des suffixes spécifiques du passé (sa, da-drag) .

D epuis des

siècles le da-drag a été supprim é, m êm e iso lé2. C ’est p o u rq u o i les dictionnaires in d iqu en t de n om b reu x passés e t futurs sem blables, com m e p ou r le v e rb e sler-ba, d o n n e r: passé e t fu tu r bsler, alors que le passé réel est bslerd. D e m êm e slon-pa, m o n tre r: fu tu r bslan ; passé réel bsland. L es verb es d on t la radicale est sourde e t qui o n t un fu tu r sont p réfixés p a r ba au fu tu r en v e rtu de la ph on étiqu e p a rticu lière au

suffixe peut avoir été obtenu par analogie, car «ni ouvrage intitulé L a m p e éclairant les cas spéciaux de sa final dans l'orlhnyraphe du libélain, présente ce suffixe comme univoque dans ses exemples d e r in s tn im e n ta l, de l ’ablatif et dans les verbes. Ce grou­ pement d ’analogues implique une idée générale de provenance attachée au deuxième suffixe sa, qui note en même temps un ton particulier. Avec ga comme premier suffixe, le deuxième suffixe marque de nos jours un allongement prononcé de la voyelle. (1) Ces variations ba, pa ; U n , lin , après la même consonne finale, ces anomalies apparentes ont pu passer à tort pour des fautes d ’orthottraphe ou d ’impression. De même, l'adoption moderne du passé lléchi comme thème invariable du verbe, • entraîné dans de récentes éditions des œuvres canoniques, des formes comme lig , citi, là où on a iig , U n dans les éditions anciennes. C ’est ainsi que les collections canonique» imprimées à Pékin ont fait croire à des incorrections systématiques. (2) Sa disparition s’est réalisée probablement dans lé courant du x * siècle. D an » les manuscrits de Touen-Houanir ( i x - x c siècle) il est général avec déjà de nombreuse» exceptions. Il reparaît comme seul archaïsme dans des manuscrits canoniques posté­ rieurs.

— 55 — verbe. Ils sont p eu t-être irréguliers m ais non illogiques';, le p ré fix e ba appartenant ég a lem en t à l ’o b je c t if fu tu r p a r v o ie de consé­ quence ; l ’é ta t actuel de l’o b je t sera encore le m êm e dans l ’avenir, au moins im m é d ia t : Len-pa, prendre. P a r tic ip e passé unique, o b je c tif fy tu r, blafi, sera pris.

6/ans, p ris, a p r i s ;

L e terme g ra m m a tica l bya-chig signifie à la fois fu tu r et objectif (ou

passif), par op p osition

à byed-chig qui signifie présent et

subjectif (ou actif). L e s données des dictionnaires ; présent, passé, futur (souvent la m êm e form e pour les d eu x derniers) seraient plus exactem ent nom m és su bjectif et o b je c t if des verbes. On v o i t que le secours apporté p a r le deuxièm e suffixe est encore insuffisant p o u r les ve rb es irréguliers de la deuxièm e catégorie qui on t le p ré fix e ba au futur com m e au p a rtic ip e passé. L e deuxièm e suffixe distingue bien ce p a rticip e du fu tur, mais non plus sa v o i x active de sa v o i x o b je c t iv e . L a v o i x se reconnaît extérieu rem en t au verbe, à la présence ou à l ’absence de particule accu sative désignant l’o b je t : N a s ôhos la nams-su blans-pa y in . J ’ai appris la L o i. N a s chos nams-su blans-pa yin. L a L o i est apprise p a r moi. N a s hams-su blans-pa’i chos. L a L o i apprise par m o i 2. Des verbes d ’ une troisièm e catégorie o n t com m e suffixe naturel un des suffixes sa ou da, qui ne se redoublent ni ne s’a jo u ten t l ’un à l ’a u tré'e n deu xièm e suffixe. Ces ve rb es d o iv e n t égalem en t faire connaître leur v o i x non p a r leur fo rm e, mais p a r la présence ou l’absence de particu le

accusative

ou

r e la tiv e

a ffectan t

l ’o b je t.

E x. : B ia g s -p a ’i blan. L e bœuf qui est attaché. â i n la bëad-pa y in . J ’ai coupé le bois. Enfin certains verb es p a rtic ip e n t des deux catégories précé­ (1) M. Jacques D u rr a tiré d ’une étude approfondie q u ’il a faite du verbe tibétain, un certain nombre de lois phonétiques dont celles-ci sont le substrat delà morphologie du verbe : Ba est le préfixe des sourdes ; ya et da sont les préfixes des sonores. D ’où cette règle : B a préfixe suivi d'une sourde ; ya , da suivis d ’une sonore sont préfixes morphologiques. B a suivi de sonore, ya, da suivis de sourde sont préfixes sémantiques. (2) Le verbe len-pa, prendre, est irrégulier. Son futur est blan. Le deuxième sulfixe au passé est commun à bdag et à gian. On ne reconnaît donc la voix objective q u ’à l’fbsence de particule. N a m s-su est un déterminatif : N a m s-su len-pa, esprit, apprendre par cœur.

prendre en

— 56 — dentes, com m e gsod-pa, tuer, passé et fu tu r : bsad. Ils on t le p ré fix e ba au fu tu r, sans le c o rre c tif d ’un deu xièm e suffixe au p a rtic ip e passé, pu isqu e leur suffixe n atu rel est d éjà l ’un d ’eux. L e u r tem ps e t leur v o ix résultent du c o n te x te , de la particu le casuelle, de locatifs ou d ’a d verb es de tem p s qu i situ ent dans le passé ou dans l ’a v e n ir ; d ’au xiliaires com m e ’o n -b a , venir, pour le fu tu r ; zin, char, fin i, p o u r le passé. Q u an t au x locatifs de tem ps, ils p eu ven t v a r ie r à l ’ infini. On est d éjà to u t près des verbes tra n sitifs in va ­ riables que nous verrons plus loin. Verbes transitifs S ’il fau t ex p rim er le passé d ’un v e rb e p ré fix é par ’a au présent, il y aura d e u x m anières. A v e c le p ré fix e ba, on ex p rim era q u ’il y a un o b je t déterm in é, inciden ce de l ’action. Si l ’action est neutre ou in tra n s itiv e, il faudra m a in te n ir le p ré fix e ’a qui ex clu t l ’o b jet, et a jo u te r le deuxièm e su ffixe p o u r ex p rim er le passé, que le p ré fix e ’a, s’il é ta it seul, ex c lu ra it égalem en t : ’D e g byed-pa, lever. ’Degs byed-pa, avoir levé. ’D o m -p a , exhorter. ’D o m s -p a , a voir exhorté. L e deu xièm e suffixe jo u e a vec souplesse des rôles variés, qui se ram èn en t à l ’expression du passé a c tif, m ais seulem ent là e t p a rtou t où les p ré fix e s sont d é fic ie n ts 1, p a rto u t où ce rôle ne p eu t être rem pli qu e p a r lu i2. N ou s savons que le d eu x ièm e suffixe sa s’a jou té au x suffixes ga, na, ba, ma, ’a ; le deu xièm e su ffixe da ( d r a g ) s’a jo u te a u x suffixes na, ra, la. Gela fa it huit prem iers suffixes sur les d ix . L e s deux m an qu ants, qui sont aussi les d eu x deuxièm es suffixes sa e t da, ne s’ a jo u ten t pas l ’ un à l ’autre. L e suffixe da p erm u te quelque ( 1) Ce q u ’exprime ainsi le commentateur des Slokas grammaticaux : « L e suftixe est toujours dépendant des préfixes qui indiquent dans ce premier terme le sens actif ou passif (bdag ou g ia n ). Après que le pouvoir des préfixes a été employé en prem ier lieu, les suffixes, à l ’égard des préfixes, indiquent régulièrement le sens actif ou passif et les trois temps •. (2) On ne peut être très affirmatif sur le caractère conventionnel et artificiel de ce sufilxe sa, tant q u ’on ne sait au juste quelle modification phonétique il notait, si même il en notait une. L 'autre deuxième suffixe da, dit da-drag, persiste phonétiquement dans ses accords avec les particules variables qui le suivent. 11 n ’est pas de caractère causatif comme sa, mais continuatif, démonstratif d ’antériorité-. L ’un et l ’autre sont expressions logiques du passé, l ’un, sa. dans l ’ordre causai des phénomènes, l'autre. da-drag, dans leur succession.

— 57 — fois en sa au passé. E x . : byed-pa, f a i r e ; passé byas. Ce sa, en effet, est deuxièm e suffixe : bya’s. L a réciproque, au contraire (sa final en da au passé), n ’est pas possible. Enfin l ’ usage de sa final s’étend encore à l’ im p éra tif, dont il est fréquem m ent un des signes. Ex. : byed-pa, fa ire ; im p éra tif : byos. Bien que ^ o u v r a g e sur sa final le m en tion n e égalem en t, il ne peut plus y a v o ir la m oindre analogie avec les autres significations de ce suffixe. Il est d ’ ailleurs très irrégulier à l’ im pératif. T e l est, en relation étroite avec le cas instrum ental de l ’ agent et les particules ob jective s, le rôle des p réfixes et des suffixes, éléments prin cipau x de la m orphologie du v e r b e variable, et les seuls enseignés

par

T h on -m i

S am bhota.

Les

autres

éléments,

flexions de la radicale, particules ve rb a les pa et ba, auxiliaires, sont naturels et ils préexistaient. L e fa it que le gram m airien n ’en parle pas, car on les connaissait, laisse supposer que ce dont il parle était nouveau ou d e v a it être mis au p o in t graphiqu em ent, et d e va it être enseigné. L es préfixes, e t pa rticu lièrem en t le deuxièm e suffixe,

dont

les

in terven tion s

ingénieuses

sont

si

commodes,

appartiennent en propre, au moins p a r la graphie, au tibétain littéra ire1. (1)

La sémantique a fait une application rem arquable du deuxième suffixe dans la

différenciation des mots rtog-pa et rtogs-pa. Le premier est tarka. la cogitation, le jugm ent, la pensée discursive. Comme verbe il signifie considérer, réfléchir. Le second, avec le deuxième suffixe, est jftàna, la connaissance, non médiate mais intuitive, non mentale mais spirituelle, résultat d ’une contemplation exempte précisément de rtogpa. Les limites du langage tibétain ont fait emprunter au monde sensible l ’expres­ sion d ’un concept extérieur à lui. comme si ce concept était

unachèvement de La

pensée. Exemples : ’TJod lhags khyod kyi rea-ba ha y is ies / khyod ni rn a m -p a r- rtog las b yu h -b a y in / khyod la ha y is rtog-par ma byas che / khyod ni nam -yah sk ye-bar mi 'g yu r-ro // D ésir, je connais ta racine. Tu es le fruit de la pensée. D i s lors que je ne te couverai plus par la peusée, P lu s jam ais lu ne naîtras en m oi (Sûtra en 42 articles). X ah s-rgyas kyi lam za b -m o'i d on 'du ma bya s-pa rto gs -p ar b ya s-pa s A ya n t pénétré le sens profond de la V oie du Bouddha qui est la n on -com position

(Sfitra en 42 articles). 'D u ma b ya s-p a 'i th os rtogs-par byed -p a / Connaître l'essence de la non -com p osition (Sûtra en 42 articles).

— 58 — Flexions de la radicale P a rm i les autres élém ents de la m orph ologie du ve rb e, flexion s de la le ttre rad icale et au xiliaires, les seconds on t été plus persistan ts e t o n t ten d an ce à se d é v e lo p p e r dans le langage. Ils

sont, au

^ontraire, exclus des verb es à rad icale fléchie de la langue litté r a ir e 1. L es flexions internes ou de la radicale com p orten t d eu x ordres de phénom ènes : altern ance v o c a liq u e et alternance consonnantiqu e. L es flexion s de la radicale sont, com m e les préfixes, rela tiv es à deux ordres de fa its : passage de l ’in tra n sitif au tra n sitif, in d ica tion de tem ps. E lles consistent en une ou plusieurs des altération s su ivantes de la radicale du présen t in tra n sitif : a d d itio n de la le ttre suscrite ra ou sa ; m u ta tion de la radicale m êm e en une autre consonne de sa fa m ille (sonore, in tra n sitive ; sourde, transi­ t iv e ) ; ch an gem en t de la v o y e lle . Ces altérations sont lo in d ’être régulières e t elles sont soum ises aux conditions de l ’accord des p réfix es a vec les radicales. L e tableau su ivan t résume le prin cipal des flexions internes re la tiv e m e n t à la v o ix du v e rb e : IN T R A N S IT IF

R a d ic a le sonore : ’ bar-ba, brûler (neutre). ’gru b-p a , être parfait.

R a d ica le sonore ; ’bral-ba, être séparé. ’bud-pa, s’arrêter.

R a d ica le aspirée : ’p h r u l-b a , se tromper.

T R A N S IT IF

M êm e radicale sonore ou sourde correspondante avec sa sus­ crite e t m êm e v o y e lle : sparbaf brûler (a c tif), sgrub-pa, accomplir. Sourde aspirée correspondante et m êm e v o y e lle : phra l-ba, séparer, phud-pa, arrêter. Sourde correspondante a vec sa suscrite et m êm e v o y e lle : s p ru l-b a , trom per, égarer.

R a d ica le aspirée : ’cho-ba, b ouillir.

Sourde correspondante et m êm e v o y e lle : co-ba, faire bouillir.

( I ) Sauf par licence dans la poésie pour compléter un vers.

— 59 — L e tib éta in a une tendance à pren d re to u t v e rb e tra n s itiv em en t ou in transitivem en t, a vec la m êm e fo rm e . 'G ro -b a , aller, in transitif de nature, d e v ie n t tra n s itif quand il y a un o b je t à l ’accusatif, le lieu où l'on va . L ’ instrumental, cas du sujet, indique que le v e rb e est transitif, mais il n ’est pas absolu. V o u lu par le gram m airien, il est littéra ire e t il est rem placé p a r le n o m in a tif dans le langage. Il en est de m êm e des particules accu satives que l ’usage a tendance à supprimer quand il n ’y a pas m o u v e m e n t, ni o b je t transféré déjà sans particule, ou quand le v e r b e ne p eu t être pris intransi­ tivem e n t soit p a r nature soit par sa form e. En fin le thèm e verbal, c ’est-à-dire son présent, a l ’aspect d u ra tif q u 'il perd a u x autres tem ps à m oins q u ’il ne soit e x p licitem en t exprim é p a r une particule circonstancielle. T

em ps.

— P o u r la fo rm a tio n des tem ps, l ’aspirée ou la sonore

radicale du présen t p ré fix é en ’a se change au passé, en la sourde correspondante e t perd souvent sa v o y e l l e 1. D ’autres verbes à radicale sonore on t l’aspirée correspondante au passé et gard en t la v o y e lle du présent : 1er cas : ’gum -pa, m o u r ir , luer ; passé b k u m 2. ’gens-pa, r e m p l ir ; passé, bkan, bkans. 2e cas : ’b u l-b a , o f f r i r ; passé, phul. A u futur, la radicale est le plus sou ven t celle du présent si celle-ci est sonore ; elle est sourde si la radicale du présent est aspirée. L a v o y e lle , dans les deux cas, perm u te souvent en a. ’ Gens-pa, passé bk an; futur, dgan. Ou bien, si la radicale du futur est la sourde correspondante, elle conserve la v o y e lle du présent : 0 ’J i g - p a , d é tru ire ; passé, b s ig ; futur, gzig. L ’im p é ra tif est généralem ent form é de l ’aspirée correspondante sans p réfixe, a vec la v o y e lle du présent ou la v o y e lle o, et a vec ou sans le suffixe sa: K h o n , remplis (d e ’gens-pa) ; Itos, vois [de Ita-ba).

(1) Il reste l ’a inhérent. Cette, alternance vocalique du passé ne semble pas se ^RContrer dans les verbes à radicale aspirée. (2) Ce verbe est le même, neutre ou actif.

— 60 — Quand la radicale du présen t est elle-m êm e une sourde, ce qui est m oins fréq u en t, elle reste la m êm e au passé et au fu tu r : Gion-ba, donner, envoyer; passé btan, btahs; futur, g ta h ; im p é ­ ra tif, thon. A in s i la v o ix ,

les trois tem ps et le m ode im p éra tif seraient

suffisam m ent différenciés p a r la radicale et les affixes, si tous les verb es éta ien t fléchis.

Or beaucoup ne le sont q u ’au passé et à

l’ im p é ra tif, d ’autres au passé seulem ent. L e plus grand nom bre est in varia b le.

Verbes partiellement variables et verbes invariables L e s verb es p a rtiellem en t va riab les, dans la mesure où ils ne sont pas fléchis, e t

les ve rb es

in varia b les

fo n t con n aître

leur

nature tra n s itiv e p a r le cas in stru m en tal de l'agen t, leur v o ix par les p articu les a ffecta n t l’o b je t, et leur tem ps par les au xiliaires va riab les.

Ils se rap proch en t du m onosyllabism e et, g ra m m a ti­

calem ent, du lan gage parlé qui, à quelqu es excep tion s près, ne connaît que des verbes in va ria b les, ou la form e in v a ria b le du passé des verb es fléchis. Ces derniers, rares dans le lan gage, sont les plus usuels éta n t rela tifs au x actions les plus concrètes et les plus fréqu en tes de la v ie c o u ra n te 1. R e la tiv e m e n t au cas in stru m en ta l de l'a gen t qui d éterm in e la nature ou to u t au moins un a spect du verb e, il co n vien t de signaler la p a rtic u la rité de certains verb es a ffe ctifs exprim an t les sensations de la vu e, de l’ouïe, de l ’od o ra t, et, en général, ceux d o n t le sujet est

plus

affecté

que

l ’o b je t,

com m e

v o ir,

entendre,

aim er,

craindre, etc.*. C ’ est Yactio im m u n m s opposée à Vactio ircmsiens. L ’o b je t est sans particu le,

l ’organ e

de la sensation seul est à

l’instru m ental ; le cœur, l ’esprit, sièges du sentim ent sont au locatif. Il n ’y a pas action sur l’o b je t, mais réaction de l ’o b je t sur le sujet. (1) Quelques-uns seulement (V . appendice) ont conservé leurs flexions anciennes dans le langage parlé actuel : 'g ro-ba , aller ; passé et impératif, son . — 'O n -ba , v en ir ; imp. sog. L ta -ba, v o ir ; imp. llos. (2) En français, p ar exemple, on dira plus volontiers : « V o u s m ’effrayez, vous me faites peur, vous m ’épouvantez», tellement les expressions « J e vous crains, je vou»« redoute » sont faibles et inexpressives.



61 —

Si l ’o b je t de voir, entendre a une p a rtic u le accu sative, ces verb es signifient regarder, écouler. E x em p le de v e r b e in va ria b le : N a m lh on -b a r ’gyur ro, je verrai (in tran sitif) ou je serai vu. N a m i g gis m lh on -ba r ’gyur ro, signifie seulem ent je verrai (in tra n sitif). ’gyur ro, j^e v e rra i (tra n s itif).

Et

Nas

(m ig

g is )

mlhon-bar

Auxiliaires L es au xiliaires com m a n d en t les tem p s e t aussi des aspects que nous in d iqu eron t sans p réju d ice de leur em p loi un peu différen t dans le langage. Les

au xiliaires

de

la

langue litté ra ire ,

très nom breux,

sont

in variables ou va ria b les. L e s prem iers fo rm e n t les tem ps com posés des verbes va ria b les , m ais ne les in d iq u en t pas. Ce sont : Y in -p a (h on orifiq u e, lags-pa) être, a tt r ib u tif a vec su bstantif et a d jectif. E x . : N a s bllas-pa yin. J ’ai regardé. Yod-pa

(hon.

m n a ’-ba),

êlre, a ttr ib u tif a vec

possessif, a vec le possesseur au d a tif.

a d je c tif ; avoir,

Y i-g e slebs yod. Les lettres

sont arrivées. ’D u g -p a (hon.

bzugs-pa), être, a v o ir, lo c a tif.

’D i y in -p a ’dug.

C ’est b ien .lu i. M è h is -p a , êlre, avoir, a ttrib u tif littéra ire. Gda'-ba, êlre, avoir, lo c a tif littéraire. M o d -p a , être, a ttr ib u tif. Fted-pa, être, a ttr ib u tif du langage v u lg a ire . Lags-pà, êlre, a ttr ib u tif et locatif. M n a ’-ba, être. B iu g s -p a , être, lo c a tif. Snan-ba, paraître. V o ir les exem ples de l’ In dex. Tou s o n t plus ou m oins le sens de la cop u le êlre. L es trois prem iers sont com m uns au x langues écrite et p a rlée. Ils ne sont pas las-chig ou verbes, en tib é ta in , p u isq u ’ ils e x p rim en t l ’é ta t e t non l ’action. A lors que les a u xilia ires in variables re ç o iv e n t leurs tem ps des verbes variables, les au xiliaires va riab les, au con tra ire, con fèren t leurs tem ps au x ve rb es invariables. M ais v u la v a rié té de leurs sens, ils in d iqu en t aussi les aspects de ces tem ps. Ce sont :

— 62 — B yed-pa, f a ir e ; passé, byas; fu tu r b y a ; irap. byos, sens in ten sif. M j a d - p a , faire (hon. et litté ra ire ) ; im p. mjod. A v e c un v e r b e au g éro n d if ou accusatif, il le m e t à l’ im p éra tif p o li ou p réca tif. B y u n , passé de ’ byuh-ba, arriver ; Spn, passé de ’gro-ba, a lle r; T h o n , passé de ’lhon-pa, aller, venir, sont trois auxiliaires du passé im m édiat. M y o n , présen t de myoh-ba, a voir l ’expérience de, avoir éprouvé, a u xiliaire du passé lointain e t r é v o lu 1 ; Z i n , de zin -p a in va ria b le, fin ir, e t Char, passé de ’char-ba, fin ir, s'em p lo ya n t aussi avec les passés des verb es va ria b les2 ; Zad , passé de ’zad-pa. f in ir ; Bjogs, te rm in é ; G ru b, passé de ’grub-pa, être réalisé, être parfait. Ces cin q derniers au xiliaires m arqu en t le passé a v e c achèvem en t. ’ G r o ; ’o n ; yon, aller, venir, au xiliaires du futur im m éd iat ; D gos,

fa llo ir,

au xiliaire

du

fu tu r

avec

ob liga tion ,

im p éra tif

vu lg a ire ; ’ G y u r , devenir, fu tu r litté ra ire a vec le supin ou d é te rm in a tif ; B g y u y in . y avoir lieu de, fu tu r littéra ire avec le présen t des verb es variables. Ces six a u x ilia ires don n en t six aspects du fu tur. $og, im p é ra tif de ’on-ba, venir, p ré c a tif avec le g é ro n d if3 ; B y a , fu tu r de byed-pa; M j o d , im p é ra tif de m ja d -p a ; Gyis, im p é ra tif de bgyid-pa, faire, sont les auxiliaires de l’o p ta tif avec le géron d if. On peut ran ger parm i les im p éra tifs polis l ’addition de verbes qui ne sont pas des au xiliaires prop rem en t dits : chog, avoir la permission

de*;

thub,

nus.

p o u v o ir

effectivement;

’fug,

laisser,

perm ettre; srid, être possible; rogs, rogs gnan, veuillez; g n a n , être accordé, accorder; zu, je p r ie (v e u ille z ).

(1) Ex. : L h a -s a la ’gro m y o n nam . — Je

’gro ma m y o n . E tes-vou s allé à L h a - s a ? -

n ’y suis ja m a i s allé. (3) Ex. : Char so n , il a jlni. S o n char, il est venu.

>

(3) E t composant d ’ impératifs périphrastiqucs : K h y e r -é o g , prends — v i e n s ; apport Comme na lai en chinois. (4) May, en anglais.

CONCLUSION

Presque to u te

la m orph ologie du tib é ta in , selon ses pan d its

gram m airiens, sylla b iq u e e t flexionn elle, est réductible, la p rem ière à trois cas de déclinaison, à qu elqu es particules co n jon ctives, n égatives-fém in in es, et personnelles ; la seconde au jeu de q u atre lettres p réfixes e t de deu x lettres suffixes. Si on rapproche les notions, assez d istin ctes p ou r des civilisés, exprim ées

en

tib é ta in

par

les m êm es

m orphèm es,

com m e

les

différents ra p p o rts de dépendance, la n éga tion et le fém inin , la provenance dans l ’ espace e t dans le tem ps verb a l, e e tte dernière et la causalité, celle-ci e t le passé, etc., on p e rço it un ty p e assez sim ple et p eu t-être p r im itif de langage, et la genèse d ’une m orp h o­ logie à base d ’analogie. L e p a n d it g ram m airien

a encore a jo u té

quelques ex ten tio n s

logiques, des élém en ts m orph ologiqu es ou seulem ent graphiqu es pour les besoins n ou vea u x. L es com m en taires des slokas g ra m m a ­ ticau x sont le n o u vel a p p o rt et l’a gen cem en t, le con dition n em en t des form es existan tes, l ’exposé de leur interdépendance. L a form e d’un ve rb e, p a r exem p le, n ’ est q u ’ une p a rtie de sa m orph ologie. Il em prunte d ’autres élém ents logiques à des con dition s extérieu res à lui-m êm e, à des term es lointains, à un in stru m en tal au d éb u t, c’est-à-dire à l ’autre e x tré m ité de

la p ériod e, à une p a rticu le

accusative, au xqu els il est lié pàr un fil in visib le. G râce à c e tte solidarité en tre les term es, ceux-ci o n t a v a n t to u t une v a leu r de p o sitio n 1. Gela donne une souplesse qu e les form es à va leu r fix e ne p e rm e tte n t pas toujours.

( I ) C ’est pourquoi les meilleurs lettrés se refusent à compléter un texte (non cliché) Qui présente les moindres lacunes, comme il arrive aux manuscrits anciens. Vocabulaire syntaxe riches permettraient de combler logiquement de telles lacunes entre des uiots et p a r des mots à sens unique et invariable. Mais qu an d les mots sont solidaires les uns des autres, ceux mêmes qui avoisinent les lacunes n ’ont plus de sens déterminé. Encore moins pourraient-ils servir à étayer le sens des mots manquants.

— 64 — A in s i la p a u v re té m êm e du tib éta in , m orph ologie et vo ca b u la ire, est le secret de sa richesse. I l s’est p rêté à toutes les exigen ces d ’une pensée n ou velle. E t il l ’a tra d u ite plus fa cilem en t qu e ne le fo n t nos langues si riches de term es, m ais m odelées e t figées sur d ’autres concepts. N ou s ne traduisons au m ieu x que p a r term es aAalogues ou a p p rox im a tifs, alors qu e le tib éta in , v ie r g e d e to u t p récon cept, a décalqué les te x te s sanscrits en em p ru n tan t leurs sens a u x m ots m êm es q u ’il tradu isait. I l ressort de l’enseignem ent de ses gram m airiens, que le tib éta in a cherché, com m e tou te au tre langue, a co rrig er ses insuffisances p a r des m oyen s subsidiaires. I l ne l ’a pas fa it n atu rellem en t, mais sous la d ire ctio n de pan d its indiens in con testab lem en t fo r t habiles. Ce fu t sa chance plus que son m érite. I l donne la p reu ve h istoriqu e que les élém ents d ’ une langue concrète, sans écritu re, lim ité e à l ’expression des besoins de la v ie m a térielle e t sociale, p e u t fournir, p a r analogies successives, tous les term es abstraits et la syn ta xe nécessaires à la spéculation ph ilosophique.

A P P E N D IC E

Définition de BDAG et GZAN L a s gan 2ig la b y e d -p a -p o gzan dah dnos-su ’b rel-b a y i dban-du b yed na b y e d -p o dan de ’ i b yed-pa gn is-p o ni dnos-po b d ag y in b y a -y u l dan b ya -b a giiis-pa dnos-po g ia n . Dans tou te action, si un agen t (b y e d -p a -p o ) a g it m a té rie lle m e n t1 ( dnos-su) e t d irectem en t ( ’ brel-ba’i d b a n -d u ) sur un o b je t ( g i a n ) , cet agent et son a c tio n 2 (b y e d -p a )

sont

sp écifiq u em en t

dbag.

L ’o b je t (b y a -y u l) sur lequ el l’ a ction e s t exercée e t son d e v e n ir 3 (b y a -b a ) sont sp écifiqu em en t gzan.

Rôle des préfixes dans les verbes selon les slokas de Thonmisambhota et leur commentaire Dans les slokas qui v o n t suivre, les p ré fix e s v e rb a u x sont désignés par leur v a le u r p h on étiqu e. C elle-ci n ’est pas leur v a le u r com m e consonnes (v . tableau p. 10), mais celle q u ’ ils on t com m e p ré fix e s :

v sin-tu mo, Irès f é m i n i n , est ma. (1) Ou effectivement. (2) (3) Les mots complets sont b y e d -p a i las et b y a -b a 'i las qu’on peut traduire p ar action active et action passive.

— 66 — J i lla r ’f u g -p a r byed ce-na pho n i d ra g -p o ’i chul gyis te m a -n ih ra n -p a r ’fu g -p a yin mo ni zan-pas chul gyiste sin-tu mo ni m nam -pas so. C i-p h y ir ’fu g -p a r byed ée-na pho ni ’dos dan gzan bsgrub phyir m a -n in ghis-ka da-ltar ôhed mo n i bdag da m a-'ons phyir sin-tu mo n i m nam p h y ir ro. Si on dem ande

co m m ent

on use des p réfixes :

L e p ré fix e m asculin est usité du rem ent ; L e s neutres sont usités m od érém en t ; L e fém inin est usité fa ib lem en t ; L e très fém in in est usité plus m ollem ent. Si on dem ande

po u r q u o i

les p réfix es :

L e masculin est usité p o u r le passé et pour l ’objet; L es neutres p o u r Y actif et le p a s s if1, e t pour le présent; L e fém in in p o u r Vactif e t p o u r le présent ou le fu tu r ; L e très fém in in dans tous les cas égalem ent.

(1) Interprétation de gnis-ka qui ne se rapporte pas à ma nin d ’après le commentaire suivant : Snan. 'fu gi ma-nifi ga da giiis drïo-su b d a g daft gzan gnis-ka la ’Jug-pa dan der m* glogs-pa'i da Itar-ba ston -p a'i £hed du ’ju g che 'o. L es préfixes neutres ga et da sont usités pour b d a g et g4an, et de plu s ils marquent le présent.

Le commentaire fait se rapporter gnis ka du sloka. * les deux », à bdag et à gtan sous-entendus d an s le éloka, et non aux deux neutres ga et da. C ’est également L’inter­ prétation du g ran d grammairien Situ. Cela veut dire que ces préfixes indiquent le présent pour bdag et le futur relatif pour g ia n. Les mots du éloka sont soulignés en rouge dans les commentaires selon la coutume tibétaine des commentateurs de sütras. L a correspondance des temps est formulée comme suit dans le commentaire : D u s g8um g y i bdaiï gis byed las da lia daii bya las m a -'o d s-p a r 'du. P a r rapport aux trois tem ps, te présent actif correspond au futur passif.

De même, p ar rétroaction, le présent passif correspond au passé actif.

— 67 —

Langage honorifique1 L e langage h on orifiqu e n ’est pas une p a rticu la rité du langage parlé. Certes, il dom ine to u t dialogu e puisque son vocabu laire et sa gram m aire accusent tou tes les nuances de la politesse selon la q u a lité resp ective des interlocuteurs. M ais son im portan ce déborde le langage parlé et s’éten d à la langue éc rite où il p ren d une vé rita b le va leu r gram m atica le.

A in s i

la

co rre ctio n

syn ta xiqu e

n ’ im pose

aucune o b lig a tio n , dans un récit où l ’on ra p p o rte des paroles, des pensées et certains actes, de d ésign er ex p licitem en t, m êm e par un pron om , le su jet de9 verbes, dire, penser, ou p a r exem ple, donner, boire, etc. L e term e choisi suffit à lui seul à désigner qui parle, pense ou a git. Dans une scène en tre un roi e t son m inistre, quelles que soient la distance e t les inciden tes qui séparent la dernière m en tion des personnages, ils ne seront pas nécessairem ent désignés de nouveau si les m ots les concern an t y suffisent. E x . : v

.

.

.

Zes byas-pas sgrom-bu phul lo. A y a n t ainsi parlé (le m inistre) rem it la cassette (au roi.) [M a n ij. S ’ il y a v a it au con traire : v

.

.

.

.

i

Zes gsuns nas sgrom -bu gnan-no, c ’est le roi qui serait su jet de la phrase : A y a n t ainsi p a rlé (le roi) donna la cassette (au m in istre). De m êm e re la tiv em en t de m a ître à disciple : K h y o d chur yoh-b a’i lam bar du m i gnis dan ’phrad dam gsuns / ma ’phrad zus-pas / m ir ma mthon byar m lhon-ba y in gsuns. A s -tu rencontré deux hommes sur le chemin en venant ic i? d it (le m aître). — J e n ’en ai pas rencontré rép o n d it (le disciple) —

T u ne les as

pas vus hommes mais oiseaux, d it (le m aître). L es su bstantifs h on orifiqu es, com m e

les verb es honorifiques,

sont em p loyés seuls avec leu r sens p ro p re, ou com m e élém ents de m ots com posés p ou r con férer à ces m ots le caractère hon orifiqu e. Dans

la

langue

écrite,

le

com p osa n t

noble

donne

sou ven t

le

caractère sacré p a rticu lier au bou ddhism e, com m e G sun -ra b , les Écritures Sacrées. B k a ’- ’gyur, le Canon traduit. Zabs-pad, personne ém inente; m inistre d’État. Z a l-n o , grand prévôt d ’ un m onastère.

(I) En tib. ie s-sa . L a n g a g e vu lg a ire, pliai skad.

— 68 — Las kyi la-gyogs ran la 'khor gsuns-pa / rgyal-ba’i b k a ’ las bden-pc gan na yod / Q u ’y a -t-il de plus vrai que celte parole du Bouddha . L e conire-coup des fautes retombe sur leurs auteurs. Dans la langue parlée, les com posants nobles ressem blen t aux p articu les de classem ent chinoises, avec cette d ifféren ce

q u ’ib

^ont plus n om b reu x e t ne s e rven t que pou r les term es h on orifiq u es L es plus courants sont : P h e b - p a , ven ir, aller. — P h e b -la m , chemin. B z u g s -p a , demeurer — bzugs-gdan, coussin, siège. G sol-ba, m anger, boire — gs o l-fa , thé. B ie s -p a , m anger, nourriture. M j a d - p a , f a ir e ; m ja d -p h rin , affaires. S k u , corps — sku-gzugs, c o rp s ; s k u -d r a ,

image pieuse (semble-

corps) . P h y a g , m ain —

phyag-lde (de Ide-m ig), clef ; phyag-dpe (d e dpe

ëha), livre. V

Zabs, pied — zabs-lham, bottes ; zabs-log, service ; zabs-phyi, serviteur Z a l, bouche — zal-zas, n o u rritu re ; zal-dkar, lasse (d e dkar-yol, tasse) D b u , tête —

dbu-zva, chapeau (d e zva-m o). — dbu-skra, cheveux

S pyan , œ il — spyan-'dren-pa, in v ite r — s p y a n -b ra s , la prunelle Thugs, esprit, cœur. —

thugs-sgon-ba, penser — thugs-rfe, com­

passion. D g u h , ciel, m ilie u — • dgun -lo, âge. B k a ’, parole —

bka’ na n-pa, o b é ir ; bka’-blon, p re m ie r ministre.

Ùhibs, cheval — chibs-sga, selle. D e m êm e pou r les m ots h on orifiqu es a ffa ire ;

ôhab,

eau;

gsan,

entendre;

m nal, s o m m e il; phrin,

khyim,

m a is o n ;

phul-ba,

o ffrir, etc. L a gram m aire de Ph. E d . F o u c a u x donne de ces term es respec­ tueux une liste très com p lète, pp . 127 à 136. L e langage hon orifiqu e n ’est pas seulem ent une reconnaissance de hiérarchie.

Il est su rtou t une m an ifestation élém en taire de

politesse

celui

chez

qui

p a rle,

fû t-il

le

D alai-lam a

lui-m êm e

s’adressant à un m endiant. Ce personnage qui reç o it des honneurs divins, à l ’adresse de qui certain s m ots sont prescrits à l ’exclusion de tou te autre personhe, d o it p a rler des choses qui tou ch en t son

— 69 — in d ivid u a lité a v e c l ’h u m ilité et les m ots vu lgaires de tou t le m onde. Si un ch ef n ’em p loie pas toujours les term es respectu eu x en vers son in terlocu teu r, il em p loie tou jou rs e t dans tou s les cas, les m ots vulgaires qu a n d il p a rle de soi. A u x d om estiqu es personnels seuls on n ’ adresse pas de term es h on orifiqu es car on au rait l’a ir de le faire avec iro n ie e t de se m oqu er ; m ais on le p eu t a vec les serviteu rs des a u tr À e t dans la m esure où les m aîtres de ces serviteu rs sont eux-m êm es im p orta n ts. On ne p eu t d ire ces usages étrangers à la gram m aire, ta n t ils sont inhérents au lan gage m êm e. L ’usage to u te fo is est quelqu efois ca p ric ieu x dans la co m p osition «les m ots. A lo r s que khan-ba est le m o t vu lg a ire pou r m a ison . e t khyim, le m o t h on orifiq u e, temple se d it lha-khan, maison des d ie u x , com m e cuisine se d it ihab-khan, chambre du foyer. D e m êm e on a k ha h-m ig, n o m vu lg a ire, e t gzim-khan m o t n ob le pou r chambre à coucher, g z im -p a é ta n t h on orifiqu e p o u r d orm ir. E x em p les d ivers : N a l- b a , v u lg .

: dorm ir. N a l - k h r i , vu lg. : lit.

G zim -khri, hon. lit.

Gnal g z im -p a , hon. dorm ir. N a s ga-re lab son. Y u lg . Q u 'a i-je dit? K h os ga-re lab son. V u lg. Q u ’a -t-il d it? K h o n gis ga-re gsuns sort. H on . O u ’a -t-il dit? K h y e d kyis ga-re gsuns-p ce sens. Dans nn manuscrit du par e x e mp l e ou relève des o r t ho g r a ph e s p y a g s pour ll a g s , impl iquant que la-'prnnonciation é t o i l d é j à la même pour les d e u x n o t at i on s (v. ci-dessous). De plus l ’étude des f r équences révèle des écarts considérables entr e les sourdes et aspirées d ’ un côté et les sonores de l ’autre, celles-ci co mp r ena nt les suftixes et les préfixes. Pour cinq cents h on a : fil ha fil ta fiGfi p a

51 k h a 72

tha

25

plia

570 ga G14 lia 500 ha

482 fia 490 na 440 m a

Le.*, silllantes sc répartissent ainsi : 11)5 ia

40 s a

£>60 sa

La langue parlée ne t rahi t ni lu di spr opor ti on e n t r e la fréquence des sonores et celle des sourdes, ni une tel le profusion de la sifflante dentale.

— 80 — L

ig a t u r e s

. -

- L es lettres suscrites ne se pron oncent pas :

rla se pron once t a 1 ; skra = kra = ta se pron oncent tchra. Les

lettres souscrites ya et ra se prononcent

sauf p o u r les

radicales indiquées ci-dessus. E x c e p tio n : sras, fils, se pron on ce sai.

Dans le centre, le ra

souscrit est im p ercep tib le à l ’oreille européenne. On

le p erçoit

n ettem en t dans tou t l’ E st tib éta in . P a r con tre dans to u t le T ib e t la souscrit se prononce seul, la radicale é ta n t élidée : kla, gla, bla, sla se prononcent la. E x . : bla ma. un lama. R d o -rfe g lin , D orjelin g. —

Suffixes.

Le

suffixe sa après une v o y e lle

m odifie

c e tte

dernière : as se prononce e, ai os



o



ü

E x . de nas, ensuite, se pron on ce dene. L e m êm e ph énom ène a lieu p o u r les suffixes da, ra. la, dans le T ib e t de l ’ Est, vo isin de la Chine. E x . : dkar, blanc

se pron on ce kai

dmar, rouge



m ai

ser,



sai

jaune

L e double suffixe gs allonge la v o y e lle sans être lu i-m êm e p ro ­ noncé : E x . : lags pr. là P

r é f ix e s

influence



.

sur

l ’ex p rim en t

en

L es la

p réfix es

ont

pron on ciation .

qu atre

ve rs

qu i

th éoriqu em en t L es

slokas

une

grande

gram m atica u x

p récèd en t im m éd ia tem en t les

qu atre ve rs consacrés au rôle des p ré fix e s dans les verb es (V . appen­ dice, p. 65). L e p ré fix e m asculin est usité durem ent. L e neutre est usité m odérém ent.

( I ) Sauf au T i b e t occidental.

— 81 — L e fém inin est usité de m anière douce. L e très fém in in est usité plus mollement.. N ous n’osons a ffirm er que ces n ota tion s correspondent à la gradation des tons. N ou s nous born eron s à signaler que le genre «les p réfix es n ’est pas spécifique com m e celui q u ’ ils on t en ta n t que consonnes isolées. L o in

de d é te rm in er les accords, il a au

contraire été d éterm in é p a r eux, ex p érim en ta lem en t et à une époque donnée, p ou r satisfaire aux nécessités de l ’euphonie. A u jo u rd ’hui les p ré fix e s ne n oten t plus les m êm es in ton a tio n s dans toutes les p a rties du T ib e t, sauf le p ré fix e neutre da qui — en co n tra d ictio n avec la gra m m a ire — se d istin gu e de l’autre p réfixe neutre. II élide la radicale, ne laissant subsister que les lettres souscrites quand il y en a. E x.

:dbus,

m ilieu , se p ron on ce ü

dben,

désert,



en

dban,

puissance.



ou an g



yang

dbyans, chant, voyelle,

L e p ré fix e ma. et la suscrit, précédés d ’ un m ot lerm im i par une v o y e lle ou un suffixe m uet, se nasalisent : rgya-mcho, l ’océan, se p ron on ce g ya n g-tso phyag-lde,

clej,



Lchang-de

Écriture cursive U ne saurait être qu estion ici de don n er des m odèles des d iffé ­ rentes écritures cursives en. usage au T ib e t. L e u r nom d ’ ensem ble est

’khyug-yig

renvoyons

à

qui

n otre

traduit étude

exactem ent, L ’ É critu re

écriture

cursive

cursive.

tibétaine

N ou s

{J o u rn a l

Asiatique, ja n v ie r -fé v r ie r 1912). E lle co n tien t une liste de sept cents con traction s de m ots usitées dans l’écritu re courante, m ais que l’on rencontre aussi qu elqu efois dans les m anuscrits en écritu re typ ograp h iqu e.

N ou s

lui

em pruntons

seulem ent

ces

règles

«le

contraction des m ots composés. 1.

On écrit presque tou jou rs la le ttre radicale de la prem ière

syllabe a vec son p ré fix e , ses lettres suscrites e t souscrites e t son 3igne-voyelle s’il y en a. On supprim e gén éralem en t de la prem ier^ syllabe.

les suffixes



82 —

2. On supprime les lettres radicales et leurs préfixes des syllabes secondaires, mais on fait suivre de leurs sutfixes la lettre radicale de la pre mière syllabe. Si les syllabes secondaires n ’o n t pas de suffixe, on conserve celui de la première syllabe. E x . : bkfis = sdul

bkra-sis. grâce, bénédiction,

— sdug-bsnal. douleur.

3. On supprime les lettres suscrites des syllabes secondaires, mais on souscrit leurs lettres souscrites sous la radicale de la première syllabe, si celle-ci n ’est pas elle-même affectée de la même lettre souscrite. On souscrit de même quelquefois la radicale de la deuxième syllabe. Cette règle produit des contractions qui ne sont ni prononçables ni transcriptib'es en caractères romains :

v =

Ex. :

=

nichams-sbyor, adhérence.

4. Tous les signes-vovelles du m o t sont conservés et superposés dans leur ordre sur (sous po ur l ’ u) la radicale de la première syllabe ; quelquefois sur ou sous un suffixe incorporé :

**-•

v * -« v

-

“s& ss:

Les palatales et les palatales sifflantes incorporées sont repré­ sentées pa r l ’accent particulier des affriquées : Ex. :

= ~

Ma

=

0 ’^ ^ *

ryya-mcho. l ’océan.

®r_. t]\ 1 =

Spyan ras gzigs. A va lo k it es va ra .

suffixe de la pre mi èr e syllabe, radicale ou suffixe d ’ une

syllabe secondaire est représentée par l ’anusvara sanscrit. v =

'dug-pa

’dra Idan na na-yan nan nam

te. ëin 16. nas 19. nas 19. cam 13. la 27. lags 1. kyi 24. dan 19. de 19, 21. med 25, 31. cam 20. ye 1. kyan 11. kyi (verbal) 1, 2, 4, 6. kyin 3. ’gro-ba 4. ra 31, 35, 40, 41. la 56. las 17, 38, 42. yin-pa 7. las 34. kyan 46. kyi 53, 56. ëi 30. ëih 15. dan 8. kyan 22. ëi 15. kyan 7. de 31. kyan 6, 47. kyi 25. kyan 43. gan 43. med 13. ...s G om m e

21.

ham-iig nas

ni

gnan-ba rnam- (par) rnams pa, ba

pas, bas po, bo spyan pha

(com p aratif)

med-pa 33. kyi 22. gah 7, 19, 36, ëi 9. gëig 9, 20. bar 6. med 28. cam 9, 10. ye-nas 1, 2. ...s 44. sdn 6, 15. kyan 40. kyi 57. gah 29. 31. dah 7. na 23. nas 11. med 2. 'o 5, 7, 8. ra 44, 71. ...s 18, 19, 28, 34, 37. ra 28. rogs 1, 2. pa 2. kyan 48. bya 14. gah 3, 24, 26, 29, ëih 9, 10. de 13. nas 46. pas 3. ba (pré­ fix e) 1. ...s 31, 37, 43. yin-pa 17, 18. ...s 44. kyan 33. ëi 20. sa 7. ...s 35. gëig 29. na 16.. la 10, 50. las 54 (v. phar).

141

142

E X E M P L E S S U P P L É M E N T A IR E S POUR :

phan, phar

phyag phyi phvir bar bas (çomparatif) bya-ba

(')byuh-ba bral bla-na ’ba’-2ig ’byun-ba ma (nominal) ma (négation) ma-nas mah m in

med myon-ba smos ca-na cam rca (numération) rca nas chun, chnr

VOIR EN OUTRE :

gan 31. gôig 33. re 3. red 5. •••S 35. yon 8. ...s 35. las 56. kyi 34. nas 20. kyi (verbal) 3. ôi 37. pa, ba l.-rà 30. ...s 35. ...s 44. „ kyan 41. ôi 30, 31. ôin 7. te 31, 33. dan 12. myon 5. ran 16. las 55. ...s 37. gan 39. ôi 28. na 8. re ô. las 5. kyi 17. ôi 35. yin-pa 24. ôi 24. re 5. las 5. yod-pa 21. g£ig 5, 6. rgyu 3. ma 3, 4. ma 19, ra 29, 44. cam 23. las 8. ...s 45. kyi 53. gôig 22. ma 7, 11, 12, 14, 15, 16, 17, 18, 21. ’am 4. yin-pa 20, 23, 25. kyan 43, 50. kyi 29, 32, 53. tu 17. ’dra 6. ra 31. son 28. kyan 50. ra 32. ôi 19, 20, 21, 23. na21. ...s 36. gôig 13. de 29. bya 11. med 23. ra 32. re 9, 12. son 26. bar 6. nas 18. myon 1. yod-pa 10. son 17. (v. phan, phar) kyan 14. gan 31. na 23. pha 1. ra 30. re 3. red ô. ...s 35.

E X E M P LE S POU». :

che cho mjad-pa zal v•

zig 71T> le

na

ïe s

gzan gzug la (après) g2ugs-pa bzin bies(honorifique) zad (fini) zin 'an ’am 'u ’o ’O g

’on-ba ya yan-na yi ; yis yon-ba yons yod-pa ra (...r)

ran

S U P P L É M E N T A IR E S VOIR EN OUTRE :

kyan 43. gan 23. bya 11. ra 48. kyan 6. kyi 37. dan 4. ra 23. béas 2. nas 2, 7. ...s 5, 37. son 16. V. éig. V. ôin. tu 19. te 34. biin 4. 'o 8. < V. ées kyan 19. gan 35, 43. las 53. yod-pa 14. kyazt 19. kyan 28.gan 27, 33. éi 26.de 31. las 56. son 16. kyan 21, 28. med 33. dan 12. na 23. ... s 26. V. kyan. de 11, 15 gal-te 1. kyi 5&. ... s 37. tu 22. gôig 32. «in 26. ... s 32, 36. son 8. ’am 5. (v. kyi ; kyis) gan 45. de 29. kun 4. kyan 20. kyi (verbal) 10. ga 3. 'dra 1, 2. kyan 23. èi 25. kyin 1, 7. nas 51, 52, 53. las 18, 24. kyan 40, 52. gan 28, 38. ôi 36. tu 15, 20. nas 46. pas 3. la 49. las 11. kyi 27. gan 35. tu 13. de 29. nas 46. pa, ba 15. po 2. bya

143

144

EXE M PLE S S U P P L É M E N T A IR E S POUR :

ru run-ba

re

red-pa la (acc., conj., divers)

la-la lags (vocatif) lags las sin-tu ées éog éos sa ...s (final)

VOIR EN OUTRE :

8, 12. ra 5, 32. re 2, 3. la 12, 15, 53. ...s 34. son 26. ra 38, 39, 44, 53, 56, 64. red I. la 57, 58. ...s 37. kyan 51. gan 10, 20, 36, 41. rgyu 5. ôi 3, 4, 5, 32, 33. te 12. na 22. nas 26. byun 3. ra 34. kyin 6. ôin 13. gôig 14. de 24, 25, 26. nas 47. byas-nas 3. ma 9, 21. cam 14, 20. raù 1. la 62. las 29. ...s 35. (na-re) re-re-) kyin 2. gôig 24, 25. na 31. yodpa 7, 10, 14. kyan 48. kyi 15, 47, 53, 56. ga 3. gyur 5. na 19. ...s 36. su 4. g&g 18. ra 21. ...s 35. gôig 15. na 14. cam 18. ra 64, 68. ...s 16, 17, 35. gan 13, 35. rgyu 3. ôi 18, 38. gôig 32. ma 21. cam 9. ’a 2. ...s 38. (v. ôes) ...s 17. la 55. man-ba 1. kyan 23. nas 46. kyan 5. gal-te 1. ôi 36. ma 13. med 29. cam 19. chab-la 1. ’am 1. 'o 1. ra 5. la 30. las II.

verbal) mkhan 5. raam-pa 1. med 15, 29. cam 16. biin 3. 'o 3. yin-pa 14. ra 41, 55.ran 12. su (déterminatif) ra 71.

(D eu xièm e suffixe

EXEM PLES SUPPLÉM ENTAIRES POUR :

su (pronom) su-yan sogs et la-sogs so-sor son

gsun-ba ha-ôan e

VOIR EN OUTRE :

kyan 7, 10. gan 16. kyan 6, 10, 16, 17, 18, 19, kyan 22. ...s 28, 29. re 2. kyan 50. mkhan 3. gcig nas 48, 49, 50. pa, ba med 12. ra 32. 'dug 17, 18. ra 30. nas 49. ra 44. red 4. kyan 14. 'dra 5. yod-pa red 3. sa 2.

50.

14. 11.

16.

A D D E N D A

ka

1

N a la rjas de k W i khar son-bas ka ëhog j P o u r m o i le

2

[M ila ].

De nas zans de stoh-par ka phyag-rten-du phttl | E n su ite l ’é t a t

3

q u ’i l a it a v a lé la drogu e est s u f f i s a n t

f a it

je

lu i o ffris

en

p résen t

la

m arm ite

a

v id e [M iïa ].

De yan ëhos ka yin ëih | Gela aussi éta n t

de

la re lig io n

[M ila ].

skyon-pa

H o n o rifiq u e pour rggab-pa.

Skad skyon-pa. A p p e le r (H o n o rifiq u e ). Gsuh skyon-pa. A p p e le r (T r è s h on orifiqu e).

gan-zag

(P u d g a la ) In d iv id u ; personne. C e l u i

ga sa ga la 1 ’gro-ba

P a r to u t

’di bden-pa yin ’gro | Gela est

rgu = dgu

N o m b re 9.

q u i.

(V u lg .).

Gom m e

peut

m arq u e de

-être

vra i.

plu riel.

Skye

rgu. L e s hom m es [R m i-la m ].

rgyus nas 1

P a r le m o y en de. Chu thog rgyus nas yoh g i yod-pa | Venu par surface de l ’eau (p a r v o ie m a ritim e ).

g ô ig

byas na

Peut-être,.

ltag

= Bla. Supérieur.

do-nub

Ce soir.

phar, phan

Phar iig -éig byed-pa. A v a n c e r.

(chur, chun)

Chur éig-éig byed-pa. R ecu ler.

chad-chad

Sur le p o in t de [M ila ],

ied-skrag

T e rrib le m e n t. T rès ; tro p .

yu-bu-èag

— ’u-bu-ëag. Nous.

148

ADDENDA

ru n -b a

1 2

re

Gan nas bsams ru n |Q uoi que v o u s en pensiez. G an ru n na | Où que ce soit.

G rag-re. A ssez b ien . D m a r car re. R ou gissan t

;

sanglant, en sa n glan té. J a -re. G ou tte à g o u tte (d e ’ja g -p a s’é g o u tte r). M i de m ôhi-m a ja -re nus

1

)

bsdad

’dug | C et h om m e

s’est assis e t v e rs e des pleurs. 2

K h o ’i kha la cam -pa ja -re ’dug I II a des traces de tsam ba (fa rin e ) sur la bouche.

s la r

S la r thabs kyis. A plusieurs reprises (A n c ie n ).

GLOSES D ’IDIOTISMES ET LOCUTIONS P . 16 k y a n 38

(Ces dissertation s) n ’é ta n t pas im prim ées, bien qu e fussent rassem blés des m orceau x occasion­ nels selon les qu estion s des prosélytes, il é ta it d ifficile de les coordon n er.

P. 16 k y a n 43

Quand tu m éd itera s la b r iè v e té de la v ie , pense e t repense q u ’il

n ’y

al pas annonce

quand

la m ort. Q u and tu m éd iteras le G rand S ym b ole, pense tou jo u rs plus en p e tit en fan t.

P. 19 k y i 20

A u tre in te rp ré ta tio n ( 1 ) : L a corde du m au vais arc, bien que solide, cassera.

P . 23 k y i n

6

Le

m inistre a lla it

ju s q u ’à distance de v u e e t

chaque fois, il d ép osa it un pain. P . 29 g a n 41

D e m êm e insensé tra v e rs e r sans crainte les bords d ’ un grand

fle u v e

de p rofon d eu r e t lim ites

invisibles. P lu s insensé que cela,) ch érir les biens du m on d e en q u i il ne

c o n v ie n t pas

a v o ir confiance. P . 29 g a n 42

A u ta n t la pein e in to léra b le de jalou ser le bonheur d ’autrui e s t

p a reille

au fleu ve co u ra n t

sur

une plaine de sable, a u tan t celu i-ci s’épuise e t il se ta rit. (1) Selon que

ggi est génitif ou relatif.

149

ADDENDA

P. 29 g a n 43

Q uand

dans

Tocéan de la m ort, si vous êtes

tou rm en tés p a r les in toléra b les m onstres de Yam a,

rap p elez-vou s

la d ifficu lté pour q u i­

co n q u e de vo u s v e n ir en aide.

P. 30 gan 45

Ce qu e l ’on est e t ce que l ’on a, c ’est par cela q u ’on o b tie n t renom m ée.

P. 30 gan^46

T e lle chose e t te lle place de c e tte chose éta n t, rem ets c e tte chose à c e tte place.

P. 30 gan 47

L e N irv a n a éta n t p a rto u t e t p a rto u t in visib le, q u ’est-ce que le N irv a n a ?

P. 34 rgyu 9

D és irer o b te n ir beau cou p est cause de diversion (dans la m éd ita tio n ).

P. 36 ôi 18

P lu tô t que d 'en d u rer p a reille douleur, a v o ir fa it son tem ps de c e tte v ie n ’est-il pas p référable ?

P. 36 ôi 24

Dans q u elqu e m onde des six classes que l ’on naisse,

p u isqu ’il

ne m anqu e

pas une seule

dou leu r d ’ être sans jo ie , ni a m itié, ni p a ix , être d é liv ré de ce m onde n ’est-il pas p réfé­ rab le ?

P. 37 ôi 29

Si

là-dessus

les

deu x

parties

sont

blanches

(a lliées ou am ies), on pourra v o ir à rechercher la m anière de fa ire un tra ité.

P. 37 ôi 32

Je

le

plains

in toléra b le

de

d e v o ir en du rer une

douleur

telle q u ’il eû t m ieu x v a lu ne pas

v iv r e pour exp ier.

P. 41 ôe 24

Ou bien : Présage disant com m en t il en sera.

P. 42 ôesl

L a ch en ille ( ’ b u - r c i g ) é ta it ( c h u g = sug =

’d u g )

d even u e un b el e n fa n t q u i é ta it te l ( chug

=

Gug) q u ’exposé au soleil il au rait fondu, mis

à la fraîcheu r de l ’om b re il a u ra it gelé.

P. 48 tu 22

Si

tu

dis les d eu x

sont

beaucoup,

com bien

diras-tu les tro is ?

P. 52 t© 30

Les m ondes de l'U n iv e r s sont d ’un nom bre ne p o u v a n t être con ten u dans l ’esprit.

P. 53 gtogs 2

Sinon un chapeau je n ’en aurais aucun.

150 P. 56 d a n 5

ADDENDA

A v e c m oi p o u r l ’ âge il v a (litt .). A v e c m o i (son) âge v a (v u lg .).

P. 57 du 15

A v e c toi a rr iv é au b o u t du chem in, fais un a p p el.

P. 57 du 16

A vec

(en

m êm e

tem p s qu e) lui a rriv é, j ’étais

parti.

P.^57 du 17

A v e c le le v e r de l ’éto ile .Pusya, il a rriv a au pays.

P. 57 du 25

Q u ’à nous so it lo is ib le de v o ir ce ch eva l.

P . 63 na 7

Dès que le soleil p a ra ît dans l ’espace, les cons­ tella tion s si v o ie n t plus.

P. 67 nas 8

A

nom breuses

l ’in stan t v o t r e é ta it

parole

soient-elles,

ne

se

à vou s d eu x avisés,

ém ise harm onieuse p a r le

ch em in

de

v o tr e gorg e. V ou s a v e z fa it le to u r de l ’ Océan de

vo s

argu m en ts

habiles

retiré de ses profondeu rs

et

vo u s

la perle

avez

de v o tr e

sentence ( 1 ).

P . 71 ni 5

Correspond à n o tre p roverb e : C ’est en fo rg e a n t q u ’on d e v ie n t fo rg ero n .

P. 71 ni 8

E tre T a th â g a ta est ne jam ais (laisser) sa pensée ou b lier la v o ie du réel.

P. 73 pa 2

L es sectateurs du M ahâyàn a en tra ien t en con­ tem p la tio n fe rm e m en t m aintenue sans c o g ita ­ tio n . L e s sectateu rs du H ïn a y â n a accéd aien t au x

P. 84man-po 16

Q uatre V érités .

E t n ’éta n t pas ceu x-là quelques-uns encore : du dehors, du dedans, autres : trois sortes.

P. 87 mod-pa 30

P o u r jo u ir

du fr u it de la

D élivra n ce,

puisse,

au grand sém in aire de Bkra-éis grub, a u gm en ­ te r

sans fin le cours paisible

des dons (ou

en seignem ents) spirituels.

P. 90 cam 23

Q u ant

à la con fession en

une masse de d ix

m illions de syllabes, l ’a y a n t com m en cée par centaines de m ots, a u tan t q u ’il y en a ......

(1) Lan gage précieux et ridicule prôté a u x singes dans leur débat avec les oiseaux*

151

ADDENDA

P . 106

...r, ru

36 A

non

m aître

fa isa n t

le

m aître, v r a i m aître

mis dehors com m e ch ien de porte. P . 108

...r, ru

52 N ’ap p a rten a n t pas à ces docteurs versés dans le Tripifcaka, en est-il d ’autres aussi savants ?

P . 108. ..r,

ru

P , 115 la 22

55 F ils de fam ille, sans d é fa illir lèv e-to i. L ’oncle e t la ta n te , b ien que ne s’en ten dan t

^

sur quoiqu e

ce

fû t,

éta ien t

d ’accord

pou r

l ’estom ac. P. 117 la 40

En

pleine

espérance [de bonheur

on

décline

ju s q u ’à l ’heure de la m ort. P . 124 la s 56

E t là, a y a n t com m en cé p a r la con tem p la tion , chercher

ensuite

à

connaître,

et,

ayant

com m encé à con n aître, chercher la co n tem ­ plation ,

fa isa n t

d eu x m éthodes.

Ic i on

se

con form era à la dernière. P . 126 s a 2



où je

ne tro u v e

rien en plein jour, v o is

si tu trou ves en p lein e nuit.

TABLE DES MATIÈRES

A v e r t i s s e m e n t ...............................................................................

5

A bréviations des références.................................................

8

Index morphologique.................................

13

Exemples supplémentaires...................................................

139

A ddenda................

147

Gloses d ’ idiotismes et locutions..........................................

148

IMPRIMERIE TARD Y QUERCY (S.A.)

00619 — rv-1980